{"id":130,"date":"2019-10-07T14:08:22","date_gmt":"2019-10-07T08:08:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=130"},"modified":"2022-05-30T11:44:59","modified_gmt":"2022-05-30T09:44:59","slug":"mahini_et_daouda2019","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/mahini_et_daouda2019\/","title":{"rendered":"D\u00e9senchantement de la r\u00e9publique au Cameroun: les rationalit\u00e9s en finalit\u00e9 contre les rationalit\u00e9s en valeur"},"content":{"raw":"<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La r\u00e9publique est-elle une id\u00e9e (Nicolet, 1982) ou une passion, comme le sugg\u00e8rent Nicolet, Vovelle, Huard et Martelli (1992)? N\u2019est-elle pas un mod\u00e8le ou simplement une culture politique, comme le postule Berstein (1992)? Au fait, le terme r\u00e9publique renvoie \u00e0 une forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir n\u2019est la propri\u00e9t\u00e9 de personne. Tel est le sens de la pens\u00e9e philosophique de ses th\u00e9oricien-ne-s tels Platon et Aristote pour qui la notion se ram\u00e8ne \u00e0 ses origines grecque <em>politeia<\/em> et latine<em>\u00a0res publica,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0la chose publique\u00a0\u00bb (Nay, 2008, p.\u00a0470). Elle est impersonnelle et se fonde sur le sacro-saint principe de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. La philosophie politique aristot\u00e9licienne l\u2019\u00e9rigea au rang des formes justes de r\u00e9gimes politiques. Celle-ci se pr\u00e9sente alors comme le gouvernement de la majorit\u00e9, un mode d\u2019organisation politique dans laquelle un grand nombre d\u2019individus d\u00e9tient les r\u00eanes du pouvoir et gouverne la cit\u00e9. D\u2019apr\u00e8s Aristote, le r\u00e9gime r\u00e9publicain concilie d\u00e9mocratie et oligarchie. Il vise l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous et de chacun et procure, en cons\u00e9quence, la stabilit\u00e9 sociopolitique[footnote]La r\u00e9publique appara\u00eet aux yeux d\u2019Aristote comme le meilleur des syst\u00e8mes de gouvernement selon la classification pr\u00e9sent\u00e9e dans son ouvrage <em>L\u2019\u00e9thique \u00e0 Nicomaque<\/em> (1959)<em>. <\/em>Il y distingue deux types de r\u00e9gimes politiques \u00e0 savoir, les formes justes de r\u00e9gimes politiques constitu\u00e9es de la monarchie, l\u2019aristocratie et la r\u00e9publique. L\u2019autre typologie qualifi\u00e9e de formes corrompues de r\u00e9gimes politiques est compos\u00e9e de la tyrannie, de l\u2019oligarchie et de la d\u00e9mocratie. Le \u00ab\u00a0gouvernement mixte\u00a0\u00bb dont il parle appara\u00eet donc comme une sorte de m\u00e9lange des formes de r\u00e9gimes politiques en une seule forme de gouvernement.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Telle que th\u00e9oris\u00e9e et conceptualis\u00e9e, la r\u00e9publique ne repr\u00e9sente plus qu\u2019un id\u00e9al de forme de gouvernement et donc, un simple artifice. Toutefois, si l\u2019exploration de ses origines sociales nous fait remonter \u00e0 la Gr\u00e8ce antique, il y a lieu de reconna\u00eetre que \u2013 tel qu\u2019il est appliqu\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat contemporain, en Afrique et plus singuli\u00e8rement au Cameroun \u2013 ce type de gouvernement trouve ses lin\u00e9aments dans la pratique fran\u00e7aise de la r\u00e9publique dont les jalons sociaux r\u00e9sident dans les valeurs drain\u00e9es et d\u00e9fendues par la r\u00e9volution de 1789[footnote]On citera entre autres les valeurs de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9, de justice, d\u2019\u00e9quit\u00e9, de civisme, de citoyennet\u00e9, etc.[\/footnote]. Car, faut-il le rappeler, l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine, que ce soit en France ou aux \u00c9tats-Unis[footnote]En France comme aux \u00c9tats-Unis, la r\u00e9publique fut proclam\u00e9e dans l\u2019optique de rompre syst\u00e9matiquement avec les pratiques de la monarchie d\u2019Ancien R\u00e9gime.[\/footnote], trouve son inspiration dans l\u2019exp\u00e9rience politique de la fin du XVIIIe si\u00e8cle qui associe d\u00e9finitivement la r\u00e9publique \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un gouvernement tirant sa l\u00e9gitimit\u00e9 du peuple avec pour seul et unique objectif, le bien commun (Nay, 2008, p. 470).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En revisitant rapidement les r\u00e9flexions portant sur ce type de r\u00e9gime politique, on d\u00e9butera par le d\u00e9bat sur \u00ab l\u2019invention de la r\u00e9publique, aux \u00c9tats-Unis \u00bb de Vedel (1992). Au fait, le mod\u00e8le am\u00e9ricain s\u2019\u00e9tale sur treize r\u00e9publiques et traite de l\u2019origine populaire du pouvoir de fa\u00e7on op\u00e9ratoire, de la nature des constitutions du pays, de son r\u00e9gime repr\u00e9sentatif, des droits humains et libert\u00e9s, etc. (Vedel, 1992, p. 128-129). Les contrastes entre les r\u00e9publiques issues de l\u2019ind\u00e9pendance et la r\u00e9publique n\u00e9e de Philadelphie[footnote]Ville dans laquelle se r\u00e9unirent les \u00ab P\u00e8res fondateurs \u00bb de l\u2019union des \u00c9tats des Am\u00e9riques en 1787 afin d\u2019\u00e9laborer une nouvelle constitution f\u00e9d\u00e9rale.[\/footnote] sont fort saisissants. En France, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique tenue pour lib\u00e9rale n\u2019avait rien de r\u00e9ellement lib\u00e9ral aux yeux de Poulat (1980). Elle se singularisait plut\u00f4t par un lib\u00e9ralisme inachev\u00e9 \u2013 n\u2019allant pas au bout de ses principes \u2013, par l\u2019inefficacit\u00e9 juridique de la D\u00e9claration des droits de homme et du citoyen de 1789, par le refus du contr\u00f4le de la constitutionalit\u00e9 des lois, les carences de la justice symbolis\u00e9es par l\u2019inexistence du pouvoir judiciaire, etc. (Poulat, 1980, p. 285).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Et pourtant, c\u2019est sous cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique qu\u2019on observa, d\u2019apr\u00e8s Berstein et Rudelle (1992), une propension \u00e0 la cr\u00e9ation des proc\u00e9dures juridiques de traitement collectif des probl\u00e8mes au d\u00e9pend des logiques de traitement individuel de jadis. Les Troisi\u00e8me et Quatri\u00e8me R\u00e9publiques semblent avoir r\u00e9pondu aux aspirations de la soci\u00e9t\u00e9 de leur \u00e9poque et s\u2019ins\u00e8rent dans \u00ab une sorte d\u2019\u00e9cosyst\u00e8me dont tous les \u00e9l\u00e9ments sont en symbiose les uns avec les autres: repr\u00e9sentations mentales, fondements philosophiques, r\u00e9f\u00e9rences historiques, dispositions institutionnelles, organisation et structures sociales, pratique \u00bb (Berstein et Rudelle, 1992, p. 7). La France disposerait donc d\u2019un programme r\u00e9publicain sp\u00e9cifique dont le d\u00e9ploiement conjugue un projet de soci\u00e9t\u00e9 avec une forme de gouvernement: c\u2019est la R\u00e9publique sociale dont parlent Borgetto et Lafore (2000). Pour ces auteurs, la r\u00e9publique n\u2019est pas seulement une proc\u00e9dure, mais \u00e9galement une substance. Elle n\u2019est pas simplement une forme, mais aussi et surtout un fond (Borgetto et Lafore, 2000, p. 6-7). En France, elle est mise en place en deux temps. La r\u00e9volution de 1789 prolong\u00e9e par celle de 1848 fournit la matrice originelle, alors que la Troisi\u00e8me R\u00e9publique lui donne un cadre et une structure de d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur (Renard, Borgetto et Lafore, 2001, p. 498). Sa mise en \u0153uvre est envisag\u00e9e au tour de la constitution d\u2019un cadre juridique et de la d\u00e9finition des politiques sociales. La combinaison du droit social, alternative aux impasses du droit r\u00e9volutionnaire avec le service public, nouvelle repr\u00e9sentation de l\u2019\u00c9tat, constitue ainsi la sp\u00e9cificit\u00e9 du r\u00e9gime r\u00e9publicain fran\u00e7ais (Renard, Borgetto et Lafore, 2001, p. 124 et 146).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est d\u2019ailleurs ce que revisite Nicolet (2000) sous le titre \u00ab\u00a0Histoire, Nation, R\u00e9publique\u00a0\u00bb en demandant \u00e0 l\u2019Histoire d\u2019expliquer minutieusement comment la Nation fran\u00e7aise s\u2019est transform\u00e9e en une si particuli\u00e8re R\u00e9publique. Il remonte ainsi aux sources de l\u2019id\u00e9e de R\u00e9publique, longtemps avant que celle-ci ne se r\u00e9alise dans le monde concret. Vovelle (1988) d\u00e9crit la mat\u00e9rialisation de l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain en France, de 1789 \u00e0 1799. Huard (1992), lui, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont la R\u00e9publique s\u2019est fortifi\u00e9e au courant du XIXe si\u00e8cle. Alors que le XXe si\u00e8cle am\u00e8ne Martelli (1992) \u00e0 rep\u00e9rer ce mod\u00e8le de gouvernement comme une coh\u00e9rence en crise. Tant\u00f4t \u00ab\u00a0enlis\u00e9e\u00a0\u00bb (Taguieff, 2005), tant\u00f4t \u00ab\u00a0menac\u00e9e\u00a0\u00bb (Taguieff, 1996), la r\u00e9publique semble aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0d\u00e9voy\u00e9e\u00a0\u00bb, pour peu qu\u2019on accorde du cr\u00e9dit aux \u00e9crits de Couderc (2001). Au Cameroun, elle ne se porte non plus mieux. D\u00e8s lors, l\u2019on se rend compte que l\u2019enthousiasme que peut charrier l\u2019adoption du vocable \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb, comme le <em>first Name<\/em>[footnote]On rencontre ainsi plusieurs pays portant la d\u00e9nomination de \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb: R\u00e9publique du Cameroun, R\u00e9publique de Cor\u00e9e, R\u00e9publique Fran\u00e7aise, R\u00e9publique Centrafricaine, R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, R\u00e9publique populaire de Chine, etc.[\/footnote] de la grande majorit\u00e9 des syst\u00e8mes politiques de nos jours, dissimule mal son d\u00e9senchantement (Weber, 1990, p.\u00a069) progressif. Ce processus de d\u00e9cadence dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise se traduit par un d\u00e9tachement dans les pratiques et repr\u00e9sentations mentales des citoyen-ne-s (des agents et usagers\/usag\u00e8res du service public, gouvernant-e-s et gouvern\u00e9-e-s) de l\u2019emprise des valeurs r\u00e9publicaines en vigueur.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au sein de cette soci\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00e9mergence de rationalit\u00e9s \u00e9go\u00efstes et la configuration des rationalit\u00e9s minoritaires (rationalit\u00e9s des minorit\u00e9s) fragilisent l\u2019esprit d\u2019unit\u00e9 et d\u2019identit\u00e9 nationale vouant aux g\u00e9monies l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain, gage de stabilit\u00e9 sociopolitique. L\u2019effervescence des crises li\u00e9es \u00e0 la gestion de ce r\u00e9gime politique au Cameroun met en cause l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0R\u00e9publique une et indivisible\u00a0\u00bb telle que d\u00e9finie par la constitution de 1996. Toute chose qui am\u00e8ne \u00e0 se demander ce qui reste encore de la R\u00e9publique telle qu\u2019originellement d\u00e9finie, constitutionnellement proclam\u00e9e, symboliquement projet\u00e9e et politiquement entretenue. Au fait, la pr\u00e9sente r\u00e9flexion se propose d\u2019analyser la crise des m\u0153urs r\u00e9publicaines au Cameroun. Quelle appr\u00e9ciation peut-on faire de la pratique contemporaine de la <em>Res publica<\/em> au Cameroun? Est-elle encore conforme \u00e0 l\u2019esprit et aux valeurs qui la fondent? Dans quelle mesure les strat\u00e9gies de riposte \u00e0 l\u2019\u00e9vanescence des m\u0153urs r\u00e9publicaines sont-elles envisageables?<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce sujet, la r\u00e9alit\u00e9 semble implacable: la pratique contemporaine de la R\u00e9publique au Cameroun conna\u00eet une d\u00e9cadence des valeurs qui lui sont inh\u00e9rentes. Cette dynamique de d\u00e9senchantement est la r\u00e9sultante du triomphe des rationalit\u00e9s particularistes sur les rationalit\u00e9s en valeur et en affection. Les perspectives de repl\u00e2trage de l\u2019\u00e9pave de cette forme de gouvernement sont ainsi collectivement r\u00e9-appropriatives. Car la pacification d\u00e9mocratique \u00e0 l'oeuvre dans ce pays semble dissimuler la d\u00e9sertion civique (Gauchet, 1990).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Partant de l\u2019id\u00e9e selon laquelle, toute action ou tout comportement rel\u00e8ve d\u2019un calcul, et donc orient\u00e9 de mani\u00e8re significative, la fresque analytique se d\u00e9ploiera au travers du n\u00e9o-institutionnalisme. Dans ce sillon explicatif, nous envisageons d\u2019abord saisir \u00e0 l\u2019aune du n\u00e9o-institutionnalisme historique, suivant la logique de <em>path dependency<\/em>, la dynamique de constitution de la r\u00e9publique constitutionnelle du Cameroun \u00e0 partir du type id\u00e9al de la r\u00e9publique d\u00e9finie par la philosophie politique. Le travail consistera par la suite \u00e0 analyser, \u00e0 la lumi\u00e8re du n\u00e9o-institutionnalisme de choix rationnel, le processus d\u2019\u00e9vanescence des m\u0153urs r\u00e9publicaines sous l\u2019emprise d\u2019une dialectique des rationalit\u00e9s et, dans une perspective combinatoire des trois n\u00e9o-institutionnalismes[footnote]Il s\u2019agit des n\u00e9o-institutionnalismes sociologique, historique et du choix rationnel.[\/footnote], d\u00e9gager les perspectives de (re)configuration de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine camerounaise.<\/p>\r\n\r\n<h2>De l\u2019id\u00e9al-type r\u00e9publicain \u00e0 la r\u00e9publique constitutionnelle du Cameroun<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00c9tat, soci\u00e9t\u00e9 politique, pr\u00e9c\u00e8de la R\u00e9publique, forme de gouvernement. Comme l\u2019a si bien d\u00e9fini Hobbes (1651) en philosophie politique, les circonstances de l\u2019adoption de la premi\u00e8re \u00e9taient domin\u00e9es par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 des peuples. Un contexte o\u00f9 l\u2019humain \u00e9tait un pr\u00e9dateur pour son alter ego. D\u2019o\u00f9 l\u2019option des humains, \u00e0 en croire Rousseau (1762), de mettre un terme aux conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats dont ils \u00e9taient sujets. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 de passer un contrat de confiance et d\u2019ob\u00e9issance mutuelles; confiant ainsi leur sort entre les mains d\u2019une poign\u00e9e de personnes garantes de la gestion des affaires publiques. De nos jours, la plupart de ces syst\u00e8mes politiques ont adopt\u00e9 le mod\u00e8le r\u00e9publicain comme r\u00e9gime politique, mode de gouvernement pr\u00e9sent\u00e9 comme un mod\u00e8le id\u00e9al de direction des humains dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes et d\u00e9mocratiques. La r\u00e9publique se pr\u00e9sente, d\u00e8s lors, comme le r\u00e9gime qui canalise le mieux leurs individualismes. Son av\u00e8nement sonne le glas des absolutismes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans plusieurs soci\u00e9t\u00e9s occidentales comme africaines.<\/p>\r\n\r\n<h3>Sociogen\u00e8se de la r\u00e9publique comme forme de gouvernement et sa distinction d\u2019avec la d\u00e9mocratie<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019origine de la r\u00e9publique remonte \u00e0 la Gr\u00e8ce et \u00e0 la Rome antiques. D\u2019ailleurs, ses premiers th\u00e9oriciens (Platon et Aristote) la projetaient d\u00e9j\u00e0 comme l\u2019un des meilleurs r\u00e9gimes politiques, si ce n\u2019est le meilleur. Pour Platon, la <em>politeia<\/em> (la r\u00e9publique) est le gouvernement de l\u2019intellect (Leroux, 2000). Aussi pensait-il que la gouvernance de la cit\u00e9 serait meilleure si les philosophes se mettaient \u00e0 gouverner ou alors que les princes-ses, les gouvernant-e-s deviennent philosophes. \u00c0 sa suite, Aristote, l\u2019un de ses disciples, substitue la r\u00e9publique au r\u00e9gime d\u00e9mocratique, en lui conf\u00e9rant la m\u00eame d\u00e9nomination de<em>\u00a0politeia<\/em>, entendue cette fois-ci comme une forme de gouvernement concourant \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat commun. C\u2019est le r\u00e9gime par excellence du bien commun et collectif.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Elle est donc diversement appr\u00e9hend\u00e9e en philosophie politique. Chez Rousseau par exemple, n\u2019est qualifi\u00e9 de r\u00e9publicain que le r\u00e9gime dans lequel le peuple est souverain de droit, c\u2019est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la loi est l\u2019expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Montesquieu, pour sa part, pense que c\u2019est la d\u00e9mocratie et l\u2019aristocratie qui constituent l\u2019un des deux cas d\u2019esp\u00e8ce possibles de la r\u00e9publique. Leur appartenance au genre commun de cette derni\u00e8re est fond\u00e9e sur le principe de la vertu qu\u2019elles ont en partage. De l\u00e0, l\u2019\u00e9troite relation, voire la confusion entre culture r\u00e9publicaine et culture d\u00e9mocratique not\u00e9e et m\u00eame observ\u00e9e dans la pratique, notamment dans les r\u00e9publiques d\u00e9mocratiques, trouve ici son fondement. Si ces deux formes de gouvernement se confondent tr\u00e8s souvent, c\u2019est que l\u2019une est l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019autre. La d\u00e9mocratie en l\u2019occurrence.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Toutefois, une distinction existe. Kant situe cette diff\u00e9renciation du point de vue du mode d\u2019exercice du pouvoir. Aussi, parvient-il \u00e0 noter que le r\u00e9publicanisme rel\u00e8ve des r\u00e9gimes o\u00f9 l\u2019Ex\u00e9cutif et le L\u00e9gislatif sont effectivement s\u00e9par\u00e9s dans l\u2019exercice concret du pouvoir et, \u00e0 classer, la d\u00e9mocratie dans le despotisme:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La d\u00e9mocratie, o\u00f9 le peuple gouverne lui-m\u00eame, c'est-\u00e0-dire o\u00f9 gouvernants et gouvern\u00e9s sont les m\u00eames, am\u00e8ne n\u00e9cessairement les gouvernants \u00e0 se prendre eux-m\u00eames pour fin de leur pouvoir, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 confondre l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous avec leurs int\u00e9r\u00eats particuliers, et est donc le r\u00e9gime le plus s\u00fbrement despotique\u00a0(Mouchard et al, 2003, p.\u00a020).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine est donc indissociable du droit politique moderne. Elle ajoute au droit romain un droit public qui se d\u00e9cline en droit de l\u2019\u00c9tat, droits de l\u2019humain, du citoyen ou de la citoyenne et du peuple (Kriegel, 1998).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Par contre, la d\u00e9mocratie rel\u00e8ve davantage de <em>l\u2019epitumia<\/em>, des d\u00e9sirs particuliers et anarchiques de la multitude (Platon, <em>Livre VIII<\/em>, 555, b sq). D\u2019o\u00f9 cette conception de la d\u00e9mocratie comme \u00e9tant une \u00ab version frelat\u00e9e \u00bb de la R\u00e9publique. D\u2019autant que, loin de la conception rousseauiste selon laquelle le gouvernement d\u00e9mocratique pris dans toute sa rigueur ne conviendrait qu\u2019\u00e0 \u00ab un peuple des dieux \u00bb (Rousseau, 1762), celle-ci appara\u00eet dans la pens\u00e9e aristot\u00e9licienne comme une forme corrompue de r\u00e9gime politique aux c\u00f4t\u00e9s des formes justes parmi lesquelles, la r\u00e9publique. Dans cette veine, la d\u00e9mocratie est per\u00e7ue dans l\u2019ordre des r\u00e9gimes politiques comme l\u2019\u00e9pave de l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain. Encore que dans l\u2019entregent de ces d\u00e9bats,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">le r\u00e9publicain fait figure de celui qui croit aux fins communes d\u2019une communaut\u00e9 civique et la\u00efque, par opposition au d\u00e9mocrate qui ne croit qu\u2019\u00e0 la poursuite de fins individuelles dans un cadre minimal, ce qui correspond au lib\u00e9ralisme classique, mais propice au d\u00e9veloppement et \u00e0 la juxtaposition contingente de communaut\u00e9s form\u00e9es autour d\u2019une tradition ou d\u00e9termin\u00e9es par des facteurs naturels. Ainsi, les libert\u00e9s sans participation \u00e0 la chose publique et sans projet commun, qui pr\u00e9suppose l\u2019\u00e9mancipation des individus par rapport \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019histoire, les vident de leur substance (Mouchard et al, 2003, p.\u00a020).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De ces diverses appr\u00e9hensions de la r\u00e9publique et de l\u2019observation m\u00eame des syst\u00e8mes politiques contemporains qualifi\u00e9s comme tels, le constat qui se d\u00e9gage est que toutes les formes de gouvernement ne traduisent pas dans l\u2019absolu l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain. Au-del\u00e0 de sa forme institutionnelle, ce r\u00e9gime politique serait la \u00ab matrice d\u2019un comportement au service de l\u2019humanit\u00e9, un id\u00e9al humaniste de perception du monde et des humains \u00bb (Gardi, 2009, p. 13).<\/p>\r\n\r\n<h3>La r\u00e9publique au Cameroun, entre performativit\u00e9 constitutionnelle et origines sociales<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00c9tat pr\u00e9existe au r\u00e9gime r\u00e9publicain (Renard, Borgetto et Lafore, 2001, p. 499). Toutefois, \u00e0 l\u2019observation des prescriptions constitutionnelles et, pla\u00e7ant la constitution comme acte fondateur et constitutif de l\u2019\u00c9tat en tant que personne morale, l\u2019on note que dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise, la naissance et la dynamique de l\u2019\u00c9tat souverain sont corr\u00e9l\u00e9es par celles de la r\u00e9publique. La consid\u00e9ration est claire: le Cameroun est une r\u00e9publique constitutionnelle. C\u2019est-\u00e0-dire, un r\u00e9publicanisme qui s\u2019appuie moins sur une id\u00e9ologie et une pratique coutumi\u00e8re que sur une constitution dont la s\u00e9dimentation au fil du temps n\u2019a pas temp\u00e9r\u00e9 la proclamation performative de l\u2019existence de ce r\u00e9gime.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Au fait, l\u2019examen minutieux de la premi\u00e8re loi fondamentale du Cameroun datant du 04 mars 1960 atteste \u00e0 grands traits la projection constitutionnelle de la logique r\u00e9publicaine au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance du pays proclam\u00e9e le 1er janvier 1960. Aussi ressort-il des dispositions de l\u2019article 1er de la constitution du 4 mars 1960 que \u00ab\u00a0le Cameroun est une R\u00e9publique\u00a0\u00bb. L\u2019article 1er du titre 1er de la constitution du 1er septembre 1961 indique sans ambages cette identit\u00e9 r\u00e9publicaine: \u00ab\u00a0R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale du Cameroun\u00a0\u00bb. Il en est de m\u00eame de l\u2019article 1er de la constitution du 02 juin 1972 qui pr\u00e9sente le Cameroun comme une \u00ab\u00a0R\u00e9publique unie\u00a0\u00bb. La loi constitutionnelle no 96\/056 du 18 janvier 1996 ne se d\u00e9robe de ce processus de mythification constitutionnelle du r\u00e9gime. Aussi rapporte-t-elle cons\u00e9quemment, toujours en son article 1er, que \u00ab\u00a0la R\u00e9publique Unie du Cameroun prend [\u2026] la d\u00e9nomination de R\u00e9publique du Cameroun\u00a0\u00bb. L\u2019identit\u00e9 textuelle de l\u2019\u00c9tat du Cameroun comme r\u00e9publique ne souffre donc d\u2019aucun doute. Somme toute, cette identification performative (\u00e0 plus de 102 occurrences seulement dans le texte de la derni\u00e8re constitution de 1996) est au point de d\u00e9part une imitation fran\u00e7aise. L\u2019article 1er de la constitution camerounaise du 04 mars 1960 n\u2019\u00e9tant qu\u2019une reprise <em>in extenso<\/em> des termes de l\u2019article 1er de la constitution fran\u00e7aise de 1958 qui proclame que \u00ab\u00a0la France est une R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re consid\u00e9ration pr\u00e9sente donc le Cameroun comme une r\u00e9publique import\u00e9e. Au fait, cette forme de gouvernement d\u00e9coule, comme partout ailleurs, d\u2019une logique d\u2019inspiration. Saada reconna\u00eet par exemple que:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">la relation coloniale, loin d\u2019\u00eatre le fait d\u2019une pure domination, a \u00e9t\u00e9 dite dans les dispositifs du droit. [\u2026] Ce droit r\u00e9publicain des personnes et les principes politiques qui le sous-tendent ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s aux colonies pour y \u00eatre transform\u00e9s, \u2018\u2018bricol\u00e9\u2019\u2019 dans cette situation sociale in\u00e9dite\u00a0(Saada, 2003, p.\u00a041-43).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est donc \u00e0 travers le droit constitutionnel que l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 transplant\u00e9e au Cameroun. Si la France est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des pays exportateurs des institutions d\u00e9mocratiques dans les pays d\u2019Afrique noire francophone, elle tire elle-m\u00eame son identit\u00e9 r\u00e9publicaine de la forme de gouvernement dont la Rome antique fut le socle. Le Cameroun, qui acc\u00e8de \u00e0 la souverainet\u00e9 internationale, n\u2019a pas daign\u00e9 s\u2019inventer un nouveau mod\u00e8le de r\u00e9gime politique. L\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de ce pays a \u00e9t\u00e9 calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le fran\u00e7ais dont les valeurs sont celles drain\u00e9es par les mouvements r\u00e9volutionnaires de 1789. Le manifeste de ces principes fondateurs de la R\u00e9publique hexagonale se trouve \u00eatre la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen de 1789. Cette D\u00e9claration est \u00ab fondatrice du mod\u00e8le r\u00e9publicain fran\u00e7ais \u00bb (Souli\u00e9, 2013, p. 7). Celle-ci va continuer de structurer l\u2019ensemble des trajectoires constitutionnelles de la France et, plus tard, inspirer la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme de 1948[footnote]Adopt\u00e9e par l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU) le 10 d\u00e9cembre 1948 au palais de Chaillot dans la ville de Paris. L\u2019organisation comptait, \u00e0 cette \u00e9poque, cinquante-quatre (54) \u00c9tats membres. Contrairement au terme de droits \u00ab internationaux \u00bb que proposaient les Anglo-saxons, nous devons le terme de droits \u00ab universels \u00bb au Fran\u00e7ais Ren\u00e9 Cassin, alors commissaire national \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation du gouvernement de la France libre.[\/footnote] dont les peuples colonis\u00e9s se sont fortement outill\u00e9s pour conduire leurs luttes d\u2019ind\u00e9pendance (Hessel, 2010, p.7) avec \u00e0 terme sa prise en compte dans les diff\u00e9rentes constitutions[footnote]Le pr\u00e9ambule de la constitution camerounaise de 1996 dispose que \u00ab Le peuple camerounais [\u2026] affirme son attachement aux libert\u00e9s fondamentales inscrites dans la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme [\u2026] \u00bb en est la parfaite illustration.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La seconde consid\u00e9ration identifie les jalons internes de la R\u00e9publique camerounaise. Sont class\u00e9s dans cette perspective, les luttes d\u2019ind\u00e9pendance, le ph\u00e9nom\u00e8ne du maquis, la r\u00e9unification, l\u2019unification, les mouvements des ann\u00e9es 90 li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9mocratisation avec son corollaire de la tripartite, etc. Ces diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements sont un traceur des phases du processus de d\u00e9finition et de construction id\u00e9ologique du mod\u00e8le de gouvernement. Ce sont des moments historiques de construction et de consolidation, de n\u00e9gociation et de ren\u00e9gociation, de solidification de l\u2019id\u00e9al de la <em>res publica<\/em> incorpor\u00e9 dans le corset constitutionnel. Au-del\u00e0 donc de sa trajectoire juridico-institutionnelle (de 1960, ann\u00e9e de proclamation de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de l\u2019\u00c9tat du Cameroun par la constitution du 4 mars de la m\u00eame ann\u00e9e, \u00e0 1984 o\u00f9 il est exactement libell\u00e9 \u00ab R\u00e9publique du Cameroun \u00bb), la construction sociale du gouvernement r\u00e9publicain au Cameroun proc\u00e8de \u00e9galement des \u00e9v\u00e8nements populaires rev\u00eatant tout leur sens de modes populaires d\u2019action politique \u00e0 l\u2019instar des moments fondateurs suscit\u00e9s. Loin d\u2019\u00eatre un simple produit de constitution ou un accident de l\u2019histoire, la \u00ab r\u00e9publicanisation \u00bb de l\u2019\u00c9tat camerounais est le r\u00e9sultat d\u2019une s\u00e9rie de luttes, de mim\u00e9tismes, de n\u00e9gociations, de dialogues, d\u2019interd\u00e9pendances et de tractations entre communaut\u00e9s et r\u00e9seaux (\u00c9lias, 1990, p. 82). Toutefois, son fonctionnement au concret se traduit par un d\u00e9voiement du sens m\u00eame de la r\u00e9publique.<\/p>\r\n\r\n<h2>D\u00e9civilisation des m\u0153urs r\u00e9publicaines et perspectives<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le processus de d\u00e9civilisation tel qu\u2019envisag\u00e9 par \u00c9lias (1989), dans ses <em>\u00c9tudes sur les Allemands<\/em> portant sur la question de la <em>Shoah<\/em>, renvoie \u00e0 une dynamique inverse que celle de la civilisation. Il est un mouvement quasi-parall\u00e8le perceptible lorsque celui-ci supplante ou prend le dessus sur le premier. Ce processus de d\u00e9civilisation est li\u00e9 au concept de \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement\u00a0\u00bb qui pr\u00e9vaut dans la sociologie w\u00e9b\u00e9rienne \u00e9tudiant la\u00a0dynamique de l\u2019Occident. L\u2019on interroge ici le statut des principes, des valeurs et des pratiques r\u00e9publicaines dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Il s\u2019agit concr\u00e8tement d\u2019examiner les comportements en marge de l\u2019orthodoxie r\u00e9publicaine tant au plan institutionnel qu\u2019au plan social, non sans d\u00e9gager des perspectives de repl\u00e2trage.<\/p>\r\n\r\n<h3>D\u00e9voiement du sacrosaint principe de la res publica, \u00e9mergence de rationalit\u00e9s vindicatives\u00a0et crise de citoyennet\u00e9<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019un des pans explicatifs de la crise ambiante de l\u2019identit\u00e9 de la r\u00e9publique au Cameroun, c\u2019est l\u2019inobservation des principes consubstantiels \u00e0 cette forme d\u2019organisation politique. Notamment, celui de la <em>res publica<\/em> entendue comme le bien public et dont le corollaire est la primaut\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et de la logique redistributive dans la gestion quotidienne de la r\u00e9publique constitutionnelle. La d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces valeurs entra\u00eene l\u2019\u00e9closion d\u2019identit\u00e9s parcellaires \u00e0 la fois vindicatives et revendicatrices sur lesquelles l\u2019on reviendra plus bas.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, le respect et la protection de la chose publique sont les matrices structurantes du fonctionnement de la r\u00e9publique. La r\u00e8gle en r\u00e9publique r\u00e9side en la pr\u00e9valence en tout temps et en tout lieu de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Or, au Cameroun \u00ab nous sommes un peuple d\u2019individualistes, plus pr\u00e9occup\u00e9s de r\u00e9ussite personnelle que d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Notre Administration reste perm\u00e9able \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier. Ce dernier est le plus souvent incompatible avec l\u2019int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 nationale. Dans un \u00c9tat moderne, cette d\u00e9rive ne doit pas \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e \u00bb (Paul Biya, 2013). Partant de cet aveu, l\u2019on atteste clairement la dynamique de privatisation du bien public nettement consacr\u00e9e par la pr\u00e9\u00e9minence, dans les pratiques politico-administratives, des rationalit\u00e9s en finalit\u00e9 sur la rationalit\u00e9 en valeur. Cette pr\u00e9valence des rationalit\u00e9s individuelles particularistes et primaires sur la rationalit\u00e9 r\u00e9publicaine collectiviste et g\u00e9n\u00e9rale tend \u00e0 s\u2019institutionnaliser. D\u2019autant que les pratiques de corruption et les actes de d\u00e9tournement de fonds semblent s\u2019\u00e9riger en un principe au c\u0153ur de \u00ab l\u2019\u00c9tat-r\u00e9publique \u00bb, et ce, au grand dam de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019exacerbation de ces comportements n\u2019est pas sans effets corrosifs sur l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de l\u2019\u00c9tat. Elle entra\u00eene ainsi l\u2019\u00e9rosion des valeurs inh\u00e9rentes \u00e0 cette forme de gouvernement, consacrant par voie de cons\u00e9quence l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00c9tat n\u00e9o-patrimonial dont parlent les auteurs de la trampe de Bayart (1985), M\u00e9dard (1990), Gazibo et Bach (Bach et Gazibo, 2011), etc.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00c9tat n\u00e9o-patrimonial se caract\u00e9rise par l\u2019indiff\u00e9renciation de la chose publique et de celle priv\u00e9e et se manifeste par l\u2019appropriation et l\u2019usage priv\u00e9 des ressources publiques. Il implique une pr\u00e9valence des formes de rationalit\u00e9s primordialistes[footnote]Le concept de primordialisme emprunt\u00e9 \u00e0 Neil Smelser d\u00e9signe les formes de \u00ab relation particulariste pr\u00e9sent\u00e9e et re\u00e7ue comme d\u00e9rivant d\u2019une appartenance ressentie comme naturelle et prescrite, et que l\u2019individu accepte de placer au-dessus de toute autre all\u00e9geance \u00bb (Ferreol, 2004, p. 217).[\/footnote] ou d\u2019int\u00e9r\u00eats individuels sur les rationalit\u00e9s institutionnelles au sein de la r\u00e9publique, de l\u2019\u00c9tat moderne. Les pratiques de pr\u00e9dation et de captation des richesses par les acteurs\/actrices et agents publics de l\u2019\u00c9tat y sont l\u00e9gion. La sociologie des pratiques politiques au Cameroun faite par Bayart (1989) d\u00e9montre la forte propension \u00e0 ce qu\u2019il nomme la \u00ab politique du ventre \u00bb dont l\u2019expression la plus embl\u00e9matique est l\u2019accumulation des rentes et des pr\u00e9bendes par les personnes qui incarnent les institutions r\u00e9publicaines. Ces comportements parasitaires contraires aux rep\u00e8res et principes r\u00e9publicains engendrent une double dynamique de fragilisation des institutions et de s\u00e9cr\u00e9tion d\u2019hommes\/de femmes fort-e-s \u00e0 leur t\u00eate qui, par ricochet, sont capables d\u2019organiser leur paralysie fonctionnelle. Ces r\u00e9alit\u00e9s qui ne sont nullement ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019\u00c9tat du Cameroun entra\u00eenent sans doute la dilution de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de cet \u00c9tat qui, pour citer l\u2019ancien pr\u00e9sident am\u00e9ricain Obama (2009), n\u2019a fondamentalement pas besoin de la fabrication d\u2019hommes ou de femmes fort-e-s, mais davantage de l\u2019\u00e9dification d\u2019institutions fortes pour que, par la force des choses, le pouvoir arr\u00eate le pouvoir (Montesquieu, 1748).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les comportements et pratiques n\u00e9o-patrimoniaux constituent ainsi des facteurs de d\u00e9sinstitutionalisation. L\u2019\u00e9vanescence de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine se manifeste \u00e0 travers la privatisation du pouvoir \u00e0 laquelle se livrent les \u00e9lites politiques n\u00e9o-patrimoniales et \u00e0 travers leur gestion informelle des biens publics. La pr\u00e9valence des logiques d\u2019individualisation des citoyen-ne-s comme opposition \u00e0 la rationalit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat garant de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral hypoth\u00e8que l\u2019id\u00e9al de la r\u00e9partition \u00e9quitable de la richesse nationale.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En outre, l\u2019analyse des pratiques institutionnelles \u00e0 l\u2019aune de l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain donne \u00e0 constater plut\u00f4t une r\u00e9partition in\u00e9quitable des richesses nationales. En 2011, par exemple, la Banque mondiale relevait que le Cameroun est \u00ab en retard pour l\u2019atteinte de la plupart des Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement (OMD), notant notamment une \u2018\u2018in\u00e9gale distribution des ressources\u2019\u2019 \u00bb (Pigeaud, 2011, p. 6). \u00c0 l\u2019observation, une poign\u00e9e d\u2019acteurs et d\u2019actrices politiques semblent s\u2019accaparer de l\u2019essentiel de la production nationale. \u00ab Pays o\u00f9 [\u2026] la majorit\u00e9 des gens n\u2019ont pas de quoi vivre alors qu\u2019une petite poign\u00e9e d\u2019arrivistes se partagent impun\u00e9ment les richesses du pays \u00bb (Pigeaud, 2011, p. 50). Le foss\u00e9 entre plus riches et plus pauvres ne cesse de se creuser avec, \u00e0 la cl\u00e9, une dynamique de paup\u00e9risation des pauvres et d\u2019embourgeoisement des riches. Aussi, le d\u00e9bat public au Cameroun rapporte l\u2019existence de deux principales classes sociales: la classe des nanti-e-s et la classe des laiss\u00e9.e.s-pour-compte.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9mergence d\u2019identit\u00e9s parcellaires \u00e0 la fois vindicatives et revendicatrices, que l\u2019on \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 plus haut, consacre la configuration de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les rationalit\u00e9s minoritaires. Ces identit\u00e9s \u00e0 la fois fortuites et furtives \u00e9pousent g\u00e9n\u00e9ralement des configurations tant\u00f4t linguistiques, tant\u00f4t r\u00e9gionales et\/ou ethniques. La crise dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est constitutive d\u2019une rationalit\u00e9 minoritaire sur fond linguistique: l\u2019anglais comme ressource de mobilisation et de revendication. \u00ab<em>\u00a0We are marginalize in \u2018\u2018la Republique<\/em>\u2019\u2019\u00a0\u00bb[footnote]Expression davantage utilis\u00e9e par les \u00ab\u00a0s\u00e9cessionnistes\u00a0\u00bb pour diff\u00e9rencier le r\u00e9gime camerounais du territoire de <em>l\u2019ex <\/em>\u00ab<em>\u00a0Southern Cameroon\u00a0<\/em>\u00bb<em>.<\/em>[\/footnote]. Aussi parle-t-on de la \u00ab crise anglophone \u00bb dont la trame explicative ne se dissocie pas d\u2019une situation de d\u00e9saccord entre les populations, les entit\u00e9s groupusculaires ou mieux corporatistes et les institutions de la R\u00e9publique. De fait, si les \u00e9v\u00e8nements dans les r\u00e9gions anglophones du pays ont pour point de d\u00e9part des revendications de corporations d\u2019avocats et d\u2019enseignants, la s\u00e9dimentation qu\u2019ils ont connue am\u00e8ne \u00e0 postuler sans ambages l\u2019\u00e9mergence, par le biais de ces mouvements, d\u2019une sorte de vendetta, de comportements vindictes en marge de l\u2019esprit r\u00e9publicain en consolidation dans le triangle national. L\u2019amenuisement du capital de confiance entre ces populations et le mod\u00e8le de gouvernance, propos\u00e9 et jusque-l\u00e0 impl\u00e9ment\u00e9 sur l\u2019\u00e9tendue du territoire, s'est illustr\u00e9 par des actes de d\u00e9fiance envers l\u2019autorit\u00e9, de profanation des valeurs et symboles de la R\u00e9publique. Une mont\u00e9e des incivilit\u00e9s qui acc\u00e9l\u00e8re le ph\u00e9nom\u00e8ne de la d\u00e9liquescence de l\u2019identit\u00e9 de la R\u00e9publique.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019on note dans cette veine, les diff\u00e9rentes attaques perp\u00e9tr\u00e9es sur les installations diplomatiques de la \u00ab\u00a0R\u00e9publique du Cameroun\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment en France en Afrique du sud, en Belgique et au Canada. Dans ce dernier pays, l\u2019occupation de l\u2019ambassade par des individus se r\u00e9clamant de l\u2019\u00c9tat d\u2019\u00ab\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 suivi d\u2019actes de d\u00e9sacralisation du drapeau camerounais. Au fait, arrach\u00e9 de son m\u00e2t par des individus, l\u2019\u00e9toffe aux couleurs nationales (vert, rouge et jaune) a \u00e9t\u00e9 malmen\u00e9e et incendi\u00e9e. L\u2019atteinte \u00e0 l\u2019image de la R\u00e9publique est d\u2019autant plus saisissante que le drapeau ait \u00e9t\u00e9 brul\u00e9 avec des flammes allum\u00e9es sur une \u00e9toffe de pagne \u00e0 l\u2019effigie du Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti majoritaire au pouvoir depuis sa cr\u00e9ation en 1985.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette crise de l\u00e9gitimit\u00e9 est cons\u00e9cutive \u00e0 une crise de confiance entre les populations mandantes et les personnes mandataires. Autrement dit, de la rupture du contrat social entre gouvernant-e-s et gouvern\u00e9-e-s. Entre crise de l\u00e9gitimit\u00e9 et crise de confiance, la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative balise de la R\u00e9publique semble \u00ab\u00a0retourner sa veste\u00a0\u00bb. L\u2019esprit du gouvernement repr\u00e9sentatif semble pourtant clair:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">une d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative o\u00f9 le peuple \u00e9lit ses repr\u00e9sentants qui iront si\u00e9ger \u00e0 diff\u00e9rents \u00e9chelons du pouvoir (commune, r\u00e9gion, nation) et prendre des d\u00e9cisions en lieu et place du peuple (vote des lois, vote du budget) et uniquement dans l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 court, moyen et long terme de ce peuple (Lakehal, 2005, p.\u00a0129-130).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La confiscation du pouvoir par des \u00e9lites dirigeantes quasi scl\u00e9ros\u00e9es est \u00e9galement un marqueur de la dynamique de configuration de rationalit\u00e9s particularistes et groupusculaires vindicatives. Le manque d\u2019alternance \u00e0 des postes de pouvoir politico-administratif entra\u00eene une sorte de dynastisation de la r\u00e9publique \u00e0 travers ce que Owona Nguini (2009) appelle le \u00ab Gouvernement perp\u00e9tuel \u00bb. Le trait caract\u00e9ristique de ce mode de gouvernement est la long\u00e9vit\u00e9 des autorit\u00e9s incarnant le pouvoir politique et administratif de l\u2019\u00c9tat. Une revue rapide de quelques \u00e9lites politiques inamovibles depuis le r\u00e9gime Ahidjo jusqu\u2019\u00e0 celui de Biya, et encore aux affaires, administre la preuve \u00e0 notre propos. Entre autres Paul Biya, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique depuis 1982; Cavaye Yegui\u00e9 Djibril, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale depuis 1992 compte plus de 25 ans de monopole au perchoir et d\u00e9put\u00e9 depuis 1972 (Alawadi, 2011); Niat Njifenji, actuel pr\u00e9sident du s\u00e9nat qui fut directeur de la soci\u00e9t\u00e9 nationale d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sous le r\u00e9gime Ahidjo; Ayang Luc, pr\u00e9sident du Conseil \u00c9conomique et Social depuis 1984, soit 33 ans \u00e0 la t\u00eate de cette institution; Adolphe Moudiki, directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9 nationale des hydrocarbures depuis 1983. Il comptabilise 34 ans de conservation de sa position. L\u2019on peut ajouter Yang Phil\u00e9mon premier ministre de Paul Biya de 2009 \u00e0 2019 qui fut \u00e9galement ministre sous le r\u00e9gime Ahidjo. La liste de ces ind\u00e9boulonnables de la R\u00e9publique est loin d\u2019\u00eatre exhaustive.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019on peut admettre avec Salah que \u00ab les impacts puissants, social et culturel, laiss\u00e9s par la colonisation, en particulier sur le plan linguistique ont conduit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la question de l\u2019identit\u00e9 sous la forme d\u2019un conflit \u00bb (2004, p. 35-36). L\u2019essor de ces identit\u00e9s dans la R\u00e9publique camerounaise en construction tend \u00e0 ralentir ce processus. La persistance des tensions li\u00e9es \u00e0 la mont\u00e9e des particularismes contribue \u00e0 la d\u00e9construction des attributs r\u00e9publicains. L\u2019histoire sociopolitique du Cameroun nous enseigne que les ambitions et volont\u00e9s politiques ont, dans leur projet unificateur, renvoy\u00e9 les particularit\u00e9s ethniques, r\u00e9gionales et locales au second plan, mais ils ne les ont ni abolies ni d\u00e9truites. Celles-ci (re)surgissent de temps \u00e0 autre au-devant de la sc\u00e8ne (Salah, <em>ibid<\/em>.). C\u2019est dans cette perspective que l\u2019on peut inscrire la r\u00e9daction et la publication des memoranda qui, comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode, deviennent une strat\u00e9gie de revendication privil\u00e9gi\u00e9e par de nombreuses r\u00e9gions et localit\u00e9s.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0L\u2019on peut ainsi citer le \u00ab m\u00e9morandum sur les probl\u00e8mes du Grand-Nord \u00bb publi\u00e9 en septembre 2002 qui dresse un bilan de l\u2019\u00e9tat des provinces septentrionales du Cameroun. Tout en rappelant le poids d\u00e9mographique des trois provinces, les \u00e9lites d\u00e9plorent leur sous-repr\u00e9sentation au sein de la fonction publique. Tout aussi grave aux yeux de l'\u00e9lite, les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux services publics et aux hautes fonctions de l\u2019\u00c9tat. En janvier 2009 est publi\u00e9 le \u00ab m\u00e9morandum sur les profondes pr\u00e9occupations et frustrations de la r\u00e9gion de l\u2019Est \u00bb. Dans ce document de dix pages, les signataires mettent le doigt sur la situation de d\u00e9laissement et d\u2019exclusion de leurs populations sur le plan \u00e9ducatif, \u00e9conomique, social et infrastructurel. Les \u00e9lites font aussi remarquer leur sous-repr\u00e9sentation dans les hautes sph\u00e8res de l\u2019\u00c9tat. C'est dans ce registre que s\u2019inscrit \u00e9galement le \u00ab m\u00e9morandum des montagnards chr\u00e9tiens et animistes du Mayo-Sava \u00bb, un document dans lequel les auteur-e-s revendiquent une certaine justice sociale et qui d\u00e9nonce l\u2019exclusion de la majorit\u00e9 des montagnards animistes au profit de la classe d\u2019\u00e9lite essentiellement musulmane et issue d\u2019une minorit\u00e9 d\u00e9mographique. Signalons en outre un autre m\u00e9morandum publi\u00e9 en mai 2009 sous le titre \u00ab m\u00e9morandum: la travers\u00e9e du d\u00e9sert des Massa sous le renouveau \u00bb. Les \u00e9lites de ce groupe ethnique d\u00e9noncent \u00e0 leur tour l\u2019absence des Massa dans le gouvernement et dans les grandes structures de l\u2019\u00c9tat et ce, en d\u00e9pit de la victoire du RDPC, parti au pouvoir, dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2007.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au regard de la r\u00e9manence pr\u00e9gnante des rationalit\u00e9s utilitaristes qui vide le gouvernement r\u00e9publicain camerounais de toute sa substance, la reconqu\u00eate des valeurs qui lui sont inh\u00e9rentes est de mise, si ce n\u2019est imp\u00e9rieuse.<\/p>\r\n\r\n<h3>Les strat\u00e9gies de <em>republic rebuilding<\/em>: \u00e0 la reconqu\u00eate des valeurs r\u00e9publicaines<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9prouv\u00e9e par une dynamique d\u2019effritement, la r\u00e9publique au Cameroun m\u00e9rite d\u2019\u00eatre repens\u00e9e \u00e0 l\u2019aune des enjeux et des d\u00e9fis contemporains. Notamment la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratiquement inclusive. Dans un \u00c9tat o\u00f9 l\u2019\u00e9thique et la morale r\u00e9publicaine semblent v\u00e9g\u00e9ter, il y a lieu d\u2019interroger de mani\u00e8re combin\u00e9e, l\u2019action publique \u00e9tatique de pr\u00e9servation de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine, les strat\u00e9gies organisationnelles tant internationales, nationales que locales susceptibles d\u2019\u00e9viter la d\u00e9gradation des valeurs et d\u00e9sagr\u00e9gation de la r\u00e9publique. Les strat\u00e9gies de repl\u00e2trage de l\u2019\u00e9difice r\u00e9publicain passent ainsi par la remoralisation de la vie publique et la r\u00e9appropriation des piliers fondamentaux de la r\u00e9publique, voire la r\u00e9invention des mythes fondateurs de ce mod\u00e8le de gouvernement.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au regard de l\u2019exacerbation de comportements en marge des prescriptions r\u00e9publicaines, l\u2019\u00c9tat, garant de la sauvegarde de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et du bien public commun, d\u00e9veloppe des strat\u00e9gies de r\u00e9conciliation entre sa population et ses attributs r\u00e9publicains. C\u2019est dans cette perspective que l\u2019action publique de ces derni\u00e8res ann\u00e9es est orient\u00e9e vers des mesures d\u2019intensification du civisme et du patriotisme, ainsi que de construction d\u2019une citoyennet\u00e9 responsable de type r\u00e9publicain (Abe, 2005). Les politiques d\u2019intensification du civisme portent essentiellement sur le r\u00e9f\u00e9rentiel global de l\u2019\u00e9ducation civique. Au fait, \u00ab\u00a0le civisme est une valeur civilisatrice moderne qui se vit au quotidien des peuples; il est la marque d\u2019une appartenance \u00e0 une collectivit\u00e9, au service d\u2019une m\u00eame nation ou de m\u00eames id\u00e9aux\u00a0\u00bb[footnote]\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux du civisme, Sorbonne, France 1946 cit\u00e9 dans le Document \u00ab\u00a0R\u00e9f\u00e9rentiel National d\u2019\u00c9ducation Civique et d\u2019Int\u00e9gration National\u00a0\u00bb, p.\u00a04. Consult\u00e9 \u00e0 l\u2019adressehttp:\/\/www.minjec.gov.cm\/images\/educationcivique\/referentielf.pdf[\/footnote]. L\u2019objectif \u00e9tant ici de faire germer chez les populations le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 la R\u00e9publique camerounaise. La cr\u00e9ation et l\u2019op\u00e9rationnalisation de l\u2019agence du service civique national de participation au d\u00e9veloppement en novembre 2010 participent de cet \u00e9lan. Elle a pour principale mission la restauration du civisme et du patriotisme dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Elle \u0153uvre concr\u00e8tement \u00e0 la promotion du sentiment national et patriotique, du sens de la discipline, de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de la tol\u00e9rance, de la dignit\u00e9 du travail, de l\u2019esprit civique et de la culture de la paix[footnote]<em>Ibid<\/em>.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La construction d\u2019une citoyennet\u00e9 responsable en est une autre gageure de consolidation de l\u2019identit\u00e9 de la r\u00e9publique. L\u2019\u00e9ducation civique appara\u00eet alors comme le principal canal d\u2019inculcation des valeurs citoyennes. De prime \u00e0 bord, l\u2019\u00e9ducation civique s\u2019entend comme le fait d\u2019amener les populations \u00e0 d\u00e9velopper par elles et pour elles-m\u00eames le sens de la citoyennet\u00e9 et, pour leur communaut\u00e9 d\u2019appartenance, pour la r\u00e9publique et les valeurs auxquelles elles doivent absolument adh\u00e9rer. La mise sur pied du Conseil National de la Jeunesse comme cadre privil\u00e9gi\u00e9 de rencontre, de concertation, d\u2019initiative et de participation de la frange jeune au respect et \u00e0 la pr\u00e9servation durable des id\u00e9aux de la r\u00e9publique en est la parfaite illustration.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de l\u2019action de l\u2019\u00c9tat, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile doivent d\u00e9ployer en \u00e9troite synergie avec les pouvoirs publics, leur part active dans l\u2019\u00e9mergence d\u2019une culture de citoyennet\u00e9 en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9, d\u2019implication dans la gestion des affaires publiques, de la participation volontaire et effective aux activit\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de la solidarit\u00e9 avec les autres membres de la collectivit\u00e9, de l\u2019amour de la patrie et du respect des lois en vigueur (Okodoko <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2008, p.\u00a02). Le d\u00e9ficit du patriotisme, v\u00e9ritable gangr\u00e8ne de la r\u00e9publique devrait \u00eatre palli\u00e9 par une ren\u00e9gociation des rapports entre les citoyen-ne-s et les embl\u00e8mes et symboles nationaux, entre le peuple camerounais et son histoire. Dans ce dessein, le pays peut faire appel \u00e0 la m\u00e9moire collective nationale en s\u2019appesantissant sur des r\u00e9cits et souvenirs rassembleurs.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019intensification du patriotisme, du civisme et de la citoyennet\u00e9 comme rempart \u00e0 l\u2019id\u00e9al-type de la r\u00e9publique devra se faire avec l\u2019impl\u00e9mentation effective du Document r\u00e9f\u00e9rentiel de l\u2019\u00e9ducation civique et de l\u2019int\u00e9gration nationale au Cameroun qui est un concentr\u00e9 de strat\u00e9gies de (re)construction d\u2019un vouloir-vivre-ensemble. L\u2019urgence de repenser la R\u00e9publique camerounaise passe n\u00e9cessairement par ce canal propice \u00e0 l\u2019\u00e9dification de la \u00ab\u00a0R\u00e9publique exemplaire\u00a0\u00bb tant clam\u00e9e par le chef de l\u2019\u00c9tat. La reconstitution de l\u2019\u00e9pave de la r\u00e9publique dans \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat au Cameroun\u00a0\u00bb (Bayart, 1985) implique \u00e9galement la r\u00e9appropriation urgente des piliers de l\u2019id\u00e9al-type r\u00e9publicain, \u00e0 l\u2019instar du principe d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de r\u00e9partition \u00e9quitable de la richesse nationale, et de celui de l\u2019indivisibilit\u00e9 du territoire national.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La construction et l\u2019am\u00e9nagement d\u2019institutions fortes et stables constituent l\u2019ultime solution au ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019inobservation du sacro-saint principe de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral dans la gestion de la vie politique et des affaires publiques. Ainsi, par la force des choses, on assistera alors \u00e0 la d\u00e9personnalisation du pouvoir; \u00e0 la d\u00e9-privatisation du bien public et du service public et, surtout \u00e0 la d\u00e9-personnification des institutions. L\u2019omnipr\u00e9sence dans l\u2019esprit des acteurs et actrices de la vie publique de cette valeur inh\u00e9rente \u00e0 la r\u00e9publique demeure l\u2019une des voies et des conditions de possibilit\u00e9. Il s\u2019agit, plus concr\u00e8tement, de rendre effective la pratique de la gouvernance redistributive, juste et \u00e9quitable dans tous les compartiments de la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Du niveau micro au niveau macro en passant par le niveau m\u00e9so-social, le management de <em>l\u2019accountability <\/em>devrait pr\u00e9valoir. Pour ce faire, il ne suffit pas de recourir simplement \u00e0 l\u2019approche platonicienne selon laquelle l\u2019am\u00e9lioration de la gestion publique n\u2019est possible que lorsque les savant.e.s-intellectuel.le.s se mettraient \u00e0 gouverner ou alors, lorsque les gouvernant-e-s eux-m\u00eames\/elles-m\u00eames se mueraient en ma\u00eetres-ses penseurs\/penseuses. Encore faut-il une appropriation et une pr\u00e9valence des grandes valeurs morales de justice, d\u2019\u00e9thique, d\u2019\u00e9quit\u00e9, de vertu, dans les comportements quotidiens de ces derniers\/derni\u00e8res et du citoyen ou de la citoyenne ordinaire. L\u2019attachement ind\u00e9fectible aux valeurs se pose ainsi comme le glas des pratiques pr\u00e9varicatrices et pr\u00e9datrices propres aux entrepreneuses et entrepreneurs politico-administratifs. D\u2019autant que la r\u00e9publique \u00ab\u00a0suppose\u00a0\u00bb la communalisation des fins, la communaut\u00e9 de destins.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Bien plus encore, il s\u2019impose au commun des Camerounais-es le d\u00e9fi du renforcement du mythe de l\u2019indivisibilit\u00e9 de la r\u00e9publique \u00e0 travers une r\u00e9conciliation avec la m\u00e9moire collective nationale fond\u00e9e sur des r\u00e9cits et souvenirs rassembleurs. Pour ce faire et, pour la reconqu\u00eate des valeurs et pratiques r\u00e9publicaines, il y a lieu de songer au d\u00e9veloppement d\u2019un projet de sciences sociales r\u00e9publicaines dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise contemporaine, envisageant ainsi, leur dimension p\u00e9dagogique et donc, politique (Saada, 2003, p.\u00a043).<\/p>\r\n\r\n<h2>Conclusion<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude a analys\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9senchantement du r\u00e9gime r\u00e9publicain au Cameroun. Il ressort, apr\u00e8s expos\u00e9 de la sociogen\u00e8se et de la constitution de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de ce pays, que la dynamique d\u2019\u00e9vanescence des rep\u00e8res et valeurs consubstantielles \u00e0 cette forme de gouvernement est tributaire de la dialectique des rationalit\u00e9s avec une nette pr\u00e9valence et un fort tropisme des rationalit\u00e9s en finalit\u00e9 sur les rationalit\u00e9s en valeur. Le processus de d\u00e9civilisation des m\u0153urs r\u00e9publicaines \u00e0 l\u2019\u0153uvre t\u00e9moigne donc du triomphe des rationalit\u00e9s particularistes sur les rationalit\u00e9s en valeur redistributives. Il s\u2019agit, entre autres, des situations d\u2019exacerbation de la d\u00e9fiance envers les institutions r\u00e9publicaines. Cela se per\u00e7oit concr\u00e8tement \u00e0 travers la r\u00e9partition in\u00e9quitable de la richesse nationale et via la gestion quasi patrimoniale de l\u2019\u00c9tat qui n\u2019en constitue pas moins un facteur de sa d\u00e9sinstitutionalisation. Tout compte fait, b\u00e2tir cette forme de gouvernement demeure une \u00e9volution permanente. Il revient donc \u00e0 tou(te)s les acteurs\/actrices de la vie publique nationale (aux institutions scolaires, aux partis politiques, aux gouvernant-e-s, aux m\u00e9dias et aux familles) d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019avant-garde de la promotion des valeurs de citoyennet\u00e9, des principes d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral au nom de laquelle le vivre-ensemble conviviale (Napo, 2013, p.\u00a023) sanctuariserait l\u2019identit\u00e9 de la R\u00e9publique. Encore qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9dification d\u2019une culture r\u00e9publicaine digne de ce nom sans une dimension sociohistorique qui en constitue la trame fondamentale. La r\u00e9publique ne se r\u00e9duit nullement \u00e0 la proclamation constitutionnelle d\u2019une forme de gouvernement. Elle doit s\u2019appuyer sur les m\u00e9canismes davantage int\u00e9grateurs qui maintiennent l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019ensemble. Au rang de ceux-ci se trouvent les politiques sociales pour que la r\u00e9publique se traduise en actes.<\/p>\r\n\r\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abe, Claude. 2005. Multiculturalisme, cosmopolitisme et int\u00e9gration politique en milieu urbain: les d\u00e9fis de la citoyennet\u00e9 de type r\u00e9publicain \u00e0 Douala et Yaound\u00e9. <em>Polis, Revue Camerounaise de Science politique<\/em>, <em>12<\/em>, 43-73.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alawadi, Z\u00e9lao. 2011. \u00c9lite traditionnelle et domination dans le champ politique local: illustrations \u00e0 partir de l\u2019arrondissement de Tokomb\u00e9r\u00e9 dans l\u2019Extr\u00eame-Nord Cameroun.\r\n<a href=\"http:\/\/research.unileipzig.de\/eniugh\/congress\/fileadmin\/eniugh2011\/papers\/Zelao_Elit_traditionel_et_chanp_politic.pdf\">http:\/\/research.unileipzig.de\/eniugh\/congress\/fileadmin\/eniugh2011\/papers\/Zelao_Elit_traditionel_et_chanp_politic.pdf<\/a>,<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aristote. 1959. <em>L\u2019\u00c9thique \u00e0 Nicomaque <\/em>(J. Tricot, trad.). \u00c9ditions les \u00e9chos du maquis.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bach, Daniel et Gazibo, Mamoudou (dir.). 2011. <em>L\u2019\u00c9tat n\u00e9o-patrimonial. Gen\u00e8se et trajectoires contemporaines<\/em>. Ottawa: PUO.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 1985. <em>L\u2019\u00c9tat au Cameroun<\/em> (2e \u00e9dition)<em>. <\/em>Paris: Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 1989.\u00a0<em>L\u2019\u00c9tat en Afrique. La politique du ventre<\/em>. Paris: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Berstein, Serge. 1992. La culture r\u00e9publicaine dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Dans S. Berstein et O. Rudelle (dir.), <em>Le Mod\u00e8le r\u00e9publicain. \u00ab\u00a0Politique\u00a0\u00bb<\/em>. Paris: PUF-Hachette.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Berstein, Serge et Rudelle, Odile (dir.). 1992. <em>Le Mod\u00e8le r\u00e9publicain. \u00ab\u00a0Politique\u00a0\u00bb<\/em>. Paris: PUF-Hachette.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Borgetto, Michel et Lafore, Robert. 2000. <em>La R\u00e9publique sociale. Contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la question d\u00e9mocratique en France. <\/em>Paris: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Couderc, Raymond. 2001. <em>La R\u00e9publique d\u00e9voy\u00e9e<\/em>. Toulouse: Privat.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9lias, Norbert. 1990. <em>La Dynamique de l\u2019Occident<\/em>. Paris: Agora.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ewangue, Jean-Lucien (dir). 2009.<em> Enjeux g\u00e9opolitiques en Afrique Centrale<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ferreol, Gilles (dir.). 2004. <em>Dictionnaire de sociologie,<\/em> Paris, Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gardi, Romain. 2009. <em>Reconqu\u00e9rir la R\u00e9publique: Essai sur la gen\u00e8se de l\u2019insurrection de D\u00e9cembre 1851 dans l\u2019arrondissement d\u2019Apt<\/em>. M\u00e9moire de Master 2, Universit\u00e9 d\u2019Avignon et des Pays de Vaucluse.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hessel, St\u00e9phane. 2010. <em>Indignez-vous<\/em>. Montpellier: Indig\u00e8ne \u00e9ditions<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hobbes, Thomas. 1651. <em>L\u00e9viathan<\/em>. Londres: Wencesla Hollar.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lakehal, Mokhtar. 2005. <em>Dictionnaire de science politique<\/em> (2e \u00e9dition). Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9dard, Jean-Fran\u00e7ois. 1990. L\u2019\u00c9tat patrimonialis\u00e9. <em>Politique africaine<\/em>, <em>39<\/em>, 25-36.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Montesquieu. 1748. <em>De l\u2019Esprit des lois<\/em>. Premi\u00e8re partie: livres I \u00e0 VIII (1748), Gen\u00e8ve.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Napo, Gbati. 2013. Du processus de d\u00e9mocratisation \u00e0 la crise de citoyennet\u00e9 et des institutions de socialisation. <em>Revue Perspective &amp; Soci\u00e9t\u00e9<\/em>,<em> 5<\/em> (1 et 2), 7-29.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nay, Olivier. 2008. <em>Lexique de science politique<\/em>. Paris: Dalloz.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicolet, Claude. 1982. <em>L\u2019Id\u00e9e r\u00e9publicaine en France. Essai d\u2019histoire critique (1789-1924)<\/em>. Paris: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicolet, Claude. 2000. <em>Histoire, Nation, R\u00e9publique<\/em>. Paris: Odile Jacob.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicolet, Claude, Vovelle, Michel, Huard, Raymond et Martelli, Roger. 1992. <em>La Passion de la R\u00e9publique<\/em>. Paris: \u00c9ditions Sociales.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Owona Nguini, Mathias \u00c9ric. 2009. Le Gouvernement perp\u00e9tuel en Afrique Centrale: le temps politique pr\u00e9sidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme dans la CEMAC. Dans Jean Lucien Ewangue (dir.), <em>Enjeux g\u00e9opolitiques en Afrique centrale<\/em> (p.\u00a0255-268). Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pigeaud, Fanny. 2011. <em>Au Cameroun de Paul Biya. <\/em>Paris: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Platon. 1881. <em>La R\u00e9publique<\/em>. Livre VIII, (543a-568c).\r\n<a href=\"http:\/\/remacle.org\/bloodwolf\/philosophes\/platon\/rep8.htm\">http:\/\/remacle.org\/bloodwolf\/philosophes\/platon\/rep8.htm<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Poulat, \u00c9mile. 1980. La R\u00e9publique contre les libert\u00e9s? Les restrictions aux libert\u00e9s publiques de 1879 \u00e0 1914 (compte rendu).<em> Archives de sciences sociales des religions<\/em>, <em>2<\/em> (49), 284-285.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Renard, Didier, Borgetto, Michel et Lafore, Robert. 2001. La R\u00e9publique sociale: contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la question d\u00e9mocratique en France. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, <em>51<\/em> (3), 498-500.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rousseau, Jean-Jacques. 1762. <em>Du contrat social<\/em>. Livre III.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Saada, Emmanuelle. 2003. La r\u00e9publique dans l\u2019histoire coloniale. <em>Cahiers Jaur\u00e8s<\/em>, <em>3<\/em> (169-170), 41-43.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Salah, Hermassi Mohamed. 2004.\u00a0<em>Une approche de la probl\u00e9matique d\u2019identit\u00e9: le Maghreb arabe contemporain<\/em>. Islam occident, L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souli\u00e9, St\u00e9phan. 2013. La D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen de 1789. <em>Contribution,\u00a0CNDP. <\/em>\r\n<a href=\"http:\/\/www.media.eduscol.education.fr\/file\/droits_homme\/94\/5\/DDHC_brochure_Web_271945.pdf\">www.media.eduscol.education.fr\/file\/droits_homme\/94\/5\/DDHC_brochure_Web_271945.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Taguieff, Pierre-Andr\u00e9. 1996. <em>La R\u00e9publique menac\u00e9e<\/em>. Paris: Textuel.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Taguieff, Pierre-Andr\u00e9. 2005. <em>La R\u00e9publique enlis\u00e9e<\/em>. Paris: \u00c9ditions des Syrtes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vedel, Georges. 1992. Lacorne (D.) \u2013 L\u2019invention de la R\u00e9publique, Le mod\u00e8le am\u00e9ricain (compte rendu).<em> Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>,<em> 1<\/em>, 128-129.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vovelle, Michel (\u00e9d.). 1988. <em>L\u2019\u00c9tat de la France pendant la R\u00e9volution 1789-1799<\/em>. Paris: La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Weber, Max. 1990. <em>Le Savant et le politique<\/em>. Paris: Plon.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude esquisse une analyse de l\u2019effectivit\u00e9 de la vision r\u00e9publicaine de l\u2019\u00c9tat au Cameroun. Cette vision ontologique de la r\u00e9publique (<em>res publica<\/em>) est constitutionnellement proclam\u00e9e et politiquement revendiqu\u00e9e. Mais au regard des pratiques politiques, peut-on v\u00e9ritablement parler d\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain? \u00c0 l\u2019examen des processus d\u2019\u00e9tatisation, l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain se concr\u00e9tise par la mise en place progressive d\u2019un ensemble d\u2019institutions garantes de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Cette effectivit\u00e9 historique qui consacre le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9tat r\u00e9publicain est cependant querell\u00e9e \u00e0 l\u2019observation des pratiques institu\u00e9es de gouvernance politique. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une (r\u00e9)appropriation pratique, contemporaine et collective, des m\u0153urs r\u00e9publicaines. Cette (r\u00e9)appropriation va bien au-del\u00e0 de la simple production des institutions dites d\u00e9mocratiques et vainement r\u00e9publicaines.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/cameroun\/\">Cameroun<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/desenchantement\/\">D\u00e9senchantement<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/moeurs\/\">M\u0153urs<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/rationalite\/\">Rationalit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/republique\/\">R\u00e9publique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/republique-constitutionnelle\/\">R\u00e9publique constitutionnelle<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This study attempts to analyze the effectiveness of the republican vision of the state in Cameroon. This ontological vision of the republic (res publica) is constitutionally proclaimed and politically vindicated. But in the light of political conventions, can we really speak of a republican state? Upon the examination of processes in State development, the Republican State is concretized by the progressive establishment of a set of institutions guaranteeing the general interest. This historical effectivity, which consecrates the development of the republican state, is, however, quarrelled with the observation of established practices of political governance. Hence there is a need for practical, contemporary and collective appropriation of republican values. That appropriation goes far beyond the mere production of so-called democratic and ineffective republican institutions.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/cameroon\/\">Cameroon<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/constitutional-republic\/\">Constitutional republic<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/disenchantment\/\">Disenchantment<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/rationalities\/\">Rationalities<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/republic\/\">Republic<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/values\/\">Values<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>10 d\u00e9cembre 2017<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>7 juillet 2019<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>7 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La r\u00e9publique est-elle une id\u00e9e (Nicolet, 1982) ou une passion, comme le sugg\u00e8rent Nicolet, Vovelle, Huard et Martelli (1992)? N\u2019est-elle pas un mod\u00e8le ou simplement une culture politique, comme le postule Berstein (1992)? Au fait, le terme r\u00e9publique renvoie \u00e0 une forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir n\u2019est la propri\u00e9t\u00e9 de personne. Tel est le sens de la pens\u00e9e philosophique de ses th\u00e9oricien-ne-s tels Platon et Aristote pour qui la notion se ram\u00e8ne \u00e0 ses origines grecque <em>politeia<\/em> et latine<em>\u00a0res publica,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0la chose publique\u00a0\u00bb (Nay, 2008, p.\u00a0470). Elle est impersonnelle et se fonde sur le sacro-saint principe de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. La philosophie politique aristot\u00e9licienne l\u2019\u00e9rigea au rang des formes justes de r\u00e9gimes politiques. Celle-ci se pr\u00e9sente alors comme le gouvernement de la majorit\u00e9, un mode d\u2019organisation politique dans laquelle un grand nombre d\u2019individus d\u00e9tient les r\u00eanes du pouvoir et gouverne la cit\u00e9. D\u2019apr\u00e8s Aristote, le r\u00e9gime r\u00e9publicain concilie d\u00e9mocratie et oligarchie. Il vise l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous et de chacun et procure, en cons\u00e9quence, la stabilit\u00e9 sociopolitique<a class=\"footnote\" title=\"La r\u00e9publique appara\u00eet aux yeux d\u2019Aristote comme le meilleur des syst\u00e8mes de gouvernement selon la classification pr\u00e9sent\u00e9e dans son ouvrage L\u2019\u00e9thique \u00e0 Nicomaque (1959). Il y distingue deux types de r\u00e9gimes politiques \u00e0 savoir, les formes justes de r\u00e9gimes politiques constitu\u00e9es de la monarchie, l\u2019aristocratie et la r\u00e9publique. L\u2019autre typologie qualifi\u00e9e de formes corrompues de r\u00e9gimes politiques est compos\u00e9e de la tyrannie, de l\u2019oligarchie et de la d\u00e9mocratie. Le \u00ab\u00a0gouvernement mixte\u00a0\u00bb dont il parle appara\u00eet donc comme une sorte de m\u00e9lange des formes de r\u00e9gimes politiques en une seule forme de gouvernement.\" id=\"return-footnote-130-1\" href=\"#footnote-130-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Telle que th\u00e9oris\u00e9e et conceptualis\u00e9e, la r\u00e9publique ne repr\u00e9sente plus qu\u2019un id\u00e9al de forme de gouvernement et donc, un simple artifice. Toutefois, si l\u2019exploration de ses origines sociales nous fait remonter \u00e0 la Gr\u00e8ce antique, il y a lieu de reconna\u00eetre que \u2013 tel qu\u2019il est appliqu\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat contemporain, en Afrique et plus singuli\u00e8rement au Cameroun \u2013 ce type de gouvernement trouve ses lin\u00e9aments dans la pratique fran\u00e7aise de la r\u00e9publique dont les jalons sociaux r\u00e9sident dans les valeurs drain\u00e9es et d\u00e9fendues par la r\u00e9volution de 1789<a class=\"footnote\" title=\"On citera entre autres les valeurs de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9, de justice, d\u2019\u00e9quit\u00e9, de civisme, de citoyennet\u00e9, etc.\" id=\"return-footnote-130-2\" href=\"#footnote-130-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. Car, faut-il le rappeler, l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine, que ce soit en France ou aux \u00c9tats-Unis<a class=\"footnote\" title=\"En France comme aux \u00c9tats-Unis, la r\u00e9publique fut proclam\u00e9e dans l\u2019optique de rompre syst\u00e9matiquement avec les pratiques de la monarchie d\u2019Ancien R\u00e9gime.\" id=\"return-footnote-130-3\" href=\"#footnote-130-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>, trouve son inspiration dans l\u2019exp\u00e9rience politique de la fin du XVIIIe si\u00e8cle qui associe d\u00e9finitivement la r\u00e9publique \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un gouvernement tirant sa l\u00e9gitimit\u00e9 du peuple avec pour seul et unique objectif, le bien commun (Nay, 2008, p. 470).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En revisitant rapidement les r\u00e9flexions portant sur ce type de r\u00e9gime politique, on d\u00e9butera par le d\u00e9bat sur \u00ab l\u2019invention de la r\u00e9publique, aux \u00c9tats-Unis \u00bb de Vedel (1992). Au fait, le mod\u00e8le am\u00e9ricain s\u2019\u00e9tale sur treize r\u00e9publiques et traite de l\u2019origine populaire du pouvoir de fa\u00e7on op\u00e9ratoire, de la nature des constitutions du pays, de son r\u00e9gime repr\u00e9sentatif, des droits humains et libert\u00e9s, etc. (Vedel, 1992, p. 128-129). Les contrastes entre les r\u00e9publiques issues de l\u2019ind\u00e9pendance et la r\u00e9publique n\u00e9e de Philadelphie<a class=\"footnote\" title=\"Ville dans laquelle se r\u00e9unirent les \u00ab P\u00e8res fondateurs \u00bb de l\u2019union des \u00c9tats des Am\u00e9riques en 1787 afin d\u2019\u00e9laborer une nouvelle constitution f\u00e9d\u00e9rale.\" id=\"return-footnote-130-4\" href=\"#footnote-130-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> sont fort saisissants. En France, la Troisi\u00e8me R\u00e9publique tenue pour lib\u00e9rale n\u2019avait rien de r\u00e9ellement lib\u00e9ral aux yeux de Poulat (1980). Elle se singularisait plut\u00f4t par un lib\u00e9ralisme inachev\u00e9 \u2013 n\u2019allant pas au bout de ses principes \u2013, par l\u2019inefficacit\u00e9 juridique de la D\u00e9claration des droits de homme et du citoyen de 1789, par le refus du contr\u00f4le de la constitutionalit\u00e9 des lois, les carences de la justice symbolis\u00e9es par l\u2019inexistence du pouvoir judiciaire, etc. (Poulat, 1980, p. 285).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Et pourtant, c\u2019est sous cette Troisi\u00e8me R\u00e9publique qu\u2019on observa, d\u2019apr\u00e8s Berstein et Rudelle (1992), une propension \u00e0 la cr\u00e9ation des proc\u00e9dures juridiques de traitement collectif des probl\u00e8mes au d\u00e9pend des logiques de traitement individuel de jadis. Les Troisi\u00e8me et Quatri\u00e8me R\u00e9publiques semblent avoir r\u00e9pondu aux aspirations de la soci\u00e9t\u00e9 de leur \u00e9poque et s\u2019ins\u00e8rent dans \u00ab une sorte d\u2019\u00e9cosyst\u00e8me dont tous les \u00e9l\u00e9ments sont en symbiose les uns avec les autres: repr\u00e9sentations mentales, fondements philosophiques, r\u00e9f\u00e9rences historiques, dispositions institutionnelles, organisation et structures sociales, pratique \u00bb (Berstein et Rudelle, 1992, p. 7). La France disposerait donc d\u2019un programme r\u00e9publicain sp\u00e9cifique dont le d\u00e9ploiement conjugue un projet de soci\u00e9t\u00e9 avec une forme de gouvernement: c\u2019est la R\u00e9publique sociale dont parlent Borgetto et Lafore (2000). Pour ces auteurs, la r\u00e9publique n\u2019est pas seulement une proc\u00e9dure, mais \u00e9galement une substance. Elle n\u2019est pas simplement une forme, mais aussi et surtout un fond (Borgetto et Lafore, 2000, p. 6-7). En France, elle est mise en place en deux temps. La r\u00e9volution de 1789 prolong\u00e9e par celle de 1848 fournit la matrice originelle, alors que la Troisi\u00e8me R\u00e9publique lui donne un cadre et une structure de d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur (Renard, Borgetto et Lafore, 2001, p. 498). Sa mise en \u0153uvre est envisag\u00e9e au tour de la constitution d\u2019un cadre juridique et de la d\u00e9finition des politiques sociales. La combinaison du droit social, alternative aux impasses du droit r\u00e9volutionnaire avec le service public, nouvelle repr\u00e9sentation de l\u2019\u00c9tat, constitue ainsi la sp\u00e9cificit\u00e9 du r\u00e9gime r\u00e9publicain fran\u00e7ais (Renard, Borgetto et Lafore, 2001, p. 124 et 146).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est d\u2019ailleurs ce que revisite Nicolet (2000) sous le titre \u00ab\u00a0Histoire, Nation, R\u00e9publique\u00a0\u00bb en demandant \u00e0 l\u2019Histoire d\u2019expliquer minutieusement comment la Nation fran\u00e7aise s\u2019est transform\u00e9e en une si particuli\u00e8re R\u00e9publique. Il remonte ainsi aux sources de l\u2019id\u00e9e de R\u00e9publique, longtemps avant que celle-ci ne se r\u00e9alise dans le monde concret. Vovelle (1988) d\u00e9crit la mat\u00e9rialisation de l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain en France, de 1789 \u00e0 1799. Huard (1992), lui, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont la R\u00e9publique s\u2019est fortifi\u00e9e au courant du XIXe si\u00e8cle. Alors que le XXe si\u00e8cle am\u00e8ne Martelli (1992) \u00e0 rep\u00e9rer ce mod\u00e8le de gouvernement comme une coh\u00e9rence en crise. Tant\u00f4t \u00ab\u00a0enlis\u00e9e\u00a0\u00bb (Taguieff, 2005), tant\u00f4t \u00ab\u00a0menac\u00e9e\u00a0\u00bb (Taguieff, 1996), la r\u00e9publique semble aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0d\u00e9voy\u00e9e\u00a0\u00bb, pour peu qu\u2019on accorde du cr\u00e9dit aux \u00e9crits de Couderc (2001). Au Cameroun, elle ne se porte non plus mieux. D\u00e8s lors, l\u2019on se rend compte que l\u2019enthousiasme que peut charrier l\u2019adoption du vocable \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb, comme le <em>first Name<\/em><a class=\"footnote\" title=\"On rencontre ainsi plusieurs pays portant la d\u00e9nomination de \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb: R\u00e9publique du Cameroun, R\u00e9publique de Cor\u00e9e, R\u00e9publique Fran\u00e7aise, R\u00e9publique Centrafricaine, R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, R\u00e9publique populaire de Chine, etc.\" id=\"return-footnote-130-5\" href=\"#footnote-130-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> de la grande majorit\u00e9 des syst\u00e8mes politiques de nos jours, dissimule mal son d\u00e9senchantement (Weber, 1990, p.\u00a069) progressif. Ce processus de d\u00e9cadence dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise se traduit par un d\u00e9tachement dans les pratiques et repr\u00e9sentations mentales des citoyen-ne-s (des agents et usagers\/usag\u00e8res du service public, gouvernant-e-s et gouvern\u00e9-e-s) de l\u2019emprise des valeurs r\u00e9publicaines en vigueur.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au sein de cette soci\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00e9mergence de rationalit\u00e9s \u00e9go\u00efstes et la configuration des rationalit\u00e9s minoritaires (rationalit\u00e9s des minorit\u00e9s) fragilisent l\u2019esprit d\u2019unit\u00e9 et d\u2019identit\u00e9 nationale vouant aux g\u00e9monies l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain, gage de stabilit\u00e9 sociopolitique. L\u2019effervescence des crises li\u00e9es \u00e0 la gestion de ce r\u00e9gime politique au Cameroun met en cause l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0R\u00e9publique une et indivisible\u00a0\u00bb telle que d\u00e9finie par la constitution de 1996. Toute chose qui am\u00e8ne \u00e0 se demander ce qui reste encore de la R\u00e9publique telle qu\u2019originellement d\u00e9finie, constitutionnellement proclam\u00e9e, symboliquement projet\u00e9e et politiquement entretenue. Au fait, la pr\u00e9sente r\u00e9flexion se propose d\u2019analyser la crise des m\u0153urs r\u00e9publicaines au Cameroun. Quelle appr\u00e9ciation peut-on faire de la pratique contemporaine de la <em>Res publica<\/em> au Cameroun? Est-elle encore conforme \u00e0 l\u2019esprit et aux valeurs qui la fondent? Dans quelle mesure les strat\u00e9gies de riposte \u00e0 l\u2019\u00e9vanescence des m\u0153urs r\u00e9publicaines sont-elles envisageables?<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce sujet, la r\u00e9alit\u00e9 semble implacable: la pratique contemporaine de la R\u00e9publique au Cameroun conna\u00eet une d\u00e9cadence des valeurs qui lui sont inh\u00e9rentes. Cette dynamique de d\u00e9senchantement est la r\u00e9sultante du triomphe des rationalit\u00e9s particularistes sur les rationalit\u00e9s en valeur et en affection. Les perspectives de repl\u00e2trage de l\u2019\u00e9pave de cette forme de gouvernement sont ainsi collectivement r\u00e9-appropriatives. Car la pacification d\u00e9mocratique \u00e0 l&rsquo;oeuvre dans ce pays semble dissimuler la d\u00e9sertion civique (Gauchet, 1990).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Partant de l\u2019id\u00e9e selon laquelle, toute action ou tout comportement rel\u00e8ve d\u2019un calcul, et donc orient\u00e9 de mani\u00e8re significative, la fresque analytique se d\u00e9ploiera au travers du n\u00e9o-institutionnalisme. Dans ce sillon explicatif, nous envisageons d\u2019abord saisir \u00e0 l\u2019aune du n\u00e9o-institutionnalisme historique, suivant la logique de <em>path dependency<\/em>, la dynamique de constitution de la r\u00e9publique constitutionnelle du Cameroun \u00e0 partir du type id\u00e9al de la r\u00e9publique d\u00e9finie par la philosophie politique. Le travail consistera par la suite \u00e0 analyser, \u00e0 la lumi\u00e8re du n\u00e9o-institutionnalisme de choix rationnel, le processus d\u2019\u00e9vanescence des m\u0153urs r\u00e9publicaines sous l\u2019emprise d\u2019une dialectique des rationalit\u00e9s et, dans une perspective combinatoire des trois n\u00e9o-institutionnalismes<a class=\"footnote\" title=\"Il s\u2019agit des n\u00e9o-institutionnalismes sociologique, historique et du choix rationnel.\" id=\"return-footnote-130-6\" href=\"#footnote-130-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>, d\u00e9gager les perspectives de (re)configuration de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine camerounaise.<\/p>\n<h2>De l\u2019id\u00e9al-type r\u00e9publicain \u00e0 la r\u00e9publique constitutionnelle du Cameroun<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00c9tat, soci\u00e9t\u00e9 politique, pr\u00e9c\u00e8de la R\u00e9publique, forme de gouvernement. Comme l\u2019a si bien d\u00e9fini Hobbes (1651) en philosophie politique, les circonstances de l\u2019adoption de la premi\u00e8re \u00e9taient domin\u00e9es par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 des peuples. Un contexte o\u00f9 l\u2019humain \u00e9tait un pr\u00e9dateur pour son alter ego. D\u2019o\u00f9 l\u2019option des humains, \u00e0 en croire Rousseau (1762), de mettre un terme aux conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats dont ils \u00e9taient sujets. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 de passer un contrat de confiance et d\u2019ob\u00e9issance mutuelles; confiant ainsi leur sort entre les mains d\u2019une poign\u00e9e de personnes garantes de la gestion des affaires publiques. De nos jours, la plupart de ces syst\u00e8mes politiques ont adopt\u00e9 le mod\u00e8le r\u00e9publicain comme r\u00e9gime politique, mode de gouvernement pr\u00e9sent\u00e9 comme un mod\u00e8le id\u00e9al de direction des humains dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes et d\u00e9mocratiques. La r\u00e9publique se pr\u00e9sente, d\u00e8s lors, comme le r\u00e9gime qui canalise le mieux leurs individualismes. Son av\u00e8nement sonne le glas des absolutismes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans plusieurs soci\u00e9t\u00e9s occidentales comme africaines.<\/p>\n<h3>Sociogen\u00e8se de la r\u00e9publique comme forme de gouvernement et sa distinction d\u2019avec la d\u00e9mocratie<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019origine de la r\u00e9publique remonte \u00e0 la Gr\u00e8ce et \u00e0 la Rome antiques. D\u2019ailleurs, ses premiers th\u00e9oriciens (Platon et Aristote) la projetaient d\u00e9j\u00e0 comme l\u2019un des meilleurs r\u00e9gimes politiques, si ce n\u2019est le meilleur. Pour Platon, la <em>politeia<\/em> (la r\u00e9publique) est le gouvernement de l\u2019intellect (Leroux, 2000). Aussi pensait-il que la gouvernance de la cit\u00e9 serait meilleure si les philosophes se mettaient \u00e0 gouverner ou alors que les princes-ses, les gouvernant-e-s deviennent philosophes. \u00c0 sa suite, Aristote, l\u2019un de ses disciples, substitue la r\u00e9publique au r\u00e9gime d\u00e9mocratique, en lui conf\u00e9rant la m\u00eame d\u00e9nomination de<em>\u00a0politeia<\/em>, entendue cette fois-ci comme une forme de gouvernement concourant \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat commun. C\u2019est le r\u00e9gime par excellence du bien commun et collectif.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Elle est donc diversement appr\u00e9hend\u00e9e en philosophie politique. Chez Rousseau par exemple, n\u2019est qualifi\u00e9 de r\u00e9publicain que le r\u00e9gime dans lequel le peuple est souverain de droit, c\u2019est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la loi est l\u2019expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Montesquieu, pour sa part, pense que c\u2019est la d\u00e9mocratie et l\u2019aristocratie qui constituent l\u2019un des deux cas d\u2019esp\u00e8ce possibles de la r\u00e9publique. Leur appartenance au genre commun de cette derni\u00e8re est fond\u00e9e sur le principe de la vertu qu\u2019elles ont en partage. De l\u00e0, l\u2019\u00e9troite relation, voire la confusion entre culture r\u00e9publicaine et culture d\u00e9mocratique not\u00e9e et m\u00eame observ\u00e9e dans la pratique, notamment dans les r\u00e9publiques d\u00e9mocratiques, trouve ici son fondement. Si ces deux formes de gouvernement se confondent tr\u00e8s souvent, c\u2019est que l\u2019une est l\u2019esp\u00e8ce de l\u2019autre. La d\u00e9mocratie en l\u2019occurrence.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Toutefois, une distinction existe. Kant situe cette diff\u00e9renciation du point de vue du mode d\u2019exercice du pouvoir. Aussi, parvient-il \u00e0 noter que le r\u00e9publicanisme rel\u00e8ve des r\u00e9gimes o\u00f9 l\u2019Ex\u00e9cutif et le L\u00e9gislatif sont effectivement s\u00e9par\u00e9s dans l\u2019exercice concret du pouvoir et, \u00e0 classer, la d\u00e9mocratie dans le despotisme:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La d\u00e9mocratie, o\u00f9 le peuple gouverne lui-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire o\u00f9 gouvernants et gouvern\u00e9s sont les m\u00eames, am\u00e8ne n\u00e9cessairement les gouvernants \u00e0 se prendre eux-m\u00eames pour fin de leur pouvoir, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 confondre l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous avec leurs int\u00e9r\u00eats particuliers, et est donc le r\u00e9gime le plus s\u00fbrement despotique\u00a0(Mouchard et al, 2003, p.\u00a020).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine est donc indissociable du droit politique moderne. Elle ajoute au droit romain un droit public qui se d\u00e9cline en droit de l\u2019\u00c9tat, droits de l\u2019humain, du citoyen ou de la citoyenne et du peuple (Kriegel, 1998).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Par contre, la d\u00e9mocratie rel\u00e8ve davantage de <em>l\u2019epitumia<\/em>, des d\u00e9sirs particuliers et anarchiques de la multitude (Platon, <em>Livre VIII<\/em>, 555, b sq). D\u2019o\u00f9 cette conception de la d\u00e9mocratie comme \u00e9tant une \u00ab version frelat\u00e9e \u00bb de la R\u00e9publique. D\u2019autant que, loin de la conception rousseauiste selon laquelle le gouvernement d\u00e9mocratique pris dans toute sa rigueur ne conviendrait qu\u2019\u00e0 \u00ab un peuple des dieux \u00bb (Rousseau, 1762), celle-ci appara\u00eet dans la pens\u00e9e aristot\u00e9licienne comme une forme corrompue de r\u00e9gime politique aux c\u00f4t\u00e9s des formes justes parmi lesquelles, la r\u00e9publique. Dans cette veine, la d\u00e9mocratie est per\u00e7ue dans l\u2019ordre des r\u00e9gimes politiques comme l\u2019\u00e9pave de l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain. Encore que dans l\u2019entregent de ces d\u00e9bats,<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">le r\u00e9publicain fait figure de celui qui croit aux fins communes d\u2019une communaut\u00e9 civique et la\u00efque, par opposition au d\u00e9mocrate qui ne croit qu\u2019\u00e0 la poursuite de fins individuelles dans un cadre minimal, ce qui correspond au lib\u00e9ralisme classique, mais propice au d\u00e9veloppement et \u00e0 la juxtaposition contingente de communaut\u00e9s form\u00e9es autour d\u2019une tradition ou d\u00e9termin\u00e9es par des facteurs naturels. Ainsi, les libert\u00e9s sans participation \u00e0 la chose publique et sans projet commun, qui pr\u00e9suppose l\u2019\u00e9mancipation des individus par rapport \u00e0 la nature et \u00e0 l\u2019histoire, les vident de leur substance (Mouchard et al, 2003, p.\u00a020).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De ces diverses appr\u00e9hensions de la r\u00e9publique et de l\u2019observation m\u00eame des syst\u00e8mes politiques contemporains qualifi\u00e9s comme tels, le constat qui se d\u00e9gage est que toutes les formes de gouvernement ne traduisent pas dans l\u2019absolu l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain. Au-del\u00e0 de sa forme institutionnelle, ce r\u00e9gime politique serait la \u00ab matrice d\u2019un comportement au service de l\u2019humanit\u00e9, un id\u00e9al humaniste de perception du monde et des humains \u00bb (Gardi, 2009, p. 13).<\/p>\n<h3>La r\u00e9publique au Cameroun, entre performativit\u00e9 constitutionnelle et origines sociales<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00c9tat pr\u00e9existe au r\u00e9gime r\u00e9publicain (Renard, Borgetto et Lafore, 2001, p. 499). Toutefois, \u00e0 l\u2019observation des prescriptions constitutionnelles et, pla\u00e7ant la constitution comme acte fondateur et constitutif de l\u2019\u00c9tat en tant que personne morale, l\u2019on note que dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise, la naissance et la dynamique de l\u2019\u00c9tat souverain sont corr\u00e9l\u00e9es par celles de la r\u00e9publique. La consid\u00e9ration est claire: le Cameroun est une r\u00e9publique constitutionnelle. C\u2019est-\u00e0-dire, un r\u00e9publicanisme qui s\u2019appuie moins sur une id\u00e9ologie et une pratique coutumi\u00e8re que sur une constitution dont la s\u00e9dimentation au fil du temps n\u2019a pas temp\u00e9r\u00e9 la proclamation performative de l\u2019existence de ce r\u00e9gime.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Au fait, l\u2019examen minutieux de la premi\u00e8re loi fondamentale du Cameroun datant du 04 mars 1960 atteste \u00e0 grands traits la projection constitutionnelle de la logique r\u00e9publicaine au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance du pays proclam\u00e9e le 1er janvier 1960. Aussi ressort-il des dispositions de l\u2019article 1er de la constitution du 4 mars 1960 que \u00ab\u00a0le Cameroun est une R\u00e9publique\u00a0\u00bb. L\u2019article 1er du titre 1er de la constitution du 1er septembre 1961 indique sans ambages cette identit\u00e9 r\u00e9publicaine: \u00ab\u00a0R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale du Cameroun\u00a0\u00bb. Il en est de m\u00eame de l\u2019article 1er de la constitution du 02 juin 1972 qui pr\u00e9sente le Cameroun comme une \u00ab\u00a0R\u00e9publique unie\u00a0\u00bb. La loi constitutionnelle no 96\/056 du 18 janvier 1996 ne se d\u00e9robe de ce processus de mythification constitutionnelle du r\u00e9gime. Aussi rapporte-t-elle cons\u00e9quemment, toujours en son article 1er, que \u00ab\u00a0la R\u00e9publique Unie du Cameroun prend [\u2026] la d\u00e9nomination de R\u00e9publique du Cameroun\u00a0\u00bb. L\u2019identit\u00e9 textuelle de l\u2019\u00c9tat du Cameroun comme r\u00e9publique ne souffre donc d\u2019aucun doute. Somme toute, cette identification performative (\u00e0 plus de 102 occurrences seulement dans le texte de la derni\u00e8re constitution de 1996) est au point de d\u00e9part une imitation fran\u00e7aise. L\u2019article 1er de la constitution camerounaise du 04 mars 1960 n\u2019\u00e9tant qu\u2019une reprise <em>in extenso<\/em> des termes de l\u2019article 1er de la constitution fran\u00e7aise de 1958 qui proclame que \u00ab\u00a0la France est une R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re consid\u00e9ration pr\u00e9sente donc le Cameroun comme une r\u00e9publique import\u00e9e. Au fait, cette forme de gouvernement d\u00e9coule, comme partout ailleurs, d\u2019une logique d\u2019inspiration. Saada reconna\u00eet par exemple que:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">la relation coloniale, loin d\u2019\u00eatre le fait d\u2019une pure domination, a \u00e9t\u00e9 dite dans les dispositifs du droit. [\u2026] Ce droit r\u00e9publicain des personnes et les principes politiques qui le sous-tendent ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s aux colonies pour y \u00eatre transform\u00e9s, \u2018\u2018bricol\u00e9\u2019\u2019 dans cette situation sociale in\u00e9dite\u00a0(Saada, 2003, p.\u00a041-43).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est donc \u00e0 travers le droit constitutionnel que l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 transplant\u00e9e au Cameroun. Si la France est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des pays exportateurs des institutions d\u00e9mocratiques dans les pays d\u2019Afrique noire francophone, elle tire elle-m\u00eame son identit\u00e9 r\u00e9publicaine de la forme de gouvernement dont la Rome antique fut le socle. Le Cameroun, qui acc\u00e8de \u00e0 la souverainet\u00e9 internationale, n\u2019a pas daign\u00e9 s\u2019inventer un nouveau mod\u00e8le de r\u00e9gime politique. L\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de ce pays a \u00e9t\u00e9 calqu\u00e9e sur le mod\u00e8le fran\u00e7ais dont les valeurs sont celles drain\u00e9es par les mouvements r\u00e9volutionnaires de 1789. Le manifeste de ces principes fondateurs de la R\u00e9publique hexagonale se trouve \u00eatre la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen de 1789. Cette D\u00e9claration est \u00ab fondatrice du mod\u00e8le r\u00e9publicain fran\u00e7ais \u00bb (Souli\u00e9, 2013, p. 7). Celle-ci va continuer de structurer l\u2019ensemble des trajectoires constitutionnelles de la France et, plus tard, inspirer la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme de 1948<a class=\"footnote\" title=\"Adopt\u00e9e par l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU) le 10 d\u00e9cembre 1948 au palais de Chaillot dans la ville de Paris. L\u2019organisation comptait, \u00e0 cette \u00e9poque, cinquante-quatre (54) \u00c9tats membres. Contrairement au terme de droits \u00ab internationaux \u00bb que proposaient les Anglo-saxons, nous devons le terme de droits \u00ab universels \u00bb au Fran\u00e7ais Ren\u00e9 Cassin, alors commissaire national \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation du gouvernement de la France libre.\" id=\"return-footnote-130-7\" href=\"#footnote-130-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a> dont les peuples colonis\u00e9s se sont fortement outill\u00e9s pour conduire leurs luttes d\u2019ind\u00e9pendance (Hessel, 2010, p.7) avec \u00e0 terme sa prise en compte dans les diff\u00e9rentes constitutions<a class=\"footnote\" title=\"Le pr\u00e9ambule de la constitution camerounaise de 1996 dispose que \u00ab Le peuple camerounais [\u2026] affirme son attachement aux libert\u00e9s fondamentales inscrites dans la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme [\u2026] \u00bb en est la parfaite illustration.\" id=\"return-footnote-130-8\" href=\"#footnote-130-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La seconde consid\u00e9ration identifie les jalons internes de la R\u00e9publique camerounaise. Sont class\u00e9s dans cette perspective, les luttes d\u2019ind\u00e9pendance, le ph\u00e9nom\u00e8ne du maquis, la r\u00e9unification, l\u2019unification, les mouvements des ann\u00e9es 90 li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9mocratisation avec son corollaire de la tripartite, etc. Ces diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements sont un traceur des phases du processus de d\u00e9finition et de construction id\u00e9ologique du mod\u00e8le de gouvernement. Ce sont des moments historiques de construction et de consolidation, de n\u00e9gociation et de ren\u00e9gociation, de solidification de l\u2019id\u00e9al de la <em>res publica<\/em> incorpor\u00e9 dans le corset constitutionnel. Au-del\u00e0 donc de sa trajectoire juridico-institutionnelle (de 1960, ann\u00e9e de proclamation de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de l\u2019\u00c9tat du Cameroun par la constitution du 4 mars de la m\u00eame ann\u00e9e, \u00e0 1984 o\u00f9 il est exactement libell\u00e9 \u00ab R\u00e9publique du Cameroun \u00bb), la construction sociale du gouvernement r\u00e9publicain au Cameroun proc\u00e8de \u00e9galement des \u00e9v\u00e8nements populaires rev\u00eatant tout leur sens de modes populaires d\u2019action politique \u00e0 l\u2019instar des moments fondateurs suscit\u00e9s. Loin d\u2019\u00eatre un simple produit de constitution ou un accident de l\u2019histoire, la \u00ab r\u00e9publicanisation \u00bb de l\u2019\u00c9tat camerounais est le r\u00e9sultat d\u2019une s\u00e9rie de luttes, de mim\u00e9tismes, de n\u00e9gociations, de dialogues, d\u2019interd\u00e9pendances et de tractations entre communaut\u00e9s et r\u00e9seaux (\u00c9lias, 1990, p. 82). Toutefois, son fonctionnement au concret se traduit par un d\u00e9voiement du sens m\u00eame de la r\u00e9publique.<\/p>\n<h2>D\u00e9civilisation des m\u0153urs r\u00e9publicaines et perspectives<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le processus de d\u00e9civilisation tel qu\u2019envisag\u00e9 par \u00c9lias (1989), dans ses <em>\u00c9tudes sur les Allemands<\/em> portant sur la question de la <em>Shoah<\/em>, renvoie \u00e0 une dynamique inverse que celle de la civilisation. Il est un mouvement quasi-parall\u00e8le perceptible lorsque celui-ci supplante ou prend le dessus sur le premier. Ce processus de d\u00e9civilisation est li\u00e9 au concept de \u00ab\u00a0d\u00e9senchantement\u00a0\u00bb qui pr\u00e9vaut dans la sociologie w\u00e9b\u00e9rienne \u00e9tudiant la\u00a0dynamique de l\u2019Occident. L\u2019on interroge ici le statut des principes, des valeurs et des pratiques r\u00e9publicaines dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Il s\u2019agit concr\u00e8tement d\u2019examiner les comportements en marge de l\u2019orthodoxie r\u00e9publicaine tant au plan institutionnel qu\u2019au plan social, non sans d\u00e9gager des perspectives de repl\u00e2trage.<\/p>\n<h3>D\u00e9voiement du sacrosaint principe de la res publica, \u00e9mergence de rationalit\u00e9s vindicatives\u00a0et crise de citoyennet\u00e9<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019un des pans explicatifs de la crise ambiante de l\u2019identit\u00e9 de la r\u00e9publique au Cameroun, c\u2019est l\u2019inobservation des principes consubstantiels \u00e0 cette forme d\u2019organisation politique. Notamment, celui de la <em>res publica<\/em> entendue comme le bien public et dont le corollaire est la primaut\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et de la logique redistributive dans la gestion quotidienne de la r\u00e9publique constitutionnelle. La d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces valeurs entra\u00eene l\u2019\u00e9closion d\u2019identit\u00e9s parcellaires \u00e0 la fois vindicatives et revendicatrices sur lesquelles l\u2019on reviendra plus bas.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, le respect et la protection de la chose publique sont les matrices structurantes du fonctionnement de la r\u00e9publique. La r\u00e8gle en r\u00e9publique r\u00e9side en la pr\u00e9valence en tout temps et en tout lieu de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Or, au Cameroun \u00ab nous sommes un peuple d\u2019individualistes, plus pr\u00e9occup\u00e9s de r\u00e9ussite personnelle que d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Notre Administration reste perm\u00e9able \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier. Ce dernier est le plus souvent incompatible avec l\u2019int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 nationale. Dans un \u00c9tat moderne, cette d\u00e9rive ne doit pas \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e \u00bb (Paul Biya, 2013). Partant de cet aveu, l\u2019on atteste clairement la dynamique de privatisation du bien public nettement consacr\u00e9e par la pr\u00e9\u00e9minence, dans les pratiques politico-administratives, des rationalit\u00e9s en finalit\u00e9 sur la rationalit\u00e9 en valeur. Cette pr\u00e9valence des rationalit\u00e9s individuelles particularistes et primaires sur la rationalit\u00e9 r\u00e9publicaine collectiviste et g\u00e9n\u00e9rale tend \u00e0 s\u2019institutionnaliser. D\u2019autant que les pratiques de corruption et les actes de d\u00e9tournement de fonds semblent s\u2019\u00e9riger en un principe au c\u0153ur de \u00ab l\u2019\u00c9tat-r\u00e9publique \u00bb, et ce, au grand dam de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019exacerbation de ces comportements n\u2019est pas sans effets corrosifs sur l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de l\u2019\u00c9tat. Elle entra\u00eene ainsi l\u2019\u00e9rosion des valeurs inh\u00e9rentes \u00e0 cette forme de gouvernement, consacrant par voie de cons\u00e9quence l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00c9tat n\u00e9o-patrimonial dont parlent les auteurs de la trampe de Bayart (1985), M\u00e9dard (1990), Gazibo et Bach (Bach et Gazibo, 2011), etc.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00c9tat n\u00e9o-patrimonial se caract\u00e9rise par l\u2019indiff\u00e9renciation de la chose publique et de celle priv\u00e9e et se manifeste par l\u2019appropriation et l\u2019usage priv\u00e9 des ressources publiques. Il implique une pr\u00e9valence des formes de rationalit\u00e9s primordialistes<a class=\"footnote\" title=\"Le concept de primordialisme emprunt\u00e9 \u00e0 Neil Smelser d\u00e9signe les formes de \u00ab relation particulariste pr\u00e9sent\u00e9e et re\u00e7ue comme d\u00e9rivant d\u2019une appartenance ressentie comme naturelle et prescrite, et que l\u2019individu accepte de placer au-dessus de toute autre all\u00e9geance \u00bb (Ferreol, 2004, p. 217).\" id=\"return-footnote-130-9\" href=\"#footnote-130-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a> ou d\u2019int\u00e9r\u00eats individuels sur les rationalit\u00e9s institutionnelles au sein de la r\u00e9publique, de l\u2019\u00c9tat moderne. Les pratiques de pr\u00e9dation et de captation des richesses par les acteurs\/actrices et agents publics de l\u2019\u00c9tat y sont l\u00e9gion. La sociologie des pratiques politiques au Cameroun faite par Bayart (1989) d\u00e9montre la forte propension \u00e0 ce qu\u2019il nomme la \u00ab politique du ventre \u00bb dont l\u2019expression la plus embl\u00e9matique est l\u2019accumulation des rentes et des pr\u00e9bendes par les personnes qui incarnent les institutions r\u00e9publicaines. Ces comportements parasitaires contraires aux rep\u00e8res et principes r\u00e9publicains engendrent une double dynamique de fragilisation des institutions et de s\u00e9cr\u00e9tion d\u2019hommes\/de femmes fort-e-s \u00e0 leur t\u00eate qui, par ricochet, sont capables d\u2019organiser leur paralysie fonctionnelle. Ces r\u00e9alit\u00e9s qui ne sont nullement ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019\u00c9tat du Cameroun entra\u00eenent sans doute la dilution de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de cet \u00c9tat qui, pour citer l\u2019ancien pr\u00e9sident am\u00e9ricain Obama (2009), n\u2019a fondamentalement pas besoin de la fabrication d\u2019hommes ou de femmes fort-e-s, mais davantage de l\u2019\u00e9dification d\u2019institutions fortes pour que, par la force des choses, le pouvoir arr\u00eate le pouvoir (Montesquieu, 1748).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les comportements et pratiques n\u00e9o-patrimoniaux constituent ainsi des facteurs de d\u00e9sinstitutionalisation. L\u2019\u00e9vanescence de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine se manifeste \u00e0 travers la privatisation du pouvoir \u00e0 laquelle se livrent les \u00e9lites politiques n\u00e9o-patrimoniales et \u00e0 travers leur gestion informelle des biens publics. La pr\u00e9valence des logiques d\u2019individualisation des citoyen-ne-s comme opposition \u00e0 la rationalit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat garant de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral hypoth\u00e8que l\u2019id\u00e9al de la r\u00e9partition \u00e9quitable de la richesse nationale.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En outre, l\u2019analyse des pratiques institutionnelles \u00e0 l\u2019aune de l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain donne \u00e0 constater plut\u00f4t une r\u00e9partition in\u00e9quitable des richesses nationales. En 2011, par exemple, la Banque mondiale relevait que le Cameroun est \u00ab en retard pour l\u2019atteinte de la plupart des Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement (OMD), notant notamment une \u2018\u2018in\u00e9gale distribution des ressources\u2019\u2019 \u00bb (Pigeaud, 2011, p. 6). \u00c0 l\u2019observation, une poign\u00e9e d\u2019acteurs et d\u2019actrices politiques semblent s\u2019accaparer de l\u2019essentiel de la production nationale. \u00ab Pays o\u00f9 [\u2026] la majorit\u00e9 des gens n\u2019ont pas de quoi vivre alors qu\u2019une petite poign\u00e9e d\u2019arrivistes se partagent impun\u00e9ment les richesses du pays \u00bb (Pigeaud, 2011, p. 50). Le foss\u00e9 entre plus riches et plus pauvres ne cesse de se creuser avec, \u00e0 la cl\u00e9, une dynamique de paup\u00e9risation des pauvres et d\u2019embourgeoisement des riches. Aussi, le d\u00e9bat public au Cameroun rapporte l\u2019existence de deux principales classes sociales: la classe des nanti-e-s et la classe des laiss\u00e9.e.s-pour-compte.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9mergence d\u2019identit\u00e9s parcellaires \u00e0 la fois vindicatives et revendicatrices, que l\u2019on \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 plus haut, consacre la configuration de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les rationalit\u00e9s minoritaires. Ces identit\u00e9s \u00e0 la fois fortuites et furtives \u00e9pousent g\u00e9n\u00e9ralement des configurations tant\u00f4t linguistiques, tant\u00f4t r\u00e9gionales et\/ou ethniques. La crise dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est constitutive d\u2019une rationalit\u00e9 minoritaire sur fond linguistique: l\u2019anglais comme ressource de mobilisation et de revendication. \u00ab<em>\u00a0We are marginalize in \u2018\u2018la Republique<\/em>\u2019\u2019\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Expression davantage utilis\u00e9e par les \u00ab\u00a0s\u00e9cessionnistes\u00a0\u00bb pour diff\u00e9rencier le r\u00e9gime camerounais du territoire de l\u2019ex \u00ab\u00a0Southern Cameroon\u00a0\u00bb.\" id=\"return-footnote-130-10\" href=\"#footnote-130-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>. Aussi parle-t-on de la \u00ab crise anglophone \u00bb dont la trame explicative ne se dissocie pas d\u2019une situation de d\u00e9saccord entre les populations, les entit\u00e9s groupusculaires ou mieux corporatistes et les institutions de la R\u00e9publique. De fait, si les \u00e9v\u00e8nements dans les r\u00e9gions anglophones du pays ont pour point de d\u00e9part des revendications de corporations d\u2019avocats et d\u2019enseignants, la s\u00e9dimentation qu\u2019ils ont connue am\u00e8ne \u00e0 postuler sans ambages l\u2019\u00e9mergence, par le biais de ces mouvements, d\u2019une sorte de vendetta, de comportements vindictes en marge de l\u2019esprit r\u00e9publicain en consolidation dans le triangle national. L\u2019amenuisement du capital de confiance entre ces populations et le mod\u00e8le de gouvernance, propos\u00e9 et jusque-l\u00e0 impl\u00e9ment\u00e9 sur l\u2019\u00e9tendue du territoire, s&rsquo;est illustr\u00e9 par des actes de d\u00e9fiance envers l\u2019autorit\u00e9, de profanation des valeurs et symboles de la R\u00e9publique. Une mont\u00e9e des incivilit\u00e9s qui acc\u00e9l\u00e8re le ph\u00e9nom\u00e8ne de la d\u00e9liquescence de l\u2019identit\u00e9 de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019on note dans cette veine, les diff\u00e9rentes attaques perp\u00e9tr\u00e9es sur les installations diplomatiques de la \u00ab\u00a0R\u00e9publique du Cameroun\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment en France en Afrique du sud, en Belgique et au Canada. Dans ce dernier pays, l\u2019occupation de l\u2019ambassade par des individus se r\u00e9clamant de l\u2019\u00c9tat d\u2019\u00ab\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 suivi d\u2019actes de d\u00e9sacralisation du drapeau camerounais. Au fait, arrach\u00e9 de son m\u00e2t par des individus, l\u2019\u00e9toffe aux couleurs nationales (vert, rouge et jaune) a \u00e9t\u00e9 malmen\u00e9e et incendi\u00e9e. L\u2019atteinte \u00e0 l\u2019image de la R\u00e9publique est d\u2019autant plus saisissante que le drapeau ait \u00e9t\u00e9 brul\u00e9 avec des flammes allum\u00e9es sur une \u00e9toffe de pagne \u00e0 l\u2019effigie du Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti majoritaire au pouvoir depuis sa cr\u00e9ation en 1985.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette crise de l\u00e9gitimit\u00e9 est cons\u00e9cutive \u00e0 une crise de confiance entre les populations mandantes et les personnes mandataires. Autrement dit, de la rupture du contrat social entre gouvernant-e-s et gouvern\u00e9-e-s. Entre crise de l\u00e9gitimit\u00e9 et crise de confiance, la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative balise de la R\u00e9publique semble \u00ab\u00a0retourner sa veste\u00a0\u00bb. L\u2019esprit du gouvernement repr\u00e9sentatif semble pourtant clair:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">une d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative o\u00f9 le peuple \u00e9lit ses repr\u00e9sentants qui iront si\u00e9ger \u00e0 diff\u00e9rents \u00e9chelons du pouvoir (commune, r\u00e9gion, nation) et prendre des d\u00e9cisions en lieu et place du peuple (vote des lois, vote du budget) et uniquement dans l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 court, moyen et long terme de ce peuple (Lakehal, 2005, p.\u00a0129-130).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La confiscation du pouvoir par des \u00e9lites dirigeantes quasi scl\u00e9ros\u00e9es est \u00e9galement un marqueur de la dynamique de configuration de rationalit\u00e9s particularistes et groupusculaires vindicatives. Le manque d\u2019alternance \u00e0 des postes de pouvoir politico-administratif entra\u00eene une sorte de dynastisation de la r\u00e9publique \u00e0 travers ce que Owona Nguini (2009) appelle le \u00ab Gouvernement perp\u00e9tuel \u00bb. Le trait caract\u00e9ristique de ce mode de gouvernement est la long\u00e9vit\u00e9 des autorit\u00e9s incarnant le pouvoir politique et administratif de l\u2019\u00c9tat. Une revue rapide de quelques \u00e9lites politiques inamovibles depuis le r\u00e9gime Ahidjo jusqu\u2019\u00e0 celui de Biya, et encore aux affaires, administre la preuve \u00e0 notre propos. Entre autres Paul Biya, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique depuis 1982; Cavaye Yegui\u00e9 Djibril, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale depuis 1992 compte plus de 25 ans de monopole au perchoir et d\u00e9put\u00e9 depuis 1972 (Alawadi, 2011); Niat Njifenji, actuel pr\u00e9sident du s\u00e9nat qui fut directeur de la soci\u00e9t\u00e9 nationale d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 sous le r\u00e9gime Ahidjo; Ayang Luc, pr\u00e9sident du Conseil \u00c9conomique et Social depuis 1984, soit 33 ans \u00e0 la t\u00eate de cette institution; Adolphe Moudiki, directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9 nationale des hydrocarbures depuis 1983. Il comptabilise 34 ans de conservation de sa position. L\u2019on peut ajouter Yang Phil\u00e9mon premier ministre de Paul Biya de 2009 \u00e0 2019 qui fut \u00e9galement ministre sous le r\u00e9gime Ahidjo. La liste de ces ind\u00e9boulonnables de la R\u00e9publique est loin d\u2019\u00eatre exhaustive.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019on peut admettre avec Salah que \u00ab les impacts puissants, social et culturel, laiss\u00e9s par la colonisation, en particulier sur le plan linguistique ont conduit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la question de l\u2019identit\u00e9 sous la forme d\u2019un conflit \u00bb (2004, p. 35-36). L\u2019essor de ces identit\u00e9s dans la R\u00e9publique camerounaise en construction tend \u00e0 ralentir ce processus. La persistance des tensions li\u00e9es \u00e0 la mont\u00e9e des particularismes contribue \u00e0 la d\u00e9construction des attributs r\u00e9publicains. L\u2019histoire sociopolitique du Cameroun nous enseigne que les ambitions et volont\u00e9s politiques ont, dans leur projet unificateur, renvoy\u00e9 les particularit\u00e9s ethniques, r\u00e9gionales et locales au second plan, mais ils ne les ont ni abolies ni d\u00e9truites. Celles-ci (re)surgissent de temps \u00e0 autre au-devant de la sc\u00e8ne (Salah, <em>ibid<\/em>.). C\u2019est dans cette perspective que l\u2019on peut inscrire la r\u00e9daction et la publication des memoranda qui, comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode, deviennent une strat\u00e9gie de revendication privil\u00e9gi\u00e9e par de nombreuses r\u00e9gions et localit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0L\u2019on peut ainsi citer le \u00ab m\u00e9morandum sur les probl\u00e8mes du Grand-Nord \u00bb publi\u00e9 en septembre 2002 qui dresse un bilan de l\u2019\u00e9tat des provinces septentrionales du Cameroun. Tout en rappelant le poids d\u00e9mographique des trois provinces, les \u00e9lites d\u00e9plorent leur sous-repr\u00e9sentation au sein de la fonction publique. Tout aussi grave aux yeux de l&rsquo;\u00e9lite, les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux services publics et aux hautes fonctions de l\u2019\u00c9tat. En janvier 2009 est publi\u00e9 le \u00ab m\u00e9morandum sur les profondes pr\u00e9occupations et frustrations de la r\u00e9gion de l\u2019Est \u00bb. Dans ce document de dix pages, les signataires mettent le doigt sur la situation de d\u00e9laissement et d\u2019exclusion de leurs populations sur le plan \u00e9ducatif, \u00e9conomique, social et infrastructurel. Les \u00e9lites font aussi remarquer leur sous-repr\u00e9sentation dans les hautes sph\u00e8res de l\u2019\u00c9tat. C&rsquo;est dans ce registre que s\u2019inscrit \u00e9galement le \u00ab m\u00e9morandum des montagnards chr\u00e9tiens et animistes du Mayo-Sava \u00bb, un document dans lequel les auteur-e-s revendiquent une certaine justice sociale et qui d\u00e9nonce l\u2019exclusion de la majorit\u00e9 des montagnards animistes au profit de la classe d\u2019\u00e9lite essentiellement musulmane et issue d\u2019une minorit\u00e9 d\u00e9mographique. Signalons en outre un autre m\u00e9morandum publi\u00e9 en mai 2009 sous le titre \u00ab m\u00e9morandum: la travers\u00e9e du d\u00e9sert des Massa sous le renouveau \u00bb. Les \u00e9lites de ce groupe ethnique d\u00e9noncent \u00e0 leur tour l\u2019absence des Massa dans le gouvernement et dans les grandes structures de l\u2019\u00c9tat et ce, en d\u00e9pit de la victoire du RDPC, parti au pouvoir, dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2007.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au regard de la r\u00e9manence pr\u00e9gnante des rationalit\u00e9s utilitaristes qui vide le gouvernement r\u00e9publicain camerounais de toute sa substance, la reconqu\u00eate des valeurs qui lui sont inh\u00e9rentes est de mise, si ce n\u2019est imp\u00e9rieuse.<\/p>\n<h3>Les strat\u00e9gies de <em>republic rebuilding<\/em>: \u00e0 la reconqu\u00eate des valeurs r\u00e9publicaines<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9prouv\u00e9e par une dynamique d\u2019effritement, la r\u00e9publique au Cameroun m\u00e9rite d\u2019\u00eatre repens\u00e9e \u00e0 l\u2019aune des enjeux et des d\u00e9fis contemporains. Notamment la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratiquement inclusive. Dans un \u00c9tat o\u00f9 l\u2019\u00e9thique et la morale r\u00e9publicaine semblent v\u00e9g\u00e9ter, il y a lieu d\u2019interroger de mani\u00e8re combin\u00e9e, l\u2019action publique \u00e9tatique de pr\u00e9servation de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine, les strat\u00e9gies organisationnelles tant internationales, nationales que locales susceptibles d\u2019\u00e9viter la d\u00e9gradation des valeurs et d\u00e9sagr\u00e9gation de la r\u00e9publique. Les strat\u00e9gies de repl\u00e2trage de l\u2019\u00e9difice r\u00e9publicain passent ainsi par la remoralisation de la vie publique et la r\u00e9appropriation des piliers fondamentaux de la r\u00e9publique, voire la r\u00e9invention des mythes fondateurs de ce mod\u00e8le de gouvernement.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au regard de l\u2019exacerbation de comportements en marge des prescriptions r\u00e9publicaines, l\u2019\u00c9tat, garant de la sauvegarde de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et du bien public commun, d\u00e9veloppe des strat\u00e9gies de r\u00e9conciliation entre sa population et ses attributs r\u00e9publicains. C\u2019est dans cette perspective que l\u2019action publique de ces derni\u00e8res ann\u00e9es est orient\u00e9e vers des mesures d\u2019intensification du civisme et du patriotisme, ainsi que de construction d\u2019une citoyennet\u00e9 responsable de type r\u00e9publicain (Abe, 2005). Les politiques d\u2019intensification du civisme portent essentiellement sur le r\u00e9f\u00e9rentiel global de l\u2019\u00e9ducation civique. Au fait, \u00ab\u00a0le civisme est une valeur civilisatrice moderne qui se vit au quotidien des peuples; il est la marque d\u2019une appartenance \u00e0 une collectivit\u00e9, au service d\u2019une m\u00eame nation ou de m\u00eames id\u00e9aux\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux du civisme, Sorbonne, France 1946 cit\u00e9 dans le Document \u00ab\u00a0R\u00e9f\u00e9rentiel National d\u2019\u00c9ducation Civique et d\u2019Int\u00e9gration National\u00a0\u00bb, p.\u00a04. Consult\u00e9 \u00e0 l\u2019adressehttp:\/\/www.minjec.gov.cm\/images\/educationcivique\/referentielf.pdf\" id=\"return-footnote-130-11\" href=\"#footnote-130-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>. L\u2019objectif \u00e9tant ici de faire germer chez les populations le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 la R\u00e9publique camerounaise. La cr\u00e9ation et l\u2019op\u00e9rationnalisation de l\u2019agence du service civique national de participation au d\u00e9veloppement en novembre 2010 participent de cet \u00e9lan. Elle a pour principale mission la restauration du civisme et du patriotisme dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Elle \u0153uvre concr\u00e8tement \u00e0 la promotion du sentiment national et patriotique, du sens de la discipline, de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de la tol\u00e9rance, de la dignit\u00e9 du travail, de l\u2019esprit civique et de la culture de la paix<a class=\"footnote\" title=\"Ibid.\" id=\"return-footnote-130-12\" href=\"#footnote-130-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La construction d\u2019une citoyennet\u00e9 responsable en est une autre gageure de consolidation de l\u2019identit\u00e9 de la r\u00e9publique. L\u2019\u00e9ducation civique appara\u00eet alors comme le principal canal d\u2019inculcation des valeurs citoyennes. De prime \u00e0 bord, l\u2019\u00e9ducation civique s\u2019entend comme le fait d\u2019amener les populations \u00e0 d\u00e9velopper par elles et pour elles-m\u00eames le sens de la citoyennet\u00e9 et, pour leur communaut\u00e9 d\u2019appartenance, pour la r\u00e9publique et les valeurs auxquelles elles doivent absolument adh\u00e9rer. La mise sur pied du Conseil National de la Jeunesse comme cadre privil\u00e9gi\u00e9 de rencontre, de concertation, d\u2019initiative et de participation de la frange jeune au respect et \u00e0 la pr\u00e9servation durable des id\u00e9aux de la r\u00e9publique en est la parfaite illustration.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de l\u2019action de l\u2019\u00c9tat, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile doivent d\u00e9ployer en \u00e9troite synergie avec les pouvoirs publics, leur part active dans l\u2019\u00e9mergence d\u2019une culture de citoyennet\u00e9 en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9, d\u2019implication dans la gestion des affaires publiques, de la participation volontaire et effective aux activit\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de la solidarit\u00e9 avec les autres membres de la collectivit\u00e9, de l\u2019amour de la patrie et du respect des lois en vigueur (Okodoko <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2008, p.\u00a02). Le d\u00e9ficit du patriotisme, v\u00e9ritable gangr\u00e8ne de la r\u00e9publique devrait \u00eatre palli\u00e9 par une ren\u00e9gociation des rapports entre les citoyen-ne-s et les embl\u00e8mes et symboles nationaux, entre le peuple camerounais et son histoire. Dans ce dessein, le pays peut faire appel \u00e0 la m\u00e9moire collective nationale en s\u2019appesantissant sur des r\u00e9cits et souvenirs rassembleurs.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019intensification du patriotisme, du civisme et de la citoyennet\u00e9 comme rempart \u00e0 l\u2019id\u00e9al-type de la r\u00e9publique devra se faire avec l\u2019impl\u00e9mentation effective du Document r\u00e9f\u00e9rentiel de l\u2019\u00e9ducation civique et de l\u2019int\u00e9gration nationale au Cameroun qui est un concentr\u00e9 de strat\u00e9gies de (re)construction d\u2019un vouloir-vivre-ensemble. L\u2019urgence de repenser la R\u00e9publique camerounaise passe n\u00e9cessairement par ce canal propice \u00e0 l\u2019\u00e9dification de la \u00ab\u00a0R\u00e9publique exemplaire\u00a0\u00bb tant clam\u00e9e par le chef de l\u2019\u00c9tat. La reconstitution de l\u2019\u00e9pave de la r\u00e9publique dans \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat au Cameroun\u00a0\u00bb (Bayart, 1985) implique \u00e9galement la r\u00e9appropriation urgente des piliers de l\u2019id\u00e9al-type r\u00e9publicain, \u00e0 l\u2019instar du principe d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de r\u00e9partition \u00e9quitable de la richesse nationale, et de celui de l\u2019indivisibilit\u00e9 du territoire national.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La construction et l\u2019am\u00e9nagement d\u2019institutions fortes et stables constituent l\u2019ultime solution au ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019inobservation du sacro-saint principe de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral dans la gestion de la vie politique et des affaires publiques. Ainsi, par la force des choses, on assistera alors \u00e0 la d\u00e9personnalisation du pouvoir; \u00e0 la d\u00e9-privatisation du bien public et du service public et, surtout \u00e0 la d\u00e9-personnification des institutions. L\u2019omnipr\u00e9sence dans l\u2019esprit des acteurs et actrices de la vie publique de cette valeur inh\u00e9rente \u00e0 la r\u00e9publique demeure l\u2019une des voies et des conditions de possibilit\u00e9. Il s\u2019agit, plus concr\u00e8tement, de rendre effective la pratique de la gouvernance redistributive, juste et \u00e9quitable dans tous les compartiments de la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Du niveau micro au niveau macro en passant par le niveau m\u00e9so-social, le management de <em>l\u2019accountability <\/em>devrait pr\u00e9valoir. Pour ce faire, il ne suffit pas de recourir simplement \u00e0 l\u2019approche platonicienne selon laquelle l\u2019am\u00e9lioration de la gestion publique n\u2019est possible que lorsque les savant.e.s-intellectuel.le.s se mettraient \u00e0 gouverner ou alors, lorsque les gouvernant-e-s eux-m\u00eames\/elles-m\u00eames se mueraient en ma\u00eetres-ses penseurs\/penseuses. Encore faut-il une appropriation et une pr\u00e9valence des grandes valeurs morales de justice, d\u2019\u00e9thique, d\u2019\u00e9quit\u00e9, de vertu, dans les comportements quotidiens de ces derniers\/derni\u00e8res et du citoyen ou de la citoyenne ordinaire. L\u2019attachement ind\u00e9fectible aux valeurs se pose ainsi comme le glas des pratiques pr\u00e9varicatrices et pr\u00e9datrices propres aux entrepreneuses et entrepreneurs politico-administratifs. D\u2019autant que la r\u00e9publique \u00ab\u00a0suppose\u00a0\u00bb la communalisation des fins, la communaut\u00e9 de destins.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Bien plus encore, il s\u2019impose au commun des Camerounais-es le d\u00e9fi du renforcement du mythe de l\u2019indivisibilit\u00e9 de la r\u00e9publique \u00e0 travers une r\u00e9conciliation avec la m\u00e9moire collective nationale fond\u00e9e sur des r\u00e9cits et souvenirs rassembleurs. Pour ce faire et, pour la reconqu\u00eate des valeurs et pratiques r\u00e9publicaines, il y a lieu de songer au d\u00e9veloppement d\u2019un projet de sciences sociales r\u00e9publicaines dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise contemporaine, envisageant ainsi, leur dimension p\u00e9dagogique et donc, politique (Saada, 2003, p.\u00a043).<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude a analys\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9senchantement du r\u00e9gime r\u00e9publicain au Cameroun. Il ressort, apr\u00e8s expos\u00e9 de la sociogen\u00e8se et de la constitution de l\u2019identit\u00e9 r\u00e9publicaine de ce pays, que la dynamique d\u2019\u00e9vanescence des rep\u00e8res et valeurs consubstantielles \u00e0 cette forme de gouvernement est tributaire de la dialectique des rationalit\u00e9s avec une nette pr\u00e9valence et un fort tropisme des rationalit\u00e9s en finalit\u00e9 sur les rationalit\u00e9s en valeur. Le processus de d\u00e9civilisation des m\u0153urs r\u00e9publicaines \u00e0 l\u2019\u0153uvre t\u00e9moigne donc du triomphe des rationalit\u00e9s particularistes sur les rationalit\u00e9s en valeur redistributives. Il s\u2019agit, entre autres, des situations d\u2019exacerbation de la d\u00e9fiance envers les institutions r\u00e9publicaines. Cela se per\u00e7oit concr\u00e8tement \u00e0 travers la r\u00e9partition in\u00e9quitable de la richesse nationale et via la gestion quasi patrimoniale de l\u2019\u00c9tat qui n\u2019en constitue pas moins un facteur de sa d\u00e9sinstitutionalisation. Tout compte fait, b\u00e2tir cette forme de gouvernement demeure une \u00e9volution permanente. Il revient donc \u00e0 tou(te)s les acteurs\/actrices de la vie publique nationale (aux institutions scolaires, aux partis politiques, aux gouvernant-e-s, aux m\u00e9dias et aux familles) d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019avant-garde de la promotion des valeurs de citoyennet\u00e9, des principes d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral au nom de laquelle le vivre-ensemble conviviale (Napo, 2013, p.\u00a023) sanctuariserait l\u2019identit\u00e9 de la R\u00e9publique. Encore qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9dification d\u2019une culture r\u00e9publicaine digne de ce nom sans une dimension sociohistorique qui en constitue la trame fondamentale. La r\u00e9publique ne se r\u00e9duit nullement \u00e0 la proclamation constitutionnelle d\u2019une forme de gouvernement. Elle doit s\u2019appuyer sur les m\u00e9canismes davantage int\u00e9grateurs qui maintiennent l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019ensemble. Au rang de ceux-ci se trouvent les politiques sociales pour que la r\u00e9publique se traduise en actes.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abe, Claude. 2005. Multiculturalisme, cosmopolitisme et int\u00e9gration politique en milieu urbain: les d\u00e9fis de la citoyennet\u00e9 de type r\u00e9publicain \u00e0 Douala et Yaound\u00e9. <em>Polis, Revue Camerounaise de Science politique<\/em>, <em>12<\/em>, 43-73.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alawadi, Z\u00e9lao. 2011. \u00c9lite traditionnelle et domination dans le champ politique local: illustrations \u00e0 partir de l\u2019arrondissement de Tokomb\u00e9r\u00e9 dans l\u2019Extr\u00eame-Nord Cameroun.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/research.unileipzig.de\/eniugh\/congress\/fileadmin\/eniugh2011\/papers\/Zelao_Elit_traditionel_et_chanp_politic.pdf\">http:\/\/research.unileipzig.de\/eniugh\/congress\/fileadmin\/eniugh2011\/papers\/Zelao_Elit_traditionel_et_chanp_politic.pdf<\/a>,<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aristote. 1959. <em>L\u2019\u00c9thique \u00e0 Nicomaque <\/em>(J. Tricot, trad.). \u00c9ditions les \u00e9chos du maquis.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bach, Daniel et Gazibo, Mamoudou (dir.). 2011. <em>L\u2019\u00c9tat n\u00e9o-patrimonial. Gen\u00e8se et trajectoires contemporaines<\/em>. Ottawa: PUO.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 1985. <em>L\u2019\u00c9tat au Cameroun<\/em> (2e \u00e9dition)<em>. <\/em>Paris: Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 1989.\u00a0<em>L\u2019\u00c9tat en Afrique. La politique du ventre<\/em>. Paris: Fayard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Berstein, Serge. 1992. La culture r\u00e9publicaine dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Dans S. Berstein et O. Rudelle (dir.), <em>Le Mod\u00e8le r\u00e9publicain. \u00ab\u00a0Politique\u00a0\u00bb<\/em>. Paris: PUF-Hachette.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Berstein, Serge et Rudelle, Odile (dir.). 1992. <em>Le Mod\u00e8le r\u00e9publicain. \u00ab\u00a0Politique\u00a0\u00bb<\/em>. Paris: PUF-Hachette.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Borgetto, Michel et Lafore, Robert. 2000. <em>La R\u00e9publique sociale. Contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la question d\u00e9mocratique en France. <\/em>Paris: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Couderc, Raymond. 2001. <em>La R\u00e9publique d\u00e9voy\u00e9e<\/em>. Toulouse: Privat.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9lias, Norbert. 1990. <em>La Dynamique de l\u2019Occident<\/em>. Paris: Agora.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ewangue, Jean-Lucien (dir). 2009.<em> Enjeux g\u00e9opolitiques en Afrique Centrale<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ferreol, Gilles (dir.). 2004. <em>Dictionnaire de sociologie,<\/em> Paris, Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gardi, Romain. 2009. <em>Reconqu\u00e9rir la R\u00e9publique: Essai sur la gen\u00e8se de l\u2019insurrection de D\u00e9cembre 1851 dans l\u2019arrondissement d\u2019Apt<\/em>. M\u00e9moire de Master 2, Universit\u00e9 d\u2019Avignon et des Pays de Vaucluse.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hessel, St\u00e9phane. 2010. <em>Indignez-vous<\/em>. Montpellier: Indig\u00e8ne \u00e9ditions<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hobbes, Thomas. 1651. <em>L\u00e9viathan<\/em>. Londres: Wencesla Hollar.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lakehal, Mokhtar. 2005. <em>Dictionnaire de science politique<\/em> (2e \u00e9dition). Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9dard, Jean-Fran\u00e7ois. 1990. L\u2019\u00c9tat patrimonialis\u00e9. <em>Politique africaine<\/em>, <em>39<\/em>, 25-36.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Montesquieu. 1748. <em>De l\u2019Esprit des lois<\/em>. Premi\u00e8re partie: livres I \u00e0 VIII (1748), Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Napo, Gbati. 2013. Du processus de d\u00e9mocratisation \u00e0 la crise de citoyennet\u00e9 et des institutions de socialisation. <em>Revue Perspective &amp; Soci\u00e9t\u00e9<\/em>,<em> 5<\/em> (1 et 2), 7-29.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nay, Olivier. 2008. <em>Lexique de science politique<\/em>. Paris: Dalloz.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicolet, Claude. 1982. <em>L\u2019Id\u00e9e r\u00e9publicaine en France. Essai d\u2019histoire critique (1789-1924)<\/em>. Paris: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicolet, Claude. 2000. <em>Histoire, Nation, R\u00e9publique<\/em>. Paris: Odile Jacob.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicolet, Claude, Vovelle, Michel, Huard, Raymond et Martelli, Roger. 1992. <em>La Passion de la R\u00e9publique<\/em>. Paris: \u00c9ditions Sociales.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Owona Nguini, Mathias \u00c9ric. 2009. Le Gouvernement perp\u00e9tuel en Afrique Centrale: le temps politique pr\u00e9sidentialiste entre autoritarisme et parlementarisme dans la CEMAC. Dans Jean Lucien Ewangue (dir.), <em>Enjeux g\u00e9opolitiques en Afrique centrale<\/em> (p.\u00a0255-268). Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pigeaud, Fanny. 2011. <em>Au Cameroun de Paul Biya. <\/em>Paris: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Platon. 1881. <em>La R\u00e9publique<\/em>. Livre VIII, (543a-568c).<br \/>\n<a href=\"http:\/\/remacle.org\/bloodwolf\/philosophes\/platon\/rep8.htm\">http:\/\/remacle.org\/bloodwolf\/philosophes\/platon\/rep8.htm<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Poulat, \u00c9mile. 1980. La R\u00e9publique contre les libert\u00e9s? Les restrictions aux libert\u00e9s publiques de 1879 \u00e0 1914 (compte rendu).<em> Archives de sciences sociales des religions<\/em>, <em>2<\/em> (49), 284-285.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Renard, Didier, Borgetto, Michel et Lafore, Robert. 2001. La R\u00e9publique sociale: contribution \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la question d\u00e9mocratique en France. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, <em>51<\/em> (3), 498-500.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rousseau, Jean-Jacques. 1762. <em>Du contrat social<\/em>. Livre III.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Saada, Emmanuelle. 2003. La r\u00e9publique dans l\u2019histoire coloniale. <em>Cahiers Jaur\u00e8s<\/em>, <em>3<\/em> (169-170), 41-43.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Salah, Hermassi Mohamed. 2004.\u00a0<em>Une approche de la probl\u00e9matique d\u2019identit\u00e9: le Maghreb arabe contemporain<\/em>. Islam occident, L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souli\u00e9, St\u00e9phan. 2013. La D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen de 1789. <em>Contribution,\u00a0CNDP. <\/em><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.media.eduscol.education.fr\/file\/droits_homme\/94\/5\/DDHC_brochure_Web_271945.pdf\">www.media.eduscol.education.fr\/file\/droits_homme\/94\/5\/DDHC_brochure_Web_271945.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Taguieff, Pierre-Andr\u00e9. 1996. <em>La R\u00e9publique menac\u00e9e<\/em>. Paris: Textuel.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Taguieff, Pierre-Andr\u00e9. 2005. <em>La R\u00e9publique enlis\u00e9e<\/em>. Paris: \u00c9ditions des Syrtes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vedel, Georges. 1992. Lacorne (D.) \u2013 L\u2019invention de la R\u00e9publique, Le mod\u00e8le am\u00e9ricain (compte rendu).<em> Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>,<em> 1<\/em>, 128-129.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vovelle, Michel (\u00e9d.). 1988. <em>L\u2019\u00c9tat de la France pendant la R\u00e9volution 1789-1799<\/em>. Paris: La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Weber, Max. 1990. <em>Le Savant et le politique<\/em>. Paris: Plon.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/mahini\">Bertrand-Michel MAHINI<\/a><\/strong><br \/>Bertrand-Michel Mahini est chercheur au Centre national d\u2019\u00e9ducation du Minist\u00e8re de la recherche scientifique et de l\u2019innovation (Cameroun). Il est actuellement moniteur de science politique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II-Soa o\u00f9 il pr\u00e9pare une th\u00e8se de doctorat Ph.D en science politique. Ses travaux de recherche portent sur les questions parlementaires, les \u00e9tudes de genre et politique, de communication politique, de religion et de violence politique.<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/daouda\">Sakinatou DAOUDA<\/a><\/strong><br \/>L\u2019autrice est titulaire d\u2019un doctorat PhD en anthropologie et sociologie politique. Elle est Charg\u00e9e de Recherche au Minist\u00e8re de la Recherche Scientifique et de l\u2019Innovation du Cameroun et par ailleurs, Chef de Bureau des Affaires Administratives et Financi\u00e8res et du Bureau de la Coordination au Centre R\u00e9gional de Recherche et d\u2019Innovation de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Elle est sp\u00e9cialiste des questions de genre et politique, d\u2019anthropologie et de sociologie politique. Autrice de plusieurs articles scientifiques parus dans diverses maisons d\u2019\u00e9ditions au plan national et international. Actuellement, elle poursuit ses recherches dans les domaines du genre et politique et de l\u2019\u00e9ducation.<br \/>\nContact : sakinatoudaou@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-130-1\">La r\u00e9publique appara\u00eet aux yeux d\u2019Aristote comme le meilleur des syst\u00e8mes de gouvernement selon la classification pr\u00e9sent\u00e9e dans son ouvrage <em>L\u2019\u00e9thique \u00e0 Nicomaque<\/em> (1959)<em>. <\/em>Il y distingue deux types de r\u00e9gimes politiques \u00e0 savoir, les formes justes de r\u00e9gimes politiques constitu\u00e9es de la monarchie, l\u2019aristocratie et la r\u00e9publique. L\u2019autre typologie qualifi\u00e9e de formes corrompues de r\u00e9gimes politiques est compos\u00e9e de la tyrannie, de l\u2019oligarchie et de la d\u00e9mocratie. Le \u00ab\u00a0gouvernement mixte\u00a0\u00bb dont il parle appara\u00eet donc comme une sorte de m\u00e9lange des formes de r\u00e9gimes politiques en une seule forme de gouvernement. <a href=\"#return-footnote-130-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-2\">On citera entre autres les valeurs de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9, de justice, d\u2019\u00e9quit\u00e9, de civisme, de citoyennet\u00e9, etc. <a href=\"#return-footnote-130-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-3\">En France comme aux \u00c9tats-Unis, la r\u00e9publique fut proclam\u00e9e dans l\u2019optique de rompre syst\u00e9matiquement avec les pratiques de la monarchie d\u2019Ancien R\u00e9gime. <a href=\"#return-footnote-130-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-4\">Ville dans laquelle se r\u00e9unirent les \u00ab P\u00e8res fondateurs \u00bb de l\u2019union des \u00c9tats des Am\u00e9riques en 1787 afin d\u2019\u00e9laborer une nouvelle constitution f\u00e9d\u00e9rale. <a href=\"#return-footnote-130-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-5\">On rencontre ainsi plusieurs pays portant la d\u00e9nomination de \u00ab\u00a0r\u00e9publique\u00a0\u00bb: R\u00e9publique du Cameroun, R\u00e9publique de Cor\u00e9e, R\u00e9publique Fran\u00e7aise, R\u00e9publique Centrafricaine, R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, R\u00e9publique populaire de Chine, etc. <a href=\"#return-footnote-130-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-6\">Il s\u2019agit des n\u00e9o-institutionnalismes sociologique, historique et du choix rationnel. <a href=\"#return-footnote-130-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-7\">Adopt\u00e9e par l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU) le 10 d\u00e9cembre 1948 au palais de Chaillot dans la ville de Paris. L\u2019organisation comptait, \u00e0 cette \u00e9poque, cinquante-quatre (54) \u00c9tats membres. Contrairement au terme de droits \u00ab internationaux \u00bb que proposaient les Anglo-saxons, nous devons le terme de droits \u00ab universels \u00bb au Fran\u00e7ais Ren\u00e9 Cassin, alors commissaire national \u00e0 la justice et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation du gouvernement de la France libre. <a href=\"#return-footnote-130-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-8\">Le pr\u00e9ambule de la constitution camerounaise de 1996 dispose que \u00ab Le peuple camerounais [\u2026] affirme son attachement aux libert\u00e9s fondamentales inscrites dans la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme [\u2026] \u00bb en est la parfaite illustration. <a href=\"#return-footnote-130-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-9\">Le concept de primordialisme emprunt\u00e9 \u00e0 Neil Smelser d\u00e9signe les formes de \u00ab relation particulariste pr\u00e9sent\u00e9e et re\u00e7ue comme d\u00e9rivant d\u2019une appartenance ressentie comme naturelle et prescrite, et que l\u2019individu accepte de placer au-dessus de toute autre all\u00e9geance \u00bb (Ferreol, 2004, p. 217). <a href=\"#return-footnote-130-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-10\">Expression davantage utilis\u00e9e par les \u00ab\u00a0s\u00e9cessionnistes\u00a0\u00bb pour diff\u00e9rencier le r\u00e9gime camerounais du territoire de <em>l\u2019ex <\/em>\u00ab<em>\u00a0Southern Cameroon\u00a0<\/em>\u00bb<em>.<\/em> <a href=\"#return-footnote-130-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-11\">\u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux du civisme, Sorbonne, France 1946 cit\u00e9 dans le Document \u00ab\u00a0R\u00e9f\u00e9rentiel National d\u2019\u00c9ducation Civique et d\u2019Int\u00e9gration National\u00a0\u00bb, p.\u00a04. Consult\u00e9 \u00e0 l\u2019adressehttp:\/\/www.minjec.gov.cm\/images\/educationcivique\/referentielf.pdf <a href=\"#return-footnote-130-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-130-12\"><em>Ibid<\/em>. <a href=\"#return-footnote-130-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":18,"menu_order":7,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["mahini","daouda"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[111,112],"license":[],"class_list":["post-130","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-cameroun","motscles-desenchantement","motscles-moeurs","motscles-rationalite","motscles-republique","motscles-republique-constitutionnelle","keywords-cameroon","keywords-constitutional-republic","keywords-disenchantment","keywords-rationalities","keywords-republic","keywords-values","contributor-mahini","contributor-daouda"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/130","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"version-history":[{"count":27,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/130\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":754,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/130\/revisions\/754"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/130\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=130"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=130"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}