{"id":274,"date":"2021-02-27T16:48:07","date_gmt":"2021-02-27T15:48:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=274"},"modified":"2023-04-11T12:19:23","modified_gmt":"2023-04-11T10:19:23","slug":"kameni2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/kameni2021\/","title":{"rendered":"Discours m\u00e9diatique et impact sur la construction du vivre ensemble au Cameroun. Regard panoramique de deux quotidiens : \u00ab\u00a0Cameroon Tribune\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Le Messager\u00a0\u00bb"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La crise s\u00e9curitaire qui affecte les r\u00e9gions anglophones et le Cameroun tout entier a mis au-devant de la sc\u00e8ne la question du vivre ensemble, fondement de la vie sociale dans toutes les Nations. Cette instabilit\u00e9 am\u00e8ne plusieurs chercheurs et chercheuses \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les voies et moyens pour faire revenir la paix et la stabilit\u00e9 dans ce pays. L\u2019analyse du discours trouve dans les discours des m\u00e9dias, plus particuli\u00e8rement ceux de la presse \u00e9crite, un terrain fertile pour apporter des pistes de r\u00e9solutions qui rel\u00e8vent en fait de la responsabilit\u00e9 de tous et toutes. En effet, sa pluridisciplinarit\u00e9 permet d\u2019accorder de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 tous types de discours\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019analyse du discours constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019est pas anodin\u00a0: pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, la totalit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9e dans la multiplicit\u00e9 de leurs genres, est appel\u00e9e \u00e0 devenir objet d\u2019\u00e9tude\u00a0\u00bb (Charaudeau et Maingueneau (2002, p.\u00a045). Les discours m\u00e9diatiques, par leur port\u00e9e sociale, se donnent aussi pour vocation d\u2019instruire, de sensibiliser son public. Pour cette raison, ils participent \u00e0 la construction de l\u2019opinion publique et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 des relations sociales plus apais\u00e9es. Aussi le corpus d\u2019\u00e9tude est-il constitu\u00e9 d\u2019articles de presse \u00e9crite de deux quotidiens (<em>Cameroon<\/em> <em>Tribune<\/em> et <em>Le<\/em> <em>Messager<\/em>) dont on sait que les lignes \u00e9ditoriales sont oppos\u00e9es. En effet, <em>Cameroon Tribune<\/em> se singularise par sa d\u00e9termination \u00e0 accompagner la politique gouvernementale tandis que <em>Le Messager<\/em> se d\u00e9marque par ses prises de positions toujours critiques \u00e0 l\u2019endroit du gouvernement. Il est donc question de montrer comment, \u00e0 travers les diff\u00e9rents outils de l\u2019analyse du discours, les deux quotidiens construisent discursivement le vivre ensemble. D\u2019autant plus qu\u2019on sait avec Charaudeau que \u00ab\u00a0l\u2019information est essentiellement affaire de langage et le langage n\u2019est pas transparent au monde, il pr\u00e9sente sa propre opacit\u00e9 \u00e0 travers laquelle se construit une vision, un sens particulier au monde\u00a0\u00bb (2011, p.\u00a012). C\u2019est dire que les m\u00e9dias construisent une vision parcellaire de l\u2019espace public et l\u2019imposent au public.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toute information d\u00e9pend donc d\u2019une ligne \u00e9ditoriale qui pr\u00e9d\u00e9finit l\u2019orientation id\u00e9ologique d\u2019un journal. Dans le cadre de ce travail, la p\u00e9riode choisie est celle relative \u00e0 la crise anglophone qui frappe le Cameroun depuis 2016. Cette p\u00e9riode se mat\u00e9rialise dans la presse par des r\u00e9f\u00e9rents qui convergent vers le vivre ensemble. Cette notion, devenue un sujet important dans notre pays, va faire l\u2019objet d\u2019une construction discursive singuli\u00e8re dans les deux quotidiens en ce sens qu\u2019ils proposent des discours qui laissent entrevoir leurs orientations id\u00e9ologiques. Dans l\u2019optique d\u2019\u00e9tudier la circulation et la formulation des mots d\u2019un m\u00e9dia \u00e0 l\u2019autre, nous proposons, \u00e0 partir d\u2019une vingtaine de num\u00e9ros parus entre 2016 et 2019, de d\u00e9crypter toutes les strat\u00e9gies discursives qui favorisent l\u2019apaisement et le r\u00e9tablissement de la paix. L\u2019analyse s\u2019attellera tout d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la titraille avant de se focaliser sur les m\u00e9canismes langagiers, qui seront d\u00e9gag\u00e9s au travers de quelques genres d\u2019opinions.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb qui fait flor\u00e8s dans les m\u00e9dias ces jours rend compte de la complexit\u00e9 des relations humaines et par le m\u00eame fait met en exergue la volont\u00e9 des uns et des autres de r\u00e9tablir un climat social plus apais\u00e9. King ne disait-il pas que \u00ab\u00a0nous devons apprendre \u00e0 vivre comme des fr\u00e8res, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots\u00a0\u00bb\u00a0(1968, paragr.\u00a011)[footnote]Texte en anglais\u00a0: \u00ab\u00a0We must all learn to live together as brothers or we will all perish together as fools\u00a0\u00bb. Sermon prononc\u00e9 par King au <em>National Cathedral (Washington D.C.), le 31 mars 1968.<\/em>\u00a0La transcription du texte original est disponible sur https:\/\/kinginstitute.stanford.edu\/king-papers\/publications\/knock-midnight-inspiration-great-sermons-reverend-martin-luther-king-jr-10[\/footnote]. L\u2019analyse du discours appara\u00eet comme une des d\u00e9marches pouvant conduire \u00e0 cette coh\u00e9sion sociale. En effet, ce champ m\u00e9thodologique multidisciplinaire \u00e9tudie le contexte et le contenu des discours. Elle emprunte de nombreux concepts aux champs de la sociologie, de la philosophie, de la psychologie, de l\u2019informatique, des sciences de la communication, de la linguistique, de la pragmatique, de la statistique textuelle et de l\u2019histoire. Elle s\u2019int\u00e9resse donc au discours, aux diff\u00e9rentes unit\u00e9s qui le composent. Les approches en analyse du discours sont diverses, mais elles reposent sur un m\u00eame principe selon lequel \u00ab\u00a0les \u00e9nonc\u00e9s ne se pr\u00e9sentent pas comme des phrases ou des suites de phrases, mais comme des textes\u00a0\u00bb (Grawitz, 1990, p.\u00a0345). Cela implique qu\u2019on le consid\u00e8re comme un ensemble \u00ab\u00a0qu\u2019il faut \u00e9tudier comme tel en le rapportant aux conditions dans lesquelles il est produit\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Benveniste le discours est \u00ab\u00a0toute \u00e9nonciation supposant un locuteur et un auditeur, et chez le premier l\u2019intention d\u2019influencer l\u2019autre de quelque mani\u00e8re\u00a0\u00bb (1966, p.\u00a0242). Le discours est par ailleurs tributaire de trois autres concepts cl\u00e9s que sont le <em>texte<\/em>, le <em>contexte<\/em> et l\u2019<em>intention<\/em> qui sont d\u00e9terminants en analyse du discours. Le contexte par exemple renvoie \u00e0 la situation concr\u00e8te dans laquelle le discours est produit. Celui qui nous int\u00e9resse se rapporte \u00e0 la situation de crise s\u00e9curitaire ambiante au Cameroun. Elle a fait na\u00eetre une pl\u00e9thore de discours allant dans le sens de l\u2019apaisement ou du vivre ensemble. Ainsi, les discours issus de <em>Cameroon Tribune <\/em>(<em>CT<\/em>) et de <em>Le Message <\/em>(<em>LM<\/em>), qui font l\u2019objet de la pr\u00e9sente \u00e9tude, sont situ\u00e9s dans ce cadre spatiotemporel.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019inscription des proc\u00e9d\u00e9s discursifs du concept de \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb dans la titraille de <em>CT <\/em>et<em> LM<\/em><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ensemble constitu\u00e9 du surtitre, du titre et du sous-titre, la titraille constitue le lieu par excellence o\u00f9 les manifestations du vivre ensemble sont visibles. En effet, c\u2019est elle qui donne aux lecteurs et lectrices l\u2019essentiel de l\u2019information contenue dans les articles\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est aussi par la lecture du titre que le lecteur entre dans une information. Il est \u00e9crit pour \u00eatre lu rapidement, pour attirer l\u2019attention, pour motiver la lecture de l\u2019article\u00a0\u00bb (Claude Jamet et Anne-Marie Jannet, 1999, p.\u00a0105). Dans cette logique commencer l\u2019\u00e9tude d\u2019un texte par son titre contribuerait \u00e0 une compr\u00e9hension efficace du texte. Nous proposons donc de relever les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de ces titres, de commenter leurs dimensions structurales et fonctionnelles \u00e0 l\u2019effet de d\u00e9gager les strat\u00e9gies de constructions du vivre-ensemble, ainsi que l\u2019impact qu\u2019il pourrait avoir sur le lecteur ou la lectrice.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Structure du titre dans <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La titraille appara\u00eet sous des formes diverses dans <em>CT<\/em>. Nous envisageons ici d\u2019analyser quelques titres de la une. Njoh Kom\u00e9 estime que \u00ab\u00a0le texte journalistique est un multitexte constitu\u00e9 d\u2019une mosa\u00efque d\u2019informations et la page une illustre cette diversit\u00e9\u00a0\u00bb (2009, p.\u00a012). Il distingue, d\u2019une part, le p\u00e9ritexte du journal qui est compos\u00e9 des d\u00e9nominations, des indicateurs du genre ou de rubrique; et d\u2019autre part, le p\u00e9ritexte de l\u2019article qui est constitu\u00e9 des unit\u00e9s verbales (surtitre, titre, sous-titre), les unit\u00e9s verbo-iconiques et les unit\u00e9s iconiques (Njoh Kom\u00e9, 2009, p.\u00a012). Nous nous appesantirons sur les unit\u00e9s verbales, car le surtitre, le titre et le sous-titre donnent aux lecteurs la quintessence du message. Ainsi, la titraille <em>CT<\/em> se d\u00e9compose comme suit\u00a0: une s\u00e9quence cadrative, une s\u00e9quence informative et une s\u00e9quence explicative. Voici quelques exemples\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(1) R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Retour \u00e0 la normale [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mouvements de personnes, activit\u00e9s commerciales intenses, lieux publics ouverts\u2026 Tel est le visage qu\u2019offrent depuis hier les diff\u00e9rentes localit\u00e9s de ces deux r\u00e9gions apr\u00e8s la fin des mesures de restriction des mouvements d\u00e9cid\u00e9es la semaine derni\u00e8re par les gouverneurs [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(2) R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La paix retrouv\u00e9e, un acquis \u00e0 consolider [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis cinq jours, la vie a repris son cours normal dans ces deux r\u00e9gions apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la s\u00e9cession annonc\u00e9e par les s\u00e9paratistes pour le 1er octobre dernier. Il importe donc aujourd\u2019hui de maintenir cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 propice au dialogue [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(3) Pr\u00e9sence des forces de d\u00e9fense dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Indispensable [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sugg\u00e9r\u00e9e par les promoteurs et promotrices du projet de la Conf\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale anglophone, l\u2019hypoth\u00e8se du d\u00e9part des forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 du Nord-Ouest et du Sud-Ouest appara\u00eet irr\u00e9alisable dans un contexte de pr\u00e9servation de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale du Cameroun [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(4) Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des maisons incendi\u00e9es [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les populations incriminent l\u2019arm\u00e9e, la haute hi\u00e9rarchie militaire s\u2019en d\u00e9fend et accuse les assaillants [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>LM<\/em> du 21\/09\/17);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(5) Bamenda [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Un chef d\u2019\u00e9tablissement et sept \u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9s [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Derrick Ndue, le principal de la Presbyterian school science and technology de Bafut et les \u00e9l\u00e8ves sont les otages des assaillants non encore identifi\u00e9s depuis hier. [<strong>S\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>LM<\/em> du 04\/09\/18).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les s\u00e9quences cadratives dans les cas (1), (2), (3) et (4) situent d\u2019embl\u00e9e l\u2019espace, le lieu de l\u2019\u00e9v\u00e8nement du titre. Il s\u2019agit bien des r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Est du Cameroun, les deux principales r\u00e9gions affect\u00e9es par la crise. Cependant, nous constatons qu\u2019en (5) <em>LM<\/em> est plus explicite, car la d\u00e9nomination propre \u00ab\u00a0Bamenda\u00a0\u00bb indique que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le chef-lieu de la r\u00e9gion du Nord-Ouest qui est vis\u00e9. <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em> dans ces s\u00e9quences cadratives attirent l\u2019attention sur un \u00e9v\u00e9nement particulier qui sera d\u00e9voil\u00e9 dans le titre principal. Celui-ci renvoie \u00e0 la s\u00e9quence informative qui est \u00ab\u00a0la structure focus du discours, celle qui porte l\u2019information\u00a0\u00bb (Njoh Kom\u00e9, 2009, p.\u00a064). Dans les exemples (1), (2), (3) de <em>CT<\/em>, on observe d\u00e9j\u00e0 les pr\u00e9mices d\u2019un retour \u00e0 la paix. D\u2019ailleurs, les s\u00e9quences informatives (2) et (3) qui sont constitu\u00e9es pour l\u2019un, d\u2019un groupe nominal \u00ab\u00a0Retour \u00e0 la normale\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 04\u00a0\/10\/17), et pour l\u2019autre, d\u2019une phrase averbale juxtapos\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0La paix retrouv\u00e9e, un acquis \u00e0 consolider\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17). Le premier segment (la paix retrouv\u00e9e) met en perspective le participe \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb. L\u2019adjonction du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0re-\u00a0\u00bb au radical \u00ab\u00a0-trouv-\u00a0\u00bb, marque du retour \u00e0 l\u2019\u00e9tat ant\u00e9rieur, pr\u00e9suppose que la paix menac\u00e9e il y a quelque temps r\u00e8gne \u00e0 nouveau dans les deux r\u00e9gions. Bien plus, ce changement annonc\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0un acquis\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose que l\u2019on poss\u00e8de; cette possession marquerait ainsi une victoire, celle de la paix, de m\u00eame qu\u2019elle mettrait un terme \u00e0 la situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Mais si la paix acquise est proclam\u00e9e, le journal tient \u00e0 nuancer cette proclamation en la caract\u00e9risant\u00a0: c\u2019est bien \u00ab\u00a0un acquis \u00e0 consolider\u00a0\u00bb et non pas <em>un acquis consolid\u00e9<\/em>. <em>Acquis \u00e0 consolider<\/em> prend alors la structure d\u2019une collocation[footnote]Les collocations sont des \u00ab\u00a0cooccurrences lexicales restreintes\u00a0\u00bb (Steinlin, 2003, p. 3), ou encore des combinaisons d\u2019unit\u00e9s lexicales fonctionnant en paire. Voir \u00e9galement Hausmann et Blumenthal (2006).[\/footnote] avec une base nominale (un acquis) et un collocatif (\u00e0 consolider). On peut donc comprendre que le vivre ensemble est une construction et une qu\u00eate permanente.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La derni\u00e8re s\u00e9quence explicative vient alors confirmer cette th\u00e8se annonc\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment en donnant aux lecteurs et lectrices des illustrations. Ainsi <em>CT<\/em> parle-t-il de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 retrouv\u00e9e \u00e0 travers l\u2019\u00e9num\u00e9ration\u00a0: \u00ab\u00a0Mouvements de personnes, activit\u00e9s commerciales intenses, lieux publics ouverts\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17). Le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif de\u00a0\u00ab\u00a0offrent\u00a0\u00bb\u00a0donne un caract\u00e8re r\u00e9el \u00e0 ce tableau optimiste de la situation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, les titres principaux de <em>LM <\/em>contrastent avec cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 retrouv\u00e9e et d\u00e9crite par <em>CT<\/em>. M\u00eame si les s\u00e9quences cadratives localisent l\u2019espace de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, les destructions annonc\u00e9es dans la s\u00e9quence informative\u00a0sont plus explicit\u00e9es dans la s\u00e9quence explicative. <em>LM<\/em> estime que le retour \u00e0 la paix est encore incertain. On rep\u00e8re tr\u00e8s vite, dans les cas (4), (5), le recourt au champ lexical de la guerre\u00a0: \u00ab\u00a0arm\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0militaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0assaillants\u00a0\u00bb (<em>LM<\/em> du 21\/09\/17), \u00ab\u00a0Derrick Ndue,\u00a0Le principal\u00a0\u2026\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0otages\u00a0\u00bb (<em>LM<\/em> du 04\/09\/18). L\u2019indicatif pr\u00e9sent dans \u00ab\u00a0incriminent\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0accuse\u00a0\u00bb tend \u00e0 attribuer un caract\u00e8re v\u00e9ridique aux propos.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout porte \u00e0 croire que les s\u00e9quences cadratives, informatives et explicatives dans <em>CT<\/em> et dans <em>LM <\/em>ont une fonction captivante. M\u00eame si elles annoncent des \u00e9v\u00e9nements heureux ou malheureux, c\u2019est dans le but d\u2019attirer l\u2019attention sur la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre fin \u00e0 cette situation. Elles participent de la volont\u00e9 de faire accepter \u00e0 tous les lecteurs et \u00e0 toutes les lectrices l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un retour \u00e0 la paix, condition du vivre ensemble. C\u2019est dans cette logique qu\u2019il faut comprendre la fonction socialisatrice des m\u00e9dias dont parlent contenue dans Claude Jamet et Anne-Marie Jannet\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019information est un lieu social et, de ce fait, tend \u00e0 construire l\u2019espace social par l\u2019interm\u00e9diaire du savoir qu\u2019elle partage avec le lecteur et le t\u00e9l\u00e9spectateur\u00a0\u00bb (1999, p.\u00a0183).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une structure antinomique des titres pour une m\u00eame cause<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous focalisons notre attention principalement sur les surtitres et les titres. Ces derniers permettent d\u2019avoir rapidement acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information principale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le cas de <em>CT<\/em><\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces titres se pr\u00e9sentent comme suit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(6) R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Retour \u00e0 la normale (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(7) R\u00e9gions du Nord-Ouest et Sud-Ouest<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La paix retrouv\u00e9e, un acquis \u00e0 consolider (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(8) Pr\u00e9sence des forces de d\u00e9fense dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Indispensable (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>CT<\/em> les surtitres et les titres principaux se pr\u00e9sentent sous la forme de groupes nominaux. On peut noter que ces groupes nominaux sont reli\u00e9s par la conjonction de coordination \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17)\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Pr\u00e9sence des forces de d\u00e9fense dans le Nord-Ouest et le Sud-Est (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18)\u00a0\u00bb ;\u00a0\u00ab\u00a0Nord-Ouest et Sud-Ouest (<em>CT<\/em> du 16\/10\/19)\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Rappelons que selon Grevisse \u00ab\u00a0La conjonction est un mot invariable qui sert \u00e0 joindre et \u00e0 mettre en rapport, soit deux propositions, soit deux mots de m\u00eame fonction dans une proposition\u00a0\u00bb (1969, p.\u00a0989). La conjonction \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb dans ces exemples relie majoritairement deux groupes de mots, les groupes nominaux \u00ab\u00a0Nord-Ouest\/Sud-Ouest\u00a0\u00bb qui d\u00e9signent les deux r\u00e9gions du Cameroun affect\u00e9es par la crise. On y note une absence de verbes conjugu\u00e9s et de d\u00e9terminants. Cette construction permet de rendre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 bref, et focaliser ainsi l\u2019attention du lectorat uniquement sur ces deux r\u00e9gions. La conjonction \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb relie deux entit\u00e9s qui jadis passaient inaper\u00e7ues, mais sont aujourd\u2019hui li\u00e9es parce qu\u2019elles partagent une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, celle de la crise anglophone.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la paix comme nous l\u2019avons signal\u00e9 plus haut est l\u2019\u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 dans la mat\u00e9rialisation du vivre ensemble. On note dans <em>CT<\/em> des groupes nominaux compos\u00e9s de s\u00e8mes majoritairement positifs\u00a0: \u00ab\u00a0retour \u00e0 la Normale\u00a0\u00bb (<em>CT <\/em>du 04\/10\/17), \u00ab\u00a0la paix retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0acquis \u00e0 consolider\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17), \u00ab\u00a0indispensable\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18), \u00ab\u00a0affluence grandissante\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 04\/10\/19), \u00ab\u00a0l\u2019appel des Nations Unies\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 05\/09\/19). La plupart de ces groupes nominaux pr\u00e9sentent deux types de structure\u00a0: [Nom Nom] dans les cas (1) et (8), [Nom Adjectif] dans les cas (2) et (7). On note un apaisement apr\u00e8s une p\u00e9riode trouble dans (1) \u00ab\u00a0Retour \u00e0 la normale\u00a0\u00bb. Cette expression fig\u00e9e, en m\u00eame temps qu\u2019elle signale un changement, elle renvoie le lectorat \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019avant la crise o\u00f9 il faisait bon vivre dans cette partie du pays. On per\u00e7oit par l\u00e0 la volont\u00e9 du quotidien de donner au lectorat des informations qui visent \u00e0 tranquilliser, \u00e0 apaiser et cultiver dans les esprits l\u2019id\u00e9e selon laquelle le vivre ensemble sera \u00e0 nouveau possible.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ceci est d\u2019autant plus vrai que ce combat pour la paix et le retour de la stabilit\u00e9 dans ces deux r\u00e9gions sont soutenus par les \u00c9tats-Unis qui jouent le r\u00f4le d\u2019arbitre dans cette crise. Le titre (8) (L\u2019appel des Nations Unies) marque l\u2019intervention des Nations Unies, r\u00e9f\u00e9rent qui renvoie \u00e0 une notori\u00e9t\u00e9 connue du lectorat. Moirand pr\u00e9cise qu\u2019\u00ab\u00a0il s\u2019agit en effet de mots porteurs des savoirs qu\u2019ils ont acquis au fil des discours qu\u2019ils ont travers\u00e9s, de mots \u201chabit\u00e9s\u201d au sens de Bakhtine\u00a0\u00bb (2007, p.\u00a0135). Autrement dit, la mention de \u00ab\u00a0Nations Unies\u00a0\u00bb \u00e9voque, dans la m\u00e9moire collective du lectorat, le r\u00f4le que cette organisation a toujours jou\u00e9 dans la r\u00e9solution des conflits dans le monde en g\u00e9n\u00e9ral. La d\u00e9signation d\u00e9tourn\u00e9e de cet organisme montre la gravit\u00e9 du probl\u00e8me et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019y rem\u00e9dier. Reste \u00e0 voir \u00e0 pr\u00e9sent comment se manifeste le vivre ensemble dans les titres de <em>LM<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le cas de <em>LM<\/em><\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les surtitres et les titres principaux apparaissent sous la forme<\/p>\r\n\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>de groupes nominaux\u00a0: nom adjectif et nom nom<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0(9) <em>Sud<\/em>-<em>Ouest<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des maisons incendi\u00e9es<strong> (<\/strong><em>LM<\/em> du 21\/10\/17)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(10) Crise anglophone<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong>Le temps des assassins (<em>LM<\/em> du 12\/12\/16)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>des phrases averbales avec absence de la copule<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(11) Bamenda<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Un chef d\u2019\u00e9tablissement et sept \u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9s (<em>LM<\/em> du 04\/09\/18)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(12) Le convoi de L\u00e9l\u00e9 Lafrique attaqu\u00e9 (<em>LM <\/em>du 04\/09\/19)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>phrase verbale\u00a0: sujet verbe<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(13) \u00c9meutes de Bamenda<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le bilan s\u2019alourdit (<em>LM<\/em> du 12\/12\/16).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, ces titres pr\u00e9sentent un contexte situationnel o\u00f9 le vivre ensemble est tr\u00e8s perturb\u00e9. Cette perturbation prend corps \u00e0 travers le r\u00e9seau isotopique de la guerre\u00a0: des \u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9\u00b7e\u00b7s, un convoi attaqu\u00e9, des \u00e9meutes. En effet, l\u2019exemple (10) souligne particuli\u00e8rement cette sc\u00e9nographie macabre. Le titre met en avant, de fa\u00e7on sobre, un \u00e9nonc\u00e9 plut\u00f4t de type collocation qui frappe par sa binarit\u00e9\u00a0: [le temps\/des assassins]. Le d\u00e9fini \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb rev\u00eat ici une valeur particularisante dans la mesure o\u00f9 le collocatif \u00ab\u00a0des assassins\u00a0\u00bb particularise le contexte. On trouve des constructions comparables en langue\u00a0: <em>le temps des escrocs<\/em>, <em>le temps des bonnes affaires<\/em>, <em>le temps des opportunit\u00e9s<\/em>, etc. <em>LM<\/em> l\u00e8ve ainsi un pan de voile sur le climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui pr\u00e9vaut dans ces deux r\u00e9gions et qui ne peut nullement favoriser le vivre ensemble.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>LM<\/em> s\u2019attarde par ailleurs sur le bilan mat\u00e9riel de cette crise. Le titre principal (9) (des maisons incendi\u00e9es) \u00e9voque des dommages d\u00e9plorables. Les destructions mat\u00e9rielles concernent les habitations, des lieux ayant une port\u00e9e sociologique et psychologique importante dans toutes les cultures. La question porte donc une dose d\u2019\u00e9motion consid\u00e9rable. Amossy souligne \u00e0 ce propos qu\u2019il \u00ab\u00a0appara\u00eet clairement que l\u2019\u00e9motion s\u2019inscrit dans un savoir de croyance qui d\u00e9clenche un certain type de r\u00e9action face \u00e0 une repr\u00e9sentation socialement et moralement pr\u00e9gnante\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0172). Dans les traditions africaines, un homme bien accompli est celui qui se d\u00e9marque par capacit\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir un logement, un abri pour sa famille. Lorsque cet abri se trouve, pour une raison ou pour une autre, emport\u00e9 par les flammes, le choc \u00e9motionnel est ressenti et partag\u00e9 par tout son entourage. Ainsi,<em> maisons<\/em> et <em>incendi\u00e9es<\/em> dans ce titre portent des path\u00e8mes qui peuvent mener \u00e0 une conclusion affective\u00a0: la piti\u00e9 et l\u2019effroi. L\u2019\u00e9vocation en titre des maisons d\u00e9truites provoque chez le lectorat l\u2019image d\u2019une guerre atroce, sans merci qui d\u00e9poss\u00e8de les citoyen\u00b7ne\u00b7s de leurs biens. Cette sensation de frayeur est croissante puisque le titre (13) (le bilan s\u2019alourdit) semble donner une vision hyperbolique du surtitre\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9meutes de Bamenda\u00a0\u00bb. Ce titre phrase captive par sa simplicit\u00e9 et sa bri\u00e8vet\u00e9 (sujet verbe) et traduit la volont\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019essentiel en concentrant l\u2019attention sur le verbe \u00ab\u00a0s\u2019alourdit\u00a0\u00bb, point de chute de la lecture.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les titres \u00e0 la une de <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em> r\u00e9v\u00e8lent une qualification diff\u00e9rentielle de la construction du vivre ensemble \u00e0 travers leur titraille. L\u2019analyse de cet ensemble textuel indique que le vivre ensemble doit passer essentiellement par le r\u00e9tablissement de la paix dans les deux r\u00e9gions. Ce qui explique la pr\u00e9dominance, dans les titres de <em>CT<\/em>, des s\u00e8mes m\u00e9lioratifs connotant un retour progressif de la paix d\u2019une part; et des s\u00e8mes p\u00e9joratifs mat\u00e9rialisant la persistance de la crise dans les titres du quotidien <em>LM<\/em> d\u2019autre part. Le vivre ensemble s\u2019inscrit \u00e0 la fois explicitement et implicitement dans la titraille de ces deux quotidiens. On peut y lire, en filigrane, la volont\u00e9 de diffuser, de mani\u00e8re tacite, la notion de \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb au sein de l\u2019opinion commune\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 une opinion exerce une influence sur l\u2019\u201caction\u201d; le devoir d'informer impose au journaliste le r\u00f4le d\u2019\u201cinfluenceur\u201d et la pratique d\u2019un type d\u2019objectivit\u00e9 n\u00e9cessairement particulier puisque la rationalit\u00e9 et le parti pris discursif y coexistent in\u00e9luctablement\u00a0\u00bb (Perelman, cit\u00e9 par Koren, 1996, p.\u00a0126). Comment cette volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir le vivre ensemble est construite dans les genres r\u00e9dactionnels, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans les genres d\u2019opinions?<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les strat\u00e9gies discursives li\u00e9es au vivre ensemble dans <em>CT<\/em> et dans <em>LM<\/em><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est question d\u2019analyser la fa\u00e7on dont les deux quotidiens traitent discursivement les th\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la crise anglophone afin de construire le vivre ensemble.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La doxa ou le pouvoir de l\u2019opinion commune<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Un moyen discursif de la construction du vivre ensemble est le recours \u00e0 \u00ab\u00a0la doxa ou le pouvoir de l\u2019opinion commune\u00a0\u00bb (Amossy, 2000, p.\u00a090). <em>CT<\/em> emprunte aux arguments de communaut\u00e9, en d\u2019autres termes \u00e0 la sagesse collective, pour construire le vivre ensemble. Ceux-ci renferment les proverbes, les formules et les maximes. Ces types d\u2019\u00e9nonc\u00e9s ont la particularit\u00e9 de faire entendre, en plus de la voix du journaliste, celle \u00ab\u00a0de la sagesse des nations \u00e0 laquelle on attribue la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb (Maingueneau, 2002, p.\u00a0148).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les proverbes<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les proverbes font partie de ce type d\u2019\u00e9nonc\u00e9s qui sont construits sur l\u2019opinion commune\u00a0: \u00ab\u00a0Le proverbe se d\u00e9finit par son indexation \u00e0 une sagesse populaire et par sa forme fig\u00e9e. Il appara\u00eet n\u00e9cessairement comme une citation et permet au locuteur qui fait appel \u00e0 lui de se donner la garantie d\u2019un savoir collectif emmagasin\u00e9 dans un r\u00e9pertoire culturel\u00a0\u00bb (Amossy, 2000, p.\u00a0109). Voici deux extraits\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(14) Il faut pr\u00e9f\u00e9rer une injuste paix, \u00e0 une juste guerre.\u00a0(<em>CT<\/em> du 08\/10\/19);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(15) Attention \u00e0 ce que vous demandez car vous pourriez bien l\u2019obtenir! (<em>CT<\/em> du 11\/09\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce proverbe constitue \u00ab\u00a0la chute\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la derni\u00e8re phrase de l\u2019article qui sert \u00e0 marquer la fin du texte. Pour soutenir l\u2019argument selon lequel il est urgent de mettre un terme \u00e0 la crise anglophone et de r\u00e9enchanter le vivre ensemble, le journal a recours \u00e0 des proverbes. Pour Maingueneau, \u00ab\u00a0Dire un proverbe [\u2026] c\u2019est faire entendre \u00e0 travers sa propre voix une autre voix, celle de la \u201cSagesse des nations\u201d, \u00e0 laquelle on attribue la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0147-148). Une mani\u00e8re d\u2019impliquer le lectorat, donc les Camerounais\u00b7es dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du moment o\u00f9 ceux-ci et celles-ci sont membres de la communaut\u00e9. Cette phrase injonctive qui d\u00e9bute par l\u2019auxiliaire modal (Il faut), suivi de l\u2019infinitif (pr\u00e9f\u00e9rer), traduit la recommandation que Marie Claire Nnana, autrice du texte, veut impulser aux Camerounais\u00b7es. Cette recommandation se r\u00e9sume dans une s\u00e9quence de mots juxtapos\u00e9s qui s\u2019opposent (une injuste paix, \u00e0 une juste guerre). Tout l\u2019\u00e9nonc\u00e9 est centr\u00e9 sur ces quatre termes antinomiques\u00a0: \u00ab\u00a0injuste paix\u00a0\u00bb\/\u00ab\u00a0juste guerre\u00a0\u00bb; un v\u00e9ritable parall\u00e9lisme qui traduit la complexit\u00e9 de la situation dans laquelle se retrouvent les Camerounais\u00b7es. D\u2019apr\u00e8s l\u2019autrice, les raisons avanc\u00e9es pour justifier la crise anglophone seraient pertinentes; d\u2019o\u00f9 l\u2019oxymore \u00ab\u00a0la juste guerre\u00a0\u00bb. Mais les cons\u00e9quences de cette \u00ab\u00a0juste guerre\u00a0\u00bb sont sans appel\u00a0: \u00ab\u00a0crimes de sang dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, l\u2019exode des populations [\u2026] haine, tribalisme et appel \u00e0 la r\u00e9bellion\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 08\/10\/19). Le vivre ensemble s\u2019av\u00e8re une utopie dans un tel contexte. Face \u00e0 ce dilemme, la journaliste, \u00e0 travers l\u2019auxiliaire modal et l\u2019infinitif (il faut pr\u00e9f\u00e9rer), invite \u00e0 choisir \u00ab\u00a0une injuste paix\u00a0\u00bb. Cette alliance de mots laisse sous-entendre que la paix, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, la coh\u00e9sion sociale, bref le vivre ensemble n\u2019a pas de prix et que tous les Camerounais et toutes les Camerounaises devraient soutenir imp\u00e9rativement la paix.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette aspiration \u00e0 un retour \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 se manifeste dans le grand dialogue initi\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique; cela mettrait ainsi fin au pr\u00e9jug\u00e9 qui veut que \u00ab\u00a0le pouvoir [soit] hostile au dialogue et aurait fait le choix d\u2019une solution militaire plut\u00f4t que politique\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 11\/09\/19). Ce dernier \u00e9nonc\u00e9 met exergue des termes d\u00e9valorisant l\u2019\u00e9thos du gouvernement (hostile au dialogue, choix militaire) qui exhibe l\u2019esprit belliqueux du pouvoir en place. Amossy estime justement que les pr\u00e9jug\u00e9s font partie des lieux communs comme les st\u00e9r\u00e9otypes en ce sens qu\u2019il \u00ab\u00a0est affect\u00e9 d\u2019un fort coefficient de p\u00e9joration\u00a0: il manifeste la pens\u00e9e gr\u00e9gaire qui d\u00e9value la doxa aux yeux des contemporains\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0110). L\u2019\u00e9ditorialiste s\u2019inscrit en faux contre cette id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue et brandit le proverbe (15) comme une riposte. Ce proverbe se subdivise en deux segments coordonn\u00e9s. De prime \u00e0 bord le terme (attention) plac\u00e9 en d\u00e9but de phrase retient la curiosit\u00e9. C\u2019est une interpellation \u00e0 l\u2019adresse des Camerounais\u00b7es sceptiques qui ne croyaient pas au dialogue national. En effet, apr\u00e8s moult appels au dialogue, les Camerounais\u00b7es obtiennent gain de cause. Le second segment du proverbe est introduit par la conjonction de coordination\u00a0: \u00ab\u00a0car vous pourriez bien l\u2019obtenir\u00a0\u00bb. Ce segment vient justifier la premi\u00e8re \u00e9nonciation. Pour Amossy, l\u2019emploi de \"<em>car\"<\/em> \u00ab\u00a0suppose deux actes d\u2019\u00e9nonciations successifs, une premi\u00e8re \u00e9nonciation qui pose P, puis une seconde qui la justifie en disant Q\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0161). Il s\u2019agit donc de justifier la premi\u00e8re \u00e9nonciation et faire croire aux Camerounais\u00b7es que tout est encore possible puisque le dialogue tant attendu finit par \u00eatre conc\u00e9d\u00e9. Comment <em>LM<\/em> construit discursivement le vivre ensemble?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les qualifications axiologiques <\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On peut compter ici certains axiologiques qui traduisent la d\u00e9n\u00e9gation du grand dialogue par <em>LM<\/em> depuis sa gen\u00e8se. Dans sa chronique du 19 septembre 2019, Alain Njipou fait remarquer que le chef du gouvernement, m\u00e9diateur d\u00e9sign\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pour mener le grand dialogue national, n\u2019est pas une personnalit\u00e9 neutre. Pour le chroniqueur, \u00ab\u00a0le PM [premier ministre] est un thurif\u00e9raire du r\u00e9gime, membre du comit\u00e9 central du parti au pouvoir\u00a0\u00bb. L\u2019emploi de l\u2019axiologique \u00ab\u00a0thurif\u00e9raire\u00a0\u00bb caract\u00e9rise p\u00e9jorativement le PM pour remettre ainsi en question son impartialit\u00e9. <em>LM<\/em> consid\u00e8re qu\u2019il ne serait pas la personne indiqu\u00e9e pour conduire le dialogue national du fait de ses accointances avec le r\u00e9gime en place. Cette th\u00e8se est soutenue \u00e0 travers cette formule ironique\u00a0: \u00ab\u00a0qu\u2019il sert et continue de servir\u00a0\u00bb. C\u2019est donc une mani\u00e8re de rappeler le d\u00e9vouement in\u00e9branlable de cet homme politique envers le parti au pouvoir.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e8me du vivre ensemble affleure \u00e9galement au travers du discours de discr\u00e9dit du gouvernement en place. Dans l\u2019extrait du <em>LM<\/em> suivant, le journaliste souligne son m\u00e9contentement vis-\u00e0-vis du choix du m\u00e9diateur.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(16) la m\u00e9diation de ce banquet national porte l\u2019estampille de Dion Ngute. Un m\u00e9diateur plut\u00f4t d\u00e9pendant. Pratiquement aux mains li\u00e9es. Sous les fourches caudines d\u2019un pouvoir vieillot vacillant qui ne c\u00e8de pas le gouvernail pour une retraite m\u00e9rit\u00e9e\u2026 (<em>LM <\/em>du 09\/ 09\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9nonc\u00e9, le dialogue national est substitu\u00e9 par \u00ab\u00a0banquet national\u00a0\u00bb, m\u00e9taphore qui mat\u00e9rialise l\u2019id\u00e9e que <em>LM<\/em> se fait du grand dialogue, c\u2019est-\u00e0-dire un grand festin organis\u00e9 par le gouvernement et auquel les membres du gouvernement et du parti au pouvoir sont convi\u00e9\u00b7e\u00b7s. Les axiologiques telles que \u00ab\u00a0m\u00e9diateurs ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mains li\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fourches caudines\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pouvoir vacillant\u00a0\u00bb rench\u00e9rissent la th\u00e8se d\u2019une liaison coupable entre l\u2019homme d\u2019\u00c9tat Dion Ngute et le pouvoir. Ces termes dysphoriques d\u00e9noncent la connivence entre les membres du parti au pouvoir et les organisateurs et organisatrices du dialogue. Le grand dialogue serait par cons\u00e9quent un \u00e9chec parce que le pouvoir en place veut faire main basse sur son organisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>LM <\/em>s\u2019implique davantage en proposant une piste de solution.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(17) Nous pensons qu\u2019un recadrage est imp\u00e9ratif si on veut vraiment aller au dialogue. Qui en dehors de nos compatriotes sont-ils qualifi\u00e9s pour exposer les frustrations et le mal \u00eatre des populations du Noso, toutes choses \u00e0 l\u2019origine du climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui pr\u00e9vaut dans ces zones\u2026? (<em>LM <\/em>du 19\/09\/09).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pronom personnel \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et l\u2019adjectif possessif \u00ab\u00a0nos\u00a0\u00bb t\u00e9moignent de l\u2019engagement du quotidien sur la question de la crise anglophone. Ce pronom d\u00e9signe un sujet collectif dont le journaliste fait partie. Maingueneau se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Benveniste explique que \u00ab\u00a0Le <em>nous<\/em>[footnote]C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.[\/footnote] en effet, n\u2019est pas une collection de <em>je<\/em>, \u201cc\u2019est un <em>je<\/em> dilat\u00e9 au-del\u00e0 de la personne stricte, \u00e0 la fois accru et de contours vagues\u201d\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0105). Dans le <em>nous<\/em>\u00a0de <em>LM<\/em>, il y a une forte pr\u00e9dominance du <em>je<\/em> qui renvoie au journaliste (le nous de majest\u00e9) et le journal. L\u2019adjectif possessif vient renforcer son appartenance \u00e0 une collectivit\u00e9 \u00e0 laquelle il se sent inclus (nos compatriotes) et dont il d\u00e9fend la cause. L\u2019interrogation oratoire suivante est une interpellation du gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Qui en dehors de nos compatriotes sont-ils qualifi\u00e9s pour exposer les frustrations et le mal \u00eatre des populations du NOSO [\u2026]?\u00a0\u00bb. On peut penser que l\u2019auteur de l\u2019article tente de r\u00e9orienter le dialogue national dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la partie anglophone en particulier et l\u2019ensemble des Camerounais\u00b7es en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019un point de vue discursif, <em>LM<\/em> d\u00e9veloppe la question du vivre ensemble \u00e0 travers une critique acerbe des actions de l\u2019\u00c9tat, notamment celles qui sont li\u00e9es \u00e0 l\u2019organisation du dialogue national. Sa libert\u00e9 de ton est telle que le journal consid\u00e8re que le grand dialogue est une mascarade. On le voit \u00e0 travers l\u2019emploi des marques axiologiques p\u00e9joratives, mettant en arri\u00e8re-plan les principales personnes concern\u00e9es. La construction discursive de la crise dans les quotidiens emprunte des chemins diam\u00e9tralement oppos\u00e9s. Mais \u00e0 la crois\u00e9e de ces chemins se dessine la volont\u00e9 de r\u00e9concilier les Camerounais\u00b7es de r\u00e9inventer, mieux de r\u00e9enchanter le vivre ensemble afin qu\u2019Anglophones et Francophones se r\u00e9jouissent \u00e0 partager \u00e0 nouveau un destin commun. Chez <em>CT<\/em> comme chez <em>LM<\/em>, cette volont\u00e9 est clairement destin\u00e9e \u00e0 \u00e9mouvoir le p\u00f4le r\u00e9cepteur.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le pathos dans la construction du vivre-ensemble dans <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em><\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa description des dispositifs m\u00e9diatiques, Charaudeau (2011) distingue trois types de conditions constitutives de cette machine la machine m\u00e9diatique pr\u00e9sente trois lieux de condition de production\u00a0: les conditions de production, les conditions d\u2019interpr\u00e9tation et le lieu d\u2019\u00e9laboration du discours m\u00e9diatique. Les deux premi\u00e8res conditions correspondent respectivement aux instances \u00e9nonciatrice et r\u00e9ceptrice. En nous int\u00e9ressant \u00e0 cette derni\u00e8re, nous nous posons la question de savoir comment le vivre ensemble s\u2019inscrit, sur le plan affectif, dans les deux quotidiens.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pathos est l\u2019effet \u00e9motionnel qu\u2019un locuteur ou une locutrice cherche \u00e0 exercer sur l\u2019allocutaire.\u00a0Dans cette perspective, l\u2019\u00e9change qui a lieu entre les sujets parlants a pour finalit\u00e9 de modifier leurs visions du monde. <em>CT<\/em> par exemple recourt \u00e0 l\u2019\u00e9thos pour toucher et sensibiliser le lectorat sur la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server le vivre ensemble.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019\u00e9thos dans <em>CT<\/em><\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le quotidien <em>CT<\/em> construit discursivement l\u2019\u00e9motion en attirant tout d\u2019abord l\u2019attention sur les actions du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il dresse alors un portrait moral qui stimule le lectorat \u00e0 consid\u00e9rer sa posture paternaliste. Construire une image favorable du pr\u00e9sident constitue l\u2019un des principaux ressorts de la strat\u00e9gie de <em>CT<\/em>. Marie Claire Nnana affirme d\u2019ailleurs que le pr\u00e9sident agit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(18) comme un chef de famille \u00e0 l\u2019\u00e9coute, impitoyable envers les criminels, mais convaincu que seul le dialogue peut colmater les br\u00e8ches et r\u00e9parer les fractures (<em>CT<\/em> du 02\/10\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La comparaison du pr\u00e9sident \u00e0 un \u00ab\u00a0chef de famille\u00a0\u00bb est charg\u00e9e d\u2019\u00e9motions. Il porte en lui des path\u00e8mes qui font appel \u00e0 l\u2019affect. On voit dans ce terme un rassembleur, une personne ouverte au dialogue et lorsqu\u2019on y associe le s\u00e8me path\u00e9mique \u00ab\u00a0impitoyable\u00a0\u00bb, formule consacr\u00e9e pour susciter la peur, on voit se dessiner subtilement l\u2019image d\u2019un chef qui souhaite le meilleur pour sa prog\u00e9niture, mais qui sait aussi ch\u00e2tier quand il le faut. Les sentiments suscit\u00e9s \u00e0 travers ces marqueurs sont le respect, l\u2019admiration et la crainte qui peuvent amener les r\u00e9cepteurs et r\u00e9ceptrices \u00e0 garder une image positive du pr\u00e9sident. Par cette tendance \u00e0 donner une repr\u00e9sentation favorable d\u2019un fait ou d\u2019une personnalit\u00e9, l\u2019instance m\u00e9diatique, selon Charaudeau, se conforme \u00e0 une contrainte, celle qui consiste \u00e0 \u00ab\u00a0faire ressentir des \u00e9motions \u00e0 son public, \u00e0 mobiliser son affect, afin de d\u00e9clencher chez lui int\u00e9r\u00eat et passion pour l\u2019information qui lui est transmise\u00a0\u00bb (Charaudeau, 2011, p.\u00a074). En effet, l\u2019attente de la r\u00e9solution de la crise anglophone a suscit\u00e9 suspens et sp\u00e9culations, parfois fallacieuses, au sein de l\u2019opinion publique. Ainsi, en redorant le blason du p\u00e8re de la nation, on fait en sorte que les Camerounais\u00b7es croient \u00e0 nouveau \u00e0 la bonne foi de celui-ci. Consolider son pouvoir de dirigeant cr\u00e9dible et proche de son peuple revient aussi \u00e0 r\u00e9pondre aux attentes de ce peuple-l\u00e0. <em>CT<\/em> d\u00e9voile cette marque d\u2019attention du pr\u00e9sident soucieux du bien-\u00eatre de ses populations par des actes concrets\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(19) Le chef de l\u2019\u00c9tat a donc tranch\u00e9\u00a0: il faut conduire toute la famille sous l\u2019arbre \u00e0 palabre et exorciser les d\u00e9mons de la division. Ouvrir les plaies b\u00e9antes, pour mieux les caut\u00e9riser. \u00c9couter les victimes, les bourreaux et toutes les \u00e2mes de bonne volont\u00e9, afin de trouver un consensus et sauvegarder l\u2019avenir commun (<em>CT<\/em> du 02\/10\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9vocation de l\u2019arbre \u00e0 palabre dans cet extrait, par analogie au grand dialogue national, permet de consolider la figure paternelle du pr\u00e9sident. Ce rapprochement proc\u00e8de d\u2019une volont\u00e9 d\u2019atteindre l\u2019affect du lectorat\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019analogie est un puissant instrument de construction de l\u2019\u00e9motion. Elle permet de transf\u00e9rer l\u2019\u00e9motion associ\u00e9e \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement pour lequel la tonalit\u00e9 \u00e9motionnelle est stabilis\u00e9e \u00e0 d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements en cours d\u2019\u00e9valuation \u00e9motionnelle\u00a0\u00bb (Plantin, 2011, p.\u00a0177). En fait, l\u2019arbre \u00e0 palabre symbolise cet espace d\u2019\u00e9changes auquel sont attaqu\u00e9es un certain nombre de repr\u00e9sentations relatives aux soci\u00e9t\u00e9s africaines\u00a0: assembl\u00e9e de notables, assujettissement aux r\u00e8gles coutumi\u00e8res, prof\u00e9ration de paroles sentencieuses, etc. Ainsi, la notion de \u00ab\u00a0palabre\u00a0\u00bb, combin\u00e9e \u00e0 celle de \u00ab\u00a0chef de famille\u00a0\u00bb, situe r\u00e9solument le lectorat dans cette qu\u00eate d\u2019instauration d\u2019une figure patriarcale et africaine qu\u2019incarnerait le pr\u00e9sident. La raison en est compr\u00e9hensible\u00a0: la parole d\u2019un p\u00e8re, par surcro\u00eet un chef, n\u2019est pas sujette \u00e0 contestation dans un tel cadre spatiotemporel. La figure d\u2019autorit\u00e9 est ainsi convoqu\u00e9e afin d\u2019amener les protagonistes de faire cesser le conflit. Cette cessation est alors con\u00e7ue comme une sorte de transformation cathartique, une conjuration puisqu\u2019il faut \u00ab\u00a0exorciser les d\u00e9mons de la division\u00a0\u00bb. Le <em>modus operandi<\/em> est par ailleurs indiqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9couter les victimes, les bourreaux et toutes les \u00e2mes de bonne volont\u00e9, afin de trouver un consensus et sauvegarder l\u2019avenir commun\u00a0\u00bb. Comme on peut le constater, autant au niveau des marqueurs discursifs qu\u2019au niveau de la sc\u00e8ne \u00e9nonciative[footnote]Voir Maingueneau, 2000.[\/footnote], tout ram\u00e8ne \u00e0 une repr\u00e9sentation id\u00e9alis\u00e9e de l\u2019Afrique, mystique et myst\u00e9rieuse, patriarcale et autoritaire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogue national est ainsi pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui permettra de r\u00e9concilier les Camerounais\u00b7es avec leur pr\u00e9sident. Les consid\u00e9rations de <em>CT<\/em> port\u00e9es \u00e0 son \u00e9gard visent \u00e0 an\u00e9antir parall\u00e8lement les pr\u00e9jug\u00e9s v\u00e9hicul\u00e9s \u00e0 son sujet. L\u2019image du pr\u00e9sident est revaloris\u00e9e par l\u2019adjonction des citations des autorit\u00e9s religieuses. Le Souverain pontife, Fran\u00e7ois 1er dans d\u00e9clare \u00ab\u00a0s\u2019associer aux souffrances et aux esp\u00e9rances du peuple bien-aim\u00e9 camerounais\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 02\/10\/19). Le cardinal Tumi mart\u00e8le son rejet de la violence au nom du f\u00e9d\u00e9ralisme (<em>CT<\/em> du 08\/10\/19). Ces personnalit\u00e9s connues donnent de la l\u00e9gitimit\u00e9 aux actions du pr\u00e9sident et le soutiennent dans le combat qui doit ramener la paix au Cameroun. En effet, mentionner les propos des autorit\u00e9s fonde la cr\u00e9dibilit\u00e9 du locuteur. Claude Jamet et Anne-Marie Jannet pensent que cette cr\u00e9dibilit\u00e9 conf\u00e8re au locuteur ou \u00e0 la locutrice \u00ab\u00a0une certaine autorit\u00e9 qui fait que s\u2019il informe, ce qu\u2019il dit peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme digne de foi\u00a0\u00bb (1999, p.\u00a0258). <em>CT<\/em> utilise les dires de ces autorit\u00e9s religieuses pour amener \u00e0 soutenir le grand dialogue national et, en m\u00eame temps, rehausser l\u2019image du pr\u00e9sident qui, \u00e0 travers ce dialogue, veut ramener de meilleurs rapports entre les communaut\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si chez <em>CT<\/em> le vivre ensemble se construit de par la c\u00e9l\u00e9bration de la personne et des actions du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, <em>LM <\/em>s\u2019appuie sur d\u2019autres strat\u00e9gies pour \u00e9mouvoir son lectorat.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La dramatisation du discours dans <em>LM<\/em>\u00a0: des donn\u00e9es \u00e9mouvantes<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le plan lexical, nous constatons que le vocabulaire de <em>LM<\/em> renvoie r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la guerre. On le constate dans de nombreux articles, notamment dans les chroniques du 15\/05\/19, celle du 29\/05\/19, celle du 17\/07\/19 et celle du 28\/10\/19. Le terme \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb, employ\u00e9 comme synonyme de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb, entre dans une forme de mise en spectacle, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00ab\u00a0ensemble d\u2019op\u00e9rations linguistiques par lesquelles le r\u00e9el est repr\u00e9sent\u00e9\u00a0\u00bb (D\u00e9trie <em>et al.<\/em>, 2017, p.\u00a0225). <em>Crise<\/em> est donc un marqueur qui actualise cette dramatisation en amplifiant ses effets. Charaudeau con\u00e7oit la dramatisation comme \u00ab\u00a0un processus de strat\u00e9gie discursive qui consiste \u00e0 toucher l\u2019affect du destinataire.\u00a0\u00bb (2006, paragr. 31).<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(20) Au commencement \u00e9taient les revendications corporatistes\u2026 (<em>LM<\/em> du 28\/10\/19);<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(21) La crise prend une autre envergure. Au fur et \u00e0 mesure que le temps passe elle ne fait que s\u2019enliser. Les s\u00e9cessionnistes s\u00e8ment la terreur. Ils d\u00e9cident de casser, de piller, et d\u2019interdire aux populations d\u2019aller et venir librement. La situation devient au jour le jour incontr\u00f4lable... (<em>LM<\/em> du 28\/10\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exemple (20) situe le lectorat par rapport l\u2019historique des \u00e9v\u00e9nements alors que l\u2019extrait (21) leur fournit des \u00e9l\u00e9ments d\u2019appr\u00e9hension du climat qui r\u00e8gne dans les r\u00e9gions en indiquant \u00e0 la fois les actants (les s\u00e9cessionnistes, les populations) et les circonstants (une autre envergure, au fur et \u00e0 mesure, la terreur, de casser, de piller, d\u2019interdire). Ce sont autant de marqueurs discursifs qui d\u00e9peignent une atmosph\u00e8re effroyable. La dysphorie atteint alors son comble lorsque <em>LM<\/em> compare cette crise \u00e0 la guerre du Biafra du Nig\u00e9ria voisin dans sa chronique du 15\/05\/19. Elle est d\u2019ailleurs truff\u00e9e d\u2019indications chiffr\u00e9es qui ont pour but d\u2019authentifier et d\u2019\u00e9mouvoir en m\u00eame temps sur la gravit\u00e9 de la situation\u00a0: \u00ab\u00a02 millions de morts\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a05millions de d\u00e9plac\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a03millions de r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a04,3 millions de personnes ont besoin d\u2019aide humanitaire\u00a0\u00bb. Cette gradation chiffr\u00e9e montre combien le Cameroun a d\u00e9j\u00e0 atteint des proportions.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(22) La guerre du Biafra a fait 2 millions de morts, pr\u00e8s de 5 millions de d\u00e9plac\u00e9s, et plus de 3 millions de r\u00e9fugi\u00e9s! Pour rien! (<em>LM<\/em> du 15\/05\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exclamation qui cl\u00f4ture cet extrait et qui est r\u00e9p\u00e9titive dans tout le texte (27 occurrences) r\u00e9v\u00e8le l\u2019investissement affectif du journaliste dans son texte. Il marque ainsi sa d\u00e9ception, sa tristesse face \u00e0 cette trag\u00e9die. L\u2019\u00e9motion redouble d\u2019ardeur lorsque le journaliste ajoute \u00e0 la premi\u00e8re une autre exclamation \u00ab\u00a0Pour rien!\u00a0\u00bb. Celle-ci revient comme un leitmotiv dans tout le texte\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre ne sert \u00e0 rien du tout!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La guerre ne sert \u00e0 rien!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00c0 quoi tout cela servira-t-il? \u00c0 rien!\u00a0\u00bb. Cette insistance permet au journaliste de sensibiliser le lectorat sur l\u2019inutilit\u00e9 de cette crise et, par ricochet, sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019y mettre un terme. Cette n\u00e9cessit\u00e9 devient imp\u00e9rative quand <em>LM<\/em> d\u00e9voile les cons\u00e9quences de cette crise sur les enfants d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019effet path\u00e9mique atteint son paroxysme lorsque <em>LM<\/em>, dans sa chronique du 29\/05\/19, nous fait vivre le quotidien des mineurs qui sont contraints de se livrer \u00e0 des pratiques peu orthodoxes pour survivre. Dans \u00ab\u00a0des dessous d\u2019une sale guerre\u00a0\u00bb, \u00c9douard Kingue s\u2019attarde sur les maux tels que le banditisme et la prostitution qui se sont accrus dans les m\u00e9tropoles du fait de la crise.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le journaliste relate ainsi les d\u00e9boires de ces enfants qui s\u2019abandonnent \u00e0 la prostitution pour gagner leur pain quotidien. L\u2019\u00e2ge de ces enfants (entre 12 et 15 ans) ajoute une dose de m\u00e9lancolie \u00e0 cette narration dramatique. Le r\u00e9cit d\u2019\u00c9douard Kingu\u00e9 vise justement la sensibilit\u00e9 du lectorat en brodant sur un fait social tabou\u00a0: la prostitution.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(23) Il arrive et tr\u00e8s souvent que parmi ces exil\u00e9es sexuelles, m\u00e8res et filles travaillent ensemble; l\u2019une l\u2019autre ou partageant le m\u00eame amant occasionnel. Entre mourir d\u2019une infection au virus et mourir sous les bombes, le choix a \u00e9t\u00e9 fait depuis (<em>LM <\/em>du 29\/05\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On comprend d\u00e8s lors que la mis\u00e8re a atteint son point culminant chez ces exil\u00e9s qui sont toujours sous le joug de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s\u00a0\u00bb puisque, si on ne meurt pas de balles on risquerait plut\u00f4t mourir de faim. Voil\u00e0 comment <em>LM <\/em>d\u00e9nonce l\u2019ignominie de cette crise en mettant en alerte nos \u00e9motions. \u00c0 travers ces victimes chacun et chacune de nous peut reconna\u00eetre un proche ou une proche, un\u00b7e parent\u00b7e. <em>LM<\/em> veut ainsi cultiver chez le lectorat l\u2019esprit de solidarit\u00e9, voire d\u2019altruisme et pousser \u00e0 militer pour un retour une vie paisible entre les communaut\u00e9s du pays. Dans la m\u00eame veine,<em> LM<\/em> du 10\/07\/19 c\u00e9l\u00e8bre le courage de celui-l\u00e0 qui a sacrifi\u00e9 sa vie pour rester aupr\u00e8s des siens dans cette rude \u00e9preuve. Il s\u2019agit du <em>Chairman<\/em>[footnote]Terme anglais qui d\u00e9signe le titre du pr\u00e9sident du parti d\u2019opposition, le Social Democratic Front (SDF).[\/footnote] Ni John Fru Ndi valoris\u00e9 par ces propos\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(24) Ni John est le seul leader politique \u00e0 continuer de vivre dans la zone de guerre. Contre vents et marr\u00e9es, seul au milieu d\u2019une population orpheline dont pr\u00e8s de la moiti\u00e9 se retrouve en d\u00e9sh\u00e9rence ou en exil dans les autres r\u00e9gions du pays ou au Nig\u00e9ria voisin.\u00a0Fru Ndi est partout o\u00f9 malheur frappe, fun\u00e9railles des victimes de la guerre, visites aux bless\u00e9s dans les h\u00f4pitaux, lors des rixes entre \u00e9leveurs et cultivateurs, des probl\u00e8mes dans les chefferies [\u2026] Tout cela dans un champ de ruine et de d\u00e9solation (<em>LM<\/em> du 10\/07\/19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>LM<\/em> glorifie ce h\u00e9ros de la crise qui est devenu un symbole du patriotisme. L\u2019\u00e9motion est port\u00e9e \u00e0 son comble lorsqu\u2019on lit son d\u00e9vouement pour sa population. Les lecteurs et lectrices sont attendri\u00b7e\u00b7s par cette personnalit\u00e9 qui veille au grain et assiste les siens dans cette \u00e9preuve douloureuse. La s\u00e9rie \u00ab\u00a0fun\u00e9railles des victimes de la guerre, visites aux bless\u00e9s, lors des rixes entre \u00e9leveurs et cultivateurs, des probl\u00e8mes dans les chefferies\u00a0\u00bb marque la compassion d\u00e9bordante de cette \u00e9lite, qui est pr\u00e9sent\u00e9e par <em>LM, <\/em>comme un symbole un mod\u00e8le \u00e0 suivre, surtout pour tous. La chute de cette chronique \u00e9pidictique parach\u00e8ve cette c\u00e9l\u00e9bration\u00a0: \u00ab\u00a0Dans cette posture, tout le monde a fui l\u2019enfer sauf lui, le Chairman est devenu le dernier des Mohicans\u00a0\u00bb. Ici, on peut \u00e9tablir un parall\u00e8le entre le traitement de l\u2019information fait par les deux journaux\u00a0: l\u2019image valorisante du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique construite par <em>CT<\/em> contraste avec celle du <em>Chairman<\/em> d\u00e9peinte par <em>LM<\/em>. Ce proc\u00e9d\u00e9 r\u00e9v\u00e8le que les deux organes de presse restent apr\u00e8s tout fid\u00e8les \u00e0 leurs id\u00e9ologies incarn\u00e9es dans leurs lignes \u00e9ditoriales.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion <\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture crois\u00e9e de la construction discursive du vivre ensemble dans les quotidiens <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em> am\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer l\u2019\u00e9criture d\u2019engagement dans la presse camerounaise. La fabrique langagi\u00e8re du vivre ensemble dans les deux quotidiens s\u2019op\u00e8re suivant diverses strat\u00e9gies divergentes, dans leur forme, mais convergentes sur l\u2019essentiel\u00a0: la n\u00e9cessit\u00e9 de faire cesser la guerre dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L\u2019\u00e9motion s\u2019invite dans ce cadre pour orienter le plus grand nombre vers le besoin de \u00ab\u00a0reconstruire\u00a0\u00bb le vivre ensemble au Cameroun. On voit ainsi se dessiner la logique symbolique qui am\u00e8ne chaque m\u00e9dia \u00e0 participer \u00e0 la construction de l\u2019opinion publique de son pays. Breton pense qu\u2019\u00ab\u00a0on associe souvent la manipulation avec les m\u00e9thodes consistant \u00e0 faire intervenir \u00e9motivement, affectivement sur la relation qui s\u2019\u00e9tablit entre ceux qui veulent convaincre et le public\u00a0\u00bb (1997, p.\u00a084). Dans ces conditions, susciter la peur ou provoquer l\u2019admiration rel\u00e8ve de ce type de manipulation.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2000.<em> L\u2019argumentation dans le discours<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benveniste, \u00c9mile. 1966. <em>Probl\u00e8mes de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em> tome 1. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Breton, Philippe. 1997. <em>La Parole manipul\u00e9e<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique. 2002. <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2006. Discours journalistique et positionnements \u00e9nonciatifs. Fronti\u00e8res et d\u00e9rives.\u00a0<em>Semen<\/em><em>,<\/em>\u00a022. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.2793\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.2793<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2011. <em>Les M\u00e9dias de l\u2019information. L\u2019impossible transparence du discours<\/em>. Bruxelles\u00a0: De boeck.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grawitz, Madeleine. 1990. <em>M\u00e9thodes des sciences sociales<\/em>. Paris\u00a0: Dalloz.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grevisse, Maurice. 1966. <em>Le bon Usage<\/em>. Bruxelles\u00a0: De Boeck-Duculot.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hausmann, Franz Josef et Blumenthal, Peter. 2006. Pr\u00e9sentation\u00a0: collocations, corpus, dictionnaires. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em><em>,<\/em> 150,\u00a03-13.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jamet, Claude et Jannet, Anne-Marie. 1999.<em> Les Strat\u00e9gies de l\u2019information<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">King, Martin Luther Junior. 1968. <em>Remaining Awake Through a Great Revolution<\/em>. Sermon prononc\u00e9 au National Cathedral, Washington D.\u00a0C. Transcription du texte en ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/kinginstitute.stanford.edu\/king-papers\/publications\/knock-midnight-inspiration-great-sermons-reverend-martin-luther-king-jr-10\">https:\/\/kinginstitute.stanford.edu\/king-papers\/publications\/knock-midnight-inspiration-great-sermons-reverend-martin-luther-king-jr-10<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koren, Roselyne. 1996.<em> Les Enjeux \u00e9thiques de l\u2019\u00e9criture de presse et la mise en mots du terrorisme<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2002. <em>Analyser les textes de communication<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moirand, Sophie. 2007. <em>Le Discours de la presse quotidienne. Observer, analyser, comprendre. <\/em>Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Njoh Kom\u00e9, Ferdinand. 2009. <em>Approche sociolinguistique des titres \u00e0 la une des journaux francophones.<\/em> Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Rennes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Plantin, Christian. 2011. <em>Les bonnes Raisons des \u00e9motions. Principes et m\u00e9thodes pour l\u2019\u00e9tude du discours \u00e9motionn\u00e9<\/em>. Berne : Peter Lang.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun sont affect\u00e9es par une crise qui fragilise l\u2019unit\u00e9 de ce pays. Cette crise, qui a d\u00e9but\u00e9 depuis 2016, remet en question le vivre-ensemble, une valeur pourtant tr\u00e8s ch\u00e8re au peuple camerounais. Dans ce climat de confusion, la presse y joue un r\u00f4le majeur puisqu\u2019elle participe au d\u00e9bat politique. D\u00e8s lors, ce texte ambitionne de d\u00e9crypter l\u2019impact du discours m\u00e9diatique sur la construction du vivre ensemble au Cameroun. Le corpus d\u2019\u00e9tude, compos\u00e9 des quotidiens <em>Cameroon Tribune<\/em> et <em>Le Messager<\/em> permet de comprendre comment ce type de discours concourt \u00e0 construire le vivre-ensemble dans un contexte de crise. Il en ressort que l\u2019orientation argumentative de la construction discursive du vivre ensemble est fortement influenc\u00e9e par le positionnement id\u00e9ologico-discursif des deux quotidiens.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/construction\/\">construction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/discours\/\">discours<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/ideologie\/\">id\u00e9ologie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/media\/\">m\u00e9dia<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/presse-ecrite\/\">presse \u00e9crite<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/vivre-ensemble\/\">vivre-ensemble<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The North-West and South-West regions of Cameroon are affected by a crisis that is undermining the unity of the country. This crisis, which began in 2016, calls into question the value of living together, a value that is very dear to the Cameroonian people. In this climate of confusion, the press plays a major role since it participates in the political debate. Therefore, this text aims to decipher the impact of media discourse on the construction of living together in Cameroon. The corpus of study, made up of the daily newspapers Cameroon Tribune and Le Messager, allows us to understand how this type of discourse contributes to the construction of living together in a context of crisis. It emerges that the argumentative orientation of the discursive construction of living together is strongly influenced by the ideological-discursive positioning of the two newspapers.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/construction\/\">construction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/discourse\/\">discourse<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/ideology\/\">ideology<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/living-together\/\">living together<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/media\/\">media<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/written-press\/\">written press<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (f\u00e8&rsquo;\u00e9f\u00e9&rsquo;\u00e8)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mfh\u0289 n\u1f71 ng\u01d4\u2019 nc\u0254 ntoh\u020f m\u020f\u020f n\u1f71 nc\u03b1\u2019p\u0289\u1f71, m\u01d2\u2019 shwitok yw\u1ea3t ng\u016b\u1fb1\u2019m\u03b1nsh\u0289\u2019\u015bi kamer\u00fbn n\u1f71 n\u01d4 gh\u04d7 Glisi pi flansi. B\u00e9 nu le m\u0289n\u1fb1h l\u1fb1\u2019 t\u00e1m m\u01d2\u2019 ng\u0289\u03b1\u2019n\u1f71 n\u01d4 mb\u0289\u1f71 si ngatnsh\u0289\u2019cic\u00e0h po\u00e0l\u03b1\u2019. B\u00e9 m\u0289\u03b1 f\u1f71 le m\u1f71 mb\u2019i ngw\u00e9 yoh m\u03b1 y\u00e1\u00e1 l\u03b1fh\u0289 t\u03b1 kwa\u03b7. N\u0165i\u00e9n\u0165i\u00e9 nsienken p\u1f71 Cameroon Tribune pi Messager m\u0289nkw\u0203t mf\u0289\u2019 tie nf\u1fb0\u2019nc\u0203k b\u00e9 l\u1f71, gh\u0289 mb\u0289\u1f71 k\u014dsi lah nj\u016b\u2019mb\u0289\u1f71 p\u1f71\u2019nj\u00e1\u2019z\u016b k\u03b1t\u014dm nt\u00e1m ns\u012denken p\u0289\u1f71 b\u00e9 l\u1f71 kosi lah kwat ngatnsh\u0289\u2019cic\u04d1h p\u00f3\u00e1l\u1fb1\u2019nt\u00e1m b\u00e9 yw\u00e1t ng\u0289\u1fb1\u2019le.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (f\u00e8&rsquo;\u00e9f\u00e9&rsquo;\u00e8)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/gh%c7%9d-wene-mbi-ngwe\/\">gh\u01dd wen\u011b mb\u2019i ngwe\u2019<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/kwatak\/\">kw\u00e1t\u0101k<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/kwatf%ca%89\/\">kw\u00e1tf\u0289\u2019<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/len\/\">len<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/mb%ca%89%e1%bd%b1-si-ngatnsh%ca%89\/\">mb\u0289\u1f71 si ngatnsh\u0289\u2019<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>18 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>8 f\u00e9vrier 2021<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>28 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La crise s\u00e9curitaire qui affecte les r\u00e9gions anglophones et le Cameroun tout entier a mis au-devant de la sc\u00e8ne la question du vivre ensemble, fondement de la vie sociale dans toutes les Nations. Cette instabilit\u00e9 am\u00e8ne plusieurs chercheurs et chercheuses \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les voies et moyens pour faire revenir la paix et la stabilit\u00e9 dans ce pays. L\u2019analyse du discours trouve dans les discours des m\u00e9dias, plus particuli\u00e8rement ceux de la presse \u00e9crite, un terrain fertile pour apporter des pistes de r\u00e9solutions qui rel\u00e8vent en fait de la responsabilit\u00e9 de tous et toutes. En effet, sa pluridisciplinarit\u00e9 permet d\u2019accorder de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 tous types de discours\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019analyse du discours constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019est pas anodin\u00a0: pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, la totalit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9e dans la multiplicit\u00e9 de leurs genres, est appel\u00e9e \u00e0 devenir objet d\u2019\u00e9tude\u00a0\u00bb (Charaudeau et Maingueneau (2002, p.\u00a045). Les discours m\u00e9diatiques, par leur port\u00e9e sociale, se donnent aussi pour vocation d\u2019instruire, de sensibiliser son public. Pour cette raison, ils participent \u00e0 la construction de l\u2019opinion publique et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 des relations sociales plus apais\u00e9es. Aussi le corpus d\u2019\u00e9tude est-il constitu\u00e9 d\u2019articles de presse \u00e9crite de deux quotidiens (<em>Cameroon<\/em> <em>Tribune<\/em> et <em>Le<\/em> <em>Messager<\/em>) dont on sait que les lignes \u00e9ditoriales sont oppos\u00e9es. En effet, <em>Cameroon Tribune<\/em> se singularise par sa d\u00e9termination \u00e0 accompagner la politique gouvernementale tandis que <em>Le Messager<\/em> se d\u00e9marque par ses prises de positions toujours critiques \u00e0 l\u2019endroit du gouvernement. Il est donc question de montrer comment, \u00e0 travers les diff\u00e9rents outils de l\u2019analyse du discours, les deux quotidiens construisent discursivement le vivre ensemble. D\u2019autant plus qu\u2019on sait avec Charaudeau que \u00ab\u00a0l\u2019information est essentiellement affaire de langage et le langage n\u2019est pas transparent au monde, il pr\u00e9sente sa propre opacit\u00e9 \u00e0 travers laquelle se construit une vision, un sens particulier au monde\u00a0\u00bb (2011, p.\u00a012). C\u2019est dire que les m\u00e9dias construisent une vision parcellaire de l\u2019espace public et l\u2019imposent au public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toute information d\u00e9pend donc d\u2019une ligne \u00e9ditoriale qui pr\u00e9d\u00e9finit l\u2019orientation id\u00e9ologique d\u2019un journal. Dans le cadre de ce travail, la p\u00e9riode choisie est celle relative \u00e0 la crise anglophone qui frappe le Cameroun depuis 2016. Cette p\u00e9riode se mat\u00e9rialise dans la presse par des r\u00e9f\u00e9rents qui convergent vers le vivre ensemble. Cette notion, devenue un sujet important dans notre pays, va faire l\u2019objet d\u2019une construction discursive singuli\u00e8re dans les deux quotidiens en ce sens qu\u2019ils proposent des discours qui laissent entrevoir leurs orientations id\u00e9ologiques. Dans l\u2019optique d\u2019\u00e9tudier la circulation et la formulation des mots d\u2019un m\u00e9dia \u00e0 l\u2019autre, nous proposons, \u00e0 partir d\u2019une vingtaine de num\u00e9ros parus entre 2016 et 2019, de d\u00e9crypter toutes les strat\u00e9gies discursives qui favorisent l\u2019apaisement et le r\u00e9tablissement de la paix. L\u2019analyse s\u2019attellera tout d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la titraille avant de se focaliser sur les m\u00e9canismes langagiers, qui seront d\u00e9gag\u00e9s au travers de quelques genres d\u2019opinions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb qui fait flor\u00e8s dans les m\u00e9dias ces jours rend compte de la complexit\u00e9 des relations humaines et par le m\u00eame fait met en exergue la volont\u00e9 des uns et des autres de r\u00e9tablir un climat social plus apais\u00e9. King ne disait-il pas que \u00ab\u00a0nous devons apprendre \u00e0 vivre comme des fr\u00e8res, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots\u00a0\u00bb\u00a0(1968, paragr.\u00a011)<a class=\"footnote\" title=\"Texte en anglais\u00a0: \u00ab\u00a0We must all learn to live together as brothers or we will all perish together as fools\u00a0\u00bb. Sermon prononc\u00e9 par King au National Cathedral (Washington D.C.), le 31 mars 1968.\u00a0La transcription du texte original est disponible sur https:\/\/kinginstitute.stanford.edu\/king-papers\/publications\/knock-midnight-inspiration-great-sermons-reverend-martin-luther-king-jr-10\" id=\"return-footnote-274-1\" href=\"#footnote-274-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. L\u2019analyse du discours appara\u00eet comme une des d\u00e9marches pouvant conduire \u00e0 cette coh\u00e9sion sociale. En effet, ce champ m\u00e9thodologique multidisciplinaire \u00e9tudie le contexte et le contenu des discours. Elle emprunte de nombreux concepts aux champs de la sociologie, de la philosophie, de la psychologie, de l\u2019informatique, des sciences de la communication, de la linguistique, de la pragmatique, de la statistique textuelle et de l\u2019histoire. Elle s\u2019int\u00e9resse donc au discours, aux diff\u00e9rentes unit\u00e9s qui le composent. Les approches en analyse du discours sont diverses, mais elles reposent sur un m\u00eame principe selon lequel \u00ab\u00a0les \u00e9nonc\u00e9s ne se pr\u00e9sentent pas comme des phrases ou des suites de phrases, mais comme des textes\u00a0\u00bb (Grawitz, 1990, p.\u00a0345). Cela implique qu\u2019on le consid\u00e8re comme un ensemble \u00ab\u00a0qu\u2019il faut \u00e9tudier comme tel en le rapportant aux conditions dans lesquelles il est produit\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Benveniste le discours est \u00ab\u00a0toute \u00e9nonciation supposant un locuteur et un auditeur, et chez le premier l\u2019intention d\u2019influencer l\u2019autre de quelque mani\u00e8re\u00a0\u00bb (1966, p.\u00a0242). Le discours est par ailleurs tributaire de trois autres concepts cl\u00e9s que sont le <em>texte<\/em>, le <em>contexte<\/em> et l\u2019<em>intention<\/em> qui sont d\u00e9terminants en analyse du discours. Le contexte par exemple renvoie \u00e0 la situation concr\u00e8te dans laquelle le discours est produit. Celui qui nous int\u00e9resse se rapporte \u00e0 la situation de crise s\u00e9curitaire ambiante au Cameroun. Elle a fait na\u00eetre une pl\u00e9thore de discours allant dans le sens de l\u2019apaisement ou du vivre ensemble. Ainsi, les discours issus de <em>Cameroon Tribune <\/em>(<em>CT<\/em>) et de <em>Le Message <\/em>(<em>LM<\/em>), qui font l\u2019objet de la pr\u00e9sente \u00e9tude, sont situ\u00e9s dans ce cadre spatiotemporel.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019inscription des proc\u00e9d\u00e9s discursifs du concept de \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb dans la titraille de <em>CT <\/em>et<em> LM<\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Ensemble constitu\u00e9 du surtitre, du titre et du sous-titre, la titraille constitue le lieu par excellence o\u00f9 les manifestations du vivre ensemble sont visibles. En effet, c\u2019est elle qui donne aux lecteurs et lectrices l\u2019essentiel de l\u2019information contenue dans les articles\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est aussi par la lecture du titre que le lecteur entre dans une information. Il est \u00e9crit pour \u00eatre lu rapidement, pour attirer l\u2019attention, pour motiver la lecture de l\u2019article\u00a0\u00bb (Claude Jamet et Anne-Marie Jannet, 1999, p.\u00a0105). Dans cette logique commencer l\u2019\u00e9tude d\u2019un texte par son titre contribuerait \u00e0 une compr\u00e9hension efficace du texte. Nous proposons donc de relever les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de ces titres, de commenter leurs dimensions structurales et fonctionnelles \u00e0 l\u2019effet de d\u00e9gager les strat\u00e9gies de constructions du vivre-ensemble, ainsi que l\u2019impact qu\u2019il pourrait avoir sur le lecteur ou la lectrice.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Structure du titre dans <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La titraille appara\u00eet sous des formes diverses dans <em>CT<\/em>. Nous envisageons ici d\u2019analyser quelques titres de la une. Njoh Kom\u00e9 estime que \u00ab\u00a0le texte journalistique est un multitexte constitu\u00e9 d\u2019une mosa\u00efque d\u2019informations et la page une illustre cette diversit\u00e9\u00a0\u00bb (2009, p.\u00a012). Il distingue, d\u2019une part, le p\u00e9ritexte du journal qui est compos\u00e9 des d\u00e9nominations, des indicateurs du genre ou de rubrique; et d\u2019autre part, le p\u00e9ritexte de l\u2019article qui est constitu\u00e9 des unit\u00e9s verbales (surtitre, titre, sous-titre), les unit\u00e9s verbo-iconiques et les unit\u00e9s iconiques (Njoh Kom\u00e9, 2009, p.\u00a012). Nous nous appesantirons sur les unit\u00e9s verbales, car le surtitre, le titre et le sous-titre donnent aux lecteurs la quintessence du message. Ainsi, la titraille <em>CT<\/em> se d\u00e9compose comme suit\u00a0: une s\u00e9quence cadrative, une s\u00e9quence informative et une s\u00e9quence explicative. Voici quelques exemples\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(1) R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Retour \u00e0 la normale [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mouvements de personnes, activit\u00e9s commerciales intenses, lieux publics ouverts\u2026 Tel est le visage qu\u2019offrent depuis hier les diff\u00e9rentes localit\u00e9s de ces deux r\u00e9gions apr\u00e8s la fin des mesures de restriction des mouvements d\u00e9cid\u00e9es la semaine derni\u00e8re par les gouverneurs [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(2) R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La paix retrouv\u00e9e, un acquis \u00e0 consolider [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis cinq jours, la vie a repris son cours normal dans ces deux r\u00e9gions apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la s\u00e9cession annonc\u00e9e par les s\u00e9paratistes pour le 1er octobre dernier. Il importe donc aujourd\u2019hui de maintenir cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 propice au dialogue [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(3) Pr\u00e9sence des forces de d\u00e9fense dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Indispensable [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sugg\u00e9r\u00e9e par les promoteurs et promotrices du projet de la Conf\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale anglophone, l\u2019hypoth\u00e8se du d\u00e9part des forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 du Nord-Ouest et du Sud-Ouest appara\u00eet irr\u00e9alisable dans un contexte de pr\u00e9servation de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale du Cameroun [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(4) Sud-Ouest [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des maisons incendi\u00e9es [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les populations incriminent l\u2019arm\u00e9e, la haute hi\u00e9rarchie militaire s\u2019en d\u00e9fend et accuse les assaillants [<strong>s\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>LM<\/em> du 21\/09\/17);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(5) Bamenda [<strong>s\u00e9quence cadrative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un chef d\u2019\u00e9tablissement et sept \u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9s [<strong>s\u00e9quence informative<\/strong>]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Derrick Ndue, le principal de la Presbyterian school science and technology de Bafut et les \u00e9l\u00e8ves sont les otages des assaillants non encore identifi\u00e9s depuis hier. [<strong>S\u00e9quence explicative<\/strong>] (<em>LM<\/em> du 04\/09\/18).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les s\u00e9quences cadratives dans les cas (1), (2), (3) et (4) situent d\u2019embl\u00e9e l\u2019espace, le lieu de l\u2019\u00e9v\u00e8nement du titre. Il s\u2019agit bien des r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Est du Cameroun, les deux principales r\u00e9gions affect\u00e9es par la crise. Cependant, nous constatons qu\u2019en (5) <em>LM<\/em> est plus explicite, car la d\u00e9nomination propre \u00ab\u00a0Bamenda\u00a0\u00bb indique que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le chef-lieu de la r\u00e9gion du Nord-Ouest qui est vis\u00e9. <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em> dans ces s\u00e9quences cadratives attirent l\u2019attention sur un \u00e9v\u00e9nement particulier qui sera d\u00e9voil\u00e9 dans le titre principal. Celui-ci renvoie \u00e0 la s\u00e9quence informative qui est \u00ab\u00a0la structure focus du discours, celle qui porte l\u2019information\u00a0\u00bb (Njoh Kom\u00e9, 2009, p.\u00a064). Dans les exemples (1), (2), (3) de <em>CT<\/em>, on observe d\u00e9j\u00e0 les pr\u00e9mices d\u2019un retour \u00e0 la paix. D\u2019ailleurs, les s\u00e9quences informatives (2) et (3) qui sont constitu\u00e9es pour l\u2019un, d\u2019un groupe nominal \u00ab\u00a0Retour \u00e0 la normale\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 04\u00a0\/10\/17), et pour l\u2019autre, d\u2019une phrase averbale juxtapos\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0La paix retrouv\u00e9e, un acquis \u00e0 consolider\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17). Le premier segment (la paix retrouv\u00e9e) met en perspective le participe \u00ab\u00a0retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb. L\u2019adjonction du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0re-\u00a0\u00bb au radical \u00ab\u00a0-trouv-\u00a0\u00bb, marque du retour \u00e0 l\u2019\u00e9tat ant\u00e9rieur, pr\u00e9suppose que la paix menac\u00e9e il y a quelque temps r\u00e8gne \u00e0 nouveau dans les deux r\u00e9gions. Bien plus, ce changement annonc\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0un acquis\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose que l\u2019on poss\u00e8de; cette possession marquerait ainsi une victoire, celle de la paix, de m\u00eame qu\u2019elle mettrait un terme \u00e0 la situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Mais si la paix acquise est proclam\u00e9e, le journal tient \u00e0 nuancer cette proclamation en la caract\u00e9risant\u00a0: c\u2019est bien \u00ab\u00a0un acquis \u00e0 consolider\u00a0\u00bb et non pas <em>un acquis consolid\u00e9<\/em>. <em>Acquis \u00e0 consolider<\/em> prend alors la structure d\u2019une collocation<a class=\"footnote\" title=\"Les collocations sont des \u00ab\u00a0cooccurrences lexicales restreintes\u00a0\u00bb (Steinlin, 2003, p. 3), ou encore des combinaisons d\u2019unit\u00e9s lexicales fonctionnant en paire. Voir \u00e9galement Hausmann et Blumenthal (2006).\" id=\"return-footnote-274-2\" href=\"#footnote-274-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> avec une base nominale (un acquis) et un collocatif (\u00e0 consolider). On peut donc comprendre que le vivre ensemble est une construction et une qu\u00eate permanente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La derni\u00e8re s\u00e9quence explicative vient alors confirmer cette th\u00e8se annonc\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment en donnant aux lecteurs et lectrices des illustrations. Ainsi <em>CT<\/em> parle-t-il de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 retrouv\u00e9e \u00e0 travers l\u2019\u00e9num\u00e9ration\u00a0: \u00ab\u00a0Mouvements de personnes, activit\u00e9s commerciales intenses, lieux publics ouverts\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17). Le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif de\u00a0\u00ab\u00a0offrent\u00a0\u00bb\u00a0donne un caract\u00e8re r\u00e9el \u00e0 ce tableau optimiste de la situation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, les titres principaux de <em>LM <\/em>contrastent avec cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 retrouv\u00e9e et d\u00e9crite par <em>CT<\/em>. M\u00eame si les s\u00e9quences cadratives localisent l\u2019espace de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, les destructions annonc\u00e9es dans la s\u00e9quence informative\u00a0sont plus explicit\u00e9es dans la s\u00e9quence explicative. <em>LM<\/em> estime que le retour \u00e0 la paix est encore incertain. On rep\u00e8re tr\u00e8s vite, dans les cas (4), (5), le recourt au champ lexical de la guerre\u00a0: \u00ab\u00a0arm\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0militaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0assaillants\u00a0\u00bb (<em>LM<\/em> du 21\/09\/17), \u00ab\u00a0Derrick Ndue,\u00a0Le principal\u00a0\u2026\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0otages\u00a0\u00bb (<em>LM<\/em> du 04\/09\/18). L\u2019indicatif pr\u00e9sent dans \u00ab\u00a0incriminent\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0accuse\u00a0\u00bb tend \u00e0 attribuer un caract\u00e8re v\u00e9ridique aux propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout porte \u00e0 croire que les s\u00e9quences cadratives, informatives et explicatives dans <em>CT<\/em> et dans <em>LM <\/em>ont une fonction captivante. M\u00eame si elles annoncent des \u00e9v\u00e9nements heureux ou malheureux, c\u2019est dans le but d\u2019attirer l\u2019attention sur la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre fin \u00e0 cette situation. Elles participent de la volont\u00e9 de faire accepter \u00e0 tous les lecteurs et \u00e0 toutes les lectrices l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un retour \u00e0 la paix, condition du vivre ensemble. C\u2019est dans cette logique qu\u2019il faut comprendre la fonction socialisatrice des m\u00e9dias dont parlent contenue dans Claude Jamet et Anne-Marie Jannet\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019information est un lieu social et, de ce fait, tend \u00e0 construire l\u2019espace social par l\u2019interm\u00e9diaire du savoir qu\u2019elle partage avec le lecteur et le t\u00e9l\u00e9spectateur\u00a0\u00bb (1999, p.\u00a0183).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une structure antinomique des titres pour une m\u00eame cause<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous focalisons notre attention principalement sur les surtitres et les titres. Ces derniers permettent d\u2019avoir rapidement acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information principale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le cas de <em>CT<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces titres se pr\u00e9sentent comme suit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(6) R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Retour \u00e0 la normale (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(7) R\u00e9gions du Nord-Ouest et Sud-Ouest<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La paix retrouv\u00e9e, un acquis \u00e0 consolider (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(8) Pr\u00e9sence des forces de d\u00e9fense dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Indispensable (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>CT<\/em> les surtitres et les titres principaux se pr\u00e9sentent sous la forme de groupes nominaux. On peut noter que ces groupes nominaux sont reli\u00e9s par la conjonction de coordination \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0R\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (<em>CT<\/em> du 04\/10\/17)\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Pr\u00e9sence des forces de d\u00e9fense dans le Nord-Ouest et le Sud-Est (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18)\u00a0\u00bb ;\u00a0\u00ab\u00a0Nord-Ouest et Sud-Ouest (<em>CT<\/em> du 16\/10\/19)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Rappelons que selon Grevisse \u00ab\u00a0La conjonction est un mot invariable qui sert \u00e0 joindre et \u00e0 mettre en rapport, soit deux propositions, soit deux mots de m\u00eame fonction dans une proposition\u00a0\u00bb (1969, p.\u00a0989). La conjonction \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb dans ces exemples relie majoritairement deux groupes de mots, les groupes nominaux \u00ab\u00a0Nord-Ouest\/Sud-Ouest\u00a0\u00bb qui d\u00e9signent les deux r\u00e9gions du Cameroun affect\u00e9es par la crise. On y note une absence de verbes conjugu\u00e9s et de d\u00e9terminants. Cette construction permet de rendre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 bref, et focaliser ainsi l\u2019attention du lectorat uniquement sur ces deux r\u00e9gions. La conjonction \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb relie deux entit\u00e9s qui jadis passaient inaper\u00e7ues, mais sont aujourd\u2019hui li\u00e9es parce qu\u2019elles partagent une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, celle de la crise anglophone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la paix comme nous l\u2019avons signal\u00e9 plus haut est l\u2019\u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 dans la mat\u00e9rialisation du vivre ensemble. On note dans <em>CT<\/em> des groupes nominaux compos\u00e9s de s\u00e8mes majoritairement positifs\u00a0: \u00ab\u00a0retour \u00e0 la Normale\u00a0\u00bb (<em>CT <\/em>du 04\/10\/17), \u00ab\u00a0la paix retrouv\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0acquis \u00e0 consolider\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 06\/10\/17), \u00ab\u00a0indispensable\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 01\/08\/18), \u00ab\u00a0affluence grandissante\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 04\/10\/19), \u00ab\u00a0l\u2019appel des Nations Unies\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 05\/09\/19). La plupart de ces groupes nominaux pr\u00e9sentent deux types de structure\u00a0: [Nom Nom] dans les cas (1) et (8), [Nom Adjectif] dans les cas (2) et (7). On note un apaisement apr\u00e8s une p\u00e9riode trouble dans (1) \u00ab\u00a0Retour \u00e0 la normale\u00a0\u00bb. Cette expression fig\u00e9e, en m\u00eame temps qu\u2019elle signale un changement, elle renvoie le lectorat \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019avant la crise o\u00f9 il faisait bon vivre dans cette partie du pays. On per\u00e7oit par l\u00e0 la volont\u00e9 du quotidien de donner au lectorat des informations qui visent \u00e0 tranquilliser, \u00e0 apaiser et cultiver dans les esprits l\u2019id\u00e9e selon laquelle le vivre ensemble sera \u00e0 nouveau possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ceci est d\u2019autant plus vrai que ce combat pour la paix et le retour de la stabilit\u00e9 dans ces deux r\u00e9gions sont soutenus par les \u00c9tats-Unis qui jouent le r\u00f4le d\u2019arbitre dans cette crise. Le titre (8) (L\u2019appel des Nations Unies) marque l\u2019intervention des Nations Unies, r\u00e9f\u00e9rent qui renvoie \u00e0 une notori\u00e9t\u00e9 connue du lectorat. Moirand pr\u00e9cise qu\u2019\u00ab\u00a0il s\u2019agit en effet de mots porteurs des savoirs qu\u2019ils ont acquis au fil des discours qu\u2019ils ont travers\u00e9s, de mots \u201chabit\u00e9s\u201d au sens de Bakhtine\u00a0\u00bb (2007, p.\u00a0135). Autrement dit, la mention de \u00ab\u00a0Nations Unies\u00a0\u00bb \u00e9voque, dans la m\u00e9moire collective du lectorat, le r\u00f4le que cette organisation a toujours jou\u00e9 dans la r\u00e9solution des conflits dans le monde en g\u00e9n\u00e9ral. La d\u00e9signation d\u00e9tourn\u00e9e de cet organisme montre la gravit\u00e9 du probl\u00e8me et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019y rem\u00e9dier. Reste \u00e0 voir \u00e0 pr\u00e9sent comment se manifeste le vivre ensemble dans les titres de <em>LM<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Le cas de <em>LM<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les surtitres et les titres principaux apparaissent sous la forme<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li>de groupes nominaux\u00a0: nom adjectif et nom nom<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00a0(9) <em>Sud<\/em>&#8211;<em>Ouest<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des maisons incendi\u00e9es<strong> (<\/strong><em>LM<\/em> du 21\/10\/17)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(10) Crise anglophone<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>\u00a0<\/strong>Le temps des assassins (<em>LM<\/em> du 12\/12\/16)<\/p>\n<\/blockquote>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li>des phrases averbales avec absence de la copule<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(11) Bamenda<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un chef d\u2019\u00e9tablissement et sept \u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9s (<em>LM<\/em> du 04\/09\/18)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(12) Le convoi de L\u00e9l\u00e9 Lafrique attaqu\u00e9 (<em>LM <\/em>du 04\/09\/19)<\/p>\n<\/blockquote>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li>phrase verbale\u00a0: sujet verbe<\/li>\n<\/ul>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(13) \u00c9meutes de Bamenda<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le bilan s\u2019alourdit (<em>LM<\/em> du 12\/12\/16).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, ces titres pr\u00e9sentent un contexte situationnel o\u00f9 le vivre ensemble est tr\u00e8s perturb\u00e9. Cette perturbation prend corps \u00e0 travers le r\u00e9seau isotopique de la guerre\u00a0: des \u00e9l\u00e8ves enlev\u00e9\u00b7e\u00b7s, un convoi attaqu\u00e9, des \u00e9meutes. En effet, l\u2019exemple (10) souligne particuli\u00e8rement cette sc\u00e9nographie macabre. Le titre met en avant, de fa\u00e7on sobre, un \u00e9nonc\u00e9 plut\u00f4t de type collocation qui frappe par sa binarit\u00e9\u00a0: [le temps\/des assassins]. Le d\u00e9fini \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb rev\u00eat ici une valeur particularisante dans la mesure o\u00f9 le collocatif \u00ab\u00a0des assassins\u00a0\u00bb particularise le contexte. On trouve des constructions comparables en langue\u00a0: <em>le temps des escrocs<\/em>, <em>le temps des bonnes affaires<\/em>, <em>le temps des opportunit\u00e9s<\/em>, etc. <em>LM<\/em> l\u00e8ve ainsi un pan de voile sur le climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui pr\u00e9vaut dans ces deux r\u00e9gions et qui ne peut nullement favoriser le vivre ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>LM<\/em> s\u2019attarde par ailleurs sur le bilan mat\u00e9riel de cette crise. Le titre principal (9) (des maisons incendi\u00e9es) \u00e9voque des dommages d\u00e9plorables. Les destructions mat\u00e9rielles concernent les habitations, des lieux ayant une port\u00e9e sociologique et psychologique importante dans toutes les cultures. La question porte donc une dose d\u2019\u00e9motion consid\u00e9rable. Amossy souligne \u00e0 ce propos qu\u2019il \u00ab\u00a0appara\u00eet clairement que l\u2019\u00e9motion s\u2019inscrit dans un savoir de croyance qui d\u00e9clenche un certain type de r\u00e9action face \u00e0 une repr\u00e9sentation socialement et moralement pr\u00e9gnante\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0172). Dans les traditions africaines, un homme bien accompli est celui qui se d\u00e9marque par capacit\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir un logement, un abri pour sa famille. Lorsque cet abri se trouve, pour une raison ou pour une autre, emport\u00e9 par les flammes, le choc \u00e9motionnel est ressenti et partag\u00e9 par tout son entourage. Ainsi,<em> maisons<\/em> et <em>incendi\u00e9es<\/em> dans ce titre portent des path\u00e8mes qui peuvent mener \u00e0 une conclusion affective\u00a0: la piti\u00e9 et l\u2019effroi. L\u2019\u00e9vocation en titre des maisons d\u00e9truites provoque chez le lectorat l\u2019image d\u2019une guerre atroce, sans merci qui d\u00e9poss\u00e8de les citoyen\u00b7ne\u00b7s de leurs biens. Cette sensation de frayeur est croissante puisque le titre (13) (le bilan s\u2019alourdit) semble donner une vision hyperbolique du surtitre\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9meutes de Bamenda\u00a0\u00bb. Ce titre phrase captive par sa simplicit\u00e9 et sa bri\u00e8vet\u00e9 (sujet verbe) et traduit la volont\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019essentiel en concentrant l\u2019attention sur le verbe \u00ab\u00a0s\u2019alourdit\u00a0\u00bb, point de chute de la lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les titres \u00e0 la une de <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em> r\u00e9v\u00e8lent une qualification diff\u00e9rentielle de la construction du vivre ensemble \u00e0 travers leur titraille. L\u2019analyse de cet ensemble textuel indique que le vivre ensemble doit passer essentiellement par le r\u00e9tablissement de la paix dans les deux r\u00e9gions. Ce qui explique la pr\u00e9dominance, dans les titres de <em>CT<\/em>, des s\u00e8mes m\u00e9lioratifs connotant un retour progressif de la paix d\u2019une part; et des s\u00e8mes p\u00e9joratifs mat\u00e9rialisant la persistance de la crise dans les titres du quotidien <em>LM<\/em> d\u2019autre part. Le vivre ensemble s\u2019inscrit \u00e0 la fois explicitement et implicitement dans la titraille de ces deux quotidiens. On peut y lire, en filigrane, la volont\u00e9 de diffuser, de mani\u00e8re tacite, la notion de \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb au sein de l\u2019opinion commune\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 une opinion exerce une influence sur l\u2019\u201caction\u201d; le devoir d&rsquo;informer impose au journaliste le r\u00f4le d\u2019\u201cinfluenceur\u201d et la pratique d\u2019un type d\u2019objectivit\u00e9 n\u00e9cessairement particulier puisque la rationalit\u00e9 et le parti pris discursif y coexistent in\u00e9luctablement\u00a0\u00bb (Perelman, cit\u00e9 par Koren, 1996, p.\u00a0126). Comment cette volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir le vivre ensemble est construite dans les genres r\u00e9dactionnels, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans les genres d\u2019opinions?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les strat\u00e9gies discursives li\u00e9es au vivre ensemble dans <em>CT<\/em> et dans <em>LM<\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est question d\u2019analyser la fa\u00e7on dont les deux quotidiens traitent discursivement les th\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la crise anglophone afin de construire le vivre ensemble.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La doxa ou le pouvoir de l\u2019opinion commune<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Un moyen discursif de la construction du vivre ensemble est le recours \u00e0 \u00ab\u00a0la doxa ou le pouvoir de l\u2019opinion commune\u00a0\u00bb (Amossy, 2000, p.\u00a090). <em>CT<\/em> emprunte aux arguments de communaut\u00e9, en d\u2019autres termes \u00e0 la sagesse collective, pour construire le vivre ensemble. Ceux-ci renferment les proverbes, les formules et les maximes. Ces types d\u2019\u00e9nonc\u00e9s ont la particularit\u00e9 de faire entendre, en plus de la voix du journaliste, celle \u00ab\u00a0de la sagesse des nations \u00e0 laquelle on attribue la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb (Maingueneau, 2002, p.\u00a0148).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les proverbes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les proverbes font partie de ce type d\u2019\u00e9nonc\u00e9s qui sont construits sur l\u2019opinion commune\u00a0: \u00ab\u00a0Le proverbe se d\u00e9finit par son indexation \u00e0 une sagesse populaire et par sa forme fig\u00e9e. Il appara\u00eet n\u00e9cessairement comme une citation et permet au locuteur qui fait appel \u00e0 lui de se donner la garantie d\u2019un savoir collectif emmagasin\u00e9 dans un r\u00e9pertoire culturel\u00a0\u00bb (Amossy, 2000, p.\u00a0109). Voici deux extraits\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(14) Il faut pr\u00e9f\u00e9rer une injuste paix, \u00e0 une juste guerre.\u00a0(<em>CT<\/em> du 08\/10\/19);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(15) Attention \u00e0 ce que vous demandez car vous pourriez bien l\u2019obtenir! (<em>CT<\/em> du 11\/09\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce proverbe constitue \u00ab\u00a0la chute\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la derni\u00e8re phrase de l\u2019article qui sert \u00e0 marquer la fin du texte. Pour soutenir l\u2019argument selon lequel il est urgent de mettre un terme \u00e0 la crise anglophone et de r\u00e9enchanter le vivre ensemble, le journal a recours \u00e0 des proverbes. Pour Maingueneau, \u00ab\u00a0Dire un proverbe [\u2026] c\u2019est faire entendre \u00e0 travers sa propre voix une autre voix, celle de la \u201cSagesse des nations\u201d, \u00e0 laquelle on attribue la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0147-148). Une mani\u00e8re d\u2019impliquer le lectorat, donc les Camerounais\u00b7es dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du moment o\u00f9 ceux-ci et celles-ci sont membres de la communaut\u00e9. Cette phrase injonctive qui d\u00e9bute par l\u2019auxiliaire modal (Il faut), suivi de l\u2019infinitif (pr\u00e9f\u00e9rer), traduit la recommandation que Marie Claire Nnana, autrice du texte, veut impulser aux Camerounais\u00b7es. Cette recommandation se r\u00e9sume dans une s\u00e9quence de mots juxtapos\u00e9s qui s\u2019opposent (une injuste paix, \u00e0 une juste guerre). Tout l\u2019\u00e9nonc\u00e9 est centr\u00e9 sur ces quatre termes antinomiques\u00a0: \u00ab\u00a0injuste paix\u00a0\u00bb\/\u00ab\u00a0juste guerre\u00a0\u00bb; un v\u00e9ritable parall\u00e9lisme qui traduit la complexit\u00e9 de la situation dans laquelle se retrouvent les Camerounais\u00b7es. D\u2019apr\u00e8s l\u2019autrice, les raisons avanc\u00e9es pour justifier la crise anglophone seraient pertinentes; d\u2019o\u00f9 l\u2019oxymore \u00ab\u00a0la juste guerre\u00a0\u00bb. Mais les cons\u00e9quences de cette \u00ab\u00a0juste guerre\u00a0\u00bb sont sans appel\u00a0: \u00ab\u00a0crimes de sang dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, l\u2019exode des populations [\u2026] haine, tribalisme et appel \u00e0 la r\u00e9bellion\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 08\/10\/19). Le vivre ensemble s\u2019av\u00e8re une utopie dans un tel contexte. Face \u00e0 ce dilemme, la journaliste, \u00e0 travers l\u2019auxiliaire modal et l\u2019infinitif (il faut pr\u00e9f\u00e9rer), invite \u00e0 choisir \u00ab\u00a0une injuste paix\u00a0\u00bb. Cette alliance de mots laisse sous-entendre que la paix, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, la coh\u00e9sion sociale, bref le vivre ensemble n\u2019a pas de prix et que tous les Camerounais et toutes les Camerounaises devraient soutenir imp\u00e9rativement la paix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette aspiration \u00e0 un retour \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 se manifeste dans le grand dialogue initi\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique; cela mettrait ainsi fin au pr\u00e9jug\u00e9 qui veut que \u00ab\u00a0le pouvoir [soit] hostile au dialogue et aurait fait le choix d\u2019une solution militaire plut\u00f4t que politique\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 11\/09\/19). Ce dernier \u00e9nonc\u00e9 met exergue des termes d\u00e9valorisant l\u2019\u00e9thos du gouvernement (hostile au dialogue, choix militaire) qui exhibe l\u2019esprit belliqueux du pouvoir en place. Amossy estime justement que les pr\u00e9jug\u00e9s font partie des lieux communs comme les st\u00e9r\u00e9otypes en ce sens qu\u2019il \u00ab\u00a0est affect\u00e9 d\u2019un fort coefficient de p\u00e9joration\u00a0: il manifeste la pens\u00e9e gr\u00e9gaire qui d\u00e9value la doxa aux yeux des contemporains\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0110). L\u2019\u00e9ditorialiste s\u2019inscrit en faux contre cette id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue et brandit le proverbe (15) comme une riposte. Ce proverbe se subdivise en deux segments coordonn\u00e9s. De prime \u00e0 bord le terme (attention) plac\u00e9 en d\u00e9but de phrase retient la curiosit\u00e9. C\u2019est une interpellation \u00e0 l\u2019adresse des Camerounais\u00b7es sceptiques qui ne croyaient pas au dialogue national. En effet, apr\u00e8s moult appels au dialogue, les Camerounais\u00b7es obtiennent gain de cause. Le second segment du proverbe est introduit par la conjonction de coordination\u00a0: \u00ab\u00a0car vous pourriez bien l\u2019obtenir\u00a0\u00bb. Ce segment vient justifier la premi\u00e8re \u00e9nonciation. Pour Amossy, l\u2019emploi de \u00ab\u00a0<em>car\u00a0\u00bb<\/em> \u00ab\u00a0suppose deux actes d\u2019\u00e9nonciations successifs, une premi\u00e8re \u00e9nonciation qui pose P, puis une seconde qui la justifie en disant Q\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0161). Il s\u2019agit donc de justifier la premi\u00e8re \u00e9nonciation et faire croire aux Camerounais\u00b7es que tout est encore possible puisque le dialogue tant attendu finit par \u00eatre conc\u00e9d\u00e9. Comment <em>LM<\/em> construit discursivement le vivre ensemble?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les qualifications axiologiques <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut compter ici certains axiologiques qui traduisent la d\u00e9n\u00e9gation du grand dialogue par <em>LM<\/em> depuis sa gen\u00e8se. Dans sa chronique du 19 septembre 2019, Alain Njipou fait remarquer que le chef du gouvernement, m\u00e9diateur d\u00e9sign\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pour mener le grand dialogue national, n\u2019est pas une personnalit\u00e9 neutre. Pour le chroniqueur, \u00ab\u00a0le PM [premier ministre] est un thurif\u00e9raire du r\u00e9gime, membre du comit\u00e9 central du parti au pouvoir\u00a0\u00bb. L\u2019emploi de l\u2019axiologique \u00ab\u00a0thurif\u00e9raire\u00a0\u00bb caract\u00e9rise p\u00e9jorativement le PM pour remettre ainsi en question son impartialit\u00e9. <em>LM<\/em> consid\u00e8re qu\u2019il ne serait pas la personne indiqu\u00e9e pour conduire le dialogue national du fait de ses accointances avec le r\u00e9gime en place. Cette th\u00e8se est soutenue \u00e0 travers cette formule ironique\u00a0: \u00ab\u00a0qu\u2019il sert et continue de servir\u00a0\u00bb. C\u2019est donc une mani\u00e8re de rappeler le d\u00e9vouement in\u00e9branlable de cet homme politique envers le parti au pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e8me du vivre ensemble affleure \u00e9galement au travers du discours de discr\u00e9dit du gouvernement en place. Dans l\u2019extrait du <em>LM<\/em> suivant, le journaliste souligne son m\u00e9contentement vis-\u00e0-vis du choix du m\u00e9diateur.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(16) la m\u00e9diation de ce banquet national porte l\u2019estampille de Dion Ngute. Un m\u00e9diateur plut\u00f4t d\u00e9pendant. Pratiquement aux mains li\u00e9es. Sous les fourches caudines d\u2019un pouvoir vieillot vacillant qui ne c\u00e8de pas le gouvernail pour une retraite m\u00e9rit\u00e9e\u2026 (<em>LM <\/em>du 09\/ 09\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9nonc\u00e9, le dialogue national est substitu\u00e9 par \u00ab\u00a0banquet national\u00a0\u00bb, m\u00e9taphore qui mat\u00e9rialise l\u2019id\u00e9e que <em>LM<\/em> se fait du grand dialogue, c\u2019est-\u00e0-dire un grand festin organis\u00e9 par le gouvernement et auquel les membres du gouvernement et du parti au pouvoir sont convi\u00e9\u00b7e\u00b7s. Les axiologiques telles que \u00ab\u00a0m\u00e9diateurs ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mains li\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fourches caudines\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pouvoir vacillant\u00a0\u00bb rench\u00e9rissent la th\u00e8se d\u2019une liaison coupable entre l\u2019homme d\u2019\u00c9tat Dion Ngute et le pouvoir. Ces termes dysphoriques d\u00e9noncent la connivence entre les membres du parti au pouvoir et les organisateurs et organisatrices du dialogue. Le grand dialogue serait par cons\u00e9quent un \u00e9chec parce que le pouvoir en place veut faire main basse sur son organisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>LM <\/em>s\u2019implique davantage en proposant une piste de solution.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(17) Nous pensons qu\u2019un recadrage est imp\u00e9ratif si on veut vraiment aller au dialogue. Qui en dehors de nos compatriotes sont-ils qualifi\u00e9s pour exposer les frustrations et le mal \u00eatre des populations du Noso, toutes choses \u00e0 l\u2019origine du climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui pr\u00e9vaut dans ces zones\u2026? (<em>LM <\/em>du 19\/09\/09).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pronom personnel \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et l\u2019adjectif possessif \u00ab\u00a0nos\u00a0\u00bb t\u00e9moignent de l\u2019engagement du quotidien sur la question de la crise anglophone. Ce pronom d\u00e9signe un sujet collectif dont le journaliste fait partie. Maingueneau se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Benveniste explique que \u00ab\u00a0Le <em>nous<\/em><a class=\"footnote\" title=\"C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.\" id=\"return-footnote-274-3\" href=\"#footnote-274-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> en effet, n\u2019est pas une collection de <em>je<\/em>, \u201cc\u2019est un <em>je<\/em> dilat\u00e9 au-del\u00e0 de la personne stricte, \u00e0 la fois accru et de contours vagues\u201d\u00a0\u00bb (2000, p.\u00a0105). Dans le <em>nous<\/em>\u00a0de <em>LM<\/em>, il y a une forte pr\u00e9dominance du <em>je<\/em> qui renvoie au journaliste (le nous de majest\u00e9) et le journal. L\u2019adjectif possessif vient renforcer son appartenance \u00e0 une collectivit\u00e9 \u00e0 laquelle il se sent inclus (nos compatriotes) et dont il d\u00e9fend la cause. L\u2019interrogation oratoire suivante est une interpellation du gouvernement\u00a0: \u00ab\u00a0Qui en dehors de nos compatriotes sont-ils qualifi\u00e9s pour exposer les frustrations et le mal \u00eatre des populations du NOSO [\u2026]?\u00a0\u00bb. On peut penser que l\u2019auteur de l\u2019article tente de r\u00e9orienter le dialogue national dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la partie anglophone en particulier et l\u2019ensemble des Camerounais\u00b7es en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019un point de vue discursif, <em>LM<\/em> d\u00e9veloppe la question du vivre ensemble \u00e0 travers une critique acerbe des actions de l\u2019\u00c9tat, notamment celles qui sont li\u00e9es \u00e0 l\u2019organisation du dialogue national. Sa libert\u00e9 de ton est telle que le journal consid\u00e8re que le grand dialogue est une mascarade. On le voit \u00e0 travers l\u2019emploi des marques axiologiques p\u00e9joratives, mettant en arri\u00e8re-plan les principales personnes concern\u00e9es. La construction discursive de la crise dans les quotidiens emprunte des chemins diam\u00e9tralement oppos\u00e9s. Mais \u00e0 la crois\u00e9e de ces chemins se dessine la volont\u00e9 de r\u00e9concilier les Camerounais\u00b7es de r\u00e9inventer, mieux de r\u00e9enchanter le vivre ensemble afin qu\u2019Anglophones et Francophones se r\u00e9jouissent \u00e0 partager \u00e0 nouveau un destin commun. Chez <em>CT<\/em> comme chez <em>LM<\/em>, cette volont\u00e9 est clairement destin\u00e9e \u00e0 \u00e9mouvoir le p\u00f4le r\u00e9cepteur.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le pathos dans la construction du vivre-ensemble dans <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa description des dispositifs m\u00e9diatiques, Charaudeau (2011) distingue trois types de conditions constitutives de cette machine la machine m\u00e9diatique pr\u00e9sente trois lieux de condition de production\u00a0: les conditions de production, les conditions d\u2019interpr\u00e9tation et le lieu d\u2019\u00e9laboration du discours m\u00e9diatique. Les deux premi\u00e8res conditions correspondent respectivement aux instances \u00e9nonciatrice et r\u00e9ceptrice. En nous int\u00e9ressant \u00e0 cette derni\u00e8re, nous nous posons la question de savoir comment le vivre ensemble s\u2019inscrit, sur le plan affectif, dans les deux quotidiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pathos est l\u2019effet \u00e9motionnel qu\u2019un locuteur ou une locutrice cherche \u00e0 exercer sur l\u2019allocutaire.\u00a0Dans cette perspective, l\u2019\u00e9change qui a lieu entre les sujets parlants a pour finalit\u00e9 de modifier leurs visions du monde. <em>CT<\/em> par exemple recourt \u00e0 l\u2019\u00e9thos pour toucher et sensibiliser le lectorat sur la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server le vivre ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019\u00e9thos dans <em>CT<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le quotidien <em>CT<\/em> construit discursivement l\u2019\u00e9motion en attirant tout d\u2019abord l\u2019attention sur les actions du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il dresse alors un portrait moral qui stimule le lectorat \u00e0 consid\u00e9rer sa posture paternaliste. Construire une image favorable du pr\u00e9sident constitue l\u2019un des principaux ressorts de la strat\u00e9gie de <em>CT<\/em>. Marie Claire Nnana affirme d\u2019ailleurs que le pr\u00e9sident agit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(18) comme un chef de famille \u00e0 l\u2019\u00e9coute, impitoyable envers les criminels, mais convaincu que seul le dialogue peut colmater les br\u00e8ches et r\u00e9parer les fractures (<em>CT<\/em> du 02\/10\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La comparaison du pr\u00e9sident \u00e0 un \u00ab\u00a0chef de famille\u00a0\u00bb est charg\u00e9e d\u2019\u00e9motions. Il porte en lui des path\u00e8mes qui font appel \u00e0 l\u2019affect. On voit dans ce terme un rassembleur, une personne ouverte au dialogue et lorsqu\u2019on y associe le s\u00e8me path\u00e9mique \u00ab\u00a0impitoyable\u00a0\u00bb, formule consacr\u00e9e pour susciter la peur, on voit se dessiner subtilement l\u2019image d\u2019un chef qui souhaite le meilleur pour sa prog\u00e9niture, mais qui sait aussi ch\u00e2tier quand il le faut. Les sentiments suscit\u00e9s \u00e0 travers ces marqueurs sont le respect, l\u2019admiration et la crainte qui peuvent amener les r\u00e9cepteurs et r\u00e9ceptrices \u00e0 garder une image positive du pr\u00e9sident. Par cette tendance \u00e0 donner une repr\u00e9sentation favorable d\u2019un fait ou d\u2019une personnalit\u00e9, l\u2019instance m\u00e9diatique, selon Charaudeau, se conforme \u00e0 une contrainte, celle qui consiste \u00e0 \u00ab\u00a0faire ressentir des \u00e9motions \u00e0 son public, \u00e0 mobiliser son affect, afin de d\u00e9clencher chez lui int\u00e9r\u00eat et passion pour l\u2019information qui lui est transmise\u00a0\u00bb (Charaudeau, 2011, p.\u00a074). En effet, l\u2019attente de la r\u00e9solution de la crise anglophone a suscit\u00e9 suspens et sp\u00e9culations, parfois fallacieuses, au sein de l\u2019opinion publique. Ainsi, en redorant le blason du p\u00e8re de la nation, on fait en sorte que les Camerounais\u00b7es croient \u00e0 nouveau \u00e0 la bonne foi de celui-ci. Consolider son pouvoir de dirigeant cr\u00e9dible et proche de son peuple revient aussi \u00e0 r\u00e9pondre aux attentes de ce peuple-l\u00e0. <em>CT<\/em> d\u00e9voile cette marque d\u2019attention du pr\u00e9sident soucieux du bien-\u00eatre de ses populations par des actes concrets\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(19) Le chef de l\u2019\u00c9tat a donc tranch\u00e9\u00a0: il faut conduire toute la famille sous l\u2019arbre \u00e0 palabre et exorciser les d\u00e9mons de la division. Ouvrir les plaies b\u00e9antes, pour mieux les caut\u00e9riser. \u00c9couter les victimes, les bourreaux et toutes les \u00e2mes de bonne volont\u00e9, afin de trouver un consensus et sauvegarder l\u2019avenir commun (<em>CT<\/em> du 02\/10\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9vocation de l\u2019arbre \u00e0 palabre dans cet extrait, par analogie au grand dialogue national, permet de consolider la figure paternelle du pr\u00e9sident. Ce rapprochement proc\u00e8de d\u2019une volont\u00e9 d\u2019atteindre l\u2019affect du lectorat\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019analogie est un puissant instrument de construction de l\u2019\u00e9motion. Elle permet de transf\u00e9rer l\u2019\u00e9motion associ\u00e9e \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement pour lequel la tonalit\u00e9 \u00e9motionnelle est stabilis\u00e9e \u00e0 d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements en cours d\u2019\u00e9valuation \u00e9motionnelle\u00a0\u00bb (Plantin, 2011, p.\u00a0177). En fait, l\u2019arbre \u00e0 palabre symbolise cet espace d\u2019\u00e9changes auquel sont attaqu\u00e9es un certain nombre de repr\u00e9sentations relatives aux soci\u00e9t\u00e9s africaines\u00a0: assembl\u00e9e de notables, assujettissement aux r\u00e8gles coutumi\u00e8res, prof\u00e9ration de paroles sentencieuses, etc. Ainsi, la notion de \u00ab\u00a0palabre\u00a0\u00bb, combin\u00e9e \u00e0 celle de \u00ab\u00a0chef de famille\u00a0\u00bb, situe r\u00e9solument le lectorat dans cette qu\u00eate d\u2019instauration d\u2019une figure patriarcale et africaine qu\u2019incarnerait le pr\u00e9sident. La raison en est compr\u00e9hensible\u00a0: la parole d\u2019un p\u00e8re, par surcro\u00eet un chef, n\u2019est pas sujette \u00e0 contestation dans un tel cadre spatiotemporel. La figure d\u2019autorit\u00e9 est ainsi convoqu\u00e9e afin d\u2019amener les protagonistes de faire cesser le conflit. Cette cessation est alors con\u00e7ue comme une sorte de transformation cathartique, une conjuration puisqu\u2019il faut \u00ab\u00a0exorciser les d\u00e9mons de la division\u00a0\u00bb. Le <em>modus operandi<\/em> est par ailleurs indiqu\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9couter les victimes, les bourreaux et toutes les \u00e2mes de bonne volont\u00e9, afin de trouver un consensus et sauvegarder l\u2019avenir commun\u00a0\u00bb. Comme on peut le constater, autant au niveau des marqueurs discursifs qu\u2019au niveau de la sc\u00e8ne \u00e9nonciative<a class=\"footnote\" title=\"Voir Maingueneau, 2000.\" id=\"return-footnote-274-4\" href=\"#footnote-274-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>, tout ram\u00e8ne \u00e0 une repr\u00e9sentation id\u00e9alis\u00e9e de l\u2019Afrique, mystique et myst\u00e9rieuse, patriarcale et autoritaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogue national est ainsi pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui permettra de r\u00e9concilier les Camerounais\u00b7es avec leur pr\u00e9sident. Les consid\u00e9rations de <em>CT<\/em> port\u00e9es \u00e0 son \u00e9gard visent \u00e0 an\u00e9antir parall\u00e8lement les pr\u00e9jug\u00e9s v\u00e9hicul\u00e9s \u00e0 son sujet. L\u2019image du pr\u00e9sident est revaloris\u00e9e par l\u2019adjonction des citations des autorit\u00e9s religieuses. Le Souverain pontife, Fran\u00e7ois 1er dans d\u00e9clare \u00ab\u00a0s\u2019associer aux souffrances et aux esp\u00e9rances du peuple bien-aim\u00e9 camerounais\u00a0\u00bb (<em>CT<\/em> du 02\/10\/19). Le cardinal Tumi mart\u00e8le son rejet de la violence au nom du f\u00e9d\u00e9ralisme (<em>CT<\/em> du 08\/10\/19). Ces personnalit\u00e9s connues donnent de la l\u00e9gitimit\u00e9 aux actions du pr\u00e9sident et le soutiennent dans le combat qui doit ramener la paix au Cameroun. En effet, mentionner les propos des autorit\u00e9s fonde la cr\u00e9dibilit\u00e9 du locuteur. Claude Jamet et Anne-Marie Jannet pensent que cette cr\u00e9dibilit\u00e9 conf\u00e8re au locuteur ou \u00e0 la locutrice \u00ab\u00a0une certaine autorit\u00e9 qui fait que s\u2019il informe, ce qu\u2019il dit peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme digne de foi\u00a0\u00bb (1999, p.\u00a0258). <em>CT<\/em> utilise les dires de ces autorit\u00e9s religieuses pour amener \u00e0 soutenir le grand dialogue national et, en m\u00eame temps, rehausser l\u2019image du pr\u00e9sident qui, \u00e0 travers ce dialogue, veut ramener de meilleurs rapports entre les communaut\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si chez <em>CT<\/em> le vivre ensemble se construit de par la c\u00e9l\u00e9bration de la personne et des actions du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, <em>LM <\/em>s\u2019appuie sur d\u2019autres strat\u00e9gies pour \u00e9mouvoir son lectorat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La dramatisation du discours dans <em>LM<\/em>\u00a0: des donn\u00e9es \u00e9mouvantes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le plan lexical, nous constatons que le vocabulaire de <em>LM<\/em> renvoie r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la guerre. On le constate dans de nombreux articles, notamment dans les chroniques du 15\/05\/19, celle du 29\/05\/19, celle du 17\/07\/19 et celle du 28\/10\/19. Le terme \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb, employ\u00e9 comme synonyme de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb, entre dans une forme de mise en spectacle, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00ab\u00a0ensemble d\u2019op\u00e9rations linguistiques par lesquelles le r\u00e9el est repr\u00e9sent\u00e9\u00a0\u00bb (D\u00e9trie <em>et al.<\/em>, 2017, p.\u00a0225). <em>Crise<\/em> est donc un marqueur qui actualise cette dramatisation en amplifiant ses effets. Charaudeau con\u00e7oit la dramatisation comme \u00ab\u00a0un processus de strat\u00e9gie discursive qui consiste \u00e0 toucher l\u2019affect du destinataire.\u00a0\u00bb (2006, paragr. 31).<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(20) Au commencement \u00e9taient les revendications corporatistes\u2026 (<em>LM<\/em> du 28\/10\/19);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(21) La crise prend une autre envergure. Au fur et \u00e0 mesure que le temps passe elle ne fait que s\u2019enliser. Les s\u00e9cessionnistes s\u00e8ment la terreur. Ils d\u00e9cident de casser, de piller, et d\u2019interdire aux populations d\u2019aller et venir librement. La situation devient au jour le jour incontr\u00f4lable&#8230; (<em>LM<\/em> du 28\/10\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exemple (20) situe le lectorat par rapport l\u2019historique des \u00e9v\u00e9nements alors que l\u2019extrait (21) leur fournit des \u00e9l\u00e9ments d\u2019appr\u00e9hension du climat qui r\u00e8gne dans les r\u00e9gions en indiquant \u00e0 la fois les actants (les s\u00e9cessionnistes, les populations) et les circonstants (une autre envergure, au fur et \u00e0 mesure, la terreur, de casser, de piller, d\u2019interdire). Ce sont autant de marqueurs discursifs qui d\u00e9peignent une atmosph\u00e8re effroyable. La dysphorie atteint alors son comble lorsque <em>LM<\/em> compare cette crise \u00e0 la guerre du Biafra du Nig\u00e9ria voisin dans sa chronique du 15\/05\/19. Elle est d\u2019ailleurs truff\u00e9e d\u2019indications chiffr\u00e9es qui ont pour but d\u2019authentifier et d\u2019\u00e9mouvoir en m\u00eame temps sur la gravit\u00e9 de la situation\u00a0: \u00ab\u00a02 millions de morts\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a05millions de d\u00e9plac\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a03millions de r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a04,3 millions de personnes ont besoin d\u2019aide humanitaire\u00a0\u00bb. Cette gradation chiffr\u00e9e montre combien le Cameroun a d\u00e9j\u00e0 atteint des proportions.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(22) La guerre du Biafra a fait 2 millions de morts, pr\u00e8s de 5 millions de d\u00e9plac\u00e9s, et plus de 3 millions de r\u00e9fugi\u00e9s! Pour rien! (<em>LM<\/em> du 15\/05\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exclamation qui cl\u00f4ture cet extrait et qui est r\u00e9p\u00e9titive dans tout le texte (27 occurrences) r\u00e9v\u00e8le l\u2019investissement affectif du journaliste dans son texte. Il marque ainsi sa d\u00e9ception, sa tristesse face \u00e0 cette trag\u00e9die. L\u2019\u00e9motion redouble d\u2019ardeur lorsque le journaliste ajoute \u00e0 la premi\u00e8re une autre exclamation \u00ab\u00a0Pour rien!\u00a0\u00bb. Celle-ci revient comme un leitmotiv dans tout le texte\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre ne sert \u00e0 rien du tout!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La guerre ne sert \u00e0 rien!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00c0 quoi tout cela servira-t-il? \u00c0 rien!\u00a0\u00bb. Cette insistance permet au journaliste de sensibiliser le lectorat sur l\u2019inutilit\u00e9 de cette crise et, par ricochet, sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019y mettre un terme. Cette n\u00e9cessit\u00e9 devient imp\u00e9rative quand <em>LM<\/em> d\u00e9voile les cons\u00e9quences de cette crise sur les enfants d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019effet path\u00e9mique atteint son paroxysme lorsque <em>LM<\/em>, dans sa chronique du 29\/05\/19, nous fait vivre le quotidien des mineurs qui sont contraints de se livrer \u00e0 des pratiques peu orthodoxes pour survivre. Dans \u00ab\u00a0des dessous d\u2019une sale guerre\u00a0\u00bb, \u00c9douard Kingue s\u2019attarde sur les maux tels que le banditisme et la prostitution qui se sont accrus dans les m\u00e9tropoles du fait de la crise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le journaliste relate ainsi les d\u00e9boires de ces enfants qui s\u2019abandonnent \u00e0 la prostitution pour gagner leur pain quotidien. L\u2019\u00e2ge de ces enfants (entre 12 et 15 ans) ajoute une dose de m\u00e9lancolie \u00e0 cette narration dramatique. Le r\u00e9cit d\u2019\u00c9douard Kingu\u00e9 vise justement la sensibilit\u00e9 du lectorat en brodant sur un fait social tabou\u00a0: la prostitution.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(23) Il arrive et tr\u00e8s souvent que parmi ces exil\u00e9es sexuelles, m\u00e8res et filles travaillent ensemble; l\u2019une l\u2019autre ou partageant le m\u00eame amant occasionnel. Entre mourir d\u2019une infection au virus et mourir sous les bombes, le choix a \u00e9t\u00e9 fait depuis (<em>LM <\/em>du 29\/05\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On comprend d\u00e8s lors que la mis\u00e8re a atteint son point culminant chez ces exil\u00e9s qui sont toujours sous le joug de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s\u00a0\u00bb puisque, si on ne meurt pas de balles on risquerait plut\u00f4t mourir de faim. Voil\u00e0 comment <em>LM <\/em>d\u00e9nonce l\u2019ignominie de cette crise en mettant en alerte nos \u00e9motions. \u00c0 travers ces victimes chacun et chacune de nous peut reconna\u00eetre un proche ou une proche, un\u00b7e parent\u00b7e. <em>LM<\/em> veut ainsi cultiver chez le lectorat l\u2019esprit de solidarit\u00e9, voire d\u2019altruisme et pousser \u00e0 militer pour un retour une vie paisible entre les communaut\u00e9s du pays. Dans la m\u00eame veine,<em> LM<\/em> du 10\/07\/19 c\u00e9l\u00e8bre le courage de celui-l\u00e0 qui a sacrifi\u00e9 sa vie pour rester aupr\u00e8s des siens dans cette rude \u00e9preuve. Il s\u2019agit du <em>Chairman<\/em><a class=\"footnote\" title=\"Terme anglais qui d\u00e9signe le titre du pr\u00e9sident du parti d\u2019opposition, le Social Democratic Front (SDF).\" id=\"return-footnote-274-5\" href=\"#footnote-274-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> Ni John Fru Ndi valoris\u00e9 par ces propos\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(24) Ni John est le seul leader politique \u00e0 continuer de vivre dans la zone de guerre. Contre vents et marr\u00e9es, seul au milieu d\u2019une population orpheline dont pr\u00e8s de la moiti\u00e9 se retrouve en d\u00e9sh\u00e9rence ou en exil dans les autres r\u00e9gions du pays ou au Nig\u00e9ria voisin.\u00a0Fru Ndi est partout o\u00f9 malheur frappe, fun\u00e9railles des victimes de la guerre, visites aux bless\u00e9s dans les h\u00f4pitaux, lors des rixes entre \u00e9leveurs et cultivateurs, des probl\u00e8mes dans les chefferies [\u2026] Tout cela dans un champ de ruine et de d\u00e9solation (<em>LM<\/em> du 10\/07\/19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>LM<\/em> glorifie ce h\u00e9ros de la crise qui est devenu un symbole du patriotisme. L\u2019\u00e9motion est port\u00e9e \u00e0 son comble lorsqu\u2019on lit son d\u00e9vouement pour sa population. Les lecteurs et lectrices sont attendri\u00b7e\u00b7s par cette personnalit\u00e9 qui veille au grain et assiste les siens dans cette \u00e9preuve douloureuse. La s\u00e9rie \u00ab\u00a0fun\u00e9railles des victimes de la guerre, visites aux bless\u00e9s, lors des rixes entre \u00e9leveurs et cultivateurs, des probl\u00e8mes dans les chefferies\u00a0\u00bb marque la compassion d\u00e9bordante de cette \u00e9lite, qui est pr\u00e9sent\u00e9e par <em>LM, <\/em>comme un symbole un mod\u00e8le \u00e0 suivre, surtout pour tous. La chute de cette chronique \u00e9pidictique parach\u00e8ve cette c\u00e9l\u00e9bration\u00a0: \u00ab\u00a0Dans cette posture, tout le monde a fui l\u2019enfer sauf lui, le Chairman est devenu le dernier des Mohicans\u00a0\u00bb. Ici, on peut \u00e9tablir un parall\u00e8le entre le traitement de l\u2019information fait par les deux journaux\u00a0: l\u2019image valorisante du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique construite par <em>CT<\/em> contraste avec celle du <em>Chairman<\/em> d\u00e9peinte par <em>LM<\/em>. Ce proc\u00e9d\u00e9 r\u00e9v\u00e8le que les deux organes de presse restent apr\u00e8s tout fid\u00e8les \u00e0 leurs id\u00e9ologies incarn\u00e9es dans leurs lignes \u00e9ditoriales.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture crois\u00e9e de la construction discursive du vivre ensemble dans les quotidiens <em>CT<\/em> et <em>LM<\/em> am\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer l\u2019\u00e9criture d\u2019engagement dans la presse camerounaise. La fabrique langagi\u00e8re du vivre ensemble dans les deux quotidiens s\u2019op\u00e8re suivant diverses strat\u00e9gies divergentes, dans leur forme, mais convergentes sur l\u2019essentiel\u00a0: la n\u00e9cessit\u00e9 de faire cesser la guerre dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L\u2019\u00e9motion s\u2019invite dans ce cadre pour orienter le plus grand nombre vers le besoin de \u00ab\u00a0reconstruire\u00a0\u00bb le vivre ensemble au Cameroun. On voit ainsi se dessiner la logique symbolique qui am\u00e8ne chaque m\u00e9dia \u00e0 participer \u00e0 la construction de l\u2019opinion publique de son pays. Breton pense qu\u2019\u00ab\u00a0on associe souvent la manipulation avec les m\u00e9thodes consistant \u00e0 faire intervenir \u00e9motivement, affectivement sur la relation qui s\u2019\u00e9tablit entre ceux qui veulent convaincre et le public\u00a0\u00bb (1997, p.\u00a084). Dans ces conditions, susciter la peur ou provoquer l\u2019admiration rel\u00e8ve de ce type de manipulation.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2000.<em> L\u2019argumentation dans le discours<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benveniste, \u00c9mile. 1966. <em>Probl\u00e8mes de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em> tome 1. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Breton, Philippe. 1997. <em>La Parole manipul\u00e9e<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique. 2002. <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2006. Discours journalistique et positionnements \u00e9nonciatifs. Fronti\u00e8res et d\u00e9rives.\u00a0<em>Semen<\/em><em>,<\/em>\u00a022. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.2793\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.2793<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2011. <em>Les M\u00e9dias de l\u2019information. L\u2019impossible transparence du discours<\/em>. Bruxelles\u00a0: De boeck.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grawitz, Madeleine. 1990. <em>M\u00e9thodes des sciences sociales<\/em>. Paris\u00a0: Dalloz.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grevisse, Maurice. 1966. <em>Le bon Usage<\/em>. Bruxelles\u00a0: De Boeck-Duculot.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hausmann, Franz Josef et Blumenthal, Peter. 2006. Pr\u00e9sentation\u00a0: collocations, corpus, dictionnaires. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em><em>,<\/em> 150,\u00a03-13.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jamet, Claude et Jannet, Anne-Marie. 1999.<em> Les Strat\u00e9gies de l\u2019information<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">King, Martin Luther Junior. 1968. <em>Remaining Awake Through a Great Revolution<\/em>. Sermon prononc\u00e9 au National Cathedral, Washington D.\u00a0C. Transcription du texte en ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/kinginstitute.stanford.edu\/king-papers\/publications\/knock-midnight-inspiration-great-sermons-reverend-martin-luther-king-jr-10\">https:\/\/kinginstitute.stanford.edu\/king-papers\/publications\/knock-midnight-inspiration-great-sermons-reverend-martin-luther-king-jr-10<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koren, Roselyne. 1996.<em> Les Enjeux \u00e9thiques de l\u2019\u00e9criture de presse et la mise en mots du terrorisme<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2002. <em>Analyser les textes de communication<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moirand, Sophie. 2007. <em>Le Discours de la presse quotidienne. Observer, analyser, comprendre. <\/em>Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Njoh Kom\u00e9, Ferdinand. 2009. <em>Approche sociolinguistique des titres \u00e0 la une des journaux francophones.<\/em> Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Rennes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Plantin, Christian. 2011. <em>Les bonnes Raisons des \u00e9motions. Principes et m\u00e9thodes pour l\u2019\u00e9tude du discours \u00e9motionn\u00e9<\/em>. Berne : Peter Lang.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/anne-clotilde-kameni-wendeu\">Anne-Clotilde KAMENI WENDEU<\/a><\/strong><br \/>Enseignante-chercheuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bu\u00e9a, l\u2019autrice est titulaire d\u2019un doctorat\/PhD en sciences du langage obtenu en 2019 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Dschang. Elle s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement au positionnement id\u00e9ologico-discursif dans le discours m\u00e9diatique.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-274-1\">Texte en anglais\u00a0: \u00ab\u00a0We must all learn to live together as brothers or we will all perish together as fools\u00a0\u00bb. Sermon prononc\u00e9 par King au <em>National Cathedral (Washington D.C.), le 31 mars 1968.<\/em>\u00a0La transcription du texte original est disponible sur https:\/\/kinginstitute.stanford.edu\/king-papers\/publications\/knock-midnight-inspiration-great-sermons-reverend-martin-luther-king-jr-10 <a href=\"#return-footnote-274-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-274-2\">Les collocations sont des \u00ab\u00a0cooccurrences lexicales restreintes\u00a0\u00bb (Steinlin, 2003, p. 3), ou encore des combinaisons d\u2019unit\u00e9s lexicales fonctionnant en paire. Voir \u00e9galement Hausmann et Blumenthal (2006). <a href=\"#return-footnote-274-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-274-3\">C\u2019est l\u2019auteur qui souligne. <a href=\"#return-footnote-274-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-274-4\">Voir Maingueneau, 2000. <a href=\"#return-footnote-274-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-274-5\">Terme anglais qui d\u00e9signe le titre du pr\u00e9sident du parti d\u2019opposition, le Social Democratic Front (SDF). <a href=\"#return-footnote-274-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["anne-clotilde-kameni-wendeu"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[143],"license":[],"class_list":["post-274","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-construction","motscles-discours","motscles-ideologie","motscles-media","motscles-presse-ecrite","motscles-vivre-ensemble","keywords-construction","keywords-discourse","keywords-ideology","keywords-living-together","keywords-media","keywords-written-press","motscles-autre-gh-wene-mbi-ngwe","motscles-autre-kwatak","motscles-autre-kwatf","motscles-autre-len","motscles-autre-mb-si-ngatnsh","contributor-anne-clotilde-kameni-wendeu"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/274","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/274\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":444,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/274\/revisions\/444"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/274\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=274"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=274"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=274"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=274"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}