{"id":318,"date":"2021-11-16T17:30:42","date_gmt":"2021-11-16T16:30:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/?post_type=chapter&#038;p=318"},"modified":"2022-05-22T17:51:34","modified_gmt":"2022-05-22T15:51:34","slug":"nnde_et_talla2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/texte\/nnde_et_talla2021\/","title":{"rendered":"Informalit\u00e9, appropriation populaire et projection d\u2019espaces urbains s\u00e9curis\u00e9s"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Acc\u00e9der \u00e0 la ville est un investissement de soi en termes d\u2019identification \u00e0 l\u2019espace urbain. Cet investissement peut \u00eatre \u00e9conomique, affectif ou \u00e9motionnel, voire politique. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la ville exige des n\u00e9gociations autant avec les populations qu\u2019avec les espaces, notamment en ce qui concerne le logement ou la vie de quartier o\u00f9 se construisent des r\u00e8gles de vie commune. Il sugg\u00e8re une adaptation aux contextes en place (citadinit\u00e9) et peut faire \u00e9merger des modes d\u2019\u00eatre urbains. De plus, il peut susciter, au-del\u00e0 de l\u2019habitabilit\u00e9, des projets urbains qui peuvent \u00eatre communautaires, individuels, ethniques ou \u00e9conomiques. Vivre en ville peut s\u2019av\u00e9rer \u00eatre un processus dont les d\u00e9veloppements varient en fonction des environnements sociaux. Notre projet questionne particuli\u00e8rement les modalit\u00e9s d\u2019appropriation des espaces urbains qui connaissent une red\u00e9finition, une territorialisation, une transformation et dont les communaut\u00e9s sont porteuses de projets utopiques, c\u2019est-\u00e0-dire des constructions ou des projections imaginaires d\u2019un type de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019article travaille \u00e0 observer les espaces o\u00f9 les formes de cohabitation se structurent autour d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019appartenance. En \u00e9tudiant les quartiers de la ville de Yaound\u00e9 au Cameroun, nous nous sommes principalement int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9. D\u00e8s lors, ce travail part du constat selon lequel le d\u00e9veloppement de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 suscite des formes d\u2019organisation populaire pour prot\u00e9ger la vie communautaire. L\u2019organisation ne na\u00eet pas spontan\u00e9ment, mais elle est bas\u00e9e sur des relations particuli\u00e8res que les individus ou les populations entretiennent entre eux et avec leurs espaces. Cette relation \u00e0 l\u2019espace peut se traduire de plusieurs fa\u00e7ons. C\u2019est donc en partant de ces relations avec les espaces des quartiers que l\u2019on remarque des modes sp\u00e9cifiques de comportements qui visent \u00e0 chaque fois une conception mentale futuriste du quartier et par-del\u00e0, la ville. La question centrale qui guide ce texte interroge \u00e0 la fois les mod\u00e8les urbains des populations des quartiers ainsi que leur participation aux processus d\u2019appropriation des espaces des quartiers. Comment les populations des quartiers urbains \u00e0 travers leurs projets de s\u00e9curisation transforment la ville? Nous cherchons \u00e0 comprendre le processus d\u2019appropriation des espaces des quartiers par les communaut\u00e9s de Douala et Yaound\u00e9 face les questions de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article se base sur des donn\u00e9es collect\u00e9es entre 2013 et 2020 dans les quartiers de Komkana et Briqueterie \u00e0 Yaound\u00e9\u00a0et dans les quartiers de B\u00e9panda et New Bell \u00e0 Douala. La m\u00e9thodologie adopt\u00e9e est essentiellement de l\u2019observation directe. Nous retenons que les dynamiques d\u2019appropriation communautaires sont engendr\u00e9es par diff\u00e9rentes formes d\u2019activit\u00e9s, de pratiques ou d\u2019actions qui prennent corps dans les villes et qui mobilisent diff\u00e9rentes cat\u00e9gories d\u2019acteurs et d\u2019actrices dont les r\u00e9sultats contribuent tr\u00e8s souvent \u00e0 fa\u00e7onner le paysage urbain, \u00e0 le modifier ou \u00e0 lui donner une certaine figure. Pour r\u00e9pondre \u00e0 la question centrale, nous proposons de montrer dans la premi\u00e8re et la seconde partie comment l\u2019informalit\u00e9 et la s\u00e9gr\u00e9gation favorisent le contr\u00f4le des espaces des quartiers. Ensuite, nous souhaitons discuter des dynamiques collaboratives, organisatrices avec pour objectif de comprendre la construction et le d\u00e9veloppement des identit\u00e9s sous fond de violence. Cela nous permettra d\u2019expliquer les utopies qui prennent corps dans un contexte de s\u00e9curisation et qui permettent en m\u00eame temps d\u2019entrevoir une image futuriste de la ville.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L'informalit\u00e9 et le contr\u00f4le de l'espace urbain<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019importance d\u2019un discours sur l\u2019informalit\u00e9 tire sa pertinence dans les rapports que la dynamique informelle entretient avec l\u2019occupation des espaces ainsi que la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Dans la mesure o\u00f9 l\u2019informalit\u00e9 se d\u00e9veloppe dans les villes, elle c\u00f4toie sans cesse les p\u00e9rim\u00e8tres qui font office d\u2019espaces ins\u00e9curis\u00e9s. C\u2019est donc en raison du dialogue qui existe entre les acteurs et actrices du secteur informel et les pratiques de s\u00e9curisation que nous trouvons important d\u2019accorder une attention \u00e0 l\u2019informalit\u00e9. Comprendre l\u2019informalit\u00e9, c\u2019est l\u2019aborder dans sa dimension g\u00e9n\u00e9rale. Elle ne concerne pas seulement les activit\u00e9s \u00e9conomiques, mais s\u2019applique \u00e9galement dans le cadre de l\u2019habitat. La gestion ou l\u2019occupation des espaces peut se faire de fa\u00e7on informelle. L\u2019existence et le d\u00e9veloppement des habitats spontan\u00e9s, des logements exigus et m\u00eame l\u2019occupation des espaces publics \u00e0 des fins d\u2019habitation en t\u00e9moignent[footnote]Les quartiers Ntaba et Tsinga Elobi \u00e0 Yaound\u00e9 o\u00f9 mar\u00e9cages et flancs de collines ont spontan\u00e9ment laiss\u00e9 prosp\u00e9rer des maisons d\u2019habitation. Newton a\u00e9roport dans la ville de Douala s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 sur un domaine public tout autour de l\u2019a\u00e9roport international de Douala et par le fait m\u00eame impropre aux habitations.[\/footnote]. De m\u00eame, les activit\u00e9s de location, qui se trouvent \u00e0 mi-chemin entre l\u2019\u00e9conomique et l\u2019habitat, se n\u00e9gocient dans un cadre informel. Il est donc important, pour comprendre l\u2019informalit\u00e9, d\u2019\u00e9tablir des cat\u00e9gories qui permettent non seulement de faire ressortir ses diff\u00e9rents secteurs de d\u00e9ploiement, mais aussi ses cadres l\u00e9gaux. \u00c0 cet effet, C\u00e9r\u00e9zuelle (1997) rend compte de fa\u00e7on sch\u00e9matique de cette r\u00e9alit\u00e9. Pour lui, l\u2019informalit\u00e9 peut \u00eatre l\u00e9gale ou ill\u00e9gale dans ses rapports avec la r\u00e9glementation, elle peut aussi \u00eatre marchande ou non marchande dans son contexte \u00e9conomique. Le tableau suivant \u00e9tablit quelques activit\u00e9s et les cadres ou domaines dans lesquels elles s\u2019ins\u00e8rent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tableau 1. Tableau des divers registres du champ \u00e9conomique<\/p>\r\n\r\n<div style=\"text-align: justify\">\r\n<dl id=\"attachment_321\">\r\n \t<dt><img src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/11\/Capture-decran-2021-11-16-181057.png\" alt=\"\" width=\"851\" height=\"545\" \/><\/dt>\r\n \t<dd>Source : Daniel C\u00e9r\u00e9zuelle (1997, p.\u00a0184)<\/dd>\r\n<\/dl>\r\n<\/div>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme nous l\u2019avons dit plus haut, consid\u00e9rer l\u2019informalit\u00e9 uniquement d\u2019un point de vue \u00e9conomique simplifie et amoindrit l\u2019id\u00e9e que nous pouvons avoir de ses potentialit\u00e9s d\u2019action. Cela pourrait m\u00eame emp\u00eacher de voir ses influences dans plusieurs autres ph\u00e9nom\u00e8nes qui, pourtant, lui sont tr\u00e8s reli\u00e9s. Si elle int\u00e8gre les sch\u00e9mas de vie des acteurs et actrices, elle peut tout aussi bien toucher ces autres domaines de la vie dont nous retenons, pour ce qui est du pr\u00e9sent travail, l\u2019habitat. D\u00e8s lors, le tableau de C\u00e9r\u00e9zuelle (1997), en tenant compte d\u2019activit\u00e9s non marchandes, offre un espace pour int\u00e9grer les dynamiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019habitat. Notre d\u00e9veloppement se fera en deux parties : la premi\u00e8re pr\u00e9sente l\u2019informalit\u00e9 dans le cadre des activit\u00e9s \u00e9conomiques et la seconde dans le contexte de l\u2019habitat.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Informalit\u00e9 \u00e9conomique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept d'informalit\u00e9, initi\u00e9 par Keith Harth (1973) en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette masse de population en marge des circuits \u00e9conomiques \u00ab formels \u00bb qui s'investit dans des activit\u00e9s non r\u00e9glement\u00e9es, concerne les pratiques marchandes ou non marchandes, l\u00e9gales ou ill\u00e9gales qui \u00e9voluent hors du circuit de contr\u00f4le et de l\u2019\u00c9tat. Cette cat\u00e9gorie sociale ne s'applique pas seulement aux vendeurs et vendeuses de rue, mais aussi \u00e0 toute autre activit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e partiellement ou enti\u00e8rement en dehors des cadres de r\u00e9gulation usuelle. L\u2019informel est per\u00e7u par Serge Latouche comme \u00ab non-structured, non-official, non-organized ... a-normal ... a-legal ... non-capitalist ... non visible and non-readable ... as the other of the grand society \u00bb (1993, p. 129\u2013131). Douala et Yaound\u00e9 illustrent bien cette r\u00e9alit\u00e9; on parlera par exemple des laveurs\/laveuses de v\u00e9hicules, des services d\u2019appel t\u00e9l\u00e9phonique (call box), des vendeurs\/vendeuses ambulant\u00b7e\u00b7s de cigarettes (Mbouombouo, 2005), mais aussi de petits ateliers m\u00e9caniques non enregistr\u00e9s et install\u00e9s dans les quartiers r\u00e9sidentiels. Ces activit\u00e9s s\u2019inscrivent dans un contexte de pauvret\u00e9. \u00c0 B\u00e9panda (Douala), le d\u00e9veloppement de ces activit\u00e9s de la d\u00e9brouille n\u2019est pas sans cr\u00e9er une modification du paysage et du fonctionnement urbain, impliquant par l\u00e0 de nouvelles donnes sociales. L\u2019occupation des trottoirs, d\u2019une partie des chauss\u00e9es et des carrefours par les marchand\u00b7e\u00b7s contribue \u00e0 r\u00e9tr\u00e9cir les voies de passage, comme c\u2019est le cas du \u00ab carrefour Tonnerre \u00bb, au quartier B\u00e9panda \u00e0 Douala, qui t\u00e9moigne non seulement de l\u2019expression \u00e9conomique de cette population, mais aussi de la red\u00e9finition des espaces. L\u2019occupation se fait progressivement, les habitudes s\u2019installent et l\u2019accoutumance cr\u00e9e des pseudopropri\u00e9taires d\u2019espaces qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 les d\u00e9fendre parfois par la violence. C\u2019est ce qu\u2019on remarque \u00e0 Douala au march\u00e9 central au lieu-dit Gazon<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Le citadin\/citadine de la ville y reconna\u00eet imm\u00e9diatement l\u2019espace de commerce informel de m\u00e9dicaments. Nodem (2009) faisait ce m\u00eame constat dans la r\u00e9gion de l\u2019Ouest Cameroun. La pratique des activit\u00e9s est reconnue par tous ceux et toutes celles qui ont recourt aux services des marchand\u00b7e\u00b7s au fil du temps. Dans la mesure o\u00f9 les agents de l\u2019ordre public sont d\u00e9sormais quasi absents de ces lieux, les populations laissent appara\u00eetre des modes de fonctionnement qui d\u00e9coulent d\u2019un contr\u00f4le progressif du quartier \u00e0 travers la quotidiennet\u00e9. Bien plus, la pr\u00e9sence dans le temps de ces activit\u00e9s \u00e9conomiques devient des rep\u00e8res indicatifs de carrefours[footnote]Le Gazon par exemple devient une expression populaire pour d\u00e9signer les carrefours de vente de m\u00e9dicaments et le poteau renvoie \u00e0 des librairies de rues o\u00f9 l\u2019on peut acheter et\/ou \u00e9changer des livres.[\/footnote], d\u2019axes routiers et des ruelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, l\u2019informel repr\u00e9sente l\u2019encombrement dans la mesure o\u00f9 ces activit\u00e9s alourdissent le trafic, la circulation des pi\u00e9tons et des v\u00e9hicules tout en causant des cas d\u2019accidents. Les travailleurs\/travailleuses de l\u2019informel nuisent \u2013 en termes de concurrence d\u00e9loyale \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie l\u00e9gale en offrant des prix plus bas que ceux des contribuables du march\u00e9 formel. Dans certaines circonstances, ils op\u00e8rent \u00e0 travers la contrebande et en-dehors de la l\u00e9gislation du march\u00e9 du travail. \u00c0 travers l\u2019occupation des voies de circulation pi\u00e9tonnes ou des espaces am\u00e9nag\u00e9s pour le d\u00e9cor et le design urbain, ils affaiblissent l\u2019a\u00e9ration, nuisent au paysage et \u00e0 l\u2019architecture urbaine. L\u2019\u00e9clat physique du paysage et la beaut\u00e9 artistique de la ville peuvent en \u00eatre s\u00e9rieusement affect\u00e9s. Telles sont les observations de Donovan (2008) au sujet de la ville de Bogota qui conna\u00eet les m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s. La transformation de ces espaces est un signe de leur contr\u00f4le par les acteurs\/actrices de l\u2019informel qui s\u2019y investissent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, les acteurs\/actrices de l\u2019informel ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9\u00b7e\u00b7s pour leurs qualit\u00e9s d\u2019innovation d\u2019entrepreneuriat, pour les r\u00e9seaux sociaux solides qu\u2019ils\/elles construisent, et leur capacit\u00e9 d\u2019adaptation \u00e0 la demande et aux contraintes de l\u2019\u00e9conomie actuelle (Birkbeck, 1978). Au d\u00e9part, l\u2019informel a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 le cadre o\u00f9 les acteurs\/actrices qui se faisaient exclure de l\u2019\u00e9conomie moderne (cadres formels) trouvaient un emploi. Il accueillait ainsi les victimes de la d\u00e9gradation des emplois formels (Centeno et Portes, 2006, p. 40). De nos jours, il repr\u00e9sente un cadre d\u2019action o\u00f9 les individus se dessinent d\u2019avance un parcours, sans jamais envisager d\u2019int\u00e9grer l\u2019\u00e9conomie formelle. C\u2019est le cas des garagistes, des couturiers\/couturi\u00e8res et des commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s qui en forment d\u2019autres. Les th\u00e9oriciens\/th\u00e9oriciennes de l\u2019informalit\u00e9 soutiennent que les commerces de rue sont premi\u00e8rement une forme d\u2019entrepreneuriat pour ceux ou celles qui ne peuvent pas s\u2019acheter ou louer des locaux. En outre, le commerce de rue serait encourag\u00e9 pour sa s\u00fbret\u00e9 sociale en dehors du syst\u00e8me de protection sociale moderne\u00a0dans la mesure o\u00f9 les acteurs\/actrices s\u2019assurent individuellement par leur couverture sociale. Enfin, le commerce informel serait le prolongement de l\u2019\u00e9conomie formelle \u00e0 travers notamment la vente de produits pr\u00e9c\u00e9demment acquis dans le syst\u00e8me formel\u00a0: les commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s peuvent \u00e0 cet effet vendre des marchandises de seconde main, non prises en compte par le syst\u00e8me formel, ils\/elles peuvent aussi vendre des marchandises neuves au d\u00e9tail et permettre ainsi la satisfaction d\u2019une client\u00e8le particuli\u00e8rement non ais\u00e9e. La mobilit\u00e9 des commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s informels\/informelles permettrait de desservir des zones qui ne sont pas couvertes par l\u2019\u00e9conomie formelle (Donovan, 2008). Les commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s de friperie forment ainsi un excellent r\u00e9seau d\u2019\u00e9coulement des produits, mais aussi d\u2019approvisionnement, d\u2019organisation de la qualit\u00e9 des articles et d\u2019entraide. Ces commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s qui occupent les espaces participent aussi \u00e0 l\u2019assainissement.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019habitat informel<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9 de l\u2019habitat s\u2019exprime \u00e0 travers les pratiques de lotissement informel. Kengne Fodouop, pour le cas de Yaound\u00e9, faisait remarquer qu\u2019<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une partie des habitants de Yaound\u00e9 vit dans des quartiers r\u00e9sidentiels de haut standing, une autre partie occupe des lotissements populaires ou des lotissements sous forme de cit\u00e9s int\u00e9gr\u00e9es construites et administr\u00e9es par la Soci\u00e9t\u00e9 Immobili\u00e8re du Cameroun (SIC) et une derni\u00e8re partie r\u00e9side dans des quartiers d\u2019habitat pr\u00e9caire (Kengne Fodouop, 2001, p. 213).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut ajouter qu\u2019on peut remarquer dans certains quartiers une installation en fonction de l\u2019origine ethnique qui favorise les regroupements. M\u00eame si l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est tr\u00e8s discutable, il faut reconna\u00eetre que les \u00ab\u00a0Haoussas ou foulb\u00e9s\u00a0\u00bb, des tribus originaires du Nord-Cameroun, sont tr\u00e8s agglutin\u00e9s dans certains quartiers de la ville de Yaound\u00e9, tels que la Briqueterie ou Mokolo. Les nouveaux\/nouvelles arrivant\u00b7e\u00b7s sont accueilli\u00b7e\u00b7s par leurs proches et s\u2019installent le plus souvent \u00e0 proximit\u00e9. C\u2019est cette \u00ab\u00a0installation forc\u00e9e\u00a0\u00bb - en l\u2019absence du contr\u00f4le des pouvoirs publics - qui ne tient plus compte de l\u2019espace disponible ni de la grandeur des voies de circulation ou encore des espaces de loisirs, qui cr\u00e9e l\u2019exigu\u00eft\u00e9. Les habitant\u00b7e\u00b7s de Yaound\u00e9, poursuit Kengne Fodouop,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">sont si attach\u00e9s aux pratiques traditionnelles en cours dans leur village d\u2019origine qu\u2019ils ont transf\u00e9r\u00e9 certaines d\u2019entre elles dans la capitale; ainsi, de nombreuses demeures y sont plac\u00e9es sous la protection de l\u2019arbre de la paix que l\u2019on a plant\u00e9 dans la cour de la maison ou sous celle d\u2019un esprit familial pour lequel on a construit une petite niche devant la r\u00e9sidence (Kengne Fodouop, ibid., p. 217).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est la dynamique de vie des communaut\u00e9s qui cr\u00e9e les regroupements dans certains quartiers et encourage l\u2019\u00e9tablissement spontan\u00e9. Les r\u00e9centes op\u00e9rations de d\u00e9guerpissement organis\u00e9es par les municipalit\u00e9s en vue d\u2019expulser les populations des terrains situ\u00e9s, entre autres, sur les flancs de montagnes et aux abords des mar\u00e9cages, traduisent cette informalit\u00e9 de l\u2019habitat. En t\u00e9moignent aussi les conflits fonciers qui impliquent les terres indig\u00e8nes (Socpa, 2010). Les campagnes de recasement \u00e0 Yaound\u00e9 dans les quartiers Nkolndongo, Mballa III, Olembe et \u00e0 Douala dans les quartiers Bonaloka, Newton A\u00e9roport, sont des exemples concrets de situations o\u00f9 l\u2019\u00c9tat a d\u00fb d\u00e9truire un certain nombre d\u2019habitations spontan\u00e9es pour faire de l\u2019espace en vue de cr\u00e9er des quartiers de services. Les populations ainsi d\u00e9log\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es dans de nouveaux espaces appel\u00e9s zones de recasement. L\u2019occupation ill\u00e9gale provoque \u00e9galement une r\u00e9action brutale de l\u2019\u00c9tat. Durand-Lasserve et Tribillon\u00a0(2000, en ligne), dans un document de travail sur les \u00ab\u00a0questions urbaines\u00a0\u00bb pour expliquer l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 des quartiers urbains, diront qu\u2019<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit de quartiers non reconnus, souvent install\u00e9s hors des limites municipales puis progressivement int\u00e9gr\u00e9s dans le tissu urbain\u00a0:\u00a0quartiers constitu\u00e9s sans bases fonci\u00e8res l\u00e9gales (par invasion organis\u00e9e, ou occupation progressive, ou par acquisition informelle de terrains \u00e0 des vendeurs n\u2019ayant pas officiellement le droit de les vendre);\u00a0quartiers habit\u00e9s par des gens qui n\u2019ont pas vraiment droit de cit\u00e9, ou dont le droit de cit\u00e9 est contest\u00e9 en raison de leurs origines (minorit\u00e9s, \u00e9trangers, travailleurs immigr\u00e9s\u2026);\u00a0quartiers cr\u00e9\u00e9s sans autorisation des administrations en charge de l\u2019urbanisme ou de la gestion domaniale et fonci\u00e8re.\u00a0Quartiers construits en dehors de grilles parcellaires et des normes de construction officielles; quartiers occupants des sites impropres \u00e0 la construction (sites dangereux ou fragiles); quartiers normalement affect\u00e9s \u00e0 une autre fonction que l\u2019habitat (Durand-Lasserve et Tribillon, 2000, en ligne).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019informalit\u00e9 (ill\u00e9galit\u00e9) des quartiers, s'ajoute l\u2019informalit\u00e9 des constructions et ses types de logements. En effet, ils poursuivent\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ill\u00e9galit\u00e9 d\u2019un quartier fait aussi l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de chaque construction, qu\u2019elle soit \u00e0 usage d\u2019habitation, commercial, de production\u2026 mais des constructions ill\u00e9gales peuvent occuper des espaces parfois importants \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de quartiers consid\u00e9r\u00e9s comme parfaitement l\u00e9gaux\u00a0: constructions provisoires devenues permanentes (abris de chantiers, baraquements destin\u00e9s \u00e0 l\u2019accueil temporaire de populations sans abri); petits \u00eelots d\u2019habitat insalubre ou mini-bidonvilles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une trame parcellaire et aviaire tout \u00e0 fait l\u00e9gale\u00a0: il s\u2019agit souvent, de subdivisions ill\u00e9gales du parcellaire d\u2019origine faites sur une base commerciale; les occupants sont parfois des squatters, plus souvent des locataires ou sous-locataires;\u00a0constructions et extensions non d\u00e9clar\u00e9es ou de fortune dans les espaces urbains interstitiels, les cours, les jardins les emprises de voie, les talus, les berges, et les remblais\u2026 constructions locatives sous-standards surdensifi\u00e9es (Durand-Lasserve et Tribillon, 2000, en ligne).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Deux sc\u00e9narios dans les pratiques des acteurs\/actrices peuvent expliquer l\u2019informalit\u00e9 dans le cadre de l\u2019habitat. Le premier est relatif \u00e0 la commercialisation des terrains par les communaut\u00e9s locales, d'o\u00f9 \u00e9manent les propri\u00e9taires terriens. Le lotissement et la vente des parcelles se font tr\u00e8s souvent en marge de la r\u00e9glementation. Voil\u00e0 pourquoi la construction des voies de circulation (routes ou autoroutes comme c\u2019est le cas actuellement dans la ville de Douala) oblige l\u2019\u00c9tat \u00e0 d\u00e9truire les constructions situ\u00e9es dans des espaces non permis et qui embarrassent le trottoir ou la chauss\u00e9e. Le second sc\u00e9nario est celui des migrant\u00b7e\u00b7s. Si l\u2019informalit\u00e9 de l\u2019habitat a un lien \u00e9troit avec l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, c\u2019est parce qu\u2019il est difficile pour les propri\u00e9taires, dans certains cas, d\u2019avoir une connaissance exhaustive des personnes qui habitent les locaux lou\u00e9s. L\u2019exode rural a cr\u00e9\u00e9 une cat\u00e9gorie de populations jeunes et pauvres qui viennent du Nord du pays et s\u2019installent de fa\u00e7on massive aupr\u00e8s de leurs proches. L\u2019installation est incongrue et se fait \u00e0 l\u2019insu du propri\u00e9taire. Ce sont souvent ces jeunes, difficiles \u00e0 rep\u00e9rer, qui se livrent \u00e0 des larcins ou des agressions, contribuant ainsi \u00e0 gonfler le taux de criminalit\u00e9. Plus le taux de migrations est \u00e9lev\u00e9, plus la coh\u00e9sion ethnique est forte (surtout chez les populations d\u00e9s\u0153uvr\u00e9es et sans formation), plus le risque de regroupement s\u2019intensifie, cr\u00e9ant subs\u00e9quemment toutes sortes \u00ab\u00a0d\u2019entassement\u00a0\u00bb de la population et engendrant la promiscuit\u00e9 et l\u2019exigu\u00eft\u00e9, car les espaces libres deviennent rares. Si ce mode de vie est privil\u00e9gi\u00e9 par cette cat\u00e9gorie de population, c\u2019est entre autres en raison du fait qu\u2019il peut produire, dans certains milieux, des facilit\u00e9s pour l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. D\u00e8s lors, la question que pose Chouiki (2013)\u00a0prend ici tout son sens\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019informalit\u00e9 n\u2019est-elle pas urbaine avant d\u2019\u00eatre \u00e9conomique?\u00a0\u00bb. Par ailleurs, il ajoute\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, non seulement, les [populations] ont \u00e9t\u00e9 exclues de la ville europ\u00e9enne et se sont trouv\u00e9es oblig\u00e9es de s\u2019exiler en dehors des zones soumises \u00e0 la r\u00e9glementation introduite par l\u2019administration coloniale, mais une hi\u00e9rarchie de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace urbain s\u2019est ainsi institu\u00e9e. Ce refoulement s\u2019est accompagn\u00e9 du foisonnement d\u2019une \u00e9conomie de la d\u00e9brouillardise, \u00e0 la marge de la nouvelle \u00e9conomie formelle dominante en ville. L\u2019informalit\u00e9 est ainsi n\u00e9e comme le sous-produit de l\u2019intrusion coloniale qui a pouss\u00e9 les [populations] \u00e0 se prendre en charge en mati\u00e8re de logement comme en mati\u00e8re de travail (Chouiki, 1997,\u00a0p.\u00a086; Chouiki, 2013\u00a0p.\u00a02)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement de l\u2019informalit\u00e9 dans l\u2019habitat reste li\u00e9 aux difficult\u00e9s de logement et \u00e0 la raret\u00e9 de l\u2019offre d\u2019emploi. C\u2019est cette corr\u00e9lation, en lien avec l\u2019historicit\u00e9 de la construction de la ville, qui permet de rendre compte de l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne actuellement.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le red\u00e9ploiement continu de l\u2019informalit\u00e9 urbaine, en tant que forme renouvel\u00e9e de territorialisation et d\u2019appropriation de l\u2019espace urbain, est l\u2019expression de\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<ul>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">son caract\u00e8re de production des diff\u00e9rents processus d\u2019exclusion sociale;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">son aspect de reflet d\u2019une ville reproduisant incessamment les formes de s\u00e9lection sociale;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">des rapports \u00e9troits entre la territorialisation informelle et le march\u00e9 du travail;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">la d\u00e9multiplication des cat\u00e9gories socioprofessionnelles d\u00e9class\u00e9es;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">a reproduction continue de l\u2019informalit\u00e9 urbaine sur les marges externes de la ville.<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si les espaces de l\u2019informalit\u00e9 urbaine s\u2019inscrivent dans la globalit\u00e9 du contexte socio-\u00e9conomique, ils s\u2019inscrivent automatiquement dans la globalit\u00e9 urbaine de la m\u00e9tropole. L\u2019informel est presque pr\u00e9sent partout. (Chouiki, 2012, p.\u00a030)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9 na\u00eet du d\u00e9sir d\u2019appropriation urbaine, de recr\u00e9ation d\u2019un cadre de vie et m\u00eame de contestation d\u2019une certaine fa\u00e7on de faire, de b\u00e2tir, d\u2019habiter. Elle pose un d\u00e9fi dans la conception de la ville et dans les liens qu\u2019elle entretient avec tout autre ph\u00e9nom\u00e8ne ou activit\u00e9 \u00e9conomique ou non. C\u2019est dans cette logique qu\u2019on peut comprendre Chouiki lorsqu\u2019il d\u00e9clare que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9 se pr\u00e9sente comme une n\u00e9gation pure et simple de l\u2019urbanisme en vigueur, et non de l\u2019urbanit\u00e9. Elle constitue ainsi un rejet de la ville exclusive et la recherche du fa\u00e7onnement d\u2019une nouvelle identit\u00e9 urbaine, fond\u00e9e sur des structures urbaines faites sur mesure, par et pour des couches sociales agissant sur la ville \u00e0 partir de ses marges. Ce n\u2019est donc pas une remise en cause de l\u2019urbanit\u00e9, mais plut\u00f4t d\u2019une entreprise de se tailler une place dans cette urbanit\u00e9 (Chouiki, 2013 p.\u00a012).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous ne parlerons certes pas d\u2019une \u00ab\u00a0n\u00e9gation de l\u2019urbanisme en vigueur\u00a0\u00bb, mais d\u2019une dynamique de n\u00e9gociation des espaces d\u2019expression avec le mod\u00e8le r\u00e9pandu d\u2019urbanisme. Nous parlons de n\u00e9gociation dans la mesure o\u00f9 l\u2019habitat informel c\u00f4toie sans cesse le formel et tr\u00e8s souvent, les propri\u00e9taires ou locataires des espaces ou logements informels se retrouvent dans des circuits formels de sorte que l\u2019informalit\u00e9 constitue finalement une sorte de transition, une zone (temporaire) de passage.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En favorisant le contr\u00f4le des espaces des quartiers, l\u2019informalit\u00e9 repr\u00e9sente un cadre de construction des identit\u00e9s. La vie informelle fait na\u00eetre une pluralit\u00e9 de solidarit\u00e9s fond\u00e9es tr\u00e8s souvent sur des projets communs. Dans les quartiers \u00e9tudi\u00e9s, le projet de s\u00e9curit\u00e9 est \u00e0 l\u2019origine non seulement d\u2019une r\u00e9affirmation du contr\u00f4le des espaces urbains, mais surtout de la construction des identit\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9\u00a0: un cadre de production d\u2019espaces s\u00e9curis\u00e9s<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la faveur de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 grandissante \u00e0 laquelle il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse suffisante des forces de l\u2019ordre, les populations s\u2019organisent et cr\u00e9ent des structures vernaculaires pour r\u00e9pondre aux menaces : des comit\u00e9s de vigilance ou des groupes d\u2019autod\u00e9fense. Ces organisations peuvent collaborer avec les chefferies de quartier dans le cadre d'une gouvernance locale ou alors d\u00e9cider d\u2019un fonctionnement autonome, comme c\u2019est le cas pour certains groupes d\u2019influence ou de gangs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, il arrive que dans les quartiers \u00e0 forte ins\u00e9curit\u00e9 (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 forte r\u00e9currence d'actes de violence, de vols ou d'agressions), tr\u00e8s souvent les acteurs\/actrices de l\u2019informel financent des groupes de vigilance et d'autod\u00e9fense pour veiller sur leurs produits et leurs activit\u00e9s. Il est alors instaur\u00e9 des agents volontaires pour la surveillance du quartier \u00e0 travers les contr\u00f4les des all\u00e9es et venues des acteurs\/actrices \u00e0 des heures indues; cela ne vaut pas seulement pour les installations commerciales, mais aussi pour les habitations qui sont tout autour. Ainsi, \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9 de l'activit\u00e9, peut correspondre une s\u00e9curit\u00e9 du quartier. Ces activit\u00e9s, en plus d'\u00eatre en elles-m\u00eames productrices de revenus et de favoriser l\u2019auto-emploi, fournissent un cadre n\u00e9cessaire \u00e0 l'observation des pratiques illicites et sont cr\u00e9atrices - par la surveillance - d'un environnement s\u00e9curis\u00e9 (N\u2019nde, 2013). Les populations veulent prot\u00e9ger ce qui leur appartient d\u00e9sormais. Le d\u00e9ploiement des \u00e9quipes vernaculaires de s\u00e9curit\u00e9 est une manifestation de l\u2019engagement social et communautaire et une volont\u00e9 de contr\u00f4le et de surveillance. Prolongeant dans le m\u00eame registre, la succession d\u2019activit\u00e9s informelles de natures diff\u00e9rentes ne fait qu\u2019exprimer un d\u00e9sir de plus en plus accru d\u2019affirmer son appartenance \u00e0 l\u2019espace et de le poss\u00e9der en y inscrivant une part de soi par l\u2019implication. On peut aboutir plus loin \u00e0 des formes violentes d\u2019expression du contr\u00f4le des espaces urbains qui inventent les territoires. C\u2019est ce qu\u2019on retrouve chez les groupes d\u2019influences (N\u2019nde, 2016) ou dans les gangs de rue. Ceux-ci s\u2019improvisent comme \u00e9tant des \u00ab\u00a0gardiens\u00a0\u00bb du quartier, vont jusqu\u2019\u00e0 imposer des r\u00e8gles en marge de la r\u00e9glementation l\u00e9gale. Ils peuvent intervenir pour d\u00e9fendre ou prot\u00e9ger les habitant\u00b7e\u00b7s des quartiers. \u00c0 titre illustratif, on retrouve dans les villes de Douala et Yaound\u00e9 \u00ab\u00a0les gros bras\u00a0\u00bb. Ils symbolisent la force, l\u2019influence, l\u2019intimidation, les repr\u00e9sailles, la vengeance. Ils sont tr\u00e8s souvent mobilis\u00e9s pour venger ou punir toute personne ou groupe qui s\u2019est montr\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9sobligeant\u00a0\u00bb envers un autre ou envers un.e habitant.e du quartier prot\u00e9g\u00e9. Par extension, ce sont des personnes physiquement imposantes sollicit\u00e9es pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 des night-clubs, des \u00e9v\u00e8nements ou pour prot\u00e9ger des personnes ou personnalit\u00e9s importantes (Ramses Tsana Nguegang, 2019, p.\u00a0140).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9, puisqu\u2019elle laisse une zone d\u2019opportunit\u00e9 pour les individus, consacre en m\u00eame temps la production de la s\u00e9curit\u00e9 que b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre les habitant\u00b7e\u00b7s impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s ou non. Loin d\u2019\u00e9radiquer l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans les villes, la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire, qui s\u2019exprime par des patrouilles tr\u00e8s souvent nocturnes, est un champ d\u2019improvisation de ville o\u00f9 les uns et les autres peuvent entreprendre, \u00e0 travers des formes \u00e9l\u00e9mentaires de collaboration, une vision plus ou moins perfectionniste de ce qui pourrait \u00eatre d\u2019apr\u00e8s eux, un quartier s\u00e9curis\u00e9. D\u00e8s lors, les groupes de s\u00e9curit\u00e9 se font et se d\u00e9font, se construisent, se mettent en place et se d\u00e9sint\u00e8grent pour recommencer parfois quelques ann\u00e9es plus tard, ne t\u00e9moignent pas de la d\u00e9su\u00e9tude de cette pratique, mais plut\u00f4t du fait que les communaut\u00e9s recherchent \u00e0 chaque fois la meilleure forme et le meilleur contenu \u00e0 donner \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. L\u2019activit\u00e9 de s\u00e9curisation des quartiers invite un investissement de la part des communaut\u00e9s. Cet investissement pr\u00e9sente \u00e9galement une vision, une projection id\u00e9ale de ce que pourrait \u00eatre un quartier s\u00e9curis\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019identit\u00e9 et l\u2019utopie s\u00e9curitaire\u00a0: construction des territoires et subjectivation<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019identit\u00e9 urbaine peut se d\u00e9finir comme \u00ab\u00a0le processus d'agencement et de structuration de l'ensemble des repr\u00e9sentations que les diff\u00e9rents groupes sociaux internes et externes d'une ville se font d'elle, de son pass\u00e9, de son pr\u00e9sent et de son avenir, et ceci \u00e0 un moment donn\u00e9 de l'histoire\u00a0\u00bb (Galland, 1993, p.\u00a03). Cette d\u00e9finition se pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une kyrielle d\u2019autres d\u00e9finitions qui apparaissent tant\u00f4t similaires, tant\u00f4t contradictoires et m\u00eame diff\u00e9rentes, mais qui partagent une id\u00e9e commune\u00a0: l\u2019identit\u00e9 fait n\u00e9cessairement intervenir plusieurs \u00e9l\u00e9ments li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire, \u00e0 l\u2019espace (ou territoire), \u00e0 l\u2019appartenance et \u00e0 la diff\u00e9rence. D\u00e9finir l\u2019identit\u00e9, c\u2019est plonger \u00e9galement dans le d\u00e9bat qui s\u2019est construit autour de la d\u00e9finition de l\u2019ethnicit\u00e9. Lapierre en donne une autre consid\u00e9ration en mettant l\u2019accent sur ce qui fait l\u2019identit\u00e9 d\u2019un groupe\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est sa diff\u00e9rence par rapport \u00e0 d'autres groupes, [c\u2019est] un ensemble singulier de caract\u00e8res propres, qui signifie, symbolise cette unit\u00e9 et cette diff\u00e9rence, mais aussi la permanence de ce groupe dans le temps, \u00e0 travers l'histoire, malgr\u00e9 tous les changements qui l'ont affect\u00e9. L'identit\u00e9 collective renvoie aux images par lesquelles le groupe se reconna\u00eet un pass\u00e9 commun, le rem\u00e9more, le comm\u00e9more, l'interpr\u00e8te et le r\u00e9-interpr\u00e8te (Lapi\u00e8re, 1984, p.\u00a0197).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un d\u00e9veloppement sur l\u2019identit\u00e9 na\u00eet non seulement d\u2019un besoin d\u2019\u00e9laborer sur ses m\u00e9canismes de construction \u00e0 partir des migrations, mais aussi de comprendre comment les quartiers des villes fa\u00e7onnent leurs identit\u00e9s ainsi que les logiques qu\u2019ils abritent. Certaines populations qui ont un pass\u00e9 commun ou m\u00eame une origine commune s\u2019identifient la plupart du temps par rapport \u00e0 leur appartenance ethnique, par rapport au village d\u2019origine, par rapport \u00e0 la langue; d\u2019autres s\u2019identifient par rapport aux d\u00e9fis et projets actuels que pose le quartier qui est \u00e0 construire, d\u2019autres encore par rapport aux associations qui les unissent, par rapport au quartier qu\u2019elles habitent. Dans le pr\u00e9sent travail, la probl\u00e9matique de l\u2019identit\u00e9 se pose chez les groupes d\u2019influence, dans la gouvernance locale des quartiers et m\u00eame chez les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire. Les groupes d\u2019influence sont des groupes d\u2019acteurs\/actrices dont certaines caract\u00e9ristiques similaires \u00e0 ceux des gangs de rue sont manifestes et qui ont pour seul objectif de d\u00e9fendre et prot\u00e9ger les valeurs du quartier. Il en existe pratiquement dans chaque quartier.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne les groupes d\u2019influence, l\u2019identit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 la construction des territoires r\u00e9els et imagin\u00e9s. \u00c0 partir de ces territoires, il est facile de distinguer deux cat\u00e9gories\u00a0transversales\u00a0: l\u2019en-groupe et le hors-groupe. L\u2019en-groupe repr\u00e9sente objectivement ceux\/celles qui font partie du quartier et le hors-groupe repr\u00e9sente en quelque sorte ceux\/celles qui n\u2019en font pas partie\u00a0: les \u00e9trangers\/\u00e9trang\u00e8res, les autres (Barth, 1969). Du point de vue des repr\u00e9sentations, l\u2019en-groupe repr\u00e9sente une entit\u00e9 ou une cat\u00e9gorie qui partage les id\u00e9es et les valeurs du groupe ou du quartier. Par contre, le hors-groupe repr\u00e9sente une cat\u00e9gorie nuisible \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement et \u00e0 la paix des quartiers. Avec la s\u00e9curit\u00e9, il existe une relation d\u2019interd\u00e9pendance entre l\u2019identit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9, en fonction des quartiers dans lesquels on se trouve. Dans certains quartiers o\u00f9 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la population est prononc\u00e9e, les besoins de s\u00e9curit\u00e9 conduisent \u00e0 la fabrication des structures du vivre ensemble. Pour ce faire, devant les besoins de s\u00e9curit\u00e9 ou pour r\u00e9pondre \u00e0 la menace que cause l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, les acteurs\/actrices se fondent une appartenance commune. Par ailleurs, dans des quartiers o\u00f9 la population est homog\u00e8ne, l\u2019identit\u00e9 constitue un tremplin vers la s\u00e9curisation (N\u2019nde, 2009). Ainsi, devant la probl\u00e9matique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, le d\u00e9sir de confort de l\u2019en-groupe et le besoin de contr\u00f4ler le hors-groupe grandit et fait na\u00eetre un int\u00e9r\u00eat certain pour l\u2019espace et les territoires, ceci \u00e0 des fins de distinction. En fait,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le rapport au sol, au paysage et \u00e0 l'espace b\u00e2ti appara\u00eet comme un \u00e9l\u00e9ment constitutif de l'identit\u00e9 urbaine, comme si ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient en quelque sorte les d\u00e9positaires de la m\u00e9moire collective d'une communaut\u00e9. Certains lieux en deviennent ainsi sacr\u00e9s et par l\u00e0 m\u00eame intouchables, comme si l'alt\u00e9ration ou la disparition de ces espaces physiques, g\u00e9ographiques ou urbanistiques devait engendrer la perte de cette m\u00e9moire. (Galland, 1993, p.\u00a08).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La protection des espaces du quartier se manifeste quelquefois par la violence, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un espace sacr\u00e9 dont la profanation occasionnerait in\u00e9luctablement une sanction. Dans la plupart des quartiers, les actes de vindicte populaire sont tr\u00e8s souvent incit\u00e9s par les groupes d\u2019influence, ceux-l\u00e0 qui disent d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats du quartier. En fait, si les fronti\u00e8res sont trac\u00e9es entre certains quartiers ou entre certains blocs de quartiers, c\u2019est en fonction de ce que ces espaces r\u00e9v\u00e8lent comme valeur, comme histoire et comme patrimoine. En effet,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">la somme des exp\u00e9riences v\u00e9cues tant individuellement que collectivement dans une r\u00e9gion urbaine garde en m\u00e9moire le cadre dans lequel ces exp\u00e9riences se sont d\u00e9roul\u00e9es, et retraverser ce cadre permet de r\u00e9activer les images qui soutiennent l'identit\u00e9. De fait, ces \u00e9l\u00e9ments spatiaux sont d'excellents r\u00e9v\u00e9lateurs de l'identit\u00e9 urbaine (Galland, ibid.).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Plus loin, on peut constater que la gouvernance des quartiers, qui s\u2019\u00e9tablit en structure d\u2019administration locale du quartier, se pose de fa\u00e7on distincte dans chacun des quartiers. Dans certains quartiers des villes camerounaises, le pouvoir de la chefferie est h\u00e9r\u00e9ditaire. Dans d\u2019autres, il se transmet par \u00e9lection ou par d\u00e9signation par l\u2019autorit\u00e9 publique administrative. De cette mani\u00e8re, les identit\u00e9s qui se forment sont distinctes en fonction de l\u2019organisation de l\u2019espace et des rapports entre l\u2019autorit\u00e9 locale et les populations. Les traditions de gouvernance font na\u00eetre une forme particuli\u00e8re du vivre ensemble. C\u2019est \u00e0 partir de la distinction que Barth (1969) \u00e9tablit entre le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb, pr\u00e9c\u00e9demment traduit par \u00ab\u00a0en-groupe\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0hors-groupe\u00a0\u00bb\u00a0et par la pertinence des fronti\u00e8res que les identit\u00e9s maintiennent leur ancrage.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses travaux sur les discours des arabis\u00e9s du centre du Maroc, Sa\u00efd Bennis fournit des \u00e9l\u00e9ments de compr\u00e9hension des dynamiques associ\u00e9es \u00e0 cette distinction entre en-groupe et hors-groupe. Pour lui, \u00ab\u00a0l\u2019en-groupe renvoie aux pratiques et aux valeurs au sein d\u2019un groupe et il est d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019espace occup\u00e9 par ce groupe; [\u2026] la tendance \u00e0 l\u2019en-groupe est essentiellement une annexion du sujet \u00e0 son groupe dans le sens de rattachement et d\u2019union\u00a0\u00bb (Bennis, 2006, p.\u00a02). Par contre \u00ab\u00a0le hors-groupe d\u00e9signe tout ce qui ne r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 l\u2019espace, aux pratiques et aux valeurs du groupe. La tendance au hors-groupe est une forme de cession du groupe suivant laquelle l\u2019individu abandonne les valeurs et les pratiques de son groupe au profit de celles d\u2019un autre groupe \u00e9tranger\u00a0\u00bb (ibid.).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en place de la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire qui se traduit par l\u2019autod\u00e9fense ou la surveillance des quartiers a pour objectif la paix et la protection des biens et des personnes. D\u00e8s lors, les \u00e9l\u00e9ments d\u2019identit\u00e9 permettent de circonscrire les limites des espaces \u00e0 prot\u00e9ger, de favoriser les positionnements pour la surveillance, d\u2019identifier les limites sociales ou humaines en termes de populations faisant partie de l\u2019espace \u00e0 consid\u00e9rer pour la s\u00e9curisation. Ici, l\u2019identit\u00e9 se construit sur la base d'un projet commun de s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est devant ce que Lamizet (2007) a appel\u00e9 la polyphonie urbaine qu\u2019il est important de circonscrire des zones de reconnaissance qui favorisent l\u2019action. C\u2019est dans un processus dynamique que l\u2019identit\u00e9 se forme, en fonction des projets mouvants, des d\u00e9fis sans cesse changeants. Autant les probl\u00e8mes que rencontrent les populations varient suivant les \u00e9poques, autant les m\u00e9thodes et les actions pour y r\u00e9pondre ne sont pas les m\u00eames. Les types d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 auxquels les populations sont confront\u00e9es changent en fonction des adaptations mat\u00e9rielles li\u00e9es \u00e0 la modernit\u00e9. L\u2019utilisation des motos pour les cambriolages et les agressions est n\u00e9e avec la prolif\u00e9ration, \u00e0 un moment donn\u00e9, de l\u2019importation des motos comme moyens de transport urbain. De m\u00eame, les conducteurs de moto-taxi appel\u00e9s commun\u00e9ment \u00ab\u00a0benskineurs\u00a0\u00bb forment une communaut\u00e9 d\u2019entraide dont les liens sont extr\u00eamement soud\u00e9s. Cela signifie que les identit\u00e9s naissent \u00e0 un moment donn\u00e9 et se construisent en tenant compte de la conjoncture culturelle, sociale, technologique, \u00e9conomique des villes. Finalement,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La notion d\u2019\u00ab identit\u00e9 urbaine \u00bb \u00e9voque donc un ensemble de processus identitaires complexes entre l\u2019individu, le groupe et l\u2019espace, de l\u2019ordre du sensible, de l\u2019action et de l\u2019\u00e9nonciation, dans un espace mouvant en constante red\u00e9finition. L\u2019identit\u00e9 est fa\u00e7onn\u00e9e par des jeux de connaissances et de reconnaissances \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles, entre diff\u00e9rents acteurs (Bautes et Guiu, 2010, p.\u00a0120).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les villes de Douala et Yaound\u00e9, certains quartiers comptent des communaut\u00e9s sp\u00e9cifiques. C\u2019est le cas des Bamil\u00e9k\u00e9 dont \u00ab\u00a0l\u2019esprit d\u2019entreprise\u00a0\u00bb a favoris\u00e9 les migrations vers la ville. D\u00e9j\u00e0 en \u00e9tudiant les Grassfields (l\u2019ensemble des villages qui constituent le pays Bamil\u00e9k\u00e9), Warnier (1993) pensait qu\u2019ils sont \u00ab\u00a0une p\u00e9pini\u00e8re d\u2019entrepreneurs parce qu\u2019ils sont une terre d\u2019\u00e9migration [...] ils jettent des migrants par milliers sur les routes. La migration est une strat\u00e9gie individuelle de survie\u00a0\u00bb. C\u2019est dans cette qu\u00eate de r\u00e9ussite que la plupart se retrouvent en ville. \u00c0 travers les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9, ils sont soutenus par les plus anciens pr\u00e9c\u00e9demment install\u00e9s. En cherchant \u00e0 expliquer la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique des ressortissant\u00b7e\u00b7s bamil\u00e9k\u00e9s, Warnier (1993) montre que \u00ab\u00a0tous les entrepreneurs maintiennent des attaches familiales et villageoises solides et vont jusqu\u2019\u00e0 reconstituer le village en ville\u00a0\u00bb. Par le fait des activit\u00e9s \u00e9conomiques, des formes de solidarit\u00e9s se prolongent ou se recr\u00e9ent. Ainsi, les migrations constituent un facteur de densification des identit\u00e9s urbaines. Autant les migrations contribuent \u00e0 fa\u00e7onner les identit\u00e9s, autant la construction des identit\u00e9s laisse entrevoir une dynamique prospective des quartiers urbains et de la ville. Les groupes ou les acteurs\/actrices se donnent une vision des quartiers dans lesquels ils habitent. Ils les pensent, les r\u00eavent et travaillent \u00e0 la projection de leur image mentale dans les espaces des quartiers. C\u2019est dans ce contexte que na\u00eet l\u2019utopie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019utopie, qui inspire les urbanistes, a longtemps contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement du savoir sur les villes. La plupart des configurations urbaines porteuses d\u2019utopie ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es pour r\u00e9pondre aux exigences de l\u2019\u00e9poque et pour favoriser l\u2019\u00e9panouissement ad\u00e9quat des populations. Pour Choay (1965), comment\u00e9e par Ganjavie (2010), l\u2019utopie pr\u00e9sente plusieurs aspects. Le premier est davantage formel. Fond\u00e9 sur une approche textuelle \u00ab\u00a0paramythique\u00a0\u00bb, il propose une critique de la soci\u00e9t\u00e9 historique et une imagination de la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale. Ensuite, la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale se veut \u00eatre une cr\u00e9ation faite \u00e0 partir des critiques de la soci\u00e9t\u00e9 historique. Puis, la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale doit son \u00e9quilibre \u00e0 un espace mod\u00e8le reproductible capable de gu\u00e9rir la soci\u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e par Choay comme malade\u00a0: on parle d\u2019une transformation th\u00e9rapeutique. Enfin, \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 mod\u00e8le et son espace b\u00e2ti poss\u00e8dent une valeur absolue de v\u00e9rit\u00e9 et, une fois instaur\u00e9s, \u00e9chappent \u00e0 l'emprise du temps\u00a0\u00bb (Ganjavie, 2010, p.\u00a06).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La question de l\u2019utopie est largement d\u00e9velopp\u00e9e en urbanisme. L\u2019int\u00e9r\u00eat de discuter cette notion r\u00e9side dans les projections id\u00e9ales que se font les groupes d\u2019acteurs\/actrices dans leurs projets de s\u00e9curit\u00e9. Qu\u2019elle soit spatiale, locale ou qu\u2019elle touche l\u2019organisation des populations urbaines, l\u2019utopie na\u00eet dans le cadre d\u2019une id\u00e9e de quartier s\u00e9curis\u00e9. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on peut observer que l\u2019ensemble des strat\u00e9gies, des visions imaginatives qui se d\u00e9veloppent pour b\u00e2tir les organisations de s\u00e9curit\u00e9 laissent entrevoir un dessein utopique. Finalement, si les formes d\u2019organisations dans les quartiers se sont succ\u00e9d\u00e9 et ont \u00e0 chaque fois connu des transformations ou des am\u00e9liorations, c\u2019est qu\u2019elles sont \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un mieux-\u00eatre qui se pose comme une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 atteindre. En fonction des identit\u00e9s qui se forment dans les quartiers, une vision imaginaire de la vie \u00e9merge. Ainsi, les \u00e9v\u00e8nements d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui se manifestent de fa\u00e7on pr\u00e9pond\u00e9rante dans les villes de Douala et de Yaound\u00e9 forcent les populations \u00e0 penser des strat\u00e9gies individuelles, communautaires ou de groupes pour assurer leur bien-\u00eatre ou leur mieux \u00eatre, d\u2019o\u00f9 l\u2019usage non seulement des techniques, mais aussi des outils dans les pratiques de s\u00e9curisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il existe, en fonction du service de police ou de gendarmerie, une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019outils utilis\u00e9s pour le travail quotidien de s\u00e9curit\u00e9. En consid\u00e9rant la partie de la police qui s\u2019occupe de la protection physique des personnes, les organes publics de s\u00e9curit\u00e9 mobilisent une multiplicit\u00e9 d\u2019outils de contrainte dans leurs activit\u00e9s quotidiennes d\u2019intervention, notamment une grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019armes \u00e0 feu, parmi lesquelles les armes l\u00e9g\u00e8res qui peuvent \u00eatre utilis\u00e9es par une seule personne. On parle tr\u00e8s souvent de pistolets semi-automatiques, de revolvers, de fusils, de mitraillettes et de mitrailleuses l\u00e9g\u00e8res. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, on a des armes blanches telles que des matraques, des gaz lacrymog\u00e8nes, des pistolets \u00e0 impulsion \u00e9lectrique (taser), des couteaux. Il existe d\u2019autres outils qui ne peuvent causer de violence physique; ce sont par exemple des sifflets servant \u00e0 r\u00e9guler la circulation routi\u00e8re, de l\u2019uniforme, des casques ou boucliers de d\u00e9fense, des menottes, des gilets pare-balles, des gilets fluorescents, etc. En outre, il existe des mat\u00e9riels plus lourds tels que les diff\u00e9rents v\u00e9hicules de patrouille ou d\u2019intervention, des h\u00e9licopt\u00e8res, des motos\u2026 En plus de tout cela, s\u2019ajoute le mat\u00e9riel qui sert \u00e0 la communication. De m\u00eame, il est possible, pour les groupes vernaculaires de s\u00e9curit\u00e9, de poss\u00e9der quelques-uns de ces outils, notamment l\u2019\u00e9quipement vestimentaire, les outils de surveillance, les armes blanches.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage du mat\u00e9riel renseigne sur la d\u00e9termination et les capacit\u00e9s des acteurs. C\u2019est une forme de communication\u00a0: dans la mesure o\u00f9 les outils employ\u00e9s conf\u00e8rent une certaine autorit\u00e9, ils communiquent sur le pouvoir des acteurs (capacit\u00e9 de domination ou de contraindre); ils communiquent sur le pouvoir des usagers et usag\u00e8res de s\u2019inscrire pleinement dans leur milieu. Cela leur permet d\u2019affirmer leur pr\u00e9sence dans leur espace selon qu\u2019ils se repr\u00e9sentent le monde. \u00c0 ce propos, Lemonnier pense que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[Les outils] donnent un aper\u00e7u sur la participation insoup\u00e7onn\u00e9e des actions mat\u00e9rielles et des objets \u00e0 la communication non verbale d\u2019ensemble d\u2019id\u00e9es importantes, et m\u00eame essentielles, pour les personnes qui les manipulent. Les objets et les actions physiques produisent cet effet en cr\u00e9ant simultan\u00e9ment dans l\u2019esprit des acteurs des r\u00e9f\u00e9rences nombreuses et vari\u00e9es \u00e0 la vie sociale et \u00e0 des types de relations sociales (Lemonnier, 2012, p.\u00a099).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les personnes investies d\u2019un quelconque r\u00f4le ou d\u2019un quelconque statut sont dans certains cas propri\u00e9taires d\u2019objets qui affirment ce statut. La propri\u00e9t\u00e9, la fabrication et l\u2019usage de ces objets d\u00e9crivent le mode d\u2019\u00eatre d\u2019un groupe social et les modalit\u00e9s de d\u00e9finition de ces groupes par rapport au reste de la soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, ces objets, en plus de traduire une certaine communication non verbale, rendent possible l\u2019affirmation d\u2019un certain statut, d'une certaine identit\u00e9, d\u2019un certain ordre social et politique. Mieux encore, il s\u2019agit d\u2019affirmer<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">le r\u00f4le des objets et des actions mat\u00e9rielles dans la communication non verbale, tant dans les contextes rituels que\u00a0non-rituels. Ils montrent que certains objets, leurs propri\u00e9t\u00e9s physiques et leur r\u00e9alisation mat\u00e9rielle ne sont pas simplement des expressions non langagi\u00e8res d\u2019aspects fondamentaux de mani\u00e8re de vivre et de penser; ils sont parfois les seuls moyens de rendre visibles les piliers de l\u2019ordre social sans cela, flous, voire m\u00eame cach\u00e9s (Lemonnier, ibid., p.\u00a013).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9curit\u00e9 commande un usage d\u2019objets tr\u00e8s souvent pr\u00e9fabriqu\u00e9s pour les forces de l\u2019ordre. Les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire r\u00e9alisent par leurs propres soins ces objets. La s\u00e9curisation implique donc une relation \u00e0 l\u2019objet dont le but le plus probable est le maintien ou le r\u00e9tablissement de la paix. Cependant, elle engendre d\u2019autres consid\u00e9rations li\u00e9es au pouvoir, \u00e0 la construction des discours, \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 et m\u00eame aux savoirs. Avec l\u2019usage d\u2019objets, les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 se rendent ma\u00eetres\/ma\u00eetresses de l\u2019espace et des quartiers qu\u2019ils\/elles surveillent, segmentent et dominent. Ainsi, l\u2019activit\u00e9 de s\u00e9curisation admet une r\u00e9duction du risque et du danger que pourrait favoriser l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Si l\u2019objet donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre plus fort, il fabrique \u00e9galement une image de soi et permet de se poser comme partie prenante des espaces s\u00e9curis\u00e9s, car l\u2019objet transforme son utilisateur\/utilisatrice au fil du temps.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une fois l\u2019objet acquis, il s\u2019agit de l\u2019int\u00e9grer \u00e0 l\u2019espace du quotidien, de l\u2019inscrire dans des rythmes \u2013 autrement dit dans des dynamiques du corps, via l\u2019action, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sur la mati\u00e8re. Intervient la notion d\u2019\u00ab habitude \u00bb, qui tend \u00e0 rendre \u00ab naturels \u00bb les objets domestiques par \u00ab routinisation \u00bb, au point d\u2019en faire oublier leur ext\u00e9riorit\u00e9 premi\u00e8re au corps de celui qui les agit. C\u2019est le m\u00e9canisme de l\u2019\u00ab incorporation \u00bb, qui donne un caract\u00e8re d\u2019\u00e9vidence aux gestes maintes et maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et donc aux objets qu\u2019ils mettent en action. Ces processus s\u2019appuient sur une certaine \u00ab m\u00e9moire du corps en action\u00a0\u00bb pour all\u00e9ger la conscience r\u00e9flexive tout en activant et en construisant du sens\u00a0: des repr\u00e9sentations, un imaginaire, des valeurs autour des objets, mais aussi une forme d\u2019\u00ab intelligence du corps \u00bb qui \u00e9chappe au discours (Roustan, 2005, p.\u00a033-34).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, l\u2019importance de la culture mat\u00e9rielle se situe dans \u00ab\u00a0sa part physique, celle qui entre en corps \u00e0 corps avec l\u2019humain, le structure et le construit, aux niveaux individuel et collectif\u00a0\u00bb (Roustan, 2005, p.\u00a04). Autant il est possible que l\u2019outil de contrainte procure une sensation de sup\u00e9riorit\u00e9 (d\u2019o\u00f9 les nombreux effets pervers de la s\u00e9curisation, notamment les bavures polici\u00e8res ou les vindictes populaires), autant il fait l\u2019objet d\u2019une responsabilisation du\/de la possesseur ou de la propri\u00e9taire. Au-del\u00e0 du pouvoir et des relations sociales li\u00e9es \u00e0 l\u2019objet, il est tr\u00e8s important de noter les passerelles que l\u2019objet de s\u00e9curisation \u00e9tablit entre les acteurs\/actrices (les groupes de s\u00e9curit\u00e9 et les populations) et entre l\u2019acteur\/actrice et sa construction en tant que sujet de s\u00e9curisation et de s\u00e9curit\u00e9. Tr\u00e8s souvent dans le contexte de la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019objet agit par violence. Une violence \u00e0 travers le matraquage du corps dans le cadre d\u2019un processus de banalisation du corps o\u00f9 se produisent les lynchages, dans le cadre des contraintes op\u00e9r\u00e9es pas les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 sur les suspect\u00b7e\u00b7s, dans le cadre des bavures ou des effets pervers de la s\u00e9curisation. L\u2019usage des objets favorise la dynamique des corps en permettant aux sujets d\u2019agir sur soi, mais plus loin, proc\u00e8de par assujettissement en donnant \u00e0 certains sujets la possibilit\u00e9 d\u2019agir sur d\u2019autres sujets, d'o\u00f9 l'importance de la notion de subjectivation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On entend par subjectivation, \u00ab\u00a0le processus par lequel se constitue un sujet ou, plus exactement, une subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb (Dardot, 2011, p.\u00a0235).\u00a0L\u2019action que l\u2019acteur\/actrice pose sur soi rev\u00eat un int\u00e9r\u00eat certain, dans la mesure o\u00f9 il y va non seulement de sa repr\u00e9sentation du monde, mais aussi de sa repr\u00e9sentation face au monde. Cela d\u00e9termine son appartenance ou non aux groupes ou aux territoires des quartiers. Si nous convenons que la pratique de la s\u00e9curisation va plus loin que le simple fait de r\u00e9aliser des activit\u00e9s de surveillance, il est possible d\u00e8s lors d\u2019envisager les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 comme des entit\u00e9s qui se construisent en tant que sujets de s\u00e9curit\u00e9. Cela implique qu\u2019ils\/elles ne se consid\u00e8rent plus comme de simples habitant\u00b7e\u00b7s du quartier, mais bien plus, ils\/elles ont une existence dans le champ s\u00e9curitaire. Plus qu\u2019une identit\u00e9 ou un statut, il est question d\u2019une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre au monde. Plus amplement, la subjectivation repr\u00e9sente<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">un rapport \u00e0 soi qui est d\u2019ordre pratique. Autrement dit, ce qui est en question, c\u2019est une certaine action sur soi, plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce que chacun fait de lui-m\u00eame en faisant quelque chose en relation avec les autres, aussi bien en faisant quelque chose avec les autres que contre les autres. Un mode de subjectivation est ainsi le processus par lequel se constitue un certain rapport \u00e0 soi, dans certaines conditions historiques donn\u00e9es (Dardot, 2011, p.\u00a0235).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le fait pour les groupes populaires de s\u00e9curit\u00e9 de repr\u00e9senter un maillon important dans la cha\u00eene de gouvernance locale constitue premi\u00e8rement une inscription dans la dynamique des quartiers et de la ville. Ensuite, leurs actions sur les autres, leurs consid\u00e9rations et les exigences qu\u2019implique leur activit\u00e9 op\u00e8rent un travail sur eux. Ainsi, les approches mat\u00e9rielles de la s\u00e9curisation donnent une \u00e9nergie favorable \u00e0 la red\u00e9finition de soi. Nous pensons qu\u2019\u00e0 travers la s\u00e9curisation, les acteurs\/actrices occupent un ensemble de r\u00f4les, d\u00e9veloppent des exigences, b\u00e9n\u00e9ficient de privil\u00e8ges et de responsabilit\u00e9s. Finalement, les effets sur leurs activit\u00e9s et leurs fa\u00e7ons de se consid\u00e9rer, de se repr\u00e9senter ou de se d\u00e9finir invitent \u00e0 \u00e9laborer sur les modes de subjectivation qui ont cours dans les pratiques de s\u00e9curisation. Nous optons pour le type de subjectivation qui invite \u00e0 un rapport \u00e0 soi, de sorte qu\u2019il \u00ab\u00a0r\u00e9sulte de l\u2019action accomplie par l\u2019individu sur lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (Dardot, 2011, p.\u00a0236). On est en face d\u2019un \u00ab\u00a0travail d\u2019auto-transformation, un travail de soi sur soi, qui est une activit\u00e9 de formation de soi, et non le simple effet d\u2019un investissement op\u00e9r\u00e9 par le pouvoir\u00a0\u00bb (ibid.). Les acteurs\/actrices pensent leur existence face \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et au projet de s\u00e9curit\u00e9, ils\/elles pensent leurs capacit\u00e9s d\u2019action. La pr\u00e9cision que nous apportons \u00e0 la consid\u00e9ration du sujet est charg\u00e9e de contenu. Nous parlons bien de subjectivit\u00e9 dans un cadre qui concerne des activit\u00e9s de s\u00e9curisation. On s\u2019int\u00e9resse \u00e0 des processus o\u00f9 les acteurs\/actrices de s\u00e9curisation se construisent ou se d\u00e9construisent comme sujets (Wiervioka, Michel, 2012; Wiervioka, Michel, 2013) ou alors des processus de subjectivation ou de d\u00e9-subjectivation. Les ph\u00e9nom\u00e8nes de violence et les actes de lynchage (justice populaire) font appel, de la part des acteurs\/actrices, \u00e0 un processus de d\u00e9-subjectivation, c'est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0d\u2019anti sujet\u00a0: cette partie du sujet qui, au lieu de construire, au lieu de consid\u00e9rer que autrui est sujet aussi, va d\u00e9truire et va consid\u00e9rer que autrui n'est pas sujet\u00a0\u00bb (Wiervioka, Michel, 2013, en ligne).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le sujet s\u00e9curis\u00e9 se construit \u00e0 la faveur des territoires urbains qu'il occupe, des groupes auxquels il appartient, et des outils et armes auxquels il acc\u00e8de et utilise. Dans des villes comme Douala et Yaound\u00e9, ces territoires urbains sont marqu\u00e9s par une s\u00e9gr\u00e9gation sociospatiale qui donne lieu \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9curitaires qui diff\u00e8rent selon les quartiers. Il faut reconna\u00eetre par ailleurs que les structures informelles sont un tremplin vers la construction communautaire. En effet, l\u2019informalit\u00e9 repr\u00e9sente un champ d\u2019\u00e9nergie non \u00e9conomique qui priorise les relations humaines et sociales, favorise le rapprochement des acteurs\/actrices et cr\u00e9e de nouvelles ou des sous-cultures urbaines. Pour la plupart, l\u2019informalit\u00e9 repr\u00e9sente une zone transitoire d\u2019insertion dans la ville pour les nouveaux\/nouvelles migrant\u00b7e\u00b7s et plus loin, une structure d\u2019int\u00e9gration et de d\u00e9veloppement. Plus simplement, l\u2019informalit\u00e9 dans ses multiples ramifications donne lieu \u00e0 la construction des identit\u00e9s et des territoires urbains. C\u2019est elle qui donne lieu aux d\u00e9ploiements des communaut\u00e9s qui s\u2019organisent pour penser, parfois loin des autorit\u00e9s publiques, un id\u00e9al de quartier et plus loin un id\u00e9al de ville. C\u2019est l\u2019environnement informel qui donne le quitus \u00e0 l\u2019expression vernaculaire, \u00e0 la collaboration parfois tacite avec les autorit\u00e9s publiques et enfin \u00e0 l\u2019ordre ou le d\u00e9sordre urbain.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nodem, Jean-Emet. 2009. Vente de m\u00e9dicaments \u00e0 la sauvette \u00e0 l\u2019Ouest-Cameroun. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tsana Nguegang, Ramses. 2019. Campagnes \u00e9lectorales, partis politiques et personnel politique int\u00e9rimaire au Cameroun\u00a0: entre \u00e9change conjoncturel et client\u00e9lisme. Politique et Soci\u00e9t\u00e9s. 38(2), 133-163.\u00a0https:\/\/doi.org\/10.7202\/1062041ar<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">C\u00e9r\u00e9zuelle, D. 1997. Pour un autre d\u00e9veloppement social. Paris\u00a0: Descl\u00e9e de Brouwer.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Harth, Keith. 1973. Informal income opportunities and urban employment in Ghana. Modern african studies, 1, 61-89.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbouombouo, Pierre. 2005. D\u00e9tournements des trottoirs \u00e0 Yaound\u00e9: entre logiques \u00e9conomicosociales et marginalit\u00e9 urbaine, pp. 247-2259, in N. Hossard et M. Jarvin (dir.) \u00ab C\u2019est ma ville! \u00bb de l\u2019appropriation et du d\u00e9tournement de l\u2019espace public. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Latouche, Serge. 1993. In the wake of the affluent society: an exploration of post-development. London: Zed books.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Donovan, Michael G. 2008. Informal cities and the contestation of public space: the case of Bogot\u00e1\u2019s street vendors. Urban studies, 45, 29-51.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centeno, Miguel Angel et Portes, Alejandro. 2006. The informal economy in the shadow of the state. Dans, Fernandez-kelly, Patricia et Shefner, Jon (dir.), Out of the shadows. Political action and the informal economy in Latin America (23-48). Pennsylvania: Pennsylvania state university press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fodouop Kengne. 2001. La soci\u00e9t\u00e9 urbaine de Yaound\u00e9, entre tradition et modernit\u00e9. Dans Eno Belinga, Samuel et Vicat, Jean-Paul (dir.) Yaound\u00e9, une grande m\u00e9tropole africaine au seuil du troisi\u00e8me mill\u00e9naire (213-224). Yaound\u00e9\u00a0: Les classiques camerounais.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand-Lasserve, Alain et Tribillon, Jean-Fran\u00e7ois. 2000. Questions urbaines. Quelles r\u00e9ponses \u00e0 l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 des quartiers dans les villes en d\u00e9veloppement? Document de travail pour le s\u00e9minaire du r\u00e9seau ESF\/N-AERUS. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/aitec.reseau-ipam.org\/spip.php?article93\">https:\/\/aitec.reseau-ipam.org\/spip.php?article93<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Socpa, Alain. 2010. New kinds of lands conflict in urban Cameroon: the case of \u2018landless\u2019 Indigenous peoples in Yaound\u00e9. The journal of international african institute, 80(4),\u00a0553-572.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chouiki, Mustapha. 1997. La s\u00e9gr\u00e9gation sociospatiale \u00e0 Casablanca. L\u2019Homme et la Soci\u00e9t\u00e9. 125, 85-105.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chouiki, Mustapha. 2012. Le Maroc face au d\u00e9fi urbain\u00a0: Quelle politique de la ville? Rabat\u00a0: Dar Ettaouhidi.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chouiki, Mustapha. 2013. L\u2019informalit\u00e9 n\u2019est-elle pas urbaine avant d\u2019\u00eatre \u00e9conomique? Des illustrations d\u2019une m\u00e9tropole du Sud. 13\u00e8mes Journ\u00e9es de l\u2019Association d\u2019\u00e9conomie sociale, Casablanca, 13 mai.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N'nde, Pierre Boris. 2013. Le secteur informel et les modes d'appropriation du territoire en milieu urbain comme strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre la pauvret\u00e9. In V\u00e9zina, Martine (dir.) Actes du 13\u00e8me Colloque annuel des \u00e9tudiants de cycles sup\u00e9rieurs du CRISES, Cahiers du CRISES, collection Hors-s\u00e9rie, no. HS1301.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris. 2016. Production de la s\u00e9curit\u00e9, rationalit\u00e9 et gouvernance locale\u00a0: une ethnographie urbaine \u00e0 Douala et Yaound\u00e9 (Cameroun). Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Laval.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N'nde Pierre Boris. 2009. Les pratiques populaires de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9. M\u00e9moire de master, Universit\u00e9 catholique d'Afrique centrale.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Galland, Blaise. 1993. Les identit\u00e9s urbaines, Cultures, sous cultures et d\u00e9viances. Convention romande de 3e cycle de sociologie 2e session Bulle, 24-26 novembre 1993.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lapierre, Jean-William. 1984. L\u2019identit\u00e9 collective, objet paradoxal\u00a0: d\u2019o\u00f9 nous vient-il? Recherches Sociologiques, 2 (3) 195-206.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barth, Fredrik. 1969. Introduction. Dans Barth, Fredrik (dir.), Ethnic groups and Boundaries: The social organization of culture difference (9-38). Bergen\/Oslo, London: George Allen et Unwin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bennis, Sa\u00efd. 2006. Du en groupe au hors groupe dans les discours des Arabis\u00e9s du centre du Maroc. Estudios de Socioling\u00fc\u00edstica, 7 (2),\u00a0197-216.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lamizet, Bernard. 2007. La polyphonie urbaine\u00a0: essai de d\u00e9finition. Communication et organisation, 32, 14-25. En ligne\u00a0: http:\/\/journals.openedition.org\/communicationorganisation\/1141<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bautes, Nicolas et Guiu Claire. 2010. Cheminements autour de l'identit\u00e9 urbaine. Dans G\u00e9rardot, Maie (dir.) La France en ville (119-126). Neuilly\u00a0: Atlande.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Warnier, Jean-Pierre. 1993. L\u2019Esprit d\u2019entreprise au Cameroun. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ganjavie, Amir. 2010. Le r\u00f4le de la pens\u00e9e utopique dans l\u2019am\u00e9nagement viable des villes de demain. M\u00e9moire de Ma\u00eetrise en Sciences de l\u2019architecture, \u00c9cole d\u2019architecture, Universit\u00e9 Laval.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lemonnier, Pierre. 2012. Mundane Objects, Materiality and Non-Verbal Communication. Walnut Creek, Left Coast Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roustan, M\u00e9lanie. 2005. Sous l\u2019emprise des objets? Une anthropologie par la culture mat\u00e9rielle des drogues et d\u00e9pendances. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Ren\u00e9 Descartes - Paris V.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dardot, Pierre. 2011. La subjectivation \u00e0 l'\u00e9preuve de la partition individuel-collectif. Revue du MAUSS, 2(38), 235-258.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Michel. 2012. Du concept de sujet \u00e0 celui de subjectivation\/d\u00e9-subjectivation. Fondation Maison des Sciences de l\u2019Homme, WP, 16.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Michel. 2013. Les processus de subjectivation \/ d\u00e9-subjectivation et la violence, Interview r\u00e9alis\u00e9 par RTA. Consult\u00e9 sur Internet (http\u00a0: \/\/www.intermag.be\/michel wieviorkasubjectivation-et-violence) le 01 octobre 2015.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Michel. 2013. La notion de sujet, Interview r\u00e9alis\u00e9 par RTA. Consult\u00e9 en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.intermag\">http:\/\/www.intermag<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Birkbeck, Chris, 1978. Self-employed Proletarians in an informal factory: The case of Cali's garbage dump. World Development, 6(9-10), 1173-1185.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris. 2013. Le secteur informel et les modes d\u2019appropriation du territoire en milieu urbain comme strat\u00e9gies de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre la pauvret\u00e9 (63-71). Actes du 13\u00e8me colloque annuel des \u00e9tudiants de cycles sup\u00e9rieurs du CRISES du 5 au 6 avril 2011, HEC, Montr\u00e9al.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les villes africaines et plus pr\u00e9cis\u00e9ment camerounaises sont au c\u0153ur de transformations dues en grande partie aux investissements communautaires et populaires. \u00c0 partir d\u2019un projet de s\u00e9curisation des quartiers urbains devant les insuffisances de la s\u00e9curit\u00e9 publique, les communaut\u00e9s arrivent \u00e0 s\u2019organiser de mani\u00e8re informelle pour prot\u00e9ger les habitant\u00b7e\u00b7s et r\u00e9pondre aux menaces d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Cette r\u00e9ponse proc\u00e8de par une forme de gouvernance locale qui leur est propre et qui agit non seulement \u00e0 travers l\u2019occupation des espaces, mais \u00e0 travers l\u2019appropriation des lieux et places en vue de les red\u00e9finir. D\u2019une vision pour la s\u00e9curit\u00e9 des quartiers, les communaut\u00e9s engag\u00e9es mobilisent toutes sortes d\u2019\u00e9nergie et de ressources afin de donner \u00e0 leur quartier une dynamique r\u00eav\u00e9e, imaginaire, futuriste, utopique. L\u2019utopie qui na\u00eet, l\u2019utopie s\u00e9curitaire n\u2019est qu\u2019une projection imag\u00e9e de la ville du futur telle que pens\u00e9e par les communaut\u00e9s. Son ex\u00e9cution peut donc se faire sous certaines contraintes ou sous la violence.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/appropriation-populaire\/\">appropriation populaire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/espace-urbain\/\">espace urbain<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/informalite\/\">informalit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/securisation\/\">s\u00e9curisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/motscles\/utopie\/\">utopie,<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">African cities, and more specifically Cameroonian cities, are at the heart of transformations due in large part to community and popular investments. Starting with a project to make urban neighbourhoods safe in the face of inadequate public security, communities are organising themselves informally to protect their inhabitants and respond to threats of insecurity. This response takes the form of a form of local governance which is specific to them and which acts not only through the occupation of spaces, but also through the appropriation of places with a view to redefining them. From a vision for the safety of neighbourhoods, the communities involved mobilise all kinds of energy and resources to give their neighbourhoods a dreamy, imaginary, futuristic, utopian dynamic. The utopia that is born, the security utopia, is only an imaginary projection of the city of the future as thought by the communities. It can therefore be implemented under certain constraints or with violence.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/informality\/\">informality<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/popular-appropriation\/\">popular appropriation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/security\/\">security<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/urban-space\/\">urban space<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/keywords\/utopia\/\">utopia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>3 juin 2021<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>15 novembre 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 d\u00e9cembre 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Acc\u00e9der \u00e0 la ville est un investissement de soi en termes d\u2019identification \u00e0 l\u2019espace urbain. Cet investissement peut \u00eatre \u00e9conomique, affectif ou \u00e9motionnel, voire politique. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la ville exige des n\u00e9gociations autant avec les populations qu\u2019avec les espaces, notamment en ce qui concerne le logement ou la vie de quartier o\u00f9 se construisent des r\u00e8gles de vie commune. Il sugg\u00e8re une adaptation aux contextes en place (citadinit\u00e9) et peut faire \u00e9merger des modes d\u2019\u00eatre urbains. De plus, il peut susciter, au-del\u00e0 de l\u2019habitabilit\u00e9, des projets urbains qui peuvent \u00eatre communautaires, individuels, ethniques ou \u00e9conomiques. Vivre en ville peut s\u2019av\u00e9rer \u00eatre un processus dont les d\u00e9veloppements varient en fonction des environnements sociaux. Notre projet questionne particuli\u00e8rement les modalit\u00e9s d\u2019appropriation des espaces urbains qui connaissent une red\u00e9finition, une territorialisation, une transformation et dont les communaut\u00e9s sont porteuses de projets utopiques, c\u2019est-\u00e0-dire des constructions ou des projections imaginaires d\u2019un type de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019article travaille \u00e0 observer les espaces o\u00f9 les formes de cohabitation se structurent autour d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019appartenance. En \u00e9tudiant les quartiers de la ville de Yaound\u00e9 au Cameroun, nous nous sommes principalement int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 l\u2019identit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9. D\u00e8s lors, ce travail part du constat selon lequel le d\u00e9veloppement de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 suscite des formes d\u2019organisation populaire pour prot\u00e9ger la vie communautaire. L\u2019organisation ne na\u00eet pas spontan\u00e9ment, mais elle est bas\u00e9e sur des relations particuli\u00e8res que les individus ou les populations entretiennent entre eux et avec leurs espaces. Cette relation \u00e0 l\u2019espace peut se traduire de plusieurs fa\u00e7ons. C\u2019est donc en partant de ces relations avec les espaces des quartiers que l\u2019on remarque des modes sp\u00e9cifiques de comportements qui visent \u00e0 chaque fois une conception mentale futuriste du quartier et par-del\u00e0, la ville. La question centrale qui guide ce texte interroge \u00e0 la fois les mod\u00e8les urbains des populations des quartiers ainsi que leur participation aux processus d\u2019appropriation des espaces des quartiers. Comment les populations des quartiers urbains \u00e0 travers leurs projets de s\u00e9curisation transforment la ville? Nous cherchons \u00e0 comprendre le processus d\u2019appropriation des espaces des quartiers par les communaut\u00e9s de Douala et Yaound\u00e9 face les questions de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article se base sur des donn\u00e9es collect\u00e9es entre 2013 et 2020 dans les quartiers de Komkana et Briqueterie \u00e0 Yaound\u00e9\u00a0et dans les quartiers de B\u00e9panda et New Bell \u00e0 Douala. La m\u00e9thodologie adopt\u00e9e est essentiellement de l\u2019observation directe. Nous retenons que les dynamiques d\u2019appropriation communautaires sont engendr\u00e9es par diff\u00e9rentes formes d\u2019activit\u00e9s, de pratiques ou d\u2019actions qui prennent corps dans les villes et qui mobilisent diff\u00e9rentes cat\u00e9gories d\u2019acteurs et d\u2019actrices dont les r\u00e9sultats contribuent tr\u00e8s souvent \u00e0 fa\u00e7onner le paysage urbain, \u00e0 le modifier ou \u00e0 lui donner une certaine figure. Pour r\u00e9pondre \u00e0 la question centrale, nous proposons de montrer dans la premi\u00e8re et la seconde partie comment l\u2019informalit\u00e9 et la s\u00e9gr\u00e9gation favorisent le contr\u00f4le des espaces des quartiers. Ensuite, nous souhaitons discuter des dynamiques collaboratives, organisatrices avec pour objectif de comprendre la construction et le d\u00e9veloppement des identit\u00e9s sous fond de violence. Cela nous permettra d\u2019expliquer les utopies qui prennent corps dans un contexte de s\u00e9curisation et qui permettent en m\u00eame temps d\u2019entrevoir une image futuriste de la ville.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L&rsquo;informalit\u00e9 et le contr\u00f4le de l&rsquo;espace urbain<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019importance d\u2019un discours sur l\u2019informalit\u00e9 tire sa pertinence dans les rapports que la dynamique informelle entretient avec l\u2019occupation des espaces ainsi que la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Dans la mesure o\u00f9 l\u2019informalit\u00e9 se d\u00e9veloppe dans les villes, elle c\u00f4toie sans cesse les p\u00e9rim\u00e8tres qui font office d\u2019espaces ins\u00e9curis\u00e9s. C\u2019est donc en raison du dialogue qui existe entre les acteurs et actrices du secteur informel et les pratiques de s\u00e9curisation que nous trouvons important d\u2019accorder une attention \u00e0 l\u2019informalit\u00e9. Comprendre l\u2019informalit\u00e9, c\u2019est l\u2019aborder dans sa dimension g\u00e9n\u00e9rale. Elle ne concerne pas seulement les activit\u00e9s \u00e9conomiques, mais s\u2019applique \u00e9galement dans le cadre de l\u2019habitat. La gestion ou l\u2019occupation des espaces peut se faire de fa\u00e7on informelle. L\u2019existence et le d\u00e9veloppement des habitats spontan\u00e9s, des logements exigus et m\u00eame l\u2019occupation des espaces publics \u00e0 des fins d\u2019habitation en t\u00e9moignent<a class=\"footnote\" title=\"Les quartiers Ntaba et Tsinga Elobi \u00e0 Yaound\u00e9 o\u00f9 mar\u00e9cages et flancs de collines ont spontan\u00e9ment laiss\u00e9 prosp\u00e9rer des maisons d\u2019habitation. Newton a\u00e9roport dans la ville de Douala s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 sur un domaine public tout autour de l\u2019a\u00e9roport international de Douala et par le fait m\u00eame impropre aux habitations.\" id=\"return-footnote-318-1\" href=\"#footnote-318-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. De m\u00eame, les activit\u00e9s de location, qui se trouvent \u00e0 mi-chemin entre l\u2019\u00e9conomique et l\u2019habitat, se n\u00e9gocient dans un cadre informel. Il est donc important, pour comprendre l\u2019informalit\u00e9, d\u2019\u00e9tablir des cat\u00e9gories qui permettent non seulement de faire ressortir ses diff\u00e9rents secteurs de d\u00e9ploiement, mais aussi ses cadres l\u00e9gaux. \u00c0 cet effet, C\u00e9r\u00e9zuelle (1997) rend compte de fa\u00e7on sch\u00e9matique de cette r\u00e9alit\u00e9. Pour lui, l\u2019informalit\u00e9 peut \u00eatre l\u00e9gale ou ill\u00e9gale dans ses rapports avec la r\u00e9glementation, elle peut aussi \u00eatre marchande ou non marchande dans son contexte \u00e9conomique. Le tableau suivant \u00e9tablit quelques activit\u00e9s et les cadres ou domaines dans lesquels elles s\u2019ins\u00e8rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tableau 1. Tableau des divers registres du champ \u00e9conomique<\/p>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<dl id=\"attachment_321\">\n<dt><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2021\/11\/Capture-decran-2021-11-16-181057.png\" alt=\"\" width=\"851\" height=\"545\" \/><\/dt>\n<dd>Source : Daniel C\u00e9r\u00e9zuelle (1997, p.\u00a0184)<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme nous l\u2019avons dit plus haut, consid\u00e9rer l\u2019informalit\u00e9 uniquement d\u2019un point de vue \u00e9conomique simplifie et amoindrit l\u2019id\u00e9e que nous pouvons avoir de ses potentialit\u00e9s d\u2019action. Cela pourrait m\u00eame emp\u00eacher de voir ses influences dans plusieurs autres ph\u00e9nom\u00e8nes qui, pourtant, lui sont tr\u00e8s reli\u00e9s. Si elle int\u00e8gre les sch\u00e9mas de vie des acteurs et actrices, elle peut tout aussi bien toucher ces autres domaines de la vie dont nous retenons, pour ce qui est du pr\u00e9sent travail, l\u2019habitat. D\u00e8s lors, le tableau de C\u00e9r\u00e9zuelle (1997), en tenant compte d\u2019activit\u00e9s non marchandes, offre un espace pour int\u00e9grer les dynamiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019habitat. Notre d\u00e9veloppement se fera en deux parties : la premi\u00e8re pr\u00e9sente l\u2019informalit\u00e9 dans le cadre des activit\u00e9s \u00e9conomiques et la seconde dans le contexte de l\u2019habitat.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Informalit\u00e9 \u00e9conomique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept d&rsquo;informalit\u00e9, initi\u00e9 par Keith Harth (1973) en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette masse de population en marge des circuits \u00e9conomiques \u00ab formels \u00bb qui s&rsquo;investit dans des activit\u00e9s non r\u00e9glement\u00e9es, concerne les pratiques marchandes ou non marchandes, l\u00e9gales ou ill\u00e9gales qui \u00e9voluent hors du circuit de contr\u00f4le et de l\u2019\u00c9tat. Cette cat\u00e9gorie sociale ne s&rsquo;applique pas seulement aux vendeurs et vendeuses de rue, mais aussi \u00e0 toute autre activit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e partiellement ou enti\u00e8rement en dehors des cadres de r\u00e9gulation usuelle. L\u2019informel est per\u00e7u par Serge Latouche comme \u00ab non-structured, non-official, non-organized &#8230; a-normal &#8230; a-legal &#8230; non-capitalist &#8230; non visible and non-readable &#8230; as the other of the grand society \u00bb (1993, p. 129\u2013131). Douala et Yaound\u00e9 illustrent bien cette r\u00e9alit\u00e9; on parlera par exemple des laveurs\/laveuses de v\u00e9hicules, des services d\u2019appel t\u00e9l\u00e9phonique (call box), des vendeurs\/vendeuses ambulant\u00b7e\u00b7s de cigarettes (Mbouombouo, 2005), mais aussi de petits ateliers m\u00e9caniques non enregistr\u00e9s et install\u00e9s dans les quartiers r\u00e9sidentiels. Ces activit\u00e9s s\u2019inscrivent dans un contexte de pauvret\u00e9. \u00c0 B\u00e9panda (Douala), le d\u00e9veloppement de ces activit\u00e9s de la d\u00e9brouille n\u2019est pas sans cr\u00e9er une modification du paysage et du fonctionnement urbain, impliquant par l\u00e0 de nouvelles donnes sociales. L\u2019occupation des trottoirs, d\u2019une partie des chauss\u00e9es et des carrefours par les marchand\u00b7e\u00b7s contribue \u00e0 r\u00e9tr\u00e9cir les voies de passage, comme c\u2019est le cas du \u00ab carrefour Tonnerre \u00bb, au quartier B\u00e9panda \u00e0 Douala, qui t\u00e9moigne non seulement de l\u2019expression \u00e9conomique de cette population, mais aussi de la red\u00e9finition des espaces. L\u2019occupation se fait progressivement, les habitudes s\u2019installent et l\u2019accoutumance cr\u00e9e des pseudopropri\u00e9taires d\u2019espaces qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 les d\u00e9fendre parfois par la violence. C\u2019est ce qu\u2019on remarque \u00e0 Douala au march\u00e9 central au lieu-dit Gazon<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Le citadin\/citadine de la ville y reconna\u00eet imm\u00e9diatement l\u2019espace de commerce informel de m\u00e9dicaments. Nodem (2009) faisait ce m\u00eame constat dans la r\u00e9gion de l\u2019Ouest Cameroun. La pratique des activit\u00e9s est reconnue par tous ceux et toutes celles qui ont recourt aux services des marchand\u00b7e\u00b7s au fil du temps. Dans la mesure o\u00f9 les agents de l\u2019ordre public sont d\u00e9sormais quasi absents de ces lieux, les populations laissent appara\u00eetre des modes de fonctionnement qui d\u00e9coulent d\u2019un contr\u00f4le progressif du quartier \u00e0 travers la quotidiennet\u00e9. Bien plus, la pr\u00e9sence dans le temps de ces activit\u00e9s \u00e9conomiques devient des rep\u00e8res indicatifs de carrefours<a class=\"footnote\" title=\"Le Gazon par exemple devient une expression populaire pour d\u00e9signer les carrefours de vente de m\u00e9dicaments et le poteau renvoie \u00e0 des librairies de rues o\u00f9 l\u2019on peut acheter et\/ou \u00e9changer des livres.\" id=\"return-footnote-318-2\" href=\"#footnote-318-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>, d\u2019axes routiers et des ruelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, l\u2019informel repr\u00e9sente l\u2019encombrement dans la mesure o\u00f9 ces activit\u00e9s alourdissent le trafic, la circulation des pi\u00e9tons et des v\u00e9hicules tout en causant des cas d\u2019accidents. Les travailleurs\/travailleuses de l\u2019informel nuisent \u2013 en termes de concurrence d\u00e9loyale \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie l\u00e9gale en offrant des prix plus bas que ceux des contribuables du march\u00e9 formel. Dans certaines circonstances, ils op\u00e8rent \u00e0 travers la contrebande et en-dehors de la l\u00e9gislation du march\u00e9 du travail. \u00c0 travers l\u2019occupation des voies de circulation pi\u00e9tonnes ou des espaces am\u00e9nag\u00e9s pour le d\u00e9cor et le design urbain, ils affaiblissent l\u2019a\u00e9ration, nuisent au paysage et \u00e0 l\u2019architecture urbaine. L\u2019\u00e9clat physique du paysage et la beaut\u00e9 artistique de la ville peuvent en \u00eatre s\u00e9rieusement affect\u00e9s. Telles sont les observations de Donovan (2008) au sujet de la ville de Bogota qui conna\u00eet les m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s. La transformation de ces espaces est un signe de leur contr\u00f4le par les acteurs\/actrices de l\u2019informel qui s\u2019y investissent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, les acteurs\/actrices de l\u2019informel ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9\u00b7e\u00b7s pour leurs qualit\u00e9s d\u2019innovation d\u2019entrepreneuriat, pour les r\u00e9seaux sociaux solides qu\u2019ils\/elles construisent, et leur capacit\u00e9 d\u2019adaptation \u00e0 la demande et aux contraintes de l\u2019\u00e9conomie actuelle (Birkbeck, 1978). Au d\u00e9part, l\u2019informel a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 le cadre o\u00f9 les acteurs\/actrices qui se faisaient exclure de l\u2019\u00e9conomie moderne (cadres formels) trouvaient un emploi. Il accueillait ainsi les victimes de la d\u00e9gradation des emplois formels (Centeno et Portes, 2006, p. 40). De nos jours, il repr\u00e9sente un cadre d\u2019action o\u00f9 les individus se dessinent d\u2019avance un parcours, sans jamais envisager d\u2019int\u00e9grer l\u2019\u00e9conomie formelle. C\u2019est le cas des garagistes, des couturiers\/couturi\u00e8res et des commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s qui en forment d\u2019autres. Les th\u00e9oriciens\/th\u00e9oriciennes de l\u2019informalit\u00e9 soutiennent que les commerces de rue sont premi\u00e8rement une forme d\u2019entrepreneuriat pour ceux ou celles qui ne peuvent pas s\u2019acheter ou louer des locaux. En outre, le commerce de rue serait encourag\u00e9 pour sa s\u00fbret\u00e9 sociale en dehors du syst\u00e8me de protection sociale moderne\u00a0dans la mesure o\u00f9 les acteurs\/actrices s\u2019assurent individuellement par leur couverture sociale. Enfin, le commerce informel serait le prolongement de l\u2019\u00e9conomie formelle \u00e0 travers notamment la vente de produits pr\u00e9c\u00e9demment acquis dans le syst\u00e8me formel\u00a0: les commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s peuvent \u00e0 cet effet vendre des marchandises de seconde main, non prises en compte par le syst\u00e8me formel, ils\/elles peuvent aussi vendre des marchandises neuves au d\u00e9tail et permettre ainsi la satisfaction d\u2019une client\u00e8le particuli\u00e8rement non ais\u00e9e. La mobilit\u00e9 des commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s informels\/informelles permettrait de desservir des zones qui ne sont pas couvertes par l\u2019\u00e9conomie formelle (Donovan, 2008). Les commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s de friperie forment ainsi un excellent r\u00e9seau d\u2019\u00e9coulement des produits, mais aussi d\u2019approvisionnement, d\u2019organisation de la qualit\u00e9 des articles et d\u2019entraide. Ces commer\u00e7ant\u00b7e\u00b7s qui occupent les espaces participent aussi \u00e0 l\u2019assainissement.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019habitat informel<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9 de l\u2019habitat s\u2019exprime \u00e0 travers les pratiques de lotissement informel. Kengne Fodouop, pour le cas de Yaound\u00e9, faisait remarquer qu\u2019<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Une partie des habitants de Yaound\u00e9 vit dans des quartiers r\u00e9sidentiels de haut standing, une autre partie occupe des lotissements populaires ou des lotissements sous forme de cit\u00e9s int\u00e9gr\u00e9es construites et administr\u00e9es par la Soci\u00e9t\u00e9 Immobili\u00e8re du Cameroun (SIC) et une derni\u00e8re partie r\u00e9side dans des quartiers d\u2019habitat pr\u00e9caire (Kengne Fodouop, 2001, p. 213).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut ajouter qu\u2019on peut remarquer dans certains quartiers une installation en fonction de l\u2019origine ethnique qui favorise les regroupements. M\u00eame si l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est tr\u00e8s discutable, il faut reconna\u00eetre que les \u00ab\u00a0Haoussas ou foulb\u00e9s\u00a0\u00bb, des tribus originaires du Nord-Cameroun, sont tr\u00e8s agglutin\u00e9s dans certains quartiers de la ville de Yaound\u00e9, tels que la Briqueterie ou Mokolo. Les nouveaux\/nouvelles arrivant\u00b7e\u00b7s sont accueilli\u00b7e\u00b7s par leurs proches et s\u2019installent le plus souvent \u00e0 proximit\u00e9. C\u2019est cette \u00ab\u00a0installation forc\u00e9e\u00a0\u00bb &#8211; en l\u2019absence du contr\u00f4le des pouvoirs publics &#8211; qui ne tient plus compte de l\u2019espace disponible ni de la grandeur des voies de circulation ou encore des espaces de loisirs, qui cr\u00e9e l\u2019exigu\u00eft\u00e9. Les habitant\u00b7e\u00b7s de Yaound\u00e9, poursuit Kengne Fodouop,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">sont si attach\u00e9s aux pratiques traditionnelles en cours dans leur village d\u2019origine qu\u2019ils ont transf\u00e9r\u00e9 certaines d\u2019entre elles dans la capitale; ainsi, de nombreuses demeures y sont plac\u00e9es sous la protection de l\u2019arbre de la paix que l\u2019on a plant\u00e9 dans la cour de la maison ou sous celle d\u2019un esprit familial pour lequel on a construit une petite niche devant la r\u00e9sidence (Kengne Fodouop, ibid., p. 217).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est la dynamique de vie des communaut\u00e9s qui cr\u00e9e les regroupements dans certains quartiers et encourage l\u2019\u00e9tablissement spontan\u00e9. Les r\u00e9centes op\u00e9rations de d\u00e9guerpissement organis\u00e9es par les municipalit\u00e9s en vue d\u2019expulser les populations des terrains situ\u00e9s, entre autres, sur les flancs de montagnes et aux abords des mar\u00e9cages, traduisent cette informalit\u00e9 de l\u2019habitat. En t\u00e9moignent aussi les conflits fonciers qui impliquent les terres indig\u00e8nes (Socpa, 2010). Les campagnes de recasement \u00e0 Yaound\u00e9 dans les quartiers Nkolndongo, Mballa III, Olembe et \u00e0 Douala dans les quartiers Bonaloka, Newton A\u00e9roport, sont des exemples concrets de situations o\u00f9 l\u2019\u00c9tat a d\u00fb d\u00e9truire un certain nombre d\u2019habitations spontan\u00e9es pour faire de l\u2019espace en vue de cr\u00e9er des quartiers de services. Les populations ainsi d\u00e9log\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es dans de nouveaux espaces appel\u00e9s zones de recasement. L\u2019occupation ill\u00e9gale provoque \u00e9galement une r\u00e9action brutale de l\u2019\u00c9tat. Durand-Lasserve et Tribillon\u00a0(2000, en ligne), dans un document de travail sur les \u00ab\u00a0questions urbaines\u00a0\u00bb pour expliquer l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 des quartiers urbains, diront qu\u2019<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit de quartiers non reconnus, souvent install\u00e9s hors des limites municipales puis progressivement int\u00e9gr\u00e9s dans le tissu urbain\u00a0:\u00a0quartiers constitu\u00e9s sans bases fonci\u00e8res l\u00e9gales (par invasion organis\u00e9e, ou occupation progressive, ou par acquisition informelle de terrains \u00e0 des vendeurs n\u2019ayant pas officiellement le droit de les vendre);\u00a0quartiers habit\u00e9s par des gens qui n\u2019ont pas vraiment droit de cit\u00e9, ou dont le droit de cit\u00e9 est contest\u00e9 en raison de leurs origines (minorit\u00e9s, \u00e9trangers, travailleurs immigr\u00e9s\u2026);\u00a0quartiers cr\u00e9\u00e9s sans autorisation des administrations en charge de l\u2019urbanisme ou de la gestion domaniale et fonci\u00e8re.\u00a0Quartiers construits en dehors de grilles parcellaires et des normes de construction officielles; quartiers occupants des sites impropres \u00e0 la construction (sites dangereux ou fragiles); quartiers normalement affect\u00e9s \u00e0 une autre fonction que l\u2019habitat (Durand-Lasserve et Tribillon, 2000, en ligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019informalit\u00e9 (ill\u00e9galit\u00e9) des quartiers, s&rsquo;ajoute l\u2019informalit\u00e9 des constructions et ses types de logements. En effet, ils poursuivent\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ill\u00e9galit\u00e9 d\u2019un quartier fait aussi l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de chaque construction, qu\u2019elle soit \u00e0 usage d\u2019habitation, commercial, de production\u2026 mais des constructions ill\u00e9gales peuvent occuper des espaces parfois importants \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de quartiers consid\u00e9r\u00e9s comme parfaitement l\u00e9gaux\u00a0: constructions provisoires devenues permanentes (abris de chantiers, baraquements destin\u00e9s \u00e0 l\u2019accueil temporaire de populations sans abri); petits \u00eelots d\u2019habitat insalubre ou mini-bidonvilles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une trame parcellaire et aviaire tout \u00e0 fait l\u00e9gale\u00a0: il s\u2019agit souvent, de subdivisions ill\u00e9gales du parcellaire d\u2019origine faites sur une base commerciale; les occupants sont parfois des squatters, plus souvent des locataires ou sous-locataires;\u00a0constructions et extensions non d\u00e9clar\u00e9es ou de fortune dans les espaces urbains interstitiels, les cours, les jardins les emprises de voie, les talus, les berges, et les remblais\u2026 constructions locatives sous-standards surdensifi\u00e9es (Durand-Lasserve et Tribillon, 2000, en ligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux sc\u00e9narios dans les pratiques des acteurs\/actrices peuvent expliquer l\u2019informalit\u00e9 dans le cadre de l\u2019habitat. Le premier est relatif \u00e0 la commercialisation des terrains par les communaut\u00e9s locales, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9manent les propri\u00e9taires terriens. Le lotissement et la vente des parcelles se font tr\u00e8s souvent en marge de la r\u00e9glementation. Voil\u00e0 pourquoi la construction des voies de circulation (routes ou autoroutes comme c\u2019est le cas actuellement dans la ville de Douala) oblige l\u2019\u00c9tat \u00e0 d\u00e9truire les constructions situ\u00e9es dans des espaces non permis et qui embarrassent le trottoir ou la chauss\u00e9e. Le second sc\u00e9nario est celui des migrant\u00b7e\u00b7s. Si l\u2019informalit\u00e9 de l\u2019habitat a un lien \u00e9troit avec l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, c\u2019est parce qu\u2019il est difficile pour les propri\u00e9taires, dans certains cas, d\u2019avoir une connaissance exhaustive des personnes qui habitent les locaux lou\u00e9s. L\u2019exode rural a cr\u00e9\u00e9 une cat\u00e9gorie de populations jeunes et pauvres qui viennent du Nord du pays et s\u2019installent de fa\u00e7on massive aupr\u00e8s de leurs proches. L\u2019installation est incongrue et se fait \u00e0 l\u2019insu du propri\u00e9taire. Ce sont souvent ces jeunes, difficiles \u00e0 rep\u00e9rer, qui se livrent \u00e0 des larcins ou des agressions, contribuant ainsi \u00e0 gonfler le taux de criminalit\u00e9. Plus le taux de migrations est \u00e9lev\u00e9, plus la coh\u00e9sion ethnique est forte (surtout chez les populations d\u00e9s\u0153uvr\u00e9es et sans formation), plus le risque de regroupement s\u2019intensifie, cr\u00e9ant subs\u00e9quemment toutes sortes \u00ab\u00a0d\u2019entassement\u00a0\u00bb de la population et engendrant la promiscuit\u00e9 et l\u2019exigu\u00eft\u00e9, car les espaces libres deviennent rares. Si ce mode de vie est privil\u00e9gi\u00e9 par cette cat\u00e9gorie de population, c\u2019est entre autres en raison du fait qu\u2019il peut produire, dans certains milieux, des facilit\u00e9s pour l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. D\u00e8s lors, la question que pose Chouiki (2013)\u00a0prend ici tout son sens\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019informalit\u00e9 n\u2019est-elle pas urbaine avant d\u2019\u00eatre \u00e9conomique?\u00a0\u00bb. Par ailleurs, il ajoute\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, non seulement, les [populations] ont \u00e9t\u00e9 exclues de la ville europ\u00e9enne et se sont trouv\u00e9es oblig\u00e9es de s\u2019exiler en dehors des zones soumises \u00e0 la r\u00e9glementation introduite par l\u2019administration coloniale, mais une hi\u00e9rarchie de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019espace urbain s\u2019est ainsi institu\u00e9e. Ce refoulement s\u2019est accompagn\u00e9 du foisonnement d\u2019une \u00e9conomie de la d\u00e9brouillardise, \u00e0 la marge de la nouvelle \u00e9conomie formelle dominante en ville. L\u2019informalit\u00e9 est ainsi n\u00e9e comme le sous-produit de l\u2019intrusion coloniale qui a pouss\u00e9 les [populations] \u00e0 se prendre en charge en mati\u00e8re de logement comme en mati\u00e8re de travail (Chouiki, 1997,\u00a0p.\u00a086; Chouiki, 2013\u00a0p.\u00a02)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement de l\u2019informalit\u00e9 dans l\u2019habitat reste li\u00e9 aux difficult\u00e9s de logement et \u00e0 la raret\u00e9 de l\u2019offre d\u2019emploi. C\u2019est cette corr\u00e9lation, en lien avec l\u2019historicit\u00e9 de la construction de la ville, qui permet de rendre compte de l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne actuellement.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le red\u00e9ploiement continu de l\u2019informalit\u00e9 urbaine, en tant que forme renouvel\u00e9e de territorialisation et d\u2019appropriation de l\u2019espace urbain, est l\u2019expression de\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">son caract\u00e8re de production des diff\u00e9rents processus d\u2019exclusion sociale;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">son aspect de reflet d\u2019une ville reproduisant incessamment les formes de s\u00e9lection sociale;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">des rapports \u00e9troits entre la territorialisation informelle et le march\u00e9 du travail;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">la d\u00e9multiplication des cat\u00e9gories socioprofessionnelles d\u00e9class\u00e9es;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">a reproduction continue de l\u2019informalit\u00e9 urbaine sur les marges externes de la ville.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">Si les espaces de l\u2019informalit\u00e9 urbaine s\u2019inscrivent dans la globalit\u00e9 du contexte socio-\u00e9conomique, ils s\u2019inscrivent automatiquement dans la globalit\u00e9 urbaine de la m\u00e9tropole. L\u2019informel est presque pr\u00e9sent partout. (Chouiki, 2012, p.\u00a030)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9 na\u00eet du d\u00e9sir d\u2019appropriation urbaine, de recr\u00e9ation d\u2019un cadre de vie et m\u00eame de contestation d\u2019une certaine fa\u00e7on de faire, de b\u00e2tir, d\u2019habiter. Elle pose un d\u00e9fi dans la conception de la ville et dans les liens qu\u2019elle entretient avec tout autre ph\u00e9nom\u00e8ne ou activit\u00e9 \u00e9conomique ou non. C\u2019est dans cette logique qu\u2019on peut comprendre Chouiki lorsqu\u2019il d\u00e9clare que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9 se pr\u00e9sente comme une n\u00e9gation pure et simple de l\u2019urbanisme en vigueur, et non de l\u2019urbanit\u00e9. Elle constitue ainsi un rejet de la ville exclusive et la recherche du fa\u00e7onnement d\u2019une nouvelle identit\u00e9 urbaine, fond\u00e9e sur des structures urbaines faites sur mesure, par et pour des couches sociales agissant sur la ville \u00e0 partir de ses marges. Ce n\u2019est donc pas une remise en cause de l\u2019urbanit\u00e9, mais plut\u00f4t d\u2019une entreprise de se tailler une place dans cette urbanit\u00e9 (Chouiki, 2013 p.\u00a012).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous ne parlerons certes pas d\u2019une \u00ab\u00a0n\u00e9gation de l\u2019urbanisme en vigueur\u00a0\u00bb, mais d\u2019une dynamique de n\u00e9gociation des espaces d\u2019expression avec le mod\u00e8le r\u00e9pandu d\u2019urbanisme. Nous parlons de n\u00e9gociation dans la mesure o\u00f9 l\u2019habitat informel c\u00f4toie sans cesse le formel et tr\u00e8s souvent, les propri\u00e9taires ou locataires des espaces ou logements informels se retrouvent dans des circuits formels de sorte que l\u2019informalit\u00e9 constitue finalement une sorte de transition, une zone (temporaire) de passage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En favorisant le contr\u00f4le des espaces des quartiers, l\u2019informalit\u00e9 repr\u00e9sente un cadre de construction des identit\u00e9s. La vie informelle fait na\u00eetre une pluralit\u00e9 de solidarit\u00e9s fond\u00e9es tr\u00e8s souvent sur des projets communs. Dans les quartiers \u00e9tudi\u00e9s, le projet de s\u00e9curit\u00e9 est \u00e0 l\u2019origine non seulement d\u2019une r\u00e9affirmation du contr\u00f4le des espaces urbains, mais surtout de la construction des identit\u00e9s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9\u00a0: un cadre de production d\u2019espaces s\u00e9curis\u00e9s<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la faveur de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 grandissante \u00e0 laquelle il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse suffisante des forces de l\u2019ordre, les populations s\u2019organisent et cr\u00e9ent des structures vernaculaires pour r\u00e9pondre aux menaces : des comit\u00e9s de vigilance ou des groupes d\u2019autod\u00e9fense. Ces organisations peuvent collaborer avec les chefferies de quartier dans le cadre d&rsquo;une gouvernance locale ou alors d\u00e9cider d\u2019un fonctionnement autonome, comme c\u2019est le cas pour certains groupes d\u2019influence ou de gangs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, il arrive que dans les quartiers \u00e0 forte ins\u00e9curit\u00e9 (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 forte r\u00e9currence d&rsquo;actes de violence, de vols ou d&rsquo;agressions), tr\u00e8s souvent les acteurs\/actrices de l\u2019informel financent des groupes de vigilance et d&rsquo;autod\u00e9fense pour veiller sur leurs produits et leurs activit\u00e9s. Il est alors instaur\u00e9 des agents volontaires pour la surveillance du quartier \u00e0 travers les contr\u00f4les des all\u00e9es et venues des acteurs\/actrices \u00e0 des heures indues; cela ne vaut pas seulement pour les installations commerciales, mais aussi pour les habitations qui sont tout autour. Ainsi, \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9, peut correspondre une s\u00e9curit\u00e9 du quartier. Ces activit\u00e9s, en plus d&rsquo;\u00eatre en elles-m\u00eames productrices de revenus et de favoriser l\u2019auto-emploi, fournissent un cadre n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;observation des pratiques illicites et sont cr\u00e9atrices &#8211; par la surveillance &#8211; d&rsquo;un environnement s\u00e9curis\u00e9 (N\u2019nde, 2013). Les populations veulent prot\u00e9ger ce qui leur appartient d\u00e9sormais. Le d\u00e9ploiement des \u00e9quipes vernaculaires de s\u00e9curit\u00e9 est une manifestation de l\u2019engagement social et communautaire et une volont\u00e9 de contr\u00f4le et de surveillance. Prolongeant dans le m\u00eame registre, la succession d\u2019activit\u00e9s informelles de natures diff\u00e9rentes ne fait qu\u2019exprimer un d\u00e9sir de plus en plus accru d\u2019affirmer son appartenance \u00e0 l\u2019espace et de le poss\u00e9der en y inscrivant une part de soi par l\u2019implication. On peut aboutir plus loin \u00e0 des formes violentes d\u2019expression du contr\u00f4le des espaces urbains qui inventent les territoires. C\u2019est ce qu\u2019on retrouve chez les groupes d\u2019influences (N\u2019nde, 2016) ou dans les gangs de rue. Ceux-ci s\u2019improvisent comme \u00e9tant des \u00ab\u00a0gardiens\u00a0\u00bb du quartier, vont jusqu\u2019\u00e0 imposer des r\u00e8gles en marge de la r\u00e9glementation l\u00e9gale. Ils peuvent intervenir pour d\u00e9fendre ou prot\u00e9ger les habitant\u00b7e\u00b7s des quartiers. \u00c0 titre illustratif, on retrouve dans les villes de Douala et Yaound\u00e9 \u00ab\u00a0les gros bras\u00a0\u00bb. Ils symbolisent la force, l\u2019influence, l\u2019intimidation, les repr\u00e9sailles, la vengeance. Ils sont tr\u00e8s souvent mobilis\u00e9s pour venger ou punir toute personne ou groupe qui s\u2019est montr\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9sobligeant\u00a0\u00bb envers un autre ou envers un.e habitant.e du quartier prot\u00e9g\u00e9. Par extension, ce sont des personnes physiquement imposantes sollicit\u00e9es pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 des night-clubs, des \u00e9v\u00e8nements ou pour prot\u00e9ger des personnes ou personnalit\u00e9s importantes (Ramses Tsana Nguegang, 2019, p.\u00a0140).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019informalit\u00e9, puisqu\u2019elle laisse une zone d\u2019opportunit\u00e9 pour les individus, consacre en m\u00eame temps la production de la s\u00e9curit\u00e9 que b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre les habitant\u00b7e\u00b7s impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s ou non. Loin d\u2019\u00e9radiquer l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans les villes, la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire, qui s\u2019exprime par des patrouilles tr\u00e8s souvent nocturnes, est un champ d\u2019improvisation de ville o\u00f9 les uns et les autres peuvent entreprendre, \u00e0 travers des formes \u00e9l\u00e9mentaires de collaboration, une vision plus ou moins perfectionniste de ce qui pourrait \u00eatre d\u2019apr\u00e8s eux, un quartier s\u00e9curis\u00e9. D\u00e8s lors, les groupes de s\u00e9curit\u00e9 se font et se d\u00e9font, se construisent, se mettent en place et se d\u00e9sint\u00e8grent pour recommencer parfois quelques ann\u00e9es plus tard, ne t\u00e9moignent pas de la d\u00e9su\u00e9tude de cette pratique, mais plut\u00f4t du fait que les communaut\u00e9s recherchent \u00e0 chaque fois la meilleure forme et le meilleur contenu \u00e0 donner \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. L\u2019activit\u00e9 de s\u00e9curisation des quartiers invite un investissement de la part des communaut\u00e9s. Cet investissement pr\u00e9sente \u00e9galement une vision, une projection id\u00e9ale de ce que pourrait \u00eatre un quartier s\u00e9curis\u00e9.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019identit\u00e9 et l\u2019utopie s\u00e9curitaire\u00a0: construction des territoires et subjectivation<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019identit\u00e9 urbaine peut se d\u00e9finir comme \u00ab\u00a0le processus d&rsquo;agencement et de structuration de l&rsquo;ensemble des repr\u00e9sentations que les diff\u00e9rents groupes sociaux internes et externes d&rsquo;une ville se font d&rsquo;elle, de son pass\u00e9, de son pr\u00e9sent et de son avenir, et ceci \u00e0 un moment donn\u00e9 de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb (Galland, 1993, p.\u00a03). Cette d\u00e9finition se pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une kyrielle d\u2019autres d\u00e9finitions qui apparaissent tant\u00f4t similaires, tant\u00f4t contradictoires et m\u00eame diff\u00e9rentes, mais qui partagent une id\u00e9e commune\u00a0: l\u2019identit\u00e9 fait n\u00e9cessairement intervenir plusieurs \u00e9l\u00e9ments li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire, \u00e0 l\u2019espace (ou territoire), \u00e0 l\u2019appartenance et \u00e0 la diff\u00e9rence. D\u00e9finir l\u2019identit\u00e9, c\u2019est plonger \u00e9galement dans le d\u00e9bat qui s\u2019est construit autour de la d\u00e9finition de l\u2019ethnicit\u00e9. Lapierre en donne une autre consid\u00e9ration en mettant l\u2019accent sur ce qui fait l\u2019identit\u00e9 d\u2019un groupe\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est sa diff\u00e9rence par rapport \u00e0 d&rsquo;autres groupes, [c\u2019est] un ensemble singulier de caract\u00e8res propres, qui signifie, symbolise cette unit\u00e9 et cette diff\u00e9rence, mais aussi la permanence de ce groupe dans le temps, \u00e0 travers l&rsquo;histoire, malgr\u00e9 tous les changements qui l&rsquo;ont affect\u00e9. L&rsquo;identit\u00e9 collective renvoie aux images par lesquelles le groupe se reconna\u00eet un pass\u00e9 commun, le rem\u00e9more, le comm\u00e9more, l&rsquo;interpr\u00e8te et le r\u00e9-interpr\u00e8te (Lapi\u00e8re, 1984, p.\u00a0197).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un d\u00e9veloppement sur l\u2019identit\u00e9 na\u00eet non seulement d\u2019un besoin d\u2019\u00e9laborer sur ses m\u00e9canismes de construction \u00e0 partir des migrations, mais aussi de comprendre comment les quartiers des villes fa\u00e7onnent leurs identit\u00e9s ainsi que les logiques qu\u2019ils abritent. Certaines populations qui ont un pass\u00e9 commun ou m\u00eame une origine commune s\u2019identifient la plupart du temps par rapport \u00e0 leur appartenance ethnique, par rapport au village d\u2019origine, par rapport \u00e0 la langue; d\u2019autres s\u2019identifient par rapport aux d\u00e9fis et projets actuels que pose le quartier qui est \u00e0 construire, d\u2019autres encore par rapport aux associations qui les unissent, par rapport au quartier qu\u2019elles habitent. Dans le pr\u00e9sent travail, la probl\u00e9matique de l\u2019identit\u00e9 se pose chez les groupes d\u2019influence, dans la gouvernance locale des quartiers et m\u00eame chez les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire. Les groupes d\u2019influence sont des groupes d\u2019acteurs\/actrices dont certaines caract\u00e9ristiques similaires \u00e0 ceux des gangs de rue sont manifestes et qui ont pour seul objectif de d\u00e9fendre et prot\u00e9ger les valeurs du quartier. Il en existe pratiquement dans chaque quartier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne les groupes d\u2019influence, l\u2019identit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 la construction des territoires r\u00e9els et imagin\u00e9s. \u00c0 partir de ces territoires, il est facile de distinguer deux cat\u00e9gories\u00a0transversales\u00a0: l\u2019en-groupe et le hors-groupe. L\u2019en-groupe repr\u00e9sente objectivement ceux\/celles qui font partie du quartier et le hors-groupe repr\u00e9sente en quelque sorte ceux\/celles qui n\u2019en font pas partie\u00a0: les \u00e9trangers\/\u00e9trang\u00e8res, les autres (Barth, 1969). Du point de vue des repr\u00e9sentations, l\u2019en-groupe repr\u00e9sente une entit\u00e9 ou une cat\u00e9gorie qui partage les id\u00e9es et les valeurs du groupe ou du quartier. Par contre, le hors-groupe repr\u00e9sente une cat\u00e9gorie nuisible \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement et \u00e0 la paix des quartiers. Avec la s\u00e9curit\u00e9, il existe une relation d\u2019interd\u00e9pendance entre l\u2019identit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9, en fonction des quartiers dans lesquels on se trouve. Dans certains quartiers o\u00f9 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la population est prononc\u00e9e, les besoins de s\u00e9curit\u00e9 conduisent \u00e0 la fabrication des structures du vivre ensemble. Pour ce faire, devant les besoins de s\u00e9curit\u00e9 ou pour r\u00e9pondre \u00e0 la menace que cause l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, les acteurs\/actrices se fondent une appartenance commune. Par ailleurs, dans des quartiers o\u00f9 la population est homog\u00e8ne, l\u2019identit\u00e9 constitue un tremplin vers la s\u00e9curisation (N\u2019nde, 2009). Ainsi, devant la probl\u00e9matique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, le d\u00e9sir de confort de l\u2019en-groupe et le besoin de contr\u00f4ler le hors-groupe grandit et fait na\u00eetre un int\u00e9r\u00eat certain pour l\u2019espace et les territoires, ceci \u00e0 des fins de distinction. En fait,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le rapport au sol, au paysage et \u00e0 l&rsquo;espace b\u00e2ti appara\u00eet comme un \u00e9l\u00e9ment constitutif de l&rsquo;identit\u00e9 urbaine, comme si ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient en quelque sorte les d\u00e9positaires de la m\u00e9moire collective d&rsquo;une communaut\u00e9. Certains lieux en deviennent ainsi sacr\u00e9s et par l\u00e0 m\u00eame intouchables, comme si l&rsquo;alt\u00e9ration ou la disparition de ces espaces physiques, g\u00e9ographiques ou urbanistiques devait engendrer la perte de cette m\u00e9moire. (Galland, 1993, p.\u00a08).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La protection des espaces du quartier se manifeste quelquefois par la violence, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un espace sacr\u00e9 dont la profanation occasionnerait in\u00e9luctablement une sanction. Dans la plupart des quartiers, les actes de vindicte populaire sont tr\u00e8s souvent incit\u00e9s par les groupes d\u2019influence, ceux-l\u00e0 qui disent d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats du quartier. En fait, si les fronti\u00e8res sont trac\u00e9es entre certains quartiers ou entre certains blocs de quartiers, c\u2019est en fonction de ce que ces espaces r\u00e9v\u00e8lent comme valeur, comme histoire et comme patrimoine. En effet,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">la somme des exp\u00e9riences v\u00e9cues tant individuellement que collectivement dans une r\u00e9gion urbaine garde en m\u00e9moire le cadre dans lequel ces exp\u00e9riences se sont d\u00e9roul\u00e9es, et retraverser ce cadre permet de r\u00e9activer les images qui soutiennent l&rsquo;identit\u00e9. De fait, ces \u00e9l\u00e9ments spatiaux sont d&rsquo;excellents r\u00e9v\u00e9lateurs de l&rsquo;identit\u00e9 urbaine (Galland, ibid.).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus loin, on peut constater que la gouvernance des quartiers, qui s\u2019\u00e9tablit en structure d\u2019administration locale du quartier, se pose de fa\u00e7on distincte dans chacun des quartiers. Dans certains quartiers des villes camerounaises, le pouvoir de la chefferie est h\u00e9r\u00e9ditaire. Dans d\u2019autres, il se transmet par \u00e9lection ou par d\u00e9signation par l\u2019autorit\u00e9 publique administrative. De cette mani\u00e8re, les identit\u00e9s qui se forment sont distinctes en fonction de l\u2019organisation de l\u2019espace et des rapports entre l\u2019autorit\u00e9 locale et les populations. Les traditions de gouvernance font na\u00eetre une forme particuli\u00e8re du vivre ensemble. C\u2019est \u00e0 partir de la distinction que Barth (1969) \u00e9tablit entre le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb, pr\u00e9c\u00e9demment traduit par \u00ab\u00a0en-groupe\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0hors-groupe\u00a0\u00bb\u00a0et par la pertinence des fronti\u00e8res que les identit\u00e9s maintiennent leur ancrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses travaux sur les discours des arabis\u00e9s du centre du Maroc, Sa\u00efd Bennis fournit des \u00e9l\u00e9ments de compr\u00e9hension des dynamiques associ\u00e9es \u00e0 cette distinction entre en-groupe et hors-groupe. Pour lui, \u00ab\u00a0l\u2019en-groupe renvoie aux pratiques et aux valeurs au sein d\u2019un groupe et il est d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019espace occup\u00e9 par ce groupe; [\u2026] la tendance \u00e0 l\u2019en-groupe est essentiellement une annexion du sujet \u00e0 son groupe dans le sens de rattachement et d\u2019union\u00a0\u00bb (Bennis, 2006, p.\u00a02). Par contre \u00ab\u00a0le hors-groupe d\u00e9signe tout ce qui ne r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 l\u2019espace, aux pratiques et aux valeurs du groupe. La tendance au hors-groupe est une forme de cession du groupe suivant laquelle l\u2019individu abandonne les valeurs et les pratiques de son groupe au profit de celles d\u2019un autre groupe \u00e9tranger\u00a0\u00bb (ibid.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mise en place de la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire qui se traduit par l\u2019autod\u00e9fense ou la surveillance des quartiers a pour objectif la paix et la protection des biens et des personnes. D\u00e8s lors, les \u00e9l\u00e9ments d\u2019identit\u00e9 permettent de circonscrire les limites des espaces \u00e0 prot\u00e9ger, de favoriser les positionnements pour la surveillance, d\u2019identifier les limites sociales ou humaines en termes de populations faisant partie de l\u2019espace \u00e0 consid\u00e9rer pour la s\u00e9curisation. Ici, l\u2019identit\u00e9 se construit sur la base d&rsquo;un projet commun de s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est devant ce que Lamizet (2007) a appel\u00e9 la polyphonie urbaine qu\u2019il est important de circonscrire des zones de reconnaissance qui favorisent l\u2019action. C\u2019est dans un processus dynamique que l\u2019identit\u00e9 se forme, en fonction des projets mouvants, des d\u00e9fis sans cesse changeants. Autant les probl\u00e8mes que rencontrent les populations varient suivant les \u00e9poques, autant les m\u00e9thodes et les actions pour y r\u00e9pondre ne sont pas les m\u00eames. Les types d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 auxquels les populations sont confront\u00e9es changent en fonction des adaptations mat\u00e9rielles li\u00e9es \u00e0 la modernit\u00e9. L\u2019utilisation des motos pour les cambriolages et les agressions est n\u00e9e avec la prolif\u00e9ration, \u00e0 un moment donn\u00e9, de l\u2019importation des motos comme moyens de transport urbain. De m\u00eame, les conducteurs de moto-taxi appel\u00e9s commun\u00e9ment \u00ab\u00a0benskineurs\u00a0\u00bb forment une communaut\u00e9 d\u2019entraide dont les liens sont extr\u00eamement soud\u00e9s. Cela signifie que les identit\u00e9s naissent \u00e0 un moment donn\u00e9 et se construisent en tenant compte de la conjoncture culturelle, sociale, technologique, \u00e9conomique des villes. Finalement,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La notion d\u2019\u00ab identit\u00e9 urbaine \u00bb \u00e9voque donc un ensemble de processus identitaires complexes entre l\u2019individu, le groupe et l\u2019espace, de l\u2019ordre du sensible, de l\u2019action et de l\u2019\u00e9nonciation, dans un espace mouvant en constante red\u00e9finition. L\u2019identit\u00e9 est fa\u00e7onn\u00e9e par des jeux de connaissances et de reconnaissances \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles, entre diff\u00e9rents acteurs (Bautes et Guiu, 2010, p.\u00a0120).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les villes de Douala et Yaound\u00e9, certains quartiers comptent des communaut\u00e9s sp\u00e9cifiques. C\u2019est le cas des Bamil\u00e9k\u00e9 dont \u00ab\u00a0l\u2019esprit d\u2019entreprise\u00a0\u00bb a favoris\u00e9 les migrations vers la ville. D\u00e9j\u00e0 en \u00e9tudiant les Grassfields (l\u2019ensemble des villages qui constituent le pays Bamil\u00e9k\u00e9), Warnier (1993) pensait qu\u2019ils sont \u00ab\u00a0une p\u00e9pini\u00e8re d\u2019entrepreneurs parce qu\u2019ils sont une terre d\u2019\u00e9migration [&#8230;] ils jettent des migrants par milliers sur les routes. La migration est une strat\u00e9gie individuelle de survie\u00a0\u00bb. C\u2019est dans cette qu\u00eate de r\u00e9ussite que la plupart se retrouvent en ville. \u00c0 travers les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9, ils sont soutenus par les plus anciens pr\u00e9c\u00e9demment install\u00e9s. En cherchant \u00e0 expliquer la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique des ressortissant\u00b7e\u00b7s bamil\u00e9k\u00e9s, Warnier (1993) montre que \u00ab\u00a0tous les entrepreneurs maintiennent des attaches familiales et villageoises solides et vont jusqu\u2019\u00e0 reconstituer le village en ville\u00a0\u00bb. Par le fait des activit\u00e9s \u00e9conomiques, des formes de solidarit\u00e9s se prolongent ou se recr\u00e9ent. Ainsi, les migrations constituent un facteur de densification des identit\u00e9s urbaines. Autant les migrations contribuent \u00e0 fa\u00e7onner les identit\u00e9s, autant la construction des identit\u00e9s laisse entrevoir une dynamique prospective des quartiers urbains et de la ville. Les groupes ou les acteurs\/actrices se donnent une vision des quartiers dans lesquels ils habitent. Ils les pensent, les r\u00eavent et travaillent \u00e0 la projection de leur image mentale dans les espaces des quartiers. C\u2019est dans ce contexte que na\u00eet l\u2019utopie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019utopie, qui inspire les urbanistes, a longtemps contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement du savoir sur les villes. La plupart des configurations urbaines porteuses d\u2019utopie ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es pour r\u00e9pondre aux exigences de l\u2019\u00e9poque et pour favoriser l\u2019\u00e9panouissement ad\u00e9quat des populations. Pour Choay (1965), comment\u00e9e par Ganjavie (2010), l\u2019utopie pr\u00e9sente plusieurs aspects. Le premier est davantage formel. Fond\u00e9 sur une approche textuelle \u00ab\u00a0paramythique\u00a0\u00bb, il propose une critique de la soci\u00e9t\u00e9 historique et une imagination de la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale. Ensuite, la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale se veut \u00eatre une cr\u00e9ation faite \u00e0 partir des critiques de la soci\u00e9t\u00e9 historique. Puis, la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale doit son \u00e9quilibre \u00e0 un espace mod\u00e8le reproductible capable de gu\u00e9rir la soci\u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e par Choay comme malade\u00a0: on parle d\u2019une transformation th\u00e9rapeutique. Enfin, \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 mod\u00e8le et son espace b\u00e2ti poss\u00e8dent une valeur absolue de v\u00e9rit\u00e9 et, une fois instaur\u00e9s, \u00e9chappent \u00e0 l&#8217;emprise du temps\u00a0\u00bb (Ganjavie, 2010, p.\u00a06).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La question de l\u2019utopie est largement d\u00e9velopp\u00e9e en urbanisme. L\u2019int\u00e9r\u00eat de discuter cette notion r\u00e9side dans les projections id\u00e9ales que se font les groupes d\u2019acteurs\/actrices dans leurs projets de s\u00e9curit\u00e9. Qu\u2019elle soit spatiale, locale ou qu\u2019elle touche l\u2019organisation des populations urbaines, l\u2019utopie na\u00eet dans le cadre d\u2019une id\u00e9e de quartier s\u00e9curis\u00e9. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on peut observer que l\u2019ensemble des strat\u00e9gies, des visions imaginatives qui se d\u00e9veloppent pour b\u00e2tir les organisations de s\u00e9curit\u00e9 laissent entrevoir un dessein utopique. Finalement, si les formes d\u2019organisations dans les quartiers se sont succ\u00e9d\u00e9 et ont \u00e0 chaque fois connu des transformations ou des am\u00e9liorations, c\u2019est qu\u2019elles sont \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un mieux-\u00eatre qui se pose comme une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 atteindre. En fonction des identit\u00e9s qui se forment dans les quartiers, une vision imaginaire de la vie \u00e9merge. Ainsi, les \u00e9v\u00e8nements d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui se manifestent de fa\u00e7on pr\u00e9pond\u00e9rante dans les villes de Douala et de Yaound\u00e9 forcent les populations \u00e0 penser des strat\u00e9gies individuelles, communautaires ou de groupes pour assurer leur bien-\u00eatre ou leur mieux \u00eatre, d\u2019o\u00f9 l\u2019usage non seulement des techniques, mais aussi des outils dans les pratiques de s\u00e9curisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il existe, en fonction du service de police ou de gendarmerie, une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019outils utilis\u00e9s pour le travail quotidien de s\u00e9curit\u00e9. En consid\u00e9rant la partie de la police qui s\u2019occupe de la protection physique des personnes, les organes publics de s\u00e9curit\u00e9 mobilisent une multiplicit\u00e9 d\u2019outils de contrainte dans leurs activit\u00e9s quotidiennes d\u2019intervention, notamment une grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019armes \u00e0 feu, parmi lesquelles les armes l\u00e9g\u00e8res qui peuvent \u00eatre utilis\u00e9es par une seule personne. On parle tr\u00e8s souvent de pistolets semi-automatiques, de revolvers, de fusils, de mitraillettes et de mitrailleuses l\u00e9g\u00e8res. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, on a des armes blanches telles que des matraques, des gaz lacrymog\u00e8nes, des pistolets \u00e0 impulsion \u00e9lectrique (taser), des couteaux. Il existe d\u2019autres outils qui ne peuvent causer de violence physique; ce sont par exemple des sifflets servant \u00e0 r\u00e9guler la circulation routi\u00e8re, de l\u2019uniforme, des casques ou boucliers de d\u00e9fense, des menottes, des gilets pare-balles, des gilets fluorescents, etc. En outre, il existe des mat\u00e9riels plus lourds tels que les diff\u00e9rents v\u00e9hicules de patrouille ou d\u2019intervention, des h\u00e9licopt\u00e8res, des motos\u2026 En plus de tout cela, s\u2019ajoute le mat\u00e9riel qui sert \u00e0 la communication. De m\u00eame, il est possible, pour les groupes vernaculaires de s\u00e9curit\u00e9, de poss\u00e9der quelques-uns de ces outils, notamment l\u2019\u00e9quipement vestimentaire, les outils de surveillance, les armes blanches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage du mat\u00e9riel renseigne sur la d\u00e9termination et les capacit\u00e9s des acteurs. C\u2019est une forme de communication\u00a0: dans la mesure o\u00f9 les outils employ\u00e9s conf\u00e8rent une certaine autorit\u00e9, ils communiquent sur le pouvoir des acteurs (capacit\u00e9 de domination ou de contraindre); ils communiquent sur le pouvoir des usagers et usag\u00e8res de s\u2019inscrire pleinement dans leur milieu. Cela leur permet d\u2019affirmer leur pr\u00e9sence dans leur espace selon qu\u2019ils se repr\u00e9sentent le monde. \u00c0 ce propos, Lemonnier pense que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[Les outils] donnent un aper\u00e7u sur la participation insoup\u00e7onn\u00e9e des actions mat\u00e9rielles et des objets \u00e0 la communication non verbale d\u2019ensemble d\u2019id\u00e9es importantes, et m\u00eame essentielles, pour les personnes qui les manipulent. Les objets et les actions physiques produisent cet effet en cr\u00e9ant simultan\u00e9ment dans l\u2019esprit des acteurs des r\u00e9f\u00e9rences nombreuses et vari\u00e9es \u00e0 la vie sociale et \u00e0 des types de relations sociales (Lemonnier, 2012, p.\u00a099).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les personnes investies d\u2019un quelconque r\u00f4le ou d\u2019un quelconque statut sont dans certains cas propri\u00e9taires d\u2019objets qui affirment ce statut. La propri\u00e9t\u00e9, la fabrication et l\u2019usage de ces objets d\u00e9crivent le mode d\u2019\u00eatre d\u2019un groupe social et les modalit\u00e9s de d\u00e9finition de ces groupes par rapport au reste de la soci\u00e9t\u00e9. Ainsi, ces objets, en plus de traduire une certaine communication non verbale, rendent possible l\u2019affirmation d\u2019un certain statut, d&rsquo;une certaine identit\u00e9, d\u2019un certain ordre social et politique. Mieux encore, il s\u2019agit d\u2019affirmer<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">le r\u00f4le des objets et des actions mat\u00e9rielles dans la communication non verbale, tant dans les contextes rituels que\u00a0non-rituels. Ils montrent que certains objets, leurs propri\u00e9t\u00e9s physiques et leur r\u00e9alisation mat\u00e9rielle ne sont pas simplement des expressions non langagi\u00e8res d\u2019aspects fondamentaux de mani\u00e8re de vivre et de penser; ils sont parfois les seuls moyens de rendre visibles les piliers de l\u2019ordre social sans cela, flous, voire m\u00eame cach\u00e9s (Lemonnier, ibid., p.\u00a013).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9curit\u00e9 commande un usage d\u2019objets tr\u00e8s souvent pr\u00e9fabriqu\u00e9s pour les forces de l\u2019ordre. Les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 vernaculaire r\u00e9alisent par leurs propres soins ces objets. La s\u00e9curisation implique donc une relation \u00e0 l\u2019objet dont le but le plus probable est le maintien ou le r\u00e9tablissement de la paix. Cependant, elle engendre d\u2019autres consid\u00e9rations li\u00e9es au pouvoir, \u00e0 la construction des discours, \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 et m\u00eame aux savoirs. Avec l\u2019usage d\u2019objets, les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 se rendent ma\u00eetres\/ma\u00eetresses de l\u2019espace et des quartiers qu\u2019ils\/elles surveillent, segmentent et dominent. Ainsi, l\u2019activit\u00e9 de s\u00e9curisation admet une r\u00e9duction du risque et du danger que pourrait favoriser l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Si l\u2019objet donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre plus fort, il fabrique \u00e9galement une image de soi et permet de se poser comme partie prenante des espaces s\u00e9curis\u00e9s, car l\u2019objet transforme son utilisateur\/utilisatrice au fil du temps.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Une fois l\u2019objet acquis, il s\u2019agit de l\u2019int\u00e9grer \u00e0 l\u2019espace du quotidien, de l\u2019inscrire dans des rythmes \u2013 autrement dit dans des dynamiques du corps, via l\u2019action, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sur la mati\u00e8re. Intervient la notion d\u2019\u00ab habitude \u00bb, qui tend \u00e0 rendre \u00ab naturels \u00bb les objets domestiques par \u00ab routinisation \u00bb, au point d\u2019en faire oublier leur ext\u00e9riorit\u00e9 premi\u00e8re au corps de celui qui les agit. C\u2019est le m\u00e9canisme de l\u2019\u00ab incorporation \u00bb, qui donne un caract\u00e8re d\u2019\u00e9vidence aux gestes maintes et maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et donc aux objets qu\u2019ils mettent en action. Ces processus s\u2019appuient sur une certaine \u00ab m\u00e9moire du corps en action\u00a0\u00bb pour all\u00e9ger la conscience r\u00e9flexive tout en activant et en construisant du sens\u00a0: des repr\u00e9sentations, un imaginaire, des valeurs autour des objets, mais aussi une forme d\u2019\u00ab intelligence du corps \u00bb qui \u00e9chappe au discours (Roustan, 2005, p.\u00a033-34).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, l\u2019importance de la culture mat\u00e9rielle se situe dans \u00ab\u00a0sa part physique, celle qui entre en corps \u00e0 corps avec l\u2019humain, le structure et le construit, aux niveaux individuel et collectif\u00a0\u00bb (Roustan, 2005, p.\u00a04). Autant il est possible que l\u2019outil de contrainte procure une sensation de sup\u00e9riorit\u00e9 (d\u2019o\u00f9 les nombreux effets pervers de la s\u00e9curisation, notamment les bavures polici\u00e8res ou les vindictes populaires), autant il fait l\u2019objet d\u2019une responsabilisation du\/de la possesseur ou de la propri\u00e9taire. Au-del\u00e0 du pouvoir et des relations sociales li\u00e9es \u00e0 l\u2019objet, il est tr\u00e8s important de noter les passerelles que l\u2019objet de s\u00e9curisation \u00e9tablit entre les acteurs\/actrices (les groupes de s\u00e9curit\u00e9 et les populations) et entre l\u2019acteur\/actrice et sa construction en tant que sujet de s\u00e9curisation et de s\u00e9curit\u00e9. Tr\u00e8s souvent dans le contexte de la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019objet agit par violence. Une violence \u00e0 travers le matraquage du corps dans le cadre d\u2019un processus de banalisation du corps o\u00f9 se produisent les lynchages, dans le cadre des contraintes op\u00e9r\u00e9es pas les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 sur les suspect\u00b7e\u00b7s, dans le cadre des bavures ou des effets pervers de la s\u00e9curisation. L\u2019usage des objets favorise la dynamique des corps en permettant aux sujets d\u2019agir sur soi, mais plus loin, proc\u00e8de par assujettissement en donnant \u00e0 certains sujets la possibilit\u00e9 d\u2019agir sur d\u2019autres sujets, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance de la notion de subjectivation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On entend par subjectivation, \u00ab\u00a0le processus par lequel se constitue un sujet ou, plus exactement, une subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb (Dardot, 2011, p.\u00a0235).\u00a0L\u2019action que l\u2019acteur\/actrice pose sur soi rev\u00eat un int\u00e9r\u00eat certain, dans la mesure o\u00f9 il y va non seulement de sa repr\u00e9sentation du monde, mais aussi de sa repr\u00e9sentation face au monde. Cela d\u00e9termine son appartenance ou non aux groupes ou aux territoires des quartiers. Si nous convenons que la pratique de la s\u00e9curisation va plus loin que le simple fait de r\u00e9aliser des activit\u00e9s de surveillance, il est possible d\u00e8s lors d\u2019envisager les acteurs\/actrices de la s\u00e9curit\u00e9 comme des entit\u00e9s qui se construisent en tant que sujets de s\u00e9curit\u00e9. Cela implique qu\u2019ils\/elles ne se consid\u00e8rent plus comme de simples habitant\u00b7e\u00b7s du quartier, mais bien plus, ils\/elles ont une existence dans le champ s\u00e9curitaire. Plus qu\u2019une identit\u00e9 ou un statut, il est question d\u2019une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre au monde. Plus amplement, la subjectivation repr\u00e9sente<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">un rapport \u00e0 soi qui est d\u2019ordre pratique. Autrement dit, ce qui est en question, c\u2019est une certaine action sur soi, plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce que chacun fait de lui-m\u00eame en faisant quelque chose en relation avec les autres, aussi bien en faisant quelque chose avec les autres que contre les autres. Un mode de subjectivation est ainsi le processus par lequel se constitue un certain rapport \u00e0 soi, dans certaines conditions historiques donn\u00e9es (Dardot, 2011, p.\u00a0235).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le fait pour les groupes populaires de s\u00e9curit\u00e9 de repr\u00e9senter un maillon important dans la cha\u00eene de gouvernance locale constitue premi\u00e8rement une inscription dans la dynamique des quartiers et de la ville. Ensuite, leurs actions sur les autres, leurs consid\u00e9rations et les exigences qu\u2019implique leur activit\u00e9 op\u00e8rent un travail sur eux. Ainsi, les approches mat\u00e9rielles de la s\u00e9curisation donnent une \u00e9nergie favorable \u00e0 la red\u00e9finition de soi. Nous pensons qu\u2019\u00e0 travers la s\u00e9curisation, les acteurs\/actrices occupent un ensemble de r\u00f4les, d\u00e9veloppent des exigences, b\u00e9n\u00e9ficient de privil\u00e8ges et de responsabilit\u00e9s. Finalement, les effets sur leurs activit\u00e9s et leurs fa\u00e7ons de se consid\u00e9rer, de se repr\u00e9senter ou de se d\u00e9finir invitent \u00e0 \u00e9laborer sur les modes de subjectivation qui ont cours dans les pratiques de s\u00e9curisation. Nous optons pour le type de subjectivation qui invite \u00e0 un rapport \u00e0 soi, de sorte qu\u2019il \u00ab\u00a0r\u00e9sulte de l\u2019action accomplie par l\u2019individu sur lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (Dardot, 2011, p.\u00a0236). On est en face d\u2019un \u00ab\u00a0travail d\u2019auto-transformation, un travail de soi sur soi, qui est une activit\u00e9 de formation de soi, et non le simple effet d\u2019un investissement op\u00e9r\u00e9 par le pouvoir\u00a0\u00bb (ibid.). Les acteurs\/actrices pensent leur existence face \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et au projet de s\u00e9curit\u00e9, ils\/elles pensent leurs capacit\u00e9s d\u2019action. La pr\u00e9cision que nous apportons \u00e0 la consid\u00e9ration du sujet est charg\u00e9e de contenu. Nous parlons bien de subjectivit\u00e9 dans un cadre qui concerne des activit\u00e9s de s\u00e9curisation. On s\u2019int\u00e9resse \u00e0 des processus o\u00f9 les acteurs\/actrices de s\u00e9curisation se construisent ou se d\u00e9construisent comme sujets (Wiervioka, Michel, 2012; Wiervioka, Michel, 2013) ou alors des processus de subjectivation ou de d\u00e9-subjectivation. Les ph\u00e9nom\u00e8nes de violence et les actes de lynchage (justice populaire) font appel, de la part des acteurs\/actrices, \u00e0 un processus de d\u00e9-subjectivation, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0d\u2019anti sujet\u00a0: cette partie du sujet qui, au lieu de construire, au lieu de consid\u00e9rer que autrui est sujet aussi, va d\u00e9truire et va consid\u00e9rer que autrui n&rsquo;est pas sujet\u00a0\u00bb (Wiervioka, Michel, 2013, en ligne).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le sujet s\u00e9curis\u00e9 se construit \u00e0 la faveur des territoires urbains qu&rsquo;il occupe, des groupes auxquels il appartient, et des outils et armes auxquels il acc\u00e8de et utilise. Dans des villes comme Douala et Yaound\u00e9, ces territoires urbains sont marqu\u00e9s par une s\u00e9gr\u00e9gation sociospatiale qui donne lieu \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9curitaires qui diff\u00e8rent selon les quartiers. Il faut reconna\u00eetre par ailleurs que les structures informelles sont un tremplin vers la construction communautaire. En effet, l\u2019informalit\u00e9 repr\u00e9sente un champ d\u2019\u00e9nergie non \u00e9conomique qui priorise les relations humaines et sociales, favorise le rapprochement des acteurs\/actrices et cr\u00e9e de nouvelles ou des sous-cultures urbaines. Pour la plupart, l\u2019informalit\u00e9 repr\u00e9sente une zone transitoire d\u2019insertion dans la ville pour les nouveaux\/nouvelles migrant\u00b7e\u00b7s et plus loin, une structure d\u2019int\u00e9gration et de d\u00e9veloppement. Plus simplement, l\u2019informalit\u00e9 dans ses multiples ramifications donne lieu \u00e0 la construction des identit\u00e9s et des territoires urbains. C\u2019est elle qui donne lieu aux d\u00e9ploiements des communaut\u00e9s qui s\u2019organisent pour penser, parfois loin des autorit\u00e9s publiques, un id\u00e9al de quartier et plus loin un id\u00e9al de ville. C\u2019est l\u2019environnement informel qui donne le quitus \u00e0 l\u2019expression vernaculaire, \u00e0 la collaboration parfois tacite avec les autorit\u00e9s publiques et enfin \u00e0 l\u2019ordre ou le d\u00e9sordre urbain.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nodem, Jean-Emet. 2009. Vente de m\u00e9dicaments \u00e0 la sauvette \u00e0 l\u2019Ouest-Cameroun. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tsana Nguegang, Ramses. 2019. Campagnes \u00e9lectorales, partis politiques et personnel politique int\u00e9rimaire au Cameroun\u00a0: entre \u00e9change conjoncturel et client\u00e9lisme. Politique et Soci\u00e9t\u00e9s. 38(2), 133-163.\u00a0https:\/\/doi.org\/10.7202\/1062041ar<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">C\u00e9r\u00e9zuelle, D. 1997. Pour un autre d\u00e9veloppement social. Paris\u00a0: Descl\u00e9e de Brouwer.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Harth, Keith. 1973. Informal income opportunities and urban employment in Ghana. Modern african studies, 1, 61-89.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbouombouo, Pierre. 2005. D\u00e9tournements des trottoirs \u00e0 Yaound\u00e9: entre logiques \u00e9conomicosociales et marginalit\u00e9 urbaine, pp. 247-2259, in N. Hossard et M. Jarvin (dir.) \u00ab C\u2019est ma ville! \u00bb de l\u2019appropriation et du d\u00e9tournement de l\u2019espace public. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Latouche, Serge. 1993. In the wake of the affluent society: an exploration of post-development. London: Zed books.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Donovan, Michael G. 2008. Informal cities and the contestation of public space: the case of Bogot\u00e1\u2019s street vendors. Urban studies, 45, 29-51.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centeno, Miguel Angel et Portes, Alejandro. 2006. The informal economy in the shadow of the state. Dans, Fernandez-kelly, Patricia et Shefner, Jon (dir.), Out of the shadows. Political action and the informal economy in Latin America (23-48). Pennsylvania: Pennsylvania state university press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fodouop Kengne. 2001. La soci\u00e9t\u00e9 urbaine de Yaound\u00e9, entre tradition et modernit\u00e9. Dans Eno Belinga, Samuel et Vicat, Jean-Paul (dir.) Yaound\u00e9, une grande m\u00e9tropole africaine au seuil du troisi\u00e8me mill\u00e9naire (213-224). Yaound\u00e9\u00a0: Les classiques camerounais.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand-Lasserve, Alain et Tribillon, Jean-Fran\u00e7ois. 2000. Questions urbaines. Quelles r\u00e9ponses \u00e0 l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 des quartiers dans les villes en d\u00e9veloppement? Document de travail pour le s\u00e9minaire du r\u00e9seau ESF\/N-AERUS. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/aitec.reseau-ipam.org\/spip.php?article93\">https:\/\/aitec.reseau-ipam.org\/spip.php?article93<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Socpa, Alain. 2010. New kinds of lands conflict in urban Cameroon: the case of \u2018landless\u2019 Indigenous peoples in Yaound\u00e9. The journal of international african institute, 80(4),\u00a0553-572.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chouiki, Mustapha. 1997. La s\u00e9gr\u00e9gation sociospatiale \u00e0 Casablanca. L\u2019Homme et la Soci\u00e9t\u00e9. 125, 85-105.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chouiki, Mustapha. 2012. Le Maroc face au d\u00e9fi urbain\u00a0: Quelle politique de la ville? Rabat\u00a0: Dar Ettaouhidi.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chouiki, Mustapha. 2013. L\u2019informalit\u00e9 n\u2019est-elle pas urbaine avant d\u2019\u00eatre \u00e9conomique? Des illustrations d\u2019une m\u00e9tropole du Sud. 13\u00e8mes Journ\u00e9es de l\u2019Association d\u2019\u00e9conomie sociale, Casablanca, 13 mai.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N&rsquo;nde, Pierre Boris. 2013. Le secteur informel et les modes d&rsquo;appropriation du territoire en milieu urbain comme strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre la pauvret\u00e9. In V\u00e9zina, Martine (dir.) Actes du 13\u00e8me Colloque annuel des \u00e9tudiants de cycles sup\u00e9rieurs du CRISES, Cahiers du CRISES, collection Hors-s\u00e9rie, no. HS1301.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris. 2016. Production de la s\u00e9curit\u00e9, rationalit\u00e9 et gouvernance locale\u00a0: une ethnographie urbaine \u00e0 Douala et Yaound\u00e9 (Cameroun). Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Laval.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N&rsquo;nde Pierre Boris. 2009. Les pratiques populaires de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9. M\u00e9moire de master, Universit\u00e9 catholique d&rsquo;Afrique centrale.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Galland, Blaise. 1993. Les identit\u00e9s urbaines, Cultures, sous cultures et d\u00e9viances. Convention romande de 3e cycle de sociologie 2e session Bulle, 24-26 novembre 1993.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lapierre, Jean-William. 1984. L\u2019identit\u00e9 collective, objet paradoxal\u00a0: d\u2019o\u00f9 nous vient-il? Recherches Sociologiques, 2 (3) 195-206.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barth, Fredrik. 1969. Introduction. Dans Barth, Fredrik (dir.), Ethnic groups and Boundaries: The social organization of culture difference (9-38). Bergen\/Oslo, London: George Allen et Unwin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bennis, Sa\u00efd. 2006. Du en groupe au hors groupe dans les discours des Arabis\u00e9s du centre du Maroc. Estudios de Socioling\u00fc\u00edstica, 7 (2),\u00a0197-216.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lamizet, Bernard. 2007. La polyphonie urbaine\u00a0: essai de d\u00e9finition. Communication et organisation, 32, 14-25. En ligne\u00a0: http:\/\/journals.openedition.org\/communicationorganisation\/1141<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bautes, Nicolas et Guiu Claire. 2010. Cheminements autour de l&rsquo;identit\u00e9 urbaine. Dans G\u00e9rardot, Maie (dir.) La France en ville (119-126). Neuilly\u00a0: Atlande.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Warnier, Jean-Pierre. 1993. L\u2019Esprit d\u2019entreprise au Cameroun. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ganjavie, Amir. 2010. Le r\u00f4le de la pens\u00e9e utopique dans l\u2019am\u00e9nagement viable des villes de demain. M\u00e9moire de Ma\u00eetrise en Sciences de l\u2019architecture, \u00c9cole d\u2019architecture, Universit\u00e9 Laval.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lemonnier, Pierre. 2012. Mundane Objects, Materiality and Non-Verbal Communication. Walnut Creek, Left Coast Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roustan, M\u00e9lanie. 2005. Sous l\u2019emprise des objets? Une anthropologie par la culture mat\u00e9rielle des drogues et d\u00e9pendances. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Ren\u00e9 Descartes &#8211; Paris V.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dardot, Pierre. 2011. La subjectivation \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la partition individuel-collectif. Revue du MAUSS, 2(38), 235-258.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Michel. 2012. Du concept de sujet \u00e0 celui de subjectivation\/d\u00e9-subjectivation. Fondation Maison des Sciences de l\u2019Homme, WP, 16.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Michel. 2013. Les processus de subjectivation \/ d\u00e9-subjectivation et la violence, Interview r\u00e9alis\u00e9 par RTA. Consult\u00e9 sur Internet (http\u00a0: \/\/www.intermag.be\/michel wieviorkasubjectivation-et-violence) le 01 octobre 2015.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Michel. 2013. La notion de sujet, Interview r\u00e9alis\u00e9 par RTA. Consult\u00e9 en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.intermag\">http:\/\/www.intermag<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Birkbeck, Chris, 1978. Self-employed Proletarians in an informal factory: The case of Cali&rsquo;s garbage dump. World Development, 6(9-10), 1173-1185.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019nde, Pierre Boris. 2013. Le secteur informel et les modes d\u2019appropriation du territoire en milieu urbain comme strat\u00e9gies de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre la pauvret\u00e9 (63-71). Actes du 13\u00e8me colloque annuel des \u00e9tudiants de cycles sup\u00e9rieurs du CRISES du 5 au 6 avril 2011, HEC, Montr\u00e9al.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/contributors\/pierre-boris-nnde\">Pierre Boris N\u2019NDE<\/a><\/strong><br \/>Enseignant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9 au Cameroun, l\u2019auteur est titulaire d\u2019un PhD en anthropologie sociale et culturelle de l\u2019Universit\u00e9 Laval (Qu\u00e9bec, Canada).. Il a effectu\u00e9 un postdoctorat en recherche humanitaire sous le financement de la Fondation Croix-Rouge fran\u00e7aise. Il a \u00e9galement travaill\u00e9 comme charg\u00e9 de cours et professionnel de recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval. Il s\u2019int\u00e9resse aux dynamiques des villes, aux questions de violence et de s\u00e9curit\u00e9. Il est actuellement co-r\u00e9dacteur en chef de la revue Gari et membre du comit\u00e9 scientifique des \u00c9ditions Sciences et Bien Commun.<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/contributors\/guy-sylvain-talla\">Guy Sylvain TALLA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est dipl\u00f4m\u00e9 de la Facult\u00e9 des Lettres et Sciences Humaines de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang o\u00f9 il a obtenu un Master en Sociologie, Option Population et D\u00e9veloppement. Il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la sant\u00e9 des populations, aux pratiques vernaculaires et aux questions de d\u00e9veloppement. Il poursuit actuellement ses travaux \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Li\u00e8ge en Belgique en Sociologie des populations.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-318-1\">Les quartiers Ntaba et Tsinga Elobi \u00e0 Yaound\u00e9 o\u00f9 mar\u00e9cages et flancs de collines ont spontan\u00e9ment laiss\u00e9 prosp\u00e9rer des maisons d\u2019habitation. Newton a\u00e9roport dans la ville de Douala s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 sur un domaine public tout autour de l\u2019a\u00e9roport international de Douala et par le fait m\u00eame impropre aux habitations. <a href=\"#return-footnote-318-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-318-2\">Le Gazon par exemple devient une expression populaire pour d\u00e9signer les carrefours de vente de m\u00e9dicaments et le poteau renvoie \u00e0 des librairies de rues o\u00f9 l\u2019on peut acheter et\/ou \u00e9changer des livres. <a href=\"#return-footnote-318-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":7,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["pierre-boris-nnde","guy-sylvain-talla"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[145,88],"license":[],"class_list":["post-318","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-appropriation-populaire","motscles-espace-urbain","motscles-informalite","motscles-securisation","motscles-utopie","keywords-informality","keywords-popular-appropriation","keywords-security","keywords-urban-space","keywords-utopia","contributor-guy-sylvain-talla","contributor-pierre-boris-nnde"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/318","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/318\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":577,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/318\/revisions\/577"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/318\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=318"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=318"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=318"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/gari\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=318"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}