{"id":161,"date":"2019-10-07T19:21:23","date_gmt":"2019-10-07T13:21:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=161"},"modified":"2022-05-30T11:45:00","modified_gmt":"2022-05-30T09:45:00","slug":"nguijoi2019","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/nguijoi2019\/","title":{"rendered":"Gouvernance identitaire et d\u00e9fis s\u00e9curitaires au Cameroun"},"content":{"raw":"<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La composante identitaire du Cameroun est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par une pluralit\u00e9 ethnique et linguistique. Cette pluralit\u00e9 peut \u00eatre porteuse non seulement d\u2019une richesse culturelle facteur d\u2019unification, mais aussi d\u2019une bifurcation r\u00e9fractaire aboutissant \u00e0 des fractures sociopolitiques. De ces fractures, parfois marqu\u00e9es par de fortes tensions et autres fratricides, d\u00e9coule une dynamique d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Dans le contexte camerounais, cette derni\u00e8re est issue de l\u2019apparition des vell\u00e9it\u00e9s s\u00e9cessionnistes anglophones dans les ann\u00e9es 1980 (Konings et Nyamnjoh, 1997), des m\u00e9morandums ethnor\u00e9gionaux et de la question Boko-haram qui se pose dans la partie septentrionale du Cameroun depuis 2011. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes syst\u00e9miques forcent \u00e0 regarder la question identitaire avec plus d\u2019attention. Ils d\u00e9bouchent sur une forme de gouvernance qui repose sur les identit\u00e9s et s\u2019arrime \u00e0 une gestion transversale des fractures caus\u00e9es par celles-ci. En effet, la gouvernance n\u2019est pas un concept nouveau. On en trouve des traces dans la p\u00e9riode m\u00e9di\u00e9vale. Elle signifie la conduite, le pilotage ou la direction (Toupane, 2009). Cette notion renvoie de nos jours au processus de coordination d\u2019acteurs et actrices, de groupes sociaux et d\u2019institutions en vue d\u2019atteindre des objectifs d\u00e9finis et discut\u00e9s collectivement. L\u2019int\u00e9r\u00eat actuel de la gouvernance r\u00e9pond \u00e0 la transformation du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat et des modes de r\u00e9gulation politique, de changement social et de stabilisation soci\u00e9tale. Elle appara\u00eet dans une logique ambitieuse et globale de d\u00e9s\u00e9tatisation. C\u2019est la raison pour laquelle Guy Hermet soulignait en 2005 qu\u2019elle est une \u00ab\u00a0id\u00e9ologie globale de substitution de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (p.\u00a014), mieux encore, un processus \u00ab\u00a0d\u2019excellence d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, au sens d\u2019Alain de Benoist (s.\u00a0d., en ligne), dans la mesure o\u00f9 elle s\u2019assimile \u00e0 la consubstantialit\u00e9 de la d\u00e9mocratie participative (implication et participation directe des citoyens dans le d\u00e9bat public et dans la prise de d\u00e9cision politique). Elle compl\u00e8te, de ce fait, la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative tout en soulignant une relation d\u2019engrenage qui introduit la d\u00e9mocratie dans la gouvernance et la gouvernance dans la d\u00e9mocratie. C\u2019est dans cette logique que Guy Hermet pr\u00e9cise qu\u2019elle est un \u00ab\u00a0mode horizontal de gestion des affaires publiques\u00a0\u00bb (2005, p.\u00a013). Pour Daniel Bourmaud, il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0processus de d\u00e9politisation\u00a0\u00bb (2006, p.78), c\u2019est-\u00e0-dire la technocratisation des probl\u00e8mes politiques. Bref, selon Hugues Fran\u00e7ois Onana (2011), la gouvernance se d\u00e9ploie au Cameroun dans un contexte de \u00ab\u00a0mutations politiques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u2019intention d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0dynamiques protestataires\u00a0\u00bb. Comme le fait remarquer Letourneau (2009), de Vasudha et Stoker (2009), l\u2019int\u00e9r\u00eat scientifique de la gouvernance est d\u2019autant plus pertinent que ses th\u00e9ories visent plut\u00f4t les processus de prises de d\u00e9cision sur des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat public, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une pluralit\u00e9 d\u2019acteurs ou de groupes, d\u2019ailleurs hautement variables selon les secteurs. Cette th\u00e9orisation comme paradigme explicatif d\u2019une certaine r\u00e9alit\u00e9 sociale en Afrique est tout au moins compr\u00e9hensible dans les travaux de Mbacke Cisse <em>et al.<\/em> (2010) dans la mesure o\u00f9 la gouvernance est un concept op\u00e9ratoire, une pratique concr\u00e8te qui ne peut se satisfaire simplement de consid\u00e9rations globales des orientations politico-institutionnelles, et donc stato-centr\u00e9es. Cela suppose qu\u2019elle est ind\u00e9fectible au paradigme n\u00e9o-institutionnaliste qui s\u2019accorde, selon Roberto Rizza (2008, p. 7), sur le fait que \u00ab les institutions contribuent \u00e0 la d\u00e9finition de profondes r\u00e9gularit\u00e9s dans le comportement des individus en r\u00e9duisant l\u2019incertitude et en rendant plus pr\u00e9visibles les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, \u00e9conomiques, politiques et culturels \u00bb (2008, p. 7). Cela traduit, non pas une dynamique de d\u00e9s-\u00c9tatisation, mais de cohabitation avec pour but de fournir des orientations strat\u00e9giques aux politiques publiques et de cr\u00e9er des conditions d\u2019efficacit\u00e9 optimale pour parvenir aux objectifs vis\u00e9s.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette cohabitation rev\u00eat tout son sens quant \u00e0 la gestion des clivages identitaires qui laissent pr\u00e9sager une situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au Cameroun dans la mesure o\u00f9 elle se r\u00e9sume \u00e0 un ensemble de r\u00e8gles, de normes et de pratiques collectives (entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 civile), conjoncturelles et structurelles, qui ont tendance \u00e0 substituer l\u2019autorit\u00e9 politique dans son r\u00f4le r\u00e9galien (veiller \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de tous ses citoyen-ne-s). En clair, il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9centralisation des questions s\u00e9curitaires face \u00e0 des fractures identitaires, d\u2019o\u00f9 le questionnement ci-apr\u00e8s. Quels sont les m\u00e9canismes qui ont structur\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une gouvernance des identit\u00e9s au Cameroun? Comment cette derni\u00e8re se pr\u00e9sente-t-elle? Pour quelle finalit\u00e9? Mieux, comment les fractures socio-identitaires sont-elles prises en charge au Cameroun? Cette prise en charge est-elle une technocratie politique r\u00e9novatrice ou un pseudo-m\u00e9canisme manag\u00e9rial des questions identitaires li\u00e9 \u00e0 des risques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9? Les tentatives de r\u00e9ponse \u00e0 ce questionnement se trouvent dans l\u2019argument selon lequel la gestion des fractures socio-identitaires dans l\u2019espace camerounais s\u2019organise et se structure autour d\u2019un ensemble de proc\u00e9dures d\u2019actions et de r\u00e9actions faisant souvent appel \u00e0 la mise en \u0153uvre de r\u00e9formes normatives, structurelles et infrastructurelles plus ou moins autonomiques, technocratiques et technologiques. La gouvernance se pr\u00e9sente alors comme un cadre de mobilisation d\u2019instruments communautaires dans la gestion des questions s\u00e9curitaires. La gestion technocratique ou bureaucratique et socio-strat\u00e9gique \u2013 la mani\u00e8re sociologique d\u2019appr\u00e9hender la strat\u00e9gie, elle-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e par Lucien Poirier (1997, p. 27) comme \u00e9tant \u00ab la mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de la guerre \u00bb \u2013 voire, communaucratique ou \u00ab tribalocratique \u00bb (Touoyem, 2014, p. 6) des fractures identitaires sous l\u2019\u00e9tendard d\u00e9mocratique (Mouiche, 1996) \u2013 se construit \u00e0 partir des politiques du \u00ab lib\u00e9ralisme communautaire \u00bb, th\u00e9oris\u00e9 par Paul Biya en 1987, et de \u00ab l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional \u00bb initi\u00e9 par Ahmadou Ahidjo dans les ann\u00e9es 1970. Le constructivisme, qui est le cadre th\u00e9orique qui sous-tend cette r\u00e9flexion, nous permet de mettre l\u2019accent sur l\u2019influence discursive et normative des valeurs et de l\u2019identit\u00e9 dans la r\u00e9gulation sociale, tout en insistant sur la mani\u00e8re dont les fractions socio-identitaires ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues comme des d\u00e9fis s\u00e9curitaires (Berger et Luckman, 1987). De mani\u00e8re plus pr\u00e9cise, le constructivisme nous permet de voir les logiques qui marquent la perception des fractures identitaires comme d\u00e9fis s\u00e9curitaires au Cameroun. Toutefois, l\u2019examen des questions pos\u00e9es ci-dessus nous am\u00e8nera \u00e0 mobiliser l\u2019analyse sociohistorique et la sociologie critique comme outils m\u00e9thodologiques. Ceux-ci permettront de mieux cerner la sociogen\u00e8se de la gestion identitaire autour du discours int\u00e9grationniste avant d\u2019explorer, dans le contexte actuel, la mise en place des structures compensatrices et r\u00e9gulatrices.<\/p>\r\n\r\n<h2>La perception des fractures identitaires comme menace s\u00e9curitaire et la red\u00e9finition du profil de l\u2019\u00c9tat<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9bat sur les fractures socio-identitaires et la transformation de l\u2019\u00c9tat constitue une des interrogations principales de la sociologie de l\u2019action publique. Les transformations bureaucratiques des ann\u00e9es 1990 interviennent dans le cadre de la r\u00e9gulation des fractures socio-identitaires et sociopolitiques qui ont anim\u00e9 la sc\u00e8ne camerounaise. Cette vague de contestations et de replis identitaires semble \u00eatre l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui stimule, pour le moins, la gouvernance identitaire qui trouve ici un d\u00e9tonateur avec l\u2019effervescence d\u00e9mocratique (Goran et Bratton, 1992). Une telle lecture semble confort\u00e9e par un constat rapide de plusieurs auteurs et autrices sur le lien \u00e9troit entre d\u00e9mocratisation et contestations identitaires au Cameroun (Oyowe, 1991; Darbon 1995). Cette r\u00e9alit\u00e9 fait montre d\u2019une dialectique marquant la quasi-difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser une synth\u00e8se des dynamiques de transformation de l\u2019\u00c9tat (Onana, 2011). Toutefois, c\u2019est dans ce sillage transformateur et r\u00e9formateur que se sont greff\u00e9es, tour \u00e0 tour, la remise en cause politique des mouvements identitaires et leur prise en change prioritaire par l\u2019agenda politique.<\/p>\r\n\r\n<h3>La remise en cause des fractures socio-identitaires et la variation bureaucratique<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale dans les ann\u00e9es 1990 avait une double mission. En premier lieu, l\u2019\u00e9radication du monolithisme \u00e9tatique; en second lieu, l\u2019instauration du pluralisme politique (Zelao, 2012). L\u2019expression plurielle des identit\u00e9s diff\u00e9rentes qui en d\u00e9coulent va \u00eatre mobilis\u00e9e contre la superpuissance ethniciste marqu\u00e9e par la centralit\u00e9 de l\u2019ethnie dans le r\u00e9gime de la premi\u00e8re R\u00e9publique du Cameroun. Cette mobilisation prend la forme de contestations identitaires o\u00f9 le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 un groupe ethnique, linguistique, religieux ou r\u00e9gional semble \u00eatre plus ancr\u00e9 que celui de l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9tat qui conf\u00e8re la nationalit\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La volont\u00e9 de stabiliser les clivages sociaux afin de r\u00e9duire l\u2019incertitude a amen\u00e9 le r\u00e9gime Biya d\u2019alors, en place depuis le 6 novembre 1982, \u00e0 entreprendre une dynamique symbolique, id\u00e9ologique et m\u00e9canique de l\u2019appareil bureaucratique, structur\u00e9e autour de la politique d\u2019 <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>int\u00e9gration nationale \u00bb. Cette politique r\u00e9gulatrice, qui s\u2019inscrit dans une logique de r\u00e9forme institutionnelle et de mobilisation identitaire au niveau de l\u2019appareil politico-administratif, se pr\u00e9sente moins comme une rupture d\u2019avec la politique d\u2019 <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>unification \u00bb d\u2019Ahidjio qui consistait elle aussi \u00e0 stabiliser les fractures socio-identitaires autour d\u2019une politique centralis\u00e9e. Cette r\u00e9gulation passe donc par un ensemble de rel\u00e2chements normatifs, de r\u00e9am\u00e9nagements structurels, de changements id\u00e9ologiques et de mutations sociopolitiques dont la sp\u00e9cificit\u00e9 fait montre d\u2019une certaine originalit\u00e9 autour du management des identit\u00e9s. La construction id\u00e9ologique constitue le point de d\u00e9part d\u2019une relecture politique des questions identitaires, conduisant in\u00e9vitablement \u00e0 une nouvelle gestion des affaires publiques, et rend plus urgent l\u2019approfondissement de la nature et de la sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9ventuelle de cette r\u00e9gulation politique (Commaille et Jobert, 1998).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette construction revient \u00e0 promouvoir une d\u00e9congestion politique et bureaucratique, voire d\u00e9mocratique, capable de capitaliser les singularit\u00e9s pour en faire un cadre d\u2019int\u00e9gration nationale. Cela a \u00e9t\u00e9 fait dans le cade de la politique du \u00ab lib\u00e9ralisme communautaire \u00bb (Biya, 1987) et de l\u2019 <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>\u00e9quilibre r\u00e9gional \u00bb. Cette politique, d\u00e9velopp\u00e9e par le pr\u00e9sident Biya, consiste \u00e0 assurer une r\u00e9partition plus ou moins \u00e9quilibr\u00e9e du produit \u00e9tatique entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions et les groupes humains du pays. Cette gestion sociopolitique des identit\u00e9s \u00e9merge dans un contexte de d\u00e9mocratisation et de d\u00e9fi r\u00e9formateur (Mbock, 1990, p. 16) qui consiste \u00e0 remplacer le syst\u00e8me autoritaire par le syst\u00e8me lib\u00e9ral (Jobert, 1994).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cela s\u2019est fait \u00e0 travers la mise en place de la loi no 96-06 du 18 janvier 1996, portant r\u00e9vision de la constitution de 1972, qui d\u00e9finit la R\u00e9publique du Cameroun comme un \u00ab\u00a0\u00c9tat unitaire d\u00e9centralis\u00e9\u00a0\u00bb. Deux niveaux de d\u00e9centralisation administrative sont pr\u00e9vus: les r\u00e9gions et les communes. La constitution pr\u00e9voit ainsi, d\u2019une part et en bonne place, \u00ab\u00a0la libre administration des collectivit\u00e9s territoriales par des conseils \u00e9lus\u00a0\u00bb et, d\u2019autre part, \u00ab\u00a0le d\u00e9veloppement harmonieux de toutes les collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es sur la base de la solidarit\u00e9 nationale, des potentialit\u00e9s r\u00e9gionales et de l\u2019\u00e9quilibre inter-r\u00e9gional\u00a0\u00bb. Sur cette base, les diff\u00e9rentes initiatives visent \u00e0 r\u00e9guler les clivages sociaux et \u00e0 favoriser la participation des acteurs et actrices d\u2019une localit\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette logique r\u00e9formatrice cherchait \u00e0 rompre avec les clivages identitaires pour ouvrir une nouvelle perspective sociopolitique au Cameroun. L\u2019une de ces perspectives r\u00e9side dans la reconnaissance et la participation des groupes identitaires \u00e0 la gestion des affaires publiques. La reconnaissance et la participation des groupes identitaires y constituent en r\u00e9alit\u00e9 un gage pour l\u2019inscription prioritaire des questions identitaires dans un agenda politique.<\/p>\r\n\r\n<h3>La variation sociale de la crise identitaire et la transaction r\u00e9tributive<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La chute de la premi\u00e8re r\u00e9publique au Cameroun a pos\u00e9 avec beaucoup d\u2019acuit\u00e9 le probl\u00e8me de l\u2019int\u00e9gration politique \u00ab\u00a0tribalocratique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0communaucratique\u00a0\u00bb qui portait les stigmates d\u2019autonomisation communautaire plus ou moins relative. Or, la logique int\u00e9grationniste, qui \u00e9merge avec l\u2019av\u00e8nement de la deuxi\u00e8me r\u00e9publique en 1982, suppose l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un sentiment d\u2019appartenance nationale. Cette derni\u00e8re consiste \u00e0 supplanter et \u00e0 \u00e9liminer les fractures socio-identitaires et \u00e0 r\u00e9futer le cheminement unilin\u00e9aire de la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le mod\u00e8le de gestion des fractures socio-identitaires dans cette dynamique d\u2019int\u00e9gration politique des communaut\u00e9s ethnolinguistiques et culturelles ne peut v\u00e9ritablement \u00eatre pris en compte qu\u2019en dehors des proc\u00e9dures d\u2019action et de r\u00e9action; lesquelles font souvent appel \u00e0 des ressources li\u00e9es \u00e0 la mise en \u0153uvre des structures et superstructures b\u00e2ties sous le prisme des politiques publiques (Garraud, 1990). Les processus de s\u00e9lection de ces fractures constituent, de ce fait, le rapport des analyses en termes de mise en agenda. \u00c0 partir de l\u00e0, l\u2019on peut distinguer, sur le plan analytique, la dimension horizontale de la gestion des questions identitaires. Elle suppose de prendre en compte notamment les logiques de mobilisation collective d\u2019ordre identitaire, auparavant fortement centralis\u00e9es autour d\u2019une politique unificatrice, et conduit \u00e0 diminuer le spectre des fractures sociales. Cette politique participe \u00e0 cadrer l\u2019action publique et \u00e0 mettre sur pied une m\u00e9thode institutionnalis\u00e9e \u00e0 caract\u00e8re gestiologique, destin\u00e9e \u00e0 neutraliser les capacit\u00e9s de contestations ethno-r\u00e9gionales, \u00ab\u00a0ethnocidaires\u00a0\u00bb ou, interethniques. Elle a d\u00e9but\u00e9 par une reconnaissance normative de la participation des groupes identitaires \u00e0 la gestion des affaires publiques, suivie par une ethnicisation du syst\u00e8me \u00e9tatique et par une (re)structuration du cadre politico-administratif qui permet de profondes mutations, lesquelles engendrent d\u2019importantes r\u00e9orientations des pratiques de \u00ab\u00a0gouvernementalit\u00e9\u00a0\u00bb (Foucault) des identit\u00e9s, au point o\u00f9 certain-e-s auteur-e-s en tirent l\u2019id\u00e9e d\u2019une fragmentation de l\u2019\u00c9tat, de sa dilution et de son retrait (Offe, 1979). La \u00ab\u00a0<em>gouvernementalit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb au sens de Michel Foucault (cit\u00e9 par Laborier, 2014, p.\u00a0170) renvoie \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ensemble constitu\u00e9 par les institutions, les proc\u00e9dures, analyses et r\u00e9flexions, les calculs et les tactiques qui permettent d\u2019exercer cette forme bien sp\u00e9cifique, bien que complexe, de pouvoir, qui a pour cible la population, pour forme majeure le savoir\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le rel\u00e2chement normatif remonte au d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel no 75\/496 du 3 juillet 1975 qui pr\u00e9voyait la r\u00e9partition des places pour les concours administratifs et autres grandes \u00e9coles en tenant compte de la \u00ab\u00a0r\u00e9gion d\u2019origine\u00a0\u00bb des parents du candidat, suivi par le d\u00e9cret no 82\/407 du 7 septembre 1982 modifiant celui de juillet 1975 et le d\u00e9cret no 2000\/696\/PM du 13 septembre 2000 fixant le r\u00e9gime des concours administratifs et r\u00e9visant dans le m\u00eame temps les quotas entre les groupes ethniques et ancien-ne-s militaires (Centre 15\u00a0%, Sud 4\u00a0%, Adamaoua 5\u00a0%, Extr\u00eame-Nord 18\u00a0%, Nord 7\u00a0%, Est 7\u00a0%, Littoral 12\u00a0%, Nord-Ouest 12\u00a0%, Ouest 13\u00a0%, Sud-Ouest 8\u00a0%) (d\u00e9cision n\u00b00015\/CAB d\u2019aout 1992). Ces dispositifs normatifs sont couronn\u00e9s par la constitutionnalisation des droits des minorit\u00e9s \u00e0 travers la r\u00e9vision constitutionnelle de janvier 1996 et la reconnaissance des \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0allog\u00e8nes\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019exacerbation de la menace s\u00e9cessionniste anglophone dans les ann\u00e9es 80, les revendications minoritaires Kirdi et autochtones Sawa en janvier 1996 vont pousser le r\u00e9gime du renouveau \u00e0 mobiliser un r\u00e9pertoire d\u2019actions politiques \u00e0 caract\u00e8re ethno-identitaire. Ce r\u00e9pertoire d\u2019actions se structure autour de la cr\u00e9ation des \u00ab\u00a0ethnies-r\u00e9gions\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat-ethnie\u00a0\u00bb. En effet, la cr\u00e9ation des Collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es (CTD) respectant plus ou moins le d\u00e9coupage ethno-identitaires, des \u00ab\u00a0communes \u00e0 r\u00e9gime sp\u00e9cial\u00a0\u00bb mettant en exergue l\u2019autochtonie et l\u2019instauration d\u2019une bureaucratie ethnorepr\u00e9sentative (ex\u00e9cutif, B\u00e9ti; s\u00e9nat, Bamil\u00e9k\u00e9; assembl\u00e9e nationale, nordiste; premier minist\u00e8re, Anglophone\u2026) sous-tendent le discours identitaire qui se trouve oblig\u00e9 de d\u00e9finir de nouvelles modalit\u00e9s de l\u00e9gitimation et d\u2019application pratique de l\u2019int\u00e9gration nationale d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 ce sur quoi se fondait sa pertinence, c\u2019est-\u00e0-dire la politique unificatrice, est battu en br\u00e8che.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat-ethnie comme mesure de r\u00e9gulation des contestations ethnocidaires repr\u00e9sente une dimension essentielle et s\u00e9quentielle de la perspective s\u00e9curitaire dans la mesure o\u00f9 il semble que le principe de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional\u00a0\u00bb, qui en d\u00e9coule, est la s\u00e9quelle de l\u2019intelligibilit\u00e9 de la gouvernance identitaire.<\/p>\r\n\r\n<h2>Des clivages socio-identitaires et la cons\u00e9cration d\u2019un \u00c9tat-social r\u00e9gulateur et compensateur<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si la situation s\u00e9curitaire au Cameroun est marqu\u00e9e par le retentissement de la question anglophone en 2016 peu apr\u00e8s la r\u00e9surgence de Boko-haram en 2011, elle expose ainsi une bifurcation ethnocidaire (Chamoun, 2008) qui r\u00e9v\u00e8le, \u00e0 son tour, l\u2019existence d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 syst\u00e9mique et donc, une menace pour \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale\u00a0\u00bb et\u00a0\u00bb\u00a0l\u2019unit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Le recours \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat-social\u00a0\u00bb (Cattacin, 2009) et la \u00ab\u00a0d\u00e9compression autoritaire\u00a0\u00bb (Bayard, 1991) qui en d\u00e9coule conditionnent une pratique politique engageant la responsabilit\u00e9 des masses. Cette pratique politique repose sur un mod\u00e8le compensateur et r\u00e9gulateur, consistant \u00e0 prendre en compte la variante sociologique dans la gestion des affaires publiques; le but \u00e9tant d\u2019asphyxier les clivages identitaires existants.<\/p>\r\n\r\n<h3>Le recours \u00e0 la socio-strat\u00e9gie comme politique r\u00e9gulatrice face \u00e0 des revendications locales<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le courant cognitif n\u00e9o-institutionnaliste indique que la crise d\u2019un syst\u00e8me centralis\u00e9 ne d\u00e9coule pas toujours de nulle part (Karl et Schmilter, 1991). Elle \u00e9mane souvent d\u2019une volont\u00e9 manifeste du changement syst\u00e9mique, lui-m\u00eame tributaire des arrangements et perceptions institutionnels, impos\u00e9s par des contraintes conjoncturelles. Cette interd\u00e9pendance permet de modifier la structure cognitive des acteurs et actrices politiques. C\u2019est dans ce sillage que la socio-strat\u00e9gie, marqu\u00e9e par le transfert des comp\u00e9tences s\u00e9curitaires \u00e9tatiques \u00e0 des actrices et acteurs sociaux, se pose en s\u2019imposant comme mode de gestion des fractures sociales. En clair, elle permet de modifier l\u2019ordre s\u00e9curitaire et d\u2019instaurer une logique situationnelle et rationnelle en associant la soci\u00e9t\u00e9 civile dans la gestion des probl\u00e8mes s\u00e9curitaires. C\u2019est l\u00e0 que se situent donc le sens et la quintessence des politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 des antagonismes identitaires au Cameroun.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ces politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9 se sont clairement illustr\u00e9es dans la r\u00e9solution du probl\u00e8me anglophone \u00e0 travers la mise en \u0153uvre des mesures contractuelles qui r\u00e9pondent plus ou moins aux revendications dites corporatistes. Ces mesures permettent donc de r\u00e9tablir la confiance et d\u2019apaiser les tensions sociales. C\u2019est ainsi que le <strong>p<\/strong>r\u00e9sident Biya d\u00e9cide, le mercredi 30 ao\u00fbt 2017, d\u2019arr\u00eater les poursuites pendantes au Tribunal militaire de Yaound\u00e9 contre les leaders du consortium anglophone, de r\u00e9former le syst\u00e8me administratif et \u00e9ducatif en int\u00e9grant une section Common Law \u00e0 la Cour supr\u00eame et \u00e0 l\u2019ENAM, mais aussi, d\u2019augmenter le nombre d\u2019enseignant-e-s \u00ab\u00a0anglophones\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019ENAM. Bien plus, il ordonne le recrutement de magistrat-e-s \u00ab\u00a0anglophones<strong>\u00a0\u00bb<\/strong>, la cr\u00e9ation de d\u00e9partements de Common Law dans des universit\u00e9s francophones et autorise provisoirement les avocat-e-s \u00ab\u00a0anglophones\u00a0\u00bb de continuer d\u2019exercer les fonctions de notaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette politique r\u00e9gulatrice passe aussi par la cr\u00e9ation d\u2019organes ind\u00e9pendants de gestion et r\u00e9gulation sociale \u00e0 savoir: la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme en janvier 2017; le Comit\u00e9 interminist\u00e9riel ad hoc en novembre 2016, charg\u00e9 de mener des n\u00e9gociations avec les leaders du Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC \u00ab\u00a0le consortium\u00a0\u00bb).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Toutefois, la mont\u00e9e en puissance de Boko-haram, accentu\u00e9 par des tensions identitaires d\u00e9j\u00e0 existantes dans le septentrion, notamment entre Arabes Choa et Kotoko (Socpa, 2002), a permis \u00e0 l\u2019\u00c9tat camerounais de mobiliser, de mani\u00e8re circonstancielle, des cha\u00eenes de commandement traditionnel et social (notamment des associations \u00e0 base culturelle AC-SAO, ACM, ACADIR\u2026) (Zelao, 2006) dans les localit\u00e9s de Kouss\u00e9ri, Mokolo, Mora (auxiliaires d\u2019administration lawan\/blama, chef de canton, sultan\/lamido), dans la gestion de ces tentions afin de limiter les risques d\u2019enlisement de conflits intercommunautaires. Force est de constater qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, ces conflits qui y perdurent suivent une trajectoire de rejet mutuel et de stigmatisation de l\u2019autre.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La mise sur pied d\u2019un ensemble de dispositions de r\u00e9gulation des fractures identitaires, permet de mettre en relief la configuration du champ de n\u00e9gociation qui r\u00e9v\u00e8le \u00e0 son tour, une sous\u2011traitance par essence \u00ab\u00a0s\u00e9curitaire\u00a0\u00bb laissant \u00e9merger une \u00ab\u00a0pluralisation de l\u2019autorit\u00e9 r\u00e9gulatrice\u00a0\u00bb (Roitman, 1999). Cette mobilisation des ressources sociales dans la gestion s\u00e9curitaire, face \u00e0 des revendications sociales \u00e0 caract\u00e8re contestataire et protestataire, montre \u00e0 suffisance la pertinence de la socio-strat\u00e9gie. Celle-ci renvoie donc \u00e0 une sorte de d\u00e9centralisation de la puissance publique en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, int\u00e9grant la soci\u00e9t\u00e9 civile et la cr\u00e9ation d\u2019institutions <em>ad hoc<\/em> pour g\u00e9rer les probl\u00e8mes sociaux de nature identitaire.<\/p>\r\n\r\n<h3>La capitalisation d\u2019une politique sociale compensatrice face \u00e0 des revendications identitaires<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le rel\u00e2chement du champ politique et la \u00ab\u00a0pluralisation du champ social\u00a0\u00bb (Sindjoun, 1996), face \u00e0 des contestations identitaires de nature ethnocidaire, illustrent la tentative de l\u00e9gitimation de l\u2019ordre s\u00e9curitaire (Ngnemzue et Bergson, 2009). Cette l\u00e9gitimation se traduit par la mise sur pied d\u2019une politique compensatrice, c\u2019est-\u00e0-dire une vision de l\u2019\u00e9tat fond\u00e9e sur la politique de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional\u00a0\u00bb que le pr\u00e9sident Paul Biya apportait \u00e0 l\u2019ouverture du champ politique parce que g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019une dynamique de paix et de stabilit\u00e9 sociopolitique. Une lecture froide du cadre sociopolitique camerounais r\u00e9v\u00e8le l\u2019existence d\u2019exclusions sociales de certains groupes ethnor\u00e9gionaux par rapport \u00e0 d\u2019autres (Mouiche, 1997). Entre les Bamil\u00e9k\u00e9 de l\u2019Ouest, Kirdi du Nord ou encore les Arabe-Choa et les Pygm\u00e9es de l\u2019Est du Cameroun, ces groupes ethniques ne participaient presque pas \u00e0 la prise de d\u00e9cision sous le r\u00e9gime monolithique. On a assist\u00e9 \u00e0 une \u00e9norme crise de repr\u00e9sentativit\u00e9 ethnor\u00e9gionale au niveau de l\u2019appareil \u00e9tatique. Le r\u00e9gime du renouveau saisit \u00e0 son compte une politique \u00e9quilibriste structur\u00e9e autour des quotas et donc de l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional, consistant \u00e0 int\u00e9grer les groupes ethniques exclus (Bamil\u00e9k\u00e9 de l\u2019Ouest, Kirdi du Nord-Cameroun et Anglophones et Arabes du Logone-et-Chari). Cette politique \u00e9quilibriste, mise en \u0153uvre par le pouvoir politique en place, est consid\u00e9r\u00e9e comme une sorte de compensation \u00e0 la sous-repr\u00e9sentation ethnique et tribale au niveau de l\u2019appareil gouvernant des groupes ethniques concurrents et antagonistes. Elle peut aussi \u00eatre per\u00e7ue comme un processus de frustration des uns, plus m\u00e9ritants, au profit des autres, moins m\u00e9ritants. Toutefois, les mesures compensatrices, qui consacrent cette politique de redistribution des places r\u00e9serv\u00e9es aux ressortissants des diff\u00e9rentes r\u00e9gions admis aux concours administratifs, permettent d\u2019interpr\u00e9ter la volont\u00e9 des pouvoirs publics \u00e0 maintenir un certain \u00e9quilibre sociopolitique face \u00e0 des revendications identitaires et \u00e0 des risques s\u00e9cessionnistes. Le d\u00e9cret no 82\/407 du 7 septembre 1982, modifiant et compl\u00e9tant celui du no 75\/496 du 3 juillet 1975 subodore la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9partition plus ou moins \u00e9quilibr\u00e9e de la fonction publique tenant compte des identit\u00e9s. L\u2019on pourrait croire, dans un premier temps, qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019une territorialisation du pouvoir politique (Kouomegni, 1989), c\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e9partition simple des fonctions gouvernantes selon un crit\u00e8re purement territorial. Mais \u00e0 y voir clair, ni la notion de territoire ni m\u00eame celle de groupe ethnique n\u2019apparaissent nulle part dans ce d\u00e9cret. Alors, l\u2019on peut subodorer qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019une politique compensatrice et redistributrice \u00e9labor\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 politique pour rem\u00e9dier et dissimuler les risques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 tributaires aux revendications identitaires. Pour preuve, les circonscriptions administratives du Cameroun sont d\u00e9limit\u00e9es selon les fronti\u00e8res ethniques plus ou moins pr\u00e9cises. Cette disposition, voire pr\u00e9disposition, est renforc\u00e9e par le fait que les tensions interethniques sont en grande partie dues \u00e0 la sous-repr\u00e9sentation ou \u00e0 la non-repr\u00e9sentation tout court de certains (micro ou macro) groupes sociaux dans les sph\u00e8res politico-administratives de l\u2019\u00c9tat camerounais. Rem\u00e9dier \u00e0 ces tensions revient donc pour le r\u00e9gime du renouveau \u00e0 prendre en compte le s\u00e9rieux de la repr\u00e9sentation identitaire et la responsabilit\u00e9 de la reconnaissance des groupes ethniques dans la gestion de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\r\n\r\n<h2>Conclusion<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La gouvernance par essence se veut un mode de gestion horizontale des affaires publiques par opposition \u00e0 la d\u00e9mocratie qui est un mode de gestion verticale de l\u2019action publique traditionnelle (de Benoist, s. d.). Selon Hugues Fran\u00e7ois Onana (2011), elle s\u2019est inscrite au Cameroun dans le processus de r\u00e9forme et de d\u00e9mocratisation enclench\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 la fois la \u00ab\u00a0transitologie\u00a0\u00bb (democratization studies) et la \u00ab\u00a0consolidologie\u00a0\u00bb (institutionnalisation des r\u00e8gles du jeu). Elle introduit dans ce processus un esprit consultatif, d\u00e9lib\u00e9ratif puis d\u00e9cisionnel des actrices et acteurs sociaux (non pas \u00e9lu-e-s) comme porte-paroles de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (ELECAM cr\u00e9\u00e9 en 2008, les communaut\u00e9s urbaines). La gouvernance repose sur un \u00ab\u00a0soubassement de type injonctif\u00a0\u00bb ou prescriptif et r\u00e9pond \u00e0 une logique gestiologique conservatrice.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Face aux d\u00e9fis s\u00e9curitaires r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par des clivages identitaires au Cameroun depuis plusieurs ann\u00e9es, la gouvernance des identit\u00e9s s\u2019offre spontan\u00e9ment comme un instrument de stabilisation et de r\u00e9gulation sociale. L\u2019enjeu est non seulement d\u2019imposer une rh\u00e9torique unificatrice, mais de susciter \u00e9galement une haine s\u00e9paratiste comme pens\u00e9e id\u00e9ologique dans le processus de construction nationale. La r\u00e9sistance de ces mouvements et contestations identitaires dans le temps et dans l\u2019espace fait \u00e9merger la probl\u00e9matique de l\u2019efficacit\u00e9 de ce mode de gestion. Ce dernier puise, dans son fonctionnement, une l\u00e9gitimit\u00e9 presque naturelle en s\u2019assimilant \u00e0 l\u2019excellence d\u00e9mocratique. Une analyse profonde de ce rapport fonctionnel pr\u00e9sente plus un substitut d\u00e9mocratique qu\u2019un raffermissement. Au moment o\u00f9 elle tente de jouer ce r\u00f4le r\u00e9gulateur et stabilisateur \u00e0 travers la politique \u00ab\u00a0\u00e9quilibriste\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0int\u00e9grationniste\u00a0\u00bb dans un contexte o\u00f9 l\u2019\u00c9tat est en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9, la gouvernance identitaire s\u2019installe tout naturellement comme un mod\u00e8le \u00ab\u00a0sur mesure\u00a0\u00bb. C\u2019est ce que l\u2019on peut appeler une \u00ab\u00a0gouvernance r\u00e9flexive\u00a0\u00bb o\u00f9 tout est structur\u00e9 autour de l\u2019autorit\u00e9 centrale et du pouvoir politique.<\/p>\r\n\r\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Bayard, Jean Francois. 1991. La probl\u00e9matique de la d\u00e9mocratie en Afrique noire, la Baule, et apr\u00e8s?. <em>Politique Africaine<\/em>, <em>43<\/em>, 5-20.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">De Benoist, Alain. s.\u00a0d. Qu\u2019est-ce que la d\u00e9mocratie? Version int\u00e9grale publi\u00e9e dans <em>El\u00e9ments<\/em>.\r\n<a href=\"https:\/\/s3-eu-west-1.amazonaws.com\/alaindebenoist\/pdf\/qu_est-ce_que_la_gouvernance.pdf\">https:\/\/s3-eu-west-1.amazonaws.com\/alaindebenoist\/pdf\/qu_est-ce_que_la_gouvernance.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Berger, Peter et Luckman, Thomas. 1987. <em>La Construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9<\/em>. Paris: Meridiens Klincksieck.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Biya, Paul. 1987. <em>Pour le lib\u00e9ralisme communautaire<\/em>. Paris: Pierre Fabre.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Bourmaud, Daniel. 2006. La gouvernance contre la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative? Concept mou, id\u00e9ologie dure. Dans J. G. Rafa\u00e0 Ben Achour (dir.), <em>La d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative dans un d\u00e9fi historique<\/em> (p.\u00a095-102). Bruxelles: Bruylant.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Cattacin, Sandro. 2009. <em>Typologies de l\u2019\u00c9tat social.<\/em> Universit\u00e9 Gen\u00e8ve.\r\n<a href=\"https:\/\/www.unige.ch\/sciences-societe\/socio\/files\/5814\/0533\/5945\/L6.pd\">https:\/\/www.unige.ch\/sciences-societe\/socio\/files\/5814\/0533\/5945\/L6.pd<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Chamoun, Mounir. 2008. G\u00e9nocide et ethnocide: exterminer pour survivre. <em>Topique<\/em> <em>1<\/em> (102), 41-49.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Commaille, Jacques et Jobert, Bruno (dir.). 1998. <em>Les M\u00e9tamorphoses de la r\u00e9gulation politique<\/em>. Paris: LGDJ.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Darbon, Dominique. 1995. <em>Ethnicit\u00e9 et nation en Afrique du Sud. Imageries identitaires et enjeux sociaux<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">D\u00e9cision n\u00b0 0015\/CAB d\u2019aout 1992. MINFOPRA, Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Laborier, Pascale. 2014. Gouvernementalit\u00e9. Dans Jean-Fran\u00e7ois Bert et Jer\u00f4me Lamy (dir.), <em>Michel Foucault. Un h\u00e9ritage critique<\/em> (p.\u00a0169-181). Paris: CNRS.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Garraud, P.\u00a01990. Politiques nationales: l\u2019\u00e9laboration de l\u2019agenda. <em>L\u2019Ann\u00e9e sociologique<\/em>, <em>40<\/em>, 17-41.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Goran, Hyden et Bratton, Michael. 1992. <em>Gouverner l\u2019Afrique, vers un partage des r\u00f4les.<\/em> Colorado: Lynne Rienner Publishers, Boulder.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Hermet Guy, Kazancigil, Ali et Prud\u2019homme, Jean-Fran\u00e7ois. 2005. <em>Gouvernance. Un concept et ses applications<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Jobert, Bruno. 1994. <em>Le tournant n\u00e9olib\u00e9ral en Europe.<\/em> Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Konings, Piet et Nyamnjoh, Francis B. 1997. President Paul Biya and the \u201cAnglophone Problem\u201d in Cameroon\u201d. <em>The Journal of Modern African Studies<\/em>, <em>35<\/em>, 207-229.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Kouomegni, Augustin K. 1989. De la statolit\u00e9 en Afrique: \u00e0 la recherche de la souverainet\u00e9. <em>Revue sciences et techniques<\/em>, <em>VI<\/em> (3-4), 19-33.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Letourneau, Alain. 2009. Les th\u00e9ories de la gouvernance. Pluralit\u00e9 de discours et enjeux \u00e9thiques. <em>Vertigo<\/em>. <em>Revue \u00e9lectronique en sciences de l'environnement<\/em>, <em>hors-s\u00e9rie 6. <\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/vertigo\/8891\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/journals.openedition.org\/vertigo\/8891<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Mbacke Cisse, Falilou, Daff, Sidiki, Mormar, Lissa, Dieng et Goasma, Karine. 2010. Gouvernance et services publics. Pour ne pas renoncer au r\u00eave du d\u00e9veloppement<em>.<\/em> <em>Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique<\/em>, <em>5<\/em>, 66 p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Mbock, Charly Gabriel. 1990. <em>Cameroun, le d\u00e9fi lib\u00e9ral.<\/em> Paris: l\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Mouiche, Ibrahim. 1996. Mutations socio-politiques et replis identitaires en Afrique: le cas du Cameroun. <em>Revue Africaine de Science Politique,<\/em> <em>1<\/em> (2), 31- 56.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Mouiche, Ibrahim. 1997. Ethnicit\u00e9 et pouvoir au Nord-Cameroun. <em>Law and Politics in Africa, Asia and Latin America<\/em>, <em>30<\/em> (2), 182-216.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Ngnemzue, Lendja, Bergson, Ange. 2009. Fondement et instrumentalisation de la crise politique et axiologique de l\u2019\u00c9tat camerounais. <em>Journal des anthropologues<\/em>, <em>118-119<\/em>.\r\n<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/jda\/4098;DOI:10.4000\/jda.4098\">http:\/\/journals.openedition.org\/jda\/4098;DOI:10.4000\/jda.4098<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Offe, Claus. 1979. <em>Contradiction of the Welfare State<\/em>?. Londres: Hutchinson.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Onana, Hugues Fran\u00e7ois. 2011. <em>Pratique de la Gouvernance au Cameroun: Entre d\u00e9s\u00e9tatisation et d\u00e9mocratisation<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Oyowe, Augustin. 1991. Un point de vue personnel: construire la d\u00e9mocratie sur le tribalisme. <em>Le Courrier ACP\/CEE<\/em>, <em>128<\/em>, 69.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Rizza, Roberto. 2008. N\u00e9o-institutionnalisme sociologique et nouvelle sociologie \u00e9conomique: quelles relations?. <em>Revue Interventions \u00e9conomiques<\/em>, <em>38<\/em>, 1-22.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Roitman, Janet. 1999. Le pouvoir n\u2019est pas souverain. Nouvelles autorit\u00e9s r\u00e9gulatrices et transformations de l\u2019\u00c9tat dans le bassin du lac Tchad<em>.<\/em> Dans B\u00e9atrice Hibou (dir.), <em>La privatisation des \u00c9tats<\/em> (p.\u00a0163-196). Paris: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Karl, Terry Lyn. et Schmilter, Philippe. 1991. Les modes de transition en Am\u00e9rique Latine, en Europe du Sud et de l\u2019Est. <em>Revue internationale des sciences sociales<\/em>, <em>128<\/em>, 285-302.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Sindjoun, Luc. 1996. Le champ social camerounais: d\u00e9sordre inventif, mythes simplificateurs et stabilit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019\u00c9tat. <em>Politique africaine<\/em>, <em>62<\/em>, 57-67.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Socpa, Antoine. 2002. Le probl\u00e8me Arabes Choa \u2013 Kotoko au Cameroun: essai d\u2019analyse r\u00e9trospective \u00e0 partir des affrontements de janvier 1992. <em>The African Anthropologist<\/em>, <em>9<\/em> (1), 66-81.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Vasudha, Chhotray et Stocker, Gerry. 2009. <em>Governance Theory and Practice: A Cross-Disciplinary Approach<\/em>. New York: Palgrave Macmillan<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Touoyem, Pascal. 2014. <em>Dynamiques de l\u2019ethnicit\u00e9 en Afrique \u00c9l\u00e9ments pour une th\u00e9orie de l\u2019\u00c9tat multinational<\/em>, Paris: Langaa et Centre d\u2019\u00c9tudes africaines.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Toupane, Tino Rapha\u00ebl. 2009. La gouvernance: \u00e9volution, approches th\u00e9oriques et critiques du concept. <em>Seminarul Geografic \u201cD. Cantemir\u201d NR. 29<\/em>, 97-108.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Zelao, Alawadi. 2006. Conflictualit\u00e9 interethnique et r\u00e9gression scolaire dans la ville de Kouss\u00e9ri au Nord-Cameroun. Colloque international \u00ab\u00a0\u00c9ducation, violences et conflits en Afrique\u00a0\u00bb. Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Zelao, Alawadi. 2012. <em>D\u00e9mocratisation au Cameroun: Sc\u00e8nes, ar\u00e8nes, r\u00e8gles et acteurs<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mont\u00e9e en puissance des clivages identitaires est au centre des dynamiques et contradictions qui structurent la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise depuis plusieurs d\u00e9cennies, forgeant ainsi progressivement une rh\u00e9torique politico-sociale et s\u00e9curitaire plus ou moins consensuelle autour de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Ces clivages sont de plus en plus marqu\u00e9s par des fratricides \u00e0 forte dominante ethnocentr\u00e9e, voire ethnoconfessionnelle. La question s\u00e9curitaire s\u2019impose donc comme une nouvelle priorit\u00e9 de l\u2019action publique sur le changement imm\u00e9diat du Cameroun d\u2019une part et, d\u2019autre part, comme m\u00e9canique de gestion politico-institutionnelle et \u00ab socio-strat\u00e9gique \u00bb \u00e0 l\u2019aune du conflit li\u00e9 \u00e0 Boko-Haram et de la question anglophone. Les mouvements identitaires autour de ces deux spectres font d\u00e9sormais l\u2019objet d\u2019un regard attentif, bien que contrast\u00e9 dans ses formes d\u2019expression. Toutefois, ces mouvements participent curieusement d\u2019une m\u00eame impulsion r\u00e9actionnaire quant \u00e0 leur prise en charge prioritaire, de sorte qu\u2019un ensemble de r\u00e8gles soit \u00e9labor\u00e9, mis en \u0153uvre et contr\u00f4l\u00e9. Il en r\u00e9sulte alors une gouvernance des identit\u00e9s par le biais de la consolidation d\u2019une conception communautariste, voire \u00ab communaucratique \u00bb du politique dans un contexte de brouillage historique et de nonchalance de l\u2019id\u00e9ologie nationaliste. Ce travail souligne la mani\u00e8re dont les r\u00e9ponses aux clivages identitaires ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9es. Pour ce faire, il a recours \u00e0 la sociohistoire et \u00e0 la sociologie critique, tout en mobilisant le constructivisme pour pr\u00e9senter subtilement la construction du mod\u00e8le de gouvernance au Cameroun.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/cameroun\/\">Cameroun<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/communautarisme\/\">Communautarisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/gouvernance\/\">Gouvernance<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/identite\/\">Identit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/securite\/\">S\u00e9curit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/socio-strategie\/\">Socio-strat\u00e9gie<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The rise of identity cleavages and contradictions that have structured the Cameroonian society for several decades, are gradually shaping a politico-social and security rhetoric more or less understood in relation to insecurity, marked by fratricides with strong ethnocentric and even ethno-confessional motivations. The security question has imposed itself as a top priority for the immediate transformation of Cameroon, in the light of the Boko-Haram conflict and the Anglophone question. Identity movements around these two spectres, are now the subject of a careful study, which curiously participates in the same reactionary response with the priority that rules have evolved, implemented and controlled, though contrasted in their forms of expression. The result is in the form of governance of identities, through the consolidation of a \u201ccommunaucratic\u201d or communitarian policy, in a historical haze with a nonchalance towards nationalist ideology. Using a socio-historical and critical sociological approach, this work tries to highlight the way in which the answers to these identity cleavages have been organized, while mobilizing constructivism as the theoretical framework, in order to subtly present the construction of a form of governance in Cameroon.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/cameroon\/\">Cameroon<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/communitarianism\/\">Communitarianism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/governance\/\">Governance<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/identity\/\">Identity<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/security\/\">Security<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/socio-strategy\/\">Socio-strategy<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>12 d\u00e9cembre 2017<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>22 septembre 2019<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>7 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La composante identitaire du Cameroun est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par une pluralit\u00e9 ethnique et linguistique. Cette pluralit\u00e9 peut \u00eatre porteuse non seulement d\u2019une richesse culturelle facteur d\u2019unification, mais aussi d\u2019une bifurcation r\u00e9fractaire aboutissant \u00e0 des fractures sociopolitiques. De ces fractures, parfois marqu\u00e9es par de fortes tensions et autres fratricides, d\u00e9coule une dynamique d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Dans le contexte camerounais, cette derni\u00e8re est issue de l\u2019apparition des vell\u00e9it\u00e9s s\u00e9cessionnistes anglophones dans les ann\u00e9es 1980 (Konings et Nyamnjoh, 1997), des m\u00e9morandums ethnor\u00e9gionaux et de la question Boko-haram qui se pose dans la partie septentrionale du Cameroun depuis 2011. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes syst\u00e9miques forcent \u00e0 regarder la question identitaire avec plus d\u2019attention. Ils d\u00e9bouchent sur une forme de gouvernance qui repose sur les identit\u00e9s et s\u2019arrime \u00e0 une gestion transversale des fractures caus\u00e9es par celles-ci. En effet, la gouvernance n\u2019est pas un concept nouveau. On en trouve des traces dans la p\u00e9riode m\u00e9di\u00e9vale. Elle signifie la conduite, le pilotage ou la direction (Toupane, 2009). Cette notion renvoie de nos jours au processus de coordination d\u2019acteurs et actrices, de groupes sociaux et d\u2019institutions en vue d\u2019atteindre des objectifs d\u00e9finis et discut\u00e9s collectivement. L\u2019int\u00e9r\u00eat actuel de la gouvernance r\u00e9pond \u00e0 la transformation du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat et des modes de r\u00e9gulation politique, de changement social et de stabilisation soci\u00e9tale. Elle appara\u00eet dans une logique ambitieuse et globale de d\u00e9s\u00e9tatisation. C\u2019est la raison pour laquelle Guy Hermet soulignait en 2005 qu\u2019elle est une \u00ab\u00a0id\u00e9ologie globale de substitution de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (p.\u00a014), mieux encore, un processus \u00ab\u00a0d\u2019excellence d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, au sens d\u2019Alain de Benoist (s.\u00a0d., en ligne), dans la mesure o\u00f9 elle s\u2019assimile \u00e0 la consubstantialit\u00e9 de la d\u00e9mocratie participative (implication et participation directe des citoyens dans le d\u00e9bat public et dans la prise de d\u00e9cision politique). Elle compl\u00e8te, de ce fait, la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative tout en soulignant une relation d\u2019engrenage qui introduit la d\u00e9mocratie dans la gouvernance et la gouvernance dans la d\u00e9mocratie. C\u2019est dans cette logique que Guy Hermet pr\u00e9cise qu\u2019elle est un \u00ab\u00a0mode horizontal de gestion des affaires publiques\u00a0\u00bb (2005, p.\u00a013). Pour Daniel Bourmaud, il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0processus de d\u00e9politisation\u00a0\u00bb (2006, p.78), c\u2019est-\u00e0-dire la technocratisation des probl\u00e8mes politiques. Bref, selon Hugues Fran\u00e7ois Onana (2011), la gouvernance se d\u00e9ploie au Cameroun dans un contexte de \u00ab\u00a0mutations politiques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u2019intention d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0dynamiques protestataires\u00a0\u00bb. Comme le fait remarquer Letourneau (2009), de Vasudha et Stoker (2009), l\u2019int\u00e9r\u00eat scientifique de la gouvernance est d\u2019autant plus pertinent que ses th\u00e9ories visent plut\u00f4t les processus de prises de d\u00e9cision sur des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat public, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une pluralit\u00e9 d\u2019acteurs ou de groupes, d\u2019ailleurs hautement variables selon les secteurs. Cette th\u00e9orisation comme paradigme explicatif d\u2019une certaine r\u00e9alit\u00e9 sociale en Afrique est tout au moins compr\u00e9hensible dans les travaux de Mbacke Cisse <em>et al.<\/em> (2010) dans la mesure o\u00f9 la gouvernance est un concept op\u00e9ratoire, une pratique concr\u00e8te qui ne peut se satisfaire simplement de consid\u00e9rations globales des orientations politico-institutionnelles, et donc stato-centr\u00e9es. Cela suppose qu\u2019elle est ind\u00e9fectible au paradigme n\u00e9o-institutionnaliste qui s\u2019accorde, selon Roberto Rizza (2008, p. 7), sur le fait que \u00ab les institutions contribuent \u00e0 la d\u00e9finition de profondes r\u00e9gularit\u00e9s dans le comportement des individus en r\u00e9duisant l\u2019incertitude et en rendant plus pr\u00e9visibles les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, \u00e9conomiques, politiques et culturels \u00bb (2008, p. 7). Cela traduit, non pas une dynamique de d\u00e9s-\u00c9tatisation, mais de cohabitation avec pour but de fournir des orientations strat\u00e9giques aux politiques publiques et de cr\u00e9er des conditions d\u2019efficacit\u00e9 optimale pour parvenir aux objectifs vis\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette cohabitation rev\u00eat tout son sens quant \u00e0 la gestion des clivages identitaires qui laissent pr\u00e9sager une situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au Cameroun dans la mesure o\u00f9 elle se r\u00e9sume \u00e0 un ensemble de r\u00e8gles, de normes et de pratiques collectives (entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 civile), conjoncturelles et structurelles, qui ont tendance \u00e0 substituer l\u2019autorit\u00e9 politique dans son r\u00f4le r\u00e9galien (veiller \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de tous ses citoyen-ne-s). En clair, il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9centralisation des questions s\u00e9curitaires face \u00e0 des fractures identitaires, d\u2019o\u00f9 le questionnement ci-apr\u00e8s. Quels sont les m\u00e9canismes qui ont structur\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une gouvernance des identit\u00e9s au Cameroun? Comment cette derni\u00e8re se pr\u00e9sente-t-elle? Pour quelle finalit\u00e9? Mieux, comment les fractures socio-identitaires sont-elles prises en charge au Cameroun? Cette prise en charge est-elle une technocratie politique r\u00e9novatrice ou un pseudo-m\u00e9canisme manag\u00e9rial des questions identitaires li\u00e9 \u00e0 des risques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9? Les tentatives de r\u00e9ponse \u00e0 ce questionnement se trouvent dans l\u2019argument selon lequel la gestion des fractures socio-identitaires dans l\u2019espace camerounais s\u2019organise et se structure autour d\u2019un ensemble de proc\u00e9dures d\u2019actions et de r\u00e9actions faisant souvent appel \u00e0 la mise en \u0153uvre de r\u00e9formes normatives, structurelles et infrastructurelles plus ou moins autonomiques, technocratiques et technologiques. La gouvernance se pr\u00e9sente alors comme un cadre de mobilisation d\u2019instruments communautaires dans la gestion des questions s\u00e9curitaires. La gestion technocratique ou bureaucratique et socio-strat\u00e9gique \u2013 la mani\u00e8re sociologique d\u2019appr\u00e9hender la strat\u00e9gie, elle-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e par Lucien Poirier (1997, p. 27) comme \u00e9tant \u00ab la mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de la guerre \u00bb \u2013 voire, communaucratique ou \u00ab tribalocratique \u00bb (Touoyem, 2014, p. 6) des fractures identitaires sous l\u2019\u00e9tendard d\u00e9mocratique (Mouiche, 1996) \u2013 se construit \u00e0 partir des politiques du \u00ab lib\u00e9ralisme communautaire \u00bb, th\u00e9oris\u00e9 par Paul Biya en 1987, et de \u00ab l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional \u00bb initi\u00e9 par Ahmadou Ahidjo dans les ann\u00e9es 1970. Le constructivisme, qui est le cadre th\u00e9orique qui sous-tend cette r\u00e9flexion, nous permet de mettre l\u2019accent sur l\u2019influence discursive et normative des valeurs et de l\u2019identit\u00e9 dans la r\u00e9gulation sociale, tout en insistant sur la mani\u00e8re dont les fractions socio-identitaires ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues comme des d\u00e9fis s\u00e9curitaires (Berger et Luckman, 1987). De mani\u00e8re plus pr\u00e9cise, le constructivisme nous permet de voir les logiques qui marquent la perception des fractures identitaires comme d\u00e9fis s\u00e9curitaires au Cameroun. Toutefois, l\u2019examen des questions pos\u00e9es ci-dessus nous am\u00e8nera \u00e0 mobiliser l\u2019analyse sociohistorique et la sociologie critique comme outils m\u00e9thodologiques. Ceux-ci permettront de mieux cerner la sociogen\u00e8se de la gestion identitaire autour du discours int\u00e9grationniste avant d\u2019explorer, dans le contexte actuel, la mise en place des structures compensatrices et r\u00e9gulatrices.<\/p>\n<h2>La perception des fractures identitaires comme menace s\u00e9curitaire et la red\u00e9finition du profil de l\u2019\u00c9tat<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9bat sur les fractures socio-identitaires et la transformation de l\u2019\u00c9tat constitue une des interrogations principales de la sociologie de l\u2019action publique. Les transformations bureaucratiques des ann\u00e9es 1990 interviennent dans le cadre de la r\u00e9gulation des fractures socio-identitaires et sociopolitiques qui ont anim\u00e9 la sc\u00e8ne camerounaise. Cette vague de contestations et de replis identitaires semble \u00eatre l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui stimule, pour le moins, la gouvernance identitaire qui trouve ici un d\u00e9tonateur avec l\u2019effervescence d\u00e9mocratique (Goran et Bratton, 1992). Une telle lecture semble confort\u00e9e par un constat rapide de plusieurs auteurs et autrices sur le lien \u00e9troit entre d\u00e9mocratisation et contestations identitaires au Cameroun (Oyowe, 1991; Darbon 1995). Cette r\u00e9alit\u00e9 fait montre d\u2019une dialectique marquant la quasi-difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser une synth\u00e8se des dynamiques de transformation de l\u2019\u00c9tat (Onana, 2011). Toutefois, c\u2019est dans ce sillage transformateur et r\u00e9formateur que se sont greff\u00e9es, tour \u00e0 tour, la remise en cause politique des mouvements identitaires et leur prise en change prioritaire par l\u2019agenda politique.<\/p>\n<h3>La remise en cause des fractures socio-identitaires et la variation bureaucratique<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale dans les ann\u00e9es 1990 avait une double mission. En premier lieu, l\u2019\u00e9radication du monolithisme \u00e9tatique; en second lieu, l\u2019instauration du pluralisme politique (Zelao, 2012). L\u2019expression plurielle des identit\u00e9s diff\u00e9rentes qui en d\u00e9coulent va \u00eatre mobilis\u00e9e contre la superpuissance ethniciste marqu\u00e9e par la centralit\u00e9 de l\u2019ethnie dans le r\u00e9gime de la premi\u00e8re R\u00e9publique du Cameroun. Cette mobilisation prend la forme de contestations identitaires o\u00f9 le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 un groupe ethnique, linguistique, religieux ou r\u00e9gional semble \u00eatre plus ancr\u00e9 que celui de l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9tat qui conf\u00e8re la nationalit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La volont\u00e9 de stabiliser les clivages sociaux afin de r\u00e9duire l\u2019incertitude a amen\u00e9 le r\u00e9gime Biya d\u2019alors, en place depuis le 6 novembre 1982, \u00e0 entreprendre une dynamique symbolique, id\u00e9ologique et m\u00e9canique de l\u2019appareil bureaucratique, structur\u00e9e autour de la politique d\u2019 <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>int\u00e9gration nationale \u00bb. Cette politique r\u00e9gulatrice, qui s\u2019inscrit dans une logique de r\u00e9forme institutionnelle et de mobilisation identitaire au niveau de l\u2019appareil politico-administratif, se pr\u00e9sente moins comme une rupture d\u2019avec la politique d\u2019 <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>unification \u00bb d\u2019Ahidjio qui consistait elle aussi \u00e0 stabiliser les fractures socio-identitaires autour d\u2019une politique centralis\u00e9e. Cette r\u00e9gulation passe donc par un ensemble de rel\u00e2chements normatifs, de r\u00e9am\u00e9nagements structurels, de changements id\u00e9ologiques et de mutations sociopolitiques dont la sp\u00e9cificit\u00e9 fait montre d\u2019une certaine originalit\u00e9 autour du management des identit\u00e9s. La construction id\u00e9ologique constitue le point de d\u00e9part d\u2019une relecture politique des questions identitaires, conduisant in\u00e9vitablement \u00e0 une nouvelle gestion des affaires publiques, et rend plus urgent l\u2019approfondissement de la nature et de la sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9ventuelle de cette r\u00e9gulation politique (Commaille et Jobert, 1998).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette construction revient \u00e0 promouvoir une d\u00e9congestion politique et bureaucratique, voire d\u00e9mocratique, capable de capitaliser les singularit\u00e9s pour en faire un cadre d\u2019int\u00e9gration nationale. Cela a \u00e9t\u00e9 fait dans le cade de la politique du \u00ab lib\u00e9ralisme communautaire \u00bb (Biya, 1987) et de l\u2019 <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>\u00e9quilibre r\u00e9gional \u00bb. Cette politique, d\u00e9velopp\u00e9e par le pr\u00e9sident Biya, consiste \u00e0 assurer une r\u00e9partition plus ou moins \u00e9quilibr\u00e9e du produit \u00e9tatique entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions et les groupes humains du pays. Cette gestion sociopolitique des identit\u00e9s \u00e9merge dans un contexte de d\u00e9mocratisation et de d\u00e9fi r\u00e9formateur (Mbock, 1990, p. 16) qui consiste \u00e0 remplacer le syst\u00e8me autoritaire par le syst\u00e8me lib\u00e9ral (Jobert, 1994).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cela s\u2019est fait \u00e0 travers la mise en place de la loi no 96-06 du 18 janvier 1996, portant r\u00e9vision de la constitution de 1972, qui d\u00e9finit la R\u00e9publique du Cameroun comme un \u00ab\u00a0\u00c9tat unitaire d\u00e9centralis\u00e9\u00a0\u00bb. Deux niveaux de d\u00e9centralisation administrative sont pr\u00e9vus: les r\u00e9gions et les communes. La constitution pr\u00e9voit ainsi, d\u2019une part et en bonne place, \u00ab\u00a0la libre administration des collectivit\u00e9s territoriales par des conseils \u00e9lus\u00a0\u00bb et, d\u2019autre part, \u00ab\u00a0le d\u00e9veloppement harmonieux de toutes les collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es sur la base de la solidarit\u00e9 nationale, des potentialit\u00e9s r\u00e9gionales et de l\u2019\u00e9quilibre inter-r\u00e9gional\u00a0\u00bb. Sur cette base, les diff\u00e9rentes initiatives visent \u00e0 r\u00e9guler les clivages sociaux et \u00e0 favoriser la participation des acteurs et actrices d\u2019une localit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette logique r\u00e9formatrice cherchait \u00e0 rompre avec les clivages identitaires pour ouvrir une nouvelle perspective sociopolitique au Cameroun. L\u2019une de ces perspectives r\u00e9side dans la reconnaissance et la participation des groupes identitaires \u00e0 la gestion des affaires publiques. La reconnaissance et la participation des groupes identitaires y constituent en r\u00e9alit\u00e9 un gage pour l\u2019inscription prioritaire des questions identitaires dans un agenda politique.<\/p>\n<h3>La variation sociale de la crise identitaire et la transaction r\u00e9tributive<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La chute de la premi\u00e8re r\u00e9publique au Cameroun a pos\u00e9 avec beaucoup d\u2019acuit\u00e9 le probl\u00e8me de l\u2019int\u00e9gration politique \u00ab\u00a0tribalocratique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0communaucratique\u00a0\u00bb qui portait les stigmates d\u2019autonomisation communautaire plus ou moins relative. Or, la logique int\u00e9grationniste, qui \u00e9merge avec l\u2019av\u00e8nement de la deuxi\u00e8me r\u00e9publique en 1982, suppose l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un sentiment d\u2019appartenance nationale. Cette derni\u00e8re consiste \u00e0 supplanter et \u00e0 \u00e9liminer les fractures socio-identitaires et \u00e0 r\u00e9futer le cheminement unilin\u00e9aire de la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le mod\u00e8le de gestion des fractures socio-identitaires dans cette dynamique d\u2019int\u00e9gration politique des communaut\u00e9s ethnolinguistiques et culturelles ne peut v\u00e9ritablement \u00eatre pris en compte qu\u2019en dehors des proc\u00e9dures d\u2019action et de r\u00e9action; lesquelles font souvent appel \u00e0 des ressources li\u00e9es \u00e0 la mise en \u0153uvre des structures et superstructures b\u00e2ties sous le prisme des politiques publiques (Garraud, 1990). Les processus de s\u00e9lection de ces fractures constituent, de ce fait, le rapport des analyses en termes de mise en agenda. \u00c0 partir de l\u00e0, l\u2019on peut distinguer, sur le plan analytique, la dimension horizontale de la gestion des questions identitaires. Elle suppose de prendre en compte notamment les logiques de mobilisation collective d\u2019ordre identitaire, auparavant fortement centralis\u00e9es autour d\u2019une politique unificatrice, et conduit \u00e0 diminuer le spectre des fractures sociales. Cette politique participe \u00e0 cadrer l\u2019action publique et \u00e0 mettre sur pied une m\u00e9thode institutionnalis\u00e9e \u00e0 caract\u00e8re gestiologique, destin\u00e9e \u00e0 neutraliser les capacit\u00e9s de contestations ethno-r\u00e9gionales, \u00ab\u00a0ethnocidaires\u00a0\u00bb ou, interethniques. Elle a d\u00e9but\u00e9 par une reconnaissance normative de la participation des groupes identitaires \u00e0 la gestion des affaires publiques, suivie par une ethnicisation du syst\u00e8me \u00e9tatique et par une (re)structuration du cadre politico-administratif qui permet de profondes mutations, lesquelles engendrent d\u2019importantes r\u00e9orientations des pratiques de \u00ab\u00a0gouvernementalit\u00e9\u00a0\u00bb (Foucault) des identit\u00e9s, au point o\u00f9 certain-e-s auteur-e-s en tirent l\u2019id\u00e9e d\u2019une fragmentation de l\u2019\u00c9tat, de sa dilution et de son retrait (Offe, 1979). La \u00ab\u00a0<em>gouvernementalit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb au sens de Michel Foucault (cit\u00e9 par Laborier, 2014, p.\u00a0170) renvoie \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ensemble constitu\u00e9 par les institutions, les proc\u00e9dures, analyses et r\u00e9flexions, les calculs et les tactiques qui permettent d\u2019exercer cette forme bien sp\u00e9cifique, bien que complexe, de pouvoir, qui a pour cible la population, pour forme majeure le savoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le rel\u00e2chement normatif remonte au d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel no 75\/496 du 3 juillet 1975 qui pr\u00e9voyait la r\u00e9partition des places pour les concours administratifs et autres grandes \u00e9coles en tenant compte de la \u00ab\u00a0r\u00e9gion d\u2019origine\u00a0\u00bb des parents du candidat, suivi par le d\u00e9cret no 82\/407 du 7 septembre 1982 modifiant celui de juillet 1975 et le d\u00e9cret no 2000\/696\/PM du 13 septembre 2000 fixant le r\u00e9gime des concours administratifs et r\u00e9visant dans le m\u00eame temps les quotas entre les groupes ethniques et ancien-ne-s militaires (Centre 15\u00a0%, Sud 4\u00a0%, Adamaoua 5\u00a0%, Extr\u00eame-Nord 18\u00a0%, Nord 7\u00a0%, Est 7\u00a0%, Littoral 12\u00a0%, Nord-Ouest 12\u00a0%, Ouest 13\u00a0%, Sud-Ouest 8\u00a0%) (d\u00e9cision n\u00b00015\/CAB d\u2019aout 1992). Ces dispositifs normatifs sont couronn\u00e9s par la constitutionnalisation des droits des minorit\u00e9s \u00e0 travers la r\u00e9vision constitutionnelle de janvier 1996 et la reconnaissance des \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0allog\u00e8nes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019exacerbation de la menace s\u00e9cessionniste anglophone dans les ann\u00e9es 80, les revendications minoritaires Kirdi et autochtones Sawa en janvier 1996 vont pousser le r\u00e9gime du renouveau \u00e0 mobiliser un r\u00e9pertoire d\u2019actions politiques \u00e0 caract\u00e8re ethno-identitaire. Ce r\u00e9pertoire d\u2019actions se structure autour de la cr\u00e9ation des \u00ab\u00a0ethnies-r\u00e9gions\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat-ethnie\u00a0\u00bb. En effet, la cr\u00e9ation des Collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es (CTD) respectant plus ou moins le d\u00e9coupage ethno-identitaires, des \u00ab\u00a0communes \u00e0 r\u00e9gime sp\u00e9cial\u00a0\u00bb mettant en exergue l\u2019autochtonie et l\u2019instauration d\u2019une bureaucratie ethnorepr\u00e9sentative (ex\u00e9cutif, B\u00e9ti; s\u00e9nat, Bamil\u00e9k\u00e9; assembl\u00e9e nationale, nordiste; premier minist\u00e8re, Anglophone\u2026) sous-tendent le discours identitaire qui se trouve oblig\u00e9 de d\u00e9finir de nouvelles modalit\u00e9s de l\u00e9gitimation et d\u2019application pratique de l\u2019int\u00e9gration nationale d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 ce sur quoi se fondait sa pertinence, c\u2019est-\u00e0-dire la politique unificatrice, est battu en br\u00e8che.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat-ethnie comme mesure de r\u00e9gulation des contestations ethnocidaires repr\u00e9sente une dimension essentielle et s\u00e9quentielle de la perspective s\u00e9curitaire dans la mesure o\u00f9 il semble que le principe de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional\u00a0\u00bb, qui en d\u00e9coule, est la s\u00e9quelle de l\u2019intelligibilit\u00e9 de la gouvernance identitaire.<\/p>\n<h2>Des clivages socio-identitaires et la cons\u00e9cration d\u2019un \u00c9tat-social r\u00e9gulateur et compensateur<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si la situation s\u00e9curitaire au Cameroun est marqu\u00e9e par le retentissement de la question anglophone en 2016 peu apr\u00e8s la r\u00e9surgence de Boko-haram en 2011, elle expose ainsi une bifurcation ethnocidaire (Chamoun, 2008) qui r\u00e9v\u00e8le, \u00e0 son tour, l\u2019existence d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 syst\u00e9mique et donc, une menace pour \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale\u00a0\u00bb et\u00a0\u00bb\u00a0l\u2019unit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Le recours \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat-social\u00a0\u00bb (Cattacin, 2009) et la \u00ab\u00a0d\u00e9compression autoritaire\u00a0\u00bb (Bayard, 1991) qui en d\u00e9coule conditionnent une pratique politique engageant la responsabilit\u00e9 des masses. Cette pratique politique repose sur un mod\u00e8le compensateur et r\u00e9gulateur, consistant \u00e0 prendre en compte la variante sociologique dans la gestion des affaires publiques; le but \u00e9tant d\u2019asphyxier les clivages identitaires existants.<\/p>\n<h3>Le recours \u00e0 la socio-strat\u00e9gie comme politique r\u00e9gulatrice face \u00e0 des revendications locales<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le courant cognitif n\u00e9o-institutionnaliste indique que la crise d\u2019un syst\u00e8me centralis\u00e9 ne d\u00e9coule pas toujours de nulle part (Karl et Schmilter, 1991). Elle \u00e9mane souvent d\u2019une volont\u00e9 manifeste du changement syst\u00e9mique, lui-m\u00eame tributaire des arrangements et perceptions institutionnels, impos\u00e9s par des contraintes conjoncturelles. Cette interd\u00e9pendance permet de modifier la structure cognitive des acteurs et actrices politiques. C\u2019est dans ce sillage que la socio-strat\u00e9gie, marqu\u00e9e par le transfert des comp\u00e9tences s\u00e9curitaires \u00e9tatiques \u00e0 des actrices et acteurs sociaux, se pose en s\u2019imposant comme mode de gestion des fractures sociales. En clair, elle permet de modifier l\u2019ordre s\u00e9curitaire et d\u2019instaurer une logique situationnelle et rationnelle en associant la soci\u00e9t\u00e9 civile dans la gestion des probl\u00e8mes s\u00e9curitaires. C\u2019est l\u00e0 que se situent donc le sens et la quintessence des politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 des antagonismes identitaires au Cameroun.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ces politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9 se sont clairement illustr\u00e9es dans la r\u00e9solution du probl\u00e8me anglophone \u00e0 travers la mise en \u0153uvre des mesures contractuelles qui r\u00e9pondent plus ou moins aux revendications dites corporatistes. Ces mesures permettent donc de r\u00e9tablir la confiance et d\u2019apaiser les tensions sociales. C\u2019est ainsi que le <strong>p<\/strong>r\u00e9sident Biya d\u00e9cide, le mercredi 30 ao\u00fbt 2017, d\u2019arr\u00eater les poursuites pendantes au Tribunal militaire de Yaound\u00e9 contre les leaders du consortium anglophone, de r\u00e9former le syst\u00e8me administratif et \u00e9ducatif en int\u00e9grant une section Common Law \u00e0 la Cour supr\u00eame et \u00e0 l\u2019ENAM, mais aussi, d\u2019augmenter le nombre d\u2019enseignant-e-s \u00ab\u00a0anglophones\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019ENAM. Bien plus, il ordonne le recrutement de magistrat-e-s \u00ab\u00a0anglophones<strong>\u00a0\u00bb<\/strong>, la cr\u00e9ation de d\u00e9partements de Common Law dans des universit\u00e9s francophones et autorise provisoirement les avocat-e-s \u00ab\u00a0anglophones\u00a0\u00bb de continuer d\u2019exercer les fonctions de notaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette politique r\u00e9gulatrice passe aussi par la cr\u00e9ation d\u2019organes ind\u00e9pendants de gestion et r\u00e9gulation sociale \u00e0 savoir: la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme en janvier 2017; le Comit\u00e9 interminist\u00e9riel ad hoc en novembre 2016, charg\u00e9 de mener des n\u00e9gociations avec les leaders du Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC \u00ab\u00a0le consortium\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Toutefois, la mont\u00e9e en puissance de Boko-haram, accentu\u00e9 par des tensions identitaires d\u00e9j\u00e0 existantes dans le septentrion, notamment entre Arabes Choa et Kotoko (Socpa, 2002), a permis \u00e0 l\u2019\u00c9tat camerounais de mobiliser, de mani\u00e8re circonstancielle, des cha\u00eenes de commandement traditionnel et social (notamment des associations \u00e0 base culturelle AC-SAO, ACM, ACADIR\u2026) (Zelao, 2006) dans les localit\u00e9s de Kouss\u00e9ri, Mokolo, Mora (auxiliaires d\u2019administration lawan\/blama, chef de canton, sultan\/lamido), dans la gestion de ces tentions afin de limiter les risques d\u2019enlisement de conflits intercommunautaires. Force est de constater qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, ces conflits qui y perdurent suivent une trajectoire de rejet mutuel et de stigmatisation de l\u2019autre.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La mise sur pied d\u2019un ensemble de dispositions de r\u00e9gulation des fractures identitaires, permet de mettre en relief la configuration du champ de n\u00e9gociation qui r\u00e9v\u00e8le \u00e0 son tour, une sous\u2011traitance par essence \u00ab\u00a0s\u00e9curitaire\u00a0\u00bb laissant \u00e9merger une \u00ab\u00a0pluralisation de l\u2019autorit\u00e9 r\u00e9gulatrice\u00a0\u00bb (Roitman, 1999). Cette mobilisation des ressources sociales dans la gestion s\u00e9curitaire, face \u00e0 des revendications sociales \u00e0 caract\u00e8re contestataire et protestataire, montre \u00e0 suffisance la pertinence de la socio-strat\u00e9gie. Celle-ci renvoie donc \u00e0 une sorte de d\u00e9centralisation de la puissance publique en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, int\u00e9grant la soci\u00e9t\u00e9 civile et la cr\u00e9ation d\u2019institutions <em>ad hoc<\/em> pour g\u00e9rer les probl\u00e8mes sociaux de nature identitaire.<\/p>\n<h3>La capitalisation d\u2019une politique sociale compensatrice face \u00e0 des revendications identitaires<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le rel\u00e2chement du champ politique et la \u00ab\u00a0pluralisation du champ social\u00a0\u00bb (Sindjoun, 1996), face \u00e0 des contestations identitaires de nature ethnocidaire, illustrent la tentative de l\u00e9gitimation de l\u2019ordre s\u00e9curitaire (Ngnemzue et Bergson, 2009). Cette l\u00e9gitimation se traduit par la mise sur pied d\u2019une politique compensatrice, c\u2019est-\u00e0-dire une vision de l\u2019\u00e9tat fond\u00e9e sur la politique de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional\u00a0\u00bb que le pr\u00e9sident Paul Biya apportait \u00e0 l\u2019ouverture du champ politique parce que g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019une dynamique de paix et de stabilit\u00e9 sociopolitique. Une lecture froide du cadre sociopolitique camerounais r\u00e9v\u00e8le l\u2019existence d\u2019exclusions sociales de certains groupes ethnor\u00e9gionaux par rapport \u00e0 d\u2019autres (Mouiche, 1997). Entre les Bamil\u00e9k\u00e9 de l\u2019Ouest, Kirdi du Nord ou encore les Arabe-Choa et les Pygm\u00e9es de l\u2019Est du Cameroun, ces groupes ethniques ne participaient presque pas \u00e0 la prise de d\u00e9cision sous le r\u00e9gime monolithique. On a assist\u00e9 \u00e0 une \u00e9norme crise de repr\u00e9sentativit\u00e9 ethnor\u00e9gionale au niveau de l\u2019appareil \u00e9tatique. Le r\u00e9gime du renouveau saisit \u00e0 son compte une politique \u00e9quilibriste structur\u00e9e autour des quotas et donc de l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional, consistant \u00e0 int\u00e9grer les groupes ethniques exclus (Bamil\u00e9k\u00e9 de l\u2019Ouest, Kirdi du Nord-Cameroun et Anglophones et Arabes du Logone-et-Chari). Cette politique \u00e9quilibriste, mise en \u0153uvre par le pouvoir politique en place, est consid\u00e9r\u00e9e comme une sorte de compensation \u00e0 la sous-repr\u00e9sentation ethnique et tribale au niveau de l\u2019appareil gouvernant des groupes ethniques concurrents et antagonistes. Elle peut aussi \u00eatre per\u00e7ue comme un processus de frustration des uns, plus m\u00e9ritants, au profit des autres, moins m\u00e9ritants. Toutefois, les mesures compensatrices, qui consacrent cette politique de redistribution des places r\u00e9serv\u00e9es aux ressortissants des diff\u00e9rentes r\u00e9gions admis aux concours administratifs, permettent d\u2019interpr\u00e9ter la volont\u00e9 des pouvoirs publics \u00e0 maintenir un certain \u00e9quilibre sociopolitique face \u00e0 des revendications identitaires et \u00e0 des risques s\u00e9cessionnistes. Le d\u00e9cret no 82\/407 du 7 septembre 1982, modifiant et compl\u00e9tant celui du no 75\/496 du 3 juillet 1975 subodore la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9partition plus ou moins \u00e9quilibr\u00e9e de la fonction publique tenant compte des identit\u00e9s. L\u2019on pourrait croire, dans un premier temps, qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019une territorialisation du pouvoir politique (Kouomegni, 1989), c\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e9partition simple des fonctions gouvernantes selon un crit\u00e8re purement territorial. Mais \u00e0 y voir clair, ni la notion de territoire ni m\u00eame celle de groupe ethnique n\u2019apparaissent nulle part dans ce d\u00e9cret. Alors, l\u2019on peut subodorer qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019une politique compensatrice et redistributrice \u00e9labor\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 politique pour rem\u00e9dier et dissimuler les risques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 tributaires aux revendications identitaires. Pour preuve, les circonscriptions administratives du Cameroun sont d\u00e9limit\u00e9es selon les fronti\u00e8res ethniques plus ou moins pr\u00e9cises. Cette disposition, voire pr\u00e9disposition, est renforc\u00e9e par le fait que les tensions interethniques sont en grande partie dues \u00e0 la sous-repr\u00e9sentation ou \u00e0 la non-repr\u00e9sentation tout court de certains (micro ou macro) groupes sociaux dans les sph\u00e8res politico-administratives de l\u2019\u00c9tat camerounais. Rem\u00e9dier \u00e0 ces tensions revient donc pour le r\u00e9gime du renouveau \u00e0 prendre en compte le s\u00e9rieux de la repr\u00e9sentation identitaire et la responsabilit\u00e9 de la reconnaissance des groupes ethniques dans la gestion de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La gouvernance par essence se veut un mode de gestion horizontale des affaires publiques par opposition \u00e0 la d\u00e9mocratie qui est un mode de gestion verticale de l\u2019action publique traditionnelle (de Benoist, s. d.). Selon Hugues Fran\u00e7ois Onana (2011), elle s\u2019est inscrite au Cameroun dans le processus de r\u00e9forme et de d\u00e9mocratisation enclench\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 la fois la \u00ab\u00a0transitologie\u00a0\u00bb (democratization studies) et la \u00ab\u00a0consolidologie\u00a0\u00bb (institutionnalisation des r\u00e8gles du jeu). Elle introduit dans ce processus un esprit consultatif, d\u00e9lib\u00e9ratif puis d\u00e9cisionnel des actrices et acteurs sociaux (non pas \u00e9lu-e-s) comme porte-paroles de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (ELECAM cr\u00e9\u00e9 en 2008, les communaut\u00e9s urbaines). La gouvernance repose sur un \u00ab\u00a0soubassement de type injonctif\u00a0\u00bb ou prescriptif et r\u00e9pond \u00e0 une logique gestiologique conservatrice.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Face aux d\u00e9fis s\u00e9curitaires r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par des clivages identitaires au Cameroun depuis plusieurs ann\u00e9es, la gouvernance des identit\u00e9s s\u2019offre spontan\u00e9ment comme un instrument de stabilisation et de r\u00e9gulation sociale. L\u2019enjeu est non seulement d\u2019imposer une rh\u00e9torique unificatrice, mais de susciter \u00e9galement une haine s\u00e9paratiste comme pens\u00e9e id\u00e9ologique dans le processus de construction nationale. La r\u00e9sistance de ces mouvements et contestations identitaires dans le temps et dans l\u2019espace fait \u00e9merger la probl\u00e9matique de l\u2019efficacit\u00e9 de ce mode de gestion. Ce dernier puise, dans son fonctionnement, une l\u00e9gitimit\u00e9 presque naturelle en s\u2019assimilant \u00e0 l\u2019excellence d\u00e9mocratique. Une analyse profonde de ce rapport fonctionnel pr\u00e9sente plus un substitut d\u00e9mocratique qu\u2019un raffermissement. Au moment o\u00f9 elle tente de jouer ce r\u00f4le r\u00e9gulateur et stabilisateur \u00e0 travers la politique \u00ab\u00a0\u00e9quilibriste\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0int\u00e9grationniste\u00a0\u00bb dans un contexte o\u00f9 l\u2019\u00c9tat est en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9, la gouvernance identitaire s\u2019installe tout naturellement comme un mod\u00e8le \u00ab\u00a0sur mesure\u00a0\u00bb. C\u2019est ce que l\u2019on peut appeler une \u00ab\u00a0gouvernance r\u00e9flexive\u00a0\u00bb o\u00f9 tout est structur\u00e9 autour de l\u2019autorit\u00e9 centrale et du pouvoir politique.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\">Bayard, Jean Francois. 1991. La probl\u00e9matique de la d\u00e9mocratie en Afrique noire, la Baule, et apr\u00e8s?. <em>Politique Africaine<\/em>, <em>43<\/em>, 5-20.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">De Benoist, Alain. s.\u00a0d. Qu\u2019est-ce que la d\u00e9mocratie? Version int\u00e9grale publi\u00e9e dans <em>El\u00e9ments<\/em>.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/s3-eu-west-1.amazonaws.com\/alaindebenoist\/pdf\/qu_est-ce_que_la_gouvernance.pdf\">https:\/\/s3-eu-west-1.amazonaws.com\/alaindebenoist\/pdf\/qu_est-ce_que_la_gouvernance.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Berger, Peter et Luckman, Thomas. 1987. <em>La Construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9<\/em>. Paris: Meridiens Klincksieck.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Biya, Paul. 1987. <em>Pour le lib\u00e9ralisme communautaire<\/em>. Paris: Pierre Fabre.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Bourmaud, Daniel. 2006. La gouvernance contre la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative? Concept mou, id\u00e9ologie dure. Dans J. G. Rafa\u00e0 Ben Achour (dir.), <em>La d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative dans un d\u00e9fi historique<\/em> (p.\u00a095-102). Bruxelles: Bruylant.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Cattacin, Sandro. 2009. <em>Typologies de l\u2019\u00c9tat social.<\/em> Universit\u00e9 Gen\u00e8ve.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.unige.ch\/sciences-societe\/socio\/files\/5814\/0533\/5945\/L6.pd\">https:\/\/www.unige.ch\/sciences-societe\/socio\/files\/5814\/0533\/5945\/L6.pd<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Chamoun, Mounir. 2008. G\u00e9nocide et ethnocide: exterminer pour survivre. <em>Topique<\/em> <em>1<\/em> (102), 41-49.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Commaille, Jacques et Jobert, Bruno (dir.). 1998. <em>Les M\u00e9tamorphoses de la r\u00e9gulation politique<\/em>. Paris: LGDJ.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Darbon, Dominique. 1995. <em>Ethnicit\u00e9 et nation en Afrique du Sud. Imageries identitaires et enjeux sociaux<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">D\u00e9cision n\u00b0 0015\/CAB d\u2019aout 1992. MINFOPRA, Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Laborier, Pascale. 2014. Gouvernementalit\u00e9. Dans Jean-Fran\u00e7ois Bert et Jer\u00f4me Lamy (dir.), <em>Michel Foucault. Un h\u00e9ritage critique<\/em> (p.\u00a0169-181). Paris: CNRS.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Garraud, P.\u00a01990. Politiques nationales: l\u2019\u00e9laboration de l\u2019agenda. <em>L\u2019Ann\u00e9e sociologique<\/em>, <em>40<\/em>, 17-41.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Goran, Hyden et Bratton, Michael. 1992. <em>Gouverner l\u2019Afrique, vers un partage des r\u00f4les.<\/em> Colorado: Lynne Rienner Publishers, Boulder.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Hermet Guy, Kazancigil, Ali et Prud\u2019homme, Jean-Fran\u00e7ois. 2005. <em>Gouvernance. Un concept et ses applications<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Jobert, Bruno. 1994. <em>Le tournant n\u00e9olib\u00e9ral en Europe.<\/em> Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Konings, Piet et Nyamnjoh, Francis B. 1997. President Paul Biya and the \u201cAnglophone Problem\u201d in Cameroon\u201d. <em>The Journal of Modern African Studies<\/em>, <em>35<\/em>, 207-229.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Kouomegni, Augustin K. 1989. De la statolit\u00e9 en Afrique: \u00e0 la recherche de la souverainet\u00e9. <em>Revue sciences et techniques<\/em>, <em>VI<\/em> (3-4), 19-33.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Letourneau, Alain. 2009. Les th\u00e9ories de la gouvernance. Pluralit\u00e9 de discours et enjeux \u00e9thiques. <em>Vertigo<\/em>. <em>Revue \u00e9lectronique en sciences de l&rsquo;environnement<\/em>, <em>hors-s\u00e9rie 6. <\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/vertigo\/8891\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/journals.openedition.org\/vertigo\/8891<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Mbacke Cisse, Falilou, Daff, Sidiki, Mormar, Lissa, Dieng et Goasma, Karine. 2010. Gouvernance et services publics. Pour ne pas renoncer au r\u00eave du d\u00e9veloppement<em>.<\/em> <em>Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique<\/em>, <em>5<\/em>, 66 p.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Mbock, Charly Gabriel. 1990. <em>Cameroun, le d\u00e9fi lib\u00e9ral.<\/em> Paris: l\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Mouiche, Ibrahim. 1996. Mutations socio-politiques et replis identitaires en Afrique: le cas du Cameroun. <em>Revue Africaine de Science Politique,<\/em> <em>1<\/em> (2), 31- 56.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Mouiche, Ibrahim. 1997. Ethnicit\u00e9 et pouvoir au Nord-Cameroun. <em>Law and Politics in Africa, Asia and Latin America<\/em>, <em>30<\/em> (2), 182-216.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Ngnemzue, Lendja, Bergson, Ange. 2009. Fondement et instrumentalisation de la crise politique et axiologique de l\u2019\u00c9tat camerounais. <em>Journal des anthropologues<\/em>, <em>118-119<\/em>.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/jda\/4098;DOI:10.4000\/jda.4098\">http:\/\/journals.openedition.org\/jda\/4098;DOI:10.4000\/jda.4098<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Offe, Claus. 1979. <em>Contradiction of the Welfare State<\/em>?. Londres: Hutchinson.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Onana, Hugues Fran\u00e7ois. 2011. <em>Pratique de la Gouvernance au Cameroun: Entre d\u00e9s\u00e9tatisation et d\u00e9mocratisation<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Oyowe, Augustin. 1991. Un point de vue personnel: construire la d\u00e9mocratie sur le tribalisme. <em>Le Courrier ACP\/CEE<\/em>, <em>128<\/em>, 69.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Rizza, Roberto. 2008. N\u00e9o-institutionnalisme sociologique et nouvelle sociologie \u00e9conomique: quelles relations?. <em>Revue Interventions \u00e9conomiques<\/em>, <em>38<\/em>, 1-22.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Roitman, Janet. 1999. Le pouvoir n\u2019est pas souverain. Nouvelles autorit\u00e9s r\u00e9gulatrices et transformations de l\u2019\u00c9tat dans le bassin du lac Tchad<em>.<\/em> Dans B\u00e9atrice Hibou (dir.), <em>La privatisation des \u00c9tats<\/em> (p.\u00a0163-196). Paris: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Karl, Terry Lyn. et Schmilter, Philippe. 1991. Les modes de transition en Am\u00e9rique Latine, en Europe du Sud et de l\u2019Est. <em>Revue internationale des sciences sociales<\/em>, <em>128<\/em>, 285-302.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Sindjoun, Luc. 1996. Le champ social camerounais: d\u00e9sordre inventif, mythes simplificateurs et stabilit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019\u00c9tat. <em>Politique africaine<\/em>, <em>62<\/em>, 57-67.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Socpa, Antoine. 2002. Le probl\u00e8me Arabes Choa \u2013 Kotoko au Cameroun: essai d\u2019analyse r\u00e9trospective \u00e0 partir des affrontements de janvier 1992. <em>The African Anthropologist<\/em>, <em>9<\/em> (1), 66-81.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Vasudha, Chhotray et Stocker, Gerry. 2009. <em>Governance Theory and Practice: A Cross-Disciplinary Approach<\/em>. New York: Palgrave Macmillan<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Touoyem, Pascal. 2014. <em>Dynamiques de l\u2019ethnicit\u00e9 en Afrique \u00c9l\u00e9ments pour une th\u00e9orie de l\u2019\u00c9tat multinational<\/em>, Paris: Langaa et Centre d\u2019\u00c9tudes africaines.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Toupane, Tino Rapha\u00ebl. 2009. La gouvernance: \u00e9volution, approches th\u00e9oriques et critiques du concept. <em>Seminarul Geografic \u201cD. Cantemir\u201d NR. 29<\/em>, 97-108.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Zelao, Alawadi. 2006. Conflictualit\u00e9 interethnique et r\u00e9gression scolaire dans la ville de Kouss\u00e9ri au Nord-Cameroun. Colloque international \u00ab\u00a0\u00c9ducation, violences et conflits en Afrique\u00a0\u00bb. Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Zelao, Alawadi. 2012. <em>D\u00e9mocratisation au Cameroun: Sc\u00e8nes, ar\u00e8nes, r\u00e8gles et acteurs<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/nguijoi\">Gabriel Cyrille NGUIJOI<\/a><\/strong><br \/>Gabriel Cyrille Nguijoi est attach\u00e9 de recherche \u00e0 l\u2019Institut National de Cartographie et doctorant en Science Politique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II-Soa.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":18,"menu_order":6,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["nguijoi"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[140],"license":[],"class_list":["post-161","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-cameroun","motscles-communautarisme","motscles-gouvernance","motscles-identite","motscles-securite","motscles-socio-strategie","keywords-cameroon","keywords-communitarianism","keywords-governance","keywords-identity","keywords-security","keywords-socio-strategy","contributor-nguijoi"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/161","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/161\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":752,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/161\/revisions\/752"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/161\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=161"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=161"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=161"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=161"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}