{"id":228,"date":"2019-10-14T19:21:18","date_gmt":"2019-10-14T13:21:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=228"},"modified":"2022-05-30T11:45:13","modified_gmt":"2022-05-30T09:45:13","slug":"mahini_et_sakinatou2019","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/mahini_et_sakinatou2019\/","title":{"rendered":"Quand la violence se d\u00e9cha\u00eene dans les s\u00e9ances d\u2019assembl\u00e9e: essai sur la d\u00e9-sportisation des enceintes parlementaires au Cameroun"},"content":{"raw":"<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le parlement, <em>lieu du politique<\/em>, si\u00e8ge d\u2019ob\u00e9diences politiques divergentes et foyer du d\u00e9bat contradictoire est une entr\u00e9e l\u00e9gitimement indiqu\u00e9e pour l\u2019observation des \u00e9pisodes de violence dans les pratiques politiques. Au Cameroun, cette institution a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l\u2019irruption de la violence dans son enceinte lors de la session l\u00e9gislative de novembre 2017. La politique du partisan (Schmitt, 1992) semble de retour dans l\u2019ar\u00e8ne parlementaire camerounaise o\u00f9 pr\u00e9valaient jusque-l\u00e0 des interrelations polic\u00e9es et des \u00e9changes de plus en plus civilis\u00e9s. La preuve, \u00ab pour la premi\u00e8re fois, depuis plusieurs ann\u00e9es, le tapis de l\u2019h\u00e9micycle a \u00e9t\u00e9 entach\u00e9 de sang \u00bb (<em>La Nouvelle Expression<\/em>, 2017a, p. 6). \u00ab C\u2019est l\u2019une des rares fois o\u00f9 le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale fait valider la loi sur le budget au forceps sans cr\u00e9er de d\u00e9bats \u00bb, affirme le journaliste Souley Onohiolo dont le d\u00e9but du propos r\u00e9sume fort opportun\u00e9ment cette situation tr\u00e8s peu routini\u00e8re dans l\u2019histoire des pratiques parlementaires au Cameroun. Il interpelait alors la d\u00e9put\u00e9e Tomaino Ndam Njoya dans l\u2019\u00e9mission \u00ab L\u2019ar\u00e8ne \u00bb du 17 d\u00e9cembre 2017 sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9e Canal 2 international:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">J\u2019avoue tr\u00e8s sinc\u00e8rement que vous avez commenc\u00e9 cette derni\u00e8re session de la l\u00e9gislature pas comme les autres en vous insultant, en vous engueulant, en vous chosifiant, en vous offensant, en dansant et en chantant et plus tard en vous lan\u00e7ant des chevalets et en vous blessant\u2026 (Souley Onohiolo, 2017).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">D\u2019ailleurs, nombre d\u2019\u00e9v\u00e8nements tristes et d\u00e9plorables ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s. D\u2019abord, le boycott de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture de la session par les d\u00e9put\u00e9s du Social Democratic Front (SDF); ensuite, l\u2019incendie ayant ravag\u00e9 une partie des installations de l\u2019Assembl\u00e9e nationale; puis le drame du d\u00e9c\u00e8s du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019institution intervenu \u00e0 la veille de la cl\u00f4ture de la session; et enfin, ce qui fait l\u2019objet de la pr\u00e9sente contribution, les sc\u00e8nes de tension sur fond de violences qui ont \u00e9maill\u00e9 plusieurs pl\u00e9ni\u00e8res au cours de ladite session.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, l\u2019ordre parlementaire fut menac\u00e9, perturb\u00e9, \u00e9branl\u00e9. Produit d\u2019une r\u00e8glementation de plus en plus rigide et rigoureuse, cet ordre renvoie \u00e0 la codification et l\u2019uniformisation des pratiques politiques parlementaires. Autrement dit, il se ram\u00e8ne \u00e0 la \u00ab civilisation des m\u0153urs \u00bb (\u00c9lias, 2002) politiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des h\u00e9micycles et \u00e0 la ma\u00eetrise du spectacle de la violence. Cette derni\u00e8re quant \u00e0 elle est diversement appr\u00e9hend\u00e9e. La violence parlementaire est per\u00e7ue comme une m\u00e9daille \u00e0 deux faces, physique et symbolique. Celle symbolique s\u2019exprime g\u00e9n\u00e9ralement en terme de violence verbale. Prise sous cet angle de la rh\u00e9torique, la violence rev\u00eat un caract\u00e8re scatologique en se drapant du manteau de l\u2019insulte par exemple. L\u2019insulte n\u2019est pas \u00e0 proprement parler exclusive au vocabulaire parlementaire. C\u2019est ce que Thomas Bouchet (2010) donne \u00e0 comprendre dans l\u2019intitul\u00e9 de son livre <em>Noms d\u2019oiseaux, l\u2019insulte en politique de la Restauration \u00e0 nos jours <\/em>\u00e0 partir duquel le constat qui suit est fait: \u00ab si l\u2019insulte est \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019abord une attaque \u00e0 la morale, \u00e0 la vertu patriotique, \u00e0 l\u2019honneur de celui qui en est la cible, \u00e9changer les noms d\u2019oiseaux peut se conclure par la mort, puisqu\u2019apr\u00e8s l\u2019insulte vient le duel devenu plus rare au XXe si\u00e8cle \u00bb (Ana\u00efs Klen, 2019, en ligne). Par contre, la violence physique implique pratiquement un conflit ouvert aboutissant parfois au corps \u00e0 corps, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 des situations de rixes. Dans les enceintes parlementaires, cette forme de violence trouve ses pr\u00e9misses et se nourrit des \u00e9l\u00e9ments de la violence symbolique. La pr\u00e9sente contribution pense alors la violence en termes de rupture de l\u2019ordre et davantage comme tout acte consid\u00e9r\u00e9 comme tel, prohib\u00e9 et r\u00e9prim\u00e9 par le dispositif r\u00e8glementaire des assembl\u00e9es.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Partant du cas camerounais, l\u2019on note qu\u2019entre escalades de tension, d\u00e9rives discursives, jets de projectile, bruitage et obstruction, la violence semble lib\u00e9r\u00e9e. Les pl\u00e9ni\u00e8res du 23 novembre, du 29 novembre et du 8 d\u00e9cembre 2017 ont \u00e9t\u00e9 les lieux par excellence d\u2019observation d\u2019un moment de \u00ab d\u00e9-sportisation \u00bb[footnote]Par d\u00e9-sportisation, il faut entendre le recours (et\/ou le retour) \u00e0 des pratiques ou d\u2019actes de violence dans les rapports sociopolitiques. Ce terme doit \u00eatre saisi \u00e0 l\u2019aune de la sociologie \u00e9liasienne (\u00c9lias et Dunning,1994) de la \u00ab civilisation des m\u0153urs politiques \u00bb comme synonymique aux notions de \u00ab d\u00e9-pacification \u00bb et de \u00ab d\u00e9-civilisation \u00bb. Car, pour \u00c9lias, le sport, n\u00e9 d\u2019une \u00ab sportisation \u00bb des passe-temps, abolit le recours \u00e0 la violence, pr\u00f4nant ainsi le partage d\u2019un id\u00e9al de comp\u00e9tition pacifique port\u00e9 par les \u00e9lites anglaises et plac\u00e9 au c\u0153ur du parlementarisme. Voir Vincent <em>et al.<\/em> (2010).[\/footnote] des s\u00e9ances d\u2019assembl\u00e9e \u00e0 travers des sc\u00e8nes de \u00ab\u00a0gu\u00e9rilla parlementaire\u00a0\u00bb (Shukan, 2010). Les troubles en s\u00e9ances d\u2019assembl\u00e9e parlementaire ne sont certes pas une singularit\u00e9 camerounaise. L\u2019histoire parlementaire du Canada garde en souvenir la session de 1849 perturb\u00e9e par des \u00e9meutes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019incendie criminel du parlement \u00e0 Montr\u00e9al (Gallichan, 2008). En France, l\u2019on comprend la fr\u00e9quence des formes de violence en milieu parlementaire \u00e0 travers l\u2019examen compar\u00e9 que dressent Bouchet et Vigreux (2010) des sessions l\u00e9gislatives depuis la IIe jusqu\u2019\u00e0 la VIe R\u00e9publique. Il en est de m\u00eame \u00e0 Westminster (Rozenberg, 2010) en Grande Bretagne, au Congr\u00e8s am\u00e9ricain (Beaussier, 2010) ou encore \u00e0 la Rada Supr\u00eame d\u2019Ukraine (Shukan, 2010) o\u00f9 des actes de violence sont manifestes dans la pratique parlementaire. Cependant, comment comprendre le regain de violence dans les h\u00e9micycles parlementaires camerounais dans un contexte de civilit\u00e9s et de rapports ou d\u2019activit\u00e9s politiques davantage pacifi\u00e9es?<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019examen, les \u00e9pisodes d\u2019escalades de violence lors de la session budg\u00e9taire de novembre 2017 au parlement camerounais constituent des man\u0153uvres strat\u00e9giques d\u2019affirmation de l\u2019opposition parlementaire en rupture avec l\u2019ordre parlementaire \u00e9tabli et jusque-l\u00e0 observ\u00e9. Ces comportements ne r\u00e9v\u00e8lent pas moins les pulsions d\u2019autoritarisme dans ces hauts lieux de la d\u00e9lib\u00e9ration. D\u00e8s lors, il n\u2019est logiquement pas question de faire l\u2019histoire de la violence dans le palais de la repr\u00e9sentation nationale depuis son institutionnalisation, mais de circonscrire la r\u00e9flexion autour de l\u2019\u00e9mergence de comportements violents lors de la tenue des d\u00e9bats parlementaires.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Pour ce faire, l\u2019interactionnisme pris dans son double versant strat\u00e9gique et symbolique concourt \u00e0 une microsociologie des interrelations \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du d\u00e9sordre et des incivilit\u00e9s dans l\u2019espace parlementaire camerounais. Si le versant strat\u00e9gique induit une sociologie de l\u2019action \u2013 singuli\u00e8rement dans la perspective des rapports de pouvoir qui se jouent dans un \u00ab\u00a0syst\u00e8me d\u2019action concret\u00a0\u00bb (Crozier et Friedberg, 1977, p.\u00a025) au sein de l\u2019organisation parlementaire \u2013, notamment en terme de capacit\u00e9s in\u00e9gales d\u2019influence entre les repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes formations politiques, la variante symbolique de l\u2019interactionnisme interpr\u00e8te le recours \u00e0 la violence par les parlementaires de certains partis politiques de l\u2019opposition (SDF et UDC[footnote]Union d\u00e9mocratique du Cameroun, parti politique de l\u2019opposition repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.[\/footnote] dans le cas d\u2019esp\u00e8ce) comme un comportement significativement orient\u00e9 vers la majorit\u00e9 parlementaire (Durand et Weil, 1990, p.\u00a0172) et le gouvernement de la R\u00e9publique. L\u2019observation <em>in situ<\/em> et les entretiens semi-directifs men\u00e9s lors de nos participations \u00e0 des s\u00e9ances de d\u00e9bats en pl\u00e9ni\u00e8res[footnote]Notamment pendant de la session budg\u00e9taire de novembre 2017.[\/footnote] ont permis de d\u00e9crire le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements de violence et de comprendre par la m\u00eame occasion le sens que les d\u00e9put\u00e9-e-s eux-m\u00eames\/elles-m\u00eames donnent \u00e0 ces rixes. Par ailleurs, l\u2019analyse des documents (litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, articles de presse, enregistrements vid\u00e9os, etc.) a permis de poser les lin\u00e9aments du recours des minorit\u00e9s parlementaires \u2013 qui ploient sous le poids quasi tortionnaire de la \u00ab\u00a0majorit\u00e9 ob\u00e8se\u00a0\u00bb[footnote]Terme qui, selon Mba Talla (2018, p. 3), d\u00e9signe la majorit\u00e9 \u00e9crasante des parlementaires du RDPC \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale comme au s\u00e9nat.[\/footnote] (Mba Talla, 2018, p.\u00a03) du parti au pouvoir \u2013 aux modes d\u2019expression contestataires. Elle a \u00e9galement servi \u00e0 rendre compte des effets quasi corrosifs de ces affrontements sur l\u2019ordre d\u00e9mocratique parlementaire tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit la consubstantialit\u00e9 de la violence dans les h\u00e9micycles parlementaires.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cela \u00e9tant, deux principaux moments structurent notre argumentation. Le premier projette la violence dans les h\u00e9micycles comme un d\u00e9sordre strat\u00e9gique des minorit\u00e9s politiques de l\u2019opposition contre le mus\u00e8lement, la marginalisation et la domestication politique. Le second dresse une fresque du recul de la d\u00e9mocratie parlementaire au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h2>La violence dans les h\u00e9micycles: entre d\u00e9sordre et strat\u00e9gie<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les conduites violentes qui ont perturb\u00e9 et presque paralys\u00e9 les s\u00e9ances de d\u00e9lib\u00e9ration dans les h\u00e9micycles parlementaires en novembre 2017 se per\u00e7oivent sous l\u2019angle du d\u00e9sordre et de la strat\u00e9gie des acteurs et actrices politiques.<\/p>\r\n\r\n<h3>Le d\u00e9sordre\u00a0parlementaire: de l\u2019inobservation des r\u00e8gles de conduite parlementaire \u00e0 des sc\u00e8nes de gu\u00e9rilla parlementaire<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019ordre parlementaire qui a jusqu\u2019ici pr\u00e9valu dans les pratiques parlementaires au Cameroun conna\u00eet une rupture sous la neuvi\u00e8me l\u00e9gislature de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. La violation des codes de conduite en la mati\u00e8re a ouvert la voie \u00e0 de v\u00e9ritables sc\u00e8nes de gu\u00e9rilla parlementaire.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, la discipline, que ce soit au \u00ab\u00a0palais de verres\u00a0\u00bb[footnote]C\u2019est le nom donn\u00e9 au si\u00e8ge de l\u2019Assembl\u00e9e nationale du Cameroun.[\/footnote] de Ngoa-Ek\u00e9ll\u00e9 ou \u00e0 l\u2019h\u00e9micycle du s\u00e9nat log\u00e9 au palais des congr\u00e8s de Yaound\u00e9, est r\u00e9gie par le r\u00e8glement int\u00e9rieur de chaque assembl\u00e9e parlementaire. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces documents dont les termes structurent les proc\u00e9dures et comportements parlementaires et donc, l\u2019ordre parlementaire, les conduites des \u00e9lus du SDF et de l\u2019UDC \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale et celui du s\u00e9nateur du Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (RDPC) dans la chambre haute, lors de la session budg\u00e9taire de novembre 2017, sont des incivilit\u00e9s d\u00fbment proscrites par les codes parlementaires en vigueur. Les comportements en marge de ces prescriptions impliquent sans doute des sanctions. D\u2019autant qu\u2019il ressort aux termes des dispositions 113-2, 113-5, 114-2, 3, 4, 5, 6 du r\u00e8glement int\u00e9rieur du S\u00e9nat et celles 31, 38, 43, 50, 97 \u00e0 99 du r\u00e8glement int\u00e9rieur de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, une batterie de sentences gradu\u00e9es en fonction de la faute. Le r\u00e9gime des sanctions va du simple rappel \u00e0 l\u2019ordre jusqu\u2019\u00e0 la censure avec exclusion temporaire pouvant entra\u00eener des privations d\u2019indemnit\u00e9 en passant par le rappel \u00e0 l\u2019ordre avec inscription simple au proc\u00e8s-verbal et inscription au proc\u00e8s-verbal avec censure pour tout parlementaire ou groupe de parlementaires qui poserait des actes de nature \u00e0 perturber, \u00e0 troubler ou \u00e0 paralyser le bon d\u00e9roulement des d\u00e9bats et d\u00e9lib\u00e9rations. Dans cet ordre d\u2019id\u00e9es, les d\u00e9rives discursives[footnote]On notera les altercations et joutes verbales entre les s\u00e9nateurs Obam Assam du RDPC et Jean Tsomelou du SDF o\u00f9 le second accuse le premier de \u00ab\u00a0propos g\u00e9nocidaires\u00a0\u00bb en s\u00e9ance du mardi 5 d\u00e9cembre au palais des congr\u00e8s (<em>La Nouvelle Expression (b)<\/em>, 2017, p. 7).[\/footnote], les jets de projectile[footnote]Les chevalets lanc\u00e9s par l\u2019honorable Tomaino Ndam Njoya.[\/footnote], le bruitage et l\u2019obstruction, les affrontements et les chahuts, les chants et les danses, les sifflets et l\u2019usage de vuvuzelas[footnote]Employ\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s SDF au cours des s\u00e9ances du 23 et 29 novembre et celle du 8 d\u00e9cembre 2017.[\/footnote] sont des inconduites au regard des instruments de prohibition de la violence physique et discursive institu\u00e9s dans le fonctionnement des assembl\u00e9es camerounaises.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les mesures pr\u00e9ventives contre la violence \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u2019ont pourtant pas emp\u00each\u00e9 que cet h\u00e9micycle soit transform\u00e9 en un th\u00e9\u00e2tre de gu\u00e9rilla pendant la session de novembre 2017. C\u2019est du moins ce que laisse transpara\u00eetre l\u2019effort d\u2019analyse chronologique des faits et la description des \u00e9v\u00e8nements des s\u00e9ances du 23 et 29 novembre et celle du 8 d\u00e9cembre 2017. Il s\u2019agit de sc\u00e8nes de\u00a0chahut et d\u2019affrontements (Cavaye, 2017, p.\u00a014) conduites par les d\u00e9put\u00e9-e-s de l\u2019opposition (SDF et UDC) contre ceux\/celles de la majorit\u00e9 dont la logique est manifestement l\u2019exercice serein du travail parlementaire. La strat\u00e9gie d\u2019obstruction par des s\u00e9quences de d\u00e9sordre \u00e0 l\u2019\u0153uvre semble savamment pr\u00e9par\u00e9e. Le nom de code de l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait \u00ab\u00a0Blocus\u00a0\u00bb. L\u2019objectif qui lui fut assign\u00e9 est celui que nous qualifions, \u00e0 l\u2019analyse, de deux \u00ab\u00a0Z\u00a0\u00bb: \u00ab\u00a0Z\u00e9ro d\u00e9lib\u00e9ration, Z\u00e9ro pl\u00e9ni\u00e8re\u00a0\u00bb. La revendication clairement formul\u00e9e et assum\u00e9e par les entrepreneurs et entrepreneuses de violence de circonstance est qu\u2019ils exigeaient \u00ab\u00a0avant toute chose, l\u2019ouverture d\u2019un dialogue inclusif sur la crise anglophone\u00a0\u00bb (<em>Le Messager<\/em>, 2017, p.\u00a07).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019op\u00e9rationnalisation de cette strat\u00e9gie commence d\u00e8s l\u2019entame de session avec le refus des parlementaires du parti leader de l\u2019opposition (SDF) de rallier l\u2019h\u00e9micycle de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et du S\u00e9nat pour la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture des travaux de la session budg\u00e9taire. C\u2019est une op\u00e9ration de blocage pour une \u00ab cause juste \u00bb \u00e0 en croire le d\u00e9put\u00e9 Nintcheu qui, le jour du d\u00e9clenchement de ces man\u0153uvres pendant la pl\u00e9ni\u00e8re d\u2019adoption du projet de loi portant loi de r\u00e8glement de la R\u00e9publique en date du 23 novembre 2017, arborait \u00ab sous sa veste un t-shirt imprim\u00e9 de l\u2019effigie de Che Guevara, figure embl\u00e9matique des luttes r\u00e9volutionnaires \u00bb (<em>Le Jour<\/em>, 2017, p.\u00a04) et des gu\u00e9rillas cubaines. L\u2019honorable Banadzem, pr\u00e9sident du groupe parlementaire SDF, semblait \u00eatre le commandant en chef de l\u2019op\u00e9ration. La preuve en est que c\u2019est lui qui a lanc\u00e9 les hostilit\u00e9s en entamant des chants suivis des pas de danse[footnote]Notes d\u2019observation, pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.[\/footnote]. Le coup d\u2019envoi fut donn\u00e9 lors de sa prise de parole, juste apr\u00e8s la lecture du rapport de la commission des finances et du budget sur la loi de r\u00e8glement qu\u2019il cl\u00f4turait par la d\u00e9claration du blocage: \u00ab\u00a0le SDF ne laissera pas la s\u00e9ance se poursuivre\u00a0\u00bb (<em>Le Jour<\/em>, <em>ibid<\/em>.). Ce fut \u00e9galement le cas au cours de la s\u00e9ance du 8 d\u00e9cembre consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019adoption de la loi des finances 2018, o\u00f9 son passage \u00e0 la tribune pour une question apr\u00e8s la lecture du rapport des travaux en commission par le rapporteur g\u00e9n\u00e9ral, a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement suivi des sc\u00e8nes de manifestations: arm\u00e9s de vuvuzelas et de sifflets, les autres d\u00e9put\u00e9-e-s SDF prenant part \u00e0 cette pl\u00e9ni\u00e8re envahirent la tribune de l\u2019h\u00e9micycle. Un spectacle similaire pouvait aussi s\u2019observer au cours de la pl\u00e9ni\u00e8re du 29 novembre. Au fait, celle-ci a \u00e9t\u00e9 durablement perturb\u00e9e par des chants et des danses au rythme de coups de sifflet et de vuvuzela des d\u00e9put\u00e9-e-s SDF; lesquel(le)s ont brandi des feuilles et des tiges pendant que le premier ministre d\u00e9livrait son allocution sur le programme \u00e9conomique, social, financier et culturel du gouvernement pour l\u2019exercice 2018.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En outre, les jets de projectile (lancer des chevalets) de la d\u00e9put\u00e9e UDC, honorable Toma\u00efno Ndam Njoya, se sont sold\u00e9s par de graves cons\u00e9quences. Car, bless\u00e9 par l\u2019un de ces projectiles[footnote]Ce projectile est une sorte de balle perdue puisque l\u2019honorable d\u00e9put\u00e9e atteste qu\u2019elle lan\u00e7ait les chevalets plut\u00f4t en direction de la tribune.[\/footnote], le d\u00e9put\u00e9 RDPC Richard Wallang a voulu riposter contre sa coll\u00e8gue qui a pris un classeur avec l\u2019intention manifeste d\u2019ass\u00e9ner un coup \u00e0 son vis-\u00e0-vis (<em>La Nouvelle Expression<\/em>, 2017b, p. 6). Toute chose qui laisse interpr\u00e9ter ces comportements comme de man\u0153uvres strat\u00e9giques.<\/p>\r\n\r\n<h3>La strat\u00e9gie politique des oppositions parlementaires: le d\u00e9sordre strat\u00e9gique<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble des violences observ\u00e9es dans les enceintes parlementaires au cours de la session de novembre 2017 t\u00e9moigne, \u00e0 premi\u00e8re vue, de la r\u00e9surgence des modes d\u2019expression politique contestataires. Toutefois, il s\u2019agit moins d\u2019un retour de la violence dans les pratiques parlementaires, que d\u2019un recours \u00e0 la violence: la violence comme strat\u00e9gie. En fait, \u00ab l\u2019espace public parlementaire \u00bb (Heurtin, 1999) \u00e9tant un concentr\u00e9 de courants politiques divergents, contradictoires et, connaissant le poids sous lequel ploient les partis politiques de l\u2019opposition au sein du parlement camerounais, les actes de violence perp\u00e9tr\u00e9s rel\u00e8vent du registre des man\u0153uvres des acteurs et actrices politiques de l\u2019opposition. Ils rel\u00e8vent d\u2019un acte de communication adress\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 parlementaire \u00ab ob\u00e8se \u00bb (Mba Talla, <em>ibid<\/em>.) du RDPC et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif gouvernant ainsi qu\u2019au reste de la communaut\u00e9; principalement aux populations des r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en proie \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 rampante depuis plus de trois ans.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans le premier cas, la strat\u00e9gie consiste globalement \u00e0 r\u00e9sister contre \u00ab la rel\u00e9gation pratique et symbolique de l\u2019opposition parlementaire \u00bb (Machikou, 2009, p. 87). Pour le SDF, il s\u2019agit de se d\u00e9faire de la contention de la majorit\u00e9 pour avoir voix au chapitre de la prise de d\u00e9cision parlementaire, notamment, dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, de l\u2019inscription sur l\u2019agenda des d\u00e9bats parlementaires de la question de la crise anglophone. Corr\u00e9lativement, \u00ab nous voulons faire r\u00e9agir le chef de l\u2019\u00c9tat \u00bb confie l\u2019honorable Banadzem. Pour ce qui est de l\u2019UDC, c\u2019est une strat\u00e9gie de contestation de la mani\u00e8re dont la loi des finances a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. Le lancer de chevalet de l\u2019honorable Tomaino Ndam Njoya \u2013 qui a bless\u00e9 l\u2019un de ses coll\u00e8gues parlementaires \u2013 est un acte de d\u00e9sapprobation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la mani\u00e8re dont les d\u00e9bats ont \u00e9t\u00e9 conduits lors de cette s\u00e9ance. \u00c0 l\u2019analyse, il ne s\u2019agit que d\u2019un geste d\u2019une d\u00e9put\u00e9e d\u00e9pit\u00e9e de l\u2019indiff\u00e9rence du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale vis-\u00e0-vis de ses multiples sollicitations de parole. Car, \u00e9crit France (1922, p. 18), \u00ab il y a pire que l\u2019injure, c\u2019est le silence de l\u2019oubli ou de l\u2019indiff\u00e9rence \u00bb. Dans cette perspective, les actes de violence se posent comme une contestation de la domination (Baudot et Rozenberg, 2010, p. 16) de la majorit\u00e9 parlementaire qui semble dicter sa loi dans l\u2019animation des d\u00e9bats. Joshua Osih, interview\u00e9 \u00e0 la pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre, tient les propos ci-apr\u00e8s:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9senter une motion par rapport \u00e0 la situation critique du pays pour que l\u2019Assembl\u00e9e nationale puisse ajuster son r\u00e8glement int\u00e9rieur pour pouvoir prendre en compte ce que la communaut\u00e9 linguistique anglophone r\u00e9clame. Pour cesser d\u2019\u00eatre marginalis\u00e9e. Mais malheureusement, la majorit\u00e9 ob\u00e8se du RDPC a \u00e9cras\u00e9 la motion\u2026 (Osih, pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De l\u2019aveu du d\u00e9put\u00e9 SDF, l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019attirer l\u2019attention du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Face aux \u00ab silences pr\u00e9sidentiels \u00bb (Modzom, 2015) sur la crise qui gangr\u00e8ne les r\u00e9gions anglophones, l\u2019opposition parlementaire fait donc le choix d\u2019un d\u00e9sordre parlementaire. \u00c0 la r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9sordre strat\u00e9gique puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019interpeler le chef d\u2019\u00c9tat par le biais d\u2019un outrage chant\u00e9 en pidgin le 23 novembre au sein m\u00eame du parlement: \u00ab How many people Paul Biya go kill? \u00bb (Combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer?).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans le second cas, la strat\u00e9gie des parlementaires SDF serait de montrer \u00e0 son \u00e9lectorat traditionnel (les r\u00e9gions anglophones) qu\u2019ils et elles agissent pour leur cause et pour l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9bat et d\u2019un dialogue au parlement sur la crise qui les affecte. La litt\u00e9rature goffmanienne (1973) qualifie ce genre de comportements (d\u2019apparat) de \u00ab mise en sc\u00e8ne \u00bb. Chez Courtine (1990, p. 153), on parlera plut\u00f4t de \u00ab politique-spectacle \u00bb d\u2019autant plus qu\u2019au fond, il ne s\u2019agit ni plus ni moins que d\u2019une r\u00e9action (d\u2019\u00e9clat) des parlementaires SDF aux menaces prof\u00e9r\u00e9es par une frange de la population du Nord-Ouest et du Sud-Ouest \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certain-e-s d\u2019entre eux\/elles. \u00c0 titre d\u2019illustration, l\u2019on note l\u2019interpellation des d\u00e9put\u00e9s Tumazang, Banadzem et autres par des groupes de population de ces r\u00e9gions, leur demandant de boycotter la session de novembre 2017. Plus grave, il y a des parlementaires de ces m\u00eames r\u00e9gions en crise dont les maisons ont \u00e9t\u00e9 saccag\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est pour cela qu\u2019au niveau du parti (SDF), les parlementaires qui ne subissent pas cette pression ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9-e-s \u00e0 Yaound\u00e9 pour continuer le d\u00e9bat. On nous a demand\u00e9 de venir dans les deux chambres et de poser sur la table le probl\u00e8me de la crise anglophone, prioritairement (La Nouvelle Expression, 2017c, p. 5),<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">rapporte le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et pr\u00e9sident du groupe parlementaire SDF au S\u00e9nat, Jean Tsomelou. C\u2019est sans doute ce qui rench\u00e9rit la position du d\u00e9put\u00e9 RDPC Jean S. Ongola selon laquelle le SDF joue sa survie politique (<em>Mutations<\/em>, 2017, p. 9) \u2013 surtout \u00e0 l\u2019approche des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales; particuli\u00e8rement les l\u00e9gislatives[footnote]Initialement pr\u00e9vue pour 2018, le scrutin l\u00e9gislatif a \u00e9t\u00e9 report\u00e9 en 2019 conform\u00e9ment \u00e0 la loi n\u00b0 2018\/038 du 11 juillet 2018 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Puis en 2020, tel qu'indique l\u2019article 1er de la Loi n\u00b02019\/015 du 19 juillet 2019 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.[\/footnote]. Il faudrait entrevoir en ces actes, la peur d\u2019aboutir \u00e0 une crise de la repr\u00e9sentation politique dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Entendons par crise de la repr\u00e9sentation politique, le rejet des repr\u00e9sentants par les populations locales. Dans un contexte o\u00f9 les citoyens et citoyennes ont notamment pris conscience du caract\u00e8re factice de la repr\u00e9sentation politique, une \u00e9volution quasi syst\u00e9matique des pratiques de la d\u00e9mocratie parlementaire serait n\u00e9cessaire (Cohendet, 2004). Entre crise de la repr\u00e9sentation politique et affirmation de la minorit\u00e9, la place au dialogue dans les h\u00e9micycles reste infime. Le Grand Dialogue National convoqu\u00e9 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique s\u2019est finalement tenu du 30 septembre au 04 octobre 2019 loin des assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au demeurant, l\u2019adoption de modes contestataires d\u2019expression et d\u2019affirmation des repr\u00e9sentant-e-s de certains partis politiques de l\u2019opposition au parlement ne va pas sans questionner la d\u00e9mocratie parlementaire en construction.<\/p>\r\n\r\n<h2>La violence dans les h\u00e9micycles: une r\u00e9gression de la d\u00e9mocratie parlementaire?<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019usage de la violence au sein des assembl\u00e9es am\u00e8ne \u00e0 s\u2019interroger sur la place des principes et pratiques d\u00e9mocratiques dans le parlement camerounais. D\u00e8s lors, deux constats se d\u00e9gagent. Le premier, c\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019incontestable rupture de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 des d\u00e9bats\u00a0\u00bb (Baudot et Rozenberg, 2010, p.\u00a014) qui consacre une s\u00e9quence de crises de la d\u00e9mocratie parlementaire. Le second laisse plut\u00f4t penser que le parlement camerounais n\u2019avait jamais aussi bien port\u00e9 son nom avant cette session jonch\u00e9e de violence.<\/p>\r\n\r\n<h3>La fragilisation de la d\u00e9mocratie parlementaire: l\u2019incontestable rupture de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 des d\u00e9bats<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le parlement est le lieu de la repr\u00e9sentation nationale. Au Cameroun, il est la plupart du temps per\u00e7u comme une ar\u00e8ne pacifi\u00e9e, expurg\u00e9e de toute forme de violence. Cependant, depuis novembre 2017, il se trouve \u00eatre le th\u00e9\u00e2tre de comportements \u00ab\u00a0d\u00e9civilis\u00e9s\u00a0\u00bb. Le pluralisme qui caract\u00e9rise l\u2019Assembl\u00e9e nationale implique sans doute que des conflits puissent surgir en son sein. L\u2019\u00e9galit\u00e9 entre ses diff\u00e9rentes composantes politiques semble difficile \u00e0 \u00e9tablir. En fait, ce principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 suppose la proscription du recours \u00e0 la force physique lors des d\u00e9bats, le bannissement de l\u2019insulte et de l\u2019invective, etc. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui am\u00e8ne Baudot et Rozenberg (2010, p.\u00a06) \u00e0 penser que les parlements constituent un exemple achev\u00e9 de sportisation des m\u0153urs politiques. En cons\u00e9quence, la conflictualit\u00e9 des d\u00e9lib\u00e9rations et le surgissement de fa\u00e7on intempestive de la violence dans les h\u00e9micycles sont g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab\u00a0compris comme un signe d\u2019immaturit\u00e9 ou de recul d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb (Baudot et Rozenberg, <em>idem<\/em>). L\u2019usage de la force par l\u2019opposition parlementaire pour faire pr\u00e9valoir son point de vue participe de l\u2019effritement de l\u2019ordre parlementaire et, de surcro\u00eet, de la d\u00e9mocratie parlementaire en construction et en consolidation.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Selon un certain point de vue, le recours \u00e0 la violence \u00e9corne durablement l\u2019image des assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives camerounaises. La prolif\u00e9ration de telles pratiques concourt difficilement \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019une d\u00e9mocratie parlementaire forte de par son expression. Elle consacre plut\u00f4t son \u00e9vanescence lorsque les \u00e9lu-e-s de la majorit\u00e9 parlementaire pr\u00e9tendent que ceux\/celles de l\u2019opposition ont juridiquement tord par le simple fait qu\u2019ils\/elles sont politiquement minoritaires (Mutations, 2017, p. 9) au sein des assembl\u00e9es. Cette situation \u2013 qui tend \u00e0 r\u00e9duire au silence les partis politiques de l\u2019opposition repr\u00e9sent\u00e9s au parlement dans les d\u00e9bats de l\u2019h\u00e9micycle et \u00e0 minorer leur contribution dans la prise de d\u00e9cision parlementaire \u2013 est un traceur de l\u2019atmosph\u00e8re de contention dont parle Machikou (2009, p. 71-72) dans un espace parlementaire o\u00f9 semble se p\u00e9renniser un habitus autoritaire et o\u00f9 le \u00ab cadavre de l\u2019autoritarisme bouge encore \u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L'on assiste ainsi \u00e0 une crise des pratiques d\u00e9mocratiques dans l\u2019enceinte parlementaire, d\u2019autant plus que d\u00e9mocratie et affrontements physiques ne font pas bon m\u00e9nage. La d\u00e9mocratie \u00e9tant fond\u00e9e sur des valeurs de civilit\u00e9, de dialogue et de pacification des comportements politiques, elle ne saurait l\u00e9gitimer la violence ouverte qui, de tradition, prend une dimension symbolique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des h\u00e9micycles. Mais les vagues de parades et paroles outranci\u00e8res contenues dans les extraits de chants intelligemment ex\u00e9cut\u00e9s par les d\u00e9put\u00e9s du SDF s\u2019accommodent peu des hautes exigences de la culture d\u00e9mocratique en termes d\u2019euph\u00e9misation de la violence via des rapports davantage polic\u00e9s. Ce passage-refrain des chants entonn\u00e9s lors de la pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre conforte cette perspective d'analyse: \u00ab <em>How many people Paul Biya go kill? <\/em><em>How many people Paul Biya go kill? Oooh you go kill we tired, Ooooh you go kill we tired! Ooooh you go kill we tired, How many people Paul Biya go kill?\u00a0\u00bb.<\/em> La traduction laisse comprendre que \u00ab\u00a0Combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer? Combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer? Tu vas nous tuer jusqu\u2019\u00e0 t\u2019en lasser, tu vas nous tuer jusqu\u2019\u00e0 te fatiguer! Tu vas nous tuer jusqu\u2019\u00e0 te fatiguer, combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer?\u00a0\u00bb. La transcription, la lecture et l\u2019analyse de ce contenu corroborent la posture de Eschine qui jugeait tr\u00e8s peu commodes les comportements donnant \u00ab\u00a0au beau milieu de l\u2019Assembl\u00e9e une exhibition de lutte\u00a0\u00bb (Guislin, 1998, p.\u00a0697). Les assembl\u00e9es sont un lieu de civilit\u00e9s et de dialogue dans lequel la violence n\u2019a pas droit de cit\u00e9 pour la simple raison qu\u2019elle est l\u2019expression d\u2019une force brutale, nocive \u00e0 la stabilit\u00e9 des rapports humains (Guislin, <em>Ibid<\/em>.). Si sa pr\u00e9sence en milieu parlementaire reste incontournable, son usage doit de tout temps emprunter les sentiers de l\u2019euph\u00e9misation.<\/p>\r\n\r\n<h3>Labilit\u00e9 de la violence dans les pratiques politiques des h\u00e9micycles et rel\u00e2chement du spasme d\u2019autoritarisme du perchoir<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La violence parlementaire n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne exclusif aux assembl\u00e9es camerounaises. Au palais Bourbon en France (Dompnier, 2010), \u00e0 Westminster (Rozenberg, 2010) au Royaume Uni, au Congr\u00e8s am\u00e9ricain (Beaussier, 2010), comme \u00e0 la Rada Supr\u00eame d\u2019Ukraine (Shukan, 2010), etc., elle est observ\u00e9e sous diverses formes: insultes, hu\u00e9es, affrontements, chahuts, sifflets, claquements de pupitre, jets de document, etc. La violence est donc une r\u00e9alit\u00e9 politique labile dans les enceintes l\u00e9gislatives. Le charme de la qui\u00e9tude qui caract\u00e9rise ces espaces politiques ne devrait pas faire oublier ni ignorer la consubstantialit\u00e9 de celle-ci aux d\u00e9bats parlementaires. Les s\u00e9ances en commissions comme en pl\u00e9ni\u00e8res, au S\u00e9nat comme \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, ne sont pas \u00ab un havre paix \u00bb (Viktorovitch, 2010). Les d\u00e9lib\u00e9rations et d\u00e9cisions qui en d\u00e9coulent sont le produit de la conflictualit\u00e9 des \u00e9changes parlementaires. Cette perspective entend juste faire tomber le masque de (l\u2019apparente) qui\u00e9tude du parlement camerounais. Une qui\u00e9tude qui n\u2019a d\u2019\u00e9gale que son opacit\u00e9 l\u00e9gendaire.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En revanche, le parlement est le lieu par excellence de la parole contestataire l\u00e9gitime (Pommerolle, 2005, p.\u00a0136). Les \u00e9changes parlementaires sont par cons\u00e9quent empreints de violence, aussi symbolique soit-elle. Car, \u00e0 l\u2019origine du parlement, se trouve la parole. L\u2019esprit offensif et strat\u00e9gique de la parole conduit \u00e0 des joutes oratoires. La bataille est sonore autour des amendements. Elle se d\u00e9cline en tactiques d\u2019obstruction, claquements de pupitre des d\u00e9put\u00e9s, tirs de barrage, g\u00e9n\u00e9ralement contre le gouvernement, etc. D\u2019exclamations sporadiques en interruptions, conclut Vallet, \u00ab\u00a0le combat commence par des mots et finit par des bruits\u00a0\u00bb (1989, p.\u00a097-98).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La rudesse des d\u00e9lib\u00e9rations refl\u00e8te ainsi des d\u00e9saccords, des antagonismes ou des fractures qui font partie int\u00e9grante du d\u00e9bat d\u00e9mocratique. Ces oppositions traduisent les limites d\u2019une volont\u00e9 de consensus. Les parcours contrast\u00e9s des \u00e9lu-e-s semblent indiquer que la violence en milieu parlementaire ne doit \u00eatre ni n\u00e9glig\u00e9e (cela a souvent \u00e9t\u00e9 le cas dans le pass\u00e9) ni au contraire survaloris\u00e9e \u2013 cette tendance nous semble actuellement sensible \u2013 (Bouchet et Vigreux, 2010, p.\u00a034) puisqu\u2019on ne saurait parler de parlement sans envisager l\u2019analyse des jeux des acteurs et actrices politiques qui l\u2019animent. Ces parlementaires mettent en \u0153uvre des strat\u00e9gies multiples afin de canaliser la violence physique en usant de la symbolique des mots \u00e0 l\u2019instar de la pratique du parlementarisme de couloir qui pr\u00e9c\u00e8de les d\u00e9bats en pl\u00e9ni\u00e8re.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si le d\u00e9chainement des passions, des tensions et de la violence appara\u00eet in\u00e9vitable dans les \u00e9changes parlementaires, les \u00e9v\u00e8nements de novembre 2017 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale du Cameroun peuvent par ailleurs \u00eatre lus sous le prisme d\u2019une (r)\u00e9volution silencieuse dans les pratiques d\u2019assembl\u00e9es dans ce pays. On assiste \u00e0 un desserrement du carcan d\u2019autoritarisme qui gouverne encore les pratiques du parti majoritaire au parlement depuis environ trois d\u00e9cennies. Les civilit\u00e9s longtemps observ\u00e9es chez les membres du parlement sont \u00e0 en croire, Machikou (2019, p. 82), la r\u00e9sultante des processus de convention et de contention, mais surtout de domestication. Les troubles et tensions de la session budg\u00e9taire de l\u2019ann\u00e9e l\u00e9gislative 2017 r\u00e9v\u00e8lent une fois de plus que \u00ab le RDPC contr\u00f4le pratiquement tout \u00bb[footnote]C\u2019est ce que laisse entendre un employ\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e nationale interrog\u00e9 sur le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements \u00e0 la fin de la tumultueuse pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La militarisation des mani\u00e8res de faire la politique, au sein des rangs des parlementaires du RDPC, avec un pr\u00e9sident qui dirige l\u2019Assembl\u00e9e nationale d\u2019une main de fer depuis pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0, ne pouvait que justifier l\u2019exasp\u00e9ration d\u2019une minorit\u00e9 parlementaire d\u00e9sormais incapable de se faire entendre. Les actions entreprises par les parlementaires du SDF traduisent simplement la manifestation de ces frustrations et d\u2019un ras-le-bol contre le dirigisme parlementaire d\u2019une majorit\u00e9 qui impose son diktat en toute circonstance. Les attitudes en apparence passives du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et de son r\u00e9giment de d\u00e9put\u00e9-e-s face aux troubles du SDF t\u00e9moignent alors de la reconnaissance des premiers du droit des minorit\u00e9s) \u00e0 manifester leur d\u00e9sapprobation.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En outre, si les actes du SDF ont entra\u00een\u00e9 une perturbation durable de la session, aucun n\u2019a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9 en d\u00e9pit de la rigidit\u00e9 des dispositions 31, 38, 43, 50, 97 \u00e0 99 du r\u00e8glement int\u00e9rieur de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et de celles 113-2, 113-5, 114-2, 3, 4, 5, 6 du r\u00e8glement int\u00e9rieur du S\u00e9nat. Mieux encore, la gestion de ces \u00e9v\u00e8nements a \u00e9t\u00e9 ponctu\u00e9e de moments de d\u00e9rision de la part du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale lui-m\u00eame. L\u2019on en veut pour preuve la reprise par ce dernier du chant \u00ab Paul Biya, Paul Biya, le pays va mal \u00bb entonn\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s du SDF en ces termes \u00ab le pays va bien \u2026 c\u2019est le SDF qui va mal \u00bb pendant la pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre. Quoi qu\u2019il en soit, les \u00e9v\u00e8nements de novembre 2017 au parlement semblent sonner le glas d\u2019une opposition parlementaire qui se mure et se meure dans un silence complice, comme une victime du syndrome de <em>Stockholm<\/em>, d\u2019un parlement aux ordres de l\u2019Ex\u00e9cutif.<\/p>\r\n\r\n<h2>Conclusion<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9ruption de la violence dans les enceintes parlementaires camerounaises, appr\u00e9hend\u00e9e entre d\u00e9sordre et logique strat\u00e9gique oppositionnelle, a secou\u00e9 le corset r\u00e8glementaire sur lequel reposait jusque-l\u00e0 l\u2019ordre parlementaire. Elle d\u00e9note, par voie de cons\u00e9quence, le recul de la d\u00e9mocratie parlementaire m\u00eame si l\u2019on note un relatif desserrement de la t\u00e9nacit\u00e9 d\u2019un milieu d\u00e9lib\u00e9ratif \u00e0 d\u00e9mocratisation inachev\u00e9e. Si l\u2019absence de sanctions \u00e0 l\u2019endroit des auteurs et autrices des troubles sporadiques peut marquer l\u2019ouverture des pratiques du parlement \u00e0 des sc\u00e8nes outranci\u00e8res et quelque peu subversives, il n\u2019\u00e9chappe gu\u00e8re que ces tensions et affrontements sont loin des stades paroxysmiques de violences observ\u00e9es dans les parlements d\u2019autres pays. Au Cameroun, ces \u00e9v\u00e8nements sont un r\u00e9v\u00e9lateur des s\u00e9ances parlementaires comme barom\u00e8tre du corps social (notamment du climat sociopolitique qui pr\u00e9vaut) et de l\u2019inh\u00e9rence de la violence aux \u00e9changes parlementaires. Fondant leur activisme parlementaire sur la d\u00e9nonciation de la marginalisation de la minorit\u00e9 anglophone par le refus syst\u00e9matique de l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9bat au parlement sur la crise sociopolitique, les actions des d\u00e9put\u00e9-e-s SDF et de l'UDC participent en outre \u00e0 la d\u00e9nonciation du mus\u00e8lement et de la domestication des oppositions parlementaires du fait de leur caract\u00e8re minoritaire au sein de la repr\u00e9sentation nationale. Plut\u00f4t que d\u2019un retour, il s\u2019agit davantage d\u2019un recours aux modes contestataires d\u2019expression politique qui peut faire craindre la banalisation de la violence et sa routinisation dans les pratiques politiques au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Baudot, Pierre-Yves et Rozenberg, Olivier. 2010. Introduction. Lasses d\u2019Elias: des assembl\u00e9es d\u00e9-pacifi\u00e9es?. <em>Parlement[s]. Revue d\u2019histoire politique<\/em>, <em>14<\/em> (2), 16-17.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beaussier, Anne-Laure. 2010. Incivilit\u00e9 et bipolarisation du Congr\u00e8s am\u00e9ricain: une analyse des d\u00e9bats de sant\u00e9 entre 1965 et 2010. <em>Parlement[s]. Revue d'histoire politique,<\/em> <em>14<\/em> (2), 67-89.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouchet, Thomas. 2010. <em>Noms d\u2019oiseaux. L\u2019insulte en politique de la Restauration \u00e0 nos<\/em> jours.<em> Paris, Stock.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouchet, Thomas et Vigreux, Jean. 2010. Violences parlementaires en perspective (1850-1900-1950-2000). <em>Parlement[s]. Revue d'histoire politique<\/em>, <em>14<\/em> (2), 18-34.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cavaye Yegui\u00e9, Djibril. 2017. <em>Discours de cl\u00f4ture de la session budg\u00e9taire de novembre<\/em>. Assembl\u00e9e nationale, Cameroun.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cohendet, Marie-Anne. 2004. Une crise de la repr\u00e9sentation politique?. <em>Cit\u00e9s<\/em>, <em>2<\/em> (18), 41-61.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Courtine, Jean-Jacques. 1990.\u00a0Les glissements du spectacle politique. <em>Esprit<\/em>, <em>164<\/em> (9), 152-164.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Crozier, Michel et Friedberg, Erhard. 1977. <em>L\u2019Acteur et le syst\u00e8me<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dompnier, Nathalie. 2010. La l\u00e9gitimit\u00e9 politique en joue. Le chahut organis\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais sur la question des fraudes \u00e9lectorales depuis les ann\u00e9es 1980,<em> Parlement[s], Revue d'histoire politique,<\/em> <em>14<\/em> (2), 35-48.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand, Jean-Pierre et Weil, Robert. 1990. <em>Sociologie contemporaine<\/em>. Paris: Vigot.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9lias, Norbert et Dunning, \u00c9ric. 1994. <em>Sport et civilisation, la violence ma\u00eetris\u00e9e<\/em>. Paris: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9lias, Norbert. 2002.<em> La Civilisation des m\u0153urs<\/em>. Paris: Pocket.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">France, Anatole. 1922. <em>La Vie en fleur<\/em>. Paris: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gallichan, Gilles. 2008.\u00a0La session ardente: Fureur et violence au parlement en 1849. <em>Les Cahiers des dix<\/em>, <em>62<\/em>, 93-122.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne<\/em>. Paris; Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guislin, Jean-Marc. 1998. Parlementarisme et violence rh\u00e9torique dans les ann\u00e9es 1870. <em>Revue du Nord<\/em>, <em>tome 80<\/em> (326-327), 697-727.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Heurtin, Jean-Philippe.\u00a01999. <em>L\u2019Espace public parlementaire. Essai sur les raisons du l\u00e9gislateur<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Klen, Ana\u00efs. 2019. Entre claquement de pupitres, clameur partisane et effet de manche : l\u2019insulte en politique. France Culture.\r\n<a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/le-journal-de-lhistoire\/le-journal-de-lhistoire-du-vendredi-06-septembre-2019\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/le-journal-de-lhistoire\/le-journal-de-lhistoire-du-vendredi-06-septembre-2019<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La Nouvelle Expression<\/em>, <em>4595<\/em>, 15 novembre 2017a.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La Nouvelle Expression<\/em>, <em>4622<\/em>, 11 d\u00e9cembre 2017b.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La Nouvelle Expression,<\/em> <em>4627<\/em>, 18 d\u00e9cembre 2017c.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Le Jour<\/em>, <em>2570<\/em>, 24 novembre 2017.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Le Messager<\/em>, <em>4960<\/em>, 24 novembre 2017.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loi n\u00b0 2018\/038 du 11 juillet 2018 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e nationale<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Machikou, Nadine. 2009. Les r\u00e9gimes de la pacification parlementaire au Cameroun. <em>Polis\/R.C.S. P.\u00a0\/C.P.S.R.<\/em>, <em>1 &amp; 2<\/em> (16), 67-94.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mba Talla, Modeste. 2018. Cameroun: entre criminalisation de l\u2019action collective, \u00e9lections et gouvernance de la neutralisation. <em>Bulletin FrancoPaix<\/em>, <em>2<\/em> (3) 1-9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Modzom, Fran\u00e7ois Marc. 2015. <em>Les silences pr\u00e9sidentiels: analyse des dispositifs et du traitement m\u00e9diatique de la communication politique de Paul Biya, Pr\u00e9sident du Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II Soa,<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Mutations,<\/em> <em>4507<\/em>, 27 novembre 2017.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pommerolle, Marie-Emmanuelle. 2005. <em>\u00c0 quoi servent les droits de l\u2019Homme?. Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya<\/em>. Th\u00e8se de doctora , Universit\u00e9 Montesquieu-Bordeaux IV.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rozenberg, Olivier. 2010. La discipline \u00e0 Westminster \u00e0 travers le trait\u00e9 d'Erskine May (1906). <em>Parlement[s]. Revue d'histoire politique, 14<\/em> (2), 127-132.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Schmitt, Carl. 1992. <em>La Notion du politique. Th\u00e9orie du partisan<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shukan, Ioulia. 2010. La s\u00e9ance du 27 avril 2010 \u00e0 la Rada Supr\u00eame d\u2019Ukraine: une sc\u00e8ne de gu\u00e9rilla parlementaire. <em>Parlement[s]. Revue d'histoire politique<\/em>, <em>14<\/em> (2), 114-120.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vallet, Odon. 1989. Le mot parlement. <em>Mots<\/em>, <em>19<\/em>, 97-98.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viktorovitch, Cl\u00e9ment. 2010. Les commissions parlementaires \u00e0 l'Assembl\u00e9e nationale et au S\u00e9nat: un havre de paix?. <em>Parlement[s]. Revue d'histoire politique,<\/em> <em>14<\/em> (2), 90-110.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vincent, Marie-B\u00e9n\u00e9dicte <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 2010. Comptes rendus d\u2019ouvrages autour de Norbert Elias.\u00a0<em>Vingti\u00e8me Si\u00e8cle. Revue d'histoire<\/em>, <em>106<\/em> (2), 215-233.\r\nhttps:\/\/doi:10.3917\/vin.106.0215<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La politique de l\u2019inimiti\u00e9 ou de l\u2019ennemi semble de retour dans l\u2019ar\u00e8ne parlementaire camerounaise. Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire des pratiques d\u2019assembl\u00e9e de ce pays, des gouttes de sang arrosent le tapis de l\u2019h\u00e9micycle au cours de la session parlementaire de novembre 2017. L\u2019ordre parlementaire fut menac\u00e9, perturb\u00e9, \u00e9branl\u00e9. Pourtant, il fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e8glementation rigoureuse et de plus en plus rigide. Comprendre la r\u00e9surgence de la violence dans les h\u00e9micycles du parlement camerounais \u00e0 l\u2019\u00e8re de la civilisation des pratiques et comportements politiques\u00a0est la principale t\u00e2che que s\u2019est assign\u00e9e la pr\u00e9sente contribution. L\u2019examen desdits \u00e9v\u00e8nements \u00e0 l\u2019aune des variantes strat\u00e9giques et symboliques des interactions laisse ais\u00e9ment saisir les moments de violence comme des man\u0153uvres strat\u00e9giques d\u2019affirmation d\u2019une opposition parlementaire tant\u00f4t en rupture avec l\u2019ordre parlementaire \u00e9tabli, tant\u00f4t en proie aux pulsions d\u2019autoritarisme d\u2019un milieu parlementaire \u00e0 d\u00e9mocratisation inachev\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/crise-anglophone\/\">Crise anglophone<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/de-sportisation\/\">D\u00e9-sportisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/moeurs-politiques\/\">Moeurs politiques<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/ordre-parlementaire\/\">Ordre parlementaire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/strategie-politique\/\">Strat\u00e9gie politique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/violence-parlementaire\/\">Violence parlementaire<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The policy of enmity or the enemy seems to be back in the Cameroonian parliamentary arena. During the parliamentary session of November 2017, for the first time in the history of the assembly practices in this country, the carpet of the chamber was tainted with blood. The parliamentary order was threatened, disturbed and shaken. Yet it is subject to rigorous and increasingly rigid regulations. Understanding the resurgence of violence in the chambers of the Cameroonian parliament in the era of the civilization of political ethics is the main task assigned to this contribution. The examination of these events in terms of the strategic and symbolic variants of interactionism makes it easy to grasp the moments of violence as strategic maneuvers to assert an established parliamentary opposition, sometimes prey to the impulses of a parliamentary authoritarianism milieu with an unfinished democratization.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/anglophone-crisis\/\">Anglophone crisis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/de-sporting\/\">De-sporting<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/parliamentary-order\/\">Parliamentary order<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/parliamentary-violence\/\">Parliamentary violence<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/political-morality\/\">Political morality<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/political-strategy\/\">Political strategy<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Foulb\u00e9)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Djokirago hakound\u00e9 nelab\u00e8 meden do nder foudoutargo ha djawlerou parlemaa Cameroun. Ko meday ha djawlerou parlemaa cameroun wari sali sa\u00ef kawtal nelab\u00e8 meden nder lewru sappo\u00a0 2017. Yak\u00e9 man do min hitiri iam roufi a babal moftourd\u00e9 man do. Kougal n\u00e9lab\u00e9 meden wari vonni b\u00e9 habr\u00e9 man do. Nd\u00e8n kawtal mab\u00e9 man do houwindira b\u00e9 laawol sariya gollirteengol satoudo. Famougo foudoutargo djokirago ha djawlerou parlemaa men on wadi min habbi annia windou derwol dew madjoum. Ko sali ha djawlerou n\u00e9lab\u00e9 meden don djanguina \u00e8n noy n\u00e9lab\u00e9 die wintiray b\u00e9 parti lamdo lesdi m\u00e9d\u00e8n (RDPC) don ngada semb\u00e9 ha b\u00e9 h\u00e9ditab\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Foulb\u00e9)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/anglophone-bilaade\/\">anglophone bilaade<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/dabare-politikii\/\">dabare politikii<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/laawol-sariya-gollirteengol-parlemaa\/\">laawol sariya gollirteengol parlemaa<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/sankitaare\/\">sankitaare<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/tagu-politikii\/\">tagu politikii<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/tampingol-parlemaa\/\">Tampingol parlemaa<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>1 juin 2018<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>14 octobre 2019<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>14 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le parlement, <em>lieu du politique<\/em>, si\u00e8ge d\u2019ob\u00e9diences politiques divergentes et foyer du d\u00e9bat contradictoire est une entr\u00e9e l\u00e9gitimement indiqu\u00e9e pour l\u2019observation des \u00e9pisodes de violence dans les pratiques politiques. Au Cameroun, cette institution a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l\u2019irruption de la violence dans son enceinte lors de la session l\u00e9gislative de novembre 2017. La politique du partisan (Schmitt, 1992) semble de retour dans l\u2019ar\u00e8ne parlementaire camerounaise o\u00f9 pr\u00e9valaient jusque-l\u00e0 des interrelations polic\u00e9es et des \u00e9changes de plus en plus civilis\u00e9s. La preuve, \u00ab pour la premi\u00e8re fois, depuis plusieurs ann\u00e9es, le tapis de l\u2019h\u00e9micycle a \u00e9t\u00e9 entach\u00e9 de sang \u00bb (<em>La Nouvelle Expression<\/em>, 2017a, p. 6). \u00ab C\u2019est l\u2019une des rares fois o\u00f9 le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale fait valider la loi sur le budget au forceps sans cr\u00e9er de d\u00e9bats \u00bb, affirme le journaliste Souley Onohiolo dont le d\u00e9but du propos r\u00e9sume fort opportun\u00e9ment cette situation tr\u00e8s peu routini\u00e8re dans l\u2019histoire des pratiques parlementaires au Cameroun. Il interpelait alors la d\u00e9put\u00e9e Tomaino Ndam Njoya dans l\u2019\u00e9mission \u00ab L\u2019ar\u00e8ne \u00bb du 17 d\u00e9cembre 2017 sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9e Canal 2 international:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">J\u2019avoue tr\u00e8s sinc\u00e8rement que vous avez commenc\u00e9 cette derni\u00e8re session de la l\u00e9gislature pas comme les autres en vous insultant, en vous engueulant, en vous chosifiant, en vous offensant, en dansant et en chantant et plus tard en vous lan\u00e7ant des chevalets et en vous blessant\u2026 (Souley Onohiolo, 2017).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">D\u2019ailleurs, nombre d\u2019\u00e9v\u00e8nements tristes et d\u00e9plorables ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s. D\u2019abord, le boycott de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture de la session par les d\u00e9put\u00e9s du Social Democratic Front (SDF); ensuite, l\u2019incendie ayant ravag\u00e9 une partie des installations de l\u2019Assembl\u00e9e nationale; puis le drame du d\u00e9c\u00e8s du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019institution intervenu \u00e0 la veille de la cl\u00f4ture de la session; et enfin, ce qui fait l\u2019objet de la pr\u00e9sente contribution, les sc\u00e8nes de tension sur fond de violences qui ont \u00e9maill\u00e9 plusieurs pl\u00e9ni\u00e8res au cours de ladite session.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, l\u2019ordre parlementaire fut menac\u00e9, perturb\u00e9, \u00e9branl\u00e9. Produit d\u2019une r\u00e8glementation de plus en plus rigide et rigoureuse, cet ordre renvoie \u00e0 la codification et l\u2019uniformisation des pratiques politiques parlementaires. Autrement dit, il se ram\u00e8ne \u00e0 la \u00ab civilisation des m\u0153urs \u00bb (\u00c9lias, 2002) politiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des h\u00e9micycles et \u00e0 la ma\u00eetrise du spectacle de la violence. Cette derni\u00e8re quant \u00e0 elle est diversement appr\u00e9hend\u00e9e. La violence parlementaire est per\u00e7ue comme une m\u00e9daille \u00e0 deux faces, physique et symbolique. Celle symbolique s\u2019exprime g\u00e9n\u00e9ralement en terme de violence verbale. Prise sous cet angle de la rh\u00e9torique, la violence rev\u00eat un caract\u00e8re scatologique en se drapant du manteau de l\u2019insulte par exemple. L\u2019insulte n\u2019est pas \u00e0 proprement parler exclusive au vocabulaire parlementaire. C\u2019est ce que Thomas Bouchet (2010) donne \u00e0 comprendre dans l\u2019intitul\u00e9 de son livre <em>Noms d\u2019oiseaux, l\u2019insulte en politique de la Restauration \u00e0 nos jours <\/em>\u00e0 partir duquel le constat qui suit est fait: \u00ab si l\u2019insulte est \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019abord une attaque \u00e0 la morale, \u00e0 la vertu patriotique, \u00e0 l\u2019honneur de celui qui en est la cible, \u00e9changer les noms d\u2019oiseaux peut se conclure par la mort, puisqu\u2019apr\u00e8s l\u2019insulte vient le duel devenu plus rare au XXe si\u00e8cle \u00bb (Ana\u00efs Klen, 2019, en ligne). Par contre, la violence physique implique pratiquement un conflit ouvert aboutissant parfois au corps \u00e0 corps, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 des situations de rixes. Dans les enceintes parlementaires, cette forme de violence trouve ses pr\u00e9misses et se nourrit des \u00e9l\u00e9ments de la violence symbolique. La pr\u00e9sente contribution pense alors la violence en termes de rupture de l\u2019ordre et davantage comme tout acte consid\u00e9r\u00e9 comme tel, prohib\u00e9 et r\u00e9prim\u00e9 par le dispositif r\u00e8glementaire des assembl\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Partant du cas camerounais, l\u2019on note qu\u2019entre escalades de tension, d\u00e9rives discursives, jets de projectile, bruitage et obstruction, la violence semble lib\u00e9r\u00e9e. Les pl\u00e9ni\u00e8res du 23 novembre, du 29 novembre et du 8 d\u00e9cembre 2017 ont \u00e9t\u00e9 les lieux par excellence d\u2019observation d\u2019un moment de \u00ab d\u00e9-sportisation \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Par d\u00e9-sportisation, il faut entendre le recours (et\/ou le retour) \u00e0 des pratiques ou d\u2019actes de violence dans les rapports sociopolitiques. Ce terme doit \u00eatre saisi \u00e0 l\u2019aune de la sociologie \u00e9liasienne (\u00c9lias et Dunning,1994) de la \u00ab civilisation des m\u0153urs politiques \u00bb comme synonymique aux notions de \u00ab d\u00e9-pacification \u00bb et de \u00ab d\u00e9-civilisation \u00bb. Car, pour \u00c9lias, le sport, n\u00e9 d\u2019une \u00ab sportisation \u00bb des passe-temps, abolit le recours \u00e0 la violence, pr\u00f4nant ainsi le partage d\u2019un id\u00e9al de comp\u00e9tition pacifique port\u00e9 par les \u00e9lites anglaises et plac\u00e9 au c\u0153ur du parlementarisme. Voir Vincent et al. (2010).\" id=\"return-footnote-228-1\" href=\"#footnote-228-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> des s\u00e9ances d\u2019assembl\u00e9e \u00e0 travers des sc\u00e8nes de \u00ab\u00a0gu\u00e9rilla parlementaire\u00a0\u00bb (Shukan, 2010). Les troubles en s\u00e9ances d\u2019assembl\u00e9e parlementaire ne sont certes pas une singularit\u00e9 camerounaise. L\u2019histoire parlementaire du Canada garde en souvenir la session de 1849 perturb\u00e9e par des \u00e9meutes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019incendie criminel du parlement \u00e0 Montr\u00e9al (Gallichan, 2008). En France, l\u2019on comprend la fr\u00e9quence des formes de violence en milieu parlementaire \u00e0 travers l\u2019examen compar\u00e9 que dressent Bouchet et Vigreux (2010) des sessions l\u00e9gislatives depuis la IIe jusqu\u2019\u00e0 la VIe R\u00e9publique. Il en est de m\u00eame \u00e0 Westminster (Rozenberg, 2010) en Grande Bretagne, au Congr\u00e8s am\u00e9ricain (Beaussier, 2010) ou encore \u00e0 la Rada Supr\u00eame d\u2019Ukraine (Shukan, 2010) o\u00f9 des actes de violence sont manifestes dans la pratique parlementaire. Cependant, comment comprendre le regain de violence dans les h\u00e9micycles parlementaires camerounais dans un contexte de civilit\u00e9s et de rapports ou d\u2019activit\u00e9s politiques davantage pacifi\u00e9es?<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019examen, les \u00e9pisodes d\u2019escalades de violence lors de la session budg\u00e9taire de novembre 2017 au parlement camerounais constituent des man\u0153uvres strat\u00e9giques d\u2019affirmation de l\u2019opposition parlementaire en rupture avec l\u2019ordre parlementaire \u00e9tabli et jusque-l\u00e0 observ\u00e9. Ces comportements ne r\u00e9v\u00e8lent pas moins les pulsions d\u2019autoritarisme dans ces hauts lieux de la d\u00e9lib\u00e9ration. D\u00e8s lors, il n\u2019est logiquement pas question de faire l\u2019histoire de la violence dans le palais de la repr\u00e9sentation nationale depuis son institutionnalisation, mais de circonscrire la r\u00e9flexion autour de l\u2019\u00e9mergence de comportements violents lors de la tenue des d\u00e9bats parlementaires.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Pour ce faire, l\u2019interactionnisme pris dans son double versant strat\u00e9gique et symbolique concourt \u00e0 une microsociologie des interrelations \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du d\u00e9sordre et des incivilit\u00e9s dans l\u2019espace parlementaire camerounais. Si le versant strat\u00e9gique induit une sociologie de l\u2019action \u2013 singuli\u00e8rement dans la perspective des rapports de pouvoir qui se jouent dans un \u00ab\u00a0syst\u00e8me d\u2019action concret\u00a0\u00bb (Crozier et Friedberg, 1977, p.\u00a025) au sein de l\u2019organisation parlementaire \u2013, notamment en terme de capacit\u00e9s in\u00e9gales d\u2019influence entre les repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes formations politiques, la variante symbolique de l\u2019interactionnisme interpr\u00e8te le recours \u00e0 la violence par les parlementaires de certains partis politiques de l\u2019opposition (SDF et UDC<a class=\"footnote\" title=\"Union d\u00e9mocratique du Cameroun, parti politique de l\u2019opposition repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.\" id=\"return-footnote-228-2\" href=\"#footnote-228-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> dans le cas d\u2019esp\u00e8ce) comme un comportement significativement orient\u00e9 vers la majorit\u00e9 parlementaire (Durand et Weil, 1990, p.\u00a0172) et le gouvernement de la R\u00e9publique. L\u2019observation <em>in situ<\/em> et les entretiens semi-directifs men\u00e9s lors de nos participations \u00e0 des s\u00e9ances de d\u00e9bats en pl\u00e9ni\u00e8res<a class=\"footnote\" title=\"Notamment pendant de la session budg\u00e9taire de novembre 2017.\" id=\"return-footnote-228-3\" href=\"#footnote-228-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> ont permis de d\u00e9crire le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements de violence et de comprendre par la m\u00eame occasion le sens que les d\u00e9put\u00e9-e-s eux-m\u00eames\/elles-m\u00eames donnent \u00e0 ces rixes. Par ailleurs, l\u2019analyse des documents (litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, articles de presse, enregistrements vid\u00e9os, etc.) a permis de poser les lin\u00e9aments du recours des minorit\u00e9s parlementaires \u2013 qui ploient sous le poids quasi tortionnaire de la \u00ab\u00a0majorit\u00e9 ob\u00e8se\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Terme qui, selon Mba Talla (2018, p. 3), d\u00e9signe la majorit\u00e9 \u00e9crasante des parlementaires du RDPC \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale comme au s\u00e9nat.\" id=\"return-footnote-228-4\" href=\"#footnote-228-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> (Mba Talla, 2018, p.\u00a03) du parti au pouvoir \u2013 aux modes d\u2019expression contestataires. Elle a \u00e9galement servi \u00e0 rendre compte des effets quasi corrosifs de ces affrontements sur l\u2019ordre d\u00e9mocratique parlementaire tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit la consubstantialit\u00e9 de la violence dans les h\u00e9micycles parlementaires.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cela \u00e9tant, deux principaux moments structurent notre argumentation. Le premier projette la violence dans les h\u00e9micycles comme un d\u00e9sordre strat\u00e9gique des minorit\u00e9s politiques de l\u2019opposition contre le mus\u00e8lement, la marginalisation et la domestication politique. Le second dresse une fresque du recul de la d\u00e9mocratie parlementaire au Cameroun.<\/p>\n<h2>La violence dans les h\u00e9micycles: entre d\u00e9sordre et strat\u00e9gie<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les conduites violentes qui ont perturb\u00e9 et presque paralys\u00e9 les s\u00e9ances de d\u00e9lib\u00e9ration dans les h\u00e9micycles parlementaires en novembre 2017 se per\u00e7oivent sous l\u2019angle du d\u00e9sordre et de la strat\u00e9gie des acteurs et actrices politiques.<\/p>\n<h3>Le d\u00e9sordre\u00a0parlementaire: de l\u2019inobservation des r\u00e8gles de conduite parlementaire \u00e0 des sc\u00e8nes de gu\u00e9rilla parlementaire<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019ordre parlementaire qui a jusqu\u2019ici pr\u00e9valu dans les pratiques parlementaires au Cameroun conna\u00eet une rupture sous la neuvi\u00e8me l\u00e9gislature de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. La violation des codes de conduite en la mati\u00e8re a ouvert la voie \u00e0 de v\u00e9ritables sc\u00e8nes de gu\u00e9rilla parlementaire.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En effet, la discipline, que ce soit au \u00ab\u00a0palais de verres\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"C\u2019est le nom donn\u00e9 au si\u00e8ge de l\u2019Assembl\u00e9e nationale du Cameroun.\" id=\"return-footnote-228-5\" href=\"#footnote-228-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> de Ngoa-Ek\u00e9ll\u00e9 ou \u00e0 l\u2019h\u00e9micycle du s\u00e9nat log\u00e9 au palais des congr\u00e8s de Yaound\u00e9, est r\u00e9gie par le r\u00e8glement int\u00e9rieur de chaque assembl\u00e9e parlementaire. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces documents dont les termes structurent les proc\u00e9dures et comportements parlementaires et donc, l\u2019ordre parlementaire, les conduites des \u00e9lus du SDF et de l\u2019UDC \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale et celui du s\u00e9nateur du Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (RDPC) dans la chambre haute, lors de la session budg\u00e9taire de novembre 2017, sont des incivilit\u00e9s d\u00fbment proscrites par les codes parlementaires en vigueur. Les comportements en marge de ces prescriptions impliquent sans doute des sanctions. D\u2019autant qu\u2019il ressort aux termes des dispositions 113-2, 113-5, 114-2, 3, 4, 5, 6 du r\u00e8glement int\u00e9rieur du S\u00e9nat et celles 31, 38, 43, 50, 97 \u00e0 99 du r\u00e8glement int\u00e9rieur de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, une batterie de sentences gradu\u00e9es en fonction de la faute. Le r\u00e9gime des sanctions va du simple rappel \u00e0 l\u2019ordre jusqu\u2019\u00e0 la censure avec exclusion temporaire pouvant entra\u00eener des privations d\u2019indemnit\u00e9 en passant par le rappel \u00e0 l\u2019ordre avec inscription simple au proc\u00e8s-verbal et inscription au proc\u00e8s-verbal avec censure pour tout parlementaire ou groupe de parlementaires qui poserait des actes de nature \u00e0 perturber, \u00e0 troubler ou \u00e0 paralyser le bon d\u00e9roulement des d\u00e9bats et d\u00e9lib\u00e9rations. Dans cet ordre d\u2019id\u00e9es, les d\u00e9rives discursives<a class=\"footnote\" title=\"On notera les altercations et joutes verbales entre les s\u00e9nateurs Obam Assam du RDPC et Jean Tsomelou du SDF o\u00f9 le second accuse le premier de \u00ab\u00a0propos g\u00e9nocidaires\u00a0\u00bb en s\u00e9ance du mardi 5 d\u00e9cembre au palais des congr\u00e8s (La Nouvelle Expression (b), 2017, p. 7).\" id=\"return-footnote-228-6\" href=\"#footnote-228-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>, les jets de projectile<a class=\"footnote\" title=\"Les chevalets lanc\u00e9s par l\u2019honorable Tomaino Ndam Njoya.\" id=\"return-footnote-228-7\" href=\"#footnote-228-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>, le bruitage et l\u2019obstruction, les affrontements et les chahuts, les chants et les danses, les sifflets et l\u2019usage de vuvuzelas<a class=\"footnote\" title=\"Employ\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s SDF au cours des s\u00e9ances du 23 et 29 novembre et celle du 8 d\u00e9cembre 2017.\" id=\"return-footnote-228-8\" href=\"#footnote-228-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a> sont des inconduites au regard des instruments de prohibition de la violence physique et discursive institu\u00e9s dans le fonctionnement des assembl\u00e9es camerounaises.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les mesures pr\u00e9ventives contre la violence \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale n\u2019ont pourtant pas emp\u00each\u00e9 que cet h\u00e9micycle soit transform\u00e9 en un th\u00e9\u00e2tre de gu\u00e9rilla pendant la session de novembre 2017. C\u2019est du moins ce que laisse transpara\u00eetre l\u2019effort d\u2019analyse chronologique des faits et la description des \u00e9v\u00e8nements des s\u00e9ances du 23 et 29 novembre et celle du 8 d\u00e9cembre 2017. Il s\u2019agit de sc\u00e8nes de\u00a0chahut et d\u2019affrontements (Cavaye, 2017, p.\u00a014) conduites par les d\u00e9put\u00e9-e-s de l\u2019opposition (SDF et UDC) contre ceux\/celles de la majorit\u00e9 dont la logique est manifestement l\u2019exercice serein du travail parlementaire. La strat\u00e9gie d\u2019obstruction par des s\u00e9quences de d\u00e9sordre \u00e0 l\u2019\u0153uvre semble savamment pr\u00e9par\u00e9e. Le nom de code de l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait \u00ab\u00a0Blocus\u00a0\u00bb. L\u2019objectif qui lui fut assign\u00e9 est celui que nous qualifions, \u00e0 l\u2019analyse, de deux \u00ab\u00a0Z\u00a0\u00bb: \u00ab\u00a0Z\u00e9ro d\u00e9lib\u00e9ration, Z\u00e9ro pl\u00e9ni\u00e8re\u00a0\u00bb. La revendication clairement formul\u00e9e et assum\u00e9e par les entrepreneurs et entrepreneuses de violence de circonstance est qu\u2019ils exigeaient \u00ab\u00a0avant toute chose, l\u2019ouverture d\u2019un dialogue inclusif sur la crise anglophone\u00a0\u00bb (<em>Le Messager<\/em>, 2017, p.\u00a07).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019op\u00e9rationnalisation de cette strat\u00e9gie commence d\u00e8s l\u2019entame de session avec le refus des parlementaires du parti leader de l\u2019opposition (SDF) de rallier l\u2019h\u00e9micycle de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et du S\u00e9nat pour la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture des travaux de la session budg\u00e9taire. C\u2019est une op\u00e9ration de blocage pour une \u00ab cause juste \u00bb \u00e0 en croire le d\u00e9put\u00e9 Nintcheu qui, le jour du d\u00e9clenchement de ces man\u0153uvres pendant la pl\u00e9ni\u00e8re d\u2019adoption du projet de loi portant loi de r\u00e8glement de la R\u00e9publique en date du 23 novembre 2017, arborait \u00ab sous sa veste un t-shirt imprim\u00e9 de l\u2019effigie de Che Guevara, figure embl\u00e9matique des luttes r\u00e9volutionnaires \u00bb (<em>Le Jour<\/em>, 2017, p.\u00a04) et des gu\u00e9rillas cubaines. L\u2019honorable Banadzem, pr\u00e9sident du groupe parlementaire SDF, semblait \u00eatre le commandant en chef de l\u2019op\u00e9ration. La preuve en est que c\u2019est lui qui a lanc\u00e9 les hostilit\u00e9s en entamant des chants suivis des pas de danse<a class=\"footnote\" title=\"Notes d\u2019observation, pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.\" id=\"return-footnote-228-9\" href=\"#footnote-228-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>. Le coup d\u2019envoi fut donn\u00e9 lors de sa prise de parole, juste apr\u00e8s la lecture du rapport de la commission des finances et du budget sur la loi de r\u00e8glement qu\u2019il cl\u00f4turait par la d\u00e9claration du blocage: \u00ab\u00a0le SDF ne laissera pas la s\u00e9ance se poursuivre\u00a0\u00bb (<em>Le Jour<\/em>, <em>ibid<\/em>.). Ce fut \u00e9galement le cas au cours de la s\u00e9ance du 8 d\u00e9cembre consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019adoption de la loi des finances 2018, o\u00f9 son passage \u00e0 la tribune pour une question apr\u00e8s la lecture du rapport des travaux en commission par le rapporteur g\u00e9n\u00e9ral, a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement suivi des sc\u00e8nes de manifestations: arm\u00e9s de vuvuzelas et de sifflets, les autres d\u00e9put\u00e9-e-s SDF prenant part \u00e0 cette pl\u00e9ni\u00e8re envahirent la tribune de l\u2019h\u00e9micycle. Un spectacle similaire pouvait aussi s\u2019observer au cours de la pl\u00e9ni\u00e8re du 29 novembre. Au fait, celle-ci a \u00e9t\u00e9 durablement perturb\u00e9e par des chants et des danses au rythme de coups de sifflet et de vuvuzela des d\u00e9put\u00e9-e-s SDF; lesquel(le)s ont brandi des feuilles et des tiges pendant que le premier ministre d\u00e9livrait son allocution sur le programme \u00e9conomique, social, financier et culturel du gouvernement pour l\u2019exercice 2018.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En outre, les jets de projectile (lancer des chevalets) de la d\u00e9put\u00e9e UDC, honorable Toma\u00efno Ndam Njoya, se sont sold\u00e9s par de graves cons\u00e9quences. Car, bless\u00e9 par l\u2019un de ces projectiles<a class=\"footnote\" title=\"Ce projectile est une sorte de balle perdue puisque l\u2019honorable d\u00e9put\u00e9e atteste qu\u2019elle lan\u00e7ait les chevalets plut\u00f4t en direction de la tribune.\" id=\"return-footnote-228-10\" href=\"#footnote-228-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>, le d\u00e9put\u00e9 RDPC Richard Wallang a voulu riposter contre sa coll\u00e8gue qui a pris un classeur avec l\u2019intention manifeste d\u2019ass\u00e9ner un coup \u00e0 son vis-\u00e0-vis (<em>La Nouvelle Expression<\/em>, 2017b, p. 6). Toute chose qui laisse interpr\u00e9ter ces comportements comme de man\u0153uvres strat\u00e9giques.<\/p>\n<h3>La strat\u00e9gie politique des oppositions parlementaires: le d\u00e9sordre strat\u00e9gique<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble des violences observ\u00e9es dans les enceintes parlementaires au cours de la session de novembre 2017 t\u00e9moigne, \u00e0 premi\u00e8re vue, de la r\u00e9surgence des modes d\u2019expression politique contestataires. Toutefois, il s\u2019agit moins d\u2019un retour de la violence dans les pratiques parlementaires, que d\u2019un recours \u00e0 la violence: la violence comme strat\u00e9gie. En fait, \u00ab l\u2019espace public parlementaire \u00bb (Heurtin, 1999) \u00e9tant un concentr\u00e9 de courants politiques divergents, contradictoires et, connaissant le poids sous lequel ploient les partis politiques de l\u2019opposition au sein du parlement camerounais, les actes de violence perp\u00e9tr\u00e9s rel\u00e8vent du registre des man\u0153uvres des acteurs et actrices politiques de l\u2019opposition. Ils rel\u00e8vent d\u2019un acte de communication adress\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 parlementaire \u00ab ob\u00e8se \u00bb (Mba Talla, <em>ibid<\/em>.) du RDPC et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif gouvernant ainsi qu\u2019au reste de la communaut\u00e9; principalement aux populations des r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en proie \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 rampante depuis plus de trois ans.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans le premier cas, la strat\u00e9gie consiste globalement \u00e0 r\u00e9sister contre \u00ab la rel\u00e9gation pratique et symbolique de l\u2019opposition parlementaire \u00bb (Machikou, 2009, p. 87). Pour le SDF, il s\u2019agit de se d\u00e9faire de la contention de la majorit\u00e9 pour avoir voix au chapitre de la prise de d\u00e9cision parlementaire, notamment, dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, de l\u2019inscription sur l\u2019agenda des d\u00e9bats parlementaires de la question de la crise anglophone. Corr\u00e9lativement, \u00ab nous voulons faire r\u00e9agir le chef de l\u2019\u00c9tat \u00bb confie l\u2019honorable Banadzem. Pour ce qui est de l\u2019UDC, c\u2019est une strat\u00e9gie de contestation de la mani\u00e8re dont la loi des finances a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. Le lancer de chevalet de l\u2019honorable Tomaino Ndam Njoya \u2013 qui a bless\u00e9 l\u2019un de ses coll\u00e8gues parlementaires \u2013 est un acte de d\u00e9sapprobation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la mani\u00e8re dont les d\u00e9bats ont \u00e9t\u00e9 conduits lors de cette s\u00e9ance. \u00c0 l\u2019analyse, il ne s\u2019agit que d\u2019un geste d\u2019une d\u00e9put\u00e9e d\u00e9pit\u00e9e de l\u2019indiff\u00e9rence du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale vis-\u00e0-vis de ses multiples sollicitations de parole. Car, \u00e9crit France (1922, p. 18), \u00ab il y a pire que l\u2019injure, c\u2019est le silence de l\u2019oubli ou de l\u2019indiff\u00e9rence \u00bb. Dans cette perspective, les actes de violence se posent comme une contestation de la domination (Baudot et Rozenberg, 2010, p. 16) de la majorit\u00e9 parlementaire qui semble dicter sa loi dans l\u2019animation des d\u00e9bats. Joshua Osih, interview\u00e9 \u00e0 la pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre, tient les propos ci-apr\u00e8s:<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9senter une motion par rapport \u00e0 la situation critique du pays pour que l\u2019Assembl\u00e9e nationale puisse ajuster son r\u00e8glement int\u00e9rieur pour pouvoir prendre en compte ce que la communaut\u00e9 linguistique anglophone r\u00e9clame. Pour cesser d\u2019\u00eatre marginalis\u00e9e. Mais malheureusement, la majorit\u00e9 ob\u00e8se du RDPC a \u00e9cras\u00e9 la motion\u2026 (Osih, pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">De l\u2019aveu du d\u00e9put\u00e9 SDF, l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019attirer l\u2019attention du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Face aux \u00ab silences pr\u00e9sidentiels \u00bb (Modzom, 2015) sur la crise qui gangr\u00e8ne les r\u00e9gions anglophones, l\u2019opposition parlementaire fait donc le choix d\u2019un d\u00e9sordre parlementaire. \u00c0 la r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9sordre strat\u00e9gique puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019interpeler le chef d\u2019\u00c9tat par le biais d\u2019un outrage chant\u00e9 en pidgin le 23 novembre au sein m\u00eame du parlement: \u00ab How many people Paul Biya go kill? \u00bb (Combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer?).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans le second cas, la strat\u00e9gie des parlementaires SDF serait de montrer \u00e0 son \u00e9lectorat traditionnel (les r\u00e9gions anglophones) qu\u2019ils et elles agissent pour leur cause et pour l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9bat et d\u2019un dialogue au parlement sur la crise qui les affecte. La litt\u00e9rature goffmanienne (1973) qualifie ce genre de comportements (d\u2019apparat) de \u00ab mise en sc\u00e8ne \u00bb. Chez Courtine (1990, p. 153), on parlera plut\u00f4t de \u00ab politique-spectacle \u00bb d\u2019autant plus qu\u2019au fond, il ne s\u2019agit ni plus ni moins que d\u2019une r\u00e9action (d\u2019\u00e9clat) des parlementaires SDF aux menaces prof\u00e9r\u00e9es par une frange de la population du Nord-Ouest et du Sud-Ouest \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certain-e-s d\u2019entre eux\/elles. \u00c0 titre d\u2019illustration, l\u2019on note l\u2019interpellation des d\u00e9put\u00e9s Tumazang, Banadzem et autres par des groupes de population de ces r\u00e9gions, leur demandant de boycotter la session de novembre 2017. Plus grave, il y a des parlementaires de ces m\u00eames r\u00e9gions en crise dont les maisons ont \u00e9t\u00e9 saccag\u00e9es.<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">C\u2019est pour cela qu\u2019au niveau du parti (SDF), les parlementaires qui ne subissent pas cette pression ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9-e-s \u00e0 Yaound\u00e9 pour continuer le d\u00e9bat. On nous a demand\u00e9 de venir dans les deux chambres et de poser sur la table le probl\u00e8me de la crise anglophone, prioritairement (La Nouvelle Expression, 2017c, p. 5),<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">rapporte le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et pr\u00e9sident du groupe parlementaire SDF au S\u00e9nat, Jean Tsomelou. C\u2019est sans doute ce qui rench\u00e9rit la position du d\u00e9put\u00e9 RDPC Jean S. Ongola selon laquelle le SDF joue sa survie politique (<em>Mutations<\/em>, 2017, p. 9) \u2013 surtout \u00e0 l\u2019approche des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales; particuli\u00e8rement les l\u00e9gislatives<a class=\"footnote\" title=\"Initialement pr\u00e9vue pour 2018, le scrutin l\u00e9gislatif a \u00e9t\u00e9 report\u00e9 en 2019 conform\u00e9ment \u00e0 la loi n\u00b0 2018\/038 du 11 juillet 2018 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Puis en 2020, tel qu'indique l\u2019article 1er de la Loi n\u00b02019\/015 du 19 juillet 2019 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.\" id=\"return-footnote-228-11\" href=\"#footnote-228-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>. Il faudrait entrevoir en ces actes, la peur d\u2019aboutir \u00e0 une crise de la repr\u00e9sentation politique dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Entendons par crise de la repr\u00e9sentation politique, le rejet des repr\u00e9sentants par les populations locales. Dans un contexte o\u00f9 les citoyens et citoyennes ont notamment pris conscience du caract\u00e8re factice de la repr\u00e9sentation politique, une \u00e9volution quasi syst\u00e9matique des pratiques de la d\u00e9mocratie parlementaire serait n\u00e9cessaire (Cohendet, 2004). Entre crise de la repr\u00e9sentation politique et affirmation de la minorit\u00e9, la place au dialogue dans les h\u00e9micycles reste infime. Le Grand Dialogue National convoqu\u00e9 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique s\u2019est finalement tenu du 30 septembre au 04 octobre 2019 loin des assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au demeurant, l\u2019adoption de modes contestataires d\u2019expression et d\u2019affirmation des repr\u00e9sentant-e-s de certains partis politiques de l\u2019opposition au parlement ne va pas sans questionner la d\u00e9mocratie parlementaire en construction.<\/p>\n<h2>La violence dans les h\u00e9micycles: une r\u00e9gression de la d\u00e9mocratie parlementaire?<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019usage de la violence au sein des assembl\u00e9es am\u00e8ne \u00e0 s\u2019interroger sur la place des principes et pratiques d\u00e9mocratiques dans le parlement camerounais. D\u00e8s lors, deux constats se d\u00e9gagent. Le premier, c\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019incontestable rupture de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 des d\u00e9bats\u00a0\u00bb (Baudot et Rozenberg, 2010, p.\u00a014) qui consacre une s\u00e9quence de crises de la d\u00e9mocratie parlementaire. Le second laisse plut\u00f4t penser que le parlement camerounais n\u2019avait jamais aussi bien port\u00e9 son nom avant cette session jonch\u00e9e de violence.<\/p>\n<h3>La fragilisation de la d\u00e9mocratie parlementaire: l\u2019incontestable rupture de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 des d\u00e9bats<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le parlement est le lieu de la repr\u00e9sentation nationale. Au Cameroun, il est la plupart du temps per\u00e7u comme une ar\u00e8ne pacifi\u00e9e, expurg\u00e9e de toute forme de violence. Cependant, depuis novembre 2017, il se trouve \u00eatre le th\u00e9\u00e2tre de comportements \u00ab\u00a0d\u00e9civilis\u00e9s\u00a0\u00bb. Le pluralisme qui caract\u00e9rise l\u2019Assembl\u00e9e nationale implique sans doute que des conflits puissent surgir en son sein. L\u2019\u00e9galit\u00e9 entre ses diff\u00e9rentes composantes politiques semble difficile \u00e0 \u00e9tablir. En fait, ce principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 suppose la proscription du recours \u00e0 la force physique lors des d\u00e9bats, le bannissement de l\u2019insulte et de l\u2019invective, etc. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui am\u00e8ne Baudot et Rozenberg (2010, p.\u00a06) \u00e0 penser que les parlements constituent un exemple achev\u00e9 de sportisation des m\u0153urs politiques. En cons\u00e9quence, la conflictualit\u00e9 des d\u00e9lib\u00e9rations et le surgissement de fa\u00e7on intempestive de la violence dans les h\u00e9micycles sont g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab\u00a0compris comme un signe d\u2019immaturit\u00e9 ou de recul d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb (Baudot et Rozenberg, <em>idem<\/em>). L\u2019usage de la force par l\u2019opposition parlementaire pour faire pr\u00e9valoir son point de vue participe de l\u2019effritement de l\u2019ordre parlementaire et, de surcro\u00eet, de la d\u00e9mocratie parlementaire en construction et en consolidation.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Selon un certain point de vue, le recours \u00e0 la violence \u00e9corne durablement l\u2019image des assembl\u00e9es repr\u00e9sentatives camerounaises. La prolif\u00e9ration de telles pratiques concourt difficilement \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019une d\u00e9mocratie parlementaire forte de par son expression. Elle consacre plut\u00f4t son \u00e9vanescence lorsque les \u00e9lu-e-s de la majorit\u00e9 parlementaire pr\u00e9tendent que ceux\/celles de l\u2019opposition ont juridiquement tord par le simple fait qu\u2019ils\/elles sont politiquement minoritaires (Mutations, 2017, p. 9) au sein des assembl\u00e9es. Cette situation \u2013 qui tend \u00e0 r\u00e9duire au silence les partis politiques de l\u2019opposition repr\u00e9sent\u00e9s au parlement dans les d\u00e9bats de l\u2019h\u00e9micycle et \u00e0 minorer leur contribution dans la prise de d\u00e9cision parlementaire \u2013 est un traceur de l\u2019atmosph\u00e8re de contention dont parle Machikou (2009, p. 71-72) dans un espace parlementaire o\u00f9 semble se p\u00e9renniser un habitus autoritaire et o\u00f9 le \u00ab cadavre de l\u2019autoritarisme bouge encore \u00bb.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L&rsquo;on assiste ainsi \u00e0 une crise des pratiques d\u00e9mocratiques dans l\u2019enceinte parlementaire, d\u2019autant plus que d\u00e9mocratie et affrontements physiques ne font pas bon m\u00e9nage. La d\u00e9mocratie \u00e9tant fond\u00e9e sur des valeurs de civilit\u00e9, de dialogue et de pacification des comportements politiques, elle ne saurait l\u00e9gitimer la violence ouverte qui, de tradition, prend une dimension symbolique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des h\u00e9micycles. Mais les vagues de parades et paroles outranci\u00e8res contenues dans les extraits de chants intelligemment ex\u00e9cut\u00e9s par les d\u00e9put\u00e9s du SDF s\u2019accommodent peu des hautes exigences de la culture d\u00e9mocratique en termes d\u2019euph\u00e9misation de la violence via des rapports davantage polic\u00e9s. Ce passage-refrain des chants entonn\u00e9s lors de la pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre conforte cette perspective d&rsquo;analyse: \u00ab <em>How many people Paul Biya go kill? <\/em><em>How many people Paul Biya go kill? Oooh you go kill we tired, Ooooh you go kill we tired! Ooooh you go kill we tired, How many people Paul Biya go kill?\u00a0\u00bb.<\/em> La traduction laisse comprendre que \u00ab\u00a0Combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer? Combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer? Tu vas nous tuer jusqu\u2019\u00e0 t\u2019en lasser, tu vas nous tuer jusqu\u2019\u00e0 te fatiguer! Tu vas nous tuer jusqu\u2019\u00e0 te fatiguer, combien de personnes Paul Biya va-t-il encore tuer?\u00a0\u00bb. La transcription, la lecture et l\u2019analyse de ce contenu corroborent la posture de Eschine qui jugeait tr\u00e8s peu commodes les comportements donnant \u00ab\u00a0au beau milieu de l\u2019Assembl\u00e9e une exhibition de lutte\u00a0\u00bb (Guislin, 1998, p.\u00a0697). Les assembl\u00e9es sont un lieu de civilit\u00e9s et de dialogue dans lequel la violence n\u2019a pas droit de cit\u00e9 pour la simple raison qu\u2019elle est l\u2019expression d\u2019une force brutale, nocive \u00e0 la stabilit\u00e9 des rapports humains (Guislin, <em>Ibid<\/em>.). Si sa pr\u00e9sence en milieu parlementaire reste incontournable, son usage doit de tout temps emprunter les sentiers de l\u2019euph\u00e9misation.<\/p>\n<h3>Labilit\u00e9 de la violence dans les pratiques politiques des h\u00e9micycles et rel\u00e2chement du spasme d\u2019autoritarisme du perchoir<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La violence parlementaire n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne exclusif aux assembl\u00e9es camerounaises. Au palais Bourbon en France (Dompnier, 2010), \u00e0 Westminster (Rozenberg, 2010) au Royaume Uni, au Congr\u00e8s am\u00e9ricain (Beaussier, 2010), comme \u00e0 la Rada Supr\u00eame d\u2019Ukraine (Shukan, 2010), etc., elle est observ\u00e9e sous diverses formes: insultes, hu\u00e9es, affrontements, chahuts, sifflets, claquements de pupitre, jets de document, etc. La violence est donc une r\u00e9alit\u00e9 politique labile dans les enceintes l\u00e9gislatives. Le charme de la qui\u00e9tude qui caract\u00e9rise ces espaces politiques ne devrait pas faire oublier ni ignorer la consubstantialit\u00e9 de celle-ci aux d\u00e9bats parlementaires. Les s\u00e9ances en commissions comme en pl\u00e9ni\u00e8res, au S\u00e9nat comme \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, ne sont pas \u00ab un havre paix \u00bb (Viktorovitch, 2010). Les d\u00e9lib\u00e9rations et d\u00e9cisions qui en d\u00e9coulent sont le produit de la conflictualit\u00e9 des \u00e9changes parlementaires. Cette perspective entend juste faire tomber le masque de (l\u2019apparente) qui\u00e9tude du parlement camerounais. Une qui\u00e9tude qui n\u2019a d\u2019\u00e9gale que son opacit\u00e9 l\u00e9gendaire.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En revanche, le parlement est le lieu par excellence de la parole contestataire l\u00e9gitime (Pommerolle, 2005, p.\u00a0136). Les \u00e9changes parlementaires sont par cons\u00e9quent empreints de violence, aussi symbolique soit-elle. Car, \u00e0 l\u2019origine du parlement, se trouve la parole. L\u2019esprit offensif et strat\u00e9gique de la parole conduit \u00e0 des joutes oratoires. La bataille est sonore autour des amendements. Elle se d\u00e9cline en tactiques d\u2019obstruction, claquements de pupitre des d\u00e9put\u00e9s, tirs de barrage, g\u00e9n\u00e9ralement contre le gouvernement, etc. D\u2019exclamations sporadiques en interruptions, conclut Vallet, \u00ab\u00a0le combat commence par des mots et finit par des bruits\u00a0\u00bb (1989, p.\u00a097-98).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La rudesse des d\u00e9lib\u00e9rations refl\u00e8te ainsi des d\u00e9saccords, des antagonismes ou des fractures qui font partie int\u00e9grante du d\u00e9bat d\u00e9mocratique. Ces oppositions traduisent les limites d\u2019une volont\u00e9 de consensus. Les parcours contrast\u00e9s des \u00e9lu-e-s semblent indiquer que la violence en milieu parlementaire ne doit \u00eatre ni n\u00e9glig\u00e9e (cela a souvent \u00e9t\u00e9 le cas dans le pass\u00e9) ni au contraire survaloris\u00e9e \u2013 cette tendance nous semble actuellement sensible \u2013 (Bouchet et Vigreux, 2010, p.\u00a034) puisqu\u2019on ne saurait parler de parlement sans envisager l\u2019analyse des jeux des acteurs et actrices politiques qui l\u2019animent. Ces parlementaires mettent en \u0153uvre des strat\u00e9gies multiples afin de canaliser la violence physique en usant de la symbolique des mots \u00e0 l\u2019instar de la pratique du parlementarisme de couloir qui pr\u00e9c\u00e8de les d\u00e9bats en pl\u00e9ni\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Si le d\u00e9chainement des passions, des tensions et de la violence appara\u00eet in\u00e9vitable dans les \u00e9changes parlementaires, les \u00e9v\u00e8nements de novembre 2017 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale du Cameroun peuvent par ailleurs \u00eatre lus sous le prisme d\u2019une (r)\u00e9volution silencieuse dans les pratiques d\u2019assembl\u00e9es dans ce pays. On assiste \u00e0 un desserrement du carcan d\u2019autoritarisme qui gouverne encore les pratiques du parti majoritaire au parlement depuis environ trois d\u00e9cennies. Les civilit\u00e9s longtemps observ\u00e9es chez les membres du parlement sont \u00e0 en croire, Machikou (2019, p. 82), la r\u00e9sultante des processus de convention et de contention, mais surtout de domestication. Les troubles et tensions de la session budg\u00e9taire de l\u2019ann\u00e9e l\u00e9gislative 2017 r\u00e9v\u00e8lent une fois de plus que \u00ab le RDPC contr\u00f4le pratiquement tout \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"C\u2019est ce que laisse entendre un employ\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e nationale interrog\u00e9 sur le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements \u00e0 la fin de la tumultueuse pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017.\" id=\"return-footnote-228-12\" href=\"#footnote-228-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La militarisation des mani\u00e8res de faire la politique, au sein des rangs des parlementaires du RDPC, avec un pr\u00e9sident qui dirige l\u2019Assembl\u00e9e nationale d\u2019une main de fer depuis pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0, ne pouvait que justifier l\u2019exasp\u00e9ration d\u2019une minorit\u00e9 parlementaire d\u00e9sormais incapable de se faire entendre. Les actions entreprises par les parlementaires du SDF traduisent simplement la manifestation de ces frustrations et d\u2019un ras-le-bol contre le dirigisme parlementaire d\u2019une majorit\u00e9 qui impose son diktat en toute circonstance. Les attitudes en apparence passives du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et de son r\u00e9giment de d\u00e9put\u00e9-e-s face aux troubles du SDF t\u00e9moignent alors de la reconnaissance des premiers du droit des minorit\u00e9s) \u00e0 manifester leur d\u00e9sapprobation.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En outre, si les actes du SDF ont entra\u00een\u00e9 une perturbation durable de la session, aucun n\u2019a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9 en d\u00e9pit de la rigidit\u00e9 des dispositions 31, 38, 43, 50, 97 \u00e0 99 du r\u00e8glement int\u00e9rieur de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et de celles 113-2, 113-5, 114-2, 3, 4, 5, 6 du r\u00e8glement int\u00e9rieur du S\u00e9nat. Mieux encore, la gestion de ces \u00e9v\u00e8nements a \u00e9t\u00e9 ponctu\u00e9e de moments de d\u00e9rision de la part du pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale lui-m\u00eame. L\u2019on en veut pour preuve la reprise par ce dernier du chant \u00ab Paul Biya, Paul Biya, le pays va mal \u00bb entonn\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s du SDF en ces termes \u00ab le pays va bien \u2026 c\u2019est le SDF qui va mal \u00bb pendant la pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre. Quoi qu\u2019il en soit, les \u00e9v\u00e8nements de novembre 2017 au parlement semblent sonner le glas d\u2019une opposition parlementaire qui se mure et se meure dans un silence complice, comme une victime du syndrome de <em>Stockholm<\/em>, d\u2019un parlement aux ordres de l\u2019Ex\u00e9cutif.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9ruption de la violence dans les enceintes parlementaires camerounaises, appr\u00e9hend\u00e9e entre d\u00e9sordre et logique strat\u00e9gique oppositionnelle, a secou\u00e9 le corset r\u00e8glementaire sur lequel reposait jusque-l\u00e0 l\u2019ordre parlementaire. Elle d\u00e9note, par voie de cons\u00e9quence, le recul de la d\u00e9mocratie parlementaire m\u00eame si l\u2019on note un relatif desserrement de la t\u00e9nacit\u00e9 d\u2019un milieu d\u00e9lib\u00e9ratif \u00e0 d\u00e9mocratisation inachev\u00e9e. Si l\u2019absence de sanctions \u00e0 l\u2019endroit des auteurs et autrices des troubles sporadiques peut marquer l\u2019ouverture des pratiques du parlement \u00e0 des sc\u00e8nes outranci\u00e8res et quelque peu subversives, il n\u2019\u00e9chappe gu\u00e8re que ces tensions et affrontements sont loin des stades paroxysmiques de violences observ\u00e9es dans les parlements d\u2019autres pays. Au Cameroun, ces \u00e9v\u00e8nements sont un r\u00e9v\u00e9lateur des s\u00e9ances parlementaires comme barom\u00e8tre du corps social (notamment du climat sociopolitique qui pr\u00e9vaut) et de l\u2019inh\u00e9rence de la violence aux \u00e9changes parlementaires. Fondant leur activisme parlementaire sur la d\u00e9nonciation de la marginalisation de la minorit\u00e9 anglophone par le refus syst\u00e9matique de l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9bat au parlement sur la crise sociopolitique, les actions des d\u00e9put\u00e9-e-s SDF et de l&rsquo;UDC participent en outre \u00e0 la d\u00e9nonciation du mus\u00e8lement et de la domestication des oppositions parlementaires du fait de leur caract\u00e8re minoritaire au sein de la repr\u00e9sentation nationale. Plut\u00f4t que d\u2019un retour, il s\u2019agit davantage d\u2019un recours aux modes contestataires d\u2019expression politique qui peut faire craindre la banalisation de la violence et sa routinisation dans les pratiques politiques au Cameroun.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Baudot, Pierre-Yves et Rozenberg, Olivier. 2010. Introduction. Lasses d\u2019Elias: des assembl\u00e9es d\u00e9-pacifi\u00e9es?. <em>Parlement[s]. Revue d\u2019histoire politique<\/em>, <em>14<\/em> (2), 16-17.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beaussier, Anne-Laure. 2010. Incivilit\u00e9 et bipolarisation du Congr\u00e8s am\u00e9ricain: une analyse des d\u00e9bats de sant\u00e9 entre 1965 et 2010. <em>Parlement[s]. Revue d&rsquo;histoire politique,<\/em> <em>14<\/em> (2), 67-89.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouchet, Thomas. 2010. <em>Noms d\u2019oiseaux. L\u2019insulte en politique de la Restauration \u00e0 nos<\/em> jours.<em> Paris, Stock.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouchet, Thomas et Vigreux, Jean. 2010. Violences parlementaires en perspective (1850-1900-1950-2000). <em>Parlement[s]. Revue d&rsquo;histoire politique<\/em>, <em>14<\/em> (2), 18-34.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cavaye Yegui\u00e9, Djibril. 2017. <em>Discours de cl\u00f4ture de la session budg\u00e9taire de novembre<\/em>. Assembl\u00e9e nationale, Cameroun.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cohendet, Marie-Anne. 2004. Une crise de la repr\u00e9sentation politique?. <em>Cit\u00e9s<\/em>, <em>2<\/em> (18), 41-61.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Courtine, Jean-Jacques. 1990.\u00a0Les glissements du spectacle politique. <em>Esprit<\/em>, <em>164<\/em> (9), 152-164.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Crozier, Michel et Friedberg, Erhard. 1977. <em>L\u2019Acteur et le syst\u00e8me<\/em>. Paris: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dompnier, Nathalie. 2010. La l\u00e9gitimit\u00e9 politique en joue. Le chahut organis\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s fran\u00e7ais sur la question des fraudes \u00e9lectorales depuis les ann\u00e9es 1980,<em> Parlement[s], Revue d&rsquo;histoire politique,<\/em> <em>14<\/em> (2), 35-48.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand, Jean-Pierre et Weil, Robert. 1990. <em>Sociologie contemporaine<\/em>. Paris: Vigot.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9lias, Norbert et Dunning, \u00c9ric. 1994. <em>Sport et civilisation, la violence ma\u00eetris\u00e9e<\/em>. Paris: Fayard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9lias, Norbert. 2002.<em> La Civilisation des m\u0153urs<\/em>. Paris: Pocket.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">France, Anatole. 1922. <em>La Vie en fleur<\/em>. Paris: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gallichan, Gilles. 2008.\u00a0La session ardente: Fureur et violence au parlement en 1849. <em>Les Cahiers des dix<\/em>, <em>62<\/em>, 93-122.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne<\/em>. Paris; Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guislin, Jean-Marc. 1998. Parlementarisme et violence rh\u00e9torique dans les ann\u00e9es 1870. <em>Revue du Nord<\/em>, <em>tome 80<\/em> (326-327), 697-727.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Heurtin, Jean-Philippe.\u00a01999. <em>L\u2019Espace public parlementaire. Essai sur les raisons du l\u00e9gislateur<\/em>. Paris: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Klen, Ana\u00efs. 2019. Entre claquement de pupitres, clameur partisane et effet de manche : l\u2019insulte en politique. France Culture.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/le-journal-de-lhistoire\/le-journal-de-lhistoire-du-vendredi-06-septembre-2019\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/le-journal-de-lhistoire\/le-journal-de-lhistoire-du-vendredi-06-septembre-2019<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La Nouvelle Expression<\/em>, <em>4595<\/em>, 15 novembre 2017a.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La Nouvelle Expression<\/em>, <em>4622<\/em>, 11 d\u00e9cembre 2017b.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>La Nouvelle Expression,<\/em> <em>4627<\/em>, 18 d\u00e9cembre 2017c.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Le Jour<\/em>, <em>2570<\/em>, 24 novembre 2017.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Le Messager<\/em>, <em>4960<\/em>, 24 novembre 2017.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loi n\u00b0 2018\/038 du 11 juillet 2018 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e nationale<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Machikou, Nadine. 2009. Les r\u00e9gimes de la pacification parlementaire au Cameroun. <em>Polis\/R.C.S. P.\u00a0\/C.P.S.R.<\/em>, <em>1 &amp; 2<\/em> (16), 67-94.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mba Talla, Modeste. 2018. Cameroun: entre criminalisation de l\u2019action collective, \u00e9lections et gouvernance de la neutralisation. <em>Bulletin FrancoPaix<\/em>, <em>2<\/em> (3) 1-9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Modzom, Fran\u00e7ois Marc. 2015. <em>Les silences pr\u00e9sidentiels: analyse des dispositifs et du traitement m\u00e9diatique de la communication politique de Paul Biya, Pr\u00e9sident du Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II Soa,<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Mutations,<\/em> <em>4507<\/em>, 27 novembre 2017.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pommerolle, Marie-Emmanuelle. 2005. <em>\u00c0 quoi servent les droits de l\u2019Homme?. Action collective et changement politique au Cameroun et au Kenya<\/em>. Th\u00e8se de doctora , Universit\u00e9 Montesquieu-Bordeaux IV.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rozenberg, Olivier. 2010. La discipline \u00e0 Westminster \u00e0 travers le trait\u00e9 d&rsquo;Erskine May (1906). <em>Parlement[s]. Revue d&rsquo;histoire politique, 14<\/em> (2), 127-132.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Schmitt, Carl. 1992. <em>La Notion du politique. Th\u00e9orie du partisan<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Shukan, Ioulia. 2010. La s\u00e9ance du 27 avril 2010 \u00e0 la Rada Supr\u00eame d\u2019Ukraine: une sc\u00e8ne de gu\u00e9rilla parlementaire. <em>Parlement[s]. Revue d&rsquo;histoire politique<\/em>, <em>14<\/em> (2), 114-120.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vallet, Odon. 1989. Le mot parlement. <em>Mots<\/em>, <em>19<\/em>, 97-98.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viktorovitch, Cl\u00e9ment. 2010. Les commissions parlementaires \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale et au S\u00e9nat: un havre de paix?. <em>Parlement[s]. Revue d&rsquo;histoire politique,<\/em> <em>14<\/em> (2), 90-110.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vincent, Marie-B\u00e9n\u00e9dicte <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 2010. Comptes rendus d\u2019ouvrages autour de Norbert Elias.\u00a0<em>Vingti\u00e8me Si\u00e8cle. Revue d&rsquo;histoire<\/em>, <em>106<\/em> (2), 215-233.<br \/>\nhttps:\/\/doi:10.3917\/vin.106.0215<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/mahini\">Bertrand-Michel MAHINI<\/a><\/strong><br \/>Bertrand-Michel Mahini est chercheur au Centre national d\u2019\u00e9ducation du Minist\u00e8re de la recherche scientifique et de l\u2019innovation (Cameroun). Il est actuellement moniteur de science politique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II-Soa o\u00f9 il pr\u00e9pare une th\u00e8se de doctorat Ph.D en science politique. Ses travaux de recherche portent sur les questions parlementaires, les \u00e9tudes de genre et politique, de communication politique, de religion et de violence politique.<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/daouda\">Sakinatou DAOUDA<\/a><\/strong><br \/>L\u2019autrice est titulaire d\u2019un doctorat PhD en anthropologie et sociologie politique. Elle est Charg\u00e9e de Recherche au Minist\u00e8re de la Recherche Scientifique et de l\u2019Innovation du Cameroun et par ailleurs, Chef de Bureau des Affaires Administratives et Financi\u00e8res et du Bureau de la Coordination au Centre R\u00e9gional de Recherche et d\u2019Innovation de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Elle est sp\u00e9cialiste des questions de genre et politique, d\u2019anthropologie et de sociologie politique. Autrice de plusieurs articles scientifiques parus dans diverses maisons d\u2019\u00e9ditions au plan national et international. Actuellement, elle poursuit ses recherches dans les domaines du genre et politique et de l\u2019\u00e9ducation.<br \/>\nContact : sakinatoudaou@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-228-1\">Par d\u00e9-sportisation, il faut entendre le recours (et\/ou le retour) \u00e0 des pratiques ou d\u2019actes de violence dans les rapports sociopolitiques. Ce terme doit \u00eatre saisi \u00e0 l\u2019aune de la sociologie \u00e9liasienne (\u00c9lias et Dunning,1994) de la \u00ab civilisation des m\u0153urs politiques \u00bb comme synonymique aux notions de \u00ab d\u00e9-pacification \u00bb et de \u00ab d\u00e9-civilisation \u00bb. Car, pour \u00c9lias, le sport, n\u00e9 d\u2019une \u00ab sportisation \u00bb des passe-temps, abolit le recours \u00e0 la violence, pr\u00f4nant ainsi le partage d\u2019un id\u00e9al de comp\u00e9tition pacifique port\u00e9 par les \u00e9lites anglaises et plac\u00e9 au c\u0153ur du parlementarisme. Voir Vincent <em>et al.<\/em> (2010). <a href=\"#return-footnote-228-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-2\">Union d\u00e9mocratique du Cameroun, parti politique de l\u2019opposition repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. <a href=\"#return-footnote-228-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-3\">Notamment pendant de la session budg\u00e9taire de novembre 2017. <a href=\"#return-footnote-228-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-4\">Terme qui, selon Mba Talla (2018, p. 3), d\u00e9signe la majorit\u00e9 \u00e9crasante des parlementaires du RDPC \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale comme au s\u00e9nat. <a href=\"#return-footnote-228-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-5\">C\u2019est le nom donn\u00e9 au si\u00e8ge de l\u2019Assembl\u00e9e nationale du Cameroun. <a href=\"#return-footnote-228-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-6\">On notera les altercations et joutes verbales entre les s\u00e9nateurs Obam Assam du RDPC et Jean Tsomelou du SDF o\u00f9 le second accuse le premier de \u00ab\u00a0propos g\u00e9nocidaires\u00a0\u00bb en s\u00e9ance du mardi 5 d\u00e9cembre au palais des congr\u00e8s (<em>La Nouvelle Expression (b)<\/em>, 2017, p. 7). <a href=\"#return-footnote-228-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-7\">Les chevalets lanc\u00e9s par l\u2019honorable Tomaino Ndam Njoya. <a href=\"#return-footnote-228-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-8\">Employ\u00e9 par les d\u00e9put\u00e9s SDF au cours des s\u00e9ances du 23 et 29 novembre et celle du 8 d\u00e9cembre 2017. <a href=\"#return-footnote-228-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-9\">Notes d\u2019observation, pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. <a href=\"#return-footnote-228-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-10\">Ce projectile est une sorte de balle perdue puisque l\u2019honorable d\u00e9put\u00e9e atteste qu\u2019elle lan\u00e7ait les chevalets plut\u00f4t en direction de la tribune. <a href=\"#return-footnote-228-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-11\">Initialement pr\u00e9vue pour 2018, le scrutin l\u00e9gislatif a \u00e9t\u00e9 report\u00e9 en 2019 conform\u00e9ment \u00e0 la loi n\u00b0 2018\/038 du 11 juillet 2018 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Puis en 2020, tel qu'indique l\u2019article 1er de la Loi n\u00b02019\/015 du 19 juillet 2019 portant prorogation du mandat des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. <a href=\"#return-footnote-228-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-228-12\">C\u2019est ce que laisse entendre un employ\u00e9 de l\u2019Assembl\u00e9e nationale interrog\u00e9 sur le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e8nements \u00e0 la fin de la tumultueuse pl\u00e9ni\u00e8re du 23 novembre 2017. <a href=\"#return-footnote-228-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":18,"menu_order":8,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["mahini","daouda"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[111,112],"license":[],"class_list":["post-228","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-crise-anglophone","motscles-de-sportisation","motscles-moeurs-politiques","motscles-ordre-parlementaire","motscles-strategie-politique","motscles-violence-parlementaire","keywords-anglophone-crisis","keywords-de-sporting","keywords-parliamentary-order","keywords-parliamentary-violence","keywords-political-morality","keywords-political-strategy","motscles-autre-anglophone-bilaade","motscles-autre-dabare-politikii","motscles-autre-laawol-sariya-gollirteengol-parlemaa","motscles-autre-sankitaare","motscles-autre-tagu-politikii","motscles-autre-tampingol-parlemaa","contributor-mahini","contributor-daouda"],"part":156,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/228","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/228\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":739,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/228\/revisions\/739"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/156"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/228\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=228"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=228"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=228"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=228"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}