{"id":206,"date":"2021-02-09T01:50:06","date_gmt":"2021-02-09T00:50:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=206"},"modified":"2023-04-11T12:19:17","modified_gmt":"2023-04-11T10:19:17","slug":"introductionvivreensemble","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/introductionvivreensemble\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation"},"content":{"raw":"<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Une nouvelle page de l\u2019histoire des sciences du langage est d\u00e9sormais d\u00e9finitivement ouverte. Un courant nouveau a \u00e9merg\u00e9, qui acquiert patiemment ses lettres de noblesse et tire ses principes d\u2019action de deux postulats essentiels : la solidarit\u00e9 fondamentale entre la langue et le d\u00e9veloppement humain d\u2019une part, et, d'autre part, l\u2019urgence pour la recherche, linguistique dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, de se d\u00e9tacher de l\u2019injonction de neutralit\u00e9 du positivisme. C\u2019est \u00e0 ce prix que les sciences du langage pourront elles aussi, de concert avec d\u2019autres champs disciplinaires, assumer la mission essentielle de contribuer au mieux-\u00eatre de l\u2019humain.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective pragmatiste, comment l\u2019<em>homo<\/em> <em>loquens<\/em>, l\u2019homme de paroles (Hag\u00e8ge, 1985, p. 9), peut-il g\u00e9rer la communication de mani\u00e8re efficiente? Par quelle action d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e sur la langue \u2013 sa mat\u00e9rialit\u00e9 ainsi que ses statut et fonctions au sein de la communaut\u00e9 des locuteurs \u2013 l\u2019<em>homo loquens <\/em>peut-il tirer parti de la complexit\u00e9 linguistique et culturelle et non la subir, afin de ma\u00eetriser son environnement dans son acception la plus large? Comment assumer une orientation r\u00e9solument interventionniste en faveur de la justice cognitive (Piron <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2016)? Voici le questionnement qui fonde et charpente ce que L\u00e9onie M\u00e9tangmo-Tatou a choisi jadis de nommer <em>linguistique du d\u00e9veloppement<\/em> (M\u00e9tangmo-Tatou, 2003) port\u00e9e par une audace heuristique dont elle soup\u00e7onnait \u00e0 peine la port\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0\u2026<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Une actualit\u00e9 scientifique r\u00e9cente consacre la pertinence de cette <em>linguistique du d\u00e9veloppement<\/em> : publication d\u2019ouvrages, cr\u00e9ation d\u2019un R\u00e9seau d\u2019envergure internationale, le R\u00e9seau Poclande (Populations, Cultures, Langues et D\u00e9veloppement), naissance de nouveaux laboratoires, de revues sp\u00e9cialement d\u00e9di\u00e9es. Conception de projets fabuleux qu\u2019il serait inopportun et surtout pr\u00e9matur\u00e9 de mentionner ici. Foisonnement de textes encadr\u00e9s par une pens\u00e9e rigoureuse et nourris d\u2019une culture scientifique document\u00e9e. Leurs auteurs et autrices se font le devoir d\u2019approfondir des pistes nagu\u00e8re entraper\u00e7ues ; ils et elles \u00e9tendent, en outre, le champ de cette linguistique du d\u00e9veloppement au-del\u00e0 m\u00eame des horizons pr\u00e9visibles <em>a priori<\/em>. C\u2019est le cas, entre autres, des textes constituant la premi\u00e8re livraison de la revue <em>Jeynitaare<\/em> \u2013 <em>Revue panafricaine de linguistique pour le d\u00e9veloppement<\/em> - que nous avons le privil\u00e8ge de pr\u00e9senter en ce jour.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Voici un floril\u00e8ge de textes venant de postures disciplinaires diverses, s\u2019appuyant sur des mat\u00e9riaux linguistiques vari\u00e9s, mais qui s\u2019inscrivent tous dans ce que nous avons convenu de nommer la <em>fabrique langagi\u00e8re du vivre ensemble<\/em>.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans ce premier num\u00e9ro de <em>Jeynitaare<\/em> (en peul \u00ab\u00a0\u00e9mancipation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0richesse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement par extension), nous avons voulu mettre en avant l\u2019indispensable connexion entre le d\u00e9veloppement humain et les attentes soci\u00e9tales. Point de <em>Jeynitaare<\/em> sans <em>de\u01b4\u01b4eende<\/em>, la tranquillit\u00e9, la paix, sans <em>narral<\/em> l'entente, sans <em>ballotiral<\/em>, la solidarit\u00e9. Tout comme le peul, le sanngo use d\u2019appellations diverses en lien avec la notion de vivre ensemble : <em>Lenngo-sonngo<\/em> (litt\u00e9ralement : faire la familiarit\u00e9) signifie \u00ab vivre ensemble comme une famille \u00bb alors que \u00ab <em>sallango-koddoro<\/em> \u00bb (litt\u00e9ralement : faire village) a pour signification \u00ab vivre ensemble en communaut\u00e9 \u00bb.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le terme <em>manngo-ter\u00ea<\/em>\u00a0 renvoie \u00e0 \u00ab entente, concorde \u00bb (Marcel Diki-Kidiri, communication personnelle, f\u00e9vrier 2021). En fait, les langues africaines s\u2019av\u00e8rent particuli\u00e8rement prolixes en ce qui concerne l\u2019expression de la coh\u00e9sion sociale. Et ce n\u2019est pas indiff\u00e9rent. Elles nous enseignent, elles aussi, que l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie humaine passe in\u00e9luctablement par la qu\u00eate des moyens d\u2019instauration des rapports humains respectueux de la diversit\u00e9 sociale et culturelle. Cette qu\u00eate est majoritairement linguistique, car les accords comme les d\u00e9saccords, les connivences comme les divergences, sont cristallis\u00e9s par des faits langagiers : ils naissent et prosp\u00e8rent dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers les langues et les discours. Qu\u2019ils soient per\u00e7us en termes de rapprochement ou en termes de distanciation, les rapports entre les communaut\u00e9s prennent source dans les dires et trouvent leur pleine mat\u00e9rialit\u00e9 dans ces dires. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle du mot, comme \u00e0 celle de la phrase et du discours, l\u2019expression de ces rapports est rep\u00e9rable.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En clair, il s\u2019agit d\u2019apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse aux questions suivantes : par quels m\u00e9canismes langagiers les sujets parlants construisent-ils\/elles leurs relations au sein de la communaut\u00e9, et avec les autres communaut\u00e9s, \u00e9tant entendu que la probl\u00e9matique du vivre ensemble peut avoir une extension nationale mais aussi supranationale? Quels sont les dispositifs et les contextes d\u2019apprentissage qui favorisent la coh\u00e9sion sociale? Comment caract\u00e9riser les discours sur les communaut\u00e9s? Quelles repr\u00e9sentations sociales et (socio)linguistiques se d\u00e9gagent de ces discours?<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le volume s\u2019ouvre justement par la contribution de <strong>Joseph Avodo Avodo<\/strong> qui analyse les conditions historiques de l\u2019\u00e9mergence de la notion de <em>vivre ensemble <\/em>en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment de propagande politique \u00e0 travers les r\u00e9seaux discursifs et lexico-s\u00e9mantiques qui favorisent sa circularit\u00e9. L\u2019\u00e9tude, qui s\u2019appuie sur les allocutions du chef de l\u2019\u00c9tat camerounais, tente de r\u00e9pondre \u00e0 la question de l\u2019\u00e9mergence et de la manifestation d\u2019une id\u00e9ologie autour de cette notion. Toujours dans le champ politique, <strong>Noussa\u00efba Adamou<\/strong> s\u2019int\u00e9resse aux discours de campagne et aux relations entre diff\u00e9rentes instances. Elle d\u00e9crit la d\u00e9marche de l\u2019instance politique comme un acte de s\u00e9duction en direction de l\u2019instance citoyenne : mise en sc\u00e8ne discursive, jeu d\u2019influence, promesses, discours-bilan sont au c\u0153ur des relations entre les deux. Ces discours sont donc construits suivant un objectif pr\u00e9cis. C\u2019est \u00e0 l\u2019analyse d\u2019une autre forme de construction discursive, issue de la presse \u00e9crite, que nous convie <strong>Anne-Clotilde Kameni Wendeu<\/strong>. Elle situe le r\u00f4le de deux organes de presse importants, <em>Cameroun Tribune<\/em> et <em>Le<\/em> <em>Messager<\/em>, dans la construction discursive de l\u2019opinion m\u00e9diatique, leur implication et leur engagement pour l\u2019\u00e9dification d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 paisible. Les m\u00e9dias sont encore interpell\u00e9s dans la contribution de <strong>Gilbert Willy Tio Babena<\/strong>. Cette derni\u00e8re porte sur le discours de la haine qui s\u2019est r\u00e9pandu ces derni\u00e8res ann\u00e9es du fait, notamment, des r\u00e9seaux sociaux. Dans sa r\u00e9flexion, l\u2019auteur montre que la question du vivre ensemble tire son bienfond\u00e9 du pr\u00e9suppos\u00e9 selon lequel les rapports harmonieux entre les composantes sociologiques et id\u00e9ologiques sont menac\u00e9s d\u2019\u00eatre rompus. Le discours politique, en l\u2019occurrence, est impliqu\u00e9 dans cette rupture qui prend forme dans les confrontations m\u00e9diatiques. Dans ces cas de figure, le r\u00f4le des m\u00e9dias est \u00e0 souligner. C\u2019est notamment au vlogue \u00ab les 03 minutes du peuple \u00bb que <strong>Mohamadou Ousmanou<\/strong> consacre son article. Dans une approche multimodale, il d\u00e9crit la vid\u00e9o consacr\u00e9e par ce vlogueur au Grand dialogue national, une rencontre visant \u00e0 trouver des solutions \u00e0 la crise dans les r\u00e9gions anglophones au Cameroun. Apr\u00e8s avoir situ\u00e9 son \u00e9tude dans le domaine de la linguistique du d\u00e9veloppement, l\u2019auteur analyse les diff\u00e9rentes ressources s\u00e9miotiques mises en \u0153uvre par le vlogueur pour b\u00e2tir son discours satirique. Pour cl\u00f4turer le dossier, <strong>Haoua Adji Oumar Liman<\/strong> nous propose un examen de la situation des langues nationales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Dans une d\u00e9marche qui pr\u00f4ne l\u2019approche fonctionnelle de l\u2019enseignement de ces langues, elle propose d\u2019introduire les langues v\u00e9hiculaires dans la formation du personnel de sant\u00e9. Elle soutient qu\u2019une connaissance et une pratique des langues v\u00e9hiculaires am\u00e9liorerait les interactions entre le personnel soignant et les patient\u00b7e\u00b7s en Afrique en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9tant donn\u00e9 la puissance du levier que constitue la sant\u00e9 pour le d\u00e9veloppement humain.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Nous ne pouvons que nous r\u00e9jouir de ce que l\u2019actualit\u00e9 scientifique vienne heureusement contribuer \u00e0 la documentation du paradigme d\u2019une linguistique pour le d\u00e9veloppement, s\u2019ins\u00e9rant dans le domaine plus vaste de ce que Puech (2014) a appel\u00e9 les \u00ab linguistiques d\u2019intervention \u00bb. Et l\u2019on se souvient qu\u2019Ela (2001 : 12) \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 la \u00ab n\u00e9cessit\u00e9 de briser les solitudes et de surmonter la dichotomie entre recherche acad\u00e9mique et recherche d\u2019intervention \u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Ela, Jean-Marc, 2001. <em>Guide p\u00e9dagogique de formation \u00e0 la recherche pour le d\u00e9veloppement en Afrique. <\/em>Paris\u00a0: l\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Hag\u00e8ge, Claude,\u00a01985. <em>L\u2019homme de paroles. Contribution linguistique aux sciences de l'homme.<\/em>\u00a0Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Mammadu Abul Sek et Aliw Mohammadu. 2009.\u00a0<em>Payka. Pulareeje e Konngu\u0257i da\u0253\u0253i<\/em>. Paris : Timtimol\/KJPF<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie, 2003. La koin\u00e8 peule du Cameroun septentrional et les enjeux du d\u00e9veloppement, <em>African Journal of Applied Lingistics - AJAL <\/em>4, p. 119-138.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Noye, Dominique, 1989. <em>Dictionnaire foulfould\u00e9-fran\u00e7ais. Dialecte peul du Diamar\u00e9<\/em> <em>(Nord-Cameroun)<\/em>. Paris\u00a0: Librairie orientaliste Paul Geuthner.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Piron, Florence, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba (sous la direction de). 2016.\u00a0<em>Justice cognitive, libre acc\u00e8s et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du d\u00e9veloppement local durable<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: \u00c9ditions science et bien commun. Url\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/scienceetbiencommun.pressbooks.pub\/justicecognitive1\/front-matter\/introduction\/\">https:\/\/scienceetbiencommun.pressbooks.pub\/justicecognitive1<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Puech, Christian, 2014. Pr\u00e9sentation : Linguistiques d\u2019intervention. Des usages socio-politiques des savoirs sur le langage et les langues.\u00a0<em>Dossiers d'HEL<\/em>, SHESL\u00a0 p. 1-13.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>\u00c9ditorial<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Une nouvelle page de l\u2019histoire des sciences du langage est d\u00e9sormais d\u00e9finitivement ouverte. Un courant nouveau a \u00e9merg\u00e9, qui acquiert patiemment ses lettres de noblesse et tire ses principes d\u2019action de deux postulats essentiels : la solidarit\u00e9 fondamentale entre la langue et le d\u00e9veloppement humain d\u2019une part, et, d&rsquo;autre part, l\u2019urgence pour la recherche, linguistique dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, de se d\u00e9tacher de l\u2019injonction de neutralit\u00e9 du positivisme. C\u2019est \u00e0 ce prix que les sciences du langage pourront elles aussi, de concert avec d\u2019autres champs disciplinaires, assumer la mission essentielle de contribuer au mieux-\u00eatre de l\u2019humain.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective pragmatiste, comment l\u2019<em>homo<\/em> <em>loquens<\/em>, l\u2019homme de paroles (Hag\u00e8ge, 1985, p. 9), peut-il g\u00e9rer la communication de mani\u00e8re efficiente? Par quelle action d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e sur la langue \u2013 sa mat\u00e9rialit\u00e9 ainsi que ses statut et fonctions au sein de la communaut\u00e9 des locuteurs \u2013 l\u2019<em>homo loquens <\/em>peut-il tirer parti de la complexit\u00e9 linguistique et culturelle et non la subir, afin de ma\u00eetriser son environnement dans son acception la plus large? Comment assumer une orientation r\u00e9solument interventionniste en faveur de la justice cognitive (Piron <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2016)? Voici le questionnement qui fonde et charpente ce que L\u00e9onie M\u00e9tangmo-Tatou a choisi jadis de nommer <em>linguistique du d\u00e9veloppement<\/em> (M\u00e9tangmo-Tatou, 2003) port\u00e9e par une audace heuristique dont elle soup\u00e7onnait \u00e0 peine la port\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0\u2026<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Une actualit\u00e9 scientifique r\u00e9cente consacre la pertinence de cette <em>linguistique du d\u00e9veloppement<\/em> : publication d\u2019ouvrages, cr\u00e9ation d\u2019un R\u00e9seau d\u2019envergure internationale, le R\u00e9seau Poclande (Populations, Cultures, Langues et D\u00e9veloppement), naissance de nouveaux laboratoires, de revues sp\u00e9cialement d\u00e9di\u00e9es. Conception de projets fabuleux qu\u2019il serait inopportun et surtout pr\u00e9matur\u00e9 de mentionner ici. Foisonnement de textes encadr\u00e9s par une pens\u00e9e rigoureuse et nourris d\u2019une culture scientifique document\u00e9e. Leurs auteurs et autrices se font le devoir d\u2019approfondir des pistes nagu\u00e8re entraper\u00e7ues ; ils et elles \u00e9tendent, en outre, le champ de cette linguistique du d\u00e9veloppement au-del\u00e0 m\u00eame des horizons pr\u00e9visibles <em>a priori<\/em>. C\u2019est le cas, entre autres, des textes constituant la premi\u00e8re livraison de la revue <em>Jeynitaare<\/em> \u2013 <em>Revue panafricaine de linguistique pour le d\u00e9veloppement<\/em> &#8211; que nous avons le privil\u00e8ge de pr\u00e9senter en ce jour.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Voici un floril\u00e8ge de textes venant de postures disciplinaires diverses, s\u2019appuyant sur des mat\u00e9riaux linguistiques vari\u00e9s, mais qui s\u2019inscrivent tous dans ce que nous avons convenu de nommer la <em>fabrique langagi\u00e8re du vivre ensemble<\/em>.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans ce premier num\u00e9ro de <em>Jeynitaare<\/em> (en peul \u00ab\u00a0\u00e9mancipation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0richesse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement par extension), nous avons voulu mettre en avant l\u2019indispensable connexion entre le d\u00e9veloppement humain et les attentes soci\u00e9tales. Point de <em>Jeynitaare<\/em> sans <em>de\u01b4\u01b4eende<\/em>, la tranquillit\u00e9, la paix, sans <em>narral<\/em> l&rsquo;entente, sans <em>ballotiral<\/em>, la solidarit\u00e9. Tout comme le peul, le sanngo use d\u2019appellations diverses en lien avec la notion de vivre ensemble : <em>Lenngo-sonngo<\/em> (litt\u00e9ralement : faire la familiarit\u00e9) signifie \u00ab vivre ensemble comme une famille \u00bb alors que \u00ab <em>sallango-koddoro<\/em> \u00bb (litt\u00e9ralement : faire village) a pour signification \u00ab vivre ensemble en communaut\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le terme <em>manngo-ter\u00ea<\/em>\u00a0 renvoie \u00e0 \u00ab entente, concorde \u00bb (Marcel Diki-Kidiri, communication personnelle, f\u00e9vrier 2021). En fait, les langues africaines s\u2019av\u00e8rent particuli\u00e8rement prolixes en ce qui concerne l\u2019expression de la coh\u00e9sion sociale. Et ce n\u2019est pas indiff\u00e9rent. Elles nous enseignent, elles aussi, que l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie humaine passe in\u00e9luctablement par la qu\u00eate des moyens d\u2019instauration des rapports humains respectueux de la diversit\u00e9 sociale et culturelle. Cette qu\u00eate est majoritairement linguistique, car les accords comme les d\u00e9saccords, les connivences comme les divergences, sont cristallis\u00e9s par des faits langagiers : ils naissent et prosp\u00e8rent dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers les langues et les discours. Qu\u2019ils soient per\u00e7us en termes de rapprochement ou en termes de distanciation, les rapports entre les communaut\u00e9s prennent source dans les dires et trouvent leur pleine mat\u00e9rialit\u00e9 dans ces dires. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle du mot, comme \u00e0 celle de la phrase et du discours, l\u2019expression de ces rapports est rep\u00e9rable.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En clair, il s\u2019agit d\u2019apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse aux questions suivantes : par quels m\u00e9canismes langagiers les sujets parlants construisent-ils\/elles leurs relations au sein de la communaut\u00e9, et avec les autres communaut\u00e9s, \u00e9tant entendu que la probl\u00e9matique du vivre ensemble peut avoir une extension nationale mais aussi supranationale? Quels sont les dispositifs et les contextes d\u2019apprentissage qui favorisent la coh\u00e9sion sociale? Comment caract\u00e9riser les discours sur les communaut\u00e9s? Quelles repr\u00e9sentations sociales et (socio)linguistiques se d\u00e9gagent de ces discours?<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le volume s\u2019ouvre justement par la contribution de <strong>Joseph Avodo Avodo<\/strong> qui analyse les conditions historiques de l\u2019\u00e9mergence de la notion de <em>vivre ensemble <\/em>en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment de propagande politique \u00e0 travers les r\u00e9seaux discursifs et lexico-s\u00e9mantiques qui favorisent sa circularit\u00e9. L\u2019\u00e9tude, qui s\u2019appuie sur les allocutions du chef de l\u2019\u00c9tat camerounais, tente de r\u00e9pondre \u00e0 la question de l\u2019\u00e9mergence et de la manifestation d\u2019une id\u00e9ologie autour de cette notion. Toujours dans le champ politique, <strong>Noussa\u00efba Adamou<\/strong> s\u2019int\u00e9resse aux discours de campagne et aux relations entre diff\u00e9rentes instances. Elle d\u00e9crit la d\u00e9marche de l\u2019instance politique comme un acte de s\u00e9duction en direction de l\u2019instance citoyenne : mise en sc\u00e8ne discursive, jeu d\u2019influence, promesses, discours-bilan sont au c\u0153ur des relations entre les deux. Ces discours sont donc construits suivant un objectif pr\u00e9cis. C\u2019est \u00e0 l\u2019analyse d\u2019une autre forme de construction discursive, issue de la presse \u00e9crite, que nous convie <strong>Anne-Clotilde Kameni Wendeu<\/strong>. Elle situe le r\u00f4le de deux organes de presse importants, <em>Cameroun Tribune<\/em> et <em>Le<\/em> <em>Messager<\/em>, dans la construction discursive de l\u2019opinion m\u00e9diatique, leur implication et leur engagement pour l\u2019\u00e9dification d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 paisible. Les m\u00e9dias sont encore interpell\u00e9s dans la contribution de <strong>Gilbert Willy Tio Babena<\/strong>. Cette derni\u00e8re porte sur le discours de la haine qui s\u2019est r\u00e9pandu ces derni\u00e8res ann\u00e9es du fait, notamment, des r\u00e9seaux sociaux. Dans sa r\u00e9flexion, l\u2019auteur montre que la question du vivre ensemble tire son bienfond\u00e9 du pr\u00e9suppos\u00e9 selon lequel les rapports harmonieux entre les composantes sociologiques et id\u00e9ologiques sont menac\u00e9s d\u2019\u00eatre rompus. Le discours politique, en l\u2019occurrence, est impliqu\u00e9 dans cette rupture qui prend forme dans les confrontations m\u00e9diatiques. Dans ces cas de figure, le r\u00f4le des m\u00e9dias est \u00e0 souligner. C\u2019est notamment au vlogue \u00ab les 03 minutes du peuple \u00bb que <strong>Mohamadou Ousmanou<\/strong> consacre son article. Dans une approche multimodale, il d\u00e9crit la vid\u00e9o consacr\u00e9e par ce vlogueur au Grand dialogue national, une rencontre visant \u00e0 trouver des solutions \u00e0 la crise dans les r\u00e9gions anglophones au Cameroun. Apr\u00e8s avoir situ\u00e9 son \u00e9tude dans le domaine de la linguistique du d\u00e9veloppement, l\u2019auteur analyse les diff\u00e9rentes ressources s\u00e9miotiques mises en \u0153uvre par le vlogueur pour b\u00e2tir son discours satirique. Pour cl\u00f4turer le dossier, <strong>Haoua Adji Oumar Liman<\/strong> nous propose un examen de la situation des langues nationales dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Dans une d\u00e9marche qui pr\u00f4ne l\u2019approche fonctionnelle de l\u2019enseignement de ces langues, elle propose d\u2019introduire les langues v\u00e9hiculaires dans la formation du personnel de sant\u00e9. Elle soutient qu\u2019une connaissance et une pratique des langues v\u00e9hiculaires am\u00e9liorerait les interactions entre le personnel soignant et les patient\u00b7e\u00b7s en Afrique en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9tant donn\u00e9 la puissance du levier que constitue la sant\u00e9 pour le d\u00e9veloppement humain.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Nous ne pouvons que nous r\u00e9jouir de ce que l\u2019actualit\u00e9 scientifique vienne heureusement contribuer \u00e0 la documentation du paradigme d\u2019une linguistique pour le d\u00e9veloppement, s\u2019ins\u00e9rant dans le domaine plus vaste de ce que Puech (2014) a appel\u00e9 les \u00ab linguistiques d\u2019intervention \u00bb. Et l\u2019on se souvient qu\u2019Ela (2001 : 12) \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 la \u00ab n\u00e9cessit\u00e9 de briser les solitudes et de surmonter la dichotomie entre recherche acad\u00e9mique et recherche d\u2019intervention \u00bb.<\/p>\n<h2><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\">Ela, Jean-Marc, 2001. <em>Guide p\u00e9dagogique de formation \u00e0 la recherche pour le d\u00e9veloppement en Afrique. <\/em>Paris\u00a0: l\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Hag\u00e8ge, Claude,\u00a01985. <em>L\u2019homme de paroles. Contribution linguistique aux sciences de l&rsquo;homme.<\/em>\u00a0Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Mammadu Abul Sek et Aliw Mohammadu. 2009.\u00a0<em>Payka. Pulareeje e Konngu\u0257i da\u0253\u0253i<\/em>. Paris : Timtimol\/KJPF<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie, 2003. La koin\u00e8 peule du Cameroun septentrional et les enjeux du d\u00e9veloppement, <em>African Journal of Applied Lingistics &#8211; AJAL <\/em>4, p. 119-138.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Noye, Dominique, 1989. <em>Dictionnaire foulfould\u00e9-fran\u00e7ais. Dialecte peul du Diamar\u00e9<\/em> <em>(Nord-Cameroun)<\/em>. Paris\u00a0: Librairie orientaliste Paul Geuthner.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Piron, Florence, Samuel Regulus et Marie Sophie Dibounje Madiba (sous la direction de). 2016.\u00a0<em>Justice cognitive, libre acc\u00e8s et savoirs locaux. Pour une science ouverte juste, au service du d\u00e9veloppement local durable<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: \u00c9ditions science et bien commun. Url\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/scienceetbiencommun.pressbooks.pub\/justicecognitive1\/front-matter\/introduction\/\">https:\/\/scienceetbiencommun.pressbooks.pub\/justicecognitive1<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Puech, Christian, 2014. Pr\u00e9sentation : Linguistiques d\u2019intervention. Des usages socio-politiques des savoirs sur le langage et les langues.\u00a0<em>Dossiers d&rsquo;HEL<\/em>, SHESL\u00a0 p. 1-13.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/leonie-metangmo-tatou\">L\u00e9onie M\u00c9TANGMO-TATOU<\/a><\/strong><br \/>L\u00e9onie Tatou est professeure des universit\u00e9s HDR en sciences du langage \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9 (Cameroun). Elle est fondatrice et responsable du laboratoire Langues, Dynamiques et Usages (LADYRUS). Ses travaux de recherche ainsi que son engagement social s\u2019articulent autour des dynamiques multilingues et multiculturelles observables en Afrique et de la probl\u00e9matique du d\u00e9veloppement durable par le biais de la formation du capital humain et de la circulation des sciences et des savoirs, tout cela en lien avec la dynamique des langues et des cultures. Elle s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 la mise en coh\u00e9rence de ces dynamiques avec la probl\u00e9matique du d\u00e9veloppement humain et la promotion de la justice cognitive.<\/p>\n<p>Elle est chercheuse associ\u00e9e au CIRAM (Centre international de recherche sur l\u2019Afrique et le Moyen Orient de l\u2019Universit\u00e9 Laval, Canada) et membre de plusieurs organisations savantes. Elle a obtenu la distinction de Chevalier dans l\u2019Ordre national de la Valeur. Parmi ses livres r\u00e9cents, Pour une linguistique du d\u00e9veloppement (2020) en libre acc\u00e8s aux \u00c9ditions science et bien commun et, en collaboration avec Joseph Fometeu et Philippe Briand, La langue et le droit (L\u2019Harmattan, 2018).<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/mohamadou-ousmanou\">MOHAMADOU OUSMANOU<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est enseignant de linguistique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Maroua. Ses travaux portent sur l&rsquo;analyse multimodale des discours m\u00e9diatiques (intonation, morphosyntaxe, gestualit\u00e9) et la didactique des langues africaines.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":1,"menu_order":1,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["leonie-metangmo-tatou","mohamadou-ousmanou"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[136,73],"license":[],"class_list":["post-206","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","contributor-leonie-metangmo-tatou","contributor-mohamadou-ousmanou"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/206","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/206\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":438,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/206\/revisions\/438"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/206\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=206"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=206"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=206"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=206"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}