{"id":809,"date":"2021-11-14T23:27:10","date_gmt":"2021-11-14T22:27:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/?post_type=chapter&#038;p=809"},"modified":"2025-01-09T09:28:06","modified_gmt":"2025-01-09T08:28:06","slug":"guidassa2022","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/texte\/guidassa2022\/","title":{"rendered":"L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique camerounaise : enjeux sanitaires"},"content":{"raw":"<h2><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si au lendemain de sa fondation, l\u2019UA[footnote]Union Africaine.[\/footnote], ent\u00e9rinant la d\u00e9cision de l\u2019OUA[footnote]Organisation de l\u2019Unit\u00e9 Africaine.[\/footnote] fit de la d\u00e9cennie 2001-2010 celle de la M\u00e9decine traditionnelle africaine, au Cameroun, cet engagement de promotion de la tradipratique n\u2019est pas honor\u00e9. Cela est d\u2019autant vrai que le 4 avril 2007, l\u2019\u00c9tat du Cameroun, \u00e0 travers son Minist\u00e8re de la sant\u00e9, pr\u00e9sentait au public et aux diff\u00e9rentes parties prenantes, les textes devant r\u00e9gir les secteurs de sant\u00e9. Il s\u2019agissait, selon Fongang (2010, p.\u00a048), d\u2019un avant-projet de loi portant organisation de la tradipratique, d\u2019un code de d\u00e9ontologie des praticien\u00b7ne\u00b7s et d\u2019un plan strat\u00e9gique national de d\u00e9veloppement et d\u2019int\u00e9gration de la m\u00e9decine traditionnelle au Cameroun. Selon ces textes, pour exercer, le tradipraticien et la tradipraticienne devrait avoir un certificat d\u00e9livr\u00e9 par le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 publique. Pour ce faire, il devrait tout d\u2019abord \u00eatre reconnu par les autorit\u00e9s administratives (gouverneur, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 r\u00e9gional de la sant\u00e9 publique). Ensuite, il ne devrait pas \u00eatre sp\u00e9cialis\u00e9 dans plus de cinq maladies. Enfin, il devrait am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de ses produits, pr\u00e9cis\u00e9ment leur pr\u00e9sentation, posologie et conservation (Fongang, 2010, p.\u00a0148).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si de telles initiatives peuvent d\u2019embl\u00e9e faire penser \u00e0 la valorisation de la\u00a0tradipratique, elles ne sont cependant pas incarn\u00e9es et africanis\u00e9es. Car, elles ne prennent pas en consid\u00e9ration la conception africaine et camerounaise de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie. Il est en r\u00e9alit\u00e9 question ici de faire dispara\u00eetre du champ m\u00e9dical camerounais, toute m\u00e9decine \u00ab\u00a0\u00e9sot\u00e9rique\u00a0\u00bb et holistique. Sinon, pourquoi contraindre la tradipratique \u00e0 \u00ab\u00a0am\u00e9liorer\u00a0\u00bb sa posologie pour exister, alors que l\u2019essentiel de ses m\u00e9thodes et produits n\u2019est pas dosable? Pourquoi obliger les praticien\u00b7ne\u00b7s \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans le soin d\u2019au trop cinq maladies quand on les conna\u00eet holistes par essence? N\u2019est-ce pas les obliger \u00e0 s\u2019acculturer en supprimant leurs attributs cardinaux que sont l\u2019\u00ab impond\u00e9rable \u00bb et la globalit\u00e9? Cette volont\u00e9 dissimul\u00e9e d\u2019acculturation et d\u2019interdiction de la tradipratique n\u2019est pas nouvelle. Elle remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale. Car, si aujourd\u2019hui elle est voil\u00e9e sous le pr\u00e9texte de \u00ab\u00a0r\u00e9gulation\u00a0\u00bb et port\u00e9e par des concepts comme la posologie et la \u00ab\u00a0rationalisation\u00a0\u00bb, autrefois elle avait pour soubassements conceptuels \u00ab\u00a0la magie\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0charlatanisme\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0sorcellerie\u00a0\u00bb. Les colons se sont servis de ces concepts vagues et confus pour subtilement interdire la tradipratique. \u00c0 propos, soulignons que le d\u00e9cret no 47-2209 sign\u00e9 le 19 novembre 1947 de Paul Ramadier (Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise) et applicable au Cameroun, stipulait que \u00ab\u00a0Sera puni [\u2026] quiconque aura particip\u00e9 \u00e0 [\u2026] des pratiques de sorcellerie, magie ou charlatanisme susceptible de troubler l\u2019ordre public et de porter atteinte aux personnes ou \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 (Mbonji, 2009, p.\u00a060).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Or, s\u2019appuyer sur ces trois concepts pour punir, revient in\u00e9luctablement \u00e0 condamner la tradipratique. La raison est que leurs contenus pr\u00e9sentent des affinit\u00e9s avec les caract\u00e9ristiques de la tradipratique. Selon le Dictionnaire Hachette (2011, p.\u00a01516), la sorcellerie renvoie aux pratiques occultes d\u2019un sorcier. La magie pour sa part (2011, p.\u00a0972), s\u2019appr\u00e9hende comme la science occulte qui permet d\u2019obtenir des effets merveilleux \u00e0 l\u2019aide des moyens surnaturels. Quant au charlatanisme (<em>ibid.,<\/em> p.\u00a0290), il d\u00e9signe le comportement du charlatan, c\u2019est-\u00e0-dire du gu\u00e9risseur qui se vante de gu\u00e9rir toutes sortes de maladies. \u00c9tant donn\u00e9 que la tradipratique se particularise par la globalit\u00e9 et parvient \u00e0 redonner la sant\u00e9 \u00e0 plusieurs malades gr\u00e2ce \u00e0 des pratiques dites \u00e9sot\u00e9riques telles que la divination ou la t\u00e9l\u00e9gu\u00e9rison, elle fut combattue par le colon. Abondant dans ce sens, Mbonji (2009, p.\u00a060) t\u00e9moignait que le flou entourant les mots sorcellerie, magie et charlatanisme conduit \u00e0 leur confusion avec la m\u00e9decine traditionnelle qui, d\u00e8s lors, se trouvera expos\u00e9e \u00e0 l\u2019application du d\u00e9cret sus\u00e9voqu\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les origines coloniales de cette interdiction ont \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9es par le gouvernement camerounais au lendemain des ind\u00e9pendances, car en son article 251, le Code p\u00e9nal camerounais punit la sorcellerie, la magie et la divination. Or, l\u2019une des pr\u00e9occupations de l\u2019OMS pour l\u2019Afrique depuis 1950 est d\u2019encourager l\u2019\u00e9panouissement d\u2019arts m\u00e9dicaux qui consid\u00e8rent les r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles des malades africains. Soutenant ce point de vue, Kamdoun (1994, p.\u00a06) rappellera qu\u2019il est \u00e9crit dans la constitution de l\u2019OMS dont le Cameroun est membre, que \u00ab\u00a0les gouvernements ont, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la sant\u00e9 de leurs peuples, un devoir dont ils peuvent s\u2019acquitter seulement en offrant un syst\u00e8me sanitaire ad\u00e9quat et en prenant des mesures socialement pertinentes\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la mesure o\u00f9 les Camerounais\u00b7es se con\u00e7oivent comme faits de corps, d\u2019\u00e2me et de souffle, majoritairement mal lotis et vivant en milieu rural, seule la tradipratique est capable d\u2019allier le pond\u00e9rable et l\u2019impond\u00e9rable (plantes et divinations), de soigner l\u2019humain dans son corps physique et au-del\u00e0, de gu\u00e9rir une kyrielle de. Le pr\u00e9sent article met en \u00e9vidence ce que peut gagner le Cameroun au plan sanitaire en trouvant aux lois p\u00e9nales relatives \u00e0 la tradipratique, des contenus qui tiennent compte de la conception camerounaise de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique et l\u2019\u00e9mergence au Cameroun d\u2019une m\u00e9decine holistique<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle camerounaise, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9p\u00e9nalisation de ses principaux attributs que sont la \u00ab\u00a0non-mesure\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0irrationalit\u00e9\u00a0\u00bb et la globalit\u00e9[footnote]Par globalit\u00e9, nous faisons ici allusion \u00e0 la capacit\u00e9 de la m\u00e9decine traditionnelle \u00e0 venir \u00e0 bout d\u2019une panoplie de disharmonies sanitaires de natures diverses en pr\u00e9sentiel, \u00e0 distance ou par objet interpos\u00e9.[\/footnote] est capable de faire \u00e9merger au Cameroun, une m\u00e9decine holistique. D\u00e9p\u00e9naliser ces particularit\u00e9s de la m\u00e9decine traditionnelle camerounaise et trouver \u00e0 la l\u00e9gislation p\u00e9nale en la mati\u00e8re des contenus qui les valorisent, favoriseraient l\u2019apparition d\u2019une th\u00e9rapeutique totale. En d\u2019autres mots et dans la mesure o\u00f9 le Camerounais ou la Camerounaise se con\u00e7oit comme compos\u00e9, cela permettrait l\u2019\u00e9mergence d\u2019un art m\u00e9dical capable de le soigner, quel que soit son emplacement g\u00e9ographique, dans ses corps physique, \u00e9th\u00e9rique et astral.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La d\u00e9p\u00e9nalisation du c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0impond\u00e9rable\u00a0\u00bb de la tradipratique et l\u2019\u00e9mergence d\u2019une th\u00e9rapie \u00ab\u00a0bio-socio-cosmo-m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb au Cameroun<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9p\u00e9nalisant le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0impond\u00e9rable\u00a0\u00bb (non mesurable) de la tradipratique, c\u2019est-\u00e0-dire en africanisant la notion de posologie par des lois appropri\u00e9es, l\u2019on pourrait faire \u00e9merger au Cameroun, une th\u00e9rapie \u00ab\u00a0bio-socio-cosmo-m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb. Il est question d\u2019une th\u00e9rapeutique totale apte \u00e0 concevoir l\u2019humain en communion avec son cadre g\u00e9ographique, mais aussi en relation avec son environnement sociofamilial m\u00e9diat et direct et \u00e0 le soigner cons\u00e9quemment, quelle que soit sa pathologie. Une th\u00e9rapie inclusive qui prendrait en compte la personne tout enti\u00e8re et son environnement social parce que la sant\u00e9 pour elle renverrait \u00e0 l\u2019harmonie int\u00e9rieure et psychosomatique de la personne, \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019environnement o\u00f9 elle vit et \u00e0 la stabilit\u00e9 de sa relation \u00e0 sa communaut\u00e9 mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle (Azetsop, 2010, p.\u00a0451).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 proprement parler, en africanisant la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, l\u2019\u00c9tat du Cameroun contribuerait \u00e0 jeter les bases d\u2019une m\u00e9decine qui, selon les attentes de l\u2019OMS depuis 1950, tiendrait compte de la conception africaine et camerounaise de l\u2019humain et donc de la sant\u00e9 et de la maladie. Selon cette conception et pour reprendre Priscille Djomhou\u00e9 (2009, en ligne), l\u2019humain est triadique, comprenant le corps, le souffle et l\u2019ombre. Mais il faut noter que ces composantes humaines varient suivant les aires culturelles camerounaises. Les Mandara de Mora, par exemple, parlent du sang, de l\u2019esprit et de l\u2019\u00e2me. Chez les Mafa comme chez les Foulb\u00e9 de l\u2019Extr\u00eame-Nord Cameroun, on distingue le corps (<em>va, mbandou<\/em>), l\u2019ombre (<em>mejib<\/em>, <em>mbellou<\/em>), le souffle (<em>nscheff\u00e8<\/em>, <em>yonki<\/em>). Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 des diff\u00e9rentes composantes d\u2019un tout qu\u2019est l\u2019humain, mais plut\u00f4t, selon Hebga (1991, p.\u00a085), \u00ab\u00a0des instances de la personne, niveau de l\u2019\u00eatre dont chacun est la personne enti\u00e8re \u00e0 tel ou tel point de vue\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une telle explication du sch\u00e9ma du \u00ab\u00a0compos\u00e9\u00a0humain\u00a0\u00bb mettant en lumi\u00e8re l\u2019inextricable relation corps-ombre-souffle ou si l\u2019on veut, corps-\u00e2me-esprit\/sang, est aussi valable pour le Camerounais ou la Camerounaise dans le domaine de la sant\u00e9, de la maladie et de la gu\u00e9rison o\u00f9 l\u2019on peut tuer, rendre malade ou r\u00e9tablir le corps (physique) en s\u2019attaquant au souffle, au sang, \u00e0 l\u2019ombre, \u00e0 l\u2019\u00e2me ou \u00e0 l\u2019esprit ou en les restaurant. Corps, souffle et ombre ne repr\u00e9sentent donc pas les diff\u00e9rentes parties de l\u2019humain, mais l\u2019humain lui-m\u00eame tel qu\u2019il existe et se manifeste \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. La cons\u00e9quence est que la gu\u00e9rison va s\u2019adresser \u00e0 la personne tout enti\u00e8re (dans sa dimension mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle) y compris \u00e0 la vie de sa communaut\u00e9. Pour les tradipraticien\u00b7ne\u00b7s, gu\u00e9rir signifie \u00e9liminer toutes formes de troubles physiques et m\u00e9taphysiques qui affectent la vie du malade et l\u2019emp\u00eachent d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame (Ter Haar, 1996, p.\u00a0174).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui signifie que rien en l\u2019\u00eatre humain et dans son environnement visible et invisible n\u2019est n\u00e9gligeable pour l\u2019Africain lorsqu\u2019il s\u2019agit de la restauration sanitaire. C\u2019est la raison pour laquelle, ces instances (corps, souffle, l\u2019\u00e2me) que l\u2019on d\u00e9gage de la personne m\u00eame de l\u2019\u00eatre humain, ne sont pas suffisantes pour le d\u00e9finir convenablement si l\u2019on oublie de se r\u00e9f\u00e9rer aux autres variables qui, bien qu\u2019ext\u00e9rieures \u00e0 lui, permettent de le cerner dans son int\u00e9gralit\u00e9. Jean Heijks (par Djomhou\u00e9, 2009, en ligne), dans une \u00e9tude sur la r\u00e9incarnation en Afrique, insiste sur le fait que l\u2019Africain ne se consid\u00e8re pas comme une unit\u00e9 indivisible. Convaincu d\u2019\u00eatre compos\u00e9, il ne se per\u00e7oit pas comme en possession de lui-m\u00eame. Dans cette composition, il existe des \u00e9l\u00e9ments provenant de l\u2019ext\u00e9rieur, notamment des anc\u00eatres, de Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00eatres qui pour lui, sont des partenaires dans le processus qui conduit \u00e0 la maladie ou \u00e0 la gu\u00e9rison (Djonhou\u00e9, 2009, en ligne). Ce qui influence son agir.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De ce point de vue, l\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique permettra de faire \u00e9merger au Cameroun une v\u00e9ritable m\u00e9decine traditionnelle, celle qui ne se r\u00e9duit pas aux seuls soins des pathologies physiques \u00e0 base des plantes. Mais qui pourra assembler le mesurable et le \u00ab\u00a0non mesurable\u00a0\u00bb selon les d\u00e9sirs des Camerounais\u00b7es qui ont besoin des produits assortis d\u2019une posologie \u00ab\u00a0rationnelle\u00a0\u00bb contre des perturbations physiologiques tels le paludisme ou la gastrite. Mais parfois aussi, souffrent des dysfonctionnements relevant de l\u2019assaut contre l\u2019\u00e2me par des agents invisibles qui peuvent \u00eatre des sorciers, des esprits ancestraux ou des d\u00e9mons. Dans ce cas, ils s\u2019attendent \u00e0 des cures non dosables accompagn\u00e9es d\u2019une posologie \u00ab\u00a0irrationnelle\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9chappant \u00e0 la causalit\u00e9 biom\u00e9dicale ou occidentale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avec l\u2019adoption des lois qui \u00e9pousent le contour de la conception africaine de l\u2019humain et de la maladie, on assistera \u00e0 la renaissance de l\u2019\u00ab\u00a0arch\u00e9o-m\u00e9decine traditionnelle\u00a0\u00bb camerounaise (Mbondji, 2009), une m\u00e9decine traditionnelle authentique, celle pr\u00e9coloniale. Cette m\u00e9decine suivra une trajectoire m\u00e9dicale en forme d\u2019entonnoir, qui partira d\u2019abord de la conception globale de l\u2019humain et de la gu\u00e9rison pour d\u00e9boucher sur celle sp\u00e9cifique, individualiste. Elle commencera toujours par s\u2019int\u00e9resser au milieu de vie et du travail du malade pour ne s\u2019incliner sur son mal qu\u2019ult\u00e9rieurement. \u00c0 ce titre, elle sera d\u2019abord \u00ab\u00a0th\u00e9rapique\u00a0\u00bb, c'est-\u00e0-dire relationnelle, int\u00e9grative, globale avant d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0th\u00e9rapeutique\u00a0\u00bb, c'est-\u00e0-dire partielle, dissociative (Worms, 2006, p.\u00a0151). Avant d\u2019isoler le mal, la partie du corps ou la fonction de l\u2019organisme qui est atteinte, elle s\u2019\u00e9vertuera au pr\u00e9alable \u00e0 soumettre le malade et toute sa soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une th\u00e9rapie globale visant \u00e0 les soustraire du joug des perturbations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Inversement, obliger la tradipratique \u00e0 am\u00e9liorer sa posologie, c\u2019est-\u00e0-dire la contraindre \u00e0 s\u2019efforcer de tout doser \u00e0 la\u00a0mani\u00e8re de la biom\u00e9decine, c\u2019est interdire la r\u00e9apparition au Cameroun d\u2019une m\u00e9decine traditionnelle incarn\u00e9e, en congruence avec les attentes des humains et femmes qui se savent compos\u00e9\u00b7e\u00b7s de plusieurs corps (physique, causal, astral et \u00e9th\u00e9rique) g\u00e9n\u00e9ralement atteignables de fa\u00e7on \u00ab\u00a0invisible\u00a0\u00bb par des jeteurs de sorts. C\u2019est aussi valoriser une m\u00e9decine abusivement qualifi\u00e9e de traditionnelle, mais qui dans le fond, reste une th\u00e9rapie qui ne refl\u00e8te plus les r\u00e9alit\u00e9s camerounaises. C\u2019est compendieusement acculturer la tradipratique camerounaise, la forcer \u00e0 la disparition pour l\u2019int\u00e9r\u00eat des firmes multinationales qui la veulent litt\u00e9ralement r\u00e9duite en phytoth\u00e9rapie et ses praticiens en herboristes. C\u2019est refuser d\u2019admettre que tout ne se mesure pas scientifiquement et donc, contraindre les Camerounais \u00e0 mourir des pathologies relevant de l\u2019attaque de l\u2019esprit, de l\u2019\u00e2me ou du souffle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, d\u00e9p\u00e9naliser et valoriser sa dimension dite irrationnelle, s\u2019abstenir de lui imposer une posologie cart\u00e9sienne, c\u2019est donc socialiser la m\u00e9decine en prenant en consid\u00e9ration les attentes m\u00e9dicales et sanitaires des Camerounais et Camerounaises. C\u2019est, en un mot, faire \u00e9merger au Cameroun une m\u00e9decine compl\u00e8te, incarn\u00e9e, capable de soigner les troubles relevant du m\u00e9tasocial, de la m\u00e9taphysique, de l\u2019atteinte des corps causal et astral tels les couches de nuit, l\u2019empoisonnement onirique ou la malchance[footnote]Il faut ici noter que pour les Camerounais comme pour la majorit\u00e9 d\u2019Africains d\u2019ailleurs, la malchance est une maladie au m\u00eame titre que le paludisme, le SIDA, la typho\u00efde entre autres. Par cons\u00e9quent, les personnes qui en souffrent, c\u2019est-\u00e0-dire celles \u00e0 qui presque rien ne r\u00e9ussit peuvent \u00eatre prises en charge par une th\u00e9rapie appropri\u00e9e.[\/footnote]. C\u2019est surtout militer en faveur d\u2019une th\u00e9rapeutique capable de soigner ad\u00e9quatement les maladies physiologiques et de restituer le malade dans son \u00ab\u00a0\u00e9tat normal\u00a0\u00bb, initial, celui qui \u00e9tait sien avant la survenue de la maladie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est se doter d\u2019une m\u00e9decine \u00ab\u00a0bio-socio-cosmo-m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb qui ne se limite pas, comme la biom\u00e9decine, \u00e0 la suppression des douleurs, \u00e0 l\u2019ablation de l\u2019organe ou de la partie atteint(e) de l\u2019organisme. Mais qui cherche plut\u00f4t \u00e0 \u00f4ter aux malades non pas le mal, mais le d\u00e9s\u00e9quilibre qui l\u2019a g\u00e9n\u00e9r\u00e9. En m\u00eame temps, elle r\u00e9tablit les pathologies qui sont ignor\u00e9es du patient et qui porteront in\u00e9luctablement atteinte \u00e0 sa sant\u00e9 dans un d\u00e9lai proche ou lointain. Car, le v\u00e9ritable malade n\u2019est simplement pas quelqu\u2019un qui se d\u00e9clare comme tel, mais un sujet conservant en lui autant de fixations conflictuelles que de nombreuses pathologies qu\u2019elles vont g\u00e9n\u00e9rer (Bergeret, 1985, p.\u00a015).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, en tradipratique, est-il difficile d\u2019entendre parler d\u2019amputation de membres, de greffes d\u2019organes ou d\u2019usage des implants cardiaques, comme c\u2019est de plus en plus le cas en biom\u00e9decine depuis le 14 juin 1993. Ces m\u00e9thodes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9es comme des appareils de maintien de la vie (Derian, 2013, p.\u00a0131). Pour elle, soigner ce n\u2019est pas \u00ab\u00a0diminuer\u00a0l\u2019homme\u00a0\u00bb, le d\u00e9faire d\u2019une partie de lui ou lui ajouter des organes artificiels. Soigner c\u2019est supprimer, par des techniques appropri\u00e9es, l\u2019\u00e9l\u00e9ment nuisible qui s\u2019est introduit dans l\u2019organisme, c\u2019est r\u00e9tablir l\u2019ordre alt\u00e9r\u00e9 par l\u2019agent provocateur des troubles, c\u2019est enlever ce qui a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9, ajouter ce qui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 \u00e0 l\u2019organisme et qui provoque chez lui, des dysfonctionnements.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la raison pour laquelle, Canguilhem (1966), se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 divers travaux du XIXe si\u00e8cle, notamment \u00e0 ceux d\u2019Auguste Comte (1842), pr\u00e9sentait la maladie comme un exc\u00e8s ou un d\u00e9faut par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tat \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb. En outre, si Claude Bernard (1865) la prenait pour l\u2019expression troubl\u00e9e d\u2019une fonction \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb, Bergeret (1985, p.19) la trouvait plus d\u2019un si\u00e8cle plus tard, comme constitu\u00e9e par une privation et un remaniement li\u00e9s \u00e0 une dissolution et\/ou \u00e0 une r\u00e9gression. Soigner, ce n\u2019est donc pas encombrer un malade des lunettes, lui arracher la mobilit\u00e9 des membres, c\u2019est plut\u00f4t, comme le disait Rosny, \u00ab\u00a0r\u00e9tablir l\u2019harmonie, r\u00e9installer le client \u00e0 la place qu\u2019il tenait avant sa maladie, dans l\u2019ordre cosmique et humain qui doit \u00eatre le sien\u00a0\u00bb (1992, p.\u00a031).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, africaniser les lois sur la tradipratique au Cameroun, c\u2019est se donner la chance de b\u00e9n\u00e9ficier de la t\u00e9l\u00e9m\u00e9dication ou des soins \u00e0 distance. L\u2019une des raisons pour lesquelles plusieurs Camerounais et Camerounaises s\u2019int\u00e9ressent aujourd\u2019hui \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle authentique est l\u2019ubiquit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 de ses traitements. Le nombre de villes de plus de 100\u00a0000 habitants \u00e9tant pass\u00e9 de 6 \u00e0 9 entre 1987 et 2005 au Cameroun (Batibonak, 2012, p.\u00a068), il s\u2019est install\u00e9 entre les travailleurs et travailleuses, une concurrence et un manque de confiance sans pareille. Pour parer \u00e0 toutes \u00e9ventualit\u00e9s, ils vont chacun recourir \u00e0 la tradipratique dont les meilleurs praticiens habitent les milieux ruraux; non pas seulement parce qu\u2019ils sont comp\u00e9tents, mais aussi parce qu\u2019ils peuvent agir \u00e0 distance. Ce qui leur permet alors de recevoir une protection m\u00e9dicale et \u00ab\u00a0param\u00e9dicale\u00a0\u00bb sans d\u00e9placements r\u00e9currents, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9p\u00e9naliser la dimension non mesurable de la tradipratique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La d\u00e9p\u00e9nalisation de soins de plus de cinq maladies ou l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une m\u00e9decine plurielle et la lutte contre la centralit\u00e9 biom\u00e9dicale au Cameroun<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les textes r\u00e9gissant le secteur de la m\u00e9decine traditionnelle pr\u00e9sent\u00e9s par le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 camerounaise au public et les parties prenantes le 4 avril 2007, il est mentionn\u00e9 que pour exercer, le tradipraticien doit \u00eatre sp\u00e9cialis\u00e9 dans le soin d\u2019au plus cinq maladies. Une telle restriction est une entrave \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation de la m\u00e9decine traditionnelle authentique au Cameroun. Cette derni\u00e8re \u00e9tant plurielle par essence, parce que capable de gu\u00e9rir divers types de maladies (astrales, physiques, \u00e9th\u00e9riques) \u00e0 partir des techniques m\u00e9dicales vari\u00e9es, la restreindre aux soins de seulement cinq pathologies physiques, c\u2019est emp\u00eacher aux Camerounais\u00b7es de b\u00e9n\u00e9ficier de la totalit\u00e9 de ses pouvoirs de soins, c\u2019est l\u2019acculturer. C\u2019est prendre le risque de la laisser tr\u00e9passer sous l\u2019effet des maladies qu\u2019elle sait pourtant gu\u00e9rir, surtout les habitants des milieux ruraux o\u00f9 elle est parfois la seule offre de sant\u00e9 disponible.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mieux, ne pas reconna\u00eetre les tradipraticiens sp\u00e9cialis\u00e9s dans le soin de plus cinq maladies, c\u2019est faire dispara\u00eetre progressivement du champ m\u00e9dical camerounais, la tradipratique. La raison est qu\u2019il n\u2019existe pas de tradipraticien honn\u00eate dont le r\u00e9pertoire m\u00e9dical se limiterait \u00e0 la ma\u00eetrise de soins de seulement cinq maladies. Les tradipraticiens sont par essence prolixes pour ce qui est des pathologies qu\u2019ils peuvent \u00e9radiquer. Ce qui est une aubaine pour les Camerounais\u00b7es qui, \u00e0 85\u00a0%, recourent \u00e0 leurs services. Certes, cette restriction peut faire penser \u00e0 leur sp\u00e9cialisation, mais dans un environnement camerounais o\u00f9 les soins biom\u00e9dicaux sont exorbitants et seulement accessibles aux citadins, il serait judicieux d\u2019encourager les \u00ab\u00a0m\u00e9decins traditionnels g\u00e9n\u00e9ralistes\u00a0\u00bb que l\u2019on trouve d\u2019ailleurs dans tous les villages au d\u00e9triment des \u00ab\u00a0m\u00e9decins traditionnels sp\u00e9cialis\u00e9s\u00a0\u00bb. Ou alors, de faire la promotion des tradipraticien\u00b7ne\u00b7s sans s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la taille du r\u00e9pertoire des maladies qu\u2019ils savent soigner. Que ceux et celles qui d\u00e9sirent se sp\u00e9cialiser dans le soin d\u2019au trop cinq maladies y soient encourag\u00e9\u00b7e\u00b7s et que ceux et celles qui peuvent effectivement aller au-del\u00e0 ne soient pas r\u00e9primand\u00e9s, car la sp\u00e9cialisation n\u2019exclut par la g\u00e9n\u00e9ralisation. La preuve, dans les h\u00f4pitaux publics r\u00e9guli\u00e8rement vant\u00e9s par les dirigeants camerounais, cohabitent m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes et m\u00e9decins sp\u00e9cialis\u00e9s. De m\u00eame qu\u2019on a besoin des m\u00e9decins quelle que soit leur cat\u00e9gorie, de m\u00eame on devrait encourager les tradipraticiens g\u00e9n\u00e9ralistes ou sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9p\u00e9naliser la sp\u00e9cialisation dans le soin de plus de cinq pathologies et de reconna\u00eetre tous les gu\u00e9risseurs qui s\u2019y activent. Cette d\u00e9p\u00e9nalisation favoriserait comme susmentionn\u00e9, l\u2019\u00e9tablissement au Cameroun d\u2019une m\u00e9decine traditionnelle plurielle capable de soigner plusieurs maladies \u00e0 partir de diff\u00e9rentes m\u00e9thodes \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb reconnues ou pas. Un tradipraticien dont le pouvoir se limite aux soins de seulement cinq maladies n\u2019en est pas un. Il est plut\u00f4t un opportuniste investi dans ce secteur pour des raisons d\u2019accumulation ou de lutte contre le ch\u00f4mage. La majorit\u00e9 des Camerounais et Camerounaises ayant grandi au Cameroun et entretenant une liaison relativement \u00e9troite avec leurs villages d\u2019attache savent soigner, \u00e0 base des plantes, au moins cinq maladies. Ce qui ne fait pour autant pas d\u2019eux des gu\u00e9risseurs traditionnels. Logiquement donc, d\u00e9finir les gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses camerounais\u00b7es \u00e0 partir de soins de cinq maladies, c\u2019est \u00e9riger tous les Camerounais\u00b7es en gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses traditionnel\u00b7le\u00b7s. Autrement dit, c\u2019est d\u00e9clarer l\u2019inutilit\u00e9 de ces derniers. Un tradipraticien camerounais authentique doit \u00eatre multiple. En d\u2019autres mots, il doit \u00eatre sp\u00e9cialis\u00e9 non seulement dans le soin de plus de cinq maladies, mais surtout dans celui des perturbations touchant aussi bien au corps visible que non-physique des patients. Dans ce cas, ses op\u00e9rations th\u00e9rapeutiques doivent s\u2019effectuer au moyen de la divination, des rites, des interpr\u00e9tations oniriques et non pas exclusivement des plantes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui conjecture que les interventions d\u2019un\u00b7e tradipraticien\u00b7ne camerounais\u00b7e \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb ne peuvent s\u2019adosser litt\u00e9ralement sur l\u2019usage des plantes ou des m\u00e9thodes \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb explicables. Car, elles s\u2019arc-boutent aussi sur des techniques et produits sur lesquels on ne peut appliquer la mesure (posologie). Cela transpara\u00eet clairement dans le rapport[footnote]Cf. Annexe 1.[\/footnote] qu\u2019adressa en 2007 le gu\u00e9risseur Aboky Jean au d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 provincial de la sant\u00e9 publique pour la r\u00e9gion du Nord (B\u00e9nou\u00e9). Dans ce rapport, le gu\u00e9risseur en question fait un \u00e9nonc\u00e9 de l\u2019ensemble des maladies qu\u2019il gu\u00e9rit au courant de l\u2019ann\u00e9e. Malgr\u00e9 l\u2019interdiction officielle de la sp\u00e9cialisation dans le soin de plus de cinq maladies, il s\u2019agit de\u00a0: asthme, gonococcie, folie, sorcellerie, rhumatisme, h\u00e9morro\u00efde, jaunisse, mal de dos, estomac, diab\u00e8te, st\u00e9rilit\u00e9, accouchement difficile, r\u00e8gles douloureuses, charme, morsure de serpent, blindage. Soit un ensemble de pr\u00e8s de 20 maladies de nature physique et m\u00e9taphysique soign\u00e9es non pas simplement au moyen des plantes, mais aussi \u00e0 travers des techniques m\u00e9dicales \u00ab\u00a0impond\u00e9rables\u00a0\u00bb. La pr\u00e9sence des pr\u00e9occupations sanitaires telles que la sorcellerie et le blindage sur sa liste en est une preuve imparable. D\u2019o\u00f9 une fois de plus, l\u2019int\u00e9r\u00eat de d\u00e9p\u00e9naliser cette sp\u00e9cialisation restrictive pour le bien-\u00eatre de ceux qui souffrent et l\u2019\u00e9tablissement au Cameroun d\u2019une th\u00e9rapeutique plurielle r\u00e9ellement traditionnelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La sant\u00e9 est la principale pr\u00e9occupation des Africain\u00b7e\u00b7s. C\u2019est du moins ce que r\u00e9v\u00e8le une enqu\u00eate sur les besoins de ce peuple\u00a0: famille (48\u00a0%, emploi (33\u00a0%), sant\u00e9 (75\u00a0%) (Ela, 2009, p.\u00a095). De ce fait, adopter des lois qui encouragent les gu\u00e9risseurs \u00e0 soigner plusieurs maladies, c\u2019est combattre la centralit\u00e9 biom\u00e9dicale que vivent encore plusieurs Camerounais\u00b7e\u00b7s. \u00c0 titre d\u2019illustration, soulignons qu\u2019en 2010, l\u2019UNESCO (2010, p.\u00a08) parlait d\u2019un m\u00e9decin pour 100 tradipraticiens. La d\u00e9p\u00e9nalisation sus-\u00e9voqu\u00e9e permettrait donc d\u2019offrir des soins aux malades qui n\u2019auront plus toujours besoin de parcourir des kilom\u00e8tres \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un h\u00f4pital pour gu\u00e9rir un mal que sauront \u00e9ventuellement combattre les tradipraticiens, vu qu\u2019ils \u00e9cument aussi bien les villes que les milieux ruraux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la d\u00e9p\u00e9nalisation permettra au Cameroun de lutter contre la raret\u00e9 des m\u00e9decins. En autorisant aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s d\u2019embrasser th\u00e9rapeutiquement le plus grand nombre possible de dysfonctionnements sanitaires, l\u2019on assistera \u00e0 la d\u00e9mocratisation des soins. Cela est d\u2019autant pertinent que plusieurs localit\u00e9s camerounaises ne disposent pas toujours de m\u00e9decins form\u00e9s par l\u2019\u00c9tat, ceux-ci pr\u00e9f\u00e8rent majoritairement exercer dans les r\u00e9gions du Centre et du Littoral, pr\u00e9cis\u00e9ment dans les villes de Yaound\u00e9 et de Douala. La preuve en est que, sur les 38207 personnels de sant\u00e9 issus du recensement de 2011 effectu\u00e9 par le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 publique, 16235 (42.49\u00a0%) travaillaient dans les seules r\u00e9gions du Centre et du Littoral contre 21888 (57.28\u00a0%) dans le reste du Cameroun (MINSANTE, 2011, p.\u00a027). Toujours selon les r\u00e9sultats de ce recensement (MINSANTE, 2011, p.\u00a051), l\u2019on d\u00e9nombrait en 2011 au Cameroun, 18954 infirmiers (7788 exer\u00e7aient dans les seules r\u00e9gions du Centre et du Littoral contre 9359 dans le reste du Cameroun); 162 pharmaciens (dont 78 au Centre et dans le Littoral et 63 dans les autres R\u00e9gions du pays); 1420 m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes (807 employ\u00e9s dans les deux r\u00e9gions du Centre et du Littoral contre 541 dans le reste du Cameroun); 422 m\u00e9decins sp\u00e9cialistes (dont 319 dans le Centre et le Littoral contre 96 ailleurs au Cameroun).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si pareille concentration des personnels de sant\u00e9 dans les deux r\u00e9gions susmentionn\u00e9es est surprenante, elle n\u2019est pas nouvelle. Selon Ela (2009, p.\u00a0101), au lendemain des ind\u00e9pendances, notamment en 1973, sur 290 m\u00e9decins travaillant au Cameroun, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 \u00e9tait concentr\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9 et \u00e0 Douala. En 1990, le Cameroun disposait de 1034 m\u00e9decins (Kandoum, 1994, p.\u00a031). En 1956, c\u2019est-\u00e0-dire pendant la p\u00e9riode coloniale, il y\u2019en avait 133 (Lapeyssonnie, 1988, p.\u00a0123). Ce qui implique qu\u2019en 34 ann\u00e9es d\u2019existence, l\u2019\u00c9tat camerounais a form\u00e9 en moyenne 26.5 m\u00e9decins par an. Ce qui rend compte de la raret\u00e9 des m\u00e9decins, car aujourd\u2019hui encore, il est difficile de rencontrer plus de trois \u00ab\u00a0m\u00e9decins publics\u00a0\u00bb dans les chefs-lieux de d\u00e9partement au Cameroun. \u00c0 en croire l\u2019enqu\u00eate d\u00e9mographique de 2011, pour un m\u00e9decin, on d\u00e9nombrait 9164 habitants en 1998, 10038 en 2000 et 13486 en 2007 (Kelojoue, 2012, p.\u00a03). D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre un terme \u00e0 la p\u00e9nalisation de la sp\u00e9cialisation des gu\u00e9risseurs dans le soin de plus de cinq maladies, puisque les m\u00e9decins se font rares dans les milieux ruraux o\u00f9 abondent en revanche les tradipraticien\u00b7ne\u00b7s. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019encourager ces derniers \u00e0 la prise en charge de la totalit\u00e9 des disharmonies sanitaires dont souffrent les villageois devient de plus en plus imp\u00e9rieuse.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En outre, l\u2019adaptation des lois p\u00e9nales aff\u00e9rentes \u00e0 la tradipratique aux r\u00e9alit\u00e9s camerounaises permettra de lutter contre la chert\u00e9 des produits biom\u00e9dicaux dont les prix ont flamb\u00e9 dans les pharmacies depuis la derni\u00e8re d\u00e9valuation du franc CFA de 1994 (Filakota, 2010, p.\u00a087). Corroborant ce point de vue, Rougemont (1992, p.\u00a016) affirme que des services de sant\u00e9, souvent dans le plus grand d\u00e9nuement structurel et fonctionnel, sont incapables, surtout \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, de faire face aux situations les plus banales. Et pourtant, la mise en \u0153uvre de l\u2019initiative de Bamako avec la cr\u00e9ation d\u00e8s 1985 de l\u2019office pharmaceutique, avait pour but, entre autres, de mettre \u00e0 la disposition des propharmacies, destin\u00e9es principalement aux populations rurales, des m\u00e9dicaments \u00e0 prix accessibles (Rougemont, 1992, p.\u00a016). Cependant sur le terrain, on r\u00e9alise qu\u2019il n\u2019en est rien. Le plus difficile dans les centres de sant\u00e9 camerounais est parfois l\u2019achat des m\u00e9dicaments prescrits que la rencontre d\u2019un m\u00e9decin. Car, lorsque le m\u00e9decin a prescrit une ordonnance constitu\u00e9e de cinq types de m\u00e9dicaments par exemple, il faut quelquefois faire le tour de toute la ville pour trouver trois d\u2019entre eux; l\u2019h\u00f4pital qui les a recommand\u00e9s, au m\u00eame titre que la majorit\u00e9 des pharmacies, n\u2019en dispose pas. Les deux autres sont parfois command\u00e9s ailleurs, obligeant ainsi le malade \u00e0 un traitement incomplet. Cette raret\u00e9 devient encore plus prononc\u00e9e lorsqu\u2019on se retrouve en zone rurale, d\u2019o\u00f9 la pertinence de la d\u00e9p\u00e9nalisation pour une meilleure r\u00e9sorption des difficult\u00e9s consubstantielles \u00e0 la chert\u00e9 et \u00e0 la raret\u00e9 des produits biom\u00e9dicaux.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique\u00a0ou l\u2019humanisation et l\u2019incarnation de la m\u00e9decine au Cameroun<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale relative \u00e0 la tradipratique reviendrait \u00e0 humaniser la m\u00e9decine au Cameroun et \u00e0 l\u2019incarner. Autrement dit, c\u2019est encourager l\u2019\u00e9mergence d\u2019une m\u00e9decine pour le Camerounais ou la Camerounaise, d\u2019un art m\u00e9dical qui tient compte de ses attentes m\u00e9dicales. Il s\u2019agit de montrer qu\u2019une m\u00e9decine fondamentalement fond\u00e9e sur la mesure serait une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire, non pas pour des \u00eatres compos\u00e9s qu\u2019ils sont, mais pour ceux constitu\u00e9s essentiellement de corps physiques. Par ailleurs, et dans la mesure o\u00f9 certains d\u2019entre eux croient irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de la biom\u00e9decine, d\u00e9velopper une m\u00e9decine traditionnelle authentique permettrait de diversifier les itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une m\u00e9decine scientifique est une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire\u00a0: \u00e9viter les d\u00e9rives de la technoscience par l\u2019africanisation des lois aff\u00e9rentes \u00e0 la tradipratique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9p\u00e9naliser le c\u00f4t\u00e9 non mesurable de la tradipratique par des lois qui tiennent compte de sa posologie, de la rationalit\u00e9 m\u00e9dicale africaine, c\u2019est \u00e9viter aux Camerounais et Camerounaises les d\u00e9rives de la technoscience. C\u2019est les aider \u00e0 comprendre qu\u2019une m\u00e9decine scientifique est une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire et pas celle du Camerounais et de la Camerounaise authentiques. C\u2019est les soutenir \u00e0 assumer publiquement leur recours aux tradipraticiens. Car, de nos jours, pour plusieurs Camerounais\u00b7es dit\u00b7e\u00b7s \u00e9rudit\u00b7e\u00b7s, \u00ab\u00a0civilis\u00e9\u00b7e\u00b7s\u00a0\u00bb, influenc\u00e9\u00b7e\u00b7s par les th\u00e9ories \u00e9volutionnistes du XVIIIe si\u00e8cle et surtout par les prescriptions islamo-chr\u00e9tiennes d\u00e8s le XVIe si\u00e8cle, recourir aux tradipraticiens, c\u2019est \u00eatre imprudent et insouciant. C\u2019est non seulement s\u2019exposer aux risques de toutes natures, mais aussi c\u00f4toyer le diable, l\u2019irrationnel, un savoir p\u00e9rim\u00e9 par les avanc\u00e9es et la sophistication biom\u00e9dicales. S\u2019ils ou elles doivent y recourir, c\u2019est secr\u00e8tement et surtout, lorsque la m\u00e9decine \u00ab\u00a0cart\u00e9sienne\u00a0\u00bb a d\u00e9clar\u00e9 l\u2019incurabilit\u00e9 clinique de leur mal. La raison, \u00e0 leur go\u00fbt, la tradipratique est un art m\u00e9dical quasi dangereux en ce qu\u2019elle est irrationnelle, impond\u00e9rable.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ce qui a certainement motiv\u00e9, en 2007, le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 camerounaise, \u00e0 exiger aux m\u00e9decins traditionnels d\u2019am\u00e9liorer leur posologie et la pr\u00e9sentation de leurs produits pour \u00eatre reconnus. Il s\u2019agit de les amener \u00e0 se rationaliser \u00e0 l\u2019Occidental, c\u2019est-\u00e0-dire en se servant de la mesure, des bouteilles sur lesquelles doivent \u00eatre mentionn\u00e9s les noms de leurs produits, les pathologies qu\u2019ils \u00e9radiquent ainsi que leurs dates de p\u00e9remption. Cette obsession pour la mesure va finalement gagner l\u2019int\u00e9r\u00eat des tradipraticien\u00b7ne\u00b7s \u00e0 telle enseigne que, pour se sentir comme tels et prouver l\u2019efficacit\u00e9 de leurs rem\u00e8des, ils ou elles les brandiront \u00e0 leurs lieux de travail et dans les bus de transport en commun sous des emballages, des \u00e9tiquettes rappelant les produits biom\u00e9dicaux. Bien plus et sous la m\u00eame influence, ils ou elles s\u2019emploieront \u00e9nergiquement \u00e0 mettre sur pied des pharmacies dites traditionnelles o\u00f9 ils r\u00e9f\u00e8reront les malades gr\u00e2ce \u00e0 leurs coordonn\u00e9es t\u00e9l\u00e9phoniques m\u00e9ticuleusement mentionn\u00e9es sur lesdits emballages. Il s\u2019agit en un mot, de l\u2019imitation de la pr\u00e9sentation, de la posologie, de la conservation et des m\u00e9thodes de commercialisation propres \u00e0 la biom\u00e9decine. D\u2019ailleurs, lors des journ\u00e9es africaines de la m\u00e9decine traditionnelle qui sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es tous les 31 ao\u00fbt, seuls les m\u00e9decins investis dans cette entreprise d\u2019acculturation, d\u2019occidentalisation, de \u00ab\u00a0scientificisation\u00a0\u00bb de la tradipratique sont aux premi\u00e8res loges comme le montre l\u2019image ci-dessous.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_836\" align=\"aligncenter\" width=\"769\"]<img class=\"wp-image-836 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Mama-Fouda.jpg\" alt=\"\" width=\"769\" height=\"293\" \/> Source : www.minsante.cm, 2018.[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur cette photo prise le 31 ao\u00fbt 2018 lors de la c\u00e9l\u00e9bration officielle \u00e0 Yaound\u00e9 de la seizi\u00e8me journ\u00e9e africaine de la m\u00e9decine traditionnelle, l\u2019ancien ministre de la Sant\u00e9 publique Andr\u00e9 Mama Fouda est occup\u00e9 \u00e0 la lecture du contenu de l\u2019emballage d\u2019un produit traditionnel qui fait penser \u00e0 celui d\u2019un rem\u00e8de \u00ab\u00a0cart\u00e9sien\u00a0\u00bb. En face de lui, d\u2019autres d\u00e9coctions et mac\u00e9rations pr\u00e9sent\u00e9es dans des bouteilles, certainement pour des besoins d\u2019\u00ab\u00a0am\u00e9lioration\u00a0\u00bb de la posologie alors qu\u2019on sait tr\u00e8s bien qu\u2019en m\u00e9decine traditionnelle authentique, le contenant dans lequel le rem\u00e8de est servi a, en fonction des maladies, une valeur m\u00e9dicale non n\u00e9gligeable. Un produit servi dans une calebasse blanche jamais utilis\u00e9e n\u2019a pas la m\u00eame efficacit\u00e9 et la m\u00eame fonction que le m\u00eame produit consomm\u00e9 par le malade dans les creux de ses mains ou servi dans un morceau de canari fait \u00e0 base d\u2019argile. Qui plus est, il est difficile en tradipratique authentique de concevoir pour chaque produit, une posologie qui s\u2019appliquerait identiquement \u00e0 tous les malades souffrant de la m\u00eame affection.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les produits traditionnels sont parfois prescrits en fonction des jours de naissance des malades et non pas simplement estim\u00e9s d\u2019apr\u00e8s leur \u00e2ge, \u00e9tat et constitution. Pour le m\u00eame rem\u00e8de, deux malades d\u2019\u00e2ge et d\u2019\u00e9tat identiques peuvent recevoir de prescriptions diff\u00e9rentes. L\u2019un peut \u00eatre conseill\u00e9 de le consommer les lundis et un autre les vendredis. \u00c0 l\u2019un, il peut \u00eatre recommand\u00e9 de le faire seulement apr\u00e8s le bain vesp\u00e9ral et \u00e0 l\u2019autre, apr\u00e8s le vol d\u2019un oiseau et tr\u00e8s t\u00f4t le matin. D\u2019ailleurs, il est connu en tradipratique qu\u2019un produit qui quitte le laboratoire ou la demeure du gu\u00e9risseur pour \u00eatre expos\u00e9 dans des lieux publics ou des \u00ab\u00a0pharmacies traditionnelles\u00a0\u00bb, n\u2019est presque plus efficace. Car, il est possible que pendant son d\u00e9placement ou son exposition, il ait \u00e9t\u00e9 soumis aux facteurs qui l\u2019annihilent telle la proximit\u00e9 de la femme en menstruation ou d\u2019une personne qui, apr\u00e8s fornication, n\u2019a pas pris un bain. Des conditions de \u00ab\u00a0purification\u00a0\u00bb que l\u2019on ne consid\u00e8re pas en biom\u00e9decine et qui n\u2019apparaissent pas sur les emballages des produits traditionnels, mais qui sont non n\u00e9gligeables en tradipratique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019objectif de l\u2019exigence de \u00ab\u00a0l\u2019am\u00e9lioration de la posologie\u00a0\u00bb est donc sans doute de d\u00e9barrasser la tradipratique de ces produits et pratiques m\u00e9dicaux qui ne se mesurent pas \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb, m\u00eame s\u2019ils sont efficaces et b\u00e9n\u00e9fiques pour les populations. Il s\u2019agit notamment pour le bien de la biom\u00e9decine qui pourra utiliser les r\u00e9sultats de sa recherche, de la d\u00e9barrasser entre autres des rites de d\u00e9possession et de gu\u00e9rison, des pratiques divinatoires, des th\u00e9rapies par la pri\u00e8re, des chants et danses th\u00e9rapeutiques tels le <em>sew<\/em> chez les Dii de l\u2019Adamaoua, le <em>facalaw<\/em> chez les Mafa de l\u2019Extr\u00eame-Nord ou encore le <em>manga<\/em> chez les ressortissants du D\u00e9partement de l\u2019Oc\u00e9an. Ce sont toutes des pratiques \u00e9tiologiques et th\u00e9rapeutiques efficaces, sollicit\u00e9es par les Camerounais et Camerounaises, mais rejet\u00e9es par les lois parce que non dosables et mesurables scientifiquement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Or, vanter une m\u00e9decine scientifique[footnote]Une m\u00e9decine scientifique est celle qui ne consid\u00e8re pas une affection comme telle que lorsque son agent pathog\u00e8ne est visible au microscope, cultivable et lorsqu\u2019il est capable de faire la m\u00eame maladie chez l\u2019animal. C\u2019est un art m\u00e9dical qui se veut exot\u00e9rique et cherche \u00e0 tout soigner \u00e0 partir des m\u00e9dicaments test\u00e9s sur les animaux et confirm\u00e9s en laboratoire.[\/footnote], condamner le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0non mesurable\u00a0\u00bb de la tradipratique, lui \u00f4ter toute m\u00e9dicalit\u00e9 et la basculer enti\u00e8rement dans le profond abyme du non-savoir, c\u2019est \u00e0 notre sens, s\u2019employer \u00e0 \u00e9riger au Cameroun, \u00e0 la place de la m\u00e9decine humaine, une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire. Car, le Camerounais ou la Camerounaise n\u2019est pas constitu\u00e9\u00b7e seulement de corps, mais aussi d\u2019\u00e2me et d\u2019esprit, comme le d\u00e9montre les propos de Weber en 2011, il n\u2019est pas <em>k\u00f6rper<\/em>[footnote]Corps machinique.[\/footnote], mais <em>leib<\/em>[footnote]Corps joint \u00e0 l\u2019\u00e2me ou psych\u00e9.[\/footnote]. Dans ce cas, une m\u00e9decine qui ne s\u2019occupe que des pathologies du corps (visible) de l\u2019humain sans se soucier de celles qui tourmentent l\u2019ombre, le souffle ou l\u2019esprit est une m\u00e9decine pour animal et non pour l\u2019humain, \u00eatre somatopsychique. La scientificit\u00e9 totale de la m\u00e9decine est impossible parce que les principes actifs qui permettent de venir \u00e0 bout de certaines morbidit\u00e9s, notamment celles relevant de jets de sorts, de possessions d\u00e9moniaques ou d\u2019attaques du corps \u00e9th\u00e9rique, ne peuvent s\u2019exp\u00e9rimenter en laboratoire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il en est de m\u00eame des agents qui provoquent ces maladies et ne sont visibles au microscope ou au scanner. Ce que peut voir une m\u00e9decine scientifique issue des travaux de Pasteur, ce sont tout simplement les manifestations des perturbations provenant d\u2019un dysfonctionnement au niveau du corps astral ou \u00e9th\u00e9rique et qu\u2019elle s\u2019efforcera symptomatiquement et en vain \u00e0 supprimer. De telles maladies qui se manifestent au travers du corps physique sont dites incurables, donnant ainsi l\u2019impression aux souffrants d\u2019avoir affaire \u00e0 une fatalit\u00e9. C\u2019est pourquoi il arrive parfois \u00e0 la \u00ab\u00a0m\u00e9decine scientifique\u00a0\u00bb de d\u00e9clarer \u00e0 ses patients qui souffrent atrocement qu\u2019ils n\u2019ont rien, au lieu de chercher la cause de leurs troubles ailleurs que dans leur seul corps physique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que cette m\u00e9decine dite scientifique feint d\u2019ignorer, c\u2019est que le corps physique n\u2019est pas le si\u00e8ge de toutes les maladies; il est tout simplement leur principal moyen d\u2019expression. Des \u0153d\u00e8mes ou des blessures au niveau des pieds par exemple, peuvent \u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019expression des troubles dont est victime l\u2019ombre d\u2019un malade. Il est donc clair qu\u2019une m\u00e9decine qui veut tout expliquer \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb, qui voudrait tout soigner \u00e0 partir des m\u00e9dicaments test\u00e9s sur les animaux et confirm\u00e9s en laboratoire, ne sera pas capable de gu\u00e9rir de tels maux. Si elle voulait le faire et \u00eatre une m\u00e9decine pour le Camerounais ou la Camerounaise, elle doit revoir sa conception de l\u2019humain et l\u2019admettre comme constitu\u00e9 \u00e0 la fois du corps, de l\u2019\u00e2me, de l\u2019ombre et du \u00ab\u00a0sang\u00a0\u00bb. Et ensuite, \u00e9laborer des pratiques m\u00e9dicales cons\u00e9quentes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Que faut-il conclure? Comme l\u2019affirmait Dominique Folscheid (2010, p.\u00a0411), une m\u00e9decine totalement scientifique est une m\u00e9decine impossible par d\u00e9finition et par nature. Le progr\u00e8s de la science et de la technique quel qu\u2019il soit, n\u2019y pourra rien. Si la m\u00e9decine est bien une m\u00e9decine de l\u2019humain, du Camerounais ou de la Camerounaise, elle ne peut pas \u00eatre dans son ensemble, scientifique, parce que le corps humain n\u2019est une machine que par abstraction, en lui \u00f4tant l\u2019\u00e2me (Folscheid, 2010). Il ne peut donc y avoir de m\u00e9decine vraiment scientifique, si ce n\u2019est un corps sans \u00e2me. Ce qui, pour Descartes, est le cas des animaux. La m\u00e9decine scientifique serait en r\u00e9alit\u00e9 une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire, d\u2019o\u00f9 cette alternative\u00a0de Folscheid\u00a0: ou bien la m\u00e9decine est totalement scientifique et elle n\u2019est pas humaine, ou bien elle est humaine et elle ne peut pas \u00eatre scientifique \u00e0 100 pour 100 (Folscheid, <em>ibid<\/em>.).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Et cela, la biom\u00e9decine le sait mieux que tout autre art m\u00e9dical. Elle sait \u00e9galement qu\u2019il est difficile de prouver ne serait-ce que 40\u00a0% de ses pratiques et produits de soins en laboratoire. Aussi, resta-t-elle blas\u00e9e et sans d\u00e9fense face aux d\u00e9clarations de Lisa Simpson, directrice adjointe de l\u2019Agence f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine charg\u00e9e de promouvoir la qualit\u00e9 des soins en m\u00e9decine. En 1999, elle affirma que seulement 10 \u00e0 20\u00a0% des activit\u00e9s et d\u00e9cisions biom\u00e9dicales sont fond\u00e9es sur des preuves scientifiques. D\u2019ailleurs, il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019une grande nouveaut\u00e9 puisque ces d\u00e9clarations correspondent exactement \u00e0 l\u2019estimation effectu\u00e9e en 1978 par le Congressionnal Office of Technology qui conclut que seulement 10 \u00e0 20\u00a0% des techniques de m\u00e9decine conventionnelle ont \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9es scientifiquement (Derey, 2003, p.\u00a034).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, trouver des lois qui d\u00e9p\u00e9nalisent le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9sot\u00e9rique\u00a0\u00bb de la tradipratique et qui reconnaissent les gu\u00e9risseurs qui y ont recours, permettrait donc de d\u00e9faire plusieurs Camerounais et Camerounaises du poids de la honte et de la culpabilit\u00e9 sous lequel ils ploient chaque fois qu\u2019ils se sont adress\u00e9s ou comptent s\u2019adresser aux tradipraticiens authentiques. En assumant publiquement ce c\u00f4t\u00e9 m\u00e9dical typiquement africain par des lois correspondant \u00e0 la conception camerounaise de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie, le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 les \u00e9pargnerait du sentiment de s\u2019adresser au diable, de faire montre d\u2019imprudence chaque fois qu\u2019ils se sont soumis \u00e0 un rite th\u00e9rapeutique. Autrement dit, il leur \u00e9viterait la d\u00e9rive technoscientifique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019obsession \u00e0 croire que, ne peut \u00eatre efficace qu\u2019une m\u00e9decine qui allie la science et la technique telle la biom\u00e9decine; alors que cette derni\u00e8re est en r\u00e9alit\u00e9 une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire, essentiellement somatique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Et cela est connu de tout le monde y compris de Descartes, celui qui, au XVIIe si\u00e8cle, syst\u00e9matisa la s\u00e9paration du corps et de l\u2019\u00e2me et fit du corps physique l\u2019objet de la science et de la m\u00e9decine, laissant ainsi de c\u00f4t\u00e9 les autres constituants immat\u00e9riels et non mesurables de l\u2019\u00eatre humain. \u00c0 propos, Descartes\u00a0pense que le corps machine n\u2019est qu\u2019une fiction cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces pour les besoins de la science, une abstraction \u00e9pist\u00e9mologique ajust\u00e9e aux besoins de la science m\u00e9canicienne (Folscheid, 2010, p.\u00a0410). Or, l\u2019humain r\u00e9el poursuit-il, est un compos\u00e9 unifi\u00e9 d\u2019\u00e2me et de corps que tout se passe comme s\u2019ils ne faisaient qu\u2019un seul, du moins aussi longtemps qu\u2019il est vivant (Folscheid, <em>ibid<\/em>.). Ce qui oblige la science et la technique \u00e0 ne pouvoir tout mesurer ou \u00e0 n\u2019essayer de doser que la zone des sensibilit\u00e9s qu\u2019elles ne soustraient d\u2019ailleurs pas \u00e0 la moiti\u00e9 des disharmonies qui l\u2019accablent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le malheur de la tradipratique viendrait de ce fait de la technoscience, notamment des travaux de Pasteur. C\u2019est lui qui montra durant la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle que toutes les maladies ont pour cause la pr\u00e9sence dans le corps, des germes minuscules\u00a0: les \u00ab\u00a0microbes\u00a0\u00bb (Lapeyssonie, 1988). C\u2019est lui qui syst\u00e9matisa ce qu\u2019on peut appeler ici la th\u00e9orie de correspondance \u00ab\u00a0maladie-microbe\u00a0\u00bb. Selon cette th\u00e9orie, \u00e0 chaque maladie, correspond un agent pathog\u00e8ne visible au microscope et supprimable \u00e0 partir des m\u00e9dicaments exp\u00e9riment\u00e9s sur les animaux. Vers la fin du XIXe si\u00e8cle, l\u2019on crut avoir tourn\u00e9 la page des ensorcellements et des jets de sorts comme sources de maladies. D\u00e9sormais, pour chaque pathologie, les malades camerounais\u00b7es s\u2019attendent \u00e0 ce qu\u2019on leur d\u00e9signe le microbe l\u2019ayant engendr\u00e9e, et surtout qu\u2019il soit visible au microscope.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Progressivement, les m\u00e9decins vont prendre go\u00fbt \u00e0 une telle activit\u00e9 m\u00e9dicale\u00a0: faire correspondre chaque maladie \u00e0 un microbe et v\u00e9rifier la pr\u00e9sence de ce dernier ainsi que ses modes de transmission en laboratoire. Puis, de fa\u00e7on cons\u00e9quente, y trouver un rem\u00e8de. Du coup, toutes les pathologies dont les agents provocateurs sont invisibles au microscope sont dites incurables, m\u00eame si non loin de l\u00e0, d\u2019autres formes de m\u00e9decines parviennent \u00e0 les supprimer. De telles m\u00e9decines, au lieu de recevoir les encouragements de l\u2019OMS, sont dites irrationnelles et tra\u00een\u00e9es aux g\u00e9monies si leurs praticien\u00b7ne\u00b7s ne sont tout simplement pas incarc\u00e9r\u00e9s comme c\u2019\u00e9tait encore le cas dans les ann\u00e9es 1956 pour plusieurs tradipraticiens. C\u2019est ainsi que, graduellement, la m\u00e9decine va se d\u00e9faire de tout ce qui \u00ab\u00a0ne se mesure\u00a0pas\u00a0\u00bb, particuli\u00e8rement des maladies de l\u2019\u00e2me, pour tomber sous l\u2019esclavage de la science et de la technique, adoptant d\u00e9finitivement l\u2019appellation de \u00ab\u00a0m\u00e9decine scientifique\u00a0\u00bb. Se faisant, on va alt\u00e9rer dans son essence m\u00eame, la M\u00e9decine. On va, en d\u2019autres mots, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment s\u2019employer \u00e0 oublier que la m\u00e9decine depuis la pr\u00e9histoire rev\u00eatait un aspect \u00ab\u00a0non scientifique\u00a0\u00bb, ce qui ne l\u2019emp\u00eacha pas d\u2019\u00eatre efficace et dynamique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la m\u00e9decine ne gagne pas \u00e0 \u00eatre essentiellement scientifique. Ce dont les malades camerounais et camerounaises ont besoin, c\u2019est d\u2019une m\u00e9decine humaine, int\u00e9grative, compl\u00e8te, globale, ayant pour objet d\u2019\u00e9tude l\u2019humain. Ce qui n\u2019est pas le cas de la \u00ab\u00a0m\u00e9decine scientifique\u00a0\u00bb dont l\u2019objet est le cadavre, un corps mort. D\u2019ailleurs, Dominique Folscheid (2010, p.\u00a0406) souligne que c\u2019est \u00e0 partir du cadavre que la science remonte au corps humain vivant. Ce qui int\u00e9resse les Camerounais et Camerounaises, c\u2019est une m\u00e9decine capable de les soigner, non pas seulement dans leur corps physique, mais aussi, dans leur corps astral et \u00e9th\u00e9rique. Il ne s\u2019agit plus de c\u00e9der aux exigences exclusives de la mesure, de l\u2019exp\u00e9rimentation et de la scientificit\u00e9 d\u2019une m\u00e9decine qui se moquent de la majorit\u00e9 des probl\u00e8mes r\u00e9els de l\u2019humain pour qui elle pr\u00e9tend exister et travailler.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous ne nions pas ici l\u2019efficacit\u00e9 des produits test\u00e9s sur les animaux, mais soutenons que de tels produits ne sont pas efficaces \u00e0 cent pour cent une fois transpos\u00e9s \u00e0 l\u2019humain. Ce qui t\u00e9moigne de l\u2019incapacit\u00e9 de la m\u00e9decine \u00e0 \u00eatre vraiment scientifique ainsi que des multiples risques auxquels cette pr\u00e9tendue m\u00e9decine scientifique expose la gent humaine. Par exemple, la comparaison des structures g\u00e9nomiques des grands primates d\u00e9montre que les chimpanz\u00e9s sont indiff\u00e9rents au VIH et peu affect\u00e9s par le virus de l\u2019h\u00e9patite B (VHB). Dans ce cas, et s\u2019il fallait toujours se fier \u00e0 la mesure et aux m\u00e9thodes exp\u00e9rimentales, on dirait que le VIH est sans danger[footnote]Telle est la conclusion tir\u00e9e par les soi-disant experts pour conseiller de laisser circuler le sang contamin\u00e9 par le virus du Sida.[\/footnote] et que le VHB (responsable chez l\u2019humain d\u2019h\u00e9patite, de cirrhose et de cancer de foie) est b\u00e9nin (Bousquet, 2003).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique et la diversification des itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques et \u00e9tiologiques au Cameroun<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9mettre des textes qui autorisent aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s camerounais\u00b7es \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans le soin de plus cinq maladies, et surtout reconna\u00eetre les pratiques et produits th\u00e9rapeutiques \u00ab\u00a0non mesurables\u00a0\u00bb, permet de pluraliser les arts m\u00e9dicaux au Cameroun et d\u2019octroyer \u00e0 chaque malade, une issue de gu\u00e9rison conforme \u00e0 ses convictions socioreligieuses et personnelles. Il est question de diversifier la m\u00e9decine, de procurer aux malades des soins en rapport avec leurs conceptions de l\u2019humain, de la maladie et de la gu\u00e9rison. Il s\u2019agit donc d\u2019inscrire diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations sociales camerounaises au c\u0153ur des processus de gu\u00e9rison les plus usit\u00e9s. Et donc, de d\u00e9velopper et d\u2019am\u00e9liorer aux c\u00f4t\u00e9s de la biom\u00e9decine qui est un art m\u00e9dical pour des pathologies essentiellement physiques, un autre capable de prendre en charge aussi bien les soins du corps physique, de l\u2019esprit que de l\u2019\u00e2me. Ce qui reviendrait \u00e0 faire cohabiter dans le m\u00eame environnement camerounais, des th\u00e9rapeutiques contradictoires capables de satisfaire aussi bien les adeptes de la tradipratique authentique, les partisans de la \u00ab\u00a0m\u00e9decine cart\u00e9sienne\u00a0\u00bb, les populations mal loties et des zones rurales que les citadins. Dans un contexte o\u00f9 un nombre consid\u00e9rable de malades n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 la biom\u00e9decine du fait de leur situation g\u00e9ographique et financi\u00e8re, o\u00f9 plusieurs pr\u00e9f\u00e8rent les soins biom\u00e9dicaux, o\u00f9 la tradipratique se montre accessible \u00e0 tous et peu dispendieuse, o\u00f9 plusieurs femmes refusent d\u2019aller accoucher \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de peur que ne leur soit pas remis le placenta[footnote]Selon ces femmes, le placenta, lorsqu\u2019il est enterr\u00e9 dans la concession familiale, permet le d\u00e9veloppement harmonieux de l\u2019enfant ainsi que son enracinement dans sa soci\u00e9t\u00e9 alors que le contraire peut conduire aux d\u00e9sordres sanitaires.[\/footnote] et o\u00f9 le concept de la personne s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 des notions occidentalistes du moi comme le r\u00e9v\u00e8le une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 1950 par l\u2019ethnographe ha\u00eftienne Lorimer au compte de l\u2019OMS (2010, p.\u00a014), seul le d\u00e9veloppement \u00e0 la fois de la \u00ab\u00a0m\u00e9decine\u00a0conventionnelle\u00a0\u00bb et de la m\u00e9decine traditionnelle authentique peut satisfaire tou\u00b7te\u00b7s les Camerounais\u00b7es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour mieux faire comprendre l\u2019id\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e, rappelons qu\u2019il y a des disharmonies sanitaires pour lesquelles les Camerounais\u00b7es consultent promptement un biom\u00e9decin et d\u2019autres pour lesquelles ils pr\u00e9f\u00e8rent se confier aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s. C\u2019est l\u2019exemple des troubles psychiques pour lesquels ils ne se rendent presque jamais chez les psychiatres ou les psychologues,\u00a0mais plut\u00f4t chez les gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses. Cela, parce qu\u2019\u00e0 l\u2019origine de ces pathologies, ils ne situent ni le stress ni les chocs \u00e9motionnels ou socioprofessionnels, mais l\u2019intervention perturbatrice des mauvais esprits ou des sorciers et sorci\u00e8res. C\u2019est aussi l\u2019exemple des plaies incurables qu\u2019ils ou elles pr\u00e9f\u00e8rent confier aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s qu\u2019aux m\u00e9decins \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb suppos\u00e9s moins efficaces. C\u2019est enfin, l\u2019exemple de la fi\u00e8vre jaune reconnue surtout au Nord-Cameroun comme incompatible avec toutes formes de vaccins. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019encourager la pratique de la biom\u00e9decine, mais aussi d\u2019africaniser la l\u00e9gislation aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique pour faire \u00e9tablir au Cameroun, non pas des phytoth\u00e9rapeutes, mais des tradipraticien\u00b7ne\u00b7s sp\u00e9cialis\u00e9\u00b7e\u00b7s dans le soin de plusieurs maladies et capables d\u2019allier pour le bien des malades, le pond\u00e9rable et l\u2019impond\u00e9rable, le visible et l\u2019invisible.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale permettra ainsi \u00e0 chaque Camerounais\u00b7e de suivre l\u2019itin\u00e9raire m\u00e9dical qui correspondra \u00e0 ses attentes en situation de dysfonctionnement sanitaire. Mais aussi de mettre fin aux attitudes qui r\u00e9pandent faussement la sup\u00e9riorit\u00e9 de la biom\u00e9decine sur les autres arts m\u00e9dicaux tout en \u00e9vitant aux Camerounais\u00b7es de ne jurer que par les Europ\u00e9en\u00b7ne\u00b7s tel\u00b7le\u00b7s que l\u2019ont fait les Romain\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019endroit des Grecs et Grecques (Lapeyssonnie, 1988, p.\u00a020). Elle permettra donc d\u2019emp\u00eacher que l\u2019on ne recoure, m\u00eame pour de \u00ab\u00a0simples maladies\u00a0\u00bb comme la teigne, \u00e0 la biom\u00e9decine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u2019autres mots, l\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, en diversifiant les itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques, en les pluralisant, \u00e9tablira une concurrence entre cette derni\u00e8re et la biom\u00e9decine et r\u00e9duira finalement le co\u00fbt des produits pharmaceutiques. Elle aidera l\u2019\u00c9tat camerounais \u00e0 am\u00e9liorer le bien-\u00eatre des malades en luttant particuli\u00e8rement contre la supercherie biom\u00e9dicale. Didier Fassin (1992, p.\u00a086), remarque \u00e0 propos que l\u2019option pour la quantit\u00e9, ind\u00e9pendamment de la qualit\u00e9, est manifeste dans la prescription de plusieurs produits ayant la m\u00eame indication, voire la m\u00eame composition, mais vendus sous des noms diff\u00e9rents. Il en est de m\u00eame de la pr\u00e9f\u00e9rence pour les prix \u00e9lev\u00e9s sans justification m\u00e9dicale aucune qui appara\u00eet dans le choix des m\u00e9dicaments les plus on\u00e9reux parmi les \u00e9quivalents chimiques. Lorsque les professionnel\u00b7le\u00b7s de la biom\u00e9decine sauront d\u00e9sormais que non loin d\u2019eux et elles, existent des gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses capables d\u2019abattre le m\u00eame travail qu\u2019eux et elles, ils ou elles prendront la peine, pour conserver leurs client\u00b7e\u00b7s, de les traiter humainement en choisissant pour eux et elles des produits pharmaceutiques les plus efficaces et les moins dispendieux. De cette mani\u00e8re, la diversification des itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques viendra faire rena\u00eetre la notion de conscience professionnelle aujourd\u2019hui creuse et presque inexistante en biom\u00e9decine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La multiplication des itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques permettra en outre de limiter les effets iatrog\u00e8nes des produits chimiques, puisque bon nombre d\u2019entre eux et elles, longtemps consid\u00e9r\u00e9s inoffensifs, font d\u00e9sormais partie des produits dangereux. Tel est le cas de la pendizine propos\u00e9e pour les algies et qui est pass\u00e9e de la vente libre en pharmacie \u00e0 la vente contr\u00f4l\u00e9e. Mais aussi le cas des fameux MER 29 tellement vant\u00e9s contre le cholest\u00e9rol, puis retir\u00e9s de la vente (Derey, 1981, p.\u00a036). Les malades ayant d\u00e9sormais d\u2019autres issues de gu\u00e9rison n\u2019auront pas toujours recours \u00e0 la biom\u00e9decine et alors, pourront \u00e9chapper aux effets iatrog\u00e8nes de la majorit\u00e9 de ses m\u00e9dicaments.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au demeurant, il convient de retenir que, si \u00e0 premi\u00e8re vue les textes de 2007 sur l\u2019organisation et la pratique de la m\u00e9decine traditionnelle peuvent donner l\u2019impression de militer en faveur de l\u2019\u00e9mancipation et de la promotion de cette derni\u00e8re, dans le fond, il n\u2019en est rien. Ils traduisent plut\u00f4t la volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat camerounais, \u00e0 travers son Minist\u00e8re de la sant\u00e9, de mettre hors du champ m\u00e9dical camerounais, toutes th\u00e9rapies aux pratiques \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb non explicables. Ce qui explique l\u2019\u00e9vidence qu\u2019ils imposent aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s d\u2019am\u00e9liorer leur posologie et de ne pas se sp\u00e9cialiser dans le soin de plus de cinq maladies pour recevoir l\u2019autorisation d\u2019exercice. Toutes choses qui ne prennent pas en consid\u00e9ration la conception africaine de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie et donc, ne profitent v\u00e9ritablement pas aux malades camerounais(es) qui se savent compos\u00e9(e)s, non pas exclusivement du corps physique, mais aussi des corps \u00e9th\u00e9rique et astral. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique afin de faire \u00e9merger au Cameroun une m\u00e9decine holistique, de lutter contre la centralit\u00e9 biom\u00e9dicale, d\u2019\u00e9viter la d\u00e9rive technoscientifique et de pluraliser les itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Azetsop, Jacquineau. 2010. Pluralisme m\u00e9dical et gu\u00e9rison en Afrique subsaharienne. R\u00e9flexion sur les implications du pluralisme m\u00e9dical pour la sant\u00e9 publique et bio\u00e9thique. Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9<\/em> (449-660). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Batibonak, Sarriette. 2012. Sorcellerie en milieu urbain amplifi\u00e9e par les pentec\u00f4tismes africains, <em>Afrika Focus<\/em>, <em>25<\/em>(2), 65-87.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Bergeret, Jean. 1985.<em> La Personnalit\u00e9 normale et pathologique<\/em>. Paris\u00a0: Dunod.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Bousquet, Jacqueline. 2003. Les biologistes ignoreraient-ils l\u2019invisible? La Science s\u2019interdit toute d\u00e9couverte valable.\u00a0<em>M\u00e9decines nouvelles<\/em> <em>(La revue d\u2019\u00e9cologie m\u00e9dicale)<\/em>, <em>110<\/em>, 63-65.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Canguilhem, Georges. 1966. <em>Le Normal et le pathologique<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Claude, Bernard. 1865. <em>Introduction \u00e0 la m\u00e9decine exp\u00e9rimentale<\/em>. Paris\u00a0: Baill\u00e8re.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Comte, Auguste.1842. <em>Cours de philosophie positive, III, 40eme le\u00e7on<\/em>. Paris\u00a0: Ramussen.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Derey, Emmanuelle. 2003. <em>R\u00e9flexions sur les M\u00e9decines Non Conventionnelles suivies de deux m\u00e9decines \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0: la M\u00e9decine Traditionnelle Chinoise et la Transe<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 d\u2019Angers.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Derey, Emmanuelle. 2003. <em>R\u00e9flexions sur les M\u00e9decines Non Conventionnelles suivies de deux m\u00e9decines \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0: la M\u00e9decine Traditionnelle Chinoise et la Transe<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 d\u2019Angers.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Derian, Maxime. 2013. <em>Le M\u00e9tal et la chair\u00a0: Anthropologie des proth\u00e8ses informatis\u00e9es<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 Paris Panth\u00e9on-Sorbonne.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Djomhou\u00e9, Priscille. 2009. Gu\u00e9rison miraculeuse en Afrique\u00a0: regard d\u2019une n\u00e9otestamentaire camerounaise. <em>Conf\u00e9rence, Universit\u00e9 de Neuchatel<\/em>. priscille-djomhoue.e-monsite.com\/medias\/guerison-miraculeuse-an-afrique-neuchatel, pdf.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Filakota, Richard. 2010. Le marabout-th\u00e9rapeute dans le contexte de pluralisme m\u00e9dical. Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le Pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9<\/em> (85-100). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Fassin, Didier. 1992. <em>Pouvoir et maladie en Afrique<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Folscheid, Dominique. 2010. M\u00e9dicalit\u00e9 unique, rationalit\u00e9 multiple. Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9<\/em> (395-418). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Fongang, Luc Serges. 2010. L\u2019\u00e9volution des politiques sanitaires au Cameroun (1920-2000). Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9 <\/em>(133-152). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Gerrie, Ter Haar. 1996. <em>L\u2019Afrique et le monde des esprits<\/em>. <em>Le minist\u00e8re de gu\u00e9rison de Mgr Milingo<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Hebga,\u00a0Meinrad. 1963. Liminaire\u00a0: un malaise grave. <em>Personnalit\u00e9 africaine et catholicisme<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Kandoum, Antoine. 1994. <em>Planification sanitaire et ajustement structurel au Cameroun<\/em>. Paris\u00a0: CEPED.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Kelojoue, Samuel <em>et al<\/em>. 2012. Caract\u00e9ristiques du pays et pr\u00e9sentation de l\u2019enqu\u00eate. Dans Paul Roger Libite <em>et al.<\/em> (dir.), <em>Cameroun. <\/em><em>Enqu\u00eate d\u00e9mographique et de sant\u00e9 et \u00e0 indicateurs multiples, 2011<\/em> (1-16). URL\u00a0: https:\/\/dhsprogram.com\/pubs\/pdf\/fr260\/fr260.pdf<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Lapeyssonie, L\u00e9on. 1988. <em>La M\u00e9decine coloniale<\/em>. Paris\u00a0: Seghers.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Mbondji, Edjengu\u00e8l\u00e8. 2009. <em>Sant\u00e9, maladie et m\u00e9decine africaine. Plaidoyer pour l\u2019autre tradipratique<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: PUY.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">MINSANTE-DRH-RGPS, 2011. <em>Recensement g\u00e9n\u00e9ral des personnels du secteur de la sant\u00e9 au Cameroun<\/em>. Rapport, 70 pages. URL\u00a0: http:\/\/cm-minsante-drh.com\/site\/images\/stories\/Rapport_general_du_recensement01_12_2011_misenforme_FINAL05122001.pdf<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">OMS\/OPS. 2010. Culture et sant\u00e9 mentale en Ha\u00efti\u00a0: une revue de litt\u00e9rature. <em>WHO\/MSD\/MER\/10.1<\/em>, 1-27.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Rosny, Eric de. 1996. <em>Les Yeux de ma ch\u00e8vre<\/em>. <em>Sur les pas des ma\u00eetres de la nuit en pays douala<\/em>. Paris\u00a0: Plon.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Rosny, Eric de. 1992. <em>L<\/em>\u2019<em>Afrique des gu\u00e9risons<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Rougemont,\u00a0Andr\u00e9. 1992. La prise en charge des probl\u00e8mes de sant\u00e9. Dans Blanc-Pamard, Chantal (dir.), <em>Dynamique des syst\u00e8mes agraires. La<\/em><em> sant\u00e9 en soci\u00e9t\u00e9\u00a0: regards et rem\u00e8de<\/em>. Paris\u00a0: ORSTOM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Sejla, Bach <em>et al<\/em>. 2006. <em>Les m\u00e9decines parall\u00e8les<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.medecine.unige.ch\/enseignement\/apprentissage\/module4\/immersion\/archives\/2005_2006\/travaux\/06_r_medecines_paralleles.pdf\">http:\/\/www.medecine.unige.ch\/enseignement\/apprentissage\/module4\/immersion\/archives\/2005_2006\/travaux\/06_r_medecines_paralleles.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">UNESCO. 2010. Avant-projet de rapport sur la m\u00e9decine traditionnelle et ses implications \u00e9thiques. <em>SHS\/EST\/CIB-17\/10\/CONF.501\/3<\/em>, 1-32.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Worms, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2006.\u00a0Les deux concepts de soin. Vie, m\u00e9decine, relation morale.<em> Esprit<\/em>,<em> 321<\/em>, 145-163.<\/p>\r\n<strong>Source <\/strong>: archives priv\u00e9es du gu\u00e9risseur Aboky Jean\r\n<h2><strong>Annexe 1<\/strong> : rapport d\u2019activit\u00e9s de 2007 du gu\u00e9risseur d\u2019Aboky Jean<\/h2>\r\n<img class=\"alignnone size-full wp-image-883\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx.jpg\" alt=\"\" width=\"1567\" height=\"1873\" \/>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si au lendemain de sa cr\u00e9ation, l\u2019UA, ent\u00e9rinant la d\u00e9cision de l\u2019OUA, fit de la d\u00e9cennie 2001-2010 celle de la M\u00e9decine traditionnelle africaine au Cameroun, cet engagement de promotion de la tradipratique n\u2019est pas honor\u00e9. La preuve, en 2007, dans un avant-projet de loi du 4 avril, le MINSANTE demandait aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s d\u2019am\u00e9liorer leurs posologies et de se sp\u00e9cialiser dans le soin d\u2019au trop cinq maladies. D\u2019embl\u00e9e, pareille d\u00e9claration peut faire penser \u00e0 la valorisation de la tradipratique. Pourtant, il s\u2019agit de faire dispara\u00eetre du champ m\u00e9dical camerounais, toute m\u00e9decine \u00ab \u00e9sot\u00e9rique \u00bb. Sinon, pourquoi contraindre les tradipraticien\u00b7ne\u00b7s \u00e0 \u00ab am\u00e9liorer \u00bb leurs posologies et \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans le soin d\u2019au trop cinq pathologies? N\u2019est-ce pas oblig\u00e9 leur art \u00e0 s\u2019acculturer en supprimant ses sp\u00e9cificit\u00e9s que sont l\u2019\u00ab impond\u00e9rable \u00bb et la globalit\u00e9? Cette volont\u00e9 d\u2019acculturation de la tradipratique n\u2019est pas nouvelle. Elle est d\u2019ailleurs un legs colonial et remonte \u00e0 l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 4 octobre 1924 sign\u00e9 de Marchand, Commissaire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise au Cameroun, qui interdisait sa pratique et faisait emprisonner ses praticien\u00b7ne\u00b7s. Or, l\u2019une des pr\u00e9occupations de l\u2019OMS pour l\u2019Afrique depuis 1950 est d\u2019encourager l\u2019\u00e9panouissement d\u2019arts m\u00e9dicaux qui consid\u00e8rent les r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles des malades africain\u00b7e\u00b7s. Le pr\u00e9sent article met en \u00e9vidence ce que peut gagner le Cameroun au plan sanitaire, en trouvant aux lois p\u00e9nales relatives \u00e0 la tradipratique, des contenus qui tiennent compte de la conception camerounaise de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/africanisation\/\">africanisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/enjeux-sanitaires\/\">enjeux sanitaires<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/legislation-penale\/\">l\u00e9gislation p\u00e9nale<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles\/tradipratique\/\">tradipratique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">If upon its adoption African Union decided to make the 2001-2010 decade that of traditional medicine, in Cameroon this commitment is not honored. This truth can be justified by the fact that, in a text of April 4, 2007, the Ministry of health asked traditional healers to improve their dosage and not to be specialized in the care of more than five diseases. Such a declaration, at the outset, can make one think of the valuation of traditional medicine. Whereas it is a government strategy to withdraw from the Cameroonian medical field, all \u201cesoteric\u201d medicine. Otherwise why forcing traditional healers to improve their dosage and limit themselves each to the care of not more than five diseases? Is this not obliging traditional medicine to be acculturated by erasing its specificities, that\u2019s to say its \u201cesoteric\u201d dimension, and its capacity of curing many diseases? Such a desire of acculturation of traditional medicine is not new. It is a colonial legacy and dates from the decree of October 4, 1924, signed by Marchand, commissioner of French Republic in Cameroon. Decree that banned traditional medicine and imprisoned its practitioners. But, one on the concerns of the WHO for Africa since 1950 is to encourage the development of medical arts which consider the sociocultural realities of African patients. And since Cameroonians see themselves as made of body and mind, only traditional medicine, that is to say a medicine capable of combining \u201cscientific\u201d and \u201cnonscientific\u201d healing technics can suit them. This article highlights what Cameroon can gain in terms of health by finding criminal legislation relating to traditional medicine, contents that take into account the cameroonian concepts of human being, health and disease.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/africanization\/\">Africanization<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/criminal-legislation\/\">criminal legislation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/health-challenge\/\">health challenge<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/keywords\/traditional-medicine\/\">traditional medicine<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (ngumba)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pil Souala Bo Zindi mi tieur na mimbvou 2001-2010 yii mimbvou ma ngang bo zindi, Cameroun nyoor mi p\u00e8l\u00e8 sa bi bourbob\u00e9ya mi tieur. Sa riy\u00e8, \u00f4 2007, ngobina mi tieur na, ngang bi ngang gumar sa ma b\u00e9\u00e9 ma tann na kumbo bi ha l\u00e8 mi mb\u00e8l mi\u00e8ma bia. Mann mayuama ma b\u00e8l\u00e8 p\u00eakou\u00e8l nang mbo zindi. Yiip\u00ea sa na yiidjaga na siilguiga ngang mi ntangan ngumar sa\u2019angoul. Dii ngang mbo zindi gumar ngoul na sindi. Kaarman nrimo\u2019o ma\u2019a t\u00e8r\u00e8l\u00e8 dol. Mi ntagann mi mpann na mo\u2019op\u00e8gu sa bi sa b\u00e9\u00e9 mbo zindi mi b\u00e8 na y\u00e8. Sari y\u00e8 na, pil ngou\u00e8n youm ma fou ma na\u2019a, Marchand mit\u00e8l mbinda na nga\u2019ak ding na ngina ngan mbo zindi s\u00e9inomari. Ndinang\u00e8 mi tar\u00e8 naki\u00eamour bi mour sa ngang mikouma. Di Souala mbo ngang mbo siing\u00eayua \u00f4 mbvou ma 1950 l\u00e8 mbo zindi na mbo ba\u2019ala ngangyo\u2019or na guiksiy\u00e8 mbouangbo\u2019o. Y\u00e8ri, nt\u00e8 bi nt\u00e8 bourmbo Cameroun mboyii mbo zindi, ngangyua\u2019a na mbo y\u00e8yi ngang zindi. Saal guina yii p\u00e8 lu\u00e8l\u00e8 na Gombina Cameroun yua\u2019a na, p\u00eating bouangmbo, koumbo ngang y\u00e8.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (ngumba)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/ma-mbinda\/\">ma mbinda<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/mala-mi-ngang\/\">mala mi ngang<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/ngangmbozindi\/\">ngangmbozindi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/motscles-autre\/sa-mbo-zindi\/\">Sa mbo zindi<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>6 juin 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>27 mars 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>24 f\u00e9vrier 2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Si au lendemain de sa fondation, l\u2019UA<a class=\"footnote\" title=\"Union Africaine.\" id=\"return-footnote-809-1\" href=\"#footnote-809-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, ent\u00e9rinant la d\u00e9cision de l\u2019OUA<a class=\"footnote\" title=\"Organisation de l\u2019Unit\u00e9 Africaine.\" id=\"return-footnote-809-2\" href=\"#footnote-809-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> fit de la d\u00e9cennie 2001-2010 celle de la M\u00e9decine traditionnelle africaine, au Cameroun, cet engagement de promotion de la tradipratique n\u2019est pas honor\u00e9. Cela est d\u2019autant vrai que le 4 avril 2007, l\u2019\u00c9tat du Cameroun, \u00e0 travers son Minist\u00e8re de la sant\u00e9, pr\u00e9sentait au public et aux diff\u00e9rentes parties prenantes, les textes devant r\u00e9gir les secteurs de sant\u00e9. Il s\u2019agissait, selon Fongang (2010, p.\u00a048), d\u2019un avant-projet de loi portant organisation de la tradipratique, d\u2019un code de d\u00e9ontologie des praticien\u00b7ne\u00b7s et d\u2019un plan strat\u00e9gique national de d\u00e9veloppement et d\u2019int\u00e9gration de la m\u00e9decine traditionnelle au Cameroun. Selon ces textes, pour exercer, le tradipraticien et la tradipraticienne devrait avoir un certificat d\u00e9livr\u00e9 par le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 publique. Pour ce faire, il devrait tout d\u2019abord \u00eatre reconnu par les autorit\u00e9s administratives (gouverneur, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 r\u00e9gional de la sant\u00e9 publique). Ensuite, il ne devrait pas \u00eatre sp\u00e9cialis\u00e9 dans plus de cinq maladies. Enfin, il devrait am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de ses produits, pr\u00e9cis\u00e9ment leur pr\u00e9sentation, posologie et conservation (Fongang, 2010, p.\u00a0148).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si de telles initiatives peuvent d\u2019embl\u00e9e faire penser \u00e0 la valorisation de la\u00a0tradipratique, elles ne sont cependant pas incarn\u00e9es et africanis\u00e9es. Car, elles ne prennent pas en consid\u00e9ration la conception africaine et camerounaise de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie. Il est en r\u00e9alit\u00e9 question ici de faire dispara\u00eetre du champ m\u00e9dical camerounais, toute m\u00e9decine \u00ab\u00a0\u00e9sot\u00e9rique\u00a0\u00bb et holistique. Sinon, pourquoi contraindre la tradipratique \u00e0 \u00ab\u00a0am\u00e9liorer\u00a0\u00bb sa posologie pour exister, alors que l\u2019essentiel de ses m\u00e9thodes et produits n\u2019est pas dosable? Pourquoi obliger les praticien\u00b7ne\u00b7s \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans le soin d\u2019au trop cinq maladies quand on les conna\u00eet holistes par essence? N\u2019est-ce pas les obliger \u00e0 s\u2019acculturer en supprimant leurs attributs cardinaux que sont l\u2019\u00ab impond\u00e9rable \u00bb et la globalit\u00e9? Cette volont\u00e9 dissimul\u00e9e d\u2019acculturation et d\u2019interdiction de la tradipratique n\u2019est pas nouvelle. Elle remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale. Car, si aujourd\u2019hui elle est voil\u00e9e sous le pr\u00e9texte de \u00ab\u00a0r\u00e9gulation\u00a0\u00bb et port\u00e9e par des concepts comme la posologie et la \u00ab\u00a0rationalisation\u00a0\u00bb, autrefois elle avait pour soubassements conceptuels \u00ab\u00a0la magie\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0charlatanisme\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0sorcellerie\u00a0\u00bb. Les colons se sont servis de ces concepts vagues et confus pour subtilement interdire la tradipratique. \u00c0 propos, soulignons que le d\u00e9cret no 47-2209 sign\u00e9 le 19 novembre 1947 de Paul Ramadier (Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise) et applicable au Cameroun, stipulait que \u00ab\u00a0Sera puni [\u2026] quiconque aura particip\u00e9 \u00e0 [\u2026] des pratiques de sorcellerie, magie ou charlatanisme susceptible de troubler l\u2019ordre public et de porter atteinte aux personnes ou \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 (Mbonji, 2009, p.\u00a060).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, s\u2019appuyer sur ces trois concepts pour punir, revient in\u00e9luctablement \u00e0 condamner la tradipratique. La raison est que leurs contenus pr\u00e9sentent des affinit\u00e9s avec les caract\u00e9ristiques de la tradipratique. Selon le Dictionnaire Hachette (2011, p.\u00a01516), la sorcellerie renvoie aux pratiques occultes d\u2019un sorcier. La magie pour sa part (2011, p.\u00a0972), s\u2019appr\u00e9hende comme la science occulte qui permet d\u2019obtenir des effets merveilleux \u00e0 l\u2019aide des moyens surnaturels. Quant au charlatanisme (<em>ibid.,<\/em> p.\u00a0290), il d\u00e9signe le comportement du charlatan, c\u2019est-\u00e0-dire du gu\u00e9risseur qui se vante de gu\u00e9rir toutes sortes de maladies. \u00c9tant donn\u00e9 que la tradipratique se particularise par la globalit\u00e9 et parvient \u00e0 redonner la sant\u00e9 \u00e0 plusieurs malades gr\u00e2ce \u00e0 des pratiques dites \u00e9sot\u00e9riques telles que la divination ou la t\u00e9l\u00e9gu\u00e9rison, elle fut combattue par le colon. Abondant dans ce sens, Mbonji (2009, p.\u00a060) t\u00e9moignait que le flou entourant les mots sorcellerie, magie et charlatanisme conduit \u00e0 leur confusion avec la m\u00e9decine traditionnelle qui, d\u00e8s lors, se trouvera expos\u00e9e \u00e0 l\u2019application du d\u00e9cret sus\u00e9voqu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les origines coloniales de cette interdiction ont \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9es par le gouvernement camerounais au lendemain des ind\u00e9pendances, car en son article 251, le Code p\u00e9nal camerounais punit la sorcellerie, la magie et la divination. Or, l\u2019une des pr\u00e9occupations de l\u2019OMS pour l\u2019Afrique depuis 1950 est d\u2019encourager l\u2019\u00e9panouissement d\u2019arts m\u00e9dicaux qui consid\u00e8rent les r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles des malades africains. Soutenant ce point de vue, Kamdoun (1994, p.\u00a06) rappellera qu\u2019il est \u00e9crit dans la constitution de l\u2019OMS dont le Cameroun est membre, que \u00ab\u00a0les gouvernements ont, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la sant\u00e9 de leurs peuples, un devoir dont ils peuvent s\u2019acquitter seulement en offrant un syst\u00e8me sanitaire ad\u00e9quat et en prenant des mesures socialement pertinentes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la mesure o\u00f9 les Camerounais\u00b7es se con\u00e7oivent comme faits de corps, d\u2019\u00e2me et de souffle, majoritairement mal lotis et vivant en milieu rural, seule la tradipratique est capable d\u2019allier le pond\u00e9rable et l\u2019impond\u00e9rable (plantes et divinations), de soigner l\u2019humain dans son corps physique et au-del\u00e0, de gu\u00e9rir une kyrielle de. Le pr\u00e9sent article met en \u00e9vidence ce que peut gagner le Cameroun au plan sanitaire en trouvant aux lois p\u00e9nales relatives \u00e0 la tradipratique, des contenus qui tiennent compte de la conception camerounaise de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique et l\u2019\u00e9mergence au Cameroun d\u2019une m\u00e9decine holistique<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle camerounaise, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9p\u00e9nalisation de ses principaux attributs que sont la \u00ab\u00a0non-mesure\u00a0\u00bb, l\u2019\u00ab\u00a0irrationalit\u00e9\u00a0\u00bb et la globalit\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Par globalit\u00e9, nous faisons ici allusion \u00e0 la capacit\u00e9 de la m\u00e9decine traditionnelle \u00e0 venir \u00e0 bout d\u2019une panoplie de disharmonies sanitaires de natures diverses en pr\u00e9sentiel, \u00e0 distance ou par objet interpos\u00e9.\" id=\"return-footnote-809-3\" href=\"#footnote-809-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> est capable de faire \u00e9merger au Cameroun, une m\u00e9decine holistique. D\u00e9p\u00e9naliser ces particularit\u00e9s de la m\u00e9decine traditionnelle camerounaise et trouver \u00e0 la l\u00e9gislation p\u00e9nale en la mati\u00e8re des contenus qui les valorisent, favoriseraient l\u2019apparition d\u2019une th\u00e9rapeutique totale. En d\u2019autres mots et dans la mesure o\u00f9 le Camerounais ou la Camerounaise se con\u00e7oit comme compos\u00e9, cela permettrait l\u2019\u00e9mergence d\u2019un art m\u00e9dical capable de le soigner, quel que soit son emplacement g\u00e9ographique, dans ses corps physique, \u00e9th\u00e9rique et astral.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La d\u00e9p\u00e9nalisation du c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0impond\u00e9rable\u00a0\u00bb de la tradipratique et l\u2019\u00e9mergence d\u2019une th\u00e9rapie \u00ab\u00a0bio-socio-cosmo-m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb au Cameroun<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9p\u00e9nalisant le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0impond\u00e9rable\u00a0\u00bb (non mesurable) de la tradipratique, c\u2019est-\u00e0-dire en africanisant la notion de posologie par des lois appropri\u00e9es, l\u2019on pourrait faire \u00e9merger au Cameroun, une th\u00e9rapie \u00ab\u00a0bio-socio-cosmo-m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb. Il est question d\u2019une th\u00e9rapeutique totale apte \u00e0 concevoir l\u2019humain en communion avec son cadre g\u00e9ographique, mais aussi en relation avec son environnement sociofamilial m\u00e9diat et direct et \u00e0 le soigner cons\u00e9quemment, quelle que soit sa pathologie. Une th\u00e9rapie inclusive qui prendrait en compte la personne tout enti\u00e8re et son environnement social parce que la sant\u00e9 pour elle renverrait \u00e0 l\u2019harmonie int\u00e9rieure et psychosomatique de la personne, \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019environnement o\u00f9 elle vit et \u00e0 la stabilit\u00e9 de sa relation \u00e0 sa communaut\u00e9 mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle (Azetsop, 2010, p.\u00a0451).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 proprement parler, en africanisant la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, l\u2019\u00c9tat du Cameroun contribuerait \u00e0 jeter les bases d\u2019une m\u00e9decine qui, selon les attentes de l\u2019OMS depuis 1950, tiendrait compte de la conception africaine et camerounaise de l\u2019humain et donc de la sant\u00e9 et de la maladie. Selon cette conception et pour reprendre Priscille Djomhou\u00e9 (2009, en ligne), l\u2019humain est triadique, comprenant le corps, le souffle et l\u2019ombre. Mais il faut noter que ces composantes humaines varient suivant les aires culturelles camerounaises. Les Mandara de Mora, par exemple, parlent du sang, de l\u2019esprit et de l\u2019\u00e2me. Chez les Mafa comme chez les Foulb\u00e9 de l\u2019Extr\u00eame-Nord Cameroun, on distingue le corps (<em>va, mbandou<\/em>), l\u2019ombre (<em>mejib<\/em>, <em>mbellou<\/em>), le souffle (<em>nscheff\u00e8<\/em>, <em>yonki<\/em>). Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 des diff\u00e9rentes composantes d\u2019un tout qu\u2019est l\u2019humain, mais plut\u00f4t, selon Hebga (1991, p.\u00a085), \u00ab\u00a0des instances de la personne, niveau de l\u2019\u00eatre dont chacun est la personne enti\u00e8re \u00e0 tel ou tel point de vue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une telle explication du sch\u00e9ma du \u00ab\u00a0compos\u00e9\u00a0humain\u00a0\u00bb mettant en lumi\u00e8re l\u2019inextricable relation corps-ombre-souffle ou si l\u2019on veut, corps-\u00e2me-esprit\/sang, est aussi valable pour le Camerounais ou la Camerounaise dans le domaine de la sant\u00e9, de la maladie et de la gu\u00e9rison o\u00f9 l\u2019on peut tuer, rendre malade ou r\u00e9tablir le corps (physique) en s\u2019attaquant au souffle, au sang, \u00e0 l\u2019ombre, \u00e0 l\u2019\u00e2me ou \u00e0 l\u2019esprit ou en les restaurant. Corps, souffle et ombre ne repr\u00e9sentent donc pas les diff\u00e9rentes parties de l\u2019humain, mais l\u2019humain lui-m\u00eame tel qu\u2019il existe et se manifeste \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. La cons\u00e9quence est que la gu\u00e9rison va s\u2019adresser \u00e0 la personne tout enti\u00e8re (dans sa dimension mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle) y compris \u00e0 la vie de sa communaut\u00e9. Pour les tradipraticien\u00b7ne\u00b7s, gu\u00e9rir signifie \u00e9liminer toutes formes de troubles physiques et m\u00e9taphysiques qui affectent la vie du malade et l\u2019emp\u00eachent d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame (Ter Haar, 1996, p.\u00a0174).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui signifie que rien en l\u2019\u00eatre humain et dans son environnement visible et invisible n\u2019est n\u00e9gligeable pour l\u2019Africain lorsqu\u2019il s\u2019agit de la restauration sanitaire. C\u2019est la raison pour laquelle, ces instances (corps, souffle, l\u2019\u00e2me) que l\u2019on d\u00e9gage de la personne m\u00eame de l\u2019\u00eatre humain, ne sont pas suffisantes pour le d\u00e9finir convenablement si l\u2019on oublie de se r\u00e9f\u00e9rer aux autres variables qui, bien qu\u2019ext\u00e9rieures \u00e0 lui, permettent de le cerner dans son int\u00e9gralit\u00e9. Jean Heijks (par Djomhou\u00e9, 2009, en ligne), dans une \u00e9tude sur la r\u00e9incarnation en Afrique, insiste sur le fait que l\u2019Africain ne se consid\u00e8re pas comme une unit\u00e9 indivisible. Convaincu d\u2019\u00eatre compos\u00e9, il ne se per\u00e7oit pas comme en possession de lui-m\u00eame. Dans cette composition, il existe des \u00e9l\u00e9ments provenant de l\u2019ext\u00e9rieur, notamment des anc\u00eatres, de Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00eatres qui pour lui, sont des partenaires dans le processus qui conduit \u00e0 la maladie ou \u00e0 la gu\u00e9rison (Djonhou\u00e9, 2009, en ligne). Ce qui influence son agir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De ce point de vue, l\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique permettra de faire \u00e9merger au Cameroun une v\u00e9ritable m\u00e9decine traditionnelle, celle qui ne se r\u00e9duit pas aux seuls soins des pathologies physiques \u00e0 base des plantes. Mais qui pourra assembler le mesurable et le \u00ab\u00a0non mesurable\u00a0\u00bb selon les d\u00e9sirs des Camerounais\u00b7es qui ont besoin des produits assortis d\u2019une posologie \u00ab\u00a0rationnelle\u00a0\u00bb contre des perturbations physiologiques tels le paludisme ou la gastrite. Mais parfois aussi, souffrent des dysfonctionnements relevant de l\u2019assaut contre l\u2019\u00e2me par des agents invisibles qui peuvent \u00eatre des sorciers, des esprits ancestraux ou des d\u00e9mons. Dans ce cas, ils s\u2019attendent \u00e0 des cures non dosables accompagn\u00e9es d\u2019une posologie \u00ab\u00a0irrationnelle\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9chappant \u00e0 la causalit\u00e9 biom\u00e9dicale ou occidentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec l\u2019adoption des lois qui \u00e9pousent le contour de la conception africaine de l\u2019humain et de la maladie, on assistera \u00e0 la renaissance de l\u2019\u00ab\u00a0arch\u00e9o-m\u00e9decine traditionnelle\u00a0\u00bb camerounaise (Mbondji, 2009), une m\u00e9decine traditionnelle authentique, celle pr\u00e9coloniale. Cette m\u00e9decine suivra une trajectoire m\u00e9dicale en forme d\u2019entonnoir, qui partira d\u2019abord de la conception globale de l\u2019humain et de la gu\u00e9rison pour d\u00e9boucher sur celle sp\u00e9cifique, individualiste. Elle commencera toujours par s\u2019int\u00e9resser au milieu de vie et du travail du malade pour ne s\u2019incliner sur son mal qu\u2019ult\u00e9rieurement. \u00c0 ce titre, elle sera d\u2019abord \u00ab\u00a0th\u00e9rapique\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire relationnelle, int\u00e9grative, globale avant d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0th\u00e9rapeutique\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire partielle, dissociative (Worms, 2006, p.\u00a0151). Avant d\u2019isoler le mal, la partie du corps ou la fonction de l\u2019organisme qui est atteinte, elle s\u2019\u00e9vertuera au pr\u00e9alable \u00e0 soumettre le malade et toute sa soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une th\u00e9rapie globale visant \u00e0 les soustraire du joug des perturbations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Inversement, obliger la tradipratique \u00e0 am\u00e9liorer sa posologie, c\u2019est-\u00e0-dire la contraindre \u00e0 s\u2019efforcer de tout doser \u00e0 la\u00a0mani\u00e8re de la biom\u00e9decine, c\u2019est interdire la r\u00e9apparition au Cameroun d\u2019une m\u00e9decine traditionnelle incarn\u00e9e, en congruence avec les attentes des humains et femmes qui se savent compos\u00e9\u00b7e\u00b7s de plusieurs corps (physique, causal, astral et \u00e9th\u00e9rique) g\u00e9n\u00e9ralement atteignables de fa\u00e7on \u00ab\u00a0invisible\u00a0\u00bb par des jeteurs de sorts. C\u2019est aussi valoriser une m\u00e9decine abusivement qualifi\u00e9e de traditionnelle, mais qui dans le fond, reste une th\u00e9rapie qui ne refl\u00e8te plus les r\u00e9alit\u00e9s camerounaises. C\u2019est compendieusement acculturer la tradipratique camerounaise, la forcer \u00e0 la disparition pour l\u2019int\u00e9r\u00eat des firmes multinationales qui la veulent litt\u00e9ralement r\u00e9duite en phytoth\u00e9rapie et ses praticiens en herboristes. C\u2019est refuser d\u2019admettre que tout ne se mesure pas scientifiquement et donc, contraindre les Camerounais \u00e0 mourir des pathologies relevant de l\u2019attaque de l\u2019esprit, de l\u2019\u00e2me ou du souffle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, d\u00e9p\u00e9naliser et valoriser sa dimension dite irrationnelle, s\u2019abstenir de lui imposer une posologie cart\u00e9sienne, c\u2019est donc socialiser la m\u00e9decine en prenant en consid\u00e9ration les attentes m\u00e9dicales et sanitaires des Camerounais et Camerounaises. C\u2019est, en un mot, faire \u00e9merger au Cameroun une m\u00e9decine compl\u00e8te, incarn\u00e9e, capable de soigner les troubles relevant du m\u00e9tasocial, de la m\u00e9taphysique, de l\u2019atteinte des corps causal et astral tels les couches de nuit, l\u2019empoisonnement onirique ou la malchance<a class=\"footnote\" title=\"Il faut ici noter que pour les Camerounais comme pour la majorit\u00e9 d\u2019Africains d\u2019ailleurs, la malchance est une maladie au m\u00eame titre que le paludisme, le SIDA, la typho\u00efde entre autres. Par cons\u00e9quent, les personnes qui en souffrent, c\u2019est-\u00e0-dire celles \u00e0 qui presque rien ne r\u00e9ussit peuvent \u00eatre prises en charge par une th\u00e9rapie appropri\u00e9e.\" id=\"return-footnote-809-4\" href=\"#footnote-809-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>. C\u2019est surtout militer en faveur d\u2019une th\u00e9rapeutique capable de soigner ad\u00e9quatement les maladies physiologiques et de restituer le malade dans son \u00ab\u00a0\u00e9tat normal\u00a0\u00bb, initial, celui qui \u00e9tait sien avant la survenue de la maladie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est se doter d\u2019une m\u00e9decine \u00ab\u00a0bio-socio-cosmo-m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb qui ne se limite pas, comme la biom\u00e9decine, \u00e0 la suppression des douleurs, \u00e0 l\u2019ablation de l\u2019organe ou de la partie atteint(e) de l\u2019organisme. Mais qui cherche plut\u00f4t \u00e0 \u00f4ter aux malades non pas le mal, mais le d\u00e9s\u00e9quilibre qui l\u2019a g\u00e9n\u00e9r\u00e9. En m\u00eame temps, elle r\u00e9tablit les pathologies qui sont ignor\u00e9es du patient et qui porteront in\u00e9luctablement atteinte \u00e0 sa sant\u00e9 dans un d\u00e9lai proche ou lointain. Car, le v\u00e9ritable malade n\u2019est simplement pas quelqu\u2019un qui se d\u00e9clare comme tel, mais un sujet conservant en lui autant de fixations conflictuelles que de nombreuses pathologies qu\u2019elles vont g\u00e9n\u00e9rer (Bergeret, 1985, p.\u00a015).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, en tradipratique, est-il difficile d\u2019entendre parler d\u2019amputation de membres, de greffes d\u2019organes ou d\u2019usage des implants cardiaques, comme c\u2019est de plus en plus le cas en biom\u00e9decine depuis le 14 juin 1993. Ces m\u00e9thodes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9es comme des appareils de maintien de la vie (Derian, 2013, p.\u00a0131). Pour elle, soigner ce n\u2019est pas \u00ab\u00a0diminuer\u00a0l\u2019homme\u00a0\u00bb, le d\u00e9faire d\u2019une partie de lui ou lui ajouter des organes artificiels. Soigner c\u2019est supprimer, par des techniques appropri\u00e9es, l\u2019\u00e9l\u00e9ment nuisible qui s\u2019est introduit dans l\u2019organisme, c\u2019est r\u00e9tablir l\u2019ordre alt\u00e9r\u00e9 par l\u2019agent provocateur des troubles, c\u2019est enlever ce qui a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9, ajouter ce qui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 \u00e0 l\u2019organisme et qui provoque chez lui, des dysfonctionnements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la raison pour laquelle, Canguilhem (1966), se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 divers travaux du XIXe si\u00e8cle, notamment \u00e0 ceux d\u2019Auguste Comte (1842), pr\u00e9sentait la maladie comme un exc\u00e8s ou un d\u00e9faut par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tat \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb. En outre, si Claude Bernard (1865) la prenait pour l\u2019expression troubl\u00e9e d\u2019une fonction \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb, Bergeret (1985, p.19) la trouvait plus d\u2019un si\u00e8cle plus tard, comme constitu\u00e9e par une privation et un remaniement li\u00e9s \u00e0 une dissolution et\/ou \u00e0 une r\u00e9gression. Soigner, ce n\u2019est donc pas encombrer un malade des lunettes, lui arracher la mobilit\u00e9 des membres, c\u2019est plut\u00f4t, comme le disait Rosny, \u00ab\u00a0r\u00e9tablir l\u2019harmonie, r\u00e9installer le client \u00e0 la place qu\u2019il tenait avant sa maladie, dans l\u2019ordre cosmique et humain qui doit \u00eatre le sien\u00a0\u00bb (1992, p.\u00a031).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, africaniser les lois sur la tradipratique au Cameroun, c\u2019est se donner la chance de b\u00e9n\u00e9ficier de la t\u00e9l\u00e9m\u00e9dication ou des soins \u00e0 distance. L\u2019une des raisons pour lesquelles plusieurs Camerounais et Camerounaises s\u2019int\u00e9ressent aujourd\u2019hui \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle authentique est l\u2019ubiquit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 de ses traitements. Le nombre de villes de plus de 100\u00a0000 habitants \u00e9tant pass\u00e9 de 6 \u00e0 9 entre 1987 et 2005 au Cameroun (Batibonak, 2012, p.\u00a068), il s\u2019est install\u00e9 entre les travailleurs et travailleuses, une concurrence et un manque de confiance sans pareille. Pour parer \u00e0 toutes \u00e9ventualit\u00e9s, ils vont chacun recourir \u00e0 la tradipratique dont les meilleurs praticiens habitent les milieux ruraux; non pas seulement parce qu\u2019ils sont comp\u00e9tents, mais aussi parce qu\u2019ils peuvent agir \u00e0 distance. Ce qui leur permet alors de recevoir une protection m\u00e9dicale et \u00ab\u00a0param\u00e9dicale\u00a0\u00bb sans d\u00e9placements r\u00e9currents, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9p\u00e9naliser la dimension non mesurable de la tradipratique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La d\u00e9p\u00e9nalisation de soins de plus de cinq maladies ou l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une m\u00e9decine plurielle et la lutte contre la centralit\u00e9 biom\u00e9dicale au Cameroun<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les textes r\u00e9gissant le secteur de la m\u00e9decine traditionnelle pr\u00e9sent\u00e9s par le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 camerounaise au public et les parties prenantes le 4 avril 2007, il est mentionn\u00e9 que pour exercer, le tradipraticien doit \u00eatre sp\u00e9cialis\u00e9 dans le soin d\u2019au plus cinq maladies. Une telle restriction est une entrave \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation de la m\u00e9decine traditionnelle authentique au Cameroun. Cette derni\u00e8re \u00e9tant plurielle par essence, parce que capable de gu\u00e9rir divers types de maladies (astrales, physiques, \u00e9th\u00e9riques) \u00e0 partir des techniques m\u00e9dicales vari\u00e9es, la restreindre aux soins de seulement cinq pathologies physiques, c\u2019est emp\u00eacher aux Camerounais\u00b7es de b\u00e9n\u00e9ficier de la totalit\u00e9 de ses pouvoirs de soins, c\u2019est l\u2019acculturer. C\u2019est prendre le risque de la laisser tr\u00e9passer sous l\u2019effet des maladies qu\u2019elle sait pourtant gu\u00e9rir, surtout les habitants des milieux ruraux o\u00f9 elle est parfois la seule offre de sant\u00e9 disponible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mieux, ne pas reconna\u00eetre les tradipraticiens sp\u00e9cialis\u00e9s dans le soin de plus cinq maladies, c\u2019est faire dispara\u00eetre progressivement du champ m\u00e9dical camerounais, la tradipratique. La raison est qu\u2019il n\u2019existe pas de tradipraticien honn\u00eate dont le r\u00e9pertoire m\u00e9dical se limiterait \u00e0 la ma\u00eetrise de soins de seulement cinq maladies. Les tradipraticiens sont par essence prolixes pour ce qui est des pathologies qu\u2019ils peuvent \u00e9radiquer. Ce qui est une aubaine pour les Camerounais\u00b7es qui, \u00e0 85\u00a0%, recourent \u00e0 leurs services. Certes, cette restriction peut faire penser \u00e0 leur sp\u00e9cialisation, mais dans un environnement camerounais o\u00f9 les soins biom\u00e9dicaux sont exorbitants et seulement accessibles aux citadins, il serait judicieux d\u2019encourager les \u00ab\u00a0m\u00e9decins traditionnels g\u00e9n\u00e9ralistes\u00a0\u00bb que l\u2019on trouve d\u2019ailleurs dans tous les villages au d\u00e9triment des \u00ab\u00a0m\u00e9decins traditionnels sp\u00e9cialis\u00e9s\u00a0\u00bb. Ou alors, de faire la promotion des tradipraticien\u00b7ne\u00b7s sans s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la taille du r\u00e9pertoire des maladies qu\u2019ils savent soigner. Que ceux et celles qui d\u00e9sirent se sp\u00e9cialiser dans le soin d\u2019au trop cinq maladies y soient encourag\u00e9\u00b7e\u00b7s et que ceux et celles qui peuvent effectivement aller au-del\u00e0 ne soient pas r\u00e9primand\u00e9s, car la sp\u00e9cialisation n\u2019exclut par la g\u00e9n\u00e9ralisation. La preuve, dans les h\u00f4pitaux publics r\u00e9guli\u00e8rement vant\u00e9s par les dirigeants camerounais, cohabitent m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes et m\u00e9decins sp\u00e9cialis\u00e9s. De m\u00eame qu\u2019on a besoin des m\u00e9decins quelle que soit leur cat\u00e9gorie, de m\u00eame on devrait encourager les tradipraticiens g\u00e9n\u00e9ralistes ou sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9p\u00e9naliser la sp\u00e9cialisation dans le soin de plus de cinq pathologies et de reconna\u00eetre tous les gu\u00e9risseurs qui s\u2019y activent. Cette d\u00e9p\u00e9nalisation favoriserait comme susmentionn\u00e9, l\u2019\u00e9tablissement au Cameroun d\u2019une m\u00e9decine traditionnelle plurielle capable de soigner plusieurs maladies \u00e0 partir de diff\u00e9rentes m\u00e9thodes \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb reconnues ou pas. Un tradipraticien dont le pouvoir se limite aux soins de seulement cinq maladies n\u2019en est pas un. Il est plut\u00f4t un opportuniste investi dans ce secteur pour des raisons d\u2019accumulation ou de lutte contre le ch\u00f4mage. La majorit\u00e9 des Camerounais et Camerounaises ayant grandi au Cameroun et entretenant une liaison relativement \u00e9troite avec leurs villages d\u2019attache savent soigner, \u00e0 base des plantes, au moins cinq maladies. Ce qui ne fait pour autant pas d\u2019eux des gu\u00e9risseurs traditionnels. Logiquement donc, d\u00e9finir les gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses camerounais\u00b7es \u00e0 partir de soins de cinq maladies, c\u2019est \u00e9riger tous les Camerounais\u00b7es en gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses traditionnel\u00b7le\u00b7s. Autrement dit, c\u2019est d\u00e9clarer l\u2019inutilit\u00e9 de ces derniers. Un tradipraticien camerounais authentique doit \u00eatre multiple. En d\u2019autres mots, il doit \u00eatre sp\u00e9cialis\u00e9 non seulement dans le soin de plus de cinq maladies, mais surtout dans celui des perturbations touchant aussi bien au corps visible que non-physique des patients. Dans ce cas, ses op\u00e9rations th\u00e9rapeutiques doivent s\u2019effectuer au moyen de la divination, des rites, des interpr\u00e9tations oniriques et non pas exclusivement des plantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui conjecture que les interventions d\u2019un\u00b7e tradipraticien\u00b7ne camerounais\u00b7e \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb ne peuvent s\u2019adosser litt\u00e9ralement sur l\u2019usage des plantes ou des m\u00e9thodes \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb explicables. Car, elles s\u2019arc-boutent aussi sur des techniques et produits sur lesquels on ne peut appliquer la mesure (posologie). Cela transpara\u00eet clairement dans le rapport<a class=\"footnote\" title=\"Cf. Annexe 1.\" id=\"return-footnote-809-5\" href=\"#footnote-809-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> qu\u2019adressa en 2007 le gu\u00e9risseur Aboky Jean au d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 provincial de la sant\u00e9 publique pour la r\u00e9gion du Nord (B\u00e9nou\u00e9). Dans ce rapport, le gu\u00e9risseur en question fait un \u00e9nonc\u00e9 de l\u2019ensemble des maladies qu\u2019il gu\u00e9rit au courant de l\u2019ann\u00e9e. Malgr\u00e9 l\u2019interdiction officielle de la sp\u00e9cialisation dans le soin de plus de cinq maladies, il s\u2019agit de\u00a0: asthme, gonococcie, folie, sorcellerie, rhumatisme, h\u00e9morro\u00efde, jaunisse, mal de dos, estomac, diab\u00e8te, st\u00e9rilit\u00e9, accouchement difficile, r\u00e8gles douloureuses, charme, morsure de serpent, blindage. Soit un ensemble de pr\u00e8s de 20 maladies de nature physique et m\u00e9taphysique soign\u00e9es non pas simplement au moyen des plantes, mais aussi \u00e0 travers des techniques m\u00e9dicales \u00ab\u00a0impond\u00e9rables\u00a0\u00bb. La pr\u00e9sence des pr\u00e9occupations sanitaires telles que la sorcellerie et le blindage sur sa liste en est une preuve imparable. D\u2019o\u00f9 une fois de plus, l\u2019int\u00e9r\u00eat de d\u00e9p\u00e9naliser cette sp\u00e9cialisation restrictive pour le bien-\u00eatre de ceux qui souffrent et l\u2019\u00e9tablissement au Cameroun d\u2019une th\u00e9rapeutique plurielle r\u00e9ellement traditionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sant\u00e9 est la principale pr\u00e9occupation des Africain\u00b7e\u00b7s. C\u2019est du moins ce que r\u00e9v\u00e8le une enqu\u00eate sur les besoins de ce peuple\u00a0: famille (48\u00a0%, emploi (33\u00a0%), sant\u00e9 (75\u00a0%) (Ela, 2009, p.\u00a095). De ce fait, adopter des lois qui encouragent les gu\u00e9risseurs \u00e0 soigner plusieurs maladies, c\u2019est combattre la centralit\u00e9 biom\u00e9dicale que vivent encore plusieurs Camerounais\u00b7e\u00b7s. \u00c0 titre d\u2019illustration, soulignons qu\u2019en 2010, l\u2019UNESCO (2010, p.\u00a08) parlait d\u2019un m\u00e9decin pour 100 tradipraticiens. La d\u00e9p\u00e9nalisation sus-\u00e9voqu\u00e9e permettrait donc d\u2019offrir des soins aux malades qui n\u2019auront plus toujours besoin de parcourir des kilom\u00e8tres \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un h\u00f4pital pour gu\u00e9rir un mal que sauront \u00e9ventuellement combattre les tradipraticiens, vu qu\u2019ils \u00e9cument aussi bien les villes que les milieux ruraux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la d\u00e9p\u00e9nalisation permettra au Cameroun de lutter contre la raret\u00e9 des m\u00e9decins. En autorisant aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s d\u2019embrasser th\u00e9rapeutiquement le plus grand nombre possible de dysfonctionnements sanitaires, l\u2019on assistera \u00e0 la d\u00e9mocratisation des soins. Cela est d\u2019autant pertinent que plusieurs localit\u00e9s camerounaises ne disposent pas toujours de m\u00e9decins form\u00e9s par l\u2019\u00c9tat, ceux-ci pr\u00e9f\u00e8rent majoritairement exercer dans les r\u00e9gions du Centre et du Littoral, pr\u00e9cis\u00e9ment dans les villes de Yaound\u00e9 et de Douala. La preuve en est que, sur les 38207 personnels de sant\u00e9 issus du recensement de 2011 effectu\u00e9 par le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 publique, 16235 (42.49\u00a0%) travaillaient dans les seules r\u00e9gions du Centre et du Littoral contre 21888 (57.28\u00a0%) dans le reste du Cameroun (MINSANTE, 2011, p.\u00a027). Toujours selon les r\u00e9sultats de ce recensement (MINSANTE, 2011, p.\u00a051), l\u2019on d\u00e9nombrait en 2011 au Cameroun, 18954 infirmiers (7788 exer\u00e7aient dans les seules r\u00e9gions du Centre et du Littoral contre 9359 dans le reste du Cameroun); 162 pharmaciens (dont 78 au Centre et dans le Littoral et 63 dans les autres R\u00e9gions du pays); 1420 m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes (807 employ\u00e9s dans les deux r\u00e9gions du Centre et du Littoral contre 541 dans le reste du Cameroun); 422 m\u00e9decins sp\u00e9cialistes (dont 319 dans le Centre et le Littoral contre 96 ailleurs au Cameroun).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si pareille concentration des personnels de sant\u00e9 dans les deux r\u00e9gions susmentionn\u00e9es est surprenante, elle n\u2019est pas nouvelle. Selon Ela (2009, p.\u00a0101), au lendemain des ind\u00e9pendances, notamment en 1973, sur 290 m\u00e9decins travaillant au Cameroun, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 \u00e9tait concentr\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9 et \u00e0 Douala. En 1990, le Cameroun disposait de 1034 m\u00e9decins (Kandoum, 1994, p.\u00a031). En 1956, c\u2019est-\u00e0-dire pendant la p\u00e9riode coloniale, il y\u2019en avait 133 (Lapeyssonnie, 1988, p.\u00a0123). Ce qui implique qu\u2019en 34 ann\u00e9es d\u2019existence, l\u2019\u00c9tat camerounais a form\u00e9 en moyenne 26.5 m\u00e9decins par an. Ce qui rend compte de la raret\u00e9 des m\u00e9decins, car aujourd\u2019hui encore, il est difficile de rencontrer plus de trois \u00ab\u00a0m\u00e9decins publics\u00a0\u00bb dans les chefs-lieux de d\u00e9partement au Cameroun. \u00c0 en croire l\u2019enqu\u00eate d\u00e9mographique de 2011, pour un m\u00e9decin, on d\u00e9nombrait 9164 habitants en 1998, 10038 en 2000 et 13486 en 2007 (Kelojoue, 2012, p.\u00a03). D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre un terme \u00e0 la p\u00e9nalisation de la sp\u00e9cialisation des gu\u00e9risseurs dans le soin de plus de cinq maladies, puisque les m\u00e9decins se font rares dans les milieux ruraux o\u00f9 abondent en revanche les tradipraticien\u00b7ne\u00b7s. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019encourager ces derniers \u00e0 la prise en charge de la totalit\u00e9 des disharmonies sanitaires dont souffrent les villageois devient de plus en plus imp\u00e9rieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En outre, l\u2019adaptation des lois p\u00e9nales aff\u00e9rentes \u00e0 la tradipratique aux r\u00e9alit\u00e9s camerounaises permettra de lutter contre la chert\u00e9 des produits biom\u00e9dicaux dont les prix ont flamb\u00e9 dans les pharmacies depuis la derni\u00e8re d\u00e9valuation du franc CFA de 1994 (Filakota, 2010, p.\u00a087). Corroborant ce point de vue, Rougemont (1992, p.\u00a016) affirme que des services de sant\u00e9, souvent dans le plus grand d\u00e9nuement structurel et fonctionnel, sont incapables, surtout \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, de faire face aux situations les plus banales. Et pourtant, la mise en \u0153uvre de l\u2019initiative de Bamako avec la cr\u00e9ation d\u00e8s 1985 de l\u2019office pharmaceutique, avait pour but, entre autres, de mettre \u00e0 la disposition des propharmacies, destin\u00e9es principalement aux populations rurales, des m\u00e9dicaments \u00e0 prix accessibles (Rougemont, 1992, p.\u00a016). Cependant sur le terrain, on r\u00e9alise qu\u2019il n\u2019en est rien. Le plus difficile dans les centres de sant\u00e9 camerounais est parfois l\u2019achat des m\u00e9dicaments prescrits que la rencontre d\u2019un m\u00e9decin. Car, lorsque le m\u00e9decin a prescrit une ordonnance constitu\u00e9e de cinq types de m\u00e9dicaments par exemple, il faut quelquefois faire le tour de toute la ville pour trouver trois d\u2019entre eux; l\u2019h\u00f4pital qui les a recommand\u00e9s, au m\u00eame titre que la majorit\u00e9 des pharmacies, n\u2019en dispose pas. Les deux autres sont parfois command\u00e9s ailleurs, obligeant ainsi le malade \u00e0 un traitement incomplet. Cette raret\u00e9 devient encore plus prononc\u00e9e lorsqu\u2019on se retrouve en zone rurale, d\u2019o\u00f9 la pertinence de la d\u00e9p\u00e9nalisation pour une meilleure r\u00e9sorption des difficult\u00e9s consubstantielles \u00e0 la chert\u00e9 et \u00e0 la raret\u00e9 des produits biom\u00e9dicaux.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique\u00a0ou l\u2019humanisation et l\u2019incarnation de la m\u00e9decine au Cameroun<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale relative \u00e0 la tradipratique reviendrait \u00e0 humaniser la m\u00e9decine au Cameroun et \u00e0 l\u2019incarner. Autrement dit, c\u2019est encourager l\u2019\u00e9mergence d\u2019une m\u00e9decine pour le Camerounais ou la Camerounaise, d\u2019un art m\u00e9dical qui tient compte de ses attentes m\u00e9dicales. Il s\u2019agit de montrer qu\u2019une m\u00e9decine fondamentalement fond\u00e9e sur la mesure serait une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire, non pas pour des \u00eatres compos\u00e9s qu\u2019ils sont, mais pour ceux constitu\u00e9s essentiellement de corps physiques. Par ailleurs, et dans la mesure o\u00f9 certains d\u2019entre eux croient irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de la biom\u00e9decine, d\u00e9velopper une m\u00e9decine traditionnelle authentique permettrait de diversifier les itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques au Cameroun.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une m\u00e9decine scientifique est une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire\u00a0: \u00e9viter les d\u00e9rives de la technoscience par l\u2019africanisation des lois aff\u00e9rentes \u00e0 la tradipratique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9p\u00e9naliser le c\u00f4t\u00e9 non mesurable de la tradipratique par des lois qui tiennent compte de sa posologie, de la rationalit\u00e9 m\u00e9dicale africaine, c\u2019est \u00e9viter aux Camerounais et Camerounaises les d\u00e9rives de la technoscience. C\u2019est les aider \u00e0 comprendre qu\u2019une m\u00e9decine scientifique est une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire et pas celle du Camerounais et de la Camerounaise authentiques. C\u2019est les soutenir \u00e0 assumer publiquement leur recours aux tradipraticiens. Car, de nos jours, pour plusieurs Camerounais\u00b7es dit\u00b7e\u00b7s \u00e9rudit\u00b7e\u00b7s, \u00ab\u00a0civilis\u00e9\u00b7e\u00b7s\u00a0\u00bb, influenc\u00e9\u00b7e\u00b7s par les th\u00e9ories \u00e9volutionnistes du XVIIIe si\u00e8cle et surtout par les prescriptions islamo-chr\u00e9tiennes d\u00e8s le XVIe si\u00e8cle, recourir aux tradipraticiens, c\u2019est \u00eatre imprudent et insouciant. C\u2019est non seulement s\u2019exposer aux risques de toutes natures, mais aussi c\u00f4toyer le diable, l\u2019irrationnel, un savoir p\u00e9rim\u00e9 par les avanc\u00e9es et la sophistication biom\u00e9dicales. S\u2019ils ou elles doivent y recourir, c\u2019est secr\u00e8tement et surtout, lorsque la m\u00e9decine \u00ab\u00a0cart\u00e9sienne\u00a0\u00bb a d\u00e9clar\u00e9 l\u2019incurabilit\u00e9 clinique de leur mal. La raison, \u00e0 leur go\u00fbt, la tradipratique est un art m\u00e9dical quasi dangereux en ce qu\u2019elle est irrationnelle, impond\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ce qui a certainement motiv\u00e9, en 2007, le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 camerounaise, \u00e0 exiger aux m\u00e9decins traditionnels d\u2019am\u00e9liorer leur posologie et la pr\u00e9sentation de leurs produits pour \u00eatre reconnus. Il s\u2019agit de les amener \u00e0 se rationaliser \u00e0 l\u2019Occidental, c\u2019est-\u00e0-dire en se servant de la mesure, des bouteilles sur lesquelles doivent \u00eatre mentionn\u00e9s les noms de leurs produits, les pathologies qu\u2019ils \u00e9radiquent ainsi que leurs dates de p\u00e9remption. Cette obsession pour la mesure va finalement gagner l\u2019int\u00e9r\u00eat des tradipraticien\u00b7ne\u00b7s \u00e0 telle enseigne que, pour se sentir comme tels et prouver l\u2019efficacit\u00e9 de leurs rem\u00e8des, ils ou elles les brandiront \u00e0 leurs lieux de travail et dans les bus de transport en commun sous des emballages, des \u00e9tiquettes rappelant les produits biom\u00e9dicaux. Bien plus et sous la m\u00eame influence, ils ou elles s\u2019emploieront \u00e9nergiquement \u00e0 mettre sur pied des pharmacies dites traditionnelles o\u00f9 ils r\u00e9f\u00e8reront les malades gr\u00e2ce \u00e0 leurs coordonn\u00e9es t\u00e9l\u00e9phoniques m\u00e9ticuleusement mentionn\u00e9es sur lesdits emballages. Il s\u2019agit en un mot, de l\u2019imitation de la pr\u00e9sentation, de la posologie, de la conservation et des m\u00e9thodes de commercialisation propres \u00e0 la biom\u00e9decine. D\u2019ailleurs, lors des journ\u00e9es africaines de la m\u00e9decine traditionnelle qui sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es tous les 31 ao\u00fbt, seuls les m\u00e9decins investis dans cette entreprise d\u2019acculturation, d\u2019occidentalisation, de \u00ab\u00a0scientificisation\u00a0\u00bb de la tradipratique sont aux premi\u00e8res loges comme le montre l\u2019image ci-dessous.<\/p>\n<figure id=\"attachment_836\" aria-describedby=\"caption-attachment-836\" style=\"width: 769px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-836 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Mama-Fouda.jpg\" alt=\"\" width=\"769\" height=\"293\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Mama-Fouda.jpg 769w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Mama-Fouda-300x114.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Mama-Fouda-65x25.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Mama-Fouda-225x86.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Mama-Fouda-350x133.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 769px) 100vw, 769px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-836\" class=\"wp-caption-text\">Source : www.minsante.cm, 2018.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur cette photo prise le 31 ao\u00fbt 2018 lors de la c\u00e9l\u00e9bration officielle \u00e0 Yaound\u00e9 de la seizi\u00e8me journ\u00e9e africaine de la m\u00e9decine traditionnelle, l\u2019ancien ministre de la Sant\u00e9 publique Andr\u00e9 Mama Fouda est occup\u00e9 \u00e0 la lecture du contenu de l\u2019emballage d\u2019un produit traditionnel qui fait penser \u00e0 celui d\u2019un rem\u00e8de \u00ab\u00a0cart\u00e9sien\u00a0\u00bb. En face de lui, d\u2019autres d\u00e9coctions et mac\u00e9rations pr\u00e9sent\u00e9es dans des bouteilles, certainement pour des besoins d\u2019\u00ab\u00a0am\u00e9lioration\u00a0\u00bb de la posologie alors qu\u2019on sait tr\u00e8s bien qu\u2019en m\u00e9decine traditionnelle authentique, le contenant dans lequel le rem\u00e8de est servi a, en fonction des maladies, une valeur m\u00e9dicale non n\u00e9gligeable. Un produit servi dans une calebasse blanche jamais utilis\u00e9e n\u2019a pas la m\u00eame efficacit\u00e9 et la m\u00eame fonction que le m\u00eame produit consomm\u00e9 par le malade dans les creux de ses mains ou servi dans un morceau de canari fait \u00e0 base d\u2019argile. Qui plus est, il est difficile en tradipratique authentique de concevoir pour chaque produit, une posologie qui s\u2019appliquerait identiquement \u00e0 tous les malades souffrant de la m\u00eame affection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les produits traditionnels sont parfois prescrits en fonction des jours de naissance des malades et non pas simplement estim\u00e9s d\u2019apr\u00e8s leur \u00e2ge, \u00e9tat et constitution. Pour le m\u00eame rem\u00e8de, deux malades d\u2019\u00e2ge et d\u2019\u00e9tat identiques peuvent recevoir de prescriptions diff\u00e9rentes. L\u2019un peut \u00eatre conseill\u00e9 de le consommer les lundis et un autre les vendredis. \u00c0 l\u2019un, il peut \u00eatre recommand\u00e9 de le faire seulement apr\u00e8s le bain vesp\u00e9ral et \u00e0 l\u2019autre, apr\u00e8s le vol d\u2019un oiseau et tr\u00e8s t\u00f4t le matin. D\u2019ailleurs, il est connu en tradipratique qu\u2019un produit qui quitte le laboratoire ou la demeure du gu\u00e9risseur pour \u00eatre expos\u00e9 dans des lieux publics ou des \u00ab\u00a0pharmacies traditionnelles\u00a0\u00bb, n\u2019est presque plus efficace. Car, il est possible que pendant son d\u00e9placement ou son exposition, il ait \u00e9t\u00e9 soumis aux facteurs qui l\u2019annihilent telle la proximit\u00e9 de la femme en menstruation ou d\u2019une personne qui, apr\u00e8s fornication, n\u2019a pas pris un bain. Des conditions de \u00ab\u00a0purification\u00a0\u00bb que l\u2019on ne consid\u00e8re pas en biom\u00e9decine et qui n\u2019apparaissent pas sur les emballages des produits traditionnels, mais qui sont non n\u00e9gligeables en tradipratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019objectif de l\u2019exigence de \u00ab\u00a0l\u2019am\u00e9lioration de la posologie\u00a0\u00bb est donc sans doute de d\u00e9barrasser la tradipratique de ces produits et pratiques m\u00e9dicaux qui ne se mesurent pas \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb, m\u00eame s\u2019ils sont efficaces et b\u00e9n\u00e9fiques pour les populations. Il s\u2019agit notamment pour le bien de la biom\u00e9decine qui pourra utiliser les r\u00e9sultats de sa recherche, de la d\u00e9barrasser entre autres des rites de d\u00e9possession et de gu\u00e9rison, des pratiques divinatoires, des th\u00e9rapies par la pri\u00e8re, des chants et danses th\u00e9rapeutiques tels le <em>sew<\/em> chez les Dii de l\u2019Adamaoua, le <em>facalaw<\/em> chez les Mafa de l\u2019Extr\u00eame-Nord ou encore le <em>manga<\/em> chez les ressortissants du D\u00e9partement de l\u2019Oc\u00e9an. Ce sont toutes des pratiques \u00e9tiologiques et th\u00e9rapeutiques efficaces, sollicit\u00e9es par les Camerounais et Camerounaises, mais rejet\u00e9es par les lois parce que non dosables et mesurables scientifiquement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, vanter une m\u00e9decine scientifique<a class=\"footnote\" title=\"Une m\u00e9decine scientifique est celle qui ne consid\u00e8re pas une affection comme telle que lorsque son agent pathog\u00e8ne est visible au microscope, cultivable et lorsqu\u2019il est capable de faire la m\u00eame maladie chez l\u2019animal. C\u2019est un art m\u00e9dical qui se veut exot\u00e9rique et cherche \u00e0 tout soigner \u00e0 partir des m\u00e9dicaments test\u00e9s sur les animaux et confirm\u00e9s en laboratoire.\" id=\"return-footnote-809-6\" href=\"#footnote-809-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>, condamner le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0non mesurable\u00a0\u00bb de la tradipratique, lui \u00f4ter toute m\u00e9dicalit\u00e9 et la basculer enti\u00e8rement dans le profond abyme du non-savoir, c\u2019est \u00e0 notre sens, s\u2019employer \u00e0 \u00e9riger au Cameroun, \u00e0 la place de la m\u00e9decine humaine, une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire. Car, le Camerounais ou la Camerounaise n\u2019est pas constitu\u00e9\u00b7e seulement de corps, mais aussi d\u2019\u00e2me et d\u2019esprit, comme le d\u00e9montre les propos de Weber en 2011, il n\u2019est pas <em>k\u00f6rper<\/em><a class=\"footnote\" title=\"Corps machinique.\" id=\"return-footnote-809-7\" href=\"#footnote-809-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>, mais <em>leib<\/em><a class=\"footnote\" title=\"Corps joint \u00e0 l\u2019\u00e2me ou psych\u00e9.\" id=\"return-footnote-809-8\" href=\"#footnote-809-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>. Dans ce cas, une m\u00e9decine qui ne s\u2019occupe que des pathologies du corps (visible) de l\u2019humain sans se soucier de celles qui tourmentent l\u2019ombre, le souffle ou l\u2019esprit est une m\u00e9decine pour animal et non pour l\u2019humain, \u00eatre somatopsychique. La scientificit\u00e9 totale de la m\u00e9decine est impossible parce que les principes actifs qui permettent de venir \u00e0 bout de certaines morbidit\u00e9s, notamment celles relevant de jets de sorts, de possessions d\u00e9moniaques ou d\u2019attaques du corps \u00e9th\u00e9rique, ne peuvent s\u2019exp\u00e9rimenter en laboratoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il en est de m\u00eame des agents qui provoquent ces maladies et ne sont visibles au microscope ou au scanner. Ce que peut voir une m\u00e9decine scientifique issue des travaux de Pasteur, ce sont tout simplement les manifestations des perturbations provenant d\u2019un dysfonctionnement au niveau du corps astral ou \u00e9th\u00e9rique et qu\u2019elle s\u2019efforcera symptomatiquement et en vain \u00e0 supprimer. De telles maladies qui se manifestent au travers du corps physique sont dites incurables, donnant ainsi l\u2019impression aux souffrants d\u2019avoir affaire \u00e0 une fatalit\u00e9. C\u2019est pourquoi il arrive parfois \u00e0 la \u00ab\u00a0m\u00e9decine scientifique\u00a0\u00bb de d\u00e9clarer \u00e0 ses patients qui souffrent atrocement qu\u2019ils n\u2019ont rien, au lieu de chercher la cause de leurs troubles ailleurs que dans leur seul corps physique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que cette m\u00e9decine dite scientifique feint d\u2019ignorer, c\u2019est que le corps physique n\u2019est pas le si\u00e8ge de toutes les maladies; il est tout simplement leur principal moyen d\u2019expression. Des \u0153d\u00e8mes ou des blessures au niveau des pieds par exemple, peuvent \u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019expression des troubles dont est victime l\u2019ombre d\u2019un malade. Il est donc clair qu\u2019une m\u00e9decine qui veut tout expliquer \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb, qui voudrait tout soigner \u00e0 partir des m\u00e9dicaments test\u00e9s sur les animaux et confirm\u00e9s en laboratoire, ne sera pas capable de gu\u00e9rir de tels maux. Si elle voulait le faire et \u00eatre une m\u00e9decine pour le Camerounais ou la Camerounaise, elle doit revoir sa conception de l\u2019humain et l\u2019admettre comme constitu\u00e9 \u00e0 la fois du corps, de l\u2019\u00e2me, de l\u2019ombre et du \u00ab\u00a0sang\u00a0\u00bb. Et ensuite, \u00e9laborer des pratiques m\u00e9dicales cons\u00e9quentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Que faut-il conclure? Comme l\u2019affirmait Dominique Folscheid (2010, p.\u00a0411), une m\u00e9decine totalement scientifique est une m\u00e9decine impossible par d\u00e9finition et par nature. Le progr\u00e8s de la science et de la technique quel qu\u2019il soit, n\u2019y pourra rien. Si la m\u00e9decine est bien une m\u00e9decine de l\u2019humain, du Camerounais ou de la Camerounaise, elle ne peut pas \u00eatre dans son ensemble, scientifique, parce que le corps humain n\u2019est une machine que par abstraction, en lui \u00f4tant l\u2019\u00e2me (Folscheid, 2010). Il ne peut donc y avoir de m\u00e9decine vraiment scientifique, si ce n\u2019est un corps sans \u00e2me. Ce qui, pour Descartes, est le cas des animaux. La m\u00e9decine scientifique serait en r\u00e9alit\u00e9 une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire, d\u2019o\u00f9 cette alternative\u00a0de Folscheid\u00a0: ou bien la m\u00e9decine est totalement scientifique et elle n\u2019est pas humaine, ou bien elle est humaine et elle ne peut pas \u00eatre scientifique \u00e0 100 pour 100 (Folscheid, <em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et cela, la biom\u00e9decine le sait mieux que tout autre art m\u00e9dical. Elle sait \u00e9galement qu\u2019il est difficile de prouver ne serait-ce que 40\u00a0% de ses pratiques et produits de soins en laboratoire. Aussi, resta-t-elle blas\u00e9e et sans d\u00e9fense face aux d\u00e9clarations de Lisa Simpson, directrice adjointe de l\u2019Agence f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine charg\u00e9e de promouvoir la qualit\u00e9 des soins en m\u00e9decine. En 1999, elle affirma que seulement 10 \u00e0 20\u00a0% des activit\u00e9s et d\u00e9cisions biom\u00e9dicales sont fond\u00e9es sur des preuves scientifiques. D\u2019ailleurs, il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019une grande nouveaut\u00e9 puisque ces d\u00e9clarations correspondent exactement \u00e0 l\u2019estimation effectu\u00e9e en 1978 par le Congressionnal Office of Technology qui conclut que seulement 10 \u00e0 20\u00a0% des techniques de m\u00e9decine conventionnelle ont \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9es scientifiquement (Derey, 2003, p.\u00a034).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, trouver des lois qui d\u00e9p\u00e9nalisent le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9sot\u00e9rique\u00a0\u00bb de la tradipratique et qui reconnaissent les gu\u00e9risseurs qui y ont recours, permettrait donc de d\u00e9faire plusieurs Camerounais et Camerounaises du poids de la honte et de la culpabilit\u00e9 sous lequel ils ploient chaque fois qu\u2019ils se sont adress\u00e9s ou comptent s\u2019adresser aux tradipraticiens authentiques. En assumant publiquement ce c\u00f4t\u00e9 m\u00e9dical typiquement africain par des lois correspondant \u00e0 la conception camerounaise de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie, le Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 les \u00e9pargnerait du sentiment de s\u2019adresser au diable, de faire montre d\u2019imprudence chaque fois qu\u2019ils se sont soumis \u00e0 un rite th\u00e9rapeutique. Autrement dit, il leur \u00e9viterait la d\u00e9rive technoscientifique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019obsession \u00e0 croire que, ne peut \u00eatre efficace qu\u2019une m\u00e9decine qui allie la science et la technique telle la biom\u00e9decine; alors que cette derni\u00e8re est en r\u00e9alit\u00e9 une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire, essentiellement somatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et cela est connu de tout le monde y compris de Descartes, celui qui, au XVIIe si\u00e8cle, syst\u00e9matisa la s\u00e9paration du corps et de l\u2019\u00e2me et fit du corps physique l\u2019objet de la science et de la m\u00e9decine, laissant ainsi de c\u00f4t\u00e9 les autres constituants immat\u00e9riels et non mesurables de l\u2019\u00eatre humain. \u00c0 propos, Descartes\u00a0pense que le corps machine n\u2019est qu\u2019une fiction cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces pour les besoins de la science, une abstraction \u00e9pist\u00e9mologique ajust\u00e9e aux besoins de la science m\u00e9canicienne (Folscheid, 2010, p.\u00a0410). Or, l\u2019humain r\u00e9el poursuit-il, est un compos\u00e9 unifi\u00e9 d\u2019\u00e2me et de corps que tout se passe comme s\u2019ils ne faisaient qu\u2019un seul, du moins aussi longtemps qu\u2019il est vivant (Folscheid, <em>ibid<\/em>.). Ce qui oblige la science et la technique \u00e0 ne pouvoir tout mesurer ou \u00e0 n\u2019essayer de doser que la zone des sensibilit\u00e9s qu\u2019elles ne soustraient d\u2019ailleurs pas \u00e0 la moiti\u00e9 des disharmonies qui l\u2019accablent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le malheur de la tradipratique viendrait de ce fait de la technoscience, notamment des travaux de Pasteur. C\u2019est lui qui montra durant la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle que toutes les maladies ont pour cause la pr\u00e9sence dans le corps, des germes minuscules\u00a0: les \u00ab\u00a0microbes\u00a0\u00bb (Lapeyssonie, 1988). C\u2019est lui qui syst\u00e9matisa ce qu\u2019on peut appeler ici la th\u00e9orie de correspondance \u00ab\u00a0maladie-microbe\u00a0\u00bb. Selon cette th\u00e9orie, \u00e0 chaque maladie, correspond un agent pathog\u00e8ne visible au microscope et supprimable \u00e0 partir des m\u00e9dicaments exp\u00e9riment\u00e9s sur les animaux. Vers la fin du XIXe si\u00e8cle, l\u2019on crut avoir tourn\u00e9 la page des ensorcellements et des jets de sorts comme sources de maladies. D\u00e9sormais, pour chaque pathologie, les malades camerounais\u00b7es s\u2019attendent \u00e0 ce qu\u2019on leur d\u00e9signe le microbe l\u2019ayant engendr\u00e9e, et surtout qu\u2019il soit visible au microscope.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Progressivement, les m\u00e9decins vont prendre go\u00fbt \u00e0 une telle activit\u00e9 m\u00e9dicale\u00a0: faire correspondre chaque maladie \u00e0 un microbe et v\u00e9rifier la pr\u00e9sence de ce dernier ainsi que ses modes de transmission en laboratoire. Puis, de fa\u00e7on cons\u00e9quente, y trouver un rem\u00e8de. Du coup, toutes les pathologies dont les agents provocateurs sont invisibles au microscope sont dites incurables, m\u00eame si non loin de l\u00e0, d\u2019autres formes de m\u00e9decines parviennent \u00e0 les supprimer. De telles m\u00e9decines, au lieu de recevoir les encouragements de l\u2019OMS, sont dites irrationnelles et tra\u00een\u00e9es aux g\u00e9monies si leurs praticien\u00b7ne\u00b7s ne sont tout simplement pas incarc\u00e9r\u00e9s comme c\u2019\u00e9tait encore le cas dans les ann\u00e9es 1956 pour plusieurs tradipraticiens. C\u2019est ainsi que, graduellement, la m\u00e9decine va se d\u00e9faire de tout ce qui \u00ab\u00a0ne se mesure\u00a0pas\u00a0\u00bb, particuli\u00e8rement des maladies de l\u2019\u00e2me, pour tomber sous l\u2019esclavage de la science et de la technique, adoptant d\u00e9finitivement l\u2019appellation de \u00ab\u00a0m\u00e9decine scientifique\u00a0\u00bb. Se faisant, on va alt\u00e9rer dans son essence m\u00eame, la M\u00e9decine. On va, en d\u2019autres mots, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment s\u2019employer \u00e0 oublier que la m\u00e9decine depuis la pr\u00e9histoire rev\u00eatait un aspect \u00ab\u00a0non scientifique\u00a0\u00bb, ce qui ne l\u2019emp\u00eacha pas d\u2019\u00eatre efficace et dynamique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la m\u00e9decine ne gagne pas \u00e0 \u00eatre essentiellement scientifique. Ce dont les malades camerounais et camerounaises ont besoin, c\u2019est d\u2019une m\u00e9decine humaine, int\u00e9grative, compl\u00e8te, globale, ayant pour objet d\u2019\u00e9tude l\u2019humain. Ce qui n\u2019est pas le cas de la \u00ab\u00a0m\u00e9decine scientifique\u00a0\u00bb dont l\u2019objet est le cadavre, un corps mort. D\u2019ailleurs, Dominique Folscheid (2010, p.\u00a0406) souligne que c\u2019est \u00e0 partir du cadavre que la science remonte au corps humain vivant. Ce qui int\u00e9resse les Camerounais et Camerounaises, c\u2019est une m\u00e9decine capable de les soigner, non pas seulement dans leur corps physique, mais aussi, dans leur corps astral et \u00e9th\u00e9rique. Il ne s\u2019agit plus de c\u00e9der aux exigences exclusives de la mesure, de l\u2019exp\u00e9rimentation et de la scientificit\u00e9 d\u2019une m\u00e9decine qui se moquent de la majorit\u00e9 des probl\u00e8mes r\u00e9els de l\u2019humain pour qui elle pr\u00e9tend exister et travailler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous ne nions pas ici l\u2019efficacit\u00e9 des produits test\u00e9s sur les animaux, mais soutenons que de tels produits ne sont pas efficaces \u00e0 cent pour cent une fois transpos\u00e9s \u00e0 l\u2019humain. Ce qui t\u00e9moigne de l\u2019incapacit\u00e9 de la m\u00e9decine \u00e0 \u00eatre vraiment scientifique ainsi que des multiples risques auxquels cette pr\u00e9tendue m\u00e9decine scientifique expose la gent humaine. Par exemple, la comparaison des structures g\u00e9nomiques des grands primates d\u00e9montre que les chimpanz\u00e9s sont indiff\u00e9rents au VIH et peu affect\u00e9s par le virus de l\u2019h\u00e9patite B (VHB). Dans ce cas, et s\u2019il fallait toujours se fier \u00e0 la mesure et aux m\u00e9thodes exp\u00e9rimentales, on dirait que le VIH est sans danger<a class=\"footnote\" title=\"Telle est la conclusion tir\u00e9e par les soi-disant experts pour conseiller de laisser circuler le sang contamin\u00e9 par le virus du Sida.\" id=\"return-footnote-809-9\" href=\"#footnote-809-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a> et que le VHB (responsable chez l\u2019humain d\u2019h\u00e9patite, de cirrhose et de cancer de foie) est b\u00e9nin (Bousquet, 2003).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique et la diversification des itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques et \u00e9tiologiques au Cameroun<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9mettre des textes qui autorisent aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s camerounais\u00b7es \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans le soin de plus cinq maladies, et surtout reconna\u00eetre les pratiques et produits th\u00e9rapeutiques \u00ab\u00a0non mesurables\u00a0\u00bb, permet de pluraliser les arts m\u00e9dicaux au Cameroun et d\u2019octroyer \u00e0 chaque malade, une issue de gu\u00e9rison conforme \u00e0 ses convictions socioreligieuses et personnelles. Il est question de diversifier la m\u00e9decine, de procurer aux malades des soins en rapport avec leurs conceptions de l\u2019humain, de la maladie et de la gu\u00e9rison. Il s\u2019agit donc d\u2019inscrire diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations sociales camerounaises au c\u0153ur des processus de gu\u00e9rison les plus usit\u00e9s. Et donc, de d\u00e9velopper et d\u2019am\u00e9liorer aux c\u00f4t\u00e9s de la biom\u00e9decine qui est un art m\u00e9dical pour des pathologies essentiellement physiques, un autre capable de prendre en charge aussi bien les soins du corps physique, de l\u2019esprit que de l\u2019\u00e2me. Ce qui reviendrait \u00e0 faire cohabiter dans le m\u00eame environnement camerounais, des th\u00e9rapeutiques contradictoires capables de satisfaire aussi bien les adeptes de la tradipratique authentique, les partisans de la \u00ab\u00a0m\u00e9decine cart\u00e9sienne\u00a0\u00bb, les populations mal loties et des zones rurales que les citadins. Dans un contexte o\u00f9 un nombre consid\u00e9rable de malades n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 la biom\u00e9decine du fait de leur situation g\u00e9ographique et financi\u00e8re, o\u00f9 plusieurs pr\u00e9f\u00e8rent les soins biom\u00e9dicaux, o\u00f9 la tradipratique se montre accessible \u00e0 tous et peu dispendieuse, o\u00f9 plusieurs femmes refusent d\u2019aller accoucher \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de peur que ne leur soit pas remis le placenta<a class=\"footnote\" title=\"Selon ces femmes, le placenta, lorsqu\u2019il est enterr\u00e9 dans la concession familiale, permet le d\u00e9veloppement harmonieux de l\u2019enfant ainsi que son enracinement dans sa soci\u00e9t\u00e9 alors que le contraire peut conduire aux d\u00e9sordres sanitaires.\" id=\"return-footnote-809-10\" href=\"#footnote-809-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a> et o\u00f9 le concept de la personne s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 des notions occidentalistes du moi comme le r\u00e9v\u00e8le une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 1950 par l\u2019ethnographe ha\u00eftienne Lorimer au compte de l\u2019OMS (2010, p.\u00a014), seul le d\u00e9veloppement \u00e0 la fois de la \u00ab\u00a0m\u00e9decine\u00a0conventionnelle\u00a0\u00bb et de la m\u00e9decine traditionnelle authentique peut satisfaire tou\u00b7te\u00b7s les Camerounais\u00b7es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour mieux faire comprendre l\u2019id\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e, rappelons qu\u2019il y a des disharmonies sanitaires pour lesquelles les Camerounais\u00b7es consultent promptement un biom\u00e9decin et d\u2019autres pour lesquelles ils pr\u00e9f\u00e8rent se confier aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s. C\u2019est l\u2019exemple des troubles psychiques pour lesquels ils ne se rendent presque jamais chez les psychiatres ou les psychologues,\u00a0mais plut\u00f4t chez les gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses. Cela, parce qu\u2019\u00e0 l\u2019origine de ces pathologies, ils ne situent ni le stress ni les chocs \u00e9motionnels ou socioprofessionnels, mais l\u2019intervention perturbatrice des mauvais esprits ou des sorciers et sorci\u00e8res. C\u2019est aussi l\u2019exemple des plaies incurables qu\u2019ils ou elles pr\u00e9f\u00e8rent confier aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s qu\u2019aux m\u00e9decins \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb suppos\u00e9s moins efficaces. C\u2019est enfin, l\u2019exemple de la fi\u00e8vre jaune reconnue surtout au Nord-Cameroun comme incompatible avec toutes formes de vaccins. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019encourager la pratique de la biom\u00e9decine, mais aussi d\u2019africaniser la l\u00e9gislation aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique pour faire \u00e9tablir au Cameroun, non pas des phytoth\u00e9rapeutes, mais des tradipraticien\u00b7ne\u00b7s sp\u00e9cialis\u00e9\u00b7e\u00b7s dans le soin de plusieurs maladies et capables d\u2019allier pour le bien des malades, le pond\u00e9rable et l\u2019impond\u00e9rable, le visible et l\u2019invisible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale permettra ainsi \u00e0 chaque Camerounais\u00b7e de suivre l\u2019itin\u00e9raire m\u00e9dical qui correspondra \u00e0 ses attentes en situation de dysfonctionnement sanitaire. Mais aussi de mettre fin aux attitudes qui r\u00e9pandent faussement la sup\u00e9riorit\u00e9 de la biom\u00e9decine sur les autres arts m\u00e9dicaux tout en \u00e9vitant aux Camerounais\u00b7es de ne jurer que par les Europ\u00e9en\u00b7ne\u00b7s tel\u00b7le\u00b7s que l\u2019ont fait les Romain\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019endroit des Grecs et Grecques (Lapeyssonnie, 1988, p.\u00a020). Elle permettra donc d\u2019emp\u00eacher que l\u2019on ne recoure, m\u00eame pour de \u00ab\u00a0simples maladies\u00a0\u00bb comme la teigne, \u00e0 la biom\u00e9decine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u2019autres mots, l\u2019africanisation de la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique, en diversifiant les itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques, en les pluralisant, \u00e9tablira une concurrence entre cette derni\u00e8re et la biom\u00e9decine et r\u00e9duira finalement le co\u00fbt des produits pharmaceutiques. Elle aidera l\u2019\u00c9tat camerounais \u00e0 am\u00e9liorer le bien-\u00eatre des malades en luttant particuli\u00e8rement contre la supercherie biom\u00e9dicale. Didier Fassin (1992, p.\u00a086), remarque \u00e0 propos que l\u2019option pour la quantit\u00e9, ind\u00e9pendamment de la qualit\u00e9, est manifeste dans la prescription de plusieurs produits ayant la m\u00eame indication, voire la m\u00eame composition, mais vendus sous des noms diff\u00e9rents. Il en est de m\u00eame de la pr\u00e9f\u00e9rence pour les prix \u00e9lev\u00e9s sans justification m\u00e9dicale aucune qui appara\u00eet dans le choix des m\u00e9dicaments les plus on\u00e9reux parmi les \u00e9quivalents chimiques. Lorsque les professionnel\u00b7le\u00b7s de la biom\u00e9decine sauront d\u00e9sormais que non loin d\u2019eux et elles, existent des gu\u00e9risseurs et gu\u00e9risseuses capables d\u2019abattre le m\u00eame travail qu\u2019eux et elles, ils ou elles prendront la peine, pour conserver leurs client\u00b7e\u00b7s, de les traiter humainement en choisissant pour eux et elles des produits pharmaceutiques les plus efficaces et les moins dispendieux. De cette mani\u00e8re, la diversification des itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques viendra faire rena\u00eetre la notion de conscience professionnelle aujourd\u2019hui creuse et presque inexistante en biom\u00e9decine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La multiplication des itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques permettra en outre de limiter les effets iatrog\u00e8nes des produits chimiques, puisque bon nombre d\u2019entre eux et elles, longtemps consid\u00e9r\u00e9s inoffensifs, font d\u00e9sormais partie des produits dangereux. Tel est le cas de la pendizine propos\u00e9e pour les algies et qui est pass\u00e9e de la vente libre en pharmacie \u00e0 la vente contr\u00f4l\u00e9e. Mais aussi le cas des fameux MER 29 tellement vant\u00e9s contre le cholest\u00e9rol, puis retir\u00e9s de la vente (Derey, 1981, p.\u00a036). Les malades ayant d\u00e9sormais d\u2019autres issues de gu\u00e9rison n\u2019auront pas toujours recours \u00e0 la biom\u00e9decine et alors, pourront \u00e9chapper aux effets iatrog\u00e8nes de la majorit\u00e9 de ses m\u00e9dicaments.<\/p>\n<h2><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au demeurant, il convient de retenir que, si \u00e0 premi\u00e8re vue les textes de 2007 sur l\u2019organisation et la pratique de la m\u00e9decine traditionnelle peuvent donner l\u2019impression de militer en faveur de l\u2019\u00e9mancipation et de la promotion de cette derni\u00e8re, dans le fond, il n\u2019en est rien. Ils traduisent plut\u00f4t la volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat camerounais, \u00e0 travers son Minist\u00e8re de la sant\u00e9, de mettre hors du champ m\u00e9dical camerounais, toutes th\u00e9rapies aux pratiques \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb non explicables. Ce qui explique l\u2019\u00e9vidence qu\u2019ils imposent aux tradipraticien\u00b7ne\u00b7s d\u2019am\u00e9liorer leur posologie et de ne pas se sp\u00e9cialiser dans le soin de plus de cinq maladies pour recevoir l\u2019autorisation d\u2019exercice. Toutes choses qui ne prennent pas en consid\u00e9ration la conception africaine de l\u2019humain, de la sant\u00e9 et de la maladie et donc, ne profitent v\u00e9ritablement pas aux malades camerounais(es) qui se savent compos\u00e9(e)s, non pas exclusivement du corps physique, mais aussi des corps \u00e9th\u00e9rique et astral. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019africaniser la l\u00e9gislation p\u00e9nale aff\u00e9rente \u00e0 la tradipratique afin de faire \u00e9merger au Cameroun une m\u00e9decine holistique, de lutter contre la centralit\u00e9 biom\u00e9dicale, d\u2019\u00e9viter la d\u00e9rive technoscientifique et de pluraliser les itin\u00e9raires th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h2><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\">Azetsop, Jacquineau. 2010. Pluralisme m\u00e9dical et gu\u00e9rison en Afrique subsaharienne. R\u00e9flexion sur les implications du pluralisme m\u00e9dical pour la sant\u00e9 publique et bio\u00e9thique. Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9<\/em> (449-660). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Batibonak, Sarriette. 2012. Sorcellerie en milieu urbain amplifi\u00e9e par les pentec\u00f4tismes africains, <em>Afrika Focus<\/em>, <em>25<\/em>(2), 65-87.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Bergeret, Jean. 1985.<em> La Personnalit\u00e9 normale et pathologique<\/em>. Paris\u00a0: Dunod.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Bousquet, Jacqueline. 2003. Les biologistes ignoreraient-ils l\u2019invisible? La Science s\u2019interdit toute d\u00e9couverte valable.\u00a0<em>M\u00e9decines nouvelles<\/em> <em>(La revue d\u2019\u00e9cologie m\u00e9dicale)<\/em>, <em>110<\/em>, 63-65.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Canguilhem, Georges. 1966. <em>Le Normal et le pathologique<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Claude, Bernard. 1865. <em>Introduction \u00e0 la m\u00e9decine exp\u00e9rimentale<\/em>. Paris\u00a0: Baill\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Comte, Auguste.1842. <em>Cours de philosophie positive, III, 40eme le\u00e7on<\/em>. Paris\u00a0: Ramussen.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Derey, Emmanuelle. 2003. <em>R\u00e9flexions sur les M\u00e9decines Non Conventionnelles suivies de deux m\u00e9decines \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0: la M\u00e9decine Traditionnelle Chinoise et la Transe<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 d\u2019Angers.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Derey, Emmanuelle. 2003. <em>R\u00e9flexions sur les M\u00e9decines Non Conventionnelles suivies de deux m\u00e9decines \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0: la M\u00e9decine Traditionnelle Chinoise et la Transe<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 d\u2019Angers.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Derian, Maxime. 2013. <em>Le M\u00e9tal et la chair\u00a0: Anthropologie des proth\u00e8ses informatis\u00e9es<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat, Universit\u00e9 Paris Panth\u00e9on-Sorbonne.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Djomhou\u00e9, Priscille. 2009. Gu\u00e9rison miraculeuse en Afrique\u00a0: regard d\u2019une n\u00e9otestamentaire camerounaise. <em>Conf\u00e9rence, Universit\u00e9 de Neuchatel<\/em>. priscille-djomhoue.e-monsite.com\/medias\/guerison-miraculeuse-an-afrique-neuchatel, pdf.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Filakota, Richard. 2010. Le marabout-th\u00e9rapeute dans le contexte de pluralisme m\u00e9dical. Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le Pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9<\/em> (85-100). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Fassin, Didier. 1992. <em>Pouvoir et maladie en Afrique<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Folscheid, Dominique. 2010. M\u00e9dicalit\u00e9 unique, rationalit\u00e9 multiple. Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9<\/em> (395-418). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Fongang, Luc Serges. 2010. L\u2019\u00e9volution des politiques sanitaires au Cameroun (1920-2000). Dans Lado, Ludovic (dir.), <em>Le pluralisme m\u00e9dical en Afrique. Colloque internationale Yaound\u00e9 <\/em>(133-152). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Gerrie, Ter Haar. 1996. <em>L\u2019Afrique et le monde des esprits<\/em>. <em>Le minist\u00e8re de gu\u00e9rison de Mgr Milingo<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Hebga,\u00a0Meinrad. 1963. Liminaire\u00a0: un malaise grave. <em>Personnalit\u00e9 africaine et catholicisme<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Kandoum, Antoine. 1994. <em>Planification sanitaire et ajustement structurel au Cameroun<\/em>. Paris\u00a0: CEPED.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Kelojoue, Samuel <em>et al<\/em>. 2012. Caract\u00e9ristiques du pays et pr\u00e9sentation de l\u2019enqu\u00eate. Dans Paul Roger Libite <em>et al.<\/em> (dir.), <em>Cameroun. <\/em><em>Enqu\u00eate d\u00e9mographique et de sant\u00e9 et \u00e0 indicateurs multiples, 2011<\/em> (1-16). URL\u00a0: https:\/\/dhsprogram.com\/pubs\/pdf\/fr260\/fr260.pdf<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Lapeyssonie, L\u00e9on. 1988. <em>La M\u00e9decine coloniale<\/em>. Paris\u00a0: Seghers.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Mbondji, Edjengu\u00e8l\u00e8. 2009. <em>Sant\u00e9, maladie et m\u00e9decine africaine. Plaidoyer pour l\u2019autre tradipratique<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: PUY.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">MINSANTE-DRH-RGPS, 2011. <em>Recensement g\u00e9n\u00e9ral des personnels du secteur de la sant\u00e9 au Cameroun<\/em>. Rapport, 70 pages. URL\u00a0: http:\/\/cm-minsante-drh.com\/site\/images\/stories\/Rapport_general_du_recensement01_12_2011_misenforme_FINAL05122001.pdf<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">OMS\/OPS. 2010. Culture et sant\u00e9 mentale en Ha\u00efti\u00a0: une revue de litt\u00e9rature. <em>WHO\/MSD\/MER\/10.1<\/em>, 1-27.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Rosny, Eric de. 1996. <em>Les Yeux de ma ch\u00e8vre<\/em>. <em>Sur les pas des ma\u00eetres de la nuit en pays douala<\/em>. Paris\u00a0: Plon.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Rosny, Eric de. 1992. <em>L<\/em>\u2019<em>Afrique des gu\u00e9risons<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Rougemont,\u00a0Andr\u00e9. 1992. La prise en charge des probl\u00e8mes de sant\u00e9. Dans Blanc-Pamard, Chantal (dir.), <em>Dynamique des syst\u00e8mes agraires. La<\/em><em> sant\u00e9 en soci\u00e9t\u00e9\u00a0: regards et rem\u00e8de<\/em>. Paris\u00a0: ORSTOM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Sejla, Bach <em>et al<\/em>. 2006. <em>Les m\u00e9decines parall\u00e8les<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.medecine.unige.ch\/enseignement\/apprentissage\/module4\/immersion\/archives\/2005_2006\/travaux\/06_r_medecines_paralleles.pdf\">http:\/\/www.medecine.unige.ch\/enseignement\/apprentissage\/module4\/immersion\/archives\/2005_2006\/travaux\/06_r_medecines_paralleles.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">UNESCO. 2010. Avant-projet de rapport sur la m\u00e9decine traditionnelle et ses implications \u00e9thiques. <em>SHS\/EST\/CIB-17\/10\/CONF.501\/3<\/em>, 1-32.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Worms, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2006.\u00a0Les deux concepts de soin. Vie, m\u00e9decine, relation morale.<em> Esprit<\/em>,<em> 321<\/em>, 145-163.<\/p>\n<p><strong>Source <\/strong>: archives priv\u00e9es du gu\u00e9risseur Aboky Jean<\/p>\n<h2><strong>Annexe 1<\/strong> : rapport d\u2019activit\u00e9s de 2007 du gu\u00e9risseur d\u2019Aboky Jean<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-883\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx.jpg\" alt=\"\" width=\"1567\" height=\"1873\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx.jpg 1567w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx-251x300.jpg 251w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx-857x1024.jpg 857w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx-768x918.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx-1285x1536.jpg 1285w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx-65x78.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx-225x269.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-content\/uploads\/sites\/11\/2021\/11\/Annexe-Guidassa.docx-350x418.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 1567px) 100vw, 1567px\" \/><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/contributors\/eric-guidassa\">\u00c9ric GUIDASSA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est enseignant \u00e0 la Facult\u00e9 des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l&rsquo;Universit\u00e9 de Maroua, pr\u00e9cis\u00e9ment au D\u00e9partement des Sciences Historiques, Arch\u00e9ologiques et du Patrimoine.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-809-1\">Union Africaine. <a href=\"#return-footnote-809-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-2\">Organisation de l\u2019Unit\u00e9 Africaine. <a href=\"#return-footnote-809-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-3\">Par globalit\u00e9, nous faisons ici allusion \u00e0 la capacit\u00e9 de la m\u00e9decine traditionnelle \u00e0 venir \u00e0 bout d\u2019une panoplie de disharmonies sanitaires de natures diverses en pr\u00e9sentiel, \u00e0 distance ou par objet interpos\u00e9. <a href=\"#return-footnote-809-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-4\">Il faut ici noter que pour les Camerounais comme pour la majorit\u00e9 d\u2019Africains d\u2019ailleurs, la malchance est une maladie au m\u00eame titre que le paludisme, le SIDA, la typho\u00efde entre autres. Par cons\u00e9quent, les personnes qui en souffrent, c\u2019est-\u00e0-dire celles \u00e0 qui presque rien ne r\u00e9ussit peuvent \u00eatre prises en charge par une th\u00e9rapie appropri\u00e9e. <a href=\"#return-footnote-809-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-5\">Cf. Annexe 1. <a href=\"#return-footnote-809-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-6\">Une m\u00e9decine scientifique est celle qui ne consid\u00e8re pas une affection comme telle que lorsque son agent pathog\u00e8ne est visible au microscope, cultivable et lorsqu\u2019il est capable de faire la m\u00eame maladie chez l\u2019animal. C\u2019est un art m\u00e9dical qui se veut exot\u00e9rique et cherche \u00e0 tout soigner \u00e0 partir des m\u00e9dicaments test\u00e9s sur les animaux et confirm\u00e9s en laboratoire. <a href=\"#return-footnote-809-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-7\">Corps machinique. <a href=\"#return-footnote-809-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-8\">Corps joint \u00e0 l\u2019\u00e2me ou psych\u00e9. <a href=\"#return-footnote-809-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-9\">Telle est la conclusion tir\u00e9e par les soi-disant experts pour conseiller de laisser circuler le sang contamin\u00e9 par le virus du Sida. <a href=\"#return-footnote-809-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-809-10\">Selon ces femmes, le placenta, lorsqu\u2019il est enterr\u00e9 dans la concession familiale, permet le d\u00e9veloppement harmonieux de l\u2019enfant ainsi que son enracinement dans sa soci\u00e9t\u00e9 alors que le contraire peut conduire aux d\u00e9sordres sanitaires. <a href=\"#return-footnote-809-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":50,"menu_order":5,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["eric-guidassa"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[346],"license":[],"class_list":["post-809","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-africanisation","motscles-enjeux-sanitaires","motscles-legislation-penale","motscles-tradipratique","keywords-africanization","keywords-criminal-legislation","keywords-health-challenge","keywords-traditional-medicine","motscles-autre-ma-mbinda","motscles-autre-mala-mi-ngang","motscles-autre-ngangmbozindi","motscles-autre-sa-mbo-zindi","contributor-eric-guidassa"],"part":760,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/809","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/users\/50"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/809\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1154,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/809\/revisions\/1154"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/760"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/809\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=809"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=809"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=809"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/adilaaku\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=809"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}