{"id":260,"date":"2021-10-26T19:54:10","date_gmt":"2021-10-26T17:54:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/?post_type=chapter&#038;p=260"},"modified":"2022-05-22T17:47:14","modified_gmt":"2022-05-22T15:47:14","slug":"nnde2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/texte\/nnde2021\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019accueil force la transition : migrations, ins\u00e9curit\u00e9s et transformation urbaine \u00e0 Garoua Boula\u00ef"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une ville qui conna\u00eet l\u2019afflux de migrants engage presque automatiquement un processus de transformation, laquelle peut \u00eatre passive ou active.\u00a0En entra\u00eenant des \u00e9volutions en termes d\u2019accroissement d\u00e9mographique, de d\u00e9veloppement des territoires (accroissement des superficies dans certains cas), les migrations, surtout d\u2019urgence, se posent \u00e0 la ville en \u00ab\u00a0enfon\u00e7ant\u00a0\u00bb ses portes pour lui imposer une transition.\u00a0Selon Jean-Fabien Steck, \u00ab\u00a0la transition urbaine est un passage par \u00e9tapes\u00a0\u00bb (2006, p.\u00a03).\u00a0Pour lui, discuter de la transition urbaine, c\u2019est consid\u00e9rer quelques approches\u00a0: le d\u00e9veloppement d\u00e9mographique, l\u2019approche par les lieux et l\u2019approche par le questionnement sur le statut de citadin (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a04).\u00a0Pour l\u2019occasion, nous ajouterons une approche par les dynamiques d\u2019appropriation et de transformation des espaces qui concourent \u00e0 transformer la ville dans son ensemble.\u00a0La transition urbaine peut prendre une coloration particuli\u00e8re lorsque des questions de s\u00e9curit\u00e9 se posent.\u00a0On ne saurait parler de transition, sans \u00e9voquer une phase de bouleversement, de \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb invitant \u00e0 un changement.\u00a0Le processus de changement, tr\u00e8s souvent, na\u00eet de la capitalisation des exp\u00e9riences et de la capacit\u00e9 de la gouvernance urbaine \u00e0 initier un passage, une transition.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous souhaitons, pour le pr\u00e9sent article, interroger les effets de migrations d\u2019ordre humanitaire sur le d\u00e9veloppement des villes frontali\u00e8res camerounaises.\u00a0Nous questionnons particuli\u00e8rement celles qui surviennent \u00e0 l\u2019occasion des conflits dans les pays voisins, notamment en R\u00e9publique centrafricaine ou au Nig\u00e9ria.\u00a0Notre objectif est de comprendre les dynamiques d\u2019insertion dans les villes, ainsi que les manifestations qui en r\u00e9sultent.\u00a0Des villes telles que Garoua Boula\u00ef, Meiganga, Bertoua ou m\u00eame Maroua qui accueillent des populations en d\u00e9tresse depuis plusieurs ann\u00e9es, se sont transform\u00e9es, ont d\u00fb adopter de nouvelles dynamiques, de nouveaux mod\u00e8les de gestion, ont d\u00fb accorder un haut niveau de consid\u00e9ration \u00e0 l\u2019aspect s\u00e9curitaire.\u00a0Nous accordons une attention particuli\u00e8re \u00e0 la ville de Garoua Boula\u00ef dans ses aspects s\u00e9curitaires.\u00a0Elle est situ\u00e9e dans l\u2019Est du pays, \u00e0 la lisi\u00e8re frontali\u00e8re entre la R\u00e9publique centrafricaine et le Cameroun.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9curit\u00e9 repr\u00e9sente, parmi les ph\u00e9nom\u00e8nes urbains, une r\u00e9alit\u00e9 qui influence l\u2019organisation de la vie communautaire et individuelle.\u00a0Tant la s\u00e9curit\u00e9 a des liens \u00e9troits avec la vie sociale, que son corollaire l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 a des relations avec les perceptions que les individus ont de leur environnement de vie.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9, c\u2019est l\u2019absence de s\u00e9curit\u00e9.\u00a0C\u2019est l\u2019inconfort v\u00e9cu par les individus.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est habituellement reli\u00e9e \u00e0 la violence, \u00e0 l\u2019agression physique ou mentale de la personne, aux cambriolages ou aux vols.\u00a0C\u2019est une situation dans laquelle l\u2019on craint pour sa personne et ses biens.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 peut \u00eatre physique et concerner directement les conditions mat\u00e9rielles de l\u2019Homme.\u00a0Elle peut aussi d\u00e9passer le cadre de la mati\u00e8re et toucher le domaine psychologique et la sph\u00e8re des repr\u00e9sentations.\u00a0Elle peut embrasser un champ beaucoup plus large et concerner toute situation d\u2019incoh\u00e9rence entre les conceptions psychologiques d\u2019un \u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 apparente.\u00a0D\u00e8s lors, la notion d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 comprendrait des aspects qui, au pr\u00e9alable, n\u2019ont aucun lien avec la menace ou la violence.\u00a0La crainte d\u2019une telle r\u00e9flexion serait de rendre la notion trop englobante et de diluer l\u2019essence m\u00eame de ce qui constitue l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Dans la mesure o\u00f9 elle renverrait finalement \u00e0 des repr\u00e9sentations singuli\u00e8res, le ph\u00e9nom\u00e8ne en lui-m\u00eame ne renseignerait plus sur les exp\u00e9riences des groupes, n\u2019importe quel malaise serait interpr\u00e9t\u00e9 comme de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Pourtant, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ne repr\u00e9sente pas seulement une situation, mais aussi un v\u00e9cu, une exp\u00e9rience et une vision du monde.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La vision du monde est la repr\u00e9sentation ou la construction mentale des significations que les individus accordent \u00e0 l\u2019espace, aux lieux, aux symboles de la ville (pour ce qui nous concerne) en rapport avec leur histoire.\u00a0Dans la plupart des cas, l\u2019accueil des populations migrantes - et plus pr\u00e9cis\u00e9ment des populations r\u00e9fugi\u00e9es - a toujours soulev\u00e9 des probl\u00e9matiques s\u00e9curitaires.\u00a0\u00c0 Garoua Boula\u00ef, on a not\u00e9 une recrudescence de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ou m\u00eame la survenance de certains types d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui n\u2019existaient pas dans la r\u00e9gion.\u00a0R\u00e9pondre \u00e0 la menace tout en gardant son hospitalit\u00e9 repr\u00e9sente un r\u00e9el d\u00e9fi pour les villes en pareille situation.\u00a0Les villes refuges, qui tr\u00e8s souvent \u00e0 la longue, abandonnent leur caract\u00e8re transitoire (\u00e9tape pour les populations r\u00e9fugi\u00e9es) pour s\u2019installer dans la permanence, forcent la transition urbaine.\u00a0La ville devra s\u2019organiser pour faire avec ses nouvelles populations, sa nouvelle r\u00e9alit\u00e9.\u00a0D\u00e8s lors, comment se manifeste la transition urbaine dans un contexte d\u2019accueil de populations r\u00e9fugi\u00e9es eu \u00e9gard aux probl\u00e9matiques de s\u00e9curit\u00e9? Poser une telle question, c\u2019est s'appesantir sur les manifestations des ins\u00e9curit\u00e9s, les r\u00e9ponses et les dynamiques de transformations sociales et spatiales.\u00a0Cet article puise ses sources dans diff\u00e9rentes enqu\u00eates de terrain men\u00e9es entre 2016 et 2017 \u00e0 Garoua Boula\u00ef et \u00e0 Gado Badzer\u00e9 (site de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s) \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une recherche postdoctorale.\u00a0En plus d\u2019observations, des entretiens semi-directifs avaient \u00e9t\u00e9 men\u00e9s ainsi que des groupes de discussion rassemblant non seulement des acteurs humanitaires (organisations internationales humanitaires), mais aussi des populations r\u00e9fugi\u00e9es organis\u00e9es en associations ou comit\u00e9s, selon l\u2019expression locale.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les villes en situation d\u2019accueil<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les dispositifs d\u2019accueil dans les villes africaines pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques de pr\u00e9carit\u00e9 que l\u2019on reconna\u00eet tr\u00e8s souvent aux infrastructures urbaines qui n\u2019ont pas beaucoup chang\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es.\u00a0Les villes sont convoit\u00e9es par les migrants en raison de leur s\u00e9curit\u00e9, de leurs potentialit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales ou m\u00eame des structures de sant\u00e9 (emploi, soins hospitaliers, s\u00e9curit\u00e9 physique, logement).\u00a0Cependant, lorsque le flux de migration devient important, les dispositifs d\u2019accueil ne sont pas toujours \u00e0 la hauteur pour g\u00e9rer les grosses vagues de migrants.\u00a0Pour un auteur comme Mehdi Lahlou (2002), les facteurs de croissance d\u00e9mographique ne jouent pas en faveur des populations africaines qui affichent, entre 1995 et 2000, un taux de natalit\u00e9 de 38%[footnote]Ce taux est bien plus \u00e9lev\u00e9 aujourd\u2019hui.[\/footnote], bien sup\u00e9rieur aux populations des autres continents.\u00a0\u00c0 cela, s\u2019ajoutent des affections telles que le paludisme ou le SIDA qui touchent des millions de personnes. Les villes absorbent une masse importante de pauvres et par cons\u00e9quent, elles n\u2019offrent pas un cadre d\u2019accueil de nature \u00e0 faciliter l\u2019insertion dans le tissu \u00e9conomique.\u00a0Antoine observait d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 90 que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9quipements et les emplois ne suivent pas le rythme de la croissance d\u00e9mographique. La ville africaine est d\u00e9voreuse d\u2019espace, et au fur et \u00e0 mesure de son extension, les charges des diff\u00e9rents \u00e9quipements urbains deviennent \u00e9lev\u00e9es du fait de la longueur des r\u00e9seaux : alimentation en eau, assainissement, transports\u2026 En Afrique subsaharienne, le ph\u00e9nom\u00e8ne urbain constitue une pr\u00e9occupation majeure, car la croissance d\u00e9mographique rapide des villes s'est faite sans rapport avec le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s de production \u00e9conomique (Antoine, 1990, p. 3).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les villes africaines pr\u00e9sentent depuis les ind\u00e9pendances un certain nombre de difficult\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de leur population.\u00a0Ces difficult\u00e9s se manifestent dans les pratiques quotidiennes des populations urbaines.\u00a0Jean-Marc Ela (1983) d\u00e9crit la ville africaine comme un univers de la d\u00e9brouille et de la pr\u00e9carit\u00e9.\u00a0En \u00e9tudiant la quotidiennet\u00e9, il analyse la vie urbaine comme un ensemble d\u2019interactions mises en lumi\u00e8re dans ses faits ordinaires charg\u00e9s de violence, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle et de crise de subsistance (Yao Assogba, 2017).\u00a0En commentant Jean-Marc Ela, Yao Assogba part du constat que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">des contraintes structurelles, en l\u2019occurrence la faillite et l\u2019\u00e9puisement du mod\u00e8le n\u00e9ocolonial de croissance et de d\u00e9veloppement, les processus d\u2019exclusion des individus, des groupes ou des r\u00e9gions des r\u00e9seaux officiels d\u2019accumulation, le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9conomie de pr\u00e9dation \u00bb, la mainmise des soci\u00e9t\u00e9s multinationales sur d\u2019importantes ressources naturelles, les PAS, etc.\u00a0ont produit des contextes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle et de crise de subsistance qui repr\u00e9sentent des situations favorables \u00e0 l\u2019explosion des conflits et de diff\u00e9rentes formes de violence \u2026 (Yao Assogba, 2017, p.\u00a056).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La ville est d\u00e9crite par la rue et ses symboliques du quotidien.\u00a0Les citadins, surtout ceux d\u2019en bas, subsistent \u00e0 travers une \u00e9conomie de la d\u00e9brouille caract\u00e9ris\u00e9e par la pr\u00e9dominance d\u2019activit\u00e9s informelles.\u00a0Il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0lieu o\u00f9 se d\u00e9ploie un imaginaire de survie dont l\u2019enjeu est le pouvoir\u00a0\u00bb (Yao Assogba, <em>ibid.<\/em>).\u00a0La survenance de migrants pose donc des probl\u00e8mes suppl\u00e9mentaires.\u00a0Les infrastructures ne sont pas commodes ni adapt\u00e9es lorsqu\u2019elles existent pour favoriser l\u2019accueil des nouveaux arrivants (Locoh, 1989).\u00a0Pour Locoh (1989) les familles peuvent jouer un r\u00f4le essentiel dans l\u2019accueil des migrants.\u00a0En effet, dans le cadre des solidarit\u00e9s traditionnelles, le devoir d\u2019hospitalit\u00e9\u00a0est un puissant stimulant de la migration (Descloitres, 1972).\u00a0Les membres qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la famille dans les villes peuvent donc \u00ab\u00a0encourager\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d\u00e9clencher\u00a0\u00bb la d\u00e9cision de migrer.\u00a0Ceux-ci vont jouer le r\u00f4le de structures d\u2019h\u00e9bergement (souvent temporaires), de facilitateurs dans la recherche d\u2019emploi ou de d\u00e9veloppement d\u2019activit\u00e9s commerciales et parfois informelles.\u00a0Les familles vont enfin jouer un r\u00f4le de contr\u00f4le social (dans la disposition du revenu et la nuptialit\u00e9) qui est moindre que celui des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles d\u2019origine, compte tenu des exigences propres aux dynamiques urbaines.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avec Locoh (<em>ibid.<\/em>), on est en face d\u2019une forme particuli\u00e8re d\u2019accueil \u00e0 travers les solidarit\u00e9s o\u00f9 les arrivants sont accueillis et introduits dans les circuits urbains.\u00a0Tr\u00e8s souvent, la raret\u00e9 de l\u2019emploi les pousse \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans les activit\u00e9s informelles.\u00a0C\u2019est ce que Sally E.\u00a0Findley (1989) rapporte dans son \u00e9tude des migrations f\u00e9minines o\u00f9 les femmes qui migrent ont g\u00e9n\u00e9ralement un taux de scolarisation bas et sont par le fait m\u00eame, inaptes \u00e0 occuper un emploi dans le circuit formel\u00a0: elles vont exercer des emplois informels et de service (travail de domestique).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La raret\u00e9 de l\u2019emploi conduit tr\u00e8s souvent \u00e0 des conditions de vie mis\u00e9rables.\u00a0C\u2019est le sens des propos de Mehdi Lahlou et Claire Escoffier.\u00a0Dans leur travail sur les itin\u00e9raires des migrants subsahariens au Maroc en attente de franchir la mer pour gagner l\u2019Espagne et largement l\u2019Occident, ils rel\u00e8vent que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">les migrants habitent g\u00e9n\u00e9ralement dans les quartiers populaires \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville de Rabat. Quatre \u00e0 six personnes vivent dans une pi\u00e8ce commune lou\u00e9e \u00e0 des particuliers, dans des conditions de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame : quelques matelas par terre, des ustensiles de cuisine, quelques habits\u2026 De nombreux migrants, qui ont tent\u00e9 leur chance vers Ceuta et ont \u00e9chou\u00e9, se retrouvent sans ressources et dorment parfois dans la rue (2002, pp. 27-28).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En dehors de l\u2019emploi et du logement, l\u2019\u00e9cole ou l\u2019\u00e9ducation repr\u00e9sente un autre objectif de migration et par le fait m\u00eame, une structure d\u2019int\u00e9gration dans la ville.\u00a0Younes Lfatmi (2017) a examin\u00e9 l\u2019acc\u00e8s des enfants r\u00e9fugi\u00e9s syriens \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 Rabat (Maroc).\u00a0Il en ressort que les r\u00e8gles l\u00e9gales en mati\u00e8re de droit d\u2019asile \u00e9tant en cours d\u2019\u00e9laboration suivant l\u2019adh\u00e9sion du pays \u00e0 la convention de Gen\u00e8ve de 1951, la gestion des r\u00e9fugi\u00e9s se fait de mani\u00e8re transitoire et provisoire.\u00a0Ayant ainsi une condition l\u00e9gale transitoire, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation pour les enfants peut tr\u00e8s bien consacrer l\u2019int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil.\u00a0L\u2019\u00c9tat, en affermissant le droit \u00e0 la scolarisation, octroie un statut l\u00e9gitime qui concourt \u00e0 dissiper le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui plane.\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9gration des enfants syriens dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers l\u2019\u00e9cole publique serait effectivement un moyen d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019adaptation de leurs parents\/famille, en leur donnant les moyens de g\u00e9rer le rapport \u00e0 leur nouvelle situation\u00a0\u00bb (Younes Lfatmi, 2017, p.\u00a021).\u00a0Il faut, dans ce cas de figure, la contribution significative de la Fondation Orient-Occident \u2013 FOO, une organisation \u00e0 but non lucratif bas\u00e9e principalement \u00e0 Rabat, partenaire du HCR et mandat\u00e9e pour la gestion des affaires des r\u00e9fugi\u00e9s sur plusieurs plans (accueil, logement, \u00e9ducation).\u00a0Cela fait du cas des r\u00e9fugi\u00e9s syriens une situation des plus \u00ab\u00a0envieuses\u00a0\u00bb quand on sait que les migrants de tout pays n\u2019ont pas forc\u00e9ment droit \u00e0 ces avantages ou facilitations en vue de s\u2019int\u00e9grer dans les villes d\u2019accueil.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On peut discuter des villes d\u2019accueil en Afrique subsaharienne en posant avec Marianne Morange et Amandine Spire (2019, p.\u00a06) la table du droit \u00e0 la ville, non seulement dans sa conception primaire propre \u00e0 Henri Lefebvre (1968), mais aussi \u00e0 travers une approche par hybridation du droit \u00e0 la ville qui sugg\u00e8re une articulation entre citoyennet\u00e9 et citadinit\u00e9, de sorte qu\u2019une correspondance soit \u00e9tablie entre les droits citoyens et les droits de l\u2019habitant.\u00a0Le droit \u00e0 la ville a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9, dans certains travaux, aux droits humains (Z\u00e9rah <em>et al.<\/em>, 2011) afin qu\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de droits humains \u2013 les droits urbains \u2013 se synchronise aux droits humains, \u00e9conomiques ou politiques dans le sens d\u2019une lutte contre la pauvret\u00e9 et les in\u00e9galit\u00e9s urbaines (Susan Parnell et Edgar Pieterse, 2010; Attoh, 2011).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Sud, la notion de droit \u00e0 la ville r\u00e9sonne directement avec la question des besoins \u00e9l\u00e9mentaires et de l\u2019acc\u00e8s aux services et au logement, un d\u00e9fi rendu encore plus urgent et ardu par les rythmes de croissance urbaine.\u00a0Cette lecture a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du terme de droit.\u00a0Il s\u2019ins\u00e8re bien dans le langage onusien et dans la rh\u00e9torique des droits de l\u2019Homme (Marianne Morange et Amandine Spire, 2019, p. 8).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, en r\u00e9affirmant la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et en d\u00e9politisant la notion du droit \u00e0 la ville, l\u2019ONU a, lors du sommet Habitat III de Quito en 2016, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mettre de l\u2019avant l\u2019expression ville inclusive\u00a0: \u00ab cities for all \u00bb.\u00a0Malgr\u00e9 la complexit\u00e9 de la notion, il faut dire que l\u2019ambition est de travailler sur une vision de la ville, en tant que projet int\u00e9grateur et facilitateur, qui garantirait aux habitant\u00b7e\u00b7s, les possibilit\u00e9s (choix) de cr\u00e9er des espaces, de produire la ville.\u00a0C\u2019est en effet ces formes de possibilit\u00e9s qu\u2019on attribue \u00e0 la ville accueil ou \u00ab\u00a0ville refuge\u00a0\u00bb pour utiliser une expression ch\u00e8re \u00e0 Cyrille Hanappe\u00a0\u00a0 (2020), de mani\u00e8re \u00e0 servir pour les \u00e9ventuels migrants, de coussins permettant d\u2019amortir les chocs li\u00e9s aux migrations humanitaires ou d\u2019urgence (pour des causes de guerres, conflits ou catastrophes naturelles).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on retient que le travail et le logement sont les deux \u00e9tapes majeures de l\u2019insertion \u00e9conomique des nouveaux migrants (Ou\u00e9draogo, 1987)[footnote]\u00c0 partir du cas burkinab\u00e8.[\/footnote], on pourrait comprendre que les migrants n\u2019ayant pas pu s\u2019ins\u00e9rer \u00e9conomiquement dans le circuit urbain sont aux portes de la d\u00e9linquance.\u00a0En constituant un groupe vuln\u00e9rable, cons\u00e9quence d\u2019une insuffisance ou d\u2019une absence de structures d\u2019accueil ad\u00e9quates, cette cat\u00e9gorie peut tr\u00e8s vite devenir dangereuse, s\u2019ouvrir \u00e0 la violence et devenir actrice d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout compte fait, la cat\u00e9gorie de migration qui nous pr\u00e9occupe est celle des migrations d\u2019urgence.\u00a0Elle met en sc\u00e8ne les populations migrantes, parties principalement de la R\u00e9publique centrafricaine \u00e0 la recherche d\u2019un refuge au Cameroun, notamment \u00e0 Garoua Boula\u00ef, une ville qui accueille plusieurs de ces r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Manifestation des ins\u00e9curit\u00e9s<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avant d\u2019aborder les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, il est judicieux de pr\u00e9senter l\u2019environnement urbain qui pr\u00e9vaut au moment de l\u2019arriv\u00e9e des populations r\u00e9fugi\u00e9es. Les \u00e9quipements, infrastructures et services urbains disponibles au d\u00e9but de l\u2019accueil et m\u00eame longtemps apr\u00e8s ne sont pas de nature \u00e0 offrir des possibilit\u00e9s d\u2019accueil appropri\u00e9es. On comprendra plus loin l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les interventions - d\u2019urgence - des organisations internationales et humanitaires devant le volume sans cesse grandissant des migrant\u00b7e\u00b7s tra\u00eenant tr\u00e8s souvent avec eux des affections; et de l\u2019arm\u00e9e pour r\u00e9pondre au d\u00e9veloppement des ins\u00e9curit\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Garoua Boula\u00ef, un morceau de ville\u00a0: structures rudimentaires, afflux importants de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et manifestation des ins\u00e9curit\u00e9s<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019issue des travaux men\u00e9s aupr\u00e8s des populations centrafricaines dans l\u2019Est du Cameroun, nous relevions que le statut des r\u00e9fugi\u00e9s est une situation transitoire assez d\u00e9licate pour les migrant\u00b7e\u00b7s qui leur conf\u00e8re une fragilit\u00e9 et une existence provisoires. Cette \u00e9tape \u00e9prouvante psychologiquement et m\u00eame physiquement, soulevait et soul\u00e8ve encore une question pr\u00e9gnante : la s\u00e9curit\u00e9 des personnes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Garoua Boula\u00ef est une commune de la r\u00e9gion de l\u2019Est du Cameroun qui couvre une superficie d\u2019environ 2125 km2 avec une population estim\u00e9e \u00e0 55000 habitants[footnote]http:\/\/www.cvuc-uccc.com\/national\/index.php\/fr\/carte-communale\/region-de-lest\/123 association\/carte-administrative\/est\/lom-et-djerem\/492-garoua-Boula\u00ef[\/footnote], d\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es du syst\u00e8me d\u2019information sanitaire de 2010.\u00a0Avant de parler d\u2019accueil des populations r\u00e9fugi\u00e9es, il faut souligner que cette petite ville a une activit\u00e9 \u00e9conomique bas\u00e9e sur l\u2019agriculture.\u00a0La culture des produits vivriers est principalement tourn\u00e9e vers la consommation et la commercialisation locale.\u00a0La proximit\u00e9 avec la R\u00e9publique centrafricaine aide \u00e0 approvisionner le march\u00e9 local en b\u00e9tail.\u00a0Par ailleurs, les richesses du sous-sol favorisent une exploitation mini\u00e8re rudimentaire qui rend le travail p\u00e9nible et peu rentable.\u00a0L\u2019exploitation des mines d\u2019or draine les populations vers des chantiers d\u2019or permanents.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En mati\u00e8re d\u2019infrastructures, la ville compte un h\u00f4pital et quelques \u00e9tablissements scolaires. En mati\u00e8re hydraulique, l\u2019eau n\u2019est que tr\u00e8s peu desservie par la compagnie d\u2019eau nationale (CDE[footnote]Camerounaise des Eaux.[\/footnote]), mais davantage par des forages priv\u00e9s, des puits et des sources non am\u00e9nag\u00e9es. Il existe un r\u00e9seau d\u2019\u00e9lectrification fourni par la compagnie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ENEO, tr\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 une portion de la ville et dont l\u2019alimentation est interrompue quotidiennement \u00e0 cause des d\u00e9lestages programm\u00e9s. Une grande partie des quartiers et des villages environnants ne sont pas desservis. Les populations se servent tr\u00e8s souvent des lampes \u00e0 \u00e9nergie solaire pour l\u2019\u00e9clairage domestique et lorsque la n\u00e9cessit\u00e9 s\u2019impose, les commer\u00e7ants se servent de groupe \u00e9lectrog\u00e8ne pour alimenter les appareils et machines en \u00e9lectricit\u00e9. Avant le r\u00e9cent conflit centrafricain qui a favoris\u00e9 l\u2019afflux le plus important de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et l\u2019incursion de bandes arm\u00e9es dans la r\u00e9gion, Garoua Boula\u00ef \u00e9tait essentiellement reconnue comme une ville de transit vers le Grand Nord, le Grand Sud et la RCA[footnote]R\u00e9publique Centrafricaine.[\/footnote]. La ville disposait donc de tr\u00e8s peu de dispositifs pour accueillir une quantit\u00e9 importante de populations. Les tout premier\u00b7e\u00b7s arrivant\u00b7e\u00b7s se trouvaient des espaces de fortunes dans des conditions de salubrit\u00e9 ex\u00e9crables. Les premiers espaces am\u00e9nag\u00e9s pour l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e9taient situ\u00e9s sur des terrains improvis\u00e9s au centre-ville o\u00f9 des esp\u00e8ces de tentes d\u2019urgence \u00e9taient \u00e9rig\u00e9es. Les vieux bureaux de la sous-pr\u00e9fecture ont, pendant quelque temps, servi de bureau de r\u00e9ception et d\u2019enregistrement des migrant\u00b7e\u00b7s (image 1[footnote]Cr\u00e9dit photo : https:\/\/www.dw.com\/fr\/le-calvaire-des-r\u00e9fugi\u00e9s-centrafricains-au-cameroun\/a-56281996[\/footnote]), en m\u00eame temps de logis provisoire pour certains d\u2019entre eux et elles (image 2[footnote]Cr\u00e9dit photo : https:\/\/www.thenewhumanitarian.org\/fr\/reportage\/2014\/03\/12\/le-cameroun-confronte-un-afflux-important-de-refugies-centrafricains[\/footnote]).<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_261\" align=\"aligncenter\" width=\"838\"]<img class=\"wp-image-261 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12.jpg\" alt=\"\" width=\"838\" height=\"264\" \/> Image 1. Logis et poste provisoires d'enregistrement\u00a0 \/\u00a0\u00a0\u00a0 Image 2. Espace de fortune en attendant la prise en charge[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">La crise qui a d\u00e9but\u00e9 en 2013 en RCA a forc\u00e9 des milliers de personnes \u00e0 chercher refuge dans les pays voisins, dont le Cameroun.\u00a0En accueillant d\u2019importantes quantit\u00e9s de populations, les villes d\u2019accueil ne sont pas non plus exemptes d\u2019incursions de bandes arm\u00e9es venues du pays en crise.\u00a0La population grandissante des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, qui passe la fronti\u00e8re camerounaise pour y trouver abris et secours, a forc\u00e9 l\u2019intervention non seulement du gouvernement, mais \u00e9galement du HCR[footnote]Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s.[\/footnote] et de nombreuses organisations non gouvernementales nationales et internationales.\u00a0Des installations et commodit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 construites dans certains villages \u00e0 proximit\u00e9 de la ville pour canaliser la grande population que Garoua Boula\u00ef ne pouvait accueillir.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chaque jour, il y a de nouvelles arriv\u00e9es \u00e0 Garoua-Boula\u00ef et dans les 12 autres points d\u2019entr\u00e9e au Cameroun dans les r\u00e9gions de l\u2019Est et de l\u2019Adamaoua, soit entre 4\u00a0000 et 5\u00a0000 personnes par semaine, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR).\u00a0Au total, le Cameroun abrite d\u00e9sormais plus de 130\u00a0000 personnes ayant fui les violences en Centrafrique.\u00a0\u00c0 Garoua-Boula\u00ef, des milliers d\u2019entre elles dorment \u00e0 la belle \u00e9toile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un site cr\u00e9\u00e9 dans l\u2019urgence par les autorit\u00e9s locales et le HCR (<em>Jeune <\/em><em>\u00a0<\/em>\u00a0<em>Afrique<\/em>, 14 mars, 2014)[footnote]https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/, consult\u00e9 le 6 ao\u00fbt 2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a005.[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Certains t\u00e9moignages recueillis sont r\u00e9v\u00e9lateurs des difficult\u00e9s, pour le pays ainsi que pour la ville, \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019accueil et \u00e0 offrir des structures \u00e9l\u00e9mentaires pour servir de refuge aux populations en d\u00e9tresse.\u00a0Dans l\u2019urgence, en attendant de viabiliser plusieurs sites dans les villages environnants, plus d\u2019une centaine de tentes sont construites \u00e0 Garoua Boula\u00ef.\u00a0Le manque ou l\u2019insuffisance de points d\u2019eau et de latrines faisait d\u00e9j\u00e0 craindre un risque d\u2019\u00e9pid\u00e9mie.\u00a0Le rapport\u00a0\u00a0 de M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res paru le 14 f\u00e9vrier 2014 faisait \u00e9galement \u00e9tat des difficult\u00e9s, des d\u00e9bordements pour les camps de transit \u00e9rig\u00e9s, notamment \u00e0 Garoua Boula\u00ef[footnote]https:\/\/www.msf.fr\/actualites\/refugies-centrafricains-au-cameroun-ils-sont-tres-affaiblis-mais-ils-sont-surtout-traumatises, consult\u00e9 le 06-08-2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a031.[\/footnote] et m\u00eame des probl\u00e8mes d\u2019ordre s\u00e9curitaire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les d\u00e9buts de la r\u00e9ponse humanitaire, d\u2019importants probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 se sont pos\u00e9s.\u00a0Ils \u00e9taient particuli\u00e8rement dus \u00e0 l\u2019incursion des bandes arm\u00e9es poursuivant le conflit de la Centrafrique vers le Cameroun\u00a0et \u00e0 des comportements d\u00e9linquants des nouveaux et nouvelles arrivant\u00b7e\u00b7s.\u00a0Les populations d\u2019accueil d\u00e9couvraient alors non seulement une augmentation des cas de violence, mais \u00e9galement des types d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui se renouvellent[footnote]Notamment les enl\u00e8vements, les infanticides, les viols, etc.[\/footnote] suivant la situation s\u00e9curitaire et politique de la R\u00e9publique centrafricaine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sence massive de bataillons de l\u2019arm\u00e9e camerounaise, des chars d\u2019assaut et de plusieurs dispositifs militaires indique que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 demeure pr\u00e9occupante pour les populations et les autorit\u00e9s publiques.\u00a0En plus de l\u2019incursion de bandes arm\u00e9es qui commettent des enl\u00e8vements, la pr\u00e9sence parmi les populations r\u00e9fugi\u00e9es de personnes arm\u00e9es causant des exactions aupr\u00e8s des populations h\u00f4tes fait na\u00eetre des tensions qui rendent difficile la cohabitation entre les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et ces populations.\u00a0D\u2019ailleurs, dans le quotidien en ligne Alwihda\u00a0\u00a0 Info dans sa parution du 5 juin 2014, on peut lire l\u2019\u00e9tat ambiant d\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La situation s\u00e9curitaire est devenue tr\u00e8s pr\u00e9occupante \u00e0 Garoua Boula\u00ef, o\u00f9 l\u2019on peut acheter une grenade \u00e0 200 FCFA et pistolet automatique (PA) \u00e0 10000 FCFA seulement. La ville \u00e9tant entour\u00e9e de rebelles, dans un affrontement sans merci entre les ex-Sel\u00e9ka et vainqueurs d\u2019hier (en majorit\u00e9 musulmans), et les anti-Balaka (essentiellement chr\u00e9tiens). Dans une psychose g\u00e9n\u00e9rale, la ville vit dans une menace permanente, pollu\u00e9e qu\u2019elle est d\u2019individus suspects\u2026 Les services de la Douane, souvent aux prises des assauts des rebelles, ont pratiquement c\u00e9d\u00e9 leur activit\u00e9 de surveillance \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, faute d'une logistique ad\u00e9quate. Et pendant que l\u2019on appr\u00eate le poste de combat ici, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, non loin d\u2019un char de l\u2019op\u00e9ration Sangaris, les rebelles restent en situation d\u2019attaque, avec des armes lourdes[footnote]https:\/\/www.alwihdainfo.com\/Garoua-Boula\u00ef-Le-traumatisme-des-populations_a11562.html, consult\u00e9 le 06-08-2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a031.[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, cette ville a connu des ins\u00e9curit\u00e9s bien avant la grosse vague de migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s des 10 derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00a0Les ins\u00e9curit\u00e9s transfrontali\u00e8res comprennent des enl\u00e8vements, des vols de b\u00e9tail, des violences et m\u00eame des meurtres.\u00a0En effet, la litt\u00e9rature sur l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 transfrontali\u00e8re dans toute la r\u00e9gion de l\u2019Est et du Grand Nord du Cameroun n\u2019est pas pauvre.\u00a0Les travaux d\u2019Ab\u00e9\u00a0\u00a0 (2003) sur les Zargina[footnote]Expression locale qui signifie coupeurs de route.[\/footnote] de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun en sont une illustration.\u00a0Dans la m\u00eame th\u00e9matique, Sa\u00efbou (2001\u00a0\u00a0) \u00e9tablissait l\u2019historicit\u00e9 de cette criminalit\u00e9 et la mobilisation des autorit\u00e9s traditionnelles pour la combattre.\u00a0Il montre comment l\u2019instabilit\u00e9 politique dans les pays frontaliers cr\u00e9e un contexte favorable au d\u00e9veloppement du banditisme transfrontalier.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ph\u00e9nom\u00e8ne polys\u00e9mique, le banditisme de grand chemin s\u2019est enrichi d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre abondante du fait de la prolif\u00e9ration des sans-emplois, d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre experte du fait de la prolif\u00e9ration de combattants anciens ou en activit\u00e9 et d\u2019une logistique cons\u00e9quente du fait de la prolif\u00e9ration des armes de guerre pass\u00e9es aux mains des populations dans un contexte de militarisation de l\u2019ethnie (Sa\u00efbou, 2006, p.\u00a0119).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s la r\u00e9action militaire gouvernementale de 2002 dont l\u2019objet \u00e9tait d\u2019\u00e9radiquer le grand banditisme dans les zones concern\u00e9es s\u2019en est suivie une accalmie.\u00a0Cependant, \u00ab\u00a0l\u2019une des constantes de l\u2019histoire du banditisme de grand chemin en Afrique subsaharienne, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 se reproduire, \u00e0 muter au gr\u00e9 des changements de la politique r\u00e9pressive de l\u2019\u00c9tat, et au gr\u00e9 de l\u2019apparition de nouvelles conjonctures criminog\u00e8nes, lesquelles diss\u00e9minent de nouveaux vecteurs de l\u2019agression et de nouveaux acteurs de la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0120).\u00a0Cette forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 transfrontali\u00e8re serait cyclique et suivrait la conjoncture politique et \u00e9conomique.\u00a0On notera par exemple avec Owono (2017) que le ph\u00e9nom\u00e8ne des coupeurs de route appara\u00eet au Cameroun dans les ann\u00e9es 1980.\u00a0Limit\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts dans le Nord, ce ph\u00e9nom\u00e8ne va se diss\u00e9miner dans l\u2019Est, l\u2019Ouest et le Centre.\u00a0Cette ins\u00e9curit\u00e9 est due \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance \u00e9conomique des populations Mbororo, peuples de pasteurs.\u00a0Dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 1980, ces derniers ont vu leur b\u00e9tail p\u00e9rir \u00e0 cause de s\u00e9cheresse qui a ravag\u00e9 tout le sahel africain, les obligeant ainsi \u00e0 pratiquer d\u2019autres activit\u00e9s de survie.\u00a0Minoritaires et consid\u00e9r\u00e9s comme des exclus sociaux, ils se livrent \u00e0 toutes sortes de vices.\u00a0Pour recr\u00e9er leurs cheptels, certains vont devenir des criminels (Sa\u00efbou, 2010; 2011).\u00a0C\u2019est donc la naissance du grand banditisme, des coupeurs de route ou <em>zargina<\/em> que m\u00eame le <em>Puulaku<\/em>[footnote]Code d\u2019honneur et de valeurs partag\u00e9 par les membres de la communaut\u00e9 qui oblige \u00e0 la biens\u00e9ance, au respect des lois, coutumes, au respect d\u2019autrui et de ses biens.[\/footnote] ou les lois du <em>diina<\/em>[footnote]Seignobos traduit cette expression par \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb.[\/footnote] ont du mal \u00e0 \u00e9radiquer (Seignobos, 2011).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Samuel Dawa\u00ef (2019), la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re serait la cause du retard du d\u00e9veloppement des r\u00e9gions frontali\u00e8res.\u00a0En \u00e9tudiant les immigrant\u00b7e\u00b7s tchadien\u00b7ne\u00b7s dans les villes de Ngaound\u00e9r\u00e9, Maroua et Garoua et la criminalit\u00e9 dont ils ou elles sont acteurs, on comprend que le nombre des migrant\u00b7e\u00b7s s\u2019agrandit en raison de l\u2019hospitalit\u00e9 des populations, de la stabilit\u00e9 politique dans leur pays d\u2019origine, de la porosit\u00e9 des fronti\u00e8res camerounaises et de l\u2019absence d\u2019une politique efficace de gestion des migrations (Dawa\u00ef, 2019, p.\u00a015).\u00a0Les chiffres de plus en plus \u00e9lev\u00e9s de migrant\u00b7e\u00b7s incarc\u00e9r\u00e9\u00b7e\u00b7s, les violences et le banditisme dans lesquels ils ou elles sont impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s t\u00e9moignent \u00e0 suffisance des cons\u00e9quences dans les villes d\u2019accueil\u00a0: une augmentation de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de la peur urbaines.\u00a0Au c\u0153ur du statut transitoire du r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e, les populations d\u2019accueil expriment le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Ces ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 se propagent dans le v\u00e9cu des populations r\u00e9fugi\u00e9es, dans leurs ressentis et dans leur nouvel environnement.\u00a0C\u2019est cela qui d\u00e9termine la qualit\u00e9 de leur accueil, de leur int\u00e9gration et de leurs rapports avec les populations h\u00f4tes.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Comprendre le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 chez les migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est un param\u00e8tre de compr\u00e9hension de l\u2019\u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9 dans un lieu.\u00a0Il s\u2019observe \u00e0 partir des repr\u00e9sentations individuelles et des rep\u00e8res psychologiques reli\u00e9s \u00e0 l\u2019environnement ou \u00e0 l\u2019espace de vie des populations migrantes (r\u00e9fugi\u00e9s) et les populations d\u2019accueil.\u00a0C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe qui traduirait une r\u00e9action de peur face \u00e0 la rupture d'un certain ordre social dont les signes les plus visibles sont la d\u00e9linquance, le vandalisme et toute une s\u00e9rie de comportements et d'attitudes tels que l'attroupement de jeunes dans certains lieux, les rixes sur la voie publique, les sc\u00e8nes de disputes familiales, l'ivresse, etc. G\u00e9n\u00e9ralement, le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 traduirait un ph\u00e9nom\u00e8ne de crainte, une sorte d'angoisse face \u00e0 la crise des modes de socialisation et de r\u00e9gulation sociale (Bonaf\u00e9\u00a0\u00a0-Schmitt, 1991, p.\u00a0177).\u00a0C\u2019est ce sentiment qu\u2019on retrouve chez les populations h\u00f4tes ou d\u2019accueil vis-\u00e0-vis des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et chez la plupart des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de la localit\u00e9 de Garoua Boula\u00ef qui, en rupture avec leur soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine et vivant dans des conditions de pr\u00e9carit\u00e9, expriment une difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans les communaut\u00e9s d\u2019accueil.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Chagui\u00a0\u00a0boff (1991), le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 exprime une difficult\u00e9 conceptuelle.\u00a0Diff\u00e9rent de l\u2019expression anglosaxonne <em>fear of crime<\/em>, le concept de sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9limine l'objet de la peur pour n'en retenir que le v\u00e9cu subjectif, une peur de tout\u00a0: d'\u00eatre victime, de ne pas ou plus ma\u00eetriser son environnement...\u00a0Ce sentiment appara\u00eet et se d\u00e9veloppe dans une situation per\u00e7ue comme potentiellement dangereuse et qui d\u00e9pend des facteurs environnementaux et bien d\u2019autres qui caract\u00e9risent l'exp\u00e9rience de celui qui per\u00e7oit.\u00a0L\u2019auteur opte pour une approche psychologique en relation avec les manifestations comportementales et les situations qui les provoquent, en insistant sur l'exp\u00e9rience personnelle du sujet.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 partir des populations urbaines amen\u00e9es \u00e0 cohabiter avec les migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, un type de sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est manifeste\u00a0: les repr\u00e9sentations de l\u2019\u00e9tranger.\u00a0Trois \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9terminants\u00a0: le risque d'\u00eatre la victime d'une agression provenant des migrant\u00b7e\u00b7s, la perception individuelle de ce risque et l'estimation de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 personnelle qui en d\u00e9coule (Moser et Lidvan, 1991).\u00a0Longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e9ponse individuelle et affective \u00e0 la criminalit\u00e9 ambiante, le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 entra\u00eene des restrictions comportementales et des mesures de pr\u00e9vention.\u00a0Cela s\u2019est manifest\u00e9 au niveau local par la mise en place des comit\u00e9s de vigilance, des organisations populaires qui choisissent de collaborer avec les forces publiques de s\u00e9curit\u00e9 (gendarmerie nationale, police et m\u00eame l\u2019arm\u00e9e).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Vu que certaines variables d\u00e9mographiques, sociales, comportementales et d'exposition aux m\u00e9dias n\u2019expliquent pas de fa\u00e7on optimale le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9, Moser et Lidvan (1991) se focalisent sur des d\u00e9terminants physiques et environnementaux.\u00a0Les villes grandissantes en sont particuli\u00e8rement concern\u00e9es.\u00a0La population nombreuse et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des habitant\u00b7e\u00b7s peuvent cr\u00e9er la crainte.\u00a0Les relations des habitant\u00b7e\u00b7s avec leur environnement imm\u00e9diat sont un param\u00e8tre d'observation de ce sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0L'incivilit\u00e9, les d\u00e9gradations de l'environnement, l'aspect n\u00e9glig\u00e9 ou d\u00e9labr\u00e9 peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme un d\u00e9clin de l'ordre social, selon qu'il existe une forte relation entre le degr\u00e9 d'incivilit\u00e9 per\u00e7u par les habitant\u00b7e\u00b7s d'un quartier donn\u00e9 et le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Moser\u00a0\u00a0 et Lidvan (1991) mettent en \u00e9vidence la repr\u00e9sentation de l'environnement \u00e0 partir de la grille de Kelly\u00a0\u00a0 (1955) qui soutient que tout individu utilise une s\u00e9rie de dimensions conceptuelles (qui servent \u00e0 qualifier et \u00e0 d\u00e9crire) pour structurer un domaine sp\u00e9cifique.\u00a0On peut dire que les \u00e9l\u00e9ments de l'ordre des sensations visuelles sont plus marquants que ceux de l\u2019ordre auditif.\u00a0Quelques \u00e9l\u00e9ments environnementaux peuvent \u00eatre retenus pour la grille\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">1) Pr\u00e9sence\/absence d\u2019autrui;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">2) Obscurit\u00e9\/clart\u00e9;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">3) Familiarit\u00e9\/\u00e9tranget\u00e9;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">4) Bruit\/Silence;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">5) Endroits ouverts ou non d\u00e9limit\u00e9s\/endroits clos ou d\u00e9limit\u00e9s;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">6) Salet\u00e9, d\u00e9labrement\/propret\u00e9;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">7) Absence de rep\u00e8res visuels, monotonie\/ espace vari\u00e9 \u00e0 taille humaine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce faire, un environnement agr\u00e9able est marqu\u00e9 par les caract\u00e9ristiques suivantes\u00a0: familier, lumineux, propre, d\u00e9gag\u00e9 et bien entretenu.\u00a0Il est associ\u00e9 \u00e0 une repr\u00e9sentation positive\u00a0: accueillant, s\u00e9curisant, donnant envie de rester.\u00a0La repr\u00e9sentation de l'environnement souhaitable est caract\u00e9ris\u00e9e par les attributs clair, vari\u00e9, propre, familier.\u00a0L'impression de s\u00e9curit\u00e9 ou d'ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l'environnement est donc essentiellement une impression visuelle dans laquelle le bruit n'a qu'une place secondaire.\u00a0Le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 a d\u00e8s lors un r\u00e9el caract\u00e8re subjectif et une relation apparemment irrationnelle avec le niveau objectif de criminalit\u00e9.\u00a0C\u2019est ce qui pourrait expliquer les tensions qui ont suivi entre les deux principaux groupes de populations en pr\u00e9sence.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Marginalisation et criminalisation<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les travaux effectu\u00e9s sur l\u2019environnement s\u00e9curitaire des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s du site de Gado Badzer\u00e9 et de la localit\u00e9 de Garoua Boula\u00ef (N\u2019nd\u00e9, 2018) rapportaient d\u00e9j\u00e0 les inqui\u00e9tudes manifest\u00e9es par les populations r\u00e9fugi\u00e9es de ne pas \u00eatre incluses dans le processus de leur propre gestion.\u00a0De plus, les incidents de s\u00e9curit\u00e9 li\u00e9s aux soul\u00e8vements dans les sites, aux enl\u00e8vements d\u2019enfants, aux assassinats, aux cambriolages ont fait d\u2019elles, paradoxalement, les principales actrices de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Le sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 v\u00e9cu par les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et davantage l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en elle-m\u00eame a un lien \u00e9troit avec leur marginalisation sociale.\u00a0Th\u00e9oriquement, la marginalisation comprend toute forme de stigmatisation ou de discrimination.\u00a0Le sentiment de marginalit\u00e9 peut faire l\u2019objet de plusieurs interpr\u00e9tations.\u00a0Il s\u2019agit ici de l\u2019impression d\u2019\u00eatre exclu des processus sociaux.\u00a0Certaines populations peuvent \u00eatre cat\u00e9goris\u00e9es et faire l\u2019objet de violence.\u00a0C\u2019est ce que d\u00e9montre Body-Gendrot\u00a0\u00a0 (2010) dans son \u00e9tude des banlieues fran\u00e7aises sur la stigmatisation des jeunes issus de l'immigration; ces derniers sont souvent vis\u00e9s en premier lors des op\u00e9rations de r\u00e9pression polici\u00e8re.\u00a0Cette auteure pose que les populations \u00e0 qui on attribue les actes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en sont tr\u00e8s souvent les victimes.\u00a0Elle est rejointe dans son d\u00e9veloppement par Guillaumin\u00a0\u00a0 (1994, p.\u00a0678) qui d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019une discrimination g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e envers les minorit\u00e9s, elles-m\u00eames victimes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Dans ce cas, la marginalisation peut se d\u00e9cliner en stigmatisation, en discrimination et en ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Il s\u2019agit d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 des populations discrimin\u00e9es ou d\u00e9favoris\u00e9es.\u00a0La criminalisation n\u2019\u00e9chappe pas non plus aux dynamiques qui affectent la ville.\u00a0C\u2019est un processus d\u2019accusation, d\u2019attribution de st\u00e9r\u00e9otypes criminels \u00e0 une cat\u00e9gorie de personnes, g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9favoris\u00e9es ou pauvres.\u00a0Pour Jane et Peter Schneider (2008), la construction de la cat\u00e9gorie criminelle traduit l\u2019attribution de caract\u00e9ristiques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 un groupe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la mesure o\u00f9 l\u2019afflux des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et leur d\u00e9sormais int\u00e9gration dans l\u2019espace urbain de Garoua Boula\u00ef ainsi que des localit\u00e9s environnantes correspond \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des nouvelles formes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sus-cit\u00e9es, les nouvelles menaces s\u2019observent \u00e0 partir des repr\u00e9sentations populaires \u00a0\u00a0vis-\u00e0-vis des migrant\u00b7e\u00b7s.\u00a0C\u2019est donc cette ins\u00e9curisante migration qui contribue syst\u00e9matiquement[footnote]Car on rencontrera des communaut\u00e9s, notamment de Gado Badzer\u00e9 qui affirment maintenir d\u2019excellents rapports avec les populations r\u00e9fugi\u00e9es.[\/footnote] \u00e0 ternir les rapports entre les communaut\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, on parle de la ville comme un espace qui, non seulement, se transforme, mais produit des marginalit\u00e9s.\u00a0Les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, par le fait m\u00eame de rechercher la paix et la s\u00e9curit\u00e9, se rendent victimes de marginalit\u00e9.\u00a0Cet \u00e9tat des choses n\u2019a fait que contribuer \u00e0 exacerber les d\u00e9s\u00e9quilibres que la ville de Garoua Boula\u00ef, \u00e0 travers ses instances politiques et administratives, s\u2019active \u00e0 rem\u00e9dier.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9ponses aux ins\u00e9curit\u00e9s<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quoique les populations, sous les formes d\u2019organisations vernaculaires, contribuent \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, nous allons nous attarder sur le d\u00e9ploiement de l\u2019arm\u00e9e. Sa pr\u00e9sence permanente modifie le paysage urbain.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Villes et transition urbaine s\u00e9curitaire\u00a0: gouverner les diff\u00e9rences<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9ponses apport\u00e9es par l\u2019administration publique, ainsi que les diff\u00e9rentes organisations non gouvernementales, associations ou organisations internationales aux diff\u00e9rentes vagues de migrations ont contribu\u00e9 \u00e0 transformer le visage de la ville de Garoua Boula\u00ef.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La pr\u00e9sence militaire (couvre-feu)<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La position g\u00e9ographique de Garoua Boula\u00ef fait d\u2019elle une ville frontali\u00e8re \u00e0 la R\u00e9publique centrafricaine qui partage plus de 1000 kilom\u00e8tres de fronti\u00e8re avec le Cameroun.\u00a0Depuis l\u2019\u00e9clatement des conflits en RCA, de nombreux gangs arm\u00e9s ont \u00e9tabli leurs bases dans l\u2019Est du Cameroun.\u00a0Face aux incursions de bandes arm\u00e9es venues du pays voisin, la mobilisation de l\u2019arm\u00e9e camerounaise, organis\u00e9e en diverses sections, a presque militaris\u00e9 la ville et les localit\u00e9s environnantes.\u00a0Passant g\u00e9n\u00e9ralement par des brousses qui jonchent la fronti\u00e8re mal ma\u00eetris\u00e9e par les autorit\u00e9s frontali\u00e8res du Cameroun, les groupes arm\u00e9s, qui appartiennent tr\u00e8s souvent aux ex-anti-Balaka, s\u00e8ment la terreur et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 aupr\u00e8s des populations (\u00e0 la fois les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et les populations d\u2019accueil) de la ville et constituent la raison d\u2019\u00eatre des dispositifs militaires dont le but est de renforcer la s\u00e9curit\u00e9 dans la r\u00e9gion.\u00a0En plus des contr\u00f4les mixtes de la police et de la gendarmerie, plusieurs bataillons de l\u2019arm\u00e9e camerounaise sont install\u00e9s\u00a0: le Bataillon d\u2019Infanterie Motoris\u00e9e (BIM) et le Bataillon d\u2019Intervention Rapide (BIR).\u00a0Un couvre-feu est institu\u00e9 \u00e0 23h, et ce, depuis 2014.\u00a0Les forces de maintien de l\u2019ordre observent une surveillance accrue des quartiers frontaliers avec la R\u00e9publique centrafricaine,\u00a0notamment Sabongari, Zoukound\u00e9, Sabal ville et Shell.\u00a0La militarisation de la ville est d\u2019autant plus importante que les risques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sont \u00e9lev\u00e9s.\u00a0C\u2019est dans cette logique que l\u2019arm\u00e9e camerounaise, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un raid sur Garoua Boula\u00ef, avait lib\u00e9r\u00e9 une douzaine d\u2019otages.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les informations relay\u00e9es par les m\u00e9dias sont assez \u00e9loquentes en la mati\u00e8re.\u00a0Cela s\u2019illustre par les propos d\u2019une animatrice sociale du PRODESV[footnote]Programme de D\u00e9veloppement \u00c9conomique et Social des Villes secondaires expos\u00e9es \u00e0 des facteurs d\u2019instabilit\u00e9.[\/footnote] \u00e0 la mairie de Garoua-Boula\u00ef\u00a0publi\u00e9s dans le journal <em>La nouvelle Expression<\/em>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a d\u00e9sormais beaucoup d\u2019\u00e9trangers et on ne sait pas toujours avec quelles intentions ils viennent.\u00a0Certains viennent pour chercher refuge, d\u2019autres arrivent avec de mauvaises intentions.\u00a0C\u2019est assez compliqu\u00e9.\u00a0Surtout avec le couvre-feu qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 nouveau institu\u00e9.\u00a0Et malgr\u00e9 cela, il y a quelques cas d\u2019agression.\u00a0\u00c7a fait vraiment peur.\u00a0De surcro\u00eet, il y a eu une fouille dans les quartiers pour chercher les armes il y a quelque temps.\u00a0On ne sait plus \u00e0 qui faire confiance, parce que dans la population il y a des gens qui ravitaillent les rebelles.\u00a0On est sur le qui-vive[footnote]Publi\u00e9 le 2 f\u00e9vrier 2021 par La Nouvelle Expression n\u00b0 5397.[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Plus r\u00e9cemment, l\u2019invalidation de la candidature de l\u2019ancien Pr\u00e9sident centrafricain Fran\u00e7ois Boziz\u00e9 au dernier scrutin pr\u00e9sidentiel a raviv\u00e9 les tensions.\u00a0Si on enregistre plusieurs dizaines de militaires centrafricains accueillis, d\u00e9sarm\u00e9s et r\u00e9fugi\u00e9s au Cameroun [footnote]Plus r\u00e9cemment 117 militaires centrafricains ont trouv\u00e9 refuge \u00e0 Garoua-Boula\u00ef apr\u00e8s une offensive de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC).[\/footnote]dans des camps militaires en attendant leur retour en Centrafrique, les autorit\u00e9s militaires camerounaises sont en permanente vigilance.\u00a0Dans certaines localit\u00e9s jonchant la route qui relie Garoua Boula\u00ef \u00e0 Bertoua, on peut apercevoir des campements militaires, en plus des patrouilles permanentes du BIM ou du BIR.\u00a0La ville conna\u00eet, comme jamais par le pass\u00e9, un changement auquel elle tend \u00e0 s\u2019adapter.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Dynamiques de transformations sociales et spatiales<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les dynamiques de transformations de la ville rel\u00e8vent \u00e0 la fois des populations et des organisations humanitaires.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Nouvelle dynamique \u00e9conomique, sociale et ins\u00e9curit\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les activit\u00e9s \u00e9conomiques qui \u00e9mergent donnent un aper\u00e7u des transformations de la ville.\u00a0La construction, plus prononc\u00e9e que par le pass\u00e9, d\u2019h\u00f4tels ou de bars renseigne sur la pr\u00e9sence et sur les installations de plus en plus importantes des intervenants humanitaires\u00a0: acteurs humanitaires, personnel professionnel ou stagiaire, chercheurs et chercheuses, ing\u00e9nieur\u00b7e\u00b7s, contingents militaires.\u00a0Il y a quelques ann\u00e9es, la ville n\u2019offrait pas une vari\u00e9t\u00e9 dans les commodit\u00e9s pour accueillir les personnes\u00a0qui s\u2019y arr\u00eataient. Mais avec l\u2019afflux de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, la construction des sites de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019acteurs humanitaires, se d\u00e9veloppe toute une logistique pour la gestion de la situation humanitaire, impliquant par le fait m\u00eame une nouvelle dynamique \u00e9conomique, sociale et d\u00e9mographique.\u00a0En plus du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR), les acteurs humanitaires pr\u00e9sents sont\u00a0: PUI, UNICEF, Croix-Rouge fran\u00e7aise, Croix-Rouge camerounaise, CRS, IMC[footnote]PUI\u00a0: Premi\u00e8re Urgence Internationale; IMC\u00a0: International Medical Corps, CRS\u00a0: Catholic Relief Services; UNICEF\u00a0: (United Nations of International Children's Emergency Fund) Fonds des nations unies pour l\u2019enfance.[\/footnote] \u00a0\u00a0et bien d\u2019autres.\u00a0L\u2019installation des organisations humanitaires favorise une augmentation des flux \u00e9conomiques dans la r\u00e9gion.\u00a0Les organismes pr\u00e9sents cr\u00e9ent des emplois, des logements pour location se d\u00e9veloppent, des restaurants et espaces d\u2019alimentation se vulgarisent.\u00a0C\u2019est aussi le cas pour les activit\u00e9s de divertissement, notamment les bars et night-clubs.\u00a0La ville s\u2019agrandit de plus en plus par la pr\u00e9sence des communaut\u00e9s centrafricaines ins\u00e9r\u00e9es dans les activit\u00e9s \u00e9conomiques (motos-taxis, commer\u00e7ants, serveuses, cuisini\u00e8res, agents d\u2019entretien, agents de s\u00e9curit\u00e9); une ambiance nocturne plus intense est \u00e9galement not\u00e9e.\u00a0D\u00e8s lors, les activit\u00e9s de d\u00e9viance n\u2019y \u00e9chappent pas.\u00a0D\u2019apr\u00e8s les populations et les g\u00e9rant\u00b7e\u00b7s de bars ou de night-clubs, la prostitution est devenue plus pr\u00e9gnante.\u00a0Elle implique particuli\u00e8rement et presque toujours les jeunes migrantes originaires de Centrafrique.\u00a0Plus important la nuit, le commerce du sexe s\u2019\u00e9tablit dans les bars et est presque invisible le jour.\u00a0Les prostitu\u00e9es sont souvent prot\u00e9g\u00e9es par de jeunes hommes migrants discr\u00e8tement install\u00e9s avec qui elles partagent les gains.\u00a0Ceux-ci peuvent parfois se transformer en bandits quand l\u2019occasion leur est favorable, c\u2019est ce qui explique l\u2019augmentation de la criminalit\u00e9 d\u00e9cri\u00e9e par la population h\u00f4te, l\u2019administration publique et les forces de maintien de l\u2019ordre.\u00a0Ajout\u00e9e aux incursions incessantes des rebelles centrafricains, les mesures de couvre-feu qui s\u2019ajoutent aux patrouilles et autres dispositions s\u00e9curitaires, interviennent pour r\u00e9pondre \u00e0 un environnement urbain devenu particuli\u00e8rement incertain et qui se caract\u00e9rise par le risque d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 o\u00f9 un climat de peur s\u2019installe.\u00a0Si les populations h\u00f4tes sont favorables \u00e0 faciliter l\u2019insertion des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s en les int\u00e9grant \u00e0 travers des activit\u00e9s commerciales ou en les recrutant, elles \u00e9mettent en m\u00eame temps des r\u00e9serves quant \u00e0 l\u2019implication de certains dans les activit\u00e9s criminelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019un point de vue social, l\u2019implication communautaire des populations r\u00e9fugi\u00e9es contribue \u00e0 donner \u00e0 la ville un nouveau visage.\u00a0Les travaux de Minfegue (2019) se penchent sur la question.\u00a0L\u2019engagement associatif des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s est tributaire \u00e0 la structuration offerte par les organisations humanitaires pr\u00e9sentes dans la r\u00e9gion.\u00a0Les associations sont organis\u00e9es en comit\u00e9s\u00a0: comit\u00e9 de femmes, comit\u00e9 de jeunes, comit\u00e9 de sages, comit\u00e9 mixte qui favorisent la collaboration entre les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et les populations.\u00a0Il existe un comit\u00e9 central qui agit comme une instance sup\u00e9rieure o\u00f9 les diff\u00e9rentes couches de la population peuvent \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es.\u00a0M\u00eame si l\u2019organisation structurelle \u00e9chappe aux r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s eux-m\u00eames et elles-m\u00eames et que certain\u00b7e\u00b7s se sentent impos\u00e9s un mod\u00e8le d\u2019ailleurs, ces associations repr\u00e9sentent un cadre d\u2019expression des revendications, des sollicitations et m\u00eame de protestations (N\u2019nde, 2018).\u00a0Les implications des associations dans la gouvernance humanitaire s\u2019expriment en termes de participation, laquelle formule leur pr\u00e9sence active sur les conditions de leur devenir.\u00a0M\u00eame si des conflits internes sont observables, l\u2019implication des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les associations manifeste d\u2019une certaine mani\u00e8re une forme d\u2019inscription dans l\u2019espace socio-urbain et par le fait m\u00eame, contribue \u00e0 la transformation.\u00a0Le cas du comit\u00e9 de vigilance charg\u00e9 de contribuer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 dans le site des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de Gado Badz\u00e9r\u00e9, situ\u00e9 \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de Garoua Boula\u00ef, en est une illustration.\u00a0\u00c0 travers les patrouilles, les cas de violences, d\u2019incidents ou de criminalit\u00e9 sont rapport\u00e9s et les membres collaborent non seulement avec les organisations humanitaires dont ils d\u00e9pendent directement (en termes de gouvernance), mais aussi avec les forces de maintien de l\u2019ordre et l\u2019administration publique.\u00a0Ils \u00e9tablissent subs\u00e9quemment une continuit\u00e9 dans la gouvernance au-del\u00e0 des espaces, mais aussi une participation aux dynamiques urbaines.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les humanitaires, nouveaux visages de la ville<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sence des organismes humanitaires dans la ville de Garoua Boula\u00ef et dans les villages environnants est manifeste.\u00a0La symbolique de la pr\u00e9sence humanitaire \u00e0 travers leurs bureaux concourt \u00e0 fa\u00e7onner le paysage de la ville.\u00a0La pr\u00e9sence et la circulation permanente de nombreux v\u00e9hicules aux logos des organismes humanitaires, les h\u00f4tels ou espaces d\u2019h\u00e9bergement occup\u00e9s majoritairement par les personnels humanitaires, les groupes de travailleurs rencontr\u00e9s dans les commerces, le long des trottoirs, les restaurants ou stations-service et v\u00eatus de vestes aux effigies de ces organismes, donnent une coloration \u00e0 la ville.\u00a0De m\u00eame, la pr\u00e9sence des militaires \u00e9trangers et locaux repr\u00e9sente les signes et symboles de la paix, de la s\u00e9curit\u00e9, d\u2019un environnement plus ou moins stable, d\u2019une ville qui se transforme, qui change, au moins par rapport \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9tait par le pass\u00e9.\u00a0Garoua Boula\u00ef est devenue une ville humanitaire, d\u2019accueil, un espace qui, en changeant, propose dans les limites des possibilit\u00e9s \u00e9conomiques et des aides humanitaires, un minimum de s\u00e9curit\u00e9 pour les populations r\u00e9fugi\u00e9es, h\u00f4tes et les personnels qui y travaillent.\u00a0Les r\u00e9ponses que proposent les diff\u00e9rents acteurs pr\u00e9sents\u00a0(humanitaires, associations, militaires ou administrations publiques) sont de nature \u00e0 transformer la ville en lui offrant de nouvelles possibilit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales.\u00a0D\u00e8s lors, la s\u00e9curisation des espaces s\u2019est pos\u00e9e comme un pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019accueil des migrant\u00b7e\u00b7s et des intervenants de diff\u00e9rentes cat\u00e9gories.\u00a0Elle s\u2019est aussi pos\u00e9e comme un outil de transformation de la ville.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En fin de compte, la ville de Garoua Boula\u00ef continue son processus d\u2019expansion et reste sujette \u00e0 toutes sortes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 provenant des migrant\u00b7e\u00b7s d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00b7e\u00b7s, de migrant\u00b7e\u00b7s en devenir ou des perturbations venant du pays voisin.\u00a0Cependant, les dynamiques observ\u00e9es nous donnent \u00e0 penser avec J-F Steck (2006, p.\u00a03) que \u00ab\u00a0la transition urbaine est bien plus qu\u2019un passage statistique\u00a0: c\u2019est aussi un passage dans le fonctionnement et l\u2019organisation des territoires; dans leur gestion et dans celle des citadins qui les habitent; c\u2019est enfin un passage politique\u00a0\u00bb.\u00a0Repoussant son p\u00e9rim\u00e8tre, Garoua Boula\u00ef s\u2019urbanise \u00e0 la faveur des migrations, de l\u2019<em>humanitarisation<\/em> et de la militarisation.\u00a0Cette urbanisation passe par une transition d\u00e9mographique marqu\u00e9e par les migrations de ces derni\u00e8res ann\u00e9es (afflux de r\u00e9fugi\u00e9s) et les interventions militaires et humanitaires qui s\u2019en sont suivies pour accueillir et prot\u00e9ger les populations.\u00a0Les dynamiques qui accompagnent cette urbanisation sont particuli\u00e8rement informelles.\u00a0M\u00eame si l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s s\u2019est fait dans la douleur et l\u2019inqui\u00e9tude, l\u2019insertion des migrant\u00b7e\u00b7s dans les couloirs de la ville a \u00e9t\u00e9 davantage informelle.\u00a0Ce caract\u00e8re informel passe par des activit\u00e9s \u00e9conomiques (commerces de rue non r\u00e9glement\u00e9s, activit\u00e9s illicites), associatives et ill\u00e9gales.\u00a0Ces activit\u00e9s ont amplifi\u00e9 les dynamiques d\u00e9j\u00e0 en pr\u00e9sence en accordant \u00e0 la ville une visibilit\u00e9 au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du pays. Garoua Boula\u00ef, cette ville de petite taille, a d\u00fb bousculer ses limites et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, s\u2019\u00e9tire vers les villages environnants.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre projet \u00e9tait de discuter des changements que conna\u00eet la ville \u00e0 la faveur des migrations sous le prisme des probl\u00e9matiques de s\u00e9curit\u00e9, plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Autant la s\u00e9curit\u00e9 constitue, dans ses d\u00e9veloppements th\u00e9oriques, une lunette de lecture des \u00e9v\u00e8nements contemporains (Mofette\u00a0\u00a0, 2012), autant son corollaire l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 peut constituer un paradigme.\u00a0M\u00eame si elle est comprise dans le vocable plus g\u00e9n\u00e9ral de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, elle peut \u00eatre dissociable de celle-ci en ce sens qu\u2019elle n\u2019int\u00e9grera pas la sph\u00e8re de la production de la s\u00e9curit\u00e9 (N\u2019nde, 2016\u00a0\u00a0).\u00a0Elle concernera des ph\u00e9nom\u00e8nes plus particuliers qui traduisent la perturbation de l\u2019ordre social et individuel.\u00a0La r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est individuelle \u00e0 travers son v\u00e9cu, ses perceptions, son histoire, son rapport \u00e0 l\u2019environnement et au monde.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est l\u2019aboutissement d\u2019un processus social de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale - et urbain plus sp\u00e9cifiquement - o\u00f9 l\u2019on observe une rupture violente du processus d\u2019inscription dans la sph\u00e8re socio-urbaine. C\u2019est la distance agressive qui se cr\u00e9e entre les projets individuels ou de groupe et la r\u00e9alisation de soi.\u00a0Elle est sociale ou collective et peut traduire les relations qui organisent la vie des groupes humains.\u00a0Si par la criminalisation on peut construire une cat\u00e9gorie criminelle porteuse des germes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 comme c\u2019est le cas des populations r\u00e9fugi\u00e9es, on peut comprendre les conflits qui peuvent na\u00eetre \u00e0 l\u2019occasion de la cohabitation des communaut\u00e9s h\u00f4tes et r\u00e9fugi\u00e9es.\u00a0Cela attire donc davantage d\u2019initiatives publiques et administratives.\u00a0Ainsi, la transition urbaine que conna\u00eet Garoua Boula\u00ef est fortement marqu\u00e9e par ses dynamiques d\u2019accueil, les conditions et les possibilit\u00e9s qu\u2019elle offre aux migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et \u00e0 tous ceux qui s\u2019y rattachent, ainsi qu\u2019\u00e0 tout ce qui s\u2019inscrit dans l\u2019environnement politique et s\u00e9curitaire que conna\u00eet la r\u00e9gion.<\/p>\r\n\r\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ab\u00e9, Claude. 2003. Pratique et productivit\u00e9 de la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re en Afrique centrale : l'exemple des Zargina. Bulletin de l'APAD [En ligne], 25. <span style=\"font-size: 1em\">DOI\u00a0: https:\/\/doi.org\/10.4000\/apad.201<\/span><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Antoine, Philippe et Savane, L.\u00a01990.\u00a0Urbanisation et migration en Afrique. In\u00a0<em>The role of migration in African development\u00a0: issues and policies for the 90s<\/em> (55\u201181).<em>\u00a0<\/em>UEPA, Conf\u00e9rence de Nairobi.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Antoine, Philippe.\u00a01991.\u00a0Croissance urbaine et insertion des migrants dans les villes africaines.\u00a0L'exemple de Dakar<em>.\u00a0Les Cahiers<\/em>, <em>16<\/em>, 9\u201123.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Asogba, Yao.\u00a02017.\u00a0Sociologie de Jean-Marc Ela ou Quand la sociologie p\u00e9n\u00e8tre en brousse.\u00a0<em>Cahier de la Chaire de recherche en d\u00e9veloppement des collectivit\u00e9s S\u00e9rie Recherche<\/em>, <em>47<\/em>. URL\u00a0:http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/assogba_yao\/Sociologie_de_JM_Ela\/Sociologie_de_JM_Ela_tdm.html<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Attoh, Ka. 2011.\u00a0What kind of right is the right to the city?.\u00a0<em>Progress in Human Geography<\/em>,\u00a035(5), 669-685.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Body-Gendrot, Sophie. 2001. Les villes, la fin de la violence? Paris, Presses de Sciences Po.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bonafe-schmitt, Jean-Pierre. 1991. La gestion polici\u00e8re de l'ins\u00e9curit\u00e9, in Bernard, Yvon. et Segaud, Marion. (dir.), <em>La Ville inqui\u00e8te : habitat et sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 <\/em>(177-209)<em>.<\/em> La Garenne-colombes : \u00c9ditions de l'espace europ\u00e9en.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calvin,\u00a0Minfegue.\u00a02019.\u00a0S\u2019engager quand on est r\u00e9fugi\u00e9 centrafricain \u00e0 Garoua-Boula\u00ef (Cameroun).\u00a0<em>Carnets de g\u00e9ographes<\/em> [En ligne], 12 | 2019, mis en ligne le 09 d\u00e9cembre 2019, consult\u00e9 le 03 septembre 2021.\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">DOI: https:\/\/doi.org\/10.4000\/cdg.4493<\/span><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chaguiboff, Jean. 1991. La repr\u00e9sentation spatiale de l'ins\u00e9curit\u00e9. in Bernard Y. et Segaud M. (dir.), <em>La Ville inqui\u00e8te : habitat et sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 <\/em>(67-73)<em>.<\/em> La Garenne-colombes : \u00c9ditions de l'espace europ\u00e9en.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dawa\u00ef, Samuel. 2019. Legal Transborder Crime of Chadian Immigrants in N'gaoundere, Garoua and Maroua (Cameroon): Factors, Typology and Consequences. <em>AfriHeritage Working Paper 2019<\/em>, 001. URL : https:\/\/www.africaportal.org\/publications\/legal-transborder-crime-chadian-immigrants-ngaoundere-garoua-and-maroua-cameroon-factors-typology-and-consequences\/<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Descloitres, Robert.\u00a01972.\u00a0\u00c9volution des structures familiales et migrations \u00e0 Abidjan. In ORSTOM (dir.)\u00a0<em>La Croissance <\/em>\u00a0\u00a0<em>urbaine en Afrique Noire et \u00e0 Madagascar<\/em>, tome 1 (525-534). Paris : \u00c9ditions du CNRS.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ela, Jean-Marc.\u00a01983.\u00a0<em>La ville en Afrique noire<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Findley E., Sally.\u00a01989.\u00a0Les migrations f\u00e9minines dans les villes africaines.\u00a0Une revue de leurs motivations et exp\u00e9riences.\u00a0Dans Antoine, Philippe et Coulibaly, Sidiki (dir.), <em>L\u2019Insertion urbaine des migrants en Afrique<\/em> (55-70).\u00a0Bondy\u00a0: ORSTOM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guillaumin Colette. 1998. Race and nature: the system of marks. The idea of natural group and social relationships. <em>Feminist Issues<\/em>, 8, 25-44.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hanappe, Cyrille et Al Neimi, \u00c9lise. 2020. Villes ouvertes, villes accueillantes. Paris\u00a0: Charles L\u00e9opold Mayer.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jeune Afrique du 14 mars 2014\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kelly, George. 1955. The psychology of personal constructs. <em>Norton<\/em>, 1, 2.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lahlou M.\u00a0et Escoffier C. 2002. Rapport de l\u2019enqu\u00eate migrants men\u00e9e au Maroc, in Lucile Barros Mehdi Lahlou Claire Escoffier Pablo Pumares Paolo Ruspini (eds.), <em>L\u2019Immigration irr\u00e9guli\u00e8re subsaharienne \u00e0 travers et vers le Maroc <\/em>(<em>15-35<\/em>). Gen\u00e8ve : BIT.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lahlou, Mehdi. 2002. Pourquoi partent-ils? L\u2019Afrique entre pauvret\u00e9 et exode. Dans Lucile Barros Mehdi Lahlou Claire Escoffier Pablo Pumares Paolo Ruspini (dir.), <em>L\u2019Immigration irr\u00e9guli\u00e8re subsaharienne \u00e0 travers et vers le Maroc<\/em> (1-\u00a011).\u00a0Gen\u00e8ve\u00a0:\u00a0BIT.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lefebvre, Henri.\u00a02009 [1968].<em>\u00a0Le Droit \u00e0 la ville<\/em>.\u00a0<em>Economica\u2013Anthropos<\/em> (3\u00e8me\u00a0\u00e9dition). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lfatmi, Younes.\u00a02017.\u00a0L\u2019acc\u00e8s des enfants r\u00e9fugi\u00e9s syriens \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0: entre le poids de la condition sociale et les enjeux d\u2019int\u00e9gration, le cas de l\u2019agglom\u00e9ration de Rabat.\u00a0Dans Mouna, Khalid, Harrami, Noureddine\u00a0et Maghraoui, Driss\u00a0\u00a0\u00a0(dir.), <em>L\u2019immigration au Maroc\u00a0: les d\u00e9fis de l\u2019int\u00e9gration<\/em> (13-23). Universit\u00e9 Moulay Ismail.\u00a0 URL :\u00a0https:\/\/ma.boell.org\/fr\/2018\/06\/18\/limmigration-au-maroc-les-defis-de-lintegration<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Locoh, Th\u00e9r\u00e8se.\u00a01989.\u00a0Le r\u00f4le des familles dans l'accueil des migrants vers les villes africaines.\u00a0Dans, Antoine, Philippe et Coulibaly, Sidiki (dir.), <em>L\u2019Insertion urbaine des migrants en Afrique<\/em> (21-33).\u00a0Bondy\u00a0: ORSTOM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res du 17 f\u00e9vrier 2014\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-boulai-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moffette, Didier. 2012. \u00c9tudes critiques de la s\u00e9curit\u00e9 : quelques contributions th\u00e9oriques pour une anthropologie de la s\u00e9curit\u00e9. <em>Aspects sociologiques<\/em>, 19(1), 39-68.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Morange, Marianne et Spire, Amandine.\u00a02019.\u00a0Le droit \u00e0 la ville aux Suds.\u00a0Appropriations et d\u00e9clinaisons africaines.\u00a0Cybergeo. <em>European Journal of Geography.\u00a0<\/em><em>Espace, Soci\u00e9t\u00e9, Territoire<\/em>, document 895. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/cybergeo.32166\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/cybergeo.32166<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moser, Gabriel et Lidvan, Philippe. 1991. Environnement et sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 Dans Bernard Y. et Segaud M. (dir.), <em>La ville inqui\u00e8te: habitat et sentiment d'ins\u00e9curit\u00e9 (53-66).<\/em> La Garenne-colombes : \u00c9ditions de l'espace europ\u00e9en.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ndjana Modo, Abraham. 2014. <em>Garoua Boulai\u00a0: Le traumatisme des populations.<\/em>Alwihda Info, magazine en ligne, du 5 juin 2014. URL :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.alwihdainfo.com\/Garoua-Boulai-Le-traumatisme-des-populations_a11562.html\">https:\/\/www.alwihdainfo.com\/Garoua-Boula\u00ef-Le-traumatisme-des-populations_a11562.html<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris.\u00a02018.\u00a0Environnement s\u00e9curitaire et offre humanitaire\u00a0: l\u2019\u00e9volution des repr\u00e9sentations des r\u00e9fugi\u00e9s du site de Gado Badzer\u00e9 au Cameroun.\u00a0<em>Fondation Croix-Rouge fran\u00e7aise, Les Papiers de la Fondation<\/em>, 17\u00a0\u00a0. URL : https:\/\/www.fondation-croix-rouge.fr\/recherches-soutenues\/environnement-securitaire-a-minawao-au-cameroun-2\/<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris. 2016. <a href=\"https:\/\/corpus.ulaval.ca\/jspui\/handle\/20.500.11794\/26932\">Production de la s\u00e9curit\u00e9, rationalit\u00e9 et gouvernance locale\u00a0: une ethnographie urbaine \u00e0 Douala et Yaound\u00e9 (Cameroun)<\/a>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Laval.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ou\u00e9draogo, Dieudonn\u00e9.\u00a01989.\u00a0Quelques rep\u00e8res sur l\u2019insertion \u00e9conomique des migrants dans les villes burkinab\u00e8.\u00a0Dans, Antoine, Philippe et Coulibaly, Sidiki (dir.), <em>L\u2019Insertion urbaine des migrants en Afrique<\/em> (93-107).\u00a0Bondy\u00a0: ORSTOM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Owono, Jacque\u00a0\u00a0s Fulbert.\u00a02017.\u00a0<em>Terrorisme ou para terrorisme en Afrique centrale\u00a0: le cas de Boko Haram au Cameroun<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Connaissances et Savoirs.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Parnell, Susan, Pieterse, Edgar.\u00a0\u00a0\u00a02010. The \u2018right to the city\u2019: institutional imperatives of a developmental state.\u00a0<em>International Journal of Urban and Regional Research<\/em>, <em>34 <\/em>(1), 146\u2013162.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa. 2001.\u00a0Sonngoobe, bandits justiciers dans la plaine du Diamar\u00e9 (Nord-Cameroun) sous l\u2019administration fran\u00e7aise.\u00a0<em>Ngaound\u00e9r\u00e9-Anthropos<\/em>\u00a0<em>VI<\/em>, 137-154.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa.\u00a02006.\u00a0La prise d\u2019otages aux confins du Cameroun, de la Centrafrique et du Tchad.\u00a0Une nouvelle modalit\u00e9 du banditisme frontalier.\u00a0<em>Polis\/RCSP\/GPSR<\/em>,\u00a0<em>III <\/em>(1-2), 119-146.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa.\u00a02010.\u00a0<em>Les coupeurs de route.\u00a0Histoire du banditisme rural et transfrontalier dans le bassin du lac Tchad<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa.\u00a02004. L\u2019embuscade sur les routes des abords sud du Lac Tchad.\u00a0<em>Politique africaine<\/em>, <em>94<\/em>(2), 82-104.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seignobos, Christian.\u00a02011.\u00a0Le pulaaku, ultime recours contre les coupeurs de route.\u00a0Province du Nord au Cameroun.\u00a0<em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>240<\/em>(4), 11-23.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seignobos, Christian.\u00a02011.\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne zargina dans le nord du Cameroun.\u00a0Coupeurs de route et prises d'otages, la crise des soci\u00e9t\u00e9s pastorales \u00a0\u00a0mbororo.\u00a0<em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>239<\/em>(3),\u00a035-59.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Steck, Jean Fabien.\u00a0\u00a0\u00a02006.\u00a0Qu'est-ce que la transition urbaine? Croissance urbaine, croissance des villes, croissance des besoins \u00e0 travers l'exemple africain<em>.\u00a0Revue d'\u00e9conomie financi\u00e8re<\/em>, <em>86<\/em>, 267-283.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les d\u00e9placements de populations d\u2019une localit\u00e9 \u00e0 une autre sont de nature \u00e0 modifier les espaces d\u2019accueil. \u00c0 Garoua Boula\u00ef, les migrations pour des causes humanitaires qui ont entra\u00een\u00e9 l\u2019installation des populations centrafricaines ont mis en lumi\u00e8re l\u2019insuffisance, la d\u00e9fectuosit\u00e9 ou l\u2019absence des dispositifs urbains d\u2019accueil. D\u00e8s lors la ville se r\u00e9invente avec ses nouveaux arrivants m\u00ealant ins\u00e9curit\u00e9s, \u00e9conomie informelle et nouvelles s\u00e9curisations. Les structures ou modalit\u00e9s d\u2019accueil et les nouveaux acteurs qui \u00e9mergent en vue de contenir, accueillir et g\u00e9rer les populations en d\u00e9tresse contribuent \u00e0 fa\u00e7onner la ville en lui proposant une urbanisation par l\u2019\u00e9talement. Sortant de son statut de r\u00e9gion de transit, la petite ville fortement ruralis\u00e9e se transforme pour inclure ce que lui sugg\u00e8rent les nouvelles populations. La transition urbaine qui s\u2019impose dans l\u2019urgence peut \u00eatre examin\u00e9e sous l\u2019angle des ins\u00e9curit\u00e9s. L\u2019<em>humanitarisation<\/em> et la militarisation qu\u2019imposent les conflits arm\u00e9s dans les villes et villages du pays frontalier, la r\u00e9publique centrafricaine, participent \u00e0 cette transition.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/humanitaire\/\">humanitaire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/insecurite\/\">ins\u00e9curit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/refugie\/\">r\u00e9fugi\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/securisation\/\">s\u00e9curisation<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The movement of populations from one locality to another is likely to modify the reception areas. In Garoua Boula\u00ef, the migration for humanitarian reasons which led to the settlement of Central African populations highlighted the insufficiency, defectiveness or absence of urban reception facilities. From then on, the city reinvented itself with its new arrivals, mixing insecurity, the informal economy and new security. The structures or methods of reception and the new actors who emerge with a view to containing, receiving and managing populations in distress contribute to shaping the city by proposing an urbanisation through sprawl. Emerging from its status as a transit region, the small, highly rural town is transformed to include what the new populations suggest. The urban transition that is urgently needed can be examined from the perspective of insecurities. The humanitarisation and militarisation imposed by armed conflicts in the towns and villages of the neighbouring country, the Central African Republic, are part of this transition.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/humanitarian\/\">humanitarian<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/insecurity\/\">insecurity<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/refugee\/\">refugee<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/security\/\">security<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/urban-transition\/\">urban transition<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>1 juin 2021<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>21 septembre 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 d\u00e9cembre 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Une ville qui conna\u00eet l\u2019afflux de migrants engage presque automatiquement un processus de transformation, laquelle peut \u00eatre passive ou active.\u00a0En entra\u00eenant des \u00e9volutions en termes d\u2019accroissement d\u00e9mographique, de d\u00e9veloppement des territoires (accroissement des superficies dans certains cas), les migrations, surtout d\u2019urgence, se posent \u00e0 la ville en \u00ab\u00a0enfon\u00e7ant\u00a0\u00bb ses portes pour lui imposer une transition.\u00a0Selon Jean-Fabien Steck, \u00ab\u00a0la transition urbaine est un passage par \u00e9tapes\u00a0\u00bb (2006, p.\u00a03).\u00a0Pour lui, discuter de la transition urbaine, c\u2019est consid\u00e9rer quelques approches\u00a0: le d\u00e9veloppement d\u00e9mographique, l\u2019approche par les lieux et l\u2019approche par le questionnement sur le statut de citadin (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a04).\u00a0Pour l\u2019occasion, nous ajouterons une approche par les dynamiques d\u2019appropriation et de transformation des espaces qui concourent \u00e0 transformer la ville dans son ensemble.\u00a0La transition urbaine peut prendre une coloration particuli\u00e8re lorsque des questions de s\u00e9curit\u00e9 se posent.\u00a0On ne saurait parler de transition, sans \u00e9voquer une phase de bouleversement, de \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb invitant \u00e0 un changement.\u00a0Le processus de changement, tr\u00e8s souvent, na\u00eet de la capitalisation des exp\u00e9riences et de la capacit\u00e9 de la gouvernance urbaine \u00e0 initier un passage, une transition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous souhaitons, pour le pr\u00e9sent article, interroger les effets de migrations d\u2019ordre humanitaire sur le d\u00e9veloppement des villes frontali\u00e8res camerounaises.\u00a0Nous questionnons particuli\u00e8rement celles qui surviennent \u00e0 l\u2019occasion des conflits dans les pays voisins, notamment en R\u00e9publique centrafricaine ou au Nig\u00e9ria.\u00a0Notre objectif est de comprendre les dynamiques d\u2019insertion dans les villes, ainsi que les manifestations qui en r\u00e9sultent.\u00a0Des villes telles que Garoua Boula\u00ef, Meiganga, Bertoua ou m\u00eame Maroua qui accueillent des populations en d\u00e9tresse depuis plusieurs ann\u00e9es, se sont transform\u00e9es, ont d\u00fb adopter de nouvelles dynamiques, de nouveaux mod\u00e8les de gestion, ont d\u00fb accorder un haut niveau de consid\u00e9ration \u00e0 l\u2019aspect s\u00e9curitaire.\u00a0Nous accordons une attention particuli\u00e8re \u00e0 la ville de Garoua Boula\u00ef dans ses aspects s\u00e9curitaires.\u00a0Elle est situ\u00e9e dans l\u2019Est du pays, \u00e0 la lisi\u00e8re frontali\u00e8re entre la R\u00e9publique centrafricaine et le Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9curit\u00e9 repr\u00e9sente, parmi les ph\u00e9nom\u00e8nes urbains, une r\u00e9alit\u00e9 qui influence l\u2019organisation de la vie communautaire et individuelle.\u00a0Tant la s\u00e9curit\u00e9 a des liens \u00e9troits avec la vie sociale, que son corollaire l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 a des relations avec les perceptions que les individus ont de leur environnement de vie.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9, c\u2019est l\u2019absence de s\u00e9curit\u00e9.\u00a0C\u2019est l\u2019inconfort v\u00e9cu par les individus.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est habituellement reli\u00e9e \u00e0 la violence, \u00e0 l\u2019agression physique ou mentale de la personne, aux cambriolages ou aux vols.\u00a0C\u2019est une situation dans laquelle l\u2019on craint pour sa personne et ses biens.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 peut \u00eatre physique et concerner directement les conditions mat\u00e9rielles de l\u2019Homme.\u00a0Elle peut aussi d\u00e9passer le cadre de la mati\u00e8re et toucher le domaine psychologique et la sph\u00e8re des repr\u00e9sentations.\u00a0Elle peut embrasser un champ beaucoup plus large et concerner toute situation d\u2019incoh\u00e9rence entre les conceptions psychologiques d\u2019un \u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 apparente.\u00a0D\u00e8s lors, la notion d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 comprendrait des aspects qui, au pr\u00e9alable, n\u2019ont aucun lien avec la menace ou la violence.\u00a0La crainte d\u2019une telle r\u00e9flexion serait de rendre la notion trop englobante et de diluer l\u2019essence m\u00eame de ce qui constitue l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Dans la mesure o\u00f9 elle renverrait finalement \u00e0 des repr\u00e9sentations singuli\u00e8res, le ph\u00e9nom\u00e8ne en lui-m\u00eame ne renseignerait plus sur les exp\u00e9riences des groupes, n\u2019importe quel malaise serait interpr\u00e9t\u00e9 comme de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Pourtant, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ne repr\u00e9sente pas seulement une situation, mais aussi un v\u00e9cu, une exp\u00e9rience et une vision du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vision du monde est la repr\u00e9sentation ou la construction mentale des significations que les individus accordent \u00e0 l\u2019espace, aux lieux, aux symboles de la ville (pour ce qui nous concerne) en rapport avec leur histoire.\u00a0Dans la plupart des cas, l\u2019accueil des populations migrantes &#8211; et plus pr\u00e9cis\u00e9ment des populations r\u00e9fugi\u00e9es &#8211; a toujours soulev\u00e9 des probl\u00e9matiques s\u00e9curitaires.\u00a0\u00c0 Garoua Boula\u00ef, on a not\u00e9 une recrudescence de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ou m\u00eame la survenance de certains types d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui n\u2019existaient pas dans la r\u00e9gion.\u00a0R\u00e9pondre \u00e0 la menace tout en gardant son hospitalit\u00e9 repr\u00e9sente un r\u00e9el d\u00e9fi pour les villes en pareille situation.\u00a0Les villes refuges, qui tr\u00e8s souvent \u00e0 la longue, abandonnent leur caract\u00e8re transitoire (\u00e9tape pour les populations r\u00e9fugi\u00e9es) pour s\u2019installer dans la permanence, forcent la transition urbaine.\u00a0La ville devra s\u2019organiser pour faire avec ses nouvelles populations, sa nouvelle r\u00e9alit\u00e9.\u00a0D\u00e8s lors, comment se manifeste la transition urbaine dans un contexte d\u2019accueil de populations r\u00e9fugi\u00e9es eu \u00e9gard aux probl\u00e9matiques de s\u00e9curit\u00e9? Poser une telle question, c\u2019est s&rsquo;appesantir sur les manifestations des ins\u00e9curit\u00e9s, les r\u00e9ponses et les dynamiques de transformations sociales et spatiales.\u00a0Cet article puise ses sources dans diff\u00e9rentes enqu\u00eates de terrain men\u00e9es entre 2016 et 2017 \u00e0 Garoua Boula\u00ef et \u00e0 Gado Badzer\u00e9 (site de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s) \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une recherche postdoctorale.\u00a0En plus d\u2019observations, des entretiens semi-directifs avaient \u00e9t\u00e9 men\u00e9s ainsi que des groupes de discussion rassemblant non seulement des acteurs humanitaires (organisations internationales humanitaires), mais aussi des populations r\u00e9fugi\u00e9es organis\u00e9es en associations ou comit\u00e9s, selon l\u2019expression locale.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les villes en situation d\u2019accueil<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les dispositifs d\u2019accueil dans les villes africaines pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques de pr\u00e9carit\u00e9 que l\u2019on reconna\u00eet tr\u00e8s souvent aux infrastructures urbaines qui n\u2019ont pas beaucoup chang\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es.\u00a0Les villes sont convoit\u00e9es par les migrants en raison de leur s\u00e9curit\u00e9, de leurs potentialit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales ou m\u00eame des structures de sant\u00e9 (emploi, soins hospitaliers, s\u00e9curit\u00e9 physique, logement).\u00a0Cependant, lorsque le flux de migration devient important, les dispositifs d\u2019accueil ne sont pas toujours \u00e0 la hauteur pour g\u00e9rer les grosses vagues de migrants.\u00a0Pour un auteur comme Mehdi Lahlou (2002), les facteurs de croissance d\u00e9mographique ne jouent pas en faveur des populations africaines qui affichent, entre 1995 et 2000, un taux de natalit\u00e9 de 38%<a class=\"footnote\" title=\"Ce taux est bien plus \u00e9lev\u00e9 aujourd\u2019hui.\" id=\"return-footnote-260-1\" href=\"#footnote-260-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, bien sup\u00e9rieur aux populations des autres continents.\u00a0\u00c0 cela, s\u2019ajoutent des affections telles que le paludisme ou le SIDA qui touchent des millions de personnes. Les villes absorbent une masse importante de pauvres et par cons\u00e9quent, elles n\u2019offrent pas un cadre d\u2019accueil de nature \u00e0 faciliter l\u2019insertion dans le tissu \u00e9conomique.\u00a0Antoine observait d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 90 que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9quipements et les emplois ne suivent pas le rythme de la croissance d\u00e9mographique. La ville africaine est d\u00e9voreuse d\u2019espace, et au fur et \u00e0 mesure de son extension, les charges des diff\u00e9rents \u00e9quipements urbains deviennent \u00e9lev\u00e9es du fait de la longueur des r\u00e9seaux : alimentation en eau, assainissement, transports\u2026 En Afrique subsaharienne, le ph\u00e9nom\u00e8ne urbain constitue une pr\u00e9occupation majeure, car la croissance d\u00e9mographique rapide des villes s&rsquo;est faite sans rapport avec le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s de production \u00e9conomique (Antoine, 1990, p. 3).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les villes africaines pr\u00e9sentent depuis les ind\u00e9pendances un certain nombre de difficult\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de leur population.\u00a0Ces difficult\u00e9s se manifestent dans les pratiques quotidiennes des populations urbaines.\u00a0Jean-Marc Ela (1983) d\u00e9crit la ville africaine comme un univers de la d\u00e9brouille et de la pr\u00e9carit\u00e9.\u00a0En \u00e9tudiant la quotidiennet\u00e9, il analyse la vie urbaine comme un ensemble d\u2019interactions mises en lumi\u00e8re dans ses faits ordinaires charg\u00e9s de violence, d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle et de crise de subsistance (Yao Assogba, 2017).\u00a0En commentant Jean-Marc Ela, Yao Assogba part du constat que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">des contraintes structurelles, en l\u2019occurrence la faillite et l\u2019\u00e9puisement du mod\u00e8le n\u00e9ocolonial de croissance et de d\u00e9veloppement, les processus d\u2019exclusion des individus, des groupes ou des r\u00e9gions des r\u00e9seaux officiels d\u2019accumulation, le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9conomie de pr\u00e9dation \u00bb, la mainmise des soci\u00e9t\u00e9s multinationales sur d\u2019importantes ressources naturelles, les PAS, etc.\u00a0ont produit des contextes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle et de crise de subsistance qui repr\u00e9sentent des situations favorables \u00e0 l\u2019explosion des conflits et de diff\u00e9rentes formes de violence \u2026 (Yao Assogba, 2017, p.\u00a056).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La ville est d\u00e9crite par la rue et ses symboliques du quotidien.\u00a0Les citadins, surtout ceux d\u2019en bas, subsistent \u00e0 travers une \u00e9conomie de la d\u00e9brouille caract\u00e9ris\u00e9e par la pr\u00e9dominance d\u2019activit\u00e9s informelles.\u00a0Il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0lieu o\u00f9 se d\u00e9ploie un imaginaire de survie dont l\u2019enjeu est le pouvoir\u00a0\u00bb (Yao Assogba, <em>ibid.<\/em>).\u00a0La survenance de migrants pose donc des probl\u00e8mes suppl\u00e9mentaires.\u00a0Les infrastructures ne sont pas commodes ni adapt\u00e9es lorsqu\u2019elles existent pour favoriser l\u2019accueil des nouveaux arrivants (Locoh, 1989).\u00a0Pour Locoh (1989) les familles peuvent jouer un r\u00f4le essentiel dans l\u2019accueil des migrants.\u00a0En effet, dans le cadre des solidarit\u00e9s traditionnelles, le devoir d\u2019hospitalit\u00e9\u00a0est un puissant stimulant de la migration (Descloitres, 1972).\u00a0Les membres qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la famille dans les villes peuvent donc \u00ab\u00a0encourager\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d\u00e9clencher\u00a0\u00bb la d\u00e9cision de migrer.\u00a0Ceux-ci vont jouer le r\u00f4le de structures d\u2019h\u00e9bergement (souvent temporaires), de facilitateurs dans la recherche d\u2019emploi ou de d\u00e9veloppement d\u2019activit\u00e9s commerciales et parfois informelles.\u00a0Les familles vont enfin jouer un r\u00f4le de contr\u00f4le social (dans la disposition du revenu et la nuptialit\u00e9) qui est moindre que celui des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles d\u2019origine, compte tenu des exigences propres aux dynamiques urbaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec Locoh (<em>ibid.<\/em>), on est en face d\u2019une forme particuli\u00e8re d\u2019accueil \u00e0 travers les solidarit\u00e9s o\u00f9 les arrivants sont accueillis et introduits dans les circuits urbains.\u00a0Tr\u00e8s souvent, la raret\u00e9 de l\u2019emploi les pousse \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans les activit\u00e9s informelles.\u00a0C\u2019est ce que Sally E.\u00a0Findley (1989) rapporte dans son \u00e9tude des migrations f\u00e9minines o\u00f9 les femmes qui migrent ont g\u00e9n\u00e9ralement un taux de scolarisation bas et sont par le fait m\u00eame, inaptes \u00e0 occuper un emploi dans le circuit formel\u00a0: elles vont exercer des emplois informels et de service (travail de domestique).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La raret\u00e9 de l\u2019emploi conduit tr\u00e8s souvent \u00e0 des conditions de vie mis\u00e9rables.\u00a0C\u2019est le sens des propos de Mehdi Lahlou et Claire Escoffier.\u00a0Dans leur travail sur les itin\u00e9raires des migrants subsahariens au Maroc en attente de franchir la mer pour gagner l\u2019Espagne et largement l\u2019Occident, ils rel\u00e8vent que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">les migrants habitent g\u00e9n\u00e9ralement dans les quartiers populaires \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville de Rabat. Quatre \u00e0 six personnes vivent dans une pi\u00e8ce commune lou\u00e9e \u00e0 des particuliers, dans des conditions de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame : quelques matelas par terre, des ustensiles de cuisine, quelques habits\u2026 De nombreux migrants, qui ont tent\u00e9 leur chance vers Ceuta et ont \u00e9chou\u00e9, se retrouvent sans ressources et dorment parfois dans la rue (2002, pp. 27-28).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En dehors de l\u2019emploi et du logement, l\u2019\u00e9cole ou l\u2019\u00e9ducation repr\u00e9sente un autre objectif de migration et par le fait m\u00eame, une structure d\u2019int\u00e9gration dans la ville.\u00a0Younes Lfatmi (2017) a examin\u00e9 l\u2019acc\u00e8s des enfants r\u00e9fugi\u00e9s syriens \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 Rabat (Maroc).\u00a0Il en ressort que les r\u00e8gles l\u00e9gales en mati\u00e8re de droit d\u2019asile \u00e9tant en cours d\u2019\u00e9laboration suivant l\u2019adh\u00e9sion du pays \u00e0 la convention de Gen\u00e8ve de 1951, la gestion des r\u00e9fugi\u00e9s se fait de mani\u00e8re transitoire et provisoire.\u00a0Ayant ainsi une condition l\u00e9gale transitoire, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation pour les enfants peut tr\u00e8s bien consacrer l\u2019int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil.\u00a0L\u2019\u00c9tat, en affermissant le droit \u00e0 la scolarisation, octroie un statut l\u00e9gitime qui concourt \u00e0 dissiper le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui plane.\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9gration des enfants syriens dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers l\u2019\u00e9cole publique serait effectivement un moyen d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019adaptation de leurs parents\/famille, en leur donnant les moyens de g\u00e9rer le rapport \u00e0 leur nouvelle situation\u00a0\u00bb (Younes Lfatmi, 2017, p.\u00a021).\u00a0Il faut, dans ce cas de figure, la contribution significative de la Fondation Orient-Occident \u2013 FOO, une organisation \u00e0 but non lucratif bas\u00e9e principalement \u00e0 Rabat, partenaire du HCR et mandat\u00e9e pour la gestion des affaires des r\u00e9fugi\u00e9s sur plusieurs plans (accueil, logement, \u00e9ducation).\u00a0Cela fait du cas des r\u00e9fugi\u00e9s syriens une situation des plus \u00ab\u00a0envieuses\u00a0\u00bb quand on sait que les migrants de tout pays n\u2019ont pas forc\u00e9ment droit \u00e0 ces avantages ou facilitations en vue de s\u2019int\u00e9grer dans les villes d\u2019accueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut discuter des villes d\u2019accueil en Afrique subsaharienne en posant avec Marianne Morange et Amandine Spire (2019, p.\u00a06) la table du droit \u00e0 la ville, non seulement dans sa conception primaire propre \u00e0 Henri Lefebvre (1968), mais aussi \u00e0 travers une approche par hybridation du droit \u00e0 la ville qui sugg\u00e8re une articulation entre citoyennet\u00e9 et citadinit\u00e9, de sorte qu\u2019une correspondance soit \u00e9tablie entre les droits citoyens et les droits de l\u2019habitant.\u00a0Le droit \u00e0 la ville a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9, dans certains travaux, aux droits humains (Z\u00e9rah <em>et al.<\/em>, 2011) afin qu\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de droits humains \u2013 les droits urbains \u2013 se synchronise aux droits humains, \u00e9conomiques ou politiques dans le sens d\u2019une lutte contre la pauvret\u00e9 et les in\u00e9galit\u00e9s urbaines (Susan Parnell et Edgar Pieterse, 2010; Attoh, 2011).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Sud, la notion de droit \u00e0 la ville r\u00e9sonne directement avec la question des besoins \u00e9l\u00e9mentaires et de l\u2019acc\u00e8s aux services et au logement, un d\u00e9fi rendu encore plus urgent et ardu par les rythmes de croissance urbaine.\u00a0Cette lecture a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du terme de droit.\u00a0Il s\u2019ins\u00e8re bien dans le langage onusien et dans la rh\u00e9torique des droits de l\u2019Homme (Marianne Morange et Amandine Spire, 2019, p. 8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, en r\u00e9affirmant la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et en d\u00e9politisant la notion du droit \u00e0 la ville, l\u2019ONU a, lors du sommet Habitat III de Quito en 2016, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mettre de l\u2019avant l\u2019expression ville inclusive\u00a0: \u00ab cities for all \u00bb.\u00a0Malgr\u00e9 la complexit\u00e9 de la notion, il faut dire que l\u2019ambition est de travailler sur une vision de la ville, en tant que projet int\u00e9grateur et facilitateur, qui garantirait aux habitant\u00b7e\u00b7s, les possibilit\u00e9s (choix) de cr\u00e9er des espaces, de produire la ville.\u00a0C\u2019est en effet ces formes de possibilit\u00e9s qu\u2019on attribue \u00e0 la ville accueil ou \u00ab\u00a0ville refuge\u00a0\u00bb pour utiliser une expression ch\u00e8re \u00e0 Cyrille Hanappe\u00a0\u00a0 (2020), de mani\u00e8re \u00e0 servir pour les \u00e9ventuels migrants, de coussins permettant d\u2019amortir les chocs li\u00e9s aux migrations humanitaires ou d\u2019urgence (pour des causes de guerres, conflits ou catastrophes naturelles).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on retient que le travail et le logement sont les deux \u00e9tapes majeures de l\u2019insertion \u00e9conomique des nouveaux migrants (Ou\u00e9draogo, 1987)<a class=\"footnote\" title=\"\u00c0 partir du cas burkinab\u00e8.\" id=\"return-footnote-260-2\" href=\"#footnote-260-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>, on pourrait comprendre que les migrants n\u2019ayant pas pu s\u2019ins\u00e9rer \u00e9conomiquement dans le circuit urbain sont aux portes de la d\u00e9linquance.\u00a0En constituant un groupe vuln\u00e9rable, cons\u00e9quence d\u2019une insuffisance ou d\u2019une absence de structures d\u2019accueil ad\u00e9quates, cette cat\u00e9gorie peut tr\u00e8s vite devenir dangereuse, s\u2019ouvrir \u00e0 la violence et devenir actrice d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout compte fait, la cat\u00e9gorie de migration qui nous pr\u00e9occupe est celle des migrations d\u2019urgence.\u00a0Elle met en sc\u00e8ne les populations migrantes, parties principalement de la R\u00e9publique centrafricaine \u00e0 la recherche d\u2019un refuge au Cameroun, notamment \u00e0 Garoua Boula\u00ef, une ville qui accueille plusieurs de ces r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Manifestation des ins\u00e9curit\u00e9s<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant d\u2019aborder les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, il est judicieux de pr\u00e9senter l\u2019environnement urbain qui pr\u00e9vaut au moment de l\u2019arriv\u00e9e des populations r\u00e9fugi\u00e9es. Les \u00e9quipements, infrastructures et services urbains disponibles au d\u00e9but de l\u2019accueil et m\u00eame longtemps apr\u00e8s ne sont pas de nature \u00e0 offrir des possibilit\u00e9s d\u2019accueil appropri\u00e9es. On comprendra plus loin l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les interventions &#8211; d\u2019urgence &#8211; des organisations internationales et humanitaires devant le volume sans cesse grandissant des migrant\u00b7e\u00b7s tra\u00eenant tr\u00e8s souvent avec eux des affections; et de l\u2019arm\u00e9e pour r\u00e9pondre au d\u00e9veloppement des ins\u00e9curit\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Garoua Boula\u00ef, un morceau de ville\u00a0: structures rudimentaires, afflux importants de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et manifestation des ins\u00e9curit\u00e9s<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019issue des travaux men\u00e9s aupr\u00e8s des populations centrafricaines dans l\u2019Est du Cameroun, nous relevions que le statut des r\u00e9fugi\u00e9s est une situation transitoire assez d\u00e9licate pour les migrant\u00b7e\u00b7s qui leur conf\u00e8re une fragilit\u00e9 et une existence provisoires. Cette \u00e9tape \u00e9prouvante psychologiquement et m\u00eame physiquement, soulevait et soul\u00e8ve encore une question pr\u00e9gnante : la s\u00e9curit\u00e9 des personnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Garoua Boula\u00ef est une commune de la r\u00e9gion de l\u2019Est du Cameroun qui couvre une superficie d\u2019environ 2125 km2 avec une population estim\u00e9e \u00e0 55000 habitants<a class=\"footnote\" title=\"http:\/\/www.cvuc-uccc.com\/national\/index.php\/fr\/carte-communale\/region-de-lest\/123 association\/carte-administrative\/est\/lom-et-djerem\/492-garoua-Boula\u00ef\" id=\"return-footnote-260-3\" href=\"#footnote-260-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>, d\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es du syst\u00e8me d\u2019information sanitaire de 2010.\u00a0Avant de parler d\u2019accueil des populations r\u00e9fugi\u00e9es, il faut souligner que cette petite ville a une activit\u00e9 \u00e9conomique bas\u00e9e sur l\u2019agriculture.\u00a0La culture des produits vivriers est principalement tourn\u00e9e vers la consommation et la commercialisation locale.\u00a0La proximit\u00e9 avec la R\u00e9publique centrafricaine aide \u00e0 approvisionner le march\u00e9 local en b\u00e9tail.\u00a0Par ailleurs, les richesses du sous-sol favorisent une exploitation mini\u00e8re rudimentaire qui rend le travail p\u00e9nible et peu rentable.\u00a0L\u2019exploitation des mines d\u2019or draine les populations vers des chantiers d\u2019or permanents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En mati\u00e8re d\u2019infrastructures, la ville compte un h\u00f4pital et quelques \u00e9tablissements scolaires. En mati\u00e8re hydraulique, l\u2019eau n\u2019est que tr\u00e8s peu desservie par la compagnie d\u2019eau nationale (CDE<a class=\"footnote\" title=\"Camerounaise des Eaux.\" id=\"return-footnote-260-4\" href=\"#footnote-260-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>), mais davantage par des forages priv\u00e9s, des puits et des sources non am\u00e9nag\u00e9es. Il existe un r\u00e9seau d\u2019\u00e9lectrification fourni par la compagnie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ENEO, tr\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 une portion de la ville et dont l\u2019alimentation est interrompue quotidiennement \u00e0 cause des d\u00e9lestages programm\u00e9s. Une grande partie des quartiers et des villages environnants ne sont pas desservis. Les populations se servent tr\u00e8s souvent des lampes \u00e0 \u00e9nergie solaire pour l\u2019\u00e9clairage domestique et lorsque la n\u00e9cessit\u00e9 s\u2019impose, les commer\u00e7ants se servent de groupe \u00e9lectrog\u00e8ne pour alimenter les appareils et machines en \u00e9lectricit\u00e9. Avant le r\u00e9cent conflit centrafricain qui a favoris\u00e9 l\u2019afflux le plus important de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et l\u2019incursion de bandes arm\u00e9es dans la r\u00e9gion, Garoua Boula\u00ef \u00e9tait essentiellement reconnue comme une ville de transit vers le Grand Nord, le Grand Sud et la RCA<a class=\"footnote\" title=\"R\u00e9publique Centrafricaine.\" id=\"return-footnote-260-5\" href=\"#footnote-260-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>. La ville disposait donc de tr\u00e8s peu de dispositifs pour accueillir une quantit\u00e9 importante de populations. Les tout premier\u00b7e\u00b7s arrivant\u00b7e\u00b7s se trouvaient des espaces de fortunes dans des conditions de salubrit\u00e9 ex\u00e9crables. Les premiers espaces am\u00e9nag\u00e9s pour l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e9taient situ\u00e9s sur des terrains improvis\u00e9s au centre-ville o\u00f9 des esp\u00e8ces de tentes d\u2019urgence \u00e9taient \u00e9rig\u00e9es. Les vieux bureaux de la sous-pr\u00e9fecture ont, pendant quelque temps, servi de bureau de r\u00e9ception et d\u2019enregistrement des migrant\u00b7e\u00b7s (image 1<a class=\"footnote\" title=\"Cr\u00e9dit photo : https:\/\/www.dw.com\/fr\/le-calvaire-des-r\u00e9fugi\u00e9s-centrafricains-au-cameroun\/a-56281996\" id=\"return-footnote-260-6\" href=\"#footnote-260-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>), en m\u00eame temps de logis provisoire pour certains d\u2019entre eux et elles (image 2<a class=\"footnote\" title=\"Cr\u00e9dit photo : https:\/\/www.thenewhumanitarian.org\/fr\/reportage\/2014\/03\/12\/le-cameroun-confronte-un-afflux-important-de-refugies-centrafricains\" id=\"return-footnote-260-7\" href=\"#footnote-260-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>).<\/p>\n<figure id=\"attachment_261\" aria-describedby=\"caption-attachment-261\" style=\"width: 838px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-261 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12.jpg\" alt=\"\" width=\"838\" height=\"264\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12.jpg 838w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12-300x95.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12-768x242.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12-65x20.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12-225x71.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/10\/Boris12-350x110.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 838px) 100vw, 838px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-261\" class=\"wp-caption-text\">Image 1. Logis et poste provisoires d&rsquo;enregistrement\u00a0 \/\u00a0\u00a0\u00a0 Image 2. Espace de fortune en attendant la prise en charge<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">La crise qui a d\u00e9but\u00e9 en 2013 en RCA a forc\u00e9 des milliers de personnes \u00e0 chercher refuge dans les pays voisins, dont le Cameroun.\u00a0En accueillant d\u2019importantes quantit\u00e9s de populations, les villes d\u2019accueil ne sont pas non plus exemptes d\u2019incursions de bandes arm\u00e9es venues du pays en crise.\u00a0La population grandissante des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, qui passe la fronti\u00e8re camerounaise pour y trouver abris et secours, a forc\u00e9 l\u2019intervention non seulement du gouvernement, mais \u00e9galement du HCR<a class=\"footnote\" title=\"Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s.\" id=\"return-footnote-260-8\" href=\"#footnote-260-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a> et de nombreuses organisations non gouvernementales nationales et internationales.\u00a0Des installations et commodit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 construites dans certains villages \u00e0 proximit\u00e9 de la ville pour canaliser la grande population que Garoua Boula\u00ef ne pouvait accueillir.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Chaque jour, il y a de nouvelles arriv\u00e9es \u00e0 Garoua-Boula\u00ef et dans les 12 autres points d\u2019entr\u00e9e au Cameroun dans les r\u00e9gions de l\u2019Est et de l\u2019Adamaoua, soit entre 4\u00a0000 et 5\u00a0000 personnes par semaine, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR).\u00a0Au total, le Cameroun abrite d\u00e9sormais plus de 130\u00a0000 personnes ayant fui les violences en Centrafrique.\u00a0\u00c0 Garoua-Boula\u00ef, des milliers d\u2019entre elles dorment \u00e0 la belle \u00e9toile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un site cr\u00e9\u00e9 dans l\u2019urgence par les autorit\u00e9s locales et le HCR (<em>Jeune <\/em><em>\u00a0<\/em>\u00a0<em>Afrique<\/em>, 14 mars, 2014)<a class=\"footnote\" title=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/, consult\u00e9 le 6 ao\u00fbt 2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a005.\" id=\"return-footnote-260-9\" href=\"#footnote-260-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains t\u00e9moignages recueillis sont r\u00e9v\u00e9lateurs des difficult\u00e9s, pour le pays ainsi que pour la ville, \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019accueil et \u00e0 offrir des structures \u00e9l\u00e9mentaires pour servir de refuge aux populations en d\u00e9tresse.\u00a0Dans l\u2019urgence, en attendant de viabiliser plusieurs sites dans les villages environnants, plus d\u2019une centaine de tentes sont construites \u00e0 Garoua Boula\u00ef.\u00a0Le manque ou l\u2019insuffisance de points d\u2019eau et de latrines faisait d\u00e9j\u00e0 craindre un risque d\u2019\u00e9pid\u00e9mie.\u00a0Le rapport\u00a0\u00a0 de M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res paru le 14 f\u00e9vrier 2014 faisait \u00e9galement \u00e9tat des difficult\u00e9s, des d\u00e9bordements pour les camps de transit \u00e9rig\u00e9s, notamment \u00e0 Garoua Boula\u00ef<a class=\"footnote\" title=\"https:\/\/www.msf.fr\/actualites\/refugies-centrafricains-au-cameroun-ils-sont-tres-affaiblis-mais-ils-sont-surtout-traumatises, consult\u00e9 le 06-08-2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a031.\" id=\"return-footnote-260-10\" href=\"#footnote-260-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a> et m\u00eame des probl\u00e8mes d\u2019ordre s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les d\u00e9buts de la r\u00e9ponse humanitaire, d\u2019importants probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 se sont pos\u00e9s.\u00a0Ils \u00e9taient particuli\u00e8rement dus \u00e0 l\u2019incursion des bandes arm\u00e9es poursuivant le conflit de la Centrafrique vers le Cameroun\u00a0et \u00e0 des comportements d\u00e9linquants des nouveaux et nouvelles arrivant\u00b7e\u00b7s.\u00a0Les populations d\u2019accueil d\u00e9couvraient alors non seulement une augmentation des cas de violence, mais \u00e9galement des types d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui se renouvellent<a class=\"footnote\" title=\"Notamment les enl\u00e8vements, les infanticides, les viols, etc.\" id=\"return-footnote-260-11\" href=\"#footnote-260-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a> suivant la situation s\u00e9curitaire et politique de la R\u00e9publique centrafricaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sence massive de bataillons de l\u2019arm\u00e9e camerounaise, des chars d\u2019assaut et de plusieurs dispositifs militaires indique que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 demeure pr\u00e9occupante pour les populations et les autorit\u00e9s publiques.\u00a0En plus de l\u2019incursion de bandes arm\u00e9es qui commettent des enl\u00e8vements, la pr\u00e9sence parmi les populations r\u00e9fugi\u00e9es de personnes arm\u00e9es causant des exactions aupr\u00e8s des populations h\u00f4tes fait na\u00eetre des tensions qui rendent difficile la cohabitation entre les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et ces populations.\u00a0D\u2019ailleurs, dans le quotidien en ligne Alwihda\u00a0\u00a0 Info dans sa parution du 5 juin 2014, on peut lire l\u2019\u00e9tat ambiant d\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La situation s\u00e9curitaire est devenue tr\u00e8s pr\u00e9occupante \u00e0 Garoua Boula\u00ef, o\u00f9 l\u2019on peut acheter une grenade \u00e0 200 FCFA et pistolet automatique (PA) \u00e0 10000 FCFA seulement. La ville \u00e9tant entour\u00e9e de rebelles, dans un affrontement sans merci entre les ex-Sel\u00e9ka et vainqueurs d\u2019hier (en majorit\u00e9 musulmans), et les anti-Balaka (essentiellement chr\u00e9tiens). Dans une psychose g\u00e9n\u00e9rale, la ville vit dans une menace permanente, pollu\u00e9e qu\u2019elle est d\u2019individus suspects\u2026 Les services de la Douane, souvent aux prises des assauts des rebelles, ont pratiquement c\u00e9d\u00e9 leur activit\u00e9 de surveillance \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, faute d&rsquo;une logistique ad\u00e9quate. Et pendant que l\u2019on appr\u00eate le poste de combat ici, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, non loin d\u2019un char de l\u2019op\u00e9ration Sangaris, les rebelles restent en situation d\u2019attaque, avec des armes lourdes<a class=\"footnote\" title=\"https:\/\/www.alwihdainfo.com\/Garoua-Boula\u00ef-Le-traumatisme-des-populations_a11562.html, consult\u00e9 le 06-08-2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a031.\" id=\"return-footnote-260-12\" href=\"#footnote-260-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, cette ville a connu des ins\u00e9curit\u00e9s bien avant la grosse vague de migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s des 10 derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00a0Les ins\u00e9curit\u00e9s transfrontali\u00e8res comprennent des enl\u00e8vements, des vols de b\u00e9tail, des violences et m\u00eame des meurtres.\u00a0En effet, la litt\u00e9rature sur l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 transfrontali\u00e8re dans toute la r\u00e9gion de l\u2019Est et du Grand Nord du Cameroun n\u2019est pas pauvre.\u00a0Les travaux d\u2019Ab\u00e9\u00a0\u00a0 (2003) sur les Zargina<a class=\"footnote\" title=\"Expression locale qui signifie coupeurs de route.\" id=\"return-footnote-260-13\" href=\"#footnote-260-13\" aria-label=\"Footnote 13\"><sup class=\"footnote\">[13]<\/sup><\/a> de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun en sont une illustration.\u00a0Dans la m\u00eame th\u00e9matique, Sa\u00efbou (2001\u00a0\u00a0) \u00e9tablissait l\u2019historicit\u00e9 de cette criminalit\u00e9 et la mobilisation des autorit\u00e9s traditionnelles pour la combattre.\u00a0Il montre comment l\u2019instabilit\u00e9 politique dans les pays frontaliers cr\u00e9e un contexte favorable au d\u00e9veloppement du banditisme transfrontalier.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ph\u00e9nom\u00e8ne polys\u00e9mique, le banditisme de grand chemin s\u2019est enrichi d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre abondante du fait de la prolif\u00e9ration des sans-emplois, d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre experte du fait de la prolif\u00e9ration de combattants anciens ou en activit\u00e9 et d\u2019une logistique cons\u00e9quente du fait de la prolif\u00e9ration des armes de guerre pass\u00e9es aux mains des populations dans un contexte de militarisation de l\u2019ethnie (Sa\u00efbou, 2006, p.\u00a0119).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s la r\u00e9action militaire gouvernementale de 2002 dont l\u2019objet \u00e9tait d\u2019\u00e9radiquer le grand banditisme dans les zones concern\u00e9es s\u2019en est suivie une accalmie.\u00a0Cependant, \u00ab\u00a0l\u2019une des constantes de l\u2019histoire du banditisme de grand chemin en Afrique subsaharienne, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 se reproduire, \u00e0 muter au gr\u00e9 des changements de la politique r\u00e9pressive de l\u2019\u00c9tat, et au gr\u00e9 de l\u2019apparition de nouvelles conjonctures criminog\u00e8nes, lesquelles diss\u00e9minent de nouveaux vecteurs de l\u2019agression et de nouveaux acteurs de la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a0120).\u00a0Cette forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 transfrontali\u00e8re serait cyclique et suivrait la conjoncture politique et \u00e9conomique.\u00a0On notera par exemple avec Owono (2017) que le ph\u00e9nom\u00e8ne des coupeurs de route appara\u00eet au Cameroun dans les ann\u00e9es 1980.\u00a0Limit\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts dans le Nord, ce ph\u00e9nom\u00e8ne va se diss\u00e9miner dans l\u2019Est, l\u2019Ouest et le Centre.\u00a0Cette ins\u00e9curit\u00e9 est due \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance \u00e9conomique des populations Mbororo, peuples de pasteurs.\u00a0Dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 1980, ces derniers ont vu leur b\u00e9tail p\u00e9rir \u00e0 cause de s\u00e9cheresse qui a ravag\u00e9 tout le sahel africain, les obligeant ainsi \u00e0 pratiquer d\u2019autres activit\u00e9s de survie.\u00a0Minoritaires et consid\u00e9r\u00e9s comme des exclus sociaux, ils se livrent \u00e0 toutes sortes de vices.\u00a0Pour recr\u00e9er leurs cheptels, certains vont devenir des criminels (Sa\u00efbou, 2010; 2011).\u00a0C\u2019est donc la naissance du grand banditisme, des coupeurs de route ou <em>zargina<\/em> que m\u00eame le <em>Puulaku<\/em><a class=\"footnote\" title=\"Code d\u2019honneur et de valeurs partag\u00e9 par les membres de la communaut\u00e9 qui oblige \u00e0 la biens\u00e9ance, au respect des lois, coutumes, au respect d\u2019autrui et de ses biens.\" id=\"return-footnote-260-14\" href=\"#footnote-260-14\" aria-label=\"Footnote 14\"><sup class=\"footnote\">[14]<\/sup><\/a> ou les lois du <em>diina<\/em><a class=\"footnote\" title=\"Seignobos traduit cette expression par \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb.\" id=\"return-footnote-260-15\" href=\"#footnote-260-15\" aria-label=\"Footnote 15\"><sup class=\"footnote\">[15]<\/sup><\/a> ont du mal \u00e0 \u00e9radiquer (Seignobos, 2011).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Samuel Dawa\u00ef (2019), la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re serait la cause du retard du d\u00e9veloppement des r\u00e9gions frontali\u00e8res.\u00a0En \u00e9tudiant les immigrant\u00b7e\u00b7s tchadien\u00b7ne\u00b7s dans les villes de Ngaound\u00e9r\u00e9, Maroua et Garoua et la criminalit\u00e9 dont ils ou elles sont acteurs, on comprend que le nombre des migrant\u00b7e\u00b7s s\u2019agrandit en raison de l\u2019hospitalit\u00e9 des populations, de la stabilit\u00e9 politique dans leur pays d\u2019origine, de la porosit\u00e9 des fronti\u00e8res camerounaises et de l\u2019absence d\u2019une politique efficace de gestion des migrations (Dawa\u00ef, 2019, p.\u00a015).\u00a0Les chiffres de plus en plus \u00e9lev\u00e9s de migrant\u00b7e\u00b7s incarc\u00e9r\u00e9\u00b7e\u00b7s, les violences et le banditisme dans lesquels ils ou elles sont impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s t\u00e9moignent \u00e0 suffisance des cons\u00e9quences dans les villes d\u2019accueil\u00a0: une augmentation de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de la peur urbaines.\u00a0Au c\u0153ur du statut transitoire du r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e, les populations d\u2019accueil expriment le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Ces ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 se propagent dans le v\u00e9cu des populations r\u00e9fugi\u00e9es, dans leurs ressentis et dans leur nouvel environnement.\u00a0C\u2019est cela qui d\u00e9termine la qualit\u00e9 de leur accueil, de leur int\u00e9gration et de leurs rapports avec les populations h\u00f4tes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Comprendre le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 chez les migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est un param\u00e8tre de compr\u00e9hension de l\u2019\u00e9tat de s\u00e9curit\u00e9 dans un lieu.\u00a0Il s\u2019observe \u00e0 partir des repr\u00e9sentations individuelles et des rep\u00e8res psychologiques reli\u00e9s \u00e0 l\u2019environnement ou \u00e0 l\u2019espace de vie des populations migrantes (r\u00e9fugi\u00e9s) et les populations d\u2019accueil.\u00a0C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe qui traduirait une r\u00e9action de peur face \u00e0 la rupture d&rsquo;un certain ordre social dont les signes les plus visibles sont la d\u00e9linquance, le vandalisme et toute une s\u00e9rie de comportements et d&rsquo;attitudes tels que l&rsquo;attroupement de jeunes dans certains lieux, les rixes sur la voie publique, les sc\u00e8nes de disputes familiales, l&rsquo;ivresse, etc. G\u00e9n\u00e9ralement, le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 traduirait un ph\u00e9nom\u00e8ne de crainte, une sorte d&rsquo;angoisse face \u00e0 la crise des modes de socialisation et de r\u00e9gulation sociale (Bonaf\u00e9\u00a0\u00a0-Schmitt, 1991, p.\u00a0177).\u00a0C\u2019est ce sentiment qu\u2019on retrouve chez les populations h\u00f4tes ou d\u2019accueil vis-\u00e0-vis des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et chez la plupart des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de la localit\u00e9 de Garoua Boula\u00ef qui, en rupture avec leur soci\u00e9t\u00e9 d\u2019origine et vivant dans des conditions de pr\u00e9carit\u00e9, expriment une difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans les communaut\u00e9s d\u2019accueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Chagui\u00a0\u00a0boff (1991), le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 exprime une difficult\u00e9 conceptuelle.\u00a0Diff\u00e9rent de l\u2019expression anglosaxonne <em>fear of crime<\/em>, le concept de sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9limine l&rsquo;objet de la peur pour n&rsquo;en retenir que le v\u00e9cu subjectif, une peur de tout\u00a0: d&rsquo;\u00eatre victime, de ne pas ou plus ma\u00eetriser son environnement&#8230;\u00a0Ce sentiment appara\u00eet et se d\u00e9veloppe dans une situation per\u00e7ue comme potentiellement dangereuse et qui d\u00e9pend des facteurs environnementaux et bien d\u2019autres qui caract\u00e9risent l&rsquo;exp\u00e9rience de celui qui per\u00e7oit.\u00a0L\u2019auteur opte pour une approche psychologique en relation avec les manifestations comportementales et les situations qui les provoquent, en insistant sur l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle du sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 partir des populations urbaines amen\u00e9es \u00e0 cohabiter avec les migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, un type de sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est manifeste\u00a0: les repr\u00e9sentations de l\u2019\u00e9tranger.\u00a0Trois \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9terminants\u00a0: le risque d&rsquo;\u00eatre la victime d&rsquo;une agression provenant des migrant\u00b7e\u00b7s, la perception individuelle de ce risque et l&rsquo;estimation de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 personnelle qui en d\u00e9coule (Moser et Lidvan, 1991).\u00a0Longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e9ponse individuelle et affective \u00e0 la criminalit\u00e9 ambiante, le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 entra\u00eene des restrictions comportementales et des mesures de pr\u00e9vention.\u00a0Cela s\u2019est manifest\u00e9 au niveau local par la mise en place des comit\u00e9s de vigilance, des organisations populaires qui choisissent de collaborer avec les forces publiques de s\u00e9curit\u00e9 (gendarmerie nationale, police et m\u00eame l\u2019arm\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vu que certaines variables d\u00e9mographiques, sociales, comportementales et d&rsquo;exposition aux m\u00e9dias n\u2019expliquent pas de fa\u00e7on optimale le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, Moser et Lidvan (1991) se focalisent sur des d\u00e9terminants physiques et environnementaux.\u00a0Les villes grandissantes en sont particuli\u00e8rement concern\u00e9es.\u00a0La population nombreuse et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des habitant\u00b7e\u00b7s peuvent cr\u00e9er la crainte.\u00a0Les relations des habitant\u00b7e\u00b7s avec leur environnement imm\u00e9diat sont un param\u00e8tre d&rsquo;observation de ce sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0L&rsquo;incivilit\u00e9, les d\u00e9gradations de l&rsquo;environnement, l&rsquo;aspect n\u00e9glig\u00e9 ou d\u00e9labr\u00e9 peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme un d\u00e9clin de l&rsquo;ordre social, selon qu&rsquo;il existe une forte relation entre le degr\u00e9 d&rsquo;incivilit\u00e9 per\u00e7u par les habitant\u00b7e\u00b7s d&rsquo;un quartier donn\u00e9 et le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Moser\u00a0\u00a0 et Lidvan (1991) mettent en \u00e9vidence la repr\u00e9sentation de l&rsquo;environnement \u00e0 partir de la grille de Kelly\u00a0\u00a0 (1955) qui soutient que tout individu utilise une s\u00e9rie de dimensions conceptuelles (qui servent \u00e0 qualifier et \u00e0 d\u00e9crire) pour structurer un domaine sp\u00e9cifique.\u00a0On peut dire que les \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;ordre des sensations visuelles sont plus marquants que ceux de l\u2019ordre auditif.\u00a0Quelques \u00e9l\u00e9ments environnementaux peuvent \u00eatre retenus pour la grille\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">1) Pr\u00e9sence\/absence d\u2019autrui;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">2) Obscurit\u00e9\/clart\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">3) Familiarit\u00e9\/\u00e9tranget\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">4) Bruit\/Silence;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">5) Endroits ouverts ou non d\u00e9limit\u00e9s\/endroits clos ou d\u00e9limit\u00e9s;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">6) Salet\u00e9, d\u00e9labrement\/propret\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">7) Absence de rep\u00e8res visuels, monotonie\/ espace vari\u00e9 \u00e0 taille humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce faire, un environnement agr\u00e9able est marqu\u00e9 par les caract\u00e9ristiques suivantes\u00a0: familier, lumineux, propre, d\u00e9gag\u00e9 et bien entretenu.\u00a0Il est associ\u00e9 \u00e0 une repr\u00e9sentation positive\u00a0: accueillant, s\u00e9curisant, donnant envie de rester.\u00a0La repr\u00e9sentation de l&rsquo;environnement souhaitable est caract\u00e9ris\u00e9e par les attributs clair, vari\u00e9, propre, familier.\u00a0L&rsquo;impression de s\u00e9curit\u00e9 ou d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;environnement est donc essentiellement une impression visuelle dans laquelle le bruit n&rsquo;a qu&rsquo;une place secondaire.\u00a0Le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 a d\u00e8s lors un r\u00e9el caract\u00e8re subjectif et une relation apparemment irrationnelle avec le niveau objectif de criminalit\u00e9.\u00a0C\u2019est ce qui pourrait expliquer les tensions qui ont suivi entre les deux principaux groupes de populations en pr\u00e9sence.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>Marginalisation et criminalisation<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les travaux effectu\u00e9s sur l\u2019environnement s\u00e9curitaire des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s du site de Gado Badzer\u00e9 et de la localit\u00e9 de Garoua Boula\u00ef (N\u2019nd\u00e9, 2018) rapportaient d\u00e9j\u00e0 les inqui\u00e9tudes manifest\u00e9es par les populations r\u00e9fugi\u00e9es de ne pas \u00eatre incluses dans le processus de leur propre gestion.\u00a0De plus, les incidents de s\u00e9curit\u00e9 li\u00e9s aux soul\u00e8vements dans les sites, aux enl\u00e8vements d\u2019enfants, aux assassinats, aux cambriolages ont fait d\u2019elles, paradoxalement, les principales actrices de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 v\u00e9cu par les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et davantage l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en elle-m\u00eame a un lien \u00e9troit avec leur marginalisation sociale.\u00a0Th\u00e9oriquement, la marginalisation comprend toute forme de stigmatisation ou de discrimination.\u00a0Le sentiment de marginalit\u00e9 peut faire l\u2019objet de plusieurs interpr\u00e9tations.\u00a0Il s\u2019agit ici de l\u2019impression d\u2019\u00eatre exclu des processus sociaux.\u00a0Certaines populations peuvent \u00eatre cat\u00e9goris\u00e9es et faire l\u2019objet de violence.\u00a0C\u2019est ce que d\u00e9montre Body-Gendrot\u00a0\u00a0 (2010) dans son \u00e9tude des banlieues fran\u00e7aises sur la stigmatisation des jeunes issus de l&rsquo;immigration; ces derniers sont souvent vis\u00e9s en premier lors des op\u00e9rations de r\u00e9pression polici\u00e8re.\u00a0Cette auteure pose que les populations \u00e0 qui on attribue les actes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en sont tr\u00e8s souvent les victimes.\u00a0Elle est rejointe dans son d\u00e9veloppement par Guillaumin\u00a0\u00a0 (1994, p.\u00a0678) qui d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019une discrimination g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e envers les minorit\u00e9s, elles-m\u00eames victimes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Dans ce cas, la marginalisation peut se d\u00e9cliner en stigmatisation, en discrimination et en ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Il s\u2019agit d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 des populations discrimin\u00e9es ou d\u00e9favoris\u00e9es.\u00a0La criminalisation n\u2019\u00e9chappe pas non plus aux dynamiques qui affectent la ville.\u00a0C\u2019est un processus d\u2019accusation, d\u2019attribution de st\u00e9r\u00e9otypes criminels \u00e0 une cat\u00e9gorie de personnes, g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9favoris\u00e9es ou pauvres.\u00a0Pour Jane et Peter Schneider (2008), la construction de la cat\u00e9gorie criminelle traduit l\u2019attribution de caract\u00e9ristiques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 un groupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la mesure o\u00f9 l\u2019afflux des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et leur d\u00e9sormais int\u00e9gration dans l\u2019espace urbain de Garoua Boula\u00ef ainsi que des localit\u00e9s environnantes correspond \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des nouvelles formes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sus-cit\u00e9es, les nouvelles menaces s\u2019observent \u00e0 partir des repr\u00e9sentations populaires \u00a0\u00a0vis-\u00e0-vis des migrant\u00b7e\u00b7s.\u00a0C\u2019est donc cette ins\u00e9curisante migration qui contribue syst\u00e9matiquement<a class=\"footnote\" title=\"Car on rencontrera des communaut\u00e9s, notamment de Gado Badzer\u00e9 qui affirment maintenir d\u2019excellents rapports avec les populations r\u00e9fugi\u00e9es.\" id=\"return-footnote-260-16\" href=\"#footnote-260-16\" aria-label=\"Footnote 16\"><sup class=\"footnote\">[16]<\/sup><\/a> \u00e0 ternir les rapports entre les communaut\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, on parle de la ville comme un espace qui, non seulement, se transforme, mais produit des marginalit\u00e9s.\u00a0Les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, par le fait m\u00eame de rechercher la paix et la s\u00e9curit\u00e9, se rendent victimes de marginalit\u00e9.\u00a0Cet \u00e9tat des choses n\u2019a fait que contribuer \u00e0 exacerber les d\u00e9s\u00e9quilibres que la ville de Garoua Boula\u00ef, \u00e0 travers ses instances politiques et administratives, s\u2019active \u00e0 rem\u00e9dier.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9ponses aux ins\u00e9curit\u00e9s<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Quoique les populations, sous les formes d\u2019organisations vernaculaires, contribuent \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, nous allons nous attarder sur le d\u00e9ploiement de l\u2019arm\u00e9e. Sa pr\u00e9sence permanente modifie le paysage urbain.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Villes et transition urbaine s\u00e9curitaire\u00a0: gouverner les diff\u00e9rences<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9ponses apport\u00e9es par l\u2019administration publique, ainsi que les diff\u00e9rentes organisations non gouvernementales, associations ou organisations internationales aux diff\u00e9rentes vagues de migrations ont contribu\u00e9 \u00e0 transformer le visage de la ville de Garoua Boula\u00ef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La pr\u00e9sence militaire (couvre-feu)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La position g\u00e9ographique de Garoua Boula\u00ef fait d\u2019elle une ville frontali\u00e8re \u00e0 la R\u00e9publique centrafricaine qui partage plus de 1000 kilom\u00e8tres de fronti\u00e8re avec le Cameroun.\u00a0Depuis l\u2019\u00e9clatement des conflits en RCA, de nombreux gangs arm\u00e9s ont \u00e9tabli leurs bases dans l\u2019Est du Cameroun.\u00a0Face aux incursions de bandes arm\u00e9es venues du pays voisin, la mobilisation de l\u2019arm\u00e9e camerounaise, organis\u00e9e en diverses sections, a presque militaris\u00e9 la ville et les localit\u00e9s environnantes.\u00a0Passant g\u00e9n\u00e9ralement par des brousses qui jonchent la fronti\u00e8re mal ma\u00eetris\u00e9e par les autorit\u00e9s frontali\u00e8res du Cameroun, les groupes arm\u00e9s, qui appartiennent tr\u00e8s souvent aux ex-anti-Balaka, s\u00e8ment la terreur et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 aupr\u00e8s des populations (\u00e0 la fois les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et les populations d\u2019accueil) de la ville et constituent la raison d\u2019\u00eatre des dispositifs militaires dont le but est de renforcer la s\u00e9curit\u00e9 dans la r\u00e9gion.\u00a0En plus des contr\u00f4les mixtes de la police et de la gendarmerie, plusieurs bataillons de l\u2019arm\u00e9e camerounaise sont install\u00e9s\u00a0: le Bataillon d\u2019Infanterie Motoris\u00e9e (BIM) et le Bataillon d\u2019Intervention Rapide (BIR).\u00a0Un couvre-feu est institu\u00e9 \u00e0 23h, et ce, depuis 2014.\u00a0Les forces de maintien de l\u2019ordre observent une surveillance accrue des quartiers frontaliers avec la R\u00e9publique centrafricaine,\u00a0notamment Sabongari, Zoukound\u00e9, Sabal ville et Shell.\u00a0La militarisation de la ville est d\u2019autant plus importante que les risques d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sont \u00e9lev\u00e9s.\u00a0C\u2019est dans cette logique que l\u2019arm\u00e9e camerounaise, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un raid sur Garoua Boula\u00ef, avait lib\u00e9r\u00e9 une douzaine d\u2019otages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les informations relay\u00e9es par les m\u00e9dias sont assez \u00e9loquentes en la mati\u00e8re.\u00a0Cela s\u2019illustre par les propos d\u2019une animatrice sociale du PRODESV<a class=\"footnote\" title=\"Programme de D\u00e9veloppement \u00c9conomique et Social des Villes secondaires expos\u00e9es \u00e0 des facteurs d\u2019instabilit\u00e9.\" id=\"return-footnote-260-17\" href=\"#footnote-260-17\" aria-label=\"Footnote 17\"><sup class=\"footnote\">[17]<\/sup><\/a> \u00e0 la mairie de Garoua-Boula\u00ef\u00a0publi\u00e9s dans le journal <em>La nouvelle Expression<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a d\u00e9sormais beaucoup d\u2019\u00e9trangers et on ne sait pas toujours avec quelles intentions ils viennent.\u00a0Certains viennent pour chercher refuge, d\u2019autres arrivent avec de mauvaises intentions.\u00a0C\u2019est assez compliqu\u00e9.\u00a0Surtout avec le couvre-feu qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 nouveau institu\u00e9.\u00a0Et malgr\u00e9 cela, il y a quelques cas d\u2019agression.\u00a0\u00c7a fait vraiment peur.\u00a0De surcro\u00eet, il y a eu une fouille dans les quartiers pour chercher les armes il y a quelque temps.\u00a0On ne sait plus \u00e0 qui faire confiance, parce que dans la population il y a des gens qui ravitaillent les rebelles.\u00a0On est sur le qui-vive<a class=\"footnote\" title=\"Publi\u00e9 le 2 f\u00e9vrier 2021 par La Nouvelle Expression n\u00b0 5397.\" id=\"return-footnote-260-18\" href=\"#footnote-260-18\" aria-label=\"Footnote 18\"><sup class=\"footnote\">[18]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus r\u00e9cemment, l\u2019invalidation de la candidature de l\u2019ancien Pr\u00e9sident centrafricain Fran\u00e7ois Boziz\u00e9 au dernier scrutin pr\u00e9sidentiel a raviv\u00e9 les tensions.\u00a0Si on enregistre plusieurs dizaines de militaires centrafricains accueillis, d\u00e9sarm\u00e9s et r\u00e9fugi\u00e9s au Cameroun <a class=\"footnote\" title=\"Plus r\u00e9cemment 117 militaires centrafricains ont trouv\u00e9 refuge \u00e0 Garoua-Boula\u00ef apr\u00e8s une offensive de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC).\" id=\"return-footnote-260-19\" href=\"#footnote-260-19\" aria-label=\"Footnote 19\"><sup class=\"footnote\">[19]<\/sup><\/a>dans des camps militaires en attendant leur retour en Centrafrique, les autorit\u00e9s militaires camerounaises sont en permanente vigilance.\u00a0Dans certaines localit\u00e9s jonchant la route qui relie Garoua Boula\u00ef \u00e0 Bertoua, on peut apercevoir des campements militaires, en plus des patrouilles permanentes du BIM ou du BIR.\u00a0La ville conna\u00eet, comme jamais par le pass\u00e9, un changement auquel elle tend \u00e0 s\u2019adapter.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Dynamiques de transformations sociales et spatiales<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les dynamiques de transformations de la ville rel\u00e8vent \u00e0 la fois des populations et des organisations humanitaires.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Nouvelle dynamique \u00e9conomique, sociale et ins\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les activit\u00e9s \u00e9conomiques qui \u00e9mergent donnent un aper\u00e7u des transformations de la ville.\u00a0La construction, plus prononc\u00e9e que par le pass\u00e9, d\u2019h\u00f4tels ou de bars renseigne sur la pr\u00e9sence et sur les installations de plus en plus importantes des intervenants humanitaires\u00a0: acteurs humanitaires, personnel professionnel ou stagiaire, chercheurs et chercheuses, ing\u00e9nieur\u00b7e\u00b7s, contingents militaires.\u00a0Il y a quelques ann\u00e9es, la ville n\u2019offrait pas une vari\u00e9t\u00e9 dans les commodit\u00e9s pour accueillir les personnes\u00a0qui s\u2019y arr\u00eataient. Mais avec l\u2019afflux de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, la construction des sites de r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019acteurs humanitaires, se d\u00e9veloppe toute une logistique pour la gestion de la situation humanitaire, impliquant par le fait m\u00eame une nouvelle dynamique \u00e9conomique, sociale et d\u00e9mographique.\u00a0En plus du Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR), les acteurs humanitaires pr\u00e9sents sont\u00a0: PUI, UNICEF, Croix-Rouge fran\u00e7aise, Croix-Rouge camerounaise, CRS, IMC<a class=\"footnote\" title=\"PUI\u00a0: Premi\u00e8re Urgence Internationale; IMC\u00a0: International Medical Corps, CRS\u00a0: Catholic Relief Services; UNICEF\u00a0: (United Nations of International Children's Emergency Fund) Fonds des nations unies pour l\u2019enfance.\" id=\"return-footnote-260-20\" href=\"#footnote-260-20\" aria-label=\"Footnote 20\"><sup class=\"footnote\">[20]<\/sup><\/a> \u00a0\u00a0et bien d\u2019autres.\u00a0L\u2019installation des organisations humanitaires favorise une augmentation des flux \u00e9conomiques dans la r\u00e9gion.\u00a0Les organismes pr\u00e9sents cr\u00e9ent des emplois, des logements pour location se d\u00e9veloppent, des restaurants et espaces d\u2019alimentation se vulgarisent.\u00a0C\u2019est aussi le cas pour les activit\u00e9s de divertissement, notamment les bars et night-clubs.\u00a0La ville s\u2019agrandit de plus en plus par la pr\u00e9sence des communaut\u00e9s centrafricaines ins\u00e9r\u00e9es dans les activit\u00e9s \u00e9conomiques (motos-taxis, commer\u00e7ants, serveuses, cuisini\u00e8res, agents d\u2019entretien, agents de s\u00e9curit\u00e9); une ambiance nocturne plus intense est \u00e9galement not\u00e9e.\u00a0D\u00e8s lors, les activit\u00e9s de d\u00e9viance n\u2019y \u00e9chappent pas.\u00a0D\u2019apr\u00e8s les populations et les g\u00e9rant\u00b7e\u00b7s de bars ou de night-clubs, la prostitution est devenue plus pr\u00e9gnante.\u00a0Elle implique particuli\u00e8rement et presque toujours les jeunes migrantes originaires de Centrafrique.\u00a0Plus important la nuit, le commerce du sexe s\u2019\u00e9tablit dans les bars et est presque invisible le jour.\u00a0Les prostitu\u00e9es sont souvent prot\u00e9g\u00e9es par de jeunes hommes migrants discr\u00e8tement install\u00e9s avec qui elles partagent les gains.\u00a0Ceux-ci peuvent parfois se transformer en bandits quand l\u2019occasion leur est favorable, c\u2019est ce qui explique l\u2019augmentation de la criminalit\u00e9 d\u00e9cri\u00e9e par la population h\u00f4te, l\u2019administration publique et les forces de maintien de l\u2019ordre.\u00a0Ajout\u00e9e aux incursions incessantes des rebelles centrafricains, les mesures de couvre-feu qui s\u2019ajoutent aux patrouilles et autres dispositions s\u00e9curitaires, interviennent pour r\u00e9pondre \u00e0 un environnement urbain devenu particuli\u00e8rement incertain et qui se caract\u00e9rise par le risque d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 o\u00f9 un climat de peur s\u2019installe.\u00a0Si les populations h\u00f4tes sont favorables \u00e0 faciliter l\u2019insertion des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s en les int\u00e9grant \u00e0 travers des activit\u00e9s commerciales ou en les recrutant, elles \u00e9mettent en m\u00eame temps des r\u00e9serves quant \u00e0 l\u2019implication de certains dans les activit\u00e9s criminelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019un point de vue social, l\u2019implication communautaire des populations r\u00e9fugi\u00e9es contribue \u00e0 donner \u00e0 la ville un nouveau visage.\u00a0Les travaux de Minfegue (2019) se penchent sur la question.\u00a0L\u2019engagement associatif des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s est tributaire \u00e0 la structuration offerte par les organisations humanitaires pr\u00e9sentes dans la r\u00e9gion.\u00a0Les associations sont organis\u00e9es en comit\u00e9s\u00a0: comit\u00e9 de femmes, comit\u00e9 de jeunes, comit\u00e9 de sages, comit\u00e9 mixte qui favorisent la collaboration entre les r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et les populations.\u00a0Il existe un comit\u00e9 central qui agit comme une instance sup\u00e9rieure o\u00f9 les diff\u00e9rentes couches de la population peuvent \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es.\u00a0M\u00eame si l\u2019organisation structurelle \u00e9chappe aux r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s eux-m\u00eames et elles-m\u00eames et que certain\u00b7e\u00b7s se sentent impos\u00e9s un mod\u00e8le d\u2019ailleurs, ces associations repr\u00e9sentent un cadre d\u2019expression des revendications, des sollicitations et m\u00eame de protestations (N\u2019nde, 2018).\u00a0Les implications des associations dans la gouvernance humanitaire s\u2019expriment en termes de participation, laquelle formule leur pr\u00e9sence active sur les conditions de leur devenir.\u00a0M\u00eame si des conflits internes sont observables, l\u2019implication des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les associations manifeste d\u2019une certaine mani\u00e8re une forme d\u2019inscription dans l\u2019espace socio-urbain et par le fait m\u00eame, contribue \u00e0 la transformation.\u00a0Le cas du comit\u00e9 de vigilance charg\u00e9 de contribuer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 dans le site des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s de Gado Badz\u00e9r\u00e9, situ\u00e9 \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de Garoua Boula\u00ef, en est une illustration.\u00a0\u00c0 travers les patrouilles, les cas de violences, d\u2019incidents ou de criminalit\u00e9 sont rapport\u00e9s et les membres collaborent non seulement avec les organisations humanitaires dont ils d\u00e9pendent directement (en termes de gouvernance), mais aussi avec les forces de maintien de l\u2019ordre et l\u2019administration publique.\u00a0Ils \u00e9tablissent subs\u00e9quemment une continuit\u00e9 dans la gouvernance au-del\u00e0 des espaces, mais aussi une participation aux dynamiques urbaines.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les humanitaires, nouveaux visages de la ville<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sence des organismes humanitaires dans la ville de Garoua Boula\u00ef et dans les villages environnants est manifeste.\u00a0La symbolique de la pr\u00e9sence humanitaire \u00e0 travers leurs bureaux concourt \u00e0 fa\u00e7onner le paysage de la ville.\u00a0La pr\u00e9sence et la circulation permanente de nombreux v\u00e9hicules aux logos des organismes humanitaires, les h\u00f4tels ou espaces d\u2019h\u00e9bergement occup\u00e9s majoritairement par les personnels humanitaires, les groupes de travailleurs rencontr\u00e9s dans les commerces, le long des trottoirs, les restaurants ou stations-service et v\u00eatus de vestes aux effigies de ces organismes, donnent une coloration \u00e0 la ville.\u00a0De m\u00eame, la pr\u00e9sence des militaires \u00e9trangers et locaux repr\u00e9sente les signes et symboles de la paix, de la s\u00e9curit\u00e9, d\u2019un environnement plus ou moins stable, d\u2019une ville qui se transforme, qui change, au moins par rapport \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9tait par le pass\u00e9.\u00a0Garoua Boula\u00ef est devenue une ville humanitaire, d\u2019accueil, un espace qui, en changeant, propose dans les limites des possibilit\u00e9s \u00e9conomiques et des aides humanitaires, un minimum de s\u00e9curit\u00e9 pour les populations r\u00e9fugi\u00e9es, h\u00f4tes et les personnels qui y travaillent.\u00a0Les r\u00e9ponses que proposent les diff\u00e9rents acteurs pr\u00e9sents\u00a0(humanitaires, associations, militaires ou administrations publiques) sont de nature \u00e0 transformer la ville en lui offrant de nouvelles possibilit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales.\u00a0D\u00e8s lors, la s\u00e9curisation des espaces s\u2019est pos\u00e9e comme un pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019accueil des migrant\u00b7e\u00b7s et des intervenants de diff\u00e9rentes cat\u00e9gories.\u00a0Elle s\u2019est aussi pos\u00e9e comme un outil de transformation de la ville.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">En fin de compte, la ville de Garoua Boula\u00ef continue son processus d\u2019expansion et reste sujette \u00e0 toutes sortes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 provenant des migrant\u00b7e\u00b7s d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00b7e\u00b7s, de migrant\u00b7e\u00b7s en devenir ou des perturbations venant du pays voisin.\u00a0Cependant, les dynamiques observ\u00e9es nous donnent \u00e0 penser avec J-F Steck (2006, p.\u00a03) que \u00ab\u00a0la transition urbaine est bien plus qu\u2019un passage statistique\u00a0: c\u2019est aussi un passage dans le fonctionnement et l\u2019organisation des territoires; dans leur gestion et dans celle des citadins qui les habitent; c\u2019est enfin un passage politique\u00a0\u00bb.\u00a0Repoussant son p\u00e9rim\u00e8tre, Garoua Boula\u00ef s\u2019urbanise \u00e0 la faveur des migrations, de l\u2019<em>humanitarisation<\/em> et de la militarisation.\u00a0Cette urbanisation passe par une transition d\u00e9mographique marqu\u00e9e par les migrations de ces derni\u00e8res ann\u00e9es (afflux de r\u00e9fugi\u00e9s) et les interventions militaires et humanitaires qui s\u2019en sont suivies pour accueillir et prot\u00e9ger les populations.\u00a0Les dynamiques qui accompagnent cette urbanisation sont particuli\u00e8rement informelles.\u00a0M\u00eame si l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s s\u2019est fait dans la douleur et l\u2019inqui\u00e9tude, l\u2019insertion des migrant\u00b7e\u00b7s dans les couloirs de la ville a \u00e9t\u00e9 davantage informelle.\u00a0Ce caract\u00e8re informel passe par des activit\u00e9s \u00e9conomiques (commerces de rue non r\u00e9glement\u00e9s, activit\u00e9s illicites), associatives et ill\u00e9gales.\u00a0Ces activit\u00e9s ont amplifi\u00e9 les dynamiques d\u00e9j\u00e0 en pr\u00e9sence en accordant \u00e0 la ville une visibilit\u00e9 au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du pays. Garoua Boula\u00ef, cette ville de petite taille, a d\u00fb bousculer ses limites et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, s\u2019\u00e9tire vers les villages environnants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre projet \u00e9tait de discuter des changements que conna\u00eet la ville \u00e0 la faveur des migrations sous le prisme des probl\u00e9matiques de s\u00e9curit\u00e9, plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u00a0Autant la s\u00e9curit\u00e9 constitue, dans ses d\u00e9veloppements th\u00e9oriques, une lunette de lecture des \u00e9v\u00e8nements contemporains (Mofette\u00a0\u00a0, 2012), autant son corollaire l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 peut constituer un paradigme.\u00a0M\u00eame si elle est comprise dans le vocable plus g\u00e9n\u00e9ral de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, elle peut \u00eatre dissociable de celle-ci en ce sens qu\u2019elle n\u2019int\u00e9grera pas la sph\u00e8re de la production de la s\u00e9curit\u00e9 (N\u2019nde, 2016\u00a0\u00a0).\u00a0Elle concernera des ph\u00e9nom\u00e8nes plus particuliers qui traduisent la perturbation de l\u2019ordre social et individuel.\u00a0La r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est individuelle \u00e0 travers son v\u00e9cu, ses perceptions, son histoire, son rapport \u00e0 l\u2019environnement et au monde.\u00a0L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est l\u2019aboutissement d\u2019un processus social de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale &#8211; et urbain plus sp\u00e9cifiquement &#8211; o\u00f9 l\u2019on observe une rupture violente du processus d\u2019inscription dans la sph\u00e8re socio-urbaine. C\u2019est la distance agressive qui se cr\u00e9e entre les projets individuels ou de groupe et la r\u00e9alisation de soi.\u00a0Elle est sociale ou collective et peut traduire les relations qui organisent la vie des groupes humains.\u00a0Si par la criminalisation on peut construire une cat\u00e9gorie criminelle porteuse des germes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 comme c\u2019est le cas des populations r\u00e9fugi\u00e9es, on peut comprendre les conflits qui peuvent na\u00eetre \u00e0 l\u2019occasion de la cohabitation des communaut\u00e9s h\u00f4tes et r\u00e9fugi\u00e9es.\u00a0Cela attire donc davantage d\u2019initiatives publiques et administratives.\u00a0Ainsi, la transition urbaine que conna\u00eet Garoua Boula\u00ef est fortement marqu\u00e9e par ses dynamiques d\u2019accueil, les conditions et les possibilit\u00e9s qu\u2019elle offre aux migrant\u00b7e\u00b7s r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e\u00b7s et \u00e0 tous ceux qui s\u2019y rattachent, ainsi qu\u2019\u00e0 tout ce qui s\u2019inscrit dans l\u2019environnement politique et s\u00e9curitaire que conna\u00eet la r\u00e9gion.<\/p>\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ab\u00e9, Claude. 2003. Pratique et productivit\u00e9 de la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re en Afrique centrale : l&rsquo;exemple des Zargina. Bulletin de l&rsquo;APAD [En ligne], 25. <span style=\"font-size: 1em\">DOI\u00a0: https:\/\/doi.org\/10.4000\/apad.201<\/span><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Antoine, Philippe et Savane, L.\u00a01990.\u00a0Urbanisation et migration en Afrique. In\u00a0<em>The role of migration in African development\u00a0: issues and policies for the 90s<\/em> (55\u201181).<em>\u00a0<\/em>UEPA, Conf\u00e9rence de Nairobi.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Antoine, Philippe.\u00a01991.\u00a0Croissance urbaine et insertion des migrants dans les villes africaines.\u00a0L&rsquo;exemple de Dakar<em>.\u00a0Les Cahiers<\/em>, <em>16<\/em>, 9\u201123.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Asogba, Yao.\u00a02017.\u00a0Sociologie de Jean-Marc Ela ou Quand la sociologie p\u00e9n\u00e8tre en brousse.\u00a0<em>Cahier de la Chaire de recherche en d\u00e9veloppement des collectivit\u00e9s S\u00e9rie Recherche<\/em>, <em>47<\/em>. URL\u00a0:http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/assogba_yao\/Sociologie_de_JM_Ela\/Sociologie_de_JM_Ela_tdm.html<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Attoh, Ka. 2011.\u00a0What kind of right is the right to the city?.\u00a0<em>Progress in Human Geography<\/em>,\u00a035(5), 669-685.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Body-Gendrot, Sophie. 2001. Les villes, la fin de la violence? Paris, Presses de Sciences Po.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bonafe-schmitt, Jean-Pierre. 1991. La gestion polici\u00e8re de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, in Bernard, Yvon. et Segaud, Marion. (dir.), <em>La Ville inqui\u00e8te : habitat et sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 <\/em>(177-209)<em>.<\/em> La Garenne-colombes : \u00c9ditions de l&rsquo;espace europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calvin,\u00a0Minfegue.\u00a02019.\u00a0S\u2019engager quand on est r\u00e9fugi\u00e9 centrafricain \u00e0 Garoua-Boula\u00ef (Cameroun).\u00a0<em>Carnets de g\u00e9ographes<\/em> [En ligne], 12 | 2019, mis en ligne le 09 d\u00e9cembre 2019, consult\u00e9 le 03 septembre 2021.\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">DOI: https:\/\/doi.org\/10.4000\/cdg.4493<\/span><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chaguiboff, Jean. 1991. La repr\u00e9sentation spatiale de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. in Bernard Y. et Segaud M. (dir.), <em>La Ville inqui\u00e8te : habitat et sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 <\/em>(67-73)<em>.<\/em> La Garenne-colombes : \u00c9ditions de l&rsquo;espace europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dawa\u00ef, Samuel. 2019. Legal Transborder Crime of Chadian Immigrants in N&rsquo;gaoundere, Garoua and Maroua (Cameroon): Factors, Typology and Consequences. <em>AfriHeritage Working Paper 2019<\/em>, 001. URL : https:\/\/www.africaportal.org\/publications\/legal-transborder-crime-chadian-immigrants-ngaoundere-garoua-and-maroua-cameroon-factors-typology-and-consequences\/<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Descloitres, Robert.\u00a01972.\u00a0\u00c9volution des structures familiales et migrations \u00e0 Abidjan. In ORSTOM (dir.)\u00a0<em>La Croissance <\/em>\u00a0\u00a0<em>urbaine en Afrique Noire et \u00e0 Madagascar<\/em>, tome 1 (525-534). Paris : \u00c9ditions du CNRS.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ela, Jean-Marc.\u00a01983.\u00a0<em>La ville en Afrique noire<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Findley E., Sally.\u00a01989.\u00a0Les migrations f\u00e9minines dans les villes africaines.\u00a0Une revue de leurs motivations et exp\u00e9riences.\u00a0Dans Antoine, Philippe et Coulibaly, Sidiki (dir.), <em>L\u2019Insertion urbaine des migrants en Afrique<\/em> (55-70).\u00a0Bondy\u00a0: ORSTOM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guillaumin Colette. 1998. Race and nature: the system of marks. The idea of natural group and social relationships. <em>Feminist Issues<\/em>, 8, 25-44.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hanappe, Cyrille et Al Neimi, \u00c9lise. 2020. Villes ouvertes, villes accueillantes. Paris\u00a0: Charles L\u00e9opold Mayer.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jeune Afrique du 14 mars 2014\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kelly, George. 1955. The psychology of personal constructs. <em>Norton<\/em>, 1, 2.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lahlou M.\u00a0et Escoffier C. 2002. Rapport de l\u2019enqu\u00eate migrants men\u00e9e au Maroc, in Lucile Barros Mehdi Lahlou Claire Escoffier Pablo Pumares Paolo Ruspini (eds.), <em>L\u2019Immigration irr\u00e9guli\u00e8re subsaharienne \u00e0 travers et vers le Maroc <\/em>(<em>15-35<\/em>). Gen\u00e8ve : BIT.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lahlou, Mehdi. 2002. Pourquoi partent-ils? L\u2019Afrique entre pauvret\u00e9 et exode. Dans Lucile Barros Mehdi Lahlou Claire Escoffier Pablo Pumares Paolo Ruspini (dir.), <em>L\u2019Immigration irr\u00e9guli\u00e8re subsaharienne \u00e0 travers et vers le Maroc<\/em> (1-\u00a011).\u00a0Gen\u00e8ve\u00a0:\u00a0BIT.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lefebvre, Henri.\u00a02009 [1968].<em>\u00a0Le Droit \u00e0 la ville<\/em>.\u00a0<em>Economica\u2013Anthropos<\/em> (3\u00e8me\u00a0\u00e9dition). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lfatmi, Younes.\u00a02017.\u00a0L\u2019acc\u00e8s des enfants r\u00e9fugi\u00e9s syriens \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0: entre le poids de la condition sociale et les enjeux d\u2019int\u00e9gration, le cas de l\u2019agglom\u00e9ration de Rabat.\u00a0Dans Mouna, Khalid, Harrami, Noureddine\u00a0et Maghraoui, Driss\u00a0\u00a0\u00a0(dir.), <em>L\u2019immigration au Maroc\u00a0: les d\u00e9fis de l\u2019int\u00e9gration<\/em> (13-23). Universit\u00e9 Moulay Ismail.\u00a0 URL :\u00a0https:\/\/ma.boell.org\/fr\/2018\/06\/18\/limmigration-au-maroc-les-defis-de-lintegration<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Locoh, Th\u00e9r\u00e8se.\u00a01989.\u00a0Le r\u00f4le des familles dans l&rsquo;accueil des migrants vers les villes africaines.\u00a0Dans, Antoine, Philippe et Coulibaly, Sidiki (dir.), <em>L\u2019Insertion urbaine des migrants en Afrique<\/em> (21-33).\u00a0Bondy\u00a0: ORSTOM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res du 17 f\u00e9vrier 2014\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-boulai-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moffette, Didier. 2012. \u00c9tudes critiques de la s\u00e9curit\u00e9 : quelques contributions th\u00e9oriques pour une anthropologie de la s\u00e9curit\u00e9. <em>Aspects sociologiques<\/em>, 19(1), 39-68.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Morange, Marianne et Spire, Amandine.\u00a02019.\u00a0Le droit \u00e0 la ville aux Suds.\u00a0Appropriations et d\u00e9clinaisons africaines.\u00a0Cybergeo. <em>European Journal of Geography.\u00a0<\/em><em>Espace, Soci\u00e9t\u00e9, Territoire<\/em>, document 895. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/cybergeo.32166\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/cybergeo.32166<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moser, Gabriel et Lidvan, Philippe. 1991. Environnement et sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 Dans Bernard Y. et Segaud M. (dir.), <em>La ville inqui\u00e8te: habitat et sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 (53-66).<\/em> La Garenne-colombes : \u00c9ditions de l&rsquo;espace europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ndjana Modo, Abraham. 2014. <em>Garoua Boulai\u00a0: Le traumatisme des populations.<\/em>Alwihda Info, magazine en ligne, du 5 juin 2014. URL :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.alwihdainfo.com\/Garoua-Boulai-Le-traumatisme-des-populations_a11562.html\">https:\/\/www.alwihdainfo.com\/Garoua-Boula\u00ef-Le-traumatisme-des-populations_a11562.html<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris.\u00a02018.\u00a0Environnement s\u00e9curitaire et offre humanitaire\u00a0: l\u2019\u00e9volution des repr\u00e9sentations des r\u00e9fugi\u00e9s du site de Gado Badzer\u00e9 au Cameroun.\u00a0<em>Fondation Croix-Rouge fran\u00e7aise, Les Papiers de la Fondation<\/em>, 17\u00a0\u00a0. URL : https:\/\/www.fondation-croix-rouge.fr\/recherches-soutenues\/environnement-securitaire-a-minawao-au-cameroun-2\/<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris. 2016. <a href=\"https:\/\/corpus.ulaval.ca\/jspui\/handle\/20.500.11794\/26932\">Production de la s\u00e9curit\u00e9, rationalit\u00e9 et gouvernance locale\u00a0: une ethnographie urbaine \u00e0 Douala et Yaound\u00e9 (Cameroun)<\/a>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Laval.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ou\u00e9draogo, Dieudonn\u00e9.\u00a01989.\u00a0Quelques rep\u00e8res sur l\u2019insertion \u00e9conomique des migrants dans les villes burkinab\u00e8.\u00a0Dans, Antoine, Philippe et Coulibaly, Sidiki (dir.), <em>L\u2019Insertion urbaine des migrants en Afrique<\/em> (93-107).\u00a0Bondy\u00a0: ORSTOM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Owono, Jacque\u00a0\u00a0s Fulbert.\u00a02017.\u00a0<em>Terrorisme ou para terrorisme en Afrique centrale\u00a0: le cas de Boko Haram au Cameroun<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Connaissances et Savoirs.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Parnell, Susan, Pieterse, Edgar.\u00a0\u00a0\u00a02010. The \u2018right to the city\u2019: institutional imperatives of a developmental state.\u00a0<em>International Journal of Urban and Regional Research<\/em>, <em>34 <\/em>(1), 146\u2013162.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa. 2001.\u00a0Sonngoobe, bandits justiciers dans la plaine du Diamar\u00e9 (Nord-Cameroun) sous l\u2019administration fran\u00e7aise.\u00a0<em>Ngaound\u00e9r\u00e9-Anthropos<\/em>\u00a0<em>VI<\/em>, 137-154.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa.\u00a02006.\u00a0La prise d\u2019otages aux confins du Cameroun, de la Centrafrique et du Tchad.\u00a0Une nouvelle modalit\u00e9 du banditisme frontalier.\u00a0<em>Polis\/RCSP\/GPSR<\/em>,\u00a0<em>III <\/em>(1-2), 119-146.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa.\u00a02010.\u00a0<em>Les coupeurs de route.\u00a0Histoire du banditisme rural et transfrontalier dans le bassin du lac Tchad<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sa\u00efbou, Issa.\u00a02004. L\u2019embuscade sur les routes des abords sud du Lac Tchad.\u00a0<em>Politique africaine<\/em>, <em>94<\/em>(2), 82-104.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seignobos, Christian.\u00a02011.\u00a0Le pulaaku, ultime recours contre les coupeurs de route.\u00a0Province du Nord au Cameroun.\u00a0<em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>240<\/em>(4), 11-23.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seignobos, Christian.\u00a02011.\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne zargina dans le nord du Cameroun.\u00a0Coupeurs de route et prises d&rsquo;otages, la crise des soci\u00e9t\u00e9s pastorales \u00a0\u00a0mbororo.\u00a0<em>Afrique contemporaine<\/em>, <em>239<\/em>(3),\u00a035-59.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Steck, Jean Fabien.\u00a0\u00a0\u00a02006.\u00a0Qu&rsquo;est-ce que la transition urbaine? Croissance urbaine, croissance des villes, croissance des besoins \u00e0 travers l&rsquo;exemple africain<em>.\u00a0Revue d&rsquo;\u00e9conomie financi\u00e8re<\/em>, <em>86<\/em>, 267-283.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/contributors\/pierre-boris-nnde\">Pierre Boris N\u2019NDE<\/a><\/strong><br \/>Enseignant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9 au Cameroun, l\u2019auteur est titulaire d\u2019un PhD en anthropologie sociale et culturelle de l\u2019Universit\u00e9 Laval (Qu\u00e9bec, Canada).. Il a effectu\u00e9 un postdoctorat en recherche humanitaire sous le financement de la Fondation Croix-Rouge fran\u00e7aise. Il a \u00e9galement travaill\u00e9 comme charg\u00e9 de cours et professionnel de recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval. Il s\u2019int\u00e9resse aux dynamiques des villes, aux questions de violence et de s\u00e9curit\u00e9. Il est actuellement co-r\u00e9dacteur en chef de la revue Gari et membre du comit\u00e9 scientifique des \u00c9ditions Sciences et Bien Commun.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-260-1\">Ce taux est bien plus \u00e9lev\u00e9 aujourd\u2019hui. <a href=\"#return-footnote-260-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-2\">\u00c0 partir du cas burkinab\u00e8. <a href=\"#return-footnote-260-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-3\">http:\/\/www.cvuc-uccc.com\/national\/index.php\/fr\/carte-communale\/region-de-lest\/123 association\/carte-administrative\/est\/lom-et-djerem\/492-garoua-Boula\u00ef <a href=\"#return-footnote-260-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-4\">Camerounaise des Eaux. <a href=\"#return-footnote-260-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-5\">R\u00e9publique Centrafricaine. <a href=\"#return-footnote-260-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-6\">Cr\u00e9dit photo : https:\/\/www.dw.com\/fr\/le-calvaire-des-r\u00e9fugi\u00e9s-centrafricains-au-cameroun\/a-56281996 <a href=\"#return-footnote-260-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-7\">Cr\u00e9dit photo : https:\/\/www.thenewhumanitarian.org\/fr\/reportage\/2014\/03\/12\/le-cameroun-confronte-un-afflux-important-de-refugies-centrafricains <a href=\"#return-footnote-260-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-8\">Haut Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s. <a href=\"#return-footnote-260-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-9\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/depeches\/20549\/politique\/garoua-Boula\u00ef-premiere-halte-sur-la-route-de-lexil-de-centrafrique\/, consult\u00e9 le 6 ao\u00fbt 2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a005. <a href=\"#return-footnote-260-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-10\">https:\/\/www.msf.fr\/actualites\/refugies-centrafricains-au-cameroun-ils-sont-tres-affaiblis-mais-ils-sont-surtout-traumatises, consult\u00e9 le 06-08-2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a031. <a href=\"#return-footnote-260-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-11\">Notamment les enl\u00e8vements, les infanticides, les viols, etc. <a href=\"#return-footnote-260-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-12\">https:\/\/www.alwihdainfo.com\/Garoua-Boula\u00ef-Le-traumatisme-des-populations_a11562.html, consult\u00e9 le 06-08-2021 \u00e0 3\u00a0:\u00a031. <a href=\"#return-footnote-260-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-13\">Expression locale qui signifie coupeurs de route. <a href=\"#return-footnote-260-13\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 13\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-14\">Code d\u2019honneur et de valeurs partag\u00e9 par les membres de la communaut\u00e9 qui oblige \u00e0 la biens\u00e9ance, au respect des lois, coutumes, au respect d\u2019autrui et de ses biens. <a href=\"#return-footnote-260-14\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 14\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-15\">Seignobos traduit cette expression par \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb. <a href=\"#return-footnote-260-15\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 15\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-16\">Car on rencontrera des communaut\u00e9s, notamment de Gado Badzer\u00e9 qui affirment maintenir d\u2019excellents rapports avec les populations r\u00e9fugi\u00e9es. <a href=\"#return-footnote-260-16\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 16\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-17\">Programme de D\u00e9veloppement \u00c9conomique et Social des Villes secondaires expos\u00e9es \u00e0 des facteurs d\u2019instabilit\u00e9. <a href=\"#return-footnote-260-17\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 17\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-18\">Publi\u00e9 le 2 f\u00e9vrier 2021 par La Nouvelle Expression n\u00b0 5397. <a href=\"#return-footnote-260-18\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 18\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-19\">Plus r\u00e9cemment 117 militaires centrafricains ont trouv\u00e9 refuge \u00e0 Garoua-Boula\u00ef apr\u00e8s une offensive de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). <a href=\"#return-footnote-260-19\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 19\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-260-20\">PUI\u00a0: Premi\u00e8re Urgence Internationale; IMC\u00a0: International Medical Corps, CRS\u00a0: Catholic Relief Services; UNICEF\u00a0: (United Nations of International Children's Emergency Fund) Fonds des nations unies pour l\u2019enfance. <a href=\"#return-footnote-260-20\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 20\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["pierre-boris-nnde"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[88],"license":[],"class_list":["post-260","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-humanitaire","motscles-insecurite","motscles-refugie","motscles-securisation","keywords-humanitarian","keywords-insecurity","keywords-refugee","keywords-security","keywords-urban-transition","contributor-pierre-boris-nnde"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/260","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/260\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":569,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/260\/revisions\/569"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/260\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=260"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=260"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=260"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=260"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}