{"id":630,"date":"2024-11-20T12:38:59","date_gmt":"2024-11-20T11:38:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=630"},"modified":"2024-12-31T15:12:21","modified_gmt":"2024-12-31T14:12:21","slug":"kaladzavi2024","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/kaladzavi2024\/","title":{"rendered":"\u00ab Boko Haram : agir ou mourir \u00bb. Port\u00e9es argumentatives des titres de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur les attaques terroristes dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours de presse, comme tout autre discours social, permet de mettre au jour la circulation des imaginaires autour des \u00e9v\u00e8nements sociaux. Elle se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement productive dans la qu\u00eate des significations devant les questions qui traversent la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce sens, elle aide surtout \u00e0 mettre en lumi\u00e8re comment le sens (social) se construit \u00e0 partir des choix conscients ou non qu\u2019op\u00e8re le sujet langagier. De ce fait, le discours m\u00e9diatique se caract\u00e9rise par un ancrage v\u00e9ritable dans le d\u00e9bat social de sorte qu\u2019il participe \u00e0 la construction des m\u00e9moires (Njoya Kouotou, 2022). Il laisse observer comment, \u00e0 partir des formules langagi\u00e8res, certaines repr\u00e9sentations se ploient et se d\u00e9ploient dans une sph\u00e8re sociale particuli\u00e8re. Pour cela, il fait \u00ab\u00a0comprendre le monde et invite \u00e0 faire r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 son propos\u00a0\u00bb (Burger, 2006, p.\u00a0202). Cette port\u00e9e du discours des m\u00e9dias l\u00e9gitime non seulement la pratique de l\u2019information, mais \u00ab\u00a0alimente [donc] des corpus d\u2019\u00e9tudes vou\u00e9s \u00e0 l\u2019analyse\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0structures signifiantes\u00a0\u00bb (Ringoot, 2014, p.\u00a016).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans ce contexte \u00e9pist\u00e9mologique qu\u2019il nous a sembl\u00e9 pertinent de nous int\u00e9resser \u00e0 la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel <\/em>sur la crise terroriste de Boko Haram (d\u00e9sormais BH) dont les attaques perdurent dans l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. L\u2019objectif vis\u00e9 est de mettre au jour le fonctionnement discursif des titres journalistiques dans un contexte de lutte contre l\u2019extr\u00e9misme violent. Il nous faudra nous int\u00e9resser particuli\u00e8rement aux \u00ab\u00a0modes d\u2019organisation du discours\u00a0\u00bb en tant que \u00ab\u00a0proc\u00e9d\u00e9s de mise en sc\u00e8ne de l\u2019acte de communication\u00a0\u00bb pour atteindre certaines finalit\u00e9s (Charaudeau et Mainguenau, 2002, p.\u00a0386). Cela est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire, \u00e0 notre sens, quand on sait que le titre, dans sa fonction pragmatique, \u00ab\u00a0met en \u0153uvre plusieurs op\u00e9rations susceptibles de provoquer chez les lecteurs diff\u00e9rents types d\u2019inf\u00e9rences ou d\u2019effets\u00a0\u00bb (Wander Emediato, 2011, paragr. 43). Concr\u00e8tement, il nous revient de d\u00e9crire la configuration linguistique et discursive des titres de <em>L\u2019\u0152il du sahel<\/em> sur BH, et d\u2019analyser leur composante argumentative en vue de d\u00e9gager la port\u00e9e id\u00e9ologique du discours, c\u2019est-\u00e0-dire les significations et valeurs contextuelles qu\u2019ils charrient. Le corpus d\u2019\u00e9tude prend en compte vingt-deux num\u00e9ros du journal <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, parus entre 2018 et 2024, p\u00e9riode au cours de laquelle l\u2019on aura observ\u00e9 un regain d\u2019activit\u00e9s terroristes \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord[footnote]Dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Cameroun. \u00c9v\u00e8nements de 2019\u00a0\u00bb publi\u00e9 sur son site, <em>Human Rights Watch<\/em> note que les attaques de BH s\u2019intensifient dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Voir https:\/\/www.hrw.org\/fr\/world-report\/2021\/country-chapters\/cameroon[2] Selon les crit\u00e8res \u00e9tablis par Prost, le corpus devrait remplir les conditions suivantes\u00a0: \u00eatre contrastif, \u00eatre diachronique et \u00eatre constitu\u00e9 de textes \u00e9manant de locuteurs collectifs, de textes significatifs (Prost, cit\u00e9 par Deleplace, 1996, p. 313).[3] N\u2019ayant pas adopt\u00e9 une perspective lexicom\u00e9trique dans ce texte, les statistiques d\u2019apparition de ce lex\u00e8me dans le corpus n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es. Dans cet article, je tiens beaucoup plus \u00e0 la valeur contextuelle d\u2019une unit\u00e9 linguistique qu\u2019\u00e0 sa fr\u00e9quence dans le corpus.[4] \u00c0 ce sujet, l\u2019on peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019enqu\u00eate journalistique men\u00e9e et publi\u00e9e par <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> dans son \u00e9dition du 19 novembre 2019, n\u00b0 1298. Celle-ci r\u00e9v\u00e8le que \u00ab\u00a0chars, lance-roquettes, blind\u00e9s et autres mat\u00e9riels d\u00e9ploy\u00e9s autrefois pour combattre Boko Haram disparaissent peu \u00e0 peu de la vue des populations. Pour l\u2019arm\u00e9e, la raison en est simple : le groupe terroriste est militairement d\u00e9fait\u00a0\u00bb.[5] Nous signalons que la focalisation en tant que proc\u00e9d\u00e9 linguistique n\u2019est pas \u00e9voqu\u00e9e comme argument dans cet article. Le terme est beaucoup plus utilis\u00e9 pour indiquer l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine emphase dans le discours.[6] De nombreuses enqu\u00eates journalistiques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la suppression de plusieurs dispositifs s\u00e9curitaires dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. C\u2019est le cas de la 4e R\u00e9gion militaire interarmes (RMIA 4) pilot\u00e9e par des militaires constitu\u00e9s du 42e Bataillon d\u2019infanterie motoris\u00e9e (BIM) de Mora et de ceux de l'op\u00e9ration \u00e9mergence, bas\u00e9e \u00e0 Goumbouldi et supprim\u00e9e le 2 novembre 2019. Voir <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, n\u00b0 1291 du mercredi 13 novembre 2019.[\/footnote]. Le choix des num\u00e9ros s\u2019est op\u00e9r\u00e9 selon leur caract\u00e8re significatif relativement au th\u00e8me du terrorisme<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Un acc\u00e8s pr\u00e9alable aux archives du journal par les responsables nous a permis de recueillir les num\u00e9ros retenus dans le cadre d\u2019\u00e9tude. Notre travail s\u2019articule autour de trois principaux axes\u00a0: une premi\u00e8re partie sur le cadre th\u00e9orique o\u00f9 nous d\u00e9clinons le postulat de l\u2019argumentativit\u00e9 du discours d\u2019information m\u00e9diatique, une deuxi\u00e8me partie consacr\u00e9e aux analyses et interpr\u00e9tations qui mettent l\u2019accent sur les port\u00e9es argumentatives des titres en contexte de lutte contre BH, et \u00e0 partir desquelles nous essayerons de d\u00e9gager une posture \u00e9ditoriale de l\u2019organe de presse, en troisi\u00e8me point.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">De l\u2019argumentativit\u00e9 du discours d\u2019information m\u00e9diatique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre \u00e9tude s\u2019inscrit, pour l\u2019essentiel, dans le cadre de la probl\u00e9matique de l\u2019argumentation dans le discours d\u2019information m\u00e9diatique, d\u00e9velopp\u00e9e par Charaudeau. Dans <em>Le discours d\u2019information m\u00e9diatique. L\u2019impossible transparence du discours<\/em> (2011), celui-ci postule une th\u00e9orie du discours m\u00e9diatique qui montre que ce dernier est travers\u00e9 par de multiples enjeux et ne vise pas que la fonction informative. Consid\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0comme le produit d\u2019un processus complexe de transformation des faits sociaux en discours, en \u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb (Wander Emediato, 2011, en ligne), le discours m\u00e9diatique rel\u00e8ve davantage d\u2019une construction, \u00ab\u00a0d\u2019une pure \u00e9nonciation\u00a0\u00bb qu\u2019une fid\u00e8le reproduction des \u00e9v\u00e8nements. De ce fait, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan discursif, se cache des enjeux particuli\u00e8rement int\u00e9ressants. Dans une perspective argumentative, l\u2019on se pr\u00e9occupe \u00ab\u00a0d\u2019analyser sous toutes ses faces le fonctionnement de la communication humaine comme ph\u00e9nom\u00e8ne langagier, cognitif et sociopolitique\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a05). Pour ce faire, il ne s\u2019agit pas seulement de relever les proc\u00e9d\u00e9s argumentatifs, mais davantage de scruter les imaginaires sociodiscursifs qui sous-tendent leur mise en discours. Aussi la port\u00e9e argumentative de ce type de discours s\u2019entend-il ici comme \u00e0 la fois leur valeur interpr\u00e9tative et les implications s\u00e9mantiques qui s\u2019en d\u00e9gagent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette grille de lecture est ainsi appliqu\u00e9e aux titres journalistiques dans cette \u00e9tude. Le titre, cette \u00ab\u00a0frange de texte, toujours porteuse d\u2019un commentaire auctorial ou plus ou moins l\u00e9gitim\u00e9e par l\u2019auteur, constitue, entre texte et hors texte, une zone non seulement de transition mais de transaction\u00a0\u00bb (Genette, 1987, p.\u00a08). Comme le discours d\u2019information m\u00e9diatique en g\u00e9n\u00e9ral, les titres constituent ces \u00e9l\u00e9ments textuels qui sont travers\u00e9s par une \u00ab\u00a0dimension argumentative\u00a0\u00bb (Amossy, 2012). Selon Weinrich, pr\u00e9cise Tahar (2012, p.\u00a031), les titres ont le pouvoir de s\u00e9duire et de faire acheter et lire les livres ou les journaux. Concr\u00e8tement, les titres ne renseignent pas seulement sur la port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un texte, mais ils donnent une certaine orientation \u00e0 la r\u00e9ception dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0ils sont dot\u00e9s de la plus grande pertinence communicative\u00a0\u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1986, p.\u00a022).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le contexte de la guerre contre BH \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, les titres \u00e0 la une du journal <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sont r\u00e9v\u00e9lateurs ou porteurs d\u2019enjeux en lien avec la question de la lutte contre le terrorisme. Ainsi, il se cr\u00e9e un lien tr\u00e8s \u00e9troit entre le titre et la port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du texte, comme le souligne Bavekoumbou.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le titre se d\u00e9ploie dans l\u2019\u0153uvre par la manifestation de ses traits s\u00e9mantiques. Cette manifestation se fait par des signes de corr\u00e9lation qui sont des fonds paradigmatiques tels que des interpr\u00e9tants socioculturels. Et par des signes de relation qui sont des formes syntagmatiques. Une telle structuration de plans entre corr\u00e9lation d\u2019ordre paradigmatique est en rapport avec le passage du titre \u00e0 l\u2019\u0153uvre et de l\u2019\u0153uvre au titre (Bavekoumbou, 2016, p.\u00a034).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les titres retenus dans cette \u00e9tude sont analys\u00e9s suivant les approches analytique et int\u00e9grative d\u2019analyse du discours. L\u2019approche dite analytique consiste \u00ab\u00a0\u00e0 dire que le discours cache des man\u0153uvres que seule l\u2019analyse peut d\u00e9voiler\u00a0\u00bb (Henda Dhaouadi, 2007, p.\u00a031). Cette approche nous permettra donc de relever des indices (noms, verbes, adjectifs, syntaxe, etc.) sur lesquels repose la dimension argumentative. L\u2019analyse de ce mat\u00e9riau linguistique nous obligera de faire appel \u00e0 la m\u00e9thode int\u00e9grative qui \u00ab\u00a0pose comme hypoth\u00e8se que l\u2019analyse discursive est abordable dans la mise en relation du discours lui-m\u00eame avec d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments qui participent \u00e0 lui donner son sens\u00a0\u00bb (Henda Dhaouadi, 2007, p.\u00a032). En d\u2019autres termes, le contexte est un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte pour d\u00e9gager la signifiance et les implications du discours. L\u2019argumentation, comme mentionn\u00e9 <em>supra<\/em>, rel\u00e8ve d\u2019une \u00e9tude critique du langage. En effet, l\u2019objectif des \u00e9tudes sur l\u2019argumentation est \u00ab\u00a0de d\u00e9crire la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9changes verbaux qui construisent les relations intersubjectives et la r\u00e9alit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a05). De ce fait, il faut comprendre que le langage en situation de communication charrie plusieurs enjeux psychosociaux, port\u00e9s par la mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re. Dans cette perspective, l\u2019id\u00e9e d\u2019une argumentation dans la langue d\u00e9fendue par Anscombre et Ducrot (1997) reconnait \u00e0 la langue en usage une orientation argumentative. Cette orientation th\u00e9orique est appliqu\u00e9e au discours de titrologie sur la violence terroriste afin d\u2019essayer de mettre en lumi\u00e8re la port\u00e9e argumentative en contexte de lutte contre le terrorisme. De ce point de vue, trois types de mouvements argumentatifs peuvent \u00eatre d\u00e9gag\u00e9s \u00e0 partir de la composante linguistique. Nous nous int\u00e9ressons aux strat\u00e9gies de positionnement, \u00e0 la probl\u00e9matisation et \u00e0 la rh\u00e9torique des indications chiffr\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La port\u00e9e argumentative des titres sur BH dans <em>L\u2019\u0152il du Sahel <\/em><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour analyser la port\u00e9e argumentative des titres de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> relativement \u00e0 BH, nous nous int\u00e9ressons aux principales ressources mobilis\u00e9es qui entendent construire la vis\u00e9e interpellative du discours\u00a0: les strat\u00e9gies de positionnement, la probl\u00e9matisation et les indications chiffr\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les strat\u00e9gies de positionnement\u00a0: d\u00e9nonciation des attaques terroristes<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En raison du choix que l\u2019\u00e9nonciateur ou l\u2019\u00e9nonciatrice op\u00e8re dans le syst\u00e8me linguistique pour mettre en discours le message, il est possible de d\u00e9celer sa position, mieux, percevoir s\u2019il ou elle est pour ou contre en ce qui concerne l\u2019objet du discours. De ce fait, l\u2019organisation lexico-s\u00e9mantique repose sur les formes lexicales, et surtout les significations qu\u2019elles d\u00e9gagent dans leur contexte de production. C\u2019est tout l\u2019enjeu du positionnement. Dans la s\u00e9miotisation de la violence terroriste sur les couvertures de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, les titres r\u00e9v\u00e8lent un contenu id\u00e9ologique en contexte de lutte contre BH. On peut l\u2019observer \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan discursif, comme en t\u00e9moignent les titres suivants\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(1) Boko Haram\u00a0: agir ou mourir (n\u00b01328 du 17\/02\/2020);<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(2) Boko Haram \u00e9gorge cinq paysans \u00e0 Tolokomari (n\u00b0 1302 du 09\/12\/ 2019);<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(3) Boko Haram\u00a0: vigilance et remobilisation (n\u00b0 1539 28\/07\/2021).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En consid\u00e9rant ces titres de par leur configuration lexicale, une certaine posture \u00e9nonciative peut se lire sur BH. Les lexies employ\u00e9es sont r\u00e9v\u00e9latrices du positionnement de l\u2019\u00e9nonciateur ou de l\u2019\u00e9nonciatrice. Pour ce qui est du titre (1), les verbes \u00ab\u00a0agir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb sont les maitres-mots de cette s\u00e9quence et entendent traduire toute la port\u00e9e du message que l\u2019instance journalistique veut v\u00e9hiculer au sujet de \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb qui constitue le cadre ou le th\u00e8me, puisque selon la structure syntaxique, les deux points ont une fonction explicative; les deux items verbaux plac\u00e9s apr\u00e8s explicitent le segment plac\u00e9 apr\u00e8s ce signe. D\u2019un point de vue th\u00e9matique, il y a une corr\u00e9lation qui est \u00e9tablie entre le segment \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb et le segment \u00ab\u00a0agir ou mourir\u00a0\u00bb. La conjonction \u00ab\u00a0ou\u00a0\u00bb indique une alternative. En effet, elle invite \u00e0 faire un choix\u00a0: soit on agit, soit on meurt. En choisissant d\u2019agir, on \u00e9vite de mourir. D\u2019un point de vue \u00e9nonciatif, il s\u2019observe une modalit\u00e9 assertive. Elle correspond \u00e0 la modalit\u00e9 de type 1 dans la terminologie de la Th\u00e9orie des op\u00e9rations pr\u00e9dicative et \u00e9nonciative (Chuquet et Paillard, 2017). Pr\u00e9cisons d\u2019abord que la modalit\u00e9 y est d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0une prise de position de l\u2019\u00e9nonciateur sur le contenu de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb (Chuquet et Paillard, 2017, p.\u00a0109). Ainsi, la modalit\u00e9 participe \u00e0 la formulation d\u2019un positionnement discursif. \u00c0 partir des lex\u00e8mes composant ce titre, le discours m\u00e9diatique prend la forme d\u2019une communication d\u2019urgence qui fait le point sur les diff\u00e9rentes responsabilit\u00e9s \u00e0 engager. Cette urgence est traduite non seulement par la concision du titre, mais aussi par l\u2019emploi des verbes d\u2019action qui expriment le devoir ou la n\u00e9cessite de d\u00e9ploiement et d\u2019intervention.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression de l\u2019urgence est renforc\u00e9e par le s\u00e9mantisme du verbe \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb qui met davantage d\u2019accent sur les cons\u00e9quences funestes; il s\u2019agit donc d\u2019en appeler \u00e0 la sensibilit\u00e9 du lecteur ou de la lectrice et des pouvoirs publics. Ce verbe met en relief la souffrance tragique des populations de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Il est tout \u00e0 fait \u00e9vident que si l\u2019\u00c9tat n\u2019y d\u00e9ploie pas d\u2019importants moyens s\u00e9curitaires, les cas de mort n\u2019iront que grandissant. Dans ce sens, l\u2019emploi du verbe \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb s\u2019inscrit dans le registre de l\u2019\u00e9motion en mettant en exergue la situation tragique que vit la population et renforce la position d\u00e9nonciatrice du discours. Cette expression de l\u2019urgence par le registre du pathos est aussi celle qui est traduite dans le deuxi\u00e8me exemple, \u00e0 travers la lexie \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le titre (2) est une affirmation. Partant de sa construction linguistique, il se laisse percevoir une volont\u00e9 pour l\u2019\u00e9nonciateur de satisfaire une intention de communication, une vis\u00e9e communicationnelle \u00e0 travers cette assertion qui, pour le journaliste est certaine. En effet, les constituants de ce titre sont\u00a0: \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb, substantif collectif, sujet du verbe \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb, suivi de son compl\u00e9ment \u00ab\u00a0cinq paysans \u00e0 Tolokomari\u00a0\u00bb. Cette construction met en exergue l\u2019intention de d\u00e9noncer les man\u0153uvres terroristes. En r\u00e9alit\u00e9, le rendu d\u2019un tel titre, sur le plan argumentatif, r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 influencer les repr\u00e9sentations au sujet de cette guerre. On peut comprendre que BH continue de semer la terreur. Cette terreur est justifi\u00e9e par l\u2019emploi du verbe \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb dont le poids, sur le plan argumentatif, repose sur l\u2019analogie. Si dans l\u2019usage courant, il caract\u00e9rise le s\u00e8me \u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb, dans ce titre, il d\u00e9signe le s\u00e8me \u00ab\u00a0humain\u00a0\u00bb. Il faut donc souligner une antinomie des valeurs qui met en exergue le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat accord\u00e9e \u00e0 la vie humaine et la barbarie terroriste. Ainsi, ce lex\u00e8me est au service d\u2019une intention de communication. Charaudeau (1992, p.\u00a0633) pense que cette intention de communication fait davantage \u00e9cho aux \u00ab\u00a0cat\u00e9gories de la langue du point de vue du sens et de la mani\u00e8re dont elles sont mises en \u0153uvre par le locuteur pour construire un acte de communication\u00a0\u00bb. Il faut souligner que cette forme lexicale \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb avec ses diff\u00e9rentes variantes, fait l\u2019objet d\u2019un usage abondant<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> dans la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel <\/em>sur BH; ce qui renforcerait la dimension path\u00e9mique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne l\u2019exemple (3), l\u2019\u00e9nonc\u00e9 appelle \u00e0 la \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb et \u00e0 la \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb. Ces deux items lexicaux permettent de mettre en \u00e9vidence la vis\u00e9e derri\u00e8re la strat\u00e9gie scripturale. \u00c0 partir de ces deux substantifs, le positionnement est \u00e9vident\u00a0: appel au maintien de la veille contre BH. Ce point de vue se justifie par les pr\u00e9suppos\u00e9s qui se d\u00e9gagent. En effet, \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb rappellerait la veille s\u00e9curitaire qui aurait baiss\u00e9 et \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb sous-tend qu\u2019il y a eu d\u00e9mobilisation. De plus, les deux lexies sont reli\u00e9es par le coordonnant \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb. Il faut rappeler que cette conjonction de coordination met ensemble g\u00e9n\u00e9ralement deux mots ou des constructions ayant certaines propri\u00e9t\u00e9s similaires. Ainsi, le titre apparait comme une suggestion qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prise en compte au regard des assauts terroristes presque quotidiens. Il pointe aussi du doigt le rel\u00e2chement du dispositif s\u00e9curitaire qui aurait conduit \u00e0 la perte de la \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb et \u00e0 la d\u00e9mobilisation. En outre, en appelant \u00e0 la vigilance, le discours invite \u00e0 un meilleur encadrement des comit\u00e9s de vigilance dont le r\u00f4le est, selon Aicha Pemboura (2021) essentiel dans la lutte contre BH. Ainsi, \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb apparaissent comme des items rattach\u00e9s aux imaginaires sociaux.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019imaginaire est un mode d\u2019appr\u00e9hension du monde qui na\u00eet dans la m\u00e9canique des repr\u00e9sentations sociales, laquelle [\u2026] construit de la signi\ufb01cation sur les objets du monde, les ph\u00e9nom\u00e8nes qui s\u2019y produisent, les \u00eatres humains et leurs comportements, transformant la r\u00e9alit\u00e9 en r\u00e9el signifiant (Charaudeau, 2007, section \u00ab Les imaginaires socio-discursifs \u00bb)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">que l\u2019organe de presse met en avant et justifient des actions \u00e0 mener, d\u2019autant plus en contexte de conqu\u00eate de la paix.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La probl\u00e9matisation\u00a0: la question de la recrudescence de Boko Haram<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa description des conditions de mise en sc\u00e8ne discursive de l\u2019acte argumentatif, Charaudeau (2008) indique que le sujet argumentant est conduit \u00e0 r\u00e9aliser une triple activit\u00e9 discursive qu\u2019il formule \u00e0 travers la s\u00e9rie de verbes \u00ab\u00a0probl\u00e9matiser\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0se positionner\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0prouver\u00a0\u00bb. La premi\u00e8re activit\u00e9 est d\u00e9finie comme suit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Probl\u00e9matiser est une activit\u00e9 discursive qui consiste \u00e0 proposer \u00e0 quelqu\u2019un, non seulement ce dont il est question, mais aussi ce qu\u2019il faut en penser\u00a0: d\u2019une part, faire savoir \u00e0 l\u2019interlocuteur (ou \u00e0 l\u2019auditoire) de quoi il s\u2019agit, c\u2019est-\u00e0-dire quel domaine th\u00e9matique on lui propose de prendre en consid\u00e9ration; d\u2019autre part, lui dire quelle est la question qui se pose \u00e0 son propos (Charaudeau, 2008, paragr. 19).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u2019autres termes, il est question, \u00e0 travers ce proc\u00e9d\u00e9, de proposer au lectorat un aspect nouveau du r\u00e9el afin de l\u2019amener \u00e0 s\u2019interroger ou \u00e0 mettre en doute son opinion pr\u00e9alable sur un fait social. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019observe dans les titres sur la violence terroriste BH dans <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> o\u00f9 le journaliste cherche \u00e0 attirer l\u2019attention sur la question du regain d\u2019attaques terroristes, qui contraste avec l\u2019id\u00e9e que BH serait une guerre oubli\u00e9e, donc termin\u00e9e. Les exemples ci-apr\u00e8s illustrent cette lecture\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(4) Boko Haram\u2026 la menace persiste (n\u00b0 1707 du 28\/09\/2022);<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(5) Boko Haram revient en force dans l\u2019Extr\u00eame-Nord (n\u00b0 1584 du 12\/10\/2021);<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(6) Boko Haram, l\u2019autre guerre (n\u00b01298 du 29\/11\/2019).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les diff\u00e9rents titres qui pr\u00e9c\u00e8dent traduisent le regain d\u2019activit\u00e9s terroristes dans la r\u00e9gion. Dans l\u2019exemple (4), l\u2019\u00e9nonciateur probl\u00e9matise la recrudescence des incursions terroristes par une strat\u00e9gie de cadrage par d\u00e9signation verbale. En effet, le verbe \u00ab\u00a0persiste\u00a0\u00bb, caract\u00e9risant la menace terroriste r\u00e9v\u00e8le que BH n\u2019est pas fini, qu\u2019il vit et continue de semer la terreur dans cette partie du pays. L\u2019enjeu du titre est donc de probl\u00e9matiser une opinion qui circule dans l\u2019espace public, et m\u00eame traduite sur le terrain de combat<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Il est remis ainsi en cause la fin de BH, et le journal essaie de prouver que ce dernier est bel et bien viable. C\u2019est la m\u00eame observation dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (5), o\u00f9 le verbe \u00ab\u00a0revient\u00a0\u00bb compl\u00e9t\u00e9 par la locution \u00ab\u00a0en force\u00a0\u00bb, fait comprendre que la secte islamiste BH renait de ses cendres de la fa\u00e7on la plus vive. Par le s\u00e9mantisme de ce verbe, l\u2019on d\u00e9duit par pr\u00e9supposition que la situation se serait certes apais\u00e9e pendant un moment, une p\u00e9riode qui lui a permis de mieux aff\u00fbter ses armes pour des attaques plus violentes. Mais aujourd\u2019hui, du moins au moment de l\u2019\u00e9nonciation, BH reprend ses man\u0153uvres tout en dictant ses lois. Ainsi par ces choix lexicaux, l\u2019\u00e9nonciateur tente de l\u00e9gitimer l\u2019alerte sur le regain de BH par rapport \u00e0 toute politique du d\u00e9ni.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, la lecture minutieuse de ces titres permet d\u2019aboutir \u00e0 une dynamique s\u00e9curitaire bipartite. On appellera<span style=\"font-size: 1em\">\u00a0situations S1 et S2 les deux \u00e9tats qui caract\u00e9risent la crise s\u00e9curitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Elles trouvent leur mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re dans les titres journalistiques pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9s. En effet, aussi bien dans \u00ab la menace persiste \u00bb que dans \u00ab Boko Haram revient \u00bb, il y a l\u2019id\u00e9e d\u2019un mouvement dans le changement d\u2019\u00e9tat indiqu\u00e9 par les proc\u00e8s \u00ab persiste \u00bb et \u00ab revient \u00bb. Concr\u00e8tement, on peut se repr\u00e9senter un \u00e9tat initial S1 (s\u00e9curit\u00e9 avant l\u2019av\u00e8nement de BH) qui est transform\u00e9 par la suite dans l\u2019\u00e9tat S2 (ins\u00e9curit\u00e9 avec l\u2019arriv\u00e9e de BH). Du fait de l\u2019accalmie, en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, il y a un retour \u00e0 l\u2019\u00e9tat initial S1 sans vraiment que cela soit le cas, puisqu\u2019il y a regain d\u2019attaques terroristes. En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 chaque fois qu'on revient \u00e0 un \u00e9tat d'accalmie S1, ce sont les nouvelles attaques qui font qu\u2019on passe \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019\u00e9tat S2. L\u2019instabilit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par les nouvelles attaques fait qu\u2019on oscille entre S1 et S2.<\/span><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En bref, la mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re d\u00e9ploy\u00e9e en premi\u00e8re page de journal renseigne grandement sur ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre fait en ce qui concerne la recherche des causes profondes et des solutions du probl\u00e8me. \u00c0 cet effet, \u00e9noncer que BH \u00ab\u00a0persiste\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0revient en force\u00a0\u00bb, c\u2019est\u00a0le signe de la vitalit\u00e9 d\u2019un mouvement que l\u2019on croyait \u00e0 l\u2019agonie, mais aussi l\u2019indicateur d\u2019une forte pr\u00e9sence de la n\u00e9buleuse sur le territoire camerounais. Finalement, la vis\u00e9e de la communication m\u00e9diatique sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne est l\u2019appel \u00e0 un maintien de veille dans la guerre contre BH. L\u2019instance m\u00e9diatique tire la sonnette d\u2019alarme afin de remobiliser et revenir au front contre un mouvement extr\u00e9miste caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00ab\u00a0illusion identitaire accord\u00e9e \u00e0 une conjoncture locale et globale\u00a0\u00bb Alawadi Zelao (2017, p.\u00a022).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La rh\u00e9torique des indications chiffr\u00e9es\u00a0: une mise en sc\u00e8ne emphatique \u00e0 vis\u00e9e persuasive<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit des chiffres, loin d\u2019\u00eatre un fait simplement informatif, constitue, dans le discours d\u2019information, un \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement saillant qui joue un r\u00f4le central dans la mise en intrigue\u00a0\u00bb (Koren, 2009, p.\u00a066). C\u2019est dire que les indications chiffr\u00e9es qui accompagnent la mise en information r\u00e9pondent \u00e0 une vis\u00e9e argumentative et pragmatique. Dans la mise en discours des attaques terroristes de BH, les donn\u00e9es chiffr\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent des ressorts argumentatifs auxquels le ou la journaliste a recours pour rendre la violence terroriste sensible. Mettant en \u00e9vidence chaque fois le bilan apr\u00e8s le passage des terroristes, les indications chiffr\u00e9es, en raison de leur position dans la titraille, mettent en relief soit les victimes, pour susciter de l\u2019empathie, soit la \u00ab\u00a0figure de l\u2019ennemi\u00a0\u00bb (Charaudeau, 2011) pour culpabiliser davantage le terroriste.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La mise en sc\u00e8ne emphatique de la victime<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue syntaxique, les bilans d\u2019attaques terroristes, c\u2019est-\u00e0-dire les victimes, apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement en t\u00eate de phrase. En r\u00e9alit\u00e9, ils sont des \u00ab\u00a0constituants imm\u00e9diats du titre\u00a0\u00bb (Dubois <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2002, p.\u00a0482) au sujet desquels l\u2019\u00e9nonciateur apporte un commentaire. Ce proc\u00e9d\u00e9 apparait comme une mise en sc\u00e8ne emphatique des victimes dans le but d\u2019influencer \u00e9motionnellement les repr\u00e9sentations du lectorat au sujet de la violence extr\u00e9miste \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun d\u00e8s le contact avec l\u2019information sur cet \u00e9v\u00e9nement. Il est tr\u00e8s abondant dans la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur BH. Nous pr\u00e9sentons ci-dessous quelques titres journalistiques illustratifs mettant en exergue le th\u00e9matisation de la victime.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. Quelques titres mettant en exergue la th\u00e9matisation de la victime<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 468px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\"><strong>N\u00b0<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\"><strong>Titres <\/strong><\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences <\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">1<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Koza. 03 personnes tu\u00e9es par Boko Haram \u00e0 Marba-Moutsikar<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b01560 du 17\/09\/2021<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">2<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava\/Mayo-Tsanaga. 05 personnes abattues par Boko Haram<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1287 du 02\/04\/2019<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">3<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava. 17 personnes enlev\u00e9es par Boko Haram \u00e0 Mberch\u00e9<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1301 du 06\/12\/2019<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">4<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Kolofata. Huit personnes enlev\u00e9es par Boko Haram \u00e0 Bourv\u00e9r\u00e9<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1260 du 02\/09\/ 2019<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">5<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Terrorisme. 37 morts dans l\u2019attaque de Darak par Boko Haram<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1226 du 12\/06\/ 2019<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">6<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Malmouri-Gouzoudou. 05 personnes \u00e9gorg\u00e9es par Boko Haram<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1102 du 27\/07 2018<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">7<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Lac Tchad. Une cinquantaine de p\u00eacheurs \u00e9gorg\u00e9s par Boko Haram<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1310 du 03\/01\/2020<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">8<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Extr\u00eame-Nord. 68 \u00e9coles primaires toujours ferm\u00e9es \u00e0 cause de Boko Haram<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1418 du 25\/09\/2020<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">9<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava. Sept morts dans trois attaques de Boko Haram<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1300 du 06\/12\/2019<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">10<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava. 06 morts dans une attaque de Boko Haram<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1127 du 28\/09\/2018<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 24.5881px\">11<\/td>\r\n<td style=\"width: 292.145px\">Extr\u00eame-Nord. 167 civils tu\u00e9s par Boko Haram en 2023<\/td>\r\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1907 du 19\/02\/2024<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces diff\u00e9rents titres, l\u2019\u00e9vocation des bilans chiffr\u00e9s en premier lieu apparait davantage comme une strat\u00e9gie persuasive. En effet, par ces donn\u00e9es, il est question de toucher les lecteur\u00b7trices afin que ces personnes prennent une part active \u00e0 la douleur des victimes et de cr\u00e9er ainsi une communaut\u00e9 compatissante. Le sens commun consid\u00e8re les bilans comme une simple source de technique d\u2019information. Pourtant, la lecture attentive de ces \u00e9nonc\u00e9s r\u00e9v\u00e8le qu\u2019ils remplissent \u00e0 la fois des fonctions informatives, mais surtout argumentatives. Ayant la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre laconiques, ils permettent en r\u00e9alit\u00e9 de mettre en \u00e9vidence des contenus qui puissent frapper l\u2019imaginaire des lecteur\u00b7trices. Les bilans disent l\u2019essentiel de l\u2019information dans le but d\u2019accrocher l\u2019attention d\u2019une part, mais surtout d\u2019influencer les repr\u00e9sentations de l\u2019autre. En effet, ces titres concis et pr\u00e9cis sont tels qu\u2019ils donnent toujours l\u2019\u00e9tat des lieux du passage des terroristes dans une localit\u00e9. Les adjectifs num\u00e9raux cardinaux d\u00e9nombrant les victimes jouent un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans le fonctionnement discursif de ces titres; cela montre la dangerosit\u00e9 de BH.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les exemples 1, 2, 3, 4 et 6 ont la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre construits sur une structure syntaxique identique. Le discours est organis\u00e9 en deux temps. Le premier correspond \u00e0 un groupe nominal qui circonscrit l\u2019espace-temps\u00a0: \u00ab\u00a0Koza\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mayo-Sava\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Kolofata\u00a0\u00bb, etc. Ces circonstants d\u00e9finissent un cadre spatial en rapport avec les \u00e9v\u00e8nements que l\u2019on pr\u00e9sente. Le second temps met en avant des \u00e9nonc\u00e9s qui \u00e9voquent effectivement les victimes, et sp\u00e9cifiquement leur nombre. L\u2019op\u00e9ration \u00e9nonciative enclench\u00e9e par ces \u00e9nonc\u00e9s est la passivation, cette forme de pr\u00e9dication participe de l\u2019orientation de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 dans la mesure o\u00f9 elle met en \u00e9vidence le Patient (victime) et l\u2019Agent (BH). Dans ce cas pr\u00e9cis, la mise en relation porte comme terme de d\u00e9part ou premier argument le terme but. Ce que l\u2019on sch\u00e9matise comme suit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>terme but = \u00ab\u00a003 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\r\n \t<li>terme but = \u00ab\u00a005 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\r\n \t<li>terme but = \u00ab\u00a017 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\r\n \t<li>terme but = \u00ab\u00a0Huit personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\r\n \t<li>terme but = \u00ab\u00a037 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\r\n \t<li>terme but = \u00ab\u00a005 personnes\u00a0\u00bb.<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On remarque que dans tous ces \u00e9nonc\u00e9s, c\u2019est le terme but qui est instanci\u00e9 en d\u00e9but. Les proc\u00e8s mettent en relation l\u2019Agent et le Patient, repr\u00e9sent\u00e9s respectivement par \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0X personnes\u00a0\u00bb. Ce sont les m\u00eames instances qui apparaissent dans les proc\u00e8s \u00ab\u00a0tu\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0abattues\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0enlev\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0morts\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9gorg\u00e9s\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 de la composante syntaxique, les indications chiffr\u00e9es dans ces exemples jouent \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat \u00e0 connaitre pour agir efficacement sur les esprits\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a0209) et visent \u00e0 \u00ab\u00a0choquer le sentiment moral\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a0225) en ce qu\u2019ils mettent en avant la barbarie terroriste sur les \u00eatres humains. Au fait, il est question, pour <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, de poser sur la table une certaine urgence traduisant le massacre des populations. En clair, il est question pour cette presse de toucher \u00e0 la sensibilit\u00e9 du lectorat et de le pousser \u00e0 des actions interventionnistes. De ce fait, le discours remplit une \u00ab\u00a0fonction d\u2019appel ou d\u2019alerte\u00a0\u00bb, en tant qu\u2019\u00ab\u00a0expression de la volont\u00e9 de l\u2019\u00e9metteur de faire adopter par le r\u00e9cepteur une opinion ou un comportement\u00a0\u00bb (Nahon-Raimondez, 2006, p.\u00a043). C\u2019est dans cette mesure que le titre 12 d\u00e9nombre toutes les victimes de BH durant l\u2019ann\u00e9e 2023 pour pr\u00e9senter un bilan catastrophique. Le nombre total de ces victimes au bout d\u2019une ann\u00e9e, qui est 169 personnes, est important, ce qui justifie l\u2019urgence d\u2019agir.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La focalisation sur la figure de BH<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En dehors de la mise en sc\u00e8ne emphatique des victimes que d\u00e9gage la configuration de la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur BH, une autre tendance, dans une vis\u00e9e persuasive, consiste en la focalisation sur la figure de l\u2019ennemi. Si dans la th\u00e9matisation de la victime, l\u2019intention serait de toucher la sensibilit\u00e9 du lectorat afin de le pousser \u00e0 la compassion, avec la focalisation, l\u2019\u00e9nonciateur ou l\u2019\u00e9nonciatrice cherche \u00e0 mettre en \u00e9vidence la responsabilit\u00e9 de BH. Pr\u00e9cisons que \u00ab\u00a0focalisation et th\u00e9matisation constituent des op\u00e9rations \u00e9nonciatives qui agencent l\u2019ordre des termes de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 des fins de mise en valeur discursive et contrastive ou d\u2019identification d\u2019une variable\u00a0\u00bb (Bril, 2004, p.\u00a0281). Si selon cet auteur, les deux termes peuvent \u00eatre confondus, Groussier en \u00e9tablit une nette d\u00e9marcation.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La focalisation sera alors la mise en contraste par laquelle l\u2019\u00e9nonciateur cherche \u00e0 rendre un tel \u00e9l\u00e9ment pertinent pour le co\u00e9nonciateur, c\u2019est-\u00e0-dire rep\u00e9r\u00e9 par rapport \u00e0 celui-ci. La th\u00e9matisation sera l\u2019op\u00e9ration par laquelle l\u2019\u00e9nonciateur pose comme rep\u00e8re constitutif de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 un terme d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9, donc pertinent, pour les deux co\u00e9nonciateurs (Groussier, 2001, p.\u00a025).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture attentive de certains titres \u00e0 la une de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur le probl\u00e8me s\u00e9curitaire caus\u00e9 par BH permet de constater que le segment \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb qui faisait partie du proc\u00e8s dans les cas relevant de la th\u00e9matisation se retrouve en t\u00eate de phrase, ceci afin de rendre cet \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ment pertinent\u00a0\u00bb. Cette strat\u00e9gie discursive consistant \u00e0 davantage attirer l\u2019attention du lecteur ou de la lectrice sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne vise \u00e0 faire comprendre que la crise s\u00e9curitaire est toujours d\u2019actualit\u00e9, la responsabilit\u00e9 \u00e9tant \u00e9vidente.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Quelques titres illustrant le ph\u00e9nom\u00e8ne de la focalisation<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 438px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 28.0682px\">N\u00b0<\/td>\r\n<td style=\"width: 272.756px\"><strong>Titres <\/strong><\/td>\r\n<td style=\"width: 94.6733px\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences <\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 28.0682px\">1<\/td>\r\n<td style=\"width: 272.756px\">Mayo-Tsanaga. Boko Haram assassine 04 villageois \u00e0 Ldubam<\/td>\r\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b01896 du 22\/01\/2024<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 28.0682px\">2<\/td>\r\n<td style=\"width: 272.756px\">Mayo-Sava. Boko Haram assassine un octog\u00e9naire \u00e0 Kuyap\u00e9<\/td>\r\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1897 du 24\/01\/2024<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 28.0682px\">3<\/td>\r\n<td style=\"width: 272.756px\">Terrorisme. Boko Haram \u00e9gorge cinq paysans \u00e0 Tolokomari<\/td>\r\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1302 du 09\/12\/2019<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 28.0682px\">4<\/td>\r\n<td style=\"width: 272.756px\">Talla-Kilichi. Boko Haram attaque une \u00e9cole et un poste avanc\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e<\/td>\r\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1535 du 16\/09\/2021<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 28.0682px\">5<\/td>\r\n<td style=\"width: 272.756px\">Amchid\u00e9. \u00ab\u00a0Boko Haram \u00e0 l\u2019assaut des tranch\u00e9es de l\u2019arm\u00e9e\u00a0\u00bb<\/td>\r\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1052 du 23\/03\/2018<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La configuration linguistique et discursive de ces titres appelle quelques remarques. Les quatre premiers titres pr\u00e9sentent une structure identique\u00a0: syntagme nominal sujet verbe ( objet 1 objet 1\/circonstant). Quant \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 5, il fait succ\u00e9der le syntagme nominal pr\u00e9dicat syntagme pr\u00e9positionnel objet. Nous nous int\u00e9ressons davantage \u00e0 la position du syntagme \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb pour essayer de montrer que cette place participe d\u2019une entreprise de focalisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si <em>a priori<\/em>, l\u2019op\u00e9ration de focalisation<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> qui se mat\u00e9rialise \u00e0 l\u2019\u00e9crit par des dislocations syntaxiques n\u2019est pas perceptible dans ces r\u00e9alisations discursives, elle est davantage l\u00e9gitim\u00e9e par la position syntaxique de l\u2019\u00e9l\u00e9ment \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb, qui est ici l\u2019Agent, l\u2019\u00e9l\u00e9ment actif. Ainsi, la voix active renforce l\u2019id\u00e9e de focalisation sur la figure de BH de par la position syntaxique de ce dernier venant en t\u00eate de phrase, contrairement \u00e0 d\u2019autres choix o\u00f9 BH fait partie du proc\u00e8s de la phrase. Le choix d\u2019une telle diath\u00e8se met en \u00e9vidence la responsabilit\u00e9 de l\u2019Agent dans la r\u00e9alisation du proc\u00e8s, car non seulement il d\u00e9signe un \u00eatre anim\u00e9, il est surtout actif.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, plus qu\u2019une simple disposition des mots dans la phrase, le fait que la figure de BH soit \u00e9voqu\u00e9e d\u00e8s l\u2019entame du titre est une strat\u00e9gie discursive mise en \u0153uvre et port\u00e9e par des op\u00e9rations pr\u00e9dicatives et \u00e9nonciatives dans le but de marquer l\u2019attention du lecteur ou de la lectrice. En effet, cette strat\u00e9gie permet de pointer du doigt l\u2019Agent du proc\u00e8s. Par ailleurs, la modalit\u00e9 assertive qui caract\u00e9rise ces titres met en \u00e9vidence un point de vue dont les implications voudraient traduire qu\u2019un groupe terroriste, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d\u2019existence, continue de faire l\u2019actualit\u00e9. Ce sont au fait des titres alarmistes dont l\u2019enjeu est de mettre aux yeux du monde les relents terroristes et appeler \u00e0 poursuivre le combat. C\u2019est donc tout l\u2019enjeu argumentatif de cette position syntaxique qui accroche l\u2019attention du lecteur ou de la lectrice d\u00e8s le premier contact avec le journal.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En gros, la formulation de chaque titre est ici fond\u00e9e sur le bilan chiffr\u00e9 du passage des combattants de BH dans les localit\u00e9s sinistr\u00e9es. L\u2019\u00e9vocation des bilans d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e du journal permet de montrer que le terrorisme est une pr\u00e9occupation r\u00e9elle si bien que ses d\u00e9g\u00e2ts ne sont plus \u00e0 d\u00e9montrer. Ainsi, l\u2019instance journalistique entend d\u00e8s les titres, g\u00e9n\u00e9ralement imprim\u00e9s en gros caract\u00e8res, porter \u00e0 l\u2019attention du public la menace terroriste, s\u2019inscrivant ainsi en faux contre l\u2019id\u00e9e populaire qui laisserait croire que BH serait d\u00e9j\u00e0 vaincu et donc inexistant.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">D\u00e9construire le mythe d\u2019une guerre oubli\u00e9e\u00a0: vers une posture \u00e9ditoriale de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur la violence terroriste \u00e0 partir des titres<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis la survenue de BH, <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> en a fait le sujet essentiel de ses parutions, si bien qu\u2019une moindre actualit\u00e9 \u00e0 propos est relay\u00e9e de fa\u00e7on ostentatoire. La mise en discours incessante des attaques de BH dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une certaine posture de communication, laquelle entend d\u00e9construire le mythe d\u2019une guerre ignor\u00e9e, tout au moins n\u00e9glig\u00e9e. Le fait de mettre ces \u00e9v\u00e9nements toujours en page principale et en gros titre t\u00e9moigne d\u2019une volont\u00e9 manifeste de rappeler \u00e0 la conscience collective les cons\u00e9quences d\u2019une guerre silencieuse dont les populations paient le lourd tribut. Cette hypoth\u00e8se peut se v\u00e9rifier \u00e0 partir des faits langagiers qui composent les titres en une du journal et qui sont d\u00e9crits dans cette section. En effet, la une s\u2019av\u00e8re une forme textuelle de pr\u00e9dilection pour v\u00e9hiculer le positionnement. L\u2019enjeu de visibilit\u00e9 qu\u2019implique la construction d\u2019une une est un indice d\u2019une certaine vis\u00e9e implicitement \u00e9labor\u00e9e. Selon Charaudeau,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exigence de visibilit\u00e9 oblige la presse \u00e0 composer les pages de son journal de sorte que les nouvelles puissent \u00eatre ais\u00e9ment rep\u00e9rables et saisies par le lecteur. Aussi, l\u2019instance m\u00e9diatique doit-elle apporter un soin tout particulier \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019annoncer les nouvelles et les pr\u00e9senter. Elle le fait \u00e0 travers la mise en page (Unes, rubriques, photos, dessins, graphiques, tableaux, types de colonages, encadr\u00e9s, etc.) (Charaudeau, 2011, p.\u00a0196).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 lire Bobbo Moussa (2022, p.\u00a04), \u00ab\u00a0alors que cette gu\u00e9rilla entre Boko Haram et les forces de s\u00e9curit\u00e9 camerounaises dure depuis presque dix ans, ses impacts sur les probl\u00e8mes s\u00e9curitaires locaux pr\u00e9existants sont importants mais n\u00e9glig\u00e9s\u00a0\u00bb. \u00c0 la suite de cet auteur qui soutient que BH, constitue, \u00e0 l\u2019heure actuelle, \u00ab\u00a0un arbre qui cache la for\u00eat\u00a0\u00bb (Bobbo Moussa, 2022, p.\u00a01), il est de bon ton de noter que la crise est beaucoup plus complexe qu\u2019elle ne parait. Ses implications \u00e9tant nombreuses, la position de la presse r\u00e9gionale <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> est celle du maintien constant non seulement du dispositif s\u00e9curitaire, mais globalement d\u2019une veille continue contre toute forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans la r\u00e9gion.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la mise en sc\u00e8ne alarmiste des attaques de BH r\u00e9pond \u00e0 un enjeu de d\u00e9construction des repr\u00e9sentations qui tendent \u00e0 consid\u00e9rer cette guerre comme termin\u00e9e. Il est en r\u00e9alit\u00e9 question de \u00ab\u00a0d\u00e9sillusionner\u00a0\u00bb au sujet de la fin de cette crise en pr\u00e9sentant les faits, notamment les attaques quasi quotidiennes. Ces derni\u00e8res d\u00e9notent un net rel\u00e2chement du dispositif s\u00e9curitaire qui ne profite qu\u2019\u00e0 l\u2019ennemi. Ceci se fonde sur de nombreuses enqu\u00eates journalistiques de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em><a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, mais surtout sur le fonctionnement de la composante linguistique et discursive des informations qui l\u00e9gitime le positionnement de l\u2019organe de presse. Sans reprendre les analyses faites dans la premi\u00e8re partie de ce texte, il y a lieu de noter que lorsque le journal appelle \u00e0 la \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb, telle que formul\u00e9e dans le titre \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0: vigilance et remobilisation\u00a0\u00bb, les sous-entendus mettent en \u00e9vidence une d\u00e9mobilisation observ\u00e9e en contexte de guerre contre BH. Face donc \u00e0 ce constat, l\u2019organisation discursive de la plupart des titres sur les incursions de BH entend d\u00e9construire cette perception et vise \u00e0 (re)susciter une mobilisation id\u00e9ologique contre cet extr\u00e9misme violent. Cet enjeu argumentatif est essentiellement une question de langage, car comme le note Daouaga (2023, p.\u00a057) \u00ab\u00a0la comp\u00e9tence argumentative\u00a0\u00bb est mise en branle par les outils linguistiques qui lui donnent toute sa force n\u00e9cessaire. Dans ce sens, l\u2019\u00e9nonciateur\u00b7trice journaliste, pour rendre sa vis\u00e9e argumentative fonctionnelle, choisit des termes appropri\u00e9s qui puissent contribuer \u00e0 la construction de la paix. En fin de compte, la presse en appelle \u00e0 la conscience aussi bien nationale qu\u2019internationale pour une mobilisation contre ce groupe violent qui \u00f4te la vie, la dignit\u00e9 et l\u2019esp\u00e9rance des populations.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les titres du journal r\u00e9gional <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur la violence terroriste BH dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun permettent, \u00e0 travers leurs propri\u00e9t\u00e9s discursives, de d\u00e9peindre une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re, dans un contexte de terreur. Le but poursuivi dans cet article \u00e9tait de mettre en \u00e9vidence les enjeux argumentatifs li\u00e9s \u00e0 ce contexte de lutte contre l\u2019extr\u00e9misme violent. L\u2019analyse de ces titres journalistiques dans la perspective de l\u2019argumentation, et dans une probl\u00e9matique d\u2019influence, a permis d\u2019en relever les port\u00e9es communicatives. Pour infl\u00e9chir les repr\u00e9sentations du lectorat du message, le ou la journaliste a recours \u00e0 trois ressources argumentatives principales. D\u2019abord, les strat\u00e9gies de positionnement, en tant que lieu de manifestation de la position de l\u2019\u00e9nonciateur\u00b7trice par rapport au contenu de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, montrent comment BH est un mouvement destructeur qui \u00f4te \u00e0 l\u2019humain son humanisme. Une telle caract\u00e9risation de BH participe d\u2019une vis\u00e9e persuasive invitant tout le monde \u00e0 se dresser contre l\u2019id\u00e9ologie terroriste. Ensuite, la probl\u00e9matisation met, de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re, sur l\u2019espace public, la probl\u00e9matique du regain d\u2019attaques terroristes dans la partie septentrionale \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 s\u2019observe un rel\u00e2chement du dispositif s\u00e9curitaire. Ce proc\u00e9d\u00e9 discursif rappelle \u00e0 la m\u00e9moire collective l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir un \u00e9tat de veille dans la mesure o\u00f9 BH ne devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une guerre oubli\u00e9e. Enfin, les indications chiffr\u00e9es, rapportant les bilans d\u2019attaques terroristes, mettent en avant soit la th\u00e9matisation des victimes pour susciter une communaut\u00e9 compatissante, soit la mise en sc\u00e8ne emphatique de BH pour mettre en \u00e9vidence sa responsabilit\u00e9. Tout ceci concourt finalement \u00e0 la construction d\u2019une posture \u00e9ditoriale qui a fait de la guerre id\u00e9ologique contre ce groupe terroriste une priorit\u00e9 strat\u00e9gique en r\u00e9cusant toute man\u0153uvre de d\u00e9ni.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aicha, Pemboura. 2021. Lutte contre l\u2019extr\u00e9misme violent \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun\u00a0: penser l\u2019avenir des comit\u00e9s de vigilance. <em>Revue africaine sur le terrorisme<\/em>, 11(3), 87-108.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alawadi, Zelao. 2017. Autorit\u00e9s traditionnelles et d\u00e9sir d\u2019h\u00e9g\u00e9monie dans le champ politique au Nord-Cameroun. <em>Studia politica. Romanian political science review<\/em> 17(2), 355-376. <a href=\"https:\/\/www.ssoar.info\/ssoar\/handle\/document\/55890\">https:\/\/www.ssoar.info\/ssoar\/handle\/document\/55890<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2012. <em>L'argumentation dans le discours. <\/em>Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anscombre, Jean-Claude et Ducrot, Oswald. 1997. <em>L\u2019argumentation dans la langue.<\/em> Bruxelles\u00a0: Mardaga.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bavekoumbou, Marius. 2016. <em>S\u00e9miotique textuelle et titrologie\u00a0: interactions s\u00e9mantiques entre titres et \u0153uvres dans Le Grand Malentendu de Yasmina Khadra<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Limoges.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bobbo, Moussa. 2022. Boko Haram dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun\u00a0: l\u2019arbre qui cache la for\u00eat. <em>Observatoire de l\u2019Afrique centrale et australe<\/em>. Note r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019Institut fran\u00e7ais des relations internationales (IFRI) au profit de la Direction g\u00e9n\u00e9rale des relations internationales et de la strat\u00e9gie du Minist\u00e8re des arm\u00e9es. <a href=\"https:\/\/www.defense.gouv.fr\">https:\/\/www.defense.gouv.fr<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bril, Isabelle. 2004. Th\u00e9matisation et focalisation dans les langues de Nouvelle-Cal\u00e9donie\u00a0: ph\u00e9nom\u00e8nes discursifs et m\u00e9canismes \u00e9volutifs. <em>Faits de langues<\/em>, 23 (24), 281-301.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Burger, Marcel. 2006. L\u2019analyse du discours appliqu\u00e9e \u00e0 la communication m\u00e9diatique\u00a0: comment la presse romane parle-t-elle de l\u2019Islam ? <em>VALS-ASLA<\/em>, 83 (2), 201-212.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique (dir.). 2002. <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2008. L\u2019argumentation dans une probl\u00e9matique d\u2019influence. <em>Argumentation et Analyse du Discours<\/em> (1), mis en ligne le 02 octobre 2008, consult\u00e9 le 23 septembre 2019. <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/193\">http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/193<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2011. <em>Les m\u00e9dias et l'information\u00a0: l\u2019impossible transparence du discours<\/em>. Bruxelles\u00a0: De Boeck-Ina.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. Les st\u00e9r\u00e9otypes, c\u2019est bien. Les imaginaires, c\u2019est mieux. Dans Boyer, Henri (dir.), <em>St\u00e9r\u00e9otypage, st\u00e9r\u00e9otypes\u00a0: fonctionnements ordinaires et mises en sc\u00e8ne<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chuquet, H\u00e9l\u00e8ne et Paillard, Michel. 2017. <em>Glossaire de linguistique contrastive\u00a0: anglais-fran\u00e7ais<\/em>. Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daouaga, Samari Gilbert. 2023. Pr\u00e9parer les apprenants camerounais \u00e0 la comp\u00e9tence citoyenne par l\u2019enseignement du d\u00e9bat en classe de fran\u00e7ais. <em>Action didactique<\/em> 6 (1), 52-72. <a href=\"https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/843\">https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/843<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Deleplace, Marc. 1996. La notion d'anarchie pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise (1789-1801). <em>Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine<\/em>, 43 (2), 307-328.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/rhmc.1996.1819\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/rhmc.1996.1819<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dubois, Jean, Giacomo, Maht\u00e9e, Guespin, Louis, Marcellesi, Christiane, Marcellesi, Jean-Baptiste et M\u00e9vel, Jean-Pirre. 2002. <em>Dictionnaire de linguistique. <\/em>Paris\u00a0: Larousse.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Genette, Gerard. 1987. <em>Seuils. <\/em>Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Groussier, Marie-Line. 2001. Pertinence, focalisation, th\u00e9matisation. <em>Cahiers Charles V <\/em>(30), 7-25. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/cchav.2001.1306\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/cchav.2001.1306<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Henda, Dhaouadi. 2007. De la pluridisciplinarit\u00e9 en analyse de discours. <em>Synergies P\u00e9rou<\/em>, 2. <a href=\"http:\/\/gerflint.fr\/Base\/Perou2\/Henda.pdf\">http:\/\/gerflint.fr\/Base\/Perou2\/Henda.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Human Right Watch. Cameroun. \u00c9v\u00e8nements 2019. <em>Rapport mondial. Bilan annuel de HRW sur les droits humains dans le monde<\/em>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/world-report\/2021\/country-chapters\/cameroon\">https:\/\/www.hrw.org\/fr\/world-report\/2021\/country-chapters\/cameroon<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1986. <em>L\u2019implicite<\/em>. Pairs: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koren, Roselyne. 2009. Le r\u00e9cit de chiffres\u00a0: enjeux argumentatifs de la \u00ab\u00a0narrativisation\u00a0\u00bb des chiffres dans un corpus de presse \u00e9crite contemporain. <em>A contrario<\/em>, 12 (2), 66-84. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/aco.062.0066\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/aco.062.0066<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nahon-Raimondez, Anne-Marie. 2006. <em>La phras\u00e9ologie m\u00e9dicale\u00a0: \u00e9tude de textes parall\u00e8les fran\u00e7ais et allemands<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Strasbourg 2.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Njoya Kouotou, Mohamed Nacer. 2022. Construction des m\u00e9moires discursives et collectives dans la presse r\u00e9gionale camerounaise en p\u00e9riode pr\u00e9\u00e9lectorale\u00a0: cas des l\u00e9gislatives et municipales dans <em>Ouest Echos<\/em> et <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>. <em>Paradigmes<\/em> 7 (03), 295-307. <a href=\"https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/646\">https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/646<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Prost, Antoine. 1996. Les mots. Dans R\u00e9mond, Ren\u00e9 (dir.), <em>Pour une histoire politique<\/em> (255-285). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ringoot, Roselyne. 2014. <em>Analyser le discours de presse<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tahar, Amor. 2012. Pour une syntaxe des titres des faits divers. R\u00e9flexion sur un corpus de titres de presse alg\u00e9rienne d\u2019expression fran\u00e7aise. <em>Synergies Alg\u00e9rie<\/em>, 17, 25-33. <a href=\"https:\/\/gerflint.fr\/Base\/Algerie17\/tahar.pdf\">https:\/\/gerflint.fr\/Base\/Algerie17\/tahar.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wander, Emediato. 2011. L\u2019argumentation dans le discours d\u2019information m\u00e9diatique\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Argumentation et analyse du discours<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.1209\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.1209<\/a><\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;article traite des postures argumentatives \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le titre de l\u2019information m\u00e9diatique dans la construction d\u2019un discours antiterroriste contre Boko Haram \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. La situation s\u00e9curitaire dans cette partie du pays, apr\u00e8s une d\u00e9cennie, reste pr\u00e9occupante, au regard du regain d\u2019activit\u00e9s terroristes. Dans ce contexte, le journal <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> s\u2019investit davantage dans la guerre id\u00e9ologique en mettant en \u0153uvre diverses strat\u00e9gies discursives, surtout au niveau de la titraille. Pour rendre compte de celles-ci, nous avons eu recours \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019argumentation. Essentiellement fond\u00e9 sur le discours de presse, le corpus comprend les parutions de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> entre 2018 et 2024, p\u00e9riode de recrudescence des attaques terroristes. Les analyses r\u00e9v\u00e8lent que les titres se caract\u00e9risent par trois principales strat\u00e9gies argumentatives qui visent \u00e0 infl\u00e9chir les repr\u00e9sentations et inciter \u00e0 l\u2019action contre la guerre. Les strat\u00e9gies de positionnent, notamment \u00e0 travers le choix lexical, alertent sur l\u2019urgence d\u2019une croisade contre Boko Haram. Tandis que la probl\u00e9matisation met en avant la question de la recrudescence d\u2019attaques terroristes, la rh\u00e9torique des indications chiffr\u00e9es constitue une mise en sc\u00e8ne emphatique \u00e0 vis\u00e9e persuasive.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/argumentation\/\">argumentation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/boko-haram\/\">Boko Haram<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/indications-chiffrees\/\">indications chiffr\u00e9es<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/strategie-de-positionnement\/\">strat\u00e9gie de positionnement<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/titres-de-presse\/\">titres de presse<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Within the framework of social discourse analysis, this article deals with the argumentative postures at work in the title of media information in the construction of an anti-terrorist discourse against Boko Haram in the Far North of Cameroon. After a decade, the security situation in this part of the country remains worrying, given the resurgence of terrorist activity. Against this backdrop, the newspaper <em>L&rsquo;\u0152il du Sahel<\/em> is increasingly involved in ideological warfare, implementing various discursive strategies, especially in its headlines. To account for these, we turned to theory of argumentation. Essentially based on press discourse, the corpus comprises <em>L&rsquo;\u0152il du Sahel<\/em> issues between 2018 and 2024, a period of increasing terrorist attacks. The analyses reveal that the titles are characterized by three main argumentative strategies aimed at inflecting representations and inciting action against the war. Firstly, the positioning strategies, notably through lexical choice, alert us to the urgency of a crusade against Boko Haram. While problematization highlights the issue of the resurgence of terrorist attacks, the rhetoric of quantified indications constitutes an emphatic staging with a persuasive aim.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/boko-haram\/\">Boko Haram<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/headlines\/\">headlines<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/numerical-indications\/\">numerical indications<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/positioning-strategy\/\">positioning strategy<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/problematization\/\">problematization<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (mafa)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">\u018aelewer haha a ngerd\u00e8 verzi tsaval man L\u2019\u0152il du Sahel a tsi\u2019a a g\u00e8\u0257 Boko Haram man a zh\u00e8 te Extr\u00eame-Nord Cameroun. Ndohi A fena vi kula ani, Boko Haram a bezl ndo, a ke\u0257 ndo. Skwi sh\u00e8wa nenga\u2019a a zl\u00e8zl\u00e8m\u00e8. Gar haha, journal L\u2019\u0152il du Sahel a ndzun\u00e8 azbai te gi var a ndohi sh\u00e8wa sa. A g\u00e8\u0257 nasa, g\u00e8\u0257 ma man a winde\u2019a t\u00e8l\u00e8 a baha ta ndohi aman a ta \u0253ic va g\u00e8d a ndohi Boko Haram. Aranta, g\u00e8\u0257 mayahi a zh\u00e8 tsad tsad kumba man a pizh\u00e8 a pa aman ndohi ngomna a ndohi mbibihia\u2019a a ta gi korkora\u2019a te di mana ndohi kokwar man ta b\u00e8zl ta te Extreme-Nord. Te va g\u00e8\u0257 mayahi sa, nga ng\u00e8c\u00e8 g\u00e8\u0257\u00e8hi\u2019a makar\u00a0: skwi ndere ndo a g\u00e8\u0257 man a ndohi t\u00e8l\u00e8 a ta slamba\u0257a na a va a Boko Haram, mbezl ndo man a zl\u00e8zl\u00e8m\u00e8, a yam ndohi mbezla\u2019a man a si ndo teva.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (mafa)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/boko-haram\/\">Boko Haram<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/maya\/\">maya<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/mbezl-ndo-man-a-zlezleme\/\">mb\u00e8zl ndo man a zl\u00e8zl\u00e8m\u00e8<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/skwi-si-ndo-teva\/\">skwi si ndo teva<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>4 mars 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>3 septembre 2024<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>19 d\u00e9cembre 2024<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours de presse, comme tout autre discours social, permet de mettre au jour la circulation des imaginaires autour des \u00e9v\u00e8nements sociaux. Elle se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement productive dans la qu\u00eate des significations devant les questions qui traversent la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce sens, elle aide surtout \u00e0 mettre en lumi\u00e8re comment le sens (social) se construit \u00e0 partir des choix conscients ou non qu\u2019op\u00e8re le sujet langagier. De ce fait, le discours m\u00e9diatique se caract\u00e9rise par un ancrage v\u00e9ritable dans le d\u00e9bat social de sorte qu\u2019il participe \u00e0 la construction des m\u00e9moires (Njoya Kouotou, 2022). Il laisse observer comment, \u00e0 partir des formules langagi\u00e8res, certaines repr\u00e9sentations se ploient et se d\u00e9ploient dans une sph\u00e8re sociale particuli\u00e8re. Pour cela, il fait \u00ab\u00a0comprendre le monde et invite \u00e0 faire r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 son propos\u00a0\u00bb (Burger, 2006, p.\u00a0202). Cette port\u00e9e du discours des m\u00e9dias l\u00e9gitime non seulement la pratique de l\u2019information, mais \u00ab\u00a0alimente [donc] des corpus d\u2019\u00e9tudes vou\u00e9s \u00e0 l\u2019analyse\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0structures signifiantes\u00a0\u00bb (Ringoot, 2014, p.\u00a016).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans ce contexte \u00e9pist\u00e9mologique qu\u2019il nous a sembl\u00e9 pertinent de nous int\u00e9resser \u00e0 la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel <\/em>sur la crise terroriste de Boko Haram (d\u00e9sormais BH) dont les attaques perdurent dans l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. L\u2019objectif vis\u00e9 est de mettre au jour le fonctionnement discursif des titres journalistiques dans un contexte de lutte contre l\u2019extr\u00e9misme violent. Il nous faudra nous int\u00e9resser particuli\u00e8rement aux \u00ab\u00a0modes d\u2019organisation du discours\u00a0\u00bb en tant que \u00ab\u00a0proc\u00e9d\u00e9s de mise en sc\u00e8ne de l\u2019acte de communication\u00a0\u00bb pour atteindre certaines finalit\u00e9s (Charaudeau et Mainguenau, 2002, p.\u00a0386). Cela est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire, \u00e0 notre sens, quand on sait que le titre, dans sa fonction pragmatique, \u00ab\u00a0met en \u0153uvre plusieurs op\u00e9rations susceptibles de provoquer chez les lecteurs diff\u00e9rents types d\u2019inf\u00e9rences ou d\u2019effets\u00a0\u00bb (Wander Emediato, 2011, paragr. 43). Concr\u00e8tement, il nous revient de d\u00e9crire la configuration linguistique et discursive des titres de <em>L\u2019\u0152il du sahel<\/em> sur BH, et d\u2019analyser leur composante argumentative en vue de d\u00e9gager la port\u00e9e id\u00e9ologique du discours, c\u2019est-\u00e0-dire les significations et valeurs contextuelles qu\u2019ils charrient. Le corpus d\u2019\u00e9tude prend en compte vingt-deux num\u00e9ros du journal <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, parus entre 2018 et 2024, p\u00e9riode au cours de laquelle l\u2019on aura observ\u00e9 un regain d\u2019activit\u00e9s terroristes \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord<a class=\"footnote\" title=\"Dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Cameroun. \u00c9v\u00e8nements de 2019\u00a0\u00bb publi\u00e9 sur son site, Human Rights Watch note que les attaques de BH s\u2019intensifient dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Voir https:\/\/www.hrw.org\/fr\/world-report\/2021\/country-chapters\/cameroon[2] Selon les crit\u00e8res \u00e9tablis par Prost, le corpus devrait remplir les conditions suivantes\u00a0: \u00eatre contrastif, \u00eatre diachronique et \u00eatre constitu\u00e9 de textes \u00e9manant de locuteurs collectifs, de textes significatifs (Prost, cit\u00e9 par Deleplace, 1996, p. 313).[3] N\u2019ayant pas adopt\u00e9 une perspective lexicom\u00e9trique dans ce texte, les statistiques d\u2019apparition de ce lex\u00e8me dans le corpus n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es. Dans cet article, je tiens beaucoup plus \u00e0 la valeur contextuelle d\u2019une unit\u00e9 linguistique qu\u2019\u00e0 sa fr\u00e9quence dans le corpus.[4] \u00c0 ce sujet, l\u2019on peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019enqu\u00eate journalistique men\u00e9e et publi\u00e9e par L\u2019\u0152il du Sahel dans son \u00e9dition du 19 novembre 2019, n\u00b0 1298. Celle-ci r\u00e9v\u00e8le que \u00ab\u00a0chars, lance-roquettes, blind\u00e9s et autres mat\u00e9riels d\u00e9ploy\u00e9s autrefois pour combattre Boko Haram disparaissent peu \u00e0 peu de la vue des populations. Pour l\u2019arm\u00e9e, la raison en est simple : le groupe terroriste est militairement d\u00e9fait\u00a0\u00bb.[5] Nous signalons que la focalisation en tant que proc\u00e9d\u00e9 linguistique n\u2019est pas \u00e9voqu\u00e9e comme argument dans cet article. Le terme est beaucoup plus utilis\u00e9 pour indiquer l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine emphase dans le discours.[6] De nombreuses enqu\u00eates journalistiques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la suppression de plusieurs dispositifs s\u00e9curitaires dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. C\u2019est le cas de la 4e R\u00e9gion militaire interarmes (RMIA 4) pilot\u00e9e par des militaires constitu\u00e9s du 42e Bataillon d\u2019infanterie motoris\u00e9e (BIM) de Mora et de ceux de l'op\u00e9ration \u00e9mergence, bas\u00e9e \u00e0 Goumbouldi et supprim\u00e9e le 2 novembre 2019. Voir L\u2019\u0152il du Sahel, n\u00b0 1291 du mercredi 13 novembre 2019.\" id=\"return-footnote-630-1\" href=\"#footnote-630-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Le choix des num\u00e9ros s\u2019est op\u00e9r\u00e9 selon leur caract\u00e8re significatif relativement au th\u00e8me du terrorisme<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Un acc\u00e8s pr\u00e9alable aux archives du journal par les responsables nous a permis de recueillir les num\u00e9ros retenus dans le cadre d\u2019\u00e9tude. Notre travail s\u2019articule autour de trois principaux axes\u00a0: une premi\u00e8re partie sur le cadre th\u00e9orique o\u00f9 nous d\u00e9clinons le postulat de l\u2019argumentativit\u00e9 du discours d\u2019information m\u00e9diatique, une deuxi\u00e8me partie consacr\u00e9e aux analyses et interpr\u00e9tations qui mettent l\u2019accent sur les port\u00e9es argumentatives des titres en contexte de lutte contre BH, et \u00e0 partir desquelles nous essayerons de d\u00e9gager une posture \u00e9ditoriale de l\u2019organe de presse, en troisi\u00e8me point.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">De l\u2019argumentativit\u00e9 du discours d\u2019information m\u00e9diatique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre \u00e9tude s\u2019inscrit, pour l\u2019essentiel, dans le cadre de la probl\u00e9matique de l\u2019argumentation dans le discours d\u2019information m\u00e9diatique, d\u00e9velopp\u00e9e par Charaudeau. Dans <em>Le discours d\u2019information m\u00e9diatique. L\u2019impossible transparence du discours<\/em> (2011), celui-ci postule une th\u00e9orie du discours m\u00e9diatique qui montre que ce dernier est travers\u00e9 par de multiples enjeux et ne vise pas que la fonction informative. Consid\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0comme le produit d\u2019un processus complexe de transformation des faits sociaux en discours, en \u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb (Wander Emediato, 2011, en ligne), le discours m\u00e9diatique rel\u00e8ve davantage d\u2019une construction, \u00ab\u00a0d\u2019une pure \u00e9nonciation\u00a0\u00bb qu\u2019une fid\u00e8le reproduction des \u00e9v\u00e8nements. De ce fait, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan discursif, se cache des enjeux particuli\u00e8rement int\u00e9ressants. Dans une perspective argumentative, l\u2019on se pr\u00e9occupe \u00ab\u00a0d\u2019analyser sous toutes ses faces le fonctionnement de la communication humaine comme ph\u00e9nom\u00e8ne langagier, cognitif et sociopolitique\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a05). Pour ce faire, il ne s\u2019agit pas seulement de relever les proc\u00e9d\u00e9s argumentatifs, mais davantage de scruter les imaginaires sociodiscursifs qui sous-tendent leur mise en discours. Aussi la port\u00e9e argumentative de ce type de discours s\u2019entend-il ici comme \u00e0 la fois leur valeur interpr\u00e9tative et les implications s\u00e9mantiques qui s\u2019en d\u00e9gagent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette grille de lecture est ainsi appliqu\u00e9e aux titres journalistiques dans cette \u00e9tude. Le titre, cette \u00ab\u00a0frange de texte, toujours porteuse d\u2019un commentaire auctorial ou plus ou moins l\u00e9gitim\u00e9e par l\u2019auteur, constitue, entre texte et hors texte, une zone non seulement de transition mais de transaction\u00a0\u00bb (Genette, 1987, p.\u00a08). Comme le discours d\u2019information m\u00e9diatique en g\u00e9n\u00e9ral, les titres constituent ces \u00e9l\u00e9ments textuels qui sont travers\u00e9s par une \u00ab\u00a0dimension argumentative\u00a0\u00bb (Amossy, 2012). Selon Weinrich, pr\u00e9cise Tahar (2012, p.\u00a031), les titres ont le pouvoir de s\u00e9duire et de faire acheter et lire les livres ou les journaux. Concr\u00e8tement, les titres ne renseignent pas seulement sur la port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un texte, mais ils donnent une certaine orientation \u00e0 la r\u00e9ception dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0ils sont dot\u00e9s de la plus grande pertinence communicative\u00a0\u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1986, p.\u00a022).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le contexte de la guerre contre BH \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, les titres \u00e0 la une du journal <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sont r\u00e9v\u00e9lateurs ou porteurs d\u2019enjeux en lien avec la question de la lutte contre le terrorisme. Ainsi, il se cr\u00e9e un lien tr\u00e8s \u00e9troit entre le titre et la port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du texte, comme le souligne Bavekoumbou.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le titre se d\u00e9ploie dans l\u2019\u0153uvre par la manifestation de ses traits s\u00e9mantiques. Cette manifestation se fait par des signes de corr\u00e9lation qui sont des fonds paradigmatiques tels que des interpr\u00e9tants socioculturels. Et par des signes de relation qui sont des formes syntagmatiques. Une telle structuration de plans entre corr\u00e9lation d\u2019ordre paradigmatique est en rapport avec le passage du titre \u00e0 l\u2019\u0153uvre et de l\u2019\u0153uvre au titre (Bavekoumbou, 2016, p.\u00a034).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les titres retenus dans cette \u00e9tude sont analys\u00e9s suivant les approches analytique et int\u00e9grative d\u2019analyse du discours. L\u2019approche dite analytique consiste \u00ab\u00a0\u00e0 dire que le discours cache des man\u0153uvres que seule l\u2019analyse peut d\u00e9voiler\u00a0\u00bb (Henda Dhaouadi, 2007, p.\u00a031). Cette approche nous permettra donc de relever des indices (noms, verbes, adjectifs, syntaxe, etc.) sur lesquels repose la dimension argumentative. L\u2019analyse de ce mat\u00e9riau linguistique nous obligera de faire appel \u00e0 la m\u00e9thode int\u00e9grative qui \u00ab\u00a0pose comme hypoth\u00e8se que l\u2019analyse discursive est abordable dans la mise en relation du discours lui-m\u00eame avec d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments qui participent \u00e0 lui donner son sens\u00a0\u00bb (Henda Dhaouadi, 2007, p.\u00a032). En d\u2019autres termes, le contexte est un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 prendre en compte pour d\u00e9gager la signifiance et les implications du discours. L\u2019argumentation, comme mentionn\u00e9 <em>supra<\/em>, rel\u00e8ve d\u2019une \u00e9tude critique du langage. En effet, l\u2019objectif des \u00e9tudes sur l\u2019argumentation est \u00ab\u00a0de d\u00e9crire la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9changes verbaux qui construisent les relations intersubjectives et la r\u00e9alit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a05). De ce fait, il faut comprendre que le langage en situation de communication charrie plusieurs enjeux psychosociaux, port\u00e9s par la mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re. Dans cette perspective, l\u2019id\u00e9e d\u2019une argumentation dans la langue d\u00e9fendue par Anscombre et Ducrot (1997) reconnait \u00e0 la langue en usage une orientation argumentative. Cette orientation th\u00e9orique est appliqu\u00e9e au discours de titrologie sur la violence terroriste afin d\u2019essayer de mettre en lumi\u00e8re la port\u00e9e argumentative en contexte de lutte contre le terrorisme. De ce point de vue, trois types de mouvements argumentatifs peuvent \u00eatre d\u00e9gag\u00e9s \u00e0 partir de la composante linguistique. Nous nous int\u00e9ressons aux strat\u00e9gies de positionnement, \u00e0 la probl\u00e9matisation et \u00e0 la rh\u00e9torique des indications chiffr\u00e9es.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La port\u00e9e argumentative des titres sur BH dans <em>L\u2019\u0152il du Sahel <\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour analyser la port\u00e9e argumentative des titres de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> relativement \u00e0 BH, nous nous int\u00e9ressons aux principales ressources mobilis\u00e9es qui entendent construire la vis\u00e9e interpellative du discours\u00a0: les strat\u00e9gies de positionnement, la probl\u00e9matisation et les indications chiffr\u00e9es.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les strat\u00e9gies de positionnement\u00a0: d\u00e9nonciation des attaques terroristes<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En raison du choix que l\u2019\u00e9nonciateur ou l\u2019\u00e9nonciatrice op\u00e8re dans le syst\u00e8me linguistique pour mettre en discours le message, il est possible de d\u00e9celer sa position, mieux, percevoir s\u2019il ou elle est pour ou contre en ce qui concerne l\u2019objet du discours. De ce fait, l\u2019organisation lexico-s\u00e9mantique repose sur les formes lexicales, et surtout les significations qu\u2019elles d\u00e9gagent dans leur contexte de production. C\u2019est tout l\u2019enjeu du positionnement. Dans la s\u00e9miotisation de la violence terroriste sur les couvertures de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, les titres r\u00e9v\u00e8lent un contenu id\u00e9ologique en contexte de lutte contre BH. On peut l\u2019observer \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan discursif, comme en t\u00e9moignent les titres suivants\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(1) Boko Haram\u00a0: agir ou mourir (n\u00b01328 du 17\/02\/2020);<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(2) Boko Haram \u00e9gorge cinq paysans \u00e0 Tolokomari (n\u00b0 1302 du 09\/12\/ 2019);<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(3) Boko Haram\u00a0: vigilance et remobilisation (n\u00b0 1539 28\/07\/2021).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En consid\u00e9rant ces titres de par leur configuration lexicale, une certaine posture \u00e9nonciative peut se lire sur BH. Les lexies employ\u00e9es sont r\u00e9v\u00e9latrices du positionnement de l\u2019\u00e9nonciateur ou de l\u2019\u00e9nonciatrice. Pour ce qui est du titre (1), les verbes \u00ab\u00a0agir\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb sont les maitres-mots de cette s\u00e9quence et entendent traduire toute la port\u00e9e du message que l\u2019instance journalistique veut v\u00e9hiculer au sujet de \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb qui constitue le cadre ou le th\u00e8me, puisque selon la structure syntaxique, les deux points ont une fonction explicative; les deux items verbaux plac\u00e9s apr\u00e8s explicitent le segment plac\u00e9 apr\u00e8s ce signe. D\u2019un point de vue th\u00e9matique, il y a une corr\u00e9lation qui est \u00e9tablie entre le segment \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb et le segment \u00ab\u00a0agir ou mourir\u00a0\u00bb. La conjonction \u00ab\u00a0ou\u00a0\u00bb indique une alternative. En effet, elle invite \u00e0 faire un choix\u00a0: soit on agit, soit on meurt. En choisissant d\u2019agir, on \u00e9vite de mourir. D\u2019un point de vue \u00e9nonciatif, il s\u2019observe une modalit\u00e9 assertive. Elle correspond \u00e0 la modalit\u00e9 de type 1 dans la terminologie de la Th\u00e9orie des op\u00e9rations pr\u00e9dicative et \u00e9nonciative (Chuquet et Paillard, 2017). Pr\u00e9cisons d\u2019abord que la modalit\u00e9 y est d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0une prise de position de l\u2019\u00e9nonciateur sur le contenu de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00bb (Chuquet et Paillard, 2017, p.\u00a0109). Ainsi, la modalit\u00e9 participe \u00e0 la formulation d\u2019un positionnement discursif. \u00c0 partir des lex\u00e8mes composant ce titre, le discours m\u00e9diatique prend la forme d\u2019une communication d\u2019urgence qui fait le point sur les diff\u00e9rentes responsabilit\u00e9s \u00e0 engager. Cette urgence est traduite non seulement par la concision du titre, mais aussi par l\u2019emploi des verbes d\u2019action qui expriment le devoir ou la n\u00e9cessite de d\u00e9ploiement et d\u2019intervention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expression de l\u2019urgence est renforc\u00e9e par le s\u00e9mantisme du verbe \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb qui met davantage d\u2019accent sur les cons\u00e9quences funestes; il s\u2019agit donc d\u2019en appeler \u00e0 la sensibilit\u00e9 du lecteur ou de la lectrice et des pouvoirs publics. Ce verbe met en relief la souffrance tragique des populations de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Il est tout \u00e0 fait \u00e9vident que si l\u2019\u00c9tat n\u2019y d\u00e9ploie pas d\u2019importants moyens s\u00e9curitaires, les cas de mort n\u2019iront que grandissant. Dans ce sens, l\u2019emploi du verbe \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb s\u2019inscrit dans le registre de l\u2019\u00e9motion en mettant en exergue la situation tragique que vit la population et renforce la position d\u00e9nonciatrice du discours. Cette expression de l\u2019urgence par le registre du pathos est aussi celle qui est traduite dans le deuxi\u00e8me exemple, \u00e0 travers la lexie \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le titre (2) est une affirmation. Partant de sa construction linguistique, il se laisse percevoir une volont\u00e9 pour l\u2019\u00e9nonciateur de satisfaire une intention de communication, une vis\u00e9e communicationnelle \u00e0 travers cette assertion qui, pour le journaliste est certaine. En effet, les constituants de ce titre sont\u00a0: \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb, substantif collectif, sujet du verbe \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb, suivi de son compl\u00e9ment \u00ab\u00a0cinq paysans \u00e0 Tolokomari\u00a0\u00bb. Cette construction met en exergue l\u2019intention de d\u00e9noncer les man\u0153uvres terroristes. En r\u00e9alit\u00e9, le rendu d\u2019un tel titre, sur le plan argumentatif, r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 influencer les repr\u00e9sentations au sujet de cette guerre. On peut comprendre que BH continue de semer la terreur. Cette terreur est justifi\u00e9e par l\u2019emploi du verbe \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb dont le poids, sur le plan argumentatif, repose sur l\u2019analogie. Si dans l\u2019usage courant, il caract\u00e9rise le s\u00e8me \u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb, dans ce titre, il d\u00e9signe le s\u00e8me \u00ab\u00a0humain\u00a0\u00bb. Il faut donc souligner une antinomie des valeurs qui met en exergue le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat accord\u00e9e \u00e0 la vie humaine et la barbarie terroriste. Ainsi, ce lex\u00e8me est au service d\u2019une intention de communication. Charaudeau (1992, p.\u00a0633) pense que cette intention de communication fait davantage \u00e9cho aux \u00ab\u00a0cat\u00e9gories de la langue du point de vue du sens et de la mani\u00e8re dont elles sont mises en \u0153uvre par le locuteur pour construire un acte de communication\u00a0\u00bb. Il faut souligner que cette forme lexicale \u00ab\u00a0\u00e9gorge\u00a0\u00bb avec ses diff\u00e9rentes variantes, fait l\u2019objet d\u2019un usage abondant<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> dans la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel <\/em>sur BH; ce qui renforcerait la dimension path\u00e9mique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne l\u2019exemple (3), l\u2019\u00e9nonc\u00e9 appelle \u00e0 la \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb et \u00e0 la \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb. Ces deux items lexicaux permettent de mettre en \u00e9vidence la vis\u00e9e derri\u00e8re la strat\u00e9gie scripturale. \u00c0 partir de ces deux substantifs, le positionnement est \u00e9vident\u00a0: appel au maintien de la veille contre BH. Ce point de vue se justifie par les pr\u00e9suppos\u00e9s qui se d\u00e9gagent. En effet, \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb rappellerait la veille s\u00e9curitaire qui aurait baiss\u00e9 et \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb sous-tend qu\u2019il y a eu d\u00e9mobilisation. De plus, les deux lexies sont reli\u00e9es par le coordonnant \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb. Il faut rappeler que cette conjonction de coordination met ensemble g\u00e9n\u00e9ralement deux mots ou des constructions ayant certaines propri\u00e9t\u00e9s similaires. Ainsi, le titre apparait comme une suggestion qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prise en compte au regard des assauts terroristes presque quotidiens. Il pointe aussi du doigt le rel\u00e2chement du dispositif s\u00e9curitaire qui aurait conduit \u00e0 la perte de la \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb et \u00e0 la d\u00e9mobilisation. En outre, en appelant \u00e0 la vigilance, le discours invite \u00e0 un meilleur encadrement des comit\u00e9s de vigilance dont le r\u00f4le est, selon Aicha Pemboura (2021) essentiel dans la lutte contre BH. Ainsi, \u00ab\u00a0vigilance\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb apparaissent comme des items rattach\u00e9s aux imaginaires sociaux.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019imaginaire est un mode d\u2019appr\u00e9hension du monde qui na\u00eet dans la m\u00e9canique des repr\u00e9sentations sociales, laquelle [\u2026] construit de la signi\ufb01cation sur les objets du monde, les ph\u00e9nom\u00e8nes qui s\u2019y produisent, les \u00eatres humains et leurs comportements, transformant la r\u00e9alit\u00e9 en r\u00e9el signifiant (Charaudeau, 2007, section \u00ab Les imaginaires socio-discursifs \u00bb)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">que l\u2019organe de presse met en avant et justifient des actions \u00e0 mener, d\u2019autant plus en contexte de conqu\u00eate de la paix.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La probl\u00e9matisation\u00a0: la question de la recrudescence de Boko Haram<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa description des conditions de mise en sc\u00e8ne discursive de l\u2019acte argumentatif, Charaudeau (2008) indique que le sujet argumentant est conduit \u00e0 r\u00e9aliser une triple activit\u00e9 discursive qu\u2019il formule \u00e0 travers la s\u00e9rie de verbes \u00ab\u00a0probl\u00e9matiser\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0se positionner\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0prouver\u00a0\u00bb. La premi\u00e8re activit\u00e9 est d\u00e9finie comme suit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Probl\u00e9matiser est une activit\u00e9 discursive qui consiste \u00e0 proposer \u00e0 quelqu\u2019un, non seulement ce dont il est question, mais aussi ce qu\u2019il faut en penser\u00a0: d\u2019une part, faire savoir \u00e0 l\u2019interlocuteur (ou \u00e0 l\u2019auditoire) de quoi il s\u2019agit, c\u2019est-\u00e0-dire quel domaine th\u00e9matique on lui propose de prendre en consid\u00e9ration; d\u2019autre part, lui dire quelle est la question qui se pose \u00e0 son propos (Charaudeau, 2008, paragr. 19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u2019autres termes, il est question, \u00e0 travers ce proc\u00e9d\u00e9, de proposer au lectorat un aspect nouveau du r\u00e9el afin de l\u2019amener \u00e0 s\u2019interroger ou \u00e0 mettre en doute son opinion pr\u00e9alable sur un fait social. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019observe dans les titres sur la violence terroriste BH dans <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> o\u00f9 le journaliste cherche \u00e0 attirer l\u2019attention sur la question du regain d\u2019attaques terroristes, qui contraste avec l\u2019id\u00e9e que BH serait une guerre oubli\u00e9e, donc termin\u00e9e. Les exemples ci-apr\u00e8s illustrent cette lecture\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(4) Boko Haram\u2026 la menace persiste (n\u00b0 1707 du 28\/09\/2022);<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(5) Boko Haram revient en force dans l\u2019Extr\u00eame-Nord (n\u00b0 1584 du 12\/10\/2021);<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(6) Boko Haram, l\u2019autre guerre (n\u00b01298 du 29\/11\/2019).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les diff\u00e9rents titres qui pr\u00e9c\u00e8dent traduisent le regain d\u2019activit\u00e9s terroristes dans la r\u00e9gion. Dans l\u2019exemple (4), l\u2019\u00e9nonciateur probl\u00e9matise la recrudescence des incursions terroristes par une strat\u00e9gie de cadrage par d\u00e9signation verbale. En effet, le verbe \u00ab\u00a0persiste\u00a0\u00bb, caract\u00e9risant la menace terroriste r\u00e9v\u00e8le que BH n\u2019est pas fini, qu\u2019il vit et continue de semer la terreur dans cette partie du pays. L\u2019enjeu du titre est donc de probl\u00e9matiser une opinion qui circule dans l\u2019espace public, et m\u00eame traduite sur le terrain de combat<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Il est remis ainsi en cause la fin de BH, et le journal essaie de prouver que ce dernier est bel et bien viable. C\u2019est la m\u00eame observation dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (5), o\u00f9 le verbe \u00ab\u00a0revient\u00a0\u00bb compl\u00e9t\u00e9 par la locution \u00ab\u00a0en force\u00a0\u00bb, fait comprendre que la secte islamiste BH renait de ses cendres de la fa\u00e7on la plus vive. Par le s\u00e9mantisme de ce verbe, l\u2019on d\u00e9duit par pr\u00e9supposition que la situation se serait certes apais\u00e9e pendant un moment, une p\u00e9riode qui lui a permis de mieux aff\u00fbter ses armes pour des attaques plus violentes. Mais aujourd\u2019hui, du moins au moment de l\u2019\u00e9nonciation, BH reprend ses man\u0153uvres tout en dictant ses lois. Ainsi par ces choix lexicaux, l\u2019\u00e9nonciateur tente de l\u00e9gitimer l\u2019alerte sur le regain de BH par rapport \u00e0 toute politique du d\u00e9ni.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, la lecture minutieuse de ces titres permet d\u2019aboutir \u00e0 une dynamique s\u00e9curitaire bipartite. On appellera<span style=\"font-size: 1em\">\u00a0situations S1 et S2 les deux \u00e9tats qui caract\u00e9risent la crise s\u00e9curitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Elles trouvent leur mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re dans les titres journalistiques pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9s. En effet, aussi bien dans \u00ab la menace persiste \u00bb que dans \u00ab Boko Haram revient \u00bb, il y a l\u2019id\u00e9e d\u2019un mouvement dans le changement d\u2019\u00e9tat indiqu\u00e9 par les proc\u00e8s \u00ab persiste \u00bb et \u00ab revient \u00bb. Concr\u00e8tement, on peut se repr\u00e9senter un \u00e9tat initial S1 (s\u00e9curit\u00e9 avant l\u2019av\u00e8nement de BH) qui est transform\u00e9 par la suite dans l\u2019\u00e9tat S2 (ins\u00e9curit\u00e9 avec l\u2019arriv\u00e9e de BH). Du fait de l\u2019accalmie, en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, il y a un retour \u00e0 l\u2019\u00e9tat initial S1 sans vraiment que cela soit le cas, puisqu\u2019il y a regain d\u2019attaques terroristes. En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 chaque fois qu&rsquo;on revient \u00e0 un \u00e9tat d&rsquo;accalmie S1, ce sont les nouvelles attaques qui font qu\u2019on passe \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019\u00e9tat S2. L\u2019instabilit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par les nouvelles attaques fait qu\u2019on oscille entre S1 et S2.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En bref, la mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re d\u00e9ploy\u00e9e en premi\u00e8re page de journal renseigne grandement sur ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre fait en ce qui concerne la recherche des causes profondes et des solutions du probl\u00e8me. \u00c0 cet effet, \u00e9noncer que BH \u00ab\u00a0persiste\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0revient en force\u00a0\u00bb, c\u2019est\u00a0le signe de la vitalit\u00e9 d\u2019un mouvement que l\u2019on croyait \u00e0 l\u2019agonie, mais aussi l\u2019indicateur d\u2019une forte pr\u00e9sence de la n\u00e9buleuse sur le territoire camerounais. Finalement, la vis\u00e9e de la communication m\u00e9diatique sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne est l\u2019appel \u00e0 un maintien de veille dans la guerre contre BH. L\u2019instance m\u00e9diatique tire la sonnette d\u2019alarme afin de remobiliser et revenir au front contre un mouvement extr\u00e9miste caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00ab\u00a0illusion identitaire accord\u00e9e \u00e0 une conjoncture locale et globale\u00a0\u00bb Alawadi Zelao (2017, p.\u00a022).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La rh\u00e9torique des indications chiffr\u00e9es\u00a0: une mise en sc\u00e8ne emphatique \u00e0 vis\u00e9e persuasive<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit des chiffres, loin d\u2019\u00eatre un fait simplement informatif, constitue, dans le discours d\u2019information, un \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement saillant qui joue un r\u00f4le central dans la mise en intrigue\u00a0\u00bb (Koren, 2009, p.\u00a066). C\u2019est dire que les indications chiffr\u00e9es qui accompagnent la mise en information r\u00e9pondent \u00e0 une vis\u00e9e argumentative et pragmatique. Dans la mise en discours des attaques terroristes de BH, les donn\u00e9es chiffr\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent des ressorts argumentatifs auxquels le ou la journaliste a recours pour rendre la violence terroriste sensible. Mettant en \u00e9vidence chaque fois le bilan apr\u00e8s le passage des terroristes, les indications chiffr\u00e9es, en raison de leur position dans la titraille, mettent en relief soit les victimes, pour susciter de l\u2019empathie, soit la \u00ab\u00a0figure de l\u2019ennemi\u00a0\u00bb (Charaudeau, 2011) pour culpabiliser davantage le terroriste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La mise en sc\u00e8ne emphatique de la victime<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue syntaxique, les bilans d\u2019attaques terroristes, c\u2019est-\u00e0-dire les victimes, apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement en t\u00eate de phrase. En r\u00e9alit\u00e9, ils sont des \u00ab\u00a0constituants imm\u00e9diats du titre\u00a0\u00bb (Dubois <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2002, p.\u00a0482) au sujet desquels l\u2019\u00e9nonciateur apporte un commentaire. Ce proc\u00e9d\u00e9 apparait comme une mise en sc\u00e8ne emphatique des victimes dans le but d\u2019influencer \u00e9motionnellement les repr\u00e9sentations du lectorat au sujet de la violence extr\u00e9miste \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun d\u00e8s le contact avec l\u2019information sur cet \u00e9v\u00e9nement. Il est tr\u00e8s abondant dans la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur BH. Nous pr\u00e9sentons ci-dessous quelques titres journalistiques illustratifs mettant en exergue le th\u00e9matisation de la victime.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. Quelques titres mettant en exergue la th\u00e9matisation de la victime<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 468px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\"><strong>N\u00b0<\/strong><\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\"><strong>Titres <\/strong><\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">1<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Koza. 03 personnes tu\u00e9es par Boko Haram \u00e0 Marba-Moutsikar<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b01560 du 17\/09\/2021<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">2<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava\/Mayo-Tsanaga. 05 personnes abattues par Boko Haram<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1287 du 02\/04\/2019<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">3<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava. 17 personnes enlev\u00e9es par Boko Haram \u00e0 Mberch\u00e9<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1301 du 06\/12\/2019<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">4<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Kolofata. Huit personnes enlev\u00e9es par Boko Haram \u00e0 Bourv\u00e9r\u00e9<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1260 du 02\/09\/ 2019<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">5<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Terrorisme. 37 morts dans l\u2019attaque de Darak par Boko Haram<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1226 du 12\/06\/ 2019<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">6<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Malmouri-Gouzoudou. 05 personnes \u00e9gorg\u00e9es par Boko Haram<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1102 du 27\/07 2018<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">7<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Lac Tchad. Une cinquantaine de p\u00eacheurs \u00e9gorg\u00e9s par Boko Haram<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1310 du 03\/01\/2020<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">8<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Extr\u00eame-Nord. 68 \u00e9coles primaires toujours ferm\u00e9es \u00e0 cause de Boko Haram<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1418 du 25\/09\/2020<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">9<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava. Sept morts dans trois attaques de Boko Haram<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1300 du 06\/12\/2019<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">10<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Mayo-Sava. 06 morts dans une attaque de Boko Haram<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1127 du 28\/09\/2018<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 24.5881px\">11<\/td>\n<td style=\"width: 292.145px\">Extr\u00eame-Nord. 167 civils tu\u00e9s par Boko Haram en 2023<\/td>\n<td style=\"width: 108.764px\">N\u00b0 1907 du 19\/02\/2024<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces diff\u00e9rents titres, l\u2019\u00e9vocation des bilans chiffr\u00e9s en premier lieu apparait davantage comme une strat\u00e9gie persuasive. En effet, par ces donn\u00e9es, il est question de toucher les lecteur\u00b7trices afin que ces personnes prennent une part active \u00e0 la douleur des victimes et de cr\u00e9er ainsi une communaut\u00e9 compatissante. Le sens commun consid\u00e8re les bilans comme une simple source de technique d\u2019information. Pourtant, la lecture attentive de ces \u00e9nonc\u00e9s r\u00e9v\u00e8le qu\u2019ils remplissent \u00e0 la fois des fonctions informatives, mais surtout argumentatives. Ayant la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre laconiques, ils permettent en r\u00e9alit\u00e9 de mettre en \u00e9vidence des contenus qui puissent frapper l\u2019imaginaire des lecteur\u00b7trices. Les bilans disent l\u2019essentiel de l\u2019information dans le but d\u2019accrocher l\u2019attention d\u2019une part, mais surtout d\u2019influencer les repr\u00e9sentations de l\u2019autre. En effet, ces titres concis et pr\u00e9cis sont tels qu\u2019ils donnent toujours l\u2019\u00e9tat des lieux du passage des terroristes dans une localit\u00e9. Les adjectifs num\u00e9raux cardinaux d\u00e9nombrant les victimes jouent un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans le fonctionnement discursif de ces titres; cela montre la dangerosit\u00e9 de BH.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les exemples 1, 2, 3, 4 et 6 ont la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre construits sur une structure syntaxique identique. Le discours est organis\u00e9 en deux temps. Le premier correspond \u00e0 un groupe nominal qui circonscrit l\u2019espace-temps\u00a0: \u00ab\u00a0Koza\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mayo-Sava\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Kolofata\u00a0\u00bb, etc. Ces circonstants d\u00e9finissent un cadre spatial en rapport avec les \u00e9v\u00e8nements que l\u2019on pr\u00e9sente. Le second temps met en avant des \u00e9nonc\u00e9s qui \u00e9voquent effectivement les victimes, et sp\u00e9cifiquement leur nombre. L\u2019op\u00e9ration \u00e9nonciative enclench\u00e9e par ces \u00e9nonc\u00e9s est la passivation, cette forme de pr\u00e9dication participe de l\u2019orientation de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 dans la mesure o\u00f9 elle met en \u00e9vidence le Patient (victime) et l\u2019Agent (BH). Dans ce cas pr\u00e9cis, la mise en relation porte comme terme de d\u00e9part ou premier argument le terme but. Ce que l\u2019on sch\u00e9matise comme suit\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li>terme but = \u00ab\u00a003 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\n<li>terme but = \u00ab\u00a005 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\n<li>terme but = \u00ab\u00a017 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\n<li>terme but = \u00ab\u00a0Huit personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\n<li>terme but = \u00ab\u00a037 personnes\u00a0\u00bb;<\/li>\n<li>terme but = \u00ab\u00a005 personnes\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">On remarque que dans tous ces \u00e9nonc\u00e9s, c\u2019est le terme but qui est instanci\u00e9 en d\u00e9but. Les proc\u00e8s mettent en relation l\u2019Agent et le Patient, repr\u00e9sent\u00e9s respectivement par \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0X personnes\u00a0\u00bb. Ce sont les m\u00eames instances qui apparaissent dans les proc\u00e8s \u00ab\u00a0tu\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0abattues\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0enlev\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0morts\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9gorg\u00e9s\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 de la composante syntaxique, les indications chiffr\u00e9es dans ces exemples jouent \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat \u00e0 connaitre pour agir efficacement sur les esprits\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a0209) et visent \u00e0 \u00ab\u00a0choquer le sentiment moral\u00a0\u00bb (Amossy, 2012, p.\u00a0225) en ce qu\u2019ils mettent en avant la barbarie terroriste sur les \u00eatres humains. Au fait, il est question, pour <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, de poser sur la table une certaine urgence traduisant le massacre des populations. En clair, il est question pour cette presse de toucher \u00e0 la sensibilit\u00e9 du lectorat et de le pousser \u00e0 des actions interventionnistes. De ce fait, le discours remplit une \u00ab\u00a0fonction d\u2019appel ou d\u2019alerte\u00a0\u00bb, en tant qu\u2019\u00ab\u00a0expression de la volont\u00e9 de l\u2019\u00e9metteur de faire adopter par le r\u00e9cepteur une opinion ou un comportement\u00a0\u00bb (Nahon-Raimondez, 2006, p.\u00a043). C\u2019est dans cette mesure que le titre 12 d\u00e9nombre toutes les victimes de BH durant l\u2019ann\u00e9e 2023 pour pr\u00e9senter un bilan catastrophique. Le nombre total de ces victimes au bout d\u2019une ann\u00e9e, qui est 169 personnes, est important, ce qui justifie l\u2019urgence d\u2019agir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La focalisation sur la figure de BH<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En dehors de la mise en sc\u00e8ne emphatique des victimes que d\u00e9gage la configuration de la titraille de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur BH, une autre tendance, dans une vis\u00e9e persuasive, consiste en la focalisation sur la figure de l\u2019ennemi. Si dans la th\u00e9matisation de la victime, l\u2019intention serait de toucher la sensibilit\u00e9 du lectorat afin de le pousser \u00e0 la compassion, avec la focalisation, l\u2019\u00e9nonciateur ou l\u2019\u00e9nonciatrice cherche \u00e0 mettre en \u00e9vidence la responsabilit\u00e9 de BH. Pr\u00e9cisons que \u00ab\u00a0focalisation et th\u00e9matisation constituent des op\u00e9rations \u00e9nonciatives qui agencent l\u2019ordre des termes de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 des fins de mise en valeur discursive et contrastive ou d\u2019identification d\u2019une variable\u00a0\u00bb (Bril, 2004, p.\u00a0281). Si selon cet auteur, les deux termes peuvent \u00eatre confondus, Groussier en \u00e9tablit une nette d\u00e9marcation.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La focalisation sera alors la mise en contraste par laquelle l\u2019\u00e9nonciateur cherche \u00e0 rendre un tel \u00e9l\u00e9ment pertinent pour le co\u00e9nonciateur, c\u2019est-\u00e0-dire rep\u00e9r\u00e9 par rapport \u00e0 celui-ci. La th\u00e9matisation sera l\u2019op\u00e9ration par laquelle l\u2019\u00e9nonciateur pose comme rep\u00e8re constitutif de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 un terme d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9, donc pertinent, pour les deux co\u00e9nonciateurs (Groussier, 2001, p.\u00a025).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture attentive de certains titres \u00e0 la une de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur le probl\u00e8me s\u00e9curitaire caus\u00e9 par BH permet de constater que le segment \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb qui faisait partie du proc\u00e8s dans les cas relevant de la th\u00e9matisation se retrouve en t\u00eate de phrase, ceci afin de rendre cet \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ment pertinent\u00a0\u00bb. Cette strat\u00e9gie discursive consistant \u00e0 davantage attirer l\u2019attention du lecteur ou de la lectrice sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne vise \u00e0 faire comprendre que la crise s\u00e9curitaire est toujours d\u2019actualit\u00e9, la responsabilit\u00e9 \u00e9tant \u00e9vidente.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Quelques titres illustrant le ph\u00e9nom\u00e8ne de la focalisation<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"width: 438px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 28.0682px\">N\u00b0<\/td>\n<td style=\"width: 272.756px\"><strong>Titres <\/strong><\/td>\n<td style=\"width: 94.6733px\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 28.0682px\">1<\/td>\n<td style=\"width: 272.756px\">Mayo-Tsanaga. Boko Haram assassine 04 villageois \u00e0 Ldubam<\/td>\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b01896 du 22\/01\/2024<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 28.0682px\">2<\/td>\n<td style=\"width: 272.756px\">Mayo-Sava. Boko Haram assassine un octog\u00e9naire \u00e0 Kuyap\u00e9<\/td>\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1897 du 24\/01\/2024<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 28.0682px\">3<\/td>\n<td style=\"width: 272.756px\">Terrorisme. Boko Haram \u00e9gorge cinq paysans \u00e0 Tolokomari<\/td>\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1302 du 09\/12\/2019<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 28.0682px\">4<\/td>\n<td style=\"width: 272.756px\">Talla-Kilichi. Boko Haram attaque une \u00e9cole et un poste avanc\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e<\/td>\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1535 du 16\/09\/2021<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 28.0682px\">5<\/td>\n<td style=\"width: 272.756px\">Amchid\u00e9. \u00ab\u00a0Boko Haram \u00e0 l\u2019assaut des tranch\u00e9es de l\u2019arm\u00e9e\u00a0\u00bb<\/td>\n<td style=\"width: 94.6733px\">N\u00b0 1052 du 23\/03\/2018<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify\">La configuration linguistique et discursive de ces titres appelle quelques remarques. Les quatre premiers titres pr\u00e9sentent une structure identique\u00a0: syntagme nominal sujet verbe ( objet 1 objet 1\/circonstant). Quant \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 5, il fait succ\u00e9der le syntagme nominal pr\u00e9dicat syntagme pr\u00e9positionnel objet. Nous nous int\u00e9ressons davantage \u00e0 la position du syntagme \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb pour essayer de montrer que cette place participe d\u2019une entreprise de focalisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si <em>a priori<\/em>, l\u2019op\u00e9ration de focalisation<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> qui se mat\u00e9rialise \u00e0 l\u2019\u00e9crit par des dislocations syntaxiques n\u2019est pas perceptible dans ces r\u00e9alisations discursives, elle est davantage l\u00e9gitim\u00e9e par la position syntaxique de l\u2019\u00e9l\u00e9ment \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0\u00bb, qui est ici l\u2019Agent, l\u2019\u00e9l\u00e9ment actif. Ainsi, la voix active renforce l\u2019id\u00e9e de focalisation sur la figure de BH de par la position syntaxique de ce dernier venant en t\u00eate de phrase, contrairement \u00e0 d\u2019autres choix o\u00f9 BH fait partie du proc\u00e8s de la phrase. Le choix d\u2019une telle diath\u00e8se met en \u00e9vidence la responsabilit\u00e9 de l\u2019Agent dans la r\u00e9alisation du proc\u00e8s, car non seulement il d\u00e9signe un \u00eatre anim\u00e9, il est surtout actif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, plus qu\u2019une simple disposition des mots dans la phrase, le fait que la figure de BH soit \u00e9voqu\u00e9e d\u00e8s l\u2019entame du titre est une strat\u00e9gie discursive mise en \u0153uvre et port\u00e9e par des op\u00e9rations pr\u00e9dicatives et \u00e9nonciatives dans le but de marquer l\u2019attention du lecteur ou de la lectrice. En effet, cette strat\u00e9gie permet de pointer du doigt l\u2019Agent du proc\u00e8s. Par ailleurs, la modalit\u00e9 assertive qui caract\u00e9rise ces titres met en \u00e9vidence un point de vue dont les implications voudraient traduire qu\u2019un groupe terroriste, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d\u2019existence, continue de faire l\u2019actualit\u00e9. Ce sont au fait des titres alarmistes dont l\u2019enjeu est de mettre aux yeux du monde les relents terroristes et appeler \u00e0 poursuivre le combat. C\u2019est donc tout l\u2019enjeu argumentatif de cette position syntaxique qui accroche l\u2019attention du lecteur ou de la lectrice d\u00e8s le premier contact avec le journal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En gros, la formulation de chaque titre est ici fond\u00e9e sur le bilan chiffr\u00e9 du passage des combattants de BH dans les localit\u00e9s sinistr\u00e9es. L\u2019\u00e9vocation des bilans d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e du journal permet de montrer que le terrorisme est une pr\u00e9occupation r\u00e9elle si bien que ses d\u00e9g\u00e2ts ne sont plus \u00e0 d\u00e9montrer. Ainsi, l\u2019instance journalistique entend d\u00e8s les titres, g\u00e9n\u00e9ralement imprim\u00e9s en gros caract\u00e8res, porter \u00e0 l\u2019attention du public la menace terroriste, s\u2019inscrivant ainsi en faux contre l\u2019id\u00e9e populaire qui laisserait croire que BH serait d\u00e9j\u00e0 vaincu et donc inexistant.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">D\u00e9construire le mythe d\u2019une guerre oubli\u00e9e\u00a0: vers une posture \u00e9ditoriale de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur la violence terroriste \u00e0 partir des titres<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis la survenue de BH, <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> en a fait le sujet essentiel de ses parutions, si bien qu\u2019une moindre actualit\u00e9 \u00e0 propos est relay\u00e9e de fa\u00e7on ostentatoire. La mise en discours incessante des attaques de BH dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une certaine posture de communication, laquelle entend d\u00e9construire le mythe d\u2019une guerre ignor\u00e9e, tout au moins n\u00e9glig\u00e9e. Le fait de mettre ces \u00e9v\u00e9nements toujours en page principale et en gros titre t\u00e9moigne d\u2019une volont\u00e9 manifeste de rappeler \u00e0 la conscience collective les cons\u00e9quences d\u2019une guerre silencieuse dont les populations paient le lourd tribut. Cette hypoth\u00e8se peut se v\u00e9rifier \u00e0 partir des faits langagiers qui composent les titres en une du journal et qui sont d\u00e9crits dans cette section. En effet, la une s\u2019av\u00e8re une forme textuelle de pr\u00e9dilection pour v\u00e9hiculer le positionnement. L\u2019enjeu de visibilit\u00e9 qu\u2019implique la construction d\u2019une une est un indice d\u2019une certaine vis\u00e9e implicitement \u00e9labor\u00e9e. Selon Charaudeau,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exigence de visibilit\u00e9 oblige la presse \u00e0 composer les pages de son journal de sorte que les nouvelles puissent \u00eatre ais\u00e9ment rep\u00e9rables et saisies par le lecteur. Aussi, l\u2019instance m\u00e9diatique doit-elle apporter un soin tout particulier \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019annoncer les nouvelles et les pr\u00e9senter. Elle le fait \u00e0 travers la mise en page (Unes, rubriques, photos, dessins, graphiques, tableaux, types de colonages, encadr\u00e9s, etc.) (Charaudeau, 2011, p.\u00a0196).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 lire Bobbo Moussa (2022, p.\u00a04), \u00ab\u00a0alors que cette gu\u00e9rilla entre Boko Haram et les forces de s\u00e9curit\u00e9 camerounaises dure depuis presque dix ans, ses impacts sur les probl\u00e8mes s\u00e9curitaires locaux pr\u00e9existants sont importants mais n\u00e9glig\u00e9s\u00a0\u00bb. \u00c0 la suite de cet auteur qui soutient que BH, constitue, \u00e0 l\u2019heure actuelle, \u00ab\u00a0un arbre qui cache la for\u00eat\u00a0\u00bb (Bobbo Moussa, 2022, p.\u00a01), il est de bon ton de noter que la crise est beaucoup plus complexe qu\u2019elle ne parait. Ses implications \u00e9tant nombreuses, la position de la presse r\u00e9gionale <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> est celle du maintien constant non seulement du dispositif s\u00e9curitaire, mais globalement d\u2019une veille continue contre toute forme d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la mise en sc\u00e8ne alarmiste des attaques de BH r\u00e9pond \u00e0 un enjeu de d\u00e9construction des repr\u00e9sentations qui tendent \u00e0 consid\u00e9rer cette guerre comme termin\u00e9e. Il est en r\u00e9alit\u00e9 question de \u00ab\u00a0d\u00e9sillusionner\u00a0\u00bb au sujet de la fin de cette crise en pr\u00e9sentant les faits, notamment les attaques quasi quotidiennes. Ces derni\u00e8res d\u00e9notent un net rel\u00e2chement du dispositif s\u00e9curitaire qui ne profite qu\u2019\u00e0 l\u2019ennemi. Ceci se fonde sur de nombreuses enqu\u00eates journalistiques de <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em><a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, mais surtout sur le fonctionnement de la composante linguistique et discursive des informations qui l\u00e9gitime le positionnement de l\u2019organe de presse. Sans reprendre les analyses faites dans la premi\u00e8re partie de ce texte, il y a lieu de noter que lorsque le journal appelle \u00e0 la \u00ab\u00a0remobilisation\u00a0\u00bb, telle que formul\u00e9e dans le titre \u00ab\u00a0Boko Haram\u00a0: vigilance et remobilisation\u00a0\u00bb, les sous-entendus mettent en \u00e9vidence une d\u00e9mobilisation observ\u00e9e en contexte de guerre contre BH. Face donc \u00e0 ce constat, l\u2019organisation discursive de la plupart des titres sur les incursions de BH entend d\u00e9construire cette perception et vise \u00e0 (re)susciter une mobilisation id\u00e9ologique contre cet extr\u00e9misme violent. Cet enjeu argumentatif est essentiellement une question de langage, car comme le note Daouaga (2023, p.\u00a057) \u00ab\u00a0la comp\u00e9tence argumentative\u00a0\u00bb est mise en branle par les outils linguistiques qui lui donnent toute sa force n\u00e9cessaire. Dans ce sens, l\u2019\u00e9nonciateur\u00b7trice journaliste, pour rendre sa vis\u00e9e argumentative fonctionnelle, choisit des termes appropri\u00e9s qui puissent contribuer \u00e0 la construction de la paix. En fin de compte, la presse en appelle \u00e0 la conscience aussi bien nationale qu\u2019internationale pour une mobilisation contre ce groupe violent qui \u00f4te la vie, la dignit\u00e9 et l\u2019esp\u00e9rance des populations.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les titres du journal r\u00e9gional <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> sur la violence terroriste BH dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun permettent, \u00e0 travers leurs propri\u00e9t\u00e9s discursives, de d\u00e9peindre une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re, dans un contexte de terreur. Le but poursuivi dans cet article \u00e9tait de mettre en \u00e9vidence les enjeux argumentatifs li\u00e9s \u00e0 ce contexte de lutte contre l\u2019extr\u00e9misme violent. L\u2019analyse de ces titres journalistiques dans la perspective de l\u2019argumentation, et dans une probl\u00e9matique d\u2019influence, a permis d\u2019en relever les port\u00e9es communicatives. Pour infl\u00e9chir les repr\u00e9sentations du lectorat du message, le ou la journaliste a recours \u00e0 trois ressources argumentatives principales. D\u2019abord, les strat\u00e9gies de positionnement, en tant que lieu de manifestation de la position de l\u2019\u00e9nonciateur\u00b7trice par rapport au contenu de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, montrent comment BH est un mouvement destructeur qui \u00f4te \u00e0 l\u2019humain son humanisme. Une telle caract\u00e9risation de BH participe d\u2019une vis\u00e9e persuasive invitant tout le monde \u00e0 se dresser contre l\u2019id\u00e9ologie terroriste. Ensuite, la probl\u00e9matisation met, de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re, sur l\u2019espace public, la probl\u00e9matique du regain d\u2019attaques terroristes dans la partie septentrionale \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 s\u2019observe un rel\u00e2chement du dispositif s\u00e9curitaire. Ce proc\u00e9d\u00e9 discursif rappelle \u00e0 la m\u00e9moire collective l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir un \u00e9tat de veille dans la mesure o\u00f9 BH ne devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une guerre oubli\u00e9e. Enfin, les indications chiffr\u00e9es, rapportant les bilans d\u2019attaques terroristes, mettent en avant soit la th\u00e9matisation des victimes pour susciter une communaut\u00e9 compatissante, soit la mise en sc\u00e8ne emphatique de BH pour mettre en \u00e9vidence sa responsabilit\u00e9. Tout ceci concourt finalement \u00e0 la construction d\u2019une posture \u00e9ditoriale qui a fait de la guerre id\u00e9ologique contre ce groupe terroriste une priorit\u00e9 strat\u00e9gique en r\u00e9cusant toute man\u0153uvre de d\u00e9ni.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aicha, Pemboura. 2021. Lutte contre l\u2019extr\u00e9misme violent \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun\u00a0: penser l\u2019avenir des comit\u00e9s de vigilance. <em>Revue africaine sur le terrorisme<\/em>, 11(3), 87-108.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Alawadi, Zelao. 2017. Autorit\u00e9s traditionnelles et d\u00e9sir d\u2019h\u00e9g\u00e9monie dans le champ politique au Nord-Cameroun. <em>Studia politica. Romanian political science review<\/em> 17(2), 355-376. <a href=\"https:\/\/www.ssoar.info\/ssoar\/handle\/document\/55890\">https:\/\/www.ssoar.info\/ssoar\/handle\/document\/55890<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2012. <em>L&rsquo;argumentation dans le discours. <\/em>Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anscombre, Jean-Claude et Ducrot, Oswald. 1997. <em>L\u2019argumentation dans la langue.<\/em> Bruxelles\u00a0: Mardaga.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bavekoumbou, Marius. 2016. <em>S\u00e9miotique textuelle et titrologie\u00a0: interactions s\u00e9mantiques entre titres et \u0153uvres dans Le Grand Malentendu de Yasmina Khadra<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Limoges.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bobbo, Moussa. 2022. Boko Haram dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun\u00a0: l\u2019arbre qui cache la for\u00eat. <em>Observatoire de l\u2019Afrique centrale et australe<\/em>. Note r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019Institut fran\u00e7ais des relations internationales (IFRI) au profit de la Direction g\u00e9n\u00e9rale des relations internationales et de la strat\u00e9gie du Minist\u00e8re des arm\u00e9es. <a href=\"https:\/\/www.defense.gouv.fr\">https:\/\/www.defense.gouv.fr<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bril, Isabelle. 2004. Th\u00e9matisation et focalisation dans les langues de Nouvelle-Cal\u00e9donie\u00a0: ph\u00e9nom\u00e8nes discursifs et m\u00e9canismes \u00e9volutifs. <em>Faits de langues<\/em>, 23 (24), 281-301.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Burger, Marcel. 2006. L\u2019analyse du discours appliqu\u00e9e \u00e0 la communication m\u00e9diatique\u00a0: comment la presse romane parle-t-elle de l\u2019Islam ? <em>VALS-ASLA<\/em>, 83 (2), 201-212.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique (dir.). 2002. <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2008. L\u2019argumentation dans une probl\u00e9matique d\u2019influence. <em>Argumentation et Analyse du Discours<\/em> (1), mis en ligne le 02 octobre 2008, consult\u00e9 le 23 septembre 2019. <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/193\">http:\/\/journals.openedition.org\/aad\/193<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2011. <em>Les m\u00e9dias et l&rsquo;information\u00a0: l\u2019impossible transparence du discours<\/em>. Bruxelles\u00a0: De Boeck-Ina.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. Les st\u00e9r\u00e9otypes, c\u2019est bien. Les imaginaires, c\u2019est mieux. Dans Boyer, Henri (dir.), <em>St\u00e9r\u00e9otypage, st\u00e9r\u00e9otypes\u00a0: fonctionnements ordinaires et mises en sc\u00e8ne<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chuquet, H\u00e9l\u00e8ne et Paillard, Michel. 2017. <em>Glossaire de linguistique contrastive\u00a0: anglais-fran\u00e7ais<\/em>. Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daouaga, Samari Gilbert. 2023. Pr\u00e9parer les apprenants camerounais \u00e0 la comp\u00e9tence citoyenne par l\u2019enseignement du d\u00e9bat en classe de fran\u00e7ais. <em>Action didactique<\/em> 6 (1), 52-72. <a href=\"https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/843\">https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/843<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Deleplace, Marc. 1996. La notion d&rsquo;anarchie pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise (1789-1801). <em>Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine<\/em>, 43 (2), 307-328.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/rhmc.1996.1819\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/rhmc.1996.1819<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dubois, Jean, Giacomo, Maht\u00e9e, Guespin, Louis, Marcellesi, Christiane, Marcellesi, Jean-Baptiste et M\u00e9vel, Jean-Pirre. 2002. <em>Dictionnaire de linguistique. <\/em>Paris\u00a0: Larousse.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Genette, Gerard. 1987. <em>Seuils. <\/em>Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Groussier, Marie-Line. 2001. Pertinence, focalisation, th\u00e9matisation. <em>Cahiers Charles V <\/em>(30), 7-25. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/cchav.2001.1306\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/cchav.2001.1306<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Henda, Dhaouadi. 2007. De la pluridisciplinarit\u00e9 en analyse de discours. <em>Synergies P\u00e9rou<\/em>, 2. <a href=\"http:\/\/gerflint.fr\/Base\/Perou2\/Henda.pdf\">http:\/\/gerflint.fr\/Base\/Perou2\/Henda.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Human Right Watch. Cameroun. \u00c9v\u00e8nements 2019. <em>Rapport mondial. Bilan annuel de HRW sur les droits humains dans le monde<\/em>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/world-report\/2021\/country-chapters\/cameroon\">https:\/\/www.hrw.org\/fr\/world-report\/2021\/country-chapters\/cameroon<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1986. <em>L\u2019implicite<\/em>. Pairs: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koren, Roselyne. 2009. Le r\u00e9cit de chiffres\u00a0: enjeux argumentatifs de la \u00ab\u00a0narrativisation\u00a0\u00bb des chiffres dans un corpus de presse \u00e9crite contemporain. <em>A contrario<\/em>, 12 (2), 66-84. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/aco.062.0066\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/aco.062.0066<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nahon-Raimondez, Anne-Marie. 2006. <em>La phras\u00e9ologie m\u00e9dicale\u00a0: \u00e9tude de textes parall\u00e8les fran\u00e7ais et allemands<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Strasbourg 2.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Njoya Kouotou, Mohamed Nacer. 2022. Construction des m\u00e9moires discursives et collectives dans la presse r\u00e9gionale camerounaise en p\u00e9riode pr\u00e9\u00e9lectorale\u00a0: cas des l\u00e9gislatives et municipales dans <em>Ouest Echos<\/em> et <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>. <em>Paradigmes<\/em> 7 (03), 295-307. <a href=\"https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/646\">https:\/\/www.asjp.cerist.dz\/en\/PresentationRevue\/646<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Prost, Antoine. 1996. Les mots. Dans R\u00e9mond, Ren\u00e9 (dir.), <em>Pour une histoire politique<\/em> (255-285). Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ringoot, Roselyne. 2014. <em>Analyser le discours de presse<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tahar, Amor. 2012. Pour une syntaxe des titres des faits divers. R\u00e9flexion sur un corpus de titres de presse alg\u00e9rienne d\u2019expression fran\u00e7aise. <em>Synergies Alg\u00e9rie<\/em>, 17, 25-33. <a href=\"https:\/\/gerflint.fr\/Base\/Algerie17\/tahar.pdf\">https:\/\/gerflint.fr\/Base\/Algerie17\/tahar.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wander, Emediato. 2011. L\u2019argumentation dans le discours d\u2019information m\u00e9diatique\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Argumentation et analyse du discours<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.1209\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.1209<\/a><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/daniel-kaladzavi\">Daniel KALADZAVI<\/a><\/strong><br \/>L\u2019auteur est doctorant en Sciences du Langage \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Maroua o\u00f9 il enseigne, \u00e0 titre temporaire, la langue et la linguistique fran\u00e7aises au D\u00e9partement de Lettres Bilingues \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure. Ses travaux de th\u00e8se en s\u00e9miotique de la communication portent sur l\u2019approche s\u00e9miolinguistique de la violence terroriste \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun dans le journal L\u2019\u0152il du Sahel.<\/p>\n<p>Contact : kaladzavidaniel@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-630-1\">Dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Cameroun. \u00c9v\u00e8nements de 2019\u00a0\u00bb publi\u00e9 sur son site, <em>Human Rights Watch<\/em> note que les attaques de BH s\u2019intensifient dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Voir https:\/\/www.hrw.org\/fr\/world-report\/2021\/country-chapters\/cameroon[2] Selon les crit\u00e8res \u00e9tablis par Prost, le corpus devrait remplir les conditions suivantes\u00a0: \u00eatre contrastif, \u00eatre diachronique et \u00eatre constitu\u00e9 de textes \u00e9manant de locuteurs collectifs, de textes significatifs (Prost, cit\u00e9 par Deleplace, 1996, p. 313).[3] N\u2019ayant pas adopt\u00e9 une perspective lexicom\u00e9trique dans ce texte, les statistiques d\u2019apparition de ce lex\u00e8me dans le corpus n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es. Dans cet article, je tiens beaucoup plus \u00e0 la valeur contextuelle d\u2019une unit\u00e9 linguistique qu\u2019\u00e0 sa fr\u00e9quence dans le corpus.[4] \u00c0 ce sujet, l\u2019on peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019enqu\u00eate journalistique men\u00e9e et publi\u00e9e par <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em> dans son \u00e9dition du 19 novembre 2019, n\u00b0 1298. Celle-ci r\u00e9v\u00e8le que \u00ab\u00a0chars, lance-roquettes, blind\u00e9s et autres mat\u00e9riels d\u00e9ploy\u00e9s autrefois pour combattre Boko Haram disparaissent peu \u00e0 peu de la vue des populations. Pour l\u2019arm\u00e9e, la raison en est simple : le groupe terroriste est militairement d\u00e9fait\u00a0\u00bb.[5] Nous signalons que la focalisation en tant que proc\u00e9d\u00e9 linguistique n\u2019est pas \u00e9voqu\u00e9e comme argument dans cet article. Le terme est beaucoup plus utilis\u00e9 pour indiquer l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine emphase dans le discours.[6] De nombreuses enqu\u00eates journalistiques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la suppression de plusieurs dispositifs s\u00e9curitaires dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. C\u2019est le cas de la 4e R\u00e9gion militaire interarmes (RMIA 4) pilot\u00e9e par des militaires constitu\u00e9s du 42e Bataillon d\u2019infanterie motoris\u00e9e (BIM) de Mora et de ceux de l'op\u00e9ration \u00e9mergence, bas\u00e9e \u00e0 Goumbouldi et supprim\u00e9e le 2 novembre 2019. Voir <em>L\u2019\u0152il du Sahel<\/em>, n\u00b0 1291 du mercredi 13 novembre 2019. <a href=\"#return-footnote-630-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":1,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["daniel-kaladzavi"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[265],"license":[],"class_list":["post-630","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-argumentation","motscles-boko-haram","motscles-indications-chiffrees","motscles-strategie-de-positionnement","motscles-titres-de-presse","keywords-boko-haram","keywords-headlines","keywords-numerical-indications","keywords-positioning-strategy","keywords-problematization","motscles-autre-boko-haram","motscles-autre-maya","motscles-autre-mbezl-ndo-man-a-zlezleme","motscles-autre-skwi-si-ndo-teva","contributor-daniel-kaladzavi"],"part":627,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/630\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":780,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/630\/revisions\/780"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/627"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/630\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=630"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=630"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}