{"id":189,"date":"2021-10-18T09:32:45","date_gmt":"2021-10-18T07:32:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/?post_type=chapter&#038;p=189"},"modified":"2022-05-22T17:48:04","modified_gmt":"2022-05-22T15:48:04","slug":"assonsi-soma2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/texte\/assonsi-soma2021\/","title":{"rendered":"Fuir le Sahel et le Nord burkinab\u00e8, se r\u00e9fugier dans la capitale ouagalaise"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9put\u00e9 stable, \u00c9tat m\u00e9diateur et acteur de la s\u00e9curit\u00e9 sous-r\u00e9gionale il y a quelques ann\u00e9es, le Burkina Faso est de nos jours en proie \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. En effet, depuis 2015, ann\u00e9e ayant marqu\u00e9 le changement de r\u00e9gime politique, le pays fait face \u00e0 une s\u00e9rie de crises s\u00e9curitaires, humanitaires et sociales sans pr\u00e9c\u00e9dent dont l\u2019origine est difficile \u00e0 cerner (PNUD[footnote]Programme des nations unies pour le d\u00e9veloppement.[\/footnote], 2019, p.\u00a01). Du point de vue s\u00e9curitaire, la porosit\u00e9 et la longueur des fronti\u00e8res avec les pays voisins \u2013 \u00e0 savoir le Mali, le Niger et le B\u00e9nin \u2013 ainsi que la faible pr\u00e9sence ou les moyens limit\u00e9s des forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9, sont autant d\u2019enjeux auxquels le Burkina Faso fait d\u00e9sormais face, notamment les r\u00e9gions du Sahel, du Nord et de l\u2019Est (PNUD, 2019, p.\u00a010). La crise malienne survenue en 2012 a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9clic de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans cette zone. Mais les premi\u00e8res crises s\u00e9curitaires ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es en 2015 sur le sol burkinab\u00e8. Depuis lors, le pays conna\u00eet une ins\u00e9curit\u00e9 croissante marqu\u00e9e par plusieurs attaques terroristes et des conflits intercommunautaires. En d\u00e9pit des mesures s\u00e9curitaires d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, on note une recrudescence de la violence, surtout entre 2018 et 2019, exacerb\u00e9e par les affrontements intercommunautaires. Le nombre de personnes tu\u00e9es et de d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes est alarmant. Selon le Minist\u00e8re de l\u2019action sociale (2020), les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes sont estim\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 900\u00a0000 personnes en 2020.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Plus de 5\u00a0000 personnes d\u00e9plac\u00e9es internes[footnote]Selon l\u2019UNHCR (2019, p.6), les Personnes d\u00e9plac\u00e9s internes (PDI) sont des personnes ou des groupes de personnes qui ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s ou contraints \u00e0 fuir ou \u00e0 quitter leur foyer ou leur lieu de r\u00e9sidence habituel, notamment en raison d\u2019un conflit arm\u00e9, de situations de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, de violations des droits de l\u2019homme ou de catastrophes naturelles ou provoqu\u00e9es par l\u2019homme ou pour en \u00e9viter les effets, et qui n\u2019ont pas franchi les fronti\u00e8res internationalement reconnues d\u2019un \u00c9tat.[\/footnote] ont \u00e9t\u00e9 contraintes de cibler Ouagadougou, la capitale du pays, pour destination afin de sauver leur vie. En effet, per\u00e7ue comme un refuge s\u00e9curis\u00e9 et s\u00fbr, Ouagadougou, situ\u00e9e au centre du pays, couvrant une superficie de 52\u00a0000\u00a0ha et abritant une population estim\u00e9e \u00e0 2\u00a0500\u00a0000 habitant\u00b7e\u00b7s (Soma, 2015, p.\u00a042), est devenue le r\u00e9ceptacle des populations fuyant les exactions terroristes et les conflits intercommunautaires, esp\u00e9rant refaire leur vie. Cependant, ces d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes sont actuellement confront\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 des besoins \u00e9normes en logement, en \u00e9quipements de sant\u00e9, d\u2019assainissement et des difficult\u00e9s d\u2019insertion socioprofessionnelles. Les p\u00e9riph\u00e9ries, g\u00e9n\u00e9ralement non loties, sont les premi\u00e8res zones d\u2019accueil o\u00f9 se sont \u00e9rig\u00e9s des quartiers spontan\u00e9s. Les \u00e9coles, les mosqu\u00e9es et les terrains vagues sont les sites d\u2019installation privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis 2018, la situation devient de plus en plus probl\u00e9matique \u00e0 Ouagadougou. L\u2019arriv\u00e9e subite des personnes d\u00e9plac\u00e9es semble avoir surpris les autorit\u00e9s communales et \u00e9tatiques. Leur prise en charge d\u00e8s les premiers moments a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e de balbutiements. Les nouveaux et nouvelles arrivant e s, sous la pression, la d\u00e9tresse et en qu\u00eate de s\u00e9curit\u00e9 ou de qui\u00e9tude, ont alors d\u00e9velopp\u00e9 dans l\u2019urgence des installations spontan\u00e9es afin de s\u2019abriter. L\u2019\u00e9rection de ces abris de fortune vient sans doute augmenter l\u2019expansion et la pr\u00e9carit\u00e9 des quartiers spontan\u00e9s aux p\u00e9riph\u00e9ries de la ville (Robineau, 2014, p.\u00a010). Aussi la prolif\u00e9ration des abris spontan\u00e9s des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes engendre-t-elle des probl\u00e8mes d\u2019hygi\u00e8ne, de salubrit\u00e9, de sant\u00e9 publique et de cohabitation. Par ailleurs, l\u2019installation de ces nouveaux et nouvelles arrivant e s cr\u00e9e une certaine m\u00e9fiance des citadin\u00b7e\u00b7s \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb au regard de leur effectif, de leur provenance et souvent de leurs comportements; toute chose qui est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une autre forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ou de repr\u00e9sailles de certaines personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans leurs nouveaux sites d\u2019installation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, on se demandera pourquoi les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes du Sahel et du Nord burkinab\u00e8 ont choisi Ouagadougou comme refuge. Il s\u2019agira de questionner la capacit\u00e9 ou l\u2019incapacit\u00e9 des autorit\u00e9s communales et \u00e9tatiques \u00e0 trouver des solutions efficientes pour l\u2019insertion socioterritoriale de ces personnes. Par ailleurs, nous t\u00e2cherons d\u2019interroger la fabrique tous azimuts de nouveaux territoires spontan\u00e9s dans les arrondissements p\u00e9riph\u00e9riques de la ville et l\u2019entorse que cela provoque face \u00e0 l\u2019occupation harmonieuse de l\u2019espace et \u00e0 la cohabitation pacifique. Nous examinerons ensuite les strat\u00e9gies de r\u00e9silience d\u00e9velopp\u00e9es par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes pour leur survie \u00e0 Ouagadougou. Ces questions visent \u00e0 cerner les motivations du choix de cette ville par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes des r\u00e9gions du Sahel et du Nord burkinab\u00e8 comme refuge. Nous partirons, \u00e0 cet effet, du postulat selon lequel les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes ont trouv\u00e9 refuge dans la capitale dans le but de fuir les exactions des terroristes et des conflits intercommunautaires qui s\u00e9vissent dans le Sahel et le Nord du pays.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>D\u00e9marche m\u00e9thodologique de l\u2019\u00e9tude<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude s\u2019est donn\u00e9 pour objectif principal d\u2019analyser les motivations du choix de la ville de Ouagadougou par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes des r\u00e9gions du Sahel et du Nord du Burkina Faso. La d\u00e9marche m\u00e9thodologique se d\u00e9cline ainsi qu\u2019il suit : une recherche documentaire sur la probl\u00e9matique des personnes d\u00e9plac\u00e9es au Burkina Faso, une collecte des donn\u00e9es primaires \u00e0 travers des enqu\u00eates men\u00e9es \u00e0 partir d\u2019un questionnaire et des entrevues aupr\u00e8s de diff\u00e9rents acteurs et actrices, des observations directes sur le terrain et des prises de photographies pour mieux illustrer l\u2019installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans la ville.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9chantillon d\u00e9mographique pour les enqu\u00eates et les entrevues a concern\u00e9 au total 150 personnes choisies de fa\u00e7on al\u00e9atoire aupr\u00e8s des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (110 personnes, dont 65 femmes, 35 hommes et 10 jeunes, soit 04 filles et 06 gar\u00e7ons), des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales (10 personnes) et les citadin\u00b7e\u00b7s vivant \u00e0 proximit\u00e9 des sites d\u2019accueil ou avec des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (30 personnes). Quant \u00e0 l\u2019\u00e9chantillon spatial, il a port\u00e9 sur 05 sites r\u00e9partis sur 03 arrondissements sur les 12 arrondissements que compte la commune de Ouagadougou. La collecte des donn\u00e9es aupr\u00e8s de cet \u00e9chantillon s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e en avril 2020.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les donn\u00e9es collect\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es \u00e0 l\u2019aide du logiciel MS Excel pour la production des statistiques. Quant \u00e0 la spatialisation des sites d\u2019\u00e9tude, la repr\u00e9sentation cartographique a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 travers le logiciel ArcGIS 10.4 sur fond de carte apr\u00e8s le positionnement des sites par l\u2019appareil Global Positioning System (GPS). Cette d\u00e9marche a \u00e9t\u00e9 capitale pour la structuration de l\u2019\u00e9tude.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9sultats de l\u2019\u00e9tude<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ici concernent la situation s\u00e9curitaire et humanitaire au Sahel et au Nord burkinab\u00e8, le choix de Ouagadougou comme refuge ou eldorado par des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes et leur insertion urbaine et sociale dans la dynamique de la ville.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Le Sahel et le Nord burkinab\u00e8 dans l\u2019impasse s\u00e9curitaire et humanitaire<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9gions du Sahel et du Nord du pays, frontali\u00e8res du Mali et du Niger, r\u00e9put\u00e9es zone commerciale, pastorale, mini\u00e8re et touristique permettant aux populations et aux entreprises de g\u00e9n\u00e9rer des devises et des emplois, sont devenues un <em>no man\u2019s land<\/em> ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. En effet, longtemps \u00e9pargn\u00e9es par les attaques terroristes et les tensions communautaires, ces zones sont devenues depuis 2015 l\u2019\u00e9picentre de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire du pays. Les attentats, les attaques, les enl\u00e8vements, cibl\u00e9s ou tous azimuts, les conflits communautaires arm\u00e9s sont r\u00e9currents. De nos jours, on compte plus d\u2019un millier de morts suite \u00e0 des attaques terroristes ou \u00e0 des conflits communautaires depuis 2015 (Minist\u00e8re de l\u2019action humanitaire[footnote]Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, septembre 2020.[\/footnote], 2020). \u00c0 cela s\u2019ajoutent le trafic frontalier et la d\u00e9fiance de l\u2019autorit\u00e9 dont le difficile contr\u00f4le expose la zone \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0: mauvaise gestion et exploitation des ressources naturelles comme les mines, tensions relatives \u00e0 l\u2019activit\u00e9 pastorale, addiction de drogue, radicalisation, crise alimentaire, d\u00e9gradation des infrastructures socio-\u00e9conomiques, etc. (Solidarit\u00e9s internationales, 2019, p. 8).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette crise s\u00e9curitaire et humanitaire, qui perdure, a engendr\u00e9 le d\u00e9placement d\u2019un nombre important de personnes. En 2018, on d\u00e9nombrait 37\u00a0367 personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans toute la r\u00e9gion du Sahel. Ce chiffre est pass\u00e9 \u00e0 41\u00a0968 en 2019 selon le dernier rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (UNHCR, 2019, p.\u00a06). Au premier trimestre de l\u2019ann\u00e9e 2020, les donn\u00e9es du Minist\u00e8re en charge de l\u2019action humanitaire indiquent une augmentation du nombre de personnes d\u00e9plac\u00e9es internes de 765\u00a0517 \u00e0 900\u00a0000 en 2020, non seulement dans les r\u00e9gions du Sahel et du Centre Nord qui sont les plus affect\u00e9es, mais aussi dans l\u2019Est du pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans cette partie du territoire burkinab\u00e8 qui couvre une superficie de 72\u00a0232 km<sup>2<\/sup> soit 26\u00a0% du territoire national et une population estim\u00e9e \u00e0 3\u00a0600\u00a0000 habitant\u00b7e\u00b7s soit 17\u00a0% de la population nationale (DGDT[footnote]Direction g\u00e9n\u00e9rale du d\u00e9veloppement territorial.[\/footnote], 2018, p.\u00a028), marqu\u00e9e par la diversit\u00e9 des communaut\u00e9s ethniques et des nationalit\u00e9s (Touaregs, Peuls, Maures, Bela, Haoussa, Mossi et Gourmatch\u00e9, Malien\u00b7ne\u00b7s, Nig\u00e9rien\u00b7ne\u00b7s, Mauritanien\u00b7ne\u00b7s, Alg\u00e9rien\u00b7ne\u00b7s) comme indiqu\u00e9 par le PNUD (2019, p.\u00a03) et OCHA[footnote]United Nation Office of Coordination of the Humanitarian Actions[\/footnote] (2020, p.\u00a04). Cette situation est de plus en plus pr\u00e9occupante pour l\u2019\u00c9tat, les populations et les acteurs du d\u00e9veloppement. Les propos du Ministre en charge de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire attestent de la gravit\u00e9 de la situation\u00a0: \u00ab\u00a0Le Burkina Faso fait face \u00e0 une crise humanitaire sans pr\u00e9c\u00e9dent\u2026 Et la situation humanitaire est loin de s\u2019am\u00e9liorer\u00a0[footnote]Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, septembre 2020.[\/footnote]\u00bb. La d\u00e9gradation continue de la situation s\u00e9curitaire et communautaire contraint de nombreuses personnes notamment les plus fragiles (femmes et enfants) \u00e0 fuir leurs localit\u00e9s \u00e0 cause des violences et des tueries. La carte suivante pr\u00e9sente les itin\u00e9raires suivis par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_190\" align=\"aligncenter\" width=\"682\"]<img class=\"wp-image-190 aligncenter\" title=\"Carte 1. Parcours des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes fuyant le terrorisme et les conflits communautaires\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"682\" height=\"395\" \/> Carte 1. Parcours des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes fuyant le terrorisme et les conflits communautaires[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les propos de D.\u00a0D., d\u00e9plac\u00e9e interne de Barsalogho dans la province du Sanmentenga, t\u00e9moignent de l\u2019horreur que vivent les populations\u00a0: \u00ab\u00a0Ils sont venus br\u00fbler nos greniers, nos maisons... Ils ont tu\u00e9 mes trois fils, mon \u00e9poux et ses deux fr\u00e8res... Nous avons pass\u00e9 trois nuits dans la brousse avant d\u2019\u00eatre secourus par les autorit\u00e9s de Barsalogho.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 cette expansion pr\u00e9occupante de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire, le pouvoir burkinab\u00e9 semble impuissant. Comme l\u2019atteste Desgrais[footnote]https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/burkina-faso-l-epicentre-de-la-crise-securitaire-au-sahel-285991[\/footnote](2019, p.\u00a01) \u00ab\u00a0\u00e0 ce jour, rien ne semble emp\u00eacher les attaques et les enl\u00e8vements qui se multiplient d\u00e9sormais un peu partout dans le pays. On assiste \u00e0 un encerclement du Burkina Faso avec l\u2019ouverture de nouveaux fronts\u00a0\u00bb. Le Sahel, le Nord et l\u2019Est du pays restent ainsi expos\u00e9s aux attaques terroristes, aux conflits intercommunautaires arm\u00e9s, \u00e0 la radicalisation, obligeant les populations \u00e0 \u00ab\u00a0prendre leur destin en main\u00a0\u00bb. On assiste ainsi \u00e0 l\u2019afflux massif de personnes vers les centres urbains consid\u00e9r\u00e9s comme plus s\u00fbrs. Dans la pr\u00e9cipitation, celles-ci laissent tout derri\u00e8re elles. Dans ce climat de terreur, les agents de l\u2019administration publique ont \u00e9galement fui la zone. Ainsi, de nombreuses personnes ont vis\u00e9 Ouagadougou, la capitale du pays, comme lieu de refuge.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Ouagadougou, refuge ou eldorado des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Suite \u00e0 l\u2019exacerbation de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire dans le Sahel et le Nord du Burkina Faso, Ouagadougou est devenue le principal refuge des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes. Certain\u00b7e s, dans leur fuite, ont juste emport\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te des baluchons, des ustensiles, des nattes, des couvertures. Selon le Minist\u00e8re en charge de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire, on compte plus de 5\u00a0000, dont environ 2\u00a0500 enfants et 1\u00a0500 femmes d\u00e9plac\u00e9s internes \u00e0 Ouagadougou, depuis le d\u00e9but de la crise en provenance du Sahel et du Nord du pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les principales raisons du choix de Ouagadougou comme lieu de refuge pour ces d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes sont multiples et vari\u00e9es. Toutefois, elles sont toutes li\u00e9es \u00e0 la crise s\u00e9curitaire et humanitaire, comme l\u2019a not\u00e9 l\u2019UNHCR (2019, p.\u00a012). S.\u00a0S., p\u00e8re de cinq enfants, qui a d\u00fb parcourir plus de 350\u00a0km dans un camion de marchandises avec sa famille pour rejoindre la capitale, justifie le choix de Ouagadougou en ces termes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de fuir Silgadji, notre village situ\u00e9 dans la commune de Tongomael au Sahel o\u00f9 il y a des repr\u00e9sailles contre des membres de notre communaut\u00e9 (Mossis[footnote]Les Mossis sont le peuple majoritaire r\u00e9parti sur l\u2019ensemble du territoire du Burkina Faso.[\/footnote]). Il fallait qu\u2019on fui pour avoir la vie sauve et nous avons choisi de venir \u00e0 Ouagadougou pour \u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos parents.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est le m\u00eame sentiment exprim\u00e9 par A.\u00a0K., une jeune femme veuve de 35 ans venue de Yirgou, village de la commune de Barsalogho\u00a0: \u00ab\u00a0Je rends gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, car je suis toujours en vie ici \u00e0 Rimkieta. J\u2019ai fui le village \u00e0 cause des tueries et des viols. Je n\u2019ai rien ici, mais l\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre loin des cr\u00e9pitations d\u2019armes.\u00a0\u00bb Les premiers sites de refuge sont les \u00e9coles, les mosqu\u00e9es, les centres de sant\u00e9, les terrains vagues des zones dites \u00ab\u00a0non loties\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0quartiers spontan\u00e9s\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9ralement cr\u00e9\u00e9s dans les p\u00e9riph\u00e9ries de la ville, comme illustr\u00e9 par les photographies ci-dessous<em>. <\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_191\" align=\"aligncenter\" width=\"675\"]<img class=\"wp-image-191 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"675\" height=\"242\" \/> Illustration 1. \u00c9cole primaire priv\u00e9e transform\u00e9e en site d\u2019accueil \u00e0 Pazani. <em>Source\u00a0: Traor\u00e9, <\/em>visite terrain<em>, avril 2019<\/em>[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur les 12 arrondissements que compte la ville, les arrondissements 4, 8 et 9 situ\u00e9s au nord, sont les choix pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s des nouveaux et nouvelles arrivant e s. L\u2019arrondissement 9 est le plus accueillant avec une dizaine de camps de d\u00e9plac\u00e9s. Ce choix peut se justifier par le fait que ces arrondissements sont les premi\u00e8res portes d\u2019entr\u00e9e dans la ville en provenance du Sahel et du Nord du pays. Les entrevues avec les autorit\u00e9s municipales et les visites de terrain ont permis de situer les quartiers ou secteurs d\u2019accueil des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes. La carte ci-apr\u00e8s pr\u00e9sente la localisation de ces sites.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_192\" align=\"aligncenter\" width=\"675\"]<img class=\"wp-image-192 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"675\" height=\"473\" \/> Carte 2. Sites d\u2019installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00e0 Ouagadougou[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les quartiers Pazani, Rimkieta, Polesgo, Hamdalye, Darsalam, Bissighin, Zagtouli, Sogden, Yarkenga, Yagma et Roumtenga sont les zones d\u2019accueil de fortune des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes. Hormis Hamdalaye, qui est un quartier p\u00e9ricentral loti, les autres sites sont implant\u00e9s dans des zones non loties, d\u00e9pourvues donc d\u2019\u00e9quipements de viabilisation et de services sociaux de base (sant\u00e9, \u00e9ducation, assainissement, eau potable).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut noter que l\u2019arriv\u00e9e massive des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes a surpris les autorit\u00e9s municipales et les citadin\u00b7e\u00b7s. En t\u00e9moignent les propos de A.\u00a0S., adjoint au maire de l\u2019arrondissement 9\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019on assiste \u00e0 une arriv\u00e9e massive de d\u00e9plac\u00e9 e s dans la capitale; on essaie de s\u2019organiser comme on peut pour prendre en charge les nouveaux arrivants.\u00a0\u00bb Ainsi, une cha\u00eene de solidarit\u00e9 fut lanc\u00e9e dans les r\u00e9seaux sociaux pour venir en aide \u00e0 ces d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s et aux nouvelles vagues d\u2019arriv\u00e9es annonc\u00e9es. Les mesures urgentes prises ont concern\u00e9 la disposition des tentes, les prises en charge alimentaire, sanitaire et psychologique pour les personnes traumatis\u00e9es. Tout compte fait, 100\u00a0% des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes enqu\u00eat\u00e9es avouent trouver la qui\u00e9tude et la paix sur leurs nouvelles zones d\u2019habitation \u00e0 Ouagadougou, comme soulign\u00e9 par S.\u00a0S., responsable du site d\u2019accueil du quartier Pazani\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons fui la commune de Tongomael dans le Sahel sans rien. Notre b\u00e9tail et les r\u00e9coltes y sont rest\u00e9s. On a fui les repr\u00e9sailles pour nous r\u00e9fugier \u00e0 Ouagadougou. Aujourd\u2019hui, on se d\u00e9brouille pour survivre et on ne se plaint pas de nos conditions de vie.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, l\u2019eldorado tant r\u00eav\u00e9 ne sera pas celui qu\u2019ils et elles ont trouv\u00e9 \u00e0 leur installation. D\u00e9j\u00e0, au regard du nombre de personnes d\u00e9plac\u00e9es sur les sites d\u2019accueil, les infrastructures d\u2019h\u00e9bergement ne suffisent pas. Certain\u00b7e\u00b7s sont oblig\u00e9\u00b7e\u00b7s de dormir \u00e0 la belle \u00e9toile, livr\u00e9 e s aux moustiques et aux reptiles. \u00ab\u00a0C\u2019est sur ce monticule de sable que nous les hommes nous dormons, car il n\u2019y a pas assez de place dans les salles\u00a0\u00bb, a indiqu\u00e9 Z.\u00a0O.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Insertion urbaine et sociale des d\u00e9plac\u00e9s internes dans la dynamique de la ville<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La situation actuelle des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans la ville de Ouagadougou pose l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me de leur insertion dans la dynamique urbaine. Elle est analys\u00e9e \u00e0 plusieurs niveaux, notamment le logement, la cohabitation, les conditions de vie et l\u2019assistance.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le logement et la cohabitation avec les autochtones<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9sultats du profilage fait \u00e0 partir des enqu\u00eates de l\u2019\u00e9tude montrent que 42\u00a0% des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes vivent actuellement sous un abri de fortune fait en planche ou en paille, 31\u00a0% vivent dans une maison en semi-dur ou en banco, 21\u00a0% sous des tentes, 6\u00a0% sont sans-abri. Aussi ressort-il que 48\u00a0% de ces personnes sont h\u00e9berg\u00e9es gratuitement gr\u00e2ce \u00e0 des familles d\u2019accueil, 32\u00a0% dans des sites spontan\u00e9s, 18\u00a0% dans les centres collectifs am\u00e9nag\u00e9s par les autorit\u00e9s municipales ou l\u2019\u00c9tat et ses partenaires et 2\u00a0% dans des logements personnels.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces r\u00e9sultats laissent entrevoir que la majorit\u00e9 des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes, jadis concentr\u00e9s dans les sites d\u2019accueil au niveau des \u00e9coles, des mosqu\u00e9es, des terrains vagues, sont h\u00e9berg\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ou \u00e0 la solidarit\u00e9 des r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s autochtones. Toutefois, les conditions de vie ne sont pas d\u00e9centes malgr\u00e9 la solidarit\u00e9 de certain\u00b7e\u00b7s autochtones. En t\u00e9moigne, la transformation d\u2019un grand poulailler d\u2019un habitant du quartier Pazani en domicile pour le sexag\u00e9naire I. S. qui y vit depuis six mois avec sa m\u00e8re, ses trois \u00e9pouses et ses enfants, soit au total, 21 personnes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi cette situation s\u2019explique-t-elle par le d\u00e9sengagement annonc\u00e9 d\u00e8s les premiers moments par les autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales. En effet, le maire de l\u2019arrondissement 9 s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9 ainsi face \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e soudaine et massive de d\u00e9plac\u00e9s internes\u00a0: \u00ab\u00a0Ils nous ont envahis comme cela. Ce sont des fr\u00e8res, ils sont l\u00e0 et il faut maintenant trouver comment les h\u00e9berger et les nourrir. Mais, c\u2019est un probl\u00e8me d\u2019\u00c9tat, cela d\u00e9passe le cadre d\u2019un arrondissement de commune \u00bb. \u00c0 ce sujet, le Ministre en charge de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire affirmait en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2019 ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne pouvons pas faire de site d\u00e9finitif \u00e0 Ouagadougou parce que la capitale n\u2019a pas les commodit\u00e9s n\u00e9cessaires pour abriter les d\u00e9plac\u00e9s.\u00a0\u00bb Aussi a-t-il ajout\u00e9 que l\u2019avenir des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s install\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les p\u00e9riph\u00e9ries de Ouagadougou se trouverait dans les sites d\u00e9j\u00e0 am\u00e9nag\u00e9s de Barsalogho, Foub\u00e8 et Kelbo au Nord et au Sahel, lesquels peuvent \u00ab\u00a0prendre en charge convenablement les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s du fait du mat\u00e9riel humanitaire pr\u00e9sent sur les lieux\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, ceux et celles qui ont choisi de rester \u00e0 Ouagadougou sont dit\u00b7e\u00b7s en \u00ab\u00a0situation irr\u00e9guli\u00e8re\u00a0\u00bb et devront, selon les autorit\u00e9s, se prendre en charge ou \u00eatre aux bons offices de leurs parents vivant en ville.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette invite a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes comme un d\u00e9saveu des autorit\u00e9s vis-\u00e0-vis de leur calvaire, dans la mesure o\u00f9 elles leur demandent de repartir dans les zones qu\u2019ils ont fuies \u00e0 cause de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire pour une meilleure prise en charge. \u00c0 ce sujet, F.\u00a0S., vivant sur le site de Bissighin, s\u2019est ainsi indign\u00e9e\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Ceux qui n\u2019ont pas compris notre situation pensent que nous sommes attir\u00e9s par la belle vie \u00e0 Ouagadougou. Or c\u2019est parce que nous n\u2019avons pas le choix que nous sommes venus\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Elle rajoute\u00a0: \u00ab D\u2019ailleurs, moi, je ne peux m\u00eame pas vivre ici pendant longtemps. Rien n\u2019est gratuit ici, m\u00eame l\u2019eau!\u00a0\u00bb. A.\u00a0K., p\u00e8re de sept enfants install\u00e9 \u00e0 Toudweogo, rench\u00e9rit en disant ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis que les autorit\u00e9s nous ont dit cela, nous n\u2019arrivions m\u00eame plus \u00e0 manger la nourriture apport\u00e9e par l\u2019Action sociale. Repartir dans le Soum ou dans le Sanmatenga, c\u2019est aller se faire assassiner! Aidez-nous, sinon vraiment, \u00e7a fait piti\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, le d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s a jet\u00e9 le discr\u00e9dit sur la solidarit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s qui deviennent de plus en plus m\u00e9fiant\u00b7e\u00b7s vis-\u00e0-vis des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Pour 89\u00a0% des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes enqu\u00eat\u00e9es, les relations avec leur entourage ne sont plus bonnes. Parmi celles-ci, seuls 16\u00a0% affirment que leurs h\u00f4tes sont pr\u00eats \u00e0 les accueillir aussi longtemps que n\u00e9cessaire. Par contre, 79\u00a0% des m\u00e9nages affirment que des tensions existent avec certain\u00b7e\u00b7s voisin\u00b7e\u00b7s depuis leur arriv\u00e9e et 5\u00a0% ne savent pas si leurs relations avec le voisinage se sont d\u00e9grad\u00e9es. Z.\u00a0A., riverain du site de Zagtouli, s\u2019est interrog\u00e9 lors de l\u2019entrevue \u00e0 lui accorder\u00a0: \u00ab\u00a0Qui sont ces d\u00e9plac\u00e9s au fond? Pourquoi se sont-ils install\u00e9s ici? N\u2019y a-t-il pas des terroristes infiltr\u00e9s?\u00a0\u00bb Ainsi, on note que la cohabitation entre les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes et les r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s proches des sites d\u2019accueil n\u2019est pas aussi reluisante qu\u2019on l\u2019aurait pens\u00e9. Les deux se regardent en chiens de fa\u00efence dans leur espace commun de vie. Dans le quartier Hamdalaye o\u00f9 la ruralit\u00e9[footnote]Ce quartier p\u00e9ricentral est habit\u00e9 en majorit\u00e9 par des \u00e9leveurs peuls originaires de la zone sah\u00e9lienne du Burkina Faso, du Niger et du Mali.[\/footnote] urbaine est un fait r\u00e9el depuis les ann\u00e9es 1980, l\u2019installation de certaines personnes d\u00e9plac\u00e9es internes a \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par leur origine et leur activit\u00e9 principale qui est l\u2019\u00e9levage. En effet, certain\u00b7e\u00b7s d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes, ayant pu fuir par transhumance avec leur b\u00e9tail, n\u2019ont eu de choix que de rejoindre leurs parents dans ce quartier urbain \u00e0 visage rural du fait de la pr\u00e9sence de nombreux animaux (b\u0153ufs, ch\u00e8vres, moutons, etc.) et du mode de vie atypique des r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s, comme illustr\u00e9 par cette planche photographique.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_193\" align=\"aligncenter\" width=\"713\"]<img class=\"wp-image-193 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"713\" height=\"278\" \/> Illustration 2. Animaux appartenant \u00e0 des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes au quartier Hamdalaye. Source\u00a0: Traor\u00e9, visite terrain, avril 2020[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">Les comportements li\u00e9s \u00e0 la transhumance ne laissent pas indiff\u00e9rents le voisinage et les autres citadin\u00b7e\u00b7s :<\/span> \u00ab\u00a0Nous ne pourrons pas soutenir une telle charge longtemps, notre quartier souffre d\u00e9j\u00e0 assez du fait du beuglement assourdissant des b\u0153ufs et de la puanteur des excr\u00e9ments des animaux\u00a0\u00bb<span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">, s\u2019est indign\u00e9 I.\u00a0T. Et il ajoute\u00a0: <\/span>\u00ab\u00a0Pour l\u2019instant les gens tol\u00e8rent l\u2019attitude des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s dans le quartier, mais \u00e0 la longue, cela risque de poser probl\u00e8me \u00bb.<span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\"> En somme, comme constat\u00e9 par Compaor\u00e9 (2014, p.12), l\u2019insertion des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes en ce qui concerne la fourniture en logements dans la dynamique de la ville, reste mitig\u00e9e au regard du positionnement et de la perception des diff\u00e9rents acteurs en jeu. Cela a sans nul doute des r\u00e9percussions sur leurs conditions de vie et l\u2019assistance qui pourrait leur \u00eatre apport\u00e9e.<\/span><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les conditions de vie et l\u2019assistance des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 leur installation, pr\u00e8s de 95\u00a0% des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes avaient acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 primaires, \u00e0 l\u2019eau potable et la quasi-totalit\u00e9 recevait deux repas par jour en plus des tentes, du mat\u00e9riel de survie, notamment des nattes, des v\u00eatements, des lampes solaires, des seaux, des bassines, des kits d\u2019hygi\u00e8ne (Minist\u00e8re de la femme, de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire, 2019[footnote]Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, octobre 2019.[\/footnote]). Cela d\u00e9note que les autorit\u00e9s et leurs partenaires humanitaires se sont montr\u00e9s, au d\u00e9part, sensibles \u00e0 la situation qu\u2019ils ou elles traversent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, au regard de la pression et de l\u2019accroissement du nombre des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes sur l\u2019ensemble du territoire, le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de la suspension de l\u2019aide, en appelant les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 rejoindre plut\u00f4t les sites am\u00e9nag\u00e9s de Barsalogho, Foub\u00e9 ou Kelbo au Sahel et au Nord du pays. En outre, la pand\u00e9mie de la Covid-19 \u00e0 laquelle le pays est expos\u00e9 depuis mars 2020, tout comme la plupart des pays du monde, a \u00e9t\u00e9 un motif de d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s pour l\u2019assistance aux personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Du coup, leur d\u00e9solation a atteint son paroxysme. De nombreuses personnes d\u00e9plac\u00e9es approch\u00e9es se retrouvent sous le choc du traumatisme, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu des situations atroces, allant jusqu\u2019\u00e0 la mort de leurs proches, la perte de leurs biens et l\u2019incendie de leurs maisons. Ces derni\u00e8res, se trouvant d\u00e9sormais \u00ab\u00a0entre le marteau et l\u2019enclume\u00a0\u00bb, ne savent plus \u00ab\u00a0\u00e0 quel saint se vouer\u00a0\u00bb. Ils ou elles sont laiss\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 leur sort. Seules quelques organisations nationales et internationales telles que les Organisations non gouvernementales Help, ACLED, OCHA et Solidarit\u00e9s internationales leur viennent en aide de fa\u00e7on sporadique pour soutenir leurs besoins alimentaires, sanitaires et hygi\u00e9niques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, entre inqui\u00e9tude, famine, chert\u00e9 de la vie et sentiment de marginalisation ou de d\u00e9laissement, les strat\u00e9gies de r\u00e9silience socio-\u00e9conomique s\u2019imposent \u00e0 chacun. Par exemple, S.\u00a0K. et plusieurs autres femmes d\u2019un \u00e2ge avanc\u00e9 se sont adonn\u00e9es au ramassage et \u00e0 la vente du sable et du gravier. Elles m\u00e8nent cette activit\u00e9 en collaboration avec les r\u00e9sidentes pour subvenir \u00e0 leurs besoins. \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019activit\u00e9 la plus accessible pour nous. On ne peut pas avoir un autre travail. Un chargement de tricycle co\u00fbte entre 3\u00a0000 et 4\u00a0000 francs\u00a0CFA. Si on arrive \u00e0 vendre, cela nous permet d\u2019acheter des l\u00e9gumes, mais aussi de faire plaisir \u00e0 nos enfants\u00a0\u00bb, explique S.\u00a0K. Les femmes les plus jeunes se prom\u00e8nent pour faire la lessive ou la vaisselle dans les m\u00e9nages moyennant de l\u2019argent. D\u2019autres d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes s\u2019essaient dans les travaux champ\u00eatres, notamment la culture mara\u00eech\u00e8re ou la ma\u00e7onnerie, la m\u00e9canique, la fente du bois, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019embl\u00e9e, on est tent\u00e9 de dire que les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes ont trouv\u00e9 leur place dans la dynamique de la ville. Cependant, des effets pervers jalonnent la vie de ces derni\u00e8res, compliquant du m\u00eame coup leur acceptation dans la soci\u00e9t\u00e9. En effet, les visites de terrain ont laiss\u00e9 entrevoir que certaines parmi elles pratiquent des m\u00e9tiers ou des activit\u00e9s abjectes comme la vente et la consommation des stup\u00e9fiants, le banditisme et les agressions, la prostitution, la mendicit\u00e9. Aussi, l\u2019\u00e9ducation et l\u2019insertion des enfants des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes semblent compromises. Partag\u00e9\u00b7e\u00b7s entre un mode de vie urbain domin\u00e9 par la recherche du luxe, les loisirs et une \u00e9ducation parentale ax\u00e9e sur des valeurs socioculturelles transpos\u00e9es[footnote]Des pratiques comportementales re\u00e7ues de la ville en d\u00e9phasage avec les r\u00e9alit\u00e9s socio-culturelles de leurs villages d\u2019origine.[\/footnote], ces enfants risquent de se \u00ab\u00a0perdre\u00a0\u00bb dans leur nouvel environnement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout compte fait, malgr\u00e9 les efforts des autorit\u00e9s et des acteurs humanitaires pour soutenir les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00e0 Ouagadougou, des d\u00e9fis restent \u00e0 relever pour l\u2019am\u00e9lioration de leur bien-\u00eatre. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019alimentation, \u00e0 un abri d\u00e9cent, aux soins de sant\u00e9, \u00e0 l\u2019eau potable, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, figure aux premiers rangs des besoins prioritaires de ces personnes d\u00e9plac\u00e9es. Aussi leur souhait le plus ardent est-il la s\u00e9curit\u00e9 au pays et leur retour chez eux ou elles. S.\u00a0S., une septuag\u00e9naire interrog\u00e9e, s\u2019exprimait ainsi\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On est inquiets pour notre avenir, mais pas question de retourner chez nous si la paix n\u2019est pas revenue, sinon les terroristes vont nous tuer. Tant qu\u2019il n\u2019y a pas la s\u00e9curit\u00e9, personne ne va oser y retourner. On rentrera seulement quand la paix reviendra, et \u00e7a prendra du temps, on le sait.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9finitive, l\u2019impasse s\u00e9curitaire et humanitaire dans les r\u00e9gions du Sahel et du Nord du Burkina Faso, le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de Ouagadougou comme refuge par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes et leur insertion socioterritoriale interroge la qu\u00eate d\u2019une part de territoire s\u00fbr, viable et paisible pour ces derni\u00e8res. Toutefois, l\u2019analyse de l\u2019attitude des diff\u00e9rents acteurs, notamment les autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales et les citadins \u00ab\u00a0autochtones \u00bb, appelle \u00e0 des discussions.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Discussion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019impasse s\u00e9curitaire et humanitaire \u00e0 laquelle sont confront\u00e9es les r\u00e9gions du Sahel et du Nord du Burkina Faso interpelle et engage la responsabilit\u00e9 de chacun et chacune, les autorit\u00e9s gouvernementales en premier. En effet, la gestion de la crise depuis 2018 laisse entrevoir un laxisme au niveau des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales. Cela est d\u2019ailleurs relev\u00e9 par l\u2019UNHCR (2019, p.\u00a023) qui note que malgr\u00e9 les moyens d\u00e9ploy\u00e9s pour faire face \u00e0 la crise, des d\u00e9fis restent toujours \u00e0 relever par les autorit\u00e9s locales pour la s\u00e9curisation des territoires affect\u00e9s et pour l\u2019am\u00e9lioration du bien-\u00eatre des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Ces all\u00e9gations sont \u00e9galement confort\u00e9es par Lamarche (2020, p.\u00a09-10) qui mentionne que le d\u00e9veloppement rapide de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire dans le Sahel semble avoir surpris l\u2019\u00c9tat et plusieurs organisations d\u2019aide humanitaire \u00e0 tel point que la coordination interminist\u00e9rielle ou institutionnelle de riposte demeure jusque-l\u00e0 d\u00e9faillante.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix de Ouagadougou comme refuge ou eldorado des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes s\u2019explique en grande partie par la recherche d\u2019un territoire paisible et s\u00fbr pour celles-ci. Leur installation, notamment dans les quartiers spontan\u00e9s, engendre certes de nombreux enjeux sociod\u00e9mographiques et territoriaux pour la ville, mais il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle peut \u00eatre accept\u00e9e comme telle et am\u00e9lior\u00e9e. Cette lecture de la situation actuelle des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes \u00e0 Ouagadougou corrobore celle faite par Germain <em>et al<\/em>. (cit\u00e9s par Lord <em>et al.<\/em>, 2019, p.\u00a01 dans le cadre de leur \u00e9tude men\u00e9e sur l\u2019exploration des parcours d\u2019installation r\u00e9sidentielle d\u2019immigrants internationaux dans la ville de Montr\u00e9al). Il s\u2019agit concr\u00e8tement d\u2019aller dans le sens de l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle l\u2019installation des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s modifie certes le tissu sociod\u00e9mographique de la ville, mais elle constitue \u00e9galement un levier de dynamisation du d\u00e9veloppement urbain. De ce fait, les autorit\u00e9s municipales devraient assurer plut\u00f4t une insertion territoriale et une protection des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00ab\u00a0quel que soit leur statut\u00a0\u00bb, comme l\u2019ont soulign\u00e9 Beier et Fritzsche (2017, p.\u00a029) dans leur \u00e9tude sur le Nouveau programme de ONU-Habitat et la prise en compte des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s en milieu urbain. Pour autant, une prise de conscience des difficult\u00e9s que rencontrent les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes ayant fui, malgr\u00e9 eux ou elles leur localit\u00e9 d\u2019origine, s\u2019impose. \u00c0 de nombreux \u00e9gards, ces derni\u00e8res sont \u00e0 la conqu\u00eate de nouveaux territoires pour la reconstruction d\u2019un chez-soi provisoire, esp\u00e9rant retourner un jour au bercail sur leurs terres. En ce sens, Serfaty-Garzon (cit\u00e9 par Lord <em>et al.<\/em>, 2019, p.\u00a05) r\u00e9v\u00e8le que l\u2019installation des migrant\u00b7e\u00b7s en ville ou leur choix r\u00e9sidentiel en zones spontan\u00e9es est l\u2019occasion d\u2019une exp\u00e9rience tout \u00e0 fait particuli\u00e8re de conqu\u00eate d\u2019une place au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente, conqu\u00eate dont la reconstruction d\u2019un chez-soi constitue l\u2019une des manifestations majeures. Robineau (2014, p.\u00a06) \u00e9voque \u00e0 ce sujet un sas pour acc\u00e9der \u00e0 un logement et \u00e0 la ville. Par contre, Delaunay et Boyer (2017, p.\u00a061) estiment que l\u2019\u00e9rection tous azimuts des installations spontan\u00e9es sans \u00e9quipements d\u2019hygi\u00e8ne, de salubrit\u00e9 par les personnes d\u00e9plac\u00e9es cr\u00e9e une certaine anarchie dans l\u2019occupation harmonieuse des espaces p\u00e9riurbains d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude r\u00e9v\u00e8le, pour finir, que l\u2019insertion des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans la dynamique de la ville reste mitig\u00e9e au regard de la position, tant\u00f4t imbue de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, tant\u00f4t entach\u00e9e de m\u00e9fiance, des diff\u00e9rents acteurs en jeu. Cette attitude a sans nul doute des r\u00e9percussions sur les conditions de vie et l\u2019assistance des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. La m\u00e9fiance des citadin\u00b7e\u00b7s \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb peut \u00eatre justifi\u00e9e du fait des comportements pervers relev\u00e9s chez certain\u00b7e\u00b7s d\u2019entre eux ou elles, mais le d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s quant \u00e0 leur prise en charge et leur assistance psychologique ne peut \u00eatre justifi\u00e9 par la simple all\u00e9gation selon laquelle les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes devraient rejoindre les sites am\u00e9nag\u00e9s de Barsalogho, Foub\u00e9 ou Kelbo au Sahel et au Nord du pays. Si ces zones \u00e9taient s\u00e9curis\u00e9es et viables, comme il est laiss\u00e9 \u00e0 croire, les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes n\u2019auraient pas fui ou parcouru 200\u00a0km en moyenne pour se r\u00e9fugier \u00e0 Ouagadougou. Ainsi, leur droit \u00e0 de meilleures conditions de vie, m\u00eame hors de leurs localit\u00e9s d\u2019origine, est bafou\u00e9 par les autorit\u00e9s. Pourtant, le principe de non-refoulement, qui interdit l\u2019expulsion des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de quelque mani\u00e8re que ce soit vers des territoires o\u00f9 leur vie ou leur libert\u00e9 peuvent \u00eatre menac\u00e9es, devrait plut\u00f4t leur offrir un large \u00e9ventail de possibilit\u00e9s pour une int\u00e9gration s\u00fbre et \u00e9panouie dans la ville de Ouagadougou, comme le recommande l\u2019UNHCR (2012, p.\u00a031 et 38).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00e0 Ouagadougou constitue alors un enjeu majeur comme mentionn\u00e9 par Tardis (2019, p.\u00a017). Toutefois, les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes ne doivent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9\u00b7e\u00b7s comme des \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb en milieu urbain (Durand-Lasserve, 1986, p.\u00a011; Tardis, <em>ibid<\/em>., p.\u00a043). Ces personnes ne font que solliciter une part de ville pour sauver leur vie et esp\u00e9rer des lendemains meilleurs. La culture de la solidarit\u00e9 doit davantage \u00eatre encourag\u00e9e dans un contexte de stress, de d\u00e9tresse et de d\u00e9sespoir.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cette r\u00e9flexion, il ressort que les populations vuln\u00e9rables dans leurs propres localit\u00e9s au Sahel et au Nord du pays ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9es de fuir, laissant tous leurs biens, pour se r\u00e9fugier \u00e0 Ouagadougou, esp\u00e9rant ainsi trouver une vie paisible et s\u00fbre. Leur arriv\u00e9e massive dans la capitale du pays est toutefois per\u00e7ue comme un enjeu majeur au regard des probl\u00e8mes socio-\u00e9conomiques et spatiaux que cela a engendr\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de quelques actions de solidarit\u00e9 et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 exprim\u00e9es par certain\u00b7e\u00b7s citadin\u00b7e\u00b7s, il ressort que les effets pervers de l\u2019installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es ont suscit\u00e9 la m\u00e9fiance d\u2019une partie de la population citadine en qui concerne notamment la cohabitation et le d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales. Cette posture a des r\u00e9percussions sur l\u2019insertion socioterritoriale des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s qui sont d\u00e9sormais expos\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 (exclusion, marginalisation). Face \u00e0 une telle situation, ces personnes sont oblig\u00e9es de d\u00e9velopper des strat\u00e9gies de r\u00e9silience pour leur survie en milieu urbain.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout compte fait, une lecture crois\u00e9e de la situation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes et de la position des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales laisse entrevoir que la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat est toute engag\u00e9e pour le retour \u00e0 une vie s\u00e9curis\u00e9e et une coh\u00e9sion sociale paisible sur l\u2019ensemble du territoire national, toute chose qui permettra d\u2019\u00e9viter les d\u00e9placements forc\u00e9s des populations de leurs localit\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beier, Raffael et Fritzsche, Jasmin. 2017. Les r\u00e9fugi\u00e9s en milieu urbain\u00a0: le Nouveau Programme pour les villes d\u2019ONU-Habitat. <em>Revue Migrations Forc\u00e9e<\/em>, <em>RMF<\/em>, 55, 29-30. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.fmreview.org\/fr\/abris\/beier-fritzsche\">https:\/\/www.fmreview.org\/fr\/abris\/beier-fritzsche<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Compaor\u00e9, Georges. 2014. Le logement social \u00e0 Ouagadougou : leurres ou r\u00e9alit\u00e9s. <em>Revue de G\u00e9ographie de Lom\u00e9<\/em>, 12, 105-119.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Delaunay, Daniel et Boyer, Florence. 2017. Capital social, migration et d\u00e9veloppement \u00e0 Ouagadougou (Burkina Faso). <em>Monographies Sud-Nord<\/em>, Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on Sorbonne\/IEDES, France. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01584965\">https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01584965<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Desgrais, Nicolas. 2019. Burkina Faso : l'\u00e9picentre de la crise s\u00e9curitaire au Sahel? <em>Minist\u00e8re fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res<\/em>. URL\u00a0: https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/burkina-faso-l-epicentre-de-la-crise-securitaire-au-sahel-285991<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">DGDT. 2018. <em>Profil des r\u00e9gions du Burkina Faso<\/em>. <em>Rapport final. 425<\/em> p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand-Lasserve Alain 1986. <em>L\u2019Exclusion des pauvres dans les villes du Tiers-Monde<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lamarche, Alexandra. 2020. Le Burkina Faso et le nouveau front du Sahel. R\u00e9pondre \u00e0 la crise de d\u00e9placement la plus rapide au monde. <em>Refugees International<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.refugeesinternational.org\/reports\/2020\/3\/2\/le-burkina-faso-et-le-nouveau-front-du-sahel-repondre-la-crise-de-deplacement-la-plus-rapide-au-monde\">https:\/\/www.refugeesinternational.org\/reports\/2020\/3\/2\/le-burkina-faso-et-le-nouveau-front-du-sahel-repondre-la-crise-de-deplacement-la-plus-rapide-au-monde<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Levron, Eric. 2009. <em>Identifier les vuln\u00e9rables urbains, \u00e9valuer les moyens d\u2019existence durables et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s urbaines<\/em>. Action Contre la faim (ACF International). URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.actioncontrelafaim.org\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/les-vulnerables-urbains.pdf\">https:\/\/www.actioncontrelafaim.org\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/les-vulnerables-urbains.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lord, S\u00e9bastien, Serfaty-Garzon, Perla, Larbi-Messaoud, Souad et Boutas, Athanasios. 2019. Explorer et reconstruire un chez-soi \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Une exploration des parcours d\u2019installation r\u00e9sidentielle d\u2019immigrants internationaux \u00e0 Montr\u00e9al. <em>Espace populations soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, [En ligne], 2, mis en ligne le 17 septembre 2019, consult\u00e9 le 15 d\u00e9cembre 2019, <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/eps\/9118\">https:\/\/journals.openedition.org\/eps\/9118<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de l\u2019action humanitaire, septembre 2020, <em>Point de presse minist\u00e9riel, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso<\/em>, sig.gov.bf.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la femme, de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire, octobre 2019, <em>Point de presse minist\u00e9riel, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso<\/em>, sig.gov.bf.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCHA. 2020. <em>Plan de r\u00e9ponse Humanitaire, Burkina Faso. Cycle de programmation humanitaire 2020<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/hrp_2020_revise-bfa-fr-web.pdf\">https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/hrp_2020_revise-bfa-fr-web.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ORGANISATION INTERNATIONALE DES MIGRATIONS (OIM). 2019. <em>Mobilit\u00e9s au Burkina Faso, Infographies des mobilit\u00e9s sur le territoire burkinab\u00e8<\/em>, <em>ONU Migrations. 14 p.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNHCR. 2012. <em>La Protection des r\u00e9fugi\u00e9s et autres personnes en mouvement dans l\u2019espace CEDEAO<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.refworld.org\/cgibin\/texis\/vtx\/rwmain\/opendocpdf.pdf?reldoc=y&amp;docid=51e3ebe34\">https:\/\/www.refworld.org\/cgibin\/texis\/vtx\/rwmain\/opendocpdf.pdf?reldoc=y&amp;docid=51e3ebe34<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNHCR. 2019. <em>\u00c9valuation en temps r\u00e9el de l\u2019op\u00e9ration de l\u2019UNHCR et du gouvernement sur les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes, Profilage des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes, r\u00e9gion du Sahel, province du Soum<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/68165.pdf\">https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/68165.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">PNUD. 2019. <em>La Mont\u00e9e de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 transfrontali\u00e8re. Ce que disent 800 sah\u00e9liens. \u00c9tudes des perceptions des facteurs d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et d\u2019extr\u00e9misme violent dans les r\u00e9gions frontali\u00e8res du Sahel<\/em>. <em>Rapport national Burkina Faso pr\u00e9sent\u00e9 par Centre pour le dialogue humanitaire<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/sahelradical.hypotheses.org\/ce-que-disent-800-saheliens-la-montee-de-linsecurite-transfrontaliere-rapport-national-burkina-faso\">https:\/\/sahelradical.hypotheses.org\/ce-que-disent-800-saheliens-la-montee-de-linsecurite-transfrontaliere-rapport-national-burkina-faso<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Robineau, Oph\u00e9lie. 2014. Les quartiers non-lotis\u00a0: espaces de l\u2019entre-deux dans la ville burkinab\u00e9. Les espaces de l\u2019entre-deux.<em> Carnets de g\u00e9ographes<\/em>, 7, en ligne, <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/cdg\/478\">https:\/\/journals.openedition.org\/cdg\/478<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Solidarit\u00e9s internationales. 2019. <em>Rapport d\u2019\u00e9valuation de la situation des m\u00e9nages d\u00e9plac\u00e9s internes dans le domaine de l\u2019eau, de l\u2019hygi\u00e8ne et de l\u2019assainissement dans la R\u00e9gion du Centre Nord du Burkina Faso. R\u00e9ponse Rapide aux Mouvements de Populations<\/em> <em>(RRMP)<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/es\/operations\/burkina-faso\/assessment\/rapport-d\u2019evaluation-de-la-situation-des-menages-deplaces\">https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/es\/operations\/burkina-faso\/assessment\/rapport-d\u2019evaluation-de-la-situation-des-menages-deplaces<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Soma, Assonsi. 2015. <em>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 et r\u00e9silience urbaines : perception et gestion territoriale des risques d\u2019inondation dans la ville de Ouagadougou<\/em>. Th\u00e8se de doctorat en G\u00e9ographie, Universit\u00e9 de Ouagadougou, Burkina Faso.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tardis, Matthieu. 2019. Une autre histoire de la \u00ab\u00a0crise des r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb. La r\u00e9installation dans les petites villes et les zones rurales en France. \u00c9tudes de l\u2019IFRI. <em>Centre Migrations et Citoyennet\u00e9s<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.ifri.org\/fr\/publications\/etudes-de-lifri\/une-histoire-de-crise-refugies-reinstallation-petites-villes-zones\">https:\/\/www.ifri.org\/fr\/publications\/etudes-de-lifri\/une-histoire-de-crise-refugies-reinstallation-petites-villes-zones<\/a><\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La crise s\u00e9curitaire et humanitaire dans les r\u00e9gions du Sahel et du Nord du Burkina Faso a contraint de nombreuses familles \u00e0 fuir la zone afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la mort ou \u00e0 la violence. La ville de Ouagadougou, capitale du pays, a \u00e9t\u00e9 choisie par certaines personnes d\u00e9plac\u00e9es comme lieu de refuge. L\u2019objectif principal de cette \u00e9tude est, d\u2019une part, de cerner les motivations du choix de cette ville par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes comme lieu de refuge privil\u00e9gi\u00e9. D\u2019autre part, elle vise \u00e0 analyser les capacit\u00e9s des autorit\u00e9s \u00e0 trouver des solutions efficientes pour l\u2019insertion socioterritoriale des nouveaux et nouvelles arrivant\u00b7e\u00b7s, les effets pervers de la fabrique tous azimuts de nouveaux territoires spontan\u00e9s par ces derniers dans la ville en termes d\u2019occupation harmonieuse de l\u2019espace et de cohabitation pacifique et les strat\u00e9gies de r\u00e9silience d\u00e9velopp\u00e9es pour leur survie. Pour ce faire, l\u2019\u00e9tude s\u2019appuie sur un corpus de textes existants sur le sujet et des donn\u00e9es recueillies sur le terrain au moyen de l\u2019observation directe. Elle permet ainsi de relever les attitudes mitig\u00e9es de l\u2019accueil, particuli\u00e8rement la m\u00e9fiance des diff\u00e9rents acteurs vis-\u00e0-vis de l\u2019arriv\u00e9e massive des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes, dans l\u2019option d\u2019envisager une meilleure insertion socioterritoriale de cette population en d\u00e9tresse.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/burkina-faso\/\">Burkina Faso<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/crise\/\">crise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/ouagadougou\/\">Ouagadougou<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/personnes-deplacees\/\">personnes d\u00e9plac\u00e9es<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/sahel\/\">Sahel<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/terrorisme\/\">terrorisme<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The security and humanitarian crisis in the Sahel and northern regions of Burkina Faso has forced many families to flee the area to escape death or violence. The city of Ouagadougou, the country&rsquo;s capital, has been chosen by some of the displaced as a place of refuge. The main objective of this study is, on the one hand, to identify the reasons why IDPs chose this city as their preferred place of refuge. On the other hand, it aims to analyse the capacity of the authorities to find efficient solutions for the socio-territorial integration of the new arrivals, the perverse effects of the spontaneous creation of new territories by the latter in the city in terms of harmonious occupation of space and peaceful cohabitation, and the resilience strategies developed for their survival. To do this, the study relies on a corpus of existing texts on the subject and data collected in the field by means of direct observation. It thus allows us to note the mixed attitudes of the reception, particularly the mistrust of the various actors with regard to the massive arrival of internally displaced persons, in the option of envisaging a better socio-territorial integration of this population in distress.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/burkina-faso\/\">Burkina Faso<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/crisis\/\">crisis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/displaced-people\/\">displaced people<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/ouagadougou\/\">Ouagadougou<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/sahel\/\">Sahel<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/terrorism\/\">terrorism<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (haoussa)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Matsalar tsaro da ta jin kai a yankin Sahel da arewacin arewacin Burkina Faso ta tilastawa iyalai da dama barin yankin domin gujewa mutuwa ko tashin hankali. Wasu mutane da suka rasa muhallansu sun zabi garin Ouagadougou, babban birnin kasar a matsayin wurin fakewa. Babban makasudin wannan binciken shi ne, a bangare guda, don gano dalilan da suka sanya zabin wannan birni da \u2018yan gudun hijirar suka yi a matsayin wani wuri na musamman na mafaka. A wani bangaren kuma, yana da niyyar nazarin karfin iko na hukumomi don nemo ingantattun hanyoyin magance dunkulewar yankuna da sabbin shigowa, illolin da ke tattare da kirkirar sabbin yankuna ba tare da bata lokaci ba. sharu\u0257\u0257an aikin mallakar sarari da zaman tare da lumana da kuma dabarun juriya da aka ha\u0253aka don rayuwarsu. Don yin wannan, nazarin ya zana ne kan wani adadi na wallafe-wallafen da ake da shi kan batun da kuma bayanan da aka tattara a cikin filin ta hanyar lura kai tsaye. Ta haka ne zai ba da damar gano halaye daban-daban na liyafar, musamman rashin yarda da &lsquo;yan wasan kwaikwayo da yawa game da isowar&rsquo; yan gudun hijirar da ke cikin gida, tare da zabin yin la\u2019akari da kyakkyawar hadewar yankuna da yankuna.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (haoussa)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles-autre\/yan-gudun-hijira-na-cikin-gida\/\">&lsquo;yan gudun hijira na cikin gida<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles-autre\/burkina-faso\/\">Burkina Faso<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles-autre\/ouagadougou\/\">Ouagadougou<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles-autre\/rikici\/\">rikici<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles-autre\/sahel\/\">Sahel<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles-autre\/taaddanci\/\">ta&rsquo;addanci<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>18 mars 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>26 mai 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 d\u00e9cembre 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9put\u00e9 stable, \u00c9tat m\u00e9diateur et acteur de la s\u00e9curit\u00e9 sous-r\u00e9gionale il y a quelques ann\u00e9es, le Burkina Faso est de nos jours en proie \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. En effet, depuis 2015, ann\u00e9e ayant marqu\u00e9 le changement de r\u00e9gime politique, le pays fait face \u00e0 une s\u00e9rie de crises s\u00e9curitaires, humanitaires et sociales sans pr\u00e9c\u00e9dent dont l\u2019origine est difficile \u00e0 cerner (PNUD<a class=\"footnote\" title=\"Programme des nations unies pour le d\u00e9veloppement.\" id=\"return-footnote-189-1\" href=\"#footnote-189-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, 2019, p.\u00a01). Du point de vue s\u00e9curitaire, la porosit\u00e9 et la longueur des fronti\u00e8res avec les pays voisins \u2013 \u00e0 savoir le Mali, le Niger et le B\u00e9nin \u2013 ainsi que la faible pr\u00e9sence ou les moyens limit\u00e9s des forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9, sont autant d\u2019enjeux auxquels le Burkina Faso fait d\u00e9sormais face, notamment les r\u00e9gions du Sahel, du Nord et de l\u2019Est (PNUD, 2019, p.\u00a010). La crise malienne survenue en 2012 a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9clic de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans cette zone. Mais les premi\u00e8res crises s\u00e9curitaires ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es en 2015 sur le sol burkinab\u00e8. Depuis lors, le pays conna\u00eet une ins\u00e9curit\u00e9 croissante marqu\u00e9e par plusieurs attaques terroristes et des conflits intercommunautaires. En d\u00e9pit des mesures s\u00e9curitaires d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, on note une recrudescence de la violence, surtout entre 2018 et 2019, exacerb\u00e9e par les affrontements intercommunautaires. Le nombre de personnes tu\u00e9es et de d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes est alarmant. Selon le Minist\u00e8re de l\u2019action sociale (2020), les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes sont estim\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 900\u00a0000 personnes en 2020.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus de 5\u00a0000 personnes d\u00e9plac\u00e9es internes<a class=\"footnote\" title=\"Selon l\u2019UNHCR (2019, p.6), les Personnes d\u00e9plac\u00e9s internes (PDI) sont des personnes ou des groupes de personnes qui ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s ou contraints \u00e0 fuir ou \u00e0 quitter leur foyer ou leur lieu de r\u00e9sidence habituel, notamment en raison d\u2019un conflit arm\u00e9, de situations de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, de violations des droits de l\u2019homme ou de catastrophes naturelles ou provoqu\u00e9es par l\u2019homme ou pour en \u00e9viter les effets, et qui n\u2019ont pas franchi les fronti\u00e8res internationalement reconnues d\u2019un \u00c9tat.\" id=\"return-footnote-189-2\" href=\"#footnote-189-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> ont \u00e9t\u00e9 contraintes de cibler Ouagadougou, la capitale du pays, pour destination afin de sauver leur vie. En effet, per\u00e7ue comme un refuge s\u00e9curis\u00e9 et s\u00fbr, Ouagadougou, situ\u00e9e au centre du pays, couvrant une superficie de 52\u00a0000\u00a0ha et abritant une population estim\u00e9e \u00e0 2\u00a0500\u00a0000 habitant\u00b7e\u00b7s (Soma, 2015, p.\u00a042), est devenue le r\u00e9ceptacle des populations fuyant les exactions terroristes et les conflits intercommunautaires, esp\u00e9rant refaire leur vie. Cependant, ces d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes sont actuellement confront\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 des besoins \u00e9normes en logement, en \u00e9quipements de sant\u00e9, d\u2019assainissement et des difficult\u00e9s d\u2019insertion socioprofessionnelles. Les p\u00e9riph\u00e9ries, g\u00e9n\u00e9ralement non loties, sont les premi\u00e8res zones d\u2019accueil o\u00f9 se sont \u00e9rig\u00e9s des quartiers spontan\u00e9s. Les \u00e9coles, les mosqu\u00e9es et les terrains vagues sont les sites d\u2019installation privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis 2018, la situation devient de plus en plus probl\u00e9matique \u00e0 Ouagadougou. L\u2019arriv\u00e9e subite des personnes d\u00e9plac\u00e9es semble avoir surpris les autorit\u00e9s communales et \u00e9tatiques. Leur prise en charge d\u00e8s les premiers moments a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e de balbutiements. Les nouveaux et nouvelles arrivant e s, sous la pression, la d\u00e9tresse et en qu\u00eate de s\u00e9curit\u00e9 ou de qui\u00e9tude, ont alors d\u00e9velopp\u00e9 dans l\u2019urgence des installations spontan\u00e9es afin de s\u2019abriter. L\u2019\u00e9rection de ces abris de fortune vient sans doute augmenter l\u2019expansion et la pr\u00e9carit\u00e9 des quartiers spontan\u00e9s aux p\u00e9riph\u00e9ries de la ville (Robineau, 2014, p.\u00a010). Aussi la prolif\u00e9ration des abris spontan\u00e9s des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes engendre-t-elle des probl\u00e8mes d\u2019hygi\u00e8ne, de salubrit\u00e9, de sant\u00e9 publique et de cohabitation. Par ailleurs, l\u2019installation de ces nouveaux et nouvelles arrivant e s cr\u00e9e une certaine m\u00e9fiance des citadin\u00b7e\u00b7s \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb au regard de leur effectif, de leur provenance et souvent de leurs comportements; toute chose qui est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une autre forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ou de repr\u00e9sailles de certaines personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans leurs nouveaux sites d\u2019installation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, on se demandera pourquoi les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes du Sahel et du Nord burkinab\u00e8 ont choisi Ouagadougou comme refuge. Il s\u2019agira de questionner la capacit\u00e9 ou l\u2019incapacit\u00e9 des autorit\u00e9s communales et \u00e9tatiques \u00e0 trouver des solutions efficientes pour l\u2019insertion socioterritoriale de ces personnes. Par ailleurs, nous t\u00e2cherons d\u2019interroger la fabrique tous azimuts de nouveaux territoires spontan\u00e9s dans les arrondissements p\u00e9riph\u00e9riques de la ville et l\u2019entorse que cela provoque face \u00e0 l\u2019occupation harmonieuse de l\u2019espace et \u00e0 la cohabitation pacifique. Nous examinerons ensuite les strat\u00e9gies de r\u00e9silience d\u00e9velopp\u00e9es par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes pour leur survie \u00e0 Ouagadougou. Ces questions visent \u00e0 cerner les motivations du choix de cette ville par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes des r\u00e9gions du Sahel et du Nord burkinab\u00e8 comme refuge. Nous partirons, \u00e0 cet effet, du postulat selon lequel les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes ont trouv\u00e9 refuge dans la capitale dans le but de fuir les exactions des terroristes et des conflits intercommunautaires qui s\u00e9vissent dans le Sahel et le Nord du pays.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>D\u00e9marche m\u00e9thodologique de l\u2019\u00e9tude<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude s\u2019est donn\u00e9 pour objectif principal d\u2019analyser les motivations du choix de la ville de Ouagadougou par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes des r\u00e9gions du Sahel et du Nord du Burkina Faso. La d\u00e9marche m\u00e9thodologique se d\u00e9cline ainsi qu\u2019il suit : une recherche documentaire sur la probl\u00e9matique des personnes d\u00e9plac\u00e9es au Burkina Faso, une collecte des donn\u00e9es primaires \u00e0 travers des enqu\u00eates men\u00e9es \u00e0 partir d\u2019un questionnaire et des entrevues aupr\u00e8s de diff\u00e9rents acteurs et actrices, des observations directes sur le terrain et des prises de photographies pour mieux illustrer l\u2019installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9chantillon d\u00e9mographique pour les enqu\u00eates et les entrevues a concern\u00e9 au total 150 personnes choisies de fa\u00e7on al\u00e9atoire aupr\u00e8s des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (110 personnes, dont 65 femmes, 35 hommes et 10 jeunes, soit 04 filles et 06 gar\u00e7ons), des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales (10 personnes) et les citadin\u00b7e\u00b7s vivant \u00e0 proximit\u00e9 des sites d\u2019accueil ou avec des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (30 personnes). Quant \u00e0 l\u2019\u00e9chantillon spatial, il a port\u00e9 sur 05 sites r\u00e9partis sur 03 arrondissements sur les 12 arrondissements que compte la commune de Ouagadougou. La collecte des donn\u00e9es aupr\u00e8s de cet \u00e9chantillon s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e en avril 2020.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les donn\u00e9es collect\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es \u00e0 l\u2019aide du logiciel MS Excel pour la production des statistiques. Quant \u00e0 la spatialisation des sites d\u2019\u00e9tude, la repr\u00e9sentation cartographique a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 travers le logiciel ArcGIS 10.4 sur fond de carte apr\u00e8s le positionnement des sites par l\u2019appareil Global Positioning System (GPS). Cette d\u00e9marche a \u00e9t\u00e9 capitale pour la structuration de l\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9sultats de l\u2019\u00e9tude<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ici concernent la situation s\u00e9curitaire et humanitaire au Sahel et au Nord burkinab\u00e8, le choix de Ouagadougou comme refuge ou eldorado par des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes et leur insertion urbaine et sociale dans la dynamique de la ville.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Le Sahel et le Nord burkinab\u00e8 dans l\u2019impasse s\u00e9curitaire et humanitaire<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9gions du Sahel et du Nord du pays, frontali\u00e8res du Mali et du Niger, r\u00e9put\u00e9es zone commerciale, pastorale, mini\u00e8re et touristique permettant aux populations et aux entreprises de g\u00e9n\u00e9rer des devises et des emplois, sont devenues un <em>no man\u2019s land<\/em> ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. En effet, longtemps \u00e9pargn\u00e9es par les attaques terroristes et les tensions communautaires, ces zones sont devenues depuis 2015 l\u2019\u00e9picentre de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire du pays. Les attentats, les attaques, les enl\u00e8vements, cibl\u00e9s ou tous azimuts, les conflits communautaires arm\u00e9s sont r\u00e9currents. De nos jours, on compte plus d\u2019un millier de morts suite \u00e0 des attaques terroristes ou \u00e0 des conflits communautaires depuis 2015 (Minist\u00e8re de l\u2019action humanitaire<a class=\"footnote\" title=\"Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, septembre 2020.\" id=\"return-footnote-189-3\" href=\"#footnote-189-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>, 2020). \u00c0 cela s\u2019ajoutent le trafic frontalier et la d\u00e9fiance de l\u2019autorit\u00e9 dont le difficile contr\u00f4le expose la zone \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0: mauvaise gestion et exploitation des ressources naturelles comme les mines, tensions relatives \u00e0 l\u2019activit\u00e9 pastorale, addiction de drogue, radicalisation, crise alimentaire, d\u00e9gradation des infrastructures socio-\u00e9conomiques, etc. (Solidarit\u00e9s internationales, 2019, p. 8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette crise s\u00e9curitaire et humanitaire, qui perdure, a engendr\u00e9 le d\u00e9placement d\u2019un nombre important de personnes. En 2018, on d\u00e9nombrait 37\u00a0367 personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans toute la r\u00e9gion du Sahel. Ce chiffre est pass\u00e9 \u00e0 41\u00a0968 en 2019 selon le dernier rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (UNHCR, 2019, p.\u00a06). Au premier trimestre de l\u2019ann\u00e9e 2020, les donn\u00e9es du Minist\u00e8re en charge de l\u2019action humanitaire indiquent une augmentation du nombre de personnes d\u00e9plac\u00e9es internes de 765\u00a0517 \u00e0 900\u00a0000 en 2020, non seulement dans les r\u00e9gions du Sahel et du Centre Nord qui sont les plus affect\u00e9es, mais aussi dans l\u2019Est du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans cette partie du territoire burkinab\u00e8 qui couvre une superficie de 72\u00a0232 km<sup>2<\/sup> soit 26\u00a0% du territoire national et une population estim\u00e9e \u00e0 3\u00a0600\u00a0000 habitant\u00b7e\u00b7s soit 17\u00a0% de la population nationale (DGDT<a class=\"footnote\" title=\"Direction g\u00e9n\u00e9rale du d\u00e9veloppement territorial.\" id=\"return-footnote-189-4\" href=\"#footnote-189-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>, 2018, p.\u00a028), marqu\u00e9e par la diversit\u00e9 des communaut\u00e9s ethniques et des nationalit\u00e9s (Touaregs, Peuls, Maures, Bela, Haoussa, Mossi et Gourmatch\u00e9, Malien\u00b7ne\u00b7s, Nig\u00e9rien\u00b7ne\u00b7s, Mauritanien\u00b7ne\u00b7s, Alg\u00e9rien\u00b7ne\u00b7s) comme indiqu\u00e9 par le PNUD (2019, p.\u00a03) et OCHA<a class=\"footnote\" title=\"United Nation Office of Coordination of the Humanitarian Actions\" id=\"return-footnote-189-5\" href=\"#footnote-189-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> (2020, p.\u00a04). Cette situation est de plus en plus pr\u00e9occupante pour l\u2019\u00c9tat, les populations et les acteurs du d\u00e9veloppement. Les propos du Ministre en charge de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire attestent de la gravit\u00e9 de la situation\u00a0: \u00ab\u00a0Le Burkina Faso fait face \u00e0 une crise humanitaire sans pr\u00e9c\u00e9dent\u2026 Et la situation humanitaire est loin de s\u2019am\u00e9liorer\u00a0<a class=\"footnote\" title=\"Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, septembre 2020.\" id=\"return-footnote-189-6\" href=\"#footnote-189-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>\u00bb. La d\u00e9gradation continue de la situation s\u00e9curitaire et communautaire contraint de nombreuses personnes notamment les plus fragiles (femmes et enfants) \u00e0 fuir leurs localit\u00e9s \u00e0 cause des violences et des tueries. La carte suivante pr\u00e9sente les itin\u00e9raires suivis par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_190\" aria-describedby=\"caption-attachment-190\" style=\"width: 682px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-190 aligncenter\" title=\"Carte 1. Parcours des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes fuyant le terrorisme et les conflits communautaires\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"682\" height=\"395\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi.jpg 1122w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi-300x174.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi-1024x593.jpg 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi-768x445.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi-65x38.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi-225x130.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-1-assonsi-350x203.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 682px) 100vw, 682px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-190\" class=\"wp-caption-text\">Carte 1. Parcours des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes fuyant le terrorisme et les conflits communautaires<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Les propos de D.\u00a0D., d\u00e9plac\u00e9e interne de Barsalogho dans la province du Sanmentenga, t\u00e9moignent de l\u2019horreur que vivent les populations\u00a0: \u00ab\u00a0Ils sont venus br\u00fbler nos greniers, nos maisons&#8230; Ils ont tu\u00e9 mes trois fils, mon \u00e9poux et ses deux fr\u00e8res&#8230; Nous avons pass\u00e9 trois nuits dans la brousse avant d\u2019\u00eatre secourus par les autorit\u00e9s de Barsalogho.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 cette expansion pr\u00e9occupante de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire, le pouvoir burkinab\u00e9 semble impuissant. Comme l\u2019atteste Desgrais<a class=\"footnote\" title=\"https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/burkina-faso-l-epicentre-de-la-crise-securitaire-au-sahel-285991\" id=\"return-footnote-189-7\" href=\"#footnote-189-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>(2019, p.\u00a01) \u00ab\u00a0\u00e0 ce jour, rien ne semble emp\u00eacher les attaques et les enl\u00e8vements qui se multiplient d\u00e9sormais un peu partout dans le pays. On assiste \u00e0 un encerclement du Burkina Faso avec l\u2019ouverture de nouveaux fronts\u00a0\u00bb. Le Sahel, le Nord et l\u2019Est du pays restent ainsi expos\u00e9s aux attaques terroristes, aux conflits intercommunautaires arm\u00e9s, \u00e0 la radicalisation, obligeant les populations \u00e0 \u00ab\u00a0prendre leur destin en main\u00a0\u00bb. On assiste ainsi \u00e0 l\u2019afflux massif de personnes vers les centres urbains consid\u00e9r\u00e9s comme plus s\u00fbrs. Dans la pr\u00e9cipitation, celles-ci laissent tout derri\u00e8re elles. Dans ce climat de terreur, les agents de l\u2019administration publique ont \u00e9galement fui la zone. Ainsi, de nombreuses personnes ont vis\u00e9 Ouagadougou, la capitale du pays, comme lieu de refuge.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Ouagadougou, refuge ou eldorado des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Suite \u00e0 l\u2019exacerbation de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire dans le Sahel et le Nord du Burkina Faso, Ouagadougou est devenue le principal refuge des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes. Certain\u00b7e s, dans leur fuite, ont juste emport\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te des baluchons, des ustensiles, des nattes, des couvertures. Selon le Minist\u00e8re en charge de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire, on compte plus de 5\u00a0000, dont environ 2\u00a0500 enfants et 1\u00a0500 femmes d\u00e9plac\u00e9s internes \u00e0 Ouagadougou, depuis le d\u00e9but de la crise en provenance du Sahel et du Nord du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les principales raisons du choix de Ouagadougou comme lieu de refuge pour ces d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes sont multiples et vari\u00e9es. Toutefois, elles sont toutes li\u00e9es \u00e0 la crise s\u00e9curitaire et humanitaire, comme l\u2019a not\u00e9 l\u2019UNHCR (2019, p.\u00a012). S.\u00a0S., p\u00e8re de cinq enfants, qui a d\u00fb parcourir plus de 350\u00a0km dans un camion de marchandises avec sa famille pour rejoindre la capitale, justifie le choix de Ouagadougou en ces termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de fuir Silgadji, notre village situ\u00e9 dans la commune de Tongomael au Sahel o\u00f9 il y a des repr\u00e9sailles contre des membres de notre communaut\u00e9 (Mossis<a class=\"footnote\" title=\"Les Mossis sont le peuple majoritaire r\u00e9parti sur l\u2019ensemble du territoire du Burkina Faso.\" id=\"return-footnote-189-8\" href=\"#footnote-189-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>). Il fallait qu\u2019on fui pour avoir la vie sauve et nous avons choisi de venir \u00e0 Ouagadougou pour \u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos parents.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est le m\u00eame sentiment exprim\u00e9 par A.\u00a0K., une jeune femme veuve de 35 ans venue de Yirgou, village de la commune de Barsalogho\u00a0: \u00ab\u00a0Je rends gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, car je suis toujours en vie ici \u00e0 Rimkieta. J\u2019ai fui le village \u00e0 cause des tueries et des viols. Je n\u2019ai rien ici, mais l\u2019essentiel est d\u2019\u00eatre loin des cr\u00e9pitations d\u2019armes.\u00a0\u00bb Les premiers sites de refuge sont les \u00e9coles, les mosqu\u00e9es, les centres de sant\u00e9, les terrains vagues des zones dites \u00ab\u00a0non loties\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0quartiers spontan\u00e9s\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9ralement cr\u00e9\u00e9s dans les p\u00e9riph\u00e9ries de la ville, comme illustr\u00e9 par les photographies ci-dessous<em>. <\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_191\" aria-describedby=\"caption-attachment-191\" style=\"width: 675px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-191 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"675\" height=\"242\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi.jpg 851w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi-300x108.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi-768x275.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi-65x23.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi-225x81.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-1-assonsi-350x125.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 675px) 100vw, 675px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-191\" class=\"wp-caption-text\">Illustration 1. \u00c9cole primaire priv\u00e9e transform\u00e9e en site d\u2019accueil \u00e0 Pazani. <em>Source\u00a0: Traor\u00e9, <\/em>visite terrain<em>, avril 2019<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur les 12 arrondissements que compte la ville, les arrondissements 4, 8 et 9 situ\u00e9s au nord, sont les choix pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s des nouveaux et nouvelles arrivant e s. L\u2019arrondissement 9 est le plus accueillant avec une dizaine de camps de d\u00e9plac\u00e9s. Ce choix peut se justifier par le fait que ces arrondissements sont les premi\u00e8res portes d\u2019entr\u00e9e dans la ville en provenance du Sahel et du Nord du pays. Les entrevues avec les autorit\u00e9s municipales et les visites de terrain ont permis de situer les quartiers ou secteurs d\u2019accueil des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes. La carte ci-apr\u00e8s pr\u00e9sente la localisation de ces sites.<\/p>\n<figure id=\"attachment_192\" aria-describedby=\"caption-attachment-192\" style=\"width: 675px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-192 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"675\" height=\"473\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi.jpg 1078w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi-300x210.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi-1024x717.jpg 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi-768x538.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi-65x46.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi-225x158.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Carte-2-assonsi-350x245.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 675px) 100vw, 675px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-192\" class=\"wp-caption-text\">Carte 2. Sites d\u2019installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00e0 Ouagadougou<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Les quartiers Pazani, Rimkieta, Polesgo, Hamdalye, Darsalam, Bissighin, Zagtouli, Sogden, Yarkenga, Yagma et Roumtenga sont les zones d\u2019accueil de fortune des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes. Hormis Hamdalaye, qui est un quartier p\u00e9ricentral loti, les autres sites sont implant\u00e9s dans des zones non loties, d\u00e9pourvues donc d\u2019\u00e9quipements de viabilisation et de services sociaux de base (sant\u00e9, \u00e9ducation, assainissement, eau potable).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut noter que l\u2019arriv\u00e9e massive des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes a surpris les autorit\u00e9s municipales et les citadin\u00b7e\u00b7s. En t\u00e9moignent les propos de A.\u00a0S., adjoint au maire de l\u2019arrondissement 9\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019on assiste \u00e0 une arriv\u00e9e massive de d\u00e9plac\u00e9 e s dans la capitale; on essaie de s\u2019organiser comme on peut pour prendre en charge les nouveaux arrivants.\u00a0\u00bb Ainsi, une cha\u00eene de solidarit\u00e9 fut lanc\u00e9e dans les r\u00e9seaux sociaux pour venir en aide \u00e0 ces d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s et aux nouvelles vagues d\u2019arriv\u00e9es annonc\u00e9es. Les mesures urgentes prises ont concern\u00e9 la disposition des tentes, les prises en charge alimentaire, sanitaire et psychologique pour les personnes traumatis\u00e9es. Tout compte fait, 100\u00a0% des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes enqu\u00eat\u00e9es avouent trouver la qui\u00e9tude et la paix sur leurs nouvelles zones d\u2019habitation \u00e0 Ouagadougou, comme soulign\u00e9 par S.\u00a0S., responsable du site d\u2019accueil du quartier Pazani\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons fui la commune de Tongomael dans le Sahel sans rien. Notre b\u00e9tail et les r\u00e9coltes y sont rest\u00e9s. On a fui les repr\u00e9sailles pour nous r\u00e9fugier \u00e0 Ouagadougou. Aujourd\u2019hui, on se d\u00e9brouille pour survivre et on ne se plaint pas de nos conditions de vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, l\u2019eldorado tant r\u00eav\u00e9 ne sera pas celui qu\u2019ils et elles ont trouv\u00e9 \u00e0 leur installation. D\u00e9j\u00e0, au regard du nombre de personnes d\u00e9plac\u00e9es sur les sites d\u2019accueil, les infrastructures d\u2019h\u00e9bergement ne suffisent pas. Certain\u00b7e\u00b7s sont oblig\u00e9\u00b7e\u00b7s de dormir \u00e0 la belle \u00e9toile, livr\u00e9 e s aux moustiques et aux reptiles. \u00ab\u00a0C\u2019est sur ce monticule de sable que nous les hommes nous dormons, car il n\u2019y a pas assez de place dans les salles\u00a0\u00bb, a indiqu\u00e9 Z.\u00a0O.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Insertion urbaine et sociale des d\u00e9plac\u00e9s internes dans la dynamique de la ville<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La situation actuelle des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans la ville de Ouagadougou pose l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me de leur insertion dans la dynamique urbaine. Elle est analys\u00e9e \u00e0 plusieurs niveaux, notamment le logement, la cohabitation, les conditions de vie et l\u2019assistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le logement et la cohabitation avec les autochtones<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9sultats du profilage fait \u00e0 partir des enqu\u00eates de l\u2019\u00e9tude montrent que 42\u00a0% des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes vivent actuellement sous un abri de fortune fait en planche ou en paille, 31\u00a0% vivent dans une maison en semi-dur ou en banco, 21\u00a0% sous des tentes, 6\u00a0% sont sans-abri. Aussi ressort-il que 48\u00a0% de ces personnes sont h\u00e9berg\u00e9es gratuitement gr\u00e2ce \u00e0 des familles d\u2019accueil, 32\u00a0% dans des sites spontan\u00e9s, 18\u00a0% dans les centres collectifs am\u00e9nag\u00e9s par les autorit\u00e9s municipales ou l\u2019\u00c9tat et ses partenaires et 2\u00a0% dans des logements personnels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces r\u00e9sultats laissent entrevoir que la majorit\u00e9 des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes, jadis concentr\u00e9s dans les sites d\u2019accueil au niveau des \u00e9coles, des mosqu\u00e9es, des terrains vagues, sont h\u00e9berg\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ou \u00e0 la solidarit\u00e9 des r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s autochtones. Toutefois, les conditions de vie ne sont pas d\u00e9centes malgr\u00e9 la solidarit\u00e9 de certain\u00b7e\u00b7s autochtones. En t\u00e9moigne, la transformation d\u2019un grand poulailler d\u2019un habitant du quartier Pazani en domicile pour le sexag\u00e9naire I. S. qui y vit depuis six mois avec sa m\u00e8re, ses trois \u00e9pouses et ses enfants, soit au total, 21 personnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi cette situation s\u2019explique-t-elle par le d\u00e9sengagement annonc\u00e9 d\u00e8s les premiers moments par les autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales. En effet, le maire de l\u2019arrondissement 9 s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9 ainsi face \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e soudaine et massive de d\u00e9plac\u00e9s internes\u00a0: \u00ab\u00a0Ils nous ont envahis comme cela. Ce sont des fr\u00e8res, ils sont l\u00e0 et il faut maintenant trouver comment les h\u00e9berger et les nourrir. Mais, c\u2019est un probl\u00e8me d\u2019\u00c9tat, cela d\u00e9passe le cadre d\u2019un arrondissement de commune \u00bb. \u00c0 ce sujet, le Ministre en charge de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire affirmait en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 2019 ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne pouvons pas faire de site d\u00e9finitif \u00e0 Ouagadougou parce que la capitale n\u2019a pas les commodit\u00e9s n\u00e9cessaires pour abriter les d\u00e9plac\u00e9s.\u00a0\u00bb Aussi a-t-il ajout\u00e9 que l\u2019avenir des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s install\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les p\u00e9riph\u00e9ries de Ouagadougou se trouverait dans les sites d\u00e9j\u00e0 am\u00e9nag\u00e9s de Barsalogho, Foub\u00e8 et Kelbo au Nord et au Sahel, lesquels peuvent \u00ab\u00a0prendre en charge convenablement les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s du fait du mat\u00e9riel humanitaire pr\u00e9sent sur les lieux\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, ceux et celles qui ont choisi de rester \u00e0 Ouagadougou sont dit\u00b7e\u00b7s en \u00ab\u00a0situation irr\u00e9guli\u00e8re\u00a0\u00bb et devront, selon les autorit\u00e9s, se prendre en charge ou \u00eatre aux bons offices de leurs parents vivant en ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette invite a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes comme un d\u00e9saveu des autorit\u00e9s vis-\u00e0-vis de leur calvaire, dans la mesure o\u00f9 elles leur demandent de repartir dans les zones qu\u2019ils ont fuies \u00e0 cause de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire pour une meilleure prise en charge. \u00c0 ce sujet, F.\u00a0S., vivant sur le site de Bissighin, s\u2019est ainsi indign\u00e9e\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Ceux qui n\u2019ont pas compris notre situation pensent que nous sommes attir\u00e9s par la belle vie \u00e0 Ouagadougou. Or c\u2019est parce que nous n\u2019avons pas le choix que nous sommes venus\u00a0\u00bb<em>. <\/em>Elle rajoute\u00a0: \u00ab D\u2019ailleurs, moi, je ne peux m\u00eame pas vivre ici pendant longtemps. Rien n\u2019est gratuit ici, m\u00eame l\u2019eau!\u00a0\u00bb. A.\u00a0K., p\u00e8re de sept enfants install\u00e9 \u00e0 Toudweogo, rench\u00e9rit en disant ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis que les autorit\u00e9s nous ont dit cela, nous n\u2019arrivions m\u00eame plus \u00e0 manger la nourriture apport\u00e9e par l\u2019Action sociale. Repartir dans le Soum ou dans le Sanmatenga, c\u2019est aller se faire assassiner! Aidez-nous, sinon vraiment, \u00e7a fait piti\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, le d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s a jet\u00e9 le discr\u00e9dit sur la solidarit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s qui deviennent de plus en plus m\u00e9fiant\u00b7e\u00b7s vis-\u00e0-vis des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Pour 89\u00a0% des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes enqu\u00eat\u00e9es, les relations avec leur entourage ne sont plus bonnes. Parmi celles-ci, seuls 16\u00a0% affirment que leurs h\u00f4tes sont pr\u00eats \u00e0 les accueillir aussi longtemps que n\u00e9cessaire. Par contre, 79\u00a0% des m\u00e9nages affirment que des tensions existent avec certain\u00b7e\u00b7s voisin\u00b7e\u00b7s depuis leur arriv\u00e9e et 5\u00a0% ne savent pas si leurs relations avec le voisinage se sont d\u00e9grad\u00e9es. Z.\u00a0A., riverain du site de Zagtouli, s\u2019est interrog\u00e9 lors de l\u2019entrevue \u00e0 lui accorder\u00a0: \u00ab\u00a0Qui sont ces d\u00e9plac\u00e9s au fond? Pourquoi se sont-ils install\u00e9s ici? N\u2019y a-t-il pas des terroristes infiltr\u00e9s?\u00a0\u00bb Ainsi, on note que la cohabitation entre les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes et les r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s proches des sites d\u2019accueil n\u2019est pas aussi reluisante qu\u2019on l\u2019aurait pens\u00e9. Les deux se regardent en chiens de fa\u00efence dans leur espace commun de vie. Dans le quartier Hamdalaye o\u00f9 la ruralit\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Ce quartier p\u00e9ricentral est habit\u00e9 en majorit\u00e9 par des \u00e9leveurs peuls originaires de la zone sah\u00e9lienne du Burkina Faso, du Niger et du Mali.\" id=\"return-footnote-189-9\" href=\"#footnote-189-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a> urbaine est un fait r\u00e9el depuis les ann\u00e9es 1980, l\u2019installation de certaines personnes d\u00e9plac\u00e9es internes a \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par leur origine et leur activit\u00e9 principale qui est l\u2019\u00e9levage. En effet, certain\u00b7e\u00b7s d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes, ayant pu fuir par transhumance avec leur b\u00e9tail, n\u2019ont eu de choix que de rejoindre leurs parents dans ce quartier urbain \u00e0 visage rural du fait de la pr\u00e9sence de nombreux animaux (b\u0153ufs, ch\u00e8vres, moutons, etc.) et du mode de vie atypique des r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s, comme illustr\u00e9 par cette planche photographique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_193\" aria-describedby=\"caption-attachment-193\" style=\"width: 713px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-193 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi.jpg\" alt=\"\" width=\"713\" height=\"278\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi.jpg 823w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi-300x117.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi-768x300.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi-65x25.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi-225x88.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Illustration-2-assonsi-350x137.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 713px) 100vw, 713px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-193\" class=\"wp-caption-text\">Illustration 2. Animaux appartenant \u00e0 des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes au quartier Hamdalaye. Source\u00a0: Traor\u00e9, visite terrain, avril 2020<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">Les comportements li\u00e9s \u00e0 la transhumance ne laissent pas indiff\u00e9rents le voisinage et les autres citadin\u00b7e\u00b7s :<\/span> \u00ab\u00a0Nous ne pourrons pas soutenir une telle charge longtemps, notre quartier souffre d\u00e9j\u00e0 assez du fait du beuglement assourdissant des b\u0153ufs et de la puanteur des excr\u00e9ments des animaux\u00a0\u00bb<span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">, s\u2019est indign\u00e9 I.\u00a0T. Et il ajoute\u00a0: <\/span>\u00ab\u00a0Pour l\u2019instant les gens tol\u00e8rent l\u2019attitude des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s dans le quartier, mais \u00e0 la longue, cela risque de poser probl\u00e8me \u00bb.<span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\"> En somme, comme constat\u00e9 par Compaor\u00e9 (2014, p.12), l\u2019insertion des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes en ce qui concerne la fourniture en logements dans la dynamique de la ville, reste mitig\u00e9e au regard du positionnement et de la perception des diff\u00e9rents acteurs en jeu. Cela a sans nul doute des r\u00e9percussions sur leurs conditions de vie et l\u2019assistance qui pourrait leur \u00eatre apport\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les conditions de vie et l\u2019assistance des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 leur installation, pr\u00e8s de 95\u00a0% des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes avaient acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 primaires, \u00e0 l\u2019eau potable et la quasi-totalit\u00e9 recevait deux repas par jour en plus des tentes, du mat\u00e9riel de survie, notamment des nattes, des v\u00eatements, des lampes solaires, des seaux, des bassines, des kits d\u2019hygi\u00e8ne (Minist\u00e8re de la femme, de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire, 2019<a class=\"footnote\" title=\"Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, octobre 2019.\" id=\"return-footnote-189-10\" href=\"#footnote-189-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>). Cela d\u00e9note que les autorit\u00e9s et leurs partenaires humanitaires se sont montr\u00e9s, au d\u00e9part, sensibles \u00e0 la situation qu\u2019ils ou elles traversent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, au regard de la pression et de l\u2019accroissement du nombre des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes sur l\u2019ensemble du territoire, le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de la suspension de l\u2019aide, en appelant les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 rejoindre plut\u00f4t les sites am\u00e9nag\u00e9s de Barsalogho, Foub\u00e9 ou Kelbo au Sahel et au Nord du pays. En outre, la pand\u00e9mie de la Covid-19 \u00e0 laquelle le pays est expos\u00e9 depuis mars 2020, tout comme la plupart des pays du monde, a \u00e9t\u00e9 un motif de d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s pour l\u2019assistance aux personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Du coup, leur d\u00e9solation a atteint son paroxysme. De nombreuses personnes d\u00e9plac\u00e9es approch\u00e9es se retrouvent sous le choc du traumatisme, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu des situations atroces, allant jusqu\u2019\u00e0 la mort de leurs proches, la perte de leurs biens et l\u2019incendie de leurs maisons. Ces derni\u00e8res, se trouvant d\u00e9sormais \u00ab\u00a0entre le marteau et l\u2019enclume\u00a0\u00bb, ne savent plus \u00ab\u00a0\u00e0 quel saint se vouer\u00a0\u00bb. Ils ou elles sont laiss\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 leur sort. Seules quelques organisations nationales et internationales telles que les Organisations non gouvernementales Help, ACLED, OCHA et Solidarit\u00e9s internationales leur viennent en aide de fa\u00e7on sporadique pour soutenir leurs besoins alimentaires, sanitaires et hygi\u00e9niques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, entre inqui\u00e9tude, famine, chert\u00e9 de la vie et sentiment de marginalisation ou de d\u00e9laissement, les strat\u00e9gies de r\u00e9silience socio-\u00e9conomique s\u2019imposent \u00e0 chacun. Par exemple, S.\u00a0K. et plusieurs autres femmes d\u2019un \u00e2ge avanc\u00e9 se sont adonn\u00e9es au ramassage et \u00e0 la vente du sable et du gravier. Elles m\u00e8nent cette activit\u00e9 en collaboration avec les r\u00e9sidentes pour subvenir \u00e0 leurs besoins. \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019activit\u00e9 la plus accessible pour nous. On ne peut pas avoir un autre travail. Un chargement de tricycle co\u00fbte entre 3\u00a0000 et 4\u00a0000 francs\u00a0CFA. Si on arrive \u00e0 vendre, cela nous permet d\u2019acheter des l\u00e9gumes, mais aussi de faire plaisir \u00e0 nos enfants\u00a0\u00bb, explique S.\u00a0K. Les femmes les plus jeunes se prom\u00e8nent pour faire la lessive ou la vaisselle dans les m\u00e9nages moyennant de l\u2019argent. D\u2019autres d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes s\u2019essaient dans les travaux champ\u00eatres, notamment la culture mara\u00eech\u00e8re ou la ma\u00e7onnerie, la m\u00e9canique, la fente du bois, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019embl\u00e9e, on est tent\u00e9 de dire que les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes ont trouv\u00e9 leur place dans la dynamique de la ville. Cependant, des effets pervers jalonnent la vie de ces derni\u00e8res, compliquant du m\u00eame coup leur acceptation dans la soci\u00e9t\u00e9. En effet, les visites de terrain ont laiss\u00e9 entrevoir que certaines parmi elles pratiquent des m\u00e9tiers ou des activit\u00e9s abjectes comme la vente et la consommation des stup\u00e9fiants, le banditisme et les agressions, la prostitution, la mendicit\u00e9. Aussi, l\u2019\u00e9ducation et l\u2019insertion des enfants des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes semblent compromises. Partag\u00e9\u00b7e\u00b7s entre un mode de vie urbain domin\u00e9 par la recherche du luxe, les loisirs et une \u00e9ducation parentale ax\u00e9e sur des valeurs socioculturelles transpos\u00e9es<a class=\"footnote\" title=\"Des pratiques comportementales re\u00e7ues de la ville en d\u00e9phasage avec les r\u00e9alit\u00e9s socio-culturelles de leurs villages d\u2019origine.\" id=\"return-footnote-189-11\" href=\"#footnote-189-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>, ces enfants risquent de se \u00ab\u00a0perdre\u00a0\u00bb dans leur nouvel environnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout compte fait, malgr\u00e9 les efforts des autorit\u00e9s et des acteurs humanitaires pour soutenir les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00e0 Ouagadougou, des d\u00e9fis restent \u00e0 relever pour l\u2019am\u00e9lioration de leur bien-\u00eatre. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019alimentation, \u00e0 un abri d\u00e9cent, aux soins de sant\u00e9, \u00e0 l\u2019eau potable, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, figure aux premiers rangs des besoins prioritaires de ces personnes d\u00e9plac\u00e9es. Aussi leur souhait le plus ardent est-il la s\u00e9curit\u00e9 au pays et leur retour chez eux ou elles. S.\u00a0S., une septuag\u00e9naire interrog\u00e9e, s\u2019exprimait ainsi\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On est inquiets pour notre avenir, mais pas question de retourner chez nous si la paix n\u2019est pas revenue, sinon les terroristes vont nous tuer. Tant qu\u2019il n\u2019y a pas la s\u00e9curit\u00e9, personne ne va oser y retourner. On rentrera seulement quand la paix reviendra, et \u00e7a prendra du temps, on le sait.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9finitive, l\u2019impasse s\u00e9curitaire et humanitaire dans les r\u00e9gions du Sahel et du Nord du Burkina Faso, le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de Ouagadougou comme refuge par les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes et leur insertion socioterritoriale interroge la qu\u00eate d\u2019une part de territoire s\u00fbr, viable et paisible pour ces derni\u00e8res. Toutefois, l\u2019analyse de l\u2019attitude des diff\u00e9rents acteurs, notamment les autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales et les citadins \u00ab\u00a0autochtones \u00bb, appelle \u00e0 des discussions.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Discussion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019impasse s\u00e9curitaire et humanitaire \u00e0 laquelle sont confront\u00e9es les r\u00e9gions du Sahel et du Nord du Burkina Faso interpelle et engage la responsabilit\u00e9 de chacun et chacune, les autorit\u00e9s gouvernementales en premier. En effet, la gestion de la crise depuis 2018 laisse entrevoir un laxisme au niveau des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales. Cela est d\u2019ailleurs relev\u00e9 par l\u2019UNHCR (2019, p.\u00a023) qui note que malgr\u00e9 les moyens d\u00e9ploy\u00e9s pour faire face \u00e0 la crise, des d\u00e9fis restent toujours \u00e0 relever par les autorit\u00e9s locales pour la s\u00e9curisation des territoires affect\u00e9s et pour l\u2019am\u00e9lioration du bien-\u00eatre des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Ces all\u00e9gations sont \u00e9galement confort\u00e9es par Lamarche (2020, p.\u00a09-10) qui mentionne que le d\u00e9veloppement rapide de la crise s\u00e9curitaire et humanitaire dans le Sahel semble avoir surpris l\u2019\u00c9tat et plusieurs organisations d\u2019aide humanitaire \u00e0 tel point que la coordination interminist\u00e9rielle ou institutionnelle de riposte demeure jusque-l\u00e0 d\u00e9faillante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix de Ouagadougou comme refuge ou eldorado des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes s\u2019explique en grande partie par la recherche d\u2019un territoire paisible et s\u00fbr pour celles-ci. Leur installation, notamment dans les quartiers spontan\u00e9s, engendre certes de nombreux enjeux sociod\u00e9mographiques et territoriaux pour la ville, mais il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019elle peut \u00eatre accept\u00e9e comme telle et am\u00e9lior\u00e9e. Cette lecture de la situation actuelle des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes \u00e0 Ouagadougou corrobore celle faite par Germain <em>et al<\/em>. (cit\u00e9s par Lord <em>et al.<\/em>, 2019, p.\u00a01 dans le cadre de leur \u00e9tude men\u00e9e sur l\u2019exploration des parcours d\u2019installation r\u00e9sidentielle d\u2019immigrants internationaux dans la ville de Montr\u00e9al). Il s\u2019agit concr\u00e8tement d\u2019aller dans le sens de l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle l\u2019installation des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s modifie certes le tissu sociod\u00e9mographique de la ville, mais elle constitue \u00e9galement un levier de dynamisation du d\u00e9veloppement urbain. De ce fait, les autorit\u00e9s municipales devraient assurer plut\u00f4t une insertion territoriale et une protection des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00ab\u00a0quel que soit leur statut\u00a0\u00bb, comme l\u2019ont soulign\u00e9 Beier et Fritzsche (2017, p.\u00a029) dans leur \u00e9tude sur le Nouveau programme de ONU-Habitat et la prise en compte des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s en milieu urbain. Pour autant, une prise de conscience des difficult\u00e9s que rencontrent les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes ayant fui, malgr\u00e9 eux ou elles leur localit\u00e9 d\u2019origine, s\u2019impose. \u00c0 de nombreux \u00e9gards, ces derni\u00e8res sont \u00e0 la conqu\u00eate de nouveaux territoires pour la reconstruction d\u2019un chez-soi provisoire, esp\u00e9rant retourner un jour au bercail sur leurs terres. En ce sens, Serfaty-Garzon (cit\u00e9 par Lord <em>et al.<\/em>, 2019, p.\u00a05) r\u00e9v\u00e8le que l\u2019installation des migrant\u00b7e\u00b7s en ville ou leur choix r\u00e9sidentiel en zones spontan\u00e9es est l\u2019occasion d\u2019une exp\u00e9rience tout \u00e0 fait particuli\u00e8re de conqu\u00eate d\u2019une place au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente, conqu\u00eate dont la reconstruction d\u2019un chez-soi constitue l\u2019une des manifestations majeures. Robineau (2014, p.\u00a06) \u00e9voque \u00e0 ce sujet un sas pour acc\u00e9der \u00e0 un logement et \u00e0 la ville. Par contre, Delaunay et Boyer (2017, p.\u00a061) estiment que l\u2019\u00e9rection tous azimuts des installations spontan\u00e9es sans \u00e9quipements d\u2019hygi\u00e8ne, de salubrit\u00e9 par les personnes d\u00e9plac\u00e9es cr\u00e9e une certaine anarchie dans l\u2019occupation harmonieuse des espaces p\u00e9riurbains d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude r\u00e9v\u00e8le, pour finir, que l\u2019insertion des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes dans la dynamique de la ville reste mitig\u00e9e au regard de la position, tant\u00f4t imbue de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, tant\u00f4t entach\u00e9e de m\u00e9fiance, des diff\u00e9rents acteurs en jeu. Cette attitude a sans nul doute des r\u00e9percussions sur les conditions de vie et l\u2019assistance des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. La m\u00e9fiance des citadin\u00b7e\u00b7s \u00ab\u00a0autochtones\u00a0\u00bb peut \u00eatre justifi\u00e9e du fait des comportements pervers relev\u00e9s chez certain\u00b7e\u00b7s d\u2019entre eux ou elles, mais le d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s quant \u00e0 leur prise en charge et leur assistance psychologique ne peut \u00eatre justifi\u00e9 par la simple all\u00e9gation selon laquelle les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes devraient rejoindre les sites am\u00e9nag\u00e9s de Barsalogho, Foub\u00e9 ou Kelbo au Sahel et au Nord du pays. Si ces zones \u00e9taient s\u00e9curis\u00e9es et viables, comme il est laiss\u00e9 \u00e0 croire, les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes n\u2019auraient pas fui ou parcouru 200\u00a0km en moyenne pour se r\u00e9fugier \u00e0 Ouagadougou. Ainsi, leur droit \u00e0 de meilleures conditions de vie, m\u00eame hors de leurs localit\u00e9s d\u2019origine, est bafou\u00e9 par les autorit\u00e9s. Pourtant, le principe de non-refoulement, qui interdit l\u2019expulsion des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de quelque mani\u00e8re que ce soit vers des territoires o\u00f9 leur vie ou leur libert\u00e9 peuvent \u00eatre menac\u00e9es, devrait plut\u00f4t leur offrir un large \u00e9ventail de possibilit\u00e9s pour une int\u00e9gration s\u00fbre et \u00e9panouie dans la ville de Ouagadougou, comme le recommande l\u2019UNHCR (2012, p.\u00a031 et 38).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes \u00e0 Ouagadougou constitue alors un enjeu majeur comme mentionn\u00e9 par Tardis (2019, p.\u00a017). Toutefois, les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s internes ne doivent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9\u00b7e\u00b7s comme des \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb en milieu urbain (Durand-Lasserve, 1986, p.\u00a011; Tardis, <em>ibid<\/em>., p.\u00a043). Ces personnes ne font que solliciter une part de ville pour sauver leur vie et esp\u00e9rer des lendemains meilleurs. La culture de la solidarit\u00e9 doit davantage \u00eatre encourag\u00e9e dans un contexte de stress, de d\u00e9tresse et de d\u00e9sespoir.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cette r\u00e9flexion, il ressort que les populations vuln\u00e9rables dans leurs propres localit\u00e9s au Sahel et au Nord du pays ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9es de fuir, laissant tous leurs biens, pour se r\u00e9fugier \u00e0 Ouagadougou, esp\u00e9rant ainsi trouver une vie paisible et s\u00fbre. Leur arriv\u00e9e massive dans la capitale du pays est toutefois per\u00e7ue comme un enjeu majeur au regard des probl\u00e8mes socio-\u00e9conomiques et spatiaux que cela a engendr\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de quelques actions de solidarit\u00e9 et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 exprim\u00e9es par certain\u00b7e\u00b7s citadin\u00b7e\u00b7s, il ressort que les effets pervers de l\u2019installation des personnes d\u00e9plac\u00e9es ont suscit\u00e9 la m\u00e9fiance d\u2019une partie de la population citadine en qui concerne notamment la cohabitation et le d\u00e9sengagement des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales. Cette posture a des r\u00e9percussions sur l\u2019insertion socioterritoriale des d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s qui sont d\u00e9sormais expos\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 (exclusion, marginalisation). Face \u00e0 une telle situation, ces personnes sont oblig\u00e9es de d\u00e9velopper des strat\u00e9gies de r\u00e9silience pour leur survie en milieu urbain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout compte fait, une lecture crois\u00e9e de la situation des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes et de la position des autorit\u00e9s \u00e9tatiques et municipales laisse entrevoir que la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat est toute engag\u00e9e pour le retour \u00e0 une vie s\u00e9curis\u00e9e et une coh\u00e9sion sociale paisible sur l\u2019ensemble du territoire national, toute chose qui permettra d\u2019\u00e9viter les d\u00e9placements forc\u00e9s des populations de leurs localit\u00e9s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beier, Raffael et Fritzsche, Jasmin. 2017. Les r\u00e9fugi\u00e9s en milieu urbain\u00a0: le Nouveau Programme pour les villes d\u2019ONU-Habitat. <em>Revue Migrations Forc\u00e9e<\/em>, <em>RMF<\/em>, 55, 29-30. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.fmreview.org\/fr\/abris\/beier-fritzsche\">https:\/\/www.fmreview.org\/fr\/abris\/beier-fritzsche<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Compaor\u00e9, Georges. 2014. Le logement social \u00e0 Ouagadougou : leurres ou r\u00e9alit\u00e9s. <em>Revue de G\u00e9ographie de Lom\u00e9<\/em>, 12, 105-119.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Delaunay, Daniel et Boyer, Florence. 2017. Capital social, migration et d\u00e9veloppement \u00e0 Ouagadougou (Burkina Faso). <em>Monographies Sud-Nord<\/em>, Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on Sorbonne\/IEDES, France. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01584965\">https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-01584965<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Desgrais, Nicolas. 2019. Burkina Faso : l&rsquo;\u00e9picentre de la crise s\u00e9curitaire au Sahel? <em>Minist\u00e8re fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res<\/em>. URL\u00a0: https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/burkina-faso-l-epicentre-de-la-crise-securitaire-au-sahel-285991<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">DGDT. 2018. <em>Profil des r\u00e9gions du Burkina Faso<\/em>. <em>Rapport final. 425<\/em> p.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand-Lasserve Alain 1986. <em>L\u2019Exclusion des pauvres dans les villes du Tiers-Monde<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lamarche, Alexandra. 2020. Le Burkina Faso et le nouveau front du Sahel. R\u00e9pondre \u00e0 la crise de d\u00e9placement la plus rapide au monde. <em>Refugees International<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.refugeesinternational.org\/reports\/2020\/3\/2\/le-burkina-faso-et-le-nouveau-front-du-sahel-repondre-la-crise-de-deplacement-la-plus-rapide-au-monde\">https:\/\/www.refugeesinternational.org\/reports\/2020\/3\/2\/le-burkina-faso-et-le-nouveau-front-du-sahel-repondre-la-crise-de-deplacement-la-plus-rapide-au-monde<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Levron, Eric. 2009. <em>Identifier les vuln\u00e9rables urbains, \u00e9valuer les moyens d\u2019existence durables et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s urbaines<\/em>. Action Contre la faim (ACF International). URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.actioncontrelafaim.org\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/les-vulnerables-urbains.pdf\">https:\/\/www.actioncontrelafaim.org\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/les-vulnerables-urbains.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lord, S\u00e9bastien, Serfaty-Garzon, Perla, Larbi-Messaoud, Souad et Boutas, Athanasios. 2019. Explorer et reconstruire un chez-soi \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Une exploration des parcours d\u2019installation r\u00e9sidentielle d\u2019immigrants internationaux \u00e0 Montr\u00e9al. <em>Espace populations soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, [En ligne], 2, mis en ligne le 17 septembre 2019, consult\u00e9 le 15 d\u00e9cembre 2019, <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/eps\/9118\">https:\/\/journals.openedition.org\/eps\/9118<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de l\u2019action humanitaire, septembre 2020, <em>Point de presse minist\u00e9riel, publi\u00e9 dans le site web du Service d&rsquo;Information du Gouvernement du Burkina Faso<\/em>, sig.gov.bf.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Minist\u00e8re de la femme, de la solidarit\u00e9 nationale et de l\u2019action humanitaire, octobre 2019, <em>Point de presse minist\u00e9riel, publi\u00e9 dans le site web du Service d&rsquo;Information du Gouvernement du Burkina Faso<\/em>, sig.gov.bf.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCHA. 2020. <em>Plan de r\u00e9ponse Humanitaire, Burkina Faso. Cycle de programmation humanitaire 2020<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/hrp_2020_revise-bfa-fr-web.pdf\">https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/hrp_2020_revise-bfa-fr-web.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ORGANISATION INTERNATIONALE DES MIGRATIONS (OIM). 2019. <em>Mobilit\u00e9s au Burkina Faso, Infographies des mobilit\u00e9s sur le territoire burkinab\u00e8<\/em>, <em>ONU Migrations. 14 p.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNHCR. 2012. <em>La Protection des r\u00e9fugi\u00e9s et autres personnes en mouvement dans l\u2019espace CEDEAO<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.refworld.org\/cgibin\/texis\/vtx\/rwmain\/opendocpdf.pdf?reldoc=y&amp;docid=51e3ebe34\">https:\/\/www.refworld.org\/cgibin\/texis\/vtx\/rwmain\/opendocpdf.pdf?reldoc=y&amp;docid=51e3ebe34<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNHCR. 2019. <em>\u00c9valuation en temps r\u00e9el de l\u2019op\u00e9ration de l\u2019UNHCR et du gouvernement sur les personnes d\u00e9plac\u00e9es internes, Profilage des personnes d\u00e9plac\u00e9es internes, r\u00e9gion du Sahel, province du Soum<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/68165.pdf\">https:\/\/reliefweb.int\/sites\/reliefweb.int\/files\/resources\/68165.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">PNUD. 2019. <em>La Mont\u00e9e de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 transfrontali\u00e8re. Ce que disent 800 sah\u00e9liens. \u00c9tudes des perceptions des facteurs d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et d\u2019extr\u00e9misme violent dans les r\u00e9gions frontali\u00e8res du Sahel<\/em>. <em>Rapport national Burkina Faso pr\u00e9sent\u00e9 par Centre pour le dialogue humanitaire<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/sahelradical.hypotheses.org\/ce-que-disent-800-saheliens-la-montee-de-linsecurite-transfrontaliere-rapport-national-burkina-faso\">https:\/\/sahelradical.hypotheses.org\/ce-que-disent-800-saheliens-la-montee-de-linsecurite-transfrontaliere-rapport-national-burkina-faso<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Robineau, Oph\u00e9lie. 2014. Les quartiers non-lotis\u00a0: espaces de l\u2019entre-deux dans la ville burkinab\u00e9. Les espaces de l\u2019entre-deux.<em> Carnets de g\u00e9ographes<\/em>, 7, en ligne, <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/cdg\/478\">https:\/\/journals.openedition.org\/cdg\/478<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Solidarit\u00e9s internationales. 2019. <em>Rapport d\u2019\u00e9valuation de la situation des m\u00e9nages d\u00e9plac\u00e9s internes dans le domaine de l\u2019eau, de l\u2019hygi\u00e8ne et de l\u2019assainissement dans la R\u00e9gion du Centre Nord du Burkina Faso. R\u00e9ponse Rapide aux Mouvements de Populations<\/em> <em>(RRMP)<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/es\/operations\/burkina-faso\/assessment\/rapport-d\u2019evaluation-de-la-situation-des-menages-deplaces\">https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/es\/operations\/burkina-faso\/assessment\/rapport-d\u2019evaluation-de-la-situation-des-menages-deplaces<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Soma, Assonsi. 2015. <em>Vuln\u00e9rabilit\u00e9 et r\u00e9silience urbaines : perception et gestion territoriale des risques d\u2019inondation dans la ville de Ouagadougou<\/em>. Th\u00e8se de doctorat en G\u00e9ographie, Universit\u00e9 de Ouagadougou, Burkina Faso.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tardis, Matthieu. 2019. Une autre histoire de la \u00ab\u00a0crise des r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb. La r\u00e9installation dans les petites villes et les zones rurales en France. \u00c9tudes de l\u2019IFRI. <em>Centre Migrations et Citoyennet\u00e9s<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.ifri.org\/fr\/publications\/etudes-de-lifri\/une-histoire-de-crise-refugies-reinstallation-petites-villes-zones\">https:\/\/www.ifri.org\/fr\/publications\/etudes-de-lifri\/une-histoire-de-crise-refugies-reinstallation-petites-villes-zones<\/a><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/contributors\/assonsi-soma\">Assonsi SOMA<\/a><\/strong><br \/>L\u2019auteur est enseignant-chercheur au d\u00e9partement de G\u00e9ographie de l\u2019Universit\u00e9 Joseph Ki-ZERBO de Ouagadougou au Burkina Faso. Il est par ailleurs directeur des \u00e9tudes spatiales et de l\u2019am\u00e9nagement du territoire au Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie, des finances et du d\u00e9veloppement.  Son champ de recherche est \u00e9largi aux th\u00e9matiques : urbanisation, analyse spatiale, territorialit\u00e9s et sociabilit\u00e9s urbaines, vuln\u00e9rabilit\u00e9s, risques et r\u00e9silience des hommes et des territoires, ing\u00e9nierie et marketing territorial, syst\u00e8mes d\u2019information g\u00e9ographique.<br \/>\nContact : somaas78@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-189-1\">Programme des nations unies pour le d\u00e9veloppement. <a href=\"#return-footnote-189-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-2\">Selon l\u2019UNHCR (2019, p.6), les Personnes d\u00e9plac\u00e9s internes (PDI) sont des personnes ou des groupes de personnes qui ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s ou contraints \u00e0 fuir ou \u00e0 quitter leur foyer ou leur lieu de r\u00e9sidence habituel, notamment en raison d\u2019un conflit arm\u00e9, de situations de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, de violations des droits de l\u2019homme ou de catastrophes naturelles ou provoqu\u00e9es par l\u2019homme ou pour en \u00e9viter les effets, et qui n\u2019ont pas franchi les fronti\u00e8res internationalement reconnues d\u2019un \u00c9tat. <a href=\"#return-footnote-189-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-3\">Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, septembre 2020. <a href=\"#return-footnote-189-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-4\">Direction g\u00e9n\u00e9rale du d\u00e9veloppement territorial. <a href=\"#return-footnote-189-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-5\">United Nation Office of Coordination of the Humanitarian Actions <a href=\"#return-footnote-189-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-6\">Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, septembre 2020. <a href=\"#return-footnote-189-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-7\">https:\/\/information.tv5monde.com\/afrique\/burkina-faso-l-epicentre-de-la-crise-securitaire-au-sahel-285991 <a href=\"#return-footnote-189-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-8\">Les Mossis sont le peuple majoritaire r\u00e9parti sur l\u2019ensemble du territoire du Burkina Faso. <a href=\"#return-footnote-189-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-9\">Ce quartier p\u00e9ricentral est habit\u00e9 en majorit\u00e9 par des \u00e9leveurs peuls originaires de la zone sah\u00e9lienne du Burkina Faso, du Niger et du Mali. <a href=\"#return-footnote-189-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-10\">Point de presse, publi\u00e9 dans le site web du Service d'Information du Gouvernement du Burkina Faso, sig.gov.bf, octobre 2019. <a href=\"#return-footnote-189-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-189-11\">Des pratiques comportementales re\u00e7ues de la ville en d\u00e9phasage avec les r\u00e9alit\u00e9s socio-culturelles de leurs villages d\u2019origine. <a href=\"#return-footnote-189-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["assonsi-soma"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[73],"license":[],"class_list":["post-189","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-burkina-faso","motscles-crise","motscles-ouagadougou","motscles-personnes-deplacees","motscles-sahel","motscles-terrorisme","keywords-burkina-faso","keywords-crisis","keywords-displaced-people","keywords-ouagadougou","keywords-sahel","keywords-terrorism","motscles-autre-yan-gudun-hijira-na-cikin-gida","motscles-autre-burkina-faso","motscles-autre-ouagadougou","motscles-autre-rikici","motscles-autre-sahel","motscles-autre-taaddanci","contributor-assonsi-soma"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":571,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189\/revisions\/571"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=189"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=189"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}