{"id":1046,"date":"2022-05-24T23:54:40","date_gmt":"2022-05-24T21:54:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=1046"},"modified":"2022-06-10T12:31:08","modified_gmt":"2022-06-10T10:31:08","slug":"wangba-joseph2022","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/wangba-joseph2022\/","title":{"rendered":"La dynamique de construction de la paix au Cameroun : conceptions th\u00e9oriques et approches pratiques"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La paix est un sentiment individuel et collectif, une valeur sociale commune \u00e0 toutes les soci\u00e9t\u00e9s humaines (Galtung, 1984, p.\u00a032). Pascal Touoyem parle d\u2019une \u00ab\u00a0valeur sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres formes de richesse que la vie peut offrir \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb (Touoyem, 2014, p.\u00a0215). C\u2019est aussi un comportement (Eteki Mboumoua, 1998, p.\u00a025), voire une r\u00e9alit\u00e9 sociale qui se construit de fa\u00e7on permanente. Depuis la p\u00e9riode antique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, la paix a toujours \u00e9t\u00e9 au centre des pr\u00e9occupations des diverses soci\u00e9t\u00e9s humaines. \u00c0 travers une analyse spatio-temporelle, il est objectif d\u2019admettre qu\u2019au-del\u00e0 des efforts de mondialisation du processus de construction de la paix, il y a toujours une certaine propension \u00e0 la territorialisation de ce processus. Les trait\u00e9s de Westphalie ont marqu\u00e9 un tournant d\u00e9cisif dans cette architecture de pacification des communaut\u00e9s humaines. En effet, ces trait\u00e9s internationaux ont fait \u00e9merger un cadre tr\u00e8s original pour la territorialisation de la paix. Il s\u2019agit de l\u2019av\u00e8nement effectif de l\u2019\u00c9tat moderne. Sans entrer dans les d\u00e9bats doctrinaux de l\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat moderne, nous retenons que cette \u00ab entit\u00e9 politique bien cl\u00f4tur\u00e9e \u00bb a permis de circonscrire les efforts de construction de la paix au sein des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s humaines, avant d\u2019aboutir \u00e0 sa progressive excroissance \u00e0 travers les doctrines r\u00e9gionalistes et mondialistes. \u00ab\u00a0Il existe dans presque toutes les aires culturelles un id\u00e9al de paix et de non-violence. [\u2026]. Il faut oser parler de paix \u00e9go\u00efste, g\u00e9ographiquement et culturellement localis\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e \u00bb (G\u00e9r\u00e9, 1998, p.\u00a093-94).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis lors, la paix \u00e9tait v\u00e9cue comme un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement national, avant de tendre vers une r\u00e9gionalisation voire une mondialisation (G\u00e9r\u00e9, 1998, p.\u00a080). N\u00e9anmoins, la paix est avant tout un ph\u00e9nom\u00e8ne national. En Afrique, l\u2019occidentalisation du monde (Badie, 1992) a permis de faire un greffage et une superposition de l\u2019\u00c9tat moderne (Bayart <em>et al.<\/em>, 1996) sur les anciennes soci\u00e9t\u00e9s politiques africaines, \u00e0 travers un processus d\u2019importation (Badie, 1992). Le Cameroun n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une telle r\u00e9alit\u00e9 historique (Bayart, 1984). Avant cette dynamique coloniale d\u2019occidentalisation du monde sur fond d\u2019\u00e9tatisation, les soci\u00e9t\u00e9s africaines \u00e9taient relativement organis\u00e9es et pacifi\u00e9es dans des cadres plus restreints, et parfois diffus.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, il existe une certaine disparit\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e de paix et les actions de pacification d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une autre. Une disparit\u00e9 qui se per\u00e7oit \u00e0 la fois dans les pens\u00e9es et dans les pratiques permettant de construire la paix dans l\u2019ad\u00e9quation entre les concepts et la pacification sociale \u00e0 proprement dite. En tout \u00e9tat de cause, \u00ab la paix est \u00e0 la fois pens\u00e9e (formulation cognitive) et d\u00e9marche concr\u00e8te (agissements). C\u2019est d\u2019abord une r\u00e9alit\u00e9 dans la conscience sociale\u00a0\u00bb (Lawson Bo\u00eavi, 2015, p.\u00a0107). Les travaux de sociologie de la paix de Johan Galtung permettent de faire une distinction syst\u00e9matique entre les conceptions th\u00e9oriques et les actions pratiques de construction de la paix. C\u2019est dans ce contexte que cet auteur a pu \u00e9laborer les concepts de <em>Peace Thinking<\/em> (Galtung, 1967, p.\u00a017) et de <em>Peace Action<\/em> (Galtung, 1984, p.\u00a020). D\u2019une part, la <em>Peace Thinking<\/em> est le r\u00e9sultat d\u2019une divergence per\u00e7ue entre ce qui est et ce qui devrait \u00eatre, entre le fait et la valeur (Galtung, 1967, p.\u00a019). Il s\u2019agit d\u2019une philosophie de paix (la conception des mod\u00e8les de philosophie de paix), des recherches sur la paix (la conception des mod\u00e8les pragmatiques et de l\u2019homme rationnel), c\u2019est-\u00e0-dire des \u00ab propositions \u00bb, des \u00ab th\u00e9ories \u00bb et des rapports des chercheur-e-s avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale (Galtung, 1967, p.\u00a021). Dans ce r\u00e9pertoire des conceptions th\u00e9oriques de la paix, les discours et les activit\u00e9s politiques (le mod\u00e8le du \u00ab masque \u00bb politique) y sont inclus (Galtung, 1967, p.\u00a021-22). D\u2019autre part, la <em>Peace Action<\/em> se d\u00e9finit comme \u00e9tant le fait de travailler pour la r\u00e9alisation des politiques et des strat\u00e9gies d\u2019inclusion sociale, susceptibles d\u2019\u00eatre dites ou \u00e9voqu\u00e9es et qui sont \u00e9galement susceptibles d\u2019\u00eatre approuv\u00e9es par quelques soutiens, \u00e0 travers les conclusions des recherches sur la paix. C\u2019est l\u2019ensemble des actions concr\u00e8tes de construction de la paix, men\u00e9es par les acteurs et actrices politiques, les autorit\u00e9s gouvernementales, les mouvements associatifs et religieux, les organisations intergouvernementales, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, les professionnel-le-s et expert-e-s sur la question de paix et de s\u00e9curit\u00e9, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent travail a pour ambition de mener une analyse simultan\u00e9e sur les conceptions th\u00e9oriques et les approches pratiques de la dynamique de construction de la paix au Cameroun, d\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00c9tat moderne en 1960. De fa\u00e7on \u00e9tiologique, le diagnostic de la dynamique de construction de la paix au Cameroun nous sugg\u00e8re un certain nombre de questionnements qui se placent au centre de notre analyse. D\u00e8s lors, comment est-ce que la paix se construit au Cameroun depuis 1960? Quelles sont les approches th\u00e9oriques et pratiques d\u2019une telle architecture? Quelles sont les appr\u00e9hensions de la paix au Cameroun? En dehors de son pur concept, de son id\u00e9al et de ses diff\u00e9rentes conceptions th\u00e9oriques, comment construire la paix de fa\u00e7on pratique?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9ponse \u00e0 ces interrogations nous suscite l\u2019id\u00e9e selon laquelle la paix sur l\u2019espace Cameroun se construit sur la base de la dynamique des conceptions th\u00e9oriques, classique et moderne, d\u2019une part; et des approches pratiques de nature stratocentr\u00e9e et stratosociale, d\u2019autre part. Quoiqu\u2019il existe plusieurs conceptions th\u00e9oriques de la paix, celles-ci se trouvent r\u00e9sum\u00e9es dans les concepts de paix n\u00e9gative et de paix positive (Galtung, 1969, p.\u00a0183; 1967, p.\u00a012 et 19). Au Cameroun, la paix a longtemps \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme une absence de guerre \u00e0 travers la lutte acharn\u00e9e contre les maquisards de l\u2019UPC et la recherche de la stabilit\u00e9 politique, car la vision n\u00e9gative de la paix semblait domin\u00e9e sur celle positive. Mais, l\u2019intermittence des crises sociopolitiques et socio\u00e9conomiques a fait alt\u00e9rer cette vision classique de la paix et en a fait \u00e9merger une nouvelle vision. C\u2019est dans ce contexte que les appr\u00e9hensions de la paix vont, depuis les ann\u00e9es 1990, au-del\u00e0 de la n\u00e9gation de guerre pour se pr\u00e9occuper des consid\u00e9rations positives port\u00e9es plus vers la recherche du d\u00e9veloppement int\u00e9gral de l\u2019Homme. Par ailleurs, la trajectoire de pacification du Cameroun a adopt\u00e9 un certain nombre d\u2019approches pratiques, ayant permis de construire r\u00e9ellement la paix dans ce pays d\u2019Afrique centrale. En faisant un ancrage m\u00e9thodologique sur le constructivisme, ph\u00e9nom\u00e9nologique et ir\u00e9nologique, nous allons articuler notre analyse autour de deux axes. D\u2019une part, une analyse approfondie des diff\u00e9rentes conceptions de la paix; et d\u2019autre part, une objectivation des deux approches pratiques du processus de construction de la paix au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les conceptions th\u00e9oriques de la paix (<em>Peace Thinking<\/em>)<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est une lapalissade de dire que la notion de paix est polys\u00e9mique et difficile \u00e0 d\u00e9finir, car cette complexit\u00e9 est av\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019au point o\u00f9, \u00e0 une certaine p\u00e9riode, Maria Montessori a eu du mal \u00e0 admettre la pertinence du ph\u00e9nom\u00e8ne de la paix comme pouvant faire l\u2019objet d\u2019une analyse scientifique (2004, p.\u00a035). En d\u00e9pit de cette complexit\u00e9, la paix n\u2019a cess\u00e9 de susciter la curiosit\u00e9 scientifique en sciences sociales. L\u2019abstraction y relative a permis d\u2019objectiver ce ph\u00e9nom\u00e8ne et de le conceptualiser de diverses fa\u00e7ons. En effet, il existe plusieurs conceptions th\u00e9oriques de la notion de paix (<em>Peace Thinking<\/em>), mais le pr\u00e9sent travail a opt\u00e9 pour une simple classification sociohistorique et sociologique qui permet, selon notre entendement, de comprendre facilement cette notion. Il s\u2019agit des conceptions de la paix, \u00e0 la fois classique et moderne, dont l\u2019une est n\u00e9gative et l\u2019autre positive. Ces deux concepts symbolisent la dynamique des paradigmes holistes ayant domin\u00e9 les \u00e9tudes sociologiques et pluridisciplinaires, relatives aux probl\u00e9matiques de paix et de s\u00e9curit\u00e9 dans le monde. Une analyse ph\u00e9nom\u00e9nologique de la paix au Cameroun nous a permis d\u2019objectiver cette vision duale des choses.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La paix n\u00e9gative\u00a0: une conception classique de la paix<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par d\u00e9finition, la paix n\u00e9gative est la recherche des meilleures conditions pour garantir l\u2019absence des relations n\u00e9gatives (Galtung, 1967, p.\u00a012), c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019absence de guerre et de conflits sociaux divers. Cette conception implique deux aspects importants. D\u2019une part, la<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Paix est synonyme de stabilit\u00e9 ou d\u2019\u00e9quilibre. Cette conception de la paix renvoie aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur de l\u2019\u00eatre humain, la personne qui est en paix avec lui-m\u00eame.\u00a0Elle recouvre les concepts de loi et de l\u2019ordre, en d\u2019autres termes l\u2019id\u00e9e d\u2019un ordre social pr\u00e9visible m\u00eame si cet ordre est men\u00e9 par les moyens et la menace de la force (Galtung, 1967, p.\u00a012).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autre part, elle renvoie \u00e0<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019absence d\u2019une violence collective organis\u00e9e, en d\u2019autres termes la violence entre les grands groupes humains; particuli\u00e8rement les nations, mais aussi entre les classes, les groupes ethniques et raciaux \u00e0 cause de la puissance que les guerres internes peuvent exercer (<em>ibid.<\/em>).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant tr\u00e8s longtemps, et ce depuis l\u2019Antiquit\u00e9 jusqu\u2019aux XVIIIe et XXe si\u00e8cles apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ, la paix a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme un \u00e9tat de non-guerre (Hermet <em>et al.<\/em>, 2005, p.\u00a0227-228). Ici, il est question de rechercher la paix, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0une absence de guerre par guerre\u00a0\u00bb, l\u2019usage de la force dissuasive. Il s\u2019agit d\u2019une mat\u00e9rialisation de l\u2019adage romain\u00a0selon lequel \u00ab\u00a0qui veut la paix pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb. Cette conception classique tire ses origines dans l\u2019Antiquit\u00e9 grecque, avec la com\u00e9die satirique d\u2019Aristophane mise en sc\u00e8ne en l\u2019an 421 avant J\u00e9sus-Christ (<em>Le Dictionnaire Universel<\/em>, 1998, p.\u00a0864). Selon cette conception, l\u2019id\u00e9e de paix s\u2019oppose \u00e0 la guerre et est synonyme de l\u2019absence de guerre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de la vision n\u00e9gative de la paix, il y a une m\u00e9connaissance des valeurs positives de la paix au profit de l\u2019absence de guerre et des conflits sociaux. Cette vision a \u00e9galement caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019Empire romain avant J\u00e9sus-Christ et aux premiers si\u00e8cles de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne. C\u2019est dans ce contexte et \u00e0 cette p\u00e9riode que la conception classique de la paix s\u2019est de plus en plus r\u00e9pandue. Elle a ainsi \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e par le vocable latin de <em>pax romana<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la paix romaine (Galtung, 1967, p.\u00a08-9.). En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019une longue p\u00e9riode de paix qu\u2019a connu l\u2019Empire romain. Durant cette p\u00e9riode, Rome a impos\u00e9 sa domination \u00e0 plusieurs royaumes europ\u00e9ens, asiatiques et africains. L\u2019objectif principal de l\u2019empire \u00e9tait d\u2019\u00e9viter toute menace de guerre, d\u2019assurer l\u2019ordre interne de l\u2019empire et de maintenir sa domination sur les royaumes conquis.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la n\u00e9gation des conflits violents \u00e0 travers la propension \u00e0 l\u2019usage de la force pour garantir la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019autoritarisme et le r\u00e9alisme d\u2019\u00c9tat\u00a0sont au centre des pr\u00e9occupations de cette conception classique de la paix. En effet, cette vision ancienne de la paix a constitu\u00e9 un paradigme ayant domin\u00e9 les \u00e9tudes de paix et de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 travers le monde[footnote]L\u2019id\u00e9e de paix constitue une alternative \u00e0 la guerre ou elle suppose une cessation de la guerre. Cette vision se d\u00e9duit bien dans les travaux des auteurs ayant adopt\u00e9s des approches r\u00e9alistes de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9.[\/footnote]. L\u2019on peut dire sans risque de se tromper que la conception classique de la paix est consubstantielle aux paradigmes r\u00e9alistes, d\u00e9velopp\u00e9s par certains auteurs dans le cadre des \u00e9tudes de paix et de s\u00e9curit\u00e9 en relations internationales. Il s\u2019agit de Thomas Hobbes (<em>Le L\u00e9viathan<\/em>), Sun Tsu (<em>L\u2019art de la guerre<\/em>), Nicolas Machiavel (<em>L\u2019art de la guerre<\/em>), Carl Von Clausewitz (<em>De la guerre<\/em>), Raymond Aron (<em>Paix et guerre entre les nations<\/em>), Hans Morgenthau (<em>Politics amonsgt nations<\/em>), Hugo Grotius (<em>Le droit de la guerre et de la paix<\/em>), Charles-Philippe David (<em>Th\u00e9ories de la s\u00e9curit\u00e9<\/em>), Gaston Bouthoul (<em>Trait\u00e9 de pol\u00e9mologie. Sociologie des guerres<\/em>), etc. Ces derniers ont d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019id\u00e9e de paix en opposition \u00e0 la guerre, synonyme de l\u2019absence de guerre. Par ailleurs, la recherche de la paix se fonde sur l\u2019usage de la force dissuasive et\/ou de la guerre. Selon eux, cette approche semble avoir domin\u00e9 les actions des \u00c9tats sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, entre les 1960-1990, la perception et le sentiment de paix ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 domin\u00e9s par cette vision classique de la paix. Cette conception de la paix tire ses origines \u00e0 la fois dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et dans la dynamique de la colonisation (Meyomesse, 2010, p.\u00a06-20). En effet, les conflits interethniques qui jalonnaient les rapports entre les populations camerounaises avant l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens ont servi de pr\u00e9texte \u00e0 la colonisation occidentale, ceci au nom de la civilisation. Ainsi, cette mission civilisatrice et de pacification a fortement d\u00e9termin\u00e9 la logique de fonctionnement des institutions des nouveaux \u00c9tats africains, ayant acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 leur ind\u00e9pendance il y a six d\u00e9cennies. Elle est essentiellement fond\u00e9e sur l\u2019usage de la violence structurelle (Galtung, 1969, p.\u00a0170-175) qui cr\u00e9e d\u2019autres situations inconfortables, c\u2019est-\u00e0-dire la domination, l\u2019exploitation, l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des ressources et l\u2019exclusion des masses par les institutions politiques sous le pr\u00e9texte de la stabilit\u00e9. Compte tenu du caract\u00e8re stratocentr\u00e9 du processus de construction de la paix, une bonne franche du discours sociopolitique tend \u00e0 sacraliser l\u2019option de la paix, comme absence de la guerre, en relevant que \u00ab le Cameroun est un havre de paix et de stabilit\u00e9 \u00bb (Wiegandt, 2011, p.\u00a017). D\u2019autres parlent d\u2019\u00ab [un] \u00eelot de paix dans un oc\u00e9an de guerre \u00bb (Anafak Lemofak, 2013, p.\u00a0172). En r\u00e9alit\u00e9, la conception n\u00e9gative de la paix est essentiellement exclusive dans sa mat\u00e9rialisation. Dans ce cadre, les \u00ab discours de la paix\u00a0\u00bb (Wangba Joseph, 2019, p.\u00a04) sont domin\u00e9s par la n\u00e9gation ou l\u2019absence de la guerre et des conflits violents.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis 1960, cette conception n\u00e9gative a domin\u00e9 la vision camerounaise de la paix jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement des crises \u00e9conomique et sociopolitique \u00e0 partir des d\u00e9cennies 1980-1990. Il s\u2019agit d\u2019une longue p\u00e9riode d\u2019instabilit\u00e9 politique ayant eu pour vocation l\u2019an\u00e9antissement de la guerre anti-up\u00e9ciste, la construction de l\u2019unit\u00e9 nationale et d\u2019une \u00e9conomie \u00e0 revenu interm\u00e9diaire. Tout ceci, au profit de l\u2019autoritarisme, du monolithisme politique et des lois liberticides. Luc Sindjoun a \u00e9voqu\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une \u00ab stabilit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique \u00bb (Sindjoun, 1996, p.\u00a057). Cependant, la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 1980 (Ngandjeu, 1988; Aerts et al., 2000) et les mouvements de revendication de la d\u00e9mocratie des ann\u00e9es 1990 (Ngniman, 1993; N\u2019Gayap, 1999) ont pu alt\u00e9rer la conception de la paix n\u00e9gative au profit de la paix positive. Quelle que soit cette dynamique, la conception n\u00e9gative de la paix subsiste toujours dans le processus de construction de la paix positive. Dans le champ sociopolitique, l\u2019av\u00e8nement de la conception positive de la paix tend \u00e0 entrer en contradiction avec la conception n\u00e9gative (K\u00e4 Mana, 2011, p.\u00a022-25). Pourtant, une perception rationnelle et constructive de ces deux conceptions th\u00e9oriques de la paix nous permet de comprendre que celles-ci sont compl\u00e9mentaires et demeurent enchev\u00eatr\u00e9es (Galtung, 1969, p.\u00a0183; 1967, p.\u00a012 et 19; K\u00e4 Mana, 2011, p.\u00a025-28).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De fa\u00e7on synth\u00e9tique, la vision n\u00e9gative de la paix se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019absence de guerre et des conflits; l\u2019usage de la force arm\u00e9e pour la s\u00e9curisation et la pacification sociale; la pr\u00e9pond\u00e9rance de l\u2019\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire le statisme (Galtung, 1985, p.\u00a01) et le monolithisme politique; ainsi que la m\u00e9connaissance ou l\u2019ignorance des facteurs, des dispositifs et des acteurs sociaux de pacification positive. Telle est la quintessence de la conception classique de la paix au Cameroun. D\u00e8s lors, la prise de conscience et la revendication de ces \u00e9l\u00e9ments de positivit\u00e9 de la paix marquent le point de d\u00e9part de la r\u00e9appropriation de la conception moderne de la paix, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019id\u00e9e de la paix positive.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La paix positive\u00a0: une conception moderne de la paix<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est bien vrai que l\u2019id\u00e9e de la paix positive se trouve bien ancr\u00e9e dans la tradition philosophique de l\u2019Antiquit\u00e9, mais elle est rest\u00e9e pendant longtemps plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre de la paix n\u00e9gative. En effet, les pr\u00e9misses de la paix positive se trouvent d\u00e9velopp\u00e9es dans les conceptions philosophiques d\u2019Aristote, de Saint Augustin et de John Locke (Polin, 1954, p.\u00a0253-262). Par ailleurs, le paradigme de la paix perp\u00e9tuelle d\u2019Emmanuel Kant (Ruby, 2005, p.\u00a021; Emmanuel Kant, 2001 [1795]) constitue le fondement de la conception moderne de la paix depuis la fin du XVIIIe si\u00e8cle. Sur le plan philosophique et \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, cette conception remonte \u00e0 Saint Augustin et \u00e0 John Locke tel que cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe, \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la conception moderne de la paix a commenc\u00e9 \u00e0 faire progressivement son expansion dans le cadre des relations internationales \u00e0 travers la doctrine id\u00e9aliste de Woodrow Wilson\u00a0: le wilsonnisme (Hermet et al, 2005, p.\u00a0227 et 228). Cette doctrine politique est tributaire des quatorze points de Woodrow Wilson, mis en valeur lors la signature des trait\u00e9s de paix de Versailles \u00e0 Paris.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9pit de l\u2019expansion de la conception moderne de la paix \u00e0 travers la doctrine id\u00e9aliste, la pr\u00e9pond\u00e9rance du r\u00e9alisme dans les relations internationales a conduit \u00e0 l\u2019\u00e9chec de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations (SDN) et \u00e0 la recrudescence de la guerre\u00a0: la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Depuis la fin de ce deuxi\u00e8me conflit d\u2019envergure mondiale, le nouvel ordre mondial a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 obstru\u00e9 par l\u2019av\u00e8nement de la guerre froide. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re peu probant de sa v\u00e9rification empirique dans le contexte post\u00e9rieur \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, la conception moderne de la paix a fini par \u00eatre syst\u00e9matiquement th\u00e9oris\u00e9e et mise en pratique \u00e0 la fin de la guerre froide \u00e0 travers la diffusion de la paix d\u00e9mocratique. Par ailleurs, cette derni\u00e8re demeure tr\u00e8s critiqu\u00e9e dans le contexte africain (Ateba, 2016, p.\u00a0190-191), car \u00ab la plupart des pays africains, \u00e0 cause de leur pauvret\u00e9 et de la violence de leur politique, sont incapables d\u2019avancer vers la d\u00e9mocratie \u00bb (Huntington cit\u00e9 par Ateba, 2016, p.\u00a0183).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970-1980, le concept de paix positive a donc fait son \u00e9mergence (Galtung, 1967, p.\u00a012 et\u00a019; 1969, p.\u00a0183) pour d\u00e9signer cette vision moderne de la paix. L\u2019expression <em>paix positive<\/em> est, \u00e0 cet effet, un concept tr\u00e8s vague et impr\u00e9cis (Galtung, 1967, p.\u00a012). De fa\u00e7on cons\u00e9cutive, la conception moderne de la paix implique fonci\u00e8rement les concepts de <em>paix positive<\/em>, de <em>paix durable<\/em>, de <em>paix inclusive<\/em>, de <em>construction de la paix<\/em>, de <em>culture de la paix<\/em> et de <em>s\u00e9curit\u00e9 humaine<\/em> qui demeurent intimement li\u00e9s. Cette th\u00e9orisation de la paix positive nous semble plus appropri\u00e9e dans le cadre de cette analyse. Malgr\u00e9 son impr\u00e9cision, la paix positive se con\u00e7oit substantiellement \u00ab\u00a0comme un synonyme pour toutes les bonnes choses dans la communaut\u00e9 mondiale, particuli\u00e8rement la coop\u00e9ration et l\u2019int\u00e9gration entre les groupes humains, avec une faible emphase sur l\u2019absence de violence<em>\u00a0<\/em>\u00bb (<em>ibid.<\/em>). Il s\u2019agit de rechercher les meilleures conditions qui facilitent l\u2019instauration des relations positives, fond\u00e9es sur un certain nombre de valeurs\u00a0que sont la pr\u00e9sence de la coop\u00e9ration, la libert\u00e9 vis-\u00e0-vis de la crainte et des besoins, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et int\u00e9gral de l\u2019Homme, l\u2019absence d\u2019exploitation, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la justice sociale, la libert\u00e9 d\u2019action, le pluralisme et le dynamisme (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a014). \u00c0 la suite de cette d\u00e9finition du concept de paix positive, il y a plusieurs autres auteurs qui ont \u00e9galement tent\u00e9 de lui donner un contenu ou une substance qui s\u2019inscrit dans la grille des valeurs constitutives de cette \u00ab\u00a0grande valeur\u00a0\u00bb qu\u2019est la paix.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour C\u00e9lestin Tagou,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette paix qui n\u2019est plus une simple absence de guerre ou de violences ouvertes, mais qui pr\u00e9suppose \u00e9galement des conditions de vie qui offrent les possibilit\u00e9s aux citoyens de s\u2019\u00e9panouir pleinement sur tous les plans tout en restant en harmonie avec l\u2019\u00e9cologie (Tagou, 2011, p.\u00a042).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 Frank Wiegandt qui partage la m\u00eame conception de la paix que C\u00e9lestin Tagou,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[La] paix n\u2019est pas seulement le contraire de la guerre. Elle est \u00e9quilibre int\u00e9rieur de l\u2019homme, \u00e9quilibre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque nation, \u00e9quilibre entre les nations. Elle est li\u00e9e aux valeurs de justice, de d\u00e9mocratie, de tol\u00e9rance, aux droits de la personne humaine et aux droits des peuples (Wiegandt, 2011, p.\u00a017).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Fondamentalement li\u00e9e aux diff\u00e9rentes valeurs circonscrites (Galtung, 1967, p.\u00a014), la conception moderne de la paix a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 la pr\u00e9occupation de Pascal Touoyem (2014, p.\u00a0215), de Camille Nkoa Atenga (1996, p.\u00a021), de Nass\u00e9 Sangar\u00e9 (2007), etc. Sans \u00eatre exhaustive, la conception positive de la paix semble dominer les discours ontologiques et scientifiques, relatifs \u00e0 la construction de la paix au Cameroun (Wangba Joseph, 2019) et dans le monde \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine. Au Cameroun, m\u00eame si l\u2019objectivation de cette dynamique dans la conception de la paix est r\u00e9cente, cette dynamique ph\u00e9nom\u00e9nologique a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1990, car au-del\u00e0 de la recherche de la s\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019absence de guerre, l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des citoyen-ne-s est depuis lors au centre des pr\u00e9occupations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, l\u2019extr\u00eame politisation de l\u2019id\u00e9e de paix au Cameroun a conduit \u00e0 des contradictions sans importance (K\u00e4 Mana, 2011, p.\u00a022-28). Ainsi, il y a une oscillation, parfois une rupture, entre les diff\u00e9rentes conceptions th\u00e9oriques de la paix qui sont\u00a0fondamentalement imbriqu\u00e9es, avec une forte tendance vers la paix positive. Selon K\u00e4 Mana, elle est fond\u00e9e sur la conception sociopolitique, sous-tendue par trois grandes hypoth\u00e8ses dont les deux premi\u00e8res sont contradictoires et politis\u00e9es. La premi\u00e8re hypoth\u00e8se est un discours d\u2019autosatisfaction de paix dont se gargarise le pouvoir politique en place. La deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se est un discours \u00e9manant de l\u2019opposition politique qui consid\u00e8re, comme une vaste supercherie, la position tenue par le r\u00e9gime en place selon laquelle l\u2019absence de conflagrations sociales \u00e0 grande \u00e9chelle et des batailles sociales de grande ampleur signifie absolument la paix, alors que la v\u00e9ritable paix a pour synonyme le d\u00e9veloppement. Ces deux premi\u00e8res hypoth\u00e8ses tendent \u00e0 faire opposer le concept de paix n\u00e9gative \u00e0 la paix positive. Pourtant, au-del\u00e0 de l\u2019absence des conflits violents de grande envergure, certains probl\u00e8mes socio\u00e9conomiques sont susceptibles de les provoquer. Et donc, il est imp\u00e9ratif de r\u00e9soudre ces probl\u00e8mes pour construire une paix durable. Enfin, la combinaison de ces deux discours contradictoires permet de percevoir et de concevoir la paix au Cameroun de fa\u00e7on positive. En r\u00e9alit\u00e9, la paix positive implique d\u00e9j\u00e0 la paix n\u00e9gative (Galtung, 1984, p.\u00a011; Wiegandt, 2011, p.\u00a017). Il est question de transcender ces contradictions afin de construire une paix durable de mani\u00e8re pratique. Les conceptions th\u00e9oriques se r\u00e9sument en deux concepts synth\u00e9tiques\u00a0: la paix, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019absence de guerre et de conflits violents, et le d\u00e9veloppement pour faire allusion \u00e0 la paix positive. D\u00e8s lors, il reste \u00e0 savoir la praticabilit\u00e9 de ces th\u00e9ories de la paix. Par ailleurs, il est aussi important de relever que les conceptions th\u00e9oriques de la paix favorisent l\u2019institution des fondements instrumentaux pour la construction de la paix au Cameroun. Ces sources fondamentales de la paix sont de nature morale, philosophique, religieuse, culturelle et juridico-institutionnelle (Wangba Joseph, 2020, p.\u00a055-224). La mobilisation de ces fondements instrumentaux en constitue des ressources et instruments d\u2019actions concr\u00e8tes, c\u2019est-\u00e0-dire la mobilisation des dispositifs juridiques, technico-institutionnels, ainsi que les dispositifs strat\u00e9giques, pragmatiques et de ceux de l\u2019environnement du syst\u00e8me politique (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0230-425). C\u2019est ce qui donne sens aux approches pratiques de construction de la paix, au-del\u00e0 de ses conceptions th\u00e9oriques.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les approches pratiques de la paix (<em>Peace Action<\/em>)<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e9orisation des approches pratiques de la paix au Cameroun s\u2019est fond\u00e9e sur les conceptions th\u00e9oriques ayant inspir\u00e9 ces approches concr\u00e8tes. De fa\u00e7on cons\u00e9cutive, \u00ab\u00a0la paix est \u00e0 la fois pens\u00e9e (formulation cognitive) et d\u00e9marche concr\u00e8te (agissements)\u00a0\u00bb (Lawson Bo\u00eavi, 2015, p.\u00a0107). Partant de ce postulat, nous envisageons ainsi faire une objectivation des approches pratiques de construction de la paix au Cameroun\u00a0: la <em>Peace Action<\/em>. Cette derni\u00e8re est une m\u00e9thode p\u00e9dagogique (Galtung, 1984, p.\u00a010) et d\u2019action concr\u00e8te (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a026) en mati\u00e8re de construction de la paix. En effet, au-del\u00e0 de ses conceptions th\u00e9oriques, la dynamique de construction de la paix au Cameroun se fait pratiquement sur la base des approches stratocentr\u00e9es et stratosociale. Au sens pratique, la mat\u00e9rialisation des th\u00e9ories de la paix se fonde sur les mod\u00e8les de paix romaine (<em>pax romana<\/em>) et de paix d\u00e9mocratique (<em>pax democratica<\/em>). En tout \u00e9tat de cause, les diff\u00e9rentes conceptions th\u00e9oriques de la paix sont tributaires \u00e0 ces deux mod\u00e8les philosophiques de construction de la paix. Au Cameroun, le processus de construction de la paix a subi une dynamique, partant de l\u2019approche stratocentr\u00e9e \u00e0 une approche polycentr\u00e9e. Ces deux derni\u00e8res s\u2019apparentent respectivement \u00e0 l\u2019approche classique de maintien de la paix et celle moderne de construction ou de consolidation de la paix (<em>ibid.<\/em>).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019approche stratocentr\u00e9e et la pratique de la paix romaine (<em>pax romana<\/em>)<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La paix romaine est un mod\u00e8le de construction de la paix qui s\u2019assimile \u00e0 l\u2019approche dissociative (Galtung, 1976, p.\u00a0282-297). Au Cameroun, elle a constitu\u00e9 une vision de construction stratocentr\u00e9e de la paix, domin\u00e9e par les \u00e9l\u00e9ments de n\u00e9gativit\u00e9 \u00e0 travers la lutte sans concession contre le maquis (la r\u00e9bellion) et la subversion. Elle consiste \u00e0 combattre toute forme de violences directes, manifest\u00e9e tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019aux fronti\u00e8res du territoire national. L\u2019impl\u00e9mentation de ce mod\u00e8le s\u2019est \u00e9tal\u00e9e sur la p\u00e9riode allant de 1960 \u00e0 1990. Cette p\u00e9riode est essentiellement caract\u00e9ris\u00e9e par un \u00e9lan de construction de la paix n\u00e9gative comme absence de violence, et dont l\u2019\u00c9tat d\u00e9tient le monopole. En effet, l\u2019approche stratocentr\u00e9e de construction de la paix constitue la mat\u00e9rialisation du mod\u00e8le de la paix romaine. Cette derni\u00e8re est une paix autoritaire, c\u2019est-\u00e0-dire une paix impos\u00e9e par la force, pourvu que la stabilit\u00e9 politique soit r\u00e9alis\u00e9e tant au plan int\u00e9rieur (paix int\u00e9rieure) qu\u2019au niveau des fronti\u00e8res et au-del\u00e0 (paix ext\u00e9rieure). On parle de plus en plus de l\u2019imposition de la paix ou du maintien de la paix. Dans le cadre de cette approche stratocentr\u00e9e, le concept de <em>construction de la paix<\/em> n\u2019est pas appropri\u00e9 m\u00eame s\u2019il est employ\u00e9 ici par extrapolation et de fa\u00e7on interchangeable avec le concept de <em>maintien de la paix<\/em> ou celui de l\u2019<em>imposition de la paix<\/em>. Fondamentalement, le concept de construction de la paix est consubstantiel \u00e0 celui de la paix positive. N\u00e9anmoins, nous allons l\u2019employer de fa\u00e7on synonymique au maintien de la paix n\u00e9gative dans le cadre de la pr\u00e9sente analyse.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s la premi\u00e8re d\u00e9cennie de l\u2019accession du Cameroun \u00e0 son ind\u00e9pendance en 1960, la stabilit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e9taient les principales pr\u00e9occupations des autorit\u00e9s politiques de cette \u00e9poque. Dans ce cas, la stabilisation de l\u2019ordre politique est synonyme de pacification sociale (Bayart, 1984). L\u2019id\u00e9e de maintenir prioritairement la paix n\u00e9gative a donc \u00e9t\u00e9 un pr\u00e9alable voire un imp\u00e9ratif gouvernemental, car<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9fense nationale, pour l\u2019entit\u00e9 \u00c9tat-nation, appara\u00eet comme un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, une n\u00e9cessit\u00e9 vitale sans laquelle les institutions \u00e9tatiques et les activit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales ne peuvent \u00eatre assur\u00e9es d\u2019un fonctionnement normal (Njoh Mouelle et Owona (dir), 1989, p.\u00a0271).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Durant cette p\u00e9riode, quoique certains aspects de la paix positive, tels que le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et l\u2019unit\u00e9 nationale, \u00e9taient mis en valeur de fa\u00e7on inconsciente ou s\u00e9lective, il faut se dire que la t\u00e9l\u00e9ologie d\u2019une telle dynamique \u00e9tait la n\u00e9gation des conflits violents sur le plan interne, c\u2019est-\u00e0-dire la conduite d\u2019une lutte acharn\u00e9e contre ce ph\u00e9nom\u00e8ne sur la base des dispositifs pragmatiques, appelant \u00e9galement l\u2019emploi des moyens violents\u00a0: le monopole de la force coercitive ou la \u00ab\u00a0<em>certacio per vim<\/em>\u00a0\u00bb (David et Roche, 2002, p.\u00a019).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pratiquement, la th\u00e9orie de la paix n\u00e9gative d\u00e9termine la nature des dispositifs ou des m\u00e9canismes fondamentaux de construction de la paix dans toute soci\u00e9t\u00e9 politique. L\u2019id\u00e9e de construire prioritairement la paix n\u00e9gative a d\u00fb d\u00e9terminer les actions de la soci\u00e9t\u00e9 politique camerounaise en faveur de l\u2019impl\u00e9mentation de la th\u00e9orie de la paix romaine. Dans cette dynamique similaire \u00e0 l\u2019approche du mod\u00e8le centre-p\u00e9riph\u00e9rie (Shills, 1975; Chevalier, 1978, p.\u00a007), l\u2019\u00c9tat central impose la paix n\u00e9gative \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9pit de ce que Jean-Fran\u00e7ois Bayart (1975, p.\u00a009) et Bernard Lacroix (1985, p.\u00a0475 et 476) d\u00e9noncent le d\u00e9coupage rigide et abusif entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9. Au-del\u00e0 de cette ambigu\u00eft\u00e9 relative \u00e0 une suppos\u00e9e ligne de d\u00e9marcation entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9, un certain nombre de dispositifs sp\u00e9cifiques est de mani\u00e8re permanente con\u00e7u et institu\u00e9 pour instaurer la paix, synonyme de stabilit\u00e9 sociale. Ces dispositifs sont simultan\u00e9ment mobilis\u00e9s en temps de besoin, c\u2019est-\u00e0-dire dans la dynamique de pacification sociale. Ils sont essentiellement gouvernementaux, car l\u2019\u00c9tat dispose, contrairement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une souverainet\u00e9 absolue qui lui conf\u00e8re le monopole des ressources diverses, et surtout le monopole l\u00e9gitime de l\u2019usage de la violence physique pour maintenir la paix sociale. L\u2019exclusivit\u00e9 et la pr\u00e9pond\u00e9rance des pouvoirs de l\u2019\u00c9tat sont inh\u00e9rentes au monolithisme politique qui pr\u00e9valait dans l\u2019intervalle de la p\u00e9riode des ann\u00e9es 1960-1990. Ici, la dynamique de construction de la paix est r\u00e9alis\u00e9e de fa\u00e7on souveraine, exclusive et sans concession par l\u2019\u00c9tat central. Il n\u2019y a donc pas de consensus dans ce processus de construction de la paix. M\u00eame si les composantes sociales sont impliqu\u00e9es dans ce processus, cela se fait presque toujours dans le sens voulu par les autorit\u00e9s gouvernementales, d\u2019o\u00f9 le monolithisme politique. Dans ce contexte, le maintien de la paix est r\u00e9alis\u00e9 par une mobilisation active et singuli\u00e8re de l\u2019\u00c9tat, avec une participation passive de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Parmi les dispositifs fondamentaux, institu\u00e9s et mobilis\u00e9s pour la n\u00e9gation de la guerre et des conflits violents, nous pouvons \u00e9voquer dans la foul\u00e9e\u00a0: les structures gouvernementales dans leur globalit\u00e9; et de fa\u00e7on sp\u00e9cifique, les forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 nationales, les moyens de la diplomatie, l\u2019instrumentalisation des autorit\u00e9s traditionnelles, la mise en \u0153uvre des politiques d\u2019inclusion sociale, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, si l\u2019approche stratocentr\u00e9e est exclusive ou dissociative (Galtung, 1976, p.\u00a0282-297), celle stratosociale ou polycentr\u00e9e est inclusive voire associative (<em>ibid.<\/em>, 1976, p.\u00a0297-304; 1984, p.\u00a026). En r\u00e9alit\u00e9, la premi\u00e8re cherche \u00e0 faire \u00e9viter essentiellement les conflits violents (paix n\u00e9gative), tandis que la seconde a pour souci la cr\u00e9ation des conditions de vie harmonieusement durables (paix positive). Ainsi, il serait opportun de s\u2019interroger\u00a0avec Sylvestre Ndoumou de la mani\u00e8re suivante\u00a0: est-ce que \u00ab\u00a0[la] pr\u00e9servation de la paix au Cameroun doit-elle \u00eatre la seule affaire de l\u2019\u00c9tat? \u00bb (Ndoumou, 2015, p.\u00a01). En r\u00e9ponse, \u00ab\u00a0on ne saurait ignorer l\u2019action du peuple dans la fabrication de la paix et de la stabilit\u00e9\u00a0\u00bb (B\u00e9lomo Essono, 2007, p.\u00a0471).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019approche polycentr\u00e9e ou stratosociale et la mat\u00e9rialisation de la paix d\u00e9mocratique (<em>pax democratica<\/em>)<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en \u0153uvre de la conception moderne de la paix, dans le contexte camerounais, se fonde sur le mod\u00e8le de la paix d\u00e9mocratique. En r\u00e9alit\u00e9, la paix d\u00e9mocratique est une philosophie de la paix moderne d\u00e9velopp\u00e9e par Emmanuel Kant. Elle a \u00e9t\u00e9 reprise et diffus\u00e9e par Bruce Martin Russett, Arnaud Blin, Bill Clinton, Alain Caill\u00e9, etc. Cette philosophie est consubstantielle \u00e0 la culture d\u00e9mocratique (Sindjoun, 2000, p.\u00a0528). Au Cameroun, la culture d\u00e9mocratique, amorc\u00e9e \u00e0 nouveau depuis 1990, est qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie apais\u00e9e\u00a0\u00bb (Bellon, 2009, p.\u00a03). Par ailleurs, cet apaisement d\u00e9mocratique est bien critiquable au vu des crises s\u00e9curitaires et sociopolitiques ayant fait suite \u00e0 cette nouvelle amorce du processus d\u00e9mocratique. D\u2019une mani\u00e8re sociohistorique et historico-politique, le d\u00e9veloppement politique (Pye, 1965, p.\u00a03-26) au Cameroun est parti de la modernisation des structures traditionnelles \u00e0 travers la construction de l\u2019\u00c9tat-nation \u00e0 la d\u00e9mocratisation de la vie politique, en passant par une exp\u00e9rience autoritariste (Sindjoun, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0529). \u00ab La d\u00e9mocratisation devient ainsi un instrument du maintien de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9 internationale \u00bb (Ateba, 2016, p.\u00a0182). Aujourd\u2019hui, les organisations intergouvernementales, les structures gouvernementales nationales et \u00e9trang\u00e8res, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile nationale et internationale, ainsi que les \u00e9l\u00e9ments individuels, font r\u00e9guli\u00e8rement et depuis lors, la promotion des valeurs sociopolitiques comme la d\u00e9mocratie, les dialogues sociopolitiques et de r\u00e9conciliation nationale, la promotion des minorit\u00e9s politiques, la construction des alliances et coalitions politiques, etc. \u00c0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, la d\u00e9mocratie est la plus grande valeur politique \u00e0 laquelle le Cameroun et la grande majorit\u00e9 des nations du monde y attachent du prix. Il se pose juste un probl\u00e8me de mod\u00e8le \u00e0 impl\u00e9menter. Luc Sindjoun (2000, p.\u00a0528) met ainsi l\u2019accent sur le fait que la d\u00e9mocratie est une valeur \u00e0 promouvoir pour la cr\u00e9ation des institutions d\u00e9mocratiquement solides, respectant le principe de la s\u00e9paration des pouvoirs et favorisant le d\u00e9veloppement local, c\u2019est-\u00e0-dire la paix. Elle repr\u00e9sente l\u2019une des sept valeurs de la culture de la paix[footnote]Ces sept valeurs de la culture de la paix cit\u00e9es ci-dessus sont regroup\u00e9es en deux cat\u00e9gories. Il y a d\u2019une part, les valeurs de la citoyennet\u00e9, constitu\u00e9es des valeurs juridiques (le respect des droits de l\u2019Homme et le respect du Droit ou de la justice) et politique (la promotion de la d\u00e9mocratie); et d\u2019autre part, les valeurs cordiales (la non-violence, la tol\u00e9rance et la solidarit\u00e9) et \u00e9cologique (la protection de l\u2019environnement). De mani\u00e8re lin\u00e9aire, elles sont entre autres\u00a0: le respect des droits de l\u2019Homme, le respect du Droit ou de la justice, la promotion de la d\u00e9mocratie, la non-violence, la tol\u00e9rance, la solidarit\u00e9 et la protection de l\u2019environnement.[\/footnote] \u00e9labor\u00e9es par Di\u00e9n\u00e9ba Doumbia (2006, p.\u00a0225), tandis qu\u2019Emmanuel Kant (1795) en a fait une philosophie de paix perp\u00e9tuelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de ce qu\u2019Enoh Meyomesse consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0sous-d\u00e9veloppement politique au Cameroun\u00a0\u00bb (2010), la culture politique (Pye, 1965, p.\u00a03-26) de participation, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9mocratie est, en d\u00e9pit de ses insuffisances, une r\u00e9alit\u00e9 sociale. \u00c0 dire vrai, l\u2019impl\u00e9mentation du mod\u00e8le occidental de la d\u00e9mocratie en Afrique pr\u00e9sente encore plusieurs lacunes et insuffisances. Il y a l\u00e0 une certaine perversion du processus de d\u00e9mocratisation \u00e0 l\u2019origine de laquelle se trouvent les acteurs nationaux (Ateba, 2016, p.\u00a0190). Samuel Huntington a relev\u00e9 \u00e0 ce sujet que \u00ab\u00a0la plupart des pays africains, \u00e0 cause de leur pauvret\u00e9 et de la violence de leur politique, sont incapables d\u2019avancer vers la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0183). Au lieu de rimer avec le d\u00e9veloppement, elle rime\u00a0plut\u00f4t avec la corruption, le n\u00e9potisme, le clanisme, l\u2019ethnicisme, les in\u00e9galit\u00e9s sociales, les guerres civiles, et autres fl\u00e9aux contre-productifs \u00e0 la paix sociale (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0191). Ce processus de d\u00e9mocratisation entach\u00e9 d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s tend \u00e0 rendre illusoire (<em>ibid<\/em>, p.\u00a0190) le processus de construction de la paix. En effet, la paix tend ainsi \u00e0 devenir une arl\u00e9sienne dans le cadre de cette culture politique de participation en cours de construction. Mais alors, si la d\u00e9mocratie est un facteur de d\u00e9veloppement politique, l\u2019on pourrait donc retenir que le Cameroun, comme tous les autres pays africains, a renou\u00e9 avec la d\u00e9mocratie depuis les ann\u00e9es 1990 et a entam\u00e9 une nouvelle \u00e8re de son d\u00e9veloppement politique. Ainsi, le d\u00e9veloppement politique est abord\u00e9 ici comme \u00e9tant un processus, et non comme un \u00e9tat. Il s\u2019agit d\u2019un processus de construction de la paix dans le cadre d\u2019un r\u00e9gime politique d\u00e9mocratis\u00e9. Parler donc de culture de la paix d\u00e9mocratique, c\u2019est parler de la culture politique de participation citoyenne qu\u2019est la d\u00e9mocratie. La paix sociale est \u00e0 la fois un facteur et un fruit de la vie d\u00e9mocratique (Sindjoun, 2000, p.\u00a0529). Les fondements de la d\u00e9mocratie au Cameroun ont donc \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s depuis la p\u00e9riode de la d\u00e9colonisation et se sont consolid\u00e9s dans les ann\u00e9es 1990 (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0523) \u00e0 travers le retour (Nkainfon Pefura, 1996) \u00e0 cette valeur politique, productrice des valeurs politiques connexes ou d\u00e9riv\u00e9es, un catalyseur de normes et d\u2019institutions sociales de plus en plus rationnelles. En effet, dans les ann\u00e9es 1990, un ensemble de facteurs \u00e0 la fois internes et externes ont conduit le Cameroun \u00e0 faire une revalorisation de la d\u00e9mocratie, consid\u00e9r\u00e9e comme un fondement politique de la paix positive. La d\u00e9mocratie, qui a \u00e9t\u00e9 au d\u00e9part un objet de revendication politique, est finalement devenue un moyen d\u2019apaisement efficace et durable, m\u00eame si certains estiment qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 mal interpr\u00e9t\u00e9e et mal int\u00e9rioris\u00e9e comme \u00e9tant synonyme d\u2019anarchie ou de libertinage (Kamga, 1985).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, une analyse compr\u00e9hensive permet de constater qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une mise en crise de la culture autoritaire \u00e0 travers la col\u00e8re publique subversive (Sindjoun, 2000, p.\u00a0522-532; Monga, 1996) ou m\u00eame un d\u00e9sordre inventif (Sindjoun, <em>ibid.<\/em>). La valeur t\u00e9l\u00e9ologique de la d\u00e9mocratie comme fondement de la paix a longtemps \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9e dans le cadre de la vie politique internationale. C\u2019est le cas de Boutros Boutros Galli qui a fini par d\u00e9couvrir que la d\u00e9mocratie favorise deux choses importantes\u00a0: le d\u00e9veloppement et la paix (Caill\u00e9, 2004, p.\u00a011). L\u2019amorce de la d\u00e9mocratie est donc \u00e0 la fois un facteur et un processus d\u2019\u00e9mergence ou de d\u00e9veloppement qui implique tout aussi l\u2019aspect politique, puisque \u00ab D\u00e9mocratie, Paix et D\u00e9veloppement \u00bb demeurent intimement li\u00e9s dans cette trilogie. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments qui \u00ab\u00a0forment un triangle interactif. Chacun de ces trois \u00e9l\u00e9ments est tributaire des deux autres\u00a0\u00bb (Mayor, 1997, p.\u00a05). En tant que valeur politique favorisant la paix, la d\u00e9mocratie favorise <em>ipso facto<\/em> la lib\u00e9ralisation et l\u2019implication fulgurante de la soci\u00e9t\u00e9 dans le champ politique et dans le processus de construction de la paix positive. Elle favorise de ce fait la forclusion de la violence politique et par cons\u00e9quent, la pacification de la vie politique (Sindjoun, 2000, p.\u00a0528). C\u2019est cette vague de d\u00e9mocratisation des ann\u00e9es 90 (Huntington, 1991), qui semblait transit\u00e9e le Cameroun (Eboussi Boulaga, 1997), dont les organismes de la soci\u00e9t\u00e9 civile ont profit\u00e9 avec opportunisme pour se d\u00e9ployer largement sur les chantiers de la construction de la paix. \u00c0 cet effet, la d\u00e9mocratie est devenue un long processus d\u2019apprentissage \u00e0 travers l\u2019\u00e9ducation tant formelle qu\u2019informelle, la transmission des pratiques, ainsi que l\u2019institutionnalisation de certaines normes et structures sociales pouvant favoriser la paix. Au fond, \u00ab\u00a0[la] priorit\u00e9 de l\u2019Afrique n\u2019est pas la d\u00e9mocratie, mais plut\u00f4t la paix sociale, sans laquelle aucun projet de d\u00e9veloppement ne peut se r\u00e9aliser\u00a0\u00bb (Ateba, 2016, p.\u00a0192). Au Cameroun, le concept de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie apais\u00e9e\u00a0\u00bb a donc \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par le politique comme \u00e9tant la version camerounaise de la paix d\u00e9mocratique. Elle consiste \u00e0 favoriser un dialogue social r\u00e9publicain et inclusif, la prise en compte des aspirations nationales, la f\u00e9d\u00e9ration des opinions et avis divers, fondements de ce qui est d\u00e9nomm\u00e9 d\u00e9mocratie apais\u00e9e, exp\u00e9riment\u00e9e au Cameroun avec un bonheur relativement \u00e9vident. C\u2019est une approche camerounaise de gestion voire de r\u00e9solution des conflits sociaux, fond\u00e9e sur des valeurs politiques, consubstantielles \u00e0 la d\u00e9mocratie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De fa\u00e7on incr\u00e9mentale, la v\u00e9ritable paix d\u00e9mocratique s\u2019accompagne sur le plan politique des valeurs telles que\u00a0: la promotion du dialogue sociopolitique dit inclusif, et de la r\u00e9conciliation nationale; l\u2019institution des alliances et coalitions politiques; la promotion des minorit\u00e9s politiques; la bonne gouvernance; la promotion des droits de l\u2019homme; etc. Ainsi, la paix d\u00e9mocratique constitue le point d\u2019inspiration de l\u2019approche polycentr\u00e9e dans la dynamique de construction de la paix au Cameroun. De nature polycentr\u00e9e, cette approche est focalis\u00e9e \u00e0 la fois sur l\u2019institution et la mobilisation des dispositifs tant gouvernementaux que soci\u00e9taux. Elle associe, dans le processus de construction de la paix les m\u00e9canismes d\u2019essence gouvernementale et soci\u00e9tale. C\u2019est pourquoi cette approche est qualifi\u00e9e de stratosociale. Elle est inh\u00e9rente \u00e0 la d\u00e9mocratie. Par ailleurs, ces dispositifs de construction de la paix sont d\u2019essence nationale et internationale. Ici, la paix est construite de fa\u00e7on associative (Galtung, 1976, p.\u00a0297-304; 1984, p.\u00a026) pour donner sens \u00e0 la conception positive de la paix au Cameroun.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9pit de ses insuffisances, l\u2019approche stratosociale de construction de la paix est une r\u00e9alit\u00e9 sociale objectivable depuis trois d\u00e9cennies durant. Elle est la mat\u00e9rialisation de la philosophie de la paix d\u00e9mocratique et de la th\u00e9orie de la paix positive, consubstantielle \u00e0 l\u2019approche associative de la paix. Depuis lors, le processus de construction de la paix au Cameroun met en rapport dialectique l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers la mobilisation des m\u00e9canismes qui leur sont inh\u00e9rents. Il s\u2019agit concr\u00e8tement des dispositifs juridiques, technico-institutionnels, soci\u00e9taux, strat\u00e9giques, pragmatiques et syst\u00e9miques. Dans la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019approche polycentr\u00e9e ou stratosociale mobilise \u00e0 la fois les institutions sociales et politiques, les organismes gouvernementaux, les Organisations intergouvernementales (OIG), les Organisations de la Soci\u00e9t\u00e9 Civile (OSC) nationale et internationale, les autorit\u00e9s traditionnelles et religieuses, les cadres familiaux, les individus, etc. Qu\u2019elle soit n\u00e9gative ou positive, la paix au Cameroun se construit donc de fa\u00e7on collective, c\u2019est-\u00e0-dire dans une approche concourante, voire concurrentielle, entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 tant nationale qu\u2019internationale. Par exemple, la mobilisation collective dans la lutte contre les mouvements terroristes de <em>Boko Haram<\/em> depuis mai 2014 est illustrative \u00e0 cet \u00e9gard (Batchom, 2016). De m\u00eame, les cadres non permanents de concertation nationale (Wangba Joseph, 2020, p.\u00a0279-282) tels que la Conf\u00e9rence tripartite de novembre 1991 et le Grand dialogue national de septembre 2019 en disent plus sur l\u2019approche stratosociale de r\u00e9solution des conflits et de construction de la paix au Cameroun dans le contexte de la paix d\u00e9mocratique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019issue de cette analyse sur la dynamique de construction th\u00e9orique et pratique de la paix au Cameroun, il est important de retenir que le processus de construction de la paix a subi des transformations du point de vue th\u00e9orique et pratique. Depuis les Trait\u00e9s de Westphalie, il est objectif d\u2019admettre que le processus de construction de la paix a connu une forte territorialisation. Cette dynamique a \u00e9galement exerc\u00e9 une influence sur le territoire du Cameroun d\u00e8s la signature du trait\u00e9 germano-douala du 12 juillet 1884 et la tenue de la conf\u00e9rence de Berlin de novembre 1884 \u00e0 f\u00e9vrier 1885. Ainsi, la \u00ab\u00a0cl\u00f4ture progressive du territoire\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 politique camerounaise le 1er janvier 1960, puis le 1er octobre 1961, a permis \u00e0 cette entit\u00e9 politique de circonscrire depuis lors le processus de sa pacification sociale. En d\u00e9pit de l\u2019influence de la mondialisation sur ce processus, il y subsiste toujours une forte territorialisation. L\u2019\u00c9tat du Cameroun n\u2019y a pas d\u00e9rog\u00e9. La probl\u00e9matique centrale de cette analyse est celle d\u2019objectiver la dynamique des conceptions th\u00e9oriques et des approches pratiques de structuration de la paix au Cameroun depuis 1960, en dehors de son pur concept et de son id\u00e9al.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019objectivation du processus de construction de la paix au Cameroun comme partout ailleurs, l\u2019on peut s\u2019apercevoir qu\u2019il existe des th\u00e9ories (<em>Peace Thinking<\/em>) qui permettent de concevoir l\u2019id\u00e9e de la paix et de d\u00e9crire la dynamique de pacification sociale. Ces conceptions th\u00e9oriques se trouvent r\u00e9sum\u00e9es dans les concepts de paix n\u00e9gative et paix positive (Galtung, 1969, p.\u00a0183; 1967, p.\u00a012 et 19). Dans le cadre de ce travail, nous les appr\u00e9hendons comme \u00e9tant respectivement, une conception classique et celle moderne de la paix. La premi\u00e8re s\u2019appr\u00e9hende comme \u00e9tant une absence de guerre et de conflits violents, tandis que la seconde se focalise sur le d\u00e9veloppement int\u00e9gral de l\u2019Homme. Cons\u00e9cutivement, la trajectoire de pacification du Cameroun a adopt\u00e9 un certain nombre d\u2019approches pratiques\u00a0dites <em>Peace Action<\/em> (<em>ibid.<\/em>). Il s\u2019agit de l\u2019approche stratocentr\u00e9e, fond\u00e9e sur la pratique de la paix romaine (<em>pax romana<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire la construction de la paix par la force de l\u2019\u00c9tat, et l\u2019approche polycentr\u00e9e ou stratosociale, fond\u00e9e sur la pratique de la paix d\u00e9mocratique (<em>pax democratica<\/em>), une construction de la paix de fa\u00e7on concert\u00e9e. Quoiqu\u2019il y ait une certaine dynamique dans ce processus, la construction de la paix au Cameroun se fait en oscillation entre la conception n\u00e9gative dite classique et la conception positive dite moderne. En m\u00eame temps, il y a une oscillation entre l\u2019approche stratocentr\u00e9e et celle stratosociale, sans oublier la double dimension interne et externe d\u2019un tel processus.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aerts, Jean-Joel, Cogneau, Denis, Herrera, Javier, De Monchy, Guy et Roubaud, Fran\u00e7ois. 2000. <em>L\u2019\u00e9conomie camerounaise. Un espoir \u00e9vanoui<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anafak Lemofak, Japhet Antoine. 2013. Coop\u00e9ration militaire belgo-camerounaise\u00a0: une tentative de distanciation du Cameroun de la France? (1965-1970). <em>Habaru. Revue scientifique pluridisciplinaire du D\u00e9partement d\u2019Histoire de la Facult\u00e9 des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 1)<\/em>, 1(1), 157-175.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aron, Raymond. 2004. <em>Paix et guerre entre les nations<\/em>. Paris\u00a0: Calmann-L\u00e9vy.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ateba, Bertrand. 2016. L\u2019aide internationale \u00e0 la d\u00e9mocratisation de l\u2019Afrique subsaharienne\u00a0: entre intentions vertueuses et r\u00e9manences n\u00e9ocolonialistes et autoritaristes. Dans Janvier Onana (dir.), <em>Le\u00e7on sur le changement politique en Afrique subsaharienne. Regards crois\u00e9s sur le Cameroun<\/em> (p.\u00a0179-192). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Badie, Bertrand. 1992. <em>L\u2019\u00c9tat import\u00e9, essai sur l\u2019occidentalisation de l\u2019ordre politique<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Batchom, Paul Elvic. 2016. La guerre du peuple\u00a0: de la popularisation de la guerre contre Boko Haram au Cameroun. <em>Revue \u00c9tudes internationales<\/em>, XLVII (2-3), 285-303.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois <em>et al.<\/em> 1996. <em>La greffe de l\u2019\u00c9tat<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 1975. <em>Le r\u00e9gime politique camerounais<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat de Science politique, Universit\u00e9 de Paris.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 1984. <em>L\u2019\u00c9tat au Cameroun<\/em>. Paris\u00a0: Presse de la Fondation de Science politique.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bellon, Andr\u00e9. 2009. Mouvements contestataires et suffrage universel. Pas de d\u00e9mocratie sans conflit. <em>Le Monde diplomatique<\/em>, 56 (663), 3\u00a0p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">B\u00e9lomo Essono P\u00e9lagie Chantal. 2007. <em>L\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9 publics dans la construction de l\u2019\u00c9tat au Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat en Science politique, Universit\u00e9 Montesquieu-Bordeaux IV et \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Politiques (IEP) de Bordeaux.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Caill\u00e9, Alain. 2004. <em>Paix et D\u00e9mocratie. Une prise de rep\u00e8res<\/em>. Unesco\u00a0: Centre International des Sciences de l\u2019Homme.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevallier, Jacques. 1978. Le mod\u00e8le centre-p\u00e9riph\u00e9rie dans l\u2019analyse politique. Dans Chevallier, Jacques (dir.). <em>Centre, p\u00e9riph\u00e9rie, territoire<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Clausewitz, Karl Von. 1955. <em>De la guerre<\/em> (Denise Naville, trad.). Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">David, Charles-Philippe et Roche, Jean-Jacques. 2002. <em>Th\u00e9ories de la s\u00e9curit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Montchestien.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Di\u00e9n\u00e9ba, Doumbia. 2006. \u00c9ducation scolaire \u00e0 la culture de la paix\u00a0: valeurs et types d\u2019\u00e9ducation. <em>Revue du CAMES-Nouvelle S\u00e9rie B<\/em>, 7(1), 221-231.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eboussi Boulaga, Fabien. 1997. <em>La d\u00e9mocratie de transit au Cameroun.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eteki Mboumoua, William Aur\u00e9lien. 1998. Les \u00c9tats, I\u2019UNESCO et son mandat. Dans UNESCO, <em>Rapport g\u00e9n\u00e9ral des Assises sur \u201cla Culture de la Paix et l\u2019UNESCO\u201d <\/em>(p.\u00a024<em>-<\/em>28). Yaound\u00e9, 24-26 Novembre 1998.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Galtung, Johan. 1967. <em>Theories of Peace. A Synthetic Approach to Peace Thinking<\/em>, Oslo: International Peace Research Institute.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Galtung, Johan. 1969. Violence, Peace, and Peace Research, <em>Journal of Peace Research<\/em>, 6(3), 167-191.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Galtung, Johan. 1976. <em>Three Approaches to Peace: Peacekeeping, Peacemaking, and Peacebuilding<\/em> <em>in Peace, War and Defense: Essays in Peace Research<\/em>. Copenhagen: Christian Ejlers.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Galtung, Johan. 1984. <em>Twenty-Five Years of Peace Research. Ten Challenges, and some Responses<\/em>. Berlin\u00a0: Berghof Stiftung winklerstr.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Galtung, Johan. 1985. <em>Peace Education. <\/em><em>From Peace Movement Ideals to Ministry of Education Realities, or How to succeed in peace education whitout really trying<\/em>. Paris: Universit\u00e9 Nouvelle Transnationale.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">G\u00e9r\u00e9, Fran\u00e7ois. 1998. <em>La soci\u00e9t\u00e9 sans la guerre<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Descl\u00e9e de Brouwer.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grotius, Hugo. 1999 [1625]. <em>Le droit de la guerre et de la paix<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hermet, Guy <em>et al<\/em>. 2005. <em>Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques<\/em>. 6\u00e8me \u00e9dition. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hobbes, Thomas. 2013 [1651, 2000]. <em>Le L\u00e9viathan<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Huntington, Samuel. 1991. <em>The Third Wave: Democratization in the Late Tweentieth Century<\/em>. Norman\u00a0: University of Oklahoma Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">K\u00e4 Mana. 2011. Construire la paix au Cameroun\u00a0: les exigences fondamentales. Propositions du Cercle International pour la promotion de la Cr\u00e9ation (CIPCRE). Dans Flaubert Djateng <em>et al<\/em>. <em>Construire la Paix. Travail de paix au Cameroun<\/em> (p.\u00a022-28). Bafoussam. Berlin\u00a0: AGEH-EED.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kamga, Victor. 1985. <em>Duel Camerounais\u00a0: d\u00e9mocratie ou barbarie?<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kant, Emmanuel. 1991. <em>Vers la paix perp\u00e9tuelle<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kant, Emmanuel. 2001. <em>Projet de paix perp\u00e9tuelle<\/em> (Karin Rizet, trad.). Paris\u00a0: Mille et Une Nuits.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lacroix, Bernard. 1985. Ordre politique et ordre social. Dans Jean Leca et Madeleine Grawitz (dirs.), <em>Trait\u00e9 de science politique<\/em>, tome 1 (p.\u00a0475 et 476). Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lawson Bo\u00eavi Denis. 2015. Gouvernance et paix au B\u00e9nin. Dans Ibrahim Mouiche et Samuel Kale Ewusi (dirs.), <em>Gouvernance et s\u00e9curit\u00e9 en Afrique subsaharienne francophone\u00a0: Entre corruption politique et d\u00e9fis s\u00e9curitaires<\/em> (p.\u00a095-112). Addis Ab\u00e9ba\u00a0: UPEACE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Le Dictionnaire Universel<\/em>. 1998. Paris\u00a0: Presses de Jouve.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Machiavel, Nicolas. 2015 [1521]. <em>L\u2019Art de la guerre<\/em> (Toussaint Guiraudet. \u00c9dition Harvey C. Mansfield, trad.). Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mayor, Federico. 1997, <em>Le droit de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 la paix<\/em>. Paris\u00a0: Unesco.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Meyomesse Enoh. 2010. <em>Le sous-d\u00e9veloppement politique au Cameroun. <\/em>Yaound\u00e9\u00a0: Les \u00e9ditions du Kameroun.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Meyomesse, Enoh. 2010. <em>Guerre et Paix au Cameroun, le r\u00f4le de l\u2019arm\u00e9e nationale en question<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: Les \u00e9ditions du Kameroun.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Monga, C\u00e9lestin. 1996. <em>Anthropology of anger<\/em>. Boulder\u00a0: Lynne Rennier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Montessori, Maria. 2004. Plaidoyer pour la paix. <em>Institut Sup\u00e9rieur Maria Montessori. \u00c9ducation et paix<\/em> (p.\u00a035-42). Paris\u00a0: Institut Sup\u00e9rieur Maria Montessori.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019Gayab, Pierre Flambeau. 1999. <em>L\u2019opposition au Cameroun. Les ann\u00e9es de braises. Villes mortes et Tripartite<\/em>. Paris. Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nass\u00e9 Sangar\u00e9. 2007. Une vision Africaine de la paix sur le continent. <em>CADE<\/em> (Coordination pour l\u2019Afrique de demain), Dakar\u00a0: \u00c9ditorial octobre 2007 (D\u00e9bat 103\u00a0: La paix). [En ligne] <a href=\"http:\/\/www.afriquedemain.org\/debat-103-la-paix\">http:\/\/www.afriquedemain.org\/debat-103-la-paix<\/a> (consult\u00e9 le 08\/05\/2018).<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ndoumou, Sylvestre. 2015. 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Yaound\u00e9\u00a0: CLE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Njoh Mouelle, Eb\u00e9n\u00e9zer et Owona, Joseph (dir.). 1989. <em>Encyclop\u00e9die de la R\u00e9publique Unie du Cameroun<\/em>. Dakar\u00a0: NEA. 4 tomes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nkainfon Pefura, Samuel. 1996. <em>Le Cameroun. Du multipartisme au multipartisme<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nkoa Atenga, Camille. 1996. <em>Les arm\u00e9es africaines \u00e0 l\u2019heure de la d\u00e9mocratie et des droits de l\u2019homme<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: CLE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Polin, Raymond. 1954. Sur la signification de la paix d\u2019apr\u00e8s la philosophie de Hobbes. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, 4(2), 252-277. Doi\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/rfsp.1954.452647\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/rfsp.1954.452647<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pye, Lucian W. 1965. Introduction: political culture and political development. Dans Lucian W. Pye and Sidney Verba (dir.), <em>Political culture and Policical development<\/em> (p.\u00a03-26). Princeton: Princeton University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ruby, Christian. 2005. La paix \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la fin de l\u2019histoire. <em>Revue Le Philosophoire<\/em>, 1(24), 19-30. Article disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.cairn.ifo\/revue-le-philosophoire-2005-1-page-19.htm\">https:\/\/www.cairn.ifo\/revue-le-philosophoire-2005-1-page-19.htm<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shills, Edward. 1975. <em>Center and periphery<\/em>. Chicago: Chicago University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sindjoun, Luc. 1996. <em>Le champ social camerounais\u00a0: d\u00e9sordre inventif, mythes simplificateurs et stabilit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019\u00c9tat<\/em>. <em>GRAP.\u00a0<\/em>Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sindjoun, Luc. 2000. La culture d\u00e9mocratique en Afrique subsaharienne\u00a0: comment rencontrer l\u2019arl\u00e9sienne de la l\u00e9gende africaniste. <em>Symposium international de Bamako<\/em> (p.\u00a0522-532).<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tagou, C\u00e9lestin. 2011. Lien entre l\u2019universit\u00e9 et le travail de paix\u00a0: le cas de la Facult\u00e9 des Sciences Sociales et des Relations Internationales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Protestante d\u2019Afrique Centrale \u00e0 Yaound\u00e9. Dans Flaubert Djateng <em>et al<\/em>., <em>Construire la Paix. Travail de paix au Cameroun<\/em> (p.\u00a037-47). Bafoussam\u00a0: AGEH-EED.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Touoyem, Pascal. 2014. <em>Dynamiques de l\u2019ethnicit\u00e9 en Afrique. \u00c9l\u00e9ments d\u2019une th\u00e9orie de l\u2019\u00c9tat multinational<\/em>. Bamenda\u00a0: Langaa.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tzu, Sun. 2008 [1772]. <em>L\u2019art de la guerre<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wangba Joseph, Joseph. 2019. La construction discursive d\u2019un espace de paix au c\u0153ur de l\u2019Afrique\u00a0: les discours de la paix au Cameroun. <em>Note d\u2019analyses sociopolitiques<\/em>, <em>16<\/em>, 18 novembre 2019. Montr\u00e9al\u00a0: CARPADD.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wangba Joseph, Joseph. 2020. <em>\u00c9tat, soci\u00e9t\u00e9 et probl\u00e9matique de la paix\u00a0: essai d\u2019analyse sociog\u00e9n\u00e9tique des fondements et m\u00e9canismes de construction de la paix au Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat\/Ph.D en Science politique, Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wiegandt, Frank. 2011. Paix juste et hexagone de civilisation. Dans Flaubert Djateng <em>et al<\/em>. <em>Construire la paix. Travail de paix au Cameroun<\/em> (p. 17-21). Bafoussam : AGEH-EED.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re revendique la paix comme \u00e9tant un id\u00e9al ou une valeur commune. Cette revendication collective favorise une forte territorialisation, avec une certaine disparit\u00e9 du sentiment de paix. Depuis les trait\u00e9s de Westphalie, l\u2019\u00c9tat a constitu\u00e9 le cadre territorial par excellence de construction de la paix dans le monde. En Afrique, c\u2019est la colonisation occidentale qui introduit cette entit\u00e9 territoriale bien cl\u00f4tur\u00e9e. Au Cameroun, l\u2019\u00c9tat est engag\u00e9 dans cette architecture de pacification depuis les ann\u00e9es 1960. D\u00e8s lors, c\u2019est dans le cadre de l\u2019\u00c9tat moderne que la paix est de plus en plus circonscrite. La probl\u00e9matique de la paix, mise actuellement en d\u00e9bat, permet d\u2019interroger les conceptions th\u00e9oriques et les approches pratiques qui permettent d\u2019analyser la dynamique de construction de la paix au Cameroun. D\u2019une part, la paix a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme \u00e9tant la n\u00e9gation de la guerre et des conflits divers, avant de subir une dynamique conceptuelle. Cette nouvelle conception appr\u00e9hende la paix comme une construction durable et perp\u00e9tuelle \u00e0 travers la s\u00e9curit\u00e9 humaine et la recherche du d\u00e9veloppement int\u00e9gral des populations. Les conceptions th\u00e9oriques de la paix se situent entre la paix n\u00e9gative et la paix positive. D\u2019autre part, la paix est pratiquement en construction dans une dynamique de l\u2019approche stratocentr\u00e9e \u00e0 l\u2019approche polycentr\u00e9e, avec une mobilisation multisectorielle des m\u00e9canismes de paix et de s\u00e9curit\u00e9, et dans une double dimension de paix int\u00e9rieure et de paix ext\u00e9rieure.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/cameroun\/\">Cameroun<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/construction-de-la-paix\/\">construction de la paix<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/paix-durable\/\">paix durable<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/paix-inclusive\/\">paix inclusive<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/paix-positive\/\">paix positive<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Humanity as a whole claims peace as an ideal or a common value. This collective claim greatly favors territorialism and a certain disparity in sentiment for peace. Following the treaty of Westphalia, the state has constituted the territorial frame by excellence to the construction of peace in the world. In Africa, this well framed entity is introduced by colonization. In Cameroon, the state is engaged in this architecture of pacification since the 1960s. Since then, it is under frame of the modern state that peace is delimitated. The problematic of peace debated today questions the theoretical conceptions and practical approaches which permits an analysis of the dynamics of peace building in Cameroon. Peace has been constructed as being as the negation to peace and divers conflicts on one hand before undergoing a conceptual dynamic. This new conception apprehends peace as a durable and perpetual conception through human security and the search for the integral development for the population. The theoretical conceptions of peace are situated in between negative and positive peace. On the other hand, peace is practically in construction in state-centred and poly-centred dynamics, with a multi sectorial mobilization of mechanisms of peace and security and in a double dynamics of internal and external peace.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/cameroon\/\">Cameroon<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/inclusive-peace\/\">inclusive peace<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/lasting-peace\/\">lasting peace<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/peace-building\/\">peace building<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/positive-peace\/\">positive peace<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>20 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>14 septembre 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>9 juin 2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La paix est un sentiment individuel et collectif, une valeur sociale commune \u00e0 toutes les soci\u00e9t\u00e9s humaines (Galtung, 1984, p.\u00a032). Pascal Touoyem parle d\u2019une \u00ab\u00a0valeur sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres formes de richesse que la vie peut offrir \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb (Touoyem, 2014, p.\u00a0215). C\u2019est aussi un comportement (Eteki Mboumoua, 1998, p.\u00a025), voire une r\u00e9alit\u00e9 sociale qui se construit de fa\u00e7on permanente. Depuis la p\u00e9riode antique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, la paix a toujours \u00e9t\u00e9 au centre des pr\u00e9occupations des diverses soci\u00e9t\u00e9s humaines. \u00c0 travers une analyse spatio-temporelle, il est objectif d\u2019admettre qu\u2019au-del\u00e0 des efforts de mondialisation du processus de construction de la paix, il y a toujours une certaine propension \u00e0 la territorialisation de ce processus. Les trait\u00e9s de Westphalie ont marqu\u00e9 un tournant d\u00e9cisif dans cette architecture de pacification des communaut\u00e9s humaines. En effet, ces trait\u00e9s internationaux ont fait \u00e9merger un cadre tr\u00e8s original pour la territorialisation de la paix. Il s\u2019agit de l\u2019av\u00e8nement effectif de l\u2019\u00c9tat moderne. Sans entrer dans les d\u00e9bats doctrinaux de l\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat moderne, nous retenons que cette \u00ab entit\u00e9 politique bien cl\u00f4tur\u00e9e \u00bb a permis de circonscrire les efforts de construction de la paix au sein des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s humaines, avant d\u2019aboutir \u00e0 sa progressive excroissance \u00e0 travers les doctrines r\u00e9gionalistes et mondialistes. \u00ab\u00a0Il existe dans presque toutes les aires culturelles un id\u00e9al de paix et de non-violence. [\u2026]. Il faut oser parler de paix \u00e9go\u00efste, g\u00e9ographiquement et culturellement localis\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e \u00bb (G\u00e9r\u00e9, 1998, p.\u00a093-94).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis lors, la paix \u00e9tait v\u00e9cue comme un ph\u00e9nom\u00e8ne strictement national, avant de tendre vers une r\u00e9gionalisation voire une mondialisation (G\u00e9r\u00e9, 1998, p.\u00a080). N\u00e9anmoins, la paix est avant tout un ph\u00e9nom\u00e8ne national. En Afrique, l\u2019occidentalisation du monde (Badie, 1992) a permis de faire un greffage et une superposition de l\u2019\u00c9tat moderne (Bayart <em>et al.<\/em>, 1996) sur les anciennes soci\u00e9t\u00e9s politiques africaines, \u00e0 travers un processus d\u2019importation (Badie, 1992). Le Cameroun n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une telle r\u00e9alit\u00e9 historique (Bayart, 1984). Avant cette dynamique coloniale d\u2019occidentalisation du monde sur fond d\u2019\u00e9tatisation, les soci\u00e9t\u00e9s africaines \u00e9taient relativement organis\u00e9es et pacifi\u00e9es dans des cadres plus restreints, et parfois diffus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, il existe une certaine disparit\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e de paix et les actions de pacification d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une autre. Une disparit\u00e9 qui se per\u00e7oit \u00e0 la fois dans les pens\u00e9es et dans les pratiques permettant de construire la paix dans l\u2019ad\u00e9quation entre les concepts et la pacification sociale \u00e0 proprement dite. En tout \u00e9tat de cause, \u00ab la paix est \u00e0 la fois pens\u00e9e (formulation cognitive) et d\u00e9marche concr\u00e8te (agissements). C\u2019est d\u2019abord une r\u00e9alit\u00e9 dans la conscience sociale\u00a0\u00bb (Lawson Bo\u00eavi, 2015, p.\u00a0107). Les travaux de sociologie de la paix de Johan Galtung permettent de faire une distinction syst\u00e9matique entre les conceptions th\u00e9oriques et les actions pratiques de construction de la paix. C\u2019est dans ce contexte que cet auteur a pu \u00e9laborer les concepts de <em>Peace Thinking<\/em> (Galtung, 1967, p.\u00a017) et de <em>Peace Action<\/em> (Galtung, 1984, p.\u00a020). D\u2019une part, la <em>Peace Thinking<\/em> est le r\u00e9sultat d\u2019une divergence per\u00e7ue entre ce qui est et ce qui devrait \u00eatre, entre le fait et la valeur (Galtung, 1967, p.\u00a019). Il s\u2019agit d\u2019une philosophie de paix (la conception des mod\u00e8les de philosophie de paix), des recherches sur la paix (la conception des mod\u00e8les pragmatiques et de l\u2019homme rationnel), c\u2019est-\u00e0-dire des \u00ab propositions \u00bb, des \u00ab th\u00e9ories \u00bb et des rapports des chercheur-e-s avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale (Galtung, 1967, p.\u00a021). Dans ce r\u00e9pertoire des conceptions th\u00e9oriques de la paix, les discours et les activit\u00e9s politiques (le mod\u00e8le du \u00ab masque \u00bb politique) y sont inclus (Galtung, 1967, p.\u00a021-22). D\u2019autre part, la <em>Peace Action<\/em> se d\u00e9finit comme \u00e9tant le fait de travailler pour la r\u00e9alisation des politiques et des strat\u00e9gies d\u2019inclusion sociale, susceptibles d\u2019\u00eatre dites ou \u00e9voqu\u00e9es et qui sont \u00e9galement susceptibles d\u2019\u00eatre approuv\u00e9es par quelques soutiens, \u00e0 travers les conclusions des recherches sur la paix. C\u2019est l\u2019ensemble des actions concr\u00e8tes de construction de la paix, men\u00e9es par les acteurs et actrices politiques, les autorit\u00e9s gouvernementales, les mouvements associatifs et religieux, les organisations intergouvernementales, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, les professionnel-le-s et expert-e-s sur la question de paix et de s\u00e9curit\u00e9, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent travail a pour ambition de mener une analyse simultan\u00e9e sur les conceptions th\u00e9oriques et les approches pratiques de la dynamique de construction de la paix au Cameroun, d\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00c9tat moderne en 1960. De fa\u00e7on \u00e9tiologique, le diagnostic de la dynamique de construction de la paix au Cameroun nous sugg\u00e8re un certain nombre de questionnements qui se placent au centre de notre analyse. D\u00e8s lors, comment est-ce que la paix se construit au Cameroun depuis 1960? Quelles sont les approches th\u00e9oriques et pratiques d\u2019une telle architecture? Quelles sont les appr\u00e9hensions de la paix au Cameroun? En dehors de son pur concept, de son id\u00e9al et de ses diff\u00e9rentes conceptions th\u00e9oriques, comment construire la paix de fa\u00e7on pratique?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9ponse \u00e0 ces interrogations nous suscite l\u2019id\u00e9e selon laquelle la paix sur l\u2019espace Cameroun se construit sur la base de la dynamique des conceptions th\u00e9oriques, classique et moderne, d\u2019une part; et des approches pratiques de nature stratocentr\u00e9e et stratosociale, d\u2019autre part. Quoiqu\u2019il existe plusieurs conceptions th\u00e9oriques de la paix, celles-ci se trouvent r\u00e9sum\u00e9es dans les concepts de paix n\u00e9gative et de paix positive (Galtung, 1969, p.\u00a0183; 1967, p.\u00a012 et 19). Au Cameroun, la paix a longtemps \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme une absence de guerre \u00e0 travers la lutte acharn\u00e9e contre les maquisards de l\u2019UPC et la recherche de la stabilit\u00e9 politique, car la vision n\u00e9gative de la paix semblait domin\u00e9e sur celle positive. Mais, l\u2019intermittence des crises sociopolitiques et socio\u00e9conomiques a fait alt\u00e9rer cette vision classique de la paix et en a fait \u00e9merger une nouvelle vision. C\u2019est dans ce contexte que les appr\u00e9hensions de la paix vont, depuis les ann\u00e9es 1990, au-del\u00e0 de la n\u00e9gation de guerre pour se pr\u00e9occuper des consid\u00e9rations positives port\u00e9es plus vers la recherche du d\u00e9veloppement int\u00e9gral de l\u2019Homme. Par ailleurs, la trajectoire de pacification du Cameroun a adopt\u00e9 un certain nombre d\u2019approches pratiques, ayant permis de construire r\u00e9ellement la paix dans ce pays d\u2019Afrique centrale. En faisant un ancrage m\u00e9thodologique sur le constructivisme, ph\u00e9nom\u00e9nologique et ir\u00e9nologique, nous allons articuler notre analyse autour de deux axes. D\u2019une part, une analyse approfondie des diff\u00e9rentes conceptions de la paix; et d\u2019autre part, une objectivation des deux approches pratiques du processus de construction de la paix au Cameroun.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les conceptions th\u00e9oriques de la paix (<em>Peace Thinking<\/em>)<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est une lapalissade de dire que la notion de paix est polys\u00e9mique et difficile \u00e0 d\u00e9finir, car cette complexit\u00e9 est av\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019au point o\u00f9, \u00e0 une certaine p\u00e9riode, Maria Montessori a eu du mal \u00e0 admettre la pertinence du ph\u00e9nom\u00e8ne de la paix comme pouvant faire l\u2019objet d\u2019une analyse scientifique (2004, p.\u00a035). En d\u00e9pit de cette complexit\u00e9, la paix n\u2019a cess\u00e9 de susciter la curiosit\u00e9 scientifique en sciences sociales. L\u2019abstraction y relative a permis d\u2019objectiver ce ph\u00e9nom\u00e8ne et de le conceptualiser de diverses fa\u00e7ons. En effet, il existe plusieurs conceptions th\u00e9oriques de la notion de paix (<em>Peace Thinking<\/em>), mais le pr\u00e9sent travail a opt\u00e9 pour une simple classification sociohistorique et sociologique qui permet, selon notre entendement, de comprendre facilement cette notion. Il s\u2019agit des conceptions de la paix, \u00e0 la fois classique et moderne, dont l\u2019une est n\u00e9gative et l\u2019autre positive. Ces deux concepts symbolisent la dynamique des paradigmes holistes ayant domin\u00e9 les \u00e9tudes sociologiques et pluridisciplinaires, relatives aux probl\u00e9matiques de paix et de s\u00e9curit\u00e9 dans le monde. Une analyse ph\u00e9nom\u00e9nologique de la paix au Cameroun nous a permis d\u2019objectiver cette vision duale des choses.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La paix n\u00e9gative\u00a0: une conception classique de la paix<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Par d\u00e9finition, la paix n\u00e9gative est la recherche des meilleures conditions pour garantir l\u2019absence des relations n\u00e9gatives (Galtung, 1967, p.\u00a012), c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019absence de guerre et de conflits sociaux divers. Cette conception implique deux aspects importants. D\u2019une part, la<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Paix est synonyme de stabilit\u00e9 ou d\u2019\u00e9quilibre. Cette conception de la paix renvoie aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur de l\u2019\u00eatre humain, la personne qui est en paix avec lui-m\u00eame.\u00a0Elle recouvre les concepts de loi et de l\u2019ordre, en d\u2019autres termes l\u2019id\u00e9e d\u2019un ordre social pr\u00e9visible m\u00eame si cet ordre est men\u00e9 par les moyens et la menace de la force (Galtung, 1967, p.\u00a012).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autre part, elle renvoie \u00e0<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019absence d\u2019une violence collective organis\u00e9e, en d\u2019autres termes la violence entre les grands groupes humains; particuli\u00e8rement les nations, mais aussi entre les classes, les groupes ethniques et raciaux \u00e0 cause de la puissance que les guerres internes peuvent exercer (<em>ibid.<\/em>).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant tr\u00e8s longtemps, et ce depuis l\u2019Antiquit\u00e9 jusqu\u2019aux XVIIIe et XXe si\u00e8cles apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ, la paix a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme un \u00e9tat de non-guerre (Hermet <em>et al.<\/em>, 2005, p.\u00a0227-228). Ici, il est question de rechercher la paix, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0une absence de guerre par guerre\u00a0\u00bb, l\u2019usage de la force dissuasive. Il s\u2019agit d\u2019une mat\u00e9rialisation de l\u2019adage romain\u00a0selon lequel \u00ab\u00a0qui veut la paix pr\u00e9pare la guerre\u00a0\u00bb. Cette conception classique tire ses origines dans l\u2019Antiquit\u00e9 grecque, avec la com\u00e9die satirique d\u2019Aristophane mise en sc\u00e8ne en l\u2019an 421 avant J\u00e9sus-Christ (<em>Le Dictionnaire Universel<\/em>, 1998, p.\u00a0864). Selon cette conception, l\u2019id\u00e9e de paix s\u2019oppose \u00e0 la guerre et est synonyme de l\u2019absence de guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de la vision n\u00e9gative de la paix, il y a une m\u00e9connaissance des valeurs positives de la paix au profit de l\u2019absence de guerre et des conflits sociaux. Cette vision a \u00e9galement caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019Empire romain avant J\u00e9sus-Christ et aux premiers si\u00e8cles de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne. C\u2019est dans ce contexte et \u00e0 cette p\u00e9riode que la conception classique de la paix s\u2019est de plus en plus r\u00e9pandue. Elle a ainsi \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e par le vocable latin de <em>pax romana<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la paix romaine (Galtung, 1967, p.\u00a08-9.). En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019une longue p\u00e9riode de paix qu\u2019a connu l\u2019Empire romain. Durant cette p\u00e9riode, Rome a impos\u00e9 sa domination \u00e0 plusieurs royaumes europ\u00e9ens, asiatiques et africains. L\u2019objectif principal de l\u2019empire \u00e9tait d\u2019\u00e9viter toute menace de guerre, d\u2019assurer l\u2019ordre interne de l\u2019empire et de maintenir sa domination sur les royaumes conquis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la n\u00e9gation des conflits violents \u00e0 travers la propension \u00e0 l\u2019usage de la force pour garantir la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019autoritarisme et le r\u00e9alisme d\u2019\u00c9tat\u00a0sont au centre des pr\u00e9occupations de cette conception classique de la paix. En effet, cette vision ancienne de la paix a constitu\u00e9 un paradigme ayant domin\u00e9 les \u00e9tudes de paix et de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 travers le monde<a class=\"footnote\" title=\"L\u2019id\u00e9e de paix constitue une alternative \u00e0 la guerre ou elle suppose une cessation de la guerre. Cette vision se d\u00e9duit bien dans les travaux des auteurs ayant adopt\u00e9s des approches r\u00e9alistes de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9.\" id=\"return-footnote-1046-1\" href=\"#footnote-1046-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. L\u2019on peut dire sans risque de se tromper que la conception classique de la paix est consubstantielle aux paradigmes r\u00e9alistes, d\u00e9velopp\u00e9s par certains auteurs dans le cadre des \u00e9tudes de paix et de s\u00e9curit\u00e9 en relations internationales. Il s\u2019agit de Thomas Hobbes (<em>Le L\u00e9viathan<\/em>), Sun Tsu (<em>L\u2019art de la guerre<\/em>), Nicolas Machiavel (<em>L\u2019art de la guerre<\/em>), Carl Von Clausewitz (<em>De la guerre<\/em>), Raymond Aron (<em>Paix et guerre entre les nations<\/em>), Hans Morgenthau (<em>Politics amonsgt nations<\/em>), Hugo Grotius (<em>Le droit de la guerre et de la paix<\/em>), Charles-Philippe David (<em>Th\u00e9ories de la s\u00e9curit\u00e9<\/em>), Gaston Bouthoul (<em>Trait\u00e9 de pol\u00e9mologie. Sociologie des guerres<\/em>), etc. Ces derniers ont d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019id\u00e9e de paix en opposition \u00e0 la guerre, synonyme de l\u2019absence de guerre. Par ailleurs, la recherche de la paix se fonde sur l\u2019usage de la force dissuasive et\/ou de la guerre. Selon eux, cette approche semble avoir domin\u00e9 les actions des \u00c9tats sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, entre les 1960-1990, la perception et le sentiment de paix ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 domin\u00e9s par cette vision classique de la paix. Cette conception de la paix tire ses origines \u00e0 la fois dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et dans la dynamique de la colonisation (Meyomesse, 2010, p.\u00a06-20). En effet, les conflits interethniques qui jalonnaient les rapports entre les populations camerounaises avant l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens ont servi de pr\u00e9texte \u00e0 la colonisation occidentale, ceci au nom de la civilisation. Ainsi, cette mission civilisatrice et de pacification a fortement d\u00e9termin\u00e9 la logique de fonctionnement des institutions des nouveaux \u00c9tats africains, ayant acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 leur ind\u00e9pendance il y a six d\u00e9cennies. Elle est essentiellement fond\u00e9e sur l\u2019usage de la violence structurelle (Galtung, 1969, p.\u00a0170-175) qui cr\u00e9e d\u2019autres situations inconfortables, c\u2019est-\u00e0-dire la domination, l\u2019exploitation, l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des ressources et l\u2019exclusion des masses par les institutions politiques sous le pr\u00e9texte de la stabilit\u00e9. Compte tenu du caract\u00e8re stratocentr\u00e9 du processus de construction de la paix, une bonne franche du discours sociopolitique tend \u00e0 sacraliser l\u2019option de la paix, comme absence de la guerre, en relevant que \u00ab le Cameroun est un havre de paix et de stabilit\u00e9 \u00bb (Wiegandt, 2011, p.\u00a017). D\u2019autres parlent d\u2019\u00ab [un] \u00eelot de paix dans un oc\u00e9an de guerre \u00bb (Anafak Lemofak, 2013, p.\u00a0172). En r\u00e9alit\u00e9, la conception n\u00e9gative de la paix est essentiellement exclusive dans sa mat\u00e9rialisation. Dans ce cadre, les \u00ab discours de la paix\u00a0\u00bb (Wangba Joseph, 2019, p.\u00a04) sont domin\u00e9s par la n\u00e9gation ou l\u2019absence de la guerre et des conflits violents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis 1960, cette conception n\u00e9gative a domin\u00e9 la vision camerounaise de la paix jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement des crises \u00e9conomique et sociopolitique \u00e0 partir des d\u00e9cennies 1980-1990. Il s\u2019agit d\u2019une longue p\u00e9riode d\u2019instabilit\u00e9 politique ayant eu pour vocation l\u2019an\u00e9antissement de la guerre anti-up\u00e9ciste, la construction de l\u2019unit\u00e9 nationale et d\u2019une \u00e9conomie \u00e0 revenu interm\u00e9diaire. Tout ceci, au profit de l\u2019autoritarisme, du monolithisme politique et des lois liberticides. Luc Sindjoun a \u00e9voqu\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une \u00ab stabilit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique \u00bb (Sindjoun, 1996, p.\u00a057). Cependant, la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 1980 (Ngandjeu, 1988; Aerts et al., 2000) et les mouvements de revendication de la d\u00e9mocratie des ann\u00e9es 1990 (Ngniman, 1993; N\u2019Gayap, 1999) ont pu alt\u00e9rer la conception de la paix n\u00e9gative au profit de la paix positive. Quelle que soit cette dynamique, la conception n\u00e9gative de la paix subsiste toujours dans le processus de construction de la paix positive. Dans le champ sociopolitique, l\u2019av\u00e8nement de la conception positive de la paix tend \u00e0 entrer en contradiction avec la conception n\u00e9gative (K\u00e4 Mana, 2011, p.\u00a022-25). Pourtant, une perception rationnelle et constructive de ces deux conceptions th\u00e9oriques de la paix nous permet de comprendre que celles-ci sont compl\u00e9mentaires et demeurent enchev\u00eatr\u00e9es (Galtung, 1969, p.\u00a0183; 1967, p.\u00a012 et 19; K\u00e4 Mana, 2011, p.\u00a025-28).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De fa\u00e7on synth\u00e9tique, la vision n\u00e9gative de la paix se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019absence de guerre et des conflits; l\u2019usage de la force arm\u00e9e pour la s\u00e9curisation et la pacification sociale; la pr\u00e9pond\u00e9rance de l\u2019\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire le statisme (Galtung, 1985, p.\u00a01) et le monolithisme politique; ainsi que la m\u00e9connaissance ou l\u2019ignorance des facteurs, des dispositifs et des acteurs sociaux de pacification positive. Telle est la quintessence de la conception classique de la paix au Cameroun. D\u00e8s lors, la prise de conscience et la revendication de ces \u00e9l\u00e9ments de positivit\u00e9 de la paix marquent le point de d\u00e9part de la r\u00e9appropriation de la conception moderne de la paix, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019id\u00e9e de la paix positive.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La paix positive\u00a0: une conception moderne de la paix<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est bien vrai que l\u2019id\u00e9e de la paix positive se trouve bien ancr\u00e9e dans la tradition philosophique de l\u2019Antiquit\u00e9, mais elle est rest\u00e9e pendant longtemps plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre de la paix n\u00e9gative. En effet, les pr\u00e9misses de la paix positive se trouvent d\u00e9velopp\u00e9es dans les conceptions philosophiques d\u2019Aristote, de Saint Augustin et de John Locke (Polin, 1954, p.\u00a0253-262). Par ailleurs, le paradigme de la paix perp\u00e9tuelle d\u2019Emmanuel Kant (Ruby, 2005, p.\u00a021; Emmanuel Kant, 2001 [1795]) constitue le fondement de la conception moderne de la paix depuis la fin du XVIIIe si\u00e8cle. Sur le plan philosophique et \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, cette conception remonte \u00e0 Saint Augustin et \u00e0 John Locke tel que cela a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. Durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe, \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la conception moderne de la paix a commenc\u00e9 \u00e0 faire progressivement son expansion dans le cadre des relations internationales \u00e0 travers la doctrine id\u00e9aliste de Woodrow Wilson\u00a0: le wilsonnisme (Hermet et al, 2005, p.\u00a0227 et 228). Cette doctrine politique est tributaire des quatorze points de Woodrow Wilson, mis en valeur lors la signature des trait\u00e9s de paix de Versailles \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9pit de l\u2019expansion de la conception moderne de la paix \u00e0 travers la doctrine id\u00e9aliste, la pr\u00e9pond\u00e9rance du r\u00e9alisme dans les relations internationales a conduit \u00e0 l\u2019\u00e9chec de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations (SDN) et \u00e0 la recrudescence de la guerre\u00a0: la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Depuis la fin de ce deuxi\u00e8me conflit d\u2019envergure mondiale, le nouvel ordre mondial a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 obstru\u00e9 par l\u2019av\u00e8nement de la guerre froide. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re peu probant de sa v\u00e9rification empirique dans le contexte post\u00e9rieur \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, la conception moderne de la paix a fini par \u00eatre syst\u00e9matiquement th\u00e9oris\u00e9e et mise en pratique \u00e0 la fin de la guerre froide \u00e0 travers la diffusion de la paix d\u00e9mocratique. Par ailleurs, cette derni\u00e8re demeure tr\u00e8s critiqu\u00e9e dans le contexte africain (Ateba, 2016, p.\u00a0190-191), car \u00ab la plupart des pays africains, \u00e0 cause de leur pauvret\u00e9 et de la violence de leur politique, sont incapables d\u2019avancer vers la d\u00e9mocratie \u00bb (Huntington cit\u00e9 par Ateba, 2016, p.\u00a0183).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970-1980, le concept de paix positive a donc fait son \u00e9mergence (Galtung, 1967, p.\u00a012 et\u00a019; 1969, p.\u00a0183) pour d\u00e9signer cette vision moderne de la paix. L\u2019expression <em>paix positive<\/em> est, \u00e0 cet effet, un concept tr\u00e8s vague et impr\u00e9cis (Galtung, 1967, p.\u00a012). De fa\u00e7on cons\u00e9cutive, la conception moderne de la paix implique fonci\u00e8rement les concepts de <em>paix positive<\/em>, de <em>paix durable<\/em>, de <em>paix inclusive<\/em>, de <em>construction de la paix<\/em>, de <em>culture de la paix<\/em> et de <em>s\u00e9curit\u00e9 humaine<\/em> qui demeurent intimement li\u00e9s. Cette th\u00e9orisation de la paix positive nous semble plus appropri\u00e9e dans le cadre de cette analyse. Malgr\u00e9 son impr\u00e9cision, la paix positive se con\u00e7oit substantiellement \u00ab\u00a0comme un synonyme pour toutes les bonnes choses dans la communaut\u00e9 mondiale, particuli\u00e8rement la coop\u00e9ration et l\u2019int\u00e9gration entre les groupes humains, avec une faible emphase sur l\u2019absence de violence<em>\u00a0<\/em>\u00bb (<em>ibid.<\/em>). Il s\u2019agit de rechercher les meilleures conditions qui facilitent l\u2019instauration des relations positives, fond\u00e9es sur un certain nombre de valeurs\u00a0que sont la pr\u00e9sence de la coop\u00e9ration, la libert\u00e9 vis-\u00e0-vis de la crainte et des besoins, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et int\u00e9gral de l\u2019Homme, l\u2019absence d\u2019exploitation, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la justice sociale, la libert\u00e9 d\u2019action, le pluralisme et le dynamisme (<em>Ibid.<\/em>, p.\u00a014). \u00c0 la suite de cette d\u00e9finition du concept de paix positive, il y a plusieurs autres auteurs qui ont \u00e9galement tent\u00e9 de lui donner un contenu ou une substance qui s\u2019inscrit dans la grille des valeurs constitutives de cette \u00ab\u00a0grande valeur\u00a0\u00bb qu\u2019est la paix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour C\u00e9lestin Tagou,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette paix qui n\u2019est plus une simple absence de guerre ou de violences ouvertes, mais qui pr\u00e9suppose \u00e9galement des conditions de vie qui offrent les possibilit\u00e9s aux citoyens de s\u2019\u00e9panouir pleinement sur tous les plans tout en restant en harmonie avec l\u2019\u00e9cologie (Tagou, 2011, p.\u00a042).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 Frank Wiegandt qui partage la m\u00eame conception de la paix que C\u00e9lestin Tagou,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[La] paix n\u2019est pas seulement le contraire de la guerre. Elle est \u00e9quilibre int\u00e9rieur de l\u2019homme, \u00e9quilibre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque nation, \u00e9quilibre entre les nations. Elle est li\u00e9e aux valeurs de justice, de d\u00e9mocratie, de tol\u00e9rance, aux droits de la personne humaine et aux droits des peuples (Wiegandt, 2011, p.\u00a017).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Fondamentalement li\u00e9e aux diff\u00e9rentes valeurs circonscrites (Galtung, 1967, p.\u00a014), la conception moderne de la paix a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 la pr\u00e9occupation de Pascal Touoyem (2014, p.\u00a0215), de Camille Nkoa Atenga (1996, p.\u00a021), de Nass\u00e9 Sangar\u00e9 (2007), etc. Sans \u00eatre exhaustive, la conception positive de la paix semble dominer les discours ontologiques et scientifiques, relatifs \u00e0 la construction de la paix au Cameroun (Wangba Joseph, 2019) et dans le monde \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine. Au Cameroun, m\u00eame si l\u2019objectivation de cette dynamique dans la conception de la paix est r\u00e9cente, cette dynamique ph\u00e9nom\u00e9nologique a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1990, car au-del\u00e0 de la recherche de la s\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019absence de guerre, l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des citoyen-ne-s est depuis lors au centre des pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, l\u2019extr\u00eame politisation de l\u2019id\u00e9e de paix au Cameroun a conduit \u00e0 des contradictions sans importance (K\u00e4 Mana, 2011, p.\u00a022-28). Ainsi, il y a une oscillation, parfois une rupture, entre les diff\u00e9rentes conceptions th\u00e9oriques de la paix qui sont\u00a0fondamentalement imbriqu\u00e9es, avec une forte tendance vers la paix positive. Selon K\u00e4 Mana, elle est fond\u00e9e sur la conception sociopolitique, sous-tendue par trois grandes hypoth\u00e8ses dont les deux premi\u00e8res sont contradictoires et politis\u00e9es. La premi\u00e8re hypoth\u00e8se est un discours d\u2019autosatisfaction de paix dont se gargarise le pouvoir politique en place. La deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se est un discours \u00e9manant de l\u2019opposition politique qui consid\u00e8re, comme une vaste supercherie, la position tenue par le r\u00e9gime en place selon laquelle l\u2019absence de conflagrations sociales \u00e0 grande \u00e9chelle et des batailles sociales de grande ampleur signifie absolument la paix, alors que la v\u00e9ritable paix a pour synonyme le d\u00e9veloppement. Ces deux premi\u00e8res hypoth\u00e8ses tendent \u00e0 faire opposer le concept de paix n\u00e9gative \u00e0 la paix positive. Pourtant, au-del\u00e0 de l\u2019absence des conflits violents de grande envergure, certains probl\u00e8mes socio\u00e9conomiques sont susceptibles de les provoquer. Et donc, il est imp\u00e9ratif de r\u00e9soudre ces probl\u00e8mes pour construire une paix durable. Enfin, la combinaison de ces deux discours contradictoires permet de percevoir et de concevoir la paix au Cameroun de fa\u00e7on positive. En r\u00e9alit\u00e9, la paix positive implique d\u00e9j\u00e0 la paix n\u00e9gative (Galtung, 1984, p.\u00a011; Wiegandt, 2011, p.\u00a017). Il est question de transcender ces contradictions afin de construire une paix durable de mani\u00e8re pratique. Les conceptions th\u00e9oriques se r\u00e9sument en deux concepts synth\u00e9tiques\u00a0: la paix, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019absence de guerre et de conflits violents, et le d\u00e9veloppement pour faire allusion \u00e0 la paix positive. D\u00e8s lors, il reste \u00e0 savoir la praticabilit\u00e9 de ces th\u00e9ories de la paix. Par ailleurs, il est aussi important de relever que les conceptions th\u00e9oriques de la paix favorisent l\u2019institution des fondements instrumentaux pour la construction de la paix au Cameroun. Ces sources fondamentales de la paix sont de nature morale, philosophique, religieuse, culturelle et juridico-institutionnelle (Wangba Joseph, 2020, p.\u00a055-224). La mobilisation de ces fondements instrumentaux en constitue des ressources et instruments d\u2019actions concr\u00e8tes, c\u2019est-\u00e0-dire la mobilisation des dispositifs juridiques, technico-institutionnels, ainsi que les dispositifs strat\u00e9giques, pragmatiques et de ceux de l\u2019environnement du syst\u00e8me politique (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0230-425). C\u2019est ce qui donne sens aux approches pratiques de construction de la paix, au-del\u00e0 de ses conceptions th\u00e9oriques.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les approches pratiques de la paix (<em>Peace Action<\/em>)<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e9orisation des approches pratiques de la paix au Cameroun s\u2019est fond\u00e9e sur les conceptions th\u00e9oriques ayant inspir\u00e9 ces approches concr\u00e8tes. De fa\u00e7on cons\u00e9cutive, \u00ab\u00a0la paix est \u00e0 la fois pens\u00e9e (formulation cognitive) et d\u00e9marche concr\u00e8te (agissements)\u00a0\u00bb (Lawson Bo\u00eavi, 2015, p.\u00a0107). Partant de ce postulat, nous envisageons ainsi faire une objectivation des approches pratiques de construction de la paix au Cameroun\u00a0: la <em>Peace Action<\/em>. Cette derni\u00e8re est une m\u00e9thode p\u00e9dagogique (Galtung, 1984, p.\u00a010) et d\u2019action concr\u00e8te (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a026) en mati\u00e8re de construction de la paix. En effet, au-del\u00e0 de ses conceptions th\u00e9oriques, la dynamique de construction de la paix au Cameroun se fait pratiquement sur la base des approches stratocentr\u00e9es et stratosociale. Au sens pratique, la mat\u00e9rialisation des th\u00e9ories de la paix se fonde sur les mod\u00e8les de paix romaine (<em>pax romana<\/em>) et de paix d\u00e9mocratique (<em>pax democratica<\/em>). En tout \u00e9tat de cause, les diff\u00e9rentes conceptions th\u00e9oriques de la paix sont tributaires \u00e0 ces deux mod\u00e8les philosophiques de construction de la paix. Au Cameroun, le processus de construction de la paix a subi une dynamique, partant de l\u2019approche stratocentr\u00e9e \u00e0 une approche polycentr\u00e9e. Ces deux derni\u00e8res s\u2019apparentent respectivement \u00e0 l\u2019approche classique de maintien de la paix et celle moderne de construction ou de consolidation de la paix (<em>ibid.<\/em>).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019approche stratocentr\u00e9e et la pratique de la paix romaine (<em>pax romana<\/em>)<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La paix romaine est un mod\u00e8le de construction de la paix qui s\u2019assimile \u00e0 l\u2019approche dissociative (Galtung, 1976, p.\u00a0282-297). Au Cameroun, elle a constitu\u00e9 une vision de construction stratocentr\u00e9e de la paix, domin\u00e9e par les \u00e9l\u00e9ments de n\u00e9gativit\u00e9 \u00e0 travers la lutte sans concession contre le maquis (la r\u00e9bellion) et la subversion. Elle consiste \u00e0 combattre toute forme de violences directes, manifest\u00e9e tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019aux fronti\u00e8res du territoire national. L\u2019impl\u00e9mentation de ce mod\u00e8le s\u2019est \u00e9tal\u00e9e sur la p\u00e9riode allant de 1960 \u00e0 1990. Cette p\u00e9riode est essentiellement caract\u00e9ris\u00e9e par un \u00e9lan de construction de la paix n\u00e9gative comme absence de violence, et dont l\u2019\u00c9tat d\u00e9tient le monopole. En effet, l\u2019approche stratocentr\u00e9e de construction de la paix constitue la mat\u00e9rialisation du mod\u00e8le de la paix romaine. Cette derni\u00e8re est une paix autoritaire, c\u2019est-\u00e0-dire une paix impos\u00e9e par la force, pourvu que la stabilit\u00e9 politique soit r\u00e9alis\u00e9e tant au plan int\u00e9rieur (paix int\u00e9rieure) qu\u2019au niveau des fronti\u00e8res et au-del\u00e0 (paix ext\u00e9rieure). On parle de plus en plus de l\u2019imposition de la paix ou du maintien de la paix. Dans le cadre de cette approche stratocentr\u00e9e, le concept de <em>construction de la paix<\/em> n\u2019est pas appropri\u00e9 m\u00eame s\u2019il est employ\u00e9 ici par extrapolation et de fa\u00e7on interchangeable avec le concept de <em>maintien de la paix<\/em> ou celui de l\u2019<em>imposition de la paix<\/em>. Fondamentalement, le concept de construction de la paix est consubstantiel \u00e0 celui de la paix positive. N\u00e9anmoins, nous allons l\u2019employer de fa\u00e7on synonymique au maintien de la paix n\u00e9gative dans le cadre de la pr\u00e9sente analyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s la premi\u00e8re d\u00e9cennie de l\u2019accession du Cameroun \u00e0 son ind\u00e9pendance en 1960, la stabilit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e9taient les principales pr\u00e9occupations des autorit\u00e9s politiques de cette \u00e9poque. Dans ce cas, la stabilisation de l\u2019ordre politique est synonyme de pacification sociale (Bayart, 1984). L\u2019id\u00e9e de maintenir prioritairement la paix n\u00e9gative a donc \u00e9t\u00e9 un pr\u00e9alable voire un imp\u00e9ratif gouvernemental, car<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9fense nationale, pour l\u2019entit\u00e9 \u00c9tat-nation, appara\u00eet comme un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, une n\u00e9cessit\u00e9 vitale sans laquelle les institutions \u00e9tatiques et les activit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales ne peuvent \u00eatre assur\u00e9es d\u2019un fonctionnement normal (Njoh Mouelle et Owona (dir), 1989, p.\u00a0271).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Durant cette p\u00e9riode, quoique certains aspects de la paix positive, tels que le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et l\u2019unit\u00e9 nationale, \u00e9taient mis en valeur de fa\u00e7on inconsciente ou s\u00e9lective, il faut se dire que la t\u00e9l\u00e9ologie d\u2019une telle dynamique \u00e9tait la n\u00e9gation des conflits violents sur le plan interne, c\u2019est-\u00e0-dire la conduite d\u2019une lutte acharn\u00e9e contre ce ph\u00e9nom\u00e8ne sur la base des dispositifs pragmatiques, appelant \u00e9galement l\u2019emploi des moyens violents\u00a0: le monopole de la force coercitive ou la \u00ab\u00a0<em>certacio per vim<\/em>\u00a0\u00bb (David et Roche, 2002, p.\u00a019).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pratiquement, la th\u00e9orie de la paix n\u00e9gative d\u00e9termine la nature des dispositifs ou des m\u00e9canismes fondamentaux de construction de la paix dans toute soci\u00e9t\u00e9 politique. L\u2019id\u00e9e de construire prioritairement la paix n\u00e9gative a d\u00fb d\u00e9terminer les actions de la soci\u00e9t\u00e9 politique camerounaise en faveur de l\u2019impl\u00e9mentation de la th\u00e9orie de la paix romaine. Dans cette dynamique similaire \u00e0 l\u2019approche du mod\u00e8le centre-p\u00e9riph\u00e9rie (Shills, 1975; Chevalier, 1978, p.\u00a007), l\u2019\u00c9tat central impose la paix n\u00e9gative \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9pit de ce que Jean-Fran\u00e7ois Bayart (1975, p.\u00a009) et Bernard Lacroix (1985, p.\u00a0475 et 476) d\u00e9noncent le d\u00e9coupage rigide et abusif entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9. Au-del\u00e0 de cette ambigu\u00eft\u00e9 relative \u00e0 une suppos\u00e9e ligne de d\u00e9marcation entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9, un certain nombre de dispositifs sp\u00e9cifiques est de mani\u00e8re permanente con\u00e7u et institu\u00e9 pour instaurer la paix, synonyme de stabilit\u00e9 sociale. Ces dispositifs sont simultan\u00e9ment mobilis\u00e9s en temps de besoin, c\u2019est-\u00e0-dire dans la dynamique de pacification sociale. Ils sont essentiellement gouvernementaux, car l\u2019\u00c9tat dispose, contrairement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une souverainet\u00e9 absolue qui lui conf\u00e8re le monopole des ressources diverses, et surtout le monopole l\u00e9gitime de l\u2019usage de la violence physique pour maintenir la paix sociale. L\u2019exclusivit\u00e9 et la pr\u00e9pond\u00e9rance des pouvoirs de l\u2019\u00c9tat sont inh\u00e9rentes au monolithisme politique qui pr\u00e9valait dans l\u2019intervalle de la p\u00e9riode des ann\u00e9es 1960-1990. Ici, la dynamique de construction de la paix est r\u00e9alis\u00e9e de fa\u00e7on souveraine, exclusive et sans concession par l\u2019\u00c9tat central. Il n\u2019y a donc pas de consensus dans ce processus de construction de la paix. M\u00eame si les composantes sociales sont impliqu\u00e9es dans ce processus, cela se fait presque toujours dans le sens voulu par les autorit\u00e9s gouvernementales, d\u2019o\u00f9 le monolithisme politique. Dans ce contexte, le maintien de la paix est r\u00e9alis\u00e9 par une mobilisation active et singuli\u00e8re de l\u2019\u00c9tat, avec une participation passive de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Parmi les dispositifs fondamentaux, institu\u00e9s et mobilis\u00e9s pour la n\u00e9gation de la guerre et des conflits violents, nous pouvons \u00e9voquer dans la foul\u00e9e\u00a0: les structures gouvernementales dans leur globalit\u00e9; et de fa\u00e7on sp\u00e9cifique, les forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 nationales, les moyens de la diplomatie, l\u2019instrumentalisation des autorit\u00e9s traditionnelles, la mise en \u0153uvre des politiques d\u2019inclusion sociale, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, si l\u2019approche stratocentr\u00e9e est exclusive ou dissociative (Galtung, 1976, p.\u00a0282-297), celle stratosociale ou polycentr\u00e9e est inclusive voire associative (<em>ibid.<\/em>, 1976, p.\u00a0297-304; 1984, p.\u00a026). En r\u00e9alit\u00e9, la premi\u00e8re cherche \u00e0 faire \u00e9viter essentiellement les conflits violents (paix n\u00e9gative), tandis que la seconde a pour souci la cr\u00e9ation des conditions de vie harmonieusement durables (paix positive). Ainsi, il serait opportun de s\u2019interroger\u00a0avec Sylvestre Ndoumou de la mani\u00e8re suivante\u00a0: est-ce que \u00ab\u00a0[la] pr\u00e9servation de la paix au Cameroun doit-elle \u00eatre la seule affaire de l\u2019\u00c9tat? \u00bb (Ndoumou, 2015, p.\u00a01). En r\u00e9ponse, \u00ab\u00a0on ne saurait ignorer l\u2019action du peuple dans la fabrication de la paix et de la stabilit\u00e9\u00a0\u00bb (B\u00e9lomo Essono, 2007, p.\u00a0471).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019approche polycentr\u00e9e ou stratosociale et la mat\u00e9rialisation de la paix d\u00e9mocratique (<em>pax democratica<\/em>)<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en \u0153uvre de la conception moderne de la paix, dans le contexte camerounais, se fonde sur le mod\u00e8le de la paix d\u00e9mocratique. En r\u00e9alit\u00e9, la paix d\u00e9mocratique est une philosophie de la paix moderne d\u00e9velopp\u00e9e par Emmanuel Kant. Elle a \u00e9t\u00e9 reprise et diffus\u00e9e par Bruce Martin Russett, Arnaud Blin, Bill Clinton, Alain Caill\u00e9, etc. Cette philosophie est consubstantielle \u00e0 la culture d\u00e9mocratique (Sindjoun, 2000, p.\u00a0528). Au Cameroun, la culture d\u00e9mocratique, amorc\u00e9e \u00e0 nouveau depuis 1990, est qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie apais\u00e9e\u00a0\u00bb (Bellon, 2009, p.\u00a03). Par ailleurs, cet apaisement d\u00e9mocratique est bien critiquable au vu des crises s\u00e9curitaires et sociopolitiques ayant fait suite \u00e0 cette nouvelle amorce du processus d\u00e9mocratique. D\u2019une mani\u00e8re sociohistorique et historico-politique, le d\u00e9veloppement politique (Pye, 1965, p.\u00a03-26) au Cameroun est parti de la modernisation des structures traditionnelles \u00e0 travers la construction de l\u2019\u00c9tat-nation \u00e0 la d\u00e9mocratisation de la vie politique, en passant par une exp\u00e9rience autoritariste (Sindjoun, <em>op.cit<\/em>., p.\u00a0529). \u00ab La d\u00e9mocratisation devient ainsi un instrument du maintien de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9 internationale \u00bb (Ateba, 2016, p.\u00a0182). Aujourd\u2019hui, les organisations intergouvernementales, les structures gouvernementales nationales et \u00e9trang\u00e8res, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile nationale et internationale, ainsi que les \u00e9l\u00e9ments individuels, font r\u00e9guli\u00e8rement et depuis lors, la promotion des valeurs sociopolitiques comme la d\u00e9mocratie, les dialogues sociopolitiques et de r\u00e9conciliation nationale, la promotion des minorit\u00e9s politiques, la construction des alliances et coalitions politiques, etc. \u00c0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, la d\u00e9mocratie est la plus grande valeur politique \u00e0 laquelle le Cameroun et la grande majorit\u00e9 des nations du monde y attachent du prix. Il se pose juste un probl\u00e8me de mod\u00e8le \u00e0 impl\u00e9menter. Luc Sindjoun (2000, p.\u00a0528) met ainsi l\u2019accent sur le fait que la d\u00e9mocratie est une valeur \u00e0 promouvoir pour la cr\u00e9ation des institutions d\u00e9mocratiquement solides, respectant le principe de la s\u00e9paration des pouvoirs et favorisant le d\u00e9veloppement local, c\u2019est-\u00e0-dire la paix. Elle repr\u00e9sente l\u2019une des sept valeurs de la culture de la paix<a class=\"footnote\" title=\"Ces sept valeurs de la culture de la paix cit\u00e9es ci-dessus sont regroup\u00e9es en deux cat\u00e9gories. Il y a d\u2019une part, les valeurs de la citoyennet\u00e9, constitu\u00e9es des valeurs juridiques (le respect des droits de l\u2019Homme et le respect du Droit ou de la justice) et politique (la promotion de la d\u00e9mocratie); et d\u2019autre part, les valeurs cordiales (la non-violence, la tol\u00e9rance et la solidarit\u00e9) et \u00e9cologique (la protection de l\u2019environnement). De mani\u00e8re lin\u00e9aire, elles sont entre autres\u00a0: le respect des droits de l\u2019Homme, le respect du Droit ou de la justice, la promotion de la d\u00e9mocratie, la non-violence, la tol\u00e9rance, la solidarit\u00e9 et la protection de l\u2019environnement.\" id=\"return-footnote-1046-2\" href=\"#footnote-1046-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> \u00e9labor\u00e9es par Di\u00e9n\u00e9ba Doumbia (2006, p.\u00a0225), tandis qu\u2019Emmanuel Kant (1795) en a fait une philosophie de paix perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de ce qu\u2019Enoh Meyomesse consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0sous-d\u00e9veloppement politique au Cameroun\u00a0\u00bb (2010), la culture politique (Pye, 1965, p.\u00a03-26) de participation, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9mocratie est, en d\u00e9pit de ses insuffisances, une r\u00e9alit\u00e9 sociale. \u00c0 dire vrai, l\u2019impl\u00e9mentation du mod\u00e8le occidental de la d\u00e9mocratie en Afrique pr\u00e9sente encore plusieurs lacunes et insuffisances. Il y a l\u00e0 une certaine perversion du processus de d\u00e9mocratisation \u00e0 l\u2019origine de laquelle se trouvent les acteurs nationaux (Ateba, 2016, p.\u00a0190). Samuel Huntington a relev\u00e9 \u00e0 ce sujet que \u00ab\u00a0la plupart des pays africains, \u00e0 cause de leur pauvret\u00e9 et de la violence de leur politique, sont incapables d\u2019avancer vers la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0183). Au lieu de rimer avec le d\u00e9veloppement, elle rime\u00a0plut\u00f4t avec la corruption, le n\u00e9potisme, le clanisme, l\u2019ethnicisme, les in\u00e9galit\u00e9s sociales, les guerres civiles, et autres fl\u00e9aux contre-productifs \u00e0 la paix sociale (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0191). Ce processus de d\u00e9mocratisation entach\u00e9 d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s tend \u00e0 rendre illusoire (<em>ibid<\/em>, p.\u00a0190) le processus de construction de la paix. En effet, la paix tend ainsi \u00e0 devenir une arl\u00e9sienne dans le cadre de cette culture politique de participation en cours de construction. Mais alors, si la d\u00e9mocratie est un facteur de d\u00e9veloppement politique, l\u2019on pourrait donc retenir que le Cameroun, comme tous les autres pays africains, a renou\u00e9 avec la d\u00e9mocratie depuis les ann\u00e9es 1990 et a entam\u00e9 une nouvelle \u00e8re de son d\u00e9veloppement politique. Ainsi, le d\u00e9veloppement politique est abord\u00e9 ici comme \u00e9tant un processus, et non comme un \u00e9tat. Il s\u2019agit d\u2019un processus de construction de la paix dans le cadre d\u2019un r\u00e9gime politique d\u00e9mocratis\u00e9. Parler donc de culture de la paix d\u00e9mocratique, c\u2019est parler de la culture politique de participation citoyenne qu\u2019est la d\u00e9mocratie. La paix sociale est \u00e0 la fois un facteur et un fruit de la vie d\u00e9mocratique (Sindjoun, 2000, p.\u00a0529). Les fondements de la d\u00e9mocratie au Cameroun ont donc \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s depuis la p\u00e9riode de la d\u00e9colonisation et se sont consolid\u00e9s dans les ann\u00e9es 1990 (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0523) \u00e0 travers le retour (Nkainfon Pefura, 1996) \u00e0 cette valeur politique, productrice des valeurs politiques connexes ou d\u00e9riv\u00e9es, un catalyseur de normes et d\u2019institutions sociales de plus en plus rationnelles. En effet, dans les ann\u00e9es 1990, un ensemble de facteurs \u00e0 la fois internes et externes ont conduit le Cameroun \u00e0 faire une revalorisation de la d\u00e9mocratie, consid\u00e9r\u00e9e comme un fondement politique de la paix positive. La d\u00e9mocratie, qui a \u00e9t\u00e9 au d\u00e9part un objet de revendication politique, est finalement devenue un moyen d\u2019apaisement efficace et durable, m\u00eame si certains estiment qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 mal interpr\u00e9t\u00e9e et mal int\u00e9rioris\u00e9e comme \u00e9tant synonyme d\u2019anarchie ou de libertinage (Kamga, 1985).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, une analyse compr\u00e9hensive permet de constater qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une mise en crise de la culture autoritaire \u00e0 travers la col\u00e8re publique subversive (Sindjoun, 2000, p.\u00a0522-532; Monga, 1996) ou m\u00eame un d\u00e9sordre inventif (Sindjoun, <em>ibid.<\/em>). La valeur t\u00e9l\u00e9ologique de la d\u00e9mocratie comme fondement de la paix a longtemps \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9e dans le cadre de la vie politique internationale. C\u2019est le cas de Boutros Boutros Galli qui a fini par d\u00e9couvrir que la d\u00e9mocratie favorise deux choses importantes\u00a0: le d\u00e9veloppement et la paix (Caill\u00e9, 2004, p.\u00a011). L\u2019amorce de la d\u00e9mocratie est donc \u00e0 la fois un facteur et un processus d\u2019\u00e9mergence ou de d\u00e9veloppement qui implique tout aussi l\u2019aspect politique, puisque \u00ab D\u00e9mocratie, Paix et D\u00e9veloppement \u00bb demeurent intimement li\u00e9s dans cette trilogie. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments qui \u00ab\u00a0forment un triangle interactif. Chacun de ces trois \u00e9l\u00e9ments est tributaire des deux autres\u00a0\u00bb (Mayor, 1997, p.\u00a05). En tant que valeur politique favorisant la paix, la d\u00e9mocratie favorise <em>ipso facto<\/em> la lib\u00e9ralisation et l\u2019implication fulgurante de la soci\u00e9t\u00e9 dans le champ politique et dans le processus de construction de la paix positive. Elle favorise de ce fait la forclusion de la violence politique et par cons\u00e9quent, la pacification de la vie politique (Sindjoun, 2000, p.\u00a0528). C\u2019est cette vague de d\u00e9mocratisation des ann\u00e9es 90 (Huntington, 1991), qui semblait transit\u00e9e le Cameroun (Eboussi Boulaga, 1997), dont les organismes de la soci\u00e9t\u00e9 civile ont profit\u00e9 avec opportunisme pour se d\u00e9ployer largement sur les chantiers de la construction de la paix. \u00c0 cet effet, la d\u00e9mocratie est devenue un long processus d\u2019apprentissage \u00e0 travers l\u2019\u00e9ducation tant formelle qu\u2019informelle, la transmission des pratiques, ainsi que l\u2019institutionnalisation de certaines normes et structures sociales pouvant favoriser la paix. Au fond, \u00ab\u00a0[la] priorit\u00e9 de l\u2019Afrique n\u2019est pas la d\u00e9mocratie, mais plut\u00f4t la paix sociale, sans laquelle aucun projet de d\u00e9veloppement ne peut se r\u00e9aliser\u00a0\u00bb (Ateba, 2016, p.\u00a0192). Au Cameroun, le concept de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie apais\u00e9e\u00a0\u00bb a donc \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par le politique comme \u00e9tant la version camerounaise de la paix d\u00e9mocratique. Elle consiste \u00e0 favoriser un dialogue social r\u00e9publicain et inclusif, la prise en compte des aspirations nationales, la f\u00e9d\u00e9ration des opinions et avis divers, fondements de ce qui est d\u00e9nomm\u00e9 d\u00e9mocratie apais\u00e9e, exp\u00e9riment\u00e9e au Cameroun avec un bonheur relativement \u00e9vident. C\u2019est une approche camerounaise de gestion voire de r\u00e9solution des conflits sociaux, fond\u00e9e sur des valeurs politiques, consubstantielles \u00e0 la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De fa\u00e7on incr\u00e9mentale, la v\u00e9ritable paix d\u00e9mocratique s\u2019accompagne sur le plan politique des valeurs telles que\u00a0: la promotion du dialogue sociopolitique dit inclusif, et de la r\u00e9conciliation nationale; l\u2019institution des alliances et coalitions politiques; la promotion des minorit\u00e9s politiques; la bonne gouvernance; la promotion des droits de l\u2019homme; etc. Ainsi, la paix d\u00e9mocratique constitue le point d\u2019inspiration de l\u2019approche polycentr\u00e9e dans la dynamique de construction de la paix au Cameroun. De nature polycentr\u00e9e, cette approche est focalis\u00e9e \u00e0 la fois sur l\u2019institution et la mobilisation des dispositifs tant gouvernementaux que soci\u00e9taux. Elle associe, dans le processus de construction de la paix les m\u00e9canismes d\u2019essence gouvernementale et soci\u00e9tale. C\u2019est pourquoi cette approche est qualifi\u00e9e de stratosociale. Elle est inh\u00e9rente \u00e0 la d\u00e9mocratie. Par ailleurs, ces dispositifs de construction de la paix sont d\u2019essence nationale et internationale. Ici, la paix est construite de fa\u00e7on associative (Galtung, 1976, p.\u00a0297-304; 1984, p.\u00a026) pour donner sens \u00e0 la conception positive de la paix au Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9pit de ses insuffisances, l\u2019approche stratosociale de construction de la paix est une r\u00e9alit\u00e9 sociale objectivable depuis trois d\u00e9cennies durant. Elle est la mat\u00e9rialisation de la philosophie de la paix d\u00e9mocratique et de la th\u00e9orie de la paix positive, consubstantielle \u00e0 l\u2019approche associative de la paix. Depuis lors, le processus de construction de la paix au Cameroun met en rapport dialectique l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers la mobilisation des m\u00e9canismes qui leur sont inh\u00e9rents. Il s\u2019agit concr\u00e8tement des dispositifs juridiques, technico-institutionnels, soci\u00e9taux, strat\u00e9giques, pragmatiques et syst\u00e9miques. Dans la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019approche polycentr\u00e9e ou stratosociale mobilise \u00e0 la fois les institutions sociales et politiques, les organismes gouvernementaux, les Organisations intergouvernementales (OIG), les Organisations de la Soci\u00e9t\u00e9 Civile (OSC) nationale et internationale, les autorit\u00e9s traditionnelles et religieuses, les cadres familiaux, les individus, etc. Qu\u2019elle soit n\u00e9gative ou positive, la paix au Cameroun se construit donc de fa\u00e7on collective, c\u2019est-\u00e0-dire dans une approche concourante, voire concurrentielle, entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 tant nationale qu\u2019internationale. Par exemple, la mobilisation collective dans la lutte contre les mouvements terroristes de <em>Boko Haram<\/em> depuis mai 2014 est illustrative \u00e0 cet \u00e9gard (Batchom, 2016). De m\u00eame, les cadres non permanents de concertation nationale (Wangba Joseph, 2020, p.\u00a0279-282) tels que la Conf\u00e9rence tripartite de novembre 1991 et le Grand dialogue national de septembre 2019 en disent plus sur l\u2019approche stratosociale de r\u00e9solution des conflits et de construction de la paix au Cameroun dans le contexte de la paix d\u00e9mocratique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019issue de cette analyse sur la dynamique de construction th\u00e9orique et pratique de la paix au Cameroun, il est important de retenir que le processus de construction de la paix a subi des transformations du point de vue th\u00e9orique et pratique. Depuis les Trait\u00e9s de Westphalie, il est objectif d\u2019admettre que le processus de construction de la paix a connu une forte territorialisation. Cette dynamique a \u00e9galement exerc\u00e9 une influence sur le territoire du Cameroun d\u00e8s la signature du trait\u00e9 germano-douala du 12 juillet 1884 et la tenue de la conf\u00e9rence de Berlin de novembre 1884 \u00e0 f\u00e9vrier 1885. Ainsi, la \u00ab\u00a0cl\u00f4ture progressive du territoire\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 politique camerounaise le 1er janvier 1960, puis le 1er octobre 1961, a permis \u00e0 cette entit\u00e9 politique de circonscrire depuis lors le processus de sa pacification sociale. En d\u00e9pit de l\u2019influence de la mondialisation sur ce processus, il y subsiste toujours une forte territorialisation. L\u2019\u00c9tat du Cameroun n\u2019y a pas d\u00e9rog\u00e9. La probl\u00e9matique centrale de cette analyse est celle d\u2019objectiver la dynamique des conceptions th\u00e9oriques et des approches pratiques de structuration de la paix au Cameroun depuis 1960, en dehors de son pur concept et de son id\u00e9al.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019objectivation du processus de construction de la paix au Cameroun comme partout ailleurs, l\u2019on peut s\u2019apercevoir qu\u2019il existe des th\u00e9ories (<em>Peace Thinking<\/em>) qui permettent de concevoir l\u2019id\u00e9e de la paix et de d\u00e9crire la dynamique de pacification sociale. Ces conceptions th\u00e9oriques se trouvent r\u00e9sum\u00e9es dans les concepts de paix n\u00e9gative et paix positive (Galtung, 1969, p.\u00a0183; 1967, p.\u00a012 et 19). Dans le cadre de ce travail, nous les appr\u00e9hendons comme \u00e9tant respectivement, une conception classique et celle moderne de la paix. La premi\u00e8re s\u2019appr\u00e9hende comme \u00e9tant une absence de guerre et de conflits violents, tandis que la seconde se focalise sur le d\u00e9veloppement int\u00e9gral de l\u2019Homme. Cons\u00e9cutivement, la trajectoire de pacification du Cameroun a adopt\u00e9 un certain nombre d\u2019approches pratiques\u00a0dites <em>Peace Action<\/em> (<em>ibid.<\/em>). Il s\u2019agit de l\u2019approche stratocentr\u00e9e, fond\u00e9e sur la pratique de la paix romaine (<em>pax romana<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire la construction de la paix par la force de l\u2019\u00c9tat, et l\u2019approche polycentr\u00e9e ou stratosociale, fond\u00e9e sur la pratique de la paix d\u00e9mocratique (<em>pax democratica<\/em>), une construction de la paix de fa\u00e7on concert\u00e9e. Quoiqu\u2019il y ait une certaine dynamique dans ce processus, la construction de la paix au Cameroun se fait en oscillation entre la conception n\u00e9gative dite classique et la conception positive dite moderne. En m\u00eame temps, il y a une oscillation entre l\u2019approche stratocentr\u00e9e et celle stratosociale, sans oublier la double dimension interne et externe d\u2019un tel processus.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aerts, Jean-Joel, Cogneau, Denis, Herrera, Javier, De Monchy, Guy et Roubaud, Fran\u00e7ois. 2000. <em>L\u2019\u00e9conomie camerounaise. Un espoir \u00e9vanoui<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anafak Lemofak, Japhet Antoine. 2013. Coop\u00e9ration militaire belgo-camerounaise\u00a0: une tentative de distanciation du Cameroun de la France? (1965-1970). <em>Habaru. 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Pye and Sidney Verba (dir.), <em>Political culture and Policical development<\/em> (p.\u00a03-26). Princeton: Princeton University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ruby, Christian. 2005. La paix \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la fin de l\u2019histoire. <em>Revue Le Philosophoire<\/em>, 1(24), 19-30. Article disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.cairn.ifo\/revue-le-philosophoire-2005-1-page-19.htm\">https:\/\/www.cairn.ifo\/revue-le-philosophoire-2005-1-page-19.htm<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shills, Edward. 1975. <em>Center and periphery<\/em>. Chicago: Chicago University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sindjoun, Luc. 1996. <em>Le champ social camerounais\u00a0: d\u00e9sordre inventif, mythes simplificateurs et stabilit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019\u00c9tat<\/em>. <em>GRAP.\u00a0<\/em>Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sindjoun, Luc. 2000. La culture d\u00e9mocratique en Afrique subsaharienne\u00a0: comment rencontrer l\u2019arl\u00e9sienne de la l\u00e9gende africaniste. <em>Symposium international de Bamako<\/em> (p.\u00a0522-532).<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tagou, C\u00e9lestin. 2011. Lien entre l\u2019universit\u00e9 et le travail de paix\u00a0: le cas de la Facult\u00e9 des Sciences Sociales et des Relations Internationales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Protestante d\u2019Afrique Centrale \u00e0 Yaound\u00e9. Dans Flaubert Djateng <em>et al<\/em>., <em>Construire la Paix. Travail de paix au Cameroun<\/em> (p.\u00a037-47). Bafoussam\u00a0: AGEH-EED.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Touoyem, Pascal. 2014. <em>Dynamiques de l\u2019ethnicit\u00e9 en Afrique. \u00c9l\u00e9ments d\u2019une th\u00e9orie de l\u2019\u00c9tat multinational<\/em>. Bamenda\u00a0: Langaa.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tzu, Sun. 2008 [1772]. <em>L\u2019art de la guerre<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wangba Joseph, Joseph. 2019. La construction discursive d\u2019un espace de paix au c\u0153ur de l\u2019Afrique\u00a0: les discours de la paix au Cameroun. <em>Note d\u2019analyses sociopolitiques<\/em>, <em>16<\/em>, 18 novembre 2019. Montr\u00e9al\u00a0: CARPADD.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wangba Joseph, Joseph. 2020. <em>\u00c9tat, soci\u00e9t\u00e9 et probl\u00e9matique de la paix\u00a0: essai d\u2019analyse sociog\u00e9n\u00e9tique des fondements et m\u00e9canismes de construction de la paix au Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat\/Ph.D en Science politique, Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wiegandt, Frank. 2011. Paix juste et hexagone de civilisation. Dans Flaubert Djateng <em>et al<\/em>. <em>Construire la paix. Travail de paix au Cameroun<\/em> (p. 17-21). Bafoussam : AGEH-EED.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/joseph-wangba-joseph\">Joseph WANGBA JOSEPH<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est enseignant-chercheur de science politique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9.<br \/>\nContact : wangbajoseph@yahoo.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1046-1\">L\u2019id\u00e9e de paix constitue une alternative \u00e0 la guerre ou elle suppose une cessation de la guerre. Cette vision se d\u00e9duit bien dans les travaux des auteurs ayant adopt\u00e9s des approches r\u00e9alistes de la paix et de la s\u00e9curit\u00e9. <a href=\"#return-footnote-1046-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1046-2\">Ces sept valeurs de la culture de la paix cit\u00e9es ci-dessus sont regroup\u00e9es en deux cat\u00e9gories. Il y a d\u2019une part, les valeurs de la citoyennet\u00e9, constitu\u00e9es des valeurs juridiques (le respect des droits de l\u2019Homme et le respect du Droit ou de la justice) et politique (la promotion de la d\u00e9mocratie); et d\u2019autre part, les valeurs cordiales (la non-violence, la tol\u00e9rance et la solidarit\u00e9) et \u00e9cologique (la protection de l\u2019environnement). De mani\u00e8re lin\u00e9aire, elles sont entre autres\u00a0: le respect des droits de l\u2019Homme, le respect du Droit ou de la justice, la promotion de la d\u00e9mocratie, la non-violence, la tol\u00e9rance, la solidarit\u00e9 et la protection de l\u2019environnement. <a href=\"#return-footnote-1046-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["joseph-wangba-joseph"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[402],"license":[],"class_list":["post-1046","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-cameroun","motscles-construction-de-la-paix","motscles-paix-durable","motscles-paix-inclusive","motscles-paix-positive","keywords-cameroon","keywords-inclusive-peace","keywords-lasting-peace","keywords-peace-building","keywords-positive-peace","contributor-joseph-wangba-joseph"],"part":1026,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1137,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1046\/revisions\/1137"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/1026"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1046\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1046"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1046"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}