{"id":171,"date":"2021-02-08T22:31:49","date_gmt":"2021-02-08T21:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=171"},"modified":"2023-04-11T12:19:30","modified_gmt":"2023-04-11T10:19:30","slug":"babena2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/babena2021\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexions sur le discours haineux\u00a0: la loi face \u00e0 la praxis langagi\u00e8re"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019observation de la carte des foyers de tension dans le monde, la multiplication des discours de haine (racisme, x\u00e9nophobie, menaces de guerre, etc.), leur amplification par les m\u00e9dias et le partage impulsif dans les r\u00e9seaux sociaux donnent l\u2019impression que le compteur de morts s\u2019affole, que le monde d\u00e9p\u00e9rit. La r\u00e9alit\u00e9, quant \u00e0 elle, peut-on lire dans un billet de Honnet (2018) \u00e9crit \u00e0 partir des donn\u00e9es d\u2019institutions s\u00e9rieuses, est diff\u00e9rente de l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se fait de la guerre \u2013 laquelle, au demeurant, est une haute manifestation du conflit.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Entre 1946 et 2007, d\u00e9couvre-t-on sous de la plume du billettiste, le nombre de morts caus\u00e9s par les armes a drastiquement baiss\u00e9 \u2013 passant d\u2019environ 700\u00a0000 \u00e0 moins de 50\u00a0000 \u2013 alors que l\u2019on a assist\u00e9 dans le m\u00eame temps \u00e0 une sophistication des armes. Ces chiffres, \u00e0 peine croyables, laissent penser que le monde conna\u00eet une nouvelle configuration du conflit, plus psychologique et plus effrayant au regard des facilit\u00e9s avec lesquelles la barbarie physique et verbale sont publicis\u00e9es. Au rang des actrices et acteurs les plus actif\u00b7ve\u00b7s, on d\u00e9nombre certain\u00b7e\u00b7s activistes et politiques, des populations politis\u00e9es, des supr\u00e9macistes, mais surtout des terroristes qui trouvent en les m\u00e9dias une opportunit\u00e9 de donner un visage \u00e0 la terreur. Le texte de droit appara\u00eet, dans ce climat de panique, comme l\u2019instrument de base pens\u00e9 pour faire face \u00e0 la menace. La solution juridique m\u00e9rite d\u00e8s lors d\u2019\u00eatre examin\u00e9e non pas de mani\u00e8re isol\u00e9e, mais en la confrontant \u00e0 la praxis communicationnelle. Ce faisant, elle met aussi en d\u00e9bat les fondements praxiques de la libert\u00e9 de parole qui s\u2019embo\u00eete elle-m\u00eame, avec celle de pens\u00e9e, dans la notion plus large de libert\u00e9 d\u2019expression. La prise de position sur les questions pol\u00e9miques appara\u00eet potentiellement comme une source de tension lorsqu\u2019elle s\u2019oppose, d\u2019une part, aux valeurs communes du groupe social ou de ses membres et, d\u2019autre part, lorsque l\u2019activit\u00e9 de production discursive, le ton et le sens des mots s\u2019\u00e9cartent d\u2019un sens social ou des pratiques langagi\u00e8res admises comme \u00e9tant correctes par un groupe. Mettre la loi face aux activit\u00e9s langagi\u00e8res produites en contexte de haine, c\u2019est analyser les corr\u00e9lations existantes entre la praxis linguistique et d\u2019autres m\u00e9canismes d\u2019influence sociale. Jacques Bres dira \u00e0 ce propos que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Parler de <em>praxis linguistique<\/em>, c\u2019est concevoir les ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques comme activit\u00e9s de production de sens reli\u00e9es aux autres praxis sociales\u00a0: <em>praxis manipulative-transformatrice<\/em> par laquelle l'homme transforme le monde, et <em>praxis socio-culturelle<\/em> par laquelle il r\u00e8gle socialement cette appropriation (Bres, 1998, p.\u00a022).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un monde globalis\u00e9 qui ne veut pas taire les particularit\u00e9s des entit\u00e9s constitutives de l\u2019ensemble, pourrait-on donner un statut universel \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, notion aux contours opaques, ou l\u2019appr\u00e9hender dans une perspective pluriverselle[footnote]Par opposition \u00e0 l\u2019\u00ab universalit\u00e9 monologique imp\u00e9riale \u00bb, la \u00ab pluriversalit\u00e9 d\u00e9coloniale [ouvre] sur la possibilit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e-autre et d\u2019un monde o\u00f9 entrent beaucoup de mondes \u00bb (Hurtado L\u00f3pez, 2009, paragr. 25). Appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse du discours, elle autorise ainsi des interpr\u00e9tations qui s\u2019affranchissent du sens commun ou des th\u00e8ses et cultures dominantes.[\/footnote] qui prendrait en compte les \u00e9volutions soci\u00e9tales et s\u2019adapterait aux cultures qui donnent vie \u00e0 la parole? L\u2019interrogation semble lointaine de mon objet, mais c\u2019est justement \u00e0 partir de cette libre expression que la haine se d\u00e9c\u00e8le; les un\u00b7e\u00b7s revendiquant la jouissance d\u2019un droit, les autres accusant les un\u00b7e\u00b7s d\u2019offense.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019approche du discours haineux, on le verra, ne saurait se d\u00e9partir de ce rapprochement et du crible pragma-linguistique de la r\u00e8gle de droit qui en fixe les bornes d\u00e9finitionnelles, essayant ainsi de circonscrire la libre expression de la pens\u00e9e tout en la distinguant de ce qui n\u2019en est qu\u2019un d\u00e9bordement. La construction implicite du vivre ensemble par le biais de l\u2019encadrement des outrages, qui prolif\u00e8rent entre autres dans la m\u00e9diasph\u00e8re, pourrait \u00eatre per\u00e7ue comme une tentative juridique d\u2019embrigader le franc-parler. La langue du droit \u2013 sa pr\u00e9cision en est commun\u00e9ment vant\u00e9e \u2013 ne tendrait-elle pas \u00e0 imposer une langue droite susceptible de freiner le g\u00e9nie de l\u2019appropriation de la langue par les locuteurs et locutrices pour user des petits et gros mots dont le retentissement rend visible une opinion d\u00e9rangeante? La complexit\u00e9 de la parole agissante rappelle la transversalit\u00e9 de l\u2019objet-parole dans les sciences humaines et sociales. J\u2019aimerais, pour ma part, analyser le rapport d\u2019influence qui existe entre la praxis communicationnelle et le texte juridique. Je prendrai quelques exemples dans l\u2019espace m\u00e9diatique pour illustrer mon propos. Les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9voqu\u00e9es sont principalement camerounaises ou fran\u00e7aises, mais elles peuvent aussi bien retrouver l\u2019actualit\u00e9 am\u00e9ricaine que celle du Moyen-Orient de quelque mani\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Libert\u00e9 d\u2019expression et discours de haine<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, il serait difficile d\u2019\u00e9voquer la libert\u00e9 d\u2019expression sans faire mention de la proposition principale de l\u2019article 19 de la <em>D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme<\/em> de 1948 dans lequel on peut lire que \u00ab\u00a0Tout individu a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019opinion et d\u2019expression\u00a0\u00bb. Le syntagme nominal \u00ab\u00a0tout individu\u00a0\u00bb renforce la valeur universalisante en levant l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 sur le genre sugg\u00e9r\u00e9e par la traduction fran\u00e7aise du titre de la d\u00e9claration. La forme abr\u00e9g\u00e9e \u00ab\u00a0libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0\u00bb s\u2019est ancr\u00e9e dans les usages en raison de la relation d\u2019inclusion des compl\u00e9ments \u00ab\u00a0expression\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0opinion\u00a0\u00bb, laquelle justifie l\u2019effacement naturel du second. L\u2019universalit\u00e9 de ce droit reste principiel dans la mesure o\u00f9 ses bornes et interpr\u00e9tations sont fonction des lois sp\u00e9cifiques aux \u00c9tats. Les cons\u00e9quences p\u00e9nales applicables \u00e0 un\u00b7e citoyen\u00b7ne saoudien\u00b7ne critiquant \u00e2prement Mohamed Ben Salman seraient diff\u00e9rentes si un\u00b7e Am\u00e9ricain\u00b7e affichait le m\u00eame comportement \u00e0 l\u2019endroit de Donald Trump.\u00a0En opposant la d\u00e9mocratie au monarchisme pour r\u00e9futer l\u2019exemple pr\u00e9c\u00e9dent, on n\u2019en donnerait qu\u2019une explication partielle. La libert\u00e9 d\u2019expression demeure certes la matrice universelle du principe puisqu\u2019elle souligne l\u2019enracinement de la pens\u00e9e critique chez l\u2019<em>homo loquens<\/em>, mais c\u2019est la loi qui fonde sa pluriversalit\u00e9. L\u2019article 11 de la <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> (DDHC, 1789), repris en \u00e9cho dans l\u2019article 19-1948, conserve le socle universel susmentionn\u00e9 et imprime les marques d\u2019une anthropologie juridique fran\u00e7aise qui, dans une perspective pluriverselle, ne saurait par exemple convenir au communautarisme africain (Eberhard, 2000). En consacrant la \u00ab libre communication des pens\u00e9es et des opinions \u00bb comme \u00e9tant l\u2019\u00ab un des droits les plus pr\u00e9cieux de l\u2019Homme \u00bb en 1789, le Conseil constitutionnel fran\u00e7ais a ainsi estim\u00e9 que les citoyen\u00b7ne\u00b7s fran\u00e7ais\u00b7e\u00b7s pourraient diversement s\u2019exprimer sur les questions qui engagent la vie sociale, mais devront pour autant \u00ab r\u00e9pondre de l\u2019abus de cette libert\u00e9 dans les cas d\u00e9termin\u00e9s par la Loi \u00bb. Les \u00c9tats peuvent \u00e9voquer le discours de haine par une palette de formules juridiques (atteinte, m\u00e9pris, provocation, incitation, outrage\u2026) dans la Constitution ou le Code p\u00e9nal et afficher, de mani\u00e8re frontale, une attitude r\u00e9pressive et p\u00e9nale (Cammilleri-Subrenat, 2002), mais la libert\u00e9 d\u2019expression est non fig\u00e9e, car elle provoque le d\u00e9bat au sujet des cas particuliers, inexplor\u00e9s ou rest\u00e9s impr\u00e9cis dans la loi et pousse parfois le juge constitutionnel ou la Cour supr\u00eame \u00e0 revoir la copie pour contenter les parties (Atherton, 1992; Fried, 2012). L\u2019assassinat des journalistes de <em>Charlie Hebdo<\/em> le 7 janvier 2015, consid\u00e9r\u00e9 par certain\u00b7e\u00b7s comme une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et par d\u2019autres comme une menace permanente qui p\u00e8serait d\u00e9sormais sur la vie des journalistes, a mis en \u00e9vidence les controverses de cette notion au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9moi (Girard, 2016).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les lois visant \u00e0 garantir la libert\u00e9 d\u2019expression s\u2019emploient donc \u00e0 refuser d\u2019interdire l\u2019\u00e9laboration de la pens\u00e9e d\u00e9rangeante quoiqu\u2019elles soient plus ou moins accompagn\u00e9es d\u2019un corpus co(n)textuel, ou d\u2019un dispositif juridico-constitutionnel, qui fixent les interdits et arbitrent les restrictions excessives. Quoique les grands principes universalistes donnent un fondement ontologique \u00e0 l\u2019acte de parole, ils marquent insuffisamment le point de d\u00e9part de la parole outrageante qui devient du discours haineux apr\u00e8s les interpr\u00e9tations qui en sont faites dans les lois ou par ceux et celles qui en sont socialement garant\u00b7e\u00b7s. Selon la th\u00e9orie de l\u2019action (Bouchard, 2006; M.\u00a0Girard, 2007), la libert\u00e9 d\u2019expression ne peut se d\u00e9partir d\u2019une libert\u00e9 d\u2019action. Et il semble que le d\u00e9sir d\u2019agir avec l\u2019intention de modifier un \u00e9tat du monde est m\u00eame celui qui provoque l\u2019expression.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression, \u00e9crit Charles Girard, entretient aussi un lien \u00e9troit avec l\u2019action. S\u2019exprimer face \u00e0 autrui, c\u2019est souvent agir sur lui, d\u2019une fa\u00e7on qui alt\u00e8re ses affects, ses opinions ou ses propres actions. Or, ces effets de l\u2019acte expressif peuvent \u00eatre nuisibles. Si le lien de l\u2019expression \u00e0 la pens\u00e9e motive qu\u2019on la prot\u00e8ge contre les interf\u00e9rences \u00e9tatiques, son rapport \u00e0 l\u2019action implique donc que cette protection ne peut \u00eatre absolue (C.\u00a0Girard, 2016, p.\u00a018).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans une self-vid\u00e9o[footnote]Toujours disponible sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=KWidRAQIAMk\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=KWidRAQIAMk<\/a> \u00e0 la date du 15\/08\/2020.[\/footnote], on peut voir un livreur de la soci\u00e9t\u00e9 FedEx en larmes pour avoir \u00e9t\u00e9 insult\u00e9 \u00ab\u00a0nigger\u00a0\u00bb (n\u00e8gre) par un homme blanc qui lui a crach\u00e9 dessus par la m\u00eame occasion[footnote]Bien qu\u2019il existe des diff\u00e9rences de connotation entre le mot \u00ab\u00a0nigger\u00a0\u00bb et l\u2019\u00e9quivalent fran\u00e7ais \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb, selon le territoire et les circonstances d\u2019\u00e9nonciation, il faut n\u00e9anmoins signaler que les deux termes pourraient traduire en contexte la haine ou le m\u00e9pris de celui ou celle qui l\u2019utilise.[\/footnote]. Quoique la charge connotative du terme ait \u00e9t\u00e9 amenuis\u00e9e par son usage dans la culture hip-hop et le mouvement philosophico-artistique de la n\u00e9gritude, la violence de cette interaction verbale entre Brandon Brackins et son agresseur est raviv\u00e9e par les manifestations li\u00e9es \u00e0 la mort de George Floyd et, partant, le mouvement Black Lives Matter (Keeanga-Yamahtta, 2017). Le discours \u00e0 l\u2019origine des souffrances du livreur s\u2019enrichit certes d\u2019un contexte historique qui \u00e9voque la m\u00e9moire cognitive de l\u2019esclavage et de toutes les injustices dont les peuples noirs ont \u00e9t\u00e9 victimes \u00e0 travers l\u2019histoire, mais c\u2019est la situation de communication \u2013 prise au sens de l\u2019ensemble des circonstances imm\u00e9diates qui entourent cet acte de communication (Portine, 2017) \u2013 qui provoque la charge offensive et communique un sentiment de haine \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le monde se mobilise pour interroger et r\u00e9parer symboliquement les affres de ce pass\u00e9 douloureux. Dans son rapport \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, le mot \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb aurait pu traduire la libert\u00e9 qu\u2019un individu dispose de se repr\u00e9senter un autre \u00e0 partir du moment o\u00f9 il n\u2019est pas explicitement p\u00e9nalis\u00e9 dans la loi am\u00e9ricaine. Il pourrait potentiellement neutraliser sa valeur mena\u00e7ante en s\u2019habillant d\u2019une rh\u00e9torique soucieuse du respect de l\u2019autre. Cependant, le crachat qui l\u2019accompagne rel\u00e8ve explicitement du m\u00e9pris puisqu\u2019il octroie \u00e0 l\u2019agresseur un droit que ne lui garantit nullement sa libert\u00e9 d\u2019expression. \u00ab\u00a0Le m\u00e9pris, comme le rappellent Genevi\u00e8ve Bernard Barbeau et Claudine Mo\u00efse, est d\u2019autant plus destructeur qu\u2019il r\u00e9active chez le m\u00e9pris\u00e9 des blessures plus ou moins conscientes qui vont accuser chez lui le sentiment d\u2019\u00eatre m\u00e9prisable\u00a0\u00bb (2020, paragr. 2).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9l\u00e9ments pour l\u2019analyse du discours de haine<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si on exclut la cat\u00e9gorie de haines dites silencieuses, parce que non exprim\u00e9es, l\u2019on pourrait avancer que la haine fait corps avec le discours \u00e0 telle enseigne qu\u2019elle deviendrait imperceptible si elle venait \u00e0 en \u00eatre d\u00e9partie. On n\u2019y aurait tout simplement pas ou difficilement acc\u00e8s, car le niveau non verbal indiquerait visiblement des \u00e9motions (peur, m\u00e9pris, col\u00e8re) dont les gestes porteurs auront besoin d\u2019\u00eatre combin\u00e9s et associ\u00e9s au dire pour produire de la signification. Le discours de haine devient s\u00e9mantiquement pertinent avec l\u2019explicitation du compl\u00e9ment \u00ab\u00a0haine\u00a0\u00bb et l\u2019isolement de ses traits caract\u00e9ristiques. En fait, la haine est une \u00e9motion, un \u00ab\u00a0sentiment violent qui pousse \u00e0 vouloir du mal \u00e0 quelqu\u2019un et \u00e0 se r\u00e9jouir du mal qui lui arrive\u00a0\u00bb (<em>Le Petit Robert<\/em>). Il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une haine <em>pour<\/em> ou <em>contre<\/em> quelqu\u2019un\u00b7e ou quelque chose. Dans une certaine mesure, l\u2019individu peut \u00eatre envahi par un ressentiment violent et permanent qu\u2019il pourrait traduire par la construction absolue \u00ab\u00a0avoir la haine\u00a0\u00bb. L\u2019intelligibilit\u00e9 de cette derni\u00e8re s\u2019op\u00e8re, entre autres, par une assimilation au d\u00e9go\u00fbt, \u00e0 la r\u00e9pulsion, \u00e0 la r\u00e9pugnance, \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, au ressentiment et est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e dans les compositions comportant ou se rapportant \u00e0 la base savante <em>-phobie<\/em>. Une part importante des phobies, dira-t-on, se nourrit d\u2019un sentiment de haine qui peut \u00eatre dirig\u00e9 contre une race (racisme, n\u00e9grophobie), une cat\u00e9gorie sexuelle (homophobie, misogynie), une religion (islamophobie), un peuple (antis\u00e9mitisme), etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si la gestualit\u00e9 peut trahir cette aversion comme le traduit l\u2019expression \u00ab\u00a0regard haineux\u00a0\u00bb, c\u2019est surtout dans le dire qu\u2019on pourra v\u00e9ritablement mesurer sa force illocutoire, vers qui est-ce qu\u2019elle est dirig\u00e9e, d\u00e9terminer la nature du mal et l\u2019origine de ce qui divise. La t\u00e9nacit\u00e9 des passions qui tiennent l\u2019humain et l\u2019incitent \u00e0 se venger de l\u2019autre s\u2019enrobe dans l\u2019expression discursive. Par glissement, l\u2019on admettra que le discours haineux proc\u00e8de, dans son fonctionnement, par quelques op\u00e9rations \u00e9nonciatives, d\u00e9duites des traits pragmatiques de la notion de discours (Maingueneau, 2002), \u00e0 savoir l\u2019<em>orientation<\/em>, l\u2019<em>action<\/em>, l\u2019<em>interactivit\u00e9<\/em>, l\u2019<em>interdiscursivit\u00e9<\/em>, la <em>contextualisation<\/em>, la <em>prise en charge<\/em> et la <em>modalisation<\/em>. C\u2019est en premier un discours orient\u00e9 qui implique un auditoire composite. Dans le camp de l\u2019\u00e9nonciateur ou de l\u2019\u00e9nonciatrice, il y a les personnes qui partagent la m\u00eame vision du monde et qui participent souvent \u00e0 distiller la haine. Les destinataires sont tr\u00e8s souvent des ennemi\u00b7e\u00b7s et, dans une certaine mesure, les politiques qui, selon leur rapport au pouvoir, peuvent arbitrer le jeu en appelant \u00e0 l\u2019\u00e9laboration ou l\u2019application des lois ou par une prise de position politique. Interne \u00e0 la langue selon le postulat de Ducrot (Anscombre &amp; Ducrot, 1980; Ducrot, 1980, 2005), l\u2019op\u00e9ration d\u2019orientation permet d\u2019entrevoir l\u2019\u00e9laboration du discours haineux et de d\u00e9terminer dans le sens des mots la mani\u00e8re dont s\u2019articule la charge haineuse.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En forgeant l\u2019entreprise de d\u00e9nigrement, l\u2019orientation provoque par le m\u00eame coup la r\u00e9action des victimes, des personnes, associations et personnalit\u00e9s engag\u00e9es dans la d\u00e9fense des droits de l\u2019humain et des politiques de tous bords. Cette dimension s\u2019inscrit dans le cadre de l\u2019interactivit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e en amont; la parole publique devient ainsi l\u2019enjeu de la pol\u00e9mique et le moyen par lequel il faut amorcer le d\u00e9but d\u2019une activit\u00e9 r\u00e9paratrice (Goffman, 1973a, 1973b). Les actions symboliques port\u00e9es par le discours de haine expliquent l\u2019obligation de r\u00e9ponse, laquelle prend des formes diverses selon le niveau de d\u00e9mocratisation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, en fonction des lois ou des cultures. Elles sont dialogiquement textualis\u00e9es par voie orale, scripturale ou avec des images, mais ont surtout besoin d\u2019un contexte pour activer l\u2019hostilit\u00e9, heurter les sensibilit\u00e9s et interagir avec les opinions qui s\u2019opposent. La centralit\u00e9 du langage est donc une raison suffisante pour motiver l\u2019\u00e9tude des incitations \u00e0 la haine, mais \u00e9galement pour comprendre le faisceau de relations du discours haineux (Cammilleri-Subrenat, 2002, p.\u00a0513). Le dialogue r\u00e9el ou potentiel \u2013 \u00e0 partir des savoirs, st\u00e9r\u00e9otypes et croyances \u2013 structure ce dernier qui, m\u00eame de fa\u00e7on anodine, provoque des effets sur la sc\u00e8ne politique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La paraphrase du chef de la propagande nazie Joseph Goebbels \u2013 sous fond sonore d\u2019une musique de Wagner, compositeur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d\u2019Hitler \u2013 a forc\u00e9 le secr\u00e9taire br\u00e9silien \u00e0 la culture Roberto Alvim \u00e0 d\u00e9missionner[footnote] Voir <a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/am\u00e9riques\/20200117-br\u00e9sil-secr\u00e9taire-culture-roberto-alvim-d\u00e9missionne-discours-inspir\u00e9-goebbels\">https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/am\u00e9riques\/20200117-br\u00e9sil-secr\u00e9taire-culture-roberto-alvim-d\u00e9missionne-discours-inspir\u00e9-goebbels<\/a> [\/footnote] le 17 janvier 2020 en raison des entrelacs discursifs qui \u00e9voquent sans aucun doute un important \u00e9pisode de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Le projet initial du locuteur, qui entendait donner de l\u2019aura \u00e0 la culture br\u00e9silienne, s\u2019est estomp\u00e9 avec les mots et les codes du nazisme. Un examen prax\u00e9ologique furtif (Vernant, 2017), en tant qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019action, donne un arri\u00e8re-plan enrichi d\u2019informations intextuelles (musique, gestes) qui, dans un effet miroir, renvoie \u00e0 une image r\u00e9pugnante de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 (nazisme).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exemple de Roberto Alvim fait appara\u00eetre les relations interdiscursives du discours de haine. Il existerait vraisemblablement un avant-discours-haineux qui en constitue la m\u00e9moire ou qui rel\u00e8ve de l\u2019ordre des id\u00e9es re\u00e7ues. La m\u00e9moire assurerait ainsi le rapport aux faits, situ\u00e9s dans le temps et l\u2019espace, interpr\u00e9tables en termes d\u2019\u00e9v\u00e9nements (Possenti, 2011, paragr. 17) potentiellement conflictog\u00e8nes pour une situation pr\u00e9caire de vivre ensemble. Les id\u00e9es re\u00e7ues s\u2019abreuvent dans la m\u00e9moire historique des peuples dont la mat\u00e9rialit\u00e9 est per\u00e7ue dans les \u00ab Pr\u00e9jug\u00e9s, clich\u00e9s, images allusives, all\u00e9gories, repr\u00e9sentations, topo\u00ef, traditions, pr\u00eats-\u00e0-porter de l\u2019esprit, st\u00e9r\u00e9otypes, doxa, dogmes, consensus th\u00e9oriques, mythes, par\u00e9mies \u2013 populaires, scientifiques et publicitaires \u2013, proph\u00e9ties, etc. \u00bb (Mbassi At\u00e9ba, 2012, p. 7). Face \u00e0 ces sources, le sujet \u00e9nonciateur se positionne plus ou moins consciemment par les mots qu\u2019il choisit, mais les circonstances d\u2019\u00e9nonciation restent d\u00e9cisives dans la mesure o\u00f9 le contenu informationnel est n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9termination de la prise en charge (PEC).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour approcher le discours haineux, il faudrait d\u2019abord prendre la PEC <em>lato sensu<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9nonciateur se positionne par rapport aux r\u00e9f\u00e9rentiels pol\u00e9miques entendus comme les \u00ab\u00a0th\u00e8mes et les probl\u00e8mes tels qu\u2019ils sont produits par le discours, v\u00e9hicul\u00e9s au travers d\u2019\u00e9nonc\u00e9s, et susceptibles d\u2019\u00eatre reconnus comme jeux politiques op\u00e9ratoires\u00a0\u00bb (Oliv\u00e9si, 1994, p.\u00a011-12). Est-il pour ou contre l\u2019homosexualit\u00e9, l\u2019ind\u00e9pendance des femmes, la violence polici\u00e8re sur les hommes et femmes de couleur\u2026 ou affiche-t-il simplement une attitude de tol\u00e9rance? S\u2019il ne faut toujours pas s\u2019attendre \u00e0 ce que ce positionnement soit explicitement \u00e9nonc\u00e9, il est encore pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas assimiler la libert\u00e9 d\u2019opinion au discours haineux. Pour ce faire, il convient \u00e0 ce niveau d\u2019int\u00e9grer la modalisation dans l\u2019analyse en consid\u00e9rant cette fois-ci la prise en charge<em> stricto sensu<\/em>, laquelle permet de mettre en \u00e9vidence les diff\u00e9rents points de vue (PDV) et le positionnement de chaque \u00e9nonciateur vis-\u00e0-vis d\u2019eux (Coltier <em>et al.<\/em>, 2009). Cette perspective d\u00e9boucherait ainsi sur des analyses fines qui donneraient \u00e0 voir, \u00e0 partir du dire d\u2019un locuteur, le positionnement des \u00e9nonciateurs vis-\u00e0-vis des PDV mis en \u00e9vidence\u00a0: engagement <em>vs<\/em> d\u00e9sengagement (Descl\u00e9s, 2009), accord, d\u00e9saccord, pris en compte (Rabatel, 2009).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Praxis et haine tribale\u00a0: retour sur une actualit\u00e9<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La diversit\u00e9 ethnique et culturelle du Cameroun, tr\u00e8s souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme une richesse, a montr\u00e9 des limites \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 07 octobre 2018. La p\u00e9riode pr\u00e9\u00e9lectorale et la crise qui s\u2019en est suivie ont exacerb\u00e9 les tensions tribales sur fond de lutte politique. La prise de parole du candidat Maurice Kamto, officiellement arriv\u00e9 deuxi\u00e8me, devant le Conseil constitutionnel, est un \u00e9pisode particulier puisqu\u2019il pose sur l\u2019espace public le probl\u00e8me de l\u2019ethnicisation du pouvoir et partant, celui de la discrimination vraie ou fausse li\u00e9e \u00e0 la tribu. Pour rappel, cette question n\u2019est pas une nouveaut\u00e9 en soi dans le contexte camerounais si on se fie \u00e0 certaines sources journalistiques[footnote]Voir par exemple la une du num\u00e9ro 22 de <em>Le Bamil\u00e9k\u00e9<\/em> de f\u00e9vrier 1957\u00a0: \u00ab\u00a0La chasse aux Bamil\u00e9k\u00e9s va-t-elle durer encore longtemps?\u00a0\u00bb[\/footnote]. L\u2019on apprend des r\u00e9v\u00e9lations de Wikileaks que certains hauts fonctionnaires seraient par exemple favorables \u00e0 l\u2019exclusion de certaines communaut\u00e9s du fauteuil pr\u00e9sidentiel, les Bamil\u00e9k\u00e9s et le groupe beti\/bulu en l\u2019occurrence[footnote]Le journal <em>Jeune Afrique<\/em> revient sur les faits\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/179484\/politique\/cameroun-quand-wikileaks-affole-les-m-dias\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/179484\/politique\/cameroun-quand-wikileaks-affole-les-m-dias<\/a>\/[\/footnote]. Cette exclusion sugg\u00e8re une politisation secr\u00e8te de la haine. La parole ext\u00e9riorise verbalement cette derni\u00e8re. Elle peut aussi provoquer des fl\u00e9trissures et contribuer \u00e0 construire une histoire du d\u00e9go\u00fbt de l\u2019autre. Elle peut se faire discr\u00e8te en se d\u00e9ployant dans les cercles fascistes[footnote]Le podcast \u00ab\u00a0Gardiens de la paix\u00a0\u00bb d\u2019Ilham Maad (2020) revient sur le scandale d\u2019une unit\u00e9 de police d\u2019escorte \u00e0 Rouen majoritairement form\u00e9e des racistes, fascistes et supr\u00e9macistes blancs\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/098692-000-A\/violences-et-racisme-la-police-francaise-pointee-du-doigt\">https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/098692-000-A\/violences-et-racisme-la-police-francaise-pointee-du-doigt<\/a>\/[\/footnote]. On y voit, dans de tels cas, une autocensure du discours de haine influenc\u00e9 soit par les mesures p\u00e9nales, soit par une aversion sociale de la m\u00e9sestime d\u2019autrui.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par-del\u00e0 l\u2019historicit\u00e9 de la haine, le verbe se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un d\u00e9clencheur de l\u2019action juridique. Entre lui et cette derni\u00e8re, il y a soit l\u2019offense de l\u2019acte langagier, soit le rappel des cons\u00e9quences des effets discriminants du discours de haine. Dans un cas comme dans l\u2019autre, les \u00e9v\u00e9nements langagiers doivent se produire dans un cadre situationnel suffisamment important pour provoquer la r\u00e9ponse juridique, laquelle doit elle-m\u00eame transiter par un acte politique fort. Ils peuvent \u00eatre aid\u00e9s en cela par les m\u00e9dias comme ce fut le cas du probl\u00e8me bamil\u00e9k\u00e9 soulev\u00e9 dans la plaidoirie de Maurice Kamto. Pour cet homme politique, le r\u00e9f\u00e9rentiel conflictuel \u00e0 partir duquel se nourrit la haine est l\u2019appartenance \u00e0 cette ethnie. En d\u00e9clinant son identit\u00e9 dans les premiers mots prononc\u00e9s devant le Conseil constitutionnel, \u00ab Suivant notre nomenclature ethnique au Cameroun, je suis Bamil\u00e9k\u00e9 \u00bb, il met implicitement en lumi\u00e8re les stigmates greff\u00e9s sur le \u00ab moi \u00bb porteur de la parole politique et du peuple bamil\u00e9k\u00e9 qui d\u00e9finit d\u00e9sormais l\u2019identit\u00e9 sociale et politique de celui-ci (Goffman, 1975). La pr\u00e9position \u00ab suivant \u00bb indique qu\u2019une premi\u00e8re source aurait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une \u00ab nomenclature ethnique \u00bb, laquelle le rattache au moment de l\u2019\u00e9nonciation \u00e0 l\u2019ethnie Bamil\u00e9k\u00e9. Il y a dans cette proposition un usage subtil de l\u2019imputation qui permet \u00e0 ce locuteur de n\u00e9gocier un positionnement non querell\u00e9 qu\u2019il introduit par le connecteur argumentatif \u00ab mais \u00bb dans la phrase suivante : \u00ab Mais je me suis toujours consid\u00e9r\u00e9 comme Camerounais avant toute chose \u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par imputation, Rabatel d\u00e9signe une prise en charge \u00ab\u00a0<em>\u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e<\/em>, parce que construite par le locuteur premier, attribu\u00e9e par lui \u00e0 un locuteur\/\u00e9nonciateur second qui peut toujours all\u00e9guer qu\u2019il n\u2019est pas responsable d\u2019un PDV que L1\/E1 lui a imput\u00e9 \u00e0 tort\u00a0\u00bb (2009, p.\u00a074). Ce faisant, Kamto opte pour une certaine neutralit\u00e9 (Camerounais) quoiqu\u2019il actionne le levier politique en rappelant, devant la plus haute instance habilit\u00e9e \u00e0 se prononcer sur le vainqueur de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle au Cameroun, les discours de haine qui circulent dans les r\u00e9seaux sociaux sur fond d\u2019opposition Bamil\u00e9k\u00e9s vs Beti\/Bulu\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Si pour \u00eatre Bulu il faut passer un concours, dites-moi quel concours alors, je veux le passer pour devenir moi aussi Bulu\u00a0\u00bb. Bien qu\u2019il soit impossible d\u2019examiner en profondeur les diff\u00e9rentes op\u00e9rations impliqu\u00e9es par cette plaidoirie connect\u00e9e au tissu discursif haineux rendu visible sur internet, l\u2019on peut n\u00e9anmoins rappeler qu\u2019elle a forc\u00e9 l\u2019instance gouvernante \u00e0 regarder la haine tribale comme une entrave au vivre ensemble. Prenant la parole devant le m\u00eame Conseil, Gr\u00e9goire Owona, alors ministre du Travail, n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019interroger le d\u00e9sir de Kamto d\u2019opposer les Bulu aux Bamil\u00e9k\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que Bulu et Bamil\u00e9k\u00e9 viennent chercher ici ce soir?\u00a0\u00bb Entre soup\u00e7ons et retournements de soup\u00e7ons, le moins qu\u2019on puisse retenir c\u2019est que cet \u00e9pisode politique semble avoir contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019escalade de la haine tribale en levant un pan de voile sur le tabou des tensions intercommunautaires. En tout \u00e9tat de cause, la loi no 2019\/020 du 24 d\u00e9cembre 2019, adopt\u00e9e \u00e0 la suite de ces d\u00e9rives, s\u2019inscrit dans cette volont\u00e9 politique de construire le vivre ensemble.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">P\u00e9nalisation du discours haineux<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019observation, le texte de droit, qui est l\u2019un des principaux instruments de lutte contre le discours haineux, est produit \u00e0 la suite d\u2019une r\u00e9currence d\u2019\u00e9v\u00e9nements langagiers qui sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019une indignation individuelle et\/ou collective. Les lois p\u00e9nalisant le discours entendent alors consolider le vivre ensemble en jouant en amont sur la dissuasion et en op\u00e9rant en aval par la punition. Cette derni\u00e8re a une fonction r\u00e9paratrice pour les victimes et dessine symboliquement de nouvelles fronti\u00e8res \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. L\u2019action politique a ainsi pour enjeu d\u2019assurer dor\u00e9navant la veille polici\u00e8re sur les opinions publiques. Elle s\u2019inscrit tr\u00e8s souvent \u00e0 la suite des d\u00e9rapages marqu\u00e9s d\u2019outrage, mais elle vient soit combler un vide juridique, soit se renouveler et s\u2019adapter aux mutations sociales ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019apparition de nouvelles formes de discours de haine, lesquelles peuvent \u00eatre tributaires de l\u2019utilisation de nouveaux m\u00e9dias. C\u2019est une lecture qui s\u2019inf\u00e8re d\u00e8s l\u2019intitul\u00e9 de la loi no 2019\/020 du 24 d\u00e9cembre 2019 \u2013 qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0loi sur le vivre ensemble\u00a0\u00bb par certain\u00b7e\u00b7s observateurs et observatrices au regard de l\u2019accroissement des d\u00e9rives langagi\u00e8res mena\u00e7ant le vivre ensemble au Cameroun \u2013 qui modifie et compl\u00e8te \u00ab\u00a0CERTAINES DISPOSITIONS DE LA LOI NO 2016\/007 DU 12 JUILLET PORTANT CODE P\u00c9NAL\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Code p\u00e9nal du 12 juillet 2016, promulgu\u00e9 par la loi no 2016\/007, entendait d\u00e9j\u00e0 punir la haine, qu\u2019il a class\u00e9e dans la cat\u00e9gorie des outrages dans son article 241. \u00c0 cette date, il semble que la couleur de la peau et l\u2019appartenance raciale \u00e9taient les principaux lieux d\u2019expression de l\u2019aversion pour autrui. Le rapport entre les communaut\u00e9s ne montrait aucune fissure apparente qui aurait n\u00e9cessit\u00e9 que le l\u00e9gislateur s\u2019y penche pour \u00e9viter la rupture. En d\u2019autres termes, il n\u2019existait aucune menace visible au vivre ensemble ethnique et tribal. Du point de vue de la th\u00e9orie de la communication, l\u2019outrage \u2013 d\u00e9fini \u00e0 l\u2019article 152 du Code p\u00e9nal comme \u00e9tant \u00ab La diffamation, l\u2019injure ou la menace faites soit par des gestes, ou cris prof\u00e9r\u00e9s dans des lieux ouverts au public \u00bb \u2013 est ramen\u00e9 \u00e0 un acte mena\u00e7ant ou offensant appel\u00e9 <em>Face Threatening Act<\/em> (FTA) selon la terminologie anglaise. Les FTAs peuvent \u00eatre de nature verbale et\/ou non verbale.\u00a0Si la verbalisation de la haine appara\u00eet comme le pivot du discours haineux, elle ne repr\u00e9sente heureusement pas la condition <em>sine qua non<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout le probl\u00e8me de la p\u00e9nalisation du discours de haine r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 restreindre le champ de la libert\u00e9 d\u2019expression, si ch\u00e8re \u00e0 l\u2019esprit et \u00e0 la lettre m\u00eame de la d\u00e9mocratie, au point o\u00f9 l\u2019on vient \u00e0 admettre que le discours politique ne peut s\u2019\u00e9panouir que dans le cadre de cette libert\u00e9 (Verpeaux, 2008, p.\u00a0237). La soci\u00e9t\u00e9 et la classe politique peuvent s\u2019accorder sur le constat d\u2019une prolif\u00e9ration des contenus haineux, mais l\u2019acte de l\u00e9gif\u00e9rer devient un processus difficile dans lequel se t\u00e9lescopent divers int\u00e9r\u00eats (politique, \u00e9conomique, id\u00e9ologique, etc.). On a pu l\u2019observer en France avec la Loi Avia qui entendait s\u2019attaquer \u00e0 la cyberhaine. Malgr\u00e9 les r\u00e9serves de la Commission nationale consultative des droits de l\u2019Homme (CNCDH) en juillet 2019 sur les menaces \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, le texte a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise le 13 mai 2020 pour finalement \u00eatre retoqu\u00e9 le 18 juin 2020 pour les raisons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es par le CNCDH.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, les restrictions induites par les lois anti-haine r\u00e9duisent les champs des possibles de la pens\u00e9e, des sarcasmes et quolibets politiques puisqu\u2019elles interdisent certaines allusions ou comparaisons \u00e0 cause du passif historique du comparant. En l\u2019absence d\u2019un cadre l\u00e9gislatif, ces interdits peuvent \u00eatre implicites ou d\u2019ordre moral et rappeler la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u00e9gif\u00e9rer. C\u2019est dans ce sillage que l\u2019on peut inscrire le d\u00e9rapage de Jean de Dieu Momo, homme politique camerounais qui explique que, de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019\u00ab\u00a0arrogance\u00a0\u00bb juive aurait motiv\u00e9 l\u2019holocauste, l\u2019attitude de son groupe ethnique pourrait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019une guerre d\u2019extermination\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On raconte qu\u2019en Allemagne, il y avait un peuple qui \u00e9tait tr\u00e8s riche, qui avait tous les leviers \u00e9conomiques, c\u2019\u00e9tait n\u2019est-ce pas les juifs et qu\u2019ils \u00e9taient d\u2019une arrogance. [\u2026] Ils \u00e9taient d\u2019une arrogance telle que les Allemands se sentaient frustr\u00e9s. Puis un jour est venu un certain Hilter qui a mis, n\u2019est-ce pas ces populations-l\u00e0 dans les chambres \u00e0 gaz (Jean de Dieu Momo, \u00ab\u00a0Actualit\u00e9s Hebdo\u00a0\u00bb du 03 f\u00e9vrier 2019, <em>CRTV<\/em>).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le contexte post-\u00e9lectoral, marqu\u00e9 par les tensions \u00e9voqu\u00e9es en amont, a gliss\u00e9 \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme. La r\u00e9action de l\u2019ambassade d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 Yaound\u00e9, par voie de communiqu\u00e9 \u00e0 la suite de cette sortie m\u00e9diatique, est \u00e0 inscrire parmi les actions politiques ant\u00e9rieures au renforcement des mesures p\u00e9nales sur les outrages.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La modification de l\u2019article 241 du Code p\u00e9nal, dans sa version du 24 d\u00e9cembre de 2019, vise la prise en compte, \u00e0 l\u2019alin\u00e9a (2), des \u00ab\u00a0r\u00e9seaux sociaux ou de tout autre moyen susceptible d\u2019atteindre le public\u00a0\u00bb, en plus des m\u00e9dias traditionnels (presse, radio, t\u00e9l\u00e9vision), comme moyen de diffusion de la haine. Tout en int\u00e9grant l\u2019apparition du canal qui a largement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 au Cameroun pour attiser cette derni\u00e8re, elle trouve une formulation qui prend en compte les voies de communication non encore connues \u00e0 ce jour. L\u2019outrage \u00e0 la tribu et \u00e0 l\u2019ethnie, d\u00e9sormais r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 \u00e0 l\u2019article 241-1 du Code p\u00e9nal, est le v\u00e9ritable compl\u00e9ment qui vient \u00e9tayer les nouvelles formes d\u2019expression de la haine ayant cours dans les r\u00e9seaux sociaux. Le texte l\u00e8ve le voile sur l\u2019ethnofascisme (Mono Ndjana, 1987) longtemps rest\u00e9 tabou alors m\u00eame que les tensions ethniques, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes du temps du nationalisme ind\u00e9pendantiste, ont \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9es au fil des luttes politiques. L\u2019outrage aux tribus et aux ethnies conforte intrins\u00e8quement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une expertise linguistique dans la mesure o\u00f9 l\u2019article 241-1, dans son alin\u00e9a premier, entend condamner toute personne qui \u00ab\u00a0tient des discours de haine et proc\u00e8de \u00e0 des incitations \u00e0 la violence\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Perspectives pour une expertise linguistique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019apport de la linguistique dans les proc\u00e9dures l\u00e9gales est une r\u00e9alit\u00e9 depuis les ann\u00e9es 70 dans les juridictions anglo-saxonnes. Par contre, en France comme dans de nombreux pays francophones, cette expertise n\u2019est gu\u00e8re consid\u00e9r\u00e9e bien qu\u2019on enregistre de plus en plus des travaux qui rappellent avec force le lien entre le linguistique et le juridique (Chatillon, 2002; Fometeu <em>et al.<\/em>, 2018; Lagorgette, 2010a). La langue des textes juridiques, les discours prononc\u00e9s dans les proc\u00e9dures judiciaires et la participation des linguistes en tant que t\u00e9moins expert\u00b7e\u00b7s sont les principaux champs de la <em>forensic linguistics<\/em> ou linguistique l\u00e9gale (Coulthard, 2010). En d\u00e9pit des r\u00e9sultats obtenus dans ces diff\u00e9rents domaines, les juridictions de droit romain, comme le souligne Dominique Lagorgette, privil\u00e9gient la dimension testimoniale lorsqu\u2019elles font appel aux linguistes pour se prononcer sur les \u00e9l\u00e9ments linguistiques d\u2019un dossier judiciaire. Cette insuffisante prise en compte des comp\u00e9tences techniques d\u00e9velopp\u00e9es en sciences du langage am\u00e8ne l\u2019autrice \u00e0 demander une r\u00e9vision de leur r\u00f4le dans les tribunaux afin qu\u2019on puisse v\u00e9ritablement parler d\u2019une expertise linguistique; ou tout au moins, des \u00ab\u00a0\u2018\u2018t\u00e9moins \u00e8s qualit\u00e9\u2019\u2019 (\u00e0 savoir les t\u00e9moins cit\u00e9s pour leurs comp\u00e9tences professionnelles et non pour leur connaissance personnelle du pr\u00e9venu)\u00a0\u00bb (Lagorgette, 2010b, p.\u00a087).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, s\u2019il revient au juge d\u2019appliquer la loi pour sanctionner le discours de haine, il faut bien reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019est pas forc\u00e9ment outill\u00e9 pour analyser le mat\u00e9riau langagier \u00e0 partir duquel il devra \u00e9tablir la culpabilit\u00e9 du pr\u00e9sum\u00e9 ou de la pr\u00e9sum\u00e9e coupable de l\u2019un des comportements d\u00e9crits et incrimin\u00e9s dans les articles 241 et 241-1 du Code p\u00e9nal camerounais cit\u00e9s en amont. Parmi les expertises mobilisables, les sciences du langage devraient avoir voix au chapitre dans la mesure o\u00f9 ce sont les faits langagiers qui sont discut\u00e9s. J\u2019inscris ce plaidoyer dans une tendance peu affirm\u00e9e d\u2019un paradigme \u00e9mergent de ce domaine. Quoique la d\u00e9fense des langues et des populations s\u2019av\u00e8re la principale pr\u00e9occupation de l\u2019approche linguistique du d\u00e9veloppement, il serait prudent de ne pas pr\u00e9cocement l\u2019y r\u00e9duire au risque de limiter la notion de d\u00e9veloppement \u00e0 des consid\u00e9rations strictement mat\u00e9rielles. Il est possible d\u2019aller au-del\u00e0 en incluant par exemple des concepts bien plus abstraits comme le sentiment d\u2019une justice rendue qui procure le bien-\u00eatre. L\u2019application optimale de la r\u00e8gle de droit d\u00e9coule en partie d\u2019une bonne connaissance des faits incrimin\u00e9s; et la connaissance, \u00e0 suivre M\u00e9tangmo-Tatou (2019, p.\u00a021-22) qui embo\u00eete le pas \u00e0 Pottier, r\u00e9sulte elle-m\u00eame d\u2019une s\u00e9rie d\u2019interactions impliquant les niveaux exp\u00e9rientiel, conceptuel, linguistique et discursif.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019imbrication des niveaux de connaissance peut r\u00e9v\u00e9ler des structures complexes dans l\u2019\u00e9nonciation des contenus \u00e0 l\u2019apparence haineuse. \u00c0 cet effet, l\u2019on peut donc admettre l\u2019existence de faux discours de haine puisque le sacro-saint principe de la libert\u00e9 d\u2019expression autorise potentiellement des \u00e9carts qui peuvent choquer sans toutefois relever du champ de la haine. La parole politique s\u2019en abreuve r\u00e9guli\u00e8rement et les grandes gueules m\u00e9diatiques se dessinent en jouant sur ce tableau. Dans la guerre qu\u2019elle a livr\u00e9e \u00e0 la Loi Avia, Marine Le Pen propose un aper\u00e7u de l\u2019opacit\u00e9 de la fronti\u00e8re qui s\u00e9pare le discours politique du discours haineux\u00a0: \u00ab\u00a0Mme Laetitia Avia, si je vous appelle Mme Tartuffe, est-ce un contenu haineux ou une r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire \u00e0 votre hypocrisie, qui fait que vos actes sont souvent en d\u00e9saccord avec vos discours?\u00a0\u00bb (intervention de Marine Le Pen \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 13\/05\/2020).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exemple de Le Pen permet de d\u00e9gager deux \u00e9l\u00e9ments structuraux du discours de haine : \u00ab acte mena\u00e7ant \u00bb et \u00ab contexte \u00bb. On peut poser, pour chaque discours pr\u00e9sum\u00e9 haineux, qu\u2019il y a pr\u00e9sence (+) ou absence (\u2013) d\u2019un discours mena\u00e7ant et\/ou d\u2019une intention de haine ou d\u2019incitation \u00e0 la haine. Les quatre combinaisons structurelles de base suivantes serviront alors de point de d\u00e9part pour l\u2019investigation :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(1) [+ FTA] et [Contexte + HAINE];<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(2) [+ FTA] et [Contexte \u2013 HAINE];<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(3) [\u2013 FTA] et [Contexte \u2013 HAINE];<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(4) [\u2013 FTA] et [Contexte + HAINE].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, la plasticit\u00e9 du langage autorise des jeux avec plus ou moins (\u00b1) la pr\u00e9sence (de l\u2019une) des deux structures, faisant ainsi passer le nombre de combinaisons structurelles de 4 \u00e0 9\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(5) [+ FTA] et [Contexte \u00b1 HAINE];<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(6) [\u2013 FTA] et [Contexte \u00b1 HAINE];<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(7) [\u00b1 FTA] et [Contexte + HAINE];<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(8) [\u00b1 FTA] et [Contexte \u2013 HAINE];<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(9) [\u00b1 FTA] et [Contexte \u00b1 HAINE].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les cinq derni\u00e8res combinaisons structurelles illustrent la complexit\u00e9 du discours de haine dans des contextes o\u00f9 l\u2019outrage n\u2019est pas totalement prohib\u00e9; les locuteurs et locutrices peuvent jouer de l\u2019implicite pour entretenir le flou sur leurs intentions communicatives. L\u2019analyse peut se situer au niveau linguistique, mais il faut toujours envisager la possibilit\u00e9 de convoquer les niveaux extralinguistique et \u00e9pist\u00e9mique. La perspective d\u2019une expertise linguistique int\u00e8gre ainsi des comp\u00e9tences encyclop\u00e9diques (Tourneux, 2015, p.\u00a0174) ou, tout au moins, une disposition \u00e0 consid\u00e9rer les faits langagiers comme \u00e9tant ouverts aux influences multiples (psychologiques, culturelles, politiques, didactiques, strat\u00e9giques\u2026) et dont l\u2019heuristique, \u00e0 base linguistique, admet la pluridisciplinarit\u00e9 comme fondement. Elle pourrait faire \u00e9clore les repr\u00e9sentations que l\u2019\u00e9nonciateur ou l\u2019\u00e9nonciatrice du discours haineux se fait de lui-m\u00eame ou d\u2019elle-m\u00eame et de l\u2019autre, celles qu\u2019il ou elle pense que l\u2019autre se fait de lui ou d\u2019elle[footnote]Il s\u2019agit de la sch\u00e9matisation au sens de Jean-Blaise Grize.[\/footnote]. Une analyse \u00e9nonciative appliqu\u00e9e aux faces mettrait aussi en relief les attributs faciaux attaqu\u00e9s, la modalisation et le mode des attaques\u00a0: la face positive pour les atteintes \u00e0 l\u2019estime de soi et la face n\u00e9gative pour celles qui concernent les possessions territoriales et mat\u00e9rielles (voir la synth\u00e8se de Kerbrat-Orecchioni, 1992, p.\u00a0167-180). La face partag\u00e9e, en ce qu\u2019elle s\u2019int\u00e9resse aux partenaires qui partagent certains attributs faciaux (Tio Babena, 2019), offrirait alors une meilleure lecture des effets de la haine sur les interd\u00e9pendances sociales (individu et individu, individu et groupe, groupe et groupe\u2026).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour des besoins d\u2019exemplification, je ne reviendrai que sur les propos de Marine Le Pen pour souligner qu\u2019ils correspondent \u00e0 la structure (8). L\u2019appellatif \u00ab Mme Tartuffe \u00bb est de type [\u00b1 FTA], c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est un acte dont la charge offensante est neutralis\u00e9e. La neutralisation s\u2019op\u00e8re ici par l\u2019usage de la conjonction \u00ab si \u00bb qui rend hypoth\u00e9tique l\u2019\u00e9tat d\u00e9crit par le contenu propositionnel \u00ab \u00eatre un contenu haineux \u00bb ou \u00ab \u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire \u00e0 votre hypocrisie \u00bb. Toutefois, on lit de ces propos que la d\u00e9put\u00e9e reconna\u00eet que l\u2019appellatif qu\u2019elle prend en exemple est potentiellement mena\u00e7ant, car il est possible, dans un autre contexte, qu\u2019il vise la face positive de celui ou celle \u00e0 qui il pourrait \u00eatre adress\u00e9. Le contexte de type [Contexte \u2013 HAINE] participe ainsi \u00e0 la d\u00e9sactivation de ce potentiel FTA. Vu que les dires de Le Pen sont produits en interaction, on ram\u00e8nera la notion de contexte au cadre communicatif dont les principales composantes sont le site (l\u2019h\u00e9micycle), le but (interpellation d\u2019une d\u00e9put\u00e9e sur la loi Avia) et les participantes (les d\u00e9put\u00e9es Marine Le Pen et Laetitia Avia). Le contenu haineux pr\u00e9sent dans l\u2019appellatif \u00ab Mme Tartuffe \u00bb, dans cette situation de communication, est en emploi hypoth\u00e9tique et ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9, par ricochet, comme un exemple de contenu illocutoire connotant la haine puisqu\u2019il n\u2019attaque pas la face positive de la d\u00e9put\u00e9e Laetitia Avia.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce texte, je me suis propos\u00e9 d\u2019approcher le discours haineux en appr\u00e9ciant les pratiques communicatives dans leur rapport au texte de droit. La r\u00e9flexion a d\u00e9marr\u00e9 sur le constat que le vivre ensemble pr\u00e9suppose l\u2019existence de potentielles menaces sur l\u2019harmonie relative des entit\u00e9s sociologiques et id\u00e9ologiques h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes qui, malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences, ont obligation de cohabiter. Le discours de haine figure, entre autres, parmi les causes de cette rupture. Son marquage dans l\u2019espace public est tributaire de la libert\u00e9 d\u2019expression en ceci que le principe reprend avec force le fondement ontologique du dire dans la d\u00e9finition de l\u2019\u00eatre social. C\u2019est un principe universalisant qui se particularise pourtant dans les mod\u00e8les sociopolitiques de gestion de la cit\u00e9. Il en d\u00e9coule, pour les exemples sommairement \u00e9voqu\u00e9s (le Cameroun et la France notamment), que la loi lui octroie un caract\u00e8re pluriversel dans sa tentative d\u2019encadrer la libre expression de la pens\u00e9e; et donc, de la haine exprim\u00e9e. J\u2019ai ensuite fait un pont, pour prolonger la r\u00e9flexion sur le terrain strictement linguistique, en convoquant la notion de discours. Il ressort que les contenus haineux s\u2019abreuvent dans les repr\u00e9sentations p\u00e9joratives de l\u2019autre. En l\u2019absence d\u2019une loi, l\u2019indignation peut motiver l\u2019action politique et, par cons\u00e9quent, la r\u00e9ponse juridique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les tensions relatives \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019octobre 2018 au Cameroun ont servi de terrain d\u2019observation aux effets praxiques du discours de haine sur le texte de droit. Cette \u00e9tude de cas montre que la parole politique l\u00e8ve le tabou sur la haine, notamment lorsque celle-ci implique des communaut\u00e9s ethniques ou affecte directement le jeu politique. L\u2019\u00e9vocation de ce sujet sensible sur la place publique exige au sujet politique de n\u00e9gocier son positionnement. En tout \u00e9tat de cause, pour un homme ou une femme politique vis\u00e9s par le discours haineux, il semble facile d\u2019imputer le mauvais r\u00f4le \u00e0 un tiers s\u2019il ou elle veut adopter la posture de rassembleur ou de rassembleuse. Si la p\u00e9nalisation du discours de haine devient in\u00e9luctable dans la pr\u00e9servation du vivre ensemble, elle limite n\u00e9anmoins le domaine de la libert\u00e9 d\u2019expression. La pens\u00e9e critique tend alors \u00e0 se confiner au risque de cr\u00e9er des malentendus sur des questions frapp\u00e9es d\u2019interdits. Le texte de droit entend ainsi r\u00e9guler la parole qui offense quoique le ou la juge ne dispose pas n\u00e9cessairement de tous les outils d\u2019appr\u00e9ciation. Les structures du discours haineux peuvent aller du simple au complexe. Les neuf combinaisons structurelles que j\u2019ai d\u00e9gag\u00e9es convoquent ainsi un examen du sp\u00e9cialiste ou de la sp\u00e9cialiste du discours dont le but serait d\u2019apporter un \u00e9clairage utile \u00e0 la prise de d\u00e9cision judiciaire. Voil\u00e0, \u00e0 mon sens, une perspective que la linguistique pour le d\u00e9veloppement devrait pleinement int\u00e9grer. Ce texte n\u2019en a fourni que des prol\u00e9gom\u00e8nes sur un type sp\u00e9cifique de recherche dans ce paradigme, mais aussi pour des analyses futures qui ambitionneraient d\u2019int\u00e9grer la totalit\u00e9 du mat\u00e9riau langagier (discours de haine, r\u00e9actions de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des politiques, d\u00e9cisions de justice, etc.) produit autour de la question de la haine.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anscombre, Jean-Claude et Ducrot, Oswald. 1980. <em>L\u2019Argumentation dans la langue<\/em>. Li\u00e8ges\/Bruxelles\u00a0: Mardaga.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Atherton, John. 1992. Speech, Act and the Right to Offend in their First Amendment Context. <em>Revue fran\u00e7aise d\u2019\u00e9tudes am\u00e9ricaines<\/em>, <em>52<\/em>, 137\u2011148.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bernard-Barbeau, Genevi\u00e8ve et Mo\u00efse, Claudine. 2020. Introduction. \u2013 Le m\u00e9pris en discours. <em>Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues<\/em>, <em>61<\/em>.\r\n<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/lidil\/7264\">http:\/\/journals.openedition.org\/lidil\/7264<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouchard, Pierre. 2006. Th\u00e9orie de l\u2019action et parcours de vie. <em>Nouvelles Perspectives en sciences sociales<\/em>, <em>1<\/em>(2), 67\u2011114.\r\n<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/602471ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/602471ar<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bres, Jacques. 1998. Br\u00e8ve introduction \u00e0 la prax\u00e9matique. <em>L\u2019Information grammaticale<\/em>, <em>77<\/em>, 22\u201123.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cammilleri-Subrenat, Anne. 2002. L\u2019incitation \u00e0 la haine et la Constitution. <em>Revue internationale de droit compar\u00e9<\/em>, <em>54<\/em>(2), 513\u2011548.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chatillon, St\u00e9phane. 2002. Droit et langue. <em>Revue internationale de droit compar\u00e9<\/em>, <em>54<\/em>(3), 687\u2011715.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coltier, Danielle, Dendale, Patrick et De Brabanter, Philippe. 2009. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>,<em> 162<\/em>( 2)<em>. La notion de \u00ab\u00a0prise en charge\u00a0\u00bb en linguistique<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulthard, Malcolm. 2010. Forensic Linguistics: The application of language description in legal contexts. <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>132<\/em>, 15\u201133.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Descl\u00e9s, Jean-Pierre. 2009. Prise en charge, engagement et d\u00e9sengagement. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>162<\/em>(2), 29\u201153.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot, Oswald. 1980. <em>Les Mots du discours<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot, Oswald. 2005. Argumentation rh\u00e9torique et argumentation linguistique. Dans Doury, Marianne et Moirand, Sophie (dir.),<em> L\u2019Argumentation aujourd\u2019hui. Positions th\u00e9oriques en confrontation<\/em> (17\u201134). Paris\u00a0: Presses Sorbonne Nouvelle.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eberhard, Christoph. 2000. Justice, droits de l\u2019Homme et globalisation dans le miroir africain\u202f: l\u2019image communautaire. <em>Revue interdisciplinaire d\u2019\u00e9tudes juridiques<\/em>, <em>45<\/em>(2), 57\u201186.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fometeu, Joseph, Briand, Philippe et L\u00e9onie M\u00e9tangmo-Tatou (dir.). 2018. <em>La Langue et le droit<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fried, Charles. 2012. Libert\u00e9 d\u2019expression, libert\u00e9 de pens\u00e9e, libert\u00e9s du droit\u202f? Deux d\u00e9cisions controvers\u00e9es de la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis. <em>Les Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel<\/em>, <em>36<\/em>(3), 157\u2011164.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Girard, Charles. 2016. La libert\u00e9 d\u2019expression\u202f: \u00c9tat des questions. <em>Raisons politiques<\/em>, <em>63<\/em>(3), 13\u201133.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Girard, M\u00e9lanie. (2007). \u00c9l\u00e9ments de critique des th\u00e9ories de l\u2019action. <em>Nouvelles Perspectives en sciences sociales<\/em>, <em>3<\/em>(1), 47\u201160.\r\n<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/602465ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/602465ar<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973a. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne. La pr\u00e9sentation de soi<\/em>, tome 1. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973b. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne. Les relations en public<\/em>, tome 2. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1975. <em>Stigmate. Les usages sociaux des handicaps<\/em> (1963 pour la premi\u00e8re \u00e9dition). Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Honnet, Johan. 2018.\u00a0 Le monde est de plus en plus violent. Vraiment\u202f? Une id\u00e9e re\u00e7ue sur les conflits dans le monde. <em>Contrepoints<\/em>. En ligne\u00a0: https:\/\/www.contrepoints.org\/2018\/07\/30\/320884-le-monde\u00b7est-de-plus\u00b7en-plus-violent-vraiment, consult\u00e9 le 11 septembre 2019.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hurtado L\u00f3pez, F. (2009). Pens\u00e9e critique latino-am\u00e9ricaine\u202f: De la philosophie de la lib\u00e9ration au tournant d\u00e9colonial. <em>Cahiers des Am\u00e9riques latines<\/em>, <em>62<\/em>, 23\u201135.\r\n<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/cal.1509\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/cal.1509<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Keeanga-Yamahtta, Taylor. 2017. <em>Black Lives Matter. Le renouveau de la r\u00e9volte noire am\u00e9ricaine<\/em>. Marseille\u00a0: Agone.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1992. <em>Les Interactions verbales<\/em>, tome 2. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lagorgette, Dominique (dir.). 2010a. <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9, 132. Linguistique l\u00e9gale et demande sociale\u202f: Les linguistes au tribunal<\/em>. Maison des sciences de l\u2019homme.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lagorgette, Dominique. 2010b. \u00ab\u00a0Le crime est dans l\u2019oeil de celui qui regarde le dessin\u00a0\u00bb\u00a0: L\u2019analyse linguistique pour les tribunaux dans les proc\u00e8s Sin\u00e9 (2009). <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>132<\/em>, 77\u201199.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2002. Discours. Dans Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique (dir.), <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em> (185\u2011190). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbassi At\u00e9ba, Raymond. 2012. Pr\u00e9sentation. Cycles et recyclages des causalit\u00e9s. De la rigidit\u00e9 des id\u00e9es re\u00e7ues \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique de la pens\u00e9e apocryphe. <em>Mosa\u00efques<\/em>, <em>2<\/em>, 7\u20119.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2019. <em>Pour une linguistique du d\u00e9veloppement. Essai d\u2019\u00e9pist\u00e9mologie sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau paradigme en sciences du langage<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0:\u00a0\u00c9dition science et bien commun.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mono Ndjana, Hubert. 1987. <em>De l\u2019ethnofascisme dans la litt\u00e9rature politique camerounaise<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Silex.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oliv\u00e9si, St\u00e9phane. 1994. De la politique du discours\u202f: \u00e9l\u00e9ments pour une analyse critique du discours politique. <em>Quaderni<\/em>, <em>24<\/em>, 9\u201125.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Portine, Henri. 2017. Du contexte \u00e0 la situation au cotexte et \u00e0 l\u2019intertexte. <em>Essais. Revue interdisciplinaire d\u2019Humanit\u00e9s<\/em>, <em>12<\/em>, 17\u201132.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Possenti, S\u00edrio. 2011. R\u00e9flexions sur la m\u00e9moire discursive. <em>Argumentation et analyse du discours<\/em>, <em>7<\/em>. http:\/\/aad.revues.org\/1200<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rabatel, Alain. 2009. Prise en charge et imputation, ou la prise en charge \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>162<\/em>(2), 71\u201187.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roza, St\u00e9phanie. 2020. <em>La Gauche contre les lumi\u00e8res?<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2019. De la face partag\u00e9e\u202f: aux origines de l\u2019antagonisme relationnel dans <em>Le Pacte<\/em> de M. S\u00e8tondji Dossou. Dans Akoa Amougui, Pierre Rom\u00e9o, Madam, Amine et Soussia, Abraham (dir.), <em>Discours pol\u00e9miques et aspects de l\u2019incisif dans les litt\u00e9ratures africaines<\/em> (39\u201153). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tourneux, Henry. 2015. Pour une linguistique du d\u00e9veloppement. <em>Symposium on West African Languages<\/em> (163\u2011176). Naples\u00a0: University of Naples \u00ab\u00a0L\u2019Orientale\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vernant, Denis. 2017. Texte et contexte en dialogue. <em>Essais. Revue interdisciplinaire d\u2019Humanit\u00e9s<\/em>, <em>12<\/em>, 33\u201150.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verpeaux, Michel. 2008. Libert\u00e9 d\u2019expression et discours politique. <em>Annuaire international de justice constitutionnelle<\/em>, <em>23\u20112007<\/em>, 235\u2011249.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wolff, Francis. 2019. <em>Plaidoyer pour l\u2019universel<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les menaces \u00e0 la paix et \u00e0 la stabilit\u00e9 sont des pr\u00e9suppos\u00e9s consubstantiels de la notion de vivre ensemble. Le l\u00e9gislatif, dans l\u2019optique d\u2019y faire face et d\u2019assurer l\u2019harmonie sociale, propose un ensemble d\u2019instruments juridiques qui se r\u00e9sument pour l\u2019essentiel \u00e0 p\u00e9naliser le discours haineux dans le but d\u2019\u00e9viter l\u2019embrasement. La logique p\u00e9nale approche le probl\u00e8me sous l\u2019angle de la sanction, mais s\u2019appuie pourtant sur l\u2019objet langagier dont la plasticit\u00e9 autorise des tours et d\u00e9tours en rendant difficile l\u2019\u00e9tablissement des atteintes au vivre ensemble. L\u2019article entend questionner les contours du discours haineux dans l\u2019optique de mettre en \u00e9vidence les d\u00e9fis de la praxis langagi\u00e8re pos\u00e9s aux textes de droit. Il s\u2019appuie sur des exemples puis\u00e9s dans la sph\u00e8re m\u00e9diatique. Dans les pays constitu\u00e9s de plusieurs ethnies, les rivalit\u00e9s sociopolitiques renforcent la haine et accentuent du m\u00eame coup la difficult\u00e9 d\u2019appr\u00e9cier le discours outrageux prononc\u00e9 sous cape d\u2019une libert\u00e9 d\u2019expression. Au demeurant, la complexit\u00e9 des jeux de langage et des situations \u00e9nonciatives devrait forcer le judiciaire \u00e0 recourir \u00e0 des expertises linguistiques, parmi tant d\u2019autres, pour examiner les discours incrimin\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/expertise\/\">expertise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/haine\/\">haine<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/loi\/\">loi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/outrage\/\">outrage<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/praxis\/\">praxis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/vivre-ensemble\/\">vivre-ensemble<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Threats to peace and stability are consubstantial presuppositions of the notion of living together. In order to address these threats and to ensure social harmony, the legislature proposes a set of legal instruments that essentially consist of penalizing hate speech in order to prevent the flare-up of hatred. The criminal logic approaches the problem from the point of view of punishment, but nevertheless relies on the language object, whose plasticity allows for twists and turns, making it difficult to establish violations of community life. The article seeks to question the contours of hate speech in order to highlight the challenges of language praxis posed to legal texts. It is based on examples drawn from the media. In multi-ethnic countries, socio-political rivalries reinforce hatred and, at the same time, make it more difficult to appreciate outrageous speech delivered under the cloak of freedom of expression. Moreover, the complexity of language games and enunciative situations should force the judiciary to resort to linguistic expertise, among many others, to examine incriminated discourse.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/cameroon\/\">Cameroon<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/expertise\/\">expertise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/hate\/\">hate<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/law\/\">law<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/living-together\/\">living together<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/outrage\/\">outrage<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/praxis\/\">praxis<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>15 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>8 f\u00e9vrier 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019observation de la carte des foyers de tension dans le monde, la multiplication des discours de haine (racisme, x\u00e9nophobie, menaces de guerre, etc.), leur amplification par les m\u00e9dias et le partage impulsif dans les r\u00e9seaux sociaux donnent l\u2019impression que le compteur de morts s\u2019affole, que le monde d\u00e9p\u00e9rit. La r\u00e9alit\u00e9, quant \u00e0 elle, peut-on lire dans un billet de Honnet (2018) \u00e9crit \u00e0 partir des donn\u00e9es d\u2019institutions s\u00e9rieuses, est diff\u00e9rente de l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se fait de la guerre \u2013 laquelle, au demeurant, est une haute manifestation du conflit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Entre 1946 et 2007, d\u00e9couvre-t-on sous de la plume du billettiste, le nombre de morts caus\u00e9s par les armes a drastiquement baiss\u00e9 \u2013 passant d\u2019environ 700\u00a0000 \u00e0 moins de 50\u00a0000 \u2013 alors que l\u2019on a assist\u00e9 dans le m\u00eame temps \u00e0 une sophistication des armes. Ces chiffres, \u00e0 peine croyables, laissent penser que le monde conna\u00eet une nouvelle configuration du conflit, plus psychologique et plus effrayant au regard des facilit\u00e9s avec lesquelles la barbarie physique et verbale sont publicis\u00e9es. Au rang des actrices et acteurs les plus actif\u00b7ve\u00b7s, on d\u00e9nombre certain\u00b7e\u00b7s activistes et politiques, des populations politis\u00e9es, des supr\u00e9macistes, mais surtout des terroristes qui trouvent en les m\u00e9dias une opportunit\u00e9 de donner un visage \u00e0 la terreur. Le texte de droit appara\u00eet, dans ce climat de panique, comme l\u2019instrument de base pens\u00e9 pour faire face \u00e0 la menace. La solution juridique m\u00e9rite d\u00e8s lors d\u2019\u00eatre examin\u00e9e non pas de mani\u00e8re isol\u00e9e, mais en la confrontant \u00e0 la praxis communicationnelle. Ce faisant, elle met aussi en d\u00e9bat les fondements praxiques de la libert\u00e9 de parole qui s\u2019embo\u00eete elle-m\u00eame, avec celle de pens\u00e9e, dans la notion plus large de libert\u00e9 d\u2019expression. La prise de position sur les questions pol\u00e9miques appara\u00eet potentiellement comme une source de tension lorsqu\u2019elle s\u2019oppose, d\u2019une part, aux valeurs communes du groupe social ou de ses membres et, d\u2019autre part, lorsque l\u2019activit\u00e9 de production discursive, le ton et le sens des mots s\u2019\u00e9cartent d\u2019un sens social ou des pratiques langagi\u00e8res admises comme \u00e9tant correctes par un groupe. Mettre la loi face aux activit\u00e9s langagi\u00e8res produites en contexte de haine, c\u2019est analyser les corr\u00e9lations existantes entre la praxis linguistique et d\u2019autres m\u00e9canismes d\u2019influence sociale. Jacques Bres dira \u00e0 ce propos que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Parler de <em>praxis linguistique<\/em>, c\u2019est concevoir les ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques comme activit\u00e9s de production de sens reli\u00e9es aux autres praxis sociales\u00a0: <em>praxis manipulative-transformatrice<\/em> par laquelle l&rsquo;homme transforme le monde, et <em>praxis socio-culturelle<\/em> par laquelle il r\u00e8gle socialement cette appropriation (Bres, 1998, p.\u00a022).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un monde globalis\u00e9 qui ne veut pas taire les particularit\u00e9s des entit\u00e9s constitutives de l\u2019ensemble, pourrait-on donner un statut universel \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, notion aux contours opaques, ou l\u2019appr\u00e9hender dans une perspective pluriverselle<a class=\"footnote\" title=\"Par opposition \u00e0 l\u2019\u00ab universalit\u00e9 monologique imp\u00e9riale \u00bb, la \u00ab pluriversalit\u00e9 d\u00e9coloniale [ouvre] sur la possibilit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e-autre et d\u2019un monde o\u00f9 entrent beaucoup de mondes \u00bb (Hurtado L\u00f3pez, 2009, paragr. 25). Appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse du discours, elle autorise ainsi des interpr\u00e9tations qui s\u2019affranchissent du sens commun ou des th\u00e8ses et cultures dominantes.\" id=\"return-footnote-171-1\" href=\"#footnote-171-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> qui prendrait en compte les \u00e9volutions soci\u00e9tales et s\u2019adapterait aux cultures qui donnent vie \u00e0 la parole? L\u2019interrogation semble lointaine de mon objet, mais c\u2019est justement \u00e0 partir de cette libre expression que la haine se d\u00e9c\u00e8le; les un\u00b7e\u00b7s revendiquant la jouissance d\u2019un droit, les autres accusant les un\u00b7e\u00b7s d\u2019offense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019approche du discours haineux, on le verra, ne saurait se d\u00e9partir de ce rapprochement et du crible pragma-linguistique de la r\u00e8gle de droit qui en fixe les bornes d\u00e9finitionnelles, essayant ainsi de circonscrire la libre expression de la pens\u00e9e tout en la distinguant de ce qui n\u2019en est qu\u2019un d\u00e9bordement. La construction implicite du vivre ensemble par le biais de l\u2019encadrement des outrages, qui prolif\u00e8rent entre autres dans la m\u00e9diasph\u00e8re, pourrait \u00eatre per\u00e7ue comme une tentative juridique d\u2019embrigader le franc-parler. La langue du droit \u2013 sa pr\u00e9cision en est commun\u00e9ment vant\u00e9e \u2013 ne tendrait-elle pas \u00e0 imposer une langue droite susceptible de freiner le g\u00e9nie de l\u2019appropriation de la langue par les locuteurs et locutrices pour user des petits et gros mots dont le retentissement rend visible une opinion d\u00e9rangeante? La complexit\u00e9 de la parole agissante rappelle la transversalit\u00e9 de l\u2019objet-parole dans les sciences humaines et sociales. J\u2019aimerais, pour ma part, analyser le rapport d\u2019influence qui existe entre la praxis communicationnelle et le texte juridique. Je prendrai quelques exemples dans l\u2019espace m\u00e9diatique pour illustrer mon propos. Les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9voqu\u00e9es sont principalement camerounaises ou fran\u00e7aises, mais elles peuvent aussi bien retrouver l\u2019actualit\u00e9 am\u00e9ricaine que celle du Moyen-Orient de quelque mani\u00e8re.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Libert\u00e9 d\u2019expression et discours de haine<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque contemporaine, il serait difficile d\u2019\u00e9voquer la libert\u00e9 d\u2019expression sans faire mention de la proposition principale de l\u2019article 19 de la <em>D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme<\/em> de 1948 dans lequel on peut lire que \u00ab\u00a0Tout individu a droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019opinion et d\u2019expression\u00a0\u00bb. Le syntagme nominal \u00ab\u00a0tout individu\u00a0\u00bb renforce la valeur universalisante en levant l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 sur le genre sugg\u00e9r\u00e9e par la traduction fran\u00e7aise du titre de la d\u00e9claration. La forme abr\u00e9g\u00e9e \u00ab\u00a0libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0\u00bb s\u2019est ancr\u00e9e dans les usages en raison de la relation d\u2019inclusion des compl\u00e9ments \u00ab\u00a0expression\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0opinion\u00a0\u00bb, laquelle justifie l\u2019effacement naturel du second. L\u2019universalit\u00e9 de ce droit reste principiel dans la mesure o\u00f9 ses bornes et interpr\u00e9tations sont fonction des lois sp\u00e9cifiques aux \u00c9tats. Les cons\u00e9quences p\u00e9nales applicables \u00e0 un\u00b7e citoyen\u00b7ne saoudien\u00b7ne critiquant \u00e2prement Mohamed Ben Salman seraient diff\u00e9rentes si un\u00b7e Am\u00e9ricain\u00b7e affichait le m\u00eame comportement \u00e0 l\u2019endroit de Donald Trump.\u00a0En opposant la d\u00e9mocratie au monarchisme pour r\u00e9futer l\u2019exemple pr\u00e9c\u00e9dent, on n\u2019en donnerait qu\u2019une explication partielle. La libert\u00e9 d\u2019expression demeure certes la matrice universelle du principe puisqu\u2019elle souligne l\u2019enracinement de la pens\u00e9e critique chez l\u2019<em>homo loquens<\/em>, mais c\u2019est la loi qui fonde sa pluriversalit\u00e9. L\u2019article 11 de la <em>D\u00e9claration des droits de l\u2019homme et du citoyen<\/em> (DDHC, 1789), repris en \u00e9cho dans l\u2019article 19-1948, conserve le socle universel susmentionn\u00e9 et imprime les marques d\u2019une anthropologie juridique fran\u00e7aise qui, dans une perspective pluriverselle, ne saurait par exemple convenir au communautarisme africain (Eberhard, 2000). En consacrant la \u00ab libre communication des pens\u00e9es et des opinions \u00bb comme \u00e9tant l\u2019\u00ab un des droits les plus pr\u00e9cieux de l\u2019Homme \u00bb en 1789, le Conseil constitutionnel fran\u00e7ais a ainsi estim\u00e9 que les citoyen\u00b7ne\u00b7s fran\u00e7ais\u00b7e\u00b7s pourraient diversement s\u2019exprimer sur les questions qui engagent la vie sociale, mais devront pour autant \u00ab r\u00e9pondre de l\u2019abus de cette libert\u00e9 dans les cas d\u00e9termin\u00e9s par la Loi \u00bb. Les \u00c9tats peuvent \u00e9voquer le discours de haine par une palette de formules juridiques (atteinte, m\u00e9pris, provocation, incitation, outrage\u2026) dans la Constitution ou le Code p\u00e9nal et afficher, de mani\u00e8re frontale, une attitude r\u00e9pressive et p\u00e9nale (Cammilleri-Subrenat, 2002), mais la libert\u00e9 d\u2019expression est non fig\u00e9e, car elle provoque le d\u00e9bat au sujet des cas particuliers, inexplor\u00e9s ou rest\u00e9s impr\u00e9cis dans la loi et pousse parfois le juge constitutionnel ou la Cour supr\u00eame \u00e0 revoir la copie pour contenter les parties (Atherton, 1992; Fried, 2012). L\u2019assassinat des journalistes de <em>Charlie Hebdo<\/em> le 7 janvier 2015, consid\u00e9r\u00e9 par certain\u00b7e\u00b7s comme une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et par d\u2019autres comme une menace permanente qui p\u00e8serait d\u00e9sormais sur la vie des journalistes, a mis en \u00e9vidence les controverses de cette notion au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9moi (Girard, 2016).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les lois visant \u00e0 garantir la libert\u00e9 d\u2019expression s\u2019emploient donc \u00e0 refuser d\u2019interdire l\u2019\u00e9laboration de la pens\u00e9e d\u00e9rangeante quoiqu\u2019elles soient plus ou moins accompagn\u00e9es d\u2019un corpus co(n)textuel, ou d\u2019un dispositif juridico-constitutionnel, qui fixent les interdits et arbitrent les restrictions excessives. Quoique les grands principes universalistes donnent un fondement ontologique \u00e0 l\u2019acte de parole, ils marquent insuffisamment le point de d\u00e9part de la parole outrageante qui devient du discours haineux apr\u00e8s les interpr\u00e9tations qui en sont faites dans les lois ou par ceux et celles qui en sont socialement garant\u00b7e\u00b7s. Selon la th\u00e9orie de l\u2019action (Bouchard, 2006; M.\u00a0Girard, 2007), la libert\u00e9 d\u2019expression ne peut se d\u00e9partir d\u2019une libert\u00e9 d\u2019action. Et il semble que le d\u00e9sir d\u2019agir avec l\u2019intention de modifier un \u00e9tat du monde est m\u00eame celui qui provoque l\u2019expression.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression, \u00e9crit Charles Girard, entretient aussi un lien \u00e9troit avec l\u2019action. S\u2019exprimer face \u00e0 autrui, c\u2019est souvent agir sur lui, d\u2019une fa\u00e7on qui alt\u00e8re ses affects, ses opinions ou ses propres actions. Or, ces effets de l\u2019acte expressif peuvent \u00eatre nuisibles. Si le lien de l\u2019expression \u00e0 la pens\u00e9e motive qu\u2019on la prot\u00e8ge contre les interf\u00e9rences \u00e9tatiques, son rapport \u00e0 l\u2019action implique donc que cette protection ne peut \u00eatre absolue (C.\u00a0Girard, 2016, p.\u00a018).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans une self-vid\u00e9o<a class=\"footnote\" title=\"Toujours disponible sur https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=KWidRAQIAMk \u00e0 la date du 15\/08\/2020.\" id=\"return-footnote-171-2\" href=\"#footnote-171-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>, on peut voir un livreur de la soci\u00e9t\u00e9 FedEx en larmes pour avoir \u00e9t\u00e9 insult\u00e9 \u00ab\u00a0nigger\u00a0\u00bb (n\u00e8gre) par un homme blanc qui lui a crach\u00e9 dessus par la m\u00eame occasion<a class=\"footnote\" title=\"Bien qu\u2019il existe des diff\u00e9rences de connotation entre le mot \u00ab\u00a0nigger\u00a0\u00bb et l\u2019\u00e9quivalent fran\u00e7ais \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb, selon le territoire et les circonstances d\u2019\u00e9nonciation, il faut n\u00e9anmoins signaler que les deux termes pourraient traduire en contexte la haine ou le m\u00e9pris de celui ou celle qui l\u2019utilise.\" id=\"return-footnote-171-3\" href=\"#footnote-171-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>. Quoique la charge connotative du terme ait \u00e9t\u00e9 amenuis\u00e9e par son usage dans la culture hip-hop et le mouvement philosophico-artistique de la n\u00e9gritude, la violence de cette interaction verbale entre Brandon Brackins et son agresseur est raviv\u00e9e par les manifestations li\u00e9es \u00e0 la mort de George Floyd et, partant, le mouvement Black Lives Matter (Keeanga-Yamahtta, 2017). Le discours \u00e0 l\u2019origine des souffrances du livreur s\u2019enrichit certes d\u2019un contexte historique qui \u00e9voque la m\u00e9moire cognitive de l\u2019esclavage et de toutes les injustices dont les peuples noirs ont \u00e9t\u00e9 victimes \u00e0 travers l\u2019histoire, mais c\u2019est la situation de communication \u2013 prise au sens de l\u2019ensemble des circonstances imm\u00e9diates qui entourent cet acte de communication (Portine, 2017) \u2013 qui provoque la charge offensive et communique un sentiment de haine \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le monde se mobilise pour interroger et r\u00e9parer symboliquement les affres de ce pass\u00e9 douloureux. Dans son rapport \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, le mot \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb aurait pu traduire la libert\u00e9 qu\u2019un individu dispose de se repr\u00e9senter un autre \u00e0 partir du moment o\u00f9 il n\u2019est pas explicitement p\u00e9nalis\u00e9 dans la loi am\u00e9ricaine. Il pourrait potentiellement neutraliser sa valeur mena\u00e7ante en s\u2019habillant d\u2019une rh\u00e9torique soucieuse du respect de l\u2019autre. Cependant, le crachat qui l\u2019accompagne rel\u00e8ve explicitement du m\u00e9pris puisqu\u2019il octroie \u00e0 l\u2019agresseur un droit que ne lui garantit nullement sa libert\u00e9 d\u2019expression. \u00ab\u00a0Le m\u00e9pris, comme le rappellent Genevi\u00e8ve Bernard Barbeau et Claudine Mo\u00efse, est d\u2019autant plus destructeur qu\u2019il r\u00e9active chez le m\u00e9pris\u00e9 des blessures plus ou moins conscientes qui vont accuser chez lui le sentiment d\u2019\u00eatre m\u00e9prisable\u00a0\u00bb (2020, paragr. 2).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9l\u00e9ments pour l\u2019analyse du discours de haine<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Si on exclut la cat\u00e9gorie de haines dites silencieuses, parce que non exprim\u00e9es, l\u2019on pourrait avancer que la haine fait corps avec le discours \u00e0 telle enseigne qu\u2019elle deviendrait imperceptible si elle venait \u00e0 en \u00eatre d\u00e9partie. On n\u2019y aurait tout simplement pas ou difficilement acc\u00e8s, car le niveau non verbal indiquerait visiblement des \u00e9motions (peur, m\u00e9pris, col\u00e8re) dont les gestes porteurs auront besoin d\u2019\u00eatre combin\u00e9s et associ\u00e9s au dire pour produire de la signification. Le discours de haine devient s\u00e9mantiquement pertinent avec l\u2019explicitation du compl\u00e9ment \u00ab\u00a0haine\u00a0\u00bb et l\u2019isolement de ses traits caract\u00e9ristiques. En fait, la haine est une \u00e9motion, un \u00ab\u00a0sentiment violent qui pousse \u00e0 vouloir du mal \u00e0 quelqu\u2019un et \u00e0 se r\u00e9jouir du mal qui lui arrive\u00a0\u00bb (<em>Le Petit Robert<\/em>). Il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une haine <em>pour<\/em> ou <em>contre<\/em> quelqu\u2019un\u00b7e ou quelque chose. Dans une certaine mesure, l\u2019individu peut \u00eatre envahi par un ressentiment violent et permanent qu\u2019il pourrait traduire par la construction absolue \u00ab\u00a0avoir la haine\u00a0\u00bb. L\u2019intelligibilit\u00e9 de cette derni\u00e8re s\u2019op\u00e8re, entre autres, par une assimilation au d\u00e9go\u00fbt, \u00e0 la r\u00e9pulsion, \u00e0 la r\u00e9pugnance, \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, au ressentiment et est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e dans les compositions comportant ou se rapportant \u00e0 la base savante <em>-phobie<\/em>. Une part importante des phobies, dira-t-on, se nourrit d\u2019un sentiment de haine qui peut \u00eatre dirig\u00e9 contre une race (racisme, n\u00e9grophobie), une cat\u00e9gorie sexuelle (homophobie, misogynie), une religion (islamophobie), un peuple (antis\u00e9mitisme), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la gestualit\u00e9 peut trahir cette aversion comme le traduit l\u2019expression \u00ab\u00a0regard haineux\u00a0\u00bb, c\u2019est surtout dans le dire qu\u2019on pourra v\u00e9ritablement mesurer sa force illocutoire, vers qui est-ce qu\u2019elle est dirig\u00e9e, d\u00e9terminer la nature du mal et l\u2019origine de ce qui divise. La t\u00e9nacit\u00e9 des passions qui tiennent l\u2019humain et l\u2019incitent \u00e0 se venger de l\u2019autre s\u2019enrobe dans l\u2019expression discursive. Par glissement, l\u2019on admettra que le discours haineux proc\u00e8de, dans son fonctionnement, par quelques op\u00e9rations \u00e9nonciatives, d\u00e9duites des traits pragmatiques de la notion de discours (Maingueneau, 2002), \u00e0 savoir l\u2019<em>orientation<\/em>, l\u2019<em>action<\/em>, l\u2019<em>interactivit\u00e9<\/em>, l\u2019<em>interdiscursivit\u00e9<\/em>, la <em>contextualisation<\/em>, la <em>prise en charge<\/em> et la <em>modalisation<\/em>. C\u2019est en premier un discours orient\u00e9 qui implique un auditoire composite. Dans le camp de l\u2019\u00e9nonciateur ou de l\u2019\u00e9nonciatrice, il y a les personnes qui partagent la m\u00eame vision du monde et qui participent souvent \u00e0 distiller la haine. Les destinataires sont tr\u00e8s souvent des ennemi\u00b7e\u00b7s et, dans une certaine mesure, les politiques qui, selon leur rapport au pouvoir, peuvent arbitrer le jeu en appelant \u00e0 l\u2019\u00e9laboration ou l\u2019application des lois ou par une prise de position politique. Interne \u00e0 la langue selon le postulat de Ducrot (Anscombre &amp; Ducrot, 1980; Ducrot, 1980, 2005), l\u2019op\u00e9ration d\u2019orientation permet d\u2019entrevoir l\u2019\u00e9laboration du discours haineux et de d\u00e9terminer dans le sens des mots la mani\u00e8re dont s\u2019articule la charge haineuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En forgeant l\u2019entreprise de d\u00e9nigrement, l\u2019orientation provoque par le m\u00eame coup la r\u00e9action des victimes, des personnes, associations et personnalit\u00e9s engag\u00e9es dans la d\u00e9fense des droits de l\u2019humain et des politiques de tous bords. Cette dimension s\u2019inscrit dans le cadre de l\u2019interactivit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e en amont; la parole publique devient ainsi l\u2019enjeu de la pol\u00e9mique et le moyen par lequel il faut amorcer le d\u00e9but d\u2019une activit\u00e9 r\u00e9paratrice (Goffman, 1973a, 1973b). Les actions symboliques port\u00e9es par le discours de haine expliquent l\u2019obligation de r\u00e9ponse, laquelle prend des formes diverses selon le niveau de d\u00e9mocratisation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, en fonction des lois ou des cultures. Elles sont dialogiquement textualis\u00e9es par voie orale, scripturale ou avec des images, mais ont surtout besoin d\u2019un contexte pour activer l\u2019hostilit\u00e9, heurter les sensibilit\u00e9s et interagir avec les opinions qui s\u2019opposent. La centralit\u00e9 du langage est donc une raison suffisante pour motiver l\u2019\u00e9tude des incitations \u00e0 la haine, mais \u00e9galement pour comprendre le faisceau de relations du discours haineux (Cammilleri-Subrenat, 2002, p.\u00a0513). Le dialogue r\u00e9el ou potentiel \u2013 \u00e0 partir des savoirs, st\u00e9r\u00e9otypes et croyances \u2013 structure ce dernier qui, m\u00eame de fa\u00e7on anodine, provoque des effets sur la sc\u00e8ne politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La paraphrase du chef de la propagande nazie Joseph Goebbels \u2013 sous fond sonore d\u2019une musique de Wagner, compositeur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d\u2019Hitler \u2013 a forc\u00e9 le secr\u00e9taire br\u00e9silien \u00e0 la culture Roberto Alvim \u00e0 d\u00e9missionner<a class=\"footnote\" title=\"Voir https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/am\u00e9riques\/20200117-br\u00e9sil-secr\u00e9taire-culture-roberto-alvim-d\u00e9missionne-discours-inspir\u00e9-goebbels\" id=\"return-footnote-171-4\" href=\"#footnote-171-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> le 17 janvier 2020 en raison des entrelacs discursifs qui \u00e9voquent sans aucun doute un important \u00e9pisode de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Le projet initial du locuteur, qui entendait donner de l\u2019aura \u00e0 la culture br\u00e9silienne, s\u2019est estomp\u00e9 avec les mots et les codes du nazisme. Un examen prax\u00e9ologique furtif (Vernant, 2017), en tant qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019action, donne un arri\u00e8re-plan enrichi d\u2019informations intextuelles (musique, gestes) qui, dans un effet miroir, renvoie \u00e0 une image r\u00e9pugnante de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 (nazisme).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exemple de Roberto Alvim fait appara\u00eetre les relations interdiscursives du discours de haine. Il existerait vraisemblablement un avant-discours-haineux qui en constitue la m\u00e9moire ou qui rel\u00e8ve de l\u2019ordre des id\u00e9es re\u00e7ues. La m\u00e9moire assurerait ainsi le rapport aux faits, situ\u00e9s dans le temps et l\u2019espace, interpr\u00e9tables en termes d\u2019\u00e9v\u00e9nements (Possenti, 2011, paragr. 17) potentiellement conflictog\u00e8nes pour une situation pr\u00e9caire de vivre ensemble. Les id\u00e9es re\u00e7ues s\u2019abreuvent dans la m\u00e9moire historique des peuples dont la mat\u00e9rialit\u00e9 est per\u00e7ue dans les \u00ab Pr\u00e9jug\u00e9s, clich\u00e9s, images allusives, all\u00e9gories, repr\u00e9sentations, topo\u00ef, traditions, pr\u00eats-\u00e0-porter de l\u2019esprit, st\u00e9r\u00e9otypes, doxa, dogmes, consensus th\u00e9oriques, mythes, par\u00e9mies \u2013 populaires, scientifiques et publicitaires \u2013, proph\u00e9ties, etc. \u00bb (Mbassi At\u00e9ba, 2012, p. 7). Face \u00e0 ces sources, le sujet \u00e9nonciateur se positionne plus ou moins consciemment par les mots qu\u2019il choisit, mais les circonstances d\u2019\u00e9nonciation restent d\u00e9cisives dans la mesure o\u00f9 le contenu informationnel est n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9termination de la prise en charge (PEC).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour approcher le discours haineux, il faudrait d\u2019abord prendre la PEC <em>lato sensu<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9nonciateur se positionne par rapport aux r\u00e9f\u00e9rentiels pol\u00e9miques entendus comme les \u00ab\u00a0th\u00e8mes et les probl\u00e8mes tels qu\u2019ils sont produits par le discours, v\u00e9hicul\u00e9s au travers d\u2019\u00e9nonc\u00e9s, et susceptibles d\u2019\u00eatre reconnus comme jeux politiques op\u00e9ratoires\u00a0\u00bb (Oliv\u00e9si, 1994, p.\u00a011-12). Est-il pour ou contre l\u2019homosexualit\u00e9, l\u2019ind\u00e9pendance des femmes, la violence polici\u00e8re sur les hommes et femmes de couleur\u2026 ou affiche-t-il simplement une attitude de tol\u00e9rance? S\u2019il ne faut toujours pas s\u2019attendre \u00e0 ce que ce positionnement soit explicitement \u00e9nonc\u00e9, il est encore pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas assimiler la libert\u00e9 d\u2019opinion au discours haineux. Pour ce faire, il convient \u00e0 ce niveau d\u2019int\u00e9grer la modalisation dans l\u2019analyse en consid\u00e9rant cette fois-ci la prise en charge<em> stricto sensu<\/em>, laquelle permet de mettre en \u00e9vidence les diff\u00e9rents points de vue (PDV) et le positionnement de chaque \u00e9nonciateur vis-\u00e0-vis d\u2019eux (Coltier <em>et al.<\/em>, 2009). Cette perspective d\u00e9boucherait ainsi sur des analyses fines qui donneraient \u00e0 voir, \u00e0 partir du dire d\u2019un locuteur, le positionnement des \u00e9nonciateurs vis-\u00e0-vis des PDV mis en \u00e9vidence\u00a0: engagement <em>vs<\/em> d\u00e9sengagement (Descl\u00e9s, 2009), accord, d\u00e9saccord, pris en compte (Rabatel, 2009).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Praxis et haine tribale\u00a0: retour sur une actualit\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La diversit\u00e9 ethnique et culturelle du Cameroun, tr\u00e8s souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme une richesse, a montr\u00e9 des limites \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 07 octobre 2018. La p\u00e9riode pr\u00e9\u00e9lectorale et la crise qui s\u2019en est suivie ont exacerb\u00e9 les tensions tribales sur fond de lutte politique. La prise de parole du candidat Maurice Kamto, officiellement arriv\u00e9 deuxi\u00e8me, devant le Conseil constitutionnel, est un \u00e9pisode particulier puisqu\u2019il pose sur l\u2019espace public le probl\u00e8me de l\u2019ethnicisation du pouvoir et partant, celui de la discrimination vraie ou fausse li\u00e9e \u00e0 la tribu. Pour rappel, cette question n\u2019est pas une nouveaut\u00e9 en soi dans le contexte camerounais si on se fie \u00e0 certaines sources journalistiques<a class=\"footnote\" title=\"Voir par exemple la une du num\u00e9ro 22 de Le Bamil\u00e9k\u00e9 de f\u00e9vrier 1957\u00a0: \u00ab\u00a0La chasse aux Bamil\u00e9k\u00e9s va-t-elle durer encore longtemps?\u00a0\u00bb\" id=\"return-footnote-171-5\" href=\"#footnote-171-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>. L\u2019on apprend des r\u00e9v\u00e9lations de Wikileaks que certains hauts fonctionnaires seraient par exemple favorables \u00e0 l\u2019exclusion de certaines communaut\u00e9s du fauteuil pr\u00e9sidentiel, les Bamil\u00e9k\u00e9s et le groupe beti\/bulu en l\u2019occurrence<a class=\"footnote\" title=\"Le journal Jeune Afrique revient sur les faits\u00a0: https:\/\/www.jeuneafrique.com\/179484\/politique\/cameroun-quand-wikileaks-affole-les-m-dias\/\" id=\"return-footnote-171-6\" href=\"#footnote-171-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>. Cette exclusion sugg\u00e8re une politisation secr\u00e8te de la haine. La parole ext\u00e9riorise verbalement cette derni\u00e8re. Elle peut aussi provoquer des fl\u00e9trissures et contribuer \u00e0 construire une histoire du d\u00e9go\u00fbt de l\u2019autre. Elle peut se faire discr\u00e8te en se d\u00e9ployant dans les cercles fascistes<a class=\"footnote\" title=\"Le podcast \u00ab\u00a0Gardiens de la paix\u00a0\u00bb d\u2019Ilham Maad (2020) revient sur le scandale d\u2019une unit\u00e9 de police d\u2019escorte \u00e0 Rouen majoritairement form\u00e9e des racistes, fascistes et supr\u00e9macistes blancs\u00a0: https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/098692-000-A\/violences-et-racisme-la-police-francaise-pointee-du-doigt\/\" id=\"return-footnote-171-7\" href=\"#footnote-171-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>. On y voit, dans de tels cas, une autocensure du discours de haine influenc\u00e9 soit par les mesures p\u00e9nales, soit par une aversion sociale de la m\u00e9sestime d\u2019autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par-del\u00e0 l\u2019historicit\u00e9 de la haine, le verbe se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un d\u00e9clencheur de l\u2019action juridique. Entre lui et cette derni\u00e8re, il y a soit l\u2019offense de l\u2019acte langagier, soit le rappel des cons\u00e9quences des effets discriminants du discours de haine. Dans un cas comme dans l\u2019autre, les \u00e9v\u00e9nements langagiers doivent se produire dans un cadre situationnel suffisamment important pour provoquer la r\u00e9ponse juridique, laquelle doit elle-m\u00eame transiter par un acte politique fort. Ils peuvent \u00eatre aid\u00e9s en cela par les m\u00e9dias comme ce fut le cas du probl\u00e8me bamil\u00e9k\u00e9 soulev\u00e9 dans la plaidoirie de Maurice Kamto. Pour cet homme politique, le r\u00e9f\u00e9rentiel conflictuel \u00e0 partir duquel se nourrit la haine est l\u2019appartenance \u00e0 cette ethnie. En d\u00e9clinant son identit\u00e9 dans les premiers mots prononc\u00e9s devant le Conseil constitutionnel, \u00ab Suivant notre nomenclature ethnique au Cameroun, je suis Bamil\u00e9k\u00e9 \u00bb, il met implicitement en lumi\u00e8re les stigmates greff\u00e9s sur le \u00ab moi \u00bb porteur de la parole politique et du peuple bamil\u00e9k\u00e9 qui d\u00e9finit d\u00e9sormais l\u2019identit\u00e9 sociale et politique de celui-ci (Goffman, 1975). La pr\u00e9position \u00ab suivant \u00bb indique qu\u2019une premi\u00e8re source aurait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une \u00ab nomenclature ethnique \u00bb, laquelle le rattache au moment de l\u2019\u00e9nonciation \u00e0 l\u2019ethnie Bamil\u00e9k\u00e9. Il y a dans cette proposition un usage subtil de l\u2019imputation qui permet \u00e0 ce locuteur de n\u00e9gocier un positionnement non querell\u00e9 qu\u2019il introduit par le connecteur argumentatif \u00ab mais \u00bb dans la phrase suivante : \u00ab Mais je me suis toujours consid\u00e9r\u00e9 comme Camerounais avant toute chose \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par imputation, Rabatel d\u00e9signe une prise en charge \u00ab\u00a0<em>\u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e<\/em>, parce que construite par le locuteur premier, attribu\u00e9e par lui \u00e0 un locuteur\/\u00e9nonciateur second qui peut toujours all\u00e9guer qu\u2019il n\u2019est pas responsable d\u2019un PDV que L1\/E1 lui a imput\u00e9 \u00e0 tort\u00a0\u00bb (2009, p.\u00a074). Ce faisant, Kamto opte pour une certaine neutralit\u00e9 (Camerounais) quoiqu\u2019il actionne le levier politique en rappelant, devant la plus haute instance habilit\u00e9e \u00e0 se prononcer sur le vainqueur de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle au Cameroun, les discours de haine qui circulent dans les r\u00e9seaux sociaux sur fond d\u2019opposition Bamil\u00e9k\u00e9s vs Beti\/Bulu\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Si pour \u00eatre Bulu il faut passer un concours, dites-moi quel concours alors, je veux le passer pour devenir moi aussi Bulu\u00a0\u00bb. Bien qu\u2019il soit impossible d\u2019examiner en profondeur les diff\u00e9rentes op\u00e9rations impliqu\u00e9es par cette plaidoirie connect\u00e9e au tissu discursif haineux rendu visible sur internet, l\u2019on peut n\u00e9anmoins rappeler qu\u2019elle a forc\u00e9 l\u2019instance gouvernante \u00e0 regarder la haine tribale comme une entrave au vivre ensemble. Prenant la parole devant le m\u00eame Conseil, Gr\u00e9goire Owona, alors ministre du Travail, n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019interroger le d\u00e9sir de Kamto d\u2019opposer les Bulu aux Bamil\u00e9k\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que Bulu et Bamil\u00e9k\u00e9 viennent chercher ici ce soir?\u00a0\u00bb Entre soup\u00e7ons et retournements de soup\u00e7ons, le moins qu\u2019on puisse retenir c\u2019est que cet \u00e9pisode politique semble avoir contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019escalade de la haine tribale en levant un pan de voile sur le tabou des tensions intercommunautaires. En tout \u00e9tat de cause, la loi no 2019\/020 du 24 d\u00e9cembre 2019, adopt\u00e9e \u00e0 la suite de ces d\u00e9rives, s\u2019inscrit dans cette volont\u00e9 politique de construire le vivre ensemble.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">P\u00e9nalisation du discours haineux<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019observation, le texte de droit, qui est l\u2019un des principaux instruments de lutte contre le discours haineux, est produit \u00e0 la suite d\u2019une r\u00e9currence d\u2019\u00e9v\u00e9nements langagiers qui sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019une indignation individuelle et\/ou collective. Les lois p\u00e9nalisant le discours entendent alors consolider le vivre ensemble en jouant en amont sur la dissuasion et en op\u00e9rant en aval par la punition. Cette derni\u00e8re a une fonction r\u00e9paratrice pour les victimes et dessine symboliquement de nouvelles fronti\u00e8res \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. L\u2019action politique a ainsi pour enjeu d\u2019assurer dor\u00e9navant la veille polici\u00e8re sur les opinions publiques. Elle s\u2019inscrit tr\u00e8s souvent \u00e0 la suite des d\u00e9rapages marqu\u00e9s d\u2019outrage, mais elle vient soit combler un vide juridique, soit se renouveler et s\u2019adapter aux mutations sociales ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019apparition de nouvelles formes de discours de haine, lesquelles peuvent \u00eatre tributaires de l\u2019utilisation de nouveaux m\u00e9dias. C\u2019est une lecture qui s\u2019inf\u00e8re d\u00e8s l\u2019intitul\u00e9 de la loi no 2019\/020 du 24 d\u00e9cembre 2019 \u2013 qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0loi sur le vivre ensemble\u00a0\u00bb par certain\u00b7e\u00b7s observateurs et observatrices au regard de l\u2019accroissement des d\u00e9rives langagi\u00e8res mena\u00e7ant le vivre ensemble au Cameroun \u2013 qui modifie et compl\u00e8te \u00ab\u00a0CERTAINES DISPOSITIONS DE LA LOI NO 2016\/007 DU 12 JUILLET PORTANT CODE P\u00c9NAL\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Code p\u00e9nal du 12 juillet 2016, promulgu\u00e9 par la loi no 2016\/007, entendait d\u00e9j\u00e0 punir la haine, qu\u2019il a class\u00e9e dans la cat\u00e9gorie des outrages dans son article 241. \u00c0 cette date, il semble que la couleur de la peau et l\u2019appartenance raciale \u00e9taient les principaux lieux d\u2019expression de l\u2019aversion pour autrui. Le rapport entre les communaut\u00e9s ne montrait aucune fissure apparente qui aurait n\u00e9cessit\u00e9 que le l\u00e9gislateur s\u2019y penche pour \u00e9viter la rupture. En d\u2019autres termes, il n\u2019existait aucune menace visible au vivre ensemble ethnique et tribal. Du point de vue de la th\u00e9orie de la communication, l\u2019outrage \u2013 d\u00e9fini \u00e0 l\u2019article 152 du Code p\u00e9nal comme \u00e9tant \u00ab La diffamation, l\u2019injure ou la menace faites soit par des gestes, ou cris prof\u00e9r\u00e9s dans des lieux ouverts au public \u00bb \u2013 est ramen\u00e9 \u00e0 un acte mena\u00e7ant ou offensant appel\u00e9 <em>Face Threatening Act<\/em> (FTA) selon la terminologie anglaise. Les FTAs peuvent \u00eatre de nature verbale et\/ou non verbale.\u00a0Si la verbalisation de la haine appara\u00eet comme le pivot du discours haineux, elle ne repr\u00e9sente heureusement pas la condition <em>sine qua non<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout le probl\u00e8me de la p\u00e9nalisation du discours de haine r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 restreindre le champ de la libert\u00e9 d\u2019expression, si ch\u00e8re \u00e0 l\u2019esprit et \u00e0 la lettre m\u00eame de la d\u00e9mocratie, au point o\u00f9 l\u2019on vient \u00e0 admettre que le discours politique ne peut s\u2019\u00e9panouir que dans le cadre de cette libert\u00e9 (Verpeaux, 2008, p.\u00a0237). La soci\u00e9t\u00e9 et la classe politique peuvent s\u2019accorder sur le constat d\u2019une prolif\u00e9ration des contenus haineux, mais l\u2019acte de l\u00e9gif\u00e9rer devient un processus difficile dans lequel se t\u00e9lescopent divers int\u00e9r\u00eats (politique, \u00e9conomique, id\u00e9ologique, etc.). On a pu l\u2019observer en France avec la Loi Avia qui entendait s\u2019attaquer \u00e0 la cyberhaine. Malgr\u00e9 les r\u00e9serves de la Commission nationale consultative des droits de l\u2019Homme (CNCDH) en juillet 2019 sur les menaces \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression, le texte a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise le 13 mai 2020 pour finalement \u00eatre retoqu\u00e9 le 18 juin 2020 pour les raisons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es par le CNCDH.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, les restrictions induites par les lois anti-haine r\u00e9duisent les champs des possibles de la pens\u00e9e, des sarcasmes et quolibets politiques puisqu\u2019elles interdisent certaines allusions ou comparaisons \u00e0 cause du passif historique du comparant. En l\u2019absence d\u2019un cadre l\u00e9gislatif, ces interdits peuvent \u00eatre implicites ou d\u2019ordre moral et rappeler la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u00e9gif\u00e9rer. C\u2019est dans ce sillage que l\u2019on peut inscrire le d\u00e9rapage de Jean de Dieu Momo, homme politique camerounais qui explique que, de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019\u00ab\u00a0arrogance\u00a0\u00bb juive aurait motiv\u00e9 l\u2019holocauste, l\u2019attitude de son groupe ethnique pourrait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019une guerre d\u2019extermination\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On raconte qu\u2019en Allemagne, il y avait un peuple qui \u00e9tait tr\u00e8s riche, qui avait tous les leviers \u00e9conomiques, c\u2019\u00e9tait n\u2019est-ce pas les juifs et qu\u2019ils \u00e9taient d\u2019une arrogance. [\u2026] Ils \u00e9taient d\u2019une arrogance telle que les Allemands se sentaient frustr\u00e9s. Puis un jour est venu un certain Hilter qui a mis, n\u2019est-ce pas ces populations-l\u00e0 dans les chambres \u00e0 gaz (Jean de Dieu Momo, \u00ab\u00a0Actualit\u00e9s Hebdo\u00a0\u00bb du 03 f\u00e9vrier 2019, <em>CRTV<\/em>).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le contexte post-\u00e9lectoral, marqu\u00e9 par les tensions \u00e9voqu\u00e9es en amont, a gliss\u00e9 \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme. La r\u00e9action de l\u2019ambassade d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 Yaound\u00e9, par voie de communiqu\u00e9 \u00e0 la suite de cette sortie m\u00e9diatique, est \u00e0 inscrire parmi les actions politiques ant\u00e9rieures au renforcement des mesures p\u00e9nales sur les outrages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La modification de l\u2019article 241 du Code p\u00e9nal, dans sa version du 24 d\u00e9cembre de 2019, vise la prise en compte, \u00e0 l\u2019alin\u00e9a (2), des \u00ab\u00a0r\u00e9seaux sociaux ou de tout autre moyen susceptible d\u2019atteindre le public\u00a0\u00bb, en plus des m\u00e9dias traditionnels (presse, radio, t\u00e9l\u00e9vision), comme moyen de diffusion de la haine. Tout en int\u00e9grant l\u2019apparition du canal qui a largement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 au Cameroun pour attiser cette derni\u00e8re, elle trouve une formulation qui prend en compte les voies de communication non encore connues \u00e0 ce jour. L\u2019outrage \u00e0 la tribu et \u00e0 l\u2019ethnie, d\u00e9sormais r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 \u00e0 l\u2019article 241-1 du Code p\u00e9nal, est le v\u00e9ritable compl\u00e9ment qui vient \u00e9tayer les nouvelles formes d\u2019expression de la haine ayant cours dans les r\u00e9seaux sociaux. Le texte l\u00e8ve le voile sur l\u2019ethnofascisme (Mono Ndjana, 1987) longtemps rest\u00e9 tabou alors m\u00eame que les tensions ethniques, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes du temps du nationalisme ind\u00e9pendantiste, ont \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9es au fil des luttes politiques. L\u2019outrage aux tribus et aux ethnies conforte intrins\u00e8quement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une expertise linguistique dans la mesure o\u00f9 l\u2019article 241-1, dans son alin\u00e9a premier, entend condamner toute personne qui \u00ab\u00a0tient des discours de haine et proc\u00e8de \u00e0 des incitations \u00e0 la violence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Perspectives pour une expertise linguistique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019apport de la linguistique dans les proc\u00e9dures l\u00e9gales est une r\u00e9alit\u00e9 depuis les ann\u00e9es 70 dans les juridictions anglo-saxonnes. Par contre, en France comme dans de nombreux pays francophones, cette expertise n\u2019est gu\u00e8re consid\u00e9r\u00e9e bien qu\u2019on enregistre de plus en plus des travaux qui rappellent avec force le lien entre le linguistique et le juridique (Chatillon, 2002; Fometeu <em>et al.<\/em>, 2018; Lagorgette, 2010a). La langue des textes juridiques, les discours prononc\u00e9s dans les proc\u00e9dures judiciaires et la participation des linguistes en tant que t\u00e9moins expert\u00b7e\u00b7s sont les principaux champs de la <em>forensic linguistics<\/em> ou linguistique l\u00e9gale (Coulthard, 2010). En d\u00e9pit des r\u00e9sultats obtenus dans ces diff\u00e9rents domaines, les juridictions de droit romain, comme le souligne Dominique Lagorgette, privil\u00e9gient la dimension testimoniale lorsqu\u2019elles font appel aux linguistes pour se prononcer sur les \u00e9l\u00e9ments linguistiques d\u2019un dossier judiciaire. Cette insuffisante prise en compte des comp\u00e9tences techniques d\u00e9velopp\u00e9es en sciences du langage am\u00e8ne l\u2019autrice \u00e0 demander une r\u00e9vision de leur r\u00f4le dans les tribunaux afin qu\u2019on puisse v\u00e9ritablement parler d\u2019une expertise linguistique; ou tout au moins, des \u00ab\u00a0\u2018\u2018t\u00e9moins \u00e8s qualit\u00e9\u2019\u2019 (\u00e0 savoir les t\u00e9moins cit\u00e9s pour leurs comp\u00e9tences professionnelles et non pour leur connaissance personnelle du pr\u00e9venu)\u00a0\u00bb (Lagorgette, 2010b, p.\u00a087).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, s\u2019il revient au juge d\u2019appliquer la loi pour sanctionner le discours de haine, il faut bien reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019est pas forc\u00e9ment outill\u00e9 pour analyser le mat\u00e9riau langagier \u00e0 partir duquel il devra \u00e9tablir la culpabilit\u00e9 du pr\u00e9sum\u00e9 ou de la pr\u00e9sum\u00e9e coupable de l\u2019un des comportements d\u00e9crits et incrimin\u00e9s dans les articles 241 et 241-1 du Code p\u00e9nal camerounais cit\u00e9s en amont. Parmi les expertises mobilisables, les sciences du langage devraient avoir voix au chapitre dans la mesure o\u00f9 ce sont les faits langagiers qui sont discut\u00e9s. J\u2019inscris ce plaidoyer dans une tendance peu affirm\u00e9e d\u2019un paradigme \u00e9mergent de ce domaine. Quoique la d\u00e9fense des langues et des populations s\u2019av\u00e8re la principale pr\u00e9occupation de l\u2019approche linguistique du d\u00e9veloppement, il serait prudent de ne pas pr\u00e9cocement l\u2019y r\u00e9duire au risque de limiter la notion de d\u00e9veloppement \u00e0 des consid\u00e9rations strictement mat\u00e9rielles. Il est possible d\u2019aller au-del\u00e0 en incluant par exemple des concepts bien plus abstraits comme le sentiment d\u2019une justice rendue qui procure le bien-\u00eatre. L\u2019application optimale de la r\u00e8gle de droit d\u00e9coule en partie d\u2019une bonne connaissance des faits incrimin\u00e9s; et la connaissance, \u00e0 suivre M\u00e9tangmo-Tatou (2019, p.\u00a021-22) qui embo\u00eete le pas \u00e0 Pottier, r\u00e9sulte elle-m\u00eame d\u2019une s\u00e9rie d\u2019interactions impliquant les niveaux exp\u00e9rientiel, conceptuel, linguistique et discursif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019imbrication des niveaux de connaissance peut r\u00e9v\u00e9ler des structures complexes dans l\u2019\u00e9nonciation des contenus \u00e0 l\u2019apparence haineuse. \u00c0 cet effet, l\u2019on peut donc admettre l\u2019existence de faux discours de haine puisque le sacro-saint principe de la libert\u00e9 d\u2019expression autorise potentiellement des \u00e9carts qui peuvent choquer sans toutefois relever du champ de la haine. La parole politique s\u2019en abreuve r\u00e9guli\u00e8rement et les grandes gueules m\u00e9diatiques se dessinent en jouant sur ce tableau. Dans la guerre qu\u2019elle a livr\u00e9e \u00e0 la Loi Avia, Marine Le Pen propose un aper\u00e7u de l\u2019opacit\u00e9 de la fronti\u00e8re qui s\u00e9pare le discours politique du discours haineux\u00a0: \u00ab\u00a0Mme Laetitia Avia, si je vous appelle Mme Tartuffe, est-ce un contenu haineux ou une r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire \u00e0 votre hypocrisie, qui fait que vos actes sont souvent en d\u00e9saccord avec vos discours?\u00a0\u00bb (intervention de Marine Le Pen \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale le 13\/05\/2020).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exemple de Le Pen permet de d\u00e9gager deux \u00e9l\u00e9ments structuraux du discours de haine : \u00ab acte mena\u00e7ant \u00bb et \u00ab contexte \u00bb. On peut poser, pour chaque discours pr\u00e9sum\u00e9 haineux, qu\u2019il y a pr\u00e9sence (+) ou absence (\u2013) d\u2019un discours mena\u00e7ant et\/ou d\u2019une intention de haine ou d\u2019incitation \u00e0 la haine. Les quatre combinaisons structurelles de base suivantes serviront alors de point de d\u00e9part pour l\u2019investigation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(1) [+ FTA] et [Contexte + HAINE];<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(2) [+ FTA] et [Contexte \u2013 HAINE];<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(3) [\u2013 FTA] et [Contexte \u2013 HAINE];<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(4) [\u2013 FTA] et [Contexte + HAINE].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, la plasticit\u00e9 du langage autorise des jeux avec plus ou moins (\u00b1) la pr\u00e9sence (de l\u2019une) des deux structures, faisant ainsi passer le nombre de combinaisons structurelles de 4 \u00e0 9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(5) [+ FTA] et [Contexte \u00b1 HAINE];<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(6) [\u2013 FTA] et [Contexte \u00b1 HAINE];<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(7) [\u00b1 FTA] et [Contexte + HAINE];<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(8) [\u00b1 FTA] et [Contexte \u2013 HAINE];<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(9) [\u00b1 FTA] et [Contexte \u00b1 HAINE].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les cinq derni\u00e8res combinaisons structurelles illustrent la complexit\u00e9 du discours de haine dans des contextes o\u00f9 l\u2019outrage n\u2019est pas totalement prohib\u00e9; les locuteurs et locutrices peuvent jouer de l\u2019implicite pour entretenir le flou sur leurs intentions communicatives. L\u2019analyse peut se situer au niveau linguistique, mais il faut toujours envisager la possibilit\u00e9 de convoquer les niveaux extralinguistique et \u00e9pist\u00e9mique. La perspective d\u2019une expertise linguistique int\u00e8gre ainsi des comp\u00e9tences encyclop\u00e9diques (Tourneux, 2015, p.\u00a0174) ou, tout au moins, une disposition \u00e0 consid\u00e9rer les faits langagiers comme \u00e9tant ouverts aux influences multiples (psychologiques, culturelles, politiques, didactiques, strat\u00e9giques\u2026) et dont l\u2019heuristique, \u00e0 base linguistique, admet la pluridisciplinarit\u00e9 comme fondement. Elle pourrait faire \u00e9clore les repr\u00e9sentations que l\u2019\u00e9nonciateur ou l\u2019\u00e9nonciatrice du discours haineux se fait de lui-m\u00eame ou d\u2019elle-m\u00eame et de l\u2019autre, celles qu\u2019il ou elle pense que l\u2019autre se fait de lui ou d\u2019elle<a class=\"footnote\" title=\"Il s\u2019agit de la sch\u00e9matisation au sens de Jean-Blaise Grize.\" id=\"return-footnote-171-8\" href=\"#footnote-171-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>. Une analyse \u00e9nonciative appliqu\u00e9e aux faces mettrait aussi en relief les attributs faciaux attaqu\u00e9s, la modalisation et le mode des attaques\u00a0: la face positive pour les atteintes \u00e0 l\u2019estime de soi et la face n\u00e9gative pour celles qui concernent les possessions territoriales et mat\u00e9rielles (voir la synth\u00e8se de Kerbrat-Orecchioni, 1992, p.\u00a0167-180). La face partag\u00e9e, en ce qu\u2019elle s\u2019int\u00e9resse aux partenaires qui partagent certains attributs faciaux (Tio Babena, 2019), offrirait alors une meilleure lecture des effets de la haine sur les interd\u00e9pendances sociales (individu et individu, individu et groupe, groupe et groupe\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour des besoins d\u2019exemplification, je ne reviendrai que sur les propos de Marine Le Pen pour souligner qu\u2019ils correspondent \u00e0 la structure (8). L\u2019appellatif \u00ab Mme Tartuffe \u00bb est de type [\u00b1 FTA], c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est un acte dont la charge offensante est neutralis\u00e9e. La neutralisation s\u2019op\u00e8re ici par l\u2019usage de la conjonction \u00ab si \u00bb qui rend hypoth\u00e9tique l\u2019\u00e9tat d\u00e9crit par le contenu propositionnel \u00ab \u00eatre un contenu haineux \u00bb ou \u00ab \u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire \u00e0 votre hypocrisie \u00bb. Toutefois, on lit de ces propos que la d\u00e9put\u00e9e reconna\u00eet que l\u2019appellatif qu\u2019elle prend en exemple est potentiellement mena\u00e7ant, car il est possible, dans un autre contexte, qu\u2019il vise la face positive de celui ou celle \u00e0 qui il pourrait \u00eatre adress\u00e9. Le contexte de type [Contexte \u2013 HAINE] participe ainsi \u00e0 la d\u00e9sactivation de ce potentiel FTA. Vu que les dires de Le Pen sont produits en interaction, on ram\u00e8nera la notion de contexte au cadre communicatif dont les principales composantes sont le site (l\u2019h\u00e9micycle), le but (interpellation d\u2019une d\u00e9put\u00e9e sur la loi Avia) et les participantes (les d\u00e9put\u00e9es Marine Le Pen et Laetitia Avia). Le contenu haineux pr\u00e9sent dans l\u2019appellatif \u00ab Mme Tartuffe \u00bb, dans cette situation de communication, est en emploi hypoth\u00e9tique et ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9, par ricochet, comme un exemple de contenu illocutoire connotant la haine puisqu\u2019il n\u2019attaque pas la face positive de la d\u00e9put\u00e9e Laetitia Avia.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce texte, je me suis propos\u00e9 d\u2019approcher le discours haineux en appr\u00e9ciant les pratiques communicatives dans leur rapport au texte de droit. La r\u00e9flexion a d\u00e9marr\u00e9 sur le constat que le vivre ensemble pr\u00e9suppose l\u2019existence de potentielles menaces sur l\u2019harmonie relative des entit\u00e9s sociologiques et id\u00e9ologiques h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes qui, malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences, ont obligation de cohabiter. Le discours de haine figure, entre autres, parmi les causes de cette rupture. Son marquage dans l\u2019espace public est tributaire de la libert\u00e9 d\u2019expression en ceci que le principe reprend avec force le fondement ontologique du dire dans la d\u00e9finition de l\u2019\u00eatre social. C\u2019est un principe universalisant qui se particularise pourtant dans les mod\u00e8les sociopolitiques de gestion de la cit\u00e9. Il en d\u00e9coule, pour les exemples sommairement \u00e9voqu\u00e9s (le Cameroun et la France notamment), que la loi lui octroie un caract\u00e8re pluriversel dans sa tentative d\u2019encadrer la libre expression de la pens\u00e9e; et donc, de la haine exprim\u00e9e. J\u2019ai ensuite fait un pont, pour prolonger la r\u00e9flexion sur le terrain strictement linguistique, en convoquant la notion de discours. Il ressort que les contenus haineux s\u2019abreuvent dans les repr\u00e9sentations p\u00e9joratives de l\u2019autre. En l\u2019absence d\u2019une loi, l\u2019indignation peut motiver l\u2019action politique et, par cons\u00e9quent, la r\u00e9ponse juridique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les tensions relatives \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019octobre 2018 au Cameroun ont servi de terrain d\u2019observation aux effets praxiques du discours de haine sur le texte de droit. Cette \u00e9tude de cas montre que la parole politique l\u00e8ve le tabou sur la haine, notamment lorsque celle-ci implique des communaut\u00e9s ethniques ou affecte directement le jeu politique. L\u2019\u00e9vocation de ce sujet sensible sur la place publique exige au sujet politique de n\u00e9gocier son positionnement. En tout \u00e9tat de cause, pour un homme ou une femme politique vis\u00e9s par le discours haineux, il semble facile d\u2019imputer le mauvais r\u00f4le \u00e0 un tiers s\u2019il ou elle veut adopter la posture de rassembleur ou de rassembleuse. Si la p\u00e9nalisation du discours de haine devient in\u00e9luctable dans la pr\u00e9servation du vivre ensemble, elle limite n\u00e9anmoins le domaine de la libert\u00e9 d\u2019expression. La pens\u00e9e critique tend alors \u00e0 se confiner au risque de cr\u00e9er des malentendus sur des questions frapp\u00e9es d\u2019interdits. Le texte de droit entend ainsi r\u00e9guler la parole qui offense quoique le ou la juge ne dispose pas n\u00e9cessairement de tous les outils d\u2019appr\u00e9ciation. Les structures du discours haineux peuvent aller du simple au complexe. Les neuf combinaisons structurelles que j\u2019ai d\u00e9gag\u00e9es convoquent ainsi un examen du sp\u00e9cialiste ou de la sp\u00e9cialiste du discours dont le but serait d\u2019apporter un \u00e9clairage utile \u00e0 la prise de d\u00e9cision judiciaire. Voil\u00e0, \u00e0 mon sens, une perspective que la linguistique pour le d\u00e9veloppement devrait pleinement int\u00e9grer. Ce texte n\u2019en a fourni que des prol\u00e9gom\u00e8nes sur un type sp\u00e9cifique de recherche dans ce paradigme, mais aussi pour des analyses futures qui ambitionneraient d\u2019int\u00e9grer la totalit\u00e9 du mat\u00e9riau langagier (discours de haine, r\u00e9actions de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des politiques, d\u00e9cisions de justice, etc.) produit autour de la question de la haine.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anscombre, Jean-Claude et Ducrot, Oswald. 1980. <em>L\u2019Argumentation dans la langue<\/em>. Li\u00e8ges\/Bruxelles\u00a0: Mardaga.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Atherton, John. 1992. Speech, Act and the Right to Offend in their First Amendment Context. <em>Revue fran\u00e7aise d\u2019\u00e9tudes am\u00e9ricaines<\/em>, <em>52<\/em>, 137\u2011148.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bernard-Barbeau, Genevi\u00e8ve et Mo\u00efse, Claudine. 2020. Introduction. \u2013 Le m\u00e9pris en discours. <em>Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues<\/em>, <em>61<\/em>.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/lidil\/7264\">http:\/\/journals.openedition.org\/lidil\/7264<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouchard, Pierre. 2006. Th\u00e9orie de l\u2019action et parcours de vie. <em>Nouvelles Perspectives en sciences sociales<\/em>, <em>1<\/em>(2), 67\u2011114.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/602471ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/602471ar<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bres, Jacques. 1998. Br\u00e8ve introduction \u00e0 la prax\u00e9matique. <em>L\u2019Information grammaticale<\/em>, <em>77<\/em>, 22\u201123.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cammilleri-Subrenat, Anne. 2002. L\u2019incitation \u00e0 la haine et la Constitution. <em>Revue internationale de droit compar\u00e9<\/em>, <em>54<\/em>(2), 513\u2011548.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chatillon, St\u00e9phane. 2002. Droit et langue. <em>Revue internationale de droit compar\u00e9<\/em>, <em>54<\/em>(3), 687\u2011715.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coltier, Danielle, Dendale, Patrick et De Brabanter, Philippe. 2009. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>,<em> 162<\/em>( 2)<em>. La notion de \u00ab\u00a0prise en charge\u00a0\u00bb en linguistique<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulthard, Malcolm. 2010. Forensic Linguistics: The application of language description in legal contexts. <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>132<\/em>, 15\u201133.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Descl\u00e9s, Jean-Pierre. 2009. Prise en charge, engagement et d\u00e9sengagement. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>162<\/em>(2), 29\u201153.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot, Oswald. 1980. <em>Les Mots du discours<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot, Oswald. 2005. Argumentation rh\u00e9torique et argumentation linguistique. Dans Doury, Marianne et Moirand, Sophie (dir.),<em> L\u2019Argumentation aujourd\u2019hui. Positions th\u00e9oriques en confrontation<\/em> (17\u201134). Paris\u00a0: Presses Sorbonne Nouvelle.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Eberhard, Christoph. 2000. Justice, droits de l\u2019Homme et globalisation dans le miroir africain\u202f: l\u2019image communautaire. <em>Revue interdisciplinaire d\u2019\u00e9tudes juridiques<\/em>, <em>45<\/em>(2), 57\u201186.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fometeu, Joseph, Briand, Philippe et L\u00e9onie M\u00e9tangmo-Tatou (dir.). 2018. <em>La Langue et le droit<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fried, Charles. 2012. Libert\u00e9 d\u2019expression, libert\u00e9 de pens\u00e9e, libert\u00e9s du droit\u202f? Deux d\u00e9cisions controvers\u00e9es de la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis. <em>Les Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel<\/em>, <em>36<\/em>(3), 157\u2011164.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Girard, Charles. 2016. La libert\u00e9 d\u2019expression\u202f: \u00c9tat des questions. <em>Raisons politiques<\/em>, <em>63<\/em>(3), 13\u201133.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Girard, M\u00e9lanie. (2007). \u00c9l\u00e9ments de critique des th\u00e9ories de l\u2019action. <em>Nouvelles Perspectives en sciences sociales<\/em>, <em>3<\/em>(1), 47\u201160.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/602465ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/602465ar<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973a. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne. La pr\u00e9sentation de soi<\/em>, tome 1. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973b. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne. Les relations en public<\/em>, tome 2. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1975. <em>Stigmate. Les usages sociaux des handicaps<\/em> (1963 pour la premi\u00e8re \u00e9dition). Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Honnet, Johan. 2018.\u00a0 Le monde est de plus en plus violent. Vraiment\u202f? Une id\u00e9e re\u00e7ue sur les conflits dans le monde. <em>Contrepoints<\/em>. En ligne\u00a0: https:\/\/www.contrepoints.org\/2018\/07\/30\/320884-le-monde\u00b7est-de-plus\u00b7en-plus-violent-vraiment, consult\u00e9 le 11 septembre 2019.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hurtado L\u00f3pez, F. (2009). Pens\u00e9e critique latino-am\u00e9ricaine\u202f: De la philosophie de la lib\u00e9ration au tournant d\u00e9colonial. <em>Cahiers des Am\u00e9riques latines<\/em>, <em>62<\/em>, 23\u201135.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/cal.1509\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/cal.1509<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Keeanga-Yamahtta, Taylor. 2017. <em>Black Lives Matter. Le renouveau de la r\u00e9volte noire am\u00e9ricaine<\/em>. Marseille\u00a0: Agone.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1992. <em>Les Interactions verbales<\/em>, tome 2. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lagorgette, Dominique (dir.). 2010a. <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9, 132. Linguistique l\u00e9gale et demande sociale\u202f: Les linguistes au tribunal<\/em>. Maison des sciences de l\u2019homme.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lagorgette, Dominique. 2010b. \u00ab\u00a0Le crime est dans l\u2019oeil de celui qui regarde le dessin\u00a0\u00bb\u00a0: L\u2019analyse linguistique pour les tribunaux dans les proc\u00e8s Sin\u00e9 (2009). <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>132<\/em>, 77\u201199.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2002. Discours. Dans Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique (dir.), <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em> (185\u2011190). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbassi At\u00e9ba, Raymond. 2012. Pr\u00e9sentation. Cycles et recyclages des causalit\u00e9s. De la rigidit\u00e9 des id\u00e9es re\u00e7ues \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique de la pens\u00e9e apocryphe. <em>Mosa\u00efques<\/em>, <em>2<\/em>, 7\u20119.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2019. <em>Pour une linguistique du d\u00e9veloppement. Essai d\u2019\u00e9pist\u00e9mologie sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau paradigme en sciences du langage<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0:\u00a0\u00c9dition science et bien commun.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mono Ndjana, Hubert. 1987. <em>De l\u2019ethnofascisme dans la litt\u00e9rature politique camerounaise<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Silex.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oliv\u00e9si, St\u00e9phane. 1994. De la politique du discours\u202f: \u00e9l\u00e9ments pour une analyse critique du discours politique. <em>Quaderni<\/em>, <em>24<\/em>, 9\u201125.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Portine, Henri. 2017. Du contexte \u00e0 la situation au cotexte et \u00e0 l\u2019intertexte. <em>Essais. Revue interdisciplinaire d\u2019Humanit\u00e9s<\/em>, <em>12<\/em>, 17\u201132.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Possenti, S\u00edrio. 2011. R\u00e9flexions sur la m\u00e9moire discursive. <em>Argumentation et analyse du discours<\/em>, <em>7<\/em>. http:\/\/aad.revues.org\/1200<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rabatel, Alain. 2009. Prise en charge et imputation, ou la prise en charge \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>162<\/em>(2), 71\u201187.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roza, St\u00e9phanie. 2020. <em>La Gauche contre les lumi\u00e8res?<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2019. De la face partag\u00e9e\u202f: aux origines de l\u2019antagonisme relationnel dans <em>Le Pacte<\/em> de M. S\u00e8tondji Dossou. Dans Akoa Amougui, Pierre Rom\u00e9o, Madam, Amine et Soussia, Abraham (dir.), <em>Discours pol\u00e9miques et aspects de l\u2019incisif dans les litt\u00e9ratures africaines<\/em> (39\u201153). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tourneux, Henry. 2015. Pour une linguistique du d\u00e9veloppement. <em>Symposium on West African Languages<\/em> (163\u2011176). Naples\u00a0: University of Naples \u00ab\u00a0L\u2019Orientale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vernant, Denis. 2017. Texte et contexte en dialogue. <em>Essais. Revue interdisciplinaire d\u2019Humanit\u00e9s<\/em>, <em>12<\/em>, 33\u201150.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verpeaux, Michel. 2008. Libert\u00e9 d\u2019expression et discours politique. <em>Annuaire international de justice constitutionnelle<\/em>, <em>23\u20112007<\/em>, 235\u2011249.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wolff, Francis. 2019. <em>Plaidoyer pour l\u2019universel<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/gilbert-willy-tio-babena\">Gilbert Willy TIO BABENA<\/a><\/strong><br \/>Enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Maroua et membre du laboratoire Langues, Dynamiques &amp; Usages de l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9, Gilbert Willy TIO BABENA est auteur de plusieurs textes. Il s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 la linguistique pour le d\u00e9veloppement et est notamment membre du r\u00e9seau POCLANDE (Populations, Cultures, Langues et D\u00e9veloppement). Il anime et coordonne l\u2019activit\u00e9 des revues scientifiques africaines du Grenier des savoirs, la plateforme soutenue par l\u2019Association Science Afrique (B\u00e9nin) et les \u00c9ditions science et bien commun (Canada).<br \/>\nCourriel : gilbaben@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-171-1\">Par opposition \u00e0 l\u2019\u00ab universalit\u00e9 monologique imp\u00e9riale \u00bb, la \u00ab pluriversalit\u00e9 d\u00e9coloniale [ouvre] sur la possibilit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e-autre et d\u2019un monde o\u00f9 entrent beaucoup de mondes \u00bb (Hurtado L\u00f3pez, 2009, paragr. 25). Appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse du discours, elle autorise ainsi des interpr\u00e9tations qui s\u2019affranchissent du sens commun ou des th\u00e8ses et cultures dominantes. <a href=\"#return-footnote-171-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-171-2\">Toujours disponible sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=KWidRAQIAMk\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=KWidRAQIAMk<\/a> \u00e0 la date du 15\/08\/2020. <a href=\"#return-footnote-171-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-171-3\">Bien qu\u2019il existe des diff\u00e9rences de connotation entre le mot \u00ab\u00a0nigger\u00a0\u00bb et l\u2019\u00e9quivalent fran\u00e7ais \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb, selon le territoire et les circonstances d\u2019\u00e9nonciation, il faut n\u00e9anmoins signaler que les deux termes pourraient traduire en contexte la haine ou le m\u00e9pris de celui ou celle qui l\u2019utilise. <a href=\"#return-footnote-171-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-171-4\"> Voir <a href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/am\u00e9riques\/20200117-br\u00e9sil-secr\u00e9taire-culture-roberto-alvim-d\u00e9missionne-discours-inspir\u00e9-goebbels\">https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/am\u00e9riques\/20200117-br\u00e9sil-secr\u00e9taire-culture-roberto-alvim-d\u00e9missionne-discours-inspir\u00e9-goebbels<\/a>  <a href=\"#return-footnote-171-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-171-5\">Voir par exemple la une du num\u00e9ro 22 de <em>Le Bamil\u00e9k\u00e9<\/em> de f\u00e9vrier 1957\u00a0: \u00ab\u00a0La chasse aux Bamil\u00e9k\u00e9s va-t-elle durer encore longtemps?\u00a0\u00bb <a href=\"#return-footnote-171-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-171-6\">Le journal <em>Jeune Afrique<\/em> revient sur les faits\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/179484\/politique\/cameroun-quand-wikileaks-affole-les-m-dias\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/179484\/politique\/cameroun-quand-wikileaks-affole-les-m-dias<\/a>\/ <a href=\"#return-footnote-171-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-171-7\">Le podcast \u00ab\u00a0Gardiens de la paix\u00a0\u00bb d\u2019Ilham Maad (2020) revient sur le scandale d\u2019une unit\u00e9 de police d\u2019escorte \u00e0 Rouen majoritairement form\u00e9e des racistes, fascistes et supr\u00e9macistes blancs\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/098692-000-A\/violences-et-racisme-la-police-francaise-pointee-du-doigt\">https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/098692-000-A\/violences-et-racisme-la-police-francaise-pointee-du-doigt<\/a>\/ <a href=\"#return-footnote-171-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-171-8\">Il s\u2019agit de la sch\u00e9matisation au sens de Jean-Blaise Grize. <a href=\"#return-footnote-171-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":5,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["gilbert-willy-tio-babena"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[125],"license":[],"class_list":["post-171","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-expertise","motscles-haine","motscles-loi","motscles-outrage","motscles-praxis","motscles-vivre-ensemble","keywords-cameroon","keywords-expertise","keywords-hate","keywords-law","keywords-living-together","keywords-outrage","keywords-praxis","contributor-gilbert-willy-tio-babena"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/171","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":36,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/171\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":446,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/171\/revisions\/446"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/171\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=171"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=171"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=171"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=171"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}