{"id":120,"date":"2021-02-05T10:29:52","date_gmt":"2021-02-05T09:29:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=120"},"modified":"2023-04-11T12:19:35","modified_gmt":"2023-04-11T10:19:35","slug":"haoua2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/haoua2021\/","title":{"rendered":"De l\u2019introduction des langues locales dans l\u2019enseignement professionnel au Cameroun. Le cas du personnel de sant\u00e9"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La fragilit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 au Cameroun, comme dans les autres pays d\u2019Afrique subsaharienne, est un fait. Le pays doit affronter une charge croissante des maladies transmissibles ou non, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. De plus en plus, des \u00e9pid\u00e9mies font leur apparition et les populations, ainsi que le personnel de sant\u00e9, doivent y faire face. Or, pour le faire, il faut \u00eatre arm\u00e9 : comprendre les prescriptions \u00e9dict\u00e9es afin de s\u2019y conformer. Celles-ci, pour \u00eatre comprises et appliqu\u00e9es, doivent \u00eatre transmises \u00e0 travers un code commun, c\u2019est-\u00e0-dire des langues comprises par les deux parties \u2013 les populations et les professionnels de la sant\u00e9. G\u00e9n\u00e9ralement, les langues utilis\u00e9es pour la communication sont les langues officielles qui sont aussi les langues de scolarisation, c\u2019est-\u00e0-dire le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. Et l\u2019on sait qu\u2019elles ne sont comprises que par une petite tranche de la population; le plus souvent, ce sont ceux et celles qui sont all\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Pourtant, s\u2019agissant des probl\u00e8mes de sant\u00e9, aucune tranche de la population n\u2019est \u00e9pargn\u00e9e. C\u2019est \u00e0 ce niveau que l\u2019on se demande s\u2019il y a n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9former linguistiquement le personnel de sant\u00e9 d\u00e9j\u00e0 en service, et d\u2019introduire, dans les \u00e9coles de formation du personnel de sant\u00e9, les langues locales. Le Cameroun \u00e9tant un pays linguistiquement riche et diversifi\u00e9, il s\u2019agira de penser cette introduction selon les zones linguistiques d\u00e9finies par le PROPELCA[footnote]Projet de recherche op\u00e9rationnelle pour l\u2019enseignement des langues au Cameroun[\/footnote] et l\u2019UNESCO[footnote]Organisation des Nations unies pour l'\u00e9ducation, la science et la culture[\/footnote]. L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une \u00e9ducation par les langues maternelles est d\u00e9sormais reconnu de m\u00eame que l\u2019enjeu de la diversit\u00e9 linguistique pour le vivre ensemble. L\u2019objectif de cet article est de montrer l\u2019importance de l\u2019introduction de l\u2019enseignement des langues locales de grande diffusion dans les \u00e9coles de formation professionnelle d\u2019une part, et l\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle des personnels de sant\u00e9 dans les langues locales d\u2019autre part. L\u2019hypoth\u00e8se pos\u00e9e est qu\u2019il y a un lien entre les langues, la communication ou les pratiques communicatives et les pratiques professionnelles. Sans revenir de mani\u00e8re incessante sur la notion de vivre ensemble, nous consid\u00e9rerons que le d\u00e9veloppement qui suivra indirectement dans une logique de construction d\u2019une coh\u00e9sion sociale.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>La situation sociolinguistique du Cameroun <\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, on d\u00e9nombre 250 \u00e0 300 langues : enchev\u00eatrement des langues des familles nig\u00e9ro-congolaises, nilo-sahariennes, bantoues et chamito-s\u00e9mitiques (Lionel, 2019, en ligne). L\u2019Atlas linguistique du Cameroun (ALCAM) (Dieu et Renaud, 1983) d\u00e9nombre plus de 239 langues parl\u00e9es dans ce pays. La Soci\u00e9t\u00e9 Internationale de Linguistique (SIL) quant \u00e0 elle, les inventorie \u00e0 283 (Grimes, 1996).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Certaines sont parl\u00e9es par un nombre important d\u2019individus, d\u2019autres par peu d\u2019individus au point o\u00f9 celles-ci sont consid\u00e9r\u00e9es comme des langues disparues, en voie de disparition ou en danger r\u00e9el\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle de la majorit\u00e9 des langues identitaires conna\u00eet un fort d\u00e9clin au Cameroun. Cela est le fait non seulement des brassages ethniques et de l\u2019adoption subs\u00e9quente de v\u00e9hiculaires (y compris le fran\u00e7ais), mais encore du prestige de ces v\u00e9hiculaires sur le march\u00e9 linguistique (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a088).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Allant dans le m\u00eame sens, Bitjaa Kody r\u00e9partit les langues camerounaises en quatre groupes\u00a0: les langues \u00e9teintes, les langues r\u00e9siduelles, les langues minoritaires et les langues majoritaires (Bitjaa Kody, 2001, en ligne). Celles qui sont utilis\u00e9es par un grand nombre de Camerounais jouent le r\u00f4le de langues v\u00e9hiculaires.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, nous pouvons en citer au moins huit, dont le fulfulde dans les trois r\u00e9gions septentrionales, l\u2019ewondo au centre et \u00e0 l\u2019est sous sa forme pidginis\u00e9e (mongo ewondo), le pidgin-english (zones de l\u2019Ouest, du Littoral) qui, en relativisant une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 linguistique que l\u2019on ne saurait nier, contribuent \u00e0 relever le d\u00e9fi de la communication et de la circulation de l\u2019information compte tenu des exigences du d\u00e9veloppement (M\u00e9tangmo Tatou, 2019, p.\u00a069-70).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais jusque-l\u00e0 aucune d\u2019entre elles n\u2019est reconnue comme langue officielle du fait de la difficult\u00e9 \u00e0 effectuer un choix dans ce contexte de multilinguisme. C\u2019est pour cette raison qu\u2019Ouane et Glanz (2010), parlant de la gestion du multilinguisme pour l\u2019apprentissage tout au long de la vie, constatent les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les dirigeant\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix des langues d\u2019\u00e9ducation pose un probl\u00e8me \u00e0 de nombreux responsables politiques. L\u2019un des soucis majeurs des dirigeants, des parents et des autres personnes concern\u00e9es est que l\u2019\u00e9ducation en langue maternelle m\u00e8nerait \u00e0 un abandon de la langue officielle dans le programme scolaire et aurait des effets n\u00e9gatifs sur l\u2019acquisition et l\u2019utilisation de cette langue officielle. En effet, l\u2019\u00e9cole est l\u2019endroit o\u00f9 la plupart des \u00e9l\u00e8ves acqui\u00e8rent la langue officielle. On estime que, selon les pays et les r\u00e9gions, seulement 5 \u00e0 15 % des \u00e9l\u00e8ves connaissent la langue internationale officielle avant de commencer l\u2019\u00e9cole (Ouane et Glanz, 2010, p.\u00a024).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais, langues issues de la colonisation, qui sont reconnues comme langues officielles au Cameroun. La politique linguistique du pays accorde une place de choix \u00e0 ces deux langues et, par cons\u00e9quent, les langues locales sont laiss\u00e9es pour compte.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Politique linguistique et politique \u00e9ducative du Cameroun\u00a0: bref historique de l\u2019enseignement des langues locales<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Diff\u00e9rents textes officiels, sur l\u2019enseignement des langues locales camerounaises, depuis la p\u00e9riode coloniale jusqu\u2019\u00e0 nos jours, existent. De la politique linguistique germanique \u00e0 la politique linguistique camerounaise en passant par les politiques linguistiques fran\u00e7aise et anglaise. Plusieurs modifications ont \u00e9t\u00e9 faites par rapport \u00e0 l\u2019introduction des langues locales dans l\u2019enseignement au Cameroun. Pourtant, jusqu\u2019aujourd\u2019hui, cet enseignement \u00e9volue peu et donne \u00e0 voir une situation stationnaire. En effet, on observe tr\u00e8s peu de g\u00e9n\u00e9ralisation de cet enseignement dans les \u00e9tablissements en dehors des \u00e9coles-pilotes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Enseignement formel des langues camerounaises a d\u00e9but\u00e9 au Coll\u00e8ge Libermann de Douala, \u00e9tablissement priv\u00e9 catholique dirig\u00e9 par les pr\u00eatres j\u00e9suites, comme le souligne M\u00e9tangmo-Tatou : \u00ab En effet, c\u2019est d\u00e8s 1967 que l\u2019enseignement des langues camerounaises y est lanc\u00e9 \u00bb (2019, p.\u00a0175). \u00c0 partir de 1981, avec la collaboration du Projet de recherche op\u00e9rationnelle pour l\u2019enseignement des langues au Cameroun de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 (PROPELCA), les programmes de cet enseignement ont \u00e9t\u00e9 harmonis\u00e9s et \u00e9tendus au niveau du cycle primaire.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>La p\u00e9riode allemande (1884-1916)\u00a0<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Cameroun sous protectorat allemand n\u2019avait pas de politique bien d\u00e9finie jusqu\u2019en 1890. En 1886, la mission de B\u00e2le commence sa mission d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation. Elle soutient que \u00ab\u00a0la lecture de la Bible ne peut s\u2019apprendre que par l\u2019\u00e9cole, et la formation des cat\u00e9chistes indig\u00e8nes n\u00e9cessitait l\u2019apprentissage d\u2019\u00e9criture et de lecture\u00a0\u00bb (Stumpf 1977, p.\u00a032). La langue choisie pour l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation et l\u2019enseignement \u00e0 cette \u00e9poque fut le <em>duala<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette d\u00e9cision cr\u00e9a des frustrations au sein des autres ethnies. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1889, dans une lettre du <em>Komitee Protokolle<\/em> \u00e0 la mission b\u00e2loise, il y est dit\u00a0: \u00ab\u00a0die Eltern bitten da\u03b2 ihre Kinder, statt im barbarischer Duala, im zivilisieren English other Deutsch unterrichtet werder[footnote]Les parents demandent que leurs enfants apprennent dans les langues civilis\u00e9es comme l\u2019anglais ou l\u2019allemand au lieu d\u2019une langue barbare comme le douala (traduit par nous).[\/footnote]\u00a0\u00bb (1889, paragr. 31). C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019une politique de germanisation du Kamerun[footnote]Le Cameroun alors colonie allemande s\u2019\u00e9crivait <em>Kamerun<\/em>, selon la graphie allemande. C\u2019est, dans un premier temps, le nom donn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gion de Douala qui s\u2019appelait d\u00e8s lors Kamerun-Stadt. En effet, en 1884, la colonie allemande ne comprenait pas encore la localit\u00e9 du Kamerun. Toutefois, progressivement, les Allemands \u00e9tendirent leur domination vers le nord et les r\u00e9gions occidentales. En 1899, les Allemands acc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua. C\u2019est alors que le 1er janvier 1901, un d\u00e9cret allemand imposa l\u2019usage du mot Kamerun pour l\u2019ensemble du pays. Voir Tabi-Manga (2000).[\/footnote] d\u00e9buta en 1891 par le gouverneur allemand Von Zimmerer pour former des cadres autochtones capables de parler allemand sans d\u00e9laisser les langues locales.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique pratiqu\u00e9e par les \u00ab Germaniques \u00bb a consist\u00e9 \u00e0 associer des langues africaines aux langues europ\u00e9ennes aux \u00e9chelons de base de l\u2019enseignement. Il ne s\u2019agissait en aucun cas de \u00ab valoriser \u00bb les langues africaines, mais d\u2019\u00e9viter que les colonis\u00e9s n\u2019apprennent la langue du colonisateur : on craignait alors une perte de prestige. Au reste, \u00e9tait vis\u00e9, dans les premiers \u00e9chelons de la scolarit\u00e9, la formation d\u2019une main d\u2019\u0153uvre d\u2019auxiliaires de la colonisation, interpr\u00e8tes et capables, entre autres, de tenir les livres de comptes des marchandises export\u00e9es vers la m\u00e9tropole (Leconte, 2015, p. 7).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'arr\u00eat\u00e9 du 25 avril 1910, conform\u00e9ment \u00e0 la conf\u00e9rence sur l\u2019\u00e9ducation tenue \u00e0 Doa le 8 d\u00e9cembre 1907 du gouverneur Seitz, indiquait que seul l\u2019allemand devait \u00eatre utilis\u00e9 dans les \u00e9coles. Toutes les autres langues europ\u00e9ennes et locales furent interdites. Selon Tabi-Manga, c\u2019\u00e9tait pour des questions de supr\u00e9matie que cet arr\u00eat\u00e9 a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0En effet, l\u2019administration allemande, pour des raisons d\u2019h\u00e9g\u00e9monie politique, ne souhaitait en aucune fa\u00e7on l\u2019extension de la langue duala dans l\u2019arri\u00e8re-pays. La nouvelle politique linguistique \u00e9tait donc substantiellement hostile au duala\u00a0\u00bb (Tabi-Manga, 2000, p.\u00a028).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, cette politique \u00e9choua, car tr\u00e8s peu de Camerounais apprirent \u00e0 parler l\u2019allemand avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ebermaier proposa le <em>swahili<\/em> lors de la conf\u00e9rence de Berlin tenue le 7 avril 1914 par rapport au choix d\u2019une langue v\u00e9hiculaire (une \u00ab\u00a0Einheitsprache\u00a0\u00bb) qui r\u00e9pondrait aux attentes de toutes les ethnies camerounaises. Mais celle-ci a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e[footnote]C\u2019est une langue qui n\u2019est pratiqu\u00e9e par aucune communaut\u00e9 au Cameroun.[\/footnote]. Il \u00e9tait question de r\u00e9fl\u00e9chir sur la division du pays en zones linguistiques. Cependant jusqu\u2019en 1914, aucune politique n\u2019a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e. Bref, il n\u2019y a pas eu de politique fixe et le Cameroun est pass\u00e9 sous mandat fran\u00e7ais et anglais.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019administration fran\u00e7aise<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun francophone, ce fut la politique d\u2019assimilation qui fut adopt\u00e9e\u00a0: l'enseignement des langues africaines fut interdit. Les d\u00e9crets\u00a0des 1er octobre 1920, 28 d\u00e9cembre 1920 et 26 d\u00e9cembre 1924 rendirent obligatoire l'enseignement en langue fran\u00e7aise au Cameroun et interdirent l'utilisation des langues locales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif camerounais (Lionel, 2019, p.\u00a010). Dans le Journal officiel de l'\u00c9tat du Cameroun, on peut y lire\u00a0: \u00ab La langue fran\u00e7aise est la seule en usage dans les \u00e9coles. Il est interdit aux ma\u00eetres de se servir avec leurs \u00e9l\u00e8ves des idiomes du pays \u00bb (1924, p.\u00a0175).<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique \u00ab latine \u00bb a consist\u00e9 \u00e0 n\u2019utiliser que les langues europ\u00e9ennes dans l\u2019\u00e9ducation scolaire et l\u2019administration. Il s\u2019agissait non seulement de coloniser et d\u2019exploiter, mais aussi de \u00ab civiliser \u00bb, d\u2019\u00e9duquer les Africains aux \u00ab bonnes valeurs \u00bb de la civilisation occidentale. La seule langue \u00e9crite en Afrique occidentale fran\u00e7aise (AOF) \u00e9tait, officiellement, le fran\u00e7ais (Leconte, 2015, p.\u00a07).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais les missions chr\u00e9tiennes n\u2019ont pas voulu enseigner cette langue dans les \u00e9coles de brousse et les \u00e9coles religieuses. Ce n\u2019est que le 19 mai 1949 que Hofherr, le haut-commissaire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise au Cameroun annonce un assouplissement de la politique linguistique \u00e9ducative. En 1949, il accorda aux langues locales la possibilit\u00e9 d'\u00eatre une discipline d'enseignement au m\u00eame titre que les langues \u00e9trang\u00e8res, par exemple l\u2019anglais ou l\u2019espagnol. Mais ce fut un assouplissement \u00ab trompeur \u00bb d\u2019autant plus que l\u2019UNESCO, apr\u00e8s constat, remarque : \u00ab until recent years, French educational policy has been to teach the French Language from the very beginning school and to leave aside the use of the mother tongue \u00bb (UNESCO 1953, p.\u00a018)[footnote]\u00ab\u00a0Jusqu'\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la politique \u00e9ducative fran\u00e7aise a consist\u00e9 \u00e0 enseigner la langue fran\u00e7aise d\u00e8s le d\u00e9but de l'\u00e9cole et \u00e0 laisser de c\u00f4t\u00e9 l'usage de la langue maternelle.\u00a0\u00bb (Traduit par nous)[\/footnote]. Par contre, au Cameroun anglophone, ce furent les langues locales qui \u00e9taient enseign\u00e9es dans les missions chr\u00e9tiennes.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019administration britannique<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019administration anglaise comme les autres administrations coloniales a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019effacement des langues locales camerounaises. En 1915, \u00e0 la cr\u00e9ation du mandat britannique, le monopole de la gestion des \u00e9coles est aux mains du gouvernement. Quatre types d\u2019\u00e9coles furent cr\u00e9\u00e9es\u00a0: les \u00e9coles gouvernementales, les \u00e9coles de l\u2019administration camerounaise, les \u00e9coles missionnaires et les \u00e9coles non reconnues. La <em>School Ordinance<\/em> de 1926 permet \u00e0 l\u2019administration de s\u2019ing\u00e9rer dans le fonctionnement des \u00e9coles missionnaires. Le Code \u00ab\u00a0Education Code of Nigeria\u00a0\u00bb (Stumpf, 1977), n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 au Cameroun \u00e0 cause de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 linguistique du pays.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>De l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 1995\u00a0: le \u00ab\u00a0monolithisme linguistique\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Rien n\u2019a v\u00e9ritablement chang\u00e9 de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 1995\u00a0: aucune loi, aucun texte juridique; sinon le renforcement de la politique coloniale fran\u00e7aise malgr\u00e9 quelques \u00e9vocations des langues locales dans les discours politiques.<\/p>\r\n\r\n<ul>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">\u00a0Le 11\/08\/1961, devant l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Ahmadou Ahidjo s\u2019exprime en ces termes : \u00ab le g\u00e9nie d\u2019une nation est fait plus de ses diversit\u00e9s qu\u2019il convient de respecter, que de son uniformit\u00e9 et nous sommes persuad\u00e9 que la confrontation de cultures et de pratiques (linguistiques) diff\u00e9rentes sera \u00e9minemment profitable au Cameroun de demain \u00bb (Ahidjo, cit\u00e9 par Daouga Samari, 2012, p. 43).<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">\u00a0Le 19\/11\/1962, il \u00e9voque, lors de la rentr\u00e9e solennelle de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale du Cameroun, l\u2019intention de l\u2019\u00c9tat d\u2019orienter l\u2019enseignement sup\u00e9rieur vers une sp\u00e9cialisation africaine.<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>De 1996 \u00e0 nos jours<\/strong><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La situation des langues locales a connu quelques progr\u00e8s significatifs au Cameroun. On enregistre quelques textes juridiques allant des textes promouvant les langues nationales aux textes r\u00e9gissant l\u2019enseignement de ces langues. Les textes qui promeuvent les langues nationales sont cit\u00e9s ci-dessous\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>la Constitution de 1996, article 1, alin\u00e9a 3;<\/li>\r\n \t<li>la loi n\u00b0 2004\/018 du 22 juillet 2004 fixant les r\u00e8gles applicables aux communes (2004), section 3, articles 22 et 24;<\/li>\r\n \t<li>la loi n\u00b0 005 du 16 avril 2001 portant orientation de l'enseignement sup\u00e9rieur, article 6, alin\u00e9as 1 et 2;<\/li>\r\n \t<li>la loi n\u00b0 98\/004 du 14 avril 1998 d\u2019orientation de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun, article 5 (alin\u00e9a 4) et article 11 (alin\u00e9a 1).<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis lors, il y a au Minist\u00e8re des Enseignements secondaires, l\u2019ouverture des inspections des Langues et cultures nationales (LCN), l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9partement et d\u2019un laboratoire de LCN \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure (ENS) de Yaound\u00e9. On note \u00e9galement l\u2019effectivit\u00e9 des cours de LCN dans certains lyc\u00e9es dans toutes les dix r\u00e9gions du pays, dispens\u00e9s par des enseignants form\u00e9s \u00e0 l\u2019ENS. Malgr\u00e9 tout, on remarque un retard au niveau de l\u2019enseignement de ces langues. C\u2019est ce que rel\u00e8ve M\u00e9tangmo-Tatou\u00a0: \u00ab\u00a0La plupart des linguistes et expert-e-s reconnaissent la lenteur relative des progr\u00e8s accomplis dans l\u2019institutionnalisation de l\u2019enseignement des langues africaines\u00a0\u00bb (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a0145). Et elle ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il me semble, quant \u00e0 moi, que la lenteur de ces progr\u00e8s est en partie imputable \u00e0 la faiblesse de l\u2019explicitation de la philosophie d\u2019ensemble dans laquelle s\u2019ins\u00e8rent ces enseignements (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a0145). C\u2019est dire que, au-del\u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019ordre pratique, il y a un besoin \u00e0 la fois de faire comprendre les enjeux de cet enseignement et de faire adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019esprit qui le sous-tend.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019utilisation des langues locales dans l\u2019enseignement<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, que ce soit au niveau des programmes officiels de l\u2019enseignement primaire ou de ceux des enseignements secondaires, l\u2019enseignement des langues et cultures nationales est rest\u00e9 dans un \u00e9tat tr\u00e8s insatisfaisant. C\u2019est pour cette raison que Tourneux sugg\u00e8re de \u00ab rompre d\u00e9finitivement avec une vision folklorisante, qui ne retiendrait que l\u2019aspect ext\u00e9rieur de cultures d\u00e9pouill\u00e9es de toute signification profonde \u00bb (2011, p. 32).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour sortir cet enseignement de la marginalit\u00e9 et lui donner plus de visibilit\u00e9, nous proposons aux d\u00e9cideurs et aux d\u00e9cideuses de l\u2019introduire dans les programmes des enseignements des \u00e9coles de formation professionnelle pour ceux et celles qui sont encore \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Il faudra ensuite former, avec les m\u00e9thodes d\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle, ceux et celles qui exercent d\u00e9j\u00e0 des m\u00e9tiers techniques. Cette d\u00e9marche semble d\u2019ailleurs \u00e0 la fois r\u00e9aliste et moins on\u00e9reuse pour deux raisons principales\u00a0: le public cible est beaucoup plus restreint, et les contenus d\u2019enseignement-apprentissage sont contextualis\u00e9s. Dans ce contexte, le r\u00f4le des langues locales est central.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La langue \u00e9tant notre premier syst\u00e8me de repr\u00e9sentation symbolique, il est clair qu\u2019elle a son r\u00f4le \u00e0 jouer dans la formation de nos structures cognitives et de notre rapport au monde. La langue premi\u00e8re peut ainsi jouer un r\u00f4le fondamental et d\u00e9cisif dans l\u2019\u00e9ducation (non) formelle et dans l\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a0171).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette \u00e9tude, nous nous int\u00e9ressons principalement au domaine de la sant\u00e9 qui est un domaine d\u00e9licat, un domaine dans lequel le praticien\/la praticienne et le patient\/la patiente sont en permanence en contact et doivent se comprendre. Compte tenu de la dur\u00e9e des formations dans les \u00e9coles professionnelles de sant\u00e9 \u2013 un an pour un aide-soignant et trois ans pour un infirmier dipl\u00f4m\u00e9 d\u2019\u00c9tat \u2013, il serait judicieux de commencer par leur apprendre beaucoup plus les termes techniques du domaine de la sant\u00e9 en langues locales, c\u2019est-\u00e0-dire choisir des termes adapt\u00e9s aux cultures locales, \u00e0 la connaissance du milieu, aux savoirs locaux et exploiter les m\u00e9dias locaux\u00a0: radio et t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement d\u2019une population passe par sa langue, sa culture, ses us et coutumes. Et une population qui aspire au d\u00e9veloppement est celle-l\u00e0 qui met en place des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs et de sant\u00e9 efficients. Pour cela, il faut que les individus comprennent la langue de la sant\u00e9 (terminologie, m\u00e9talangue m\u00e9dicale, sociolectes du milieu hospitalier). Il faut \u00e9galement des dispositifs pour la communication technique adapt\u00e9s; ceux qui sont encore produits, pour l\u2019essentiel, en fran\u00e7ais ou en anglais, langues inaccessibles pour une partie importante de la population. Le reste de cette population est comme exclu du syst\u00e8me de sant\u00e9. Aussi, l\u2019une des premi\u00e8res solutions pour l\u2019am\u00e9lioration de ce syst\u00e8me de sant\u00e9 en Afrique concerne les ressources humaines.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les autorit\u00e9s politiques doivent \u00e9galement agir en mati\u00e8re de ressources humaines. En effet, pour fonctionner efficacement, les syst\u00e8mes de sant\u00e9 doivent pouvoir compter sur une masse cons\u00e9quente de ressources humaines, qui constituent le socle sur lequel repose l\u2019organisation de la politique sanitaire. Ces ressources doivent \u00eatre form\u00e9es de fa\u00e7on optimale (Agbo, 2020, en ligne).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces ressources humaines comp\u00e9tentes doivent pouvoir \u00e9changer avec les patients. L\u2019h\u00f4pital constitue le lieu par excellence o\u00f9 des prestations de services s\u2019effectuent\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019h\u00f4pital est un lieu de soins et d\u2019espoir o\u00f9 les vies se c\u00f4toient, se rencontrent, se confient l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Le plus souvent, elles se donnent assistance, mais parfois, elles s\u2019affrontent, elles se jaugent, se jugent dans la mesure comme la d\u00e9mesure\u00a0\u00bb (Moriceau 2020, paragr. 2). C\u2019est \u00e9galement l\u00e0 o\u00f9 se tissent des relations sociales. Celles-ci ne peuvent se solidifier que si les deux parties arrivent \u00e0 \u00e9changer. Mais de plus en plus, il se pose un probl\u00e8me de communication dans ce domaine entre le soignant\/la soignante et le soign\u00e9\/la soign\u00e9e. Pour le r\u00e9soudre, il faudrait, dans un premier temps, qu\u2019il y ait des personnes comp\u00e9tentes; cette comp\u00e9tence doit \u00eatre relev\u00e9e \u00e0 deux niveaux\u00a0: un premier niveau linguistique et un deuxi\u00e8me niveau professionnel.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Propositions pour l\u2019introduction des langues locales dans les \u00e9coles professionnelles<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit ici de proposer l\u2019introduction, dans les \u00e9coles professionnelles, de deux modules de formation intitul\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9tude des langues et civilisations\u00a0camerounaises \u00bb et \u00ab\u00a0langues locales, formation professionnelle et strat\u00e9gies communicatives\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le premier module, il s\u2019agira d\u2019ancrer l\u2019apprenant dans la culture du milieu. Dans le deuxi\u00e8me module, la langue choisie dans chaque \u00e9cole de formation doit, avec la langue officielle existante, servir de langue d\u2019enseignement. Pratiquement, il serait judicieux de choisir pour chaque \u00e9cole de formation professionnelle de sant\u00e9, la langue v\u00e9hiculaire du milieu. Par exemple, M\u00e9tangmo-Tatou (2019, p.\u00a062) \u00e9voque l\u2019utilisation du <em>fulfulde<\/em>, pour le projet D\u00e9veloppement paysannal et gestion des terroirs (DPGT) de la Soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9veloppement du coton (SODECOTON). Un choix motiv\u00e9 par le fait que c\u2019est la langue v\u00e9hiculaire dans cette zone. L\u2019objectif de cette professionnalisation est de fournir aux groupements de paysan-ne-s des personnes capables de lire, d\u2019\u00e9crire et de calculer dans leur langue en vue d\u2019am\u00e9liorer la gestion, gr\u00e2ce \u00e0 la possibilit\u00e9 ainsi offerte d\u2019avoir, dans le groupe, des lettr\u00e9-e-s capables d\u2019occuper des postes n\u00e9cessitant ces capacit\u00e9s. Cet usage du <em>fulfulde<\/em> se rattache \u00e0 un domaine professionnel pr\u00e9cis et dans un milieu pr\u00e9cis. On parlera de <em>langue au travail<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019h\u00f4pital constitue un de ces lieux, o\u00f9 s\u2019effectuent des prestations de services et, tout \u00e0 la fois, se tissent des relations sociales\u00a0\u00bb (Gajo, 2004, p.\u00a01). Pour que ces relations sociales se solidifient, et pour qu\u2019il y ait une bonne culture socioprofessio-relationnelle, les praticien(ne)s et les patient(e)s doivent pouvoir communiquer. La communication en question, dans le cas de figure, passe par la langue d\u2019\u00e9change qui est l\u2019une des langues officielles. Le bas niveau d\u2019instruction n\u2019emp\u00eache pas la population de s\u2019alphab\u00e9tiser que ce soit en langues officielles, ou en langues locales. Ainsi, les taux d\u2019alphab\u00e9tisation sont sup\u00e9rieurs aux taux d\u2019instruction selon le 3e recensement de la population du Cameroun\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau de l\u2019alphab\u00e9tisation de la population, le 3\u00e8me recensement a permis de disposer des informations sur l\u2019alphab\u00e9tisation en langues officielles et sur l\u2019alphab\u00e9tisation en langue nationale. Ainsi, en ce qui concerne l\u2019alphab\u00e9tisation en langues officielles, le taux d\u2019alphab\u00e9tisation de la population de 15 ans et plus est de 70,0 %, soit 76,3 % dans la population masculine et 64,2 % dans la population f\u00e9minine. Par milieu de r\u00e9sidence, ce taux est de 86,6 % en milieu urbain contre 51,7 % en milieu rural (Ngoufo Yemedi et Bilo\u2019o, 2020, en ligne).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais ces taux d\u2019alphab\u00e9tisation sont moindres concernant les langues locales : \u00ab l\u2019alphab\u00e9tisation en langue nationale (langue locale du Cameroun) reste encore faible soit 6,4 % dont 7,1 % en milieu urbain et 5,6 % en milieu rural \u00bb (Ngoufo Yemedi et Bilo\u2019o, 2020, en ligne).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les faits, l\u2019alphab\u00e9tisation de la population camerounaise en g\u00e9n\u00e9ral est basse en langues officielles et presque inexistante en langues locales. L\u2019\u00c9tat doit pr\u00f4ner l\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle, dans les divers domaines professionnels, surtout en langues locales pour permettre aux populations de s\u2019\u00e9panouir et de se d\u00e9velopper. Ce qui ne se fait pas formellement sera ainsi combl\u00e9, de fa\u00e7on pratique, pour faciliter le travail dans le domaine de la sant\u00e9. Lors des enqu\u00eates de terrain (par exemple la sant\u00e9 de la m\u00e8re et de l\u2019enfant), le minist\u00e8re de la sant\u00e9 et ses partenaires de l\u2019UNICEF et d\u2019autres organismes recherchent des enqu\u00eateurs qui parlent, en plus du fran\u00e7ais ou de l\u2019anglais, les langues des localit\u00e9s concern\u00e9es par ces enqu\u00eates. C\u2019est pour cette raison que le personnel soignant doit \u00eatre form\u00e9 dans les langues locales. Ce sont ces langues qui permettront de pr\u00e9venir et de lutter efficacement contre les pand\u00e9mies et toutes les maladies r\u00e9currentes \u00e0 l\u2019instar de la tuberculose, du SIDA, du paludisme, de la typho\u00efde, de l\u2019onchocercose et r\u00e9cemment du Covid-19. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que Milin, Kinoa et Yihui Zhan ont soulign\u00e9 : \u00ab sur le plan de la sant\u00e9, l\u2019utilisation des langues autochtones est dans bien des pays en d\u00e9veloppement un outil efficace de lutte contre les pand\u00e9mies \u00bb (Milin, Kinoa et Yihui Zhan, 2015, en ligne). Si toutes les prescriptions sont comprises clairement, elles seront respect\u00e9es et les populations pourront se prot\u00e9ger efficacement. Sinon, il y aura toujours des pr\u00e9jug\u00e9s du genre \u00ab ce sont les maladies des Blancs \u00bb, \u00ab \u00e7a ne nous concerne pas \u00bb, \u00ab \u00e7a n\u2019existe pas \u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le m\u00eame sens, Tourneux affirme, dans un article de presse du journal <em>Le Monde <\/em>(Le Hir, 08 janvier 2009), lors de la pr\u00e9sentation de son ouvrage <em>Langues, cultures et d\u00e9veloppement en Afrique<\/em> qu\u2019<strong>\u00a0<\/strong>\u00ab En Afrique, les langues locales sont les mieux adapt\u00e9es pour diffuser \u00e0 grande \u00e9chelle les informations concernant la sant\u00e9, la pr\u00e9vention des maladies, l\u2019agriculture ou l\u2019\u00e9levage \u00bb (2009, en ligne). La ma\u00eetrise des langues locales et leur utilisation dans le cadre du d\u00e9veloppement est une n\u00e9cessit\u00e9 : \u00ab C\u2019est \u00e0 ce prix que les formations techniques sp\u00e9cifiques deviendront des armes efficaces de lutte contre la pauvret\u00e9, en permettant au plus grand nombre d\u2019acqu\u00e9rir les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de leurs conditions d\u2019existence \u00bb (Milin, Kinoa et Yihui Zhan, 2015, en ligne).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le troisi\u00e8me module quant \u00e0 lui devra permettre au personnel de sant\u00e9 de se former en strat\u00e9gies communicatives, d\u2019autant plus que \u00ab\u00a0La communication repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment clef de toute d\u00e9marche de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a065).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de la sant\u00e9, la communication est une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019autant plus qu\u2019il y a un besoin croissant d\u2019am\u00e9lioration de la sant\u00e9 des individus. La formation du personnel de sant\u00e9 doit \u00eatre renforc\u00e9e dans ce sens par des strat\u00e9gies de communication interpersonnelle, car les individus sont \u00ab li\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre dans l'interaction\u00a0\u00bb (Cormier, 2008 p.\u00a037). Le r\u00f4le de la communication[footnote]Selon de Dictionnaire de linguistique, la communication est un \u00e9change verbal entre un sujet parlant qui produit un \u00e9nonc\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 un autre sujet parlant, et un interlocuteur dont il sollicite l'\u00e9coute et\/ou une r\u00e9ponse explicite ou implicite (selon le type d'\u00e9nonc\u00e9).[\/footnote] \u00e9tant n\u00e9cessaire et m\u00eame in\u00e9luctable, le personnel de la sant\u00e9 doit \u00eatre form\u00e9 dans ce sens. Il faudra donc former ce personnel de mani\u00e8re \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 la communication en g\u00e9n\u00e9ral et particuli\u00e8rement \u00e0 la communication cibl\u00e9e \u00ab Mettre en place une strat\u00e9gie de communication cibl\u00e9e, c\u2019est au fond rendre visibles des minorit\u00e9s invisibles, donner une place aux populations auxquelles on s\u2019adresse \u00bb (A\u00efna, 2009, p. 37) et sp\u00e9cialis\u00e9e. Le but est d\u2019entrer facilement en contact avec le patient\/la patiente, d\u2019\u00eatre plus proche de lui ou d\u2019elle de mani\u00e8re \u00e0 lui donner confiance. C\u2019est ce que A\u00efna a appel\u00e9 une \u00ab communication de sant\u00e9 publique plus affinitaire \u00bb parlant de la communication en direction des migrant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit d\u2019entrer en affinit\u00e9 avec les personnes auxquelles on s\u2019adresse : pour commencer, cr\u00e9er les conditions d\u2019un dialogue, rechercher l\u2019horizontalit\u00e9 de l\u2019\u00e9change plus que la verticalit\u00e9 de la consigne. Passer d\u2019une communication dirig\u00e9e vers un groupe \u00e0 un message adress\u00e9 \u00e0 un individu. Croiser logique d\u2019audience et strat\u00e9gies d\u2019influence. Ensuite, accepter la complexit\u00e9 : une cible mouvante, une audience plus difficile \u00e0 mesurer. Il faut apprendre de ses erreurs, inventer inlassablement. Dresser des passerelles entre universitaires, acteurs de terrains, sp\u00e9cialistes de la communication et experts en sant\u00e9 publique pour rendre les messages plus pointus et plus efficaces. Il s\u2019agit ni plus ni moins de remplir la promesse r\u00e9publicaine d\u2019\u00e9galit\u00e9 face \u00e0 la sant\u00e9 en d\u00e9veloppant une communication sp\u00e9cifique dont le but est d\u2019universaliser la communication en sant\u00e9 publique (A\u00efna, 2009).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le syst\u00e8me de sant\u00e9 camerounais est fragile parce qu\u2019il ne r\u00e9pond pas aux besoins de la population\u00a0: difficile acc\u00e8s aux services de sant\u00e9 et aux m\u00e9dicaments, co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 des soins, insuffisance en ressources humaines comp\u00e9tentes. Pour une bonne couverture sanitaire, les pouvoirs publics doivent dans un premier temps, relever le d\u00e9fi des ressources humaines. Ces derni\u00e8res, pour r\u00e9pondre aux besoins des populations, doivent \u00eatre form\u00e9es en langues locales de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir communiquer avec tous les patients afin de percevoir leurs probl\u00e8mes pour y apporter des solutions ad\u00e9quates. Des modules d\u2019enseignement tels\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9tude des langues et civilisations\u00a0des langues locales\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0langues locales, formation professionnelle et strat\u00e9gies communicatives\u00a0\u00bb sont n\u00e9cessaires dans l\u2019atteinte de l\u2019objectif du d\u00e9veloppement de la population. L\u2019implication de toute la soci\u00e9t\u00e9 est n\u00e9cessaire dans ce cas. Le gouvernement, les mairies, les organisations culturelles des jeunes, les associations des femmes doivent s\u2019y mettre pour des campagnes d\u2019alphab\u00e9tisation en langues locales selon les sph\u00e8res linguistiques afin de pallier ce probl\u00e8me de communication.<\/p>\r\n\r\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agbo, Am\u00e9lie. 2020. <em>La probl\u00e9matique des syst\u00e8mes de sant\u00e9 en Afrique\u00a0: points de blocage et d\u00e9fis \u00e0 relever<\/em>. Le Centre d\u2019\u00c9tude et de Prospective Strat\u00e9gique (CEPS). En ligne : <a href=\"https:\/\/ceps-oing.org\/notesdactualites\/la-problematique-des-systemes-de-sante-en-afrique\/\">https:\/\/ceps-oing.org\/notesdactualites\/la-problematique-des-systemes-de-sante-en-afrique\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">A\u00efna, \u00c9lodie. 2009. Sant\u00e9 publique : mieux cibler la communication pour parler \u00e0 tous. <em>Hommes &amp; migrations<\/em>, 1289, 34-42. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/hommesmigrations\/438\">http:\/\/journals.openedition.org\/hommesmigrations\/438<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Arr\u00eat\u00e9 N\u00b0263\/14\/MINESEC\/IGE du 13 ao\u00fbt 2014.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis. 2001. \u00c9mergence et survie des langues nationales au Cameroun<em>.<\/em> <em>TRANS. Internet-Zeitschrift f\u00fcr Kulturwissenschaften<\/em>, 11. En ligne: <a href=\"http:\/\/www.inst.at\/trans\/11Nr\/kody11.htm\">http:\/\/www.inst.at\/trans\/11Nr\/kody11.htm<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis. 2004. <em>La Dynamique des langues camerounaises en contact avec le fran\u00e7ais.<\/em> Th\u00e8se de doctorat de 3e cycle, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cormier, Solange. 2008. <em>La Communication et la gestion<\/em> (2e \u00e9d.). Qu\u00e9bec : Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daouaga Samari, Gilbert. 2012. <em>La Politique linguistique \u00e9ducative du Cameroun\u00a0: attitudes et repr\u00e9sentations relatives \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des langues nationales dans les \u00e9coles primaires de l\u2019Adamaoua. <\/em>M\u00e9moire de master, Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Michel et Renaud, Patrick. 1983.\u00a0<em>Atlas linguistique du Cameroun\u00a0: inventaire pr\u00e9liminaire<\/em>.\u00a0Paris\/ Yaound\u00e9\u00a0: ACCT, CERDOTOLA et DGRST.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gajo, Laurent. 2004. \u00ab Langue de l\u2019h\u00f4pital, pratiques communicatives et pratiques de soins \u00bb. Cahiers de l\u2019ILSL<em>- Institut de linguistique et des Sciences du langage,<\/em> 16, 1-6.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grimes<strong>,\u00a0<\/strong>Barbara. 1996. <em>Ethnologue<\/em> (13e\u00a0\u00e9dition). SIL. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.sil.org\/resources\/archives\/6229\">https:\/\/www.sil.org\/resources\/archives\/6229<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Journal Officiel de l'\u00c9tat du Cameroun<\/em>, 1924.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Le Hir, Pierre. 2009. L\u2019aide au d\u00e9veloppement face \u00e0 la barri\u00e8re de la langue. En ligne\u00a0: https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2009\/01\/08\/l-aide-au-developpement-face-a-la-barriere-de-la-langue_1139292_3244.html<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Leconte, Fabienne. 2015. Une \u00e9ducation bilingue fran\u00e7ais\/langues africaines? Absence institutionnelle et comportements contrast\u00e9s des familles. Dans Erfurt J\u00fcrgen, H\u00e9lot Christine (Resp.), <em>L\u2019\u00c9ducation bilingue en France. Politiques linguistiques, mod\u00e8les et pratiques<\/em>. Limoges\u00a0: Lambert-Lucas.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lionel, Jean. 2019. Cameroun. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/cameroun.htm\">http:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/cameroun.htm<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loi No 98\/004 du 14 avril 1998 d'Orientation de l'\u00c9ducation au Cameroun; <em>Cameroon<\/em> <em>Tribune<\/em>, num\u00e9ro 2869 du vendredi 17 avril 1998.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2019.<em>\u00a0Pour une linguistique du d\u00e9veloppement. Essai d\u2019\u00e9pist\u00e9mologie sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau paradigme en sciences du langage<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: \u00c9ditions science et bien commun.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Milin, Rozenn, Kinoa, Yihui Zhan. 2015. Les Langues au service du d\u00e9veloppement. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.sorosoro.org\/les-langues-au-service-du-developpement\/\">http:\/\/www.sorosoro.org\/les-langues-au-service-du-developpement\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngoufo Yemedi, Joelle et Bilo\u2019o, Yvette Pascale. 2020. R\u00e9sum\u00e9 - <em>Scolarisation Alphab\u00e9tisation Instruction, Rapport de pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats d\u00e9finitifs<\/em>. 3e Troisi\u00e8me recensement g\u00e9n\u00e9ral de la population et de l\u2019habitat. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.bucrep.cm\/index.php\/fr\/component\/content\/article?id=172\">http:\/\/www.bucrep.cm\/index.php\/fr\/component\/content\/article?id=172<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ouane, Adama et Glanz, Christine. 2010. <em>Pourquoi et comment l\u2019Afrique doit investir dans les langues africaines et l\u2019enseignement multilingue?.<\/em> Hambourg\u00a0: Institut de l\u2019UNESCO pour l\u2019apprentissage tout au long de la vie.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Stumpf, Rudolf. 1979. <em>La Politique linguistique au Cameroun de 1884 \u00e0 1960<\/em>. <em>Comparaison entre les administrations allemande, fran\u00e7aise et britannique et du r\u00f4le jou\u00e9 par les soci\u00e9t\u00e9s missionnaires<\/em>. Berne\u00a0: Peter Lang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tabi-Manga, Jean.\u00a02000. <em>Les Politiques linguistiques du Cameroun.<\/em> Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice (dir.). 1988. <em>Manuel de Formation pour l'enseignement des langues nationales dans les \u00e9coles primaires<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: PROPELCA.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tourneux, Henry. 2011. <em>La Transmission des savoirs en Afrique\u00a0: savoirs locaux et langues locales pour l\u2019enseignement<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNESCO. 1953. <em>The use of the vernacular in Education<\/em>. Paris : UNESCO.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La probl\u00e9matique actuelle en mati\u00e8re d\u2019enseignement dans les pays d\u2019Afrique subsaharienne en g\u00e9n\u00e9ral et au Cameroun en particulier est centr\u00e9e sur l\u2019enseignement ou non en langues ou des langues locales. La politique linguistique camerounaise stipule que les deux langues officielles, le fran\u00e7ais et l\u2019anglais, sont les langues d\u2019enseignement. Les langues locales, quant \u00e0 elles, doivent \u00eatre promues en les introduisant dans les programmes d\u2019enseignement \u00e0 travers les cultures nationales. La promotion de ces langues doit \u00eatre repens\u00e9e en mati\u00e8re d\u2019enseignement. Dans cet article, nous allons reconsid\u00e9rer l\u2019enseignement des langues locales. L\u2019objectif ici sera de penser comment les introduire dans les diff\u00e9rentes \u00e9coles de formation professionnelle, en l\u2019occurrence le secteur de la sant\u00e9. Ainsi, au terme de la formation, chaque apprenant\u00b7e pourra dialoguer, comprendre et se faire comprendre de ses patient\u00b7e\u00b7s; bref, il y aura donc un rapprochement certain, une sorte de confiance entre le soignant\/la soignante et le ou la patient\u00b7e.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/cameroun\/\">Cameroun<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/education\/\">\u00e9ducation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/enseignement-professionnel\/\">enseignement professionnel<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/langues-locales\/\">langues locales<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/politique-linguistique\/\">politique linguistique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The current problem of education in sub-Saharan African countries in general and in Cameroon in particular is centred on whether or not to teach in local languages or languages. Cameroon&rsquo;s language policy stipulates that the two official languages, French and English, are the languages of instruction. Local languages, for their part, are to be promoted by introducing them into the curriculum across national cultures. The promotion of these languages needs to be rethought in education. In this article, we will reconsider the teaching of local languages. The aim here will be to think about how to introduce them in the various vocational training schools, in this case the health sector. In this way, at the end of the training, each learner will be able to dialogue, understand and be understood by his or her patients; in short, there will be a certain rapprochement, a kind of trust between the carer and the patient.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/cameroon\/\">Cameroon<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/health\/\">health<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/language-policy\/\">language policy<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/local-languages\/\">local languages<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/vocational-education\/\">vocational education<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (kotoko, ms\u01ddr )&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">K\u01ddmd\u00ed d\u00e0 gh\u00e9yw\u00e0n k\u01dd m\u00ed t\u00fat\u00fa l\u00e1 h\u00e1k\u00f9m\u00e1y bl\u01ddm n\u00e9 \u00ec w\u00e1k\u00e1 k\u00e9 gh\u01ddl\u00ed k\u00e1t\u00e1n \u00ec nk\u2019\u00f3k\u01dd \u00e9ns\u00e1n k\u00e1 t\u00e1n d\u00e0 l\u00e9k\u00f3l\u00e9 g\u00e0r\u00e0 t\u00e0 n\u00ed nk\u2019\u00f3k\u01dd f\u00e1r\u00e1ns\u00e0 d\u01ddnk\u00e1 \u00ecngl\u00ecs\u01dd l\u00e1. H\u00e1k\u00fam\u00e1 t\u01dd K\u00e1m\u01ddr\u00fan t\u00e1 l\u00e1h\u00e9 \u00e1lk\u00e1d\u00e9y b\u00e1m sw\u00ed \u0257\u00e1r\u00f3 t\u00e1 l\u01ddl\u00e1w g\u00e0\u019e\u00e9 \u00ec nk\u2019\u00f3 d\u00e0 k\u01dd \u00e9ns\u00e1n \u00ed gh\u00e9yw\u00e0n l\u00e1. \u00c1m\u00e1n\u00e1 t\u00e1 br\u00f2 k\u00e9 m\u00edg\u00f3 \u00ec s\u00e9 t\u00fab\u00fa \u0257\u00e1 \u00ed s\u01ddnd\u00e0 k\u01dd m\u00e0t\u00e9 m\u00f3. \u00c1 g\u00ed n\u00edr\u00e1 n\u00e9 d\u00e0n g\u01ddr \u00e1lk\u00e1d\u00e1 w\u00e1l\u00e1, \u00fa w\u00e1k\u00e1 k\u00e9 h\u00e1k\u00f9m\u00e0 t\u01dd ng\u01dd ng\u01ddr \u00e1ms\u00e1l\u00e1 t\u01ddnb\u00e9s\u01ddn \u0257\u00e1r\u00f3 t\u01dd z\u00ed n\u00edy\u00e1 t\u01dd t\u01dd b\u00e1ld\u00e1k\u01dd l\u00e9k\u00f3l\u00e9 d\u01ddn m\u00fash\u00e9 l\u00e9k\u00f3l\u00e9 k\u00e9 \u00ec nk\u2019\u00f3k\u01dd m\u00edg\u00f3 \u00e9ns\u00e1n n\u00e1 t\u01ddb\u00fa, g\u00e0r\u00e0 g\u00e9 l\u00e1 d\u00e0n ng\u01ddr l\u00e9k\u00f3l\u00e9 k\u01dd m\u00ed \u00ec \u0127\u01ddn d\u00e1w\u00e1 t\u01dd l\u00e1b\u00edt\u00e0n. T\u00e0n n\u00e9 g\u00f2w l\u00e1k\u00e8 l\u00e1 t\u00ec n\u00e1l\u00ed d\u01ddn m\u00ed \u00ecy\u00e1ng\u00e1 m\u00f3 \u00ec s\u01ddn \u00ed s\u00e9 n\u00e1s\u00e1r\u00e1 \u00ec s\u01ddn \u00ed s\u00e9 m\u00f3 f\u00e1k\u2019\u00e9. S\u00ecz\u00e1 m\u00ed l\u00e0b\u00ect\u00e1n n\u00e1 bl\u01ddm n\u00e9 \u00ec s\u00e9 \u00e9ns\u00e1n d\u01ddn m\u00ed \u00ecy\u00e1ng\u00e1 m\u00f3 \u0257\u00e1r\u00f3, b\u01ddr z\u00e1k\u00e9 l\u00e1k\u00e9 l\u00e1 \u00e0 l\u00e0 k\u00e1 \u00e0msh\u00ec t\u00e1w\u00e1l\u00ec d\u01ddn k\u00e1 d\u00f2kt\u00e8r \u00e1 k\u00e0n \u0257\u00e1 \u00ed l\u00e0 s\u01ddn k\u01dd m\u00e0t\u00e9 t\u01ddb\u00fa. D\u01ddm\u00e1 l\u00e1 y\u00e1k\u00ed m\u00e1 \u00e1 l\u00e0 v\u00e0l t\u01ddn w\u00e9 t\u00e0 n\u00ec v\u00f9rg\u00f9r\u00ec d\u00e0 k\u00e1dj\u00e1m\u00e1 k\u00e1n ; \u0257\u00e1 b\u01ddlm\u00e1 \u00e0 y\u00e1 g\u00e1l\u00e1m k\u00e9 \u00e0 d\u01dd l\u00e1b\u00ect\u00e1n n\u00e0l\u00ed k\u00e1wm\u00f3.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (kotoko, ms\u01ddr )&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/amsa-an-ng%c7%9d-ensan\/\">\u00e1ms\u00e1 \u00e1n ng\u01dd \u00e9ns\u00e1n<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/dawa\/\">d\u00e1w\u00e1<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/ense-gheywan-k%c7%9d-mi-tutu\/\">\u00e9ns\u00e9 gh\u00e9yw\u00e0n k\u01dd m\u00ed t\u00fat\u00fa<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/kamerun\/\">K\u00e1m\u00e9r\u00fan<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/nkok%c7%9d-wey\/\">nk\u2019\u00f3k\u01dd w\u00e9y<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>5 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>15 janvier 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La fragilit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 au Cameroun, comme dans les autres pays d\u2019Afrique subsaharienne, est un fait. Le pays doit affronter une charge croissante des maladies transmissibles ou non, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e. De plus en plus, des \u00e9pid\u00e9mies font leur apparition et les populations, ainsi que le personnel de sant\u00e9, doivent y faire face. Or, pour le faire, il faut \u00eatre arm\u00e9 : comprendre les prescriptions \u00e9dict\u00e9es afin de s\u2019y conformer. Celles-ci, pour \u00eatre comprises et appliqu\u00e9es, doivent \u00eatre transmises \u00e0 travers un code commun, c\u2019est-\u00e0-dire des langues comprises par les deux parties \u2013 les populations et les professionnels de la sant\u00e9. G\u00e9n\u00e9ralement, les langues utilis\u00e9es pour la communication sont les langues officielles qui sont aussi les langues de scolarisation, c\u2019est-\u00e0-dire le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. Et l\u2019on sait qu\u2019elles ne sont comprises que par une petite tranche de la population; le plus souvent, ce sont ceux et celles qui sont all\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Pourtant, s\u2019agissant des probl\u00e8mes de sant\u00e9, aucune tranche de la population n\u2019est \u00e9pargn\u00e9e. C\u2019est \u00e0 ce niveau que l\u2019on se demande s\u2019il y a n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9former linguistiquement le personnel de sant\u00e9 d\u00e9j\u00e0 en service, et d\u2019introduire, dans les \u00e9coles de formation du personnel de sant\u00e9, les langues locales. Le Cameroun \u00e9tant un pays linguistiquement riche et diversifi\u00e9, il s\u2019agira de penser cette introduction selon les zones linguistiques d\u00e9finies par le PROPELCA<a class=\"footnote\" title=\"Projet de recherche op\u00e9rationnelle pour l\u2019enseignement des langues au Cameroun\" id=\"return-footnote-120-1\" href=\"#footnote-120-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> et l\u2019UNESCO<a class=\"footnote\" title=\"Organisation des Nations unies pour l'\u00e9ducation, la science et la culture\" id=\"return-footnote-120-2\" href=\"#footnote-120-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une \u00e9ducation par les langues maternelles est d\u00e9sormais reconnu de m\u00eame que l\u2019enjeu de la diversit\u00e9 linguistique pour le vivre ensemble. L\u2019objectif de cet article est de montrer l\u2019importance de l\u2019introduction de l\u2019enseignement des langues locales de grande diffusion dans les \u00e9coles de formation professionnelle d\u2019une part, et l\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle des personnels de sant\u00e9 dans les langues locales d\u2019autre part. L\u2019hypoth\u00e8se pos\u00e9e est qu\u2019il y a un lien entre les langues, la communication ou les pratiques communicatives et les pratiques professionnelles. Sans revenir de mani\u00e8re incessante sur la notion de vivre ensemble, nous consid\u00e9rerons que le d\u00e9veloppement qui suivra indirectement dans une logique de construction d\u2019une coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>La situation sociolinguistique du Cameroun <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, on d\u00e9nombre 250 \u00e0 300 langues : enchev\u00eatrement des langues des familles nig\u00e9ro-congolaises, nilo-sahariennes, bantoues et chamito-s\u00e9mitiques (Lionel, 2019, en ligne). L\u2019Atlas linguistique du Cameroun (ALCAM) (Dieu et Renaud, 1983) d\u00e9nombre plus de 239 langues parl\u00e9es dans ce pays. La Soci\u00e9t\u00e9 Internationale de Linguistique (SIL) quant \u00e0 elle, les inventorie \u00e0 283 (Grimes, 1996).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certaines sont parl\u00e9es par un nombre important d\u2019individus, d\u2019autres par peu d\u2019individus au point o\u00f9 celles-ci sont consid\u00e9r\u00e9es comme des langues disparues, en voie de disparition ou en danger r\u00e9el\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle de la majorit\u00e9 des langues identitaires conna\u00eet un fort d\u00e9clin au Cameroun. Cela est le fait non seulement des brassages ethniques et de l\u2019adoption subs\u00e9quente de v\u00e9hiculaires (y compris le fran\u00e7ais), mais encore du prestige de ces v\u00e9hiculaires sur le march\u00e9 linguistique (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a088).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Allant dans le m\u00eame sens, Bitjaa Kody r\u00e9partit les langues camerounaises en quatre groupes\u00a0: les langues \u00e9teintes, les langues r\u00e9siduelles, les langues minoritaires et les langues majoritaires (Bitjaa Kody, 2001, en ligne). Celles qui sont utilis\u00e9es par un grand nombre de Camerounais jouent le r\u00f4le de langues v\u00e9hiculaires.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, nous pouvons en citer au moins huit, dont le fulfulde dans les trois r\u00e9gions septentrionales, l\u2019ewondo au centre et \u00e0 l\u2019est sous sa forme pidginis\u00e9e (mongo ewondo), le pidgin-english (zones de l\u2019Ouest, du Littoral) qui, en relativisant une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 linguistique que l\u2019on ne saurait nier, contribuent \u00e0 relever le d\u00e9fi de la communication et de la circulation de l\u2019information compte tenu des exigences du d\u00e9veloppement (M\u00e9tangmo Tatou, 2019, p.\u00a069-70).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais jusque-l\u00e0 aucune d\u2019entre elles n\u2019est reconnue comme langue officielle du fait de la difficult\u00e9 \u00e0 effectuer un choix dans ce contexte de multilinguisme. C\u2019est pour cette raison qu\u2019Ouane et Glanz (2010), parlant de la gestion du multilinguisme pour l\u2019apprentissage tout au long de la vie, constatent les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les dirigeant\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix des langues d\u2019\u00e9ducation pose un probl\u00e8me \u00e0 de nombreux responsables politiques. L\u2019un des soucis majeurs des dirigeants, des parents et des autres personnes concern\u00e9es est que l\u2019\u00e9ducation en langue maternelle m\u00e8nerait \u00e0 un abandon de la langue officielle dans le programme scolaire et aurait des effets n\u00e9gatifs sur l\u2019acquisition et l\u2019utilisation de cette langue officielle. En effet, l\u2019\u00e9cole est l\u2019endroit o\u00f9 la plupart des \u00e9l\u00e8ves acqui\u00e8rent la langue officielle. On estime que, selon les pays et les r\u00e9gions, seulement 5 \u00e0 15 % des \u00e9l\u00e8ves connaissent la langue internationale officielle avant de commencer l\u2019\u00e9cole (Ouane et Glanz, 2010, p.\u00a024).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais, langues issues de la colonisation, qui sont reconnues comme langues officielles au Cameroun. La politique linguistique du pays accorde une place de choix \u00e0 ces deux langues et, par cons\u00e9quent, les langues locales sont laiss\u00e9es pour compte.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Politique linguistique et politique \u00e9ducative du Cameroun\u00a0: bref historique de l\u2019enseignement des langues locales<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Diff\u00e9rents textes officiels, sur l\u2019enseignement des langues locales camerounaises, depuis la p\u00e9riode coloniale jusqu\u2019\u00e0 nos jours, existent. De la politique linguistique germanique \u00e0 la politique linguistique camerounaise en passant par les politiques linguistiques fran\u00e7aise et anglaise. Plusieurs modifications ont \u00e9t\u00e9 faites par rapport \u00e0 l\u2019introduction des langues locales dans l\u2019enseignement au Cameroun. Pourtant, jusqu\u2019aujourd\u2019hui, cet enseignement \u00e9volue peu et donne \u00e0 voir une situation stationnaire. En effet, on observe tr\u00e8s peu de g\u00e9n\u00e9ralisation de cet enseignement dans les \u00e9tablissements en dehors des \u00e9coles-pilotes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Enseignement formel des langues camerounaises a d\u00e9but\u00e9 au Coll\u00e8ge Libermann de Douala, \u00e9tablissement priv\u00e9 catholique dirig\u00e9 par les pr\u00eatres j\u00e9suites, comme le souligne M\u00e9tangmo-Tatou : \u00ab En effet, c\u2019est d\u00e8s 1967 que l\u2019enseignement des langues camerounaises y est lanc\u00e9 \u00bb (2019, p.\u00a0175). \u00c0 partir de 1981, avec la collaboration du Projet de recherche op\u00e9rationnelle pour l\u2019enseignement des langues au Cameroun de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 (PROPELCA), les programmes de cet enseignement ont \u00e9t\u00e9 harmonis\u00e9s et \u00e9tendus au niveau du cycle primaire.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>La p\u00e9riode allemande (1884-1916)\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Cameroun sous protectorat allemand n\u2019avait pas de politique bien d\u00e9finie jusqu\u2019en 1890. En 1886, la mission de B\u00e2le commence sa mission d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation. Elle soutient que \u00ab\u00a0la lecture de la Bible ne peut s\u2019apprendre que par l\u2019\u00e9cole, et la formation des cat\u00e9chistes indig\u00e8nes n\u00e9cessitait l\u2019apprentissage d\u2019\u00e9criture et de lecture\u00a0\u00bb (Stumpf 1977, p.\u00a032). La langue choisie pour l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation et l\u2019enseignement \u00e0 cette \u00e9poque fut le <em>duala<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette d\u00e9cision cr\u00e9a des frustrations au sein des autres ethnies. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1889, dans une lettre du <em>Komitee Protokolle<\/em> \u00e0 la mission b\u00e2loise, il y est dit\u00a0: \u00ab\u00a0die Eltern bitten da\u03b2 ihre Kinder, statt im barbarischer Duala, im zivilisieren English other Deutsch unterrichtet werder<a class=\"footnote\" title=\"Les parents demandent que leurs enfants apprennent dans les langues civilis\u00e9es comme l\u2019anglais ou l\u2019allemand au lieu d\u2019une langue barbare comme le douala (traduit par nous).\" id=\"return-footnote-120-3\" href=\"#footnote-120-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb (1889, paragr. 31). C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019une politique de germanisation du Kamerun<a class=\"footnote\" title=\"Le Cameroun alors colonie allemande s\u2019\u00e9crivait Kamerun, selon la graphie allemande. C\u2019est, dans un premier temps, le nom donn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gion de Douala qui s\u2019appelait d\u00e8s lors Kamerun-Stadt. En effet, en 1884, la colonie allemande ne comprenait pas encore la localit\u00e9 du Kamerun. Toutefois, progressivement, les Allemands \u00e9tendirent leur domination vers le nord et les r\u00e9gions occidentales. En 1899, les Allemands acc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua. C\u2019est alors que le 1er janvier 1901, un d\u00e9cret allemand imposa l\u2019usage du mot Kamerun pour l\u2019ensemble du pays. Voir Tabi-Manga (2000).\" id=\"return-footnote-120-4\" href=\"#footnote-120-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> d\u00e9buta en 1891 par le gouverneur allemand Von Zimmerer pour former des cadres autochtones capables de parler allemand sans d\u00e9laisser les langues locales.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique pratiqu\u00e9e par les \u00ab Germaniques \u00bb a consist\u00e9 \u00e0 associer des langues africaines aux langues europ\u00e9ennes aux \u00e9chelons de base de l\u2019enseignement. Il ne s\u2019agissait en aucun cas de \u00ab valoriser \u00bb les langues africaines, mais d\u2019\u00e9viter que les colonis\u00e9s n\u2019apprennent la langue du colonisateur : on craignait alors une perte de prestige. Au reste, \u00e9tait vis\u00e9, dans les premiers \u00e9chelons de la scolarit\u00e9, la formation d\u2019une main d\u2019\u0153uvre d\u2019auxiliaires de la colonisation, interpr\u00e8tes et capables, entre autres, de tenir les livres de comptes des marchandises export\u00e9es vers la m\u00e9tropole (Leconte, 2015, p. 7).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;arr\u00eat\u00e9 du 25 avril 1910, conform\u00e9ment \u00e0 la conf\u00e9rence sur l\u2019\u00e9ducation tenue \u00e0 Doa le 8 d\u00e9cembre 1907 du gouverneur Seitz, indiquait que seul l\u2019allemand devait \u00eatre utilis\u00e9 dans les \u00e9coles. Toutes les autres langues europ\u00e9ennes et locales furent interdites. Selon Tabi-Manga, c\u2019\u00e9tait pour des questions de supr\u00e9matie que cet arr\u00eat\u00e9 a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0En effet, l\u2019administration allemande, pour des raisons d\u2019h\u00e9g\u00e9monie politique, ne souhaitait en aucune fa\u00e7on l\u2019extension de la langue duala dans l\u2019arri\u00e8re-pays. La nouvelle politique linguistique \u00e9tait donc substantiellement hostile au duala\u00a0\u00bb (Tabi-Manga, 2000, p.\u00a028).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, cette politique \u00e9choua, car tr\u00e8s peu de Camerounais apprirent \u00e0 parler l\u2019allemand avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ebermaier proposa le <em>swahili<\/em> lors de la conf\u00e9rence de Berlin tenue le 7 avril 1914 par rapport au choix d\u2019une langue v\u00e9hiculaire (une \u00ab\u00a0Einheitsprache\u00a0\u00bb) qui r\u00e9pondrait aux attentes de toutes les ethnies camerounaises. Mais celle-ci a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e<a class=\"footnote\" title=\"C\u2019est une langue qui n\u2019est pratiqu\u00e9e par aucune communaut\u00e9 au Cameroun.\" id=\"return-footnote-120-5\" href=\"#footnote-120-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>. Il \u00e9tait question de r\u00e9fl\u00e9chir sur la division du pays en zones linguistiques. Cependant jusqu\u2019en 1914, aucune politique n\u2019a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e. Bref, il n\u2019y a pas eu de politique fixe et le Cameroun est pass\u00e9 sous mandat fran\u00e7ais et anglais.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019administration fran\u00e7aise<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun francophone, ce fut la politique d\u2019assimilation qui fut adopt\u00e9e\u00a0: l&rsquo;enseignement des langues africaines fut interdit. Les d\u00e9crets\u00a0des 1er octobre 1920, 28 d\u00e9cembre 1920 et 26 d\u00e9cembre 1924 rendirent obligatoire l&rsquo;enseignement en langue fran\u00e7aise au Cameroun et interdirent l&rsquo;utilisation des langues locales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif camerounais (Lionel, 2019, p.\u00a010). Dans le Journal officiel de l&rsquo;\u00c9tat du Cameroun, on peut y lire\u00a0: \u00ab La langue fran\u00e7aise est la seule en usage dans les \u00e9coles. Il est interdit aux ma\u00eetres de se servir avec leurs \u00e9l\u00e8ves des idiomes du pays \u00bb (1924, p.\u00a0175).<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La politique linguistique \u00ab latine \u00bb a consist\u00e9 \u00e0 n\u2019utiliser que les langues europ\u00e9ennes dans l\u2019\u00e9ducation scolaire et l\u2019administration. Il s\u2019agissait non seulement de coloniser et d\u2019exploiter, mais aussi de \u00ab civiliser \u00bb, d\u2019\u00e9duquer les Africains aux \u00ab bonnes valeurs \u00bb de la civilisation occidentale. La seule langue \u00e9crite en Afrique occidentale fran\u00e7aise (AOF) \u00e9tait, officiellement, le fran\u00e7ais (Leconte, 2015, p.\u00a07).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais les missions chr\u00e9tiennes n\u2019ont pas voulu enseigner cette langue dans les \u00e9coles de brousse et les \u00e9coles religieuses. Ce n\u2019est que le 19 mai 1949 que Hofherr, le haut-commissaire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise au Cameroun annonce un assouplissement de la politique linguistique \u00e9ducative. En 1949, il accorda aux langues locales la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une discipline d&rsquo;enseignement au m\u00eame titre que les langues \u00e9trang\u00e8res, par exemple l\u2019anglais ou l\u2019espagnol. Mais ce fut un assouplissement \u00ab trompeur \u00bb d\u2019autant plus que l\u2019UNESCO, apr\u00e8s constat, remarque : \u00ab until recent years, French educational policy has been to teach the French Language from the very beginning school and to leave aside the use of the mother tongue \u00bb (UNESCO 1953, p.\u00a018)<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Jusqu'\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la politique \u00e9ducative fran\u00e7aise a consist\u00e9 \u00e0 enseigner la langue fran\u00e7aise d\u00e8s le d\u00e9but de l'\u00e9cole et \u00e0 laisser de c\u00f4t\u00e9 l'usage de la langue maternelle.\u00a0\u00bb (Traduit par nous)\" id=\"return-footnote-120-6\" href=\"#footnote-120-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>. Par contre, au Cameroun anglophone, ce furent les langues locales qui \u00e9taient enseign\u00e9es dans les missions chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019administration britannique<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019administration anglaise comme les autres administrations coloniales a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019effacement des langues locales camerounaises. En 1915, \u00e0 la cr\u00e9ation du mandat britannique, le monopole de la gestion des \u00e9coles est aux mains du gouvernement. Quatre types d\u2019\u00e9coles furent cr\u00e9\u00e9es\u00a0: les \u00e9coles gouvernementales, les \u00e9coles de l\u2019administration camerounaise, les \u00e9coles missionnaires et les \u00e9coles non reconnues. La <em>School Ordinance<\/em> de 1926 permet \u00e0 l\u2019administration de s\u2019ing\u00e9rer dans le fonctionnement des \u00e9coles missionnaires. Le Code \u00ab\u00a0Education Code of Nigeria\u00a0\u00bb (Stumpf, 1977), n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 au Cameroun \u00e0 cause de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 linguistique du pays.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>De l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 1995\u00a0: le \u00ab\u00a0monolithisme linguistique\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Rien n\u2019a v\u00e9ritablement chang\u00e9 de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 1995\u00a0: aucune loi, aucun texte juridique; sinon le renforcement de la politique coloniale fran\u00e7aise malgr\u00e9 quelques \u00e9vocations des langues locales dans les discours politiques.<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">\u00a0Le 11\/08\/1961, devant l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Ahmadou Ahidjo s\u2019exprime en ces termes : \u00ab le g\u00e9nie d\u2019une nation est fait plus de ses diversit\u00e9s qu\u2019il convient de respecter, que de son uniformit\u00e9 et nous sommes persuad\u00e9 que la confrontation de cultures et de pratiques (linguistiques) diff\u00e9rentes sera \u00e9minemment profitable au Cameroun de demain \u00bb (Ahidjo, cit\u00e9 par Daouga Samari, 2012, p. 43).<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">\u00a0Le 19\/11\/1962, il \u00e9voque, lors de la rentr\u00e9e solennelle de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale du Cameroun, l\u2019intention de l\u2019\u00c9tat d\u2019orienter l\u2019enseignement sup\u00e9rieur vers une sp\u00e9cialisation africaine.<\/li>\n<\/ul>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><strong>De 1996 \u00e0 nos jours<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La situation des langues locales a connu quelques progr\u00e8s significatifs au Cameroun. On enregistre quelques textes juridiques allant des textes promouvant les langues nationales aux textes r\u00e9gissant l\u2019enseignement de ces langues. Les textes qui promeuvent les langues nationales sont cit\u00e9s ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li>la Constitution de 1996, article 1, alin\u00e9a 3;<\/li>\n<li>la loi n\u00b0 2004\/018 du 22 juillet 2004 fixant les r\u00e8gles applicables aux communes (2004), section 3, articles 22 et 24;<\/li>\n<li>la loi n\u00b0 005 du 16 avril 2001 portant orientation de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur, article 6, alin\u00e9as 1 et 2;<\/li>\n<li>la loi n\u00b0 98\/004 du 14 avril 1998 d\u2019orientation de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun, article 5 (alin\u00e9a 4) et article 11 (alin\u00e9a 1).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis lors, il y a au Minist\u00e8re des Enseignements secondaires, l\u2019ouverture des inspections des Langues et cultures nationales (LCN), l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9partement et d\u2019un laboratoire de LCN \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure (ENS) de Yaound\u00e9. On note \u00e9galement l\u2019effectivit\u00e9 des cours de LCN dans certains lyc\u00e9es dans toutes les dix r\u00e9gions du pays, dispens\u00e9s par des enseignants form\u00e9s \u00e0 l\u2019ENS. Malgr\u00e9 tout, on remarque un retard au niveau de l\u2019enseignement de ces langues. C\u2019est ce que rel\u00e8ve M\u00e9tangmo-Tatou\u00a0: \u00ab\u00a0La plupart des linguistes et expert-e-s reconnaissent la lenteur relative des progr\u00e8s accomplis dans l\u2019institutionnalisation de l\u2019enseignement des langues africaines\u00a0\u00bb (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a0145). Et elle ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il me semble, quant \u00e0 moi, que la lenteur de ces progr\u00e8s est en partie imputable \u00e0 la faiblesse de l\u2019explicitation de la philosophie d\u2019ensemble dans laquelle s\u2019ins\u00e8rent ces enseignements (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a0145). C\u2019est dire que, au-del\u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019ordre pratique, il y a un besoin \u00e0 la fois de faire comprendre les enjeux de cet enseignement et de faire adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019esprit qui le sous-tend.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019utilisation des langues locales dans l\u2019enseignement<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun, que ce soit au niveau des programmes officiels de l\u2019enseignement primaire ou de ceux des enseignements secondaires, l\u2019enseignement des langues et cultures nationales est rest\u00e9 dans un \u00e9tat tr\u00e8s insatisfaisant. C\u2019est pour cette raison que Tourneux sugg\u00e8re de \u00ab rompre d\u00e9finitivement avec une vision folklorisante, qui ne retiendrait que l\u2019aspect ext\u00e9rieur de cultures d\u00e9pouill\u00e9es de toute signification profonde \u00bb (2011, p. 32).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour sortir cet enseignement de la marginalit\u00e9 et lui donner plus de visibilit\u00e9, nous proposons aux d\u00e9cideurs et aux d\u00e9cideuses de l\u2019introduire dans les programmes des enseignements des \u00e9coles de formation professionnelle pour ceux et celles qui sont encore \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Il faudra ensuite former, avec les m\u00e9thodes d\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle, ceux et celles qui exercent d\u00e9j\u00e0 des m\u00e9tiers techniques. Cette d\u00e9marche semble d\u2019ailleurs \u00e0 la fois r\u00e9aliste et moins on\u00e9reuse pour deux raisons principales\u00a0: le public cible est beaucoup plus restreint, et les contenus d\u2019enseignement-apprentissage sont contextualis\u00e9s. Dans ce contexte, le r\u00f4le des langues locales est central.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La langue \u00e9tant notre premier syst\u00e8me de repr\u00e9sentation symbolique, il est clair qu\u2019elle a son r\u00f4le \u00e0 jouer dans la formation de nos structures cognitives et de notre rapport au monde. La langue premi\u00e8re peut ainsi jouer un r\u00f4le fondamental et d\u00e9cisif dans l\u2019\u00e9ducation (non) formelle et dans l\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a0171).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette \u00e9tude, nous nous int\u00e9ressons principalement au domaine de la sant\u00e9 qui est un domaine d\u00e9licat, un domaine dans lequel le praticien\/la praticienne et le patient\/la patiente sont en permanence en contact et doivent se comprendre. Compte tenu de la dur\u00e9e des formations dans les \u00e9coles professionnelles de sant\u00e9 \u2013 un an pour un aide-soignant et trois ans pour un infirmier dipl\u00f4m\u00e9 d\u2019\u00c9tat \u2013, il serait judicieux de commencer par leur apprendre beaucoup plus les termes techniques du domaine de la sant\u00e9 en langues locales, c\u2019est-\u00e0-dire choisir des termes adapt\u00e9s aux cultures locales, \u00e0 la connaissance du milieu, aux savoirs locaux et exploiter les m\u00e9dias locaux\u00a0: radio et t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9veloppement d\u2019une population passe par sa langue, sa culture, ses us et coutumes. Et une population qui aspire au d\u00e9veloppement est celle-l\u00e0 qui met en place des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs et de sant\u00e9 efficients. Pour cela, il faut que les individus comprennent la langue de la sant\u00e9 (terminologie, m\u00e9talangue m\u00e9dicale, sociolectes du milieu hospitalier). Il faut \u00e9galement des dispositifs pour la communication technique adapt\u00e9s; ceux qui sont encore produits, pour l\u2019essentiel, en fran\u00e7ais ou en anglais, langues inaccessibles pour une partie importante de la population. Le reste de cette population est comme exclu du syst\u00e8me de sant\u00e9. Aussi, l\u2019une des premi\u00e8res solutions pour l\u2019am\u00e9lioration de ce syst\u00e8me de sant\u00e9 en Afrique concerne les ressources humaines.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les autorit\u00e9s politiques doivent \u00e9galement agir en mati\u00e8re de ressources humaines. En effet, pour fonctionner efficacement, les syst\u00e8mes de sant\u00e9 doivent pouvoir compter sur une masse cons\u00e9quente de ressources humaines, qui constituent le socle sur lequel repose l\u2019organisation de la politique sanitaire. Ces ressources doivent \u00eatre form\u00e9es de fa\u00e7on optimale (Agbo, 2020, en ligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces ressources humaines comp\u00e9tentes doivent pouvoir \u00e9changer avec les patients. L\u2019h\u00f4pital constitue le lieu par excellence o\u00f9 des prestations de services s\u2019effectuent\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019h\u00f4pital est un lieu de soins et d\u2019espoir o\u00f9 les vies se c\u00f4toient, se rencontrent, se confient l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Le plus souvent, elles se donnent assistance, mais parfois, elles s\u2019affrontent, elles se jaugent, se jugent dans la mesure comme la d\u00e9mesure\u00a0\u00bb (Moriceau 2020, paragr. 2). C\u2019est \u00e9galement l\u00e0 o\u00f9 se tissent des relations sociales. Celles-ci ne peuvent se solidifier que si les deux parties arrivent \u00e0 \u00e9changer. Mais de plus en plus, il se pose un probl\u00e8me de communication dans ce domaine entre le soignant\/la soignante et le soign\u00e9\/la soign\u00e9e. Pour le r\u00e9soudre, il faudrait, dans un premier temps, qu\u2019il y ait des personnes comp\u00e9tentes; cette comp\u00e9tence doit \u00eatre relev\u00e9e \u00e0 deux niveaux\u00a0: un premier niveau linguistique et un deuxi\u00e8me niveau professionnel.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Propositions pour l\u2019introduction des langues locales dans les \u00e9coles professionnelles<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit ici de proposer l\u2019introduction, dans les \u00e9coles professionnelles, de deux modules de formation intitul\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9tude des langues et civilisations\u00a0camerounaises \u00bb et \u00ab\u00a0langues locales, formation professionnelle et strat\u00e9gies communicatives\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le premier module, il s\u2019agira d\u2019ancrer l\u2019apprenant dans la culture du milieu. Dans le deuxi\u00e8me module, la langue choisie dans chaque \u00e9cole de formation doit, avec la langue officielle existante, servir de langue d\u2019enseignement. Pratiquement, il serait judicieux de choisir pour chaque \u00e9cole de formation professionnelle de sant\u00e9, la langue v\u00e9hiculaire du milieu. Par exemple, M\u00e9tangmo-Tatou (2019, p.\u00a062) \u00e9voque l\u2019utilisation du <em>fulfulde<\/em>, pour le projet D\u00e9veloppement paysannal et gestion des terroirs (DPGT) de la Soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9veloppement du coton (SODECOTON). Un choix motiv\u00e9 par le fait que c\u2019est la langue v\u00e9hiculaire dans cette zone. L\u2019objectif de cette professionnalisation est de fournir aux groupements de paysan-ne-s des personnes capables de lire, d\u2019\u00e9crire et de calculer dans leur langue en vue d\u2019am\u00e9liorer la gestion, gr\u00e2ce \u00e0 la possibilit\u00e9 ainsi offerte d\u2019avoir, dans le groupe, des lettr\u00e9-e-s capables d\u2019occuper des postes n\u00e9cessitant ces capacit\u00e9s. Cet usage du <em>fulfulde<\/em> se rattache \u00e0 un domaine professionnel pr\u00e9cis et dans un milieu pr\u00e9cis. On parlera de <em>langue au travail<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019h\u00f4pital constitue un de ces lieux, o\u00f9 s\u2019effectuent des prestations de services et, tout \u00e0 la fois, se tissent des relations sociales\u00a0\u00bb (Gajo, 2004, p.\u00a01). Pour que ces relations sociales se solidifient, et pour qu\u2019il y ait une bonne culture socioprofessio-relationnelle, les praticien(ne)s et les patient(e)s doivent pouvoir communiquer. La communication en question, dans le cas de figure, passe par la langue d\u2019\u00e9change qui est l\u2019une des langues officielles. Le bas niveau d\u2019instruction n\u2019emp\u00eache pas la population de s\u2019alphab\u00e9tiser que ce soit en langues officielles, ou en langues locales. Ainsi, les taux d\u2019alphab\u00e9tisation sont sup\u00e9rieurs aux taux d\u2019instruction selon le 3e recensement de la population du Cameroun\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau de l\u2019alphab\u00e9tisation de la population, le 3\u00e8me recensement a permis de disposer des informations sur l\u2019alphab\u00e9tisation en langues officielles et sur l\u2019alphab\u00e9tisation en langue nationale. Ainsi, en ce qui concerne l\u2019alphab\u00e9tisation en langues officielles, le taux d\u2019alphab\u00e9tisation de la population de 15 ans et plus est de 70,0 %, soit 76,3 % dans la population masculine et 64,2 % dans la population f\u00e9minine. Par milieu de r\u00e9sidence, ce taux est de 86,6 % en milieu urbain contre 51,7 % en milieu rural (Ngoufo Yemedi et Bilo\u2019o, 2020, en ligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais ces taux d\u2019alphab\u00e9tisation sont moindres concernant les langues locales : \u00ab l\u2019alphab\u00e9tisation en langue nationale (langue locale du Cameroun) reste encore faible soit 6,4 % dont 7,1 % en milieu urbain et 5,6 % en milieu rural \u00bb (Ngoufo Yemedi et Bilo\u2019o, 2020, en ligne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les faits, l\u2019alphab\u00e9tisation de la population camerounaise en g\u00e9n\u00e9ral est basse en langues officielles et presque inexistante en langues locales. L\u2019\u00c9tat doit pr\u00f4ner l\u2019alphab\u00e9tisation fonctionnelle, dans les divers domaines professionnels, surtout en langues locales pour permettre aux populations de s\u2019\u00e9panouir et de se d\u00e9velopper. Ce qui ne se fait pas formellement sera ainsi combl\u00e9, de fa\u00e7on pratique, pour faciliter le travail dans le domaine de la sant\u00e9. Lors des enqu\u00eates de terrain (par exemple la sant\u00e9 de la m\u00e8re et de l\u2019enfant), le minist\u00e8re de la sant\u00e9 et ses partenaires de l\u2019UNICEF et d\u2019autres organismes recherchent des enqu\u00eateurs qui parlent, en plus du fran\u00e7ais ou de l\u2019anglais, les langues des localit\u00e9s concern\u00e9es par ces enqu\u00eates. C\u2019est pour cette raison que le personnel soignant doit \u00eatre form\u00e9 dans les langues locales. Ce sont ces langues qui permettront de pr\u00e9venir et de lutter efficacement contre les pand\u00e9mies et toutes les maladies r\u00e9currentes \u00e0 l\u2019instar de la tuberculose, du SIDA, du paludisme, de la typho\u00efde, de l\u2019onchocercose et r\u00e9cemment du Covid-19. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que Milin, Kinoa et Yihui Zhan ont soulign\u00e9 : \u00ab sur le plan de la sant\u00e9, l\u2019utilisation des langues autochtones est dans bien des pays en d\u00e9veloppement un outil efficace de lutte contre les pand\u00e9mies \u00bb (Milin, Kinoa et Yihui Zhan, 2015, en ligne). Si toutes les prescriptions sont comprises clairement, elles seront respect\u00e9es et les populations pourront se prot\u00e9ger efficacement. Sinon, il y aura toujours des pr\u00e9jug\u00e9s du genre \u00ab ce sont les maladies des Blancs \u00bb, \u00ab \u00e7a ne nous concerne pas \u00bb, \u00ab \u00e7a n\u2019existe pas \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le m\u00eame sens, Tourneux affirme, dans un article de presse du journal <em>Le Monde <\/em>(Le Hir, 08 janvier 2009), lors de la pr\u00e9sentation de son ouvrage <em>Langues, cultures et d\u00e9veloppement en Afrique<\/em> qu\u2019<strong>\u00a0<\/strong>\u00ab En Afrique, les langues locales sont les mieux adapt\u00e9es pour diffuser \u00e0 grande \u00e9chelle les informations concernant la sant\u00e9, la pr\u00e9vention des maladies, l\u2019agriculture ou l\u2019\u00e9levage \u00bb (2009, en ligne). La ma\u00eetrise des langues locales et leur utilisation dans le cadre du d\u00e9veloppement est une n\u00e9cessit\u00e9 : \u00ab C\u2019est \u00e0 ce prix que les formations techniques sp\u00e9cifiques deviendront des armes efficaces de lutte contre la pauvret\u00e9, en permettant au plus grand nombre d\u2019acqu\u00e9rir les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de leurs conditions d\u2019existence \u00bb (Milin, Kinoa et Yihui Zhan, 2015, en ligne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le troisi\u00e8me module quant \u00e0 lui devra permettre au personnel de sant\u00e9 de se former en strat\u00e9gies communicatives, d\u2019autant plus que \u00ab\u00a0La communication repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment clef de toute d\u00e9marche de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb (M\u00e9tangmo-Tatou, 2019, p.\u00a065).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de la sant\u00e9, la communication est une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019autant plus qu\u2019il y a un besoin croissant d\u2019am\u00e9lioration de la sant\u00e9 des individus. La formation du personnel de sant\u00e9 doit \u00eatre renforc\u00e9e dans ce sens par des strat\u00e9gies de communication interpersonnelle, car les individus sont \u00ab li\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre dans l&rsquo;interaction\u00a0\u00bb (Cormier, 2008 p.\u00a037). Le r\u00f4le de la communication<a class=\"footnote\" title=\"Selon de Dictionnaire de linguistique, la communication est un \u00e9change verbal entre un sujet parlant qui produit un \u00e9nonc\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 un autre sujet parlant, et un interlocuteur dont il sollicite l'\u00e9coute et\/ou une r\u00e9ponse explicite ou implicite (selon le type d'\u00e9nonc\u00e9).\" id=\"return-footnote-120-7\" href=\"#footnote-120-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a> \u00e9tant n\u00e9cessaire et m\u00eame in\u00e9luctable, le personnel de la sant\u00e9 doit \u00eatre form\u00e9 dans ce sens. Il faudra donc former ce personnel de mani\u00e8re \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 la communication en g\u00e9n\u00e9ral et particuli\u00e8rement \u00e0 la communication cibl\u00e9e \u00ab Mettre en place une strat\u00e9gie de communication cibl\u00e9e, c\u2019est au fond rendre visibles des minorit\u00e9s invisibles, donner une place aux populations auxquelles on s\u2019adresse \u00bb (A\u00efna, 2009, p. 37) et sp\u00e9cialis\u00e9e. Le but est d\u2019entrer facilement en contact avec le patient\/la patiente, d\u2019\u00eatre plus proche de lui ou d\u2019elle de mani\u00e8re \u00e0 lui donner confiance. C\u2019est ce que A\u00efna a appel\u00e9 une \u00ab communication de sant\u00e9 publique plus affinitaire \u00bb parlant de la communication en direction des migrant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit d\u2019entrer en affinit\u00e9 avec les personnes auxquelles on s\u2019adresse : pour commencer, cr\u00e9er les conditions d\u2019un dialogue, rechercher l\u2019horizontalit\u00e9 de l\u2019\u00e9change plus que la verticalit\u00e9 de la consigne. Passer d\u2019une communication dirig\u00e9e vers un groupe \u00e0 un message adress\u00e9 \u00e0 un individu. Croiser logique d\u2019audience et strat\u00e9gies d\u2019influence. Ensuite, accepter la complexit\u00e9 : une cible mouvante, une audience plus difficile \u00e0 mesurer. Il faut apprendre de ses erreurs, inventer inlassablement. Dresser des passerelles entre universitaires, acteurs de terrains, sp\u00e9cialistes de la communication et experts en sant\u00e9 publique pour rendre les messages plus pointus et plus efficaces. Il s\u2019agit ni plus ni moins de remplir la promesse r\u00e9publicaine d\u2019\u00e9galit\u00e9 face \u00e0 la sant\u00e9 en d\u00e9veloppant une communication sp\u00e9cifique dont le but est d\u2019universaliser la communication en sant\u00e9 publique (A\u00efna, 2009).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le syst\u00e8me de sant\u00e9 camerounais est fragile parce qu\u2019il ne r\u00e9pond pas aux besoins de la population\u00a0: difficile acc\u00e8s aux services de sant\u00e9 et aux m\u00e9dicaments, co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 des soins, insuffisance en ressources humaines comp\u00e9tentes. Pour une bonne couverture sanitaire, les pouvoirs publics doivent dans un premier temps, relever le d\u00e9fi des ressources humaines. Ces derni\u00e8res, pour r\u00e9pondre aux besoins des populations, doivent \u00eatre form\u00e9es en langues locales de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir communiquer avec tous les patients afin de percevoir leurs probl\u00e8mes pour y apporter des solutions ad\u00e9quates. Des modules d\u2019enseignement tels\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9tude des langues et civilisations\u00a0des langues locales\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0langues locales, formation professionnelle et strat\u00e9gies communicatives\u00a0\u00bb sont n\u00e9cessaires dans l\u2019atteinte de l\u2019objectif du d\u00e9veloppement de la population. L\u2019implication de toute la soci\u00e9t\u00e9 est n\u00e9cessaire dans ce cas. Le gouvernement, les mairies, les organisations culturelles des jeunes, les associations des femmes doivent s\u2019y mettre pour des campagnes d\u2019alphab\u00e9tisation en langues locales selon les sph\u00e8res linguistiques afin de pallier ce probl\u00e8me de communication.<\/p>\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agbo, Am\u00e9lie. 2020. <em>La probl\u00e9matique des syst\u00e8mes de sant\u00e9 en Afrique\u00a0: points de blocage et d\u00e9fis \u00e0 relever<\/em>. Le Centre d\u2019\u00c9tude et de Prospective Strat\u00e9gique (CEPS). En ligne : <a href=\"https:\/\/ceps-oing.org\/notesdactualites\/la-problematique-des-systemes-de-sante-en-afrique\/\">https:\/\/ceps-oing.org\/notesdactualites\/la-problematique-des-systemes-de-sante-en-afrique\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">A\u00efna, \u00c9lodie. 2009. Sant\u00e9 publique : mieux cibler la communication pour parler \u00e0 tous. <em>Hommes &amp; migrations<\/em>, 1289, 34-42. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/hommesmigrations\/438\">http:\/\/journals.openedition.org\/hommesmigrations\/438<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Arr\u00eat\u00e9 N\u00b0263\/14\/MINESEC\/IGE du 13 ao\u00fbt 2014.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis. 2001. \u00c9mergence et survie des langues nationales au Cameroun<em>.<\/em> <em>TRANS. Internet-Zeitschrift f\u00fcr Kulturwissenschaften<\/em>, 11. En ligne: <a href=\"http:\/\/www.inst.at\/trans\/11Nr\/kody11.htm\">http:\/\/www.inst.at\/trans\/11Nr\/kody11.htm<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitjaa Kody, Zach\u00e9e Denis. 2004. <em>La Dynamique des langues camerounaises en contact avec le fran\u00e7ais.<\/em> Th\u00e8se de doctorat de 3e cycle, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cormier, Solange. 2008. <em>La Communication et la gestion<\/em> (2e \u00e9d.). Qu\u00e9bec : Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daouaga Samari, Gilbert. 2012. <em>La Politique linguistique \u00e9ducative du Cameroun\u00a0: attitudes et repr\u00e9sentations relatives \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des langues nationales dans les \u00e9coles primaires de l\u2019Adamaoua. <\/em>M\u00e9moire de master, Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Michel et Renaud, Patrick. 1983.\u00a0<em>Atlas linguistique du Cameroun\u00a0: inventaire pr\u00e9liminaire<\/em>.\u00a0Paris\/ Yaound\u00e9\u00a0: ACCT, CERDOTOLA et DGRST.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gajo, Laurent. 2004. \u00ab Langue de l\u2019h\u00f4pital, pratiques communicatives et pratiques de soins \u00bb. Cahiers de l\u2019ILSL<em>&#8211; Institut de linguistique et des Sciences du langage,<\/em> 16, 1-6.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grimes<strong>,\u00a0<\/strong>Barbara. 1996. <em>Ethnologue<\/em> (13e\u00a0\u00e9dition). SIL. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.sil.org\/resources\/archives\/6229\">https:\/\/www.sil.org\/resources\/archives\/6229<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Journal Officiel de l&rsquo;\u00c9tat du Cameroun<\/em>, 1924.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Le Hir, Pierre. 2009. L\u2019aide au d\u00e9veloppement face \u00e0 la barri\u00e8re de la langue. En ligne\u00a0: https:\/\/www.lemonde.fr\/planete\/article\/2009\/01\/08\/l-aide-au-developpement-face-a-la-barriere-de-la-langue_1139292_3244.html<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Leconte, Fabienne. 2015. Une \u00e9ducation bilingue fran\u00e7ais\/langues africaines? Absence institutionnelle et comportements contrast\u00e9s des familles. Dans Erfurt J\u00fcrgen, H\u00e9lot Christine (Resp.), <em>L\u2019\u00c9ducation bilingue en France. Politiques linguistiques, mod\u00e8les et pratiques<\/em>. Limoges\u00a0: Lambert-Lucas.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lionel, Jean. 2019. Cameroun. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/cameroun.htm\">http:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/cameroun.htm<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loi No 98\/004 du 14 avril 1998 d&rsquo;Orientation de l&rsquo;\u00c9ducation au Cameroun; <em>Cameroon<\/em> <em>Tribune<\/em>, num\u00e9ro 2869 du vendredi 17 avril 1998.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2019.<em>\u00a0Pour une linguistique du d\u00e9veloppement. Essai d\u2019\u00e9pist\u00e9mologie sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau paradigme en sciences du langage<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: \u00c9ditions science et bien commun.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Milin, Rozenn, Kinoa, Yihui Zhan. 2015. Les Langues au service du d\u00e9veloppement. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.sorosoro.org\/les-langues-au-service-du-developpement\/\">http:\/\/www.sorosoro.org\/les-langues-au-service-du-developpement\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngoufo Yemedi, Joelle et Bilo\u2019o, Yvette Pascale. 2020. R\u00e9sum\u00e9 &#8211; <em>Scolarisation Alphab\u00e9tisation Instruction, Rapport de pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats d\u00e9finitifs<\/em>. 3e Troisi\u00e8me recensement g\u00e9n\u00e9ral de la population et de l\u2019habitat. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.bucrep.cm\/index.php\/fr\/component\/content\/article?id=172\">http:\/\/www.bucrep.cm\/index.php\/fr\/component\/content\/article?id=172<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ouane, Adama et Glanz, Christine. 2010. <em>Pourquoi et comment l\u2019Afrique doit investir dans les langues africaines et l\u2019enseignement multilingue?.<\/em> Hambourg\u00a0: Institut de l\u2019UNESCO pour l\u2019apprentissage tout au long de la vie.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Stumpf, Rudolf. 1979. <em>La Politique linguistique au Cameroun de 1884 \u00e0 1960<\/em>. <em>Comparaison entre les administrations allemande, fran\u00e7aise et britannique et du r\u00f4le jou\u00e9 par les soci\u00e9t\u00e9s missionnaires<\/em>. Berne\u00a0: Peter Lang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tabi-Manga, Jean.\u00a02000. <em>Les Politiques linguistiques du Cameroun.<\/em> Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice (dir.). 1988. <em>Manuel de Formation pour l&rsquo;enseignement des langues nationales dans les \u00e9coles primaires<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: PROPELCA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tourneux, Henry. 2011. <em>La Transmission des savoirs en Afrique\u00a0: savoirs locaux et langues locales pour l\u2019enseignement<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNESCO. 1953. <em>The use of the vernacular in Education<\/em>. Paris : UNESCO.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/haoua-adji-oumar\">Haoua ADJI OUMAR LIMAN<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;autrice est chercheuse au Centre National d\u2019\u00c9ducation depuis 2011, son centre d\u2019attache. De 2013 \u00e0 aujourd\u2019hui, elle exerce au Centre R\u00e9gional de la Recherche et de l\u2019Innovation du Nord, d\u2019abord comme chef de bureau de la valorisation et de la vulgarisation de la recherche, ensuite comme chef de bureau des Affaires Administratives et Financi\u00e8res. Ses recherches portent sur la sociolinguistique et les sciences de l\u2019\u00e9ducation. Elle s\u2019initie depuis peu \u00e0 la linguistique pour le d\u00e9veloppement. En outre, elle est, depuis 2017, interface-r\u00e9f\u00e9rente du Projet TSANGA (Transmissions des Savoirs et Appropriation Num\u00e9rique des G\u00e9n\u00e9rations Africaines). En 2019, elle a conduit un projet sur les enfants des rues \u00e0 Garoua dans le cadre d\u2019un projet d\u2019investissement public au Centre R\u00e9gional de la Recherche et de l\u2019Innovation du Nord. Avant sa carri\u00e8re de chercheuse, elle a enseign\u00e9 le fran\u00e7ais de 2002 \u00e0 2007. De 2008 \u00e0 2012, elle a assur\u00e9 la responsabilit\u00e9 administrative du coll\u00e8ge Cheik Hamdan \u00e0 Ngaound\u00e9r\u00e9 au Cameroun. Ses publications concernent  l\u2019enseignement des langues nationales du nord Cameroun,  le ou les caract\u00e8re(s) subversif(s) du fran\u00e7ais dans l\u2019appropriation et la norme endog\u00e8ne chez les coll\u00e9giens, la langue en danger ms\u01ddr (langue kotoko- tchadique).<br \/>\nCourriel : haouaadji@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-120-1\">Projet de recherche op\u00e9rationnelle pour l\u2019enseignement des langues au Cameroun <a href=\"#return-footnote-120-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-120-2\">Organisation des Nations unies pour l'\u00e9ducation, la science et la culture <a href=\"#return-footnote-120-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-120-3\">Les parents demandent que leurs enfants apprennent dans les langues civilis\u00e9es comme l\u2019anglais ou l\u2019allemand au lieu d\u2019une langue barbare comme le douala (traduit par nous). <a href=\"#return-footnote-120-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-120-4\">Le Cameroun alors colonie allemande s\u2019\u00e9crivait <em>Kamerun<\/em>, selon la graphie allemande. C\u2019est, dans un premier temps, le nom donn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gion de Douala qui s\u2019appelait d\u00e8s lors Kamerun-Stadt. En effet, en 1884, la colonie allemande ne comprenait pas encore la localit\u00e9 du Kamerun. Toutefois, progressivement, les Allemands \u00e9tendirent leur domination vers le nord et les r\u00e9gions occidentales. En 1899, les Allemands acc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua. C\u2019est alors que le 1er janvier 1901, un d\u00e9cret allemand imposa l\u2019usage du mot Kamerun pour l\u2019ensemble du pays. Voir Tabi-Manga (2000). <a href=\"#return-footnote-120-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-120-5\">C\u2019est une langue qui n\u2019est pratiqu\u00e9e par aucune communaut\u00e9 au Cameroun. <a href=\"#return-footnote-120-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-120-6\">\u00ab\u00a0Jusqu'\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la politique \u00e9ducative fran\u00e7aise a consist\u00e9 \u00e0 enseigner la langue fran\u00e7aise d\u00e8s le d\u00e9but de l'\u00e9cole et \u00e0 laisser de c\u00f4t\u00e9 l'usage de la langue maternelle.\u00a0\u00bb (Traduit par nous) <a href=\"#return-footnote-120-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-120-7\">Selon de Dictionnaire de linguistique, la communication est un \u00e9change verbal entre un sujet parlant qui produit un \u00e9nonc\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 un autre sujet parlant, et un interlocuteur dont il sollicite l'\u00e9coute et\/ou une r\u00e9ponse explicite ou implicite (selon le type d'\u00e9nonc\u00e9). <a href=\"#return-footnote-120-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":7,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["haoua-adji-oumar"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[100],"license":[],"class_list":["post-120","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-cameroun","motscles-education","motscles-enseignement-professionnel","motscles-langues-locales","motscles-politique-linguistique","keywords-cameroon","keywords-health","keywords-language-policy","keywords-local-languages","keywords-vocational-education","motscles-autre-amsa-an-ng-ensan","motscles-autre-dawa","motscles-autre-ense-gheywan-k-mi-tutu","motscles-autre-kamerun","motscles-autre-nkok-wey","contributor-haoua-adji-oumar"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/120","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/120\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":450,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/120\/revisions\/450"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/120\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=120"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=120"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=120"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=120"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}