{"id":238,"date":"2021-10-19T12:09:12","date_gmt":"2021-10-19T10:09:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/?post_type=chapter&#038;p=238"},"modified":"2022-05-22T17:45:28","modified_gmt":"2022-05-22T15:45:28","slug":"obah_nyama_mengue2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/texte\/obah_nyama_mengue2021\/","title":{"rendered":"Action humanitaire et urbanisation au Tchad : le cas d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pr\u00e8s du tiers de la population mondiale vivait en milieu urbain (Coquery-Vidrovicth, 1988, p.\u00a050) et \u00e9tait majoritairement localis\u00e9 dans les pays industrialis\u00e9s (<em>ibid<\/em>.). Avec l\u2019av\u00e8nement des ind\u00e9pendances, vent de lib\u00e9ralisation politique et \u00e9conomique ayant boulevers\u00e9 l\u2019organisation et le fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s africaines, la situation a \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re significative. Selon les chiffres de l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU), la population vivant actuellement en milieu urbain dans le monde est estim\u00e9e \u00e0 plus de 55\u00a0%[footnote]D\u00e9partement des affaires \u00e9conomiques et sociales de l\u2019ONU, \u00ab\u00a0The 2018 Revision of the World Urbanization Prospects\u00a0\u00bb, May 2018[\/footnote] et la majeure partie de celle-ci se trouve dans les pays en d\u00e9veloppement (<em>ibid<\/em>.). En effet, l\u2019urbanisation est un processus qui s\u2019introduit dans les espaces selon deux modalit\u00e9s\u00a0: la premi\u00e8re est dite volontaire ou formelle et la deuxi\u00e8me non volontaire ou spontan\u00e9e (Margueron, 1999, p.\u00a053-71). Dans sa conception volontaire, elle est le fait des acteurs appartenant \u00e0 un espace qui d\u00e9cident de cr\u00e9er des conditions favorables \u00e0 l\u2019av\u00e8nement ou \u00e0 la modernisation de la ville[footnote]Voir \u00e0 ce sujet Cottereau (1969).[\/footnote]. L\u2019histoire des villes en Afrique noire (Ela, 1983), en g\u00e9n\u00e9ral et en Afrique subsaharienne de fa\u00e7on singuli\u00e8re, renseigne \u00e0 suffisance sur la fabrique d\u2019un processus d\u00e9coulant de logiques volontaires[footnote]Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une urbanisation exclusivement port\u00e9e par les peuples africains, mais d\u2019un processus r\u00e9pondant \u00e0 double logique\u00a0: la logique mercantiliste propre aux peuples africains dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et la logique imp\u00e9rialiste et conqu\u00e9rante des anciennes m\u00e9tropoles.[\/footnote], \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 trois moments de l\u2019histoire\u00a0africaine[footnote]Exception faite du Maghreb[\/footnote] \u00e0 savoir\u00a0: l\u2019esclavage, la colonisation et l\u2019exode rural ou interurbain (P\u00e9rouse de Monclos, 1997, p.\u00a03).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les pr\u00e9mices de l\u2019urbanisation en Afrique se situent ainsi entre le 17e et le 19e si\u00e8cle avec l\u2019installation des comptoirs esclavagistes sur les c\u00f4tes africaines (<em>ibid<\/em>.). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est poursuivi et accentu\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exode rural et interurbain. Pour S\u00e9verin C\u00e9cile Abega (2007, p.\u00a035), s\u2019il est vrai que la plupart des grandes villes africaines actuelles sont une \u00e9manation coloniale, il faut \u00e9galement admettre qu\u2019avant la p\u00e9riode coloniale, il existait d\u00e9j\u00e0 des villes en Afrique<em>.<\/em> Les conceptions restrictives des villes africaines d\u00e9coulent des constructions coloniales et postcoloniales qui assimilent la ville \u00e0 des fonctions de pouvoir et de modernit\u00e9 (P\u00e9rouse de Monclos, 2010). Pour permettre aux villes coloniales de remplir ces fonctions, le colonisateur \u0153uvrait \u00e0 contenir et \u00e0 dissuader l\u2019expansion des villes africaines en cr\u00e9ant des p\u00f4les d\u2019attractivit\u00e9s \u00e9conomiques et ludiques dans les nouvelles villes coloniales (<em>ibid<\/em>.).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, plusieurs r\u00e9cits des explorateurs et certaines recherches historiques attestent de l\u2019existence des agglom\u00e9rations en Afrique durant le moment pr\u00e9colonial (<em>ibid<\/em>.). Les villes de Aoudaghost et Azougui en Mauritanie, de Gao, Dj\u00e9nn\u00e9-Djeno au Mali et Aksum dans la corne de l\u2019Afrique constituent des cas illustratifs (Coret, Zaugg et Chouin, 2020, en ligne). Selon la conception non volontaire, l\u2019urbanisation est le produit de diverses r\u00e9alit\u00e9s ind\u00e9pendantes des agendas individuels ou collectifs. Ainsi, les conflits arm\u00e9s, les catastrophes naturelles, les conqu\u00eates et les razzias ont souvent contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb. On entend par \u00ab\u00a0urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb, la transformation des milieux ruraux et urbains en espaces au sein desquels le d\u00e9veloppement infrastructurel, les relations \u00e9conomiques et sociales, l\u2019usage de l\u2019espace public, le style de vie, les genres de faire et les modes de production et de consommation se structurent autour et \u00e0 partir des dynamiques humanitaires. Elle se distingue cependant de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation de crise\u00a0\u00bb, tr\u00e8s souvent port\u00e9e par des individus qui proviennent des zones de crise. P\u00e9rouse de Monclos parle de \u00ab\u00a0l\u2019existence d\u2019une cat\u00e9gorie de citadins qui n\u2019ont pas choisi d\u2019aller en ville et qui y ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s par des circonstances impr\u00e9vues, m\u00eame si l\u2019analyse de leur d\u00e9placement r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement une certaine part de libre arbitre quant aux choix des destinations finales\u00a0\u00bb (2010, p.\u00a03).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Historiquement, \u00ab l\u2019urbanisation humanitaire \u00bb n\u2019est pas nouvelle et cadre, dans une certaine mesure, avec l\u2019av\u00e8nement de l\u2019action humanitaire entre les ann\u00e9es 1943 et 1945. Les acteurs faisant partie des missions humanitaires (ONG internationales et agences du syst\u00e8me des Nations unies) s\u2019installent dans les zones (villages ou villes) qui abritent une forte concentration de d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s ou r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s venant des milieux en crise. Ces acteurs exigent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 leurs organisations des commodit\u00e9s de logement minimales semblables \u00e0 celles de leur pays d\u2019origine. Ces exigences transforment rapidement la physionomie des villages en villes et entra\u00eenent une gentrification des villes anciennes. Au-del\u00e0 de l\u2019influence des logiques volontaire et involontaire, l\u2019urbanisation peut \u00e9galement \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e dans une perspective sociologique comme un champ (Bourdieu et Wacquant, 1992). On parlera ici du champ de l\u2019urbanisation pour \u00e9voquer un espace au sein duquel plusieurs acteurs aux ressources et positions in\u00e9gales sont en interaction complexe dans la gestion des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette perspective int\u00e9ressante, l\u2019urbanisation est davantage per\u00e7ue dans ce travail comme la mutation structurelle d\u2019un espace (Balandier, 1970) qui, de fa\u00e7on m\u00e9canique, induit un changement conjoncturel. Concernant l\u2019action humanitaire, elle se d\u00e9finit en relation avec trois \u00e9l\u00e9ments d\u00e9terminants, comme le pr\u00e9cisent Brigitte Piquard et Caspar Schweigman (2003): le mode d\u2019action (l\u2019urgence), le contexte dans lequel elle \u00e9volue (crises, catastrophes naturelles, etc.) et son objectif g\u00e9n\u00e9ral (le soulagement des victimes) (<em>ibid<\/em>., p.\u00a012).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, l\u2019action humanitaire telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la gestion des situations d\u2019urgence. Elle va bien au-del\u00e0 et prend une dimension plus large qui int\u00e8gre d\u00e9sormais les processus de pr\u00e9vention des risques, de r\u00e9habilitation et de reconstruction. L\u2019objet de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion est d\u2019expliquer et analyser un ph\u00e9nom\u00e8ne relativement nouveau\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb. L\u2019int\u00e9r\u00eat est port\u00e9 sur le cas d\u2019une ville africaine tr\u00e8s ancienne (Ab\u00e9ch\u00e9) et d\u2019un ancien village (Gor\u00e9) du Tchad qui se sont rapidement transform\u00e9s en centres urbains. D\u00e8s lors, dans quelle mesure l\u2019action humanitaire participe-t-elle \u00e0 l\u2019urbanisation des villages et des villes traditionnelles au Tchad\u00a0? La r\u00e9ponse \u00e0 ce questionnement se fera en trois temps. La premi\u00e8re d\u00e9clinaison de l\u2019\u00e9tude proc\u00e8de \u00e0 une sociographie de l\u2019action humanitaire au Tchad afin de faire ressortir ses fondements et ses ressorts. Le second moment de l\u2019analyse met l\u2019emphase sur les \u00e9l\u00e9ments de compl\u00e9mentarit\u00e9 et de divergence entre l\u2019action humanitaire et l\u2019urbanisation. Le troisi\u00e8me moment enfin, s\u2019appesantit sur les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l\u2019urbanisation par l\u2019action humanitaire au Tchad.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Crises, vuln\u00e9rabilit\u00e9s et av\u00e8nement de l\u2019action humanitaire au Tchad<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019aide, dans son sens premier, est une attitude inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00eatre humain dot\u00e9 d\u2019humanit\u00e9 (Brauman, 2009). Elle prend diverses formes qui peuvent \u00eatre mat\u00e9rielles (dons, legs, etc.) ou symboliques (message de soutien, campagne de soutien, etc.) et qui s\u2019orientent en direction des personnes en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 ou de n\u00e9cessit\u00e9. Cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 humaine a \u00e9volu\u00e9 au fil du temps et s\u2019est d\u00e9clin\u00e9e en aide humanitaire du fait de la recrudescence des catastrophes naturelles, des guerres (nouvelles) et des crises sociopolitiques qui gangr\u00e8nent le monde et dont les cons\u00e9quences n\u00e9fastes sont l\u00e9gion (Goemaere et Ost, 1998, p. 123). Cette partie permet de restituer l\u2019essence de l\u2019action humanitaire dans son contexte originel et de mettre en relief le ressort de l\u2019action humanitaire au Tchad.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Fondements de l\u2019action humanitaire : de l\u2019aide \u00e0 la morale humanitaire<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019action humanitaire tire en partie son fondement de certaines traditions religieuses et arborait d\u00e9j\u00e0 diff\u00e9rentes d\u00e9nominations. Dans la religion islamique, elle prend le nom de \u00ab\u00a0<em>zakat<\/em>\u00a0\u00bb et chez les chr\u00e9tiens, elle s\u2019inscrit dans la logique de la charit\u00e9 chr\u00e9tienne (Maietta, 2015). Brigitte Piquard et Caspar Schweigman (2003) soulignent que l\u2019aide humanitaire, telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui, est n\u00e9e au 18e si\u00e8cle suite \u00e0 la r\u00e9volte des esclaves qui chass\u00e8rent de Saint-Domingue les familles des planteurs et armateurs fran\u00e7ais en 1793 qui trouv\u00e8rent refuge en Floride (Piquard et Schweigman, <em>ibid<\/em>., p.\u00a012). \u00c0 cet effet, des secours avaient \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s pour prendre en charge les personnes recueillies. \u00c0 cette p\u00e9riode, l\u2019action humanitaire \u00e9tait assimil\u00e9e \u00e0 une op\u00e9ration de secours organis\u00e9s (Brauman, 2009) visant \u00e0 apporter du r\u00e9confort aux personnes affect\u00e9es par des catastrophes ou des crises politiques. La situation d\u00e9crite plus haut marqua l\u2019entr\u00e9e en jeu du premier acteur public dans l\u2019intervention humanitaire, car le Congr\u00e8s am\u00e9ricain a d\u00fb voter des lois pour accorder des cr\u00e9dits de secours afin de venir en aide aux personnes d\u00e9plac\u00e9es. Au-del\u00e0 de ce fait historique marquant, plusieurs autres \u00e9v\u00e8nements ont contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de l\u2019action humanitaire. Premi\u00e8rement, la guerre de Crim\u00e9e (1854-1855) durant laquelle l\u2019opinion publique s\u2019indignait de ne pas voir les soins sanitaires adress\u00e9s aux bless\u00e9\u00b7e\u00b7s de guerre (Piquard et Schweigman, <em>ibid<\/em>., p.\u00a013). Ensuite, la bataille de Solferino en 1859 (Italie) qui a incit\u00e9 le Genevois Henri Dunant[footnote]N\u00e9 le 08 mai 1828 \u00e0 Gen\u00e8ve et mort le 30 octobre 1910 \u00e0 Heiden. Homme d\u2019affaire et humaniste suisse qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le cr\u00e9ateur du mouvement de la croix rouge.[\/footnote] \u00e0 cr\u00e9er la Croix-Rouge[footnote]La particularit\u00e9 de la Croix Rouge est qu\u2019elle soit un organisme permanent ind\u00e9pendant des gouvernements.[\/footnote] dont la mission premi\u00e8re est de porter assistance aux bless\u00e9(e)s de guerre. Avec la cr\u00e9ation de la Croix-Rouge, naissait \u00e9galement l\u2019un des principes humanitaires de base, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0la neutralit\u00e9\u00a0\u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 ce principe, les acteurs humanitaires ont acquis le droit de soigner les bless\u00e9\u00b7e\u00b7s de guerre sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s par l\u2019une ou l\u2019autre partie en conflit. Enfin, l\u2019action humanitaire a connu son tournant d\u00e9cisif avec la Seconde Guerre mondiale, marqu\u00e9e par l\u2019irruption de plusieurs Organisations non gouvernementales (ONG). Leur objectif \u00e9tait de venir en aide aux victimes de cette guerre, car avant cette \u00e9tape, on ne d\u00e9nombrait que tr\u00e8s peu d\u2019organisations humanitaires, \u00e0 l\u2019instar de <em>Save the Children<\/em> cr\u00e9\u00e9 en 1919 ou Aide du peuple norv\u00e9gien (NPA) cr\u00e9\u00e9 en 1939 (Maietta, <em>ibid<\/em>.). Parmi les nouvelles ONG qui ont vu le jour, on peut mentionner entre autres <em>Care international et International Rescue Comittee<\/em> (IRC), une ONG am\u00e9ricaine qui s\u2019est associ\u00e9e au <em>Catholic Relief Service<\/em> (CRS) pour r\u00e9pondre plus efficacement aux besoins humanitaires. En Europe, on a vu na\u00eetre l\u2019ONG Britannique <em>Oxford Famine Relief Service<\/em> (OXFAM) dont la mission \u00e9tait de venir en aide aux victimes de la faim en Gr\u00e8ce. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, diff\u00e9rents conflits ont \u00e9merg\u00e9 \u00e0 travers le monde.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La guerre du Biafra a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des conflits qui a permis d\u2019avoir une nouvelle vision de l\u2019action humanitaire avec l\u2019apparition du vocable \u00ab\u00a0sans fronti\u00e9risme\u00a0\u00bb. Ce vocable d\u00e9signe un principe non \u00e9crit qui autorise les organisations humanitaires \u00e0 intervenir dans les \u00c9tats, sans pour autant attendre une quelconque autorisation, en fonction de la nature de la crise, mais en se pliant surtout au principe de non-ing\u00e9rence. Le fondement de l\u2019action humanitaire est ainsi de sauver des vies et all\u00e9ger les souffrances des populations victimes des catastrophes naturelles ou de conflits arm\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de ces p\u00e9riodes historiques, Bernard Hours (2016) pr\u00e9cise \u00e9galement que l\u2019action humanitaire s\u2019est structur\u00e9e autour de trois principaux piliers qui ont \u00e9merg\u00e9 durant les ann\u00e9es 1980. Ces piliers, qui participent \u00e0 la l\u00e9gitimation de l\u2019action humanitaire, sont d\u2019une importance capitale dans son d\u00e9ploiement. Le premier pilier est relatif au caract\u00e8re universel des droits humains qui prennent source dans la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019humain. Le second pilier place la personne humaine (sa sant\u00e9, son int\u00e9grit\u00e9 physique, son bien-\u00eatre, etc.) au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de l\u2019action humanitaire. Le troisi\u00e8me est relatif \u00e0 l\u2019ing\u00e9rence pour assistance humanitaire qui est \u00e9galement un principe consacr\u00e9 par la Charte de l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU). Ces diff\u00e9rents piliers rendent compte du d\u00e9veloppement et l\u2019enracinement dans le monde de la raison humanitaire (Fassin, 2010) comme fondement des actions en faveur des domin\u00e9\u00b7e\u00b7s, des pauvres, des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s ou des personnes victimes de catastrophes naturelles.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019action humanitaire au Tchad<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De par sa superficie (1 284 000 km2), le Tchad est le cinqui\u00e8me pays le plus vaste d\u2019Afrique, derri\u00e8re l\u2019Alg\u00e9rie, le Soudan, la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo et la Libye. Sa population est estim\u00e9e en 2021 \u00e0 pr\u00e8s de 16\u00a0818 391 d\u2019habitants avec une densit\u00e9 de 13 habitants[footnote]Rapport 2020 de l\u2019Institut National de la Statistiques, des Etudes Economiques et D\u00e9mographiques (INSEED)[\/footnote] au km2, dont la concentration la plus importante se trouve au Centre et au Sud, car la majeure partie du nord du pays constitue une zone d\u00e9sertique. La composition sociologique de cette population est diversifi\u00e9e. N\u00e9anmoins, on y retrouve une mosa\u00efque de groupes ethniques qui constitue l\u2019essentiel de sa population. Ainsi, on trouve majoritairement les peuples Sara (34\u00a0%) au Sud, les Arabes (14\u00a0%) au Centre, les Maba (5\u00a0%) au Centre-Est, les Toubou-Gorone (3,9\u00a0%) au Nord, les Hadjera\u00ef (2,6\u00a0%) au Centre-Sud, les Bilala (2,5\u00a0%) au Centre, les Kenembou (1,8) au Centre-Est, les Zaghawa et Bideyat (1,2\u00a0%) \u00e0 l\u2019Est, les Felata (1,2\u00a0%) et d\u2019autres ethnies nomades et s\u00e9dentaires (34\u00a0%) (Dumont, 2007). 21\u00a0% de cette population vit en milieu urbain dont les principales villes par densit\u00e9 de population sont Ndjamena, Moundou, Sarh, Ab\u00e9ch\u00e9 et Mongo (Dumont, <em>ibid<\/em>.). Malgr\u00e9 la d\u00e9couverte et l\u2019exploitation des puits de p\u00e9trole au sud du pays \u00e0 Doba, le Tchad demeure un pays pauvre, enclav\u00e9, situ\u00e9 en Afrique centrale et disposant de tr\u00e8s peu de ressources naturelles. Son \u00e9conomie est essentiellement bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9levage des bovins au centre, au nord et \u00e0 l\u2019est du pays\u00a0et la culture du coton au sud du pays. Selon le rapport du d\u00e9veloppement humain de 2020, le Tchad est le 187e pays au monde sur 189.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les fronti\u00e8res actuelles du Tchad, comme dans la majorit\u00e9 des pays africains, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es par la conf\u00e9rence de Berlin (novembre 1884 \u00e0 f\u00e9vrier 1885). Ce d\u00e9coupage ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale, \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ethnique, encore moins \u00e0 une logique g\u00e9ographique (Adoum, 2012). La sociogen\u00e8se de l\u2019\u00c9tat en Afrique est un h\u00e9ritage colonial. De ce fait, l\u2019\u00c9tat s\u2019impose par la force \u00e0 la diversit\u00e9 ethnique et entend int\u00e9grer un mode de fonctionnement identique \u00e0 celles des communaut\u00e9s ethnotribales. Ces circonstances vont entra\u00eener de nombreux n\u00e9o-\u00c9tats africains encore fragiles dans des conflits internes et externes. Dans ce chapitre d\u2019instabilit\u00e9, l\u2019histoire politique et sociopolitique du Tchad est marqu\u00e9e par de nombreuses guerres (Debos, 2013). Les guerres internes pour l\u2019accession au sommet de l\u2019\u00c9tat se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis le renversement du premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Tchad Ngarta Tombalbaye en 1975 jusqu\u2019au d\u00e9c\u00e8s, en avril 2021, du Pr\u00e9sident Idris D\u00e9by Itno. Au-del\u00e0 de ces conflits internes, le Tchad a connu des conflits arm\u00e9s avec des pays voisins comme la Libye et le Soudan. Cet environnement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 favorable \u00e0 un d\u00e9veloppement \u00e9conomique harmonieux de ce jeune \u00c9tat, entra\u00eenant des cons\u00e9quences \u00e9normes sur la population. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019hostilit\u00e9 du climat, de type sah\u00e9lien dans sa partie nord et des variations climatiques qui exacerbent les conditions de vie d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9caires dans le pays. Pour faire face \u00e0 tous ces al\u00e9as climatiques qui cr\u00e8vent parfois la production et dans l\u2019optique d\u2019apaiser les souffrances des populations victimes de ces r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9favorables \u00e0 leur mieux-\u00eatre, le gouvernement tchadien a fait appel \u00e0 ses diff\u00e9rents partenaires internationaux. C\u2019est dans ce contexte que l\u2019ONG <em>Care international<\/em> fut la premi\u00e8re ONG \u00e0 s\u2019installer au Tchad en 1974. Cette installation a \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par la grande s\u00e9cheresse qui a s\u00e9vi en 1974. \u00c0 partir de cette date, plusieurs autres ONG se sont install\u00e9es, intervenant dans divers domaines, \u00e0 l\u2019instar de la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019alimentation, l\u2019eau, l\u2019hygi\u00e8ne et l\u2019assainissement. Le but affirm\u00e9 de ces interventions \u00e9tait d\u2019aider les diff\u00e9rents gouvernements tchadiens successifs \u00e0 faire face aux affres de la guerre et aux diff\u00e9rents \u00e9pisodes de la famine qui ont s\u00e9vi tout au long de l\u2019histoire politique de ce pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR), le Tchad accueille, depuis des ann\u00e9es, un peu plus de 619 440 individus sous la responsabilit\u00e9 du HCR, avec notamment pr\u00e8s de 459 940 r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et demandeurs et demandeuses d\u2019asile (Bulletins d\u2019informations, 2018, p.\u00a02). On retrouve parmi cette population migrante 331 450 Soudanais\u00b7es, 107 995 Centrafricain\u00b7e\u00b7s, 10 259 Nig\u00e9rian\u00b7e\u00b7s et 1236 autres r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes (Bulletins d\u2019informations, <em>ibid<\/em>.). Dans la localit\u00e9 d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9, qui constitue la pr\u00e9fecture de la r\u00e9gion du Ouadda\u00ef et le centre d\u2019impulsion des op\u00e9rations humanitaires dans l\u2019est du Tchad, on retrouve une douzaine d\u2019organisations humanitaires aux c\u00f4t\u00e9s du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR) et du Programme alimentaire mondial (PAM) (Favre, 2009, p.\u00a0116). Ces structures se sont principalement install\u00e9es au Tchad \u00e0 l\u2019effet de venir en aide aux populations dont la vuln\u00e9rabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e suite \u00e0 diverses situations. Dans la formulation de son programme d\u2019action relative \u00e0 la p\u00e9riode allant de 2007 \u00e0 2010, le PAM a cibl\u00e9 les d\u00e9terminants qui structurent son d\u00e9ploiement au Tchad. Le programme pr\u00e9cise \u00e0 cet effet que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de la pluviom\u00e9trie, l\u2019enclavement, la raret\u00e9 des \u00e9changes, la pauvret\u00e9 persistante des populations rurales, ainsi que la faible productivit\u00e9 agricole et de l\u2019\u00e9levage, justifient l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire persistante qui s\u00e9vit en partie dans la zone sah\u00e9lienne du pays (PAM, 2006, en ligne).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Action humanitaire et urbanisation\u00a0: compl\u00e9mentarit\u00e9s et divergences<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement des villes port\u00e9s par l\u2019humanitaire arborent plusieurs visages qui s\u2019inscrivent soit dans une dynamique conforme aux exigences d\u2019urbanisation soit, <em>a contrario<\/em>, dans une trajectoire qui ne correspond pas toujours aux attentes li\u00e9es \u00e0 l\u2019urbanisation.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Des trajectoires quasi similaires<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il existe une interd\u00e9pendance complexe entre action humanitaire et urbanisation dans un contexte global risqu\u00e9[footnote]Sur la question du risque comme \u00e9l\u00e9ment structurant et socialisant voir Beck (2008).[\/footnote] et vuln\u00e9rabilis\u00e9. Cette relation permet d\u2019entrevoir un ensemble de points de convergence qui d\u00e9coulent des actions men\u00e9es par les humanitaires et les professionnel\u00b7le\u00b7s de l\u2019urbanisation. Au Tchad, comme dans bon nombre de contextes, l\u2019urbanisation s\u2019est effectu\u00e9e de mani\u00e8re spontan\u00e9e dans la majeure partie des villes traditionnelles ou villages et souvent en r\u00e9ponse aux situations d\u2019urgence. Il y a lieu de rappeler que l\u2019action humanitaire a pour objectif majeur de venir en aide aux personnes qui, du fait des circonstances exceptionnelles, se retrouvent en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Seulement, les m\u00e9canismes souvent mobilis\u00e9s par les humanitaires s\u2019accommodent \u00e0 bien des \u00e9gards \u00e0 ceux des professionnel\u00b7le\u00b7s de l\u2019urbanisation. \u00c0 titre illustratif, on retrouve, entre autres, l\u2019installation des points d\u2019eau qui correspond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019approvisionnement en eau des personnes d\u00e9plac\u00e9es et r\u00e9fugi\u00e9es. En outre, le 11 mai 2018, le HCR a remis aux autorit\u00e9s tchadiennes un syst\u00e8me d\u2019alimentation en eau potable de la ville de Hadjer Hadid dans la r\u00e9gion du Ouadda\u00ef (Bulletins d\u2019informations, 2018, p.\u00a08), une zone qui accueille un grand nombre de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s soudanais\u00b7es. \u00c0 l\u2019observation, ces points d\u2019eau install\u00e9s par les humanitaires permettent certes \u00e0 la base d\u2019alimenter les premiers destinataires, mais constituent aussi des points d\u2019approvisionnement pour les populations h\u00f4tes. Bien plus, les zones dans lesquelles s\u2019installent les humanitaires sont g\u00e9n\u00e9ralement des coins enclav\u00e9s qui posent le probl\u00e8me de la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s. Le d\u00e9ploiement de l\u2019action humanitaire dans ces espaces est parfois favorable \u00e0 la construction des pistes servant \u00e0 faciliter l\u2019acc\u00e8s. En juillet 2009, la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s des humanitaires \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 pour approvisionner les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s centrafricains au sud-est du Tchad, a pouss\u00e9 le PAM \u00e0 demander aux autorit\u00e9s l\u2019ouverture du corridor \u00e0 partir de Bangui (UNOCHA, 2009). Il convient quand m\u00eame de pr\u00e9ciser qu\u2019\u00e0 ce niveau, la nature de la collaboration entre les d\u00e9cideurs, d\u00e9cideuses et acteurs humanitaires permet ou non de d\u00e9boucher sur ce qui, tr\u00e8s souvent en contexte africain, s\u2019apparente \u00e0 une faveur rendue. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cela, la question r\u00e9currente de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est parfois r\u00e9gl\u00e9e avec l\u2019arriv\u00e9e des humanitaires dans certaines zones, m\u00eame s\u2019il faut souligner ici que cet acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 demeure relatif, compte tenu des nombreux d\u00e9lestages enregistr\u00e9s dans ces \u00ab\u00a0villes humanitaires\u00a0\u00bb et m\u00eame au-del\u00e0. Un autre point \u00e0 mentionner et qui rentre en droite ligne avec les \u00e9l\u00e9ments sus\u00e9voqu\u00e9s, est la construction des \u00e9tablissements scolaires par les acteurs humanitaires. \u00c0 ce niveau, il faut souligner qu\u2019en 2018, 108 \u00e9tablissements scolaires des camps et sites de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s ont \u00e9t\u00e9 officialis\u00e9s par le gouvernement tchadien (Bulletins d\u2019informations, 2018). Le HCR a d\u2019ailleurs martel\u00e9 sa d\u00e9termination \u00e0 soutenir le gouvernement tchadien dans la prise en charge des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s dont 159\u00a0000 enfants en \u00e2ge scolaire (Bulletins d\u2019informations, <em>ibid<\/em>., p.\u00a03).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mis \u00e0 part la construction des structures d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019action humanitaire \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9 structure les dynamiques urbaines \u00e0 travers la multiplicit\u00e9 des camps qui sont install\u00e9s dans ces zones pour abriter les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s. Michel AGIER illustre ce ph\u00e9nom\u00e8ne en soulignant que \u00ab\u00a0les d\u00e9placements de populations, avec les n\u00e9cessaires strat\u00e9gies qu\u2019ils engendrent en tant que pens\u00e9es d\u00e9plac\u00e9es d\u2019un lieu propre, contribuent aujourd\u2019hui \u00e0 la formation de nouveaux espaces dont la terminologie est encore h\u00e9sitante (zones, camps, centres de transit, refuges, installations, squats, invasions\u2026\u00a0\u00bb (Agier, 2008, p.\u00a0105). Les camps ressortent donc comme \u00e9tant des r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de nouveaux lieux de vie et de socialit\u00e9 qui croisent diff\u00e9rents modes d\u2019occupation de l\u2019espace. Cette r\u00e9alit\u00e9 des camps traduit aussi une extrat\u00e9rritorialisation (Bauman, 2002) qui prend corps dans les contextes de d\u00e9placement, d\u2019accueil et de refuge. L\u2019installation des camps est ainsi la mat\u00e9rialisation d\u2019une nouvelle exp\u00e9rience des contextes locaux en tant qu\u2019espaces de production, d\u2019encadrement et de sanctuarisation des lieux marginaux, restituant de mani\u00e8re presque informelle la rencontre entre le Nord (pourvoyeur d\u2019aide ou d\u2019assistance) et le Sud (destinataire de l\u2019aide). Toutefois, il faut noter le fait que la transformation des espaces par la prise en compte des camps comme modalit\u00e9s d\u2019impulsion rel\u00e8ve plus de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb que d\u2019un processus normal. Ce constat trouve une explication dans l\u2019id\u00e9e que les camps sont g\u00e9n\u00e9ralement cr\u00e9\u00e9s pour servir, \u00e0 court terme, de lieux de refuge aux d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s ou aux refugi\u00e9\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Limites de l\u2019action humanitaire dans le champ de l\u2019urbanisation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019action humanitaire est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui, en d\u00e9pit des logiques d\u2019assistance et d\u2019aide, participe, lorsqu\u2019elle est mal structur\u00e9e, \u00e0 l\u2019exacerbation des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s dans les zones d\u2019intervention. Tout comme l\u2019urbanisation est un champ, l\u2019humanitaire constitue \u00e9galement un champ \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel on retrouve une diversit\u00e9 d\u2019acteurs. La multitude d\u2019acteurs humanitaires sur le terrain d\u2019intervention pose g\u00e9n\u00e9ralement probl\u00e8me, en raison de la diversit\u00e9 des r\u00e9ponses qui ne sont pas toujours articul\u00e9es et ne respectent pas de ce fait les exigences en mati\u00e8re d\u2019urbanisation. Il en r\u00e9sulte par exemple un ensemble d\u2019incoh\u00e9rences et une anarchie dans l\u2019occupation des espaces par les humanitaires. Agir dans l\u2019urgence am\u00e8ne parfois les acteurs humanitaires \u00e0 adopter des strat\u00e9gies sans trop se pr\u00e9occuper des cons\u00e9quences que leur d\u00e9ploiement peut avoir sur la physionomie des zones d\u2019intervention. La relation entre urgence et urbanisation n\u2019est jamais vraiment prise en compte. Dans bon nombre de situations, les m\u00e9canismes et institutions locaux en mati\u00e8re d\u2019urbanisation sont ignor\u00e9s par les acteurs humanitaires. Aussi, les acteurs humanitaires dont les logiques r\u00e9pondent \u00e0 bien des \u00e9gards \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de remplir et de justifier un cahier de charge aupr\u00e8s des bailleurs de fonds internationaux, n\u2019impliquent que tr\u00e8s peu ou jamais les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile dans leurs actions. Or, ces derniers ont un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer dans la reconstruction \u00e9conomique, sociale et politique. Bien plus, dans des circonstances o\u00f9 l\u2019action humanitaire est source de conflit entre les communaut\u00e9s, elle constitue souvent un frein \u00e0 l\u2019urbanisation dans la mesure o\u00f9 les conflits ne favorisent pas un d\u00e9veloppement harmonieux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019humanitaire au c\u0153ur de la construction du champ de l\u2019urbanisation au Tchad\u00a0: quels d\u00e9fis\u00a0?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comprendre la transformation des espaces \u00e0 travers l\u2019action humanitaire invite \u00e9galement \u00e0 jeter un regard sur les d\u00e9fis auxquels ce processus se heurte et qui engagent une diversit\u00e9 d\u2019acteurs. Au nombre de ces d\u00e9fis, il est important d\u2019insister sur la question fonci\u00e8re, mais aussi sur la collaboration entre les acteurs inclus dans l\u2019urbanisation.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La difficile \u00e9quation du partage de la \u00ab\u00a0ressource fonci\u00e8re\u00a0\u00bb dans les \u00ab\u00a0villes humanitaires\u00a0\u00bb<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La gestion des vuln\u00e9rabilit\u00e9s en temps de crise, de conflit ou de catastrophe naturelle s\u2019analyse \u00e9galement dans son rapport au foncier et se heurte, tr\u00e8s souvent, \u00e0 la raret\u00e9 croissante des espaces viables, susceptibles d\u2019accueillir les populations provenant des zones de crise. En mati\u00e8re \u00ab\u00a0d\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb, la terre viable constitue une ressource et un enjeu qui n\u2019est pas toujours \u00e0 la port\u00e9e des acteurs humanitaires. Dans les zones o\u00f9 le partage des espaces est possible, la ressource fonci\u00e8re est souvent source de conflit entre les premiers occupants (populations autochtones) qui contr\u00f4lent les terres (Gausset, 2008, p.\u00a053) et les nouveaux arrivants (r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s et acteurs humanitaires). Depuis l\u2019entame de la r\u00e9bellion au Darfour en f\u00e9vrier 2003, l\u2019est du Tchad vit une situation qui n\u2019est pas des plus reluisantes. Plus d\u2019une douzaine de camps ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans les localit\u00e9s d\u2019Ennedi, d\u2019Ouadda\u00ef et dans le Wadi Fira (Favre, 2007). Cependant, la difficult\u00e9 qui se pose avec ces espaces situ\u00e9s en zones sah\u00e9lo-sah\u00e9liennes est qu\u2019ils n\u2019offrent que tr\u00e8s peu de conditions favorables \u00e0 une implantation durable des populations et de leurs troupeaux. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau se pr\u00e9sente comme le probl\u00e8me majeur auxquels doivent faire face les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s et ce, en d\u00e9pit des strat\u00e9gies d\u2019approvisionnement des acteurs humanitaires. Aussi, la pr\u00e9sence des troupeaux cristallise les tensions entre les habitant\u00b7e\u00b7s des camps et les populations locales, dans la mesure o\u00f9 ces b\u00eates n\u2019h\u00e9sitent parfois pas \u00e0 d\u00e9truire les quelques plantations devant servir de moyen de subsistance pour l\u2019un ou l\u2019autre des groupes. L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment qui favorise la d\u00e9gradation des relations entre les communaut\u00e9s vivant \u00e0 l\u2019est d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 est l\u2019acc\u00e8s au bois qui constitue une ressource capitale pour survivre dans cet environnement hostile.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La coordination entre les acteurs du champ de l\u2019urbanisation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0L\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb des villes d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et de Gor\u00e9 ne peut s\u2019analyser en marge de la nature des relations qu\u2019entretiennent diff\u00e9rents acteurs intervenant dans la transformation de ces espaces. Il faudrait peut-\u00eatre pr\u00e9ciser \u00e0 ce niveau que le champ de l\u2019urbanisation, comme tous les autres, est structur\u00e9 par des relations objectives (Bourdieu et Wacquant, 1992) qui participent de sa \u00ab\u00a0distinction\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1979) par rapport \u00e0 d\u2019autres champs de pratique. Au-del\u00e0 des relations objectives ou historiques, il existe d\u2019autres types de relations qui peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es de subjectives et qui oscillent entre collaboration et concurrence, en fonction des enjeux et int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence. Ces relations structurent favorablement ou d\u00e9favorablement les dynamiques urbaines. \u00c0 Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9, le constat est celui de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb qui s\u2019effectue sans une r\u00e9elle prise en compte des dynamiques urbaines locales, avec une diversit\u00e9 d\u2019acteurs, notamment les d\u00e9cideurs, les urbanistes, la soci\u00e9t\u00e9 civile et les populations. Lorsqu\u2019on observe la mise en branle de ce processus, il se d\u00e9gage un manque de coordination entre les diff\u00e9rents acteurs qui interviennent dans la cha\u00eene de l\u2019urbanisation en zones humanitaires. Plusieurs facteurs justifient ce d\u00e9faut de concertation. Premi\u00e8rement, les \u00e9carts dans les mani\u00e8res d\u2019agir des intervenants en temps de crise constituent une barri\u00e8re dans la mesure o\u00f9 ceux-ci ne partagent g\u00e9n\u00e9ralement pas les m\u00eames objectifs, ne recourent pas aux m\u00eames strat\u00e9gies et ne disposent pas des m\u00eames capitaux et ressources. Deuxi\u00e8mement, le rapport au temps n\u2019est pas le m\u00eame chez tous les acteurs dont les strat\u00e9gies d\u2019intervention sont pens\u00e9es soit \u00e0 court terme soit \u00e0 long terme. On pourrait mentionner une troisi\u00e8me modalit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9localisation\u00a0\u00bb ou la forte \u00ab\u00a0occidentalisation\u00a0\u00bb de l\u2019action humanitaire pour souligner le fait que celle-ci est tr\u00e8s souvent port\u00e9e par des acteurs externes aux r\u00e9alit\u00e9s des contextes qui re\u00e7oivent l\u2019aide.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Diff\u00e9rentes phases sont ainsi \u00e0 prendre en compte dans la collaboration afin d\u2019articuler urgence humanitaire et imp\u00e9ratif d\u2019une urbanisation minimisant les risques et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Parmi les niveaux \u00e0 privil\u00e9gier, il y a l\u2019\u00e9laboration des plans d\u2019urbanisation pour les zones abritant des camps de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s (pour la plupart des Soudanais, des Centrafricains et des Tchadiens)[footnote]Selon les donn\u00e9es quantitatives du HCR, on d\u00e9nombre depuis l\u2019ann\u00e9e 2007, un peu plus de 233100 r\u00e9fugi\u00e9s soudanais dans l\u2019est du Tchad, regroup\u00e9s dans 10 camps implant\u00e9s en milieu sah\u00e9lien. A ce jour, ce chiffre est sans doute revu \u00e0 la hausse si l\u2019on consid\u00e8re que les ann\u00e9es qui ont suivies, plusieurs affrontements ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 au Soudan.[\/footnote] dans les villes d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et de Gor\u00e9. Dans cette phase, les d\u00e9cideurs doivent int\u00e9grer la pleine mesure du r\u00f4le des humanitaires qui occupent une place de plus en plus grandissante dans la gestion des vuln\u00e9rabilit\u00e9s au Tchad. Cela pourrait se faire \u00e0 travers la formation des acteurs humanitaires \u00e0 la connaissance des zones d\u2019intervention, \u00e0 l\u2019instar de Gor\u00e9 et d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de la phase d\u2019\u00e9laboration des plans d\u2019am\u00e9nagement urbain, la collaboration devrait \u00e9galement s\u2019effectuer dans l\u2019\u00e9change des savoirs relevant des op\u00e9rations d\u2019urgence. En effet, si les humanitaires ont une parfaite expertise pour sauver des vies, leurs actions ne peuvent porter des fruits que s\u2019ils ont une meilleure connaissance des zones d\u2019intervention pour pouvoir agir promptement. Or, la connaissance du terrain rel\u00e8ve de l\u2019expertise des professionnel\u00b7le\u00b7s du d\u00e9veloppement territorial (urbanistes et am\u00e9nageurs), mais \u00e9galement des populations locales dont certaines se regroupent en organisations communautaires. Une collaboration entre ces diff\u00e9rents acteurs serait ainsi au b\u00e9n\u00e9fice des diff\u00e9rents acteurs et permettrait surtout de r\u00e9duire et mieux g\u00e9rer les risques et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s li\u00e9s \u00e0 une urbanisation non ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, il s\u2019av\u00e8re important de consid\u00e9rer le facteur espace\/temps dans la collaboration. Pour ce qui rel\u00e8ve du facteur espace, il faut relever qu\u2019\u00e0 l\u2019observation, \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb dans les villes d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et de Gor\u00e9 se concentre davantage dans des zones pr\u00e9cises qui sont pour la plupart des quartiers dans lesquels on d\u00e9nombre plusieurs r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s. Cette pratique a comme corollaire de cr\u00e9er des \u00e9carts entre ces \u00ab\u00a0quartiers humanitaires\u00a0\u00bb et les quartiers environnants. Pour une meilleure approche, \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb devrait s\u2019\u00e9tendre sur un espace plus vaste, celui de la ville tout enti\u00e8re. Par rapport au facteur temps, il y a lieu pour les acteurs d\u2019\u0153uvrer \u00e0 ce que leur collaboration s\u2019inscrive dans la dur\u00e9e au regard d\u2019un contexte urbain africain marqu\u00e9 par la multiplicit\u00e9 et la complexit\u00e9 des crises qui entra\u00eenent de mani\u00e8re irr\u00e9versible l\u2019\u00e9mergence des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cette r\u00e9flexion, il est essentiel d\u2019extirper les points majeurs qui ressortent des diff\u00e9rentes analyses. Rappelons d\u2019embl\u00e9e que l\u2019ensemble des d\u00e9veloppements s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 l\u2019examen du processus d\u2019\u00e9mergence et la transformation des villes sous le couvert de l\u2019action humanitaire au Tchad. Le choix s\u2019est port\u00e9 sur Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9, deux villes tchadiennes dont les mutations renseignent \u00e0 suffisance sur l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab\u00a0nouveau type de ville\u00a0\u00bb. Les constats qui se d\u00e9gagent permettent d\u2019introduire le concept \u00ab\u00a0d\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la transformation des milieux ruraux et urbains en espaces au sein desquels le d\u00e9veloppement infrastructurel, les relations \u00e9conomiques et sociales, l\u2019usage de l\u2019espace public, le style de vie, les genres de faire et les modes de production et de consommation se structurent autour et \u00e0 partir des dynamiques humanitaires. S\u2019il est vrai que l\u2019humanitaire se profile comme un ph\u00e9nom\u00e8ne au centre des enjeux des villes de demain, au regard de l\u2019accroissement des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s li\u00e9s \u00e0 diverses r\u00e9alit\u00e9s (crises, conflits, guerres, catastrophes naturelles, etc.), il est n\u00e9cessaire de prendre en compte diverses variables qui constituent des d\u00e9fis \u00e0 relever.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0L\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 et \u00e0 Gor\u00e9 n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur la structuration de ces villes. Parmi les d\u00e9fis majeurs, la question fonci\u00e8re s\u2019av\u00e8re cruciale et m\u00e9rite un int\u00e9r\u00eat particulier du fait de l\u2019afflux de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s. Ce probl\u00e8me, s\u2019il n\u2019est pas r\u00e9gl\u00e9, pourrait accentuer les conflits et les in\u00e9galit\u00e9s li\u00e9s \u00e0 l\u2019occupation de l\u2019espace entre les communaut\u00e9s autochtones et les nouveaux occupants. Aussi, la collaboration entre diff\u00e9rents acteurs \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 et \u00e0 Gor\u00e9 sonne comme une urgence. En effet, \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb dans ces villes semble s\u2019effectuer en marge de toute planification et r\u00e9glementation adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Cette situation risquerait de d\u00e9boucher sur de nouvelles formes de vuln\u00e9rabilit\u00e9s et favoriser l\u2019irruption de nouveaux risques. La solution r\u00e9side dans l\u2019imp\u00e9ratif de repenser le jeu des acteurs (professionnel\u00b7le\u00b7s de l\u2019aide humanitaire, urbanistes, membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile, d\u00e9cideurs, d\u00e9cideuses et populations autochtones) dans une approche plus compl\u00e9mentaire. Au-del\u00e0 des aspects sus\u00e9voqu\u00e9s, il est finalement int\u00e9ressant, qu\u2019en Afrique, soit \u00e9galement prise en compte l\u2019urgence pour les acteurs locaux d\u2019int\u00e9grer le champ de l\u2019humanitaire, afin d\u2019\u0153uvrer \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9soccidentalisation\u00a0\u00bb de l\u2019action humanitaire, pour que celle-ci prennent suffisamment la mesure des r\u00e9alit\u00e9s locales et serve au mieux \u00e0 l\u2019urbanisation.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abega, S\u00e9verin-C\u00e9cile. 2007. <em>Le Retour de la soci\u00e9t\u00e9 civile en Afrique<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: PUCAC.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Adoum,\u00a0Souleymane Abdoulaye. 2012. Tchad\u00a0: des guerres interminables aux cons\u00e9quences incalculables.\u00a0<em>Guerres mondiales et conflits contemporains<\/em>, <em>248<\/em>, 45-55.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/gmcc.248.0045\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/gmcc.248.0045<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agier, Michel, 2008. Quel temps aujourd\u2019hui en ces lieux incertains\u00a0?. <em>L\u2019Homme.<\/em> <em>Revue fran\u00e7aise d\u2019anthropologie<\/em>, <em>185-186<\/em>, 105-120.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Antoine, Philippe, 1997. L\u2019urbanisation en Afrique et ses perspectives. Aliments dans les villes. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/jaga.afrique-gouvernance.net\/_docs\/x6988f00.pdf\">https:\/\/jaga.afrique-gouvernance.net\/_docs\/x6988f00.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Balandier, Georges (dir.). 1970. <em>Sociologie des mutations<\/em>. Paris\u00a0: Anthropos.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourdieu, Pierre et Wacquant, Lo\u00efc. 1992. <em>R\u00e9ponses. Pour une anthropologie r\u00e9flexive<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourdieu, Pierre. 1979. <em>La distinction. Critique sociale du jugement<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brauman,\u00a0Rony. 2009. \u00c9motion et action humanitaire.\u00a0<em>\u00c9tudes<\/em>, <em>410<\/em>, 9-19.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/etu.101.0009\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/etu.101.0009<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bulletin d\u2019informations, de recherche et d\u2019analyse du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR) sur la protection et l\u2019inclusion des r\u00e9fugi\u00e9s, \u00c9dition Journ\u00e9e Mondiale des r\u00e9fugi\u00e9s, 20 juin 2018. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/fr\/operations\/chad\/document\/tchad-bulletin-dinformations-de-recherche-et-danalyse-sur-la-protection-et\">https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/fr\/operations\/chad\/document\/tchad-bulletin-dinformations-de-recherche-et-danalyse-sur-la-protection-et<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coquery-Vidrovitch, Catherine. 1988. Villes coloniales et histoires des africains. <em>Vingti\u00e8me si\u00e8cle. Revue d\u2019histoire<\/em>, <em>20<\/em>, 49-73. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/xxs_0294-1759_1988_num_20_1_2795\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/xxs_0294-1759_1988_num_20_1_2795<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coret, Cl\u00e9lia, Zaugg, Roberto et Chouin, G\u00e9rard. 2020. Les villes en Afrique avant\u00a01900. Bilan historiographique et perspectives de recherche.\u00a0<em>Afriques<\/em>\u00a0[En ligne], 11. https:\/\/doi.org\/10.4000\/afriques.3043<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cottereau Alain. 1969. L\u2019apparition de l\u2019urbanisme comme action collective\u00a0: l\u2019agglom\u00e9ration parisienne au d\u00e9but du si\u00e8cle.<em> Sociologie du travail<\/em>, <em>11<\/em>(4), 342-365.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Debos, Marielle. 2013. <em>Le M\u00e9tier des armes au Tchad. Le gouvernement de l\u2019entre-guerre<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ela, Jean-Marc. 1983. <em>La Ville en Afrique noire<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fassin, Didier. 2010. <em>La Raison humanitaire. Une histoire morale du temps pr\u00e9sent<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Favre, Johanne. 2007. R\u00e9fugi\u00e9s et d\u00e9plac\u00e9s dans l\u2019est du Tchad. De l\u2019intervention humanitaire \u00e0 la s\u00e9curisation militaire. <em>EchoG\u00e9o <\/em>[En ligne],<em> Sur le vif<\/em>. http:\/\/doi.org\/10.4000\/echogeo.2061.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Favre, Johanne. 2009. Le r\u00eave de Largeau, pacifier et d\u00e9velopper l\u2019est du Tchad. <em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>232<\/em>, 115-132.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gausset, Quentin. 2008. L\u2019aspect foncier dans les conflits entre autochtones et migrants au Sud-ouest du Burkina Faso. <em>Politique africaine<\/em>, <em>112<\/em>, 52-66.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goemaere, \u00c9ric et Ost, Fran\u00e7ois. 1998. <em>L\u2019Action humanitaire\u00a0: question et enjeux<\/em>. Bruxelles\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Saint-Louis.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maietta,\u00a0Michel. 2015. Origine et \u00e9volution des ONG dans le syst\u00e8me humanitaire international. <em>Revue internationale et strat\u00e9gique<\/em>, 98. En ligne, DOI\u00a0: 10.3917\/ris.098.0053. URL: <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-internationale-et-strategique-2015-2-page-53.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-internationale-et-strategique-2015-2-page-53.htm<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Margueron, Jean-Claude. 1999. L\u2019apparition des villes au Proche-Orient. Ive \u2013 IIIe mill\u00e9naires. Dans <em>Actes du colloque, Institut fran\u00e7ais d\u2019Etudes Arabes (IFEAD)<\/em> (216-242). En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/kubaba.univ-paris1.fr\/2000\/ville_ pouvoir1\/margueron.pdf\">http:\/\/kubaba.univ-paris1.fr\/2000\/ville_\u00a0 pouvoir1\/margueron.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">PAM. 2006. Programme de pays- Tchad 10478.0 (2007-2010). Rome. En ligne\u00a0: https:\/\/executiveboard.wfp.org\/document_download\/WFP-0000036759<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">P\u00e9rouse de Montclos, Marc-Antoine. 2010. Migration forc\u00e9e et urbanisation de crise\u00a0: l\u2019Afrique subsaharienne dans une perspective historique.\u00a0<em>Autrepart<\/em>, <em>55<\/em>, 3-17.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/autr.055.0003\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/autr.055.0003<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piquard, Brigitte et Schweigman, Caspar. 2003. Le d\u00e9fi de la professionnalisation. <em>Bulletin de l\u2019information de l\u2019universit\u00e9 de Louvain<\/em>, <em>139<\/em>, 12-13. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/alumni\/ucl\/Lv_139-2.pdf\">https:\/\/sites.uclouvain.be\/alumni\/ucl\/Lv_139-2.pdf<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rambaud, Placide. 1973. Village et urbanisation. Probl\u00e8mes sociologiques. <em>\u00c9tudes rurales<\/em>, <em>49-50<\/em>, 14-32.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNFPA. 2019. <em>\u00c9tat de la population mondiale 2019<\/em>. New York, Rapport annuel de la division des communications et partenariats strat\u00e9giques.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNOCHA. 2009. Tchad. Rapport sur la situation humanitaire, 19 mai-1er juin. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/reliefweb.int\/report\/central-african-republic\/rapport-sur-la-situation-humanitaire-tchad-du-19-mai-au-01-juin-2009\">https:\/\/reliefweb.int\/report\/central-african-republic\/rapport-sur-la-situation-humanitaire-tchad-du-19-mai-au-01-juin-2009<\/a><\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente r\u00e9flexion questionne la transformation des espaces traditionnels en centres urbains modernes, sous la banni\u00e8re de l\u2019action humanitaire. En Afrique, l\u2019attrait des villes occidentales, l\u2019exub\u00e9rance du ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire (multifactoriel) et la forte croissance d\u00e9mographique entra\u00eenent une urbanisation rapide et incontr\u00f4l\u00e9e. Au Tchad, les conflits et crises (internes et externes) ont un double rapport \u00e0 l\u2019urbanisation des villes traditionnelles et des villages. Si au premier abord les effets en termes de d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riaux et de d\u00e9sastres humanitaires ob\u00e8rent des dynamiques urbaines, ces conflits et crises constituent cependant un catalyseur des transformations rurales et urbaines \u00e0 travers le d\u00e9ploiement de l\u2019action humanitaire. Cette tendance, qui fait l\u2019objet de ce travail, invite \u00e0 questionner l\u2019influence de l\u2019action humanitaire\u00a0sur l\u2019urbanisation, en prenant le cas des villes d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9 au Tchad. Les analyses s\u2019adossent sur la perspective sociologique balandienne centr\u00e9e sur le concept de \u00ab mutations \u00bb qui appr\u00e9hende ici l\u2019action humanitaire comme un facteur de construction et d\u2019identification d\u2019un nouveau type de villes. Elles s\u2019appuient \u00e9galement sur des donn\u00e9es empiriques recueillies gr\u00e2ce aux observations directes et indirectes men\u00e9es dans les zones d\u2019\u00e9tude (Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9). Le premier axe de la r\u00e9flexion proc\u00e8de \u00e0 une sociographie de l\u2019action humanitaire au Tchad afin de faire ressortir ses fondements et ses ressorts. Le second moment de l\u2019analyse met l\u2019emphase sur les \u00e9l\u00e9ments de compl\u00e9mentarit\u00e9 et de divergence entre l\u2019action humanitaire et l\u2019urbanisation. Le troisi\u00e8me moment enfin s\u2019appesantit sur les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l\u2019urbanisation par l\u2019action humanitaire au Tchad.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/action-humanitaire\/\">action humanitaire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/conflit\/\">conflit<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/tchad\/\">Tchad<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/urbanisation\/\">urbanisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/ville\/\">ville<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The present reflection questions the transformation of traditional spaces into modern urban centres, under the banner of humanitarian action. In Africa, the attraction of Western cities, the exuberance of the migration phenomenon (multifactorial) and strong demographic growth are leading to rapid and uncontrolled urbanisation. In Chad, conflicts and crises (internal and external) have a dual relationship with the urbanisation of traditional towns and villages. Although at first sight the effects in terms of material damage and humanitarian disasters are an obstacle to urban dynamics, these conflicts and crises are nevertheless a catalyst for rural and urban transformations through the deployment of humanitarian action. This trend, which is the subject of this study, raises questions about the influence of humanitarian action on urbanisation, taking the case of the towns of Ab\u00e9ch\u00e9 and Gor\u00e9 in Chad. The analysis is based on a Balandian sociological perspective centred on the concept of &lsquo;mutations&rsquo; which sees humanitarian action as a factor in the construction and identification of a new type of town. It is also based on empirical data collected through direct and indirect observations in the study areas (Ab\u00e9ch\u00e9 and Gor\u00e9). The first part of the analysis is a sociography of humanitarian action in Chad in order to highlight its foundations and driving forces. The second part of the analysis focuses on the complementarity and divergence between humanitarian action and urbanisation. Finally, the third part of the analysis focuses on the challenges linked to urbanisation through humanitarian action in Chad.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/burkina-faso\/\">Burkina Faso<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/chad\/\">Chad<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/city\/\">city<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/conflict\/\">conflict<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/humanitarian-action\/\">humanitarian action<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/urbanisation\/\">urbanisation<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>10 ao\u00fbt 2021<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>1 octobre 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 d\u00e9cembre 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pr\u00e8s du tiers de la population mondiale vivait en milieu urbain (Coquery-Vidrovicth, 1988, p.\u00a050) et \u00e9tait majoritairement localis\u00e9 dans les pays industrialis\u00e9s (<em>ibid<\/em>.). Avec l\u2019av\u00e8nement des ind\u00e9pendances, vent de lib\u00e9ralisation politique et \u00e9conomique ayant boulevers\u00e9 l\u2019organisation et le fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s africaines, la situation a \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re significative. Selon les chiffres de l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU), la population vivant actuellement en milieu urbain dans le monde est estim\u00e9e \u00e0 plus de 55\u00a0%<a class=\"footnote\" title=\"D\u00e9partement des affaires \u00e9conomiques et sociales de l\u2019ONU, \u00ab\u00a0The 2018 Revision of the World Urbanization Prospects\u00a0\u00bb, May 2018\" id=\"return-footnote-238-1\" href=\"#footnote-238-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> et la majeure partie de celle-ci se trouve dans les pays en d\u00e9veloppement (<em>ibid<\/em>.). En effet, l\u2019urbanisation est un processus qui s\u2019introduit dans les espaces selon deux modalit\u00e9s\u00a0: la premi\u00e8re est dite volontaire ou formelle et la deuxi\u00e8me non volontaire ou spontan\u00e9e (Margueron, 1999, p.\u00a053-71). Dans sa conception volontaire, elle est le fait des acteurs appartenant \u00e0 un espace qui d\u00e9cident de cr\u00e9er des conditions favorables \u00e0 l\u2019av\u00e8nement ou \u00e0 la modernisation de la ville<a class=\"footnote\" title=\"Voir \u00e0 ce sujet Cottereau (1969).\" id=\"return-footnote-238-2\" href=\"#footnote-238-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. L\u2019histoire des villes en Afrique noire (Ela, 1983), en g\u00e9n\u00e9ral et en Afrique subsaharienne de fa\u00e7on singuli\u00e8re, renseigne \u00e0 suffisance sur la fabrique d\u2019un processus d\u00e9coulant de logiques volontaires<a class=\"footnote\" title=\"Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une urbanisation exclusivement port\u00e9e par les peuples africains, mais d\u2019un processus r\u00e9pondant \u00e0 double logique\u00a0: la logique mercantiliste propre aux peuples africains dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et la logique imp\u00e9rialiste et conqu\u00e9rante des anciennes m\u00e9tropoles.\" id=\"return-footnote-238-3\" href=\"#footnote-238-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>, \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 trois moments de l\u2019histoire\u00a0africaine<a class=\"footnote\" title=\"Exception faite du Maghreb\" id=\"return-footnote-238-4\" href=\"#footnote-238-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> \u00e0 savoir\u00a0: l\u2019esclavage, la colonisation et l\u2019exode rural ou interurbain (P\u00e9rouse de Monclos, 1997, p.\u00a03).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les pr\u00e9mices de l\u2019urbanisation en Afrique se situent ainsi entre le 17e et le 19e si\u00e8cle avec l\u2019installation des comptoirs esclavagistes sur les c\u00f4tes africaines (<em>ibid<\/em>.). Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est poursuivi et accentu\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exode rural et interurbain. Pour S\u00e9verin C\u00e9cile Abega (2007, p.\u00a035), s\u2019il est vrai que la plupart des grandes villes africaines actuelles sont une \u00e9manation coloniale, il faut \u00e9galement admettre qu\u2019avant la p\u00e9riode coloniale, il existait d\u00e9j\u00e0 des villes en Afrique<em>.<\/em> Les conceptions restrictives des villes africaines d\u00e9coulent des constructions coloniales et postcoloniales qui assimilent la ville \u00e0 des fonctions de pouvoir et de modernit\u00e9 (P\u00e9rouse de Monclos, 2010). Pour permettre aux villes coloniales de remplir ces fonctions, le colonisateur \u0153uvrait \u00e0 contenir et \u00e0 dissuader l\u2019expansion des villes africaines en cr\u00e9ant des p\u00f4les d\u2019attractivit\u00e9s \u00e9conomiques et ludiques dans les nouvelles villes coloniales (<em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, plusieurs r\u00e9cits des explorateurs et certaines recherches historiques attestent de l\u2019existence des agglom\u00e9rations en Afrique durant le moment pr\u00e9colonial (<em>ibid<\/em>.). Les villes de Aoudaghost et Azougui en Mauritanie, de Gao, Dj\u00e9nn\u00e9-Djeno au Mali et Aksum dans la corne de l\u2019Afrique constituent des cas illustratifs (Coret, Zaugg et Chouin, 2020, en ligne). Selon la conception non volontaire, l\u2019urbanisation est le produit de diverses r\u00e9alit\u00e9s ind\u00e9pendantes des agendas individuels ou collectifs. Ainsi, les conflits arm\u00e9s, les catastrophes naturelles, les conqu\u00eates et les razzias ont souvent contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb. On entend par \u00ab\u00a0urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb, la transformation des milieux ruraux et urbains en espaces au sein desquels le d\u00e9veloppement infrastructurel, les relations \u00e9conomiques et sociales, l\u2019usage de l\u2019espace public, le style de vie, les genres de faire et les modes de production et de consommation se structurent autour et \u00e0 partir des dynamiques humanitaires. Elle se distingue cependant de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation de crise\u00a0\u00bb, tr\u00e8s souvent port\u00e9e par des individus qui proviennent des zones de crise. P\u00e9rouse de Monclos parle de \u00ab\u00a0l\u2019existence d\u2019une cat\u00e9gorie de citadins qui n\u2019ont pas choisi d\u2019aller en ville et qui y ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s par des circonstances impr\u00e9vues, m\u00eame si l\u2019analyse de leur d\u00e9placement r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement une certaine part de libre arbitre quant aux choix des destinations finales\u00a0\u00bb (2010, p.\u00a03).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Historiquement, \u00ab l\u2019urbanisation humanitaire \u00bb n\u2019est pas nouvelle et cadre, dans une certaine mesure, avec l\u2019av\u00e8nement de l\u2019action humanitaire entre les ann\u00e9es 1943 et 1945. Les acteurs faisant partie des missions humanitaires (ONG internationales et agences du syst\u00e8me des Nations unies) s\u2019installent dans les zones (villages ou villes) qui abritent une forte concentration de d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s ou r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s venant des milieux en crise. Ces acteurs exigent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 leurs organisations des commodit\u00e9s de logement minimales semblables \u00e0 celles de leur pays d\u2019origine. Ces exigences transforment rapidement la physionomie des villages en villes et entra\u00eenent une gentrification des villes anciennes. Au-del\u00e0 de l\u2019influence des logiques volontaire et involontaire, l\u2019urbanisation peut \u00e9galement \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e dans une perspective sociologique comme un champ (Bourdieu et Wacquant, 1992). On parlera ici du champ de l\u2019urbanisation pour \u00e9voquer un espace au sein duquel plusieurs acteurs aux ressources et positions in\u00e9gales sont en interaction complexe dans la gestion des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette perspective int\u00e9ressante, l\u2019urbanisation est davantage per\u00e7ue dans ce travail comme la mutation structurelle d\u2019un espace (Balandier, 1970) qui, de fa\u00e7on m\u00e9canique, induit un changement conjoncturel. Concernant l\u2019action humanitaire, elle se d\u00e9finit en relation avec trois \u00e9l\u00e9ments d\u00e9terminants, comme le pr\u00e9cisent Brigitte Piquard et Caspar Schweigman (2003): le mode d\u2019action (l\u2019urgence), le contexte dans lequel elle \u00e9volue (crises, catastrophes naturelles, etc.) et son objectif g\u00e9n\u00e9ral (le soulagement des victimes) (<em>ibid<\/em>., p.\u00a012).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, l\u2019action humanitaire telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la gestion des situations d\u2019urgence. Elle va bien au-del\u00e0 et prend une dimension plus large qui int\u00e8gre d\u00e9sormais les processus de pr\u00e9vention des risques, de r\u00e9habilitation et de reconstruction. L\u2019objet de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion est d\u2019expliquer et analyser un ph\u00e9nom\u00e8ne relativement nouveau\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb. L\u2019int\u00e9r\u00eat est port\u00e9 sur le cas d\u2019une ville africaine tr\u00e8s ancienne (Ab\u00e9ch\u00e9) et d\u2019un ancien village (Gor\u00e9) du Tchad qui se sont rapidement transform\u00e9s en centres urbains. D\u00e8s lors, dans quelle mesure l\u2019action humanitaire participe-t-elle \u00e0 l\u2019urbanisation des villages et des villes traditionnelles au Tchad\u00a0? La r\u00e9ponse \u00e0 ce questionnement se fera en trois temps. La premi\u00e8re d\u00e9clinaison de l\u2019\u00e9tude proc\u00e8de \u00e0 une sociographie de l\u2019action humanitaire au Tchad afin de faire ressortir ses fondements et ses ressorts. Le second moment de l\u2019analyse met l\u2019emphase sur les \u00e9l\u00e9ments de compl\u00e9mentarit\u00e9 et de divergence entre l\u2019action humanitaire et l\u2019urbanisation. Le troisi\u00e8me moment enfin, s\u2019appesantit sur les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l\u2019urbanisation par l\u2019action humanitaire au Tchad.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Crises, vuln\u00e9rabilit\u00e9s et av\u00e8nement de l\u2019action humanitaire au Tchad<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019aide, dans son sens premier, est une attitude inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00eatre humain dot\u00e9 d\u2019humanit\u00e9 (Brauman, 2009). Elle prend diverses formes qui peuvent \u00eatre mat\u00e9rielles (dons, legs, etc.) ou symboliques (message de soutien, campagne de soutien, etc.) et qui s\u2019orientent en direction des personnes en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 ou de n\u00e9cessit\u00e9. Cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 humaine a \u00e9volu\u00e9 au fil du temps et s\u2019est d\u00e9clin\u00e9e en aide humanitaire du fait de la recrudescence des catastrophes naturelles, des guerres (nouvelles) et des crises sociopolitiques qui gangr\u00e8nent le monde et dont les cons\u00e9quences n\u00e9fastes sont l\u00e9gion (Goemaere et Ost, 1998, p. 123). Cette partie permet de restituer l\u2019essence de l\u2019action humanitaire dans son contexte originel et de mettre en relief le ressort de l\u2019action humanitaire au Tchad.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Fondements de l\u2019action humanitaire : de l\u2019aide \u00e0 la morale humanitaire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019action humanitaire tire en partie son fondement de certaines traditions religieuses et arborait d\u00e9j\u00e0 diff\u00e9rentes d\u00e9nominations. Dans la religion islamique, elle prend le nom de \u00ab\u00a0<em>zakat<\/em>\u00a0\u00bb et chez les chr\u00e9tiens, elle s\u2019inscrit dans la logique de la charit\u00e9 chr\u00e9tienne (Maietta, 2015). Brigitte Piquard et Caspar Schweigman (2003) soulignent que l\u2019aide humanitaire, telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui, est n\u00e9e au 18e si\u00e8cle suite \u00e0 la r\u00e9volte des esclaves qui chass\u00e8rent de Saint-Domingue les familles des planteurs et armateurs fran\u00e7ais en 1793 qui trouv\u00e8rent refuge en Floride (Piquard et Schweigman, <em>ibid<\/em>., p.\u00a012). \u00c0 cet effet, des secours avaient \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s pour prendre en charge les personnes recueillies. \u00c0 cette p\u00e9riode, l\u2019action humanitaire \u00e9tait assimil\u00e9e \u00e0 une op\u00e9ration de secours organis\u00e9s (Brauman, 2009) visant \u00e0 apporter du r\u00e9confort aux personnes affect\u00e9es par des catastrophes ou des crises politiques. La situation d\u00e9crite plus haut marqua l\u2019entr\u00e9e en jeu du premier acteur public dans l\u2019intervention humanitaire, car le Congr\u00e8s am\u00e9ricain a d\u00fb voter des lois pour accorder des cr\u00e9dits de secours afin de venir en aide aux personnes d\u00e9plac\u00e9es. Au-del\u00e0 de ce fait historique marquant, plusieurs autres \u00e9v\u00e8nements ont contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de l\u2019action humanitaire. Premi\u00e8rement, la guerre de Crim\u00e9e (1854-1855) durant laquelle l\u2019opinion publique s\u2019indignait de ne pas voir les soins sanitaires adress\u00e9s aux bless\u00e9\u00b7e\u00b7s de guerre (Piquard et Schweigman, <em>ibid<\/em>., p.\u00a013). Ensuite, la bataille de Solferino en 1859 (Italie) qui a incit\u00e9 le Genevois Henri Dunant<a class=\"footnote\" title=\"N\u00e9 le 08 mai 1828 \u00e0 Gen\u00e8ve et mort le 30 octobre 1910 \u00e0 Heiden. Homme d\u2019affaire et humaniste suisse qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le cr\u00e9ateur du mouvement de la croix rouge.\" id=\"return-footnote-238-5\" href=\"#footnote-238-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> \u00e0 cr\u00e9er la Croix-Rouge<a class=\"footnote\" title=\"La particularit\u00e9 de la Croix Rouge est qu\u2019elle soit un organisme permanent ind\u00e9pendant des gouvernements.\" id=\"return-footnote-238-6\" href=\"#footnote-238-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a> dont la mission premi\u00e8re est de porter assistance aux bless\u00e9(e)s de guerre. Avec la cr\u00e9ation de la Croix-Rouge, naissait \u00e9galement l\u2019un des principes humanitaires de base, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0la neutralit\u00e9\u00a0\u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 ce principe, les acteurs humanitaires ont acquis le droit de soigner les bless\u00e9\u00b7e\u00b7s de guerre sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s par l\u2019une ou l\u2019autre partie en conflit. Enfin, l\u2019action humanitaire a connu son tournant d\u00e9cisif avec la Seconde Guerre mondiale, marqu\u00e9e par l\u2019irruption de plusieurs Organisations non gouvernementales (ONG). Leur objectif \u00e9tait de venir en aide aux victimes de cette guerre, car avant cette \u00e9tape, on ne d\u00e9nombrait que tr\u00e8s peu d\u2019organisations humanitaires, \u00e0 l\u2019instar de <em>Save the Children<\/em> cr\u00e9\u00e9 en 1919 ou Aide du peuple norv\u00e9gien (NPA) cr\u00e9\u00e9 en 1939 (Maietta, <em>ibid<\/em>.). Parmi les nouvelles ONG qui ont vu le jour, on peut mentionner entre autres <em>Care international et International Rescue Comittee<\/em> (IRC), une ONG am\u00e9ricaine qui s\u2019est associ\u00e9e au <em>Catholic Relief Service<\/em> (CRS) pour r\u00e9pondre plus efficacement aux besoins humanitaires. En Europe, on a vu na\u00eetre l\u2019ONG Britannique <em>Oxford Famine Relief Service<\/em> (OXFAM) dont la mission \u00e9tait de venir en aide aux victimes de la faim en Gr\u00e8ce. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, diff\u00e9rents conflits ont \u00e9merg\u00e9 \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La guerre du Biafra a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des conflits qui a permis d\u2019avoir une nouvelle vision de l\u2019action humanitaire avec l\u2019apparition du vocable \u00ab\u00a0sans fronti\u00e9risme\u00a0\u00bb. Ce vocable d\u00e9signe un principe non \u00e9crit qui autorise les organisations humanitaires \u00e0 intervenir dans les \u00c9tats, sans pour autant attendre une quelconque autorisation, en fonction de la nature de la crise, mais en se pliant surtout au principe de non-ing\u00e9rence. Le fondement de l\u2019action humanitaire est ainsi de sauver des vies et all\u00e9ger les souffrances des populations victimes des catastrophes naturelles ou de conflits arm\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de ces p\u00e9riodes historiques, Bernard Hours (2016) pr\u00e9cise \u00e9galement que l\u2019action humanitaire s\u2019est structur\u00e9e autour de trois principaux piliers qui ont \u00e9merg\u00e9 durant les ann\u00e9es 1980. Ces piliers, qui participent \u00e0 la l\u00e9gitimation de l\u2019action humanitaire, sont d\u2019une importance capitale dans son d\u00e9ploiement. Le premier pilier est relatif au caract\u00e8re universel des droits humains qui prennent source dans la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019humain. Le second pilier place la personne humaine (sa sant\u00e9, son int\u00e9grit\u00e9 physique, son bien-\u00eatre, etc.) au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de l\u2019action humanitaire. Le troisi\u00e8me est relatif \u00e0 l\u2019ing\u00e9rence pour assistance humanitaire qui est \u00e9galement un principe consacr\u00e9 par la Charte de l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU). Ces diff\u00e9rents piliers rendent compte du d\u00e9veloppement et l\u2019enracinement dans le monde de la raison humanitaire (Fassin, 2010) comme fondement des actions en faveur des domin\u00e9\u00b7e\u00b7s, des pauvres, des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s ou des personnes victimes de catastrophes naturelles.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019action humanitaire au Tchad<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">De par sa superficie (1 284 000 km2), le Tchad est le cinqui\u00e8me pays le plus vaste d\u2019Afrique, derri\u00e8re l\u2019Alg\u00e9rie, le Soudan, la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo et la Libye. Sa population est estim\u00e9e en 2021 \u00e0 pr\u00e8s de 16\u00a0818 391 d\u2019habitants avec une densit\u00e9 de 13 habitants<a class=\"footnote\" title=\"Rapport 2020 de l\u2019Institut National de la Statistiques, des Etudes Economiques et D\u00e9mographiques (INSEED)\" id=\"return-footnote-238-7\" href=\"#footnote-238-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a> au km2, dont la concentration la plus importante se trouve au Centre et au Sud, car la majeure partie du nord du pays constitue une zone d\u00e9sertique. La composition sociologique de cette population est diversifi\u00e9e. N\u00e9anmoins, on y retrouve une mosa\u00efque de groupes ethniques qui constitue l\u2019essentiel de sa population. Ainsi, on trouve majoritairement les peuples Sara (34\u00a0%) au Sud, les Arabes (14\u00a0%) au Centre, les Maba (5\u00a0%) au Centre-Est, les Toubou-Gorone (3,9\u00a0%) au Nord, les Hadjera\u00ef (2,6\u00a0%) au Centre-Sud, les Bilala (2,5\u00a0%) au Centre, les Kenembou (1,8) au Centre-Est, les Zaghawa et Bideyat (1,2\u00a0%) \u00e0 l\u2019Est, les Felata (1,2\u00a0%) et d\u2019autres ethnies nomades et s\u00e9dentaires (34\u00a0%) (Dumont, 2007). 21\u00a0% de cette population vit en milieu urbain dont les principales villes par densit\u00e9 de population sont Ndjamena, Moundou, Sarh, Ab\u00e9ch\u00e9 et Mongo (Dumont, <em>ibid<\/em>.). Malgr\u00e9 la d\u00e9couverte et l\u2019exploitation des puits de p\u00e9trole au sud du pays \u00e0 Doba, le Tchad demeure un pays pauvre, enclav\u00e9, situ\u00e9 en Afrique centrale et disposant de tr\u00e8s peu de ressources naturelles. Son \u00e9conomie est essentiellement bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9levage des bovins au centre, au nord et \u00e0 l\u2019est du pays\u00a0et la culture du coton au sud du pays. Selon le rapport du d\u00e9veloppement humain de 2020, le Tchad est le 187e pays au monde sur 189.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les fronti\u00e8res actuelles du Tchad, comme dans la majorit\u00e9 des pays africains, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es par la conf\u00e9rence de Berlin (novembre 1884 \u00e0 f\u00e9vrier 1885). Ce d\u00e9coupage ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale, \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ethnique, encore moins \u00e0 une logique g\u00e9ographique (Adoum, 2012). La sociogen\u00e8se de l\u2019\u00c9tat en Afrique est un h\u00e9ritage colonial. De ce fait, l\u2019\u00c9tat s\u2019impose par la force \u00e0 la diversit\u00e9 ethnique et entend int\u00e9grer un mode de fonctionnement identique \u00e0 celles des communaut\u00e9s ethnotribales. Ces circonstances vont entra\u00eener de nombreux n\u00e9o-\u00c9tats africains encore fragiles dans des conflits internes et externes. Dans ce chapitre d\u2019instabilit\u00e9, l\u2019histoire politique et sociopolitique du Tchad est marqu\u00e9e par de nombreuses guerres (Debos, 2013). Les guerres internes pour l\u2019accession au sommet de l\u2019\u00c9tat se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis le renversement du premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Tchad Ngarta Tombalbaye en 1975 jusqu\u2019au d\u00e9c\u00e8s, en avril 2021, du Pr\u00e9sident Idris D\u00e9by Itno. Au-del\u00e0 de ces conflits internes, le Tchad a connu des conflits arm\u00e9s avec des pays voisins comme la Libye et le Soudan. Cet environnement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 favorable \u00e0 un d\u00e9veloppement \u00e9conomique harmonieux de ce jeune \u00c9tat, entra\u00eenant des cons\u00e9quences \u00e9normes sur la population. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019hostilit\u00e9 du climat, de type sah\u00e9lien dans sa partie nord et des variations climatiques qui exacerbent les conditions de vie d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9caires dans le pays. Pour faire face \u00e0 tous ces al\u00e9as climatiques qui cr\u00e8vent parfois la production et dans l\u2019optique d\u2019apaiser les souffrances des populations victimes de ces r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9favorables \u00e0 leur mieux-\u00eatre, le gouvernement tchadien a fait appel \u00e0 ses diff\u00e9rents partenaires internationaux. C\u2019est dans ce contexte que l\u2019ONG <em>Care international<\/em> fut la premi\u00e8re ONG \u00e0 s\u2019installer au Tchad en 1974. Cette installation a \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par la grande s\u00e9cheresse qui a s\u00e9vi en 1974. \u00c0 partir de cette date, plusieurs autres ONG se sont install\u00e9es, intervenant dans divers domaines, \u00e0 l\u2019instar de la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019alimentation, l\u2019eau, l\u2019hygi\u00e8ne et l\u2019assainissement. Le but affirm\u00e9 de ces interventions \u00e9tait d\u2019aider les diff\u00e9rents gouvernements tchadiens successifs \u00e0 faire face aux affres de la guerre et aux diff\u00e9rents \u00e9pisodes de la famine qui ont s\u00e9vi tout au long de l\u2019histoire politique de ce pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR), le Tchad accueille, depuis des ann\u00e9es, un peu plus de 619 440 individus sous la responsabilit\u00e9 du HCR, avec notamment pr\u00e8s de 459 940 r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et demandeurs et demandeuses d\u2019asile (Bulletins d\u2019informations, 2018, p.\u00a02). On retrouve parmi cette population migrante 331 450 Soudanais\u00b7es, 107 995 Centrafricain\u00b7e\u00b7s, 10 259 Nig\u00e9rian\u00b7e\u00b7s et 1236 autres r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes (Bulletins d\u2019informations, <em>ibid<\/em>.). Dans la localit\u00e9 d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9, qui constitue la pr\u00e9fecture de la r\u00e9gion du Ouadda\u00ef et le centre d\u2019impulsion des op\u00e9rations humanitaires dans l\u2019est du Tchad, on retrouve une douzaine d\u2019organisations humanitaires aux c\u00f4t\u00e9s du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR) et du Programme alimentaire mondial (PAM) (Favre, 2009, p.\u00a0116). Ces structures se sont principalement install\u00e9es au Tchad \u00e0 l\u2019effet de venir en aide aux populations dont la vuln\u00e9rabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e suite \u00e0 diverses situations. Dans la formulation de son programme d\u2019action relative \u00e0 la p\u00e9riode allant de 2007 \u00e0 2010, le PAM a cibl\u00e9 les d\u00e9terminants qui structurent son d\u00e9ploiement au Tchad. Le programme pr\u00e9cise \u00e0 cet effet que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de la pluviom\u00e9trie, l\u2019enclavement, la raret\u00e9 des \u00e9changes, la pauvret\u00e9 persistante des populations rurales, ainsi que la faible productivit\u00e9 agricole et de l\u2019\u00e9levage, justifient l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire persistante qui s\u00e9vit en partie dans la zone sah\u00e9lienne du pays (PAM, 2006, en ligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Action humanitaire et urbanisation\u00a0: compl\u00e9mentarit\u00e9s et divergences<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement des villes port\u00e9s par l\u2019humanitaire arborent plusieurs visages qui s\u2019inscrivent soit dans une dynamique conforme aux exigences d\u2019urbanisation soit, <em>a contrario<\/em>, dans une trajectoire qui ne correspond pas toujours aux attentes li\u00e9es \u00e0 l\u2019urbanisation.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Des trajectoires quasi similaires<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il existe une interd\u00e9pendance complexe entre action humanitaire et urbanisation dans un contexte global risqu\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Sur la question du risque comme \u00e9l\u00e9ment structurant et socialisant voir Beck (2008).\" id=\"return-footnote-238-8\" href=\"#footnote-238-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a> et vuln\u00e9rabilis\u00e9. Cette relation permet d\u2019entrevoir un ensemble de points de convergence qui d\u00e9coulent des actions men\u00e9es par les humanitaires et les professionnel\u00b7le\u00b7s de l\u2019urbanisation. Au Tchad, comme dans bon nombre de contextes, l\u2019urbanisation s\u2019est effectu\u00e9e de mani\u00e8re spontan\u00e9e dans la majeure partie des villes traditionnelles ou villages et souvent en r\u00e9ponse aux situations d\u2019urgence. Il y a lieu de rappeler que l\u2019action humanitaire a pour objectif majeur de venir en aide aux personnes qui, du fait des circonstances exceptionnelles, se retrouvent en situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Seulement, les m\u00e9canismes souvent mobilis\u00e9s par les humanitaires s\u2019accommodent \u00e0 bien des \u00e9gards \u00e0 ceux des professionnel\u00b7le\u00b7s de l\u2019urbanisation. \u00c0 titre illustratif, on retrouve, entre autres, l\u2019installation des points d\u2019eau qui correspond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019approvisionnement en eau des personnes d\u00e9plac\u00e9es et r\u00e9fugi\u00e9es. En outre, le 11 mai 2018, le HCR a remis aux autorit\u00e9s tchadiennes un syst\u00e8me d\u2019alimentation en eau potable de la ville de Hadjer Hadid dans la r\u00e9gion du Ouadda\u00ef (Bulletins d\u2019informations, 2018, p.\u00a08), une zone qui accueille un grand nombre de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s soudanais\u00b7es. \u00c0 l\u2019observation, ces points d\u2019eau install\u00e9s par les humanitaires permettent certes \u00e0 la base d\u2019alimenter les premiers destinataires, mais constituent aussi des points d\u2019approvisionnement pour les populations h\u00f4tes. Bien plus, les zones dans lesquelles s\u2019installent les humanitaires sont g\u00e9n\u00e9ralement des coins enclav\u00e9s qui posent le probl\u00e8me de la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s. Le d\u00e9ploiement de l\u2019action humanitaire dans ces espaces est parfois favorable \u00e0 la construction des pistes servant \u00e0 faciliter l\u2019acc\u00e8s. En juillet 2009, la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s des humanitaires \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 pour approvisionner les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s centrafricains au sud-est du Tchad, a pouss\u00e9 le PAM \u00e0 demander aux autorit\u00e9s l\u2019ouverture du corridor \u00e0 partir de Bangui (UNOCHA, 2009). Il convient quand m\u00eame de pr\u00e9ciser qu\u2019\u00e0 ce niveau, la nature de la collaboration entre les d\u00e9cideurs, d\u00e9cideuses et acteurs humanitaires permet ou non de d\u00e9boucher sur ce qui, tr\u00e8s souvent en contexte africain, s\u2019apparente \u00e0 une faveur rendue. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cela, la question r\u00e9currente de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est parfois r\u00e9gl\u00e9e avec l\u2019arriv\u00e9e des humanitaires dans certaines zones, m\u00eame s\u2019il faut souligner ici que cet acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 demeure relatif, compte tenu des nombreux d\u00e9lestages enregistr\u00e9s dans ces \u00ab\u00a0villes humanitaires\u00a0\u00bb et m\u00eame au-del\u00e0. Un autre point \u00e0 mentionner et qui rentre en droite ligne avec les \u00e9l\u00e9ments sus\u00e9voqu\u00e9s, est la construction des \u00e9tablissements scolaires par les acteurs humanitaires. \u00c0 ce niveau, il faut souligner qu\u2019en 2018, 108 \u00e9tablissements scolaires des camps et sites de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s ont \u00e9t\u00e9 officialis\u00e9s par le gouvernement tchadien (Bulletins d\u2019informations, 2018). Le HCR a d\u2019ailleurs martel\u00e9 sa d\u00e9termination \u00e0 soutenir le gouvernement tchadien dans la prise en charge des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s dont 159\u00a0000 enfants en \u00e2ge scolaire (Bulletins d\u2019informations, <em>ibid<\/em>., p.\u00a03).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mis \u00e0 part la construction des structures d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019action humanitaire \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9 structure les dynamiques urbaines \u00e0 travers la multiplicit\u00e9 des camps qui sont install\u00e9s dans ces zones pour abriter les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et les d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s. Michel AGIER illustre ce ph\u00e9nom\u00e8ne en soulignant que \u00ab\u00a0les d\u00e9placements de populations, avec les n\u00e9cessaires strat\u00e9gies qu\u2019ils engendrent en tant que pens\u00e9es d\u00e9plac\u00e9es d\u2019un lieu propre, contribuent aujourd\u2019hui \u00e0 la formation de nouveaux espaces dont la terminologie est encore h\u00e9sitante (zones, camps, centres de transit, refuges, installations, squats, invasions\u2026\u00a0\u00bb (Agier, 2008, p.\u00a0105). Les camps ressortent donc comme \u00e9tant des r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de nouveaux lieux de vie et de socialit\u00e9 qui croisent diff\u00e9rents modes d\u2019occupation de l\u2019espace. Cette r\u00e9alit\u00e9 des camps traduit aussi une extrat\u00e9rritorialisation (Bauman, 2002) qui prend corps dans les contextes de d\u00e9placement, d\u2019accueil et de refuge. L\u2019installation des camps est ainsi la mat\u00e9rialisation d\u2019une nouvelle exp\u00e9rience des contextes locaux en tant qu\u2019espaces de production, d\u2019encadrement et de sanctuarisation des lieux marginaux, restituant de mani\u00e8re presque informelle la rencontre entre le Nord (pourvoyeur d\u2019aide ou d\u2019assistance) et le Sud (destinataire de l\u2019aide). Toutefois, il faut noter le fait que la transformation des espaces par la prise en compte des camps comme modalit\u00e9s d\u2019impulsion rel\u00e8ve plus de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb que d\u2019un processus normal. Ce constat trouve une explication dans l\u2019id\u00e9e que les camps sont g\u00e9n\u00e9ralement cr\u00e9\u00e9s pour servir, \u00e0 court terme, de lieux de refuge aux d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s ou aux refugi\u00e9\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Limites de l\u2019action humanitaire dans le champ de l\u2019urbanisation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019action humanitaire est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui, en d\u00e9pit des logiques d\u2019assistance et d\u2019aide, participe, lorsqu\u2019elle est mal structur\u00e9e, \u00e0 l\u2019exacerbation des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s dans les zones d\u2019intervention. Tout comme l\u2019urbanisation est un champ, l\u2019humanitaire constitue \u00e9galement un champ \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel on retrouve une diversit\u00e9 d\u2019acteurs. La multitude d\u2019acteurs humanitaires sur le terrain d\u2019intervention pose g\u00e9n\u00e9ralement probl\u00e8me, en raison de la diversit\u00e9 des r\u00e9ponses qui ne sont pas toujours articul\u00e9es et ne respectent pas de ce fait les exigences en mati\u00e8re d\u2019urbanisation. Il en r\u00e9sulte par exemple un ensemble d\u2019incoh\u00e9rences et une anarchie dans l\u2019occupation des espaces par les humanitaires. Agir dans l\u2019urgence am\u00e8ne parfois les acteurs humanitaires \u00e0 adopter des strat\u00e9gies sans trop se pr\u00e9occuper des cons\u00e9quences que leur d\u00e9ploiement peut avoir sur la physionomie des zones d\u2019intervention. La relation entre urgence et urbanisation n\u2019est jamais vraiment prise en compte. Dans bon nombre de situations, les m\u00e9canismes et institutions locaux en mati\u00e8re d\u2019urbanisation sont ignor\u00e9s par les acteurs humanitaires. Aussi, les acteurs humanitaires dont les logiques r\u00e9pondent \u00e0 bien des \u00e9gards \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de remplir et de justifier un cahier de charge aupr\u00e8s des bailleurs de fonds internationaux, n\u2019impliquent que tr\u00e8s peu ou jamais les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile dans leurs actions. Or, ces derniers ont un r\u00f4le essentiel \u00e0 jouer dans la reconstruction \u00e9conomique, sociale et politique. Bien plus, dans des circonstances o\u00f9 l\u2019action humanitaire est source de conflit entre les communaut\u00e9s, elle constitue souvent un frein \u00e0 l\u2019urbanisation dans la mesure o\u00f9 les conflits ne favorisent pas un d\u00e9veloppement harmonieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019humanitaire au c\u0153ur de la construction du champ de l\u2019urbanisation au Tchad\u00a0: quels d\u00e9fis\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comprendre la transformation des espaces \u00e0 travers l\u2019action humanitaire invite \u00e9galement \u00e0 jeter un regard sur les d\u00e9fis auxquels ce processus se heurte et qui engagent une diversit\u00e9 d\u2019acteurs. Au nombre de ces d\u00e9fis, il est important d\u2019insister sur la question fonci\u00e8re, mais aussi sur la collaboration entre les acteurs inclus dans l\u2019urbanisation.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La difficile \u00e9quation du partage de la \u00ab\u00a0ressource fonci\u00e8re\u00a0\u00bb dans les \u00ab\u00a0villes humanitaires\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La gestion des vuln\u00e9rabilit\u00e9s en temps de crise, de conflit ou de catastrophe naturelle s\u2019analyse \u00e9galement dans son rapport au foncier et se heurte, tr\u00e8s souvent, \u00e0 la raret\u00e9 croissante des espaces viables, susceptibles d\u2019accueillir les populations provenant des zones de crise. En mati\u00e8re \u00ab\u00a0d\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb, la terre viable constitue une ressource et un enjeu qui n\u2019est pas toujours \u00e0 la port\u00e9e des acteurs humanitaires. Dans les zones o\u00f9 le partage des espaces est possible, la ressource fonci\u00e8re est souvent source de conflit entre les premiers occupants (populations autochtones) qui contr\u00f4lent les terres (Gausset, 2008, p.\u00a053) et les nouveaux arrivants (r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s et acteurs humanitaires). Depuis l\u2019entame de la r\u00e9bellion au Darfour en f\u00e9vrier 2003, l\u2019est du Tchad vit une situation qui n\u2019est pas des plus reluisantes. Plus d\u2019une douzaine de camps ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans les localit\u00e9s d\u2019Ennedi, d\u2019Ouadda\u00ef et dans le Wadi Fira (Favre, 2007). Cependant, la difficult\u00e9 qui se pose avec ces espaces situ\u00e9s en zones sah\u00e9lo-sah\u00e9liennes est qu\u2019ils n\u2019offrent que tr\u00e8s peu de conditions favorables \u00e0 une implantation durable des populations et de leurs troupeaux. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau se pr\u00e9sente comme le probl\u00e8me majeur auxquels doivent faire face les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s et ce, en d\u00e9pit des strat\u00e9gies d\u2019approvisionnement des acteurs humanitaires. Aussi, la pr\u00e9sence des troupeaux cristallise les tensions entre les habitant\u00b7e\u00b7s des camps et les populations locales, dans la mesure o\u00f9 ces b\u00eates n\u2019h\u00e9sitent parfois pas \u00e0 d\u00e9truire les quelques plantations devant servir de moyen de subsistance pour l\u2019un ou l\u2019autre des groupes. L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment qui favorise la d\u00e9gradation des relations entre les communaut\u00e9s vivant \u00e0 l\u2019est d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 est l\u2019acc\u00e8s au bois qui constitue une ressource capitale pour survivre dans cet environnement hostile.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La coordination entre les acteurs du champ de l\u2019urbanisation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0L\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb des villes d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et de Gor\u00e9 ne peut s\u2019analyser en marge de la nature des relations qu\u2019entretiennent diff\u00e9rents acteurs intervenant dans la transformation de ces espaces. Il faudrait peut-\u00eatre pr\u00e9ciser \u00e0 ce niveau que le champ de l\u2019urbanisation, comme tous les autres, est structur\u00e9 par des relations objectives (Bourdieu et Wacquant, 1992) qui participent de sa \u00ab\u00a0distinction\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1979) par rapport \u00e0 d\u2019autres champs de pratique. Au-del\u00e0 des relations objectives ou historiques, il existe d\u2019autres types de relations qui peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es de subjectives et qui oscillent entre collaboration et concurrence, en fonction des enjeux et int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence. Ces relations structurent favorablement ou d\u00e9favorablement les dynamiques urbaines. \u00c0 Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9, le constat est celui de \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb qui s\u2019effectue sans une r\u00e9elle prise en compte des dynamiques urbaines locales, avec une diversit\u00e9 d\u2019acteurs, notamment les d\u00e9cideurs, les urbanistes, la soci\u00e9t\u00e9 civile et les populations. Lorsqu\u2019on observe la mise en branle de ce processus, il se d\u00e9gage un manque de coordination entre les diff\u00e9rents acteurs qui interviennent dans la cha\u00eene de l\u2019urbanisation en zones humanitaires. Plusieurs facteurs justifient ce d\u00e9faut de concertation. Premi\u00e8rement, les \u00e9carts dans les mani\u00e8res d\u2019agir des intervenants en temps de crise constituent une barri\u00e8re dans la mesure o\u00f9 ceux-ci ne partagent g\u00e9n\u00e9ralement pas les m\u00eames objectifs, ne recourent pas aux m\u00eames strat\u00e9gies et ne disposent pas des m\u00eames capitaux et ressources. Deuxi\u00e8mement, le rapport au temps n\u2019est pas le m\u00eame chez tous les acteurs dont les strat\u00e9gies d\u2019intervention sont pens\u00e9es soit \u00e0 court terme soit \u00e0 long terme. On pourrait mentionner une troisi\u00e8me modalit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9localisation\u00a0\u00bb ou la forte \u00ab\u00a0occidentalisation\u00a0\u00bb de l\u2019action humanitaire pour souligner le fait que celle-ci est tr\u00e8s souvent port\u00e9e par des acteurs externes aux r\u00e9alit\u00e9s des contextes qui re\u00e7oivent l\u2019aide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Diff\u00e9rentes phases sont ainsi \u00e0 prendre en compte dans la collaboration afin d\u2019articuler urgence humanitaire et imp\u00e9ratif d\u2019une urbanisation minimisant les risques et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Parmi les niveaux \u00e0 privil\u00e9gier, il y a l\u2019\u00e9laboration des plans d\u2019urbanisation pour les zones abritant des camps de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s (pour la plupart des Soudanais, des Centrafricains et des Tchadiens)<a class=\"footnote\" title=\"Selon les donn\u00e9es quantitatives du HCR, on d\u00e9nombre depuis l\u2019ann\u00e9e 2007, un peu plus de 233100 r\u00e9fugi\u00e9s soudanais dans l\u2019est du Tchad, regroup\u00e9s dans 10 camps implant\u00e9s en milieu sah\u00e9lien. A ce jour, ce chiffre est sans doute revu \u00e0 la hausse si l\u2019on consid\u00e8re que les ann\u00e9es qui ont suivies, plusieurs affrontements ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 au Soudan.\" id=\"return-footnote-238-9\" href=\"#footnote-238-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a> dans les villes d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et de Gor\u00e9. Dans cette phase, les d\u00e9cideurs doivent int\u00e9grer la pleine mesure du r\u00f4le des humanitaires qui occupent une place de plus en plus grandissante dans la gestion des vuln\u00e9rabilit\u00e9s au Tchad. Cela pourrait se faire \u00e0 travers la formation des acteurs humanitaires \u00e0 la connaissance des zones d\u2019intervention, \u00e0 l\u2019instar de Gor\u00e9 et d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de la phase d\u2019\u00e9laboration des plans d\u2019am\u00e9nagement urbain, la collaboration devrait \u00e9galement s\u2019effectuer dans l\u2019\u00e9change des savoirs relevant des op\u00e9rations d\u2019urgence. En effet, si les humanitaires ont une parfaite expertise pour sauver des vies, leurs actions ne peuvent porter des fruits que s\u2019ils ont une meilleure connaissance des zones d\u2019intervention pour pouvoir agir promptement. Or, la connaissance du terrain rel\u00e8ve de l\u2019expertise des professionnel\u00b7le\u00b7s du d\u00e9veloppement territorial (urbanistes et am\u00e9nageurs), mais \u00e9galement des populations locales dont certaines se regroupent en organisations communautaires. Une collaboration entre ces diff\u00e9rents acteurs serait ainsi au b\u00e9n\u00e9fice des diff\u00e9rents acteurs et permettrait surtout de r\u00e9duire et mieux g\u00e9rer les risques et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s li\u00e9s \u00e0 une urbanisation non ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, il s\u2019av\u00e8re important de consid\u00e9rer le facteur espace\/temps dans la collaboration. Pour ce qui rel\u00e8ve du facteur espace, il faut relever qu\u2019\u00e0 l\u2019observation, \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb dans les villes d\u2019Ab\u00e9ch\u00e9 et de Gor\u00e9 se concentre davantage dans des zones pr\u00e9cises qui sont pour la plupart des quartiers dans lesquels on d\u00e9nombre plusieurs r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s. Cette pratique a comme corollaire de cr\u00e9er des \u00e9carts entre ces \u00ab\u00a0quartiers humanitaires\u00a0\u00bb et les quartiers environnants. Pour une meilleure approche, \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb devrait s\u2019\u00e9tendre sur un espace plus vaste, celui de la ville tout enti\u00e8re. Par rapport au facteur temps, il y a lieu pour les acteurs d\u2019\u0153uvrer \u00e0 ce que leur collaboration s\u2019inscrive dans la dur\u00e9e au regard d\u2019un contexte urbain africain marqu\u00e9 par la multiplicit\u00e9 et la complexit\u00e9 des crises qui entra\u00eenent de mani\u00e8re irr\u00e9versible l\u2019\u00e9mergence des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cette r\u00e9flexion, il est essentiel d\u2019extirper les points majeurs qui ressortent des diff\u00e9rentes analyses. Rappelons d\u2019embl\u00e9e que l\u2019ensemble des d\u00e9veloppements s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 l\u2019examen du processus d\u2019\u00e9mergence et la transformation des villes sous le couvert de l\u2019action humanitaire au Tchad. Le choix s\u2019est port\u00e9 sur Ab\u00e9ch\u00e9 et Gor\u00e9, deux villes tchadiennes dont les mutations renseignent \u00e0 suffisance sur l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab\u00a0nouveau type de ville\u00a0\u00bb. Les constats qui se d\u00e9gagent permettent d\u2019introduire le concept \u00ab\u00a0d\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la transformation des milieux ruraux et urbains en espaces au sein desquels le d\u00e9veloppement infrastructurel, les relations \u00e9conomiques et sociales, l\u2019usage de l\u2019espace public, le style de vie, les genres de faire et les modes de production et de consommation se structurent autour et \u00e0 partir des dynamiques humanitaires. S\u2019il est vrai que l\u2019humanitaire se profile comme un ph\u00e9nom\u00e8ne au centre des enjeux des villes de demain, au regard de l\u2019accroissement des risques et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s li\u00e9s \u00e0 diverses r\u00e9alit\u00e9s (crises, conflits, guerres, catastrophes naturelles, etc.), il est n\u00e9cessaire de prendre en compte diverses variables qui constituent des d\u00e9fis \u00e0 relever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0L\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 et \u00e0 Gor\u00e9 n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur la structuration de ces villes. Parmi les d\u00e9fis majeurs, la question fonci\u00e8re s\u2019av\u00e8re cruciale et m\u00e9rite un int\u00e9r\u00eat particulier du fait de l\u2019afflux de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s. Ce probl\u00e8me, s\u2019il n\u2019est pas r\u00e9gl\u00e9, pourrait accentuer les conflits et les in\u00e9galit\u00e9s li\u00e9s \u00e0 l\u2019occupation de l\u2019espace entre les communaut\u00e9s autochtones et les nouveaux occupants. Aussi, la collaboration entre diff\u00e9rents acteurs \u00e0 Ab\u00e9ch\u00e9 et \u00e0 Gor\u00e9 sonne comme une urgence. En effet, \u00ab\u00a0l\u2019urbanisation humanitaire\u00a0\u00bb dans ces villes semble s\u2019effectuer en marge de toute planification et r\u00e9glementation adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Cette situation risquerait de d\u00e9boucher sur de nouvelles formes de vuln\u00e9rabilit\u00e9s et favoriser l\u2019irruption de nouveaux risques. La solution r\u00e9side dans l\u2019imp\u00e9ratif de repenser le jeu des acteurs (professionnel\u00b7le\u00b7s de l\u2019aide humanitaire, urbanistes, membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile, d\u00e9cideurs, d\u00e9cideuses et populations autochtones) dans une approche plus compl\u00e9mentaire. Au-del\u00e0 des aspects sus\u00e9voqu\u00e9s, il est finalement int\u00e9ressant, qu\u2019en Afrique, soit \u00e9galement prise en compte l\u2019urgence pour les acteurs locaux d\u2019int\u00e9grer le champ de l\u2019humanitaire, afin d\u2019\u0153uvrer \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9soccidentalisation\u00a0\u00bb de l\u2019action humanitaire, pour que celle-ci prennent suffisamment la mesure des r\u00e9alit\u00e9s locales et serve au mieux \u00e0 l\u2019urbanisation.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abega, S\u00e9verin-C\u00e9cile. 2007. <em>Le Retour de la soci\u00e9t\u00e9 civile en Afrique<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: PUCAC.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Adoum,\u00a0Souleymane Abdoulaye. 2012. Tchad\u00a0: des guerres interminables aux cons\u00e9quences incalculables.\u00a0<em>Guerres mondiales et conflits contemporains<\/em>, <em>248<\/em>, 45-55.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/gmcc.248.0045\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/gmcc.248.0045<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agier, Michel, 2008. Quel temps aujourd\u2019hui en ces lieux incertains\u00a0?. <em>L\u2019Homme.<\/em> <em>Revue fran\u00e7aise d\u2019anthropologie<\/em>, <em>185-186<\/em>, 105-120.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Antoine, Philippe, 1997. L\u2019urbanisation en Afrique et ses perspectives. Aliments dans les villes. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/jaga.afrique-gouvernance.net\/_docs\/x6988f00.pdf\">https:\/\/jaga.afrique-gouvernance.net\/_docs\/x6988f00.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Balandier, Georges (dir.). 1970. <em>Sociologie des mutations<\/em>. Paris\u00a0: Anthropos.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourdieu, Pierre et Wacquant, Lo\u00efc. 1992. <em>R\u00e9ponses. Pour une anthropologie r\u00e9flexive<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourdieu, Pierre. 1979. <em>La distinction. Critique sociale du jugement<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brauman,\u00a0Rony. 2009. \u00c9motion et action humanitaire.\u00a0<em>\u00c9tudes<\/em>, <em>410<\/em>, 9-19.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/etu.101.0009\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/etu.101.0009<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bulletin d\u2019informations, de recherche et d\u2019analyse du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR) sur la protection et l\u2019inclusion des r\u00e9fugi\u00e9s, \u00c9dition Journ\u00e9e Mondiale des r\u00e9fugi\u00e9s, 20 juin 2018. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/fr\/operations\/chad\/document\/tchad-bulletin-dinformations-de-recherche-et-danalyse-sur-la-protection-et\">https:\/\/www.humanitarianresponse.info\/fr\/operations\/chad\/document\/tchad-bulletin-dinformations-de-recherche-et-danalyse-sur-la-protection-et<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coquery-Vidrovitch, Catherine. 1988. Villes coloniales et histoires des africains. <em>Vingti\u00e8me si\u00e8cle. Revue d\u2019histoire<\/em>, <em>20<\/em>, 49-73. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/xxs_0294-1759_1988_num_20_1_2795\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/xxs_0294-1759_1988_num_20_1_2795<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coret, Cl\u00e9lia, Zaugg, Roberto et Chouin, G\u00e9rard. 2020. Les villes en Afrique avant\u00a01900. Bilan historiographique et perspectives de recherche.\u00a0<em>Afriques<\/em>\u00a0[En ligne], 11. https:\/\/doi.org\/10.4000\/afriques.3043<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cottereau Alain. 1969. L\u2019apparition de l\u2019urbanisme comme action collective\u00a0: l\u2019agglom\u00e9ration parisienne au d\u00e9but du si\u00e8cle.<em> Sociologie du travail<\/em>, <em>11<\/em>(4), 342-365.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Debos, Marielle. 2013. <em>Le M\u00e9tier des armes au Tchad. Le gouvernement de l\u2019entre-guerre<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ela, Jean-Marc. 1983. <em>La Ville en Afrique noire<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fassin, Didier. 2010. <em>La Raison humanitaire. Une histoire morale du temps pr\u00e9sent<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Favre, Johanne. 2007. R\u00e9fugi\u00e9s et d\u00e9plac\u00e9s dans l\u2019est du Tchad. De l\u2019intervention humanitaire \u00e0 la s\u00e9curisation militaire. <em>EchoG\u00e9o <\/em>[En ligne],<em> Sur le vif<\/em>. http:\/\/doi.org\/10.4000\/echogeo.2061.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Favre, Johanne. 2009. Le r\u00eave de Largeau, pacifier et d\u00e9velopper l\u2019est du Tchad. <em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>232<\/em>, 115-132.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gausset, Quentin. 2008. L\u2019aspect foncier dans les conflits entre autochtones et migrants au Sud-ouest du Burkina Faso. <em>Politique africaine<\/em>, <em>112<\/em>, 52-66.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goemaere, \u00c9ric et Ost, Fran\u00e7ois. 1998. <em>L\u2019Action humanitaire\u00a0: question et enjeux<\/em>. Bruxelles\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Saint-Louis.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maietta,\u00a0Michel. 2015. Origine et \u00e9volution des ONG dans le syst\u00e8me humanitaire international. <em>Revue internationale et strat\u00e9gique<\/em>, 98. En ligne, DOI\u00a0: 10.3917\/ris.098.0053. URL: <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-internationale-et-strategique-2015-2-page-53.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-internationale-et-strategique-2015-2-page-53.htm<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Margueron, Jean-Claude. 1999. L\u2019apparition des villes au Proche-Orient. Ive \u2013 IIIe mill\u00e9naires. Dans <em>Actes du colloque, Institut fran\u00e7ais d\u2019Etudes Arabes (IFEAD)<\/em> (216-242). En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/kubaba.univ-paris1.fr\/2000\/ville_ pouvoir1\/margueron.pdf\">http:\/\/kubaba.univ-paris1.fr\/2000\/ville_\u00a0 pouvoir1\/margueron.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">PAM. 2006. Programme de pays- Tchad 10478.0 (2007-2010). Rome. En ligne\u00a0: https:\/\/executiveboard.wfp.org\/document_download\/WFP-0000036759<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">P\u00e9rouse de Montclos, Marc-Antoine. 2010. Migration forc\u00e9e et urbanisation de crise\u00a0: l\u2019Afrique subsaharienne dans une perspective historique.\u00a0<em>Autrepart<\/em>, <em>55<\/em>, 3-17.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/autr.055.0003\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/autr.055.0003<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piquard, Brigitte et Schweigman, Caspar. 2003. Le d\u00e9fi de la professionnalisation. <em>Bulletin de l\u2019information de l\u2019universit\u00e9 de Louvain<\/em>, <em>139<\/em>, 12-13. URL\u00a0: <a href=\"https:\/\/sites.uclouvain.be\/alumni\/ucl\/Lv_139-2.pdf\">https:\/\/sites.uclouvain.be\/alumni\/ucl\/Lv_139-2.pdf<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rambaud, Placide. 1973. Village et urbanisation. Probl\u00e8mes sociologiques. <em>\u00c9tudes rurales<\/em>, <em>49-50<\/em>, 14-32.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNFPA. 2019. <em>\u00c9tat de la population mondiale 2019<\/em>. New York, Rapport annuel de la division des communications et partenariats strat\u00e9giques.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNOCHA. 2009. Tchad. Rapport sur la situation humanitaire, 19 mai-1er juin. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/reliefweb.int\/report\/central-african-republic\/rapport-sur-la-situation-humanitaire-tchad-du-19-mai-au-01-juin-2009\">https:\/\/reliefweb.int\/report\/central-african-republic\/rapport-sur-la-situation-humanitaire-tchad-du-19-mai-au-01-juin-2009<\/a><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/contributors\/yvan-hyannick-obah\">Yvan Hyannick OBAH<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est doctorant en sciences sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique d\u2019Afrique Centrale-Institut Catholique de Yaound\u00e9. Chercheur \u00e0 l\u2019Institut des Politiques et Initiatives Sociales (IPIS), il fait \u00e9galement une th\u00e8se en science politique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II.<br \/>\nContact : obahyvan@gmail.com<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/contributors\/loic-bertrand-biango-nyama\">Lo\u00efc Bertrand BIANGO NYAMA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est doctorant en sciences sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique d\u2019Afrique Centrale-Institut Catholique de Yaound\u00e9.<br \/>\nContact : lbbnyama@gmail.com <br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/contributors\/marie-therese-mengue\">Marie Th\u00e9r\u00e8se MENGUE<\/a><\/strong><br \/>Professeur titulaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique d\u2019Afrique Centrale-Institut Catholique de Yaound\u00e9 et directrice de l\u2019Institut des Politiques et Initiatives Sociales (IPIS), l&rsquo;autrice est sociologue de formation.<br \/>\nContact : mengue_mt@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-238-1\">D\u00e9partement des affaires \u00e9conomiques et sociales de l\u2019ONU, \u00ab\u00a0The 2018 Revision of the World Urbanization Prospects\u00a0\u00bb, May 2018 <a href=\"#return-footnote-238-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-2\">Voir \u00e0 ce sujet Cottereau (1969). <a href=\"#return-footnote-238-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-3\">Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une urbanisation exclusivement port\u00e9e par les peuples africains, mais d\u2019un processus r\u00e9pondant \u00e0 double logique\u00a0: la logique mercantiliste propre aux peuples africains dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et la logique imp\u00e9rialiste et conqu\u00e9rante des anciennes m\u00e9tropoles. <a href=\"#return-footnote-238-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-4\">Exception faite du Maghreb <a href=\"#return-footnote-238-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-5\">N\u00e9 le 08 mai 1828 \u00e0 Gen\u00e8ve et mort le 30 octobre 1910 \u00e0 Heiden. Homme d\u2019affaire et humaniste suisse qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le cr\u00e9ateur du mouvement de la croix rouge. <a href=\"#return-footnote-238-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-6\">La particularit\u00e9 de la Croix Rouge est qu\u2019elle soit un organisme permanent ind\u00e9pendant des gouvernements. <a href=\"#return-footnote-238-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-7\">Rapport 2020 de l\u2019Institut National de la Statistiques, des Etudes Economiques et D\u00e9mographiques (INSEED) <a href=\"#return-footnote-238-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-8\">Sur la question du risque comme \u00e9l\u00e9ment structurant et socialisant voir Beck (2008). <a href=\"#return-footnote-238-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-238-9\">Selon les donn\u00e9es quantitatives du HCR, on d\u00e9nombre depuis l\u2019ann\u00e9e 2007, un peu plus de 233100 r\u00e9fugi\u00e9s soudanais dans l\u2019est du Tchad, regroup\u00e9s dans 10 camps implant\u00e9s en milieu sah\u00e9lien. A ce jour, ce chiffre est sans doute revu \u00e0 la hausse si l\u2019on consid\u00e8re que les ann\u00e9es qui ont suivies, plusieurs affrontements ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 au Soudan. <a href=\"#return-footnote-238-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":2,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["yvan-hyannick-obah","loic-bertrand-biango-nyama","marie-therese-mengue"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[100,101,99],"license":[],"class_list":["post-238","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-action-humanitaire","motscles-conflit","motscles-tchad","motscles-urbanisation","motscles-ville","keywords-burkina-faso","keywords-chad","keywords-city","keywords-conflict","keywords-humanitarian-action","keywords-urbanisation","contributor-loic-bertrand-biango-nyama","contributor-marie-therese-mengue","contributor-yvan-hyannick-obah"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/238","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/238\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":567,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/238\/revisions\/567"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/238\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=238"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=238"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=238"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=238"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}