{"id":202,"date":"2019-10-09T15:04:17","date_gmt":"2019-10-09T09:04:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=202"},"modified":"2022-05-30T11:45:23","modified_gmt":"2022-05-30T09:45:23","slug":"manga-kalniga_et_kamanda-anyi-mukep-massa2019","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/manga-kalniga_et_kamanda-anyi-mukep-massa2019\/","title":{"rendered":"Esquisse d\u2019une sociologie des mobilisations anglophones au Cameroun"},"content":{"raw":"<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout processus de mobilisation multisectorielle, quelle qu\u2019en soit la forme et quels qu\u2019en soient les acteurs particuliers, para\u00eet avoir pour effet d\u2019affecter, dans ses \u00ab\u00a0structures\u00a0\u00bb m\u00eames, l\u2019organisation routini\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 (Dobry, 2009, p.\u00a0125).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le paysage politique et institutionnel au Cameroun depuis la d\u00e9colonisation conna\u00eet des vagues successives de crises qui placent cet \u00c9tat dans une incertitude structurelle. L\u2019id\u00e9e d\u2019incertitude structurelle renvoie ici \u00e0 cette dynamique contestataire des institutions politiques au Cameroun depuis les mouvements de la d\u00e9colonisation \u00e0 l\u2019unification des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s en passant par la r\u00e9unification des deux Camerouns en 1961. Cette incertitude est aussi politique[footnote]Il existe une th\u00e8se qui souligne que la crise anglophone cache un v\u0153u des anglophones de participer plus \u00e0 la gestion de l\u2019\u00c9tat \u00e0 certains potes cl\u00e9s de la r\u00e9publique. Sauf que, ce qui bute, c\u2019est que l\u2019accession \u00e0 la fonction pr\u00e9sidentielle se fait par voie d\u2019\u00e9lection d\u00e9mocratiquement organis\u00e9e. En plus, le r\u00e9gime de dauphinat qui a eu cours lors de la transmission du pouvoir pr\u00e9sidentiel entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya n\u2019existe plus dans le registre de la transmission du pouvoir au Cameroun. Cette logique de passation du pouvoir peut avoir cependant eu comme un effet de soubassement aux crises actuelles, au point que certains consid\u00e8rent que la l\u00e9gitimit\u00e9 du pr\u00e9sident Paul Biya soit historique et non d\u00e9mocratique. Mais, \u00e0 l\u2019issue des scores engrang\u00e9s \u00e0 chaque \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale depuis 1992 jusqu\u2019aux derni\u00e8res \u00e9lections de 2018, cet argument peut \u00eatre battu en br\u00e8che.[\/footnote] et d\u00e9voile alors un appel d\u2019une autre forme d\u2019\u00c9tat par les s\u00e9cessionnistes et un v\u0153u de participation \u00e0 la gestion des affaires au niveau supr\u00eame, r\u00e9gional et communal. Cela justifie par ailleurs les appels synchronis\u00e9s \u00e0 la d\u00e9centralisation et la r\u00e9surgence de la question anglophone.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, \u00ab\u00a0reconstituer les chemins de la question anglophone au Cameroun requerrait de retracer l\u2019histoire de la d\u00e9colonisation des deux territoires anciennement sous tutelles fran\u00e7aise et britannique, puis celle de la recentralisation de l\u2019\u00c9tat camerounais\u00a0\u00bb (Machikou, 2018, p.\u00a0119). Le fait colonial a induit au fractionnement du Cameroun. D\u2019abord h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une colonisation allemande \u00e0 travers le trait\u00e9 germano-douala, le Cameroun adopte ensuite les traditions coloniales anglaise et fran\u00e7aise apr\u00e8s la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne durant la Premi\u00e8re Guerre Mondiale. Malgr\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun Oriental en 1960, puis du Cameroun Occidental en octobre 1961, la r\u00e9unification des deux entit\u00e9s \u00e9tatiques \u00e0 cette date et l\u2019unification le 20 mai 1972 ne vont pas estomper les diff\u00e9rences qui se renforceront avec les syst\u00e8mes d\u2019administration directe et indirecte. Ces diff\u00e9rences se cristallisent dans la redistribution du pouvoir et l\u2019acc\u00e8s aux ressources \u00ab\u00a0d\u00e9veloppementistes\u00a0\u00bb. C\u2019est suite \u00e0 cette difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00c9tat, engendrant des \u00ab\u00a0frustrations\u00a0\u00bb, que la partie anglophone va poindre \u00e0 l\u2019horizon vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 2016: c\u2019est l\u2019\u00e9clatement d\u2019une crise corporatiste qui s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e avec l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne des s\u00e9cessionnistes (Machikou, 2018, p.\u00a0119-122). Ces dynamiques mobilisationnistes rappellent quotidiennement le caract\u00e8re incertain et, en m\u00eame temps, stationnaire de l\u2019\u00c9tat (Eboko et Awondo, 2018, p.\u00a05-27).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent article \u00e9voque les logiques des mouvements sociaux et de l\u2019\u00c9tat camerounais dans la gestion de la crise anglophone. En d\u2019autres termes, comment l\u2019incertitude du lendemain et de la gestion de l\u2019\u00c9tat a engendr\u00e9 des ruptures et des revendications sociales et politiques au Cameroun? L\u2019objectif de cette r\u00e9flexion est d\u2019analyser les strat\u00e9gies de mobilisation des acteurs de la crise anglophone tels que les pouvoirs publics, la communaut\u00e9 internationale et les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de d\u00e9crire et d\u2019analyser les m\u00e9canismes de mobilisation des ressources conjugu\u00e9s par les acteurs de la crise. Pour appr\u00e9hender cette r\u00e9alit\u00e9, l\u2019article recourt \u00e0 la th\u00e9orie des mobilisations multisectorielles pour d\u00e9crypter les ruptures, les continuit\u00e9s, les inflexions et les trajectoires des luttes qui structurent la sc\u00e8ne sociopolitique au Cameroun. Il s\u2019appuie sur l\u2019exploitation des archives documentaires et de la presse locale pour retracer l\u2019incertitude structurelle ayant engendr\u00e9 la crise.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Incertitude structurelle et r\u00e9surgence de la question anglophone au Cameroun<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quelques pr\u00e9misses peuvent \u00eatre retenues ici comme des \u00e9l\u00e9ments favorables \u00e0 la crise anglophone. En effet, avant d\u2019en arriver l\u00e0, il faut rappeler que l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb, depuis le d\u00e9but du probl\u00e8me anglophone (Konings et Nyamnjoh, 1997, p.\u00a0207-229), ne s\u2019est jamais estomp\u00e9e, malgr\u00e9 le passage \u00e0 l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral en 1961 (Abwa, 2015). Pour Daniel Abwa, le Cameroun est une mosa\u00efque de peuples divis\u00e9s par la g\u00e9ographie et l\u2019histoire. La construction de l\u2019anglophonie s\u2019est faite sous le couvert de la colonisation qui a accouch\u00e9 de deux Camerouns comme il a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9. Mais ce parcours est illustratif de l\u2019ant\u00e9c\u00e9dent du nationalisme camerounais qui a mal n\u00e9goci\u00e9 la r\u00e9partition du pouvoir entre les deux blocs d\u00e8s 1961. C\u2019est ce qui a provoqu\u00e9 une r\u00e9surgence des crispations identitaires \u00e0 caract\u00e8re s\u00e9cessionniste qui vont s\u2019exprimer par l\u2019entremise des mouvements associatifs, notamment le <em>Southern Cameroons National Council<\/em> (SCNC) et le Consortium de la soci\u00e9t\u00e9 civile anglophone. Pour parler du probl\u00e8me anglophone, il faudrait \u2013 selon Daniel Abwa qui ne reconna\u00eet pas l\u2019existence de l\u2019anglophonie ni de la francophonie, seulement de la camerounophonie \u2013 distinguer 03 postulats de cette doctrine: il existe un camp francophone et un camp anglophone; les anglophones souffrent d\u2019une marginalisation par les francophones consid\u00e9r\u00e9s comme des sous-citoyen-ne-s; et l\u2019exigence d\u2019un retour \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration, synonyme de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00bb\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb. Pour cet auteur, la logique anglophone se refuse de reconna\u00eetre que l\u2019histoire du Cameroun ne saurait se limiter en 1916 et opte plut\u00f4t pour la victimisation anglophone et le rejet des tentatives d\u2019int\u00e9gration nationale. Ces attitudes permettent de saisir les enjeux de la question anglophone qui, de toute \u00e9vidence, vise la r\u00e9habilitation des anciens briscards anglophones et la qu\u00eate d\u2019un strapontin pour un retour au f\u00e9d\u00e9ralisme. Cela va continuer en 1985 avec l\u2019appel \u00e0 la s\u00e9cession par l\u2019avocat Gorji Dinka, ensuite avec la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me <em>All Anglophone Conference<\/em> en 1993-1994, puis avec la fondation en 1995 de la fondation du <em>Southern Cameroons People\u2019s Conference<\/em> (SCPC) et la <em>Southern Cameroon\u2019s Youth League<\/em> (SCYL). En 1999, c\u2019est la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Ambazonie (Pigeaud, 2011). En 2013, est cr\u00e9\u00e9 l\u2019<em>Ambazonia Governing Council<\/em>. C\u2019est en 2017, \u00e0 l\u2019issue des mobilisations s\u00e9cessionnistes que la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Ambazonie est proclam\u00e9e (<em>Jeune Afrique <\/em>no 3029, 2019; p.\u00a035-40).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans ce registre que se situe la veine des revendications de la fin de l\u2019ann\u00e9e 2016 dans les deux r\u00e9gions anglophones. Ces revendications d\u00e9noncent tout d\u2019abord une volont\u00e9 de maintien au pouvoir du pr\u00e9sident Paul Biya relay\u00e9 par les motions de soutien et de d\u00e9f\u00e9rence. \u00c0 titre d\u2019illustration, on citera le cas des \u00ab\u00a0appels du peuple\u00a0\u00bb des militants et militantes du RDPC[footnote]Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais.[\/footnote] envoy\u00e9s au cabinet civil de la Pr\u00e9sidence: \u00ab\u00a0Pr\u00e9sidentielles 2018: Le cabinet civil en pr\u00e9-campagne<em>\u00a0<\/em>\u00bb, ainsi titrait le journal <em>Mutations <\/em>no 4022 de 2015 (p.\u00a03). \u00c0 ce moment, l\u2019environnement politique est jouxt\u00e9 par la contextualisation des mobilisations multisectorielles. Ensuite, le ballet des soutiens politiques va s\u2019encha\u00eener chez le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale Cavaye Y\u00e9gui\u00e9 Djibril avec le Mayo-Sava le 13 novembre 2015, puis le grand Sud le 08 janvier 2016, etc. \u00c0 ces appels du peuple, Paul y r\u00e9pondra ainsi qu\u2019il suit: \u00ab\u00a0Les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles camerounaises de 2018 sont certaines mais encore lointaines. Nous avons le temps de r\u00e9fl\u00e9chir et le moment venu, les Camerounais, les amis fran\u00e7ais et tout le monde sauront si je suis candidat ou si je prends ma retraite\u00a0\u00bb (Paul Biya, 2015). Cette d\u00e9claration a sans doute plac\u00e9 l\u2019opinion publique dans une dynamique sp\u00e9culation. Ainsi, le d\u00e9part de Paul Biya, pr\u00e9sident du RDPC, aurait pu contribuer \u00e0 mettre \u00e0 nu les grands requins de ce parti politique. Et dans ce cas, il \u00e9tait opportun et prudent de forcer la main du prince afin qu\u2019il brigue un autre mandat \u00e0 l\u2019effet de \u00ab\u00a0demeurer\u00a0d\u00e9mocratiquement\u00a0\u00bb au pouvoir. Ces agitations ont aussi stimul\u00e9 la partie anglophone qui s\u2019est r\u00e9solue \u00e0 croire que c\u2019est l\u2019acc\u00e8s au pouvoir qui pourrait r\u00e9soudre le probl\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s signal\u00e9es par les mouvements politiques anglophones.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 ces appels allant dans le sens de p\u00e9renniser la logique de <em>Biya For ever, <\/em>le camp anglophone va mobiliser les ressources divergentes au rang desquelles figurent les mobilisations de 2016. Ces mobilisations visent la ma\u00eetrise de \u00ab\u00a0la \u2018\u2018structure du contr\u00f4le\u2019\u2019 des ressources, c\u2019est-\u00e0-dire celle qui affecte le \u2018\u2018mod\u00e8le\u2019\u2019 de la r\u00e9partition de ce contr\u00f4le entre les divers types \u2013 hi\u00e9rarchis\u00e9s \u2013 d\u2019unit\u00e9s sociales\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a04). De ce fait, le mouvement anglophone vient renouveler et rafra\u00eechir la doctrine \u00e9voqu\u00e9e par Daniel ABWA. Or, ce postulat ne passe v\u00e9ritablement pas dans les rangs du gouvernement qui estime que la forme de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas une question \u00e0 l\u2019ordre du jour. Face \u00e0 ces deux postures \u00ab\u00a0oppos\u00e9es\u00a0\u00bb, le mouvement social contestataire de la forme de l\u2019\u00c9tat va recourir \u00e0 des moyens moins institutionnels. Il s\u2019agit de la radicalisation de la contestation \u00e0 travers l\u2019entr\u00e9e dans le maquis de ceux et celles qu\u2019il convient d\u2019appeler \u00ab\u00a0les s\u00e9cessionnistes\u00a0\u00bb. Ainsi, les affrontements guerriers entre les forces arm\u00e9es camerounaises et les s\u00e9cessionnistes vont causer des pertes en vies humaines. En novembre 2018, l\u2019Organisation des nations unies d\u00e9nombrait 437\u00a0500 d\u00e9plac\u00e9-e-s dans les deux r\u00e9gions du Nord-Ouest et d Sud-Ouest et 30\u00a0000 Camerounais-e-s r\u00e9fugi\u00e9-e-s au Nig\u00e9ria (<em>Jeune Afrique<\/em> n\u00b0 3029 du 27 au 02 f\u00e9vrier 2019).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le sillage de cette crise, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019un dialogue de sourds pour signifier que le pouvoir en place v\u00e9hicule une seule id\u00e9ologie, celle de l\u2019indivisibilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat qui est non n\u00e9gociable. Or, dans le camp des \u00ab\u00a0Ambazoniens\u00a0\u00bb, il s\u2019agit essentiellement de retourner aux limites coloniales fran\u00e7aises et britanniques[footnote]Toutefois, une autre th\u00e8se relativise la posture <em>ambazonienne<\/em>, car elle laisse \u00e0 penser que l\u2019ordonnancement des mobilisations s\u00e9cessionnistes est un stratag\u00e8me pour parvenir \u00e0 diviser le Cameroun. De cette th\u00e8se qu\u2019est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019un agenda cach\u00e9.[\/footnote]. \u00c0 ce niveau, l\u2019on peut prendre du recul et consid\u00e9rer que le retour aux limites coloniales ne saurait commencer avec les Anglais et les Fran\u00e7ais. Ce qui astreint \u00e0 retourner aux fronti\u00e8res du \u00ab\u00a0Kamerun\u00a0\u00bb depuis le trait\u00e9 germano-douala de 1884. Bien que cet argument soit discutable, il faut retenir que le mouvement anglophone est n\u00e9 de la frustration d\u2019\u00eatre peu associ\u00e9 au partage des richesses nationales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si au d\u00e9part, la mobilisation collective avait un but corporatiste et visait l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie et de travail des avocat-e-s et des enseignant-e-s, elle a connu une radicalisation sous l\u2019impulsion de Julius Sissiku Ayuk Tabe, pr\u00e9sident autoproclam\u00e9 de la partie Nord-Ouest et Sud-Ouest. Son arrestation, avec quelques-uns de ses partisans, n\u2019a pas, jusqu\u2019ici, mis fin aux affrontements guerriers dans ces r\u00e9gions. Le mouvement anglophone v\u00e9hicule \u00e9galement un ordre social diff\u00e9renci\u00e9 qui rend compte des dynamiques de diff\u00e9rences conflictuelles pr\u00e9sentes au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9actions \u00e9tatiques, radicalisation s\u00e9cessionniste et impasse au Cameroun<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s les revendications des gr\u00e9vistes et syndicalistes anglophones, le gouvernement a entam\u00e9, \u00e0 travers deux comit\u00e9s <em>ad hoc<\/em>, un dialogue \u00ab\u00a0r\u00e9publicain\u00a0\u00bb avec les gr\u00e9vistes, notamment les enseignant-e-s du sous-syst\u00e8me \u00e9ducatif anglophone et les avocat-e-s. \u00c0 certaines de leurs demandes \u00ab\u00a0r\u00e9publicaines\u00a0\u00bb, des r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es: la cr\u00e9ation d\u2019institutions de dialogue comme la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme[footnote]D\u00e9cret n\u00b02017\/013 du 23 janvier 2017 portant cr\u00e9ation de la Commission Nationale pour la promotion du bilinguisme et du Multiculturalisme.[\/footnote], le red\u00e9ploiement des enseignant-e-s francophones, l\u2019affectation des enseignant-e-s anglophones dans les deux r\u00e9gions en crise, les affectations dans la magistrature, le recrutement de 1000 enseignant-e-s bilingues (<em>Le Jour <\/em>no 2353, 2017, p.\u00a02-3), l\u2019ouverture d\u2019une section <em>Common Law<\/em> \u00e0 l\u2019\u00c9cole Nationale d\u2019Administration et de Magistrature (ENAM), la traduction des termes du droit OHADA en anglais, le r\u00e9am\u00e9nagement du gouvernement le vendredi 02 mars 2018, avec comme corolaire la nomination des anglophones dans les minist\u00e8res cl\u00e9s, notamment Paul Atanga Nji \u00e0 l\u2019Administration Territoriale, Pauline Nalova Lyonga Egbe aux enseignements secondaires, etc. Si les forces sociales ont une marque importante dans l\u2019ordonnancement des actions et mobilisations collectives, cette r\u00e9ussite n\u2019est pas le cas dans le rang des forces politiques. Ces mesures ont conduit \u00e0 la fragmentation du camp anglophone et donc \u00e0 la r\u00e9duction de l\u2019autonomie des diff\u00e9rents acteurs de la crise dans les deux r\u00e9gions. C\u2019est pour ceux qui semblent avoir obtenu gain de cause n\u2019ont plus trouv\u00e9 des raisons n\u00e9cessaires pour continuer cette mobilisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, ces solutions n\u2019ont pas v\u00e9ritablement att\u00e9nu\u00e9 les parties prenantes. Elles ont aussi conduit \u00e0 une <em>d\u00e9sectorisation de l\u2019espace social<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un <em>d\u00e9senclavement de l\u2019espace de confrontation<\/em> \u00ab\u00a0des ar\u00e8nes ou lieux de comp\u00e9tition propres aux divers secteurs, lorsque ces derniers sont affect\u00e9s par des mobilisations multisectorielles\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a0127). \u00c0 titre d\u2019illustration, l\u2019on peut \u00e9voquer le transfert et le jugement des citoyens anglophones arr\u00eat\u00e9s apr\u00e8s les exactions \u00e0 Yaound\u00e9. Ce qui a eu des effets sur strat\u00e9gies d\u2019action collective de la partie anglophone, sur le rel\u00e2chement des liens socioculturels et politiques (il s\u2019agit ici de la masse et de sa capacit\u00e9 d\u2019action ou d\u2019effervescence) et sur de la diminution de l\u2019<em>auto-r\u00e9f\u00e9rence<\/em> (Luhmann, 1990). Mais le dialogue \u00ab\u00a0r\u00e9publicain\u00a0\u00bb r\u00e9sistait aux revendications du Consortium sur la forme de l\u2019\u00c9tat. Et d\u2019ailleurs, la persistance de l\u2019id\u00e9e d\u2019une indivisibilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et d\u2019un refus du retour au f\u00e9d\u00e9ralisme a engendr\u00e9 \u00ab\u00a0la mont\u00e9e dans l\u2019\u00e9chelle de la violence ou l\u2019aggravation de l\u2019intensit\u00e9 du conflit\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a0125).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La radicalisation de la crise anglophone a induit un recours aux moyens et aux ressources disproportionn\u00e9s. Les anglophones se sont donc retrouv\u00e9-e-s dans une \u00ab\u00a0prise de parole en silence\u00a0\u00bb (<em>Le Jour, <\/em>2353, p.\u00a03) o\u00f9 il est impossible de discuter de la forme de l\u2019\u00c9tat, car \u00ab\u00a0le Cameroun est un et indivisible et le restera\u00a0\u00bb selon son pr\u00e9sident (Paul Biya, 2016). Le refus du gouvernement d\u2019\u00e9couter \u00ab\u00a0le cri de l\u2019homme anglophone\u00a0\u00bb (Ela, 1980) a entra\u00een\u00e9 la radicalisation des \u00ab\u00a0Ambazoniens\u00a0\u00bb. Dans la m\u00eame lanc\u00e9e, le r\u00e9gime a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019interdiction des manifestations publiques dans les deux r\u00e9gions en situation de crise; il a ensuite interrompu la connexion internet pour d\u00e9connecter les citoyen-ne-s de cette partie du territoire de l\u2019ensemble du monde parce que le d\u00e9roulement de cette crise \u00e9tait mis en ligne via les r\u00e9seaux sociaux en temps r\u00e9el. L\u2019on peut aussi \u00e9voquer l\u2019arrestation de Mancho Georges Tse, pr\u00e9sident du consortium de la soci\u00e9t\u00e9 civile anglophone, et certains de ses camarades. Cela a donc entra\u00een\u00e9 une \u00ab\u00a0psychose sociale\u00a0\u00bb initi\u00e9e et renforc\u00e9e par des \u00ab\u00a0transactions collusives\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a0112).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La crise anglophone devient une ar\u00e8ne syst\u00e9mique o\u00f9 le gouvernement, par ses instruments et ses appareils, au sens gramscien du terme, cherche \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre, l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et l\u2019indivisibilit\u00e9 de la nation; alors que de l\u2019autre, c\u2019est plut\u00f4t le retour \u00e0 un sentiment colonial <em>primordialiste<\/em>, dit anglophonie et donc de restauration de l\u2019\u00bb\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb. M\u00eame s\u2019il peut \u00eatre conc\u00e9d\u00e9 que \u00ab\u00a0les arrestations dans la r\u00e9gion anglophone [soient] abusives et arbitraires\u00a0\u00bb (<em>La Nouvelle Expression N<\/em>o 4400, 2017, p.\u00a08), il faudrait reconna\u00eetre que la radicalisation des mouvements s\u00e9cessionnistes a entra\u00een\u00e9 les prises d\u2019otage des autorit\u00e9s administratives et sectorielles, la mise \u00e0 mal de l\u2019ambassade du Cameroun au Canada, la guerre ouverte contre les forces de l\u2019ordre, etc.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La crise anglophone participe d\u2019une incertitude structurelle qui est li\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat de la construction sociale et politique accroch\u00e9e aux legs coloniaux. Si certains citoyen-ne-s ont du mal \u00e0 se retrouver dans le sentiment national, c\u2019est qu\u2019ils se sentent de moins en moins int\u00e9gr\u00e9s dans un milieu qui prend marginalement en compte leurs habitus. L\u2019anglophonie est une poudri\u00e8re qui se renouvelle sans cesse id\u00e9ologiquement et saisit les conjonctures pour s\u2019exprimer et se faire valoir. Le probl\u00e8me est r\u00e9el et il s\u2019agit de r\u00e9organiser les institutions de mani\u00e8re \u00e0 ce que tou(te)s les citoyen-ne-s se sentent de plus en plus pris-e-s en compte dans l\u2019itin\u00e9raire de leur destin commun. En adoptant la d\u00e9centralisation \u00e0 l\u2019issue des turbulences et tremblements sociopolitiques au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 90, certains y ont fond\u00e9 un grand espoir. Mais, elle rec\u00e8le encore des difficult\u00e9s quant \u00e0 sa mise en \u0153uvre. La p\u00e9dagogie d\u00e9centralisatrice peut \u00eatre salvatrice des mobilisations multisectorielles actuelles parce qu\u2019elle est \u00e0 m\u00eame de les absorber; \u00e0 condition qu\u2019elle soit mise au service des citoyen-ne-s et non au service de l\u2019\u00e9lite qui a longtemps tenu \u00e0 distance le peuple. Et ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0 que la d\u00e9centralisation peut se d\u00e9cliner comme une chance de \u00ab\u00a0recommencement sociopolitique\u00a0\u00bb au Cameroun (Motaze, 2016). La dynamique de la soci\u00e9t\u00e9 politique camerounaise est en train d\u2019op\u00e9rer une logique de routinisation qui fait qu\u2019\u00e0 chaque crise, l\u2019\u00c9tat cherche des strat\u00e9gies nouvelles de d\u00e9samor\u00e7age des crispations. Il s\u2019agit, pour ainsi dire, de la continuit\u00e9 et du devenir et de la restauration (Allal et Vannetzel, 2017) de l\u2019ordre politique Camerounais.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abwa, Daniel. 2015. <em>Ni anglophones, ni francophones au Cameroun: tous des Camerounais!!: Essai d\u2019analyse historique en hommage au Pr M. Z. NJEUMA<\/em>. Yaound\u00e9: Le Kilimandjaro.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Allal, Amin et Vannetzel, Marc. 2017. Des lendemains qui d\u00e9chantent? Pour une sociologie des moments de restauration. <em>Politique africaine<\/em>, <em>146<\/em>, 5-28.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biya, Paul. 2015. <em>Discours du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019occasion de la visite de son homologue Fran\u00e7ois Hollande le 03 juillet 2015<\/em>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biya, Paul. 2016. <em>Discours du pr\u00e9sident Paul Biya \u00e0 la Nation le 31 d\u00e9cembre 2016<\/em>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">D\u00e9cret n\u00b0 2017\/013 du 23 janvier 2017 portant cr\u00e9ation de la Commission Nationale pour la promotion du bilinguisme et du Multiculturalisme.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dobry, Michel. 2009. <em>Sociologie des crises politiques<\/em> (3e \u00e9dition revue et argument\u00e9e). Paris: Presses de Sciences p\u00f4.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eboko, Fred et Awondo, Patrick.\u00a02018.\u00a0Introduction au th\u00e8me: L\u2019\u00c9tat Stationnaire. Entre chaos et Renaissance. <em>Politique Africaine<\/em>, <em>150<\/em>, 5-27.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ela, Jean-Marc. 1980. <em>Le Cri de l\u2019homme Africain<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Jeune Afrique<\/em> n\u00b0 3029 du 27 au 02 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Konings, Piet\u00a0et Beng Nyamnjoh, Francis. 1997. The Anglophone Problem in Cameroon. <em>The Journal of Modern African Studies<\/em>, <em>35<\/em> (2), 207-229.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La nouvelle Expression<\/em> no 4400 du vendredi 20 janvier 2017.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Le Jour<\/em> no 2353 du lundi 16 janvier 2017.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Luhmann, Niklas. 1990. <em>Essai sur l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence<\/em>. New York: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Colombia.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Machikou, Nadine. 2018. Utopie et dystopie ambazoniennes: Dieu, les dieux et la crise anglophone au Cameroun. <em>Politique Africaine<\/em>, <em>150<\/em>, 115-138.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Motaze Akam. 2016. <em>Le Social contre le politique en Afrique noire. Soci\u00e9t\u00e9s civiles et voies nouvelles<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Mutations<\/em> no 4022 du jeudi 12 novembre 2015.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pigeaud, Fanny. 2011. <em>Au Cameroun de Paul Biya<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le paysage politique et institutionnel au Cameroun depuis la d\u00e9colonisation conna\u00eet des vagues successives de crises qui placent cet \u00c9tat dans une incertitude structurelle. Cette incertitude est aussi politique et d\u00e9voile alors un appel d\u2019une autre forme d\u2019\u00c9tat par les s\u00e9cessionnistes et un v\u0153u de participation \u00e0 la gestion des affaires au niveau supr\u00eame, r\u00e9gional et communal. Ces contestations de la forme de l\u2019\u00c9tat unitaire se sont mat\u00e9rialis\u00e9es par la r\u00e9surgence de la question anglophone. Ce texte \u00e9voque les logiques des mouvements sociaux et de l\u2019\u00c9tat dans la gestion de la crise anglophone. En d\u2019autres termes, comment l\u2019incertitude du lendemain et de la gestion de l\u2019\u00c9tat a-t-elle engendr\u00e9 des ruptures et des revendications sociales et politiques au Cameroun? L\u2019objectif de cet article est d\u2019analyser les strat\u00e9gies de mobilisation des acteurs de la crise anglophone tels que les pouvoirs publics, la communaut\u00e9 internationale et les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de d\u00e9crire et d\u2019analyser les m\u00e9canismes de mobilisation des ressources. Pour appr\u00e9hender cette r\u00e9alit\u00e9, l\u2019article recourt \u00e0 la th\u00e9orie des mobilisations multisectorielles pour d\u00e9crypter les ruptures, les continuit\u00e9s, les inflexions et les trajectoires des luttes qui structurent la sc\u00e8ne sociopolitique au Cameroun. Il s\u2019appuie sur l\u2019exploitation des archives documentaires et de la presse locale pour retracer l\u2019incertitude structurelle ayant engendr\u00e9 la crise.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/crise-anglophone\/\">Crise anglophone<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/incertitude-structurelle\/\">Incertitude structurelle<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/mobilisations-multisectorielles\/\">Mobilisations multisectorielles<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/radicalisation\/\">Radicalisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/secessionnisme\/\">S\u00e9cessionnisme<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The political and institutional landscape in Cameroon since decolonization has experienced successive waves of crises that place this state in structural uncertainty. This uncertainty is also political and thus reveals an appeal of another form of state by secessionists and a wish for participation in the management of affairs at supreme, regional and communal levels. These contestations over the form of a unitary state, even decentralized at present, have materialized in the resurgence of the English-speaking question. This text evokes the logic of social movements and the state in the management of the anglophone crisis. In other words, how did the uncertainty of the future and the management of the state cause social and political breakdowns and demands in Cameroon? The objective of this article is to analyze the mobilization strategies of actors of the Anglophone crisis such as the public authorities, the International Community and Civil Society Organizations. It is precisely a question of describing and analyzing the mechanisms of mobilization of resources combined by the actors of the crisis. The apprehension of such a reality uses the theory of multi-sectoral mobilizations to decipher the breaks, continuities, inflections and trajectories of the struggles that structure the socio-political scene in Cameroon. This reflection is based on the use of documentary archives and the local press to trace the structural uncertainty that led to the crisis.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/anglophone-crisis\/\">Anglophone crisis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/multisectoral-mobilizations\/\">Multisectoral mobilizations<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/radicalization\/\">Radicalization<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/secessionistism\/\">Secessionistism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/structural-uncertainty\/\">Structural uncertainty<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>14 mai 2018<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>4 octobre 2019<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>9 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Note de recherche<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout processus de mobilisation multisectorielle, quelle qu\u2019en soit la forme et quels qu\u2019en soient les acteurs particuliers, para\u00eet avoir pour effet d\u2019affecter, dans ses \u00ab\u00a0structures\u00a0\u00bb m\u00eames, l\u2019organisation routini\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 (Dobry, 2009, p.\u00a0125).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le paysage politique et institutionnel au Cameroun depuis la d\u00e9colonisation conna\u00eet des vagues successives de crises qui placent cet \u00c9tat dans une incertitude structurelle. L\u2019id\u00e9e d\u2019incertitude structurelle renvoie ici \u00e0 cette dynamique contestataire des institutions politiques au Cameroun depuis les mouvements de la d\u00e9colonisation \u00e0 l\u2019unification des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s en passant par la r\u00e9unification des deux Camerouns en 1961. Cette incertitude est aussi politique<a class=\"footnote\" title=\"Il existe une th\u00e8se qui souligne que la crise anglophone cache un v\u0153u des anglophones de participer plus \u00e0 la gestion de l\u2019\u00c9tat \u00e0 certains potes cl\u00e9s de la r\u00e9publique. Sauf que, ce qui bute, c\u2019est que l\u2019accession \u00e0 la fonction pr\u00e9sidentielle se fait par voie d\u2019\u00e9lection d\u00e9mocratiquement organis\u00e9e. En plus, le r\u00e9gime de dauphinat qui a eu cours lors de la transmission du pouvoir pr\u00e9sidentiel entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya n\u2019existe plus dans le registre de la transmission du pouvoir au Cameroun. Cette logique de passation du pouvoir peut avoir cependant eu comme un effet de soubassement aux crises actuelles, au point que certains consid\u00e8rent que la l\u00e9gitimit\u00e9 du pr\u00e9sident Paul Biya soit historique et non d\u00e9mocratique. Mais, \u00e0 l\u2019issue des scores engrang\u00e9s \u00e0 chaque \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale depuis 1992 jusqu\u2019aux derni\u00e8res \u00e9lections de 2018, cet argument peut \u00eatre battu en br\u00e8che.\" id=\"return-footnote-202-1\" href=\"#footnote-202-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> et d\u00e9voile alors un appel d\u2019une autre forme d\u2019\u00c9tat par les s\u00e9cessionnistes et un v\u0153u de participation \u00e0 la gestion des affaires au niveau supr\u00eame, r\u00e9gional et communal. Cela justifie par ailleurs les appels synchronis\u00e9s \u00e0 la d\u00e9centralisation et la r\u00e9surgence de la question anglophone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, \u00ab\u00a0reconstituer les chemins de la question anglophone au Cameroun requerrait de retracer l\u2019histoire de la d\u00e9colonisation des deux territoires anciennement sous tutelles fran\u00e7aise et britannique, puis celle de la recentralisation de l\u2019\u00c9tat camerounais\u00a0\u00bb (Machikou, 2018, p.\u00a0119). Le fait colonial a induit au fractionnement du Cameroun. D\u2019abord h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une colonisation allemande \u00e0 travers le trait\u00e9 germano-douala, le Cameroun adopte ensuite les traditions coloniales anglaise et fran\u00e7aise apr\u00e8s la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne durant la Premi\u00e8re Guerre Mondiale. Malgr\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun Oriental en 1960, puis du Cameroun Occidental en octobre 1961, la r\u00e9unification des deux entit\u00e9s \u00e9tatiques \u00e0 cette date et l\u2019unification le 20 mai 1972 ne vont pas estomper les diff\u00e9rences qui se renforceront avec les syst\u00e8mes d\u2019administration directe et indirecte. Ces diff\u00e9rences se cristallisent dans la redistribution du pouvoir et l\u2019acc\u00e8s aux ressources \u00ab\u00a0d\u00e9veloppementistes\u00a0\u00bb. C\u2019est suite \u00e0 cette difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00c9tat, engendrant des \u00ab\u00a0frustrations\u00a0\u00bb, que la partie anglophone va poindre \u00e0 l\u2019horizon vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 2016: c\u2019est l\u2019\u00e9clatement d\u2019une crise corporatiste qui s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e avec l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne des s\u00e9cessionnistes (Machikou, 2018, p.\u00a0119-122). Ces dynamiques mobilisationnistes rappellent quotidiennement le caract\u00e8re incertain et, en m\u00eame temps, stationnaire de l\u2019\u00c9tat (Eboko et Awondo, 2018, p.\u00a05-27).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent article \u00e9voque les logiques des mouvements sociaux et de l\u2019\u00c9tat camerounais dans la gestion de la crise anglophone. En d\u2019autres termes, comment l\u2019incertitude du lendemain et de la gestion de l\u2019\u00c9tat a engendr\u00e9 des ruptures et des revendications sociales et politiques au Cameroun? L\u2019objectif de cette r\u00e9flexion est d\u2019analyser les strat\u00e9gies de mobilisation des acteurs de la crise anglophone tels que les pouvoirs publics, la communaut\u00e9 internationale et les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment de d\u00e9crire et d\u2019analyser les m\u00e9canismes de mobilisation des ressources conjugu\u00e9s par les acteurs de la crise. Pour appr\u00e9hender cette r\u00e9alit\u00e9, l\u2019article recourt \u00e0 la th\u00e9orie des mobilisations multisectorielles pour d\u00e9crypter les ruptures, les continuit\u00e9s, les inflexions et les trajectoires des luttes qui structurent la sc\u00e8ne sociopolitique au Cameroun. Il s\u2019appuie sur l\u2019exploitation des archives documentaires et de la presse locale pour retracer l\u2019incertitude structurelle ayant engendr\u00e9 la crise.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Incertitude structurelle et r\u00e9surgence de la question anglophone au Cameroun<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Quelques pr\u00e9misses peuvent \u00eatre retenues ici comme des \u00e9l\u00e9ments favorables \u00e0 la crise anglophone. En effet, avant d\u2019en arriver l\u00e0, il faut rappeler que l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb, depuis le d\u00e9but du probl\u00e8me anglophone (Konings et Nyamnjoh, 1997, p.\u00a0207-229), ne s\u2019est jamais estomp\u00e9e, malgr\u00e9 le passage \u00e0 l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral en 1961 (Abwa, 2015). Pour Daniel Abwa, le Cameroun est une mosa\u00efque de peuples divis\u00e9s par la g\u00e9ographie et l\u2019histoire. La construction de l\u2019anglophonie s\u2019est faite sous le couvert de la colonisation qui a accouch\u00e9 de deux Camerouns comme il a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9. Mais ce parcours est illustratif de l\u2019ant\u00e9c\u00e9dent du nationalisme camerounais qui a mal n\u00e9goci\u00e9 la r\u00e9partition du pouvoir entre les deux blocs d\u00e8s 1961. C\u2019est ce qui a provoqu\u00e9 une r\u00e9surgence des crispations identitaires \u00e0 caract\u00e8re s\u00e9cessionniste qui vont s\u2019exprimer par l\u2019entremise des mouvements associatifs, notamment le <em>Southern Cameroons National Council<\/em> (SCNC) et le Consortium de la soci\u00e9t\u00e9 civile anglophone. Pour parler du probl\u00e8me anglophone, il faudrait \u2013 selon Daniel Abwa qui ne reconna\u00eet pas l\u2019existence de l\u2019anglophonie ni de la francophonie, seulement de la camerounophonie \u2013 distinguer 03 postulats de cette doctrine: il existe un camp francophone et un camp anglophone; les anglophones souffrent d\u2019une marginalisation par les francophones consid\u00e9r\u00e9s comme des sous-citoyen-ne-s; et l\u2019exigence d\u2019un retour \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration, synonyme de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00bb\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb. Pour cet auteur, la logique anglophone se refuse de reconna\u00eetre que l\u2019histoire du Cameroun ne saurait se limiter en 1916 et opte plut\u00f4t pour la victimisation anglophone et le rejet des tentatives d\u2019int\u00e9gration nationale. Ces attitudes permettent de saisir les enjeux de la question anglophone qui, de toute \u00e9vidence, vise la r\u00e9habilitation des anciens briscards anglophones et la qu\u00eate d\u2019un strapontin pour un retour au f\u00e9d\u00e9ralisme. Cela va continuer en 1985 avec l\u2019appel \u00e0 la s\u00e9cession par l\u2019avocat Gorji Dinka, ensuite avec la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me <em>All Anglophone Conference<\/em> en 1993-1994, puis avec la fondation en 1995 de la fondation du <em>Southern Cameroons People\u2019s Conference<\/em> (SCPC) et la <em>Southern Cameroon\u2019s Youth League<\/em> (SCYL). En 1999, c\u2019est la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Ambazonie (Pigeaud, 2011). En 2013, est cr\u00e9\u00e9 l\u2019<em>Ambazonia Governing Council<\/em>. C\u2019est en 2017, \u00e0 l\u2019issue des mobilisations s\u00e9cessionnistes que la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Ambazonie est proclam\u00e9e (<em>Jeune Afrique <\/em>no 3029, 2019; p.\u00a035-40).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans ce registre que se situe la veine des revendications de la fin de l\u2019ann\u00e9e 2016 dans les deux r\u00e9gions anglophones. Ces revendications d\u00e9noncent tout d\u2019abord une volont\u00e9 de maintien au pouvoir du pr\u00e9sident Paul Biya relay\u00e9 par les motions de soutien et de d\u00e9f\u00e9rence. \u00c0 titre d\u2019illustration, on citera le cas des \u00ab\u00a0appels du peuple\u00a0\u00bb des militants et militantes du RDPC<a class=\"footnote\" title=\"Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais.\" id=\"return-footnote-202-2\" href=\"#footnote-202-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> envoy\u00e9s au cabinet civil de la Pr\u00e9sidence: \u00ab\u00a0Pr\u00e9sidentielles 2018: Le cabinet civil en pr\u00e9-campagne<em>\u00a0<\/em>\u00bb, ainsi titrait le journal <em>Mutations <\/em>no 4022 de 2015 (p.\u00a03). \u00c0 ce moment, l\u2019environnement politique est jouxt\u00e9 par la contextualisation des mobilisations multisectorielles. Ensuite, le ballet des soutiens politiques va s\u2019encha\u00eener chez le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale Cavaye Y\u00e9gui\u00e9 Djibril avec le Mayo-Sava le 13 novembre 2015, puis le grand Sud le 08 janvier 2016, etc. \u00c0 ces appels du peuple, Paul y r\u00e9pondra ainsi qu\u2019il suit: \u00ab\u00a0Les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles camerounaises de 2018 sont certaines mais encore lointaines. Nous avons le temps de r\u00e9fl\u00e9chir et le moment venu, les Camerounais, les amis fran\u00e7ais et tout le monde sauront si je suis candidat ou si je prends ma retraite\u00a0\u00bb (Paul Biya, 2015). Cette d\u00e9claration a sans doute plac\u00e9 l\u2019opinion publique dans une dynamique sp\u00e9culation. Ainsi, le d\u00e9part de Paul Biya, pr\u00e9sident du RDPC, aurait pu contribuer \u00e0 mettre \u00e0 nu les grands requins de ce parti politique. Et dans ce cas, il \u00e9tait opportun et prudent de forcer la main du prince afin qu\u2019il brigue un autre mandat \u00e0 l\u2019effet de \u00ab\u00a0demeurer\u00a0d\u00e9mocratiquement\u00a0\u00bb au pouvoir. Ces agitations ont aussi stimul\u00e9 la partie anglophone qui s\u2019est r\u00e9solue \u00e0 croire que c\u2019est l\u2019acc\u00e8s au pouvoir qui pourrait r\u00e9soudre le probl\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s signal\u00e9es par les mouvements politiques anglophones.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 ces appels allant dans le sens de p\u00e9renniser la logique de <em>Biya For ever, <\/em>le camp anglophone va mobiliser les ressources divergentes au rang desquelles figurent les mobilisations de 2016. Ces mobilisations visent la ma\u00eetrise de \u00ab\u00a0la \u2018\u2018structure du contr\u00f4le\u2019\u2019 des ressources, c\u2019est-\u00e0-dire celle qui affecte le \u2018\u2018mod\u00e8le\u2019\u2019 de la r\u00e9partition de ce contr\u00f4le entre les divers types \u2013 hi\u00e9rarchis\u00e9s \u2013 d\u2019unit\u00e9s sociales\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a04). De ce fait, le mouvement anglophone vient renouveler et rafra\u00eechir la doctrine \u00e9voqu\u00e9e par Daniel ABWA. Or, ce postulat ne passe v\u00e9ritablement pas dans les rangs du gouvernement qui estime que la forme de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas une question \u00e0 l\u2019ordre du jour. Face \u00e0 ces deux postures \u00ab\u00a0oppos\u00e9es\u00a0\u00bb, le mouvement social contestataire de la forme de l\u2019\u00c9tat va recourir \u00e0 des moyens moins institutionnels. Il s\u2019agit de la radicalisation de la contestation \u00e0 travers l\u2019entr\u00e9e dans le maquis de ceux et celles qu\u2019il convient d\u2019appeler \u00ab\u00a0les s\u00e9cessionnistes\u00a0\u00bb. Ainsi, les affrontements guerriers entre les forces arm\u00e9es camerounaises et les s\u00e9cessionnistes vont causer des pertes en vies humaines. En novembre 2018, l\u2019Organisation des nations unies d\u00e9nombrait 437\u00a0500 d\u00e9plac\u00e9-e-s dans les deux r\u00e9gions du Nord-Ouest et d Sud-Ouest et 30\u00a0000 Camerounais-e-s r\u00e9fugi\u00e9-e-s au Nig\u00e9ria (<em>Jeune Afrique<\/em> n\u00b0 3029 du 27 au 02 f\u00e9vrier 2019).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le sillage de cette crise, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019un dialogue de sourds pour signifier que le pouvoir en place v\u00e9hicule une seule id\u00e9ologie, celle de l\u2019indivisibilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat qui est non n\u00e9gociable. Or, dans le camp des \u00ab\u00a0Ambazoniens\u00a0\u00bb, il s\u2019agit essentiellement de retourner aux limites coloniales fran\u00e7aises et britanniques<a class=\"footnote\" title=\"Toutefois, une autre th\u00e8se relativise la posture ambazonienne, car elle laisse \u00e0 penser que l\u2019ordonnancement des mobilisations s\u00e9cessionnistes est un stratag\u00e8me pour parvenir \u00e0 diviser le Cameroun. De cette th\u00e8se qu\u2019est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019un agenda cach\u00e9.\" id=\"return-footnote-202-3\" href=\"#footnote-202-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>. \u00c0 ce niveau, l\u2019on peut prendre du recul et consid\u00e9rer que le retour aux limites coloniales ne saurait commencer avec les Anglais et les Fran\u00e7ais. Ce qui astreint \u00e0 retourner aux fronti\u00e8res du \u00ab\u00a0Kamerun\u00a0\u00bb depuis le trait\u00e9 germano-douala de 1884. Bien que cet argument soit discutable, il faut retenir que le mouvement anglophone est n\u00e9 de la frustration d\u2019\u00eatre peu associ\u00e9 au partage des richesses nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si au d\u00e9part, la mobilisation collective avait un but corporatiste et visait l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie et de travail des avocat-e-s et des enseignant-e-s, elle a connu une radicalisation sous l\u2019impulsion de Julius Sissiku Ayuk Tabe, pr\u00e9sident autoproclam\u00e9 de la partie Nord-Ouest et Sud-Ouest. Son arrestation, avec quelques-uns de ses partisans, n\u2019a pas, jusqu\u2019ici, mis fin aux affrontements guerriers dans ces r\u00e9gions. Le mouvement anglophone v\u00e9hicule \u00e9galement un ordre social diff\u00e9renci\u00e9 qui rend compte des dynamiques de diff\u00e9rences conflictuelles pr\u00e9sentes au Cameroun.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9actions \u00e9tatiques, radicalisation s\u00e9cessionniste et impasse au Cameroun<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s les revendications des gr\u00e9vistes et syndicalistes anglophones, le gouvernement a entam\u00e9, \u00e0 travers deux comit\u00e9s <em>ad hoc<\/em>, un dialogue \u00ab\u00a0r\u00e9publicain\u00a0\u00bb avec les gr\u00e9vistes, notamment les enseignant-e-s du sous-syst\u00e8me \u00e9ducatif anglophone et les avocat-e-s. \u00c0 certaines de leurs demandes \u00ab\u00a0r\u00e9publicaines\u00a0\u00bb, des r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es: la cr\u00e9ation d\u2019institutions de dialogue comme la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme<a class=\"footnote\" title=\"D\u00e9cret n\u00b02017\/013 du 23 janvier 2017 portant cr\u00e9ation de la Commission Nationale pour la promotion du bilinguisme et du Multiculturalisme.\" id=\"return-footnote-202-4\" href=\"#footnote-202-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>, le red\u00e9ploiement des enseignant-e-s francophones, l\u2019affectation des enseignant-e-s anglophones dans les deux r\u00e9gions en crise, les affectations dans la magistrature, le recrutement de 1000 enseignant-e-s bilingues (<em>Le Jour <\/em>no 2353, 2017, p.\u00a02-3), l\u2019ouverture d\u2019une section <em>Common Law<\/em> \u00e0 l\u2019\u00c9cole Nationale d\u2019Administration et de Magistrature (ENAM), la traduction des termes du droit OHADA en anglais, le r\u00e9am\u00e9nagement du gouvernement le vendredi 02 mars 2018, avec comme corolaire la nomination des anglophones dans les minist\u00e8res cl\u00e9s, notamment Paul Atanga Nji \u00e0 l\u2019Administration Territoriale, Pauline Nalova Lyonga Egbe aux enseignements secondaires, etc. Si les forces sociales ont une marque importante dans l\u2019ordonnancement des actions et mobilisations collectives, cette r\u00e9ussite n\u2019est pas le cas dans le rang des forces politiques. Ces mesures ont conduit \u00e0 la fragmentation du camp anglophone et donc \u00e0 la r\u00e9duction de l\u2019autonomie des diff\u00e9rents acteurs de la crise dans les deux r\u00e9gions. C\u2019est pour ceux qui semblent avoir obtenu gain de cause n\u2019ont plus trouv\u00e9 des raisons n\u00e9cessaires pour continuer cette mobilisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, ces solutions n\u2019ont pas v\u00e9ritablement att\u00e9nu\u00e9 les parties prenantes. Elles ont aussi conduit \u00e0 une <em>d\u00e9sectorisation de l\u2019espace social<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un <em>d\u00e9senclavement de l\u2019espace de confrontation<\/em> \u00ab\u00a0des ar\u00e8nes ou lieux de comp\u00e9tition propres aux divers secteurs, lorsque ces derniers sont affect\u00e9s par des mobilisations multisectorielles\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a0127). \u00c0 titre d\u2019illustration, l\u2019on peut \u00e9voquer le transfert et le jugement des citoyens anglophones arr\u00eat\u00e9s apr\u00e8s les exactions \u00e0 Yaound\u00e9. Ce qui a eu des effets sur strat\u00e9gies d\u2019action collective de la partie anglophone, sur le rel\u00e2chement des liens socioculturels et politiques (il s\u2019agit ici de la masse et de sa capacit\u00e9 d\u2019action ou d\u2019effervescence) et sur de la diminution de l\u2019<em>auto-r\u00e9f\u00e9rence<\/em> (Luhmann, 1990). Mais le dialogue \u00ab\u00a0r\u00e9publicain\u00a0\u00bb r\u00e9sistait aux revendications du Consortium sur la forme de l\u2019\u00c9tat. Et d\u2019ailleurs, la persistance de l\u2019id\u00e9e d\u2019une indivisibilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et d\u2019un refus du retour au f\u00e9d\u00e9ralisme a engendr\u00e9 \u00ab\u00a0la mont\u00e9e dans l\u2019\u00e9chelle de la violence ou l\u2019aggravation de l\u2019intensit\u00e9 du conflit\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a0125).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La radicalisation de la crise anglophone a induit un recours aux moyens et aux ressources disproportionn\u00e9s. Les anglophones se sont donc retrouv\u00e9-e-s dans une \u00ab\u00a0prise de parole en silence\u00a0\u00bb (<em>Le Jour, <\/em>2353, p.\u00a03) o\u00f9 il est impossible de discuter de la forme de l\u2019\u00c9tat, car \u00ab\u00a0le Cameroun est un et indivisible et le restera\u00a0\u00bb selon son pr\u00e9sident (Paul Biya, 2016). Le refus du gouvernement d\u2019\u00e9couter \u00ab\u00a0le cri de l\u2019homme anglophone\u00a0\u00bb (Ela, 1980) a entra\u00een\u00e9 la radicalisation des \u00ab\u00a0Ambazoniens\u00a0\u00bb. Dans la m\u00eame lanc\u00e9e, le r\u00e9gime a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019interdiction des manifestations publiques dans les deux r\u00e9gions en situation de crise; il a ensuite interrompu la connexion internet pour d\u00e9connecter les citoyen-ne-s de cette partie du territoire de l\u2019ensemble du monde parce que le d\u00e9roulement de cette crise \u00e9tait mis en ligne via les r\u00e9seaux sociaux en temps r\u00e9el. L\u2019on peut aussi \u00e9voquer l\u2019arrestation de Mancho Georges Tse, pr\u00e9sident du consortium de la soci\u00e9t\u00e9 civile anglophone, et certains de ses camarades. Cela a donc entra\u00een\u00e9 une \u00ab\u00a0psychose sociale\u00a0\u00bb initi\u00e9e et renforc\u00e9e par des \u00ab\u00a0transactions collusives\u00a0\u00bb (Dobry, 2009, p.\u00a0112).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La crise anglophone devient une ar\u00e8ne syst\u00e9mique o\u00f9 le gouvernement, par ses instruments et ses appareils, au sens gramscien du terme, cherche \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019ordre, l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et l\u2019indivisibilit\u00e9 de la nation; alors que de l\u2019autre, c\u2019est plut\u00f4t le retour \u00e0 un sentiment colonial <em>primordialiste<\/em>, dit anglophonie et donc de restauration de l\u2019\u00bb\u00a0Ambazonie\u00a0\u00bb. M\u00eame s\u2019il peut \u00eatre conc\u00e9d\u00e9 que \u00ab\u00a0les arrestations dans la r\u00e9gion anglophone [soient] abusives et arbitraires\u00a0\u00bb (<em>La Nouvelle Expression N<\/em>o 4400, 2017, p.\u00a08), il faudrait reconna\u00eetre que la radicalisation des mouvements s\u00e9cessionnistes a entra\u00een\u00e9 les prises d\u2019otage des autorit\u00e9s administratives et sectorielles, la mise \u00e0 mal de l\u2019ambassade du Cameroun au Canada, la guerre ouverte contre les forces de l\u2019ordre, etc.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La crise anglophone participe d\u2019une incertitude structurelle qui est li\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat de la construction sociale et politique accroch\u00e9e aux legs coloniaux. Si certains citoyen-ne-s ont du mal \u00e0 se retrouver dans le sentiment national, c\u2019est qu\u2019ils se sentent de moins en moins int\u00e9gr\u00e9s dans un milieu qui prend marginalement en compte leurs habitus. L\u2019anglophonie est une poudri\u00e8re qui se renouvelle sans cesse id\u00e9ologiquement et saisit les conjonctures pour s\u2019exprimer et se faire valoir. Le probl\u00e8me est r\u00e9el et il s\u2019agit de r\u00e9organiser les institutions de mani\u00e8re \u00e0 ce que tou(te)s les citoyen-ne-s se sentent de plus en plus pris-e-s en compte dans l\u2019itin\u00e9raire de leur destin commun. En adoptant la d\u00e9centralisation \u00e0 l\u2019issue des turbulences et tremblements sociopolitiques au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 90, certains y ont fond\u00e9 un grand espoir. Mais, elle rec\u00e8le encore des difficult\u00e9s quant \u00e0 sa mise en \u0153uvre. La p\u00e9dagogie d\u00e9centralisatrice peut \u00eatre salvatrice des mobilisations multisectorielles actuelles parce qu\u2019elle est \u00e0 m\u00eame de les absorber; \u00e0 condition qu\u2019elle soit mise au service des citoyen-ne-s et non au service de l\u2019\u00e9lite qui a longtemps tenu \u00e0 distance le peuple. Et ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de l\u00e0 que la d\u00e9centralisation peut se d\u00e9cliner comme une chance de \u00ab\u00a0recommencement sociopolitique\u00a0\u00bb au Cameroun (Motaze, 2016). La dynamique de la soci\u00e9t\u00e9 politique camerounaise est en train d\u2019op\u00e9rer une logique de routinisation qui fait qu\u2019\u00e0 chaque crise, l\u2019\u00c9tat cherche des strat\u00e9gies nouvelles de d\u00e9samor\u00e7age des crispations. Il s\u2019agit, pour ainsi dire, de la continuit\u00e9 et du devenir et de la restauration (Allal et Vannetzel, 2017) de l\u2019ordre politique Camerounais.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abwa, Daniel. 2015. <em>Ni anglophones, ni francophones au Cameroun: tous des Camerounais!!: Essai d\u2019analyse historique en hommage au Pr M. Z. NJEUMA<\/em>. Yaound\u00e9: Le Kilimandjaro.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Allal, Amin et Vannetzel, Marc. 2017. Des lendemains qui d\u00e9chantent? Pour une sociologie des moments de restauration. <em>Politique africaine<\/em>, <em>146<\/em>, 5-28.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biya, Paul. 2015. <em>Discours du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019occasion de la visite de son homologue Fran\u00e7ois Hollande le 03 juillet 2015<\/em>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biya, Paul. 2016. <em>Discours du pr\u00e9sident Paul Biya \u00e0 la Nation le 31 d\u00e9cembre 2016<\/em>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">D\u00e9cret n\u00b0 2017\/013 du 23 janvier 2017 portant cr\u00e9ation de la Commission Nationale pour la promotion du bilinguisme et du Multiculturalisme.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dobry, Michel. 2009. <em>Sociologie des crises politiques<\/em> (3e \u00e9dition revue et argument\u00e9e). Paris: Presses de Sciences p\u00f4.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eboko, Fred et Awondo, Patrick.\u00a02018.\u00a0Introduction au th\u00e8me: L\u2019\u00c9tat Stationnaire. Entre chaos et Renaissance. <em>Politique Africaine<\/em>, <em>150<\/em>, 5-27.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ela, Jean-Marc. 1980. <em>Le Cri de l\u2019homme Africain<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Jeune Afrique<\/em> n\u00b0 3029 du 27 au 02 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Konings, Piet\u00a0et Beng Nyamnjoh, Francis. 1997. The Anglophone Problem in Cameroon. <em>The Journal of Modern African Studies<\/em>, <em>35<\/em> (2), 207-229.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La nouvelle Expression<\/em> no 4400 du vendredi 20 janvier 2017.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Le Jour<\/em> no 2353 du lundi 16 janvier 2017.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Luhmann, Niklas. 1990. <em>Essai sur l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence<\/em>. New York: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Colombia.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Machikou, Nadine. 2018. Utopie et dystopie ambazoniennes: Dieu, les dieux et la crise anglophone au Cameroun. <em>Politique Africaine<\/em>, <em>150<\/em>, 115-138.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Motaze Akam. 2016. <em>Le Social contre le politique en Afrique noire. Soci\u00e9t\u00e9s civiles et voies nouvelles<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Mutations<\/em> no 4022 du jeudi 12 novembre 2015.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pigeaud, Fanny. 2011. <em>Au Cameroun de Paul Biya<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/jose-donadoni-manga-kalniga\">Jos\u00e9 Donadoni MANGA KALNIGA<\/a><\/strong><br \/>Jos\u00e9 Donadoni MANGA KALNIGA est titulaire d\u2019un doctorat\/Ph.D en sociologie. Charg\u00e9 de recherche et chef de D\u00e9partement des \u00c9tudes sociales du Centre national d\u2019\u00e9ducation au Cameroun, il travaille sur les questions de d\u00e9centralisation, d\u2019ethnicit\u00e9, de genre, de religion et de service public local. Il coordonne actuellement le Groupe d\u2019Experts interdisciplinaires de Recherche Strat\u00e9gique sur les Afriques (GERSAfriques).<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/bayie-kamanda-anyi-mukep-massa\">Bayie KAMANDA ANYI MUKEP MASSA<\/a><\/strong><br \/>Bayie KAMANDA ANYI MUKEP MASSA est attach\u00e9e de recherche au Centre national d\u2019\u00e9ducation (Cameroun), notamment au D\u00e9partement des \u00e9tudes sociales. Elle est \u00e9galement membre du Groupe d\u2019Experts interdisciplinaires de Recherche Strat\u00e9gique sur les Afriques (GERSAfriques).<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-202-1\">Il existe une th\u00e8se qui souligne que la crise anglophone cache un v\u0153u des anglophones de participer plus \u00e0 la gestion de l\u2019\u00c9tat \u00e0 certains potes cl\u00e9s de la r\u00e9publique. Sauf que, ce qui bute, c\u2019est que l\u2019accession \u00e0 la fonction pr\u00e9sidentielle se fait par voie d\u2019\u00e9lection d\u00e9mocratiquement organis\u00e9e. En plus, le r\u00e9gime de dauphinat qui a eu cours lors de la transmission du pouvoir pr\u00e9sidentiel entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya n\u2019existe plus dans le registre de la transmission du pouvoir au Cameroun. Cette logique de passation du pouvoir peut avoir cependant eu comme un effet de soubassement aux crises actuelles, au point que certains consid\u00e8rent que la l\u00e9gitimit\u00e9 du pr\u00e9sident Paul Biya soit historique et non d\u00e9mocratique. Mais, \u00e0 l\u2019issue des scores engrang\u00e9s \u00e0 chaque \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale depuis 1992 jusqu\u2019aux derni\u00e8res \u00e9lections de 2018, cet argument peut \u00eatre battu en br\u00e8che. <a href=\"#return-footnote-202-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-202-2\">Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais. <a href=\"#return-footnote-202-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-202-3\">Toutefois, une autre th\u00e8se relativise la posture <em>ambazonienne<\/em>, car elle laisse \u00e0 penser que l\u2019ordonnancement des mobilisations s\u00e9cessionnistes est un stratag\u00e8me pour parvenir \u00e0 diviser le Cameroun. De cette th\u00e8se qu\u2019est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019un agenda cach\u00e9. <a href=\"#return-footnote-202-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-202-4\">D\u00e9cret n\u00b02017\/013 du 23 janvier 2017 portant cr\u00e9ation de la Commission Nationale pour la promotion du bilinguisme et du Multiculturalisme. <a href=\"#return-footnote-202-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":18,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["jose-donadoni-manga-kalniga","bayie-kamanda-anyi-mukep-massa"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[174,173],"license":[],"class_list":["post-202","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-crise-anglophone","motscles-incertitude-structurelle","motscles-mobilisations-multisectorielles","motscles-radicalisation","motscles-secessionnisme","keywords-anglophone-crisis","keywords-multisectoral-mobilizations","keywords-radicalization","keywords-secessionistism","keywords-structural-uncertainty","contributor-bayie-kamanda-anyi-mukep-massa","contributor-jose-donadoni-manga-kalniga"],"part":156,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/202","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/202\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":759,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/202\/revisions\/759"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/156"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/202\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=202"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=202"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}