{"id":1029,"date":"2022-05-24T12:38:00","date_gmt":"2022-05-24T10:38:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=1029"},"modified":"2022-06-10T12:29:36","modified_gmt":"2022-06-10T10:29:36","slug":"kenfack-nanfack2022","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/kenfack-nanfack2022\/","title":{"rendered":"Les suppl\u00e9tifs camerounais : du maintien de l\u2019ordre public aux dynamiques territoriales (1955-1971)"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Auer Andreas <em>et al.<\/em>, l\u2019ordre public est \u00ab\u00a0un minimum indispensable \u00e0 la coexistence des habitants du pays\u00a0\u00bb (Auer, Maliverni et Hottelier, 2006, p. 101). Lorsqu\u2019il est troubl\u00e9, l\u2019\u00c9tat ayant le monopole de la violence physique l\u00e9gitime (Weber, 1995), utilise ses forces de r\u00e9pression pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. Le Cameroun respecte cette mission de l\u2019\u00c9tat. Suite \u00e0 son engagement \u00e0 lib\u00e9rer le Cameroun du joug colonial, l\u2019UPC (Union des Populations du Cameroun), plonge l\u2019\u00c9tat colonial du Cameroun \u00e0 partir de 1955 (\u00e9meutes de mai) dans les troubles \u00e0 l\u2019ordre public. Pour ce faire, le r\u00e9gime colonial fran\u00e7ais a mobilis\u00e9 ses forces pour r\u00e9tablir l\u2019ordre \u2013 sans y parvenir. Sa doctrine de maintien de l\u2019ordre exp\u00e9riment\u00e9e en Indochine et en Alg\u00e9rie fut appliqu\u00e9e au Cameroun (Kenfack Nanfack, 2019). Ainsi, suite \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 des Forces de Maintien de l\u2019Ordre (FMO) \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre, les suppl\u00e9tifs camerounais ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s en renfort. Ceux-ci ont men\u00e9, en collaboration avec les Forces de Maintien de l\u2019Ordre, plusieurs actions de pr\u00e9vention et de r\u00e9pression des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun. Ces actions ont contribu\u00e9 non seulement au retour \u00e0 l\u2019ordre public, mais aussi aux dynamiques territoriales avec la cr\u00e9ation de la ZOPAC en Sanaga-Maritime et des camps de regroupement en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. D\u00e8s lors, la place accord\u00e9e aux suppl\u00e9tifs camerounais est apparue comme le fruit d\u2019un d\u00e9ficit s\u00e9curitaire et un imp\u00e9ratif strat\u00e9gique pour le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre public au Cameroun entre 1955 et 1971.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent article s\u2019interroge sur le contexte d\u2019\u00e9mergence des suppl\u00e9tifs et les rapports de leurs actions avec les dynamiques territoriales. En d\u2019autres termes, comment les suppl\u00e9tifs camerounais sont-ils devenus un maillon essentiel du maintien de l\u2019ordre public au Cameroun? Quel a \u00e9t\u00e9 leur r\u00f4le dans le r\u00e9tablissement final de l\u2019ordre public? Quel a \u00e9t\u00e9 l\u2019impact de leurs actions dans les dynamiques territoriales? Dans une perspective pol\u00e9mologique et sociohistorique, nous allons pr\u00e9senter le contexte d\u2019\u00e9mergence des suppl\u00e9tifs camerounais, leur action de maintien de l\u2019ordre et les dynamiques territoriales.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le contexte d\u2019\u00e9mergence des suppl\u00e9tifs camerounais<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019UPC, cr\u00e9\u00e9e en 1948, militait pour la r\u00e9unification et l\u2019ind\u00e9pendance dans les brefs d\u00e9lais des deux Cameroun. Ce programme allait \u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de la France. Pour cette raison, elle tenta de museler le parti nationaliste, mais l\u2019UPC refusa d\u2019abandonner son programme sociopolitique pour le Cameroun (Richard, 1986, p.\u00a0304). La France, courrouc\u00e9e face \u00e0 la r\u00e9sistance, d\u00e9cida d\u2019en d\u00e9coudre avec l\u2019UPC. Il fallait donc trouver des voies et moyens pour an\u00e9antir l\u2019UPC et l\u2019effacer de l\u2019\u00e9chiquier politique du pays. Les mesures prises par les autorit\u00e9s coloniales conduisirent le pays aux \u00e9meutes de mai 1955 qui entra\u00een\u00e8rent les premiers troubles \u00e0 l\u2019ordre public et la naissance des suppl\u00e9tifs camerounais.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les \u00e9meutes de mai 1955, les premiers troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun et les origines des suppl\u00e9tifs<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les actions men\u00e9es par l\u2019UPC depuis sa cr\u00e9ation en 1948 conduisent le pays aux \u00e9meutes de mai 1955. L\u2019activisme politique du parti nationaliste portait atteinte aux int\u00e9r\u00eats de la m\u00e9tropole. Dans ce climat de relation tendue entre l\u2019UPC et le r\u00e9gime colonial, le \u00ab\u00a0sinistre Roland Pr\u00e9\u00a0\u00bb[footnote]Roland Pr\u00e9\u00a0est trait\u00e9 de sinistre parce qu\u2019il arriva au Cameroun en 1954 en tra\u00eenant derri\u00e8re lui une grande r\u00e9putation de colonisateur autoritaire et sauvagement brutal. Il devait sa r\u00e9putation aux m\u00e9thodes dures de commandement qu\u2019il avait pratiqu\u00e9es au Gabon (1946-1947), en Guin\u00e9e (1948-1949) et en Haute-Volta (1952-1953). D\u00e8s son arriv\u00e9e au Cameroun, il s\u2019en prend \u00e9nergiquement aux up\u00e9cistes, si bien qu\u2019\u00e0 la fin de son s\u00e9jour au Cameroun, plusieurs nationalistes de l\u2019UPC\u00a0\u00e9taient contraints de vivre en exil dans les pays comme le Ghana, le Congo-Za\u00efre, la Guin\u00e9e Conakry (Abwa, 1998, p. 357-358).[\/footnote] arriva au Cameroun comme haut-commissaire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, avec pour intention d\u2019an\u00e9antir l\u2019UPC (Abwa, 1998, p.\u00a0360). Les premi\u00e8res mesures prises par ce dernier ont \u00e9t\u00e9 la signature de deux d\u00e9crets pour museler l\u2019UPC. Il s\u2019agit du d\u00e9cret du 19 f\u00e9vrier 1955 autorisant les fonctionnaires de l\u2019administration \u00e0 \u00ab\u00a0utiliser la force pour emp\u00eacher ou disperser les r\u00e9unions susceptibles de troubler l\u2019ordre public\u00a0\u00bb et celui du 5 avril 1955 demandant aux marchands d\u2019armes \u00e0 feu d\u2019\u00e9viter que les armes soient utilis\u00e9es par le \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb (Abwa, 1998, p. 364-365). Ces deux d\u00e9crets pouss\u00e8rent les forces de maintien de l\u2019ordre (FMO) \u00e0 provoquer les up\u00e9cistes qui r\u00e9pondaient \u00e0 la violence par la violence. Ainsi, du 22 au 30 mai 1955, on assista \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9meutes sanglantes opposant les militants de l\u2019UPC aux FMO dans plusieurs grandes villes du Cameroun comme Yaound\u00e9, Douala, Mbanga, Loum, Nkongsamba, etc. \u00c0 ce sujet, Simon Nken d\u00e9clare :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le 22 mai, \u00e9clata le premier incident \u00e0 Douala. Une r\u00e9union du \u00ab\u00a0front national\u00a0\u00bb fut interrompue par les militants de l\u2019UPC qui voyaient \u00e9videmment d\u2019un mauvais \u0153il l\u2019implantation de cette \u00ab\u00a0filiale\u00a0\u00bb du RDA dans le pays. C\u2019est dans cette logique que pendant la nuit du 23 au 24 mai 1955, des patrouilles ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es par des membres de l\u2019UPC dans la communaut\u00e9 de New-Bell \u00e0 Douala. Ces groupes d\u2019autod\u00e9fense s\u2019oppos\u00e8rent plusieurs fois aux forces de l\u2019ordre, incendiant des v\u00e9hicules des commis de l\u2019administration ou provoquant les non-up\u00e9cistes. Le haut-commissaire demanda les renforts aux territoires voisins de l\u2019AEF. Le 25 mai, en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, la nouvelle de la destruction du si\u00e8ge de l\u2019UPC raviva la tension\u00a0: les patrouilles de l\u2019UPC attaqu\u00e8rent les non-up\u00e9cistes, incendi\u00e8rent des voitures d\u2019Europ\u00e9ens, et attaqu\u00e8rent la prison et d\u2019autres locaux administratifs \u00e0 New-Bell. La police utilisa des grenades et des armes \u00e0 feu pour mater ces r\u00e9voltes. Les \u00e9meutes de Douala firent 7 morts, dont 3 personnes d\u2019origine europ\u00e9enne\u00a0: Doll, Zimmermans et le capitaine Georges, ainsi que 60 bless\u00e9s. Le couvre-feu fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le 25 mai 1955 \u00e0 19 heures (2010, p.\u00a0240-242).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019UPC jug\u00e9e responsable de ces \u00e9meutes fut dissoute le 13 juillet 1955 avec ses organes annexes par un d\u00e9cret du conseil des ministres fran\u00e7ais. On lit en l\u2019article premier de ce d\u00e9cret que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019UPC ainsi que toutes organisations ou associations qui \u00e9manent ou s\u2019y rattachent directement, et notamment la Jeunesse D\u00e9mocratique Camerounaise (JDC) et l\u2019Union D\u00e9mocratique des Femmes Camerounaises (UDEFEC), sont et demeurent dissoutes sur l\u2019ensemble des territoires relevant du minist\u00e8re de la France d\u2019outre-mer (ANY 1AC35 (B) UPC Dissolution, 1955).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette dissolution plongea l\u2019UPC dans la clandestinit\u00e9 qui r\u00e9agit par l\u2019orchestration du \u00ab\u00a0maquis\u00a0\u00bb ou la r\u00e9bellion arm\u00e9e en Sanaga Maritime et en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9. \u00c0 partir de ce moment, ce parti politique commen\u00e7a \u00e0 troubler l\u2019ordre public par ses faits et agissements. En effet, l\u2019UPC organisait des manifestations ill\u00e9gales, distribuait des tracts, faisait des intimidations, des propagandes et des attaques de toutes sortes (Kenfack Nanfack, 2019). Le pays fut plong\u00e9 ainsi dans une ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 nulle autre pareille et on a assist\u00e9 \u00e0 la naissance des suppl\u00e9tifs camerounais.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La naissance des suppl\u00e9tifs camerounais<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Face aux troubles \u00e0 l\u2019ordre orchestr\u00e9s d\u00e8s 1955 par l\u2019UPC, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise au Cameroun s\u2019organisa en vain pour r\u00e9tablir l\u2019ordre public. Son arm\u00e9e, inf\u00e9rieure num\u00e9riquement, avait la peine de distinguer les fauteurs de troubles du reste de la population paisible. Les populations de Djonny Baleng dans la Subdivision de Dschang, en vue de s\u2019autoprot\u00e9ger, avaient cr\u00e9\u00e9 un groupe d\u2019autod\u00e9fense en 1955 (AAD, Dossier Bafou 1959). Cela s\u2019est prolif\u00e9r\u00e9 ailleurs dans le pays. Et la France, au vu de sa doctrine exp\u00e9riment\u00e9e en Indochine et en Alg\u00e9rie, se trouva oblig\u00e9e d\u2019appeler en renfort des suppl\u00e9tifs camerounais pour suppl\u00e9er ses forces de l\u2019ordre dans les actions de maintien de l\u2019ordre. Ils \u00e9taient appel\u00e9s en renfort dans les zones urbaines et rurales en ins\u00e9curit\u00e9 due \u00e0 l\u2019activisme de l\u2019UPC.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les campagnes, les soldats locaux (\u00ab\u00a0suppl\u00e9tifs\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0partisans\u00a0\u00bb) \u00e9taient appel\u00e9s en renfort, de m\u00eame que, en ville, les \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9s\u00a0\u00bb de confiance ou encore les colons. On trouve dans le \u00ab\u00a0maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0Europ\u00e9ens\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0Indig\u00e8nes\u00a0\u00bb, des acteurs publics et des acteurs priv\u00e9s, des professionnels de l\u2019ordre et des personnels d\u2019autres administrations, voire de simples civils, non sp\u00e9cialis\u00e9s. Au final, sous couvert de n\u2019en parler qu\u2019\u00e0 demi-mot, l\u2019\u00c9tat colonial tend parfois \u00e0 se fondre tout entier dans la question du maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb (Blanchard et Glasman, 2012, p. 11-41).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs \u00e9taient recrut\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action des autorit\u00e9s administratives, des autorit\u00e9s militaires et des chefs traditionnels. Les modes de recrutement de ces suppl\u00e9tifs furent la propagande et la proposition. Les crit\u00e8res de recrutement \u00e9taient les suivants\u00a0: \u00eatre citoyen camerounais, \u00eatre originaire du village, de la chefferie ou du camp de regroupement, \u00eatre \u00e2g\u00e9 de 18 ans au moins et 35 ans au plus, n\u2019avoir encouru aucune condamnation correctionnelle et \u00eatre normalement sain et bien constitu\u00e9 (ANY 1AA1006, Garde Civique Nationale, organisation, 1963).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En Sanaga-Maritime, on avait des pisteurs, des guides et des agents de renseignements qui op\u00e9raient au sein de la Zone de Pacification de la Sanaga-Maritime (ZOPAC), cr\u00e9\u00e9e le 9 d\u00e9cembre 1957 (Granvaud, 2009, p. 33). Les suppl\u00e9tifs de la r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9 \u00e9taient constitu\u00e9s des autod\u00e9fenseurs, membres des groupes d\u2019autod\u00e9fense et des gardes civiques, membres de la Garde Civique Nationale de l\u2019Ouest (GCNO), cr\u00e9\u00e9e en 1960 (Journal officiel de la R\u00e9publique du Cameroun, mai 1960, p. 691). Apr\u00e8s leur enr\u00f4lement au sein des forces suppl\u00e9tives, ils subissaient une formation exp\u00e9ditive de 03 mois dans les camps de formation. Celle-ci \u00e9tait assur\u00e9e par les forces de l\u2019ordre et les officiers fran\u00e7ais. Par exemple, la formation des gardes civiques \u00e9tait assur\u00e9e \u00e0 un moment par 05 officiers et 15 sous-officiers fran\u00e7ais (Deltombe, Domergue et Tatsitsa, 2012, p. 440-443). Apr\u00e8s cette formation, ils devenaient op\u00e9rationnels et menaient plusieurs actions de maintien de l\u2019ordre public.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les actions de maintien de l\u2019ordre public men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs camerounais travaillaient comme des forces r\u00e9guli\u00e8res. Ils menaient conjointement avec les FMO des op\u00e9rations de pr\u00e9vention et de r\u00e9pression des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les actions de pr\u00e9vention des troubles men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La loi n\u00b059-33 du 27 mai 1959 sur le maintien de l\u2019ordre encadrait les actions de maintien de l\u2019ordre public au Cameroun ind\u00e9pendant. En cas de menace et de trouble \u00e0 l\u2019ordre, des mesures d\u2019urgence respectives d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat de mise en garde\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat d\u2019alerte\u00a0\u00bb \u00e9taient d\u00e9clar\u00e9es au Cameroun (Journal officiel n\u00b0\u00a01305 du 27 mai 1959). C\u2019est dans cette perspective que l\u2019ordonnance n\u00b02 du 12 janvier 1960 institua l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence dans les D\u00e9partements du Wouri, Bamilek\u00e9, du Nyong-et-K\u00e9ll\u00e9, du Ntem, du Dja-et-Lobo, de Kribi et du Mungo jusqu\u2019\u00e0 nouvel avis (Eyinga, 1978, p. 10). La pr\u00e9vention des troubles \u00e9tait faite \u00e0 travers plusieurs actions. Il s\u2019agissait de la recherche du renseignement et de la propagande politique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs participaient \u00e0 la recherche du renseignement qu\u2019ils transmettaient aux autorit\u00e9s de la ZOPAC, du Comit\u00e9 de coordination (CCO) cr\u00e9\u00e9 en 1969 (ADM, Instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b022\/PRF, 1969) et du Service des \u00c9tudes et de la Documentation (SEDOC). Les renseignements obtenus par des suppl\u00e9tifs camerounais et transmis aux FMO permettaient de traquer les fauteurs de troubles ou de d\u00e9truire leurs \u00ab\u00a0maquis\u00a0\u00bb. Les suppl\u00e9tifs camerounais aidaient les forces de l\u2019ordre en campagne \u00e0 ficher les habitants, foyer par foyer\u00a0; \u00e0 quadriller le territoire et \u00e0 faire l\u2019\u00e9ducation de masse (Granvaud, 2009, p. 33). Cela se faisait par la propagande politique pour \u00e9loigner les populations de l\u2019endoctrinement de l\u2019UPC.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La propagande politique, contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9ducation qui cherche \u00e0 former, cherche plut\u00f4t \u00e0 conditionner les r\u00e9flexes, transformer ou confirmer les opinions. Elle a pour technique de convaincre et de r\u00e9duire en suj\u00e9tion par la force politique ou militaire (Tchakhotine, 1952, p. 124). On constate que la propagande amenait les populations \u00e0 soutenir le r\u00e9gime au pouvoir, colonial ou postcolonial. C\u2019\u00e9tait donc un \u00ab\u00a0viol psychologique\u00a0\u00bb des populations, selon Serge Tchakhotine (1952, p. 140). On assistait \u00e0 une v\u00e9ritable campagne d\u2019exploitation et de conqu\u00eate des c\u0153urs, o\u00f9 les suppl\u00e9tifs vivaient aupr\u00e8s des populations et les endoctrinaient sans cesse (Kingue Mbang Bang, 2014, p. 252). Pour mieux faire cette propagande politique, 09 centres de propagandes furent ouverts \u00e0 Es\u00e9ka dans le canton Babimbi-ouest en 1958 (Mbembe, 1996, p. 365) o\u00f9 on y diffusait des films sur le \u00ab\u00a0civisme\u00a0\u00bb et autres. De m\u00eame en r\u00e9gion Bamilek\u00e9, les films de propagande \u00e9taient projet\u00e9s via les cin\u00e9bus escort\u00e9s par les autod\u00e9fenseurs dans les camps de regroupement (Momo, 1986, p. 51). Lorsque les troubles \u00e9taient perp\u00e9tr\u00e9s, les suppl\u00e9tifs camerounais se trouvaient dans l\u2019obligation de mener des actions de r\u00e9pression, m\u00eame s\u2019ils font partie des forces suppl\u00e9tives.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les actions de r\u00e9pression des troubles men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs camerounais, plus proches des populations par rapport aux FMO, avaient la possibilit\u00e9 de faire la diff\u00e9rence entre les populations paisibles et les fauteurs de troubles. \u00c0 ce titre, ils menaient plusieurs actions r\u00e9pressives des troubles \u00e0 l\u2019ordre public\u00a0: des actions d\u00e9fensives et offensives.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les actions d\u00e9fensives furent les surveillances, l\u2019alerte et les escortes. Les suppl\u00e9tifs surveillaient les zones sensibles enclines aux attaques rebelles. Il s\u2019agissait des services publics, des voies publiques, des march\u00e9s, des villages et des camps de regroupement, etc. Il \u00e9tait question d\u2019un zonage qui allait de pair avec un maillage de la r\u00e9pression, le quadrillage de la population, l\u2019utilisation des autod\u00e9fenseurs, des gardes civiques et des officiers et sous-officiers fran\u00e7ais dans la lutte contre les troubles \u00e0 l\u2019ordre public (Mbembe, 2013, p. 16). Dans le D\u00e9partement de la Menoua, 3444 autod\u00e9fenseurs s\u2019occupaient de la surveillance des zones sensibles en 1966 (ARO, 1AA7, 1966). Pendant les surveillances, ils donnaient l\u2019alerte en cas d\u2019attaque des fauteurs de troubles. Ces derniers utilisaient comme instrument d\u2019alerte des sifflets (Anafak Lemofak, 2003, p. 54). Ils utilisaient aussi d\u2019autres instruments traditionnels de musique, \u00e0 savoir des tams-tams[footnote]Le tam-tam est un outil de communication traditionnelle utilis\u00e9e par les Bamilek\u00e9. \u00c0 ce titre, il est utilis\u00e9 pour diffuser l\u2019information \u00e0 un nombre important de personnes dans la chefferie. Il est par exemple utilis\u00e9 pour annoncer des malheurs ou pour regrouper les populations au sein du palais du chef. Pendant la guerre d\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun, le tam-tam \u00e9tait utilis\u00e9 pour alerter les populations de l\u2019arriv\u00e9e des fauteurs de trouble \u00e0 l\u2019ordre public.[\/footnote] pour communiquer avec les populations et les mettre en \u00e9tat d\u2019alerte en cas de danger imminent. Ces instruments traditionnels de communication portaient des fruits dans les campagnes. Dans le Bamboutos, les autorit\u00e9s administratives avaient justifi\u00e9 le dispositif d\u2019alerte en ces termes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons mis sur place, pour rendre la d\u00e9fense efficace et coh\u00e9rente, des tam-tams d\u2019alerte (t\u00e9l\u00e9phone de l\u2019arrondissement), des hangars, torches d\u2019alerte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des diff\u00e9rents postes de garde pour permettre le regroupement rapide des troupes d\u2019autod\u00e9fense et l\u2019arriv\u00e9e rapide des renforts des forces de l\u2019ordre. Ces engins appel\u00e9s encore pyramides des troupes d\u2019autod\u00e9fense assurent la protection de diff\u00e9rents groupes de patrouilles (ASPMB, Politique g\u00e9n\u00e9rale 1959, p.\u00a08, cit\u00e9 par Ngoun\u00e9, 2017, p. 97).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les autod\u00e9fenseurs se joignaient aux renforts des forces de l\u2019ordre pour les poursuites ou proc\u00e9daient eux-m\u00eames aux poursuites des fauteurs de troubles, ce qui donnait lieu \u00e0 une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0chasse \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb dans les villes ou les villages. Les suppl\u00e9tifs avaient la possibilit\u00e9 d\u2019arr\u00eater les suspects et de les garder \u00e0 vue avant de pr\u00e9venir les forces de l\u2019ordre (ARO, Lettre du lieutenant Rebouilh au chef de l\u2019autod\u00e9fense de Bandjoun, 01-10-1960).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs, tout comme les forces de l\u2019ordre, escortaient les autorit\u00e9s civiles et les paysans, car les troubles \u00e0 l\u2019ordre public les emp\u00eachaient de vaquer \u00e0 leurs occupations. L\u2019effectif de l\u2019escorte ou de la garde \u00e9tait fix\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 militaire compte tenu du degr\u00e9 d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de la localit\u00e9 \u00e0 traverser, selon l\u2019instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b0 13\/CAB\/PR du 9 avril 1962 pr\u00e9sentant les dispositions relatives aux escortes de s\u00e9curit\u00e9 des autorit\u00e9s civiles dans les r\u00e9gions troubl\u00e9es. Ces escortes \u00e9taient constitu\u00e9es des personnels et des v\u00e9hicules de la gendarmerie ou de l\u2019arm\u00e9e (ARO, 1AA180, L\u2019instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b0 13\/CAB\/PR du 9 avril 1962). \u00c0 titre illustratif, le 4 novembre 1959, 50 \u00e9l\u00e9ments du commando d\u2019autod\u00e9fense de Bafou faisaient partie de l\u2019\u00e9quipe d\u2019escorte de Quezel-Colomb, sous-pr\u00e9fet de Dschang en tourn\u00e9e de prise de contact avec les populations de Fotomena (ADM, Rapport du capitaine Pillant, le 4 novembre 1959). En plus de ces actions d\u00e9fensives, les suppl\u00e9tifs menaient aussi des actions offensives.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les actions offensives des suppl\u00e9tifs camerounais comprenaient notamment des patrouilles, des fouilles et des embuscades nocturnes. Ils servaient de guides aux forces de l\u2019ordre pendant les patrouilles dans les villages (Entretien avec Kamga, 14 mars 2018). Ces patrouilles mixtes \u00e9taient constitu\u00e9es de l\u2019autod\u00e9fense, de la Garde civique et des forces de maintien de l\u2019ordre. Le tableau suivant fait le bilan des patrouilles en r\u00e9gion Bamilek\u00e9 pendant la semaine du 6 au 12 septembre 1964\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. Bilan des patrouilles de la semaine du 6 au 12 septembre 1964 en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 170px\">\r\n<tbody>\r\n<tr style=\"height: 31px\">\r\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\"><strong>D\u00e9partements <\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\"><strong>Nombre de rebelles morts<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\"><strong>Nombre de rebelles arr\u00eat\u00e9s<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\"><strong>Perte c\u00f4t\u00e9 autod\u00e9fense<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\"><strong>Nombre de fusils saisis<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\"><strong>Munitions saisies<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\"><strong>Maquis d\u00e9truits<\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 31px\">\r\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Menoua<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">3<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">2<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">4 cartouches<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 31px\">\r\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Bamboutos<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">3<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 31px\">\r\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Nd\u00e9<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">3<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\">13 cases des autod\u00e9fenseurs incendi\u00e9es<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">5<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">1 cartouche<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">5<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 31px\">\r\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Haut-Nkam<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">6<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\"><\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">3<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">5 cartouches<\/td>\r\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 98.4201px\">Totaux<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 130.295px\">6<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 135.451px\">9<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 201.181px\">13<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 117.934px\">10<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 102.865px\">10 cartouches<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 88.75px\">5<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: center\">Source : ARO, 1AA (2), Bulletin de renseignement p\u00e9riode du 6 au 12 septembre 1964<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des patrouilles, les suppl\u00e9tifs, en collaboration avec les FMO, faisaient des fouilles consid\u00e9r\u00e9es comme des actions men\u00e9es apr\u00e8s obtention des renseignements suite \u00e0 l\u2019espionnage[footnote]L\u2019espionnage vise \u00e0 conna\u00eetre les capacit\u00e9s de nuisance et les intentions de l\u2019ennemi dans une guerre (Oudet, 2016, p. 13).[\/footnote]. Elles permettaient de rechercher les fauteurs de troubles identifi\u00e9s par les agents du renseignement. Les suppl\u00e9tifs participaient \u00e0 ces fouilles organis\u00e9es par surprise. Les maisons \u00e9taient fouill\u00e9es de fond en comble, les suspects \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s et leurs documents et armes saisis. \u00c0 titre d\u2019exemple, les groupes d\u2019autod\u00e9fense du District de Fokou\u00e9, accompagn\u00e9s des gardes civiques, avaient men\u00e9 des op\u00e9rations de fouilles le mois de d\u00e9cembre 1963 de 6h \u00e0 16h dans les regroupements de Fomepea, Bamendou IV et Fontsa-Touala (ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, d\u00e9cembre 1963). Les embuscades faisaient partie aussi des actions offensives men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les embuscades sont des man\u0153uvres militaires par lesquels une troupe se dissimule afin d\u2019attaquer l\u2019ennemi par surprise et l\u2019abattre. Elles \u00e9taient alors tendues sur les routes emprunt\u00e9es par les combattants de l\u2019Arm\u00e9e Nationale de Lib\u00e9ration du Kamerun (ALNK). Lorsque ces derniers tombaient dans ces embuscades, on assistait \u00e0 des \u00e9changes des coups de tirs. Certains combattants de l\u2019ALNK \u00e9taient assassin\u00e9s et d\u2019autres captur\u00e9s malgr\u00e9 leurs ripostes. Comme les insurg\u00e9s attaquaient r\u00e9guli\u00e8rement la nuit, les embuscades \u00e9taient nocturnes. Ce fut le cas \u00e0 Fotomena en ao\u00fbt 1963 o\u00f9 les forces de l\u2019ordre et les autod\u00e9fenseurs tendaient des embuscades nocturnes aux combattants du mouvement nationaliste (ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, le 31 ao\u00fbt 1963). Pendant la nuit, il \u00e9tait impossible de voir plus loin. Ainsi, les nationalistes fauteurs de troubles tombaient facilement dans ces embuscades. Par l\u2019effet de surprise, les fauteurs de troubles \u00e9taient an\u00e9antis. Cette action d\u00e9courageait d\u2019autres combattants up\u00e9cistes qui avaient peur de la surprise. Les combattants d\u00e9courag\u00e9s se ralliaient au r\u00e9gime en abandonnant la lutte de l\u2019UPC. Ces diff\u00e9rentes actions des suppl\u00e9tifs camerounais ont occasionn\u00e9 des dynamiques territoriales.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les dynamiques territoriales au Cameroun<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les dynamiques territoriales au Cameroun comme ailleurs \u00ab\u00a0reste marqu\u00e9e par une inspiration \u00e0 dominante institutionnaliste qui transparait dans la prise en compte des dimensions sociales et d\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9s historiques\u00a0\u00bb (Kristian Colletis-Wahl, Peyrache-Cadeau et Serrate, 2008\/2, p. 147-157). La crise sociopolitique au Cameroun (1955-1971), marqu\u00e9e par des interactions entre les forces r\u00e9guli\u00e8res, irr\u00e9guli\u00e8res et les fauteurs de troubles, a eu des r\u00e9percussions \u00e0 l\u2019\u00e9chelle territoriale. On a assist\u00e9 \u00e0 la recomposition, voire la reconstruction de certains espaces \u00e0 des fins de maintien de l\u2019ordre public. Ces espaces se trouvaient en Sanaga-Maritime et en r\u00e9gion Bamilek\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les espaces de la Sanaga-Maritime\u00a0: la ZOPAC et les centres de propagande<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La Zone de Pacification de la Sanaga-Maritime (ZOPAC) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e le 9 d\u00e9cembre 1957 avec une hi\u00e9rarchie civilo-militaire command\u00e9e par le colonel Jean Lamberton. Elle fut cr\u00e9\u00e9e pour quadriller le territoire du Pays bassa, afin d\u2019\u00e9touffer la r\u00e9volte de l\u2019UPC en clandestinit\u00e9. Le colonel Jean Lamberton signalait le 27 mars 1958 que la ZOPAC \u00e9tait compos\u00e9e de cinq secteurs\u00a0: \u00ab il s\u2019agissait respectivement du secteur dit de la voie ferr\u00e9e, du secteur dit de la bretelle, de Boumnyebel, Dingombi et Basso\u00a0\u00bb (Mbembe, 1996, p. 349). Dans tous ces secteurs, la population \u00e9tait surveill\u00e9e par un dispositif s\u00e9curitaire dans des camps ceintur\u00e9s d\u2019une palissade et dot\u00e9s d\u2019un mirador (Achille Mbembe, 1996, p. 354). Pour atteindre ces objectifs, la population (toutes les personnes \u00e0 l\u2019exception des nationalistes et des bandits) \u00e9tait regroup\u00e9e le long des axes routiers des villages ou villes afin de faciliter son contr\u00f4le. Chaque camp \u00e9tait peupl\u00e9 entre 500 et 22000 personnes. Selon Serge Tchakhotine (1952, p. 140), la population subissait le \u00ab\u00a0viol psychologique\u00a0\u00bb par la propagande politique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le quartier g\u00e9n\u00e9ral de la ZOPAC \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 Es\u00e9ka. Elle avait plusieurs subdivisions. On avait une base de ravitaillement et d\u2019\u00e9vacuation install\u00e9e \u00e0 Boumny\u00e9bel, un poste de commandement \u00e0 Es\u00e9ka, un syst\u00e8me de transmission, cinq commandements de secteurs (Mbembe, 1996, p.\u00a0350). Le fonctionnement de la ZOPAC exigeait la collaboration \u00e9troite entre les unit\u00e9s de l\u2019administration coloniale et les unit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e coloniale fran\u00e7aise.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour opposer \u00e0 la propagande up\u00e9ciste une contre-propagande efficace \u00e0 m\u00eame de d\u00e9truire de l\u2019esprit des populations les id\u00e9es \u00e9mancipatrices port\u00e9es par l\u2019UPC, les centres de propagandes furent cr\u00e9\u00e9s. Ainsi, \u00e0 Es\u00e9ka dans le canton Babimbi-Ouest, neuf centres de propagande ont \u00e9t\u00e9 ouverts en mars 1958. Il s\u2019agissait des centres du village de Ngamb\u00e9 I, Putkak, Botb\u00e9a, Song-Mbengue, Kan, Pendjock, Mambondo, Ngamb\u00e9 II et Nsingmandeng (Mbembe, 1996, p.\u00a0365). Ces centres \u00e9taient des espaces am\u00e9nag\u00e9s dans les villages pour accueillir toute la population pendant les s\u00e9ances de propagande et d\u2019\u00ab\u00a0action psychologique\u00a0\u00bb. Des bancs publics \u00e9taient dispos\u00e9s pour recevoir les populations et un tableau \u00e9tait plac\u00e9 comme \u00ab\u00a0Panneau d\u2019Information-Propagande\u00a0\u00bb. Ces panneaux \u00e9taient des contreplaqu\u00e9s de 2 m de longueur et 1,50 m de largeur mont\u00e9s sur des piquets \u00e0 une hauteur de 1,20 m du sol (Mbembe, 1996, p.\u00a0366). En juin 1958, dix autres centres \u00e9taient soumis \u00e0 l\u2019action de propagande, selon une p\u00e9riodicit\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e. Le tableau ci-apr\u00e8s pr\u00e9sente ces centres de propagande de la Sanaga-Maritime en juin 1958.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Les centres de propagande de la Sanaga-Maritime en juin 1958<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 165px\">\r\n<tbody>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\"><strong>Secteur <\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\"><strong>Villages concern\u00e9s<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\"><strong>Dur\u00e9e de la propagande<\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Boumny\u00e9bel<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Makai-Mamb<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Ntouleng<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Mis\u00e9-Kikot<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Dibang<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Mom-Bomb-Dingombi<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Mdoup\u00e9<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Makak-Ndokoma-Boga<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">3 jours<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Bogso<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Mapan-Song Bassong<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">3 jours<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Makak<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Minka-Bondjock-Mom<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Bidjoka<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Badjob-Messondo<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">3 jours<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Bot-Makak<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Pan-Makak<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">2 jours<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Canton Basso<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Nyaho-Nkengkwala-Nyanon<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 15px\">\r\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Matomb<\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\"><\/td>\r\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">2 jours<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: center\">Source\u00a0: Mbembe, 1996, p. 365<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les centres de propagande de la r\u00e9gion bassa fonctionnaient sous la direction des responsables indig\u00e8nes et le mat\u00e9riel \u00e9tait pris en charge par les chefs des villages. Dans chaque centre, l\u2019action psychologique \u00e9tait men\u00e9e par un officier directeur de l\u2019action psychologique. Dans ces centres, la propagande politique se faisait sous le fallacieux pr\u00e9texte d\u2019\u00e9ducation des masses. C\u2019\u00e9tait une manipulation mentale qui agissait sur les r\u00e9flexes des populations (Saha et Kenfack Nanfack, 2020, p.\u00a0329-339). On avait aussi d\u2019autres espaces de maintien de l\u2019ordre en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les espaces de la r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9\u00a0: les camps de regroupement et de la garde civique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les regroupements des populations \u00e9taient tributaires \u00e0 la cr\u00e9ation des camps de regroupement en 1960 par les autorit\u00e9s administratives. Ces camps visaient \u00e0\u00a0- \u00ab\u00a0isoler en brousse les \u2018\u2018rebelles\u2019\u2019 irr\u00e9ductibles pour les \u00e9craser facilement\u00a0; prot\u00e9ger les populations innocentes contre les repr\u00e9sailles \u00e9ventuelles de ces \u2018\u2018rebelles\u2019\u2019 endurcis et enfin surveiller les anciens \u2018\u2018rebelles\u2019\u2019 pour \u00e9viter qu\u2019ils ne r\u00e9cidivent\u00a0\u00bb (Dongmo, 1981, p.\u00a0156). Ils avaient aussi pour objectif d\u2019accueillir les ralli\u00e9s. Ces camps \u00e9taient au nombre de 75 en r\u00e9gion Bamilek\u00e9, r\u00e9partis ainsi qu\u2019il suit\u00a0: Mbouda 15, Bangangt\u00e9 11, Bafang 15, Bafoussam 16 et Dschang 18.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les camps de regroupement \u00e9taient command\u00e9s par les officiers en collaboration avec des autod\u00e9fenseurs et des gardes civiques. Chaque camp de regroupement \u00e9tait command\u00e9, organis\u00e9, ma\u00eetris\u00e9 par un commando des gardes civiques et encadr\u00e9 en sous-main par un sous-officier fran\u00e7ais (Deltombe, Domergue et Tatsitsa, 2012, p. 443). Dans ces camps, on avait des \u00e9coles, des centres de sant\u00e9, des march\u00e9s et des plantations pour faire l\u2019agriculture et l\u2019\u00e9levage. Ces camps rempla\u00e7aient valablement les villages. La vie y \u00e9tait similaire \u00e0 celle dans les villages jadis occup\u00e9s par les populations, \u00e0 la seule diff\u00e9rence que les populations \u00e9taient surveill\u00e9es et contr\u00f4l\u00e9es. C\u2019est la raison pour laquelle les combattants de l\u2019ALNK qualifiaient ces camps de \u00ab camps de concentration nazie \u00bb (Entretien avec Elat Fongue, 11 mars 2018). Par ailleurs, on avait des camps de la GCNO en r\u00e9gion Bamil\u00e9k\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le gouvernement d\u2019Ahmadou Ahidjo avait cr\u00e9\u00e9 la Garde Civique Nationale de l\u2019Ouest (GCNO) le 10 mai 1960 (Journal officiel de la R\u00e9publique du Cameroun, mai 1960, p.\u00a0691). C\u2019\u00e9tait une force suppl\u00e9tive cr\u00e9\u00e9e pour mener une r\u00e9pression de porte \u00e0 porte. Elle avait deux types de camps\u00a0: les camps de formation et les camps de maintien de l\u2019ordre. Les camps de formation des gardes civiques \u00e9taient au nombre de 05 dont 04 se trouvaient dans le D\u00e9partement de la Menoua. Ils \u00e9taient situ\u00e9s \u00e0 For\u00e9k\u00e9-Dschang, \u00e0 Foto-palais, \u00e0 Foto-Siteu et \u00e0 Bafou. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces camps de formation, on avait des camps de maintien de l\u2019ordre dont deux camps de maintien de l\u2019ordre de la Garde Civique existaient dans le D\u00e9partement de la Menoua. Ces camps \u00e9taient situ\u00e9s en campagnes inaccessibles aux forces de maintien de l\u2019ordre. Il s\u2019agit des camps de Baleveng et de Nzindeng (Kenfack Nanfack, 2016, p. 51-60). Chaque camp de la Garde Civique bamil\u00e9k\u00e9 \u00e9tait sous le commandement d\u2019un officier et de trois sous-officiers fran\u00e7ais. Les officiers et sous-officiers \u00e9taient second\u00e9s par des commissaires politiques et des inspecteurs pour l\u2019instruction civique (Wat\u00e9 Sayem, 2013, p.\u00a076). Dans ces camps, les gardes civiques \u00e9taient divis\u00e9s en \u00ab\u00a0commandos\u00a0\u00bb, c'est-\u00e0-dire des groupes d\u2019une vingtaine d\u2019individus habitu\u00e9s \u00e0 op\u00e9rer ensemble (Deltombe, Domergue et Tatsitsa, 2012, p.\u00a0440). La GCNO \u00e9tait sous la direction du fran\u00e7ais Maurice Quezel-Colomb avec un effectif qui oscillait entre 5000 et 6000 \u00e2mes. Le peuplement de ces espaces r\u00e9sultait des actions des suppl\u00e9tifs et t\u00e9moignait ainsi du retour \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le peuplement des espaces de maintien de l\u2019ordre<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s la cr\u00e9ation des espaces de maintien de l\u2019ordre, la seconde phase des op\u00e9rations de maintien de l\u2019ordre fut l\u2019\u00ab\u00a0organisation de la population\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire son regroupement dans les camps, le long des axes routiers et son utilisation dans le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et les autorit\u00e9s administratives intimaient l\u2019ordre aux populations dites \u00ab\u00a0loyales\u00a0\u00bb de regagner ces espaces de maintien de l\u2019ordre sans aucune condition. Toute personne qui opposait une r\u00e9sistance au regroupement forc\u00e9 se rendait indirectement complice et \u00e9tait accus\u00e9e de trouble \u00e0 l\u2019ordre public. C\u2019est dans cette logique d\u2019obligation des populations \u00e0 se regrouper pour le maintien de l\u2019ordre public que le pr\u00e9fet du D\u00e9partement des Bamboutos, P.D. Ngoko, dans une correspondance adress\u00e9e aux sous-pr\u00e9fets de Batcham, Galim et Mbouda d\u00e9clarait\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le regroupement demeure obligatoire pour tous et qu\u2019aucun pr\u00e9texte ne saurait y \u00eatre oppos\u00e9. Il convient en outre de faire conna\u00eetre aux populations plac\u00e9es sous votre autorit\u00e9 que le regroupement ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une mesure d\u2019attente provisoire. Il est d\u00e9finitif et en tant que tel, son respect s\u2019impose \u00e0 tous. Aussi je vous demande de contraindre par tous les moyens dont vous disposez pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 la destruction des cases appartenant aux r\u00e9fractaires, tous vos administr\u00e9s \u00e0 rejoindre les camps de regroupement. Il para\u00eet inutile de rappeler ici que les mesures ont \u00e9t\u00e9 dict\u00e9es par le seul souci constant du gouvernement et des autorit\u00e9s pr\u00e9fectorales d\u2019assurer \u00e0 nos citoyens une protection efficace et permanente contre les actes d\u00e9shonorants des \u00e9l\u00e9ments de la subversion (ANY, 1AA\/1303. Mbouda, correspondance du pr\u00e9fet du D\u00e9partement des Bamboutos avec le ministre de l\u2019administration territoriale (1964-1966)\u00a0: Circulaire du 27 juillet 1964 \u00e0 MM les sous-pr\u00e9fets de Mbouda, Batcham et Galim).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce regroupement forc\u00e9 des populations fut entam\u00e9 vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 1957 en Sanaga-Maritime (Mbembe, 1996, p. 352). Cette activit\u00e9 de regroupement forc\u00e9 de la population arriva en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9 apr\u00e8s l\u2019assassinat de Ruben Um Nyob\u00e9, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UPC. Les suppl\u00e9tifs convainquaient les populations paisibles \u00e0 rejoindre les camps et les up\u00e9cistes \u00e0 se rallier. Les fauteurs de troubles, pour se rallier, devaient respecter certaines conditions. Il s\u2019agissait, pour la personne d\u00e9sireuse de se rallier, de se pr\u00e9senter aux autorit\u00e9s avec l\u2019arbre de paix \u00e0 la main, remettre son arme et munition, fournir des renseignements et jouer le r\u00f4le de guide aux suppl\u00e9tifs et aux forces de l\u2019ordre pendant les patrouilles (AAD, Lettre-Circulaire n\u00b0197\/LC\/CF\/DMA du 10-10-1966). Avec le respect de ces conditions, on a assist\u00e9 aux ralliements en masse des up\u00e9cistes, surtout apr\u00e8s le ralliement de certains de leurs leaders, \u00e0 savoir\u00a0: Th\u00e9odore Mayi Matip en Sanaga-Maritime, Mathias Djoumessi et Bernard Jazet en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. Les ralliements augmentaient l\u2019effectif des personnes dans les camps de regroupement. Le tableau ci-dessous pr\u00e9sente l\u2019\u00e9volution de l\u2019effectif de la population dans les camps de regroupement en r\u00e9gion Bamil\u00e9k\u00e9 entre 1960 et 1962.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 3. \u00c9volution de l\u2019effectif de la population dans les camps de regroupement en r\u00e9gion Bamil\u00e9k\u00e9 entre 1960 et 1962<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td><strong>D\u00e9partements <\/strong><\/td>\r\n<td><strong>Effectifs 1960<\/strong><\/td>\r\n<td><strong>Effectifs 1962 <\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Mifi<\/td>\r\n<td>141 350<\/td>\r\n<td>168 274<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Nd\u00e9<\/td>\r\n<td>40 500<\/td>\r\n<td>36 890<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Haut-Kam<\/td>\r\n<td>67 720<\/td>\r\n<td>84 348<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Bamboutos<\/td>\r\n<td>50\u00a0360<\/td>\r\n<td>110 000<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Menoua<\/td>\r\n<td>100 577<\/td>\r\n<td>62 113<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Total<\/td>\r\n<td><strong>400 507<\/strong><\/td>\r\n<td>462 191<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: center\">Source\u00a0: ARO, 1AA158, BRH, p\u00e9riode du 5 au 11 octobre 1960 et Deltombe, Domergue et Tatsitsa<em>, Kamerun!, une guerre cach\u00e9e\u2026,<\/em> p. 543<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les dynamiques territoriales r\u00e9sultaient des actions de maintien de l\u2019ordre des suppl\u00e9tifs camerounais. Avec ces dynamiques, certaines localit\u00e9s ont chang\u00e9 de nom. Par exemple en R\u00e9gion Bamilek\u00e9, certaines chefferies portent d\u00e9sormais le nom de groupement d\u00fb au regroupement de la population entre 1957 et 1971. Les ralliements et le peuplement des camps de regroupement avaient marqu\u00e9 le retour progressif de l\u2019ordre public au Cameroun. La fusillade d\u2019Ernest Ouandi\u00e9 \u00e0 Bafoussam le 15 janvier 1971 avait marqu\u00e9 la fin des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce travail se proposait de pr\u00e9senter les actions de maintien de l\u2019ordre public des suppl\u00e9tifs camerounais et leur impact sur les dynamiques territoriales. Ces suppl\u00e9tifs \u00e9merg\u00e8rent avec l\u2019incapacit\u00e9 des forces de l\u2019ordre \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre public apr\u00e8s les \u00e9meutes de mai 1955. Suite \u00e0 leur action de pr\u00e9vention et r\u00e9pression des troubles \u00e0 l\u2019ordre public, les dynamiques du territoire camerounais s\u2019observ\u00e8rent \u00e0 partir de 1957. Les suppl\u00e9tifs appel\u00e9s en renfort furent des pisteurs, des guides et des agents de renseignements en Sanaga-Maritime\u00a0; des autod\u00e9fenseurs et des gardes civiques en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. Les actions de pr\u00e9vention des troubles \u00e0 l\u2019ordre public men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs furent la recherche du renseignement et la propagande politique. D\u00e8s lors, leurs actions de r\u00e9pression furent d\u00e9fensives et offensives. Au plan d\u00e9fensif, les suppl\u00e9tifs menaient des surveillances des zones sensibles et escortaient les autorit\u00e9s civiles et les paysans. Et au plan offensif, ils menaient des patrouilles, des fouilles et des embuscades nocturnes. Ces diff\u00e9rentes actions des suppl\u00e9tifs camerounais avaient contribu\u00e9 non seulement au retour \u00e0 l\u2019ordre public, mais aussi aux dynamiques territoriales. La lutte pour le maintien de l\u2019ordre s\u2019\u00e9tait accompagn\u00e9e de la cr\u00e9ation de certains espaces o\u00f9 interagissaient les suppl\u00e9tifs, les autorit\u00e9s, les populations et les (ex) fauteurs de troubles. Les diff\u00e9rents espaces furent la ZOPAC et les centres de propagande en Sanaga-Maritime\u00a0; les camps de regroupement et les camps de la GCNO en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. Les populations \u00e9taient regroup\u00e9es par la force dans ces espaces et les fauteurs de troubles d\u00e9sireux de se rallier respectaient certaines conditions pour acc\u00e9der \u00e0 ces camps. Le peuplement des camps se faisait suite au regroupement forc\u00e9 des populations et des ralliements massifs. Avec la cessation des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun en 1971 suite \u00e0 l\u2019assassinat d\u2019Ernest Ouandi\u00e9, les suppl\u00e9tifs n\u2019\u00e9taient plus appel\u00e9s en renfort. Il se posa \u00e0 partir de ce moment le probl\u00e8me de leur d\u00e9mobilisation et de leur revalorisation.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">AAD, Dossier Bafou 1959.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">AAD, Lettre-Circulaire n\u00b0197\/LC\/CF\/DMA du 10-10-1966 concernant les conditions de ralliement.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abwa, Daniel. 1998. <em>Commissaires et Hauts-Commissaires de la France au Cameroun (1916-1960). Ces hommes qui ont fa\u00e7onn\u00e9 politiquement le Cameroun<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: Presses Universitaires de Yaound\u00e9 et Presses de l\u2019UCAC.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b022\/PRF, portant organisation des CCO aupr\u00e8s des chefs des circonscriptions administratives, 1969.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Rapport du capitaine Pillant, commandant provisoirement la compagnie de gendarmerie de Dschang, sur l\u2019attaque d\u2019une escorte par la population \u00e0 Fotomena (Arrondissement de Dschang), enregistr\u00e9 sous le n\u00b0 1836 le 4 novembre 1959.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, d\u00e9cembre 1963.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, le 31 ao\u00fbt 1963.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anafak Lemofak, Antoine Japhet. 2003. <em>L\u2019UPC, des tensions sociales au maquis dans la Subdivision de Dschang, les rapports de forces entre administration, insurg\u00e9s et populations locales\u00a0: 1949-1969. <\/em>M\u00e9moire de Ma\u00eetrise en Histoire, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANY 1AA1006, Garde Civique Nationale, organisation, 1963.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANY 1AC35 (B) UPC Dissolution 1955.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA (2), Bulletin de renseignement p\u00e9riode du 6 au 12 septembre 1964.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA158, BRH, p\u00e9riode du 5 au 11 octobre 1960.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA180, L\u2019instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b0 13\/CAB\/PR du 9 avril 1962 pr\u00e9sentant les dispositions relatives aux escortes de s\u00e9curit\u00e9 des autorit\u00e9s civiles dans les R\u00e9gions troubl\u00e9es.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA7, Recensement par groupement des hommes \u00e2g\u00e9s de 18 \u00e0 40 ans d\u00e9tenus comme membres d\u2019autod\u00e9fense dans le D\u00e9partement de la Menoua, 1966.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, Lettre du lieutenant Rebouilh au chef de l\u2019autod\u00e9fense de Bandjoun, 01-10-1960.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Auer, Andreas, Maliverni, Giorgio et Hottelier, Michel. 2006. <em>Droit constitutionnel suisse Vol II<\/em>. Berne\u00a0: \u00c9ditions Stampili.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Blanchard, Emmanuel et Glasman, Jo\u00ebl. 2012.\u00a0Introduction g\u00e9n\u00e9rale. Le maintien de l\u2019ordre dans l\u2019empire fran\u00e7ais\u00a0: une historiographie \u00e9mergente. Dans Bat, Jean-Pierre, Courtin, Nicolas (dir.), <em>Maintenir l\u2019ordre colonial, Afrique et Madagascar, XIXe-XXe si\u00e8cles <\/em>(11- 41). Rennes\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Rennes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Deltombe, Thomas, Domergue, Manuel et Tatsitsa, Jacob. 2012.<em> Kamerun!, une guerre cach\u00e9e aux origines de la Fran\u00e7afrique 1948-1971<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: \u00c9ditions Ifrikiya.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dongmo, Jean Louis. 1981. <em>L\u2019am\u00e9nagement de l\u2019espace rural en pays Bamilek\u00e9<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat IIIe cycle en G\u00e9ographie, Universit\u00e9 de Lille.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Elat Fongue, Annette, 79 ans, m\u00e9nag\u00e8re, Foyemtcha le 11 mars 2018.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Kamga, Narcisse. 67 ans, ex-auto-d\u00e9fenseur, Bamougoum le 14 mars 2018.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eyinga, Abel. 1978. <em>Mandat d\u2019arr\u00eat pour cause d\u2019\u00e9lections. De la d\u00e9mocratie au Cameroun (1970-1978).<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Granvaud, Rapha\u00ebl. 2009. <em>De l\u2019arm\u00e9e coloniale \u00e0 l\u2019arm\u00e9e n\u00e9ocoloniale<\/em>. SL\u00a0: Agone.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Joseph Richard. 1986. <em>Le mouvement nationaliste au Cameroun<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Journal officiel de la R\u00e9publique du Cameroun, mai 1960.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Journal officiel n\u00b01305 du 27 mai 1959.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Nanfack, Cyril. 2016.\u00a0<em>La Garde Civique et le mouvement nationaliste dans la Menoua 1960-1972<\/em>. M\u00e9moire de Master en Histoire, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Nanfack, Cyril. 2019. Le maintien de l\u2019ordre public au Cameroun\u00a0: une continuit\u00e9 de la doctrine fran\u00e7aise de maintien de l\u2019ordre 1955-1971. <em>Revue d\u2019\u00c9tudes D\u00e9coloniales<\/em>, 4. <a href=\"blank\">http:\/\/reseaudecolonial.org\/2019\/10\/09le-maintien-de-lordre-public-au-cameroun-une-continuite-de-la-doctrine-francaise-de-maintien-de-lordre-1955-1971\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kingue Mbang Bang, Jean. 2014. <em>L\u2019Alg\u00e9rie et le Cameroun dans les guerres de lib\u00e9ration nationale de 1954 \u00e0 1971\u00a0: circulation des hommes, des id\u00e9es et soutiens logistiques<\/em>. Th\u00e8se de doctorat\/ Ph. D. en Histoire, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kristian Collestis-Wahl, Hans, Peyrache-Cadeau, V\u00e9ronique et Serrate, B\u00e9n\u00e9dite. 2008\/2. Introduction g\u00e9n\u00e9rale. Les dynamiques territoriales\u00a0: quelles nouveaut\u00e9s? <em>Revue d\u2019\u00c9conomie r\u00e9gionale et urbaine<\/em>, 147-157.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 1996. <em>La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun (1920-1960).<\/em> Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2013. <em>Critique de la raison n\u00e8gre<\/em>. Paris\u00a0: La d\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Momo, Gr\u00e9goire. 1986. <em>Information sur le terrorisme en pays bamilek\u00e9\u00a0: ses causes et ses effets<\/em>. Manuscrit in\u00e9dit, Archives priv\u00e9es de Gr\u00e9goire Momo, Dschang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngoun\u00e9, Patrick Junior. 2017. <em>Les groupes d\u2019autod\u00e9fense dans le Bamboutos, 1959-1972. <\/em>M\u00e9moire de master en Histoire, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nken, Simon. 2010. <em>L\u2019UPC de la solidarit\u00e9 id\u00e9ologique \u00e0 la division strat\u00e9gique 1948-1962, essai d\u2019analyse historique<\/em>. Paris\u00a0: Anibw\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oudet, Olivier Chopin Benjamin. 2016. <em>Renseignement et s\u00e9curit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Saha, Zacharie et Kenfack Nanfack, Cyril. 2020. Le maintien de l\u2019ordre public par le \u2018\u2018 viol psychologique des foules\u2019\u2019 au Cameroun\u00a0: le cas des groupes d\u2019autod\u00e9fense Bamil\u00e9k\u00e9 (1955-1971). <em>Cahiers de l\u2019ENS de Bongor<\/em>, 1(2), 329-339.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tchakhotine, Serge. 1952. <em>Le viol des foules par la propagande politique.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wat\u00e9 Sayem, Gilbert. 2013.\u00a0<em>Les enfants soldats dans la r\u00e9sistance arm\u00e9e en pays Bamil\u00e9k\u00e9 (1957-1971).<\/em> M\u00e9moire de Master en Histoire, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Weber, Max. 1995. <em>Politique et histoire<\/em>. Paris : Librairie Droz.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019UPC, depuis sa cr\u00e9ation en 1948, militait pour l\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun. Ses militants, depuis les \u00e9meutes de mai 1955, pos\u00e8rent des actes qui troublaient l\u2019ordre pr\u00e9\u00e9tabli par la France. On a assist\u00e9 \u00e0 des propagandes, des incendies, des r\u00e9unions ill\u00e9gales sur les lieux publics, des intimidations et des attaques de toutes sortes qui constituaient des troubles et des menaces \u00e0 la paix. Les autorit\u00e9s administratives et les forces de maintien de l\u2019ordre tent\u00e8rent en vain de r\u00e9tablir l\u2019ordre et la paix. Dans cette perspective, les suppl\u00e9tifs \u00e9merg\u00e8rent au Cameroun pour aider les forces de l\u2019ordre. Il s\u2019agissait des guides, des pisteurs, des agents de renseignement, des autod\u00e9fenseurs et des Gardes Civiques. Ces suppl\u00e9tifs camerounais aid\u00e8rent les autorit\u00e9s administratives et militaires dans les actions de maintien de l\u2019ordre \u00e0 travers les actions pr\u00e9ventives et r\u00e9pressives. Ces diff\u00e9rentes actions contribu\u00e8rent aux dynamiques territoriales. Ainsi, plusieurs espaces ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s\u00a0: en Sanaga-Maritime, on avait la ZOPAC (Zone de Pacification de la Sanaga-Maritime) et des centres de propagandes alors qu\u2019en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9, on avait les camps de regroupement et les camps de la Garde Civique. Il est question de montrer l\u2019apport des suppl\u00e9tifs camerounais au maintien de l\u2019ordre public et les dynamiques territoriales de 1955 \u00e0 1971. La r\u00e9alisation de ce travail s\u2019appuie sur\u00a0la collecte des donn\u00e9es orales, \u00e9crites et webographiques. Leur traitement et analyse font appel \u00e0 la pluridisciplinarit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/cameroun\/\">Cameroun<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/dynamique-territoriale\/\">dynamique territoriale<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/maintien-de-lordre\/\">maintien de l\u2019ordre<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/suppletifs-camerounais\/\">suppl\u00e9tifs camerounais<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/troubles-a-lordre\/\">troubles \u00e0 l\u2019ordre<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The UPC since its creation in 1948, militated for the independence of Cameroon. Its militants since the riots of May 1955 put the acts that disturbed the order pre-established by France. One attended propagandas, of the fires, at the scene of the illegal meetings public, of the intimidations and the attacks of all sorts that constituted the unrests and threats to the peace. The administrative authorities and the strengths of maintenance of the order tempted in vain to re-establish the order and the peace. In this perspective, the additional emerged in Cameroon to help the polices. It was about the guides, the ski patrolmen, the agents of information, the auto-defenders and Civic Guards. These additional Cameroonian helped the administrative and military authorities in the actions of maintenance of the order through the preventive and repressive actions. These different actions contributed to the territorial dynamics. Thus, several spaces have been created; in Sanaga-Maritime one had the ZOPAC (Pacification Zone of the Sanaga-Maritime) and of the centers of propagandas whereas in bamil\u00e9k\u00e9 Region one had the camps of regrouping and the camps of the Civic Care. It is question to show the contribution of the additional Cameroonian to the maintenance of the public order and the territorial dynamics of 1955 to 1971. The realization of this work leans on the collection of the oral, written data and webographics. Their treatment and analysis call on the multidisciplinarity.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/additional-cameroonian\/\">additional cameroonian<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/cameroon\/\">Cameroon<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/maintenance-of-the-order\/\">maintenance of the order<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/territorial-dynamic\/\">territorial dynamic<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/unrest-to-the-order\/\">unrest to the order<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>24 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>8 ao\u00fbt 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>9 juin 2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Auer Andreas <em>et al.<\/em>, l\u2019ordre public est \u00ab\u00a0un minimum indispensable \u00e0 la coexistence des habitants du pays\u00a0\u00bb (Auer, Maliverni et Hottelier, 2006, p. 101). Lorsqu\u2019il est troubl\u00e9, l\u2019\u00c9tat ayant le monopole de la violence physique l\u00e9gitime (Weber, 1995), utilise ses forces de r\u00e9pression pour r\u00e9tablir l\u2019ordre. Le Cameroun respecte cette mission de l\u2019\u00c9tat. Suite \u00e0 son engagement \u00e0 lib\u00e9rer le Cameroun du joug colonial, l\u2019UPC (Union des Populations du Cameroun), plonge l\u2019\u00c9tat colonial du Cameroun \u00e0 partir de 1955 (\u00e9meutes de mai) dans les troubles \u00e0 l\u2019ordre public. Pour ce faire, le r\u00e9gime colonial fran\u00e7ais a mobilis\u00e9 ses forces pour r\u00e9tablir l\u2019ordre \u2013 sans y parvenir. Sa doctrine de maintien de l\u2019ordre exp\u00e9riment\u00e9e en Indochine et en Alg\u00e9rie fut appliqu\u00e9e au Cameroun (Kenfack Nanfack, 2019). Ainsi, suite \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 des Forces de Maintien de l\u2019Ordre (FMO) \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre, les suppl\u00e9tifs camerounais ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s en renfort. Ceux-ci ont men\u00e9, en collaboration avec les Forces de Maintien de l\u2019Ordre, plusieurs actions de pr\u00e9vention et de r\u00e9pression des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun. Ces actions ont contribu\u00e9 non seulement au retour \u00e0 l\u2019ordre public, mais aussi aux dynamiques territoriales avec la cr\u00e9ation de la ZOPAC en Sanaga-Maritime et des camps de regroupement en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. D\u00e8s lors, la place accord\u00e9e aux suppl\u00e9tifs camerounais est apparue comme le fruit d\u2019un d\u00e9ficit s\u00e9curitaire et un imp\u00e9ratif strat\u00e9gique pour le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre public au Cameroun entre 1955 et 1971.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent article s\u2019interroge sur le contexte d\u2019\u00e9mergence des suppl\u00e9tifs et les rapports de leurs actions avec les dynamiques territoriales. En d\u2019autres termes, comment les suppl\u00e9tifs camerounais sont-ils devenus un maillon essentiel du maintien de l\u2019ordre public au Cameroun? Quel a \u00e9t\u00e9 leur r\u00f4le dans le r\u00e9tablissement final de l\u2019ordre public? Quel a \u00e9t\u00e9 l\u2019impact de leurs actions dans les dynamiques territoriales? Dans une perspective pol\u00e9mologique et sociohistorique, nous allons pr\u00e9senter le contexte d\u2019\u00e9mergence des suppl\u00e9tifs camerounais, leur action de maintien de l\u2019ordre et les dynamiques territoriales.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le contexte d\u2019\u00e9mergence des suppl\u00e9tifs camerounais<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019UPC, cr\u00e9\u00e9e en 1948, militait pour la r\u00e9unification et l\u2019ind\u00e9pendance dans les brefs d\u00e9lais des deux Cameroun. Ce programme allait \u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de la France. Pour cette raison, elle tenta de museler le parti nationaliste, mais l\u2019UPC refusa d\u2019abandonner son programme sociopolitique pour le Cameroun (Richard, 1986, p.\u00a0304). La France, courrouc\u00e9e face \u00e0 la r\u00e9sistance, d\u00e9cida d\u2019en d\u00e9coudre avec l\u2019UPC. Il fallait donc trouver des voies et moyens pour an\u00e9antir l\u2019UPC et l\u2019effacer de l\u2019\u00e9chiquier politique du pays. Les mesures prises par les autorit\u00e9s coloniales conduisirent le pays aux \u00e9meutes de mai 1955 qui entra\u00een\u00e8rent les premiers troubles \u00e0 l\u2019ordre public et la naissance des suppl\u00e9tifs camerounais.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les \u00e9meutes de mai 1955, les premiers troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun et les origines des suppl\u00e9tifs<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les actions men\u00e9es par l\u2019UPC depuis sa cr\u00e9ation en 1948 conduisent le pays aux \u00e9meutes de mai 1955. L\u2019activisme politique du parti nationaliste portait atteinte aux int\u00e9r\u00eats de la m\u00e9tropole. Dans ce climat de relation tendue entre l\u2019UPC et le r\u00e9gime colonial, le \u00ab\u00a0sinistre Roland Pr\u00e9\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Roland Pr\u00e9\u00a0est trait\u00e9 de sinistre parce qu\u2019il arriva au Cameroun en 1954 en tra\u00eenant derri\u00e8re lui une grande r\u00e9putation de colonisateur autoritaire et sauvagement brutal. Il devait sa r\u00e9putation aux m\u00e9thodes dures de commandement qu\u2019il avait pratiqu\u00e9es au Gabon (1946-1947), en Guin\u00e9e (1948-1949) et en Haute-Volta (1952-1953). D\u00e8s son arriv\u00e9e au Cameroun, il s\u2019en prend \u00e9nergiquement aux up\u00e9cistes, si bien qu\u2019\u00e0 la fin de son s\u00e9jour au Cameroun, plusieurs nationalistes de l\u2019UPC\u00a0\u00e9taient contraints de vivre en exil dans les pays comme le Ghana, le Congo-Za\u00efre, la Guin\u00e9e Conakry (Abwa, 1998, p. 357-358).\" id=\"return-footnote-1029-1\" href=\"#footnote-1029-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> arriva au Cameroun comme haut-commissaire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, avec pour intention d\u2019an\u00e9antir l\u2019UPC (Abwa, 1998, p.\u00a0360). Les premi\u00e8res mesures prises par ce dernier ont \u00e9t\u00e9 la signature de deux d\u00e9crets pour museler l\u2019UPC. Il s\u2019agit du d\u00e9cret du 19 f\u00e9vrier 1955 autorisant les fonctionnaires de l\u2019administration \u00e0 \u00ab\u00a0utiliser la force pour emp\u00eacher ou disperser les r\u00e9unions susceptibles de troubler l\u2019ordre public\u00a0\u00bb et celui du 5 avril 1955 demandant aux marchands d\u2019armes \u00e0 feu d\u2019\u00e9viter que les armes soient utilis\u00e9es par le \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb (Abwa, 1998, p. 364-365). Ces deux d\u00e9crets pouss\u00e8rent les forces de maintien de l\u2019ordre (FMO) \u00e0 provoquer les up\u00e9cistes qui r\u00e9pondaient \u00e0 la violence par la violence. Ainsi, du 22 au 30 mai 1955, on assista \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9meutes sanglantes opposant les militants de l\u2019UPC aux FMO dans plusieurs grandes villes du Cameroun comme Yaound\u00e9, Douala, Mbanga, Loum, Nkongsamba, etc. \u00c0 ce sujet, Simon Nken d\u00e9clare :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le 22 mai, \u00e9clata le premier incident \u00e0 Douala. Une r\u00e9union du \u00ab\u00a0front national\u00a0\u00bb fut interrompue par les militants de l\u2019UPC qui voyaient \u00e9videmment d\u2019un mauvais \u0153il l\u2019implantation de cette \u00ab\u00a0filiale\u00a0\u00bb du RDA dans le pays. C\u2019est dans cette logique que pendant la nuit du 23 au 24 mai 1955, des patrouilles ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es par des membres de l\u2019UPC dans la communaut\u00e9 de New-Bell \u00e0 Douala. Ces groupes d\u2019autod\u00e9fense s\u2019oppos\u00e8rent plusieurs fois aux forces de l\u2019ordre, incendiant des v\u00e9hicules des commis de l\u2019administration ou provoquant les non-up\u00e9cistes. Le haut-commissaire demanda les renforts aux territoires voisins de l\u2019AEF. Le 25 mai, en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, la nouvelle de la destruction du si\u00e8ge de l\u2019UPC raviva la tension\u00a0: les patrouilles de l\u2019UPC attaqu\u00e8rent les non-up\u00e9cistes, incendi\u00e8rent des voitures d\u2019Europ\u00e9ens, et attaqu\u00e8rent la prison et d\u2019autres locaux administratifs \u00e0 New-Bell. La police utilisa des grenades et des armes \u00e0 feu pour mater ces r\u00e9voltes. Les \u00e9meutes de Douala firent 7 morts, dont 3 personnes d\u2019origine europ\u00e9enne\u00a0: Doll, Zimmermans et le capitaine Georges, ainsi que 60 bless\u00e9s. Le couvre-feu fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le 25 mai 1955 \u00e0 19 heures (2010, p.\u00a0240-242).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019UPC jug\u00e9e responsable de ces \u00e9meutes fut dissoute le 13 juillet 1955 avec ses organes annexes par un d\u00e9cret du conseil des ministres fran\u00e7ais. On lit en l\u2019article premier de ce d\u00e9cret que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019UPC ainsi que toutes organisations ou associations qui \u00e9manent ou s\u2019y rattachent directement, et notamment la Jeunesse D\u00e9mocratique Camerounaise (JDC) et l\u2019Union D\u00e9mocratique des Femmes Camerounaises (UDEFEC), sont et demeurent dissoutes sur l\u2019ensemble des territoires relevant du minist\u00e8re de la France d\u2019outre-mer (ANY 1AC35 (B) UPC Dissolution, 1955).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette dissolution plongea l\u2019UPC dans la clandestinit\u00e9 qui r\u00e9agit par l\u2019orchestration du \u00ab\u00a0maquis\u00a0\u00bb ou la r\u00e9bellion arm\u00e9e en Sanaga Maritime et en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9. \u00c0 partir de ce moment, ce parti politique commen\u00e7a \u00e0 troubler l\u2019ordre public par ses faits et agissements. En effet, l\u2019UPC organisait des manifestations ill\u00e9gales, distribuait des tracts, faisait des intimidations, des propagandes et des attaques de toutes sortes (Kenfack Nanfack, 2019). Le pays fut plong\u00e9 ainsi dans une ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 nulle autre pareille et on a assist\u00e9 \u00e0 la naissance des suppl\u00e9tifs camerounais.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La naissance des suppl\u00e9tifs camerounais<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Face aux troubles \u00e0 l\u2019ordre orchestr\u00e9s d\u00e8s 1955 par l\u2019UPC, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise au Cameroun s\u2019organisa en vain pour r\u00e9tablir l\u2019ordre public. Son arm\u00e9e, inf\u00e9rieure num\u00e9riquement, avait la peine de distinguer les fauteurs de troubles du reste de la population paisible. Les populations de Djonny Baleng dans la Subdivision de Dschang, en vue de s\u2019autoprot\u00e9ger, avaient cr\u00e9\u00e9 un groupe d\u2019autod\u00e9fense en 1955 (AAD, Dossier Bafou 1959). Cela s\u2019est prolif\u00e9r\u00e9 ailleurs dans le pays. Et la France, au vu de sa doctrine exp\u00e9riment\u00e9e en Indochine et en Alg\u00e9rie, se trouva oblig\u00e9e d\u2019appeler en renfort des suppl\u00e9tifs camerounais pour suppl\u00e9er ses forces de l\u2019ordre dans les actions de maintien de l\u2019ordre. Ils \u00e9taient appel\u00e9s en renfort dans les zones urbaines et rurales en ins\u00e9curit\u00e9 due \u00e0 l\u2019activisme de l\u2019UPC.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les campagnes, les soldats locaux (\u00ab\u00a0suppl\u00e9tifs\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0partisans\u00a0\u00bb) \u00e9taient appel\u00e9s en renfort, de m\u00eame que, en ville, les \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9s\u00a0\u00bb de confiance ou encore les colons. On trouve dans le \u00ab\u00a0maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0Europ\u00e9ens\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0Indig\u00e8nes\u00a0\u00bb, des acteurs publics et des acteurs priv\u00e9s, des professionnels de l\u2019ordre et des personnels d\u2019autres administrations, voire de simples civils, non sp\u00e9cialis\u00e9s. Au final, sous couvert de n\u2019en parler qu\u2019\u00e0 demi-mot, l\u2019\u00c9tat colonial tend parfois \u00e0 se fondre tout entier dans la question du maintien de l\u2019ordre\u00a0\u00bb (Blanchard et Glasman, 2012, p. 11-41).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs \u00e9taient recrut\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action des autorit\u00e9s administratives, des autorit\u00e9s militaires et des chefs traditionnels. Les modes de recrutement de ces suppl\u00e9tifs furent la propagande et la proposition. Les crit\u00e8res de recrutement \u00e9taient les suivants\u00a0: \u00eatre citoyen camerounais, \u00eatre originaire du village, de la chefferie ou du camp de regroupement, \u00eatre \u00e2g\u00e9 de 18 ans au moins et 35 ans au plus, n\u2019avoir encouru aucune condamnation correctionnelle et \u00eatre normalement sain et bien constitu\u00e9 (ANY 1AA1006, Garde Civique Nationale, organisation, 1963).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En Sanaga-Maritime, on avait des pisteurs, des guides et des agents de renseignements qui op\u00e9raient au sein de la Zone de Pacification de la Sanaga-Maritime (ZOPAC), cr\u00e9\u00e9e le 9 d\u00e9cembre 1957 (Granvaud, 2009, p. 33). Les suppl\u00e9tifs de la r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9 \u00e9taient constitu\u00e9s des autod\u00e9fenseurs, membres des groupes d\u2019autod\u00e9fense et des gardes civiques, membres de la Garde Civique Nationale de l\u2019Ouest (GCNO), cr\u00e9\u00e9e en 1960 (Journal officiel de la R\u00e9publique du Cameroun, mai 1960, p. 691). Apr\u00e8s leur enr\u00f4lement au sein des forces suppl\u00e9tives, ils subissaient une formation exp\u00e9ditive de 03 mois dans les camps de formation. Celle-ci \u00e9tait assur\u00e9e par les forces de l\u2019ordre et les officiers fran\u00e7ais. Par exemple, la formation des gardes civiques \u00e9tait assur\u00e9e \u00e0 un moment par 05 officiers et 15 sous-officiers fran\u00e7ais (Deltombe, Domergue et Tatsitsa, 2012, p. 440-443). Apr\u00e8s cette formation, ils devenaient op\u00e9rationnels et menaient plusieurs actions de maintien de l\u2019ordre public.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les actions de maintien de l\u2019ordre public men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs camerounais travaillaient comme des forces r\u00e9guli\u00e8res. Ils menaient conjointement avec les FMO des op\u00e9rations de pr\u00e9vention et de r\u00e9pression des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les actions de pr\u00e9vention des troubles men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La loi n\u00b059-33 du 27 mai 1959 sur le maintien de l\u2019ordre encadrait les actions de maintien de l\u2019ordre public au Cameroun ind\u00e9pendant. En cas de menace et de trouble \u00e0 l\u2019ordre, des mesures d\u2019urgence respectives d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat de mise en garde\u00a0\u00bb et d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tat d\u2019alerte\u00a0\u00bb \u00e9taient d\u00e9clar\u00e9es au Cameroun (Journal officiel n\u00b0\u00a01305 du 27 mai 1959). C\u2019est dans cette perspective que l\u2019ordonnance n\u00b02 du 12 janvier 1960 institua l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence dans les D\u00e9partements du Wouri, Bamilek\u00e9, du Nyong-et-K\u00e9ll\u00e9, du Ntem, du Dja-et-Lobo, de Kribi et du Mungo jusqu\u2019\u00e0 nouvel avis (Eyinga, 1978, p. 10). La pr\u00e9vention des troubles \u00e9tait faite \u00e0 travers plusieurs actions. Il s\u2019agissait de la recherche du renseignement et de la propagande politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs participaient \u00e0 la recherche du renseignement qu\u2019ils transmettaient aux autorit\u00e9s de la ZOPAC, du Comit\u00e9 de coordination (CCO) cr\u00e9\u00e9 en 1969 (ADM, Instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b022\/PRF, 1969) et du Service des \u00c9tudes et de la Documentation (SEDOC). Les renseignements obtenus par des suppl\u00e9tifs camerounais et transmis aux FMO permettaient de traquer les fauteurs de troubles ou de d\u00e9truire leurs \u00ab\u00a0maquis\u00a0\u00bb. Les suppl\u00e9tifs camerounais aidaient les forces de l\u2019ordre en campagne \u00e0 ficher les habitants, foyer par foyer\u00a0; \u00e0 quadriller le territoire et \u00e0 faire l\u2019\u00e9ducation de masse (Granvaud, 2009, p. 33). Cela se faisait par la propagande politique pour \u00e9loigner les populations de l\u2019endoctrinement de l\u2019UPC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La propagande politique, contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9ducation qui cherche \u00e0 former, cherche plut\u00f4t \u00e0 conditionner les r\u00e9flexes, transformer ou confirmer les opinions. Elle a pour technique de convaincre et de r\u00e9duire en suj\u00e9tion par la force politique ou militaire (Tchakhotine, 1952, p. 124). On constate que la propagande amenait les populations \u00e0 soutenir le r\u00e9gime au pouvoir, colonial ou postcolonial. C\u2019\u00e9tait donc un \u00ab\u00a0viol psychologique\u00a0\u00bb des populations, selon Serge Tchakhotine (1952, p. 140). On assistait \u00e0 une v\u00e9ritable campagne d\u2019exploitation et de conqu\u00eate des c\u0153urs, o\u00f9 les suppl\u00e9tifs vivaient aupr\u00e8s des populations et les endoctrinaient sans cesse (Kingue Mbang Bang, 2014, p. 252). Pour mieux faire cette propagande politique, 09 centres de propagandes furent ouverts \u00e0 Es\u00e9ka dans le canton Babimbi-ouest en 1958 (Mbembe, 1996, p. 365) o\u00f9 on y diffusait des films sur le \u00ab\u00a0civisme\u00a0\u00bb et autres. De m\u00eame en r\u00e9gion Bamilek\u00e9, les films de propagande \u00e9taient projet\u00e9s via les cin\u00e9bus escort\u00e9s par les autod\u00e9fenseurs dans les camps de regroupement (Momo, 1986, p. 51). Lorsque les troubles \u00e9taient perp\u00e9tr\u00e9s, les suppl\u00e9tifs camerounais se trouvaient dans l\u2019obligation de mener des actions de r\u00e9pression, m\u00eame s\u2019ils font partie des forces suppl\u00e9tives.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les actions de r\u00e9pression des troubles men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs camerounais, plus proches des populations par rapport aux FMO, avaient la possibilit\u00e9 de faire la diff\u00e9rence entre les populations paisibles et les fauteurs de troubles. \u00c0 ce titre, ils menaient plusieurs actions r\u00e9pressives des troubles \u00e0 l\u2019ordre public\u00a0: des actions d\u00e9fensives et offensives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les actions d\u00e9fensives furent les surveillances, l\u2019alerte et les escortes. Les suppl\u00e9tifs surveillaient les zones sensibles enclines aux attaques rebelles. Il s\u2019agissait des services publics, des voies publiques, des march\u00e9s, des villages et des camps de regroupement, etc. Il \u00e9tait question d\u2019un zonage qui allait de pair avec un maillage de la r\u00e9pression, le quadrillage de la population, l\u2019utilisation des autod\u00e9fenseurs, des gardes civiques et des officiers et sous-officiers fran\u00e7ais dans la lutte contre les troubles \u00e0 l\u2019ordre public (Mbembe, 2013, p. 16). Dans le D\u00e9partement de la Menoua, 3444 autod\u00e9fenseurs s\u2019occupaient de la surveillance des zones sensibles en 1966 (ARO, 1AA7, 1966). Pendant les surveillances, ils donnaient l\u2019alerte en cas d\u2019attaque des fauteurs de troubles. Ces derniers utilisaient comme instrument d\u2019alerte des sifflets (Anafak Lemofak, 2003, p. 54). Ils utilisaient aussi d\u2019autres instruments traditionnels de musique, \u00e0 savoir des tams-tams<a class=\"footnote\" title=\"Le tam-tam est un outil de communication traditionnelle utilis\u00e9e par les Bamilek\u00e9. \u00c0 ce titre, il est utilis\u00e9 pour diffuser l\u2019information \u00e0 un nombre important de personnes dans la chefferie. Il est par exemple utilis\u00e9 pour annoncer des malheurs ou pour regrouper les populations au sein du palais du chef. Pendant la guerre d\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun, le tam-tam \u00e9tait utilis\u00e9 pour alerter les populations de l\u2019arriv\u00e9e des fauteurs de trouble \u00e0 l\u2019ordre public.\" id=\"return-footnote-1029-2\" href=\"#footnote-1029-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> pour communiquer avec les populations et les mettre en \u00e9tat d\u2019alerte en cas de danger imminent. Ces instruments traditionnels de communication portaient des fruits dans les campagnes. Dans le Bamboutos, les autorit\u00e9s administratives avaient justifi\u00e9 le dispositif d\u2019alerte en ces termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons mis sur place, pour rendre la d\u00e9fense efficace et coh\u00e9rente, des tam-tams d\u2019alerte (t\u00e9l\u00e9phone de l\u2019arrondissement), des hangars, torches d\u2019alerte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des diff\u00e9rents postes de garde pour permettre le regroupement rapide des troupes d\u2019autod\u00e9fense et l\u2019arriv\u00e9e rapide des renforts des forces de l\u2019ordre. Ces engins appel\u00e9s encore pyramides des troupes d\u2019autod\u00e9fense assurent la protection de diff\u00e9rents groupes de patrouilles (ASPMB, Politique g\u00e9n\u00e9rale 1959, p.\u00a08, cit\u00e9 par Ngoun\u00e9, 2017, p. 97).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les autod\u00e9fenseurs se joignaient aux renforts des forces de l\u2019ordre pour les poursuites ou proc\u00e9daient eux-m\u00eames aux poursuites des fauteurs de troubles, ce qui donnait lieu \u00e0 une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0chasse \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb dans les villes ou les villages. Les suppl\u00e9tifs avaient la possibilit\u00e9 d\u2019arr\u00eater les suspects et de les garder \u00e0 vue avant de pr\u00e9venir les forces de l\u2019ordre (ARO, Lettre du lieutenant Rebouilh au chef de l\u2019autod\u00e9fense de Bandjoun, 01-10-1960).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les suppl\u00e9tifs, tout comme les forces de l\u2019ordre, escortaient les autorit\u00e9s civiles et les paysans, car les troubles \u00e0 l\u2019ordre public les emp\u00eachaient de vaquer \u00e0 leurs occupations. L\u2019effectif de l\u2019escorte ou de la garde \u00e9tait fix\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 militaire compte tenu du degr\u00e9 d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de la localit\u00e9 \u00e0 traverser, selon l\u2019instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b0 13\/CAB\/PR du 9 avril 1962 pr\u00e9sentant les dispositions relatives aux escortes de s\u00e9curit\u00e9 des autorit\u00e9s civiles dans les r\u00e9gions troubl\u00e9es. Ces escortes \u00e9taient constitu\u00e9es des personnels et des v\u00e9hicules de la gendarmerie ou de l\u2019arm\u00e9e (ARO, 1AA180, L\u2019instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b0 13\/CAB\/PR du 9 avril 1962). \u00c0 titre illustratif, le 4 novembre 1959, 50 \u00e9l\u00e9ments du commando d\u2019autod\u00e9fense de Bafou faisaient partie de l\u2019\u00e9quipe d\u2019escorte de Quezel-Colomb, sous-pr\u00e9fet de Dschang en tourn\u00e9e de prise de contact avec les populations de Fotomena (ADM, Rapport du capitaine Pillant, le 4 novembre 1959). En plus de ces actions d\u00e9fensives, les suppl\u00e9tifs menaient aussi des actions offensives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les actions offensives des suppl\u00e9tifs camerounais comprenaient notamment des patrouilles, des fouilles et des embuscades nocturnes. Ils servaient de guides aux forces de l\u2019ordre pendant les patrouilles dans les villages (Entretien avec Kamga, 14 mars 2018). Ces patrouilles mixtes \u00e9taient constitu\u00e9es de l\u2019autod\u00e9fense, de la Garde civique et des forces de maintien de l\u2019ordre. Le tableau suivant fait le bilan des patrouilles en r\u00e9gion Bamilek\u00e9 pendant la semaine du 6 au 12 septembre 1964\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. Bilan des patrouilles de la semaine du 6 au 12 septembre 1964 en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 170px\">\n<tbody>\n<tr style=\"height: 31px\">\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\"><strong>D\u00e9partements <\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\"><strong>Nombre de rebelles morts<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\"><strong>Nombre de rebelles arr\u00eat\u00e9s<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\"><strong>Perte c\u00f4t\u00e9 autod\u00e9fense<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\"><strong>Nombre de fusils saisis<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\"><strong>Munitions saisies<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\"><strong>Maquis d\u00e9truits<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 31px\">\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Menoua<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">3<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">2<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">4 cartouches<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 31px\">\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Bamboutos<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">3<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 31px\">\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Nd\u00e9<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">3<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\">13 cases des autod\u00e9fenseurs incendi\u00e9es<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">5<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">1 cartouche<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">5<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 31px\">\n<td style=\"height: 31px;width: 98.4201px\">Haut-Nkam<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 130.295px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 135.451px\">6<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 201.181px\"><\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 117.934px\">3<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 102.865px\">5 cartouches<\/td>\n<td style=\"height: 31px;width: 88.75px\">Rien \u00e0 signaler<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 98.4201px\">Totaux<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 130.295px\">6<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 135.451px\">9<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 201.181px\">13<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 117.934px\">10<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 102.865px\">10 cartouches<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 88.75px\">5<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: center\">Source : ARO, 1AA (2), Bulletin de renseignement p\u00e9riode du 6 au 12 septembre 1964<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des patrouilles, les suppl\u00e9tifs, en collaboration avec les FMO, faisaient des fouilles consid\u00e9r\u00e9es comme des actions men\u00e9es apr\u00e8s obtention des renseignements suite \u00e0 l\u2019espionnage<a class=\"footnote\" title=\"L\u2019espionnage vise \u00e0 conna\u00eetre les capacit\u00e9s de nuisance et les intentions de l\u2019ennemi dans une guerre (Oudet, 2016, p. 13).\" id=\"return-footnote-1029-3\" href=\"#footnote-1029-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>. Elles permettaient de rechercher les fauteurs de troubles identifi\u00e9s par les agents du renseignement. Les suppl\u00e9tifs participaient \u00e0 ces fouilles organis\u00e9es par surprise. Les maisons \u00e9taient fouill\u00e9es de fond en comble, les suspects \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s et leurs documents et armes saisis. \u00c0 titre d\u2019exemple, les groupes d\u2019autod\u00e9fense du District de Fokou\u00e9, accompagn\u00e9s des gardes civiques, avaient men\u00e9 des op\u00e9rations de fouilles le mois de d\u00e9cembre 1963 de 6h \u00e0 16h dans les regroupements de Fomepea, Bamendou IV et Fontsa-Touala (ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, d\u00e9cembre 1963). Les embuscades faisaient partie aussi des actions offensives men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs camerounais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les embuscades sont des man\u0153uvres militaires par lesquels une troupe se dissimule afin d\u2019attaquer l\u2019ennemi par surprise et l\u2019abattre. Elles \u00e9taient alors tendues sur les routes emprunt\u00e9es par les combattants de l\u2019Arm\u00e9e Nationale de Lib\u00e9ration du Kamerun (ALNK). Lorsque ces derniers tombaient dans ces embuscades, on assistait \u00e0 des \u00e9changes des coups de tirs. Certains combattants de l\u2019ALNK \u00e9taient assassin\u00e9s et d\u2019autres captur\u00e9s malgr\u00e9 leurs ripostes. Comme les insurg\u00e9s attaquaient r\u00e9guli\u00e8rement la nuit, les embuscades \u00e9taient nocturnes. Ce fut le cas \u00e0 Fotomena en ao\u00fbt 1963 o\u00f9 les forces de l\u2019ordre et les autod\u00e9fenseurs tendaient des embuscades nocturnes aux combattants du mouvement nationaliste (ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, le 31 ao\u00fbt 1963). Pendant la nuit, il \u00e9tait impossible de voir plus loin. Ainsi, les nationalistes fauteurs de troubles tombaient facilement dans ces embuscades. Par l\u2019effet de surprise, les fauteurs de troubles \u00e9taient an\u00e9antis. Cette action d\u00e9courageait d\u2019autres combattants up\u00e9cistes qui avaient peur de la surprise. Les combattants d\u00e9courag\u00e9s se ralliaient au r\u00e9gime en abandonnant la lutte de l\u2019UPC. Ces diff\u00e9rentes actions des suppl\u00e9tifs camerounais ont occasionn\u00e9 des dynamiques territoriales.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les dynamiques territoriales au Cameroun<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les dynamiques territoriales au Cameroun comme ailleurs \u00ab\u00a0reste marqu\u00e9e par une inspiration \u00e0 dominante institutionnaliste qui transparait dans la prise en compte des dimensions sociales et d\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9s historiques\u00a0\u00bb (Kristian Colletis-Wahl, Peyrache-Cadeau et Serrate, 2008\/2, p. 147-157). La crise sociopolitique au Cameroun (1955-1971), marqu\u00e9e par des interactions entre les forces r\u00e9guli\u00e8res, irr\u00e9guli\u00e8res et les fauteurs de troubles, a eu des r\u00e9percussions \u00e0 l\u2019\u00e9chelle territoriale. On a assist\u00e9 \u00e0 la recomposition, voire la reconstruction de certains espaces \u00e0 des fins de maintien de l\u2019ordre public. Ces espaces se trouvaient en Sanaga-Maritime et en r\u00e9gion Bamilek\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les espaces de la Sanaga-Maritime\u00a0: la ZOPAC et les centres de propagande<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La Zone de Pacification de la Sanaga-Maritime (ZOPAC) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e le 9 d\u00e9cembre 1957 avec une hi\u00e9rarchie civilo-militaire command\u00e9e par le colonel Jean Lamberton. Elle fut cr\u00e9\u00e9e pour quadriller le territoire du Pays bassa, afin d\u2019\u00e9touffer la r\u00e9volte de l\u2019UPC en clandestinit\u00e9. Le colonel Jean Lamberton signalait le 27 mars 1958 que la ZOPAC \u00e9tait compos\u00e9e de cinq secteurs\u00a0: \u00ab il s\u2019agissait respectivement du secteur dit de la voie ferr\u00e9e, du secteur dit de la bretelle, de Boumnyebel, Dingombi et Basso\u00a0\u00bb (Mbembe, 1996, p. 349). Dans tous ces secteurs, la population \u00e9tait surveill\u00e9e par un dispositif s\u00e9curitaire dans des camps ceintur\u00e9s d\u2019une palissade et dot\u00e9s d\u2019un mirador (Achille Mbembe, 1996, p. 354). Pour atteindre ces objectifs, la population (toutes les personnes \u00e0 l\u2019exception des nationalistes et des bandits) \u00e9tait regroup\u00e9e le long des axes routiers des villages ou villes afin de faciliter son contr\u00f4le. Chaque camp \u00e9tait peupl\u00e9 entre 500 et 22000 personnes. Selon Serge Tchakhotine (1952, p. 140), la population subissait le \u00ab\u00a0viol psychologique\u00a0\u00bb par la propagande politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le quartier g\u00e9n\u00e9ral de la ZOPAC \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 Es\u00e9ka. Elle avait plusieurs subdivisions. On avait une base de ravitaillement et d\u2019\u00e9vacuation install\u00e9e \u00e0 Boumny\u00e9bel, un poste de commandement \u00e0 Es\u00e9ka, un syst\u00e8me de transmission, cinq commandements de secteurs (Mbembe, 1996, p.\u00a0350). Le fonctionnement de la ZOPAC exigeait la collaboration \u00e9troite entre les unit\u00e9s de l\u2019administration coloniale et les unit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e coloniale fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour opposer \u00e0 la propagande up\u00e9ciste une contre-propagande efficace \u00e0 m\u00eame de d\u00e9truire de l\u2019esprit des populations les id\u00e9es \u00e9mancipatrices port\u00e9es par l\u2019UPC, les centres de propagandes furent cr\u00e9\u00e9s. Ainsi, \u00e0 Es\u00e9ka dans le canton Babimbi-Ouest, neuf centres de propagande ont \u00e9t\u00e9 ouverts en mars 1958. Il s\u2019agissait des centres du village de Ngamb\u00e9 I, Putkak, Botb\u00e9a, Song-Mbengue, Kan, Pendjock, Mambondo, Ngamb\u00e9 II et Nsingmandeng (Mbembe, 1996, p.\u00a0365). Ces centres \u00e9taient des espaces am\u00e9nag\u00e9s dans les villages pour accueillir toute la population pendant les s\u00e9ances de propagande et d\u2019\u00ab\u00a0action psychologique\u00a0\u00bb. Des bancs publics \u00e9taient dispos\u00e9s pour recevoir les populations et un tableau \u00e9tait plac\u00e9 comme \u00ab\u00a0Panneau d\u2019Information-Propagande\u00a0\u00bb. Ces panneaux \u00e9taient des contreplaqu\u00e9s de 2 m de longueur et 1,50 m de largeur mont\u00e9s sur des piquets \u00e0 une hauteur de 1,20 m du sol (Mbembe, 1996, p.\u00a0366). En juin 1958, dix autres centres \u00e9taient soumis \u00e0 l\u2019action de propagande, selon une p\u00e9riodicit\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e. Le tableau ci-apr\u00e8s pr\u00e9sente ces centres de propagande de la Sanaga-Maritime en juin 1958.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Les centres de propagande de la Sanaga-Maritime en juin 1958<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 165px\">\n<tbody>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\"><strong>Secteur <\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\"><strong>Villages concern\u00e9s<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\"><strong>Dur\u00e9e de la propagande<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Boumny\u00e9bel<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Makai-Mamb<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Ntouleng<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Mis\u00e9-Kikot<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Dibang<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Mom-Bomb-Dingombi<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Mdoup\u00e9<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Makak-Ndokoma-Boga<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">3 jours<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Bogso<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Mapan-Song Bassong<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">3 jours<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Makak<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Minka-Bondjock-Mom<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Bidjoka<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Badjob-Messondo<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">3 jours<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Bot-Makak<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Pan-Makak<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">2 jours<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Canton Basso<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\">Nyaho-Nkengkwala-Nyanon<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">1 semaine<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 15px\">\n<td style=\"height: 15px;width: 90.7118px\">Matomb<\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 189.618px\"><\/td>\n<td style=\"height: 15px;width: 162.5px\">2 jours<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: center\">Source\u00a0: Mbembe, 1996, p. 365<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les centres de propagande de la r\u00e9gion bassa fonctionnaient sous la direction des responsables indig\u00e8nes et le mat\u00e9riel \u00e9tait pris en charge par les chefs des villages. Dans chaque centre, l\u2019action psychologique \u00e9tait men\u00e9e par un officier directeur de l\u2019action psychologique. Dans ces centres, la propagande politique se faisait sous le fallacieux pr\u00e9texte d\u2019\u00e9ducation des masses. C\u2019\u00e9tait une manipulation mentale qui agissait sur les r\u00e9flexes des populations (Saha et Kenfack Nanfack, 2020, p.\u00a0329-339). On avait aussi d\u2019autres espaces de maintien de l\u2019ordre en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les espaces de la r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9\u00a0: les camps de regroupement et de la garde civique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les regroupements des populations \u00e9taient tributaires \u00e0 la cr\u00e9ation des camps de regroupement en 1960 par les autorit\u00e9s administratives. Ces camps visaient \u00e0\u00a0&#8211; \u00ab\u00a0isoler en brousse les \u2018\u2018rebelles\u2019\u2019 irr\u00e9ductibles pour les \u00e9craser facilement\u00a0; prot\u00e9ger les populations innocentes contre les repr\u00e9sailles \u00e9ventuelles de ces \u2018\u2018rebelles\u2019\u2019 endurcis et enfin surveiller les anciens \u2018\u2018rebelles\u2019\u2019 pour \u00e9viter qu\u2019ils ne r\u00e9cidivent\u00a0\u00bb (Dongmo, 1981, p.\u00a0156). Ils avaient aussi pour objectif d\u2019accueillir les ralli\u00e9s. Ces camps \u00e9taient au nombre de 75 en r\u00e9gion Bamilek\u00e9, r\u00e9partis ainsi qu\u2019il suit\u00a0: Mbouda 15, Bangangt\u00e9 11, Bafang 15, Bafoussam 16 et Dschang 18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les camps de regroupement \u00e9taient command\u00e9s par les officiers en collaboration avec des autod\u00e9fenseurs et des gardes civiques. Chaque camp de regroupement \u00e9tait command\u00e9, organis\u00e9, ma\u00eetris\u00e9 par un commando des gardes civiques et encadr\u00e9 en sous-main par un sous-officier fran\u00e7ais (Deltombe, Domergue et Tatsitsa, 2012, p. 443). Dans ces camps, on avait des \u00e9coles, des centres de sant\u00e9, des march\u00e9s et des plantations pour faire l\u2019agriculture et l\u2019\u00e9levage. Ces camps rempla\u00e7aient valablement les villages. La vie y \u00e9tait similaire \u00e0 celle dans les villages jadis occup\u00e9s par les populations, \u00e0 la seule diff\u00e9rence que les populations \u00e9taient surveill\u00e9es et contr\u00f4l\u00e9es. C\u2019est la raison pour laquelle les combattants de l\u2019ALNK qualifiaient ces camps de \u00ab camps de concentration nazie \u00bb (Entretien avec Elat Fongue, 11 mars 2018). Par ailleurs, on avait des camps de la GCNO en r\u00e9gion Bamil\u00e9k\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le gouvernement d\u2019Ahmadou Ahidjo avait cr\u00e9\u00e9 la Garde Civique Nationale de l\u2019Ouest (GCNO) le 10 mai 1960 (Journal officiel de la R\u00e9publique du Cameroun, mai 1960, p.\u00a0691). C\u2019\u00e9tait une force suppl\u00e9tive cr\u00e9\u00e9e pour mener une r\u00e9pression de porte \u00e0 porte. Elle avait deux types de camps\u00a0: les camps de formation et les camps de maintien de l\u2019ordre. Les camps de formation des gardes civiques \u00e9taient au nombre de 05 dont 04 se trouvaient dans le D\u00e9partement de la Menoua. Ils \u00e9taient situ\u00e9s \u00e0 For\u00e9k\u00e9-Dschang, \u00e0 Foto-palais, \u00e0 Foto-Siteu et \u00e0 Bafou. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces camps de formation, on avait des camps de maintien de l\u2019ordre dont deux camps de maintien de l\u2019ordre de la Garde Civique existaient dans le D\u00e9partement de la Menoua. Ces camps \u00e9taient situ\u00e9s en campagnes inaccessibles aux forces de maintien de l\u2019ordre. Il s\u2019agit des camps de Baleveng et de Nzindeng (Kenfack Nanfack, 2016, p. 51-60). Chaque camp de la Garde Civique bamil\u00e9k\u00e9 \u00e9tait sous le commandement d\u2019un officier et de trois sous-officiers fran\u00e7ais. Les officiers et sous-officiers \u00e9taient second\u00e9s par des commissaires politiques et des inspecteurs pour l\u2019instruction civique (Wat\u00e9 Sayem, 2013, p.\u00a076). Dans ces camps, les gardes civiques \u00e9taient divis\u00e9s en \u00ab\u00a0commandos\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire des groupes d\u2019une vingtaine d\u2019individus habitu\u00e9s \u00e0 op\u00e9rer ensemble (Deltombe, Domergue et Tatsitsa, 2012, p.\u00a0440). La GCNO \u00e9tait sous la direction du fran\u00e7ais Maurice Quezel-Colomb avec un effectif qui oscillait entre 5000 et 6000 \u00e2mes. Le peuplement de ces espaces r\u00e9sultait des actions des suppl\u00e9tifs et t\u00e9moignait ainsi du retour \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le peuplement des espaces de maintien de l\u2019ordre<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s la cr\u00e9ation des espaces de maintien de l\u2019ordre, la seconde phase des op\u00e9rations de maintien de l\u2019ordre fut l\u2019\u00ab\u00a0organisation de la population\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire son regroupement dans les camps, le long des axes routiers et son utilisation dans le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et les autorit\u00e9s administratives intimaient l\u2019ordre aux populations dites \u00ab\u00a0loyales\u00a0\u00bb de regagner ces espaces de maintien de l\u2019ordre sans aucune condition. Toute personne qui opposait une r\u00e9sistance au regroupement forc\u00e9 se rendait indirectement complice et \u00e9tait accus\u00e9e de trouble \u00e0 l\u2019ordre public. C\u2019est dans cette logique d\u2019obligation des populations \u00e0 se regrouper pour le maintien de l\u2019ordre public que le pr\u00e9fet du D\u00e9partement des Bamboutos, P.D. Ngoko, dans une correspondance adress\u00e9e aux sous-pr\u00e9fets de Batcham, Galim et Mbouda d\u00e9clarait\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le regroupement demeure obligatoire pour tous et qu\u2019aucun pr\u00e9texte ne saurait y \u00eatre oppos\u00e9. Il convient en outre de faire conna\u00eetre aux populations plac\u00e9es sous votre autorit\u00e9 que le regroupement ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une mesure d\u2019attente provisoire. Il est d\u00e9finitif et en tant que tel, son respect s\u2019impose \u00e0 tous. Aussi je vous demande de contraindre par tous les moyens dont vous disposez pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 la destruction des cases appartenant aux r\u00e9fractaires, tous vos administr\u00e9s \u00e0 rejoindre les camps de regroupement. Il para\u00eet inutile de rappeler ici que les mesures ont \u00e9t\u00e9 dict\u00e9es par le seul souci constant du gouvernement et des autorit\u00e9s pr\u00e9fectorales d\u2019assurer \u00e0 nos citoyens une protection efficace et permanente contre les actes d\u00e9shonorants des \u00e9l\u00e9ments de la subversion (ANY, 1AA\/1303. Mbouda, correspondance du pr\u00e9fet du D\u00e9partement des Bamboutos avec le ministre de l\u2019administration territoriale (1964-1966)\u00a0: Circulaire du 27 juillet 1964 \u00e0 MM les sous-pr\u00e9fets de Mbouda, Batcham et Galim).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce regroupement forc\u00e9 des populations fut entam\u00e9 vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 1957 en Sanaga-Maritime (Mbembe, 1996, p. 352). Cette activit\u00e9 de regroupement forc\u00e9 de la population arriva en r\u00e9gion bamil\u00e9k\u00e9 apr\u00e8s l\u2019assassinat de Ruben Um Nyob\u00e9, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UPC. Les suppl\u00e9tifs convainquaient les populations paisibles \u00e0 rejoindre les camps et les up\u00e9cistes \u00e0 se rallier. Les fauteurs de troubles, pour se rallier, devaient respecter certaines conditions. Il s\u2019agissait, pour la personne d\u00e9sireuse de se rallier, de se pr\u00e9senter aux autorit\u00e9s avec l\u2019arbre de paix \u00e0 la main, remettre son arme et munition, fournir des renseignements et jouer le r\u00f4le de guide aux suppl\u00e9tifs et aux forces de l\u2019ordre pendant les patrouilles (AAD, Lettre-Circulaire n\u00b0197\/LC\/CF\/DMA du 10-10-1966). Avec le respect de ces conditions, on a assist\u00e9 aux ralliements en masse des up\u00e9cistes, surtout apr\u00e8s le ralliement de certains de leurs leaders, \u00e0 savoir\u00a0: Th\u00e9odore Mayi Matip en Sanaga-Maritime, Mathias Djoumessi et Bernard Jazet en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. Les ralliements augmentaient l\u2019effectif des personnes dans les camps de regroupement. Le tableau ci-dessous pr\u00e9sente l\u2019\u00e9volution de l\u2019effectif de la population dans les camps de regroupement en r\u00e9gion Bamil\u00e9k\u00e9 entre 1960 et 1962.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 3. \u00c9volution de l\u2019effectif de la population dans les camps de regroupement en r\u00e9gion Bamil\u00e9k\u00e9 entre 1960 et 1962<\/p>\n<table class=\"aligncenter\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>D\u00e9partements <\/strong><\/td>\n<td><strong>Effectifs 1960<\/strong><\/td>\n<td><strong>Effectifs 1962 <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Mifi<\/td>\n<td>141 350<\/td>\n<td>168 274<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Nd\u00e9<\/td>\n<td>40 500<\/td>\n<td>36 890<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Haut-Kam<\/td>\n<td>67 720<\/td>\n<td>84 348<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Bamboutos<\/td>\n<td>50\u00a0360<\/td>\n<td>110 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Menoua<\/td>\n<td>100 577<\/td>\n<td>62 113<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Total<\/td>\n<td><strong>400 507<\/strong><\/td>\n<td>462 191<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: center\">Source\u00a0: ARO, 1AA158, BRH, p\u00e9riode du 5 au 11 octobre 1960 et Deltombe, Domergue et Tatsitsa<em>, Kamerun!, une guerre cach\u00e9e\u2026,<\/em> p. 543<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les dynamiques territoriales r\u00e9sultaient des actions de maintien de l\u2019ordre des suppl\u00e9tifs camerounais. Avec ces dynamiques, certaines localit\u00e9s ont chang\u00e9 de nom. Par exemple en R\u00e9gion Bamilek\u00e9, certaines chefferies portent d\u00e9sormais le nom de groupement d\u00fb au regroupement de la population entre 1957 et 1971. Les ralliements et le peuplement des camps de regroupement avaient marqu\u00e9 le retour progressif de l\u2019ordre public au Cameroun. La fusillade d\u2019Ernest Ouandi\u00e9 \u00e0 Bafoussam le 15 janvier 1971 avait marqu\u00e9 la fin des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce travail se proposait de pr\u00e9senter les actions de maintien de l\u2019ordre public des suppl\u00e9tifs camerounais et leur impact sur les dynamiques territoriales. Ces suppl\u00e9tifs \u00e9merg\u00e8rent avec l\u2019incapacit\u00e9 des forces de l\u2019ordre \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre public apr\u00e8s les \u00e9meutes de mai 1955. Suite \u00e0 leur action de pr\u00e9vention et r\u00e9pression des troubles \u00e0 l\u2019ordre public, les dynamiques du territoire camerounais s\u2019observ\u00e8rent \u00e0 partir de 1957. Les suppl\u00e9tifs appel\u00e9s en renfort furent des pisteurs, des guides et des agents de renseignements en Sanaga-Maritime\u00a0; des autod\u00e9fenseurs et des gardes civiques en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. Les actions de pr\u00e9vention des troubles \u00e0 l\u2019ordre public men\u00e9es par les suppl\u00e9tifs furent la recherche du renseignement et la propagande politique. D\u00e8s lors, leurs actions de r\u00e9pression furent d\u00e9fensives et offensives. Au plan d\u00e9fensif, les suppl\u00e9tifs menaient des surveillances des zones sensibles et escortaient les autorit\u00e9s civiles et les paysans. Et au plan offensif, ils menaient des patrouilles, des fouilles et des embuscades nocturnes. Ces diff\u00e9rentes actions des suppl\u00e9tifs camerounais avaient contribu\u00e9 non seulement au retour \u00e0 l\u2019ordre public, mais aussi aux dynamiques territoriales. La lutte pour le maintien de l\u2019ordre s\u2019\u00e9tait accompagn\u00e9e de la cr\u00e9ation de certains espaces o\u00f9 interagissaient les suppl\u00e9tifs, les autorit\u00e9s, les populations et les (ex) fauteurs de troubles. Les diff\u00e9rents espaces furent la ZOPAC et les centres de propagande en Sanaga-Maritime\u00a0; les camps de regroupement et les camps de la GCNO en r\u00e9gion Bamilek\u00e9. Les populations \u00e9taient regroup\u00e9es par la force dans ces espaces et les fauteurs de troubles d\u00e9sireux de se rallier respectaient certaines conditions pour acc\u00e9der \u00e0 ces camps. Le peuplement des camps se faisait suite au regroupement forc\u00e9 des populations et des ralliements massifs. Avec la cessation des troubles \u00e0 l\u2019ordre public au Cameroun en 1971 suite \u00e0 l\u2019assassinat d\u2019Ernest Ouandi\u00e9, les suppl\u00e9tifs n\u2019\u00e9taient plus appel\u00e9s en renfort. Il se posa \u00e0 partir de ce moment le probl\u00e8me de leur d\u00e9mobilisation et de leur revalorisation.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">AAD, Dossier Bafou 1959.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">AAD, Lettre-Circulaire n\u00b0197\/LC\/CF\/DMA du 10-10-1966 concernant les conditions de ralliement.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abwa, Daniel. 1998. <em>Commissaires et Hauts-Commissaires de la France au Cameroun (1916-1960). Ces hommes qui ont fa\u00e7onn\u00e9 politiquement le Cameroun<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: Presses Universitaires de Yaound\u00e9 et Presses de l\u2019UCAC.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b022\/PRF, portant organisation des CCO aupr\u00e8s des chefs des circonscriptions administratives, 1969.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Rapport du capitaine Pillant, commandant provisoirement la compagnie de gendarmerie de Dschang, sur l\u2019attaque d\u2019une escorte par la population \u00e0 Fotomena (Arrondissement de Dschang), enregistr\u00e9 sous le n\u00b0 1836 le 4 novembre 1959.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, d\u00e9cembre 1963.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ADM, Rapport politique mensuel du District de Fokou\u00e9, le 31 ao\u00fbt 1963.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anafak Lemofak, Antoine Japhet. 2003. <em>L\u2019UPC, des tensions sociales au maquis dans la Subdivision de Dschang, les rapports de forces entre administration, insurg\u00e9s et populations locales\u00a0: 1949-1969. <\/em>M\u00e9moire de Ma\u00eetrise en Histoire, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANY 1AA1006, Garde Civique Nationale, organisation, 1963.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANY 1AC35 (B) UPC Dissolution 1955.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA (2), Bulletin de renseignement p\u00e9riode du 6 au 12 septembre 1964.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA158, BRH, p\u00e9riode du 5 au 11 octobre 1960.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA180, L\u2019instruction pr\u00e9sidentielle n\u00b0 13\/CAB\/PR du 9 avril 1962 pr\u00e9sentant les dispositions relatives aux escortes de s\u00e9curit\u00e9 des autorit\u00e9s civiles dans les R\u00e9gions troubl\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, 1AA7, Recensement par groupement des hommes \u00e2g\u00e9s de 18 \u00e0 40 ans d\u00e9tenus comme membres d\u2019autod\u00e9fense dans le D\u00e9partement de la Menoua, 1966.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ARO, Lettre du lieutenant Rebouilh au chef de l\u2019autod\u00e9fense de Bandjoun, 01-10-1960.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Auer, Andreas, Maliverni, Giorgio et Hottelier, Michel. 2006. <em>Droit constitutionnel suisse Vol II<\/em>. Berne\u00a0: \u00c9ditions Stampili.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Blanchard, Emmanuel et Glasman, Jo\u00ebl. 2012.\u00a0Introduction g\u00e9n\u00e9rale. Le maintien de l\u2019ordre dans l\u2019empire fran\u00e7ais\u00a0: une historiographie \u00e9mergente. Dans Bat, Jean-Pierre, Courtin, Nicolas (dir.), <em>Maintenir l\u2019ordre colonial, Afrique et Madagascar, XIXe-XXe si\u00e8cles <\/em>(11- 41). Rennes\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Rennes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Deltombe, Thomas, Domergue, Manuel et Tatsitsa, Jacob. 2012.<em> Kamerun!, une guerre cach\u00e9e aux origines de la Fran\u00e7afrique 1948-1971<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: \u00c9ditions Ifrikiya.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dongmo, Jean Louis. 1981. <em>L\u2019am\u00e9nagement de l\u2019espace rural en pays Bamilek\u00e9<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat IIIe cycle en G\u00e9ographie, Universit\u00e9 de Lille.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Elat Fongue, Annette, 79 ans, m\u00e9nag\u00e8re, Foyemtcha le 11 mars 2018.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Kamga, Narcisse. 67 ans, ex-auto-d\u00e9fenseur, Bamougoum le 14 mars 2018.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eyinga, Abel. 1978. <em>Mandat d\u2019arr\u00eat pour cause d\u2019\u00e9lections. De la d\u00e9mocratie au Cameroun (1970-1978).<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Granvaud, Rapha\u00ebl. 2009. <em>De l\u2019arm\u00e9e coloniale \u00e0 l\u2019arm\u00e9e n\u00e9ocoloniale<\/em>. SL\u00a0: Agone.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Joseph Richard. 1986. <em>Le mouvement nationaliste au Cameroun<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Journal officiel de la R\u00e9publique du Cameroun, mai 1960.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Journal officiel n\u00b01305 du 27 mai 1959.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Nanfack, Cyril. 2016.\u00a0<em>La Garde Civique et le mouvement nationaliste dans la Menoua 1960-1972<\/em>. M\u00e9moire de Master en Histoire, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Nanfack, Cyril. 2019. Le maintien de l\u2019ordre public au Cameroun\u00a0: une continuit\u00e9 de la doctrine fran\u00e7aise de maintien de l\u2019ordre 1955-1971. <em>Revue d\u2019\u00c9tudes D\u00e9coloniales<\/em>, 4. <a href=\"blank\">http:\/\/reseaudecolonial.org\/2019\/10\/09le-maintien-de-lordre-public-au-cameroun-une-continuite-de-la-doctrine-francaise-de-maintien-de-lordre-1955-1971\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kingue Mbang Bang, Jean. 2014. <em>L\u2019Alg\u00e9rie et le Cameroun dans les guerres de lib\u00e9ration nationale de 1954 \u00e0 1971\u00a0: circulation des hommes, des id\u00e9es et soutiens logistiques<\/em>. Th\u00e8se de doctorat\/ Ph. D. en Histoire, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kristian Collestis-Wahl, Hans, Peyrache-Cadeau, V\u00e9ronique et Serrate, B\u00e9n\u00e9dite. 2008\/2. Introduction g\u00e9n\u00e9rale. Les dynamiques territoriales\u00a0: quelles nouveaut\u00e9s? <em>Revue d\u2019\u00c9conomie r\u00e9gionale et urbaine<\/em>, 147-157.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 1996. <em>La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun (1920-1960).<\/em> Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2013. <em>Critique de la raison n\u00e8gre<\/em>. Paris\u00a0: La d\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Momo, Gr\u00e9goire. 1986. <em>Information sur le terrorisme en pays bamilek\u00e9\u00a0: ses causes et ses effets<\/em>. Manuscrit in\u00e9dit, Archives priv\u00e9es de Gr\u00e9goire Momo, Dschang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngoun\u00e9, Patrick Junior. 2017. <em>Les groupes d\u2019autod\u00e9fense dans le Bamboutos, 1959-1972. <\/em>M\u00e9moire de master en Histoire, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nken, Simon. 2010. <em>L\u2019UPC de la solidarit\u00e9 id\u00e9ologique \u00e0 la division strat\u00e9gique 1948-1962, essai d\u2019analyse historique<\/em>. Paris\u00a0: Anibw\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oudet, Olivier Chopin Benjamin. 2016. <em>Renseignement et s\u00e9curit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Saha, Zacharie et Kenfack Nanfack, Cyril. 2020. Le maintien de l\u2019ordre public par le \u2018\u2018 viol psychologique des foules\u2019\u2019 au Cameroun\u00a0: le cas des groupes d\u2019autod\u00e9fense Bamil\u00e9k\u00e9 (1955-1971). <em>Cahiers de l\u2019ENS de Bongor<\/em>, 1(2), 329-339.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tchakhotine, Serge. 1952. <em>Le viol des foules par la propagande politique.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wat\u00e9 Sayem, Gilbert. 2013.\u00a0<em>Les enfants soldats dans la r\u00e9sistance arm\u00e9e en pays Bamil\u00e9k\u00e9 (1957-1971).<\/em> M\u00e9moire de Master en Histoire, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Weber, Max. 1995. <em>Politique et histoire<\/em>. Paris : Librairie Droz.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/cyril-kenfack-nanfack\">Cyril KENFACK NANFACK<\/a><\/strong><br \/>Doctorant en Histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Dschang, il travaille sur les questions de d\u00e9fense, de s\u00e9curit\u00e9 et de maintien de l\u2019ordre public au Cameroun. Il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019action des forces suppl\u00e9tives.<br \/>\nContact : cyrilnanfackkenfack@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1029-1\">Roland Pr\u00e9\u00a0est trait\u00e9 de sinistre parce qu\u2019il arriva au Cameroun en 1954 en tra\u00eenant derri\u00e8re lui une grande r\u00e9putation de colonisateur autoritaire et sauvagement brutal. Il devait sa r\u00e9putation aux m\u00e9thodes dures de commandement qu\u2019il avait pratiqu\u00e9es au Gabon (1946-1947), en Guin\u00e9e (1948-1949) et en Haute-Volta (1952-1953). D\u00e8s son arriv\u00e9e au Cameroun, il s\u2019en prend \u00e9nergiquement aux up\u00e9cistes, si bien qu\u2019\u00e0 la fin de son s\u00e9jour au Cameroun, plusieurs nationalistes de l\u2019UPC\u00a0\u00e9taient contraints de vivre en exil dans les pays comme le Ghana, le Congo-Za\u00efre, la Guin\u00e9e Conakry (Abwa, 1998, p. 357-358). <a href=\"#return-footnote-1029-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1029-2\">Le tam-tam est un outil de communication traditionnelle utilis\u00e9e par les Bamilek\u00e9. \u00c0 ce titre, il est utilis\u00e9 pour diffuser l\u2019information \u00e0 un nombre important de personnes dans la chefferie. Il est par exemple utilis\u00e9 pour annoncer des malheurs ou pour regrouper les populations au sein du palais du chef. Pendant la guerre d\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun, le tam-tam \u00e9tait utilis\u00e9 pour alerter les populations de l\u2019arriv\u00e9e des fauteurs de trouble \u00e0 l\u2019ordre public. <a href=\"#return-footnote-1029-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1029-3\">L\u2019espionnage vise \u00e0 conna\u00eetre les capacit\u00e9s de nuisance et les intentions de l\u2019ennemi dans une guerre (Oudet, 2016, p. 13). <a href=\"#return-footnote-1029-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":2,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["cyril-kenfack-nanfack"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[384],"license":[],"class_list":["post-1029","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-cameroun","motscles-dynamique-territoriale","motscles-maintien-de-lordre","motscles-suppletifs-camerounais","motscles-troubles-a-lordre","keywords-additional-cameroonian","keywords-cameroon","keywords-maintenance-of-the-order","keywords-territorial-dynamic","keywords-unrest-to-the-order","contributor-cyril-kenfack-nanfack"],"part":1026,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1029","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1029\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1133,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1029\/revisions\/1133"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/1026"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1029\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1029"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1029"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1029"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1029"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}