{"id":190,"date":"2019-10-09T14:04:59","date_gmt":"2019-10-09T08:04:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=190"},"modified":"2022-05-30T11:45:26","modified_gmt":"2022-05-30T09:45:26","slug":"nahi2019","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/nahi2019\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9tat et le monopole de la coercition: vers la fin du mythe?"},"content":{"raw":"<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat moderne est g\u00e9n\u00e9ralement analys\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de sa capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server l\u2019ordre social et la s\u00e9curit\u00e9 par la concentration des moyens de coercition et l\u2019exclusivit\u00e9 de l\u2019exercice de la violence physique l\u00e9gitime \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un territoire donn\u00e9. En effet, la sociohistoire de la gen\u00e8se de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines r\u00e9v\u00e8le que l\u2019ultime finalit\u00e9 de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat \u00e0 travers l\u2019adh\u00e9sion au contrat social est de garantir la s\u00e9curit\u00e9 collective. \u00c9rig\u00e9e en fonction r\u00e9galienne (Weber, 2001), la centralisation du pouvoir de r\u00e9gulation a fait de l\u2019\u00c9tat, le d\u00e9tenteur exclusif du monopole de la violence l\u00e9gitime. C\u2019est-\u00e0-dire que le pouvoir de contrainte a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 comme une pr\u00e9rogative relevant du domaine exclusif de l\u2019action gouvernementale. Cependant, depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019\u00c9tat-providence (Rosanvallon, 2015) monopoliste est confront\u00e9 \u00e0 une crise \u00e9conomique et structurelle. En mati\u00e8re de r\u00e9gulation sociale, la crise a progressivement entra\u00een\u00e9 l\u2019effritement du monopole \u00e9tatique de la contrainte face \u00e0 l\u2019apparition de nouveaux d\u00e9fis auxquels l\u2019\u00c9tat est confront\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce \u00ab\u00a0d\u00e9verrouillage\u00a0\u00bb du champ de la coercition s\u2019est illustr\u00e9 par un repli, voire une capitulation de l\u2019\u00c9tat devant la complexification des menaces, avec pour cons\u00e9quence une crise de la s\u00e9curit\u00e9 publique. En un mot, l\u2019\u00c9tat monopoliste, caract\u00e9ris\u00e9 par la police publique et garant de la s\u00e9curit\u00e9 de tous et de toutes \u00e9tait le produit d\u2019une histoire. La crise de la s\u00e9curit\u00e9 publique va donc contraindre les \u00c9tats modernes \u00e0 envisager l\u2019activit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 comme une activit\u00e9 multilat\u00e9rale s\u2019exer\u00e7ant par une diversit\u00e9 d\u2019arrangements institutionnels et d\u2019acteurs hybrides avec l\u2019invention de concepts tels que le \u00ab\u00a0<em>policing pluriel<\/em>\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0division sociale du travail\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0coproduction\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le partenariat\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ces mutations consacrent, en r\u00e9alit\u00e9, une sorte de partage des pr\u00e9rogatives de l\u2019action de s\u00e9curit\u00e9 ou l\u2019autorit\u00e9 souveraine n\u2019assure plus un monopole. Cette situation, que certain-e-s ont d\u00e9crite comme une perte de souverainet\u00e9, s\u2019inscrit dans une perspective radicale de \u00ab\u00a0d\u00e9-l\u00e9gitimation\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat comme pourvoyeur de s\u00e9curit\u00e9 au profit des individus, des communaut\u00e9s locales et des march\u00e9s. On a alors parl\u00e9 de l\u2019\u00c9tat en termes de \u00ab\u00a0d\u00e9clin de sa capacit\u00e9 \u00e0 punir\u00a0\u00bb (Roch\u00e9, 2004, p.\u00a0229) ou \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9videment de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (Rhodes, 2005) du fait d\u2019un dysfonctionnement des administrations de coercition par rapport aux pr\u00e9tentions affich\u00e9es. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une telle orientation, la position d\u00e9fendue dans cette r\u00e9flexion soutient que la \u00ab\u00a0<em>co-gestion<\/em>\u00a0\u00bb actuelle de la fonction r\u00e9galienne de production de la violence ne saurait s\u2019interpr\u00e9ter syst\u00e9matiquement comme une perte de souverainet\u00e9 ou une faillite de l\u2019\u00c9tat. Ainsi, parler de la crise de l\u2019\u00c9tat pour rationaliser ces mutations serait trop simpliste si l\u2019on ne contextualise pas leur r\u00e9elle port\u00e9e politique et sociale. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, pour les pays occidentaux, elles peuvent s\u2019interpr\u00e9ter comme une mutation territoriale et id\u00e9ologique de l\u2019appareil \u00e9tatique afin d\u2019\u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9es par l\u2019\u00e9volution du monde. En somme, il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0reconfiguration des appareils d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00a0\u00bb (Chevallier, 2014) caract\u00e9ris\u00e9e par le passage d\u2019un mod\u00e8le de gouvernement unilat\u00e9ral \u00e0 un mod\u00e8le de gouvernance multilat\u00e9rale et pluraliste. Une fa\u00e7on de promouvoir de nouvelles modalit\u00e9s de d\u00e9cision et d\u2019action bas\u00e9es sur une approche pluraliste et interactive de la vie collective avec l\u2019av\u00e8nement de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur\u00a0\u00a0\u00bb (Eberlein, 1999). De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, pour ce qui concerne les pays du Sud, l\u2019apparition de nouveaux acteurs dans le champ de la coercition n\u2019a v\u00e9ritablement pas eu d\u2019impact s\u00e9rieux sur la position h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019\u00c9tat et des gouvernant-e-s dans la mesure o\u00f9 le monopole de la contrainte se pr\u00e9sente dans de nombreux cas comme l\u2019unique moyen de l\u00e9gitimation. Pour aborder cette probl\u00e9matique, l\u2019\u00e9tude s\u2019est essentiellement appuy\u00e9e sur la th\u00e9orie du choix rationnel qui a permis de rendre intelligibles les paradigmes de \u00ab\u00a0d\u00e9charge\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0multilat\u00e9ralisme\u00a0\u00bb. Compte tenu du caract\u00e8re th\u00e9orique de l\u2019\u00e9tude, la recherche documentaire a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e pour faire la r\u00e9cession des \u00e9crits relatifs \u00e0 la probl\u00e9matique. L\u2019analyse qualitative a servi, \u00e0 travers l\u2019analyse de contenu, \u00e0 mettre en exergue les id\u00e9ologies, les syst\u00e8mes de valeurs, les repr\u00e9sentations ou opinions au niveau des individus et l\u2019examen des logiques de fonctionnement et d\u2019organisation des appareils \u00e9tatiques.<\/p>\r\n\r\n<h2>La crise de l\u2019\u00c9tat monopoliste<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Du point de vue historique, les \u00c9tats modernes se sont constitu\u00e9s par la centralisation des moyens de violence et l\u2019imposition d\u2019un pouvoir plus ou moins centralis\u00e9 sur un territoire d\u00e9termin\u00e9. Cette centralisation de la fonction r\u00e9gulatrice a abouti \u00e0 une surcharge de l\u2019\u00c9tat et une crise fonctionnelle dans l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\r\n\r\n<h3>La surcharge de l\u2019\u00c9tat providence protecteur<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De Hobbes \u00e0 Weber, la pens\u00e9e politique moderne a accord\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0fonction de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb un r\u00f4le fondamental dans la formation et le fonctionnement des \u00c9tats contemporains. La sociohistoire des \u00c9tats modernes r\u00e9v\u00e8le qu\u2019ils se sont constitu\u00e9s par la centralisation des moyens de violence et l\u2019imposition d\u2019un pouvoir plus ou moins centralis\u00e9 sur un territoire d\u00e9termin\u00e9. En effet, de l\u2019\u00c9tat-gendarme \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat-providence\u00a0\u00bb ou\u00a0\u00bb\u00a0<em>Welfare state<\/em> \u00bb, la fonction s\u00e9curitaire est demeur\u00e9e un domaine r\u00e9serv\u00e9 de la puissance publique. Ce qui fait dire \u00e0 Bourdieu que, dans l\u2019approche \u00ab judiciaris\u00e9e \u00bb, la concentration du capital de force physique qui a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e dans la plupart des mod\u00e8les de la gen\u00e8se de l\u2019\u00c9tat, des marxistes, enclins \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019\u00c9tat comme un simple organe de coercition, \u00e0 Max Weber et sa d\u00e9finition classique, ou de Norbert Elias \u00e0 Charles Tilly (Bourdieu, 1994, p.\u00a052).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En pratique, ce m\u00e9canisme a abouti \u00e0 \u00ab\u00a0la monopolisation polici\u00e8re du contr\u00f4le social\u00a0\u00bb (Loubet del bayle, 2001, p.\u00a0207) dans le sens o\u00f9 la r\u00e9gulation sociale devait se r\u00e9duire \u00e0 l\u2019activit\u00e9 des seules institutions polici\u00e8res et \u00e0 la pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance \u00e0 l\u2019effet dissuasif des institutions de justice p\u00e9nale. On a donc assist\u00e9 \u00e0 l\u2019affaiblissement progressif (Elias, Laurent et Kamnitzer, 2003) et la mise en cause du r\u00f4le socialisateur de la famille, des \u00e9glises ou de l\u2019\u00e9cole qui, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, sont per\u00e7ues comme des institutions n\u2019\u00e9tant plus \u00e0 m\u00eame de remplir cette fonction sociale ou ne la remplissent plus que partiellement et \u00e9pisodiquement[footnote]Autrement dit, il se passait un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019effacement des m\u00e9canismes d\u2019autodiscipline ou d\u2019autocontr\u00f4le qui \u00e9taient fond\u00e9s sur l\u2019int\u00e9riorisation de normes acquises au cours de la socialisation dont l\u2019application r\u00e9sultait d\u2019obligations que les individus, de plus ou moins bon gr\u00e9, s\u2019imposaient \u00e0 eux-m\u00eames, en renon\u00e7ant \u00e0 la satisfaction imm\u00e9diate de leurs int\u00e9r\u00eats ou de leurs pulsions du moment.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La cons\u00e9quence de la faillite de la r\u00e9gulation sociale de type moral ou soci\u00e9tal a entra\u00een\u00e9, <em>ipso facto<\/em>, une inflation quantitative des attentes et des recours \u00e0 une r\u00e9gulation \u00ab\u00a0policiaris\u00e9e\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0judiciaris\u00e9e\u00a0\u00bb. Maurice Duverger notait d\u2019ailleurs, \u00e0 cet effet, que \u00ab\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s ne peuvent se maintenir que par un m\u00e9canisme d\u2019ordre. Elles doivent int\u00e9rioriser cet ordre pour que les contraintes deviennent moins fortes. Quand les gens ne croient plus \u00e0 des syst\u00e8mes de valeurs, la soci\u00e9t\u00e9 ne se maintient plus que par la police\u00a0\u00bb (Duverger, cit\u00e9 par Loubet del bayle, 2006, p.\u00a0257). Cette nouvelle dynamique va conduire, dans le cas pr\u00e9cis des \u00c9tats du Nord, \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab\u00a0\u00c9tat protecteur\u00a0\u00bb (Aden, 2001), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un \u00c9tat s\u00e9curitaire. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une autre forme d\u2019\u00c9tat providence lorsque l\u2019on parle de protecteur, mais il est question d\u2019un \u00c9tat s\u00e9curitaire.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce n\u2019est d\u2019ailleurs plus de la protection de l\u2019\u00c9tat dont il sera question, mais de celle des citoyen-ne-s contre toutes formes de risques et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. D\u00e9sormais install\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 maximale\u00a0\u00bb (Marx, 1988) caract\u00e9ris\u00e9e par un recul progressif de la violence physique, les populations vont d\u00e9velopper une aversion totale pour le moindre risque. Selon Robert Castel, les soci\u00e9t\u00e9s modernes entretiennent un rapport paradoxal avec le risque[footnote]C\u2019est le cas du d\u00e9veloppement par exemple du principe de pr\u00e9caution contre des risques potentiels.[\/footnote]. Dans ces soci\u00e9t\u00e9s \u00ab\u00a0assurantielles\u00a0\u00bb (Castel, 2003) qui garantissent protections civiles et sociales et qui \u00ab\u00a0comptent parmi les plus s\u00fbres qui aient exist\u00e9es\u00a0\u00bb (Castel, 2003, p.\u00a05), les pr\u00e9occupations s\u00e9curitaires demeurent paradoxalement omnipr\u00e9sentes (Elias <em>et al.<\/em>, 2003). Les dynamiques qui pr\u00e9sident \u00e0 cette inflation de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sont majoritairement tributaires des changements sociopolitiques et culturels intervenus dans les nations industrialis\u00e9es et \u00e0 la crise socio-politique et \u00e9conomique.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, les transformations du syst\u00e8me capitaliste (Spitzer et Scull, 1977), l\u2019industrialisation (Beck, Latour, &amp; Bernardi, 2008), l\u2019urbanisation, la mondialisation des transactions financi\u00e8res, l\u2019immigration, l\u2019apparition de \u00ab propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es de masses \u00bb (Shearing &amp; Stenning, 1987), la mont\u00e9e de \u00ab l\u2019hyper individualisme \u00bb (Muchembled, 2013), l\u2019impact des compagnies d\u2019assurance et des industries d\u2019\u00e9quipement de s\u00e9curit\u00e9 (Ocqueteau, 2000) sont autant de facteurs qui ont contribu\u00e9 \u00e0 modifier le comportement des individus dans leurs rapports au risque et \u00e0 la criminalit\u00e9. Cette pr\u00e9sence envahissante du risque place l\u2019autonomie de l\u2019individu sous l\u2019influence de l\u2019innovation scientifique et technique qui est non seulement impuissante pour freiner le risque, mais, pire encore, contribue \u00e0 l\u2019amplifier. Au carrefour de ce raisonnement, se trouve aussi la complexit\u00e9 des organisations politiques et sociales des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines qui exaltent la r\u00e9alisation de soi sans en donner \u00e0 tous les moyens. Dans les \u00c9tats modernes, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, loin d\u2019\u00eatre une simple anomalie de r\u00e9gulation, est consubstantielle \u00e0 la nature abusivement monolithique du contr\u00f4le social qui cr\u00e9e une \u00ab malveillante culture de la d\u00e9pendance moralement dommageable \u00bb (Crawford, 2001, p. 11). En effet, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est cons\u00e9cutive \u00e0 la surcharge de l\u2019\u00c9tat qui le rend incapable de satisfaire la multiplicit\u00e9 et l\u2019inflation des demandes de s\u00e9curit\u00e9 en d\u00e9pit du monopole de la violence l\u00e9gitime qu\u2019il exerce dans la r\u00e9gulation sociale \u00e0 travers des bureaucraties et des r\u00e9seaux de professionnels tels que la police, la justice. Ces deux corps sont d\u00e9bord\u00e9s, leurs activit\u00e9s sont de plus en plus s\u00e9lectives tandis que l\u2019impunit\u00e9 r\u00e8gne et les citoyen-ne-s ne savent plus r\u00e9agir par eux-m\u00eames\/elles-m\u00eames. \u00c9loign\u00e9e des citoyen-ne-s et, par cons\u00e9quent, mal inform\u00e9e sur les collectivit\u00e9s qu\u2019elle dessert, la police ne peut que r\u00e9agir aux d\u00e9lits qui lui sont rapport\u00e9s sans jamais s\u2019attaquer aux conditions qui les engendrent. Comme elle met l\u2019accent sur la grande criminalit\u00e9 au d\u00e9triment des probl\u00e8mes et des conflits communautaires persistants, la police ne parvient pas \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 l\u2019environnement social qui \u00e9volue.<\/p>\r\n\r\n<h3>La crise fonctionnelle des institutions de coercition<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Sous l\u2019influence des diff\u00e9rents facteurs cit\u00e9s plus haut, naissent de nouveaux besoins de s\u00e9curit\u00e9 (protection de profit, soci\u00e9t\u00e9 du risque et de l\u2019ultra modernit\u00e9) qui engendrent un faible taux d\u2019\u00e9lucidation des affaires criminelles par la police et contribuent, pour finir, \u00e0 l\u2019inflation du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 (Castel, 2003) devant lequel les polices publiques semblent impuissantes et incomp\u00e9tentes. En d\u2019autres termes, les pr\u00e9occupations en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 augmentent avec la volont\u00e9 de d\u00e9velopper les dispositifs de s\u00e9curit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, le besoin de s\u00e9curit\u00e9 semble provenir de sa satisfaction, car plus une soci\u00e9t\u00e9 essaie de prot\u00e9ger ses membres, plus elle stimule le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et d\u2019inqui\u00e9tude (Ewald, 1986). Les r\u00e9gulations polici\u00e8res traditionnelles sont massivement remises en cause par les transformations sociales. On est en face d\u2019une sorte de crise fonctionnelle de l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 institutionnelle face \u00e0 des besoins qui n\u00e9cessiteraient d\u2019autres moyens que seul le march\u00e9 est en mesure de fournir. D\u2019abord, parce qu\u2019elle devient de moins en moins repr\u00e9sentative des membres des collectivit\u00e9s qu\u2019elle sert, mais aussi parce qu\u2019elle est inapte \u00e0 op\u00e9rer des r\u00e9formes en raison de la culture trop r\u00e9sistante aux changements ou encore parce que la formation qu\u2019elle dispense \u00e0 ses agents s\u2019av\u00e8re obsol\u00e8te par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En somme, \u00ab L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 moderne ne serait pas l\u2019absence de protection, mais plut\u00f4t leurs envers, leur ombre port\u00e9e dans un univers social qui s\u2019est organis\u00e9 autour d\u2019une qu\u00eate sans fin de protection ou d\u2019une recherche \u00e9perdue de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb (Castel, 2003, p. 6). Tout ceci fait que l\u2019\u00e9poque contemporaine conna\u00eet une forte croissance de la criminalit\u00e9 de sorte qu\u2019elle constitue une de ces p\u00e9riodes o\u00f9 les attentes sont multiples et croissantes en mati\u00e8re d\u2019ordre et de s\u00e9curit\u00e9. D\u2019ailleurs, il faudrait m\u00eame probablement remonter avant la premi\u00e8re guerre mondiale, \u00e0 ces d\u00e9cennies o\u00f9 se recompose la politique criminelle des grands \u00c9tats europ\u00e9ens, pour rencontrer une obsession de la d\u00e9linquance aussi remarquable que celle qui marque la fin du XXe si\u00e8cle et le commencement du suivant (Greenberg, 1993, p.\u00a0739).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est donc cons\u00e9cutive \u00e0 la surcharge de l\u2019\u00c9tat qui le rend incapable de satisfaire la multiplicit\u00e9 et l\u2019inflation des demandes de s\u00e9curit\u00e9 en d\u00e9pit du monopole de la violence l\u00e9gitime qu\u2019il exerce dans la r\u00e9gulation sociale \u00e0 travers la police et la justice. Toutes ces raisons font que les gouvernements sont en proie depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 une forte demande de protection de la part de leurs populations \u00e0 cause de la croissance du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 (Roch\u00e9, 1993), de la d\u00e9linquance (Cusson, 1990), des incivilit\u00e9s (Roch\u00e9, 1996) et du terrorisme. Cette crise fonctionnelle de la s\u00e9curit\u00e9 publique et des politiques p\u00e9nales va co\u00efncider et s\u2019amplifier avec la crise financi\u00e8re subie par l\u2019\u00c9tat-providence et dont les contraintes budg\u00e9taires vont affecter l\u2019allocation de ressources aux services publics de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Aussi, la crise de la s\u00e9curit\u00e9 publique sera suivie d\u2019une \u00ab\u00a0augmentation terrible et sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0\u00bb (Maguire, 2007, p.\u00a012) de la d\u00e9linquance (\u00e0 l\u2019exception de la Suisse). Aujourd\u2019hui, la remise en question des principes et des pratiques de la police professionnelle se justifie par les contraintes budg\u00e9taires g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la crise financi\u00e8re, les pressions exerc\u00e9es par la demande sociale de s\u00e9curit\u00e9, les logiques structurantes du march\u00e9 en termes de rentabilit\u00e9, l\u2019augmentation de la criminalit\u00e9 et une mont\u00e9e en puissance des logiques territoriales et communautaires (Ocqueteau, 2004). La conjugaison de tous ces facteurs a oblig\u00e9 les gouvernant-e-s \u00e0 envisager l\u2019id\u00e9e que la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 n\u2019est pas r\u00e9ductible aux activit\u00e9s de la police publique\u00a0\u00bb (Brodeur, 2003, p.\u00a03); donc, du seul fait des pouvoirs publics. Face \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 de plus en plus croissante, l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 est devenue un domaine de plus en plus partag\u00e9 avec des acteurs non \u00e9tatiques (en termes de puissance publique) tels que les mairies, le march\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e, les firmes offrant des services de protection alternative. En tout \u00e9tat de cause, il se d\u00e9veloppe aujourd\u2019hui une v\u00e9ritable prise de conscience qui oblige \u00e0 se d\u00e9partir de l\u2019id\u00e9e que la s\u00e9curit\u00e9 doit n\u00e9cessairement \u00eatre un service public parce qu\u2019il participe des \u00ab\u00a0vraies marques de la souverainet\u00e9\u00a0\u00bb (Bodin, 2014, p.\u00a0118) de l\u2019\u00c9tat et que, par cons\u00e9quent, il ne saurait faire l\u2019objet d\u2019une quelconque d\u00e9l\u00e9gation au risque de mettre en p\u00e9ril l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Ce basculement d\u2019un monopole th\u00e9orique \u00e0 une gouvernance pratique et organis\u00e9e des activit\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 ne saurait signifier un d\u00e9clin ou une quelconque perte de souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Tout au plus, assiste-t\u2011on \u00e0 un red\u00e9ploiement et \u00e0 une red\u00e9finition de son r\u00f4le et de ses fonctions protectrices dans une dynamique de dialogue et de n\u00e9gociation permanente avec le secteur priv\u00e9 et communautaire.<\/p>\r\n\r\n<h2>La reconfiguration des appareils \u00e9tatiques<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Face aux difficult\u00e9s \u00e0 faire face aux demandes croissantes des populations en mati\u00e8re de protection, nous sommes progressivement pass\u00e9s d\u2019une vision d\u2019un \u00c9tat centralisateur \u00e0 celle d\u2019une vision n\u00e9o-lib\u00e9rale d\u2019un \u00c9tat r\u00e9gulateur et strat\u00e8ge. Le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 s\u2019est donc r\u00e9duit en passant du postulat du monopole pr\u00e9c\u00e9demment admis \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation de la puissance publique.<\/p>\r\n\r\n<h3>Le r\u00e9examen des m\u00e9canismes de r\u00e9gulation<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En raison de l\u2019accroissement des demandes de s\u00e9curit\u00e9, les acteurs et actrices impliqu\u00e9-e-s se multiplient et se diversifient pendant que les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation changent. En effet, constatant qu\u2019elles perdent l\u2019appui des citoyen-ne-s dont elles connaissent mal les besoins, les autorit\u00e9s polici\u00e8res commencent alors \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019efficacit\u00e9 du mod\u00e8le de type professionnel jusqu\u2019alors en vigueur. Ces nouveaux besoins sont souvent bas\u00e9s sur une philosophie d\u2019action dite de \u00ab\u00a0la pr\u00e9vention situationnelle\u00a0\u00bb qui renvoie aux \u00ab\u00a0modifications des circonstances particuli\u00e8res dans lesquelles des d\u00e9lits pourraient \u00eatre commis afin qu\u2019ils paraissent difficiles, risqu\u00e9s ou inint\u00e9ressants pour qui serait tent\u00e9 de les \u00adcommettre\u00a0\u00bb (Clarke, 1995, p.\u00a0101). La s\u00e9curit\u00e9 consisterait \u00e0 un ensemble de dispositions ayant pour finalit\u00e9 de r\u00e9duire les opportunit\u00e9s du passage \u00e0 l\u2019acte d\u00e9linquant en modifiant les facteurs rationnels de la prise de d\u00e9cision.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le besoin et l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 sont ici appr\u00e9hend\u00e9s comme un bien \u00e0 p\u00e9age (Savas, 1982), dont le co\u00fbt est mis en rapport avec le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un \u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9. La s\u00e9curit\u00e9 se structure autour des concepts tels que l\u2019espace d\u00e9fendable (Clarke, 1995), sous l\u2019empire d\u2019une \u00ab\u00a0industrie de la peur\u00a0\u00bb en plein essor (Ocqueteau, 2000). Tous ces \u00e9l\u00e9ments ont contribu\u00e9 \u00e0 un r\u00e9examen de l\u2019id\u00e9ologie s\u00e9curitaire dominante, fond\u00e9e sur la r\u00e9pression du crime, tout en tenant le public \u00e0 l\u2019\u00e9cart. L\u2019accent ne sera plus mis sur le tout r\u00e9pressif, mais sur la participation de la collectivit\u00e9 dans la poursuite de sa mission (Dieu, 2002); le tout soutenu par des slogans tels que \u00ab\u00a0la s\u00e9curit\u00e9 est l\u2019affaire de tous et de toutes\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette nouvelle mani\u00e8re de penser la police caract\u00e9rise de plus en plus les services de police qui s\u2019orientent vers la r\u00e9solution de probl\u00e8mes et la police communautaire par la suppression de la distance physique et psychologique entre elle et les populations. Des tendances qui ont pris forme aux \u00c9tats-Unis depuis les ann\u00e9es 1970, avec la publication de Wilson et Keeling dont la th\u00e8se du \u00ab\u00a0carreau cass\u00e9\u00a0\u00bb a inspir\u00e9 le principe de l\u2019exercice d\u2019une police \u00e0 \u00ab\u00a0tol\u00e9rance z\u00e9ro\u00a0\u00bb (Ocqueteau, Monjardet, Dieu, Vindevogel, &amp; Wyvekens, 2003)<em>. <\/em>Elles gagneront ensuite certains pays comme le Canada, la Grande-Bretagne, le Pays-Bas et plus tard la France (Dieu, 2002), mais aussi d\u2019autres nations d\u2019Europe, dans les ann\u00e9es 80, avec l\u2019id\u00e9e que la police, par la m\u00e9thode de l\u2019\u00eelotage, obtient de meilleurs r\u00e9sultats par une \u00ab\u00a0re-territorialisation\u00a0\u00bb. Pour la police, ces transformations marquent l\u2019\u00e9volution d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 politique et centralis\u00e9e vers une l\u00e9gitimit\u00e9 sociale qui accorde au territoire et aux collectivit\u00e9s locales une place strat\u00e9gique qui s\u2019articule autour de trois axiomes: la territorialisation, la co-production et la responsabilisation. Les \u00c9tats s\u2019engagent donc dans des politiques de s\u00e9curit\u00e9 qui mobilisent \u00e0 la fois les ressources publiques, les ressources priv\u00e9es et municipales (Dieu, 2004) pour faire face \u00e0 la criminalit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h3>Vers une gouvernance du secteur de la s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Tout ceci aboutit \u00e0 une \u00ab reconfiguration des appareils d\u2019\u00c9tat \u00bb (Chevallier, 2014) caract\u00e9ris\u00e9e par le passage d\u2019un mod\u00e8le de gouvernement unilat\u00e9ral \u00e0 un mod\u00e8le de gouvernance multilat\u00e9rale et pluraliste avec \u00ab l\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur \u00bb (Eberlein, 1999). En effet, sous l\u2019empire d\u2019une philosophie n\u00e9olib\u00e9rale\u00a0 \u00ab\u00a0d\u2019\u00c9tat minimal \u00bb, on aboutit \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, si \u00ab L\u2019\u00c9tat \u00e0 un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer [\u2026], l\u2019ampleur et la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes pos\u00e9s imposent la mobilisation d\u2019autres niveaux d\u2019intervention et le concours d\u2019autres cat\u00e9gories d\u2019acteurs \u00bb (Chevallier, 2011, p. 17). Ainsi, m\u00eame si l\u2019\u00c9tat subit la concurrence d\u2019acteurs transnationaux et transfrontaliers qui \u00e9chappent souvent \u00e0 son contr\u00f4le, il continue d\u2019occuper une place particuli\u00e8re dans la gouvernance de ce bien collectif qu\u2019est la s\u00e9curit\u00e9 (Ocqueteau, 2004). En optant pour la gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019\u00c9tat conserve en effet sa souverainet\u00e9 en termes de pouvoir de l\u00e9gitimation et d\u2019habilitation de sorte \u00e0 faire co\u00efncider l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et les logiques instrumentales de cette constellation d\u2019acteurs hybrides (Crawford, 2001). Il ne s\u2019agit pas de privatisation des organes de l\u2019\u00c9tat, mais d\u2019une privatisation de certaines fonctions qui ne sont en rien symptomatiques d\u2019un quelconque d\u00e9clin de l\u2019\u00c9tat. En d\u00e9l\u00e9guant ses pr\u00e9rogatives \u00e0 certains endroits, \u00e0 des structures plus comp\u00e9titives, l\u2019\u00c9tat coordonne et r\u00e9gule, assainit, dans le but de faire d\u2019accorder l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 celui des autres acteurs. Il est plut\u00f4t question du d\u00e9ploiement d\u2019un \u00ab \u00c9tat strat\u00e8ge \u00bb qui passe successivement \u00ab d\u2019\u00c9tat entrepreneur \u00e0 un \u00c9tat maitre d\u2019\u0153uvre, d\u2019un \u00c9tat attach\u00e9 \u00e0 une comp\u00e9tence monolithique \u00e0 un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9rateur d\u2019initiatives \u00bb (Dieu, 2002, p. 127). Dans le contexte occidental, cette nouvelle approche se d\u00e9cline en de multiples concepts tels que la \u00ab gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, le \u00ab policing pluriel \u00bb, la \u00ab division sociale du travail \u00bb, la \u00ab police de proximit\u00e9 \u00bb, la \u00ab comunity Policy \u00bb, la \u00ab coproduction \u00bb. Dans le cas des pays en d\u00e9veloppement, o\u00f9 la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et du r\u00e9gime en place est constamment contest\u00e9e, ces conditionnalit\u00e9s se sont traduites par ce que les bailleurs ont appel\u00e9 la r\u00e9forme des syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 (RSS). Dans la philosophie de la RSS, le bon fonctionnement du \u00ab syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb peut relever de la responsabilit\u00e9 conjointe de tout un \u00e9ventail d\u2019institutions publiques et d\u2019entit\u00e9s politiques, y compris des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et du secteur priv\u00e9. Dans de tels cas, la d\u00e9faillance d\u2019une seule des composantes du syst\u00e8me met en p\u00e9ril l\u2019ensemble du dispositif.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cependant, si l\u2019on assiste \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles formes de gouvernance fond\u00e9es sur le partenariat dans le domaine de la pr\u00e9vention et de la r\u00e9pression de la d\u00e9linquance, elles se heurtent encore \u00e0 des obstacles en ce qui concerne le d\u00e9bat juridique et normatif de fond en rapport avec les \u00ab\u00a0pas perdus de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb en termes de monopole de la violence physique l\u00e9gitime. En effet, de profondes tensions subsistent, des tensions qui interdisent de proclamer l\u2019av\u00e8nement d\u2019un nouvel ordre dans lequel l\u2019\u00c9tat accepterait de reconna\u00eetre les limites de sa capacit\u00e9 d\u2019action.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si ces tensions semblent se dissiper progressivement dans les \u00c9tats occidentaux, dans la conceptualisation de l\u2019av\u00e8nement de cette pluralit\u00e9 d\u2019acteurs, le particularisme de l\u2019\u00c9tat africain fait qu\u2019on a du mal \u00e0 saisir la place que l\u2019\u00c9tat occupe (ou devrait occuper) dans le contr\u00f4le, la production et la distribution de la violence physique. Ainsi, dans le cas des \u00c9tats africains, en lieu et place d\u2019une \u00ab\u00a0d\u00e9classification\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 travers cette coop\u00e9ration avec d\u2019autres partenaires, il est serait f\u00e9cond d\u2019entrevoir une sorte de \u00ab\u00a0re-l\u00e9gitimation\u00a0\u00bb de la fonction punitive et p\u00e9nale d\u2019un \u00c9tat en perte de vitesse. C\u2019est-\u00e0-dire, une savante strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0red\u00e9ploiement\u00a0\u00bb (Hibou, 1998), de \u00ab\u00a0d\u00e9charge\u00a0\u00bb (Hibou, 1999) ou d\u2019extension de la capacit\u00e9 coercitive (Brodeur, 1984) et r\u00e9pressive (Garland, 2002) de l\u2019appareil \u00e9tatique par un double mouvement d\u2019externalisation et de privatisation de la s\u00e9curit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, la monopolisation de la s\u00e9curit\u00e9, voire la confiscation de celle-ci par la classe dirigeante pr\u00e9side au mode de gouvernance (Nahi, 2014). Dans des syst\u00e8mes caract\u00e9rises par des pouvoirs d\u2019\u00c9tat autoritaire, la massification de la violence politique l\u00e9gitime et ill\u00e9gitime constitue un principe structurant incontournable (Nahi, 2018). Les politiques coercitives se r\u00e9v\u00e8lent comme consubstantielles \u00e0 l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat, des dirigeant-e-s et de tous les r\u00e9gimes politiques (Tshiyembe, 1990). La d\u00e9construction de la s\u00e9curit\u00e9 en tant que bien commun se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 travers l\u2019appropriation et la confiscation politique du pouvoir de contrainte et une fabrication politique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 comme mode de gouvernement (Essono, 2007).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si ailleurs on peut invoquer une motivation n\u00e9olib\u00e9rale ou une volont\u00e9 de gouvernance sous l\u2019empire des n\u00e9cessit\u00e9s pour expliquer ce passage du monopole \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation, de telles rationalit\u00e9s paraissent simplificatrices dans le cas des r\u00e9alit\u00e9s africaines. Dans la mesure o\u00f9 ces analyses prennent implicitement pour base des r\u00e9f\u00e9rences dat\u00e9es, circonstancielles et normatives qui renvoient \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie d\u00e9veloppementaliste \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 50 et \u00e0 une conception w\u00e9b\u00e9rienne de l\u2019\u00c9tat; autrement dit, \u00e0 sa dimension bureaucratique l\u00e9gale-rationnelle et \u00e0 ses interventions directes, institutionnalis\u00e9es et permanentes (Hibou, 1999, p. 7),\u00a0elles ne verront que \u00ab\u00a0destruction, disparition, retrait ou perte de contr\u00f4le\u00a0\u00bb (Hibou, <em>ibid<\/em>., p.\u00a06).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Autrement dit, la <em>privatisation<\/em> de l\u2019\u00c9tat \u00ab\u00a0n\u2019implique ni la perte de ses capacit\u00e9s de contr\u00f4le, ni sa cannibalisation par le priv\u00e9, mais son red\u00e9ploiement, la modification des modes de gouvernement sous l\u2019effet des transformations nationales et internationales\u00a0\u00bb (Hibou, 1998, p.\u00a0152). Il est question de transformations de l\u2019interventionnisme \u00e9tatique (Hibou, 1998); autrement dit, d\u2019un nouvel outil d\u2019exercice du pouvoir politique et une modalit\u00e9 de la formation de l\u2019\u00c9tat \u00e0 travers des processus de ren\u00e9gociation permanente des relations entre \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb. On assisterait ainsi \u00e0 une reformulation du monopole de l\u2019\u00c9tat sur la violence par une forme de d\u00e9l\u00e9gation ou de \u00ab\u00a0d\u00e9charge\u00a0\u00bb selon l\u2019expression w\u00e9b\u00e9rienne. D\u2019ailleurs, l\u2019existence de liens parfois \u00e9troits entre les personnels des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es et les professionnel-le-s traditionnel-le-s de la s\u00e9curit\u00e9 semble d\u2019ailleurs corroborer une telle analyse. Le d\u00e9veloppement du mercenariat et des soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9es peut \u00eatre observ\u00e9 sur tout le continent. Leur r\u00f4le est de prot\u00e9ger des enclaves riches, \u00e9conomiques et strat\u00e9giques (exploitations mini\u00e8res, a\u00e9roports, concessions p\u00e9trolif\u00e8res, quartiers hupp\u00e9s). Mais cette substitution des soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9tat est une situation voulue par un pouvoir politique occulte lorsqu\u2019on conna\u00eet les \u00e9troites relations d\u2019affaires liant certain-e-s hommes\/femmes au pouvoir ou leurs proches et les responsables desdites soci\u00e9t\u00e9s (P\u00e9rouse, 2008).<\/p>\r\n\r\n<h2>Conclusion<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De nos jours, un \u00c9tat, aussi fort soit\u2011il, ne peut et ne saurait \u00eatre le seul vecteur de production de la s\u00e9curit\u00e9 dans un monde o\u00f9 les risques li\u00e9s aux activit\u00e9s humaines et \u00e0 leur impact sur les milieux naturels semblent cro\u00eetre de mani\u00e8re exponentielle. Les contraintes budg\u00e9taires g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la crise financi\u00e8re qui affectent l\u2019allocation de ressources aux services publics de s\u00e9curit\u00e9, les pressions exerc\u00e9es par la demande sociale de s\u00e9curit\u00e9, les logiques structurantes du march\u00e9 en termes de rentabilit\u00e9 et la mont\u00e9e en puissance des logiques territoriales et communautaires sont autant de facteurs qui limitent l\u2019action de l\u2019\u00c9tat. En fin de compte, l\u2019approche s\u00e9curitaire fond\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00c9tat monopoliste et producteur exclusif de l\u2019ordre a connu une r\u00e9gression. Une politique s\u00e9curitaire (Ocqueteau, 1994) \u00e0 la fois efficace et r\u00e9aliste ne peut plus \u00eatre men\u00e9e aujourd\u2019hui sans la collaboration pratique des citoyen-ne-s et du priv\u00e9 qui doivent n\u00e9cessairement prendre leur part dans l\u2019effort collectif. L\u2019\u00c9tat moderne, pour \u00eatre productif, ne plus op\u00e9rer seul sans partenariat, car les conditions sont diff\u00e9rentes d\u00e9sormais.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Non seulement \u00ab\u00a0le monopole de la violence l\u00e9gitime n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 suffisant. Il l\u2019est d\u00e9sormais de moins en moins. On peut plus gouverner par la force mais davantage par la distance, le secret et la puissance de la hi\u00e9rarchie\u00a0\u00bb (Crozier, 1991, p.\u00a012). La prise de conscience de la pluralisation des acteurs pourvoyeurs de s\u00e9curit\u00e9 fait de la gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9 un puissant antidote \u00e0 tous les probl\u00e8mes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 rencontr\u00e9s dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes avanc\u00e9es ou en voie de d\u00e9veloppement. Cependant, ces mutations ne sont pas synonymes d\u2019un d\u00e9clin ou d\u2019une perte du monopole \u00e9tatique de la violence physique l\u00e9gitime. Il s\u2019agit en effet, d\u2019une transformation des appareils \u00e9tatiques et de l\u2019action publique s\u00e9curitaire \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des mutations structurelles et des enjeux sociopolitiques auxquels les syst\u00e8mes politiques sont confront\u00e9s. Premi\u00e8rement, dans des pays de tradition jacobine comme la France (Latour, 2009), la gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9 prend la forme d\u2019un mode d\u2019organisation verticale o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gislative et administrative de l\u2019acteur public dominant s\u2019exerce sur les autres acteurs de la s\u00e9curit\u00e9, qu\u2019ils soient parapublics, communautaires ou priv\u00e9s dans le cadre d\u2019une coproduction. Deuxi\u00e8mement, dans les \u00c9tats \u00e0 faible centralisation comme la Canada, la constitution de r\u00e9seaux et de march\u00e9s aura vocation \u00e0 se renforcer ou m\u00eame \u00e0 se substituer \u00e0 une offre publique insuffisante. Troisi\u00e8mement, dans les Pays du sud, il est question d\u2019une strat\u00e9gie de red\u00e9ploiement et de d\u00e9charge de la fonction punitive \u00e0 travers une strat\u00e9gie d\u2019externalisation.<\/p>\r\n\r\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aden, Hartmut. 2001. L\u2019\u00c9tat protecteur, mobilisation de nouveaux acteurs et repli s\u00e9curitaire. Les politiques de s\u00e9curit\u00e9 et de pr\u00e9vention en Allemagne dans les ann\u00e9es 1990. <em>D\u00e9viance et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>25 <\/em>(4), 459\u2011477.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beck, Ulrich, Latour, Bruno et Bernardi, Laure. 2008. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du risque: Sur la voie d\u2019une autre modernit\u00e9<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bodin, Jean. 2014. <em>Abr\u00e9g\u00e9 de la R\u00e9publique de Bodin <\/em>(tome 2). Paris: Hachette.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourdieu, Pierre. 1994. <em>Raisons pratiques. Sur la th\u00e9orie de l\u2019action<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brodeur, Jean-Paul.\u00a01984. La police: mythes et r\u00e9alit\u00e9s. <em>Criminologie<\/em>, <em>17 <\/em>(1), 9\u201141.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brodeur, Jean-Paul.\u00a02003. <em>Les Visages de la police: pratiques et perceptions<\/em>. Montr\u00e9al: PUM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Castel, Robert. 2003. <em>L\u2019Ins\u00e9curit\u00e9 sociale: Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9?<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevallier, Jacques. 2011. La police est-elle encore une activit\u00e9 r\u00e9galienne?. <em>Archives de politique criminelle<\/em>, <em>33 <\/em>(1), 13\u201127.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevallier, Jacques. 2014. <em>L\u2019\u00c9tat post-moderne<\/em> (4e \u00e9dition). Issy-les-Moulineaux: LGDJ.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Clarke, Ronald V. 1995. Les technologies de la pr\u00e9vention situationnelle. <em>Les Cahiers de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure<\/em>, <em>21<\/em>.\r\n<a href=\"https:\/\/www.collection-privee.org\/public\/fiche-complete.php?reference=8442\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.collection-privee.org\/public\/fiche-complete.php?reference=8442<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Clarke, Ronald V. 1995. <em>Situational crime prevention: Successful case studies<\/em> (Second edition). New York: Harrow and Heston.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Crawford, Adam. 2001. Vers une reconfiguration des pouvoirs\u00a0? Le niveau local et les perspectives de la gouvernance.\u00a0<em>D\u00e9viance et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>25<\/em> (1), 3-32.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Crozier, Michek. 1991. <em>\u00c9tat modeste, \u00c9tat moderne<\/em> (2e \u00e9dition revue et augment\u00e9e). Paris: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cusson, Maurice. 1990. <em>Croissance et d\u00e9croissance du crime<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Fran\u00e7ois. 2002. <em>Policer la proximit\u00e9. Les exp\u00e9riences fran\u00e7aises, britanniques et new-yorkaises<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Fran\u00e7ois. 2004. Les polices municipales dans les politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9. \u00c9l\u00e9ments sur la situation fran\u00e7aise. <em>Revue internationale de criminologie et de police technique<\/em>, <em>2<\/em>, 177-188.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eberlein, Burkard. 1999. L\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur en Europe. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>,<em> 49 <\/em>(2), 205\u2011230.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Elias, Norbert, Laurent, Fran\u00e7ois et Kamnitzer, Pierre.\u00a02003. <em>La civilisation des m\u0153urs<\/em>. Paris: Pocket.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Essono Belomo, Chantal P\u00e9lagie.\u00a02007. <em>L\u2019Ordre et la s\u00e9curit\u00e9 publics dans la construction de l\u2019\u00c9tat au Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Bordeaux 4.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ewald, Fran\u00e7ois. 1986. <em>L\u2019\u00c9tat providence<\/em>. Paris: Grasset.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Garland, David. 2002. <em>The Culture of Control: Crime and Social Order in Contemporary Society<\/em> (Reprint). Chicago: University of Chicago Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Greenberg, David F. 1993. Praxis and Marxian Criminology. <em>Crime and Capitalism: Readings in Marxist Criminology<\/em> (Expanded, Updated edition). Philadelphia: Temple Univ Pr.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hibou, B\u00e9atrice. 1998. Retrait ou red\u00e9ploiement de l\u2019\u00c9tat?. <em>Critique internationale<\/em>, <em>1 <\/em>(4), 151\u2011168.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hibou, B\u00e9atrice. 1999. La \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9charge\u202f\u00a0\u00a0\u00a0\u00bb, nouvel interventionnisme. <em>Politique africaine<\/em>,<em> 73 <\/em>(1), 6\u201115.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Latour. 2009. Les contr\u00f4les de la puissance publique sur les entreprises de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e. <em>Actualit\u00e9s juridiques du droit administratif<\/em>, 800\u2011884.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loubet del bayle, Jean-Louis. 2001. Vers une monopolisation polici\u00e8re du contr\u00f4le social? <em>Cahiers de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure<\/em>, <em>44<\/em>.\r\n<a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/loubet_del_bayle_jean_louis\/vers_monopolisation_policiere\/vers_monopolisation_policiere_texte.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/loubet_del_bayle_jean_louis\/vers_monopolisation_policiere\/vers_monopolisation_policiere_texte.html<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maguire, Mike. 2007. Crime data and statistics. <em>The Oxford handbook of criminology<\/em>, <em>4<\/em>, 241-301.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Marx, Gary T. 1988. La soci\u00e9t\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 maximale. <em>D\u00e9viance et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>12 <\/em>(2), 147\u2011166.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muchembled, Robert. 2013. <em>Soci\u00e9t\u00e9, cultures et mentalit\u00e9s dans la France moderne: XVIe-XVIIIe si\u00e8cle<\/em> (3e \u00e9dition). Paris: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nahi, Pregnon\u00a0Claude. 2014. <em>Les Politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la gouvernance politique en C\u00f4te d\u2019Ivoire<\/em>. Th\u00e8se de doctorat en science politique, Universit\u00e9 de Toulouse 1 le Capitole.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nahi, Pregnon\u00a0Claude. 2018. Les logiques autoritaires de la production de l\u2019ordre en C\u00f4te d\u2019Ivoire: de la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 politique \u00e0 la criminalisation des mouvements sociaux. <em>Lonniya<\/em>, <em>1 <\/em>(5), 507-560.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9d\u00e9ric, Monjardet, D., Dieu, F., Vindevogel, F. et Wyvekens, A. 2003. <em>Community Policing et Zero Tol\u00e9rance \u00e0 New-York et Chicago: En finir avec les mythes<\/em>. Paris: La Documentation Fran\u00e7aise.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9d\u00e9ric, Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 1994. Le Sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. <em>Gen\u00e8ses. Sciences sociales et histoire<\/em>, <em>16 <\/em>(1), 164\u2011166.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2000. <em>Les d\u00e9fis de la s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e: Protection et surveillance dans la France d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9deric. 2004. <em>Polices entre \u00c9tat et march\u00e9<\/em>. Paris: Presses universitaires de Science Po.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rhodes, Roderick Arthur William. 2005. The hollowing out of the state: The changing nature of the public service in Britain. <em>The Political Quarterly<\/em>, <em>65<\/em>, 138\u2011151.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 1996. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 incivile. Qu\u2019est-ce que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9?<\/em>. Paris: Le Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 1993. <em>Le Sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 2004. <em>Sociologie politique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rosanvallon, P.\u00a02015. <em>La Crise de l\u2019\u00c9tat-providence<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Savas, Emanuel S. 1982. <em>Privatizing the Public Sector: How to Shrink Government<\/em>. London: Chatham House.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shearing, Clifford D. et Stenning, Philip\u00a0C. 1987. <em>Private policing<\/em>. New York: Sage Publications.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Spitzer, Steven et Scull, Andrew T. 1977. Privatization and Capitalist Development: The Case of the Private Police. <em>Social Problems<\/em>, <em>25<\/em> (1), 18-29.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tshiyembe, Mwayila. 1990. <em>L\u2019\u00c9tat postcolonial, facteur d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en Afrique<\/em>. Paris: Pr\u00e9sence Africaine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Weber, Max. 2001. <em>\u00c9conomie et soci\u00e9t\u00e9 dans l\u2019Antiquit\u00e9<\/em>. Paris: La D\u00e9couverte.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat moderne est g\u00e9n\u00e9ralement analys\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de sa capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server l\u2019ordre social par la concentration des moyens de coercition \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un territoire donn\u00e9. Cependant, ce monopole de la violence tend aujourd\u2019hui \u00e0 s\u2019\u00e9roder sous les effets conjugu\u00e9s de la crise \u00e9conomique, de l\u2019inflation des besoins et la pression du march\u00e9. Cette situation a occasionn\u00e9 un partenariat entre l\u2019\u00c9tat et certains prestataires en vue d\u2019une \u00ab\u00a0coproduction\u00a0\u00bb de l\u2019ordre. Cette r\u00e9flexion soutient qu\u2019au-del\u00e0 de r\u00e9v\u00e9ler une situation de crise de l\u2019\u00c9tat monopoliste, ces mutations sont \u00e9galement symptomatiques d\u2019une transformation et d\u2019une recomposition des appareils \u00e9tatiques.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/centralisation\/\">Centralisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/coproduction\/\">Coproduction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/crise\/\">Crise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/monopole\/\">Monopole<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/reconfiguration\/\">Reconfiguration<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The emergence of the modern state is generally analyzed in terms of its ability to preserve social order by concentrating the means of coercion within a given territory. However, this monopoly of violence is now tending to erode under the combined effects of the economic crisis, inflation of basic goods and market pressure. This situation has led to a partnership between the State and certain service providers in order to \u201cco-produce\u201d order. This reflection argues that beyond revealing a situation of crisis in state monopoly, these mutations are also symptomatic of a transformation and recomposing of the state apparatus.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/centralization\/\">Centralization<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/co-production\/\">Co-production<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/crisis\/\">crisis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/monopoly\/\">Monopoly<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/reconfiguration\/\">Reconfiguration<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>30 avril 2018<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>22 septembre 2019<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>9 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat moderne est g\u00e9n\u00e9ralement analys\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de sa capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server l\u2019ordre social et la s\u00e9curit\u00e9 par la concentration des moyens de coercition et l\u2019exclusivit\u00e9 de l\u2019exercice de la violence physique l\u00e9gitime \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un territoire donn\u00e9. En effet, la sociohistoire de la gen\u00e8se de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines r\u00e9v\u00e8le que l\u2019ultime finalit\u00e9 de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat \u00e0 travers l\u2019adh\u00e9sion au contrat social est de garantir la s\u00e9curit\u00e9 collective. \u00c9rig\u00e9e en fonction r\u00e9galienne (Weber, 2001), la centralisation du pouvoir de r\u00e9gulation a fait de l\u2019\u00c9tat, le d\u00e9tenteur exclusif du monopole de la violence l\u00e9gitime. C\u2019est-\u00e0-dire que le pouvoir de contrainte a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 comme une pr\u00e9rogative relevant du domaine exclusif de l\u2019action gouvernementale. Cependant, depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019\u00c9tat-providence (Rosanvallon, 2015) monopoliste est confront\u00e9 \u00e0 une crise \u00e9conomique et structurelle. En mati\u00e8re de r\u00e9gulation sociale, la crise a progressivement entra\u00een\u00e9 l\u2019effritement du monopole \u00e9tatique de la contrainte face \u00e0 l\u2019apparition de nouveaux d\u00e9fis auxquels l\u2019\u00c9tat est confront\u00e9.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce \u00ab\u00a0d\u00e9verrouillage\u00a0\u00bb du champ de la coercition s\u2019est illustr\u00e9 par un repli, voire une capitulation de l\u2019\u00c9tat devant la complexification des menaces, avec pour cons\u00e9quence une crise de la s\u00e9curit\u00e9 publique. En un mot, l\u2019\u00c9tat monopoliste, caract\u00e9ris\u00e9 par la police publique et garant de la s\u00e9curit\u00e9 de tous et de toutes \u00e9tait le produit d\u2019une histoire. La crise de la s\u00e9curit\u00e9 publique va donc contraindre les \u00c9tats modernes \u00e0 envisager l\u2019activit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 comme une activit\u00e9 multilat\u00e9rale s\u2019exer\u00e7ant par une diversit\u00e9 d\u2019arrangements institutionnels et d\u2019acteurs hybrides avec l\u2019invention de concepts tels que le \u00ab\u00a0<em>policing pluriel<\/em>\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0division sociale du travail\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0coproduction\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le partenariat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ces mutations consacrent, en r\u00e9alit\u00e9, une sorte de partage des pr\u00e9rogatives de l\u2019action de s\u00e9curit\u00e9 ou l\u2019autorit\u00e9 souveraine n\u2019assure plus un monopole. Cette situation, que certain-e-s ont d\u00e9crite comme une perte de souverainet\u00e9, s\u2019inscrit dans une perspective radicale de \u00ab\u00a0d\u00e9-l\u00e9gitimation\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat comme pourvoyeur de s\u00e9curit\u00e9 au profit des individus, des communaut\u00e9s locales et des march\u00e9s. On a alors parl\u00e9 de l\u2019\u00c9tat en termes de \u00ab\u00a0d\u00e9clin de sa capacit\u00e9 \u00e0 punir\u00a0\u00bb (Roch\u00e9, 2004, p.\u00a0229) ou \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9videment de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (Rhodes, 2005) du fait d\u2019un dysfonctionnement des administrations de coercition par rapport aux pr\u00e9tentions affich\u00e9es. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une telle orientation, la position d\u00e9fendue dans cette r\u00e9flexion soutient que la \u00ab\u00a0<em>co-gestion<\/em>\u00a0\u00bb actuelle de la fonction r\u00e9galienne de production de la violence ne saurait s\u2019interpr\u00e9ter syst\u00e9matiquement comme une perte de souverainet\u00e9 ou une faillite de l\u2019\u00c9tat. Ainsi, parler de la crise de l\u2019\u00c9tat pour rationaliser ces mutations serait trop simpliste si l\u2019on ne contextualise pas leur r\u00e9elle port\u00e9e politique et sociale. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, pour les pays occidentaux, elles peuvent s\u2019interpr\u00e9ter comme une mutation territoriale et id\u00e9ologique de l\u2019appareil \u00e9tatique afin d\u2019\u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9es par l\u2019\u00e9volution du monde. En somme, il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0reconfiguration des appareils d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00a0\u00bb (Chevallier, 2014) caract\u00e9ris\u00e9e par le passage d\u2019un mod\u00e8le de gouvernement unilat\u00e9ral \u00e0 un mod\u00e8le de gouvernance multilat\u00e9rale et pluraliste. Une fa\u00e7on de promouvoir de nouvelles modalit\u00e9s de d\u00e9cision et d\u2019action bas\u00e9es sur une approche pluraliste et interactive de la vie collective avec l\u2019av\u00e8nement de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur\u00a0\u00a0\u00bb (Eberlein, 1999). De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, pour ce qui concerne les pays du Sud, l\u2019apparition de nouveaux acteurs dans le champ de la coercition n\u2019a v\u00e9ritablement pas eu d\u2019impact s\u00e9rieux sur la position h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019\u00c9tat et des gouvernant-e-s dans la mesure o\u00f9 le monopole de la contrainte se pr\u00e9sente dans de nombreux cas comme l\u2019unique moyen de l\u00e9gitimation. Pour aborder cette probl\u00e9matique, l\u2019\u00e9tude s\u2019est essentiellement appuy\u00e9e sur la th\u00e9orie du choix rationnel qui a permis de rendre intelligibles les paradigmes de \u00ab\u00a0d\u00e9charge\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0multilat\u00e9ralisme\u00a0\u00bb. Compte tenu du caract\u00e8re th\u00e9orique de l\u2019\u00e9tude, la recherche documentaire a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e pour faire la r\u00e9cession des \u00e9crits relatifs \u00e0 la probl\u00e9matique. L\u2019analyse qualitative a servi, \u00e0 travers l\u2019analyse de contenu, \u00e0 mettre en exergue les id\u00e9ologies, les syst\u00e8mes de valeurs, les repr\u00e9sentations ou opinions au niveau des individus et l\u2019examen des logiques de fonctionnement et d\u2019organisation des appareils \u00e9tatiques.<\/p>\n<h2>La crise de l\u2019\u00c9tat monopoliste<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Du point de vue historique, les \u00c9tats modernes se sont constitu\u00e9s par la centralisation des moyens de violence et l\u2019imposition d\u2019un pouvoir plus ou moins centralis\u00e9 sur un territoire d\u00e9termin\u00e9. Cette centralisation de la fonction r\u00e9gulatrice a abouti \u00e0 une surcharge de l\u2019\u00c9tat et une crise fonctionnelle dans l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\n<h3>La surcharge de l\u2019\u00c9tat providence protecteur<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De Hobbes \u00e0 Weber, la pens\u00e9e politique moderne a accord\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0fonction de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb un r\u00f4le fondamental dans la formation et le fonctionnement des \u00c9tats contemporains. La sociohistoire des \u00c9tats modernes r\u00e9v\u00e8le qu\u2019ils se sont constitu\u00e9s par la centralisation des moyens de violence et l\u2019imposition d\u2019un pouvoir plus ou moins centralis\u00e9 sur un territoire d\u00e9termin\u00e9. En effet, de l\u2019\u00c9tat-gendarme \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9tat-providence\u00a0\u00bb ou\u00a0\u00bb\u00a0<em>Welfare state<\/em> \u00bb, la fonction s\u00e9curitaire est demeur\u00e9e un domaine r\u00e9serv\u00e9 de la puissance publique. Ce qui fait dire \u00e0 Bourdieu que, dans l\u2019approche \u00ab judiciaris\u00e9e \u00bb, la concentration du capital de force physique qui a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e dans la plupart des mod\u00e8les de la gen\u00e8se de l\u2019\u00c9tat, des marxistes, enclins \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019\u00c9tat comme un simple organe de coercition, \u00e0 Max Weber et sa d\u00e9finition classique, ou de Norbert Elias \u00e0 Charles Tilly (Bourdieu, 1994, p.\u00a052).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En pratique, ce m\u00e9canisme a abouti \u00e0 \u00ab\u00a0la monopolisation polici\u00e8re du contr\u00f4le social\u00a0\u00bb (Loubet del bayle, 2001, p.\u00a0207) dans le sens o\u00f9 la r\u00e9gulation sociale devait se r\u00e9duire \u00e0 l\u2019activit\u00e9 des seules institutions polici\u00e8res et \u00e0 la pr\u00e9vention de la d\u00e9linquance \u00e0 l\u2019effet dissuasif des institutions de justice p\u00e9nale. On a donc assist\u00e9 \u00e0 l\u2019affaiblissement progressif (Elias, Laurent et Kamnitzer, 2003) et la mise en cause du r\u00f4le socialisateur de la famille, des \u00e9glises ou de l\u2019\u00e9cole qui, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, sont per\u00e7ues comme des institutions n\u2019\u00e9tant plus \u00e0 m\u00eame de remplir cette fonction sociale ou ne la remplissent plus que partiellement et \u00e9pisodiquement<a class=\"footnote\" title=\"Autrement dit, il se passait un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019effacement des m\u00e9canismes d\u2019autodiscipline ou d\u2019autocontr\u00f4le qui \u00e9taient fond\u00e9s sur l\u2019int\u00e9riorisation de normes acquises au cours de la socialisation dont l\u2019application r\u00e9sultait d\u2019obligations que les individus, de plus ou moins bon gr\u00e9, s\u2019imposaient \u00e0 eux-m\u00eames, en renon\u00e7ant \u00e0 la satisfaction imm\u00e9diate de leurs int\u00e9r\u00eats ou de leurs pulsions du moment.\" id=\"return-footnote-190-1\" href=\"#footnote-190-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La cons\u00e9quence de la faillite de la r\u00e9gulation sociale de type moral ou soci\u00e9tal a entra\u00een\u00e9, <em>ipso facto<\/em>, une inflation quantitative des attentes et des recours \u00e0 une r\u00e9gulation \u00ab\u00a0policiaris\u00e9e\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0judiciaris\u00e9e\u00a0\u00bb. Maurice Duverger notait d\u2019ailleurs, \u00e0 cet effet, que \u00ab\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s ne peuvent se maintenir que par un m\u00e9canisme d\u2019ordre. Elles doivent int\u00e9rioriser cet ordre pour que les contraintes deviennent moins fortes. Quand les gens ne croient plus \u00e0 des syst\u00e8mes de valeurs, la soci\u00e9t\u00e9 ne se maintient plus que par la police\u00a0\u00bb (Duverger, cit\u00e9 par Loubet del bayle, 2006, p.\u00a0257). Cette nouvelle dynamique va conduire, dans le cas pr\u00e9cis des \u00c9tats du Nord, \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab\u00a0\u00c9tat protecteur\u00a0\u00bb (Aden, 2001), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un \u00c9tat s\u00e9curitaire. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une autre forme d\u2019\u00c9tat providence lorsque l\u2019on parle de protecteur, mais il est question d\u2019un \u00c9tat s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce n\u2019est d\u2019ailleurs plus de la protection de l\u2019\u00c9tat dont il sera question, mais de celle des citoyen-ne-s contre toutes formes de risques et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. D\u00e9sormais install\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 maximale\u00a0\u00bb (Marx, 1988) caract\u00e9ris\u00e9e par un recul progressif de la violence physique, les populations vont d\u00e9velopper une aversion totale pour le moindre risque. Selon Robert Castel, les soci\u00e9t\u00e9s modernes entretiennent un rapport paradoxal avec le risque<a class=\"footnote\" title=\"C\u2019est le cas du d\u00e9veloppement par exemple du principe de pr\u00e9caution contre des risques potentiels.\" id=\"return-footnote-190-2\" href=\"#footnote-190-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. Dans ces soci\u00e9t\u00e9s \u00ab\u00a0assurantielles\u00a0\u00bb (Castel, 2003) qui garantissent protections civiles et sociales et qui \u00ab\u00a0comptent parmi les plus s\u00fbres qui aient exist\u00e9es\u00a0\u00bb (Castel, 2003, p.\u00a05), les pr\u00e9occupations s\u00e9curitaires demeurent paradoxalement omnipr\u00e9sentes (Elias <em>et al.<\/em>, 2003). Les dynamiques qui pr\u00e9sident \u00e0 cette inflation de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sont majoritairement tributaires des changements sociopolitiques et culturels intervenus dans les nations industrialis\u00e9es et \u00e0 la crise socio-politique et \u00e9conomique.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, les transformations du syst\u00e8me capitaliste (Spitzer et Scull, 1977), l\u2019industrialisation (Beck, Latour, &amp; Bernardi, 2008), l\u2019urbanisation, la mondialisation des transactions financi\u00e8res, l\u2019immigration, l\u2019apparition de \u00ab propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es de masses \u00bb (Shearing &amp; Stenning, 1987), la mont\u00e9e de \u00ab l\u2019hyper individualisme \u00bb (Muchembled, 2013), l\u2019impact des compagnies d\u2019assurance et des industries d\u2019\u00e9quipement de s\u00e9curit\u00e9 (Ocqueteau, 2000) sont autant de facteurs qui ont contribu\u00e9 \u00e0 modifier le comportement des individus dans leurs rapports au risque et \u00e0 la criminalit\u00e9. Cette pr\u00e9sence envahissante du risque place l\u2019autonomie de l\u2019individu sous l\u2019influence de l\u2019innovation scientifique et technique qui est non seulement impuissante pour freiner le risque, mais, pire encore, contribue \u00e0 l\u2019amplifier. Au carrefour de ce raisonnement, se trouve aussi la complexit\u00e9 des organisations politiques et sociales des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines qui exaltent la r\u00e9alisation de soi sans en donner \u00e0 tous les moyens. Dans les \u00c9tats modernes, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, loin d\u2019\u00eatre une simple anomalie de r\u00e9gulation, est consubstantielle \u00e0 la nature abusivement monolithique du contr\u00f4le social qui cr\u00e9e une \u00ab malveillante culture de la d\u00e9pendance moralement dommageable \u00bb (Crawford, 2001, p. 11). En effet, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est cons\u00e9cutive \u00e0 la surcharge de l\u2019\u00c9tat qui le rend incapable de satisfaire la multiplicit\u00e9 et l\u2019inflation des demandes de s\u00e9curit\u00e9 en d\u00e9pit du monopole de la violence l\u00e9gitime qu\u2019il exerce dans la r\u00e9gulation sociale \u00e0 travers des bureaucraties et des r\u00e9seaux de professionnels tels que la police, la justice. Ces deux corps sont d\u00e9bord\u00e9s, leurs activit\u00e9s sont de plus en plus s\u00e9lectives tandis que l\u2019impunit\u00e9 r\u00e8gne et les citoyen-ne-s ne savent plus r\u00e9agir par eux-m\u00eames\/elles-m\u00eames. \u00c9loign\u00e9e des citoyen-ne-s et, par cons\u00e9quent, mal inform\u00e9e sur les collectivit\u00e9s qu\u2019elle dessert, la police ne peut que r\u00e9agir aux d\u00e9lits qui lui sont rapport\u00e9s sans jamais s\u2019attaquer aux conditions qui les engendrent. Comme elle met l\u2019accent sur la grande criminalit\u00e9 au d\u00e9triment des probl\u00e8mes et des conflits communautaires persistants, la police ne parvient pas \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 l\u2019environnement social qui \u00e9volue.<\/p>\n<h3>La crise fonctionnelle des institutions de coercition<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Sous l\u2019influence des diff\u00e9rents facteurs cit\u00e9s plus haut, naissent de nouveaux besoins de s\u00e9curit\u00e9 (protection de profit, soci\u00e9t\u00e9 du risque et de l\u2019ultra modernit\u00e9) qui engendrent un faible taux d\u2019\u00e9lucidation des affaires criminelles par la police et contribuent, pour finir, \u00e0 l\u2019inflation du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 (Castel, 2003) devant lequel les polices publiques semblent impuissantes et incomp\u00e9tentes. En d\u2019autres termes, les pr\u00e9occupations en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 augmentent avec la volont\u00e9 de d\u00e9velopper les dispositifs de s\u00e9curit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, le besoin de s\u00e9curit\u00e9 semble provenir de sa satisfaction, car plus une soci\u00e9t\u00e9 essaie de prot\u00e9ger ses membres, plus elle stimule le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et d\u2019inqui\u00e9tude (Ewald, 1986). Les r\u00e9gulations polici\u00e8res traditionnelles sont massivement remises en cause par les transformations sociales. On est en face d\u2019une sorte de crise fonctionnelle de l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 institutionnelle face \u00e0 des besoins qui n\u00e9cessiteraient d\u2019autres moyens que seul le march\u00e9 est en mesure de fournir. D\u2019abord, parce qu\u2019elle devient de moins en moins repr\u00e9sentative des membres des collectivit\u00e9s qu\u2019elle sert, mais aussi parce qu\u2019elle est inapte \u00e0 op\u00e9rer des r\u00e9formes en raison de la culture trop r\u00e9sistante aux changements ou encore parce que la formation qu\u2019elle dispense \u00e0 ses agents s\u2019av\u00e8re obsol\u00e8te par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En somme, \u00ab L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 moderne ne serait pas l\u2019absence de protection, mais plut\u00f4t leurs envers, leur ombre port\u00e9e dans un univers social qui s\u2019est organis\u00e9 autour d\u2019une qu\u00eate sans fin de protection ou d\u2019une recherche \u00e9perdue de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb (Castel, 2003, p. 6). Tout ceci fait que l\u2019\u00e9poque contemporaine conna\u00eet une forte croissance de la criminalit\u00e9 de sorte qu\u2019elle constitue une de ces p\u00e9riodes o\u00f9 les attentes sont multiples et croissantes en mati\u00e8re d\u2019ordre et de s\u00e9curit\u00e9. D\u2019ailleurs, il faudrait m\u00eame probablement remonter avant la premi\u00e8re guerre mondiale, \u00e0 ces d\u00e9cennies o\u00f9 se recompose la politique criminelle des grands \u00c9tats europ\u00e9ens, pour rencontrer une obsession de la d\u00e9linquance aussi remarquable que celle qui marque la fin du XXe si\u00e8cle et le commencement du suivant (Greenberg, 1993, p.\u00a0739).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est donc cons\u00e9cutive \u00e0 la surcharge de l\u2019\u00c9tat qui le rend incapable de satisfaire la multiplicit\u00e9 et l\u2019inflation des demandes de s\u00e9curit\u00e9 en d\u00e9pit du monopole de la violence l\u00e9gitime qu\u2019il exerce dans la r\u00e9gulation sociale \u00e0 travers la police et la justice. Toutes ces raisons font que les gouvernements sont en proie depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 une forte demande de protection de la part de leurs populations \u00e0 cause de la croissance du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 (Roch\u00e9, 1993), de la d\u00e9linquance (Cusson, 1990), des incivilit\u00e9s (Roch\u00e9, 1996) et du terrorisme. Cette crise fonctionnelle de la s\u00e9curit\u00e9 publique et des politiques p\u00e9nales va co\u00efncider et s\u2019amplifier avec la crise financi\u00e8re subie par l\u2019\u00c9tat-providence et dont les contraintes budg\u00e9taires vont affecter l\u2019allocation de ressources aux services publics de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Aussi, la crise de la s\u00e9curit\u00e9 publique sera suivie d\u2019une \u00ab\u00a0augmentation terrible et sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0\u00bb (Maguire, 2007, p.\u00a012) de la d\u00e9linquance (\u00e0 l\u2019exception de la Suisse). Aujourd\u2019hui, la remise en question des principes et des pratiques de la police professionnelle se justifie par les contraintes budg\u00e9taires g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la crise financi\u00e8re, les pressions exerc\u00e9es par la demande sociale de s\u00e9curit\u00e9, les logiques structurantes du march\u00e9 en termes de rentabilit\u00e9, l\u2019augmentation de la criminalit\u00e9 et une mont\u00e9e en puissance des logiques territoriales et communautaires (Ocqueteau, 2004). La conjugaison de tous ces facteurs a oblig\u00e9 les gouvernant-e-s \u00e0 envisager l\u2019id\u00e9e que la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 n\u2019est pas r\u00e9ductible aux activit\u00e9s de la police publique\u00a0\u00bb (Brodeur, 2003, p.\u00a03); donc, du seul fait des pouvoirs publics. Face \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 de plus en plus croissante, l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 est devenue un domaine de plus en plus partag\u00e9 avec des acteurs non \u00e9tatiques (en termes de puissance publique) tels que les mairies, le march\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e, les firmes offrant des services de protection alternative. En tout \u00e9tat de cause, il se d\u00e9veloppe aujourd\u2019hui une v\u00e9ritable prise de conscience qui oblige \u00e0 se d\u00e9partir de l\u2019id\u00e9e que la s\u00e9curit\u00e9 doit n\u00e9cessairement \u00eatre un service public parce qu\u2019il participe des \u00ab\u00a0vraies marques de la souverainet\u00e9\u00a0\u00bb (Bodin, 2014, p.\u00a0118) de l\u2019\u00c9tat et que, par cons\u00e9quent, il ne saurait faire l\u2019objet d\u2019une quelconque d\u00e9l\u00e9gation au risque de mettre en p\u00e9ril l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Ce basculement d\u2019un monopole th\u00e9orique \u00e0 une gouvernance pratique et organis\u00e9e des activit\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 ne saurait signifier un d\u00e9clin ou une quelconque perte de souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Tout au plus, assiste-t\u2011on \u00e0 un red\u00e9ploiement et \u00e0 une red\u00e9finition de son r\u00f4le et de ses fonctions protectrices dans une dynamique de dialogue et de n\u00e9gociation permanente avec le secteur priv\u00e9 et communautaire.<\/p>\n<h2>La reconfiguration des appareils \u00e9tatiques<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Face aux difficult\u00e9s \u00e0 faire face aux demandes croissantes des populations en mati\u00e8re de protection, nous sommes progressivement pass\u00e9s d\u2019une vision d\u2019un \u00c9tat centralisateur \u00e0 celle d\u2019une vision n\u00e9o-lib\u00e9rale d\u2019un \u00c9tat r\u00e9gulateur et strat\u00e8ge. Le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 s\u2019est donc r\u00e9duit en passant du postulat du monopole pr\u00e9c\u00e9demment admis \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation de la puissance publique.<\/p>\n<h3>Le r\u00e9examen des m\u00e9canismes de r\u00e9gulation<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En raison de l\u2019accroissement des demandes de s\u00e9curit\u00e9, les acteurs et actrices impliqu\u00e9-e-s se multiplient et se diversifient pendant que les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation changent. En effet, constatant qu\u2019elles perdent l\u2019appui des citoyen-ne-s dont elles connaissent mal les besoins, les autorit\u00e9s polici\u00e8res commencent alors \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019efficacit\u00e9 du mod\u00e8le de type professionnel jusqu\u2019alors en vigueur. Ces nouveaux besoins sont souvent bas\u00e9s sur une philosophie d\u2019action dite de \u00ab\u00a0la pr\u00e9vention situationnelle\u00a0\u00bb qui renvoie aux \u00ab\u00a0modifications des circonstances particuli\u00e8res dans lesquelles des d\u00e9lits pourraient \u00eatre commis afin qu\u2019ils paraissent difficiles, risqu\u00e9s ou inint\u00e9ressants pour qui serait tent\u00e9 de les \u00adcommettre\u00a0\u00bb (Clarke, 1995, p.\u00a0101). La s\u00e9curit\u00e9 consisterait \u00e0 un ensemble de dispositions ayant pour finalit\u00e9 de r\u00e9duire les opportunit\u00e9s du passage \u00e0 l\u2019acte d\u00e9linquant en modifiant les facteurs rationnels de la prise de d\u00e9cision.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le besoin et l\u2019offre de s\u00e9curit\u00e9 sont ici appr\u00e9hend\u00e9s comme un bien \u00e0 p\u00e9age (Savas, 1982), dont le co\u00fbt est mis en rapport avec le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un \u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9. La s\u00e9curit\u00e9 se structure autour des concepts tels que l\u2019espace d\u00e9fendable (Clarke, 1995), sous l\u2019empire d\u2019une \u00ab\u00a0industrie de la peur\u00a0\u00bb en plein essor (Ocqueteau, 2000). Tous ces \u00e9l\u00e9ments ont contribu\u00e9 \u00e0 un r\u00e9examen de l\u2019id\u00e9ologie s\u00e9curitaire dominante, fond\u00e9e sur la r\u00e9pression du crime, tout en tenant le public \u00e0 l\u2019\u00e9cart. L\u2019accent ne sera plus mis sur le tout r\u00e9pressif, mais sur la participation de la collectivit\u00e9 dans la poursuite de sa mission (Dieu, 2002); le tout soutenu par des slogans tels que \u00ab\u00a0la s\u00e9curit\u00e9 est l\u2019affaire de tous et de toutes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette nouvelle mani\u00e8re de penser la police caract\u00e9rise de plus en plus les services de police qui s\u2019orientent vers la r\u00e9solution de probl\u00e8mes et la police communautaire par la suppression de la distance physique et psychologique entre elle et les populations. Des tendances qui ont pris forme aux \u00c9tats-Unis depuis les ann\u00e9es 1970, avec la publication de Wilson et Keeling dont la th\u00e8se du \u00ab\u00a0carreau cass\u00e9\u00a0\u00bb a inspir\u00e9 le principe de l\u2019exercice d\u2019une police \u00e0 \u00ab\u00a0tol\u00e9rance z\u00e9ro\u00a0\u00bb (Ocqueteau, Monjardet, Dieu, Vindevogel, &amp; Wyvekens, 2003)<em>. <\/em>Elles gagneront ensuite certains pays comme le Canada, la Grande-Bretagne, le Pays-Bas et plus tard la France (Dieu, 2002), mais aussi d\u2019autres nations d\u2019Europe, dans les ann\u00e9es 80, avec l\u2019id\u00e9e que la police, par la m\u00e9thode de l\u2019\u00eelotage, obtient de meilleurs r\u00e9sultats par une \u00ab\u00a0re-territorialisation\u00a0\u00bb. Pour la police, ces transformations marquent l\u2019\u00e9volution d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 politique et centralis\u00e9e vers une l\u00e9gitimit\u00e9 sociale qui accorde au territoire et aux collectivit\u00e9s locales une place strat\u00e9gique qui s\u2019articule autour de trois axiomes: la territorialisation, la co-production et la responsabilisation. Les \u00c9tats s\u2019engagent donc dans des politiques de s\u00e9curit\u00e9 qui mobilisent \u00e0 la fois les ressources publiques, les ressources priv\u00e9es et municipales (Dieu, 2004) pour faire face \u00e0 la criminalit\u00e9.<\/p>\n<h3>Vers une gouvernance du secteur de la s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Tout ceci aboutit \u00e0 une \u00ab reconfiguration des appareils d\u2019\u00c9tat \u00bb (Chevallier, 2014) caract\u00e9ris\u00e9e par le passage d\u2019un mod\u00e8le de gouvernement unilat\u00e9ral \u00e0 un mod\u00e8le de gouvernance multilat\u00e9rale et pluraliste avec \u00ab l\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur \u00bb (Eberlein, 1999). En effet, sous l\u2019empire d\u2019une philosophie n\u00e9olib\u00e9rale\u00a0 \u00ab\u00a0d\u2019\u00c9tat minimal \u00bb, on aboutit \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, si \u00ab L\u2019\u00c9tat \u00e0 un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer [\u2026], l\u2019ampleur et la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes pos\u00e9s imposent la mobilisation d\u2019autres niveaux d\u2019intervention et le concours d\u2019autres cat\u00e9gories d\u2019acteurs \u00bb (Chevallier, 2011, p. 17). Ainsi, m\u00eame si l\u2019\u00c9tat subit la concurrence d\u2019acteurs transnationaux et transfrontaliers qui \u00e9chappent souvent \u00e0 son contr\u00f4le, il continue d\u2019occuper une place particuli\u00e8re dans la gouvernance de ce bien collectif qu\u2019est la s\u00e9curit\u00e9 (Ocqueteau, 2004). En optant pour la gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019\u00c9tat conserve en effet sa souverainet\u00e9 en termes de pouvoir de l\u00e9gitimation et d\u2019habilitation de sorte \u00e0 faire co\u00efncider l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et les logiques instrumentales de cette constellation d\u2019acteurs hybrides (Crawford, 2001). Il ne s\u2019agit pas de privatisation des organes de l\u2019\u00c9tat, mais d\u2019une privatisation de certaines fonctions qui ne sont en rien symptomatiques d\u2019un quelconque d\u00e9clin de l\u2019\u00c9tat. En d\u00e9l\u00e9guant ses pr\u00e9rogatives \u00e0 certains endroits, \u00e0 des structures plus comp\u00e9titives, l\u2019\u00c9tat coordonne et r\u00e9gule, assainit, dans le but de faire d\u2019accorder l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 celui des autres acteurs. Il est plut\u00f4t question du d\u00e9ploiement d\u2019un \u00ab \u00c9tat strat\u00e8ge \u00bb qui passe successivement \u00ab d\u2019\u00c9tat entrepreneur \u00e0 un \u00c9tat maitre d\u2019\u0153uvre, d\u2019un \u00c9tat attach\u00e9 \u00e0 une comp\u00e9tence monolithique \u00e0 un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9rateur d\u2019initiatives \u00bb (Dieu, 2002, p. 127). Dans le contexte occidental, cette nouvelle approche se d\u00e9cline en de multiples concepts tels que la \u00ab gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, le \u00ab policing pluriel \u00bb, la \u00ab division sociale du travail \u00bb, la \u00ab police de proximit\u00e9 \u00bb, la \u00ab comunity Policy \u00bb, la \u00ab coproduction \u00bb. Dans le cas des pays en d\u00e9veloppement, o\u00f9 la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et du r\u00e9gime en place est constamment contest\u00e9e, ces conditionnalit\u00e9s se sont traduites par ce que les bailleurs ont appel\u00e9 la r\u00e9forme des syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 (RSS). Dans la philosophie de la RSS, le bon fonctionnement du \u00ab syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb peut relever de la responsabilit\u00e9 conjointe de tout un \u00e9ventail d\u2019institutions publiques et d\u2019entit\u00e9s politiques, y compris des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et du secteur priv\u00e9. Dans de tels cas, la d\u00e9faillance d\u2019une seule des composantes du syst\u00e8me met en p\u00e9ril l\u2019ensemble du dispositif.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cependant, si l\u2019on assiste \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles formes de gouvernance fond\u00e9es sur le partenariat dans le domaine de la pr\u00e9vention et de la r\u00e9pression de la d\u00e9linquance, elles se heurtent encore \u00e0 des obstacles en ce qui concerne le d\u00e9bat juridique et normatif de fond en rapport avec les \u00ab\u00a0pas perdus de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb en termes de monopole de la violence physique l\u00e9gitime. En effet, de profondes tensions subsistent, des tensions qui interdisent de proclamer l\u2019av\u00e8nement d\u2019un nouvel ordre dans lequel l\u2019\u00c9tat accepterait de reconna\u00eetre les limites de sa capacit\u00e9 d\u2019action.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si ces tensions semblent se dissiper progressivement dans les \u00c9tats occidentaux, dans la conceptualisation de l\u2019av\u00e8nement de cette pluralit\u00e9 d\u2019acteurs, le particularisme de l\u2019\u00c9tat africain fait qu\u2019on a du mal \u00e0 saisir la place que l\u2019\u00c9tat occupe (ou devrait occuper) dans le contr\u00f4le, la production et la distribution de la violence physique. Ainsi, dans le cas des \u00c9tats africains, en lieu et place d\u2019une \u00ab\u00a0d\u00e9classification\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 travers cette coop\u00e9ration avec d\u2019autres partenaires, il est serait f\u00e9cond d\u2019entrevoir une sorte de \u00ab\u00a0re-l\u00e9gitimation\u00a0\u00bb de la fonction punitive et p\u00e9nale d\u2019un \u00c9tat en perte de vitesse. C\u2019est-\u00e0-dire, une savante strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0red\u00e9ploiement\u00a0\u00bb (Hibou, 1998), de \u00ab\u00a0d\u00e9charge\u00a0\u00bb (Hibou, 1999) ou d\u2019extension de la capacit\u00e9 coercitive (Brodeur, 1984) et r\u00e9pressive (Garland, 2002) de l\u2019appareil \u00e9tatique par un double mouvement d\u2019externalisation et de privatisation de la s\u00e9curit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, la monopolisation de la s\u00e9curit\u00e9, voire la confiscation de celle-ci par la classe dirigeante pr\u00e9side au mode de gouvernance (Nahi, 2014). Dans des syst\u00e8mes caract\u00e9rises par des pouvoirs d\u2019\u00c9tat autoritaire, la massification de la violence politique l\u00e9gitime et ill\u00e9gitime constitue un principe structurant incontournable (Nahi, 2018). Les politiques coercitives se r\u00e9v\u00e8lent comme consubstantielles \u00e0 l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat, des dirigeant-e-s et de tous les r\u00e9gimes politiques (Tshiyembe, 1990). La d\u00e9construction de la s\u00e9curit\u00e9 en tant que bien commun se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 travers l\u2019appropriation et la confiscation politique du pouvoir de contrainte et une fabrication politique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 comme mode de gouvernement (Essono, 2007).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si ailleurs on peut invoquer une motivation n\u00e9olib\u00e9rale ou une volont\u00e9 de gouvernance sous l\u2019empire des n\u00e9cessit\u00e9s pour expliquer ce passage du monopole \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation, de telles rationalit\u00e9s paraissent simplificatrices dans le cas des r\u00e9alit\u00e9s africaines. Dans la mesure o\u00f9 ces analyses prennent implicitement pour base des r\u00e9f\u00e9rences dat\u00e9es, circonstancielles et normatives qui renvoient \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie d\u00e9veloppementaliste \u00e9nonc\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 50 et \u00e0 une conception w\u00e9b\u00e9rienne de l\u2019\u00c9tat; autrement dit, \u00e0 sa dimension bureaucratique l\u00e9gale-rationnelle et \u00e0 ses interventions directes, institutionnalis\u00e9es et permanentes (Hibou, 1999, p. 7),\u00a0elles ne verront que \u00ab\u00a0destruction, disparition, retrait ou perte de contr\u00f4le\u00a0\u00bb (Hibou, <em>ibid<\/em>., p.\u00a06).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Autrement dit, la <em>privatisation<\/em> de l\u2019\u00c9tat \u00ab\u00a0n\u2019implique ni la perte de ses capacit\u00e9s de contr\u00f4le, ni sa cannibalisation par le priv\u00e9, mais son red\u00e9ploiement, la modification des modes de gouvernement sous l\u2019effet des transformations nationales et internationales\u00a0\u00bb (Hibou, 1998, p.\u00a0152). Il est question de transformations de l\u2019interventionnisme \u00e9tatique (Hibou, 1998); autrement dit, d\u2019un nouvel outil d\u2019exercice du pouvoir politique et une modalit\u00e9 de la formation de l\u2019\u00c9tat \u00e0 travers des processus de ren\u00e9gociation permanente des relations entre \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb. On assisterait ainsi \u00e0 une reformulation du monopole de l\u2019\u00c9tat sur la violence par une forme de d\u00e9l\u00e9gation ou de \u00ab\u00a0d\u00e9charge\u00a0\u00bb selon l\u2019expression w\u00e9b\u00e9rienne. D\u2019ailleurs, l\u2019existence de liens parfois \u00e9troits entre les personnels des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es et les professionnel-le-s traditionnel-le-s de la s\u00e9curit\u00e9 semble d\u2019ailleurs corroborer une telle analyse. Le d\u00e9veloppement du mercenariat et des soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9es peut \u00eatre observ\u00e9 sur tout le continent. Leur r\u00f4le est de prot\u00e9ger des enclaves riches, \u00e9conomiques et strat\u00e9giques (exploitations mini\u00e8res, a\u00e9roports, concessions p\u00e9trolif\u00e8res, quartiers hupp\u00e9s). Mais cette substitution des soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9tat est une situation voulue par un pouvoir politique occulte lorsqu\u2019on conna\u00eet les \u00e9troites relations d\u2019affaires liant certain-e-s hommes\/femmes au pouvoir ou leurs proches et les responsables desdites soci\u00e9t\u00e9s (P\u00e9rouse, 2008).<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De nos jours, un \u00c9tat, aussi fort soit\u2011il, ne peut et ne saurait \u00eatre le seul vecteur de production de la s\u00e9curit\u00e9 dans un monde o\u00f9 les risques li\u00e9s aux activit\u00e9s humaines et \u00e0 leur impact sur les milieux naturels semblent cro\u00eetre de mani\u00e8re exponentielle. Les contraintes budg\u00e9taires g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la crise financi\u00e8re qui affectent l\u2019allocation de ressources aux services publics de s\u00e9curit\u00e9, les pressions exerc\u00e9es par la demande sociale de s\u00e9curit\u00e9, les logiques structurantes du march\u00e9 en termes de rentabilit\u00e9 et la mont\u00e9e en puissance des logiques territoriales et communautaires sont autant de facteurs qui limitent l\u2019action de l\u2019\u00c9tat. En fin de compte, l\u2019approche s\u00e9curitaire fond\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00c9tat monopoliste et producteur exclusif de l\u2019ordre a connu une r\u00e9gression. Une politique s\u00e9curitaire (Ocqueteau, 1994) \u00e0 la fois efficace et r\u00e9aliste ne peut plus \u00eatre men\u00e9e aujourd\u2019hui sans la collaboration pratique des citoyen-ne-s et du priv\u00e9 qui doivent n\u00e9cessairement prendre leur part dans l\u2019effort collectif. L\u2019\u00c9tat moderne, pour \u00eatre productif, ne plus op\u00e9rer seul sans partenariat, car les conditions sont diff\u00e9rentes d\u00e9sormais.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Non seulement \u00ab\u00a0le monopole de la violence l\u00e9gitime n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 suffisant. Il l\u2019est d\u00e9sormais de moins en moins. On peut plus gouverner par la force mais davantage par la distance, le secret et la puissance de la hi\u00e9rarchie\u00a0\u00bb (Crozier, 1991, p.\u00a012). La prise de conscience de la pluralisation des acteurs pourvoyeurs de s\u00e9curit\u00e9 fait de la gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9 un puissant antidote \u00e0 tous les probl\u00e8mes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 rencontr\u00e9s dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes avanc\u00e9es ou en voie de d\u00e9veloppement. Cependant, ces mutations ne sont pas synonymes d\u2019un d\u00e9clin ou d\u2019une perte du monopole \u00e9tatique de la violence physique l\u00e9gitime. Il s\u2019agit en effet, d\u2019une transformation des appareils \u00e9tatiques et de l\u2019action publique s\u00e9curitaire \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des mutations structurelles et des enjeux sociopolitiques auxquels les syst\u00e8mes politiques sont confront\u00e9s. Premi\u00e8rement, dans des pays de tradition jacobine comme la France (Latour, 2009), la gouvernance de la s\u00e9curit\u00e9 prend la forme d\u2019un mode d\u2019organisation verticale o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gislative et administrative de l\u2019acteur public dominant s\u2019exerce sur les autres acteurs de la s\u00e9curit\u00e9, qu\u2019ils soient parapublics, communautaires ou priv\u00e9s dans le cadre d\u2019une coproduction. Deuxi\u00e8mement, dans les \u00c9tats \u00e0 faible centralisation comme la Canada, la constitution de r\u00e9seaux et de march\u00e9s aura vocation \u00e0 se renforcer ou m\u00eame \u00e0 se substituer \u00e0 une offre publique insuffisante. Troisi\u00e8mement, dans les Pays du sud, il est question d\u2019une strat\u00e9gie de red\u00e9ploiement et de d\u00e9charge de la fonction punitive \u00e0 travers une strat\u00e9gie d\u2019externalisation.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aden, Hartmut. 2001. L\u2019\u00c9tat protecteur, mobilisation de nouveaux acteurs et repli s\u00e9curitaire. Les politiques de s\u00e9curit\u00e9 et de pr\u00e9vention en Allemagne dans les ann\u00e9es 1990. <em>D\u00e9viance et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>25 <\/em>(4), 459\u2011477.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beck, Ulrich, Latour, Bruno et Bernardi, Laure. 2008. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du risque: Sur la voie d\u2019une autre modernit\u00e9<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bodin, Jean. 2014. <em>Abr\u00e9g\u00e9 de la R\u00e9publique de Bodin <\/em>(tome 2). Paris: Hachette.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourdieu, Pierre. 1994. <em>Raisons pratiques. Sur la th\u00e9orie de l\u2019action<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brodeur, Jean-Paul.\u00a01984. La police: mythes et r\u00e9alit\u00e9s. <em>Criminologie<\/em>, <em>17 <\/em>(1), 9\u201141.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brodeur, Jean-Paul.\u00a02003. <em>Les Visages de la police: pratiques et perceptions<\/em>. Montr\u00e9al: PUM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Castel, Robert. 2003. <em>L\u2019Ins\u00e9curit\u00e9 sociale: Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9?<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevallier, Jacques. 2011. La police est-elle encore une activit\u00e9 r\u00e9galienne?. <em>Archives de politique criminelle<\/em>, <em>33 <\/em>(1), 13\u201127.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevallier, Jacques. 2014. <em>L\u2019\u00c9tat post-moderne<\/em> (4e \u00e9dition). Issy-les-Moulineaux: LGDJ.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Clarke, Ronald V. 1995. Les technologies de la pr\u00e9vention situationnelle. <em>Les Cahiers de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure<\/em>, <em>21<\/em>.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.collection-privee.org\/public\/fiche-complete.php?reference=8442\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.collection-privee.org\/public\/fiche-complete.php?reference=8442<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Clarke, Ronald V. 1995. <em>Situational crime prevention: Successful case studies<\/em> (Second edition). New York: Harrow and Heston.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Crawford, Adam. 2001. Vers une reconfiguration des pouvoirs\u00a0? Le niveau local et les perspectives de la gouvernance.\u00a0<em>D\u00e9viance et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>25<\/em> (1), 3-32.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Crozier, Michek. 1991. <em>\u00c9tat modeste, \u00c9tat moderne<\/em> (2e \u00e9dition revue et augment\u00e9e). Paris: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cusson, Maurice. 1990. <em>Croissance et d\u00e9croissance du crime<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Fran\u00e7ois. 2002. <em>Policer la proximit\u00e9. Les exp\u00e9riences fran\u00e7aises, britanniques et new-yorkaises<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Fran\u00e7ois. 2004. Les polices municipales dans les politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9. \u00c9l\u00e9ments sur la situation fran\u00e7aise. <em>Revue internationale de criminologie et de police technique<\/em>, <em>2<\/em>, 177-188.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eberlein, Burkard. 1999. L\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur en Europe. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>,<em> 49 <\/em>(2), 205\u2011230.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Elias, Norbert, Laurent, Fran\u00e7ois et Kamnitzer, Pierre.\u00a02003. <em>La civilisation des m\u0153urs<\/em>. Paris: Pocket.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Essono Belomo, Chantal P\u00e9lagie.\u00a02007. <em>L\u2019Ordre et la s\u00e9curit\u00e9 publics dans la construction de l\u2019\u00c9tat au Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Bordeaux 4.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ewald, Fran\u00e7ois. 1986. <em>L\u2019\u00c9tat providence<\/em>. Paris: Grasset.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Garland, David. 2002. <em>The Culture of Control: Crime and Social Order in Contemporary Society<\/em> (Reprint). Chicago: University of Chicago Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Greenberg, David F. 1993. Praxis and Marxian Criminology. <em>Crime and Capitalism: Readings in Marxist Criminology<\/em> (Expanded, Updated edition). Philadelphia: Temple Univ Pr.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hibou, B\u00e9atrice. 1998. Retrait ou red\u00e9ploiement de l\u2019\u00c9tat?. <em>Critique internationale<\/em>, <em>1 <\/em>(4), 151\u2011168.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hibou, B\u00e9atrice. 1999. La \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9charge\u202f\u00a0\u00a0\u00a0\u00bb, nouvel interventionnisme. <em>Politique africaine<\/em>,<em> 73 <\/em>(1), 6\u201115.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Latour. 2009. Les contr\u00f4les de la puissance publique sur les entreprises de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e. <em>Actualit\u00e9s juridiques du droit administratif<\/em>, 800\u2011884.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loubet del bayle, Jean-Louis. 2001. Vers une monopolisation polici\u00e8re du contr\u00f4le social? <em>Cahiers de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure<\/em>, <em>44<\/em>.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/loubet_del_bayle_jean_louis\/vers_monopolisation_policiere\/vers_monopolisation_policiere_texte.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/loubet_del_bayle_jean_louis\/vers_monopolisation_policiere\/vers_monopolisation_policiere_texte.html<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maguire, Mike. 2007. Crime data and statistics. <em>The Oxford handbook of criminology<\/em>, <em>4<\/em>, 241-301.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Marx, Gary T. 1988. La soci\u00e9t\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 maximale. <em>D\u00e9viance et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>12 <\/em>(2), 147\u2011166.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muchembled, Robert. 2013. <em>Soci\u00e9t\u00e9, cultures et mentalit\u00e9s dans la France moderne: XVIe-XVIIIe si\u00e8cle<\/em> (3e \u00e9dition). Paris: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nahi, Pregnon\u00a0Claude. 2014. <em>Les Politiques publiques de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la gouvernance politique en C\u00f4te d\u2019Ivoire<\/em>. Th\u00e8se de doctorat en science politique, Universit\u00e9 de Toulouse 1 le Capitole.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nahi, Pregnon\u00a0Claude. 2018. Les logiques autoritaires de la production de l\u2019ordre en C\u00f4te d\u2019Ivoire: de la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 politique \u00e0 la criminalisation des mouvements sociaux. <em>Lonniya<\/em>, <em>1 <\/em>(5), 507-560.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9d\u00e9ric, Monjardet, D., Dieu, F., Vindevogel, F. et Wyvekens, A. 2003. <em>Community Policing et Zero Tol\u00e9rance \u00e0 New-York et Chicago: En finir avec les mythes<\/em>. Paris: La Documentation Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9d\u00e9ric, Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 1994. Le Sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. <em>Gen\u00e8ses. Sciences sociales et histoire<\/em>, <em>16 <\/em>(1), 164\u2011166.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2000. <em>Les d\u00e9fis de la s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9e: Protection et surveillance dans la France d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ocqueteau, Fr\u00e9deric. 2004. <em>Polices entre \u00c9tat et march\u00e9<\/em>. Paris: Presses universitaires de Science Po.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rhodes, Roderick Arthur William. 2005. The hollowing out of the state: The changing nature of the public service in Britain. <em>The Political Quarterly<\/em>, <em>65<\/em>, 138\u2011151.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 1996. <em>La Soci\u00e9t\u00e9 incivile. Qu\u2019est-ce que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9?<\/em>. Paris: Le Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 1993. <em>Le Sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch\u00e9, S\u00e9bastian. 2004. <em>Sociologie politique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rosanvallon, P.\u00a02015. <em>La Crise de l\u2019\u00c9tat-providence<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Savas, Emanuel S. 1982. <em>Privatizing the Public Sector: How to Shrink Government<\/em>. London: Chatham House.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shearing, Clifford D. et Stenning, Philip\u00a0C. 1987. <em>Private policing<\/em>. New York: Sage Publications.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Spitzer, Steven et Scull, Andrew T. 1977. Privatization and Capitalist Development: The Case of the Private Police. <em>Social Problems<\/em>, <em>25<\/em> (1), 18-29.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tshiyembe, Mwayila. 1990. <em>L\u2019\u00c9tat postcolonial, facteur d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en Afrique<\/em>. Paris: Pr\u00e9sence Africaine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Weber, Max. 2001. <em>\u00c9conomie et soci\u00e9t\u00e9 dans l\u2019Antiquit\u00e9<\/em>. Paris: La D\u00e9couverte.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/pregnon-claude-nahi\">Pregnon Claude NAHI<\/a><\/strong><br \/>L\u2019auteur est docteur en science politique et enseignant-chercheur au d\u00e9partement de droit de l\u2019Universit\u00e9 P\u00e9leforo Gon Coulibaly de Korhogo, C\u00f4te d\u2019Ivoire.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-190-1\">Autrement dit, il se passait un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019effacement des m\u00e9canismes d\u2019autodiscipline ou d\u2019autocontr\u00f4le qui \u00e9taient fond\u00e9s sur l\u2019int\u00e9riorisation de normes acquises au cours de la socialisation dont l\u2019application r\u00e9sultait d\u2019obligations que les individus, de plus ou moins bon gr\u00e9, s\u2019imposaient \u00e0 eux-m\u00eames, en renon\u00e7ant \u00e0 la satisfaction imm\u00e9diate de leurs int\u00e9r\u00eats ou de leurs pulsions du moment. <a href=\"#return-footnote-190-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-190-2\">C\u2019est le cas du d\u00e9veloppement par exemple du principe de pr\u00e9caution contre des risques potentiels. <a href=\"#return-footnote-190-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":18,"menu_order":2,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["pregnon-claude-nahi"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[149],"license":[],"class_list":["post-190","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-centralisation","motscles-coproduction","motscles-crise","motscles-monopole","motscles-reconfiguration","keywords-centralization","keywords-co-production","keywords-crisis","keywords-monopoly","keywords-reconfiguration","contributor-pregnon-claude-nahi"],"part":156,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/190","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/190\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":727,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/190\/revisions\/727"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/156"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/190\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=190"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=190"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}