{"id":139,"date":"2021-02-06T07:35:33","date_gmt":"2021-02-06T06:35:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=139"},"modified":"2023-04-11T12:19:44","modified_gmt":"2023-04-11T10:19:44","slug":"mahamat2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/mahamat2021\/","title":{"rendered":"Pratique du bilinguisme et enseignement dans les universit\u00e9s au Tchad"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis la Conf\u00e9rence d\u2019Addis-Abeba de 1961, la plupart des pays d\u2019Afrique francophone subsaharienne ont choisi les langues d\u2019enseignement\/apprentissage \u00e0 diff\u00e9rents paliers \u00e9ducatifs dans le but de r\u00e9soudre les multiples difficult\u00e9s scolaires. Les options op\u00e9r\u00e9es ont, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, anim\u00e9 de fa\u00e7on permanente les contextes en \u00e9voquant les questions li\u00e9es au bilinguisme (Al-Habo, 2004; Djarangar, 1998; Koko et Dewa, 2001). En effet, les pays qui ont essay\u00e9 d'introduire les langues nationales dans leur syst\u00e8me \u00e9ducatif ne semblent pas avoir donn\u00e9 les r\u00e9sultats attendus (Simbagoye et Sow-Barry, 1997). Selon ces auteurs, cet \u00e9tat de fait, parmi d\u2019autres facteurs, a conduit les acteurs et les actrices de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 modifier leurs diff\u00e9rentes r\u00e9formes \u00e9ducatives en r\u00e9introduisant le fran\u00e7ais comme langue d'enseignement\/apprentissage. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles dans les pays d\u2019Afrique au sud du Sahara, de plus en plus, la langue fran\u00e7aise se voit accorder un statut particulier dans la mesure o\u00f9 elle est la langue d\u2019enseignement par excellence, malgr\u00e9 les r\u00e9formes en faveur de la promotion des langues nationales dans l\u2019\u00e9ducation scolaire (Djihouessi et Da Cruz, 2014). Ceci a occasionn\u00e9 l\u2019impl\u00e9mentation dans les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs des pays d\u2019Afrique francophone une sorte de pratique du bilinguisme apparent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le bilinguisme d\u00e9signe, pour un individu ou une communaut\u00e9, l\u2019usage de deux langues. Le bilinguisme peut \u00eatre compris comme l\u2019utilisation courante par un individu de deux langues \u00e0 un degr\u00e9 de comp\u00e9tence. Il est donc l\u2019\u00e9tat linguistique dans lequel les individus, en s\u2019exprimant, sont conduits \u00e0 utiliser alternativement, selon les milieux ou les contextes, deux ou plusieurs langues diff\u00e9rentes[footnote]On notera que certain\u00b7e\u00b7s auteurs et autrices restreignent l\u2019utilisation de <em>bilinguisme<\/em> \u00e0 la pratique de deux langues, et pr\u00e9f\u00e9reront parler, dans les autres cas, de <em>trilinguisme<\/em>, de <em>quadrilinguisme<\/em>, de <em>plurilinguisme<\/em>. Voir Mackey (1997, p. 61).[\/footnote]. C\u2019est \u00e9galement la pratique de deux langues par un m\u00eame individu ou une collectivit\u00e9 (Jasor, 2018).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, depuis plusieurs d\u00e9cennies, la communaut\u00e9 scientifique a aliment\u00e9 selon Jasor (2018) des r\u00e9flexions autour du bilinguisme en essayant de mettre en avant non seulement la complexit\u00e9 \u00e0 le d\u00e9finir, mais aussi la grande diversit\u00e9 des perceptions auxquelles il est associ\u00e9. Pour cette autrice, la pr\u00e9sence de deux langues r\u00e9f\u00e8re en principe \u00e0 diff\u00e9rentes mani\u00e8res selon qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un bilinguisme pr\u00e9coce ou adulte, successif ou simultan\u00e9, actif ou passif, additif ou soustractif. \u00c0 cela s\u2019ajoutent les nouvelles visions telles que d\u00e9crites dans le cadre africain commun de r\u00e9f\u00e9rences pour les langues (Jasor, 2018). Aujourd\u2019hui, selon Trezeux (1995), l\u2019enseignement bilingue est pr\u00e9sent non seulement sur tous les continents, mais aussi dans les pays membres de la francophonie, et notamment en Afrique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Tchad fait partie des pays qui appartiennent aujourd\u2019hui \u00e0 la fois aux espaces arabophone et francophone. En plus, la diversit\u00e9 de ses populations lui imprime une complexit\u00e9 linguistique plus grande. Les s\u00e9quelles de la colonisation ont laiss\u00e9 des marques ind\u00e9l\u00e9biles telles qu\u2019elles s\u2019expriment dans les vies sociales, \u00e9conomiques, politiques et surtout \u00e9ducatives (Aminata, 2013; Djarangar, 1998). Tout en tenant compte du contexte multiculturel local, le syst\u00e8me \u00e9ducatif et p\u00e9dagogique tchadien, en l\u2019occurrence, reste proche du mod\u00e8le fran\u00e7ais et en est tr\u00e8s influenc\u00e9, m\u00eame apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de l\u2019arabe comme deuxi\u00e8me langue officielle (Aminata, 2013). Il y a une r\u00e9alit\u00e9 incontournable selon laquelle la langue arabe s\u2019est grandement impos\u00e9e comme langue des sciences (UNESCO, 2012). De plus en plus, dans les universit\u00e9s, l\u2019\u00c9tat accorde un traitement de choix \u00e0 l\u2019enseignement du fran\u00e7ais tout en privil\u00e9giant celui de l\u2019arabe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, bien que le bilinguisme soit apparu comme un ph\u00e9nom\u00e8ne digne d\u2019int\u00e9r\u00eat dans l\u2019enseignement\/apprentissage, le syst\u00e8me \u00e9ducatif universitaire du Tchad continue de mettre en difficult\u00e9 les enseignant\u00b7e\u00b7s (ADEA, 1996). Certains d\u2019entre eux et elles d\u00e9veloppent des attitudes et comportements de r\u00e9ticence vis-\u00e0-vis de leurs coll\u00e8gues qui enseignent dans d\u2019autres langues que les leurs. Cet aspect joue sur les aspirations et les performances intellectuelles et professionnelles des enseignant\u00b7e\u00b7s. L\u2019impact en est, selon Nomaye <em>et al.<\/em> (2001), la transformation des rapports sociaux dans l\u2019enseignement en milieux \u00e9ducatifs. Aminata (2013), dans son analyse mentionne l\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 des situations d\u2019enseignement bilingue fran\u00e7ais\/arabe dans l\u2019enseignement au Tchad. Pour cette autrice, il existe un seul d\u00e9nominateur commun qui met en relief deux registres linguistiques qu\u2019on ne devrait pas omettre quand on parle de la question de l\u2019enseignement dans les universit\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, l\u2019int\u00e9r\u00eat que repr\u00e9sentent le fran\u00e7ais et l\u2019arabe au niveau universitaire laissent entrevoir l\u2019existence d\u2019un bilinguisme sans pr\u00e9c\u00e9dent qui appelle une relation tr\u00e8s r\u00e9ciproque entre les diff\u00e9rents locuteurs des langues d\u2019enseignement\/apprentissage (Aminata, 2013). C\u2019est dans cette perspective que nous nous posons la question de savoir comment le bilinguisme au Tchad tel que pratiqu\u00e9 dans les universit\u00e9s peut-il influencer les pratiques des enseignants-chercheurs et des enseignantes-chercheuses? L\u2019objectif poursuivi par cet article est d\u2019\u00e9tudier l\u2019influence du bilinguisme sur les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones et francophones dans les universit\u00e9s du Tchad.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous \u00e9voquerons quelques caract\u00e9ristiques socio-\u00e9ducatives et linguistiques du Tchad avant de proposer une analyse holistique qui passera en revue les facteurs essentiels en rapport avec le bilinguisme et inh\u00e9rents aux pratiques enseignantes en milieu universitaire. Il s\u2019agira de mettre en exergue les enjeux, la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement, les pratiques p\u00e9dagogiques et la formation des enseignant\u00b7e\u00b7s des universit\u00e9s au Tchad.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le Tchad : entre historicit\u00e9, diversit\u00e9 <\/strong><strong>ethnolinguistique et \u00e9ducation<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Tchad appartient aujourd\u2019hui, non seulement aux espaces arabophone et francophone, mais aussi anglophone. La diversit\u00e9 de ses populations lui imprime donc une complexit\u00e9 linguistique plus grande. Indiscutablement arabophone, le Tchad reste sous l\u2019influence francophone, \u00e0 l\u2019instar de ses voisins africains anciennement colonis\u00e9s par la France (Radi, 2002). Le Tchad est un pays de l\u2019Afrique Centrale \u00e9tendu sur 1,2 million de kilom\u00e8tres carr\u00e9s. Il est limit\u00e9 au Nord par la Libye, \u00e0 l\u2019Est par le Soudan, au Sud par la R\u00e9publique Centrafricaine, au Sud-ouest par le Cameroun et par le Nigeria, \u00e0 l\u2019Ouest par le Niger. Ce vaste pays est situ\u00e9 dans une zone qui partage l\u2019Afrique arabe et l\u2019Afrique noire (UNESCO, 2012). Sur le plan ethnique, le Tchad est compos\u00e9 de nombreux groupes. Selon Doutoum (2006), les 12 principaux sont les Arabes (12,3 %), les Baguirmiens (1,5 %), les Fitri Batha (4,7 %), les Goranes (6,3 %), les Hadjarai (6,7 %), les Kanem-Bornou (9 %), les Iro (0,5 %), les Mayo-K\u00e9bbi (11,5 %), les Ouaddai (8,7 %), les Peuls (2,4 %), les Sara (27,7 %), les Tandjil\u00e9 (6,5 %).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La diversit\u00e9 linguistique est l\u2019une des caract\u00e9ristiques de la population tchadienne. On compte trois grandes familles linguistiques\u00a0: la famille chamito-s\u00e9mitique, la famille nilo-saharienne et la famille nig\u00e9ro-congolaise). Seules 18 des 130 langues sont parl\u00e9es par 50 000 locuteurs ou plus. En effet, la plupart des langues de ce pays ne sont donc parl\u00e9es que par un petit nombre de locuteurs. Cette grande diversit\u00e9 linguistique impose au Tchad certaines contraintes \u00e9ducatives (Doutoum, 2006).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s son ind\u00e9pendance en 1960, le Tchad, avec plus de 100 groupes ethnolinguistiques, choisit le fran\u00e7ais comme langue officielle (Banque Mondiale, 2007). Ce n\u2019est qu\u2019en 1983 que l\u2019arabe devient la deuxi\u00e8me langue officielle. C\u2019est ainsi que le bilinguisme arabe\/fran\u00e7ais prend forme et constitue l\u2019un des maillons essentiels de la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 tchadienne. Toutefois, selon Aminata (2013), le fran\u00e7ais est rest\u00e9 la langue la plus parl\u00e9e de mani\u00e8re quasi exclusive dans l\u2019administration. D\u2019apr\u00e8s cette autrice, la recherche et la mise en place d\u2019une parit\u00e9 au sein des instances francophones et arabophones ont eu des impacts directs au niveau de l\u2019\u00e9ducation. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles les Centres d\u2019apprentissage de la langue fran\u00e7aise (CALF) ont \u00e9t\u00e9 impl\u00e9ment\u00e9s au Tchad (Aminata, 2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019observation, dans l\u2019enseignement universitaire au Tchad, il existe deux sections v\u00e9ritablement distinctes \u00e0 savoir\u00a0: la section arabophone et la section francophone. Les cours sont dispens\u00e9s uniquement en arabe si l'on est dans la section arabe et uniquement en fran\u00e7ais si l'on est en section francophone. Les langues fran\u00e7aise et arabe sont, dans l\u2019une ou l\u2019autre section, enseign\u00e9es comme deuxi\u00e8me langue. Ce qui veut dire concr\u00e8tement qu\u2019un arabophone doit apprendre comme deuxi\u00e8me langue le fran\u00e7ais et un francophone l\u2019arabe comme deuxi\u00e8me langue.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les enseignements ne sont pas faits automatiquement dans les deux langues. En milieu universitaire, les enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones ou francophones peuvent dispenser des cours soit en arabe, soit en fran\u00e7ais, mais sans forc\u00e9ment pratiquer les deux langues \u00e0 la fois. Par exemple, les enseignants et enseignantes arabophones, qu\u2019ils ou elles se trouvent en section arabophone ou en section francophone, font tou\u00b7te\u00b7s leurs cours en arabe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019agissant de la situation linguistique, l\u2019universit\u00e9 tend encore vers un syst\u00e8me \u00e9ducatif non v\u00e9ritablement bilingue. Le bilinguisme fran\u00e7ais-arabe litt\u00e9raire n\u2019est pas encore enracin\u00e9 dans le quotidien des enseignant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux langues officielles doivent \u00eatre enseign\u00e9es dans toutes les \u00e9coles publiques. [\u2026] Dans les \u00e9coles fran\u00e7aises, 6 heures de langue arabe par semaine sont requises au niveau primaire et 4 heures par semaine au niveau secondaire; le m\u00eame nombre d\u2019heures est attribu\u00e9 au fran\u00e7ais dans les \u00e9coles arabes. Mais cela ne s\u2019applique pas toujours dans toutes les \u00e9coles (Nomaye, cit\u00e9 par Aminata, 2013, p. 122).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Allant dans le m\u00eame sens, Alio (2007) souligne que le bilinguisme \u00e9ducatif ne commence officiellement et pratiquement qu\u2019\u00e0 partir du secondaire; soit \u00e0 partir de la sixi\u00e8me, si l\u2019\u00e9l\u00e8ve choisit l\u2019arabe comme premi\u00e8re langue vivante, ou en seconde si l\u2019arabe est choisi comme deuxi\u00e8me langue vivante. L\u2019arabe est enseign\u00e9 \u00e0 ce niveau comme mati\u00e8re. Or, il n\u2019y a pas \u00e0 proprement parler d\u2019exp\u00e9rience bilingue de l\u2019enseignement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a lieu de souligner que le Tchad pr\u00e9sente des clich\u00e9s sociolinguistiques partag\u00e9s entre l\u2019histoire coloniale, la diversit\u00e9 ethnolinguistique, qui ont des impacts sur le fonctionnement ad\u00e9quat de son syst\u00e8me \u00e9ducatif. En effet, le bilinguisme officiel se situe dans un contexte multilingue marqu\u00e9 par la pr\u00e9sence des langues maternelles et des langues v\u00e9hiculaires. Toutefois, quel que soit le type d\u2019\u00e9cole, le fran\u00e7ais et l\u2019arabe litt\u00e9raire restent encore enseign\u00e9s comme langues premi\u00e8res au primaire, puis comme langues vivantes au secondaire alors qu\u2019elles sont toutes les deux des langues \u00e9trang\u00e8res (Centre Al-Mouna, 1998). Si la transition entre les langues nationales et les langues officielles d\u2019enseignement\/apprentissage semble assez bien ma\u00eetris\u00e9e au Tchad et ailleurs en Afrique, les modalit\u00e9s de l\u2019introduction d\u2019un bilinguisme int\u00e9gral en milieu universitaire ne semblent pas avoir \u00e9t\u00e9 beaucoup test\u00e9es (Arditi, 2003). Ce qui nous permet de jeter un regard sur la question du bilinguisme dans l\u2019enseignement dans les universit\u00e9s au Tchad.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong> Probl\u00e9matique<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Tr\u00e9zeux (1995), l\u2019enseignement bilingue reste toujours probl\u00e9matique au sein des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs. En effet, il fait souvent l\u2019objet de nombreux d\u00e9bats politiques intenses. Selon cet auteur, le probl\u00e8me, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, est li\u00e9 \u00e0 un jeu qui met en exergue l\u2019ensemble des avantages qu\u2019on pense tirer de la pratique d\u2019un bilinguisme o\u00f9 l\u2019une des langues est celle d\u2019un pays \u00e9tranger, parfois fort \u00e9loign\u00e9 culturellement. En revanche, ce jeu, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, constitue dans plusieurs pays une occasion de remettre en cause l\u2019identit\u00e9 linguistique et culturelle parfois difficilement acquise (Tr\u00e9zeux, 1995).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019importance du fran\u00e7ais comme l\u2019une des langues d\u2019enseignement en Afrique qui renforce la pratique du bilinguisme dans plusieurs sph\u00e8res \u00e9ducatives n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Malheureusement Dumont (1990, p.15) soutient qu\u2019\u00ab Aujourd\u2019hui encore, pas un \u00c9tat d'Afrique n\u2019a les moyens de sa politique linguistique \u00bb. Cet \u00e9tat des choses s\u2019explique par l\u2019absence d\u2019une v\u00e9ritable politique d'am\u00e9nagement linguistique, le manque de ressources mat\u00e9rielles et didactiques, l\u2019inad\u00e9quation des m\u00e9thodes d\u2019enseignement, l\u2019insuffisance d\u2019assises th\u00e9oriques, la carence d'enseignant\u00b7e\u00b7s qualifi\u00e9\u00b7e\u00b7s, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Tchad, selon Aminata (2013) et Alio (2007), le bilinguisme dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif est vu comme un \u00ab\u00a0serpent de mer\u00a0\u00bb au niveau institutionnel. Dans ce pays, les langues nationales ne sont \u00e9voqu\u00e9es dans les textes constitutionnels qu\u2019\u00e0 partir de 1978 au prix de n\u00e9gociation entre mouvements politico-militaires. Au sein de l\u2019\u00e9ducation nationale, la promotion des langues nationales, au travers d\u2019exp\u00e9rimentations localis\u00e9es, a \u00e9t\u00e9, selon Fournier (1998), tardive jusqu\u2019en 1991 et correspondait plus \u00e0 un affichage qu\u2019\u00e0 une r\u00e9elle volont\u00e9 politique de les int\u00e9grer dans le syst\u00e8me d\u2019enseignement. L\u2019introduction des langues nationales dans les m\u00e9dias, notamment \u00e0 la radio et la t\u00e9l\u00e9vision nationales, a \u00e9t\u00e9 progressive et s\u00e9lective. Selon Alio (2007), la s\u00e9lection des langues a \u00e9t\u00e9 politique, arbitraire et difficilement impl\u00e9ment\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a quelques ann\u00e9es, la Conf\u00e9rence Nationale Souveraine (CNS), tenue \u00e0 N\u2019Djam\u00e9na du 15 janvier au 7 avril 1993, a \u00e9t\u00e9 une occasion pour le grand public de prendre conscience de l\u2019importance des langues nationales au travers de l\u2019arabe tchadien. Au cours des d\u00e9bats, de rares intellectuels arabisants ont exprim\u00e9 avec force, et parfois violence, leur attachement \u00e0 l\u2019arabe litt\u00e9raire. Pourtant, beaucoup d\u2019autres tchadiens ont contest\u00e9 la place du bilinguisme additif dans le pays bien que la Charte de la transition de la R\u00e9publique ait confirm\u00e9 les langues officielles qui sont le fran\u00e7ais et l\u2019arabe, sans plus de pr\u00e9cisions (Aminata, 2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Nomaye (2001), c\u2019est en 1994 que les recommandations des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de l\u2019\u00e9ducation nationale essaient de mettre en filigrane la promotion des langues nationales \u00e0 travers une politique dynamique de recherche linguistique. En plus, elles ont d\u00e9fini les objectifs g\u00e9n\u00e9raux du bilinguisme (fran\u00e7ais et arabe) conform\u00e9ment aux r\u00e9alit\u00e9s historiques, sociopolitiques, culturelles et \u00e9conomiques du pays. Les politiques \u00e9ducatives touchant \u00e0 la question de l\u2019enseignement des deux langues officielles (fran\u00e7ais et arabe) n\u2019ont \u00e0 aucun moment pris en compte les syst\u00e8mes linguistiques des apprenant\u00b7e\u00b7s et ceux des enseignant\u00b7e\u00b7s (Pommerol, 1997; Aminata, 2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, de plus en plus, selon Al-Habo (2004), le bilinguisme tel qu\u2019il est compris et pratiqu\u00e9 dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif constitue un facteur de division entre enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones, d\u2019une part, et enseignants et enseignant\u00b7e\u00b7s, d\u2019autre part. Sous l\u2019effet de l\u2019\u00e9volution de l\u2019organisation du syst\u00e8me \u00e9ducatif, en lien avec l\u2019introduction du bilinguisme int\u00e9gral et obligatoire dans l\u2019enseignement du fran\u00e7ais et de l\u2019arabe au Tchad, l\u2019enseignement\/apprentissage en milieu scolaire en g\u00e9n\u00e9ral, et en milieu universitaire en particulier fait face \u00e0 de multiples difficult\u00e9s (Ngarsou, 2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous soulignons que les pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses arabophones dans les deux langues officielles (arabe litt\u00e9raire et fran\u00e7ais) en milieu universitaire posent toujours des probl\u00e8mes\u00a0: 60% des Tchadiens parlent l\u2019arabe tchadien, dont 10 % comme langue maternelle et 50 % comme langue seconde. En outre, le bilinguisme officiel au Tchad est un bilinguisme in\u00e9galitaire \u00e0 l\u2019avantage du fran\u00e7ais (Al-Habo, 2004). De fa\u00e7on sp\u00e9cifique, l\u2019enseignant-chercheur et l\u2019enseignante-chercheuse arabophone font face \u00e0 certaines difficult\u00e9s, notamment l\u2019utilisation de langues peu famili\u00e8res comme le fran\u00e7ais et l\u2019arabe litt\u00e9raire. Cette situation explique largement l\u2019inefficacit\u00e9 et la m\u00e9diocrit\u00e9 de leurs performances universitaires (Alio, 2007).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour pallier ces insuffisances, l\u2019\u00c9tat tchadien, ainsi que certains organismes internationaux et des ONG locales ont d\u00e9ploy\u00e9 de multiples efforts en faveur du bilinguisme int\u00e9gral dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Ces initiatives ont certes eu des effets positifs, mais toutes les attentes en ce qui concerne les pratiques ad\u00e9quates du bilinguisme dans l\u2019enseignement en milieu universitaire tchadien ne sont pas combl\u00e9es. Il y a de plus en plus des enseignant\u00b7e\u00b7s qui se plaignent encore de la pr\u00e9sence massive des documents en fran\u00e7ais ou en arabe selon qu\u2019on soit arabophone ou francophone (Aminata, 2013).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat majeur qui se d\u00e9gage est que dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, les langues choisies n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude pr\u00e9alable ni sur le plan de la description sociolinguistique du fran\u00e7ais et de l\u2019arabe, ni sur celui de la faisabilit\u00e9; celle-ci int\u00e9grant, entre autres, les pr\u00e9occupations didactiques, p\u00e9dagogiques et culturelles. Pourtant, selon Rughoonundun (2007), il appara\u00eet que le choix d\u2019une ou de plusieurs langues d\u2019enseignement en contexte multilingue et multiculturel doit faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude minutieuse en fonction des finalit\u00e9s du syst\u00e8me \u00e9ducatif, des objectifs qui lui sont associ\u00e9s et des moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour atteindre ces objectifs. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles le bilinguisme pratiqu\u00e9 dans les universit\u00e9s au Tchad a une grande incidence sur le processus d\u2019enseignement. Alio (2007, p.46) propose d\u2019adapter au syst\u00e8me \u00e9ducatif tchadien un outil d\u2019enseignement bilingue fran\u00e7ais-arabe qui va int\u00e9grer les \u00ab transferts de comp\u00e9tences de la didactique du fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re vers celle de l\u2019arabe langue \u00e9trang\u00e8re \u00bb. En effet, les enseignant\u00b7e\u00b7s doivent poss\u00e9der diverses comp\u00e9tences (linguistiques, communicatives, discursives, socioculturelles) tout en s\u2019appropriant les diff\u00e9rents outils p\u00e9dagogiques. C\u2019est pourquoi Al-Habo (2004) consid\u00e8re que le bilinguisme institutionnel et ses impacts en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation sont loin d\u2019\u00eatre atteints. Pour lui, le bilinguisme tel qu\u2019il est compris et pratiqu\u00e9 aujourd\u2019hui au Tchad est un facteur de division des jeunes entre arabophones et francophones.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet \u00e9tat de fait nous a conduit \u00e0 poser les interrogations suivantes : comment le bilinguisme dans ses particularit\u00e9s mat\u00e9rialisant les diff\u00e9rents contacts de langues, et institu\u00e9 dans l\u2019enseignement influence-t-il les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s en milieu universitaire au Tchad? Comment le bilinguisme peut-il de plus en plus favoriser la ma\u00eetrise correcte de deux langues comme le fran\u00e7ais et l\u2019arabe par les enseignants-chercheurs et ensegnantes-chercheuses? Partant des enjeux ainsi que des influences arabisantes grandissantes au Tchad actuellement, quelle relation peut-on \u00e9tablir entre le fran\u00e7ais et l\u2019arabe et les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s dans les universit\u00e9s? Dans un contexte o\u00f9 la langue fran\u00e7aise reste la principale langue d\u2019\u00e9ducation quasi exclusive depuis les d\u00e9buts de la colonisation, quel est l\u2019apport des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses dans l\u2019\u00e9mergence de la didactique des langues dans les universit\u00e9s au Tchad? Quels sont les apports majeurs de la formation initiale des enseignants et enseignantes en lien avec le bilinguisme au prisme de la diversit\u00e9 du contexte sociolinguistique actuel des universit\u00e9s au Tchad? Telles sont les quelques questions qui sous-tendent la pr\u00e9sente \u00e9tude. Ce questionnement incite donc \u00e0 mettre en relief un cadre m\u00e9thodologique qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019expliciter.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. Synth\u00e8se de la typologie et des cons\u00e9quences li\u00e9es aux difficult\u00e9s des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses dans leurs pratiques du bilinguisme dans les universit\u00e9s au Tchad<\/p>\r\n<img class=\" wp-image-430 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_1_Mahamat.jpg\" alt=\"\" width=\"532\" height=\"461\" \/>\r\n<h2><strong> Cadre m\u00e9thodologique de l\u2019\u00e9tude <\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le cadre comporte un ensemble de variables qui mettent en exergue la relation entre le bilinguisme et les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s \u00e0 savoir : bilinguisme et enjeux en milieu universitaire; bilinguisme et ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement (1re et 2e langue) en milieu universitaire, bilinguisme et pratiques p\u00e9dagogiques, bilinguisme et formation initiale des enseignant\u00b7e\u00b7s dans les universit\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de cette recherche, nous avons eu recours \u00e0 plusieurs strat\u00e9gies de recueil de donn\u00e9es pour renforcer notre synth\u00e8se des connaissances par rapport aux sources litt\u00e9raires. Cette approche nous a conduit \u00e0 analyser nos donn\u00e9es et \u00e0 d\u00e9couvrir des connexions insoup\u00e7onn\u00e9es et introuvables manuellement. Par ailleurs, nous avons effectu\u00e9 une recherche de type documentaire (Karsenti et Savoie-Zajc, 2000; Piolat, 2004) conduite selon les 2 \u00e9tapes suivantes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<ul>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">\u00c9tape 1 : premier tri et s\u00e9lection de la documentation pertinente \u00e0 partir de mots cl\u00e9s et de crit\u00e8res \u00e9tablis au pr\u00e9alable;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">\u00c9tape 2 : analyse des ouvrages consult\u00e9s. Nous avons cr\u00e9\u00e9 deux types de mod\u00e8les que nous avons test\u00e9s et modifi\u00e9s pour donner un cadre d\u2019analyse commun.<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Op\u00e9rationnalisation des variables<\/p>\r\n<img class=\" wp-image-431 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_2_Mahamat.jpg\" alt=\"\" width=\"588\" height=\"220\" \/>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le tableau 2 nous permet de comprendre l\u2019op\u00e9rationnalisation de nos deux variables \u00e0 savoir : la variable d\u00e9pendante (enseignement dans les universit\u00e9s au Tchad) et la variable ind\u00e9pendante (Pratique du bilinguisme). Par ailleurs, notre variable ind\u00e9pendante a \u00e9t\u00e9 op\u00e9rationnalis\u00e9e en trois variables, notamment la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement en milieu universitaire, les choix p\u00e9dagogico-didactiques dans les universit\u00e9s et la formation initiale des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bilinguisme et enjeux dans l\u2019enseignement en milieu universitaire : une vision plus large<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis plusieurs d\u00e9cennies, la question du bilinguisme a fait l\u2019objet de nombreuses \u00e9tudes scientifiques (Al-Habo, 2004; Alio, 2007; Aminata, 2013; Arditi, 2003; Alby et L\u00e9glise, 2007; Bennafla, 2000). Le bilinguisme pr\u00e9sente aujourd\u2019hui des enjeux importants pour le fonctionnement des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs tant scolaires qu\u2019universitaires en Afrique. Le bilinguisme est sous-tendu par des motivations des enseignant\u00b7e\u00b7s, des m\u00e9thodes ainsi d\u2019outils p\u00e9dagogiques mobilis\u00e9s pour la transmission des savoirs (AUF, 2019). De tout temps, le bilinguisme dans sa forme pratique, d\u00e9voile un certain nombre d\u2019enjeux qui peuvent se situer sur les plans scientifique, socioculturel, motivationnel, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De nos jours, \u00e0 divers paliers socio-\u00e9ducatifs, il est courant de constater que le contenu de l\u2019\u00e9ducation qui englobe aussi bien des valeurs socioculturelles que l\u2019acquisition des savoirs est forc\u00e9ment v\u00e9hicul\u00e9e par une langue. Chidi (2019) souligne dans le cas du Tchad que l\u2019arabe et le fran\u00e7ais sont consid\u00e9r\u00e9s comme les deux langues officielles. Cependant, et malgr\u00e9 les diff\u00e9rents textes \u00e9tablissant l'\u00e9galit\u00e9 entre lesdites langues, on constate une in\u00e9galit\u00e9 criarde entre elles quant \u00e0 l\u2019application de leurs pratiques dans les milieux \u00e9ducatifs (Djarangar, 1998; Pommerol, 1997). Ces auteurs mettent en avant la dichotomie entre le discours officiel et les faits pratiques. Ils notent en outre, un d\u00e9s\u00e9quilibre du bilinguisme (arabe-fran\u00e7ais), la carence d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s bilingues et le manque d\u2019une volont\u00e9 politique d\u2019application du bilinguisme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il na\u00eet donc une disparit\u00e9 dans l'enseignement\/apprentissage et l\u2019utilisation de deux langues que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes se doivent de circonscrire rapidement dans l\u2019enseignement (Chidi, 2019). Au Tchad, la diversit\u00e9 linguistique refl\u00e9t\u00e9e par l\u2019\u00e9ventail des langues parl\u00e9es et le nombre de locuteurs de chaque langue est une caract\u00e9ristique largement reconnue et appr\u00e9ci\u00e9e de la vie culturelle africaine. En revanche, des enjeux et des d\u00e9fis s\u2019imposent aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019enseignement dans les deux langues dans les universit\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De plus en plus, dans les universit\u00e9s, la diversit\u00e9 linguistique doit \u00eatre envisag\u00e9e dans le contexte social, \u00e9conomique, politique et culturel de l\u2019\u00e9volution actuelle. \u00c0 la suite des bouleversements spectaculaires qui se sont produits \u00e0 travers la mondialisation dans les pays ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le bilinguisme appara\u00eet sous de nouveaux horizons (Arditi, 2003; Alio, 2007; Alidou et Maman, 2003). Aujourd\u2019hui, les universit\u00e9s, \u00e0 travers le bilinguisme, s\u2019inscrivent aussi dans la mouvance de la mutation \u00e9conomique qui va par-del\u00e0 les fronti\u00e8res politiques nationales, internationales, et m\u00eame r\u00e9gionales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Ouedghiri (2003), ces changements de direction sont facilit\u00e9s par la suppression de certaines barri\u00e8res linguistiques officielles pr\u00e9sentes dans les pays, et par le progr\u00e8s technologique en mati\u00e8re de communication. Ces r\u00e9alit\u00e9s ont des effets sur les politiques linguistiques dans la mesure o\u00f9 elles conditionnent prioritairement les exigences du march\u00e9 et le besoin de flexibilit\u00e9 et de mobilit\u00e9 dans le domaine de l\u2019enseignement (Nomaye, 2001). Dans la plupart des cas, les priorit\u00e9s en question d\u00e9terminent davantage encore les r\u00f4les respectifs des langues nationales et internationales (Edivanda Mugrabi, 2010). Dans cette mouvance, le bilinguisme en milieu universitaire devient une pr\u00e9occupation premi\u00e8re actuelle des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u2019universit\u00e9. On note parall\u00e8lement la reconnaissance croissante de l\u2019importance de la ma\u00eetrise de langues \u00e9trang\u00e8res et nationales dans l\u2019enseignement. Au Tchad, l\u2019\u00e9lan vers l\u2019int\u00e9gration politique et \u00e9conomique des langues dans l\u2019enseignement \u00e0 l\u2019universit\u00e9, selon Al-Habo (2004), cr\u00e9e un besoin, voire de v\u00e9ritables exigences dans le domaine de l\u2019enseignement des langues \u00e0 tous les niveaux des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les tensions cr\u00e9\u00e9es par ces nouvelles tendances font que les concepteurs et conceptrices des politiques \u00e9ducatives, \u00e0 tous les niveaux, sont confront\u00e9s \u00e0 des difficult\u00e9s se rapportant \u00e0 la nature des langues d\u2019enseignement en Afrique et \u00e0 la mani\u00e8re de les enseigner dans les institutions \u00e9ducatives comme les universit\u00e9s (Bayart, 2008; Beacco et V\u00e9ronique, 2005). Dans les universit\u00e9s tchadiennes, comme partout d\u2019ailleurs, toute politique d\u2019\u00e9ducation bilingue est formul\u00e9e et mise en \u0153uvre dans un contexte assez complexe. Les responsables de ces politiques doivent donc avoir une vision tr\u00e8s large en mati\u00e8re de conception de ce type d\u2019enseignement au sein des facult\u00e9s. En plus, il n\u2019est pas admis de limiter leur r\u00e9flexion \u00e0 de simples questions de programmes ou de langues d\u2019enseignement. Selon Bennafla (2000), il est plausible que les effets cumul\u00e9s en termes d\u2019efficacit\u00e9 des politiques et programmes d\u2019enseignement bilingue ont plus d\u2019importance que les \u00e9l\u00e9ments proprement \u00e9ducatifs (programme, cursus, contenu, m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019internationalisation croissante des universit\u00e9s cr\u00e9e de nouveaux march\u00e9s qui transcendent les fronti\u00e8res nationales. Cependant, la mondialisation est vue trop souvent sous le seul angle \u00e9conomique (Castelloti et Moore, 2005). Par cons\u00e9quent, on peut dire que tous ces processus affectent les sch\u00e9mas linguistiques identitaires ainsi que la relation des tenants de ces identit\u00e9s avec les contextes \u00e9ducatifs nationaux et internationaux. Corr\u00e9lativement \u00e0 la restructuration \u00e9conomique, les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs restructurent la pratique du bilinguisme dans les institutions universitaires. Ainsi, faut-il le relever, il n\u2019y a aucune difficult\u00e9 \u00e0 constater que ces changements affectent d\u00e8s aujourd\u2019hui les sch\u00e9mas de l\u2019enseignement dans la diversit\u00e9 linguistique (Causa, Weber et Rosen, 2007).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses arabophones font face \u00e0 des enjeux singuliers. En effet, la plupart des centres de documentation ou de recherche de N\u2019Djamena, les 2\/3 des documents command\u00e9s par les responsables sont en fran\u00e7ais. Partant de ces multiples enjeux inh\u00e9rents \u00e0 la pratique du bilinguisme dans les universit\u00e9s au Tchad qui suscitent une vision plus large de l\u2019\u00e9ventail des pratiques enseignantes.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Pratique du bilinguisme et ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement en milieu universitaire<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le contexte universitaire actuel o\u00f9 le bilinguisme s\u2019impose \u00e0 travers le monde, la ma\u00eetrise d\u2019un enseignement dans deux langues dans les amphith\u00e9\u00e2tres est d\u2019une importance capitale. C\u2019est dans ce souci de pluralit\u00e9 linguistique que doit s\u2019inscrire la pratique du bilinguisme dans les universit\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019agissant pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019engagement des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u2019universit\u00e9, nous nous rendons compte que le bilinguisme s\u2019est impos\u00e9 petit \u00e0 petit au niveau des sph\u00e8res p\u00e9dagogiques et didactiques dans les salles de cours. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019Alio (2007) fait remarquer que l\u2019utilisation de l\u2019alternance des langues dans les salles de cours par les enseignants semble \u00eatre une r\u00e9alit\u00e9 au quotidien dans un certain nombre de contextes universitaires. L\u2019observation du niveau linguistique des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s, comme celui les enseignant\u00b7e\u00b7s, permet de conceptualiser la situation a\u0300 l\u2019universit\u00e9\u0301 de la mani\u00e8re suivante : a\u0300 la base se trouvent les \u00ab analphab\u00e8tes bilingues \u00bb, pour reprendre l\u2019expression cinglante d\u2019Ahmed Moatassime, qui tra\u00eenent leur mauvaise ma\u00eetrise des langues arabe et fran\u00e7aise et qui, de surcro\u00eet, ont du mal a\u0300 acc\u00e9der aux deux langues. Au sommet de la pyramide universitaire, le fran\u00e7ais est revaloris\u00e9 comme langue du savoir (Tr\u00e9zeux, 1995).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les enseignant\u00b7e\u00b7s partagent leurs savoirs sociolinguistiques quand les langues s\u2019invitent dans le cours du fait des diff\u00e9rentes variantes combinatoires des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s qui ont d\u2019autres langues maternelles que celles du Tchad (Alby et L\u00e9glise, 2014). Bien qu\u2019allant \u00e0 l\u2019encontre des instructions institutionnelles en milieux \u00e9ducatifs africains, ces pratiques s\u2019imposent du fait m\u00eame du contexte. Aminatou (2013) souligne que l\u2019int\u00e9gration des langues v\u00e9hiculaires dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif n\u2019en est encore qu\u2019au stade exp\u00e9rimental. Pour cette auteure, la guerre des langues entre le fran\u00e7ais et l\u2019arabe au Tchad en serait-elle une explication? En effet, la pratique du fran\u00e7ais qui domine largement au sein de l\u2019administration et de l\u2019\u00e9ducation attise les revendications des arabisants influents, quoique peu nombreux (Aminata, 2013).<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bilinguisme et choix p\u00e9dagogico-didactiques dans les universit\u00e9s<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Duverger (2005), l\u2019enseignement bilingue ne r\u00e8gle pas les difficult\u00e9s des apprenants et apprenantes, mais ces derniers disposent de deux langues de communication et d\u2019apprentissages potentiels ult\u00e9rieurs au lieu d\u2019une. Le Tchad, \u00e0 l\u2019instar d\u2019autres pays africains, depuis les ind\u00e9pendances a\u0300 ce jour, a \u00e9t\u00e9\u0301 et demeure un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation de plusieurs pratiques tant p\u00e9dagogiques que didactiques. Les universit\u00e9s constituent certes un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation de nouvelles inventions et innovation en didactique, ing\u00e9nierie et p\u00e9dagogie, etc. Si aujourd\u2019hui nous pensons que les universit\u00e9s tchadiennes ne remplissent plus efficacement leurs missions, c\u2019est effectivement parce qu\u2019elles n\u2019ont pas v\u00e9ritablement vocation \u00e0 placer les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s tchadien\u00b7ne\u00b7s dans l\u2019univers sociolinguistique et culturel leur permettant d\u2019acc\u00e9der aux savoirs par l\u2019entremise de leurs langues maternelles. Il y a lieu de comprendre que l\u2019incompatibilit\u00e9\u0301 des th\u00e9ories didactiques et des mod\u00e8les p\u00e9dagogiques, adopt\u00e9s pour l\u2019enseignement en fran\u00e7ais et en arabe litt\u00e9raire au Tchad, a eu des cons\u00e9quences tr\u00e8s graves sur les universit\u00e9s. De ces multiples cons\u00e9quences, nous retenons la faible comp\u00e9tence des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses (comp\u00e9tence linguistique, comp\u00e9tence cognitive, comp\u00e9tence communicationnelle et comp\u00e9tence informative) qui n\u2019arrivent pas a\u0300 transformer le \u00ab savoir enseign\u00e9 \u00bb en un \u00ab savoir acquis \u00bb; l\u2019incapacit\u00e9\u0301 a\u0300 transmettre leurs multiples exp\u00e9riences, le handicap linguistique d\u2019acc\u00e9der aux contenus des savoirs dispens\u00e9s dans une langue diff\u00e9rente a\u0300 celle de l\u2019\u00e9tudiant\u00b7e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Association pour le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9ducation en Afrique (ADEA, 2005) a donn\u00e9 un avant-go\u00fbt de la r\u00e9flexion sur la question de l\u2019utilisation des langues africaines dans l\u2019\u00e9ducation. Un \u00e9tat des lieux confirme que l\u2019enseignement bilingue et l\u2019utilisation des langues locales constituent des facteurs influents et d\u00e9terminants de la qualit\u00e9 des apprentissages dans les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs des pays. L\u2019UNESCO (2004), dans le cadre de l\u2019\u00e9ducation bilingue au Tchad tant en milieux scolaires qu\u2019universitaires, r\u00e9v\u00e8lent que la promotion de l\u2019\u00e9ducation bilingue s\u2019inscrit dans la logique de r\u00e9alisation des engagements pris dans le cadre d\u2019action de Dakar. Pour les auteurs, le bilinguisme occupe une place de choix dans les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs africains et son influence sur l\u2019enseignement\/apprentissage des jeunes n\u2019est pas \u00e0 n\u00e9gliger.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la mise en place de pratiques enseignantes en milieu universitaire vise explicitement le d\u00e9veloppement d\u2019une comp\u00e9tence m\u00e9talinguistique qui va au-del\u00e0 de l\u2019acquisition d\u2019une langue en particulier. La pratique du bilinguisme requiert des approches plurielles (Candelier, 2008; De Pietro, 2008). Si l\u2019\u00e9veil aux langues commence \u00e0 trouver une place de choix dans les universit\u00e9s \u00e0 partir des cadres de collaborations men\u00e9es entre enseignant\u00b7e\u00b7s, chercheurs et chercheuses, la question des choix p\u00e9dagogiques et didactiques des alternances n\u2019en est qu\u2019au stade de la r\u00e9flexion chez les chercheurs et chercheuses dans les universit\u00e9s africaines. Selon les auteurs comme Anderson <em>et al<\/em>., (2010), Alby (2009), Alby et Launey (2007), L\u00e9glise et Puren (2005), la reproduction de la co-pr\u00e9sence des langues dans la classe devrait, \u00e0 terme, permettre de d\u00e9velopper de nouveaux mod\u00e8les didactiques (Moore, 1996; Gajo et Mondada, 2000).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans certaines universit\u00e9s tchadiennes (Ab\u00e9ch\u00e9, Mongo par exemple), la pratique du bilinguisme est quasi absente. Les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses s\u2019enferment dans leur langue premi\u00e8re, les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s se \u00ab d\u00e9brouillent \u00bb. Selon nos observations, pour beaucoup d\u2019\u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s arabophones fra\u00eechement venus du niveau secondaire, faire un cours de math\u00e9matiques, de biochimie ou d\u2019anthropologie en arabe ou en fran\u00e7ais est parfois g\u00eanant selon qu\u2019ils sont francophones ou arabophones. \u00c0 l\u2019universit\u00e9, exception faite des enseignements de langues au sein de certaines fili\u00e8res, les deux cat\u00e9gories suivent les cours ensemble.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, la diversit\u00e9 grandissante au sein des universit\u00e9s a stimul\u00e9 des r\u00e9flexions nouvelles en ce qui concerne la mission du bilinguisme ainsi qu\u2019un questionnement critique des approches d\u2019enseignement dominantes li\u00e9es aux contextes \u00e9ducatifs. La recherche sur les pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses repr\u00e9sente un volet important dans l\u2019\u00e9volution des pratiques p\u00e9dagogiques et didactiques. Il convient plus que jamais d\u2019insister sur les faits, abondamment attest\u00e9s par la sociolinguistique\u00a0: une langue ne se maintient que si son utilit\u00e9 et son prestige sont assur\u00e9s dans les institutions, comme les universit\u00e9s. Par cons\u00e9quent, chaque fois qu\u2019une langue perd sa primaut\u00e9 sur le plan social et institutionnel au profit d\u2019autres langues, par exemple en tant que langue d\u2019enseignement \u00e0 l\u2019universit\u00e9, l\u2019une ou l\u2019autre langue s\u2019en trouve affaiblie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Tchad, les recherches men\u00e9es depuis 2007, comme celles d\u2019Alio (2003, 2007) mettent en relief le potentiel d\u2019une p\u00e9dagogie ciblant la forme dans les contextes \u00e9ducatifs particuliers de la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement. Elles ont permis entre autres de mettre en \u00e9vidence des probl\u00e9matiques p\u00e9dagogiques importantes, et ont eu un impact significatif sur notre compr\u00e9hension du niveau des pratiques enseignantes dans les universit\u00e9s. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, dans les universit\u00e9s au Tchad, une \u00e9tude men\u00e9e par Guitembaye (2018) a montr\u00e9 que les pratiques p\u00e9dagogiques enseignantes dans la seconde langue qui est l\u2019arabe litt\u00e9raire, 40,71 % des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u00e9veloppent des pratiques p\u00e9dagogiques autarciques qui ne leur permettent pas d\u2019enseigner convenablement dans les deux langues. C\u2019est la raison pour laquelle les enseignant\u00b7e\u00b7s ne r\u00e9sument pas leurs cours dans la premi\u00e8re langue d\u2019apprentissage. Ce taux se fonderait sur les difficult\u00e9s qu\u2019\u00e9prouvent les enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones, par exemple, en conciliant un enseignement dans les deux langues, surtout en fran\u00e7ais auquel ils semblent ne pas accorder de valeur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des auteurs comme Al-Habo (2004) Alidou, Hassana et Garba Maman (2003), Alio (2007), Aminata (2013) ont montr\u00e9 que l\u2019arabe tchadien est la langue d\u2019\u00e9ducation des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s au sein de leurs familles. Cette langue a tendance \u00e0 influencer la pratique du bilinguisme dans leurs enseignements \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Dans un monde globalis\u00e9, le bilinguisme (arabe-fran\u00e7ais par exemple) est devenu une capacit\u00e9 indispensable pour s\u2019\u00e9panouir dans le monde du XXIe si\u00e8cle. Enseigner dans deux langues suppos\u00e9es \u00e9trang\u00e8res permet, dans une certaine mesure, de d\u00e9velopper leurs comp\u00e9tences \u00e0 mieux comprendre l\u2019autre, \u00e0 s\u2019ouvrir sur le monde. Ce qui n\u00e9cessite aussi une r\u00e9flexion sur le cadre formatif des enseignant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bilinguisme, formation initiale et pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses : r\u00e9alit\u00e9 ou utopie?<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019objectif de toute formation d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s est de permettre \u00e0 ces dernier\u00b7e\u00b7s de saisir toutes les composantes de la situation dans laquelle il est impliqu\u00e9 avec ses apprenants, et trouver l\u2019attitude de r\u00e9ponse la plus adapt\u00e9e (Postic, 2001). Tout enseignant\u00b7e\u00b7 se doit donc d\u2019avoir une vraie connaissance de ses apprenants et apprenants, de leurs acquis ant\u00e9rieurs, afin de pouvoir r\u00e9pondre avec pertinence \u00e0 leurs besoins et de mettre en place un enseignement qui leur soit adapt\u00e9. Il existe \u00e0 l\u2019heure actuelle dans les pays du Sud, tant de la part des chercheurs et chercheuses que des acteurs et actrices de l\u2019\u00e9ducation, un int\u00e9r\u00eat croissant pour la question du bilinguisme dans les actions \u00e9ducatives.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les universit\u00e9s tchadiennes, si les enseignant\u00b7e\u00b7s doivent bien \u00e9videmment ma\u00eetriser le fran\u00e7ais et l\u2019arabe, plac\u00e9s au c\u0153ur de l\u2019enseignement\/apprentissage. Ils ou elles doivent aussi apprendre \u00e0 enseigner dans une soci\u00e9t\u00e9 plurilingue. Mais cet objectif n\u2019est que rarement explicite parmi ceux qui sont habituellement identifi\u00e9s par le Minist\u00e8re de l\u2019Enseignement Sup\u00e9rieur au Tchad. Ce qui induit des effets sur les pratiques enseignantes, car si les enseignant\u00b7e\u00b7s ont \u00e0 travailler dans ce sens, il convient de les y former (De Goumo\u00ebns, 1997).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 un int\u00e9r\u00eat croissant pour la question du plurilinguisme de la part des institutions d\u2019enseignement, \u00e0 travers le monde, qui s\u2019accordent aujourd\u2019hui \u00e0 constater la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une adaptation \u00e0 un environnement plurilingue, il reste encore beaucoup \u00e0 faire, et notamment dans le domaine de la formation des enseignant\u00b7e\u00b7s o\u00f9 historiquement, comme le rappelle Lopez (1995, p. 25), \u00ab la formation de professionnels amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de l\u2019\u00e9ducation bilingue a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme non prioritaire \u00bb. Il incombe donc aujourd\u2019hui \u00e0 ces institutions de repenser cette formation afin d\u2019am\u00e9liorer la capacit\u00e9 des enseignant\u00b7e\u00b7s \u00e0 enseigner dans des contextes plurilingues (Gagliardi, 1995).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La formation des enseignant\u00b7e\u00b7s bilingues constitue l\u2019un des principaux d\u00e9fis de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur bilingue au Tchad. On ne saurait exiger une formation approfondie de linguistes ou d\u2019anthropologues, mais on doit faciliter aux enseignant\u00b7e\u00b7s l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un certain nombre de connaissances qui leur permettent d\u2019\u00e9voluer dans les meilleures conditions possibles. Chaque enseignant\u00b7e pourra mettre en pratique ses comp\u00e9tences professionnelles pour trouver de mani\u00e8re souple et diversifi\u00e9e les moyens de sortir de telle ou telle situation. Au Tchad, la question de la langue p\u00e8se sur l\u2019ensemble des enseignements, et ce, jusqu\u2019au niveau sup\u00e9rieur, o\u00f9 les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses se plaignent des difficult\u00e9s qu\u2019ils \u00e9prouvent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut le dire avec force que le profil des enseignant\u00b7e\u00b7s dans les universit\u00e9s semble bien loin de ce que l\u2019on pourrait attendre d\u2019eux et elles par rapport au contexte dans lequel ils et elles \u00e9voluent. Selon Gagliardi (1995), dans la plupart des situations d\u2019enseignement en contextes plurilingues comme ceux d\u2019Afrique, il y a, de mani\u00e8re syst\u00e9matique, des lacunes \u00e0 ce niveau chez les acteurs et actrices de l\u2019\u00e9ducation. Certes, on ne trouve que peu d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s, \u00e0 l\u2019heure actuelle, qui se d\u00e9clarent totalement hostiles \u00e0 la prise en compte de la langue des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s dans le contexte universitaire; la plupart se d\u00e9clarent d\u2019ailleurs favorables \u00e0 celle-ci. Or, il est attest\u00e9 dans un certain nombre de travaux (Hamers et Blanc, 1983) que les attitudes de l\u2019entourage de l\u2019enfant vis-\u00e0-vis des langues de son r\u00e9pertoire et de son bi- ou plurilinguisme ont une profonde incidence sur son d\u00e9veloppement bi- ou plurilingue. Ainsi, dans la mesure o\u00f9 l\u2019enseignant\u00b7e occupe une place fondamentale dans le r\u00e9seau social de l\u2019enfant (De Goumo\u00ebns, 1997), son attitude concernant sa (ses) langue(s) et son bi- ou plurilinguisme doit faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9flexion et d\u2019une formation dans le cadre de sa professionnalisation en formation initiale ou en formation continue.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette recherche avait pour objectif g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00e9tudier l\u2019influence du bilinguisme sur les pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses dans les universit\u00e9s au Tchad. Il \u00e9tait question pour nous d\u2019analyser, \u00e0 travers des contextes multilingues et multiculturels, la pratique du bilinguisme dans les universit\u00e9s au Tchad.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme des analyses, nos r\u00e9sultats corroborent ceux des \u00e9crits portant sur l\u2019influence du bilinguisme en rapport avec les pratiques enseignantes intervenant dans les universit\u00e9s tchadiennes. Nous avons montr\u00e9 que la pratique du bilinguisme telle que mise en exergue dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif en g\u00e9n\u00e9ral, et dans les universit\u00e9s en particulier, s\u2019inscrit dans une \u00e9volution constante permettant aux enseignant\u00b7e\u00b7s de pouvoir partager des connaissances \u00e0 travers des langues de mani\u00e8re optimale. En outre, il nous a sembl\u00e9 n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer un certain nombre de facteurs en tant que variables essentielles \u00e0 inclure dans les pratiques enseignantes en milieu universitaire; ceux-ci ayant trait aux enjeux, \u00e0 la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement, aux pratiques p\u00e9dagogiques des et \u00e0 la formation initiale des enseignant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces diff\u00e9rentes variables nous ont permis de mieux cerner l\u2019application du bilinguisme par les enseignant\u00b7e\u00b7s. En plus, nous avons \u00e9galement mis en relief des consid\u00e9rations p\u00e9joratives qui d\u00e9finissent le revers de la pratique du bilinguisme et voilent encore son effectivit\u00e9 dans les universit\u00e9s. Bien que notre analyse n\u2019ait pas port\u00e9 sur des pratiques effectives du bilinguisme, nous avons men\u00e9 une r\u00e9flexion qui a pris en compte juste quelques variables plus ou moins importantes qui sous-tendent le bilinguisme en milieu universitaire. Certes, les variables que nous avons utilis\u00e9es peuvent refl\u00e9ter des contextes dans lesquels de nombreux enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses francophones ou arabophones tchadien\u00b7ne\u00b7s pourraient se retrouver.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Al-Habo, Mahamat Ahamat. 2004. Bilinguisme, o\u00f9 en sommes-nous?. <em>Carrefour<\/em>, 27, 28-30.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alby, Sophie.2009. La formation des enseignants dans le contexte guyanais. Dans Vernaudon et Fillol (dir.), <em>Vers une \u00e9cole plurilingue dans les collectivit\u00e9s fran\u00e7aises d\u2019Oc\u00e9anie et de Guyane <\/em>(p.\u00a0225-250). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alby, Sophie et Launey, Michel. 2007. Former des enseignants dans un contexte plurilingue et pluriculturel. Dans, L\u00e9glise et Migge (dir.), <em>Pratiques et repr\u00e9sentations linguistiques en Guyane\u00a0: regards crois\u00e9s<\/em> (p. 317-348). Paris\u00a0: IRD Editions.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alby, Sophie et L\u00e9glise, Isabelle. 2014. Politiques linguistiques \u00e9ducatives en Guyane. Quels droits linguistiques pour les \u00e9l\u00e8ves allophones?. Dans Nocus, Vernaudon et Paia,<em> Apprendre plusieurs langues, plusieurs langues pour apprendre\u00a0: l\u2019\u00e9cole plurilingue en Outre-mer<\/em> (p.\u00a0271-296). Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes. Halshs-00990950.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alidou, Hassana et Mallam, Garba Maman. 2003. <em>\u00c9valuation et enseignements des exp\u00e9riences d\u2019utilisation des langues africaines comme langues d\u2019enseignement<\/em>. Document d\u2019appui, biennale de l\u2019ADEA, Niamey.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alio, kalil. 2007. L\u2019\u00e9ducation bilingue au Tchad. De la th\u00e9orie \u00e0 la pratique.<em> Travaux de Linguistique Tchadienne,<\/em> 10, 23-38.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aminata, Diop. 2013. <em>La diffusion du fran\u00e7ais au Tchad\u00a0: les centres d\u2019apprentissage pour arabophones.<\/em> Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anderson, Jim, Helot, Christine., Mcpake, Joanna, Obied, Vicky. 2010. Formation professionnelle du personnel travaillant dans les \u00e9coles multilingues. <em>\u00c9tudes et Ressources<\/em>, 5. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.coe.int\/t\/DG4\/linguistic\/Source\/Source2010_ForumGeneva\/5 FormationProfStaff_fr.pdf\">http:\/\/www.coe.int\/t\/DG4\/linguistic\/Source\/Source2010_ForumGeneva\/5 FormationProfStaff_fr.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Arditi, Claude. 2003. Le Tchad et le monde arabe\u00a0: essai d\u2019analyse des relations commerciales de la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale \u00e0 aujourd\u2019hui. <em>Afrique contemporaine, <\/em>207, 185-198.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Association pour le D\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9ducation en Afrique.1996, August. <em>A Synopsis of Research Findings on Languages of Instruction and their Policy Implications for Education in Africa. (Working Group on Education Research and Policy Analysis).<\/em> Working Paper for the Meeting of African Ministers of Education and the Seminar on Languages of Instruction, Accra, Ghana.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Banque Mondiale. 2007. <em>Le Syst\u00e8me \u00e9ducatif tchadien. El\u00e9ments de diagnostic pour une politique \u00e9ducative nouvelle et une meilleure efficacit\u00e9 de la d\u00e9pense publique<\/em>. Document de travail n\u00b0110, Banque Mondiale, le d\u00e9veloppement humain en Afrique.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 2008.\u00a0Obsc\u00e9nit\u00e9 franco-tchadienne. <em>Le Monde<\/em>, 28 f\u00e9vrier, 15-27.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beacco, Jean-Claude et V\u00e9ronique, Daniel. 2005. Cultures linguistiques, \u00e9ducatives et didactiques\u00a0: parcours d\u2019une notion et perspectives de recherche. Dans Beacco, Jean-Claude, Chiss, Jean-Louis, Cicurel, F. et Daniel V\u00e9ronique (dir.), <em>Les Cultures \u00e9ducatives et linguistiques dans l\u2019enseignement des langues<\/em> (p. 269-276). Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bennafla, Karine. 2000. Tchad\u00a0: l\u2019appel des sir\u00e8nes arabo-islamiques. <em>Autrepart<\/em>, 16, 67-86.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Candelier, Michel. 2008. Approches plurielles, didactiques du plurilinguisme\u00a0: le m\u00eame et l\u2019autre. <em>Les Cahiers de l\u2019ACEDLE<\/em>, 5(<em>1<\/em>), 65-90.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Castellotti, V\u00e9ronique et Moore, Dani\u00e8le. 2005. R\u00e9pertoires pluriels, culture m\u00e9talinguistique et usages d\u2019appropriation. Dans Dans Beacco, Jean-Claude, Chiss, Jean-Louis, Cicurel, F. et Daniel V\u00e9ronique (dir.), <em>Les Cultures \u00e9ducatives et linguistiques dans l\u2019enseignement des langues<\/em> (p. 107-132). Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Causa, Mariella, Weber, Corinne et Evelyne Rosen. 2007. <em>Le Fran\u00e7ais dans le monde<\/em>, 41. Formation initiale en fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re\u00a0: actualit\u00e9 et perspectives. 191\u00a0p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centre AL-Mouna. 1998. Tchad\u00a0: contentieux linguistique arabe-fran\u00e7ais, <em>Actes du colloque de d\u00e9cembre 1997<\/em>. N\u2019Dja.m\u00e9na\u00a0: Centre Al-Mouna.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chidi, Abderaman Dadi. 2019. L\u2019application du bilinguisme officiel arabe-fran\u00e7ais au Tchad. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">De Goumo\u00ebns, Claire. 1997. Regards pluriels sur le bilinguisme. Les repr\u00e9sentations sociales du bilinguisme chez des enseignants d'\u00e9cole enfantine en Suisse romande. Dans Lefebvre et Hily (dir.), <em>Les Situations plurilingues et leurs enjeux <\/em>(p.\u00a0342-357). Paris-Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">De Pietro, Jean Fran\u00e7ois. 2008. <em>L\u2019\u00c9veil aux langues. Begegung mit sprachen \/ Language Awareness \/ Educazione linguistica<\/em>. Communication pr\u00e9sent\u00e9e au s\u00e9minaire. Amsterdam. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.coe.int\/t\/dg4\/linguistic\/Source\/Pietro_Amsterdam.doc\">http:\/\/www.coe.int\/t\/dg4\/linguistic\/Source\/Pietro_Amsterdam.doc<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Djarangar, Djita Issa. 1998. De l\u2019introduction des langues nationales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif au Tchad\u00a0: quelques aspects techniques. Dans <em>Actes du colloque sur l\u2019introduction des langues nationales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif tchadien<\/em> (p.\u00a030-53). Darda, R\u00e9publique du Tchad et Association SIL.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Djihouessi<\/em><em>,<\/em> Blaise Coovi et <em>Da Cruz,<\/em> Maxime. 2014. Choix des langues de scolarisation en contexte multiculturel : cas de l\u2019Afrique francophone. <em>Lettres, Langues et linguistique<\/em>, 0(0), 8-9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Doutoum, Adoum. 2006. <em>Ethnies, langues, religions<\/em>. Paris\u00a0: Les \u00e9ditions J.A.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Duverger, Jean. 2005. <em>Enseignement en classe bilingue<\/em>. Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Edivanda, Mugrabi. 2010<em>. Pour un bilinguisme \u00e9quilibr\u00e9 dans les \u00e9coles\u00a0: exp\u00e9riences bilingues en Afrique francophone<\/em>. Communication pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Table ronde du XXIe Sommet de la Francophonie. Montreux.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fournier, Mathieu. 1998. Une exp\u00e9rience p\u00e9dagogique dans le Moyen-Chari au Tchad. <em>Travaux de Linguistique Tchadienne<\/em>, 3, 5-12.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dumont, Ren\u00e9. 1990. L\u2019Afrique noire est-elle perdue?. <em>Monde diplomatique<\/em>, 23.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gagliardi, Ra\u00fal. 1995. Des \u00e9l\u00e8ves bilingues en classe. <em>Revue internationale d\u2019\u00e9ducation de S\u00e8vres<\/em>, 7, 87-94.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gajo, Laurent et Mondada, Lorenza. 2000. <em>Interactions et acquisitions en contexte. Modes d\u2019appropriation de comp\u00e9tences discursives plurilingues par de jeunes immigr\u00e9s<\/em>. Fribourg\u00a0: Editions Universitaires Fribourg Suisse.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Hamers<\/em>, Josiane et <em>Blanc, <\/em>Michel. 1983. <em>Bilingualit\u00e9 et bilinguisme<\/em>. Bruxelles\u00a0: Mardaga.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jasor, Ingrid. 2018. Le bilinguisme fran\u00e7ais-cr\u00e9ole au service de l'apprentissage d'une nouvelle langue vivante en Guadeloupe\u00a0: l'exemple de l'anglais au c\u0153ur de la didactique int\u00e9gr\u00e9e des langues. M\u00e9moire, ESPE Guadeloupe-Ecole sup\u00e9rieure du Professorat et de l\u2019\u00e9ducation, Acad\u00e9mie de Guadeloupe.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenti, Thierry et Savoie-Zajc, Lorraine. 2000. Vers une formation globale \u00e0 la recherche. Dans Thierry, Karsenti et Lorraine, savoie-Zajc. Dans <em>Introduction \u00e0 la recherche en \u00e9ducation<\/em> (p.\u00a07-15). Qu\u00e9bec\u00a0: Les \u00c9ditions du CRP.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenti, Thierry et Savoie-Zajc, Lorraine. 2000. <em>Introduction \u00e0 la recherche en \u00e9ducation<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: CRP.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koko, Abderamane et Dewa, Goloum. 2001. Tchad. Dans <em>R\u00e9forme des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs et r\u00e9formes curriculaires<\/em>. UNESCO, en ligne <a href=\"http:\/\/www.ibe.unesco.org\/curriculum\/AfricaPdf\/IItchad\">http:\/\/www.ibe.unesco.org\/curriculum\/AfricaPdf\/IItchad<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">L\u00e9glise, Isabelle et Puren, Laurent. 2005. Usages et repr\u00e9sentations linguistiques en milieu scolaire guyanais. <em>Univers Cr\u00e9oles<\/em>, 5, 67-90.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moore, Daniel. 1996. Bou\u00e9es transcodiques en situation immersive ou comment interagir avec deux langues quand on apprend une langue \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole. <em>AILE, <\/em>7, 95-121.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngarsou, Voudina. 2013. La traduction p\u00e9dagogique et le bilinguisme fran\u00e7ais-anglais au Tchad\u00a0: utopie ou r\u00e9alit\u00e9?. <em>\u00c9ducation et soci\u00e9t\u00e9s plurilingues<\/em>, 34, 79-90.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mondada, Lorrenzo. 2000. La comp\u00e9tence de cat\u00e9gorisation\u00a0: proc\u00e9d\u00e9s situ\u00e9s de cat\u00e9gorisation des ressources linguistiques. Daans Martinez et Pekarek Doehler (dir.), <em>Notions en question\u00a0: les<\/em> <em>contacts de langues en didactique <\/em>(p.\u00a0123-138). Paris\u00a0: Didier Erudition.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nomaye, Madana. 2001. <em>Les Politiques \u00e9ducatives au Tchad<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piolat, Annie. 2004. La prise de notes\u00a0: \u00e9criture de l\u2019urgence. Dans Annie Piolat (dir.), <em>\u00c9criture. Approches en sciences cognitives <\/em>(p.\u00a0205-229). Aix-en-Provence\u00a0: Presses universitaires de Provence.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Postic, Marcel. 2001. La relation \u00e9ducative. Paris\u00a0: PUF<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Puren, Laurent. 2005. Enseignement et bilinguisme dans les \u00e9coles du haut Maroni. <em>Ethnies<\/em>, 31-32, 89-101.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Radi, Marco. 2002. <em>\u00c9ducation et formation au Tchad\u00a0:<\/em> <em>recueil d\u2019\u00e9tudes th\u00e9matiques, Politiques et strat\u00e9gies d\u2019\u00e9ducation<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000127413\">https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000127413<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Simbagoye, Athanase et Sow-Barry, A\u00efssatou. 1997. L\u2019\u00e9ducation en fran\u00e7ais aupr\u00e8s de groupes minoritaires \u00e0 travers le monde. <em>Revue des sciences de l\u2019\u00e9ducation<\/em>, 23(3), 665-682.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Trezeux, Guy. 1995. Enseignement bilingue et politique linguistique. <em>Revue internationale d'\u00e9ducation de S\u00e8vres, <\/em>07. En ligne\u00a0: http:\/\/journals.openedition.org\/ries\/3972 DOI: 10.4000\/ries.3972<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNESCO. 2012. <em>Plan d\u2019action national d\u2019alphab\u00e9tisation du Tchad (2012-2015)<\/em>. Paris\u00a0: UNESCO.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mackey, William Fancis, 1997. Bilinguisme. Dans Marie-Louise Moreau (dir.), <em>Sociolinguistique\u00a0: les concepts de base<\/em>. Bruxelles : Mardaga.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, au Tchad, la pratique des langues dans l\u2019\u00e9ducation diff\u00e8re beaucoup de celle mise en place il y a quelques d\u00e9cennies. Les langues d\u2019enseignement\/apprentissage aux prises avec les langues nationales, les langues vernaculaires et les langues \u00e9trang\u00e8res s\u2019imposent difficilement comme langue des sciences. Ce qui met au-devant des pratiques des enseignants, l\u2019\u00e9pineuse \u00e9quation de l\u2019\u00e9mergence du bilinguisme \u00e0 diff\u00e9rents paliers \u00e9ducatifs. Il est question dans cet article d\u2019\u00e9tudier \u00e0 travers la probl\u00e9matique des contextes multilingues et multiculturels, ainsi que du choix des langues d\u2019enseignement, l\u2019influence de la pratique du bilinguisme sur les enseignants-chercheurs et les enseignantes-chercheuses dans les universit\u00e9s au Tchad. Dans ce cadre, nous avons effectu\u00e9 une recherche de type documentaire conduite en 2 \u00e9tapes. L\u2019analyse a pass\u00e9 en revue un certain nombre de facteurs essentiels en rapport avec le bilinguisme et inh\u00e9rents aux pratiques enseignantes en milieu universitaire, notamment les enjeux de la pratique du bilinguisme, la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement, les pratiques p\u00e9dagogiques des enseignants-chercheurs et des enseignantes-chercheuses, la formation initiale des enseignant\u00b7e\u00b7s des universit\u00e9s au Tchad. Il ressort de l\u2019analyse que la pratique du bilinguisme est une r\u00e9alit\u00e9 complexe qui influe sur l\u2019enseignement en milieu universitaire. Ce qui d\u00e9note l\u2019existence des poches de r\u00e9sistance qui d\u00e9finissent le revers de la pratique du bilinguisme en voilant encore son effectivit\u00e9. Ce faisant, il est indiqu\u00e9 de red\u00e9finir un cadre normatif qui tient compte davantage de la place du bilinguisme int\u00e9gral dans les pratiques p\u00e9dagogiques et didactiques des enseignants-chercheurs et des enseignantes-chercheuses dans une perspective d\u2019am\u00e9lioration de l\u2019enseignement\/apprentissage en contextes \u00e9ducatifs universitaires.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/bilinguisme\/\">bilinguisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/langue-denseignement\/\">langue d\u2019enseignement<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/pratique-denseignement\/\">pratique d\u2019enseignement<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/tchad\/\">Tchad<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/universite\/\">universit\u00e9<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">In Chad today, the use of languages in education is very different from that implemented a few decades ago. Teaching \/ learning languages grappling with national languages, vernacular languages and foreign languages have difficulty establishing themselves as the language of science. This brings to the fore the practices of teachers, the thorny equation of the emergence of bilingualism at different educational levels. This article aims to study, through the issue of multilingual and multicultural contexts as well as the choice of languages of instruction, the influence of the practice of bilingualism on teacher-researchers in universities in Chad. In this context, we carried out a documentary-type research carried out in two stages. The analysis reviewed a number of essential factors related to bilingualism and inherent in teaching practices in universities, in particular the challenges of the practice of bilingualism, mastery of the languages of instruction, the teaching practices of teacher-researchers and initial training for university teachers in Chad. The analysis shows that the practice of bilingualism is a reality that influences teaching in universities. This indicates the existence of pockets of resistance which define the flip side of the practice of bilingualism while further obscuring its effectiveness. In doing so, it is advisable to redefine a normative framework that takes more account of the place of full bilingualism in the pedagogical and didactic practices of teacher-researchers with a view to improving teaching \/ learning in university educational contexts.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/bilingualism\/\">bilingualism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/chad\/\">Chad<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/teaching-language\/\">teaching language<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/teaching-practice\/\">teaching practice<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/university\/\">university<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>11 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>14 janvier 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis la Conf\u00e9rence d\u2019Addis-Abeba de 1961, la plupart des pays d\u2019Afrique francophone subsaharienne ont choisi les langues d\u2019enseignement\/apprentissage \u00e0 diff\u00e9rents paliers \u00e9ducatifs dans le but de r\u00e9soudre les multiples difficult\u00e9s scolaires. Les options op\u00e9r\u00e9es ont, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, anim\u00e9 de fa\u00e7on permanente les contextes en \u00e9voquant les questions li\u00e9es au bilinguisme (Al-Habo, 2004; Djarangar, 1998; Koko et Dewa, 2001). En effet, les pays qui ont essay\u00e9 d&rsquo;introduire les langues nationales dans leur syst\u00e8me \u00e9ducatif ne semblent pas avoir donn\u00e9 les r\u00e9sultats attendus (Simbagoye et Sow-Barry, 1997). Selon ces auteurs, cet \u00e9tat de fait, parmi d\u2019autres facteurs, a conduit les acteurs et les actrices de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 modifier leurs diff\u00e9rentes r\u00e9formes \u00e9ducatives en r\u00e9introduisant le fran\u00e7ais comme langue d&rsquo;enseignement\/apprentissage. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles dans les pays d\u2019Afrique au sud du Sahara, de plus en plus, la langue fran\u00e7aise se voit accorder un statut particulier dans la mesure o\u00f9 elle est la langue d\u2019enseignement par excellence, malgr\u00e9 les r\u00e9formes en faveur de la promotion des langues nationales dans l\u2019\u00e9ducation scolaire (Djihouessi et Da Cruz, 2014). Ceci a occasionn\u00e9 l\u2019impl\u00e9mentation dans les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs des pays d\u2019Afrique francophone une sorte de pratique du bilinguisme apparent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le bilinguisme d\u00e9signe, pour un individu ou une communaut\u00e9, l\u2019usage de deux langues. Le bilinguisme peut \u00eatre compris comme l\u2019utilisation courante par un individu de deux langues \u00e0 un degr\u00e9 de comp\u00e9tence. Il est donc l\u2019\u00e9tat linguistique dans lequel les individus, en s\u2019exprimant, sont conduits \u00e0 utiliser alternativement, selon les milieux ou les contextes, deux ou plusieurs langues diff\u00e9rentes<a class=\"footnote\" title=\"On notera que certain\u00b7e\u00b7s auteurs et autrices restreignent l\u2019utilisation de bilinguisme \u00e0 la pratique de deux langues, et pr\u00e9f\u00e9reront parler, dans les autres cas, de trilinguisme, de quadrilinguisme, de plurilinguisme. Voir Mackey (1997, p. 61).\" id=\"return-footnote-139-1\" href=\"#footnote-139-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. C\u2019est \u00e9galement la pratique de deux langues par un m\u00eame individu ou une collectivit\u00e9 (Jasor, 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, depuis plusieurs d\u00e9cennies, la communaut\u00e9 scientifique a aliment\u00e9 selon Jasor (2018) des r\u00e9flexions autour du bilinguisme en essayant de mettre en avant non seulement la complexit\u00e9 \u00e0 le d\u00e9finir, mais aussi la grande diversit\u00e9 des perceptions auxquelles il est associ\u00e9. Pour cette autrice, la pr\u00e9sence de deux langues r\u00e9f\u00e8re en principe \u00e0 diff\u00e9rentes mani\u00e8res selon qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un bilinguisme pr\u00e9coce ou adulte, successif ou simultan\u00e9, actif ou passif, additif ou soustractif. \u00c0 cela s\u2019ajoutent les nouvelles visions telles que d\u00e9crites dans le cadre africain commun de r\u00e9f\u00e9rences pour les langues (Jasor, 2018). Aujourd\u2019hui, selon Trezeux (1995), l\u2019enseignement bilingue est pr\u00e9sent non seulement sur tous les continents, mais aussi dans les pays membres de la francophonie, et notamment en Afrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Tchad fait partie des pays qui appartiennent aujourd\u2019hui \u00e0 la fois aux espaces arabophone et francophone. En plus, la diversit\u00e9 de ses populations lui imprime une complexit\u00e9 linguistique plus grande. Les s\u00e9quelles de la colonisation ont laiss\u00e9 des marques ind\u00e9l\u00e9biles telles qu\u2019elles s\u2019expriment dans les vies sociales, \u00e9conomiques, politiques et surtout \u00e9ducatives (Aminata, 2013; Djarangar, 1998). Tout en tenant compte du contexte multiculturel local, le syst\u00e8me \u00e9ducatif et p\u00e9dagogique tchadien, en l\u2019occurrence, reste proche du mod\u00e8le fran\u00e7ais et en est tr\u00e8s influenc\u00e9, m\u00eame apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de l\u2019arabe comme deuxi\u00e8me langue officielle (Aminata, 2013). Il y a une r\u00e9alit\u00e9 incontournable selon laquelle la langue arabe s\u2019est grandement impos\u00e9e comme langue des sciences (UNESCO, 2012). De plus en plus, dans les universit\u00e9s, l\u2019\u00c9tat accorde un traitement de choix \u00e0 l\u2019enseignement du fran\u00e7ais tout en privil\u00e9giant celui de l\u2019arabe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, bien que le bilinguisme soit apparu comme un ph\u00e9nom\u00e8ne digne d\u2019int\u00e9r\u00eat dans l\u2019enseignement\/apprentissage, le syst\u00e8me \u00e9ducatif universitaire du Tchad continue de mettre en difficult\u00e9 les enseignant\u00b7e\u00b7s (ADEA, 1996). Certains d\u2019entre eux et elles d\u00e9veloppent des attitudes et comportements de r\u00e9ticence vis-\u00e0-vis de leurs coll\u00e8gues qui enseignent dans d\u2019autres langues que les leurs. Cet aspect joue sur les aspirations et les performances intellectuelles et professionnelles des enseignant\u00b7e\u00b7s. L\u2019impact en est, selon Nomaye <em>et al.<\/em> (2001), la transformation des rapports sociaux dans l\u2019enseignement en milieux \u00e9ducatifs. Aminata (2013), dans son analyse mentionne l\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 des situations d\u2019enseignement bilingue fran\u00e7ais\/arabe dans l\u2019enseignement au Tchad. Pour cette autrice, il existe un seul d\u00e9nominateur commun qui met en relief deux registres linguistiques qu\u2019on ne devrait pas omettre quand on parle de la question de l\u2019enseignement dans les universit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, l\u2019int\u00e9r\u00eat que repr\u00e9sentent le fran\u00e7ais et l\u2019arabe au niveau universitaire laissent entrevoir l\u2019existence d\u2019un bilinguisme sans pr\u00e9c\u00e9dent qui appelle une relation tr\u00e8s r\u00e9ciproque entre les diff\u00e9rents locuteurs des langues d\u2019enseignement\/apprentissage (Aminata, 2013). C\u2019est dans cette perspective que nous nous posons la question de savoir comment le bilinguisme au Tchad tel que pratiqu\u00e9 dans les universit\u00e9s peut-il influencer les pratiques des enseignants-chercheurs et des enseignantes-chercheuses? L\u2019objectif poursuivi par cet article est d\u2019\u00e9tudier l\u2019influence du bilinguisme sur les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones et francophones dans les universit\u00e9s du Tchad.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous \u00e9voquerons quelques caract\u00e9ristiques socio-\u00e9ducatives et linguistiques du Tchad avant de proposer une analyse holistique qui passera en revue les facteurs essentiels en rapport avec le bilinguisme et inh\u00e9rents aux pratiques enseignantes en milieu universitaire. Il s\u2019agira de mettre en exergue les enjeux, la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement, les pratiques p\u00e9dagogiques et la formation des enseignant\u00b7e\u00b7s des universit\u00e9s au Tchad.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le Tchad : entre historicit\u00e9, diversit\u00e9 <\/strong><strong>ethnolinguistique et \u00e9ducation<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Tchad appartient aujourd\u2019hui, non seulement aux espaces arabophone et francophone, mais aussi anglophone. La diversit\u00e9 de ses populations lui imprime donc une complexit\u00e9 linguistique plus grande. Indiscutablement arabophone, le Tchad reste sous l\u2019influence francophone, \u00e0 l\u2019instar de ses voisins africains anciennement colonis\u00e9s par la France (Radi, 2002). Le Tchad est un pays de l\u2019Afrique Centrale \u00e9tendu sur 1,2 million de kilom\u00e8tres carr\u00e9s. Il est limit\u00e9 au Nord par la Libye, \u00e0 l\u2019Est par le Soudan, au Sud par la R\u00e9publique Centrafricaine, au Sud-ouest par le Cameroun et par le Nigeria, \u00e0 l\u2019Ouest par le Niger. Ce vaste pays est situ\u00e9 dans une zone qui partage l\u2019Afrique arabe et l\u2019Afrique noire (UNESCO, 2012). Sur le plan ethnique, le Tchad est compos\u00e9 de nombreux groupes. Selon Doutoum (2006), les 12 principaux sont les Arabes (12,3 %), les Baguirmiens (1,5 %), les Fitri Batha (4,7 %), les Goranes (6,3 %), les Hadjarai (6,7 %), les Kanem-Bornou (9 %), les Iro (0,5 %), les Mayo-K\u00e9bbi (11,5 %), les Ouaddai (8,7 %), les Peuls (2,4 %), les Sara (27,7 %), les Tandjil\u00e9 (6,5 %).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La diversit\u00e9 linguistique est l\u2019une des caract\u00e9ristiques de la population tchadienne. On compte trois grandes familles linguistiques\u00a0: la famille chamito-s\u00e9mitique, la famille nilo-saharienne et la famille nig\u00e9ro-congolaise). Seules 18 des 130 langues sont parl\u00e9es par 50 000 locuteurs ou plus. En effet, la plupart des langues de ce pays ne sont donc parl\u00e9es que par un petit nombre de locuteurs. Cette grande diversit\u00e9 linguistique impose au Tchad certaines contraintes \u00e9ducatives (Doutoum, 2006).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s son ind\u00e9pendance en 1960, le Tchad, avec plus de 100 groupes ethnolinguistiques, choisit le fran\u00e7ais comme langue officielle (Banque Mondiale, 2007). Ce n\u2019est qu\u2019en 1983 que l\u2019arabe devient la deuxi\u00e8me langue officielle. C\u2019est ainsi que le bilinguisme arabe\/fran\u00e7ais prend forme et constitue l\u2019un des maillons essentiels de la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 tchadienne. Toutefois, selon Aminata (2013), le fran\u00e7ais est rest\u00e9 la langue la plus parl\u00e9e de mani\u00e8re quasi exclusive dans l\u2019administration. D\u2019apr\u00e8s cette autrice, la recherche et la mise en place d\u2019une parit\u00e9 au sein des instances francophones et arabophones ont eu des impacts directs au niveau de l\u2019\u00e9ducation. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles les Centres d\u2019apprentissage de la langue fran\u00e7aise (CALF) ont \u00e9t\u00e9 impl\u00e9ment\u00e9s au Tchad (Aminata, 2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019observation, dans l\u2019enseignement universitaire au Tchad, il existe deux sections v\u00e9ritablement distinctes \u00e0 savoir\u00a0: la section arabophone et la section francophone. Les cours sont dispens\u00e9s uniquement en arabe si l&rsquo;on est dans la section arabe et uniquement en fran\u00e7ais si l&rsquo;on est en section francophone. Les langues fran\u00e7aise et arabe sont, dans l\u2019une ou l\u2019autre section, enseign\u00e9es comme deuxi\u00e8me langue. Ce qui veut dire concr\u00e8tement qu\u2019un arabophone doit apprendre comme deuxi\u00e8me langue le fran\u00e7ais et un francophone l\u2019arabe comme deuxi\u00e8me langue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les enseignements ne sont pas faits automatiquement dans les deux langues. En milieu universitaire, les enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones ou francophones peuvent dispenser des cours soit en arabe, soit en fran\u00e7ais, mais sans forc\u00e9ment pratiquer les deux langues \u00e0 la fois. Par exemple, les enseignants et enseignantes arabophones, qu\u2019ils ou elles se trouvent en section arabophone ou en section francophone, font tou\u00b7te\u00b7s leurs cours en arabe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019agissant de la situation linguistique, l\u2019universit\u00e9 tend encore vers un syst\u00e8me \u00e9ducatif non v\u00e9ritablement bilingue. Le bilinguisme fran\u00e7ais-arabe litt\u00e9raire n\u2019est pas encore enracin\u00e9 dans le quotidien des enseignant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux langues officielles doivent \u00eatre enseign\u00e9es dans toutes les \u00e9coles publiques. [\u2026] Dans les \u00e9coles fran\u00e7aises, 6 heures de langue arabe par semaine sont requises au niveau primaire et 4 heures par semaine au niveau secondaire; le m\u00eame nombre d\u2019heures est attribu\u00e9 au fran\u00e7ais dans les \u00e9coles arabes. Mais cela ne s\u2019applique pas toujours dans toutes les \u00e9coles (Nomaye, cit\u00e9 par Aminata, 2013, p. 122).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Allant dans le m\u00eame sens, Alio (2007) souligne que le bilinguisme \u00e9ducatif ne commence officiellement et pratiquement qu\u2019\u00e0 partir du secondaire; soit \u00e0 partir de la sixi\u00e8me, si l\u2019\u00e9l\u00e8ve choisit l\u2019arabe comme premi\u00e8re langue vivante, ou en seconde si l\u2019arabe est choisi comme deuxi\u00e8me langue vivante. L\u2019arabe est enseign\u00e9 \u00e0 ce niveau comme mati\u00e8re. Or, il n\u2019y a pas \u00e0 proprement parler d\u2019exp\u00e9rience bilingue de l\u2019enseignement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a lieu de souligner que le Tchad pr\u00e9sente des clich\u00e9s sociolinguistiques partag\u00e9s entre l\u2019histoire coloniale, la diversit\u00e9 ethnolinguistique, qui ont des impacts sur le fonctionnement ad\u00e9quat de son syst\u00e8me \u00e9ducatif. En effet, le bilinguisme officiel se situe dans un contexte multilingue marqu\u00e9 par la pr\u00e9sence des langues maternelles et des langues v\u00e9hiculaires. Toutefois, quel que soit le type d\u2019\u00e9cole, le fran\u00e7ais et l\u2019arabe litt\u00e9raire restent encore enseign\u00e9s comme langues premi\u00e8res au primaire, puis comme langues vivantes au secondaire alors qu\u2019elles sont toutes les deux des langues \u00e9trang\u00e8res (Centre Al-Mouna, 1998). Si la transition entre les langues nationales et les langues officielles d\u2019enseignement\/apprentissage semble assez bien ma\u00eetris\u00e9e au Tchad et ailleurs en Afrique, les modalit\u00e9s de l\u2019introduction d\u2019un bilinguisme int\u00e9gral en milieu universitaire ne semblent pas avoir \u00e9t\u00e9 beaucoup test\u00e9es (Arditi, 2003). Ce qui nous permet de jeter un regard sur la question du bilinguisme dans l\u2019enseignement dans les universit\u00e9s au Tchad.<\/p>\n<h2><strong> Probl\u00e9matique<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Tr\u00e9zeux (1995), l\u2019enseignement bilingue reste toujours probl\u00e9matique au sein des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs. En effet, il fait souvent l\u2019objet de nombreux d\u00e9bats politiques intenses. Selon cet auteur, le probl\u00e8me, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, est li\u00e9 \u00e0 un jeu qui met en exergue l\u2019ensemble des avantages qu\u2019on pense tirer de la pratique d\u2019un bilinguisme o\u00f9 l\u2019une des langues est celle d\u2019un pays \u00e9tranger, parfois fort \u00e9loign\u00e9 culturellement. En revanche, ce jeu, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, constitue dans plusieurs pays une occasion de remettre en cause l\u2019identit\u00e9 linguistique et culturelle parfois difficilement acquise (Tr\u00e9zeux, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019importance du fran\u00e7ais comme l\u2019une des langues d\u2019enseignement en Afrique qui renforce la pratique du bilinguisme dans plusieurs sph\u00e8res \u00e9ducatives n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Malheureusement Dumont (1990, p.15) soutient qu\u2019\u00ab Aujourd\u2019hui encore, pas un \u00c9tat d&rsquo;Afrique n\u2019a les moyens de sa politique linguistique \u00bb. Cet \u00e9tat des choses s\u2019explique par l\u2019absence d\u2019une v\u00e9ritable politique d&rsquo;am\u00e9nagement linguistique, le manque de ressources mat\u00e9rielles et didactiques, l\u2019inad\u00e9quation des m\u00e9thodes d\u2019enseignement, l\u2019insuffisance d\u2019assises th\u00e9oriques, la carence d&rsquo;enseignant\u00b7e\u00b7s qualifi\u00e9\u00b7e\u00b7s, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Tchad, selon Aminata (2013) et Alio (2007), le bilinguisme dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif est vu comme un \u00ab\u00a0serpent de mer\u00a0\u00bb au niveau institutionnel. Dans ce pays, les langues nationales ne sont \u00e9voqu\u00e9es dans les textes constitutionnels qu\u2019\u00e0 partir de 1978 au prix de n\u00e9gociation entre mouvements politico-militaires. Au sein de l\u2019\u00e9ducation nationale, la promotion des langues nationales, au travers d\u2019exp\u00e9rimentations localis\u00e9es, a \u00e9t\u00e9, selon Fournier (1998), tardive jusqu\u2019en 1991 et correspondait plus \u00e0 un affichage qu\u2019\u00e0 une r\u00e9elle volont\u00e9 politique de les int\u00e9grer dans le syst\u00e8me d\u2019enseignement. L\u2019introduction des langues nationales dans les m\u00e9dias, notamment \u00e0 la radio et la t\u00e9l\u00e9vision nationales, a \u00e9t\u00e9 progressive et s\u00e9lective. Selon Alio (2007), la s\u00e9lection des langues a \u00e9t\u00e9 politique, arbitraire et difficilement impl\u00e9ment\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a quelques ann\u00e9es, la Conf\u00e9rence Nationale Souveraine (CNS), tenue \u00e0 N\u2019Djam\u00e9na du 15 janvier au 7 avril 1993, a \u00e9t\u00e9 une occasion pour le grand public de prendre conscience de l\u2019importance des langues nationales au travers de l\u2019arabe tchadien. Au cours des d\u00e9bats, de rares intellectuels arabisants ont exprim\u00e9 avec force, et parfois violence, leur attachement \u00e0 l\u2019arabe litt\u00e9raire. Pourtant, beaucoup d\u2019autres tchadiens ont contest\u00e9 la place du bilinguisme additif dans le pays bien que la Charte de la transition de la R\u00e9publique ait confirm\u00e9 les langues officielles qui sont le fran\u00e7ais et l\u2019arabe, sans plus de pr\u00e9cisions (Aminata, 2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Nomaye (2001), c\u2019est en 1994 que les recommandations des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de l\u2019\u00e9ducation nationale essaient de mettre en filigrane la promotion des langues nationales \u00e0 travers une politique dynamique de recherche linguistique. En plus, elles ont d\u00e9fini les objectifs g\u00e9n\u00e9raux du bilinguisme (fran\u00e7ais et arabe) conform\u00e9ment aux r\u00e9alit\u00e9s historiques, sociopolitiques, culturelles et \u00e9conomiques du pays. Les politiques \u00e9ducatives touchant \u00e0 la question de l\u2019enseignement des deux langues officielles (fran\u00e7ais et arabe) n\u2019ont \u00e0 aucun moment pris en compte les syst\u00e8mes linguistiques des apprenant\u00b7e\u00b7s et ceux des enseignant\u00b7e\u00b7s (Pommerol, 1997; Aminata, 2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, de plus en plus, selon Al-Habo (2004), le bilinguisme tel qu\u2019il est compris et pratiqu\u00e9 dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif constitue un facteur de division entre enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones, d\u2019une part, et enseignants et enseignant\u00b7e\u00b7s, d\u2019autre part. Sous l\u2019effet de l\u2019\u00e9volution de l\u2019organisation du syst\u00e8me \u00e9ducatif, en lien avec l\u2019introduction du bilinguisme int\u00e9gral et obligatoire dans l\u2019enseignement du fran\u00e7ais et de l\u2019arabe au Tchad, l\u2019enseignement\/apprentissage en milieu scolaire en g\u00e9n\u00e9ral, et en milieu universitaire en particulier fait face \u00e0 de multiples difficult\u00e9s (Ngarsou, 2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous soulignons que les pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses arabophones dans les deux langues officielles (arabe litt\u00e9raire et fran\u00e7ais) en milieu universitaire posent toujours des probl\u00e8mes\u00a0: 60% des Tchadiens parlent l\u2019arabe tchadien, dont 10 % comme langue maternelle et 50 % comme langue seconde. En outre, le bilinguisme officiel au Tchad est un bilinguisme in\u00e9galitaire \u00e0 l\u2019avantage du fran\u00e7ais (Al-Habo, 2004). De fa\u00e7on sp\u00e9cifique, l\u2019enseignant-chercheur et l\u2019enseignante-chercheuse arabophone font face \u00e0 certaines difficult\u00e9s, notamment l\u2019utilisation de langues peu famili\u00e8res comme le fran\u00e7ais et l\u2019arabe litt\u00e9raire. Cette situation explique largement l\u2019inefficacit\u00e9 et la m\u00e9diocrit\u00e9 de leurs performances universitaires (Alio, 2007).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour pallier ces insuffisances, l\u2019\u00c9tat tchadien, ainsi que certains organismes internationaux et des ONG locales ont d\u00e9ploy\u00e9 de multiples efforts en faveur du bilinguisme int\u00e9gral dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Ces initiatives ont certes eu des effets positifs, mais toutes les attentes en ce qui concerne les pratiques ad\u00e9quates du bilinguisme dans l\u2019enseignement en milieu universitaire tchadien ne sont pas combl\u00e9es. Il y a de plus en plus des enseignant\u00b7e\u00b7s qui se plaignent encore de la pr\u00e9sence massive des documents en fran\u00e7ais ou en arabe selon qu\u2019on soit arabophone ou francophone (Aminata, 2013).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat majeur qui se d\u00e9gage est que dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, les langues choisies n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude pr\u00e9alable ni sur le plan de la description sociolinguistique du fran\u00e7ais et de l\u2019arabe, ni sur celui de la faisabilit\u00e9; celle-ci int\u00e9grant, entre autres, les pr\u00e9occupations didactiques, p\u00e9dagogiques et culturelles. Pourtant, selon Rughoonundun (2007), il appara\u00eet que le choix d\u2019une ou de plusieurs langues d\u2019enseignement en contexte multilingue et multiculturel doit faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude minutieuse en fonction des finalit\u00e9s du syst\u00e8me \u00e9ducatif, des objectifs qui lui sont associ\u00e9s et des moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour atteindre ces objectifs. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles le bilinguisme pratiqu\u00e9 dans les universit\u00e9s au Tchad a une grande incidence sur le processus d\u2019enseignement. Alio (2007, p.46) propose d\u2019adapter au syst\u00e8me \u00e9ducatif tchadien un outil d\u2019enseignement bilingue fran\u00e7ais-arabe qui va int\u00e9grer les \u00ab transferts de comp\u00e9tences de la didactique du fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re vers celle de l\u2019arabe langue \u00e9trang\u00e8re \u00bb. En effet, les enseignant\u00b7e\u00b7s doivent poss\u00e9der diverses comp\u00e9tences (linguistiques, communicatives, discursives, socioculturelles) tout en s\u2019appropriant les diff\u00e9rents outils p\u00e9dagogiques. C\u2019est pourquoi Al-Habo (2004) consid\u00e8re que le bilinguisme institutionnel et ses impacts en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation sont loin d\u2019\u00eatre atteints. Pour lui, le bilinguisme tel qu\u2019il est compris et pratiqu\u00e9 aujourd\u2019hui au Tchad est un facteur de division des jeunes entre arabophones et francophones.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet \u00e9tat de fait nous a conduit \u00e0 poser les interrogations suivantes : comment le bilinguisme dans ses particularit\u00e9s mat\u00e9rialisant les diff\u00e9rents contacts de langues, et institu\u00e9 dans l\u2019enseignement influence-t-il les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s en milieu universitaire au Tchad? Comment le bilinguisme peut-il de plus en plus favoriser la ma\u00eetrise correcte de deux langues comme le fran\u00e7ais et l\u2019arabe par les enseignants-chercheurs et ensegnantes-chercheuses? Partant des enjeux ainsi que des influences arabisantes grandissantes au Tchad actuellement, quelle relation peut-on \u00e9tablir entre le fran\u00e7ais et l\u2019arabe et les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s dans les universit\u00e9s? Dans un contexte o\u00f9 la langue fran\u00e7aise reste la principale langue d\u2019\u00e9ducation quasi exclusive depuis les d\u00e9buts de la colonisation, quel est l\u2019apport des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses dans l\u2019\u00e9mergence de la didactique des langues dans les universit\u00e9s au Tchad? Quels sont les apports majeurs de la formation initiale des enseignants et enseignantes en lien avec le bilinguisme au prisme de la diversit\u00e9 du contexte sociolinguistique actuel des universit\u00e9s au Tchad? Telles sont les quelques questions qui sous-tendent la pr\u00e9sente \u00e9tude. Ce questionnement incite donc \u00e0 mettre en relief un cadre m\u00e9thodologique qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019expliciter.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. Synth\u00e8se de la typologie et des cons\u00e9quences li\u00e9es aux difficult\u00e9s des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses dans leurs pratiques du bilinguisme dans les universit\u00e9s au Tchad<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-430 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_1_Mahamat.jpg\" alt=\"\" width=\"532\" height=\"461\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_1_Mahamat.jpg 567w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_1_Mahamat-300x260.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_1_Mahamat-65x56.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_1_Mahamat-225x195.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_1_Mahamat-350x304.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 532px) 100vw, 532px\" \/><\/p>\n<h2><strong> Cadre m\u00e9thodologique de l\u2019\u00e9tude <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le cadre comporte un ensemble de variables qui mettent en exergue la relation entre le bilinguisme et les pratiques des enseignant\u00b7e\u00b7s \u00e0 savoir : bilinguisme et enjeux en milieu universitaire; bilinguisme et ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement (1re et 2e langue) en milieu universitaire, bilinguisme et pratiques p\u00e9dagogiques, bilinguisme et formation initiale des enseignant\u00b7e\u00b7s dans les universit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de cette recherche, nous avons eu recours \u00e0 plusieurs strat\u00e9gies de recueil de donn\u00e9es pour renforcer notre synth\u00e8se des connaissances par rapport aux sources litt\u00e9raires. Cette approche nous a conduit \u00e0 analyser nos donn\u00e9es et \u00e0 d\u00e9couvrir des connexions insoup\u00e7onn\u00e9es et introuvables manuellement. Par ailleurs, nous avons effectu\u00e9 une recherche de type documentaire (Karsenti et Savoie-Zajc, 2000; Piolat, 2004) conduite selon les 2 \u00e9tapes suivantes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">\u00c9tape 1 : premier tri et s\u00e9lection de la documentation pertinente \u00e0 partir de mots cl\u00e9s et de crit\u00e8res \u00e9tablis au pr\u00e9alable;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">\u00c9tape 2 : analyse des ouvrages consult\u00e9s. Nous avons cr\u00e9\u00e9 deux types de mod\u00e8les que nous avons test\u00e9s et modifi\u00e9s pour donner un cadre d\u2019analyse commun.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Op\u00e9rationnalisation des variables<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-431 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_2_Mahamat.jpg\" alt=\"\" width=\"588\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_2_Mahamat.jpg 607w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_2_Mahamat-300x112.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_2_Mahamat-65x24.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_2_Mahamat-225x84.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2021\/02\/Tableau_2_Mahamat-350x131.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 588px) 100vw, 588px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le tableau 2 nous permet de comprendre l\u2019op\u00e9rationnalisation de nos deux variables \u00e0 savoir : la variable d\u00e9pendante (enseignement dans les universit\u00e9s au Tchad) et la variable ind\u00e9pendante (Pratique du bilinguisme). Par ailleurs, notre variable ind\u00e9pendante a \u00e9t\u00e9 op\u00e9rationnalis\u00e9e en trois variables, notamment la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement en milieu universitaire, les choix p\u00e9dagogico-didactiques dans les universit\u00e9s et la formation initiale des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bilinguisme et enjeux dans l\u2019enseignement en milieu universitaire : une vision plus large<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis plusieurs d\u00e9cennies, la question du bilinguisme a fait l\u2019objet de nombreuses \u00e9tudes scientifiques (Al-Habo, 2004; Alio, 2007; Aminata, 2013; Arditi, 2003; Alby et L\u00e9glise, 2007; Bennafla, 2000). Le bilinguisme pr\u00e9sente aujourd\u2019hui des enjeux importants pour le fonctionnement des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs tant scolaires qu\u2019universitaires en Afrique. Le bilinguisme est sous-tendu par des motivations des enseignant\u00b7e\u00b7s, des m\u00e9thodes ainsi d\u2019outils p\u00e9dagogiques mobilis\u00e9s pour la transmission des savoirs (AUF, 2019). De tout temps, le bilinguisme dans sa forme pratique, d\u00e9voile un certain nombre d\u2019enjeux qui peuvent se situer sur les plans scientifique, socioculturel, motivationnel, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De nos jours, \u00e0 divers paliers socio-\u00e9ducatifs, il est courant de constater que le contenu de l\u2019\u00e9ducation qui englobe aussi bien des valeurs socioculturelles que l\u2019acquisition des savoirs est forc\u00e9ment v\u00e9hicul\u00e9e par une langue. Chidi (2019) souligne dans le cas du Tchad que l\u2019arabe et le fran\u00e7ais sont consid\u00e9r\u00e9s comme les deux langues officielles. Cependant, et malgr\u00e9 les diff\u00e9rents textes \u00e9tablissant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre lesdites langues, on constate une in\u00e9galit\u00e9 criarde entre elles quant \u00e0 l\u2019application de leurs pratiques dans les milieux \u00e9ducatifs (Djarangar, 1998; Pommerol, 1997). Ces auteurs mettent en avant la dichotomie entre le discours officiel et les faits pratiques. Ils notent en outre, un d\u00e9s\u00e9quilibre du bilinguisme (arabe-fran\u00e7ais), la carence d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s bilingues et le manque d\u2019une volont\u00e9 politique d\u2019application du bilinguisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il na\u00eet donc une disparit\u00e9 dans l&rsquo;enseignement\/apprentissage et l\u2019utilisation de deux langues que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes se doivent de circonscrire rapidement dans l\u2019enseignement (Chidi, 2019). Au Tchad, la diversit\u00e9 linguistique refl\u00e9t\u00e9e par l\u2019\u00e9ventail des langues parl\u00e9es et le nombre de locuteurs de chaque langue est une caract\u00e9ristique largement reconnue et appr\u00e9ci\u00e9e de la vie culturelle africaine. En revanche, des enjeux et des d\u00e9fis s\u2019imposent aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019enseignement dans les deux langues dans les universit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus en plus, dans les universit\u00e9s, la diversit\u00e9 linguistique doit \u00eatre envisag\u00e9e dans le contexte social, \u00e9conomique, politique et culturel de l\u2019\u00e9volution actuelle. \u00c0 la suite des bouleversements spectaculaires qui se sont produits \u00e0 travers la mondialisation dans les pays ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le bilinguisme appara\u00eet sous de nouveaux horizons (Arditi, 2003; Alio, 2007; Alidou et Maman, 2003). Aujourd\u2019hui, les universit\u00e9s, \u00e0 travers le bilinguisme, s\u2019inscrivent aussi dans la mouvance de la mutation \u00e9conomique qui va par-del\u00e0 les fronti\u00e8res politiques nationales, internationales, et m\u00eame r\u00e9gionales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Ouedghiri (2003), ces changements de direction sont facilit\u00e9s par la suppression de certaines barri\u00e8res linguistiques officielles pr\u00e9sentes dans les pays, et par le progr\u00e8s technologique en mati\u00e8re de communication. Ces r\u00e9alit\u00e9s ont des effets sur les politiques linguistiques dans la mesure o\u00f9 elles conditionnent prioritairement les exigences du march\u00e9 et le besoin de flexibilit\u00e9 et de mobilit\u00e9 dans le domaine de l\u2019enseignement (Nomaye, 2001). Dans la plupart des cas, les priorit\u00e9s en question d\u00e9terminent davantage encore les r\u00f4les respectifs des langues nationales et internationales (Edivanda Mugrabi, 2010). Dans cette mouvance, le bilinguisme en milieu universitaire devient une pr\u00e9occupation premi\u00e8re actuelle des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u2019universit\u00e9. On note parall\u00e8lement la reconnaissance croissante de l\u2019importance de la ma\u00eetrise de langues \u00e9trang\u00e8res et nationales dans l\u2019enseignement. Au Tchad, l\u2019\u00e9lan vers l\u2019int\u00e9gration politique et \u00e9conomique des langues dans l\u2019enseignement \u00e0 l\u2019universit\u00e9, selon Al-Habo (2004), cr\u00e9e un besoin, voire de v\u00e9ritables exigences dans le domaine de l\u2019enseignement des langues \u00e0 tous les niveaux des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les tensions cr\u00e9\u00e9es par ces nouvelles tendances font que les concepteurs et conceptrices des politiques \u00e9ducatives, \u00e0 tous les niveaux, sont confront\u00e9s \u00e0 des difficult\u00e9s se rapportant \u00e0 la nature des langues d\u2019enseignement en Afrique et \u00e0 la mani\u00e8re de les enseigner dans les institutions \u00e9ducatives comme les universit\u00e9s (Bayart, 2008; Beacco et V\u00e9ronique, 2005). Dans les universit\u00e9s tchadiennes, comme partout d\u2019ailleurs, toute politique d\u2019\u00e9ducation bilingue est formul\u00e9e et mise en \u0153uvre dans un contexte assez complexe. Les responsables de ces politiques doivent donc avoir une vision tr\u00e8s large en mati\u00e8re de conception de ce type d\u2019enseignement au sein des facult\u00e9s. En plus, il n\u2019est pas admis de limiter leur r\u00e9flexion \u00e0 de simples questions de programmes ou de langues d\u2019enseignement. Selon Bennafla (2000), il est plausible que les effets cumul\u00e9s en termes d\u2019efficacit\u00e9 des politiques et programmes d\u2019enseignement bilingue ont plus d\u2019importance que les \u00e9l\u00e9ments proprement \u00e9ducatifs (programme, cursus, contenu, m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019internationalisation croissante des universit\u00e9s cr\u00e9e de nouveaux march\u00e9s qui transcendent les fronti\u00e8res nationales. Cependant, la mondialisation est vue trop souvent sous le seul angle \u00e9conomique (Castelloti et Moore, 2005). Par cons\u00e9quent, on peut dire que tous ces processus affectent les sch\u00e9mas linguistiques identitaires ainsi que la relation des tenants de ces identit\u00e9s avec les contextes \u00e9ducatifs nationaux et internationaux. Corr\u00e9lativement \u00e0 la restructuration \u00e9conomique, les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs restructurent la pratique du bilinguisme dans les institutions universitaires. Ainsi, faut-il le relever, il n\u2019y a aucune difficult\u00e9 \u00e0 constater que ces changements affectent d\u00e8s aujourd\u2019hui les sch\u00e9mas de l\u2019enseignement dans la diversit\u00e9 linguistique (Causa, Weber et Rosen, 2007).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses arabophones font face \u00e0 des enjeux singuliers. En effet, la plupart des centres de documentation ou de recherche de N\u2019Djamena, les 2\/3 des documents command\u00e9s par les responsables sont en fran\u00e7ais. Partant de ces multiples enjeux inh\u00e9rents \u00e0 la pratique du bilinguisme dans les universit\u00e9s au Tchad qui suscitent une vision plus large de l\u2019\u00e9ventail des pratiques enseignantes.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Pratique du bilinguisme et ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement en milieu universitaire<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le contexte universitaire actuel o\u00f9 le bilinguisme s\u2019impose \u00e0 travers le monde, la ma\u00eetrise d\u2019un enseignement dans deux langues dans les amphith\u00e9\u00e2tres est d\u2019une importance capitale. C\u2019est dans ce souci de pluralit\u00e9 linguistique que doit s\u2019inscrire la pratique du bilinguisme dans les universit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019agissant pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019engagement des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u2019universit\u00e9, nous nous rendons compte que le bilinguisme s\u2019est impos\u00e9 petit \u00e0 petit au niveau des sph\u00e8res p\u00e9dagogiques et didactiques dans les salles de cours. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019Alio (2007) fait remarquer que l\u2019utilisation de l\u2019alternance des langues dans les salles de cours par les enseignants semble \u00eatre une r\u00e9alit\u00e9 au quotidien dans un certain nombre de contextes universitaires. L\u2019observation du niveau linguistique des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s, comme celui les enseignant\u00b7e\u00b7s, permet de conceptualiser la situation a\u0300 l\u2019universit\u00e9\u0301 de la mani\u00e8re suivante : a\u0300 la base se trouvent les \u00ab analphab\u00e8tes bilingues \u00bb, pour reprendre l\u2019expression cinglante d\u2019Ahmed Moatassime, qui tra\u00eenent leur mauvaise ma\u00eetrise des langues arabe et fran\u00e7aise et qui, de surcro\u00eet, ont du mal a\u0300 acc\u00e9der aux deux langues. Au sommet de la pyramide universitaire, le fran\u00e7ais est revaloris\u00e9 comme langue du savoir (Tr\u00e9zeux, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les enseignant\u00b7e\u00b7s partagent leurs savoirs sociolinguistiques quand les langues s\u2019invitent dans le cours du fait des diff\u00e9rentes variantes combinatoires des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s qui ont d\u2019autres langues maternelles que celles du Tchad (Alby et L\u00e9glise, 2014). Bien qu\u2019allant \u00e0 l\u2019encontre des instructions institutionnelles en milieux \u00e9ducatifs africains, ces pratiques s\u2019imposent du fait m\u00eame du contexte. Aminatou (2013) souligne que l\u2019int\u00e9gration des langues v\u00e9hiculaires dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif n\u2019en est encore qu\u2019au stade exp\u00e9rimental. Pour cette auteure, la guerre des langues entre le fran\u00e7ais et l\u2019arabe au Tchad en serait-elle une explication? En effet, la pratique du fran\u00e7ais qui domine largement au sein de l\u2019administration et de l\u2019\u00e9ducation attise les revendications des arabisants influents, quoique peu nombreux (Aminata, 2013).<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bilinguisme et choix p\u00e9dagogico-didactiques dans les universit\u00e9s<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Duverger (2005), l\u2019enseignement bilingue ne r\u00e8gle pas les difficult\u00e9s des apprenants et apprenantes, mais ces derniers disposent de deux langues de communication et d\u2019apprentissages potentiels ult\u00e9rieurs au lieu d\u2019une. Le Tchad, \u00e0 l\u2019instar d\u2019autres pays africains, depuis les ind\u00e9pendances a\u0300 ce jour, a \u00e9t\u00e9\u0301 et demeure un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation de plusieurs pratiques tant p\u00e9dagogiques que didactiques. Les universit\u00e9s constituent certes un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation de nouvelles inventions et innovation en didactique, ing\u00e9nierie et p\u00e9dagogie, etc. Si aujourd\u2019hui nous pensons que les universit\u00e9s tchadiennes ne remplissent plus efficacement leurs missions, c\u2019est effectivement parce qu\u2019elles n\u2019ont pas v\u00e9ritablement vocation \u00e0 placer les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s tchadien\u00b7ne\u00b7s dans l\u2019univers sociolinguistique et culturel leur permettant d\u2019acc\u00e9der aux savoirs par l\u2019entremise de leurs langues maternelles. Il y a lieu de comprendre que l\u2019incompatibilit\u00e9\u0301 des th\u00e9ories didactiques et des mod\u00e8les p\u00e9dagogiques, adopt\u00e9s pour l\u2019enseignement en fran\u00e7ais et en arabe litt\u00e9raire au Tchad, a eu des cons\u00e9quences tr\u00e8s graves sur les universit\u00e9s. De ces multiples cons\u00e9quences, nous retenons la faible comp\u00e9tence des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses (comp\u00e9tence linguistique, comp\u00e9tence cognitive, comp\u00e9tence communicationnelle et comp\u00e9tence informative) qui n\u2019arrivent pas a\u0300 transformer le \u00ab savoir enseign\u00e9 \u00bb en un \u00ab savoir acquis \u00bb; l\u2019incapacit\u00e9\u0301 a\u0300 transmettre leurs multiples exp\u00e9riences, le handicap linguistique d\u2019acc\u00e9der aux contenus des savoirs dispens\u00e9s dans une langue diff\u00e9rente a\u0300 celle de l\u2019\u00e9tudiant\u00b7e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Association pour le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9ducation en Afrique (ADEA, 2005) a donn\u00e9 un avant-go\u00fbt de la r\u00e9flexion sur la question de l\u2019utilisation des langues africaines dans l\u2019\u00e9ducation. Un \u00e9tat des lieux confirme que l\u2019enseignement bilingue et l\u2019utilisation des langues locales constituent des facteurs influents et d\u00e9terminants de la qualit\u00e9 des apprentissages dans les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs des pays. L\u2019UNESCO (2004), dans le cadre de l\u2019\u00e9ducation bilingue au Tchad tant en milieux scolaires qu\u2019universitaires, r\u00e9v\u00e8lent que la promotion de l\u2019\u00e9ducation bilingue s\u2019inscrit dans la logique de r\u00e9alisation des engagements pris dans le cadre d\u2019action de Dakar. Pour les auteurs, le bilinguisme occupe une place de choix dans les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs africains et son influence sur l\u2019enseignement\/apprentissage des jeunes n\u2019est pas \u00e0 n\u00e9gliger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la mise en place de pratiques enseignantes en milieu universitaire vise explicitement le d\u00e9veloppement d\u2019une comp\u00e9tence m\u00e9talinguistique qui va au-del\u00e0 de l\u2019acquisition d\u2019une langue en particulier. La pratique du bilinguisme requiert des approches plurielles (Candelier, 2008; De Pietro, 2008). Si l\u2019\u00e9veil aux langues commence \u00e0 trouver une place de choix dans les universit\u00e9s \u00e0 partir des cadres de collaborations men\u00e9es entre enseignant\u00b7e\u00b7s, chercheurs et chercheuses, la question des choix p\u00e9dagogiques et didactiques des alternances n\u2019en est qu\u2019au stade de la r\u00e9flexion chez les chercheurs et chercheuses dans les universit\u00e9s africaines. Selon les auteurs comme Anderson <em>et al<\/em>., (2010), Alby (2009), Alby et Launey (2007), L\u00e9glise et Puren (2005), la reproduction de la co-pr\u00e9sence des langues dans la classe devrait, \u00e0 terme, permettre de d\u00e9velopper de nouveaux mod\u00e8les didactiques (Moore, 1996; Gajo et Mondada, 2000).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans certaines universit\u00e9s tchadiennes (Ab\u00e9ch\u00e9, Mongo par exemple), la pratique du bilinguisme est quasi absente. Les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses s\u2019enferment dans leur langue premi\u00e8re, les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s se \u00ab d\u00e9brouillent \u00bb. Selon nos observations, pour beaucoup d\u2019\u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s arabophones fra\u00eechement venus du niveau secondaire, faire un cours de math\u00e9matiques, de biochimie ou d\u2019anthropologie en arabe ou en fran\u00e7ais est parfois g\u00eanant selon qu\u2019ils sont francophones ou arabophones. \u00c0 l\u2019universit\u00e9, exception faite des enseignements de langues au sein de certaines fili\u00e8res, les deux cat\u00e9gories suivent les cours ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, la diversit\u00e9 grandissante au sein des universit\u00e9s a stimul\u00e9 des r\u00e9flexions nouvelles en ce qui concerne la mission du bilinguisme ainsi qu\u2019un questionnement critique des approches d\u2019enseignement dominantes li\u00e9es aux contextes \u00e9ducatifs. La recherche sur les pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses repr\u00e9sente un volet important dans l\u2019\u00e9volution des pratiques p\u00e9dagogiques et didactiques. Il convient plus que jamais d\u2019insister sur les faits, abondamment attest\u00e9s par la sociolinguistique\u00a0: une langue ne se maintient que si son utilit\u00e9 et son prestige sont assur\u00e9s dans les institutions, comme les universit\u00e9s. Par cons\u00e9quent, chaque fois qu\u2019une langue perd sa primaut\u00e9 sur le plan social et institutionnel au profit d\u2019autres langues, par exemple en tant que langue d\u2019enseignement \u00e0 l\u2019universit\u00e9, l\u2019une ou l\u2019autre langue s\u2019en trouve affaiblie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Tchad, les recherches men\u00e9es depuis 2007, comme celles d\u2019Alio (2003, 2007) mettent en relief le potentiel d\u2019une p\u00e9dagogie ciblant la forme dans les contextes \u00e9ducatifs particuliers de la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement. Elles ont permis entre autres de mettre en \u00e9vidence des probl\u00e9matiques p\u00e9dagogiques importantes, et ont eu un impact significatif sur notre compr\u00e9hension du niveau des pratiques enseignantes dans les universit\u00e9s. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, dans les universit\u00e9s au Tchad, une \u00e9tude men\u00e9e par Guitembaye (2018) a montr\u00e9 que les pratiques p\u00e9dagogiques enseignantes dans la seconde langue qui est l\u2019arabe litt\u00e9raire, 40,71 % des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u00e9veloppent des pratiques p\u00e9dagogiques autarciques qui ne leur permettent pas d\u2019enseigner convenablement dans les deux langues. C\u2019est la raison pour laquelle les enseignant\u00b7e\u00b7s ne r\u00e9sument pas leurs cours dans la premi\u00e8re langue d\u2019apprentissage. Ce taux se fonderait sur les difficult\u00e9s qu\u2019\u00e9prouvent les enseignant\u00b7e\u00b7s arabophones, par exemple, en conciliant un enseignement dans les deux langues, surtout en fran\u00e7ais auquel ils semblent ne pas accorder de valeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des auteurs comme Al-Habo (2004) Alidou, Hassana et Garba Maman (2003), Alio (2007), Aminata (2013) ont montr\u00e9 que l\u2019arabe tchadien est la langue d\u2019\u00e9ducation des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s au sein de leurs familles. Cette langue a tendance \u00e0 influencer la pratique du bilinguisme dans leurs enseignements \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Dans un monde globalis\u00e9, le bilinguisme (arabe-fran\u00e7ais par exemple) est devenu une capacit\u00e9 indispensable pour s\u2019\u00e9panouir dans le monde du XXIe si\u00e8cle. Enseigner dans deux langues suppos\u00e9es \u00e9trang\u00e8res permet, dans une certaine mesure, de d\u00e9velopper leurs comp\u00e9tences \u00e0 mieux comprendre l\u2019autre, \u00e0 s\u2019ouvrir sur le monde. Ce qui n\u00e9cessite aussi une r\u00e9flexion sur le cadre formatif des enseignant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bilinguisme, formation initiale et pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses : r\u00e9alit\u00e9 ou utopie?<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019objectif de toute formation d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s est de permettre \u00e0 ces dernier\u00b7e\u00b7s de saisir toutes les composantes de la situation dans laquelle il est impliqu\u00e9 avec ses apprenants, et trouver l\u2019attitude de r\u00e9ponse la plus adapt\u00e9e (Postic, 2001). Tout enseignant\u00b7e\u00b7 se doit donc d\u2019avoir une vraie connaissance de ses apprenants et apprenants, de leurs acquis ant\u00e9rieurs, afin de pouvoir r\u00e9pondre avec pertinence \u00e0 leurs besoins et de mettre en place un enseignement qui leur soit adapt\u00e9. Il existe \u00e0 l\u2019heure actuelle dans les pays du Sud, tant de la part des chercheurs et chercheuses que des acteurs et actrices de l\u2019\u00e9ducation, un int\u00e9r\u00eat croissant pour la question du bilinguisme dans les actions \u00e9ducatives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les universit\u00e9s tchadiennes, si les enseignant\u00b7e\u00b7s doivent bien \u00e9videmment ma\u00eetriser le fran\u00e7ais et l\u2019arabe, plac\u00e9s au c\u0153ur de l\u2019enseignement\/apprentissage. Ils ou elles doivent aussi apprendre \u00e0 enseigner dans une soci\u00e9t\u00e9 plurilingue. Mais cet objectif n\u2019est que rarement explicite parmi ceux qui sont habituellement identifi\u00e9s par le Minist\u00e8re de l\u2019Enseignement Sup\u00e9rieur au Tchad. Ce qui induit des effets sur les pratiques enseignantes, car si les enseignant\u00b7e\u00b7s ont \u00e0 travailler dans ce sens, il convient de les y former (De Goumo\u00ebns, 1997).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 un int\u00e9r\u00eat croissant pour la question du plurilinguisme de la part des institutions d\u2019enseignement, \u00e0 travers le monde, qui s\u2019accordent aujourd\u2019hui \u00e0 constater la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une adaptation \u00e0 un environnement plurilingue, il reste encore beaucoup \u00e0 faire, et notamment dans le domaine de la formation des enseignant\u00b7e\u00b7s o\u00f9 historiquement, comme le rappelle Lopez (1995, p. 25), \u00ab la formation de professionnels amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de l\u2019\u00e9ducation bilingue a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme non prioritaire \u00bb. Il incombe donc aujourd\u2019hui \u00e0 ces institutions de repenser cette formation afin d\u2019am\u00e9liorer la capacit\u00e9 des enseignant\u00b7e\u00b7s \u00e0 enseigner dans des contextes plurilingues (Gagliardi, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La formation des enseignant\u00b7e\u00b7s bilingues constitue l\u2019un des principaux d\u00e9fis de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur bilingue au Tchad. On ne saurait exiger une formation approfondie de linguistes ou d\u2019anthropologues, mais on doit faciliter aux enseignant\u00b7e\u00b7s l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un certain nombre de connaissances qui leur permettent d\u2019\u00e9voluer dans les meilleures conditions possibles. Chaque enseignant\u00b7e pourra mettre en pratique ses comp\u00e9tences professionnelles pour trouver de mani\u00e8re souple et diversifi\u00e9e les moyens de sortir de telle ou telle situation. Au Tchad, la question de la langue p\u00e8se sur l\u2019ensemble des enseignements, et ce, jusqu\u2019au niveau sup\u00e9rieur, o\u00f9 les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses se plaignent des difficult\u00e9s qu\u2019ils \u00e9prouvent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut le dire avec force que le profil des enseignant\u00b7e\u00b7s dans les universit\u00e9s semble bien loin de ce que l\u2019on pourrait attendre d\u2019eux et elles par rapport au contexte dans lequel ils et elles \u00e9voluent. Selon Gagliardi (1995), dans la plupart des situations d\u2019enseignement en contextes plurilingues comme ceux d\u2019Afrique, il y a, de mani\u00e8re syst\u00e9matique, des lacunes \u00e0 ce niveau chez les acteurs et actrices de l\u2019\u00e9ducation. Certes, on ne trouve que peu d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s, \u00e0 l\u2019heure actuelle, qui se d\u00e9clarent totalement hostiles \u00e0 la prise en compte de la langue des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s dans le contexte universitaire; la plupart se d\u00e9clarent d\u2019ailleurs favorables \u00e0 celle-ci. Or, il est attest\u00e9 dans un certain nombre de travaux (Hamers et Blanc, 1983) que les attitudes de l\u2019entourage de l\u2019enfant vis-\u00e0-vis des langues de son r\u00e9pertoire et de son bi- ou plurilinguisme ont une profonde incidence sur son d\u00e9veloppement bi- ou plurilingue. Ainsi, dans la mesure o\u00f9 l\u2019enseignant\u00b7e occupe une place fondamentale dans le r\u00e9seau social de l\u2019enfant (De Goumo\u00ebns, 1997), son attitude concernant sa (ses) langue(s) et son bi- ou plurilinguisme doit faire l\u2019objet d\u2019une r\u00e9flexion et d\u2019une formation dans le cadre de sa professionnalisation en formation initiale ou en formation continue.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette recherche avait pour objectif g\u00e9n\u00e9ral d\u2019\u00e9tudier l\u2019influence du bilinguisme sur les pratiques des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses dans les universit\u00e9s au Tchad. Il \u00e9tait question pour nous d\u2019analyser, \u00e0 travers des contextes multilingues et multiculturels, la pratique du bilinguisme dans les universit\u00e9s au Tchad.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme des analyses, nos r\u00e9sultats corroborent ceux des \u00e9crits portant sur l\u2019influence du bilinguisme en rapport avec les pratiques enseignantes intervenant dans les universit\u00e9s tchadiennes. Nous avons montr\u00e9 que la pratique du bilinguisme telle que mise en exergue dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif en g\u00e9n\u00e9ral, et dans les universit\u00e9s en particulier, s\u2019inscrit dans une \u00e9volution constante permettant aux enseignant\u00b7e\u00b7s de pouvoir partager des connaissances \u00e0 travers des langues de mani\u00e8re optimale. En outre, il nous a sembl\u00e9 n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer un certain nombre de facteurs en tant que variables essentielles \u00e0 inclure dans les pratiques enseignantes en milieu universitaire; ceux-ci ayant trait aux enjeux, \u00e0 la ma\u00eetrise des langues d\u2019enseignement, aux pratiques p\u00e9dagogiques des et \u00e0 la formation initiale des enseignant\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces diff\u00e9rentes variables nous ont permis de mieux cerner l\u2019application du bilinguisme par les enseignant\u00b7e\u00b7s. En plus, nous avons \u00e9galement mis en relief des consid\u00e9rations p\u00e9joratives qui d\u00e9finissent le revers de la pratique du bilinguisme et voilent encore son effectivit\u00e9 dans les universit\u00e9s. Bien que notre analyse n\u2019ait pas port\u00e9 sur des pratiques effectives du bilinguisme, nous avons men\u00e9 une r\u00e9flexion qui a pris en compte juste quelques variables plus ou moins importantes qui sous-tendent le bilinguisme en milieu universitaire. Certes, les variables que nous avons utilis\u00e9es peuvent refl\u00e9ter des contextes dans lesquels de nombreux enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses francophones ou arabophones tchadien\u00b7ne\u00b7s pourraient se retrouver.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Al-Habo, Mahamat Ahamat. 2004. Bilinguisme, o\u00f9 en sommes-nous?. <em>Carrefour<\/em>, 27, 28-30.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alby, Sophie.2009. La formation des enseignants dans le contexte guyanais. Dans Vernaudon et Fillol (dir.), <em>Vers une \u00e9cole plurilingue dans les collectivit\u00e9s fran\u00e7aises d\u2019Oc\u00e9anie et de Guyane <\/em>(p.\u00a0225-250). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alby, Sophie et Launey, Michel. 2007. Former des enseignants dans un contexte plurilingue et pluriculturel. Dans, L\u00e9glise et Migge (dir.), <em>Pratiques et repr\u00e9sentations linguistiques en Guyane\u00a0: regards crois\u00e9s<\/em> (p. 317-348). Paris\u00a0: IRD Editions.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alby, Sophie et L\u00e9glise, Isabelle. 2014. Politiques linguistiques \u00e9ducatives en Guyane. Quels droits linguistiques pour les \u00e9l\u00e8ves allophones?. Dans Nocus, Vernaudon et Paia,<em> Apprendre plusieurs langues, plusieurs langues pour apprendre\u00a0: l\u2019\u00e9cole plurilingue en Outre-mer<\/em> (p.\u00a0271-296). Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes. Halshs-00990950.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alidou, Hassana et Mallam, Garba Maman. 2003. <em>\u00c9valuation et enseignements des exp\u00e9riences d\u2019utilisation des langues africaines comme langues d\u2019enseignement<\/em>. Document d\u2019appui, biennale de l\u2019ADEA, Niamey.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alio, kalil. 2007. L\u2019\u00e9ducation bilingue au Tchad. De la th\u00e9orie \u00e0 la pratique.<em> Travaux de Linguistique Tchadienne,<\/em> 10, 23-38.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aminata, Diop. 2013. <em>La diffusion du fran\u00e7ais au Tchad\u00a0: les centres d\u2019apprentissage pour arabophones.<\/em> Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anderson, Jim, Helot, Christine., Mcpake, Joanna, Obied, Vicky. 2010. Formation professionnelle du personnel travaillant dans les \u00e9coles multilingues. <em>\u00c9tudes et Ressources<\/em>, 5. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.coe.int\/t\/DG4\/linguistic\/Source\/Source2010_ForumGeneva\/5 FormationProfStaff_fr.pdf\">http:\/\/www.coe.int\/t\/DG4\/linguistic\/Source\/Source2010_ForumGeneva\/5 FormationProfStaff_fr.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Arditi, Claude. 2003. Le Tchad et le monde arabe\u00a0: essai d\u2019analyse des relations commerciales de la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale \u00e0 aujourd\u2019hui. <em>Afrique contemporaine, <\/em>207, 185-198.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Association pour le D\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9ducation en Afrique.1996, August. <em>A Synopsis of Research Findings on Languages of Instruction and their Policy Implications for Education in Africa. (Working Group on Education Research and Policy Analysis).<\/em> Working Paper for the Meeting of African Ministers of Education and the Seminar on Languages of Instruction, Accra, Ghana.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Banque Mondiale. 2007. <em>Le Syst\u00e8me \u00e9ducatif tchadien. El\u00e9ments de diagnostic pour une politique \u00e9ducative nouvelle et une meilleure efficacit\u00e9 de la d\u00e9pense publique<\/em>. Document de travail n\u00b0110, Banque Mondiale, le d\u00e9veloppement humain en Afrique.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. 2008.\u00a0Obsc\u00e9nit\u00e9 franco-tchadienne. <em>Le Monde<\/em>, 28 f\u00e9vrier, 15-27.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beacco, Jean-Claude et V\u00e9ronique, Daniel. 2005. Cultures linguistiques, \u00e9ducatives et didactiques\u00a0: parcours d\u2019une notion et perspectives de recherche. 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Dans Dans Beacco, Jean-Claude, Chiss, Jean-Louis, Cicurel, F. et Daniel V\u00e9ronique (dir.), <em>Les Cultures \u00e9ducatives et linguistiques dans l\u2019enseignement des langues<\/em> (p. 107-132). Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Causa, Mariella, Weber, Corinne et Evelyne Rosen. 2007. <em>Le Fran\u00e7ais dans le monde<\/em>, 41. Formation initiale en fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re\u00a0: actualit\u00e9 et perspectives. 191\u00a0p.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centre AL-Mouna. 1998. Tchad\u00a0: contentieux linguistique arabe-fran\u00e7ais, <em>Actes du colloque de d\u00e9cembre 1997<\/em>. N\u2019Dja.m\u00e9na\u00a0: Centre Al-Mouna.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chidi, Abderaman Dadi. 2019. L\u2019application du bilinguisme officiel arabe-fran\u00e7ais au Tchad. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">De Goumo\u00ebns, Claire. 1997. Regards pluriels sur le bilinguisme. Les repr\u00e9sentations sociales du bilinguisme chez des enseignants d&rsquo;\u00e9cole enfantine en Suisse romande. Dans Lefebvre et Hily (dir.), <em>Les Situations plurilingues et leurs enjeux <\/em>(p.\u00a0342-357). Paris-Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">De Pietro, Jean Fran\u00e7ois. 2008. <em>L\u2019\u00c9veil aux langues. Begegung mit sprachen \/ Language Awareness \/ Educazione linguistica<\/em>. Communication pr\u00e9sent\u00e9e au s\u00e9minaire. Amsterdam. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.coe.int\/t\/dg4\/linguistic\/Source\/Pietro_Amsterdam.doc\">http:\/\/www.coe.int\/t\/dg4\/linguistic\/Source\/Pietro_Amsterdam.doc<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Djarangar, Djita Issa. 1998. De l\u2019introduction des langues nationales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif au Tchad\u00a0: quelques aspects techniques. Dans <em>Actes du colloque sur l\u2019introduction des langues nationales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif tchadien<\/em> (p.\u00a030-53). Darda, R\u00e9publique du Tchad et Association SIL.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Djihouessi<\/em><em>,<\/em> Blaise Coovi et <em>Da Cruz,<\/em> Maxime. 2014. Choix des langues de scolarisation en contexte multiculturel : cas de l\u2019Afrique francophone. <em>Lettres, Langues et linguistique<\/em>, 0(0), 8-9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Doutoum, Adoum. 2006. <em>Ethnies, langues, religions<\/em>. Paris\u00a0: Les \u00e9ditions J.A.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Duverger, Jean. 2005. <em>Enseignement en classe bilingue<\/em>. Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Edivanda, Mugrabi. 2010<em>. Pour un bilinguisme \u00e9quilibr\u00e9 dans les \u00e9coles\u00a0: exp\u00e9riences bilingues en Afrique francophone<\/em>. Communication pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Table ronde du XXIe Sommet de la Francophonie. Montreux.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fournier, Mathieu. 1998. Une exp\u00e9rience p\u00e9dagogique dans le Moyen-Chari au Tchad. <em>Travaux de Linguistique Tchadienne<\/em>, 3, 5-12.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dumont, Ren\u00e9. 1990. L\u2019Afrique noire est-elle perdue?. <em>Monde diplomatique<\/em>, 23.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gagliardi, Ra\u00fal. 1995. Des \u00e9l\u00e8ves bilingues en classe. <em>Revue internationale d\u2019\u00e9ducation de S\u00e8vres<\/em>, 7, 87-94.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gajo, Laurent et Mondada, Lorenza. 2000. <em>Interactions et acquisitions en contexte. Modes d\u2019appropriation de comp\u00e9tences discursives plurilingues par de jeunes immigr\u00e9s<\/em>. Fribourg\u00a0: Editions Universitaires Fribourg Suisse.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><em>Hamers<\/em>, Josiane et <em>Blanc, <\/em>Michel. 1983. <em>Bilingualit\u00e9 et bilinguisme<\/em>. Bruxelles\u00a0: Mardaga.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jasor, Ingrid. 2018. Le bilinguisme fran\u00e7ais-cr\u00e9ole au service de l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une nouvelle langue vivante en Guadeloupe\u00a0: l&rsquo;exemple de l&rsquo;anglais au c\u0153ur de la didactique int\u00e9gr\u00e9e des langues. M\u00e9moire, ESPE Guadeloupe-Ecole sup\u00e9rieure du Professorat et de l\u2019\u00e9ducation, Acad\u00e9mie de Guadeloupe.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenti, Thierry et Savoie-Zajc, Lorraine. 2000. Vers une formation globale \u00e0 la recherche. Dans Thierry, Karsenti et Lorraine, savoie-Zajc. Dans <em>Introduction \u00e0 la recherche en \u00e9ducation<\/em> (p.\u00a07-15). Qu\u00e9bec\u00a0: Les \u00c9ditions du CRP.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenti, Thierry et Savoie-Zajc, Lorraine. 2000. <em>Introduction \u00e0 la recherche en \u00e9ducation<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: CRP.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koko, Abderamane et Dewa, Goloum. 2001. Tchad. Dans <em>R\u00e9forme des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs et r\u00e9formes curriculaires<\/em>. UNESCO, en ligne <a href=\"http:\/\/www.ibe.unesco.org\/curriculum\/AfricaPdf\/IItchad\">http:\/\/www.ibe.unesco.org\/curriculum\/AfricaPdf\/IItchad<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">L\u00e9glise, Isabelle et Puren, Laurent. 2005. Usages et repr\u00e9sentations linguistiques en milieu scolaire guyanais. <em>Univers Cr\u00e9oles<\/em>, 5, 67-90.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moore, Daniel. 1996. Bou\u00e9es transcodiques en situation immersive ou comment interagir avec deux langues quand on apprend une langue \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole. <em>AILE, <\/em>7, 95-121.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngarsou, Voudina. 2013. La traduction p\u00e9dagogique et le bilinguisme fran\u00e7ais-anglais au Tchad\u00a0: utopie ou r\u00e9alit\u00e9?. <em>\u00c9ducation et soci\u00e9t\u00e9s plurilingues<\/em>, 34, 79-90.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mondada, Lorrenzo. 2000. La comp\u00e9tence de cat\u00e9gorisation\u00a0: proc\u00e9d\u00e9s situ\u00e9s de cat\u00e9gorisation des ressources linguistiques. Daans Martinez et Pekarek Doehler (dir.), <em>Notions en question\u00a0: les<\/em> <em>contacts de langues en didactique <\/em>(p.\u00a0123-138). Paris\u00a0: Didier Erudition.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nomaye, Madana. 2001. <em>Les Politiques \u00e9ducatives au Tchad<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piolat, Annie. 2004. La prise de notes\u00a0: \u00e9criture de l\u2019urgence. Dans Annie Piolat (dir.), <em>\u00c9criture. Approches en sciences cognitives <\/em>(p.\u00a0205-229). Aix-en-Provence\u00a0: Presses universitaires de Provence.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Postic, Marcel. 2001. La relation \u00e9ducative. Paris\u00a0: PUF<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Puren, Laurent. 2005. Enseignement et bilinguisme dans les \u00e9coles du haut Maroni. <em>Ethnies<\/em>, 31-32, 89-101.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Radi, Marco. 2002. <em>\u00c9ducation et formation au Tchad\u00a0:<\/em> <em>recueil d\u2019\u00e9tudes th\u00e9matiques, Politiques et strat\u00e9gies d\u2019\u00e9ducation<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000127413\">https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000127413<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Simbagoye, Athanase et Sow-Barry, A\u00efssatou. 1997. L\u2019\u00e9ducation en fran\u00e7ais aupr\u00e8s de groupes minoritaires \u00e0 travers le monde. <em>Revue des sciences de l\u2019\u00e9ducation<\/em>, 23(3), 665-682.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Trezeux, Guy. 1995. Enseignement bilingue et politique linguistique. <em>Revue internationale d&rsquo;\u00e9ducation de S\u00e8vres, <\/em>07. En ligne\u00a0: http:\/\/journals.openedition.org\/ries\/3972 DOI: 10.4000\/ries.3972<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">UNESCO. 2012. <em>Plan d\u2019action national d\u2019alphab\u00e9tisation du Tchad (2012-2015)<\/em>. Paris\u00a0: UNESCO.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mackey, William Fancis, 1997. Bilinguisme. Dans Marie-Louise Moreau (dir.), <em>Sociolinguistique\u00a0: les concepts de base<\/em>. Bruxelles : Mardaga.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/alhadji-mahamat\">Alhadji MAHAMAT<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est le tout premier Coordonnateur de l\u2019Annexe de la Facult\u00e9 des Sciences de l\u2019\u00c9ducation de l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9 \u00e0 Garoua (depuis mars 2018). Il est par ailleurs Chef de d\u00e9partement des Enseignements fondamentaux en \u00c9ducation (EFE) dans la m\u00eame facult\u00e9. Apr\u00e8s son Master 2 obtenu \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rouen en 2009 (France), il soutient en 2013 une Th\u00e8se de Doctorat PhD en sciences de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Franche-Comt\u00e9 de Besan\u00e7on (France). Il enseigne \u00e9galement au D\u00e9partement des Sciences de l\u2019\u00c9ducation \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure de l\u2019Universit\u00e9 de Maroua et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Virtuelle de N\u2019Djamena (Tchad). Ses axes de recherche portent principalement sur la p\u00e9dagogie, la didactique g\u00e9n\u00e9rale, la didactique des disciplines, le FLE, les pratiques d&rsquo;enseignement en milieu scolaire et universitaire, les langues maternelles ainsi que les TIC dans l\u2019enseignement\/apprentissage. Il est auteur de plusieurs articles. <br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-139-1\">On notera que certain\u00b7e\u00b7s auteurs et autrices restreignent l\u2019utilisation de <em>bilinguisme<\/em> \u00e0 la pratique de deux langues, et pr\u00e9f\u00e9reront parler, dans les autres cas, de <em>trilinguisme<\/em>, de <em>quadrilinguisme<\/em>, de <em>plurilinguisme<\/em>. Voir Mackey (1997, p. 61). <a href=\"#return-footnote-139-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":9,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["alhadji-mahamat"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[111],"license":[],"class_list":["post-139","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-bilinguisme","motscles-langue-denseignement","motscles-pratique-denseignement","motscles-tchad","motscles-universite","keywords-bilingualism","keywords-chad","keywords-teaching-language","keywords-teaching-practice","keywords-university","contributor-alhadji-mahamat"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/139","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":24,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/139\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":452,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/139\/revisions\/452"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/139\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=139"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=139"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=139"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=139"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}