{"id":1037,"date":"2022-05-24T14:10:43","date_gmt":"2022-05-24T12:10:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=1037"},"modified":"2022-06-10T12:31:05","modified_gmt":"2022-06-10T10:31:05","slug":"diagne2022","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/diagne2022\/","title":{"rendered":"Politiques de s\u00e9dentarisation et conflits pastoraux dans le Djolof au S\u00e9n\u00e9gal (1887-1960)"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Djolof[footnote]Ancien royaume s\u00e9n\u00e9gambien, le Djolof, situ\u00e9 dans la r\u00e9gion actuelle de Louga, nord du S\u00e9n\u00e9gal, correspond approximativement au d\u00e9partement de Lingu\u00e8re ou ce qui est convenu d\u2019appeler la zone sylvo-pastorale dont les limites g\u00e9ographiques sont fortes ambigu\u00ebs. Les plus anciens habitants de ces divers pays auraient \u00e9t\u00e9 les S\u00e9r\u00e8res. \u00c0 une date difficile \u00e0 pr\u00e9ciser, les Wolofs, repoussant les Toucouleurs que les Maures contraignaient \u00e0 l\u2019exode vers le Sud-ouest, auraient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le Djolof, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sert\u00e9 en partie par les S\u00e9r\u00e8res, et s\u2019y seraient \u00e9tablis sans violence. Les mouvements des peuples et l\u2019abandon du Djolof par les S\u00e9r\u00e8res \u00e9taient la cons\u00e9quence des exactions et des pillages des Maures. On ne saurait pr\u00e9ciser si les Peuls ont devanc\u00e9 les Wolofs dans le pays, ou s\u2019ils sont arriv\u00e9s en m\u00eame temps qu\u2019eux. La m\u00e9moire collective raconte que le Djolof aurait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par Ndiadiane Ndiaye. Les descendants de cette dynastie r\u00e9gn\u00e8rent en ma\u00eetre absolu dans le Djolof jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais. \u00c0 cette p\u00e9riode, Alboury dirigeait le Djolof. Son fils, Bouna Alboury, sera d\u2019ailleurs le chef du Djolof apr\u00e8s la soumission du pays \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 coloniale par le biais d\u2019un trait\u00e9 de paix \u00e0 la date du 18 avril 1885 entre le bourba Alboury Ndiaye et Victor Ballot, directeur des affaires politiques de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal. Voir 10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par BALLO, l\u2019Administrateur Commandant le cercle.[\/footnote] est un lieu de rencontre, de contact et d\u2019\u00e9change. Plusieurs migrations (Ba, 1986, Lam, 1993) venues de la S\u00e9n\u00e9gambie m\u00e9ridionale et septentrionale ont forg\u00e9 une civilisation pastorale et agricole, symbole de leur coexistence. Les diverses relations entre le Djolof et les autres provinces de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal ont donn\u00e9 naissance \u00e0 une jonction de populations (Barry, 1988, Daha Cherif, 2013, Fall, 2016). La colonisation a fait na\u00eetre un nouveau syst\u00e8me d\u2019organisation et d\u2019exploitation consistant \u00e0 privil\u00e9gier les uns au d\u00e9triment des autres. Les syst\u00e8mes pastoraux s\u2019en sortent \u00e9branl\u00e9s et la lutte pour le pourvoir appara\u00eet sous de nouvelles formes. La mobilit\u00e9, qui constitue la \u00ab\u00a0pierre angulaire\u00a0\u00bb des syst\u00e8mes pastoraux, fera face \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019administration coloniale de la restreindre afin de mieux stabiliser l\u2019espace dont elle devient le nouveau ma\u00eetre et le garant de la stabilit\u00e9. De ces politiques de s\u00e9dentarisation (Ba, 1986), les rapports entre pasteurs nomades et agriculteurs deviennent plus tendus et conflictuels.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa politique de gestion et de contr\u00f4le des populations du Djolof, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise va tenter de maintenir sur place les pasteurs nomades afin et de mettre en \u0153uvre sa \u00ab\u00a0mission civilisatrice\u00a0\u00bb. La politique de restriction des mobilit\u00e9s s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une r\u00e9action des populations nomades dont les p\u00e9r\u00e9grinations n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 sans cons\u00e9quence dans la mise en valeur de la province du Djolof.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est question, dans cet article, d\u2019analyser les politiques de s\u00e9dentarisation des pasteurs nomades mises en place par l\u2019administration coloniale dans sa conqu\u00eate de p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019arri\u00e8re-pays. Il est aussi question d\u2019examiner les r\u00e9formes territoriales et administratives, la r\u00e9action des nomades et les conflits qui d\u00e9coulent de la gestion de l\u2019espace. En d\u2019autres termes, comment l\u2019administration coloniale, dans sa politique de gestion et de contr\u00f4le de l\u2019espace et de la population, fera-t-elle face aux syst\u00e8mes pastoraux? Les politiques coloniales de s\u00e9dentarisation ont-elles des r\u00e9percussions sur la gestion pastorale et les relations entre pasteurs et agriculteurs?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questionnements, nous adoptons une d\u00e9marche analytique et critique des diff\u00e9rentes sources[footnote]Dans ce texte, nous avons utilis\u00e9 en grande partie les sources archivistiques, des enqu\u00eates de terrain et des sources imprim\u00e9es.[\/footnote] en vue de saisir le contexte de p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019administration coloniale, les politiques de s\u00e9dentarisation initi\u00e9es, ainsi que leurs r\u00e9percussions sur la gestion pastorale et les relations entre pasteurs et agriculteurs\u00a0dans le Djolof.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9formes administrative et territoriale\u00a0: contr\u00f4ler, administrer, \u00ab\u00a0civiliser\u00a0\u00bb et exploiter, un imp\u00e9ratif?<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La \u00ab\u00a0mission civilisatrice\u00a0\u00bb de la France \u00e0 l\u2019endroit des indig\u00e8nes \u00e9tait tributaire de la stabilit\u00e9 et du contr\u00f4le de l\u2019espace et de la population. Apr\u00e8s la conqu\u00eate de l\u2019espace par les armes, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise va initier des r\u00e9formes administratives et territoriales afin de mettre en \u0153uvre sa politique assimilationniste. Confront\u00e9e \u00e0 la mobilit\u00e9 constante des pasteurs, elle va tenter de fixer les nomades en mettant en place des politiques sanitaires, hydrauliques et agricoles (P\u00e9lissier, 1966, Santoir, 1983, Ba, 1986).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La conqu\u00eate territoriale de la France, qui a abouti \u00e0 la d\u00e9faite des royaumes s\u00e9n\u00e9gambiens, inaugure une nouvelle phase dans l\u2019organisation administrative et territoriale de ces royaumes. Avec la mainmise sur les territoires, un nouveau r\u00e9gime administratif est mis sur place. C\u2019est ainsi que la France, apr\u00e8s plusieurs r\u00e9formes (1919-1920), fixe les compositions et limites de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7aise[footnote]ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo etCameroun[\/footnote], cr\u00e9\u00e9e en 1895, par le biais d\u2019un d\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920[footnote]ANS, voir D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise.[\/footnote]. La cr\u00e9ation de cette entit\u00e9 r\u00e9pondait \u00e0 la fois \u00e0 des besoins politiques, \u00e9conomiques et sociaux dont le but \u00e9tait d\u2019administrer, d\u2019encadrer, de contr\u00f4ler, mais aussi d\u2019identifier la population indig\u00e8ne. Apr\u00e8s la refonte de l\u2019espace africain en g\u00e9n\u00e9ral et de l\u2019Ouest africain en particulier, les d\u00e9crets du 23 octobre 1904 et du 24 juillet 1906, portant respectivement sur l\u2019organisation du domaine et cr\u00e9ation du r\u00e9gime foncier, r\u00e9gissent le domaine foncier de l\u2019\u00c9tat[footnote]Les d\u00e9crets du 26 juillet 1906 et du 26 juillet 1932 portant r\u00e9organisation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re en AOF initient l\u2019immatriculation comme proc\u00e9dure de cr\u00e9ation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le titre foncier comme acte manifestant la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re.[\/footnote]. Le domaine foncier de l\u2019\u00c9tat est constitu\u00e9 par les biens et les immobiliers d\u00e9tenus par l\u2019administration dans les formes et les conditions pr\u00e9vues par le Code civil fran\u00e7ais. En outre, la reconnaissance de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re par l\u2019\u00c9tat colonial, issue du d\u00e9cret du 5 novembre 1830 du Code civil fran\u00e7ais, a permis une usurpation sur la gestion des terres africaines. Il se pose alors ce que Le Brise et Le Roy appellent \u00ab le probl\u00e8me de la nature du droit sur la terre et celui de la surface sur laquelle ce droit porte \u00bb (1982, p. 144) \u00e0 travers la r\u00e9forme fonci\u00e8re et agraire. Une telle politique, purement s\u00e9gr\u00e9gationniste et centralisatrice, place tous les territoires de l\u2019AOF[footnote]ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo etCameroun[\/footnote] sous la tutelle d\u2019un gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, avec pour capitale Dakar.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les anciens territoires sont ainsi divis\u00e9s en cercles. Le Cayor est partag\u00e9 entre les cercles de Louga et de Tivaoune et le Djolof est rattach\u00e9 au cercle de Louga[footnote]ANS, voir D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise.[\/footnote]. Le cercle peut \u00eatre per\u00e7u comme un lieu \u00e0 d\u00e9limitation floue servant \u00e0 absorber toutes les ressources par un contr\u00f4le plus direct de la population. Dirig\u00e9 par un chef de cercle, le cercle d\u00e9pendait du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral. Les cercles sont subdivis\u00e9s en canton. Dirig\u00e9 par un chef de canton indig\u00e8ne, le canton est compos\u00e9 par \u00ab un groupement de villages et par les territoires qui en d\u00e9pendent \u00bb (Mbaye,\u00a01991, p. 65) et plusieurs cantons pouvaient former une province[footnote]\u00c0 la t\u00eate de chaque province se trouvait un chef de province nomm\u00e9 par le Gouverneur de la colonie. Il est le repr\u00e9sentant direct de l\u2019administration coloniale, du commandant de cercle, et est aid\u00e9 dans ses t\u00e2ches par les chefs de canton et chefs de village. Ces autorit\u00e9s indig\u00e8nes deviennent ainsi les subordonn\u00e9s et les interm\u00e9diaires entre l\u2019administration coloniale et la population indig\u00e8ne afin de mieux r\u00e9pandre la pens\u00e9e coloniale et de b\u00e9n\u00e9ficier par la m\u00eame occasion certains privil\u00e8ges. En outre, ils constituent la colonne vert\u00e9brale de la politique coloniale, tant\u00f4t en ch\u00e2tiant leurs concitoyens pour maintenir l\u2019ordre, tant\u00f4t en d\u00e9non\u00e7ant les r\u00e9calcitrants au m\u00e9rite d\u2019une reconnaissance ou d\u2019une d\u00e9coration souvent per\u00e7ue comme relevant de la tra\u00eetresse.[\/footnote]. C\u2019est ainsi que l\u2019administration coloniale organise ses territoires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais pour un contr\u00f4le effectif des territoires, l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 11 janvier 1935, modifi\u00e9 par celui du 4 mars 1942, initie les villages au sein de l\u2019administration. Le village, d\u00e9crit par Mbaye comme \u00ab l\u2019unit\u00e9 administrative indig\u00e8ne \u00bb (1991, p. 67), permet \u00e0 l\u2019administration de surveiller un peuple longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme insaisissable, individualiste, errant, par le biais des chefs de village. Apr\u00e8s la r\u00e9forme fonci\u00e8re, celle territoriale attribue les terres aux collectivit\u00e9s locales ou \u00e0 des groupes de personnes par l\u2019interm\u00e9diaire du commandant de cercle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avec la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, \u00ab\u00a0les coutumes\u00a0arbitraires \u00e9taient supprim\u00e9es et la justice surveill\u00e9e, le conseil des notables contr\u00f4l\u00e9, une nouvelle forme de justice mise en place\u00a0\u00bb[footnote]ANS, S\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D5\/0011, Histoire du Djolof[\/footnote]. Malgr\u00e9 qu\u2019elles soient appel\u00e9es justice musulmane quoi que dict\u00e9es et arbitraires, les coutumes tant d\u00e9cri\u00e9es sont appel\u00e9es \u00e0 dispara\u00eetre, les indig\u00e8nes appel\u00e9s \u00e0 plus de civilit\u00e9, de production, de soumission, de participation pour la m\u00e8re patrie et \u00e0 scolariser les enfants en masse, telles sont d\u00e9sormais les missions assimil\u00e9es \u00e0 ce territoire et \u00e0 l\u2019ensemble de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal. L\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9, voulus par l\u2019administration coloniale, r\u00e9gnaient partout, favorisant ainsi la marche du pays vers la voie du progr\u00e8s et de la civilisation de la France. \u00c0 la t\u00eate de chaque province se trouvait un chef de province nomm\u00e9 par le Gouverneur de la colonie[footnote]ANS, <em>idem<\/em>.[\/footnote]. Il est le repr\u00e9sentant direct de l\u2019administration coloniale, du commandant de cercle et est aid\u00e9 dans ses t\u00e2ches par les chefs de canton et chefs de village[footnote]Sur r\u00e9formes territoriales et administratives, voir Saliou Mbaye, Histoire des institutions coloniales fran\u00e7aises en Afrique de l\u2019Ouest (1816-1960), 1991.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La nouvelle organisation qui voit le jour en 1895 a permis \u00e0 l\u2019administration coloniale \u00ab\u00a0d\u2019activer la p\u00e9n\u00e9tration du pays, de rendre l\u2019occupation effective, de garantir par un contr\u00f4le incessant l\u2019int\u00e9gration et d\u2019accro\u00eetre la confiance des indig\u00e8nes avec l\u2019autorit\u00e9 et de favoriser par des recensements plus exacts la progression et la r\u00e9gularit\u00e9 des recouvrements fiscaux\u00a0\u00bb[footnote]ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.[\/footnote]. C'est sans doute dans ce contexte que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[...] les Peuls s\u2019\u00e9loign\u00e8rent dans la brousse pour \u00e9chapper aux administrateurs indig\u00e8nes repr\u00e9sentant l\u2019administration coloniale dans l\u2019exercice du nouveau pouvoir. Une psychose de crainte des oreilles rouges s\u2019empara des Foulb\u00e9s, \u00e0 tel point qu\u2019ils refus\u00e8rent tout contact et se dissimul\u00e8rent, la brousse aidant, ainsi que leur capital b\u00e9tail[footnote]ANS, 10D4\/0041: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peulh: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957.[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La province du Djolof[footnote]La population du Djolof \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 30055 habitants en 1904. Elle conna\u00eetra une augmentation sensible pour atteindre 33528 habitants en 1906. Voir, ANS, s\u00e9rie D, sous s\u00e9rie 11D3. 46 Subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal. En 1948, elle \u00e9tait de 40\u00a0432 habitants. Voir 13G 58 (180) Enseignement primaire au S\u00e9n\u00e9gal.[\/footnote], fort \u00e9loign\u00e9e du cercle de Louga auquel elle d\u00e9pend, m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre administr\u00e9e et surveill\u00e9e de plus pr\u00e8s. En 1910, le cercle de Louga, cr\u00e9\u00e9 en 1887, comprenait 5 provinces.[footnote]Djolof, Ndiambour septentrional, Ndiambour m\u00e9ridional, N\u2019guick M\u00e9rina, Gandiolais.[\/footnote] La province du Djolof comptait le plus grand nombre de populations du cercle de Louga, soit 39949 habitants[footnote]ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.[\/footnote]. La population peule, la plus nombreuse, \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 21366 contre 17544 pour les Ouolofs, 1131 pour les Maures et \u00e0 438 pour les Bambaras[footnote]ANS, <em>Idem<\/em>.[\/footnote]. Toutefois, les chiffres fournis par l\u2019administration coloniale sont \u00e0 prendre avec beaucoup de pr\u00e9cautions. Les recensements de la population durant cette p\u00e9riode sont souvent biais\u00e9s et il existe un grand risque de sur\/sous-\u00e9valuation compte tenu des difficult\u00e9s que les administrateurs coloniaux avaient pour effectuer les recensements dans cette zone. Celle-ci \u00e9tait aussi vaste avec une forte mobilit\u00e9 des pasteurs peuls r\u00e9ticents \u00e0 tout recensement \u00e0 cause notamment des imp\u00f4ts pr\u00e9lev\u00e9s sur le b\u00e9tail. Malgr\u00e9 le r\u00f4le utile du chef de province, Bouna Ndiaye[footnote]Plusieurs rapports d\u2019administrateurs coloniaux ainsi que certaines traditions t\u00e9moignent la loyaut\u00e9 du fils d\u2019Alboury Ndiaye, Bouna Ndiaye chef de la province du Djolof. Son autorit\u00e9 aupr\u00e8s de la population \u00e9tait grande. C\u2019est d\u2019ailleurs apr\u00e8s son intronisation comme chef sup\u00e9rieur du Djolof qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9cole fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 dans le Djolof[\/footnote], qui rend des services loyaux \u00e0 Yang-Yang[footnote]Capitale du Djolof, puis chef-lieu de la province du m\u00eame nom.[\/footnote] et qui avait une forte autorit\u00e9 aupr\u00e8s des indign\u00e9es, il fallait une mainmise sur la population et les activit\u00e9s. Les d\u00e9placements sans cesse des Peuls vers le Ferlo ou dans les autres cercles ne facilitaient pas l\u2019exercice du pouvoir[footnote]ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avec la pacification de l\u2019espace, la province du Djolof appartenant au cercle Louga allait bient\u00f4t \u00eatre d\u00e9tach\u00e9e de celui-ci \u00e0 cause de son vaste territoire qui \u00e9chappait \u00e0 tout contr\u00f4le de l\u2019administration coloniale. Dans un rapport en date du 16 d\u00e9cembre 1911, le Gouverneur des colonies et Lieutenant-Gouverneur du S\u00e9n\u00e9gal, Cor, adress\u00e9 \u00e0 Monsieur le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AOF, insistait sur \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er de nouvelles r\u00e9sidences ou postes afin d\u2019assurer un \u02bacontrat \u00e9troit et permanent\u02ba entre les repr\u00e9sentants du pouvoir local et les populations indig\u00e8nes\u00a0\u00bb[footnote]ANS, <em>Idem<\/em>.[\/footnote]. La nature du contrat qui lie les deux parties est infaillible et chaque partie est r\u00e9compens\u00e9e dans une certaine mesure. C\u2019est dans ce contexte que la province du Djolof appartenant au cercle de Louga est \u00e9rig\u00e9e en cercle[footnote]ANS, <em>idem.<\/em>[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Carte. Cercle du Djolof ou cercle de Lingu\u00e8re<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_1040\" align=\"aligncenter\" width=\"1351\"]<img class=\"wp-image-1040 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne.png\" alt=\"\" width=\"1351\" height=\"1001\" \/> Source\u00a0: ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Souvent mentionn\u00e9 dans certains documents d\u2019archives cercle de Djolof, le cercle de Lingu\u00e8re, cr\u00e9\u00e9 le 1er janvier 1929, est rattach\u00e9 depuis le 12 mai 1929 au cercle de Louga[footnote]ANS, <em>idem.<\/em>[\/footnote]. Il est plac\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019administrateur du cercle de Louga et est administr\u00e9 par un agent des services civils en r\u00e9sidence \u00e0 Lingu\u00e8re, chef-lieu du Djolof. Le cercle de Lingu\u00e8re reprit son autonomie le 1er ao\u00fbt 1930[footnote]ANS, <em>idem.<\/em>[\/footnote] et est administr\u00e9 par un administrateur adjoint des colonies. L\u2019administrateur commandant le cercle de Louga est en m\u00eame temps l\u2019administrateur maire de la commune mixte dont la cr\u00e9ation remonte au 31 d\u00e9cembre 1904. Les pr\u00e9rogatives administratives et politiques sont d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es par l\u2019administrateur aux chefs de province qui assurent la pr\u00e9sidence des tribunaux de province, institu\u00e9e par le d\u00e9cret du 10 novembre 1903. \u00c0 sa cr\u00e9ation, le cercle de Lingu\u00e8re avait la troisi\u00e8me plus grande superficie de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal[footnote]ANS, <em>idem<\/em>.[\/footnote] (19218 km\u00b2) avec 16630 km\u00b2 apr\u00e8s les cercles de Tambacounda (46190 km\u00b2) et Kaolack (19440 km\u00b2). Le cercle de Lingu\u00e8re comptait 5 cantons[footnote]Il s\u2019agit des cantons de Yang-Yang (3292 km\u00b2), De Dji\u00e9vol Thiod\u00e9 (737km\u00b2), de Pass Bakhal (2992 km\u00b2), de Djolof Oriental (4405 km\u00b2), de Dienguel Lathi\u00e9 (5202 km\u00b2)[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9formes territoriales et administratives entreprises par l\u2019administration coloniale devaient aboutir \u00e0 un meilleur contr\u00f4le de la population. La mobilit\u00e9 des pasteurs se pr\u00e9sente comme un syst\u00e8me archa\u00efque qu\u2019il faut \u00e9radiquer sinon limiter. V\u00e9ronique Ancey \u00e9voque la description faite de l\u2019\u00e9levage peul en ces termes :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Myst\u00e8re, irrationalit\u00e9, atavisme, voire magie sont les premi\u00e8res caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9levage peul aux yeux des v\u00e9t\u00e9rinaires coloniaux pr\u00e9occup\u00e9s de son contr\u00f4le, c\u2019est-\u00e0-dire, d\u00e9j\u00e0, d\u2019une certaine mise en ordre rationnelle. (...). L\u2019\u00e9levage africain est un \u00ab art primitif \u00bb pratiqu\u00e9 avec un sens pratique reconnu, mais sans rationalit\u00e9 (2005, p. 21).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les Peuls nomades, comme tous \u00ab\u00a0les peuples pasteurs sont de terribles d\u00e9boiseurs, et il est bien difficile d\u2019y rem\u00e9dier. N\u00e9anmoins on ne saurait tol\u00e9rer qu\u2019ils \u00e9migrent\u00a0\u00bb[footnote]ANS, s\u00e9rie D, sous s\u00e9rie 11D1. 922. Rapports politiques, agricoles, commerciaux et de tourn\u00e9es.[\/footnote]. La volont\u00e9 de l\u2019administration de limiter la mobilit\u00e9 des pasteurs est justifi\u00e9e par un souci de stabilit\u00e9 et de pr\u00e9servation de l\u2019environnement. Les pasteurs ont une habilet\u00e9 \u00e0 migrer d\u2019un canton \u00e0 un autre malgr\u00e9 les restrictions. Les administrateurs coloniaux et indig\u00e8nes se devaient de limiter les d\u00e9placements constants des pasteurs. Aux yeux de l\u2019administration coloniale, la mobilit\u00e9 ne rime pas avec la \u00ab civilisation occidentale \u00bb. Dans un rapport on pouvait lire les pr\u00e9jug\u00e9s formul\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit des pasteurs peuls en ces termes :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] ils sont pauvres, ignorants, sales. Ils n\u2019aiment pas travailler. Ils bougent pour un rien. Ils sont retard\u00e9s et vivent pratiquement comme des animaux. Ils ont besoin du progr\u00e8s, de la modernisation, de la civilisation ; il faut qu\u2019ils s\u2019installent dans des villages, qu\u2019ils aient des salles de bain et des \u00e9coles et qu\u2019ils apprennent \u00e0 parler notre langue (Anonyme, 1983, p. 35).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En outre, elle rel\u00e8ve de l\u2019archa\u00efsme et ne permet pas une exploitation rationnelle du b\u00e9tail et de ses produits d\u00e9riv\u00e9s. La mobilit\u00e9 pouvait aussi constituer une source d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et d\u2019instabilit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 elle induit des migrations complexes entre plusieurs territoires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en valeur des territoires rentrait dans le cadre de cette politique. C\u2019est ainsi que l\u2019administration met en place des politiques contraignantes visant \u00e0 encourager la s\u00e9dentarisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avec l\u2019appropriation effective des territoires, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise se pencha sur l\u2019un des groupes les plus \u00ab\u00a0terribles\u00a0\u00bb de la zone. Dans le but d\u2019inciter et de maintenir sur place les pasteurs nomades, elle d\u00e9veloppa plusieurs politiques \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Encourager la s\u00e9dentarisation\u00a0: la mobilit\u00e9 mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour avoir un contr\u00f4le direct sur les soci\u00e9t\u00e9s nomades de la zone, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise avait mis en place des politiques sanitaires, hydrauliques et agricoles dans le but de restreindre la mobilit\u00e9 de pasteurs[footnote]Cette partie est en grande partie tir\u00e9e de ma communication lors du colloque international, 9 au 11 d\u00e9cembre 2020, sur les \u00ab Mobilit\u00e9s en Afrique de l\u2019Ouest : peuplement, territoires et int\u00e9gration \u00bb. Ce colloque r\u00e9gional \u00e9tait organis\u00e9 par le CREEILAC \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Assane Seck de Ziguinchor.[\/footnote]. Conscient que la \u00ab mission civilisatrice \u00bb ne rime pas ne rime pas avec la mobilit\u00e9, il devient alors imp\u00e9ratif aux yeux de l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise de stabiliser les pasteurs nomades.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les politiques sanitaires\u00a0: le temps de la bataille m\u00e9dicinale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il existe une r\u00e9forme ou un acte symbolique qui a pench\u00e9 en faveur du pastoralisme, c\u2019est l\u2019action sanitaire. En AOF[footnote]Afrique occidentale fran\u00e7aise[\/footnote], l\u2019administration ne s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9levage, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, qu\u2019\u00e0 partir de 1940.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, pour lutter contre les maladies animales qui d\u00e9cimaient le cheptel, mais aussi les dangers que pr\u00e9sente le lait des vaches africaines, l\u2019administration a d\u00e9velopp\u00e9 des politiques sanitaires avec l\u2019aide des v\u00e9t\u00e9rinaires dont le r\u00f4le de prophylaxie, certes doubl\u00e9 d\u2019une vocation \u00e9conomique, \u00e9tait tout aussi important. La plupart des pasteurs nomades, pour ne pas dire la totalit\u00e9, \u00e9taient r\u00e9fractaires \u00e0 cette prophylaxie animale. Cela s\u2019explique par le fait que la vaccination constituait \u00e0 leurs yeux un moyen de recenser les troupeaux afin de leur faire payer des imp\u00f4ts et redevances. Paul P\u00e9lissier pense que \u00ab l\u2019objectif fiscal commande tout le comportement de la population \u00e0 leur \u00e9gard \u00bb (1966, p. 19). Pour les pasteurs, la vaccination n\u2019est qu\u2019un moyen de contr\u00f4le dont le but \u00e9tait d\u2019obtenir plus de revenus. Pour l\u2019administration coloniale, l\u2019islamisme des Peuls les emp\u00eachait d\u2019ouvrir les yeux sur l\u2019existence des \u00e9pizooties. Le Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AOF l\u2019atteste en ces termes :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019orgueil des propri\u00e9taires r\u00e9side dans le nombre et non dans la qualit\u00e9 des b\u00eates constituant le troupeau\u2026comme le peul est musulman, il faut chercher dans son fatalisme l\u2019acceptation passive des \u00e9pizooties contre lesquelles il croit qu\u2019il est inutile de lutter autrement que par des pratiques rituelles. Il limite ses soins \u00e0 celles dont une tradition tr\u00e8s restreinte lui a l\u00e9gu\u00e9 la connaissance[footnote]Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7aise<em>, <\/em>\u00ab L\u2019\u00e9levage en AOF \u00bb, <em>Agence \u00e9conomique de l\u2019AOF<\/em>, p. 27.[\/footnote]<em>.<\/em><\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il nous semble judicieux de dire que les pasteurs ont opt\u00e9 pour la conservation de leur tradition. De m\u00eame, ils disposaient de facult\u00e9s occultes pour faire face aux maladies bovines et \u00e0 leur transmission. Andy Catley et Jeffrey Mariner l\u2019attestent en ces termes\u00a0: \u00ab les pasteurs disposent de connaissances locales riches dans le domaine animal, notamment de bonnes m\u00e9thodes de diagnostic et une connaissance du mode de transmission des maladies \u00bb (2002, p. 2).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La peste bovine s\u00e9vit depuis plusieurs ann\u00e9es dans le cercle de Lingu\u00e8re. Elle a entra\u00een\u00e9 la mort de plusieurs centaines de t\u00eates de b\u00e9tail \u00e0 cause de l\u2019insuffisance du vaccin anti-pesteux[footnote]ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion)[\/footnote]. Face \u00e0 cette situation, l\u2019administration opta comme moyen de pr\u00e9vention et de lutte l\u2019isolement des sujets malades. Des cas de p\u00e9ripneumonie font \u00e9galement leur apparition d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre. Devant la persistance de ces \u00e9pid\u00e9mies, les Peuls opt\u00e8rent pour la m\u00e9decine traditionnelle. Ainsi, ils d\u00e9velopp\u00e8rent la vaccination curative par inoculation de virus au chanfrein de l\u2019animal malade. Cette pratique rencontra du succ\u00e8s \u00e0 tel point que l\u2019administration coloniale reconnaissait que les indig\u00e8nes avaient une tradition m\u00e9dicinale aussi efficace que la leur[footnote]ANS, <em>Idem<\/em>.[\/footnote]. Cette m\u00e9decine a permis non seulement \u00e9viter d\u2019\u00e9normes pertes, mais aussi de maintenir le cheptel en bonne sant\u00e9. Les pratiques de la m\u00e9decine indig\u00e8ne rencontraient toutefois l\u2019hostilit\u00e9 de l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise. En effet, par une institutionnalisation de la m\u00e9decine, l\u2019administration coloniale avait fini par interdire la pratique de la m\u00e9decine aux indig\u00e8nes. Face aux nombreuses maladies animales telles que la peste bovine, la fi\u00e8vre de la vall\u00e9e du Rift, la pneumonie contagieuse bovine, la dermatose nodulaire bovine, la peste des petits ruminants, la fi\u00e8vre aphteuse et la pasteurellose qui d\u00e9cimaient le cheptel[footnote]L\u2019ensemble \u00ab du cheptel de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 3820749 t\u00eates pour l\u2019esp\u00e8ce bovine contre 12328844 t\u00eates pour les ovins caprins en 1929 \u00bb. ANS, S\u00e9rie G, Service de l\u2019\u00e9levage, p. 32.[\/footnote] ouest-africain \u00e0 grande \u00e9chelle, il fallait d\u00e9velopper davantage la prophylaxie animale afin de contribuer \u00e0 la sant\u00e9 animale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 une intervention en faveur de la sant\u00e9 animale, les progr\u00e8s de la m\u00e9decine sur le cheptel restaient insatisfaisants sinon m\u00e9diocres. Ceci est confirm\u00e9 par les autorit\u00e9s lorsqu\u2019elles affirment que \u00ab les m\u00e9thodes d\u2019\u00e9levage sont encore d\u00e9fectueuses et qu\u2019il reste des progr\u00e8s \u00e0 accomplir si l\u2019on veut compenser en effectif par un meilleur rendement des sujets \u00bb[footnote]Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7ais<em>e, Op. cit.<\/em>, p. 39.[\/footnote]. Les dispositions prises \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9levage ont eu, au fil des ann\u00e9es, \u00e0 aboutir \u00e0 des r\u00e9sultats plus que satisfaisants. Ainsi, la couverture sanitaire du cheptel conna\u00eetra une nette avanc\u00e9e dans les d\u00e9cennies suivantes. Qu\u2019elles soient d\u2019ordre lucratif, abusif ou pr\u00e9ventif, les politiques sanitaires ont au moins permis d\u2019\u00e9radiquer certaines maladies animales. Les campagnes de vaccinations s\u2019effectuaient pendant les moments de rassemblements du cheptel lors des d\u00e9placements o\u00f9 dans les lieux d\u2019abreuvoir. Elles avaient une fonction \u00e9conomique notoire cachant mal celle de la prophylaxie. Les besoins en viande et en produits laitiers sont devenus plus cons\u00e9quents en m\u00e9tropole, notamment en ces p\u00e9riodes d\u2019apr\u00e8s premi\u00e8re guerre et au moment de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, bien que difficiles malgr\u00e9 tous les moyens d\u00e9ploy\u00e9s, elles ont eu \u00e0 participer au bien-\u00eatre du b\u00e9tail ouest-africain dans son ensemble. Les difficult\u00e9s r\u00e9sident dans la dispersion du troupeau, de la volont\u00e9 des pasteurs r\u00e9ticents au d\u00e9nombrement de leur b\u00e9tail.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les politiques hydrauliques\u00a0: la soif qui ne tue pas<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 cause de la raret\u00e9 des puits et de l\u2019indisponibilit\u00e9 de l\u2019eau,\u00a0 le Djolof est per\u00e7u comme le \u00ab pays de la soif \u00bb. Ainsi la construction de puits et de forages \u00e0 haut d\u00e9bit \u00e9tait dans une certaine mesure une pr\u00e9occupation pour l\u2019administration coloniale. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1930, l\u2019hydraulique pastorale se d\u00e9veloppa dans les colonies ouest-africaines, notamment dans la zone sylvopastorale s\u00e9n\u00e9galaise. D\u00e8s lors commen\u00e7a une p\u00e9riode de construction de puits et de \u00ab s\u00e9ane \u00bb dans la plupart des colonies. Le puits est \u00ab un ingrat ouvrage de termites qui consiste \u00e0 ouvrir dans la terre compacte, sans outillage sp\u00e9cial, de galeries verticales, avec l\u2019espoir d\u2019y trouver l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9sir\u00e9 \u00bb[footnote]ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion), p. 30.[\/footnote]. Quant au \u00ab s\u00e9ane \u00bb, il consiste \u00e0 une \u00ab excavation circulaire, de dimension variable, en forme de c\u00f4ne renvers\u00e9 de 1m50 \u00e0 3m de profondeur. Il permet de drainer l\u2019eau qui se trouve dans les assises superficielles du sol et reposant sur une couche moins perm\u00e9able \u00bb[footnote]<em>Idem.<\/em>[\/footnote]. Le programme d\u2019\u00e9quipement pr\u00e9voyait la construction des puits de parcours et des pistes d\u2019\u00e9vacuation. C\u2019est ainsi que \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9voyance avec l\u2019aide des budgets emprunts poursuivit l\u2019\u00e9quipement du Djolof, des cercles de Louga, Matam, Podor, de Kayes, Nioro, N\u00e9ma, Ouagadougou[footnote]Idem.[\/footnote]. Dans le Saloum, les soci\u00e9t\u00e9s de pr\u00e9voyance ont ainsi construit 900 puits \u00bb[footnote]ANS, <em>Ibid<\/em>., p. 32.[\/footnote] dont la plupart sont entour\u00e9s d\u2019abreuvoirs. La cr\u00e9ation du FIDES[footnote]Fonds d\u2019investissement pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social[\/footnote], par la loi du 30 avril 1940 allait dans le sens de la mise en \u0153uvre d\u2019un grand r\u00e9seau hydraulique. Il avait entre autres buts d\u2019assurer l\u2019\u00e9quipement local des territoires outre-mer, de faciliter le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social des pays colonis\u00e9s. Puisque les p\u00e2turages ne sont pas du ressort des humains, il fallait d\u00e9velopper la politique de l\u2019hydraulique pastorale. Merlin avance en ce sens que comme \u00ab il est impossible de cr\u00e9er des p\u00e2turages, il faut cr\u00e9er des points d\u2019eau dans les r\u00e9gions o\u00f9 les p\u00e2turages sont convenables. Il fallait, en cr\u00e9er beaucoup, car le cheptel de ces r\u00e9gions est d\u00e9j\u00e0 important \u00bb[footnote]ANS, <em>Ibid<\/em>., p. 30.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix de l\u2019administration coloniale consistant \u00e0 cr\u00e9er des points d\u2019eau rapproch\u00e9s, mais aussi \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer les forages au d\u00e9triment des puits, est un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminent de surp\u00e2turage autour des forages. Les avantages et inconv\u00e9nients des points rapproch\u00e9s et le choix entre les puits et les forages sont r\u00e9sum\u00e9s par Merlin en ces termes :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a un inconv\u00e9nient \u00e0 cr\u00e9er des points d\u2019eau trop importants, car l\u2019accumulation sur une surface restreinte d\u2019un b\u00e9tail trop nombreux conduit g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019\u00e9puisement du p\u00e2turage et \u00e0 la disparition totale de la terre arable dans la r\u00e9gion. Il est \u00e9vident que la solution consistante \u00e0 placer un important point d\u2019eau tous les 4 km n\u2019est pas la solution id\u00e9ale. L\u00e0 o\u00f9 la cr\u00e9ation de points d\u2019eau plus rapproch\u00e9s et moins puissants ; on \u00e9vite ainsi les trop grandes concentrations de pasteurs et de cultivateurs (1951, p. 170).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019\u00e9tat actuel de la technique et de l\u2019\u00e9conomie, \u00ab\u00a0on aura toujours int\u00e9r\u00eat, sauf de rares exceptions, \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer les puits, l\u00e0 o\u00f9 il est possible, aux forages\u00a0\u00bb[footnote]<em>Idem.<\/em>[\/footnote]. En 1930, Roussel, ing\u00e9nieur adjoint des travaux publics, d\u00e9nombrait 88 puits dans le cercle de Lingu\u00e8re, r\u00e9partis comme suit\u00a0: Enti\u00e8rement termin\u00e9s 54 (28 \u00e0 d\u00e9bits suffisants, 16 n\u00e9cessitant des travaux d\u2019entretien, 10 \u00e0 d\u00e9bits insuffisants), 19 en cours de fon\u00e7age\u00a0; 11 fon\u00e7ages abandonn\u00e9s, 04 \u00e9boul\u00e9s[footnote]10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau, 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par Ballo, l\u2019Administrateur Commandant le cercle.[\/footnote]. Pour l\u2019ann\u00e9e 1930, une somme de 35000f du budget local a \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e au cercle pour les travaux de l\u2019hydraulique agricole. Les d\u00e9penses pour la construction des puits, au 31 d\u00e9cembre 1930, s\u2019\u00e9levaient \u00e0 26107, 50F[footnote]<em>Idem.<\/em>[\/footnote]. Dans les ann\u00e9es 1950, Dodji comptait 17 forages[footnote]<em>Idem<\/em>.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 un investissement financier important, le r\u00e9seau hydraulique est rest\u00e9 lacunaire. Aux d\u00e9faillances dues aux pannes r\u00e9currentes des forages, s\u2019est ajout\u00e9e la d\u00e9licate question de surcharges des aires de p\u00e2tures autour des forages. La construction des forages et des puits dans les zones \u00e0 vocation pastorale et agricole a am\u00e9lior\u00e9 la probl\u00e9matique de l\u2019eau, m\u00eame si elle ne l\u2019a pas r\u00e9gl\u00e9 d\u00e9finitivement. Qu\u2019elle soit dict\u00e9e ou impos\u00e9e par des facteurs internes ou externes, la s\u00e9dentarisation ou la fixation cr\u00e9ait plus de probl\u00e8mes qu\u2019elle n\u2019en ressoude pour le pastoralisme (Ndiouga, 2017, p. 84). C\u2019est en ce sens que Santoir d\u00e9crit la fixation des nomades comme \u00ab le plus lourd des cons\u00e9quences \u00e0 l\u2019avenir \u00bb (1983, p. 55). Elle est loin d\u2019\u00eatre une solution efficace et son \u00e9chec ne saurait \u00eatre une surprise. Cheikh Ba conforte la logique selon laquelle \u00ab\u00a0l\u2019insucc\u00e8s du projet officiel de s\u00e9dentarisation proc\u00e8de de sa probl\u00e9matique m\u00eame, laquelle n\u2019en d\u00e9finit ni les rythmes ni les phases\u00a0\u00bb (1986, p. 77). Il montre l\u2019insucc\u00e8s des projets en faveur du pastoralisme qui, en grande partie, d\u00e9coule de leur nature technocratique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les politiques agricoles\u00a0: la terre mise \u00e0 rude \u00e9preuve<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019introduction de l\u2019\u00e9conomie capitaliste mise en avant au d\u00e9triment d\u2019une \u00e9conomie de subsistance va \u00eatre un tournant dans la d\u00e9sint\u00e9gration des soci\u00e9t\u00e9s africaines. La mise en valeur des colonies est le r\u00e9sultat d\u2019un besoin sensuel et d\u2019un d\u00e9veloppement des industries m\u00e9tropolitaines. C\u2019est pour ces raisons que \u00ab toutes les impulsions qu\u2019elle a donn\u00e9es de mani\u00e8re autoritaire ou lib\u00e9rale ont \u00e9t\u00e9 command\u00e9es par le souci primordial de r\u00e9pandre la plante de la traite \u00bb (Pelissier, 1966, p.\u00a032).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les politiques agricoles coloniales ont engendr\u00e9 des cons\u00e9quences sur la mobilit\u00e9 des pasteurs nomades. L\u2019appropriation des terres pour la culture de l\u2019arachide a r\u00e9duit l\u2019espace pastoral et modifi\u00e9 des couloirs de passage et les aires de p\u00e2turages au nom d\u2019une politique assimilationniste de civilisation. Au contraire, elle a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t une politique de subordination, de division, de contrainte et de marginalisation \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pasteurs. Pelissier estime que \u00ab l\u2019affectation des terres pastorales pour les besoins de la culture de l\u2019arachide a provoqu\u00e9 une extraordinaire extension de l\u2019espace cultiv\u00e9 \u00bb (1966, p.\u00a032). L\u2019introduction de la culture arachidi\u00e8re r\u00e9pondait certes \u00e0 des besoins de pr\u00e9occupation des industries europ\u00e9ennes. Elle aura \u00e9galement \u00e9t\u00e9 un facteur dans le processus de marginalisation de l\u2019\u00e9levage extensif. L\u2019avanc\u00e9e des terres agricoles est si consid\u00e9rable que les pasteurs sont oblig\u00e9s soit de changer d\u2019itin\u00e9raires soit d\u2019\u00e9riger des couloirs de passage \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres agricoles. Selon Santoir, au S\u00e9n\u00e9gal, \u00ab entre 1943 et 1950, les superficies de l\u2019arachide pass\u00e8rent de 23000 ha \u00e0 50000 ha \u00bb (1983, p. 43). Partout, la colonisation agricole a fait reculer le front pastoral sous les yeux discriminatoires de l\u2019administration coloniale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La limitation des pouvoirs des chefs traditionnels[footnote]\u00c0 ce sujet, voir Mbaye Thiam, la chefferie traditionnelle wolof face \u00e0 la colonisation. Les exemples du Djolof et du Cayor (1900-1945), Dakar, UCAD, 1984, th\u00e8se de 3e cycle.[\/footnote] et des marabouts au profit des gouvernants a consid\u00e9rablement chang\u00e9 la donne. En outre, la pacification de l\u2019espace ouest-africain a fait na\u00eetre de nouveaux besoins. Les cultures de riz, de mil et de ma\u00efs devinrent de plus en plus les aliments indispensables aux m\u00e9nages. La consommation de th\u00e9 et de sucre se r\u00e9v\u00e9la aussi indispensable dans la vie des pasteurs nomades et semi-nomades[footnote]Cf \u00e0 Dupire Margueritte, Charles Toupet, Christian Santoir, Paul p\u00e9lissier, etc.[\/footnote]. Tant les prix de ces denr\u00e9es alimentaires et ceux des v\u00eatements augment\u00e8rent, qu\u2019il a fallu aux nomades de changer leurs habitudes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi la colonisation des terres pastorales par \u00ab\u00a0les Mourides qui marchent r\u00e9solument \u00e0 la conqu\u00eate des terres arachidi\u00e8res\u00a0\u00bb avait pour objectif \u00ab\u00a0de chasser les \u00e9leveurs de la campagne s\u00e9n\u00e9galaise et de les rejeter en Mauritanie ou ailleurs\u00a0\u00bb[footnote]ANS, 10D4\/0041\u00a0: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls\u00a0: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957, p. 4.[\/footnote]. En effet, le congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls, par la voix de Boukar Boydo Ka, estime que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[...] la r\u00e9cente installation des Mourides tenants de Cheikh M\u2019Backe \u00e0 Deali, cercle de Lingu\u00e8re, peut \u00eatre et doit \u00eatre cit\u00e9e comme exemple de spoliation de nos terrains de parcours. [...] Rien ne fut \u00e9pargn\u00e9 ni respect\u00e9 ; les terrains de campements peuls, riches de la fumure de bouse de vaches, furent l\u2019objet de leur pr\u00e9dilection. Les Peuls de cet endroit, sous la pression du chef de canton, \u00e9taient oblig\u00e9s de f\u00eater l\u2019arriv\u00e9e des envahisseurs en \u00e9gorgeant des b\u0153ufs pour leurs repas, et de d\u00e9camper pour leur laisser la place.[footnote]<em>Ibid.<\/em>[\/footnote]<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce discours, \u00e0 l\u2019encontre les chefs religieuses mourides, montre la diff\u00e9rence de traitement entre les deux groupes socio\u00e9conomiques, mais aussi l\u2019accaparement des terres pastorales pour les besoins de l\u2019agriculture. Cette colonisation de l\u2019espace pastorale par les autorit\u00e9s maraboutiques est \u00e0 l\u2019origine de plusieurs migrations vers l\u2019ouest du Djolof. La r\u00e9duction de l\u2019espace pastoral, dont l\u2019une des cons\u00e9quences premi\u00e8res est la migration lointaine, s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un favoritisme. En ce sens, Boucar Boydo ajoute plus loin que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[...] la substitution de l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019\u00e9levage est amorc\u00e9e ; il ne peut \u00eatre qu\u2019ainsi, la manne du FIDES tombant actuellement entre les mains des cultivateurs et, dans nos minist\u00e8res, nos ministres parlent Ouoloff et ignorent le dialecte peul. Ils sont oblig\u00e9s d\u2019accorder audience \u00e0 des kyrielles de gens, dont les marabouts enturbann\u00e9s cherchent le moyen d\u2019acqu\u00e9rir argent, outils, et la possibilit\u00e9 de se parachuter dans des terres nouvelles pour y pratiquer la culture extensive et d\u00e9primante de l\u2019arachide, dans l\u2019\u00e9go\u00efste but d\u2019amasser du \u00ab FRIC \u00bb. Il y a l\u00e0 un fl\u00e9au qui fait poser une grave menace sur la vie peule ; l\u2019invasion brutale de nos terrains de parcours par les cultivateurs dot\u00e9s de plus en plus de capitaux.[footnote]ANS, 10D4\/0041 : Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls : rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957, pp. 4-5[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9coltes sont tributaires de la quantit\u00e9 des pluies tomb\u00e9es, mais aussi de la r\u00e9partition de l\u2019hivernage. Le cercle se d\u00e9veloppe \u00e9conomiquement et l\u2019exportation d\u2019arachides par chemin de fer est pass\u00e9e de 1260 Tonnes en 1933-1934 \u00e0 6525 T. en 1937-1938[footnote]ANS, 2G30- 88\u00a0: S\u00e9n\u00e9gal\u2013 Cercle de Lingu\u00e8re (Djolof) Rapport politique annuel 1930- Lingu\u00e8re, le 20 janvier 1931[\/footnote]. Parall\u00e8lement, les cultures vivri\u00e8res prennent de l\u2019importance. En 1938, la r\u00e9colte s\u2019\u00e9levait \u00e0 environ 9000 tonnes de mil, 800 tonnes de ma\u00efs et 1500 tonnes de haricots mil[footnote]<em>Idem.<\/em>[\/footnote]. Le d\u00e9veloppement cultural du cercle est d\u00fb en grande partie \u00e0 l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9voyance qui pr\u00eate des semences, avance de l\u2019argent pour l\u2019achat des semoirs et au cours de la traite, maintient \u00e0 un cours raisonnable le prix des arachides. Malgr\u00e9 cette importante exportation des cultures, l\u2019administrateur du cercle estimait qu\u2019il ne faut pas croire que \u00ab\u00a0le chemin de fer draine toute la production de graines de la circonscription\u00a0; une notable quantit\u00e9 peut-\u00eatre 20 pour cent partent sur le Sud (Diourbel et Guinguin\u00e9o), sur Coki \u00e0 l\u2019Est et m\u00eame sur Dagana au Nord\u00a0\u00bb[footnote]<em>Idem.<\/em>[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019essor du commerce, durant cette p\u00e9riode, a motiv\u00e9 le d\u00e9part de certains membres de la tribu qui s\u2019install\u00e8rent dans les pays voisins afin de disposer plus de revenus mon\u00e9taires. C\u2019est \u00e0 partir de ce ph\u00e9nom\u00e8ne que \u00ab des Mauritaniens abandonn\u00e8rent femmes et enfants pour faire du commerce au S\u00e9n\u00e9gal \u00bb. (Toupet, 1975, p. 327). Ces \u00e9migrations sont le fruit des contraintes impos\u00e9es par l\u2019administration coloniale, mais aussi de l\u2019apparition de nouveaux besoins. Les cons\u00e9quences qui en d\u00e9coulent sont dramatiques et peuvent aller de l\u2019abandon de la famille \u00e0 la perte d\u2019identit\u00e9 culturelle. En outre, l\u2019introduction des premi\u00e8res \u00e9coles \u00e0 partir de 1917 avec Jean Dard, puis la cr\u00e9ation de la premi\u00e8re \u00e9cole dans le Djolof, \u00e0 Yang Yang, en 1895[footnote]Dans le cadre de ma th\u00e8se de doctorat, j\u2019aborde le contexte d\u2019introduction de l\u2019\u00e9cole dans le Djolof, l\u2019\u00e9volution de la scolarisation et la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9ducation scolaire en milieu agropastorale.[\/footnote], a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 la dislocation de la tribu.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les conflits pastoraux<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les conflits pastoraux posent la probl\u00e9matique de la territorialisation et de l\u2019identit\u00e9 culturelle (Diagne, 2019, p. 163). La r\u00e9currence des conflits entre \u00e9leveurs et agriculteurs r\u00e9sulte de diff\u00e9rents facteurs parmi lesquels la comp\u00e9tition pour le contr\u00f4le des terres, la divagation du b\u00e9tail, l\u2019augmentation des surfaces cultiv\u00e9es au d\u00e9triment des terres pastorales, la raret\u00e9 du p\u00e2turage, etc. Chaque groupe social se r\u00e9clame d\u2019une entit\u00e9 territoriale et culturelle et d\u00e9fend ses int\u00e9r\u00eats vitaux. La survie de ces deux groupes d\u00e9pend de la disponibilit\u00e9 des terres, de la d\u00e9fense de leur int\u00e9grit\u00e9 territoriale, socio\u00e9conomique et socioculturelle. L\u2019augmentation des surfaces agricoles cultiv\u00e9es sur les parcours habituels des troupeaux est l\u2019un des principaux facteurs de conflit. La d\u00e9t\u00e9rioration des rapports sociaux a pour corollaire les disputes, les frictions et les violences. Elle entra\u00eene \u00e9galement des conflits intercommunautaires et interethniques. Face \u00e0 une telle situation, une analyse des causes et des enjeux de ces conflits est un pr\u00e9alable incontournable\u00a0; celle de l\u2019opposition entre, d\u2019une part, la logique populaire des deux groupes et d\u2019autre part, la logique \u00e9tatique est tout aussi n\u00e9cessaire (Diagne, 2019, p. 20). C\u2019est ce double exercice qui permet de comprendre la complexit\u00e9 de la coexistence difficile et conflictuelle qui cache la bonne cohabitation entre deux groupes vivant dans un m\u00eame espace.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La logique populaire face \u00e0 la logique \u00e9tatique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant ins\u00e9parables du point de vue historique, pasteurs peuls et agriculteurs wolofs sont rest\u00e9s pendant longtemps compl\u00e9mentaires dans leurs habitudes alimentaires[footnote]\u00c0 travers les relations \u00e9troites qu\u2019ils entretenaient, les deux groupes ont profit\u00e9 des produits du cheptel et ceux de l\u2019agriculture et vice versa (utilisation des produits pastoraux par les agriculteurs : lait, viande, beurre, et des produits agricoles par les pasteurs : arachide, mil, ma\u00efs, etc.). Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ouest-africaines, la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les deux groupes est sans \u00e9quivoque. Sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 alimentaire, le syst\u00e8me de l\u2019agropastoralisme voire les travaux de A. Bonfiglioli, \u00ab Pastoralisme, agropastoralisme et retour : itin\u00e9raires sah\u00e9liens \u00bb. <em>In <\/em><em>Soci\u00e9t\u00e9s pastorales et d\u00e9veloppement<\/em>, Paris, <em>Cah. Sc. hum<\/em>., ORSTOM, 26, 1-2, 1990, p. 255-266\u00a0; Ph. Bernadet, <em>Association agriculture-\u00e9levage en Afrique ; les Peuls semi-transhumants de C\u00f4te d'Ivoire<\/em>, Paris, Harmattan, 1984, 235 p.[\/footnote]. Ils ont toujours profit\u00e9 des produits de chaque groupe et vice versa. La compl\u00e9mentarit\u00e9 des produits alimentaires se faisait par le biais d\u2019un syst\u00e8me d\u2019\u00e9change appel\u00e9 \u00ab\u00a0troc\u00a0\u00bb avant que l\u2019introduction de la monnaie dans les soci\u00e9t\u00e9s pastorales ne change la donne. L'agropastoralisme est \u00ab\u00a0un syst\u00e8me de production et un type d'\u00e9conomie familiale qui peut r\u00e9sulter de deux \u00e9volutions convergentes \u00e0 partir de p\u00f4les oppos\u00e9s : des pasteurs qui s'adjoignent une activit\u00e9 agricole ou des cultivateurs qui ach\u00e8tent des animaux et acqui\u00e8rent des comp\u00e9tences pour s'en occuper\u00a0\u00bb (Bernus et Boutrais, 1994, p. 115).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les activit\u00e9s des pasteurs r\u00e9pondaient \u00e0 une dynamique populaire dans laquelle l\u2019espace organis\u00e9 en terroir permettait une exploitation rationnelle des terres. La gestion de l\u2019espace et l\u2019absence de fronti\u00e8res ne sont pas synonymes d\u2019anarchie. Le r\u00e9gime foncier traditionnel r\u00e9pondait \u00e0 des normes qui correspondaient aux pr\u00e9occupations de la population qu\u2019il soit dans le cadre d\u2019une gestion individuelle et\/ou collective. Cette r\u00e9partition terrienne d\u00e9terminait la nature de l\u2019espace selon les besoins de chaque groupe social au sein des collectivit\u00e9s. Dans l\u2019imaginaire du pasteur nomade, la seule limite ou fronti\u00e8re c\u2019est le manque d\u2019eau et de p\u00e2turage. Les collectivit\u00e9s territoriales jouaient un r\u00f4le de garant afin que les enchev\u00eatrements de l\u2019un des groupes puissent ne pas nuire \u00e0 l\u2019autre. Cette forme d\u2019utilisation et d\u2019exploitation \u00e9tait un moyen efficace de se pr\u00e9server contre d\u2019\u00e9ventuels diff\u00e9rends ou d\u2019en trouver des solutions ad\u00e9quates entre les parties en conflit par le biais du palabre. C\u2019est ainsi que les soci\u00e9t\u00e9s nomades \u00e9volu\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les conflits pastoraux : une vieille histoire?<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Introduit dans un contexte d\u2019occupation et de mise en valeur des territoires coloniaux, le r\u00e9gime foncier colonial en Afrique occidentale fran\u00e7aise, qui en est l\u2019un des symboles, va d\u00e9sormais r\u00e9glementer toutes les proc\u00e9dures d\u2019acquisition et de gestion des terres africaines.Le droit foncier coutumier sera largement remis en cause et les Africain-e-s, notamment les soci\u00e9t\u00e9s pastorales, seront confront\u00e9s \u00e0 un probl\u00e8me majeur : celui de l\u2019utilisation des terrains de parcours par les troupeaux. Le nouveau r\u00e9gime foncier, introduit par le Code civil fran\u00e7ais de 1830 au S\u00e9n\u00e9gal, a connu une \u00e9volution par le biais de deux d\u00e9crets\u00a0[footnote]Les d\u00e9crets du 26 juillet 1906 et du 26 juillet 1932 portant r\u00e9organisation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re en AOF initient l\u2019immatriculation comme proc\u00e9dure de cr\u00e9ation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le titre foncier comme acte manifestant la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re.[\/footnote]\u00a0: celui du 26 juillet 1906 et celui du 26 juillet 1932. M\u00eame si le r\u00e9gime foncier conna\u00eetra une \u00e9volution par le d\u00e9cret n\u00b0\u00a0580 du 20 mai 1955[footnote]Le d\u00e9cret num\u00e9ro 580 du 20 mai 1955 stipule en son article 3 qu\u2019en AOF ET AEF \u00ab ...sont confirm\u00e9s les droits fonciers coutumiers exerc\u00e9s collectivement ou individuellement sur les terres non appropri\u00e9es selon les r\u00e8gles du Code civil ou du r\u00e9gime de l\u2019immatriculation \u00bb.[\/footnote], le droit foncier restera exclusivement entre les mains de l\u2019administration qui en est le ma\u00eetre absolu. De ces politiques coloniales, leur relation est devenue plus tendue et conflictuelle. Elles sont aussi la r\u00e9sultante d\u2019une discrimination notoire de la part des puissances occidentales \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pasteurs pendant la p\u00e9riode coloniale. C\u2019est ainsi que la s\u00e9dentarisation fut le point focal d\u2019une politique visant \u00e0 les maintenir sur place.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La situation concr\u00e8te d\u2019enchev\u00eatrement des terres pastorales et agricoles est \u00e0 l\u2019origine de plusieurs diff\u00e9rends. Les causes de ces conflits sont li\u00e9es \u00e0 l\u2019occupation des terres pastorales pour les besoins de culture et \u00e0 la violation des terrains de culture par les \u00e9leveurs et leur b\u00e9tail. Les rapports entre Ouolofs et les Peuls ne sont pas au beau fixe. Leur cohabitation, dans la province du Djolof, est difficile.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9leveurs et les agriculteurs entretiennent une vive rivalit\u00e9 dont les causes r\u00e9sident dans la gestion de l\u2019espace dont l\u2019autorit\u00e9 d\u00e9tient un contr\u00f4le exclusif sur les terres. La principale source de diff\u00e9rends est \u00e0 rechercher dans l\u2019occupation des terres. Le syst\u00e8me pastoral exige de grands espaces de parcours, tout comme l\u2019agriculture n\u00e9cessite aussi de grandes surfaces pour la culture arachidi\u00e8re. Encourag\u00e9e fortement par l\u2019administration coloniale, la culture de l\u2019arachide est un \u00e9l\u00e9ment de conqu\u00eate territoriale et un vecteur de conflit dans le Djolof. L\u2019extension des surfaces cultivables sur les parcours naturels du b\u00e9tail est la source de plusieurs rivalit\u00e9s dont les cons\u00e9quences peuvent \u00eatre d\u00e9sastreuses et p\u00e8sent lourdement sur la vie des pasteurs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Durant toute l\u2019ann\u00e9e, les deux groupes s\u2019affront\u00e8rent pour l\u2019occupation de l\u2019espace. Au S\u00e9n\u00e9gal, l\u2019occupation des terres pionni\u00e8res de la Haute Casamance et des terres de la zone sylvopastorale (Lingu\u00e8re, Kaffrine, Tambacounda) et de celle agropastorale (Louga, K\u00e9b\u00e9mer) sont les principales zones de conflits.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ngaid\u00e9\u00a0souligne d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019inad\u00e9quation des politiques en contradiction avec la r\u00e9alit\u00e9 du terrain, et de l\u2019autre, la fr\u00e9quence de ces conflits en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0les conflits entre Peuls et Wolofs sont tr\u00e8s fr\u00e9quents dans cette partie de la r\u00e9gion. En effet, l\u2019extension des surfaces cultivables aux zones traditionnellement exploit\u00e9es par les \u00e9leveurs suscite des frictions qui d\u00e9bouchent sur des affrontements meurtriers\u00a0\u00bb (2012, p. 5). Ces violences t\u00e9moignent aussi des rapports tendus et fragiles entre les deux groupes. Dans le nord du S\u00e9n\u00e9gal, la zone agropastorale est le lieu privil\u00e9gi\u00e9 des conflits entre les deux groupes. La plupart des personnes interrog\u00e9es ont fait \u00e9tat de la r\u00e9currence des conflits. Dans les conflits les opposant aux agriculteurs, certains pasteurs soutiennent qu\u2019ils sont souvent en situation de faiblesse face \u00e0 la r\u00e9solution des conflits[footnote]Enqu\u00eates personnelles, 2017.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les raisons profondes des litiges sont \u00e0 rechercher dans la crise fonci\u00e8re r\u00e9sultant du pluralisme de normes et de r\u00e8gles de gestion des ressources naturelles dans la plupart des pays ouest-africains. La r\u00e9solution des conflits n\u2019est pas souvent une chose ais\u00e9e. D\u2019ailleurs, Sylvie Fanchette pense que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[...] la difficult\u00e9 \u00e0 arbitrer les conflits fonciers s'explique dans bien des cas, par le fait que les conflits ne r\u00e9sultent pas tant de la pression sur les ressources, ou de la disparition des instances de r\u00e9gulation sous l'effet de cette pression, mais de la pluralit\u00e9 des normes (droit local, droit de l'\u00c9tat. etc.) et des instances d'arbitrage (chefferie, administration, services techniques, etc.) (2005, p. 122).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019absence d\u2019un cadre traditionnel ou moderne de litige est notoire. M\u00eame si le r\u00f4le jou\u00e9 par les chefs de village et de cantons est salutaire, des accusations sont souvent port\u00e9es \u00e0 leur encontre sous pr\u00e9texte de favoritisme. Les d\u00e9cisions rendues par les autorit\u00e9s locales sont souvent jug\u00e9es arbitraires, injustes et in\u00e9quitables, surtout dans une colonie d\u00e9pourvue de lois pastorales. Dans la plupart des cas, les parties en conflit proc\u00e8dent \u00e0 une r\u00e9solution \u00e0 l\u2019amiable.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les communaut\u00e9s pastorales, cette m\u00e9thode de r\u00e9solution des conflits entra\u00eene des sentiments de haine et de revanche. Une autre m\u00e9thode de r\u00e9solution consiste \u00e0 verser une somme, estim\u00e9e par l\u2019agriculteur, \u00e9quivalente aux d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s (Diagne, 2019, p.\u00a0168). Mais cette derni\u00e8re m\u00e9thode de r\u00e9solution pose beaucoup plus de probl\u00e8mes du fait que le prix \u00e0 payer pour la lib\u00e9ration du b\u00e9tail repose sur l\u2019acceptation ou non du montant propos\u00e9 par l\u2019agriculteur. Au S\u00e9n\u00e9gal, dans la zone sylvopastorale, certains pasteurs estiment d\u2019ailleurs que les certains cultivateurs profitent de cette situation pour r\u00e9clamer des sommes qu\u2019ils n\u2019auraient certainement pas eues apr\u00e8s la vente de toute la r\u00e9colte. Un pasteur peul affirme que \u00ab\u00a0certains agriculteurs profitent de la divagation du b\u00e9tail pour r\u00e9clamer des sommes exorbitantes comme dommages et int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb[footnote]Entretien avec Amadou DIA, \u00e9leveur, 45ans, octobre 2017, \u00e0 Dahra.[\/footnote]. Les conditions de la garde du troupeau sont aussi largement d\u00e9cri\u00e9es par les pasteurs peuls, car ils estiment que \u00ab\u00a0certains agriculteurs ne s\u2019occupent point de la nourriture du b\u00e9tail durant cette p\u00e9riode\u00a0\u00bb[footnote]Enqu\u00eates personnelles, 2017.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avec la r\u00e9currence de la destruction des champs, \u00e9leveurs, agriculteurs et agricultrices en viennent parfois aux mains lorsque les propri\u00e9taires du b\u00e9tail s\u2019oppos\u00e8rent \u00e0 la confiscation de celui-ci. Lorsque l\u2019agriculteur constate la destruction de son champ au r\u00e9veil, il mesure la gravit\u00e9 de sa situation du fait de la longue p\u00e9riode de saison s\u00e8che qui l\u2019attend.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En saison s\u00e8che, les cultures de d\u00e9crue dans la vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal sont \u00e9galement confront\u00e9es aux probl\u00e8mes de violation et de destruction des champs cultiv\u00e9s par le b\u00e9tail en transhumance. Par ailleurs, l\u2019empi\u00e9tement de l\u2019activit\u00e9 agricole sur les parcours habituels du b\u00e9tail pendant l\u2019hivernage pose un probl\u00e8me fondamental : celui de la reconnaissance et de l\u2019acceptation de l\u2019espace de mobilit\u00e9 par toutes les parties. Les pratiques bureaucratiques de contr\u00f4le et d\u2019identification de l\u2019administration coloniale s\u2019inscrivent dans une dynamique \u00e9tatique. Elles laissent entrevoir le r\u00f4le \u00e0 la fois protecteur et r\u00e9pressif de l\u2019autorit\u00e9 coloniale (Diagne, 2019\u00a0:\u00a0170).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La cohabitation entre ces deux groupes entra\u00eene souvent des morts d\u2019homme. En AOF, agriculture et pastoralisme, qui devraient pourtant constituer une \u00e9conomie rationnelle, s\u2019associent difficilement. Leur rencontre est sujette \u00e0 de fortes probabilit\u00e9s de conflits. Dupire pense logiquement que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019une et l\u2019autre sont itin\u00e9rantes et risqueraient, en se croisant, de se nuire ; les deux \u00e9conomies de ces cultivateurs pasteurs se juxtaposent, mais elles ne se combinent (mixed farning) que dans l\u2019utilisation sommaire de la fumure animale sur les terres de cultures, mais aussi inversement par l\u2019utilisation des r\u00e9sidus de la r\u00e9colte par le b\u00e9tail (1962, p. 105).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ces conflits s\u2019ajoutent ceux existant entre les pasteurs eux-m\u00eames. Ces types de conflits dus \u00e0 la dispute des p\u00e2turages ou des points d\u2019eau sont tr\u00e8s fr\u00e9quents dans l\u2019Ouest africain. Au S\u00e9n\u00e9gal, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Wendou, deux pasteurs en sont venus aux mains. L\u2019un d\u2019eux affirme\u00a0avoir \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 arriver sur les puits afin d\u2019abreuver son troupeau. Apr\u00e8s de vifs \u00e9changes, ils se sont battus. Ce qui a entra\u00een\u00e9 des blessures de l\u2019un d\u2019entre eux.[footnote]\u00a0Entretien avec Samba SOW, \u00e9leveur, 52 ans, septembre 2017, \u00e0 Widou.[\/footnote] Les conflits li\u00e9s \u00e0 la dispute des points d\u2019eau, notamment autour des forages, sont assez fr\u00e9quents dans le Ferlo.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019Amali \u00e0 Tess\u00e9kr\u00e9 en passant par Widou, la plupart de nos informateurs et informatrices affirment l\u2019existence au quotidien de ces types de conflits li\u00e9s \u00e0 la dispute de l\u2019eau qui, au final, ne sont dus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme et \u00e0 l\u2019individualisme des protagonistes. \u00c0 cela, il faut ajouter l\u2019existence d\u2019un r\u00e9seau hydraulique d\u00e9faillant. L\u2019hydraulique pastorale s\u2019\u00e9tend sur toute la zone sylvopastorale \u00e0 des degr\u00e9s vari\u00e9s, mais la pr\u00e9f\u00e9rence des forages[footnote]\u00a0Sur les politiques hydrauliques des forages au profit des puits et leurs cons\u00e9quences, voir Catherine BAROIS, L\u2019hydraulique pastorale, un bienfait pour les \u00e9leveurs du Sahel? Afrique contemporaine, 2003\/1, n\u00b0 205, p. 205-224. THEBAUD (Brigitte), \u00ab Politiques d\u2019hydraulique pastorale et gestion de l\u2019espace au Sahel \u00bb, <em>Cah. Sci. Hum<\/em>. 26 (I-2), Ottawa, Canada, 1990, p. 13-31[\/footnote] \u00e0 haut d\u00e9bit par rapport aux puits ciment\u00e9s, entra\u00eene comme cons\u00e9quences les risques de destruction des p\u00e2turages autour des forages. En outre, la mauvaise gestion des forages qui tombent souvent en panne est un autre facteur de complication suppl\u00e9mentaire. Lors de notre s\u00e9jour \u00e0 Widou, les personnes interrog\u00e9es tout comme le directeur des eaux et for\u00eats ont fait \u00e9tat de la r\u00e9currence des pannes des forages. Par d\u00e9cision administrative, certains forages pouvaient faire l\u2019objet d\u2019une fermeture temporaire \u00e0 la suite d\u2019une surcharge des p\u00e2turages. Une telle fermeture permet ainsi le repos des aires de p\u00e2turages, mais entra\u00eene une ru\u00e9e des animaux vers les forages avoisinants.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019occupation de la terre pastorale, en invoquant des raisons de besoins ou d\u2019usages agricoles, l\u2019empi\u00e9tement sur les terrains de parcours habituels du b\u00e9tail, limite consid\u00e9rablement la mobilit\u00e9 des pasteurs. Elle pose le probl\u00e8me de la restriction de l\u2019espace pastoral au profit de l\u2019espace agricole. Cette restriction entra\u00eene la divagation du b\u00e9tail sur les terres cultiv\u00e9es, notamment en p\u00e9riode d\u2019hivernage. Les signes avant-coureurs sont identifiables: l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des agissements de certains acteurs gouvernementaux et celle des espaces dont les politiques pastorales ne sont que la reproduction, voire la continuit\u00e9 de la politique coloniale. Malgr\u00e9 la coexistence entre ces deux groupes, leurs relations conflictuelles aboutissent souvent au pire face \u00e0 l\u2019exigence du contr\u00f4le des terres qui est le gage de la survie de chacun des groupes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En dehors de ces conflits internes, les conflits li\u00e9s \u00e0 la transhumance transfrontali\u00e8re[footnote]\u00a0Appel\u00e9e aussi grande transhumance, elle est per\u00e7ue comme les d\u00e9placements du b\u00e9tail d\u2019un pays \u00e0 un autre, le plus souvent pendant la saison s\u00e8che, \u00e0 la recherche de meilleurs p\u00e2turages. L\u2019article 2 de la d\u00e9cision de la CEDEAO la d\u00e9finit comme \u00ab les d\u00e9placements saisonniers entre \u00c9tats, du b\u00e9tail ayant quitt\u00e9 les limites de ces parcours habituels, en vue de l\u2019exploitation de point d\u2019eau et de p\u00e2turages \u00bb.[\/footnote] constituent la toile de fond d\u2019une probl\u00e9matique r\u00e9v\u00e9latrice de la bifurcation des facteurs culturels, sociaux et \u00e9conomiques. Ils imbriquent toujours des liens \u00e9troits existant entre les agriculteurs et agricultrices des pays d\u2019accueil ou de transit avec les pasteurs transhumants. Les conflits transfrontaliers d\u00e9coulent entre autres de la destruction de champs des cultivateurs et cultivatrices, de l\u2019utilisation des aires de p\u00e2turages et des points d\u2019eau, des vols de b\u00e9tail.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La vive concurrence<strong>,<\/strong> qui d\u00e9coule des int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s dans les pays de d\u00e9part, de transit et d\u2019accueil<strong>,<\/strong> est \u00e0 l\u2019origine des conflits transfrontaliers. Elle peut \u00e9galement avoir des r\u00e9percussions sur les prochaines transhumances entre les acteurs des pays concern\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u0153uvre de la colonisation fran\u00e7aise dans le Djolof peut se r\u00e9sumer \u00e0 une politique de contr\u00f4le et de domination tant de l\u2019espace que des hommes. La politique \u00ab s\u00e9dentariste \u00bb de l\u2019administration coloniale a fait na\u00eetre une nouvelle dynamique sociale entreprise au contact avec les s\u00e9dentaires. La d\u00e9sagr\u00e9gation de structures traditionnelles, combin\u00e9e \u00e0 l\u2019apparition de nouveaux besoins pressants (imp\u00f4t, recrutement, travail forc\u00e9, etc.), ony amen\u00e9 les pasteurs \u00e0 (r\u00e9)adapter leur mode de vie. Le semi-nomadisme ou la s\u00e9dentarit\u00e9 ne signifient nullement la fin ou la disparition du mode de vie pastoral. Ils sont le gage d\u2019un imp\u00e9ratif ou d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adaptation, dont ils ont toujours eu recours, et l\u2019impulsion d\u2019une situation plus favorable les replonge dans le nomadisme. Cette combinaison adaptative garantit la survie des pasteurs face aux al\u00e9as auxquels ils font face. La mise en valeur de l\u2019espace doit plut\u00f4t privil\u00e9gier l\u2019action des peuples, l\u2019am\u00e9lioration de leur cadre de vie, plut\u00f4t que la main mise et l\u2019exploitation \u00e9conomique, en vue d\u2019une gestion efficace. Cheikh Ba pense, \u00e0 cet effet, que \u00ab l\u2019administration coloniale n\u2019a eu d\u2019autres objectifs que de stabiliser l\u2019espace \u00bb (1986, p. 144). Cette stabilisation de l\u2019espace constitue pour certains le point de d\u00e9part des changements ou modifications de la gestion des ressources naturelles et des parcours. Pour d\u2019autres, elle n\u2019est que l\u2019aboutissement d\u2019un long processus de dilatation d\u00fb aux rapports conflictuels entre les diff\u00e9rents groupes de la zone et \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme individuel. Ainsi, par un contr\u00f4le direct du terroir, l\u2019administration coloniale avait d\u00e9sormais l\u2019attitude d\u2019un ma\u00eetre absolu. C\u2019est dans ce nouveau cadre de vie qu\u2019elle circonscrit les syst\u00e8mes pastoraux. L\u2019espace pastoral devint, d\u00e8s lors, un espace de contrainte, de subordination, et l\u2019organisation sociopolitique et socio\u00e9conomique des soci\u00e9t\u00e9s pastorales se dilata progressivement face \u00e0 cette nouvelle organisation territoriale. Ainsi les rapports entre les diff\u00e9rents groupes deviennent plus tendus et conflictuels, entra\u00eenant d\u00e8s lors une r\u00e9currence des conflits entre, d\u2019une part, les pasteurs eux-m\u00eames et, d\u2019autre part, entre pasteurs et agriculteurs dont les m\u00e9thodes de r\u00e9solution sont ambigu\u00ebs.<\/p>\r\n\r\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<h3 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sources archivistiques<\/h3>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, 10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par Ballo, l\u2019Administrateur Commandant le cercle.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, 10D4\/0041\u00a0: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls\u00a0: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par Ka Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion),<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo et Cameroun. D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, 2G30- 88\u00a0: S\u00e9n\u00e9gal\u2013 Cercle de Lingu\u00e8re (Djolof) Rapport politique annuel 1930- Lingu\u00e8re, le 20 janvier 1931.<\/p>\r\n\r\n<h3 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sources \u00e9crites<\/h3>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ancey, V\u00e9ronique et Monas, Georges. 2005. Le pastoralisme au S\u00e9n\u00e9gal entre politique \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb et gestion des risques par les pasteurs.<em> Revue Tiers Monde<\/em>, <em>184<\/em>, 761-783.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anonyme. 1983. <em>L\u2019avenir des peuples pasteurs : compte rendu de la conf\u00e9rence tenue \u00e0 <\/em>Nairobi, Kenya, 4-8 ao\u00fbt 1981.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Cheikh. 1986. <em>Les Peuls du S\u00e9n\u00e9gal : \u00c9tude g\u00e9ographique<\/em>. Dakar-Abidjan-Lom\u00e9\u00a0: Les Nouvelles \u00c9ditions africaines.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Daha Cherif. 2013. <em>Rythmes d\u2019eaux et de savanes ou les facettes culturelles de la S\u00e9n\u00e9gambie (1512-1980<\/em>). Paris\u00a0: Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barois, Catherine. 2003.\u00a0L\u2019hydraulique pastorale, un bienfait pour les \u00e9leveurs du Sahel? <em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>205<\/em>, 205-224.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barry, Boubacar. 1988. <em>La S\u00e9n\u00e9gambie du XV au XIX si\u00e8cle. Traite n\u00e9gri\u00e8re, Islam, conqu\u00eate coloniale<\/em>. Paris\u00a0: Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bernus, Edmond et Boutrais, Jean. 1994.\u00a0Crises et enjeux du pastoralisme africain. <em>C.R. Acad. Agric. Fr<\/em>., <em>8<\/em>, 105-119.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Catley, Andy et Mariner, Jeffrey. 2002. Les zones o\u00f9 il n\u2019existe pas de donn\u00e9es : Approches participatives en d\u2019\u00e9pid\u00e9miologie v\u00e9t\u00e9rinaire dans les zones pastorales de la Corne de l\u2019Afrique. <em>Dossier<\/em>, 110, Publications Library, 20 p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diagne, Ndiouga. 2017. <em>Le pastoralisme en Afrique de l\u2019Ouest de 1900 \u00e0 nos jours<\/em><em>.<\/em> M\u00e9moire de master, UCAD.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diagne, Ndiouga. 2019. Les conflits pastoraux ou la lutte pour le contr\u00f4le de l\u2019espace. <em>\u00c9thiopiques\u00a0: Litt\u00e9rature, Philosophie, Sociologie, Anthropologie et Art<\/em>, <em>103<\/em>, 163-178.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diagne, Ndiouga. 2020. L\u2019administration coloniale face \u00e0 la mobilit\u00e9 des pasteurs nomades dans le Djolof 1895-1960 : migrations, p\u00e9r\u00e9grinations et conflits. Communication pr\u00e9sent\u00e9e lors du 4e Colloque international sur les \u00ab Mobilit\u00e9s en Afrique de l\u2019Ouest : peuplement, territoires, et int\u00e9gration r\u00e9gionale \u00bb organis\u00e9 par le CREEILAC, Universit\u00e9 Assane Seck de Ziguinchor, le 10 d\u00e9cembre.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dupire, Marguerite. 1962. <em>Peuls nomades : \u00c9tude descriptive des wodaabe du Sahel<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fanchette, Sylvie. 1999. Colonisation des terres sylvo-pastorales et conflits fonciers en Haute Casamance. <em>Tenures fonci\u00e8res pastorales<\/em>, 13, 31 p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Le Bris, \u00c9tienne, Le Roy, \u00c9tienne, <em>et al. <\/em>1982. <em>Enjeux fonciers en Afrique noire. <\/em>Paris\u00a0: ORSTOM, Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbaye, Saliou. 1991. <em>Histoire des institutions coloniales fran\u00e7aises en Afrique de l\u2019Ouest (1816-1960)<\/em>. Dakar\u00a0: Imprimerie Saint-Paul.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngaide, Abdarahmane. 2012. Logiques d\u2019h\u00e9ritages et superposition de droits de conflits de pratiques dans l\u2019Afrique contemporaine. Le \u00ab\u00a0l\u00e9gitime\u00a0\u00bb contre le \u00ab\u00a0l\u00e9gal\u00a0\u00bb. <em>\u00c9thiopiques, 88, Litt\u00e9rature, Philosophie et Art<\/em>, 7 p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pelissier, Paul. 1966. <em>Les paysans du S\u00e9n\u00e9gal : les civilisations agraires du Cayor \u00e0 la Casamance<\/em>. Fabr\u00e8gue- Saint-Yriex.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Santoir, Christian. 1983. <em>Raison pastorale et politique de d\u00e9veloppement. Les Peuls du S\u00e9n\u00e9galais face aux am\u00e9nagements<\/em>. Paris\u00a0: ORSTOM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thebaud, Brigitte. 1990. Politiques d\u2019hydraulique pastorale et gestion de l\u2019espace au Sahel. <em>Cah. Sci. Hum<\/em>., <em>26<\/em>(I-2), 13-31.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thebaud, Brigitte. 2002. <em>Foncier pastoral et gestion de l\u2019espace au Sahel<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Toupet, Charles. 1975. <em>La s\u00e9dentarisation des nomades en Mauritanie centrale<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Paris VIII.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Toupet, Charles. 1992. <em>Le Sahel<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\r\n\r\n<h3 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sources orales<\/h3>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Samba SOW, septembre 2017, \u00e0 Widou.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Amadou DIA, octobre 2017, \u00e0 Dahra.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Ousmane Ka, \u00e9leveur agriculteur, 15-10-2017, \u00e0 Dahra.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article cherche, d&rsquo;abord, \u00e0 analyser les politiques de contr\u00f4le mises en place par l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise afin de p\u00e9n\u00e9trer, de stabiliser et de contr\u00f4ler la province du Djolof, n\u00e9e de la cr\u00e9ation du cercle de Louga en 1887, mais aussi de s\u00e9dentariser les pasteurs nomades dont la mobilit\u00e9 constante \u00e9chappait tout contr\u00f4le. Consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab roublards \u00bb avec une activit\u00e9 archa\u00efque, les pasteurs nomades apparaissent aux yeux de l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise comme un peuple \u00ab arri\u00e9r\u00e9 \u00bb et \u00ab stagnante \u00bb. Il fallait les apporter du progr\u00e8s par le biais de la \u00ab civilisation \u00bb, afin qu\u2019ils rentrent dans l&rsquo;\u00e8re de la\u00a0 \u00ab modernit\u00e9 \u00bb. Il \u00e9tudie, ensuite, les politiques de restriction de la mobilit\u00e9 des nomades dans le but est de les s\u00e9dentariser. Et enfin, il met l\u2019accent sur la territorialisation n\u00e9e des r\u00e9formes administratives avec comme corollaire la nature tendue et conflictuelle des relations entre deux groupes sociaux \u2013 agriculteurs et pasteurs \u2013 qui partagent le m\u00eame espace.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/administration-coloniale-francaise\/\">administration coloniale fran\u00e7aise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/agriculteur\/\">agriculteur<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/conflit\/\">conflit<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/djolof\/\">Djolof<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/pasteur\/\">pasteur<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This article seeks, firstly, to analyse the control policies put in place by the French colonial administration in order to penetrate, stabilise and control the province of Djolof, which was born from the creation of the cercle de Louga in 1887, but also to sedentarise the nomadic pastoralists whose constant mobility was beyond the control of the colonial administration. Considered as \u00ab\u00a0foxes\u00a0\u00bb with an archaic activity, the nomadic pastoralists appeared to the French colonial administration as a backward and stagnant people. It was necessary to bring them progress through \u00ab\u00a0civilization\u00a0\u00bb so that they could enter the era of \u00ab\u00a0modernity\u00a0\u00bb. He then studied the policies of restricting the mobility of nomads with the aim of making them sedentary. And finally, he focuses on the territorialisation born of administrative reforms, with the corollary of the tense and conflicting nature of relations between two social groups &#8211; farmers and pastoralists &#8211; who share the same space.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/conflict\/\">conflict<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/djolof\/\">Djolof<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/farmer\/\">farmer<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/french-colonial-administration\/\">French colonial administration<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/pastoralist\/\">pastoralist<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>7 juin 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>26 ao\u00fbt 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>9 juin 2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Djolof<a class=\"footnote\" title=\"Ancien royaume s\u00e9n\u00e9gambien, le Djolof, situ\u00e9 dans la r\u00e9gion actuelle de Louga, nord du S\u00e9n\u00e9gal, correspond approximativement au d\u00e9partement de Lingu\u00e8re ou ce qui est convenu d\u2019appeler la zone sylvo-pastorale dont les limites g\u00e9ographiques sont fortes ambigu\u00ebs. Les plus anciens habitants de ces divers pays auraient \u00e9t\u00e9 les S\u00e9r\u00e8res. \u00c0 une date difficile \u00e0 pr\u00e9ciser, les Wolofs, repoussant les Toucouleurs que les Maures contraignaient \u00e0 l\u2019exode vers le Sud-ouest, auraient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le Djolof, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sert\u00e9 en partie par les S\u00e9r\u00e8res, et s\u2019y seraient \u00e9tablis sans violence. Les mouvements des peuples et l\u2019abandon du Djolof par les S\u00e9r\u00e8res \u00e9taient la cons\u00e9quence des exactions et des pillages des Maures. On ne saurait pr\u00e9ciser si les Peuls ont devanc\u00e9 les Wolofs dans le pays, ou s\u2019ils sont arriv\u00e9s en m\u00eame temps qu\u2019eux. La m\u00e9moire collective raconte que le Djolof aurait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par Ndiadiane Ndiaye. Les descendants de cette dynastie r\u00e9gn\u00e8rent en ma\u00eetre absolu dans le Djolof jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais. \u00c0 cette p\u00e9riode, Alboury dirigeait le Djolof. Son fils, Bouna Alboury, sera d\u2019ailleurs le chef du Djolof apr\u00e8s la soumission du pays \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 coloniale par le biais d\u2019un trait\u00e9 de paix \u00e0 la date du 18 avril 1885 entre le bourba Alboury Ndiaye et Victor Ballot, directeur des affaires politiques de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal. Voir 10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par BALLO, l\u2019Administrateur Commandant le cercle.\" id=\"return-footnote-1037-1\" href=\"#footnote-1037-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> est un lieu de rencontre, de contact et d\u2019\u00e9change. Plusieurs migrations (Ba, 1986, Lam, 1993) venues de la S\u00e9n\u00e9gambie m\u00e9ridionale et septentrionale ont forg\u00e9 une civilisation pastorale et agricole, symbole de leur coexistence. Les diverses relations entre le Djolof et les autres provinces de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal ont donn\u00e9 naissance \u00e0 une jonction de populations (Barry, 1988, Daha Cherif, 2013, Fall, 2016). La colonisation a fait na\u00eetre un nouveau syst\u00e8me d\u2019organisation et d\u2019exploitation consistant \u00e0 privil\u00e9gier les uns au d\u00e9triment des autres. Les syst\u00e8mes pastoraux s\u2019en sortent \u00e9branl\u00e9s et la lutte pour le pourvoir appara\u00eet sous de nouvelles formes. La mobilit\u00e9, qui constitue la \u00ab\u00a0pierre angulaire\u00a0\u00bb des syst\u00e8mes pastoraux, fera face \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019administration coloniale de la restreindre afin de mieux stabiliser l\u2019espace dont elle devient le nouveau ma\u00eetre et le garant de la stabilit\u00e9. De ces politiques de s\u00e9dentarisation (Ba, 1986), les rapports entre pasteurs nomades et agriculteurs deviennent plus tendus et conflictuels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa politique de gestion et de contr\u00f4le des populations du Djolof, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise va tenter de maintenir sur place les pasteurs nomades afin et de mettre en \u0153uvre sa \u00ab\u00a0mission civilisatrice\u00a0\u00bb. La politique de restriction des mobilit\u00e9s s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une r\u00e9action des populations nomades dont les p\u00e9r\u00e9grinations n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 sans cons\u00e9quence dans la mise en valeur de la province du Djolof.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est question, dans cet article, d\u2019analyser les politiques de s\u00e9dentarisation des pasteurs nomades mises en place par l\u2019administration coloniale dans sa conqu\u00eate de p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019arri\u00e8re-pays. Il est aussi question d\u2019examiner les r\u00e9formes territoriales et administratives, la r\u00e9action des nomades et les conflits qui d\u00e9coulent de la gestion de l\u2019espace. En d\u2019autres termes, comment l\u2019administration coloniale, dans sa politique de gestion et de contr\u00f4le de l\u2019espace et de la population, fera-t-elle face aux syst\u00e8mes pastoraux? Les politiques coloniales de s\u00e9dentarisation ont-elles des r\u00e9percussions sur la gestion pastorale et les relations entre pasteurs et agriculteurs?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questionnements, nous adoptons une d\u00e9marche analytique et critique des diff\u00e9rentes sources<a class=\"footnote\" title=\"Dans ce texte, nous avons utilis\u00e9 en grande partie les sources archivistiques, des enqu\u00eates de terrain et des sources imprim\u00e9es.\" id=\"return-footnote-1037-2\" href=\"#footnote-1037-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> en vue de saisir le contexte de p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019administration coloniale, les politiques de s\u00e9dentarisation initi\u00e9es, ainsi que leurs r\u00e9percussions sur la gestion pastorale et les relations entre pasteurs et agriculteurs\u00a0dans le Djolof.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9formes administrative et territoriale\u00a0: contr\u00f4ler, administrer, \u00ab\u00a0civiliser\u00a0\u00bb et exploiter, un imp\u00e9ratif?<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La \u00ab\u00a0mission civilisatrice\u00a0\u00bb de la France \u00e0 l\u2019endroit des indig\u00e8nes \u00e9tait tributaire de la stabilit\u00e9 et du contr\u00f4le de l\u2019espace et de la population. Apr\u00e8s la conqu\u00eate de l\u2019espace par les armes, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise va initier des r\u00e9formes administratives et territoriales afin de mettre en \u0153uvre sa politique assimilationniste. Confront\u00e9e \u00e0 la mobilit\u00e9 constante des pasteurs, elle va tenter de fixer les nomades en mettant en place des politiques sanitaires, hydrauliques et agricoles (P\u00e9lissier, 1966, Santoir, 1983, Ba, 1986).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La conqu\u00eate territoriale de la France, qui a abouti \u00e0 la d\u00e9faite des royaumes s\u00e9n\u00e9gambiens, inaugure une nouvelle phase dans l\u2019organisation administrative et territoriale de ces royaumes. Avec la mainmise sur les territoires, un nouveau r\u00e9gime administratif est mis sur place. C\u2019est ainsi que la France, apr\u00e8s plusieurs r\u00e9formes (1919-1920), fixe les compositions et limites de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7aise<a class=\"footnote\" title=\"ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo etCameroun\" id=\"return-footnote-1037-3\" href=\"#footnote-1037-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>, cr\u00e9\u00e9e en 1895, par le biais d\u2019un d\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920<a class=\"footnote\" title=\"ANS, voir D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise.\" id=\"return-footnote-1037-4\" href=\"#footnote-1037-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>. La cr\u00e9ation de cette entit\u00e9 r\u00e9pondait \u00e0 la fois \u00e0 des besoins politiques, \u00e9conomiques et sociaux dont le but \u00e9tait d\u2019administrer, d\u2019encadrer, de contr\u00f4ler, mais aussi d\u2019identifier la population indig\u00e8ne. Apr\u00e8s la refonte de l\u2019espace africain en g\u00e9n\u00e9ral et de l\u2019Ouest africain en particulier, les d\u00e9crets du 23 octobre 1904 et du 24 juillet 1906, portant respectivement sur l\u2019organisation du domaine et cr\u00e9ation du r\u00e9gime foncier, r\u00e9gissent le domaine foncier de l\u2019\u00c9tat<a class=\"footnote\" title=\"Les d\u00e9crets du 26 juillet 1906 et du 26 juillet 1932 portant r\u00e9organisation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re en AOF initient l\u2019immatriculation comme proc\u00e9dure de cr\u00e9ation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le titre foncier comme acte manifestant la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re.\" id=\"return-footnote-1037-5\" href=\"#footnote-1037-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>. Le domaine foncier de l\u2019\u00c9tat est constitu\u00e9 par les biens et les immobiliers d\u00e9tenus par l\u2019administration dans les formes et les conditions pr\u00e9vues par le Code civil fran\u00e7ais. En outre, la reconnaissance de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re par l\u2019\u00c9tat colonial, issue du d\u00e9cret du 5 novembre 1830 du Code civil fran\u00e7ais, a permis une usurpation sur la gestion des terres africaines. Il se pose alors ce que Le Brise et Le Roy appellent \u00ab le probl\u00e8me de la nature du droit sur la terre et celui de la surface sur laquelle ce droit porte \u00bb (1982, p. 144) \u00e0 travers la r\u00e9forme fonci\u00e8re et agraire. Une telle politique, purement s\u00e9gr\u00e9gationniste et centralisatrice, place tous les territoires de l\u2019AOF<a class=\"footnote\" title=\"ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo etCameroun\" id=\"return-footnote-1037-6\" href=\"#footnote-1037-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a> sous la tutelle d\u2019un gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, avec pour capitale Dakar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les anciens territoires sont ainsi divis\u00e9s en cercles. Le Cayor est partag\u00e9 entre les cercles de Louga et de Tivaoune et le Djolof est rattach\u00e9 au cercle de Louga<a class=\"footnote\" title=\"ANS, voir D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise.\" id=\"return-footnote-1037-7\" href=\"#footnote-1037-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>. Le cercle peut \u00eatre per\u00e7u comme un lieu \u00e0 d\u00e9limitation floue servant \u00e0 absorber toutes les ressources par un contr\u00f4le plus direct de la population. Dirig\u00e9 par un chef de cercle, le cercle d\u00e9pendait du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral. Les cercles sont subdivis\u00e9s en canton. Dirig\u00e9 par un chef de canton indig\u00e8ne, le canton est compos\u00e9 par \u00ab un groupement de villages et par les territoires qui en d\u00e9pendent \u00bb (Mbaye,\u00a01991, p. 65) et plusieurs cantons pouvaient former une province<a class=\"footnote\" title=\"\u00c0 la t\u00eate de chaque province se trouvait un chef de province nomm\u00e9 par le Gouverneur de la colonie. Il est le repr\u00e9sentant direct de l\u2019administration coloniale, du commandant de cercle, et est aid\u00e9 dans ses t\u00e2ches par les chefs de canton et chefs de village. Ces autorit\u00e9s indig\u00e8nes deviennent ainsi les subordonn\u00e9s et les interm\u00e9diaires entre l\u2019administration coloniale et la population indig\u00e8ne afin de mieux r\u00e9pandre la pens\u00e9e coloniale et de b\u00e9n\u00e9ficier par la m\u00eame occasion certains privil\u00e8ges. En outre, ils constituent la colonne vert\u00e9brale de la politique coloniale, tant\u00f4t en ch\u00e2tiant leurs concitoyens pour maintenir l\u2019ordre, tant\u00f4t en d\u00e9non\u00e7ant les r\u00e9calcitrants au m\u00e9rite d\u2019une reconnaissance ou d\u2019une d\u00e9coration souvent per\u00e7ue comme relevant de la tra\u00eetresse.\" id=\"return-footnote-1037-8\" href=\"#footnote-1037-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>. C\u2019est ainsi que l\u2019administration coloniale organise ses territoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais pour un contr\u00f4le effectif des territoires, l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 11 janvier 1935, modifi\u00e9 par celui du 4 mars 1942, initie les villages au sein de l\u2019administration. Le village, d\u00e9crit par Mbaye comme \u00ab l\u2019unit\u00e9 administrative indig\u00e8ne \u00bb (1991, p. 67), permet \u00e0 l\u2019administration de surveiller un peuple longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme insaisissable, individualiste, errant, par le biais des chefs de village. Apr\u00e8s la r\u00e9forme fonci\u00e8re, celle territoriale attribue les terres aux collectivit\u00e9s locales ou \u00e0 des groupes de personnes par l\u2019interm\u00e9diaire du commandant de cercle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, \u00ab\u00a0les coutumes\u00a0arbitraires \u00e9taient supprim\u00e9es et la justice surveill\u00e9e, le conseil des notables contr\u00f4l\u00e9, une nouvelle forme de justice mise en place\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, S\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D5\/0011, Histoire du Djolof\" id=\"return-footnote-1037-9\" href=\"#footnote-1037-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>. Malgr\u00e9 qu\u2019elles soient appel\u00e9es justice musulmane quoi que dict\u00e9es et arbitraires, les coutumes tant d\u00e9cri\u00e9es sont appel\u00e9es \u00e0 dispara\u00eetre, les indig\u00e8nes appel\u00e9s \u00e0 plus de civilit\u00e9, de production, de soumission, de participation pour la m\u00e8re patrie et \u00e0 scolariser les enfants en masse, telles sont d\u00e9sormais les missions assimil\u00e9es \u00e0 ce territoire et \u00e0 l\u2019ensemble de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal. L\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9, voulus par l\u2019administration coloniale, r\u00e9gnaient partout, favorisant ainsi la marche du pays vers la voie du progr\u00e8s et de la civilisation de la France. \u00c0 la t\u00eate de chaque province se trouvait un chef de province nomm\u00e9 par le Gouverneur de la colonie<a class=\"footnote\" title=\"ANS, idem.\" id=\"return-footnote-1037-10\" href=\"#footnote-1037-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>. Il est le repr\u00e9sentant direct de l\u2019administration coloniale, du commandant de cercle et est aid\u00e9 dans ses t\u00e2ches par les chefs de canton et chefs de village<a class=\"footnote\" title=\"Sur r\u00e9formes territoriales et administratives, voir Saliou Mbaye, Histoire des institutions coloniales fran\u00e7aises en Afrique de l\u2019Ouest (1816-1960), 1991.\" id=\"return-footnote-1037-11\" href=\"#footnote-1037-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La nouvelle organisation qui voit le jour en 1895 a permis \u00e0 l\u2019administration coloniale \u00ab\u00a0d\u2019activer la p\u00e9n\u00e9tration du pays, de rendre l\u2019occupation effective, de garantir par un contr\u00f4le incessant l\u2019int\u00e9gration et d\u2019accro\u00eetre la confiance des indig\u00e8nes avec l\u2019autorit\u00e9 et de favoriser par des recensements plus exacts la progression et la r\u00e9gularit\u00e9 des recouvrements fiscaux\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.\" id=\"return-footnote-1037-12\" href=\"#footnote-1037-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>. C&rsquo;est sans doute dans ce contexte que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[&#8230;] les Peuls s\u2019\u00e9loign\u00e8rent dans la brousse pour \u00e9chapper aux administrateurs indig\u00e8nes repr\u00e9sentant l\u2019administration coloniale dans l\u2019exercice du nouveau pouvoir. Une psychose de crainte des oreilles rouges s\u2019empara des Foulb\u00e9s, \u00e0 tel point qu\u2019ils refus\u00e8rent tout contact et se dissimul\u00e8rent, la brousse aidant, ainsi que leur capital b\u00e9tail<a class=\"footnote\" title=\"ANS, 10D4\/0041: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peulh: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957.\" id=\"return-footnote-1037-13\" href=\"#footnote-1037-13\" aria-label=\"Footnote 13\"><sup class=\"footnote\">[13]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La province du Djolof<a class=\"footnote\" title=\"La population du Djolof \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 30055 habitants en 1904. Elle conna\u00eetra une augmentation sensible pour atteindre 33528 habitants en 1906. Voir, ANS, s\u00e9rie D, sous s\u00e9rie 11D3. 46 Subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal. En 1948, elle \u00e9tait de 40\u00a0432 habitants. Voir 13G 58 (180) Enseignement primaire au S\u00e9n\u00e9gal.\" id=\"return-footnote-1037-14\" href=\"#footnote-1037-14\" aria-label=\"Footnote 14\"><sup class=\"footnote\">[14]<\/sup><\/a>, fort \u00e9loign\u00e9e du cercle de Louga auquel elle d\u00e9pend, m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre administr\u00e9e et surveill\u00e9e de plus pr\u00e8s. En 1910, le cercle de Louga, cr\u00e9\u00e9 en 1887, comprenait 5 provinces.<a class=\"footnote\" title=\"Djolof, Ndiambour septentrional, Ndiambour m\u00e9ridional, N\u2019guick M\u00e9rina, Gandiolais.\" id=\"return-footnote-1037-15\" href=\"#footnote-1037-15\" aria-label=\"Footnote 15\"><sup class=\"footnote\">[15]<\/sup><\/a> La province du Djolof comptait le plus grand nombre de populations du cercle de Louga, soit 39949 habitants<a class=\"footnote\" title=\"ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.\" id=\"return-footnote-1037-16\" href=\"#footnote-1037-16\" aria-label=\"Footnote 16\"><sup class=\"footnote\">[16]<\/sup><\/a>. La population peule, la plus nombreuse, \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 21366 contre 17544 pour les Ouolofs, 1131 pour les Maures et \u00e0 438 pour les Bambaras<a class=\"footnote\" title=\"ANS, Idem.\" id=\"return-footnote-1037-17\" href=\"#footnote-1037-17\" aria-label=\"Footnote 17\"><sup class=\"footnote\">[17]<\/sup><\/a>. Toutefois, les chiffres fournis par l\u2019administration coloniale sont \u00e0 prendre avec beaucoup de pr\u00e9cautions. Les recensements de la population durant cette p\u00e9riode sont souvent biais\u00e9s et il existe un grand risque de sur\/sous-\u00e9valuation compte tenu des difficult\u00e9s que les administrateurs coloniaux avaient pour effectuer les recensements dans cette zone. Celle-ci \u00e9tait aussi vaste avec une forte mobilit\u00e9 des pasteurs peuls r\u00e9ticents \u00e0 tout recensement \u00e0 cause notamment des imp\u00f4ts pr\u00e9lev\u00e9s sur le b\u00e9tail. Malgr\u00e9 le r\u00f4le utile du chef de province, Bouna Ndiaye<a class=\"footnote\" title=\"Plusieurs rapports d\u2019administrateurs coloniaux ainsi que certaines traditions t\u00e9moignent la loyaut\u00e9 du fils d\u2019Alboury Ndiaye, Bouna Ndiaye chef de la province du Djolof. Son autorit\u00e9 aupr\u00e8s de la population \u00e9tait grande. C\u2019est d\u2019ailleurs apr\u00e8s son intronisation comme chef sup\u00e9rieur du Djolof qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9cole fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 dans le Djolof\" id=\"return-footnote-1037-18\" href=\"#footnote-1037-18\" aria-label=\"Footnote 18\"><sup class=\"footnote\">[18]<\/sup><\/a>, qui rend des services loyaux \u00e0 Yang-Yang<a class=\"footnote\" title=\"Capitale du Djolof, puis chef-lieu de la province du m\u00eame nom.\" id=\"return-footnote-1037-19\" href=\"#footnote-1037-19\" aria-label=\"Footnote 19\"><sup class=\"footnote\">[19]<\/sup><\/a> et qui avait une forte autorit\u00e9 aupr\u00e8s des indign\u00e9es, il fallait une mainmise sur la population et les activit\u00e9s. Les d\u00e9placements sans cesse des Peuls vers le Ferlo ou dans les autres cercles ne facilitaient pas l\u2019exercice du pouvoir<a class=\"footnote\" title=\"ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.\" id=\"return-footnote-1037-20\" href=\"#footnote-1037-20\" aria-label=\"Footnote 20\"><sup class=\"footnote\">[20]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec la pacification de l\u2019espace, la province du Djolof appartenant au cercle Louga allait bient\u00f4t \u00eatre d\u00e9tach\u00e9e de celui-ci \u00e0 cause de son vaste territoire qui \u00e9chappait \u00e0 tout contr\u00f4le de l\u2019administration coloniale. Dans un rapport en date du 16 d\u00e9cembre 1911, le Gouverneur des colonies et Lieutenant-Gouverneur du S\u00e9n\u00e9gal, Cor, adress\u00e9 \u00e0 Monsieur le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AOF, insistait sur \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er de nouvelles r\u00e9sidences ou postes afin d\u2019assurer un \u02bacontrat \u00e9troit et permanent\u02ba entre les repr\u00e9sentants du pouvoir local et les populations indig\u00e8nes\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, Idem.\" id=\"return-footnote-1037-21\" href=\"#footnote-1037-21\" aria-label=\"Footnote 21\"><sup class=\"footnote\">[21]<\/sup><\/a>. La nature du contrat qui lie les deux parties est infaillible et chaque partie est r\u00e9compens\u00e9e dans une certaine mesure. C\u2019est dans ce contexte que la province du Djolof appartenant au cercle de Louga est \u00e9rig\u00e9e en cercle<a class=\"footnote\" title=\"ANS, idem.\" id=\"return-footnote-1037-22\" href=\"#footnote-1037-22\" aria-label=\"Footnote 22\"><sup class=\"footnote\">[22]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Carte. Cercle du Djolof ou cercle de Lingu\u00e8re<\/p>\n<figure id=\"attachment_1040\" aria-describedby=\"caption-attachment-1040\" style=\"width: 1351px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1040 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne.png\" alt=\"\" width=\"1351\" height=\"1001\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne.png 1351w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne-300x222.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne-1024x759.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne-768x569.png 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne-65x48.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne-225x167.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2022\/05\/Carte-Ndiagne-350x259.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 1351px) 100vw, 1351px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1040\" class=\"wp-caption-text\">Source\u00a0: ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Souvent mentionn\u00e9 dans certains documents d\u2019archives cercle de Djolof, le cercle de Lingu\u00e8re, cr\u00e9\u00e9 le 1er janvier 1929, est rattach\u00e9 depuis le 12 mai 1929 au cercle de Louga<a class=\"footnote\" title=\"ANS, idem.\" id=\"return-footnote-1037-23\" href=\"#footnote-1037-23\" aria-label=\"Footnote 23\"><sup class=\"footnote\">[23]<\/sup><\/a>. Il est plac\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019administrateur du cercle de Louga et est administr\u00e9 par un agent des services civils en r\u00e9sidence \u00e0 Lingu\u00e8re, chef-lieu du Djolof. Le cercle de Lingu\u00e8re reprit son autonomie le 1er ao\u00fbt 1930<a class=\"footnote\" title=\"ANS, idem.\" id=\"return-footnote-1037-24\" href=\"#footnote-1037-24\" aria-label=\"Footnote 24\"><sup class=\"footnote\">[24]<\/sup><\/a> et est administr\u00e9 par un administrateur adjoint des colonies. L\u2019administrateur commandant le cercle de Louga est en m\u00eame temps l\u2019administrateur maire de la commune mixte dont la cr\u00e9ation remonte au 31 d\u00e9cembre 1904. Les pr\u00e9rogatives administratives et politiques sont d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es par l\u2019administrateur aux chefs de province qui assurent la pr\u00e9sidence des tribunaux de province, institu\u00e9e par le d\u00e9cret du 10 novembre 1903. \u00c0 sa cr\u00e9ation, le cercle de Lingu\u00e8re avait la troisi\u00e8me plus grande superficie de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal<a class=\"footnote\" title=\"ANS, idem.\" id=\"return-footnote-1037-25\" href=\"#footnote-1037-25\" aria-label=\"Footnote 25\"><sup class=\"footnote\">[25]<\/sup><\/a> (19218 km\u00b2) avec 16630 km\u00b2 apr\u00e8s les cercles de Tambacounda (46190 km\u00b2) et Kaolack (19440 km\u00b2). Le cercle de Lingu\u00e8re comptait 5 cantons<a class=\"footnote\" title=\"Il s\u2019agit des cantons de Yang-Yang (3292 km\u00b2), De Dji\u00e9vol Thiod\u00e9 (737km\u00b2), de Pass Bakhal (2992 km\u00b2), de Djolof Oriental (4405 km\u00b2), de Dienguel Lathi\u00e9 (5202 km\u00b2)\" id=\"return-footnote-1037-26\" href=\"#footnote-1037-26\" aria-label=\"Footnote 26\"><sup class=\"footnote\">[26]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9formes territoriales et administratives entreprises par l\u2019administration coloniale devaient aboutir \u00e0 un meilleur contr\u00f4le de la population. La mobilit\u00e9 des pasteurs se pr\u00e9sente comme un syst\u00e8me archa\u00efque qu\u2019il faut \u00e9radiquer sinon limiter. V\u00e9ronique Ancey \u00e9voque la description faite de l\u2019\u00e9levage peul en ces termes :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Myst\u00e8re, irrationalit\u00e9, atavisme, voire magie sont les premi\u00e8res caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9levage peul aux yeux des v\u00e9t\u00e9rinaires coloniaux pr\u00e9occup\u00e9s de son contr\u00f4le, c\u2019est-\u00e0-dire, d\u00e9j\u00e0, d\u2019une certaine mise en ordre rationnelle. (&#8230;). L\u2019\u00e9levage africain est un \u00ab art primitif \u00bb pratiqu\u00e9 avec un sens pratique reconnu, mais sans rationalit\u00e9 (2005, p. 21).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les Peuls nomades, comme tous \u00ab\u00a0les peuples pasteurs sont de terribles d\u00e9boiseurs, et il est bien difficile d\u2019y rem\u00e9dier. N\u00e9anmoins on ne saurait tol\u00e9rer qu\u2019ils \u00e9migrent\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, s\u00e9rie D, sous s\u00e9rie 11D1. 922. Rapports politiques, agricoles, commerciaux et de tourn\u00e9es.\" id=\"return-footnote-1037-27\" href=\"#footnote-1037-27\" aria-label=\"Footnote 27\"><sup class=\"footnote\">[27]<\/sup><\/a>. La volont\u00e9 de l\u2019administration de limiter la mobilit\u00e9 des pasteurs est justifi\u00e9e par un souci de stabilit\u00e9 et de pr\u00e9servation de l\u2019environnement. Les pasteurs ont une habilet\u00e9 \u00e0 migrer d\u2019un canton \u00e0 un autre malgr\u00e9 les restrictions. Les administrateurs coloniaux et indig\u00e8nes se devaient de limiter les d\u00e9placements constants des pasteurs. Aux yeux de l\u2019administration coloniale, la mobilit\u00e9 ne rime pas avec la \u00ab civilisation occidentale \u00bb. Dans un rapport on pouvait lire les pr\u00e9jug\u00e9s formul\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit des pasteurs peuls en ces termes :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] ils sont pauvres, ignorants, sales. Ils n\u2019aiment pas travailler. Ils bougent pour un rien. Ils sont retard\u00e9s et vivent pratiquement comme des animaux. Ils ont besoin du progr\u00e8s, de la modernisation, de la civilisation ; il faut qu\u2019ils s\u2019installent dans des villages, qu\u2019ils aient des salles de bain et des \u00e9coles et qu\u2019ils apprennent \u00e0 parler notre langue (Anonyme, 1983, p. 35).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En outre, elle rel\u00e8ve de l\u2019archa\u00efsme et ne permet pas une exploitation rationnelle du b\u00e9tail et de ses produits d\u00e9riv\u00e9s. La mobilit\u00e9 pouvait aussi constituer une source d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et d\u2019instabilit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 elle induit des migrations complexes entre plusieurs territoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en valeur des territoires rentrait dans le cadre de cette politique. C\u2019est ainsi que l\u2019administration met en place des politiques contraignantes visant \u00e0 encourager la s\u00e9dentarisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec l\u2019appropriation effective des territoires, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise se pencha sur l\u2019un des groupes les plus \u00ab\u00a0terribles\u00a0\u00bb de la zone. Dans le but d\u2019inciter et de maintenir sur place les pasteurs nomades, elle d\u00e9veloppa plusieurs politiques \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Encourager la s\u00e9dentarisation\u00a0: la mobilit\u00e9 mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour avoir un contr\u00f4le direct sur les soci\u00e9t\u00e9s nomades de la zone, l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise avait mis en place des politiques sanitaires, hydrauliques et agricoles dans le but de restreindre la mobilit\u00e9 de pasteurs<a class=\"footnote\" title=\"Cette partie est en grande partie tir\u00e9e de ma communication lors du colloque international, 9 au 11 d\u00e9cembre 2020, sur les \u00ab Mobilit\u00e9s en Afrique de l\u2019Ouest : peuplement, territoires et int\u00e9gration \u00bb. Ce colloque r\u00e9gional \u00e9tait organis\u00e9 par le CREEILAC \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Assane Seck de Ziguinchor.\" id=\"return-footnote-1037-28\" href=\"#footnote-1037-28\" aria-label=\"Footnote 28\"><sup class=\"footnote\">[28]<\/sup><\/a>. Conscient que la \u00ab mission civilisatrice \u00bb ne rime pas ne rime pas avec la mobilit\u00e9, il devient alors imp\u00e9ratif aux yeux de l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise de stabiliser les pasteurs nomades.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les politiques sanitaires\u00a0: le temps de la bataille m\u00e9dicinale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il existe une r\u00e9forme ou un acte symbolique qui a pench\u00e9 en faveur du pastoralisme, c\u2019est l\u2019action sanitaire. En AOF<a class=\"footnote\" title=\"Afrique occidentale fran\u00e7aise\" id=\"return-footnote-1037-29\" href=\"#footnote-1037-29\" aria-label=\"Footnote 29\"><sup class=\"footnote\">[29]<\/sup><\/a>, l\u2019administration ne s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9levage, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, qu\u2019\u00e0 partir de 1940.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, pour lutter contre les maladies animales qui d\u00e9cimaient le cheptel, mais aussi les dangers que pr\u00e9sente le lait des vaches africaines, l\u2019administration a d\u00e9velopp\u00e9 des politiques sanitaires avec l\u2019aide des v\u00e9t\u00e9rinaires dont le r\u00f4le de prophylaxie, certes doubl\u00e9 d\u2019une vocation \u00e9conomique, \u00e9tait tout aussi important. La plupart des pasteurs nomades, pour ne pas dire la totalit\u00e9, \u00e9taient r\u00e9fractaires \u00e0 cette prophylaxie animale. Cela s\u2019explique par le fait que la vaccination constituait \u00e0 leurs yeux un moyen de recenser les troupeaux afin de leur faire payer des imp\u00f4ts et redevances. Paul P\u00e9lissier pense que \u00ab l\u2019objectif fiscal commande tout le comportement de la population \u00e0 leur \u00e9gard \u00bb (1966, p. 19). Pour les pasteurs, la vaccination n\u2019est qu\u2019un moyen de contr\u00f4le dont le but \u00e9tait d\u2019obtenir plus de revenus. Pour l\u2019administration coloniale, l\u2019islamisme des Peuls les emp\u00eachait d\u2019ouvrir les yeux sur l\u2019existence des \u00e9pizooties. Le Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AOF l\u2019atteste en ces termes :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019orgueil des propri\u00e9taires r\u00e9side dans le nombre et non dans la qualit\u00e9 des b\u00eates constituant le troupeau\u2026comme le peul est musulman, il faut chercher dans son fatalisme l\u2019acceptation passive des \u00e9pizooties contre lesquelles il croit qu\u2019il est inutile de lutter autrement que par des pratiques rituelles. Il limite ses soins \u00e0 celles dont une tradition tr\u00e8s restreinte lui a l\u00e9gu\u00e9 la connaissance<a class=\"footnote\" title=\"Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7aise, \u00ab L\u2019\u00e9levage en AOF \u00bb, Agence \u00e9conomique de l\u2019AOF, p. 27.\" id=\"return-footnote-1037-30\" href=\"#footnote-1037-30\" aria-label=\"Footnote 30\"><sup class=\"footnote\">[30]<\/sup><\/a><em>.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il nous semble judicieux de dire que les pasteurs ont opt\u00e9 pour la conservation de leur tradition. De m\u00eame, ils disposaient de facult\u00e9s occultes pour faire face aux maladies bovines et \u00e0 leur transmission. Andy Catley et Jeffrey Mariner l\u2019attestent en ces termes\u00a0: \u00ab les pasteurs disposent de connaissances locales riches dans le domaine animal, notamment de bonnes m\u00e9thodes de diagnostic et une connaissance du mode de transmission des maladies \u00bb (2002, p. 2).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La peste bovine s\u00e9vit depuis plusieurs ann\u00e9es dans le cercle de Lingu\u00e8re. Elle a entra\u00een\u00e9 la mort de plusieurs centaines de t\u00eates de b\u00e9tail \u00e0 cause de l\u2019insuffisance du vaccin anti-pesteux<a class=\"footnote\" title=\"ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion)\" id=\"return-footnote-1037-31\" href=\"#footnote-1037-31\" aria-label=\"Footnote 31\"><sup class=\"footnote\">[31]<\/sup><\/a>. Face \u00e0 cette situation, l\u2019administration opta comme moyen de pr\u00e9vention et de lutte l\u2019isolement des sujets malades. Des cas de p\u00e9ripneumonie font \u00e9galement leur apparition d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre. Devant la persistance de ces \u00e9pid\u00e9mies, les Peuls opt\u00e8rent pour la m\u00e9decine traditionnelle. Ainsi, ils d\u00e9velopp\u00e8rent la vaccination curative par inoculation de virus au chanfrein de l\u2019animal malade. Cette pratique rencontra du succ\u00e8s \u00e0 tel point que l\u2019administration coloniale reconnaissait que les indig\u00e8nes avaient une tradition m\u00e9dicinale aussi efficace que la leur<a class=\"footnote\" title=\"ANS, Idem.\" id=\"return-footnote-1037-32\" href=\"#footnote-1037-32\" aria-label=\"Footnote 32\"><sup class=\"footnote\">[32]<\/sup><\/a>. Cette m\u00e9decine a permis non seulement \u00e9viter d\u2019\u00e9normes pertes, mais aussi de maintenir le cheptel en bonne sant\u00e9. Les pratiques de la m\u00e9decine indig\u00e8ne rencontraient toutefois l\u2019hostilit\u00e9 de l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise. En effet, par une institutionnalisation de la m\u00e9decine, l\u2019administration coloniale avait fini par interdire la pratique de la m\u00e9decine aux indig\u00e8nes. Face aux nombreuses maladies animales telles que la peste bovine, la fi\u00e8vre de la vall\u00e9e du Rift, la pneumonie contagieuse bovine, la dermatose nodulaire bovine, la peste des petits ruminants, la fi\u00e8vre aphteuse et la pasteurellose qui d\u00e9cimaient le cheptel<a class=\"footnote\" title=\"L\u2019ensemble \u00ab du cheptel de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 3820749 t\u00eates pour l\u2019esp\u00e8ce bovine contre 12328844 t\u00eates pour les ovins caprins en 1929 \u00bb. ANS, S\u00e9rie G, Service de l\u2019\u00e9levage, p. 32.\" id=\"return-footnote-1037-33\" href=\"#footnote-1037-33\" aria-label=\"Footnote 33\"><sup class=\"footnote\">[33]<\/sup><\/a> ouest-africain \u00e0 grande \u00e9chelle, il fallait d\u00e9velopper davantage la prophylaxie animale afin de contribuer \u00e0 la sant\u00e9 animale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 une intervention en faveur de la sant\u00e9 animale, les progr\u00e8s de la m\u00e9decine sur le cheptel restaient insatisfaisants sinon m\u00e9diocres. Ceci est confirm\u00e9 par les autorit\u00e9s lorsqu\u2019elles affirment que \u00ab les m\u00e9thodes d\u2019\u00e9levage sont encore d\u00e9fectueuses et qu\u2019il reste des progr\u00e8s \u00e0 accomplir si l\u2019on veut compenser en effectif par un meilleur rendement des sujets \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7aise, Op. cit., p. 39.\" id=\"return-footnote-1037-34\" href=\"#footnote-1037-34\" aria-label=\"Footnote 34\"><sup class=\"footnote\">[34]<\/sup><\/a>. Les dispositions prises \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9levage ont eu, au fil des ann\u00e9es, \u00e0 aboutir \u00e0 des r\u00e9sultats plus que satisfaisants. Ainsi, la couverture sanitaire du cheptel conna\u00eetra une nette avanc\u00e9e dans les d\u00e9cennies suivantes. Qu\u2019elles soient d\u2019ordre lucratif, abusif ou pr\u00e9ventif, les politiques sanitaires ont au moins permis d\u2019\u00e9radiquer certaines maladies animales. Les campagnes de vaccinations s\u2019effectuaient pendant les moments de rassemblements du cheptel lors des d\u00e9placements o\u00f9 dans les lieux d\u2019abreuvoir. Elles avaient une fonction \u00e9conomique notoire cachant mal celle de la prophylaxie. Les besoins en viande et en produits laitiers sont devenus plus cons\u00e9quents en m\u00e9tropole, notamment en ces p\u00e9riodes d\u2019apr\u00e8s premi\u00e8re guerre et au moment de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, bien que difficiles malgr\u00e9 tous les moyens d\u00e9ploy\u00e9s, elles ont eu \u00e0 participer au bien-\u00eatre du b\u00e9tail ouest-africain dans son ensemble. Les difficult\u00e9s r\u00e9sident dans la dispersion du troupeau, de la volont\u00e9 des pasteurs r\u00e9ticents au d\u00e9nombrement de leur b\u00e9tail.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les politiques hydrauliques\u00a0: la soif qui ne tue pas<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 cause de la raret\u00e9 des puits et de l\u2019indisponibilit\u00e9 de l\u2019eau,\u00a0 le Djolof est per\u00e7u comme le \u00ab pays de la soif \u00bb. Ainsi la construction de puits et de forages \u00e0 haut d\u00e9bit \u00e9tait dans une certaine mesure une pr\u00e9occupation pour l\u2019administration coloniale. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1930, l\u2019hydraulique pastorale se d\u00e9veloppa dans les colonies ouest-africaines, notamment dans la zone sylvopastorale s\u00e9n\u00e9galaise. D\u00e8s lors commen\u00e7a une p\u00e9riode de construction de puits et de \u00ab s\u00e9ane \u00bb dans la plupart des colonies. Le puits est \u00ab un ingrat ouvrage de termites qui consiste \u00e0 ouvrir dans la terre compacte, sans outillage sp\u00e9cial, de galeries verticales, avec l\u2019espoir d\u2019y trouver l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9sir\u00e9 \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion), p. 30.\" id=\"return-footnote-1037-35\" href=\"#footnote-1037-35\" aria-label=\"Footnote 35\"><sup class=\"footnote\">[35]<\/sup><\/a>. Quant au \u00ab s\u00e9ane \u00bb, il consiste \u00e0 une \u00ab excavation circulaire, de dimension variable, en forme de c\u00f4ne renvers\u00e9 de 1m50 \u00e0 3m de profondeur. Il permet de drainer l\u2019eau qui se trouve dans les assises superficielles du sol et reposant sur une couche moins perm\u00e9able \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Idem.\" id=\"return-footnote-1037-36\" href=\"#footnote-1037-36\" aria-label=\"Footnote 36\"><sup class=\"footnote\">[36]<\/sup><\/a>. Le programme d\u2019\u00e9quipement pr\u00e9voyait la construction des puits de parcours et des pistes d\u2019\u00e9vacuation. C\u2019est ainsi que \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9voyance avec l\u2019aide des budgets emprunts poursuivit l\u2019\u00e9quipement du Djolof, des cercles de Louga, Matam, Podor, de Kayes, Nioro, N\u00e9ma, Ouagadougou<a class=\"footnote\" title=\"Idem.\" id=\"return-footnote-1037-37\" href=\"#footnote-1037-37\" aria-label=\"Footnote 37\"><sup class=\"footnote\">[37]<\/sup><\/a>. Dans le Saloum, les soci\u00e9t\u00e9s de pr\u00e9voyance ont ainsi construit 900 puits \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, Ibid., p. 32.\" id=\"return-footnote-1037-38\" href=\"#footnote-1037-38\" aria-label=\"Footnote 38\"><sup class=\"footnote\">[38]<\/sup><\/a> dont la plupart sont entour\u00e9s d\u2019abreuvoirs. La cr\u00e9ation du FIDES<a class=\"footnote\" title=\"Fonds d\u2019investissement pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social\" id=\"return-footnote-1037-39\" href=\"#footnote-1037-39\" aria-label=\"Footnote 39\"><sup class=\"footnote\">[39]<\/sup><\/a>, par la loi du 30 avril 1940 allait dans le sens de la mise en \u0153uvre d\u2019un grand r\u00e9seau hydraulique. Il avait entre autres buts d\u2019assurer l\u2019\u00e9quipement local des territoires outre-mer, de faciliter le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, social des pays colonis\u00e9s. Puisque les p\u00e2turages ne sont pas du ressort des humains, il fallait d\u00e9velopper la politique de l\u2019hydraulique pastorale. Merlin avance en ce sens que comme \u00ab il est impossible de cr\u00e9er des p\u00e2turages, il faut cr\u00e9er des points d\u2019eau dans les r\u00e9gions o\u00f9 les p\u00e2turages sont convenables. Il fallait, en cr\u00e9er beaucoup, car le cheptel de ces r\u00e9gions est d\u00e9j\u00e0 important \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, Ibid., p. 30.\" id=\"return-footnote-1037-40\" href=\"#footnote-1037-40\" aria-label=\"Footnote 40\"><sup class=\"footnote\">[40]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix de l\u2019administration coloniale consistant \u00e0 cr\u00e9er des points d\u2019eau rapproch\u00e9s, mais aussi \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer les forages au d\u00e9triment des puits, est un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminent de surp\u00e2turage autour des forages. Les avantages et inconv\u00e9nients des points rapproch\u00e9s et le choix entre les puits et les forages sont r\u00e9sum\u00e9s par Merlin en ces termes :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a un inconv\u00e9nient \u00e0 cr\u00e9er des points d\u2019eau trop importants, car l\u2019accumulation sur une surface restreinte d\u2019un b\u00e9tail trop nombreux conduit g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019\u00e9puisement du p\u00e2turage et \u00e0 la disparition totale de la terre arable dans la r\u00e9gion. Il est \u00e9vident que la solution consistante \u00e0 placer un important point d\u2019eau tous les 4 km n\u2019est pas la solution id\u00e9ale. L\u00e0 o\u00f9 la cr\u00e9ation de points d\u2019eau plus rapproch\u00e9s et moins puissants ; on \u00e9vite ainsi les trop grandes concentrations de pasteurs et de cultivateurs (1951, p. 170).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019\u00e9tat actuel de la technique et de l\u2019\u00e9conomie, \u00ab\u00a0on aura toujours int\u00e9r\u00eat, sauf de rares exceptions, \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer les puits, l\u00e0 o\u00f9 il est possible, aux forages\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Idem.\" id=\"return-footnote-1037-41\" href=\"#footnote-1037-41\" aria-label=\"Footnote 41\"><sup class=\"footnote\">[41]<\/sup><\/a>. En 1930, Roussel, ing\u00e9nieur adjoint des travaux publics, d\u00e9nombrait 88 puits dans le cercle de Lingu\u00e8re, r\u00e9partis comme suit\u00a0: Enti\u00e8rement termin\u00e9s 54 (28 \u00e0 d\u00e9bits suffisants, 16 n\u00e9cessitant des travaux d\u2019entretien, 10 \u00e0 d\u00e9bits insuffisants), 19 en cours de fon\u00e7age\u00a0; 11 fon\u00e7ages abandonn\u00e9s, 04 \u00e9boul\u00e9s<a class=\"footnote\" title=\"10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau, 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par Ballo, l\u2019Administrateur Commandant le cercle.\" id=\"return-footnote-1037-42\" href=\"#footnote-1037-42\" aria-label=\"Footnote 42\"><sup class=\"footnote\">[42]<\/sup><\/a>. Pour l\u2019ann\u00e9e 1930, une somme de 35000f du budget local a \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e au cercle pour les travaux de l\u2019hydraulique agricole. Les d\u00e9penses pour la construction des puits, au 31 d\u00e9cembre 1930, s\u2019\u00e9levaient \u00e0 26107, 50F<a class=\"footnote\" title=\"Idem.\" id=\"return-footnote-1037-43\" href=\"#footnote-1037-43\" aria-label=\"Footnote 43\"><sup class=\"footnote\">[43]<\/sup><\/a>. Dans les ann\u00e9es 1950, Dodji comptait 17 forages<a class=\"footnote\" title=\"Idem.\" id=\"return-footnote-1037-44\" href=\"#footnote-1037-44\" aria-label=\"Footnote 44\"><sup class=\"footnote\">[44]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 un investissement financier important, le r\u00e9seau hydraulique est rest\u00e9 lacunaire. Aux d\u00e9faillances dues aux pannes r\u00e9currentes des forages, s\u2019est ajout\u00e9e la d\u00e9licate question de surcharges des aires de p\u00e2tures autour des forages. La construction des forages et des puits dans les zones \u00e0 vocation pastorale et agricole a am\u00e9lior\u00e9 la probl\u00e9matique de l\u2019eau, m\u00eame si elle ne l\u2019a pas r\u00e9gl\u00e9 d\u00e9finitivement. Qu\u2019elle soit dict\u00e9e ou impos\u00e9e par des facteurs internes ou externes, la s\u00e9dentarisation ou la fixation cr\u00e9ait plus de probl\u00e8mes qu\u2019elle n\u2019en ressoude pour le pastoralisme (Ndiouga, 2017, p. 84). C\u2019est en ce sens que Santoir d\u00e9crit la fixation des nomades comme \u00ab le plus lourd des cons\u00e9quences \u00e0 l\u2019avenir \u00bb (1983, p. 55). Elle est loin d\u2019\u00eatre une solution efficace et son \u00e9chec ne saurait \u00eatre une surprise. Cheikh Ba conforte la logique selon laquelle \u00ab\u00a0l\u2019insucc\u00e8s du projet officiel de s\u00e9dentarisation proc\u00e8de de sa probl\u00e9matique m\u00eame, laquelle n\u2019en d\u00e9finit ni les rythmes ni les phases\u00a0\u00bb (1986, p. 77). Il montre l\u2019insucc\u00e8s des projets en faveur du pastoralisme qui, en grande partie, d\u00e9coule de leur nature technocratique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les politiques agricoles\u00a0: la terre mise \u00e0 rude \u00e9preuve<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019introduction de l\u2019\u00e9conomie capitaliste mise en avant au d\u00e9triment d\u2019une \u00e9conomie de subsistance va \u00eatre un tournant dans la d\u00e9sint\u00e9gration des soci\u00e9t\u00e9s africaines. La mise en valeur des colonies est le r\u00e9sultat d\u2019un besoin sensuel et d\u2019un d\u00e9veloppement des industries m\u00e9tropolitaines. C\u2019est pour ces raisons que \u00ab toutes les impulsions qu\u2019elle a donn\u00e9es de mani\u00e8re autoritaire ou lib\u00e9rale ont \u00e9t\u00e9 command\u00e9es par le souci primordial de r\u00e9pandre la plante de la traite \u00bb (Pelissier, 1966, p.\u00a032).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les politiques agricoles coloniales ont engendr\u00e9 des cons\u00e9quences sur la mobilit\u00e9 des pasteurs nomades. L\u2019appropriation des terres pour la culture de l\u2019arachide a r\u00e9duit l\u2019espace pastoral et modifi\u00e9 des couloirs de passage et les aires de p\u00e2turages au nom d\u2019une politique assimilationniste de civilisation. Au contraire, elle a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t une politique de subordination, de division, de contrainte et de marginalisation \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pasteurs. Pelissier estime que \u00ab l\u2019affectation des terres pastorales pour les besoins de la culture de l\u2019arachide a provoqu\u00e9 une extraordinaire extension de l\u2019espace cultiv\u00e9 \u00bb (1966, p.\u00a032). L\u2019introduction de la culture arachidi\u00e8re r\u00e9pondait certes \u00e0 des besoins de pr\u00e9occupation des industries europ\u00e9ennes. Elle aura \u00e9galement \u00e9t\u00e9 un facteur dans le processus de marginalisation de l\u2019\u00e9levage extensif. L\u2019avanc\u00e9e des terres agricoles est si consid\u00e9rable que les pasteurs sont oblig\u00e9s soit de changer d\u2019itin\u00e9raires soit d\u2019\u00e9riger des couloirs de passage \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres agricoles. Selon Santoir, au S\u00e9n\u00e9gal, \u00ab entre 1943 et 1950, les superficies de l\u2019arachide pass\u00e8rent de 23000 ha \u00e0 50000 ha \u00bb (1983, p. 43). Partout, la colonisation agricole a fait reculer le front pastoral sous les yeux discriminatoires de l\u2019administration coloniale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La limitation des pouvoirs des chefs traditionnels<a class=\"footnote\" title=\"\u00c0 ce sujet, voir Mbaye Thiam, la chefferie traditionnelle wolof face \u00e0 la colonisation. Les exemples du Djolof et du Cayor (1900-1945), Dakar, UCAD, 1984, th\u00e8se de 3e cycle.\" id=\"return-footnote-1037-45\" href=\"#footnote-1037-45\" aria-label=\"Footnote 45\"><sup class=\"footnote\">[45]<\/sup><\/a> et des marabouts au profit des gouvernants a consid\u00e9rablement chang\u00e9 la donne. En outre, la pacification de l\u2019espace ouest-africain a fait na\u00eetre de nouveaux besoins. Les cultures de riz, de mil et de ma\u00efs devinrent de plus en plus les aliments indispensables aux m\u00e9nages. La consommation de th\u00e9 et de sucre se r\u00e9v\u00e9la aussi indispensable dans la vie des pasteurs nomades et semi-nomades<a class=\"footnote\" title=\"Cf \u00e0 Dupire Margueritte, Charles Toupet, Christian Santoir, Paul p\u00e9lissier, etc.\" id=\"return-footnote-1037-46\" href=\"#footnote-1037-46\" aria-label=\"Footnote 46\"><sup class=\"footnote\">[46]<\/sup><\/a>. Tant les prix de ces denr\u00e9es alimentaires et ceux des v\u00eatements augment\u00e8rent, qu\u2019il a fallu aux nomades de changer leurs habitudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi la colonisation des terres pastorales par \u00ab\u00a0les Mourides qui marchent r\u00e9solument \u00e0 la conqu\u00eate des terres arachidi\u00e8res\u00a0\u00bb avait pour objectif \u00ab\u00a0de chasser les \u00e9leveurs de la campagne s\u00e9n\u00e9galaise et de les rejeter en Mauritanie ou ailleurs\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"ANS, 10D4\/0041\u00a0: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls\u00a0: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957, p. 4.\" id=\"return-footnote-1037-47\" href=\"#footnote-1037-47\" aria-label=\"Footnote 47\"><sup class=\"footnote\">[47]<\/sup><\/a>. En effet, le congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls, par la voix de Boukar Boydo Ka, estime que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[&#8230;] la r\u00e9cente installation des Mourides tenants de Cheikh M\u2019Backe \u00e0 Deali, cercle de Lingu\u00e8re, peut \u00eatre et doit \u00eatre cit\u00e9e comme exemple de spoliation de nos terrains de parcours. [&#8230;] Rien ne fut \u00e9pargn\u00e9 ni respect\u00e9 ; les terrains de campements peuls, riches de la fumure de bouse de vaches, furent l\u2019objet de leur pr\u00e9dilection. Les Peuls de cet endroit, sous la pression du chef de canton, \u00e9taient oblig\u00e9s de f\u00eater l\u2019arriv\u00e9e des envahisseurs en \u00e9gorgeant des b\u0153ufs pour leurs repas, et de d\u00e9camper pour leur laisser la place.<a class=\"footnote\" title=\"Ibid.\" id=\"return-footnote-1037-48\" href=\"#footnote-1037-48\" aria-label=\"Footnote 48\"><sup class=\"footnote\">[48]<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce discours, \u00e0 l\u2019encontre les chefs religieuses mourides, montre la diff\u00e9rence de traitement entre les deux groupes socio\u00e9conomiques, mais aussi l\u2019accaparement des terres pastorales pour les besoins de l\u2019agriculture. Cette colonisation de l\u2019espace pastorale par les autorit\u00e9s maraboutiques est \u00e0 l\u2019origine de plusieurs migrations vers l\u2019ouest du Djolof. La r\u00e9duction de l\u2019espace pastoral, dont l\u2019une des cons\u00e9quences premi\u00e8res est la migration lointaine, s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un favoritisme. En ce sens, Boucar Boydo ajoute plus loin que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[&#8230;] la substitution de l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019\u00e9levage est amorc\u00e9e ; il ne peut \u00eatre qu\u2019ainsi, la manne du FIDES tombant actuellement entre les mains des cultivateurs et, dans nos minist\u00e8res, nos ministres parlent Ouoloff et ignorent le dialecte peul. Ils sont oblig\u00e9s d\u2019accorder audience \u00e0 des kyrielles de gens, dont les marabouts enturbann\u00e9s cherchent le moyen d\u2019acqu\u00e9rir argent, outils, et la possibilit\u00e9 de se parachuter dans des terres nouvelles pour y pratiquer la culture extensive et d\u00e9primante de l\u2019arachide, dans l\u2019\u00e9go\u00efste but d\u2019amasser du \u00ab FRIC \u00bb. Il y a l\u00e0 un fl\u00e9au qui fait poser une grave menace sur la vie peule ; l\u2019invasion brutale de nos terrains de parcours par les cultivateurs dot\u00e9s de plus en plus de capitaux.<a class=\"footnote\" title=\"ANS, 10D4\/0041 : Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls : rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957, pp. 4-5\" id=\"return-footnote-1037-49\" href=\"#footnote-1037-49\" aria-label=\"Footnote 49\"><sup class=\"footnote\">[49]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9coltes sont tributaires de la quantit\u00e9 des pluies tomb\u00e9es, mais aussi de la r\u00e9partition de l\u2019hivernage. Le cercle se d\u00e9veloppe \u00e9conomiquement et l\u2019exportation d\u2019arachides par chemin de fer est pass\u00e9e de 1260 Tonnes en 1933-1934 \u00e0 6525 T. en 1937-1938<a class=\"footnote\" title=\"ANS, 2G30- 88\u00a0: S\u00e9n\u00e9gal\u2013 Cercle de Lingu\u00e8re (Djolof) Rapport politique annuel 1930- Lingu\u00e8re, le 20 janvier 1931\" id=\"return-footnote-1037-50\" href=\"#footnote-1037-50\" aria-label=\"Footnote 50\"><sup class=\"footnote\">[50]<\/sup><\/a>. Parall\u00e8lement, les cultures vivri\u00e8res prennent de l\u2019importance. En 1938, la r\u00e9colte s\u2019\u00e9levait \u00e0 environ 9000 tonnes de mil, 800 tonnes de ma\u00efs et 1500 tonnes de haricots mil<a class=\"footnote\" title=\"Idem.\" id=\"return-footnote-1037-51\" href=\"#footnote-1037-51\" aria-label=\"Footnote 51\"><sup class=\"footnote\">[51]<\/sup><\/a>. Le d\u00e9veloppement cultural du cercle est d\u00fb en grande partie \u00e0 l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00e9voyance qui pr\u00eate des semences, avance de l\u2019argent pour l\u2019achat des semoirs et au cours de la traite, maintient \u00e0 un cours raisonnable le prix des arachides. Malgr\u00e9 cette importante exportation des cultures, l\u2019administrateur du cercle estimait qu\u2019il ne faut pas croire que \u00ab\u00a0le chemin de fer draine toute la production de graines de la circonscription\u00a0; une notable quantit\u00e9 peut-\u00eatre 20 pour cent partent sur le Sud (Diourbel et Guinguin\u00e9o), sur Coki \u00e0 l\u2019Est et m\u00eame sur Dagana au Nord\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Idem.\" id=\"return-footnote-1037-52\" href=\"#footnote-1037-52\" aria-label=\"Footnote 52\"><sup class=\"footnote\">[52]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019essor du commerce, durant cette p\u00e9riode, a motiv\u00e9 le d\u00e9part de certains membres de la tribu qui s\u2019install\u00e8rent dans les pays voisins afin de disposer plus de revenus mon\u00e9taires. C\u2019est \u00e0 partir de ce ph\u00e9nom\u00e8ne que \u00ab des Mauritaniens abandonn\u00e8rent femmes et enfants pour faire du commerce au S\u00e9n\u00e9gal \u00bb. (Toupet, 1975, p. 327). Ces \u00e9migrations sont le fruit des contraintes impos\u00e9es par l\u2019administration coloniale, mais aussi de l\u2019apparition de nouveaux besoins. Les cons\u00e9quences qui en d\u00e9coulent sont dramatiques et peuvent aller de l\u2019abandon de la famille \u00e0 la perte d\u2019identit\u00e9 culturelle. En outre, l\u2019introduction des premi\u00e8res \u00e9coles \u00e0 partir de 1917 avec Jean Dard, puis la cr\u00e9ation de la premi\u00e8re \u00e9cole dans le Djolof, \u00e0 Yang Yang, en 1895<a class=\"footnote\" title=\"Dans le cadre de ma th\u00e8se de doctorat, j\u2019aborde le contexte d\u2019introduction de l\u2019\u00e9cole dans le Djolof, l\u2019\u00e9volution de la scolarisation et la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9ducation scolaire en milieu agropastorale.\" id=\"return-footnote-1037-53\" href=\"#footnote-1037-53\" aria-label=\"Footnote 53\"><sup class=\"footnote\">[53]<\/sup><\/a>, a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 la dislocation de la tribu.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les conflits pastoraux<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les conflits pastoraux posent la probl\u00e9matique de la territorialisation et de l\u2019identit\u00e9 culturelle (Diagne, 2019, p. 163). La r\u00e9currence des conflits entre \u00e9leveurs et agriculteurs r\u00e9sulte de diff\u00e9rents facteurs parmi lesquels la comp\u00e9tition pour le contr\u00f4le des terres, la divagation du b\u00e9tail, l\u2019augmentation des surfaces cultiv\u00e9es au d\u00e9triment des terres pastorales, la raret\u00e9 du p\u00e2turage, etc. Chaque groupe social se r\u00e9clame d\u2019une entit\u00e9 territoriale et culturelle et d\u00e9fend ses int\u00e9r\u00eats vitaux. La survie de ces deux groupes d\u00e9pend de la disponibilit\u00e9 des terres, de la d\u00e9fense de leur int\u00e9grit\u00e9 territoriale, socio\u00e9conomique et socioculturelle. L\u2019augmentation des surfaces agricoles cultiv\u00e9es sur les parcours habituels des troupeaux est l\u2019un des principaux facteurs de conflit. La d\u00e9t\u00e9rioration des rapports sociaux a pour corollaire les disputes, les frictions et les violences. Elle entra\u00eene \u00e9galement des conflits intercommunautaires et interethniques. Face \u00e0 une telle situation, une analyse des causes et des enjeux de ces conflits est un pr\u00e9alable incontournable\u00a0; celle de l\u2019opposition entre, d\u2019une part, la logique populaire des deux groupes et d\u2019autre part, la logique \u00e9tatique est tout aussi n\u00e9cessaire (Diagne, 2019, p. 20). C\u2019est ce double exercice qui permet de comprendre la complexit\u00e9 de la coexistence difficile et conflictuelle qui cache la bonne cohabitation entre deux groupes vivant dans un m\u00eame espace.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La logique populaire face \u00e0 la logique \u00e9tatique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant ins\u00e9parables du point de vue historique, pasteurs peuls et agriculteurs wolofs sont rest\u00e9s pendant longtemps compl\u00e9mentaires dans leurs habitudes alimentaires<a class=\"footnote\" title=\"\u00c0 travers les relations \u00e9troites qu\u2019ils entretenaient, les deux groupes ont profit\u00e9 des produits du cheptel et ceux de l\u2019agriculture et vice versa (utilisation des produits pastoraux par les agriculteurs : lait, viande, beurre, et des produits agricoles par les pasteurs : arachide, mil, ma\u00efs, etc.). Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ouest-africaines, la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les deux groupes est sans \u00e9quivoque. Sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 alimentaire, le syst\u00e8me de l\u2019agropastoralisme voire les travaux de A. Bonfiglioli, \u00ab Pastoralisme, agropastoralisme et retour : itin\u00e9raires sah\u00e9liens \u00bb. In Soci\u00e9t\u00e9s pastorales et d\u00e9veloppement, Paris, Cah. Sc. hum., ORSTOM, 26, 1-2, 1990, p. 255-266\u00a0; Ph. Bernadet, Association agriculture-\u00e9levage en Afrique ; les Peuls semi-transhumants de C\u00f4te d'Ivoire, Paris, Harmattan, 1984, 235 p.\" id=\"return-footnote-1037-54\" href=\"#footnote-1037-54\" aria-label=\"Footnote 54\"><sup class=\"footnote\">[54]<\/sup><\/a>. Ils ont toujours profit\u00e9 des produits de chaque groupe et vice versa. La compl\u00e9mentarit\u00e9 des produits alimentaires se faisait par le biais d\u2019un syst\u00e8me d\u2019\u00e9change appel\u00e9 \u00ab\u00a0troc\u00a0\u00bb avant que l\u2019introduction de la monnaie dans les soci\u00e9t\u00e9s pastorales ne change la donne. L&rsquo;agropastoralisme est \u00ab\u00a0un syst\u00e8me de production et un type d&rsquo;\u00e9conomie familiale qui peut r\u00e9sulter de deux \u00e9volutions convergentes \u00e0 partir de p\u00f4les oppos\u00e9s : des pasteurs qui s&rsquo;adjoignent une activit\u00e9 agricole ou des cultivateurs qui ach\u00e8tent des animaux et acqui\u00e8rent des comp\u00e9tences pour s&rsquo;en occuper\u00a0\u00bb (Bernus et Boutrais, 1994, p. 115).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les activit\u00e9s des pasteurs r\u00e9pondaient \u00e0 une dynamique populaire dans laquelle l\u2019espace organis\u00e9 en terroir permettait une exploitation rationnelle des terres. La gestion de l\u2019espace et l\u2019absence de fronti\u00e8res ne sont pas synonymes d\u2019anarchie. Le r\u00e9gime foncier traditionnel r\u00e9pondait \u00e0 des normes qui correspondaient aux pr\u00e9occupations de la population qu\u2019il soit dans le cadre d\u2019une gestion individuelle et\/ou collective. Cette r\u00e9partition terrienne d\u00e9terminait la nature de l\u2019espace selon les besoins de chaque groupe social au sein des collectivit\u00e9s. Dans l\u2019imaginaire du pasteur nomade, la seule limite ou fronti\u00e8re c\u2019est le manque d\u2019eau et de p\u00e2turage. Les collectivit\u00e9s territoriales jouaient un r\u00f4le de garant afin que les enchev\u00eatrements de l\u2019un des groupes puissent ne pas nuire \u00e0 l\u2019autre. Cette forme d\u2019utilisation et d\u2019exploitation \u00e9tait un moyen efficace de se pr\u00e9server contre d\u2019\u00e9ventuels diff\u00e9rends ou d\u2019en trouver des solutions ad\u00e9quates entre les parties en conflit par le biais du palabre. C\u2019est ainsi que les soci\u00e9t\u00e9s nomades \u00e9volu\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les conflits pastoraux : une vieille histoire?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Introduit dans un contexte d\u2019occupation et de mise en valeur des territoires coloniaux, le r\u00e9gime foncier colonial en Afrique occidentale fran\u00e7aise, qui en est l\u2019un des symboles, va d\u00e9sormais r\u00e9glementer toutes les proc\u00e9dures d\u2019acquisition et de gestion des terres africaines.Le droit foncier coutumier sera largement remis en cause et les Africain-e-s, notamment les soci\u00e9t\u00e9s pastorales, seront confront\u00e9s \u00e0 un probl\u00e8me majeur : celui de l\u2019utilisation des terrains de parcours par les troupeaux. Le nouveau r\u00e9gime foncier, introduit par le Code civil fran\u00e7ais de 1830 au S\u00e9n\u00e9gal, a connu une \u00e9volution par le biais de deux d\u00e9crets\u00a0<a class=\"footnote\" title=\"Les d\u00e9crets du 26 juillet 1906 et du 26 juillet 1932 portant r\u00e9organisation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re en AOF initient l\u2019immatriculation comme proc\u00e9dure de cr\u00e9ation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le titre foncier comme acte manifestant la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re.\" id=\"return-footnote-1037-55\" href=\"#footnote-1037-55\" aria-label=\"Footnote 55\"><sup class=\"footnote\">[55]<\/sup><\/a>\u00a0: celui du 26 juillet 1906 et celui du 26 juillet 1932. M\u00eame si le r\u00e9gime foncier conna\u00eetra une \u00e9volution par le d\u00e9cret n\u00b0\u00a0580 du 20 mai 1955<a class=\"footnote\" title=\"Le d\u00e9cret num\u00e9ro 580 du 20 mai 1955 stipule en son article 3 qu\u2019en AOF ET AEF \u00ab ...sont confirm\u00e9s les droits fonciers coutumiers exerc\u00e9s collectivement ou individuellement sur les terres non appropri\u00e9es selon les r\u00e8gles du Code civil ou du r\u00e9gime de l\u2019immatriculation \u00bb.\" id=\"return-footnote-1037-56\" href=\"#footnote-1037-56\" aria-label=\"Footnote 56\"><sup class=\"footnote\">[56]<\/sup><\/a>, le droit foncier restera exclusivement entre les mains de l\u2019administration qui en est le ma\u00eetre absolu. De ces politiques coloniales, leur relation est devenue plus tendue et conflictuelle. Elles sont aussi la r\u00e9sultante d\u2019une discrimination notoire de la part des puissances occidentales \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pasteurs pendant la p\u00e9riode coloniale. C\u2019est ainsi que la s\u00e9dentarisation fut le point focal d\u2019une politique visant \u00e0 les maintenir sur place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La situation concr\u00e8te d\u2019enchev\u00eatrement des terres pastorales et agricoles est \u00e0 l\u2019origine de plusieurs diff\u00e9rends. Les causes de ces conflits sont li\u00e9es \u00e0 l\u2019occupation des terres pastorales pour les besoins de culture et \u00e0 la violation des terrains de culture par les \u00e9leveurs et leur b\u00e9tail. Les rapports entre Ouolofs et les Peuls ne sont pas au beau fixe. Leur cohabitation, dans la province du Djolof, est difficile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9leveurs et les agriculteurs entretiennent une vive rivalit\u00e9 dont les causes r\u00e9sident dans la gestion de l\u2019espace dont l\u2019autorit\u00e9 d\u00e9tient un contr\u00f4le exclusif sur les terres. La principale source de diff\u00e9rends est \u00e0 rechercher dans l\u2019occupation des terres. Le syst\u00e8me pastoral exige de grands espaces de parcours, tout comme l\u2019agriculture n\u00e9cessite aussi de grandes surfaces pour la culture arachidi\u00e8re. Encourag\u00e9e fortement par l\u2019administration coloniale, la culture de l\u2019arachide est un \u00e9l\u00e9ment de conqu\u00eate territoriale et un vecteur de conflit dans le Djolof. L\u2019extension des surfaces cultivables sur les parcours naturels du b\u00e9tail est la source de plusieurs rivalit\u00e9s dont les cons\u00e9quences peuvent \u00eatre d\u00e9sastreuses et p\u00e8sent lourdement sur la vie des pasteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Durant toute l\u2019ann\u00e9e, les deux groupes s\u2019affront\u00e8rent pour l\u2019occupation de l\u2019espace. Au S\u00e9n\u00e9gal, l\u2019occupation des terres pionni\u00e8res de la Haute Casamance et des terres de la zone sylvopastorale (Lingu\u00e8re, Kaffrine, Tambacounda) et de celle agropastorale (Louga, K\u00e9b\u00e9mer) sont les principales zones de conflits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ngaid\u00e9\u00a0souligne d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019inad\u00e9quation des politiques en contradiction avec la r\u00e9alit\u00e9 du terrain, et de l\u2019autre, la fr\u00e9quence de ces conflits en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0les conflits entre Peuls et Wolofs sont tr\u00e8s fr\u00e9quents dans cette partie de la r\u00e9gion. En effet, l\u2019extension des surfaces cultivables aux zones traditionnellement exploit\u00e9es par les \u00e9leveurs suscite des frictions qui d\u00e9bouchent sur des affrontements meurtriers\u00a0\u00bb (2012, p. 5). Ces violences t\u00e9moignent aussi des rapports tendus et fragiles entre les deux groupes. Dans le nord du S\u00e9n\u00e9gal, la zone agropastorale est le lieu privil\u00e9gi\u00e9 des conflits entre les deux groupes. La plupart des personnes interrog\u00e9es ont fait \u00e9tat de la r\u00e9currence des conflits. Dans les conflits les opposant aux agriculteurs, certains pasteurs soutiennent qu\u2019ils sont souvent en situation de faiblesse face \u00e0 la r\u00e9solution des conflits<a class=\"footnote\" title=\"Enqu\u00eates personnelles, 2017.\" id=\"return-footnote-1037-57\" href=\"#footnote-1037-57\" aria-label=\"Footnote 57\"><sup class=\"footnote\">[57]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les raisons profondes des litiges sont \u00e0 rechercher dans la crise fonci\u00e8re r\u00e9sultant du pluralisme de normes et de r\u00e8gles de gestion des ressources naturelles dans la plupart des pays ouest-africains. La r\u00e9solution des conflits n\u2019est pas souvent une chose ais\u00e9e. D\u2019ailleurs, Sylvie Fanchette pense que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[&#8230;] la difficult\u00e9 \u00e0 arbitrer les conflits fonciers s&rsquo;explique dans bien des cas, par le fait que les conflits ne r\u00e9sultent pas tant de la pression sur les ressources, ou de la disparition des instances de r\u00e9gulation sous l&rsquo;effet de cette pression, mais de la pluralit\u00e9 des normes (droit local, droit de l&rsquo;\u00c9tat. etc.) et des instances d&rsquo;arbitrage (chefferie, administration, services techniques, etc.) (2005, p. 122).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019absence d\u2019un cadre traditionnel ou moderne de litige est notoire. M\u00eame si le r\u00f4le jou\u00e9 par les chefs de village et de cantons est salutaire, des accusations sont souvent port\u00e9es \u00e0 leur encontre sous pr\u00e9texte de favoritisme. Les d\u00e9cisions rendues par les autorit\u00e9s locales sont souvent jug\u00e9es arbitraires, injustes et in\u00e9quitables, surtout dans une colonie d\u00e9pourvue de lois pastorales. Dans la plupart des cas, les parties en conflit proc\u00e8dent \u00e0 une r\u00e9solution \u00e0 l\u2019amiable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les communaut\u00e9s pastorales, cette m\u00e9thode de r\u00e9solution des conflits entra\u00eene des sentiments de haine et de revanche. Une autre m\u00e9thode de r\u00e9solution consiste \u00e0 verser une somme, estim\u00e9e par l\u2019agriculteur, \u00e9quivalente aux d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s (Diagne, 2019, p.\u00a0168). Mais cette derni\u00e8re m\u00e9thode de r\u00e9solution pose beaucoup plus de probl\u00e8mes du fait que le prix \u00e0 payer pour la lib\u00e9ration du b\u00e9tail repose sur l\u2019acceptation ou non du montant propos\u00e9 par l\u2019agriculteur. Au S\u00e9n\u00e9gal, dans la zone sylvopastorale, certains pasteurs estiment d\u2019ailleurs que les certains cultivateurs profitent de cette situation pour r\u00e9clamer des sommes qu\u2019ils n\u2019auraient certainement pas eues apr\u00e8s la vente de toute la r\u00e9colte. Un pasteur peul affirme que \u00ab\u00a0certains agriculteurs profitent de la divagation du b\u00e9tail pour r\u00e9clamer des sommes exorbitantes comme dommages et int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Entretien avec Amadou DIA, \u00e9leveur, 45ans, octobre 2017, \u00e0 Dahra.\" id=\"return-footnote-1037-58\" href=\"#footnote-1037-58\" aria-label=\"Footnote 58\"><sup class=\"footnote\">[58]<\/sup><\/a>. Les conditions de la garde du troupeau sont aussi largement d\u00e9cri\u00e9es par les pasteurs peuls, car ils estiment que \u00ab\u00a0certains agriculteurs ne s\u2019occupent point de la nourriture du b\u00e9tail durant cette p\u00e9riode\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Enqu\u00eates personnelles, 2017.\" id=\"return-footnote-1037-59\" href=\"#footnote-1037-59\" aria-label=\"Footnote 59\"><sup class=\"footnote\">[59]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec la r\u00e9currence de la destruction des champs, \u00e9leveurs, agriculteurs et agricultrices en viennent parfois aux mains lorsque les propri\u00e9taires du b\u00e9tail s\u2019oppos\u00e8rent \u00e0 la confiscation de celui-ci. Lorsque l\u2019agriculteur constate la destruction de son champ au r\u00e9veil, il mesure la gravit\u00e9 de sa situation du fait de la longue p\u00e9riode de saison s\u00e8che qui l\u2019attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En saison s\u00e8che, les cultures de d\u00e9crue dans la vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal sont \u00e9galement confront\u00e9es aux probl\u00e8mes de violation et de destruction des champs cultiv\u00e9s par le b\u00e9tail en transhumance. Par ailleurs, l\u2019empi\u00e9tement de l\u2019activit\u00e9 agricole sur les parcours habituels du b\u00e9tail pendant l\u2019hivernage pose un probl\u00e8me fondamental : celui de la reconnaissance et de l\u2019acceptation de l\u2019espace de mobilit\u00e9 par toutes les parties. Les pratiques bureaucratiques de contr\u00f4le et d\u2019identification de l\u2019administration coloniale s\u2019inscrivent dans une dynamique \u00e9tatique. Elles laissent entrevoir le r\u00f4le \u00e0 la fois protecteur et r\u00e9pressif de l\u2019autorit\u00e9 coloniale (Diagne, 2019\u00a0:\u00a0170).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La cohabitation entre ces deux groupes entra\u00eene souvent des morts d\u2019homme. En AOF, agriculture et pastoralisme, qui devraient pourtant constituer une \u00e9conomie rationnelle, s\u2019associent difficilement. Leur rencontre est sujette \u00e0 de fortes probabilit\u00e9s de conflits. Dupire pense logiquement que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019une et l\u2019autre sont itin\u00e9rantes et risqueraient, en se croisant, de se nuire ; les deux \u00e9conomies de ces cultivateurs pasteurs se juxtaposent, mais elles ne se combinent (mixed farning) que dans l\u2019utilisation sommaire de la fumure animale sur les terres de cultures, mais aussi inversement par l\u2019utilisation des r\u00e9sidus de la r\u00e9colte par le b\u00e9tail (1962, p. 105).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ces conflits s\u2019ajoutent ceux existant entre les pasteurs eux-m\u00eames. Ces types de conflits dus \u00e0 la dispute des p\u00e2turages ou des points d\u2019eau sont tr\u00e8s fr\u00e9quents dans l\u2019Ouest africain. Au S\u00e9n\u00e9gal, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Wendou, deux pasteurs en sont venus aux mains. L\u2019un d\u2019eux affirme\u00a0avoir \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 arriver sur les puits afin d\u2019abreuver son troupeau. Apr\u00e8s de vifs \u00e9changes, ils se sont battus. Ce qui a entra\u00een\u00e9 des blessures de l\u2019un d\u2019entre eux.<a class=\"footnote\" title=\"\u00a0Entretien avec Samba SOW, \u00e9leveur, 52 ans, septembre 2017, \u00e0 Widou.\" id=\"return-footnote-1037-60\" href=\"#footnote-1037-60\" aria-label=\"Footnote 60\"><sup class=\"footnote\">[60]<\/sup><\/a> Les conflits li\u00e9s \u00e0 la dispute des points d\u2019eau, notamment autour des forages, sont assez fr\u00e9quents dans le Ferlo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019Amali \u00e0 Tess\u00e9kr\u00e9 en passant par Widou, la plupart de nos informateurs et informatrices affirment l\u2019existence au quotidien de ces types de conflits li\u00e9s \u00e0 la dispute de l\u2019eau qui, au final, ne sont dus qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme et \u00e0 l\u2019individualisme des protagonistes. \u00c0 cela, il faut ajouter l\u2019existence d\u2019un r\u00e9seau hydraulique d\u00e9faillant. L\u2019hydraulique pastorale s\u2019\u00e9tend sur toute la zone sylvopastorale \u00e0 des degr\u00e9s vari\u00e9s, mais la pr\u00e9f\u00e9rence des forages<a class=\"footnote\" title=\"\u00a0Sur les politiques hydrauliques des forages au profit des puits et leurs cons\u00e9quences, voir Catherine BAROIS, L\u2019hydraulique pastorale, un bienfait pour les \u00e9leveurs du Sahel? Afrique contemporaine, 2003\/1, n\u00b0 205, p. 205-224. THEBAUD (Brigitte), \u00ab Politiques d\u2019hydraulique pastorale et gestion de l\u2019espace au Sahel \u00bb, Cah. Sci. Hum. 26 (I-2), Ottawa, Canada, 1990, p. 13-31\" id=\"return-footnote-1037-61\" href=\"#footnote-1037-61\" aria-label=\"Footnote 61\"><sup class=\"footnote\">[61]<\/sup><\/a> \u00e0 haut d\u00e9bit par rapport aux puits ciment\u00e9s, entra\u00eene comme cons\u00e9quences les risques de destruction des p\u00e2turages autour des forages. En outre, la mauvaise gestion des forages qui tombent souvent en panne est un autre facteur de complication suppl\u00e9mentaire. Lors de notre s\u00e9jour \u00e0 Widou, les personnes interrog\u00e9es tout comme le directeur des eaux et for\u00eats ont fait \u00e9tat de la r\u00e9currence des pannes des forages. Par d\u00e9cision administrative, certains forages pouvaient faire l\u2019objet d\u2019une fermeture temporaire \u00e0 la suite d\u2019une surcharge des p\u00e2turages. Une telle fermeture permet ainsi le repos des aires de p\u00e2turages, mais entra\u00eene une ru\u00e9e des animaux vers les forages avoisinants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019occupation de la terre pastorale, en invoquant des raisons de besoins ou d\u2019usages agricoles, l\u2019empi\u00e9tement sur les terrains de parcours habituels du b\u00e9tail, limite consid\u00e9rablement la mobilit\u00e9 des pasteurs. Elle pose le probl\u00e8me de la restriction de l\u2019espace pastoral au profit de l\u2019espace agricole. Cette restriction entra\u00eene la divagation du b\u00e9tail sur les terres cultiv\u00e9es, notamment en p\u00e9riode d\u2019hivernage. Les signes avant-coureurs sont identifiables: l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des agissements de certains acteurs gouvernementaux et celle des espaces dont les politiques pastorales ne sont que la reproduction, voire la continuit\u00e9 de la politique coloniale. Malgr\u00e9 la coexistence entre ces deux groupes, leurs relations conflictuelles aboutissent souvent au pire face \u00e0 l\u2019exigence du contr\u00f4le des terres qui est le gage de la survie de chacun des groupes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En dehors de ces conflits internes, les conflits li\u00e9s \u00e0 la transhumance transfrontali\u00e8re<a class=\"footnote\" title=\"\u00a0Appel\u00e9e aussi grande transhumance, elle est per\u00e7ue comme les d\u00e9placements du b\u00e9tail d\u2019un pays \u00e0 un autre, le plus souvent pendant la saison s\u00e8che, \u00e0 la recherche de meilleurs p\u00e2turages. L\u2019article 2 de la d\u00e9cision de la CEDEAO la d\u00e9finit comme \u00ab les d\u00e9placements saisonniers entre \u00c9tats, du b\u00e9tail ayant quitt\u00e9 les limites de ces parcours habituels, en vue de l\u2019exploitation de point d\u2019eau et de p\u00e2turages \u00bb.\" id=\"return-footnote-1037-62\" href=\"#footnote-1037-62\" aria-label=\"Footnote 62\"><sup class=\"footnote\">[62]<\/sup><\/a> constituent la toile de fond d\u2019une probl\u00e9matique r\u00e9v\u00e9latrice de la bifurcation des facteurs culturels, sociaux et \u00e9conomiques. Ils imbriquent toujours des liens \u00e9troits existant entre les agriculteurs et agricultrices des pays d\u2019accueil ou de transit avec les pasteurs transhumants. Les conflits transfrontaliers d\u00e9coulent entre autres de la destruction de champs des cultivateurs et cultivatrices, de l\u2019utilisation des aires de p\u00e2turages et des points d\u2019eau, des vols de b\u00e9tail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vive concurrence<strong>,<\/strong> qui d\u00e9coule des int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s dans les pays de d\u00e9part, de transit et d\u2019accueil<strong>,<\/strong> est \u00e0 l\u2019origine des conflits transfrontaliers. Elle peut \u00e9galement avoir des r\u00e9percussions sur les prochaines transhumances entre les acteurs des pays concern\u00e9s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u0153uvre de la colonisation fran\u00e7aise dans le Djolof peut se r\u00e9sumer \u00e0 une politique de contr\u00f4le et de domination tant de l\u2019espace que des hommes. La politique \u00ab s\u00e9dentariste \u00bb de l\u2019administration coloniale a fait na\u00eetre une nouvelle dynamique sociale entreprise au contact avec les s\u00e9dentaires. La d\u00e9sagr\u00e9gation de structures traditionnelles, combin\u00e9e \u00e0 l\u2019apparition de nouveaux besoins pressants (imp\u00f4t, recrutement, travail forc\u00e9, etc.), ony amen\u00e9 les pasteurs \u00e0 (r\u00e9)adapter leur mode de vie. Le semi-nomadisme ou la s\u00e9dentarit\u00e9 ne signifient nullement la fin ou la disparition du mode de vie pastoral. Ils sont le gage d\u2019un imp\u00e9ratif ou d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019adaptation, dont ils ont toujours eu recours, et l\u2019impulsion d\u2019une situation plus favorable les replonge dans le nomadisme. Cette combinaison adaptative garantit la survie des pasteurs face aux al\u00e9as auxquels ils font face. La mise en valeur de l\u2019espace doit plut\u00f4t privil\u00e9gier l\u2019action des peuples, l\u2019am\u00e9lioration de leur cadre de vie, plut\u00f4t que la main mise et l\u2019exploitation \u00e9conomique, en vue d\u2019une gestion efficace. Cheikh Ba pense, \u00e0 cet effet, que \u00ab l\u2019administration coloniale n\u2019a eu d\u2019autres objectifs que de stabiliser l\u2019espace \u00bb (1986, p. 144). Cette stabilisation de l\u2019espace constitue pour certains le point de d\u00e9part des changements ou modifications de la gestion des ressources naturelles et des parcours. Pour d\u2019autres, elle n\u2019est que l\u2019aboutissement d\u2019un long processus de dilatation d\u00fb aux rapports conflictuels entre les diff\u00e9rents groupes de la zone et \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme individuel. Ainsi, par un contr\u00f4le direct du terroir, l\u2019administration coloniale avait d\u00e9sormais l\u2019attitude d\u2019un ma\u00eetre absolu. C\u2019est dans ce nouveau cadre de vie qu\u2019elle circonscrit les syst\u00e8mes pastoraux. L\u2019espace pastoral devint, d\u00e8s lors, un espace de contrainte, de subordination, et l\u2019organisation sociopolitique et socio\u00e9conomique des soci\u00e9t\u00e9s pastorales se dilata progressivement face \u00e0 cette nouvelle organisation territoriale. Ainsi les rapports entre les diff\u00e9rents groupes deviennent plus tendus et conflictuels, entra\u00eenant d\u00e8s lors une r\u00e9currence des conflits entre, d\u2019une part, les pasteurs eux-m\u00eames et, d\u2019autre part, entre pasteurs et agriculteurs dont les m\u00e9thodes de r\u00e9solution sont ambigu\u00ebs.<\/p>\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<h3 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sources archivistiques<\/h3>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, 10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par Ballo, l\u2019Administrateur Commandant le cercle.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, 10D4\/0041\u00a0: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls\u00a0: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par Ka Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion),<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo et Cameroun. D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ANS, 2G30- 88\u00a0: S\u00e9n\u00e9gal\u2013 Cercle de Lingu\u00e8re (Djolof) Rapport politique annuel 1930- Lingu\u00e8re, le 20 janvier 1931.<\/p>\n<h3 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sources \u00e9crites<\/h3>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ancey, V\u00e9ronique et Monas, Georges. 2005. Le pastoralisme au S\u00e9n\u00e9gal entre politique \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb et gestion des risques par les pasteurs.<em> Revue Tiers Monde<\/em>, <em>184<\/em>, 761-783.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anonyme. 1983. <em>L\u2019avenir des peuples pasteurs : compte rendu de la conf\u00e9rence tenue \u00e0 <\/em>Nairobi, Kenya, 4-8 ao\u00fbt 1981.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Cheikh. 1986. <em>Les Peuls du S\u00e9n\u00e9gal : \u00c9tude g\u00e9ographique<\/em>. Dakar-Abidjan-Lom\u00e9\u00a0: Les Nouvelles \u00c9ditions africaines.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Daha Cherif. 2013. <em>Rythmes d\u2019eaux et de savanes ou les facettes culturelles de la S\u00e9n\u00e9gambie (1512-1980<\/em>). Paris\u00a0: Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barois, Catherine. 2003.\u00a0L\u2019hydraulique pastorale, un bienfait pour les \u00e9leveurs du Sahel? <em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>205<\/em>, 205-224.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barry, Boubacar. 1988. <em>La S\u00e9n\u00e9gambie du XV au XIX si\u00e8cle. Traite n\u00e9gri\u00e8re, Islam, conqu\u00eate coloniale<\/em>. Paris\u00a0: Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bernus, Edmond et Boutrais, Jean. 1994.\u00a0Crises et enjeux du pastoralisme africain. <em>C.R. Acad. Agric. Fr<\/em>., <em>8<\/em>, 105-119.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Catley, Andy et Mariner, Jeffrey. 2002. Les zones o\u00f9 il n\u2019existe pas de donn\u00e9es : Approches participatives en d\u2019\u00e9pid\u00e9miologie v\u00e9t\u00e9rinaire dans les zones pastorales de la Corne de l\u2019Afrique. <em>Dossier<\/em>, 110, Publications Library, 20 p.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diagne, Ndiouga. 2017. <em>Le pastoralisme en Afrique de l\u2019Ouest de 1900 \u00e0 nos jours<\/em><em>.<\/em> M\u00e9moire de master, UCAD.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diagne, Ndiouga. 2019. Les conflits pastoraux ou la lutte pour le contr\u00f4le de l\u2019espace. <em>\u00c9thiopiques\u00a0: Litt\u00e9rature, Philosophie, Sociologie, Anthropologie et Art<\/em>, <em>103<\/em>, 163-178.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diagne, Ndiouga. 2020. L\u2019administration coloniale face \u00e0 la mobilit\u00e9 des pasteurs nomades dans le Djolof 1895-1960 : migrations, p\u00e9r\u00e9grinations et conflits. Communication pr\u00e9sent\u00e9e lors du 4e Colloque international sur les \u00ab Mobilit\u00e9s en Afrique de l\u2019Ouest : peuplement, territoires, et int\u00e9gration r\u00e9gionale \u00bb organis\u00e9 par le CREEILAC, Universit\u00e9 Assane Seck de Ziguinchor, le 10 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dupire, Marguerite. 1962. <em>Peuls nomades : \u00c9tude descriptive des wodaabe du Sahel<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fanchette, Sylvie. 1999. Colonisation des terres sylvo-pastorales et conflits fonciers en Haute Casamance. <em>Tenures fonci\u00e8res pastorales<\/em>, 13, 31 p.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Le Bris, \u00c9tienne, Le Roy, \u00c9tienne, <em>et al. <\/em>1982. <em>Enjeux fonciers en Afrique noire. <\/em>Paris\u00a0: ORSTOM, Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbaye, Saliou. 1991. <em>Histoire des institutions coloniales fran\u00e7aises en Afrique de l\u2019Ouest (1816-1960)<\/em>. Dakar\u00a0: Imprimerie Saint-Paul.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngaide, Abdarahmane. 2012. Logiques d\u2019h\u00e9ritages et superposition de droits de conflits de pratiques dans l\u2019Afrique contemporaine. Le \u00ab\u00a0l\u00e9gitime\u00a0\u00bb contre le \u00ab\u00a0l\u00e9gal\u00a0\u00bb. <em>\u00c9thiopiques, 88, Litt\u00e9rature, Philosophie et Art<\/em>, 7 p.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pelissier, Paul. 1966. <em>Les paysans du S\u00e9n\u00e9gal : les civilisations agraires du Cayor \u00e0 la Casamance<\/em>. Fabr\u00e8gue- Saint-Yriex.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Santoir, Christian. 1983. <em>Raison pastorale et politique de d\u00e9veloppement. Les Peuls du S\u00e9n\u00e9galais face aux am\u00e9nagements<\/em>. Paris\u00a0: ORSTOM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thebaud, Brigitte. 1990. Politiques d\u2019hydraulique pastorale et gestion de l\u2019espace au Sahel. <em>Cah. Sci. Hum<\/em>., <em>26<\/em>(I-2), 13-31.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thebaud, Brigitte. 2002. <em>Foncier pastoral et gestion de l\u2019espace au Sahel<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Toupet, Charles. 1975. <em>La s\u00e9dentarisation des nomades en Mauritanie centrale<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Paris VIII.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Toupet, Charles. 1992. <em>Le Sahel<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\n<h3 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sources orales<\/h3>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Samba SOW, septembre 2017, \u00e0 Widou.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Amadou DIA, octobre 2017, \u00e0 Dahra.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Entretien avec Ousmane Ka, \u00e9leveur agriculteur, 15-10-2017, \u00e0 Dahra.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/ndiouga-diagne\">Ndiouga DIAGNE<\/a><\/strong><br \/>Titulaire d\u2019un master en histoire moderne et contemporaine, sp\u00e9cialisation histoire des relations internationales et strat\u00e9giques \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar \u2013 S\u00e9n\u00e9gal, Ndiouga Diagne pr\u00e9pare actuellement une th\u00e8se de doctorat unique sur la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9ducation scolaire en milieu pastoral au S\u00e9n\u00e9gal. Inscrit \u00e0 l\u2019\u00e9cole doctorale \u00c9tude sur l\u2019Homme et la Soci\u00e9t\u00e9 (ETHOS), l\u2019auteur m\u00e8ne ses recherches au sein du Groupe d\u2019\u00c9tude et de Recherche sur la Marginalisation et l\u2019Exclusion au S\u00e9n\u00e9gal (GERMES).<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1037-1\">Ancien royaume s\u00e9n\u00e9gambien, le Djolof, situ\u00e9 dans la r\u00e9gion actuelle de Louga, nord du S\u00e9n\u00e9gal, correspond approximativement au d\u00e9partement de Lingu\u00e8re ou ce qui est convenu d\u2019appeler la zone sylvo-pastorale dont les limites g\u00e9ographiques sont fortes ambigu\u00ebs. Les plus anciens habitants de ces divers pays auraient \u00e9t\u00e9 les S\u00e9r\u00e8res. \u00c0 une date difficile \u00e0 pr\u00e9ciser, les Wolofs, repoussant les Toucouleurs que les Maures contraignaient \u00e0 l\u2019exode vers le Sud-ouest, auraient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le Djolof, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9sert\u00e9 en partie par les S\u00e9r\u00e8res, et s\u2019y seraient \u00e9tablis sans violence. Les mouvements des peuples et l\u2019abandon du Djolof par les S\u00e9r\u00e8res \u00e9taient la cons\u00e9quence des exactions et des pillages des Maures. On ne saurait pr\u00e9ciser si les Peuls ont devanc\u00e9 les Wolofs dans le pays, ou s\u2019ils sont arriv\u00e9s en m\u00eame temps qu\u2019eux. La m\u00e9moire collective raconte que le Djolof aurait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par Ndiadiane Ndiaye. Les descendants de cette dynastie r\u00e9gn\u00e8rent en ma\u00eetre absolu dans le Djolof jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais. \u00c0 cette p\u00e9riode, Alboury dirigeait le Djolof. Son fils, Bouna Alboury, sera d\u2019ailleurs le chef du Djolof apr\u00e8s la soumission du pays \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 coloniale par le biais d\u2019un trait\u00e9 de paix \u00e0 la date du 18 avril 1885 entre le bourba Alboury Ndiaye et Victor Ballot, directeur des affaires politiques de la colonie du S\u00e9n\u00e9gal. Voir 10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par BALLO, l\u2019Administrateur Commandant le cercle. <a href=\"#return-footnote-1037-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-2\">Dans ce texte, nous avons utilis\u00e9 en grande partie les sources archivistiques, des enqu\u00eates de terrain et des sources imprim\u00e9es. <a href=\"#return-footnote-1037-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-3\">ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo etCameroun <a href=\"#return-footnote-1037-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-4\">ANS, voir D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise. <a href=\"#return-footnote-1037-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-5\">Les d\u00e9crets du 26 juillet 1906 et du 26 juillet 1932 portant r\u00e9organisation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re en AOF initient l\u2019immatriculation comme proc\u00e9dure de cr\u00e9ation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le titre foncier comme acte manifestant la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re. <a href=\"#return-footnote-1037-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-6\">ANS, S\u00e9rie G, sous s\u00e9rie 18 G46 : principaux textes de loi sur l\u2019organisation de l\u2019AOF et l\u2019AEF, Togo etCameroun <a href=\"#return-footnote-1037-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-7\">ANS, voir D\u00e9cret du 4 d\u00e9cembre 1920 relatif \u00e0 la composition des territoires de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise. <a href=\"#return-footnote-1037-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-8\">\u00c0 la t\u00eate de chaque province se trouvait un chef de province nomm\u00e9 par le Gouverneur de la colonie. Il est le repr\u00e9sentant direct de l\u2019administration coloniale, du commandant de cercle, et est aid\u00e9 dans ses t\u00e2ches par les chefs de canton et chefs de village. Ces autorit\u00e9s indig\u00e8nes deviennent ainsi les subordonn\u00e9s et les interm\u00e9diaires entre l\u2019administration coloniale et la population indig\u00e8ne afin de mieux r\u00e9pandre la pens\u00e9e coloniale et de b\u00e9n\u00e9ficier par la m\u00eame occasion certains privil\u00e8ges. En outre, ils constituent la colonne vert\u00e9brale de la politique coloniale, tant\u00f4t en ch\u00e2tiant leurs concitoyens pour maintenir l\u2019ordre, tant\u00f4t en d\u00e9non\u00e7ant les r\u00e9calcitrants au m\u00e9rite d\u2019une reconnaissance ou d\u2019une d\u00e9coration souvent per\u00e7ue comme relevant de la tra\u00eetresse. <a href=\"#return-footnote-1037-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-9\">ANS, S\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D5\/0011, Histoire du Djolof <a href=\"#return-footnote-1037-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-10\">ANS, <em>idem<\/em>. <a href=\"#return-footnote-1037-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-11\">Sur r\u00e9formes territoriales et administratives, voir Saliou Mbaye, Histoire des institutions coloniales fran\u00e7aises en Afrique de l\u2019Ouest (1816-1960), 1991. <a href=\"#return-footnote-1037-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-12\">ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal. <a href=\"#return-footnote-1037-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-13\">ANS, 10D4\/0041: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peulh: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957. <a href=\"#return-footnote-1037-13\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 13\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-14\">La population du Djolof \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 30055 habitants en 1904. Elle conna\u00eetra une augmentation sensible pour atteindre 33528 habitants en 1906. Voir, ANS, s\u00e9rie D, sous s\u00e9rie 11D3. 46 Subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal. En 1948, elle \u00e9tait de 40\u00a0432 habitants. Voir 13G 58 (180) Enseignement primaire au S\u00e9n\u00e9gal. <a href=\"#return-footnote-1037-14\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 14\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-15\">Djolof, Ndiambour septentrional, Ndiambour m\u00e9ridional, N\u2019guick M\u00e9rina, Gandiolais. <a href=\"#return-footnote-1037-15\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 15\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-16\">ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal. <a href=\"#return-footnote-1037-16\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 16\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-17\">ANS, <em>Idem<\/em>. <a href=\"#return-footnote-1037-17\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 17\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-18\">Plusieurs rapports d\u2019administrateurs coloniaux ainsi que certaines traditions t\u00e9moignent la loyaut\u00e9 du fils d\u2019Alboury Ndiaye, Bouna Ndiaye chef de la province du Djolof. Son autorit\u00e9 aupr\u00e8s de la population \u00e9tait grande. C\u2019est d\u2019ailleurs apr\u00e8s son intronisation comme chef sup\u00e9rieur du Djolof qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9cole fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 dans le Djolof <a href=\"#return-footnote-1037-18\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 18\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-19\">Capitale du Djolof, puis chef-lieu de la province du m\u00eame nom. <a href=\"#return-footnote-1037-19\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 19\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-20\">ANS, 11D3.46, S\u00e9n\u00e9gal subdivisions et cantons du S\u00e9n\u00e9gal. <a href=\"#return-footnote-1037-20\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 20\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-21\">ANS, <em>Idem<\/em>. <a href=\"#return-footnote-1037-21\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 21\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-22\">ANS, <em>idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-22\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 22\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-23\">ANS, <em>idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-23\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 23\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-24\">ANS, <em>idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-24\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 24\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-25\">ANS, <em>idem<\/em>. <a href=\"#return-footnote-1037-25\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 25\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-26\">Il s\u2019agit des cantons de Yang-Yang (3292 km\u00b2), De Dji\u00e9vol Thiod\u00e9 (737km\u00b2), de Pass Bakhal (2992 km\u00b2), de Djolof Oriental (4405 km\u00b2), de Dienguel Lathi\u00e9 (5202 km\u00b2) <a href=\"#return-footnote-1037-26\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 26\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-27\">ANS, s\u00e9rie D, sous s\u00e9rie 11D1. 922. Rapports politiques, agricoles, commerciaux et de tourn\u00e9es. <a href=\"#return-footnote-1037-27\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 27\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-28\">Cette partie est en grande partie tir\u00e9e de ma communication lors du colloque international, 9 au 11 d\u00e9cembre 2020, sur les \u00ab Mobilit\u00e9s en Afrique de l\u2019Ouest : peuplement, territoires et int\u00e9gration \u00bb. Ce colloque r\u00e9gional \u00e9tait organis\u00e9 par le CREEILAC \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Assane Seck de Ziguinchor. <a href=\"#return-footnote-1037-28\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 28\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-29\">Afrique occidentale fran\u00e7aise <a href=\"#return-footnote-1037-29\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 29\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-30\">Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7aise<em>, <\/em>\u00ab L\u2019\u00e9levage en AOF \u00bb, <em>Agence \u00e9conomique de l\u2019AOF<\/em>, p. 27. <a href=\"#return-footnote-1037-30\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 30\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-31\">ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion) <a href=\"#return-footnote-1037-31\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 31\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-32\">ANS, <em>Idem<\/em>. <a href=\"#return-footnote-1037-32\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 32\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-33\">L\u2019ensemble \u00ab du cheptel de l\u2019Afrique-Occidentale fran\u00e7aise \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 3820749 t\u00eates pour l\u2019esp\u00e8ce bovine contre 12328844 t\u00eates pour les ovins caprins en 1929 \u00bb. ANS, S\u00e9rie G, Service de l\u2019\u00e9levage, p. 32. <a href=\"#return-footnote-1037-33\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 33\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-34\">Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Afrique-Occidentale Fran\u00e7ais<em>e, Op. cit.<\/em>, p. 39. <a href=\"#return-footnote-1037-34\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 34\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-35\">ANS, s\u00e9rie D, sous S\u00e9rie 10D1, Consid\u00e9rations sur le Ferlo : sa physionomie, l\u2019eau, ses voies de communication et les chemins de parcours, sa faune, ses habitants (race, histoire, et religion), p. 30. <a href=\"#return-footnote-1037-35\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 35\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-36\"><em>Idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-36\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 36\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-37\">Idem. <a href=\"#return-footnote-1037-37\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 37\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-38\">ANS, <em>Ibid<\/em>., p. 32. <a href=\"#return-footnote-1037-38\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 38\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-39\">Fonds d\u2019investissement pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social <a href=\"#return-footnote-1037-39\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 39\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-40\">ANS, <em>Ibid<\/em>., p. 30. <a href=\"#return-footnote-1037-40\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 40\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-41\"><em>Idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-41\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 41\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-42\">10D5\/0007 Notice sur la colonie du S\u00e9n\u00e9gal par Antoine Maurel et Freau, 1904. Monographie du Cercle de Lingu\u00e8re par Ballo, l\u2019Administrateur Commandant le cercle. <a href=\"#return-footnote-1037-42\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 42\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-43\"><em>Idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-43\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 43\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-44\"><em>Idem<\/em>. <a href=\"#return-footnote-1037-44\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 44\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-45\">\u00c0 ce sujet, voir Mbaye Thiam, la chefferie traditionnelle wolof face \u00e0 la colonisation. Les exemples du Djolof et du Cayor (1900-1945), Dakar, UCAD, 1984, th\u00e8se de 3e cycle. <a href=\"#return-footnote-1037-45\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 45\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-46\">Cf \u00e0 Dupire Margueritte, Charles Toupet, Christian Santoir, Paul p\u00e9lissier, etc. <a href=\"#return-footnote-1037-46\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 46\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-47\">ANS, 10D4\/0041\u00a0: Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls\u00a0: rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957, p. 4. <a href=\"#return-footnote-1037-47\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 47\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-48\"><em>Ibid.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-48\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 48\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-49\">ANS, 10D4\/0041 : Congr\u00e8s de l\u2019union des Peuls : rapport d\u2019ensemble 9 octobre 1957. Rapport d\u2019ensemble par KA Boucar Boydo, Lingu\u00e8re, le 9 octobre 1957, pp. 4-5 <a href=\"#return-footnote-1037-49\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 49\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-50\">ANS, 2G30- 88\u00a0: S\u00e9n\u00e9gal\u2013 Cercle de Lingu\u00e8re (Djolof) Rapport politique annuel 1930- Lingu\u00e8re, le 20 janvier 1931 <a href=\"#return-footnote-1037-50\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 50\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-51\"><em>Idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-51\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 51\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-52\"><em>Idem.<\/em> <a href=\"#return-footnote-1037-52\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 52\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-53\">Dans le cadre de ma th\u00e8se de doctorat, j\u2019aborde le contexte d\u2019introduction de l\u2019\u00e9cole dans le Djolof, l\u2019\u00e9volution de la scolarisation et la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9ducation scolaire en milieu agropastorale. <a href=\"#return-footnote-1037-53\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 53\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-54\">\u00c0 travers les relations \u00e9troites qu\u2019ils entretenaient, les deux groupes ont profit\u00e9 des produits du cheptel et ceux de l\u2019agriculture et vice versa (utilisation des produits pastoraux par les agriculteurs : lait, viande, beurre, et des produits agricoles par les pasteurs : arachide, mil, ma\u00efs, etc.). Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ouest-africaines, la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les deux groupes est sans \u00e9quivoque. Sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 alimentaire, le syst\u00e8me de l\u2019agropastoralisme voire les travaux de A. Bonfiglioli, \u00ab Pastoralisme, agropastoralisme et retour : itin\u00e9raires sah\u00e9liens \u00bb. <em>In <\/em><em>Soci\u00e9t\u00e9s pastorales et d\u00e9veloppement<\/em>, Paris, <em>Cah. Sc. hum<\/em>., ORSTOM, 26, 1-2, 1990, p. 255-266\u00a0; Ph. Bernadet, <em>Association agriculture-\u00e9levage en Afrique ; les Peuls semi-transhumants de C\u00f4te d'Ivoire<\/em>, Paris, Harmattan, 1984, 235 p. <a href=\"#return-footnote-1037-54\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 54\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-55\">Les d\u00e9crets du 26 juillet 1906 et du 26 juillet 1932 portant r\u00e9organisation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re en AOF initient l\u2019immatriculation comme proc\u00e9dure de cr\u00e9ation de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le titre foncier comme acte manifestant la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re. <a href=\"#return-footnote-1037-55\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 55\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-56\">Le d\u00e9cret num\u00e9ro 580 du 20 mai 1955 stipule en son article 3 qu\u2019en AOF ET AEF \u00ab ...sont confirm\u00e9s les droits fonciers coutumiers exerc\u00e9s collectivement ou individuellement sur les terres non appropri\u00e9es selon les r\u00e8gles du Code civil ou du r\u00e9gime de l\u2019immatriculation \u00bb. <a href=\"#return-footnote-1037-56\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 56\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-57\">Enqu\u00eates personnelles, 2017. <a href=\"#return-footnote-1037-57\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 57\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-58\">Entretien avec Amadou DIA, \u00e9leveur, 45ans, octobre 2017, \u00e0 Dahra. <a href=\"#return-footnote-1037-58\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 58\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-59\">Enqu\u00eates personnelles, 2017. <a href=\"#return-footnote-1037-59\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 59\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-60\">\u00a0Entretien avec Samba SOW, \u00e9leveur, 52 ans, septembre 2017, \u00e0 Widou. <a href=\"#return-footnote-1037-60\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 60\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-61\">\u00a0Sur les politiques hydrauliques des forages au profit des puits et leurs cons\u00e9quences, voir Catherine BAROIS, L\u2019hydraulique pastorale, un bienfait pour les \u00e9leveurs du Sahel? Afrique contemporaine, 2003\/1, n\u00b0 205, p. 205-224. THEBAUD (Brigitte), \u00ab Politiques d\u2019hydraulique pastorale et gestion de l\u2019espace au Sahel \u00bb, <em>Cah. Sci. Hum<\/em>. 26 (I-2), Ottawa, Canada, 1990, p. 13-31 <a href=\"#return-footnote-1037-61\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 61\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1037-62\">\u00a0Appel\u00e9e aussi grande transhumance, elle est per\u00e7ue comme les d\u00e9placements du b\u00e9tail d\u2019un pays \u00e0 un autre, le plus souvent pendant la saison s\u00e8che, \u00e0 la recherche de meilleurs p\u00e2turages. L\u2019article 2 de la d\u00e9cision de la CEDEAO la d\u00e9finit comme \u00ab les d\u00e9placements saisonniers entre \u00c9tats, du b\u00e9tail ayant quitt\u00e9 les limites de ces parcours habituels, en vue de l\u2019exploitation de point d\u2019eau et de p\u00e2turages \u00bb. <a href=\"#return-footnote-1037-62\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 62\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["ndiouga-diagne"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[393],"license":[],"class_list":["post-1037","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-administration-coloniale-francaise","motscles-agriculteur","motscles-conflit","motscles-djolof","motscles-pasteur","keywords-conflict","keywords-djolof","keywords-farmer","keywords-french-colonial-administration","keywords-pastoralist","contributor-ndiouga-diagne"],"part":1026,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1037\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1135,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1037\/revisions\/1135"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/1026"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1037\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1037"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1037"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}