{"id":645,"date":"2024-11-20T13:17:19","date_gmt":"2024-11-20T12:17:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=645"},"modified":"2024-12-31T15:13:21","modified_gmt":"2024-12-31T14:13:21","slug":"assipolo2024","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/assipolo2024\/","title":{"rendered":"La mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun : quel bilan pr\u00e8s de quatre d\u00e9cennies apr\u00e8s la publication de <em>Pour le lib\u00e9ralisme communautaire<\/em> de Paul Biya?"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article se propose d\u2019\u00e9valuer la mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun \u00e0 partir de ses grandes orientations telles qu\u2019elles apparaissent dans <em>Pour le lib\u00e9ralisme communautaire<\/em> (d\u00e9sormais <em>PLC<\/em>)[footnote]Le livre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2024 par Fabre et Sopecam avec l\u2019ajout du sous-titre <em>Une pens\u00e9e dynamique \u00e0 la mesure des temps pr\u00e9sents<\/em>. Nous citons ici la premi\u00e8re version de 1987 publi\u00e9 chez Fabre dans la mesure o\u00f9 2024 est la borne fermante de notre \u00e9tude.[\/footnote]. L\u2019auteur Paul Biya[footnote]Paul Biya, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Cameroun depuis le 6\u00a0novembre\u00a01982.[\/footnote] y d\u00e9fend, en mati\u00e8re de culture, la th\u00e8se du spiritualisme, convaincu que seule une politique culturelle courageuse et cons\u00e9quente peut \u00eatre le levier de l\u2019approche politique qu\u2019il entend promouvoir pour asseoir la d\u00e9mocratie camerounaise. Quelles observations inspirent les diff\u00e9rentes mesures visant \u00e0 traduire dans les faits le programme du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique? Le profond changement social que souhaitait Paul Biya devait se construire en prenant en compte les mutations susceptibles d\u2019orienter ailleurs les efforts et d\u2019influencer les d\u00e9cisions politiques. Cet ouvrage para\u00eet en effet apr\u00e8s des r\u00e9formes majeures[footnote]Le chef de l\u2019\u00c9tat avait assis son pouvoir sur la structure politique de l\u2019ancien parti unique, l\u2019Union nationale camerounaise (UNC). Les r\u00e9formes dict\u00e9es par la modernisation et la d\u00e9mocratisation du parti aboutissent, en mars\u00a01985, \u00e0 sa redynamisation lors d\u2019un congr\u00e8s tenu \u00e0 Bamenda. Ses structures sont r\u00e9organis\u00e9es et il est rebaptis\u00e9 Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (RDPC).[\/footnote]. Les cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es\u00a01980[footnote]Elle aura pour effet le ralentissement de l\u2019\u00e9conomie, la hausse des prix, des\u00a0d\u00e9ficits budg\u00e9taires et une perte de recettes publiques. Le Cameroun reconnait la manifestation de la crise en 1987 (Herrera, 1994).[\/footnote] se font d\u00e9j\u00e0 ressentir et l\u2019effritement du rideau de fer est sur le point de d\u00e9clencher le vent de l\u2019Est qui aura des r\u00e9percussions sur le sommet de La Baule[footnote]\u00c0 cette XVIe\u00a0conf\u00e9rence des chefs d\u2019\u00c9tat d\u2019Afrique et de France, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise (Fran\u00e7ois Mitterrand) avait, dans son discours du 20\u00a0juin\u00a01990, conditionn\u00e9 l\u2019aide \u00e0 la\u00a0<em>d\u00e9mocratisation.<\/em>[\/footnote]. Le contexte national et international a donc pu compromettre l\u2019enti\u00e8re r\u00e9alisation des objectifs culturel et linguistique de <em>PLC<\/em>; d\u2019o\u00f9 son actualit\u00e9. Toutefois, certaines th\u00e8ses m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre actualis\u00e9es. La pr\u00e9sente contribution est guid\u00e9e par les approches g\u00e9n\u00e9ralement convoqu\u00e9es pour analyser les politiques culturelle et linguistique, pr\u00e9sent\u00e9es dans sa premi\u00e8re section. La seconde porte sur les grandes orientations de la politique culturelle et linguistique du Cameroun et la troisi\u00e8me est un examen critique des r\u00e9sultats des mesures prises pour traduire dans les faits ses diff\u00e9rentes articulations.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9alables th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour \u00e9valuer la mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun, il est important de s\u2019appuyer sur les th\u00e9ories susceptibles de fournir un cadre analytique appropri\u00e9. Nous avons choisi d\u2019associer, \u00e0 cette fin, les cadres sociolinguistique, politique et \u00e9ducatif afin d\u2019obtenir une vue d\u2019ensemble qui permet de mieux comprendre les interactions complexes entre langue, culture et pouvoir. En effet, une politique linguistique bien formul\u00e9e sur le plan r\u00e9glementaire (approche politique), si elle ne tient pas compte des r\u00e9alit\u00e9s sociolinguistiques (approche sociolinguistique) ou des besoins \u00e9ducatifs (approche \u00e9ducative), aura une efficacit\u00e9 limit\u00e9e. Ce positionnement th\u00e9orique nous a amen\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier, comme m\u00e9thodologie, l\u2019enqu\u00eate documentaire. Les questionnaires ou les interviews auraient n\u00e9cessit\u00e9 plus de temps et incit\u00e9 \u00e0 \u00e9largir le champ de l\u2019\u00e9tude.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les cadres sociolinguistique, politique et \u00e9ducatif de l\u2019analyse des politiques linguistiques<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Plusieurs approches th\u00e9oriques peuvent \u00eatre mobilis\u00e9es pour analyser les politiques culturelles et linguistiques\u00a0: sociolinguistique, politique et \u00e9ducatif. La perspective sociolinguistique (Fishman, 1970; Boyer, 2010; Calvet, 2017) s\u2019int\u00e9resse aux aspects sociaux et culturels des langues. Elle prend en compte la diversit\u00e9 linguistique, le contact des langues, la variation et les politiques linguistiques. Le cadre politique (Gardy et Lafont, 1981; Maurais, 1987; Labrie, 1993) se concentre sur les enjeux de pouvoir, de domination, de r\u00e9sistance, de n\u00e9gociation et de l\u00e9gitimation li\u00e9s aux langues. Il examine les discours et les actions des hommes et femmes politiques, des institutions, des m\u00e9dias, etc., qui cherchent \u00e0 imposer, \u00e0 d\u00e9fendre ou \u00e0 contester certains codes linguistiques. Le cadre \u00e9ducatif s\u2019occupe des questions relatives \u00e0 l\u2019enseignement et \u00e0 l\u2019apprentissage des langues. Il \u00e9tudie les objectifs, les contenus, les m\u00e9thodes, les \u00e9valuations et les r\u00e9sultats des politiques linguistiques \u00e9ducatives, en prenant en compte la diversit\u00e9 linguistique et culturelle des apprenant\u00b7es, ainsi que leurs besoins et leurs droits. C\u2019est, entre autres, le cas des travaux du Conseil de l\u2019Europe (2001; 2020).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Analyser l\u2019impl\u00e9mentation de la politique culturelle et linguistique du Cameroun exige l\u2019association des trois m\u00e9thodes mentionn\u00e9es plus haut afin de parvenir \u00e0 une compr\u00e9hension holistique et nuanc\u00e9e des dynamiques en jeu. L\u2019approche sociolinguistique aide \u00e0 comprendre les enjeux de la politique linguistique en mati\u00e8re de reconnaissance et de valorisation des langues. L\u2019approche politique donne d\u2019examiner les lois, les politiques et les normes qui encadrent l\u2019utilisation des langues. Elle analyse la mani\u00e8re dont ces cadres influencent la mise en \u0153uvre des politiques culturelles et linguistiques en incluant l\u2019examen des programmes mis en place et les r\u00e9sultats obtenus. L\u2019approche \u00e9ducative se concentre sur les approches choisies pour impl\u00e9menter les politiques linguistiques dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Cette d\u00e9marche a conduit \u00e0 la collecte et \u00e0 l\u2019exploitation de donn\u00e9es diverses.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">M\u00e9thodologie<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les sources ayant fourni les donn\u00e9es pour ce travail sont d\u2019abord l\u2019ouvrage qui sert de point de d\u00e9part \u00e0 l\u2019analyse (<em>PLC<\/em>), ensuite des textes juridiques en rapport avec les orientations strat\u00e9giques visant la mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun, enfin des travaux scientifiques ayant analys\u00e9 les effets desdites orientations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>PLC<\/em> constitue la mati\u00e8re premi\u00e8re dans la mesure o\u00f9 l\u2019auteur y a consign\u00e9 sa vision sur la question culturelle et linguistique. Soulignons que, plus sp\u00e9cifiquement, le chapitre\u00a0VI de l\u2019ouvrage nous int\u00e9resse. Il a pour titre \u00ab\u00a0Des cultures ethniques \u00e0 une culture nationale\u00a0\u00bb et ses d\u00e9veloppements nous donnent d\u2019appr\u00e9cier le positionnement de l\u2019auteur sur la culture, la politique culturelle, l\u2019unit\u00e9 nationale, la question linguistique, les moyens et les infrastructures culturelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019examen des textes juridiques a pour finalit\u00e9 de nous permettre d\u2019appr\u00e9cier comment les r\u00e8gles de droit s\u2019appliquant \u00e0 la politique culturelle et linguistique du Cameroun ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es. Il s\u2019est agi de d\u00e9terminer, \u00e0 la lumi\u00e8re des diff\u00e9rentes r\u00e9alisations, si les objectifs escompt\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 atteints. Nous avons pris en compte le fait que les positions de l\u2019auteur visaient dans un premier temps l\u2019ethnolyse qui, selon Fossaert, \u00ab\u00a0dissout des peuples, jadis distincts, en provinces homog\u00e8nes dont les classes sup\u00e9rieures lorgnent vers une nouvelle unit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un \u00c9tat agrandi\u00a0\u00bb (1991, p.\u00a092). Il \u00e9tait par la suite question d\u2019aboutir \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les langues nationales et officielles, enfin, de d\u00e9velopper le secteur des arts et de la culture.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De la litt\u00e9rature scientifique, ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es des informations sur le contexte, les enjeux\u00a0et les effets des mesures prises pour op\u00e9rationnaliser les id\u00e9es issues du programme pr\u00e9sent\u00e9 dans l\u2019ouvrage. Nous avons chaque fois pris en compte les nombreux facteurs ayant pu compromettre la mise en \u0153uvre du projet lui-m\u00eame ou de l\u2019une de ses d\u00e9clinaisons. Chez Paul Biya, il apparait, s\u2019agissant de la question culturelle et linguistique, une logique trinitaire dans la mesure o\u00f9 culture, langue et unit\u00e9 nationale lui semblent consubstantielles.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La question culturelle et linguistique dans <em>PLC<\/em><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture de <em>PLC <\/em>montre que son auteur a fait de la politique culturelle et linguistique l\u2019un des leviers du d\u00e9veloppement social d\u2019une nation multiethnique et multilingue. Cette politique, tel qu\u2019il la conceptualise, compte cinq principales d\u00e9clinaisons\u00a0: moral, acad\u00e9mique, civique, politique et esth\u00e9tique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le premier axe, ce sont les valeurs morales qui doivent \u00eatre promues. L\u2019auteur de <em>PLC<\/em> l\u2019exprime en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Le volet moral de notre politique culturelle consiste \u00e0 pr\u00e9parer les Camerounais, \u00e0 les former \u00e0 mieux encadrer leurs familles par la transmission des valeurs humaines qui garantissent sa dignit\u00e9 et sa respectabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0111). La culture morale ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la moralisation des comportements, l\u2019une des principales variables de son ambitieux programme\u00a0: la population camerounaise doit \u00eatre \u00e9duqu\u00e9e de sorte que l\u2019identit\u00e9 nationale garantisse le savoir-\u00eatre. \u00ab\u00a0Le volet acad\u00e9mique veille \u00e0 d\u00e9passer la simple scolarisation pour une instruction effective des Camerounais\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0111). Il faut donc trouver le juste \u00e9quilibre entre les savoirs savants et les savoirs pratiques. Le volet civique veut que le peuple soit instruit sur ses droits et ses libert\u00e9s, la promotion du volet politique visant \u00e0 former le peuple \u00e0 la ma\u00eetrise des id\u00e9ologies politiques. Le volet esth\u00e9tique, enfin, prescrit que l\u2019on enseigne \u00e0 la population camerounaise le sens du beau afin qu\u2019elle puisse appr\u00e9cier, de mani\u00e8re d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, les valeurs autres que les valeurs mat\u00e9rielles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La politique culturelle et linguistique expos\u00e9e dans <em>PLC<\/em> se r\u00e9sume par le concept de \u00ab\u00a0spiritualisme culturel\u00a0\u00bb que l\u2019auteur oppose \u00e0 \u00ab\u00a0id\u00e9alisme culturel\u00a0\u00bb. Il estime qu\u2019\u00ab\u00a0autant le spiritualisme affronte ses propres r\u00e9alit\u00e9s pour en extraire du neuf, autant l\u2019id\u00e9alisme esquive sa r\u00e9alit\u00e9 pour se b\u00e2tir des chim\u00e8res\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0113). Dans la perspective spiritualiste, la culture est une \u00e9cole de la responsabilit\u00e9 dont la finalit\u00e9 est de forger des personnes pr\u00eates \u00e0 s\u2019assumer en acceptant l\u2019\u00e9chelle des valeurs qu\u2019elles se sont d\u00e9finies en toute clairvoyance. Il est de ce fait recommand\u00e9 de passer \u00ab\u00a0d\u2019une culture inconsciemment v\u00e9cue \u00e0 une culture librement pens\u00e9e\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0114). On peut voir dans ce positionnement le rejet du mat\u00e9rialisme, rappelant \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel d\u00e9bat du mat\u00e9rialisme et du spiritualisme, qui fait la philosophie m\u00eame\u00a0\u00bb (Citot, 2006, p.\u00a043). Par le spiritualisme culturel donc, il est possible de r\u00e9aliser l\u2019ethnolyse, l\u2019enracinement culturel par les langues nationales et officielles, d\u2019aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de la population camerounaise en dotant le secteur culturel de moyens et d\u2019infrastructures.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">De l\u2019ethnie \u00e0 la patrie<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019auteur propose de forger, au Cameroun, une identit\u00e9 synth\u00e9tique, fruit du brassage entre toutes les originalit\u00e9s ethniques. Il esp\u00e8re que \u00ab\u00a0la gerbe de la culture nationale ainsi li\u00e9e cultivera en nous [les Camerounais\u00b7es] l\u2019esprit de tol\u00e9rance et non de complaisance, et l\u2019esprit de compromis qui n\u2019est point compromission\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0115)<em>. <\/em>La richesse culturelle du pays \u00e9manant de ses diff\u00e9rentes communaut\u00e9s lui donne donc de la mati\u00e8re pour pouvoir composer, choisir le meilleur de toutes ses cultures dans le but d\u2019en cr\u00e9er une et une seule \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, comp\u00e9titive sur la sc\u00e8ne internationale. Cette forme de syncr\u00e9tisme sur lequel se fonde l\u2019identit\u00e9 nationale n\u2019est r\u00e9alisable, pour le penseur politique, que si entre les ethnies se cr\u00e9e le besoin de contribution, de participation et de compl\u00e9mentarit\u00e9 \u00e0 travers les langues notamment.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La question des langues<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il apparait, \u00e0 la lecture de <em>PLC<\/em>, que son auteur pr\u00f4ne une approche distinguant deux niveaux compl\u00e9mentaires, ethnique et national. Voici ce qu\u2019il en dit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau ethnique, il faut encourager le d\u00e9veloppement de toutes les langues nationales, v\u00e9hicules privil\u00e9gi\u00e9s des cultures ethniques. Il importe de ce fait que chaque langue exprime la culture qu\u2019elle v\u00e9hicule. Ainsi produits, ces joyaux culturels seront transf\u00e9r\u00e9s sur la sc\u00e8ne nationale au grand b\u00e9n\u00e9fice de la collectivit\u00e9. Il convient donc de laisser \u00e9panouir toutes nos fleurs linguistiques, phase historique n\u00e9cessaire et indispensable \u00e0 la confection du bouquet culturel national (Biya, 1987, p.\u00a0117).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au premier niveau donc, toutes les initiatives visant la promotion des langues nationales doivent \u00eatre encourag\u00e9es dans la mesure o\u00f9 elles sont les v\u00e9hicules des cultures ethniques. Ces \u00ab\u00a0joyaux culturels\u00a0\u00bb serviront la collectivit\u00e9 dans son besoin de d\u00e9veloppement en participant de fa\u00e7on \u00e9troite \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de chaque Camerounais\u00b7e dans sa communaut\u00e9 ethnique d\u2019abord, ensuite dans la communaut\u00e9 nationale. Il s\u2019agit donc de cultiver, chez chaque citoyen\u00b7ne, le besoin d\u2019appartenir \u00e0 une ethnie non pas du fait de la naissance, mais \u00e0 travers la connaissance de sa culture linguistique. Ce besoin d\u2019appartenance accompli, il revient \u00e0 chacun\u00b7e de participer \u00e0 la construction d\u2019une identit\u00e9 culturelle nationale, toute culture ayant besoin de moyens et de lieux appropri\u00e9s pour son expression et son rayonnement.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les moyens et les infrastructures culturelles<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le politique prescrit la mise \u00e0 disposition des lieux tels que le palais des congr\u00e8s de Yaound\u00e9, les maisons du parti dans les unit\u00e9s administratives,\u00a0de m\u00eame que la construction et la vulgarisation des centres culturels pour redonner confiance aux artistes d\u2019abord, \u00e0 tous ses compatriotes ensuite. En permettant aux artistes d\u2019exposer leurs talents dans de grandes salles de spectacle, les Camerounais\u00b7es pourront visualiser sur place les faits de culture jusqu\u2019ici inconnus, ou avec lesquels ils et elles n\u2019ont que partiellement \u00e9t\u00e9 en contact, dans des salles inadapt\u00e9es ou \u00e9trang\u00e8res. Si le contexte intellectuel, favorable \u00e0 la r\u00e9flexion, a laiss\u00e9 fleurir de nombreuses r\u00e9flexions (Tadadjeu, 1975 et 1985; Abega, 1976; Renaud, 1976; Sengat Kuo, 1985), le contexte politique et \u00e9conomique a davantage compliqu\u00e9 une t\u00e2che d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s peu ais\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">De la vision \u00e0 son impl\u00e9mentation<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Cameroun a-t-il pu r\u00e9aliser l\u2019ethnolyse, construire l\u2019esprit citoyen \u00e0 travers une identit\u00e9 culturelle synth\u00e9tique, doter le secteur culturel de moyens et d\u2019infrastructures \u00e0 la mesure de son ambitieux programme culturel et linguistique? C\u2019est \u00e0 cette question que se proposent de r\u00e9pondre les d\u00e9veloppements ci-dessous.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Des ethnies \u00e0 la patrie<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9lite camerounaise de la p\u00e9riode postcoloniale s\u2019est employ\u00e9e, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance (1960) et la r\u00e9unification (1961), \u00e0 r\u00e9aliser l\u2019unit\u00e9 nationale \u00e0 travers de nombreuses mesures politiques. Elle h\u00e9ritait d\u2019un pays o\u00f9 les s\u00e9quelles du nationalisme \u00e9taient encore vivaces, avec des diff\u00e9rences de culture entre les nombreuses communaut\u00e9s locales. Le pouvoir central devait r\u00e9soudre, \u00e9crit Mouich\u00e9 (2000, p.\u00a0212), le probl\u00e8me de l\u2019int\u00e9gration politique. Cela impliquait l\u2019\u00e9mergence d\u2019une autorit\u00e9 centrale, l\u2019existence d\u2019un sentiment national, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un lien entre gouvernant\u00b7es et gouvern\u00e9\u00b7es, l\u2019apparition d\u2019un sens minimum de consensus n\u00e9cessaire au maintien de l\u2019ordre social et la promotion, au sein de la population, d\u2019un esprit de concertation. On trouvera chez le m\u00eame auteur une analyse assez d\u00e9taill\u00e9e des th\u00e8ses relatives \u00e0 la construction nationale au Cameroun.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En consid\u00e9rant diff\u00e9rents positionnements sur la construction de l\u2019\u00c9tat et les particularit\u00e9s propres au Cameroun s\u2019agissant des questions identitaires (Fossaert, 1991;\u00a0Mbock et Chameni, 2000; Guermond, 2006;\u00a0Bayou, 2011; Beaudin, 2012;\u00a0Abouna, 2020), une question s\u2019impose\u00a0: le Cameroun peut-il \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00c9tat-nation?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Non. Si on prend en compte le crit\u00e8re ethnoculturel qui veut que l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00c9tat renvoie \u00e0 celle d\u2019un peuple dot\u00e9 d\u2019une langue, d\u2019une religion et d\u2019une histoire partag\u00e9es. Soulignons toutefois que d\u2019autres cas de figure sont possibles, un \u00c9tat pouvant adopter deux ou plusieurs langues officielles (Afrique du Sud, Cameroun, Rwanda, etc.). Le \u00ab\u00a0peuple camerounais\u00a0\u00bb est un agr\u00e9gat de communaut\u00e9s parlant diff\u00e9rentes langues, environ 280 selon l\u2019<em>Atlas linguistique du Cameroun<\/em> (Binam Biko\u00ef, 2012a). L\u2019\u00c9tat-nation lui-m\u00eame a adopt\u00e9 deux langues officielles d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9gale valeur\u00a0\u00bb, le fran\u00e7ais et l\u2019anglais (article\u00a01, alin\u00e9a\u00a03 de la loi n\u00b0\u00a006 du 18\u00a0janvier\u00a01996 portant r\u00e9vision de la constitution du 2\u00a0juin\u00a01972). Toutes les grandes religions monoth\u00e9istes sont repr\u00e9sent\u00e9es et subsistent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des croyances dites traditionnelles, des ordres et de quelques religions mineures. La conqu\u00eate de l\u2019espace s\u2019est faite en plusieurs vagues, suivant diff\u00e9rentes portes d\u2019entr\u00e9e (Mveng, 1984). On n\u2019a donc pas affaire \u00e0 une situation d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, avec un peuple partageant des r\u00e9f\u00e9rents culturels identiques ou une histoire commune, \u00e0 moins qu\u2019elle ne soit celle de la colonisation et l\u2019histoire r\u00e9cente depuis la d\u00e9colonisation. La question serait donc celle de savoir s\u2019il ne s\u2019est pas tiss\u00e9, au cours de l\u2019histoire, un fil d\u2019Ariane qui a reli\u00e9 les diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s camerounaises.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Oui. Si on se fie au crit\u00e8re g\u00e9opolitique. Le Cameroun a obtenu son ind\u00e9pendance le 1er\u00a0janvier\u00a01960. Il existe bel et bien un territoire encadr\u00e9 par des fronti\u00e8res reconnues par la communaut\u00e9 internationale. La population camerounaise est compos\u00e9e de divers groupes ethniques et linguistiques qui enrichissent son identit\u00e9. Les mouvements de population entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays contribuent \u00e0 la dynamique sociale et culturelle du pays. Malgr\u00e9 les d\u00e9fis internes auxquels il fait face, comme les tensions dans les deux r\u00e9gions administratives du pays anciennement administr\u00e9es par l\u2019Angleterre (Nord-Ouest et Sud-Ouest), le pouvoir central s\u2019active pour maintenir la paix et la stabilit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le crit\u00e8re sociopolitique, le Cameroun est \u00e9galement un \u00c9tat-nation. Le code de la citoyennet\u00e9\u00a0est d\u00e9fini par les dispositions de la loi no\u00a01968-LF-3 du 11\u00a0juin\u00a01968. Il existe un \u00c9tat\u00a0camerounais, de type unitaire et d\u00e9centralis\u00e9. La Constitution du 18\u00a0janvier\u00a01996, en son article 1er, recense toutes les caract\u00e9ristiques de cet \u00c9tat\u00a0et l\u2019alin\u00e9a\u00a03 de cet article pr\u00e9cise ses orientations linguistiques. Malgr\u00e9 la diversit\u00e9, il existe, chez les Camerounais\u00b7es le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 la m\u00eame nation, soumis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat. Il y a lieu de souligner toutefois qu\u2019il existe de nombreux facteurs susceptibles de fragiliser la construction nationale, notamment le jeu politique qui polarise les passions et consacre le plus souvent la d\u00e9fense des solidarit\u00e9s communautaires, ou encore les injustices sociales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des d\u00e9veloppements qui pr\u00e9c\u00e8dent, on retient qu\u2019au Cameroun, un sentiment d\u2019identit\u00e9 nationale s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 au fil des d\u00e9cennies. Toutefois, des tensions demeurent, notamment dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, o\u00f9 les demandes de reconnaissance et d\u2019autonomie ont conduit \u00e0 des crises politiques et des conflits arm\u00e9s. Les disparit\u00e9s \u00e9conomiques et le d\u00e9veloppement in\u00e9gal entre les r\u00e9gions peuvent mettre \u00e0 mal le sentiment d\u2019unit\u00e9 et alimenter des frustrations, comme les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la gouvernance. Des efforts continus doivent encore \u00eatre men\u00e9s pour pallier les in\u00e9galit\u00e9s, g\u00e9rer les diff\u00e9rences culturelles de mani\u00e8re inclusive, promouvoir une gouvernance transparente et participative. Passer des ethnies \u00e0 la patrie est, en fin de compte, un objectif en constante \u00e9volution, n\u00e9cessitant une attention et des adaptations continues.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La question des langues<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dieu <em>et al.<\/em> (1983) avaient propos\u00e9 un inventaire pr\u00e9liminaire des langues du Cameroun. L\u2019on peut regretter que ce travail, qui inspirera l\u2019enqu\u00eate ayant abouti, en 2012, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de l\u2019<em>Atlas linguistique du Cameroun<\/em> (Binam Biko\u00ef, 2012a) et de la <em>Cartographie administrative des langues du Cameroun<\/em> (Binam Biko\u00ef, 2012b, ait consacr\u00e9 une tendance \u00e0 l\u2019\u00e9miettement y compris l\u00e0 o\u00f9 l\u2019intercompr\u00e9hension est possible. Ces langues sont consid\u00e9r\u00e9es, par l\u2019auteur de <em>PLC<\/em>, comme des v\u00e9hicules par excellence des cultures nationales. La population camerounaise est invit\u00e9e \u00e0 s\u2019en servir pour d\u00e9gager la quintessence des fonds culturels locaux afin de former le bouquet culturel national \u00ab\u00a0\u00e0 travers les langues nationales et \u00e0 travers les langues officielles\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0117).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette aperception a fait dire \u00e0 Zang Zang (2013, p.\u00a0319) que l\u2019on observait, chez Paul Biya, une volont\u00e9 politique d\u2019attachement aux langues occidentales et aux cultures nationales, d\u2019une part, d\u2019autre part de rejet des cultures occidentales et des langues nationales dans lesquelles les cultures nationales sont v\u00e9hicul\u00e9es. Il s\u2019agit donc d\u2019un nouveau type de fusion entre la langue coloniale et les cultures nationales qui donne, du point de vue institutionnel, un Cameroun bilingue, mais pluriculturel. L\u2019une des exigences de la gestion harmonieuse de la nation \u00e9tait le renforcement du contr\u00f4le social, la promotion du bilinguisme d\u2019\u00c9tat et des langues nationales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les autorit\u00e9s camerounaises devaient, au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance et de la r\u00e9unification, d\u00e9cider du sort des langues nationales. L\u2019\u00e9cole \u00e9tait l\u2019un des canaux par lesquels il \u00e9tait possible d\u2019assurer leur promotion et leur protection. Selon Fewou Ngouloure (2012), trois principales th\u00e8ses seront formul\u00e9es\u00a0pour justifier pourquoi il \u00e9tait impossible de les enseigner\u00a0: le nombre exponentiel, la division sociale et les obstacles structurels, le danger du repli identitaire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9lite politique a d\u2019abord vu dans le grand nombre de langues parl\u00e9es au Cameroun un frein \u00e0 l\u2019adoption d\u2019une langue commune. Fewou Ngouloure (2012) rel\u00e8ve l\u2019existence d\u2019enjeux id\u00e9ologiques.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On voit bien que cette manipulation, de l\u2019ordre d\u00e9finitionnel et conceptuel, peut voiler des relents id\u00e9ologiques et h\u00e9g\u00e9moniques. Et nous ne sommes pas loin de consid\u00e9rer qu\u2019au Cameroun, les autorit\u00e9s n\u2019ont pas toujours pris conscience du fait que le d\u00e9veloppement d\u2019une nation\u00a0passe aussi par la valorisation de ses richesses linguistiques. Cela dit, on a du mal \u00e0 accepter que certaines langues camerounaises, qui ont pourtant une audience\u00a0inter-r\u00e9gionale, continuent toujours d\u2019\u00eatre tax\u00e9es de \u00ab\u00a0dialectes\u00a0\u00bb, et que la l\u00e9gitimation institutionnelle des langues \u00e9trang\u00e8res comme les seules \u00e0 \u00eatre en phase avec le modernisme, soit la seule solution de rechange (Fewou Ngouloure, 2012, p.\u00a039).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Plusieurs pr\u00e9jug\u00e9s ont ainsi pes\u00e9 sur ces langues, consid\u00e9r\u00e9es comme les v\u00e9hicules des tribalit\u00e9s locales, donc vectrices des replis identitaires pr\u00e9judiciables \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 nationale. Le m\u00eame auteur fait savoir que les politiques ont parfois jou\u00e9 sur les cordes sensibles pour discr\u00e9diter l\u2019id\u00e9e de la mise en place d\u2019une politique linguistique conforme aux valeurs culturelles locales. C\u2019est ainsi que l\u2019insertion d\u2019une ou de plusieurs langues nationales\u00a0dans les programmes scolaires \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme pouvant nuire \u00e0 l\u2019unit\u00e9 et \u00e0 la coh\u00e9sion de la nation. D\u2019autres approches ont d\u00e9fendu l\u2019id\u00e9e que les langues nationales\u00a0n\u2019\u00e9taient pas \u00e9quip\u00e9es. Donc, elles ne pouvaient \u00eatre enseign\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e8se du danger du repliement identitaire \u00e9tait nourrie par l\u2019id\u00e9e que les langues nationales\u00a0n\u2019avaient aucun avenir politique m\u00eame \u00e0 long terme (Fewou Ngouloure, 2012, p.\u00a041). Les autorit\u00e9s se sont ainsi convaincues que toute vell\u00e9it\u00e9 visant \u00e0 les promouvoir serait un retour vers l\u2019obscurantisme et le protectionnisme linguistiques. La promotion des langues \u00e9trang\u00e8res, pour l\u2019\u00e9lite politique, \u00e9tait le signe de l\u2019ouverture vers l\u2019autre. Toutefois, apr\u00e8s la publication de <em>PLC<\/em>, un dispositif r\u00e9glementaire s\u2019est progressivement mis en place.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La loi no\u00a098\/004 du 14\u00a0avril\u00a01998 d\u2019orientation de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun a fix\u00e9, comme premier objectif \u00e0 ce secteur, \u00ab\u00a0la formation de citoyens enracin\u00e9s dans leur culture, mais ouverts au monde et respectueux de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et du bien commun\u00a0\u00bb (article\u00a05, alin\u00e9a\u00a01). Le besoin d\u2019une r\u00e9forme \u00e9ducative \u00e9tait en partie motiv\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ajuster le syst\u00e8me \u00e9ducatif aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales, ainsi qu\u2019aux objectifs de d\u00e9veloppement international.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La loi no\u00a0005 du 16\u00a0avril\u00a02001 portant orientation de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur lui attribue notamment pour mission la promotion du bilinguisme, des cultures et des langues nationales (article\u00a06, alin\u00e9a\u00a01).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9cret no\u00a02002\/004 du 4\u00a0janvier\u00a02002 portant organisation du MINEDUC dote ce minist\u00e8re sectoriel d\u2019une inspection provinciale de p\u00e9dagogie charg\u00e9e de l\u2019enseignement des lettres et des arts, des langues.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La loi no\u00a02004\/018 du 22\u00a0juillet\u00a02004 fixant les r\u00e8gles applicables aux communes leur confie la gestion des \u00e9coles maternelles et primaires. Elles doivent \u00e9galement promouvoir les langues nationales, participer aux programmes r\u00e9gionaux de promotion desdites langues, mettre en place et entretenir les infrastructures et les \u00e9quipements. Les communes sont \u00e9galement appel\u00e9es \u00e0 collaborer avec les r\u00e9gions dont les missions sont, entre autres, la participation \u00e0 la promotion de l\u2019\u00e9dition, de la presse parl\u00e9e et \u00e9crite en langues nationales. Les comp\u00e9tences transf\u00e9r\u00e9es aux communes et aux r\u00e9gions seront reprises par la loi no\u00a02019\/024 du 24\u00a0d\u00e9cembre\u00a02019 portant Code g\u00e9n\u00e9ral des collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019arr\u00eat\u00e9 no\u00a008\/0223 MINESUP\/DDES du 3\u00a0septembre\u00a02008 cr\u00e9e un d\u00e9partement et un laboratoire de langues et cultures camerounaises \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure de Yaound\u00e9. Ce texte repr\u00e9sente une avanc\u00e9e majeure dans la reconnaissance et la valorisation des langues et cultures camerounaises. En cr\u00e9ant un d\u00e9partement et un laboratoire d\u00e9di\u00e9s, il ouvre la voie \u00e0 une meilleure formation, \u00e0 la recherche et \u00e0 la promotion de la richesse culturelle du Cameroun, tout en contribuant \u00e0 l\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019arr\u00eat\u00e9 no\u00a0263\/14\/MINESEC\/IGE du 13\u00a0ao\u00fbt\u00a02014 d\u00e9finit les programmes d\u2019\u00e9tudes des classes de 6e\u00a0et 5e. Le programme bilingue langue maternelle\/langue officielle, appliqu\u00e9 de la Section d\u2019initiation au langage (premi\u00e8re ann\u00e9e du cycle primaire) au Cours \u00e9l\u00e9mentaire premi\u00e8re ann\u00e9e (troisi\u00e8me ann\u00e9e du cycle primaire) \u00e0 titre exp\u00e9rimental, donne la possibilit\u00e9 aux enfants d\u2019apprendre \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire leur langue maternelle. Au secondaire, l\u2019enseignement vise l\u2019inculturation, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019approfondissement de la langue maternelle ou quasi maternelle, et l\u2019ouverture culturelle gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apprentissage d\u2019une seconde langue camerounaise.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notons que la scission du MINEDUC en deux minist\u00e8res a entrain\u00e9 la promulgation de deux nouveaux textes. Les d\u00e9crets no\u00a02012\/267 portant organisation du minist\u00e8re des Enseignements secondaires et no\u00a02012\/268 du 11\u00a0juin\u00a02012 portant organisation du minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation de base. Le premier texte attribue les pr\u00e9rogatives relatives aux langues nationales \u00e0 l\u2019inspection de p\u00e9dagogie charg\u00e9e de l\u2019enseignement des lettres, des arts et des langues et cr\u00e9e une section \u00ab\u00a0arts, langues et cultures nationales\u00a0\u00bb. Le second confie aux responsables charg\u00e9\u00b7es de la promotion des langues et cultures nationales l\u2019\u00e9laboration et le suivi de la mise en \u0153uvre des programmes d\u2019alphab\u00e9tisation, de l\u2019\u00e9ducation de base non formelle et de la promotion des langues nationales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au primaire et \u00e0 la maternelle, l\u2019exp\u00e9rimentation a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019ann\u00e9e scolaire 2013\/2014. Le 30\u00a0ao\u00fbt\u00a02014, la\u00a0<em>Didactique des langues et cultures et nationales<\/em>\u00a0est ins\u00e9r\u00e9e dans les programmes des \u00c9coles nationales d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral (ENIEG)\u00a0par d\u00e9cision no\u00a0495\/13\/MINESEC\/CAB portant application des nouveaux programmes des \u00e9coles nationales d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral. S\u2019il faut reconnaitre, avec Daouaga Samari (2016, p.\u00a0141), que ces textes montrent une \u00e9volution substantielle dans la politique linguistique et \u00e9ducative du Cameroun, l\u2019on peut regretter que, dans le secondaire, la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019enseignement des langues et cultures nationales soit tr\u00e8s lente. Dans l\u2019\u00e9ducation de base, des indications d\u2019ordre didactique manquent encore (langues \u00e0 enseigner, m\u00e9thodes d\u2019enseignement, niveau d\u2019enseignement, statut, etc.). Un nombre assez important de personnes dans le secteur \u00e9ducatif ignore les textes, des responsables y compris. Les \u00e9coles normales sup\u00e9rieures et les \u00e9coles professionnelles priv\u00e9es peinent \u00e0 former en quantit\u00e9 des enseignant\u00b7es pour satisfaire la demande. Reste l\u2019\u00e9pineuse question des infrastructures et des \u00e9quipements, dans le secteur scolaire comme dans le secteur culturel.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Moyens et infrastructures culturelles<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour permettre que le secteur culturel et artistique b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un encadrement \u00e0 la hauteur des ambitions de l\u2019auteur de <em>PLC<\/em>, le pouvoir central fera \u00e9voluer le dispositif institutionnel et r\u00e9formera le secteur de la gestion collective. D\u2019autres mesures viseront le soutien aux projets culturels et artistiques et le d\u00e9veloppement des infrastructures.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le remaniement du 9\u00a0d\u00e9cembre\u00a02011 aboutit \u00e0 une r\u00e9forme du dispositif institutionnel dans les secteurs de l\u2019art et de la culture. Li\u00e9s en 1968 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et la formation professionnelle, ils seront associ\u00e9s, de 1975 \u00e0 1992, \u00e0 l\u2019information. La culture s\u2019affranchit de l\u2019information en 1997 et devient un minist\u00e8re autonome. Les arts, port\u00e9s pour la premi\u00e8re fois au rang de minist\u00e8re le 9\u00a0d\u00e9cembre\u00a02011, seront associ\u00e9s \u00e0 la culture. L\u2019article premier alin\u00e9a 2 du d\u00e9cret no 2012\/381 du 14\u00a0septembre\u00a02012 portant organisation dudit minist\u00e8re lui confie la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9laboration et de la mise en \u0153uvre de la politique du gouvernement en mati\u00e8re de promotion et de d\u00e9veloppement artistique et culturel. Il a pour t\u00e2ches, entre autres, le d\u00e9veloppement et la diffusion des arts et de la culture nationale, la pr\u00e9servation des sites et monuments historiques, la protection, la conservation, l\u2019enrichissement et la promotion du patrimoine culturel, artistique et cin\u00e9matographique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le secteur de la gestion collective a quant \u00e0 lui \u00e9t\u00e9 restructur\u00e9 deux fois sous le renouveau. Dix-neuf ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019\u00c9tat camerounais cr\u00e9e la Soci\u00e9t\u00e9 camerounaise du droit d\u2019auteur (SOCADRA), institu\u00e9e par le d\u00e9cret no 79\/392 du 22\u00a0septembre\u00a01979[footnote]La Soci\u00e9t\u00e9 des auteurs-compositeurs de musique (SACEM), soci\u00e9t\u00e9 de droit fran\u00e7ais, a administr\u00e9 les droits des artistes dans la plupart des anciennes colonies fran\u00e7aises avant la cr\u00e9ation des organismes locaux.[\/footnote]. Elle est remplac\u00e9e, le 23\u00a0novembre\u00a01990, par la Soci\u00e9t\u00e9 civile nationale du droit d\u2019auteur (SOCINADA)[footnote]Loi no\u00a0090\/010 du 10\u00a0ao\u00fbt\u00a01990 relative au droit d\u2019auteur et droits voisins.[\/footnote]. La nouvelle soci\u00e9t\u00e9 est cr\u00e9\u00e9e par les artistes \u00e0 l\u2019issue d\u2019une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale constitutive. Les dissensions entre les membres de la SOCINADA[footnote]Elle administrait les r\u00e9pertoires musical, litt\u00e9raire et dramatique, audiovisuel et photographique, plastique et graphique en m\u00eame temps que les droits des interpr\u00e8tes et des producteurs.[\/footnote] pousseront le pouvoir central \u00e0 passer d\u2019un syst\u00e8me de monopole \u00e0 un syst\u00e8me de pluralit\u00e9 d\u2019organismes, avec des sp\u00e9cialisations exclusives (une seule soci\u00e9t\u00e9 par cat\u00e9gorie d\u2019art) et transversales\u00a0: chaque organisme g\u00e8re \u00e0 la fois les droits des auteur\u00b7trices et les droits voisins (Seuna, 2004, p.\u00a06).<em>\u00a0\u00a0 <\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9forme est consacr\u00e9e par la loi no\u00a02000\/011 du 19\u00a0d\u00e9cembre\u00a02000 relative aux droits d\u2019auteur et aux droits voisins du droit d\u2019auteur. Les probl\u00e8mes persistants vont conduire le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 prescrire un processus de modernisation du secteur en novembre\u00a02014. Les travaux des comit\u00e9s plac\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9 du Premier ministre aboutiront \u00e0 la promulgation du d\u00e9cret no 2016\/4281\/PM du 21\u00a0septembre\u00a02016 modifiant certaines dispositions du d\u00e9cret no 2015\/3979\/PM du 25\u00a0septembre\u00a02015 fixant les modalit\u00e9s d\u2019application de la loi no\u00a02000\/011 du 19\u00a0d\u00e9cembre\u00a02000 relative au droit d\u2019auteur et aux droits voisins.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le nouveau d\u00e9cret d\u00e9tache des quatre soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9j\u00e0 actives les droits voisins. Depuis 2017 donc, ann\u00e9e au cours de laquelle la soci\u00e9t\u00e9 administrant les droits connexes obtient son agr\u00e9ment, le Cameroun compte cinq organismes de gestion collective\u00a0: la Soci\u00e9t\u00e9 civile des droits de la litt\u00e9rature et des arts dramatiques (SOCILADRA), la Soci\u00e9t\u00e9 nationale camerounaise de l\u2019art musical (SONACAM), la Soci\u00e9t\u00e9 civile des arts audiovisuels et photographiques (SCAAP), la Soci\u00e9t\u00e9 civile des arts plastiques et graphiques (SOCADAP) et la Soci\u00e9t\u00e9 civile camerounaise des droits voisins (SCDV).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les plaintes r\u00e9currentes des artistes, qui n\u2019ont toujours pas de statut, la raret\u00e9 des r\u00e9partitions malgr\u00e9 les perceptions directes des redevances par les organismes de gestion collective, les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats li\u00e9s aux connivences entre les responsables de l\u2019organe charg\u00e9 de contr\u00f4ler leur fonctionnement et les ex\u00e9cutifs desdits organismes[footnote]Il s\u2019agit de la Commission de contr\u00f4le des organismes de gestion collective, institu\u00e9e par l\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u00b0\u00a0090\/CAB\/PM du 29\u00a0septembre\u00a02015.[\/footnote], le non-reversement des redevances per\u00e7ues dans le compte commun[footnote]La d\u00e9cision no\u00a0021\/0001\/MINAC du 16\u00a0f\u00e9vrier\u00a02021 fixant les modalit\u00e9s de s\u00e9curisation des fonds collect\u00e9s au titre du droit d\u2019auteur ou des droits voisins\u00a0pr\u00e9voit qu\u2019ils doivent \u00eatre revers\u00e9s dans un compte de d\u00e9p\u00f4t sp\u00e9cial ouvert dans les livres d\u2019un \u00e9tablissement bancaire agr\u00e9\u00e9.[\/footnote] sont, notamment, des indices de l\u2019\u00e9chec du processus de modernisation de ce secteur. Avec la r\u00e9forme du compte d\u2019affectation sp\u00e9ciale pour le soutien de la politique culturelle, ces soci\u00e9t\u00e9s sont d\u00e9sormais appel\u00e9es \u00e0 contribuer \u00e0 son approvisionnement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a cr\u00e9\u00e9, par d\u00e9cret no\u00a02001\/389 du 5\u00a0d\u00e9cembre\u00a02001, un compte d\u2019affectation sp\u00e9ciale pour le soutien de la politique culturelle. Il est dot\u00e9 d\u2019une enveloppe initiale d\u2019un milliard de francs CFA. Le compte est con\u00e7u sous la forme d\u2019un instrument public de financement du secteur culturel dont l\u2019objectif est de permettre \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019encourager l\u2019excellence dans la cr\u00e9ation, la production et la diffusion des \u0153uvres de l\u2019esprit, la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel national.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les ressources du compte peuvent \u00eatre mobilis\u00e9es pour aider \u00e0 la cr\u00e9ation ou \u00e0 la modernisation des organismes de gestion collective, garantir les pr\u00eats consentis par les \u00e9tablissements de cr\u00e9dit ou d\u00e9cerner des prix aux meilleures \u0153uvres \u00e0 l\u2019issue des concours organis\u00e9s dans les diff\u00e9rents genres de cr\u00e9ation. L\u2019aspect social du compte concerne l\u2019allocation des aides aux conjoint\u00b7es ou aux descendant\u00b7es des artistes d\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00b7es, aux associations culturelles traditionnelles et la contribution au financement d\u2019organisation de solidarit\u00e9 professionnelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La loi de finances\u00a02020 a modifi\u00e9 le fonctionnement du compte. Le minist\u00e8re des Arts et de la Culture (MINAC) l\u2019alimente dor\u00e9navant par ses ressources propres. La recherche des niches financi\u00e8res et l\u2019all\u00e8gement des charges vont conduire \u00e0 la restructuration du secteur des arts et de la culture, \u00e0 travers la loi no\u00a02020\/011 du 20\u00a0juillet\u00a02020 r\u00e9gissant les associations artistiques et culturelles au Cameroun. L\u2019on doit d\u00e9plorer le fait que le compte d\u2019affectation ait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme un outil d\u2019aide \u00e0 la cr\u00e9ation, pourtant la production est essentielle dans le secteur artistique. Il est tout aussi incompr\u00e9hensible que son fonctionnement ait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9, car cette mesure prive le secteur artistique et culturel de revenus d\u00e9j\u00e0 suffisants, et le MINAC peine \u00e0 alimenter le compte.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme le souhaitait l\u2019auteur de <em>PLC<\/em>, le palais de congr\u00e8s de Yaound\u00e9 accueille de nombreux \u00e9v\u00e9nements artistiques et culturels. Le centre culturel camerounais, con\u00e7u sous la forme d\u2019un espace de promotion de la culture camerounaise, ne fait pas courir. Son fonctionnement laisse \u00e0 d\u00e9sirer, ce qui incite les promoteur\u00b7trices culturel\u00b7les et les artistes \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer des lieux de promotion des arts et de la culture anim\u00e9s par des \u00e9tranger\u00b7es, mieux g\u00e9r\u00e9s, mieux \u00e9quip\u00e9s et mieux structur\u00e9s (Instituts et Alliances fran\u00e7aises, Goethe-Institut Kamerun, centres culturels italien, espagnol, am\u00e9ricain, etc.).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par une d\u00e9cision du 17\u00a0novembre\u00a01988, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a log\u00e9 le Mus\u00e9e national du Cameroun dans l\u2019ancien palais pr\u00e9sidentiel, site historique et lieu de m\u00e9moire. Des \u0153uvres d\u2019art provenant de tout le territoire y sont expos\u00e9es. L\u2019esplanade du mus\u00e9e, o\u00f9 le MINAC a pris ses quartiers, accueille r\u00e9guli\u00e8rement des rencontres culturelles. C\u2019est \u00e9galement le cas des infrastructures sportives comme le stade omnisports Ahmadou Ahidjo ou le Palais polyvalent des sports de Yaound\u00e9 inaugur\u00e9 en juin\u00a02009. De nombreuses initiatives priv\u00e9es se sont \u00e9galement donn\u00e9 pour t\u00e2che la satisfaction de la forte demande en infrastructures culturelles[footnote]On peut citer le centre d\u2019art contemporain Doual\u2019art et l\u2019espace Bolo \u00e0 Douala, le Quartier Mozart et l\u2019espace culturel Metamorphosis \u00e0 Yaound\u00e9.[\/footnote]. Seulement, les pouvoirs publics ne les accompagnent pas comme cela se doit, et il manque des mesures incitatives pour permettre aux priv\u00e9s et aux m\u00e9c\u00e8nes d\u2019investir dans le secteur des arts et de la culture, de soutenir les projets culturels.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Festival national des arts et de la culture (FENAC) est institu\u00e9 par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel no\u00a091\/193 du 8\u00a0avril\u00a01991[footnote]Apr\u00e8s 1982 et 1988\u00a0sous les appellations respectives de semaine culturelle du Cameroun et Festival des arts et de la culture (FESTAC), le FENAC est cr\u00e9\u00e9 pour consolider l\u2019unit\u00e9 nationale, car il doit f\u00e9d\u00e9rer toutes les expressions artistiques et culturelles du Cameroun.[\/footnote]. Il se tiendra, cette ann\u00e9e-l\u00e0, dans la r\u00e9gion de l\u2019Est \u00e0 Bertoua du 16 au 23\u00a0juillet. Cet \u00e9v\u00e9nement \u00ab\u00a0biennal\u00a0\u00bb aura connu, malgr\u00e9 les bonnes intentions du pouvoir central, quelques interruptions. Les \u00e9ditions suivantes ont pu \u00eatre organis\u00e9es\u00a0: 1994 (Douala), 1996 (Ngaound\u00e9r\u00e9), 1998 (Ebolowa), 2000 (Limb\u00e9 et Buea), 2002 (Bafoussam), 2008 (Maroua), 2016 (Yaound\u00e9) et 2018 (Bertoua). De nombreux autres festivals[footnote]\u00c9crans noirs (cin\u00e9ma), Medumba, Ngondo, Nguon, Nyem Nyem, Mayi, Kanga, Nyang Nyang (culture, langues et patrimoine), Abok I Ngoma (danse et percussions), etc.[\/footnote] culturels soutenus par le gouvernement \u0153uvrent pour la visibilit\u00e9 de la production artistique et culturelle camerounaise. Ils donnent l\u2019occasion d\u2019appr\u00e9cier la richesse artistique, culturelle, linguistique et patrimoniale du Cameroun, sans malheureusement permettre que les arts et la culture soient des sources de dividendes pour le pays et les diff\u00e9rent\u00b7es intervenant\u00b7es de ce secteur.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sident Paul Biya, lorsqu\u2019il acc\u00e8de \u00e0 la magistrature supr\u00eame le 6\u00a0novembre\u00a01982, th\u00e9orise sa pens\u00e9e \u00e0 travers une vision soutenue par une philosophie politique contextualis\u00e9e. Les principales th\u00e8ses qui d\u00e9coulent de ladite vision int\u00e8grent le caract\u00e8re multiethnique et pluriculturel du Cameroun, sa richesse artistique et culturelle, enfin la n\u00e9cessit\u00e9 de les capitaliser pour parvenir \u00e0 un seuil de d\u00e9veloppement social acceptable. Les mesures prises pour mettre en \u0153uvre la politique culturelle et linguistique du Cameroun, malgr\u00e9 les impond\u00e9rables qui ont pu les entraver, ont produit des r\u00e9sultats qui s\u2019appr\u00e9cient en analysant s\u00e9par\u00e9ment ses diff\u00e9rentes d\u00e9clinaisons. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de r\u00e9aliser l\u2019ethnolyse, les efforts du pouvoir central ont donn\u00e9 au Cameroun une identit\u00e9 territoriale, socle de la fiert\u00e9 nationale. Les langues officielles b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un meilleur encadrement, mais le bilinguisme d\u2019\u00c9tat reste \u00e0 parfaire. Les langues nationales sont de nouveau enseign\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nonobstant le caract\u00e8re exp\u00e9rimental dudit enseignement et certaines insuffisances fonctionnelles et structurelles. Le secteur des arts et de la culture dispose d\u2019un d\u00e9partement minist\u00e9riel autonome, cinq organismes de gestion collective ont \u00e9t\u00e9 agr\u00e9\u00e9s, m\u00eame si des probl\u00e8mes touchant \u00e0 leur gestion, aux infrastructures, au financement et \u00e0 l\u2019organisation restent \u00e0 r\u00e9soudre. Certains \u00e9l\u00e9ments des arts et de la culture nationale n\u2019ont pas toujours la visibilit\u00e9 qu\u2019ils m\u00e9ritent. Le caract\u00e8re dynamique de la question culturelle et linguistique fait qu\u2019en plus des aspects de la vision qui n\u2019ont pas pu \u00eatre impl\u00e9ment\u00e9s, le pouvoir central doit constamment adapter les mesures \u00e0 prendre \u00e0 l\u2019\u00e9volution du contexte socioculturel local.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abega, Proper. 1976. Identit\u00e9 nationale, mythe ou r\u00e9alit\u00e9? <em>Annales de la Facult\u00e9 des <\/em><em>lettres<\/em>, 4 (7),\u00a049-53.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abouna, Paul. 2020. <em>Peuples du Cameroun\u00a0: anthropologie d\u2019une fraternit\u00e9 m\u00e9connue.<\/em> Paris\u00a0: Connaissances et savoirs.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayou, C\u00e9line. 2011. Entre territoires et identit\u00e9s. Quand le conflit s\u2019installe. <em>Grande Europe <\/em>\u2014 <em>La Documentation fran\u00e7aise<\/em>, 28.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beaudin, Herv\u00e9. 2012. <em>L\u2019id\u00e9e de Nation. <\/em>Th\u00e8se de doctorat en philosophie, Universit\u00e9 de Paris-Sorbonne.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binam Biko\u00ef, Charles (\u00e9d.). 2012a. <em>Atlas linguistique du Cameroun<\/em>. <em>Volume\u00a01\u00a0: Inventaire des langues.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: CERDOTOLA.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binam Biko\u00ef, Charles. (\u00e9d.) 2012b. <em>Cartographie administrative des langues du Cameroun.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: CERDOTOLA.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biya, Paul. 1987. <em>Pour le Lib\u00e9ralisme communautaire.<\/em> Lausanne\u00a0: Marcel Fabre.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boyer, Henri. 2010. Les politiques linguistiques. <em>Mots. Les langages du politique, <\/em>94. 67-74. <a href=\"https:\/\/doi.org\/https:\/doi.org\/10.4000\/mots.19891\">https:\/\/doi.org\/https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.19891<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calvet, Louis-Jean. 2017. <em>La sociolinguistique.<\/em> Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Citot, Vincent. 2006. Le naturel, le culturel et le spirituel. <em>Le Philosophoire<\/em>, 27 (2), 43-76.<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/phoir.027.0043\"> https:\/\/doi.org\/10.3917\/phoir.027.0043<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Conseil de l\u2019Europe. (2001). <em>Cadre europ\u00e9en commun de r\u00e9f\u00e9rence pour les langues\u00a0: apprendre, enseigner, \u00e9valuer.<\/em> Strasbourg\u00a0: Conseil de l\u2019Europe.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Conseil de l\u2019Europe. (2020). <em>Cadre europ\u00e9en commun de r\u00e9f\u00e9rence pour les langues\u00a0: apprendre, enseigner, \u00e9valuer (volume compl\u00e9mentaire).<\/em> Strasbourg\u00a0: Conseil de l\u2019Europe.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daouaga Samari, Gilbert. 2016. La l\u00e9gislation en faveur de l\u2019enseignement des Langues et Cultures Nationales au Cameroun\u00a0: mesure d\u2019audience dans l\u2019Adamaoua et implications glottopolitiques. <em>Recherches en \u00e9ducation<\/em>, 25. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/ree.5715\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/ree.5715<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Michel, Renaud, Patrick et Barreteau, Dabiel. 1983. Situation linguistique en Afrique centrale \u2014 inventaire pr\u00e9liminaire\u00a0: le Cameroun. Dans Dieu, Michel et Renaud, Patrick (dir.),\u00a0<em>Atlas linguistique de l\u2019Afrique Centrale (ALAC); Atlas linguistique du Cameroun.<\/em> Yaound\u00e9 et Paris\u00a0: ACCT, CERDOTOLA, DGRST et ISH.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fewou Ngouloure, Jean-Pierre. 2012. La politique linguistique du Cameroun\u00a0: contexte, enjeux, perspectives. <em>Analyses, <\/em>15, 37-46.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fishman, Joshua. 1970. <em>Sociolinguistics.<\/em> Rowley, Mass: Newbury house.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fossaert, Robert. 1991. <em>Le monde au 21e\u00a0si\u00e8cle. Une th\u00e9orie des syst\u00e8mes mondiaux.<\/em> Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gardy, Philippe, Lafont, Robert. La diglossie comme conflit : l\u2019exemple occitan. <em>Langages<\/em>, 61, 75-91. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/lgge.1981.1869\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/lgge.1981.1869<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guermond, Yves. 2006. L\u2019identit\u00e9 territoriale\u00a0: l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019un concept g\u00e9ographique. <em>L\u2019Espace g\u00e9ographique<\/em>, 35 (4), 291-297. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/eg.354.0291\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/eg.354.0291<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Herrera, Javier. 1994. La nature de la crise financi\u00e8re camerounaise et les mesures prises pour la combattre\u00a0: faut-il ajuster le programme d\u2019ajustement structurel? Dans Courade, Georges (dir.), <em>Le village camerounais \u00e0 l\u2019heure de l\u2019ajustement<\/em> (40-51). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Labrie, Normand. 1993. <em>La construction linguistique de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne.<\/em> Paris\u00a0: Champion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maurais, Jacques. 1987. <em>Politique et am\u00e9nagement linguistique.<\/em> Qu\u00e9bec, Paris\u00a0: Conseil de la langue fran\u00e7aise et Le Robert.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbock, Charly Gabriel et Chameni, Ce\u0301lestin (dir.). 2000. <em>Les conflits ethniques au Cameroun, quelles sources, quelles solutions? <\/em>Yaound\u00e9\u00a0: \u00c9ditions Sep et Saagraph.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mouiche, Ibrahim. 2000. La question nationale, l\u2019ethnicit\u00e9 et l\u2019\u00e9tat en Afrique\u00a0: \u00a0le cas du Cameroun. <em>Verfassung Und Recht in \u00dcbersee \/ Law and Politics in Africa, Asia and Latin America<\/em>, 33 (2), 212\u2013233. <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/43238845\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/43238845<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mveng, Engelbert. 1984. <em>Histoire du Cameroun.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: CEPER.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Renaud, Patrick. 1976. Le fran\u00e7ais au Cameroun. <em>Annales de la Facult\u00e9 des lettres et sciences humaines<\/em>, 4 (7), 17-41.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sengat-Kuo, Fran\u00e7ois. 1985. Discours d\u2019ouverture. Dans Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la Culture (MINFOC), <em>L\u2019identit\u00e9 culturelle camerounaise. Actes du Colloque de la deuxi\u00e8me semaine culturelle nationale. <\/em>Yaound\u00e9<em>, <\/em>13-20 mai. Yaound\u00e9\u00a0: Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la Culture.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seuna, Christophe. 2004. Les organismes de gestion collective au Cameroun. <em>e.Bulletin du droit d\u2019auteur<\/em>, juillet-septembre. <a href=\"https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000262603_fre\">https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000262603_fre<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice. 1975. Language planning in Cameroon: Toward a trilingual education system. Dans Herbert, Robert K. (\u00e9d.), <em>Patterns in Language, Culture, and Society: Sub-Saharan Africa. Proceedings of the Symposium on African Language, Culture, and Society<\/em>, Ohio State University, Columbus, April 11.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice. 1985. Pour une politique d\u2019int\u00e9gration linguistique camerounaise\u00a0: le trilinguisme extensif. Dans Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la Culture (MINFOC), <em>L\u2019identit\u00e9 culturelle camerounaise. Actes du Colloque de la deuxi\u00e8me semaine culturelle nationale. Yaound\u00e9,<\/em> (187-202). Yaound\u00e9, 13-20 mai. Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la culture.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zang Zang, Paul. 2013. <em>Linguistique et \u00e9mergence des nations. Essai d\u2019am\u00e9nagement d\u2019un cadre th\u00e9orique.<\/em> Munich : Lincom Europa.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9valuation de la mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun montre que de nombreux impond\u00e9rables ont entrav\u00e9 l\u2019impl\u00e9mentation d\u2019un projet dont l\u2019ambition \u00e9tait de permettre le d\u00e9veloppement social d\u2019une nation multiethnique et plurilingue. Il a n\u00e9anmoins \u00e9t\u00e9 possible de construire une identit\u00e9 territoriale et de faire \u00e9merger une fiert\u00e9 nationale malgr\u00e9 des al\u00e9as que l\u2019on peut principalement attribuer aux enjeux de pouvoir. De nombreuses mesures ont \u00e9t\u00e9 prises en faveur des langues officielles et nationales, du secteur artistique et culturel. Toutefois, le caract\u00e8re dynamique des probl\u00e8mes qui touchent \u00e0 la pr\u00e9servation et \u00e0 la promotion des cultures et des langues fait que les orientations politiques, les r\u00e9formes institutionnelles, l\u2019encadrement juridique et les questions relatives au financement doivent \u00eatre constamment adapt\u00e9s. De ce fait, si l\u2019\u00c9tat doit encore s\u2019employer \u00e0 r\u00e9aliser tous les objectifs du renouveau culturel, ses diff\u00e9rents axes m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre restructur\u00e9s en prenant en compte les nouveaux d\u00e9fis qu\u2019imposent les \u00e9volutions de la situation socioculturelle du Cameroun.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/bilinguisme\/\">bilinguisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/ethnolyse\/\">ethnolyse<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/identite-nationale\/\">identit\u00e9 nationale<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/spiritualisme-culturel\/\">spiritualisme culturel<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/tendance-anthropologique\/\">tendance anthropologique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">The evaluation of the implementation of Cameroon&rsquo;s cultural and linguistic policy shows that many contingencies have hindered the fulfilment of a project whose ambition was to enable the social development of a multi-ethnic and multilingual nation. It has nevertheless been possible to bring out national pride despite the upheavals that can mainly be attributed to power issues. Numerous measures have been taken in favor of the official and national languages, of the artistic and cultural sector. However, the dynamic nature of the problems affecting the preservation and promotion of cultures and languages means that political orientations, institutional reforms, legal frameworks, and questions relating to financing must be constantly adapted. Therefore, if the State must still strive to achieve all the objectives of cultural renewal, its various axes deserve to be restructured by considering the new challenges imposed by the evolutions of the socio-cultural situation of Cameroon.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/anthropological-tendency\/\">anthropological tendency<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/bilingualism\/\">bilingualism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/cultural-spiritualism\/\">cultural spiritualism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/ethnolysis\/\">ethnolysis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/national-identity\/\">national identity<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (hausa)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Kididdigar da aka yi na aiwatar da manufofin al&rsquo;adu da yare na Kamaru, ya nuna cewa, da yawa daga cikin abubuwan da ba za su iya hana su ba, sun kawo cikas wajen aiwatar da wani aiki, wanda burinsa shi ne ba da damar ci gaban zamantakewar al&rsquo;umma mai yawan kabilu da harsuna daban-daban. Duk da haka ya kasance mai yiwuwa a gina asalin yanki tare da fitar da girman kan kasa duk da hadurran da za a iya danganta su da batun wutar lantarki. An \u0257auki matakai da yawa don tallafawa harsunan hukuma da na \u0199asa, fannin fasaha da al&rsquo;adu. Koyaya, yanayin yanayin matsalolin da ke shafar kiyayewa da ha\u0253aka al&rsquo;adu da harsuna yana nufin cewa dole ne a daidaita tsarin siyasa, gyare-gyaren hukumomi, tsarin shari&rsquo;a da tambayoyin da suka shafi ku\u0257i. Don haka, idan har yanzu jihar za ta ci gaba da yin aiki don cimma dukkan manufofin sabunta al&rsquo;adu, to ya cancanci a sake fasalin gatarinta daban-daban ta hanyar yin la&rsquo;akari da sabbin kalubalen da ci gaban al&rsquo;amuran zamantakewa da al&rsquo;adu ke haifarwa a Kamaru.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (hausa)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/asalin-%c6%99asa\/\">asalin \u0199asa<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/bilingualism\/\">bilingualism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/ethnolysis\/\">ethnolysis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/ruhaniyanci-na-aladu\/\">ruhaniyanci na al&rsquo;adu<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles-autre\/yanayin-%c9%97an-adam\/\">yanayin \u0257an adam<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>13 f\u00e9vrier 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>13 ao\u00fbt 2024<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>19 d\u00e9cembre 2024<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article se propose d\u2019\u00e9valuer la mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun \u00e0 partir de ses grandes orientations telles qu\u2019elles apparaissent dans <em>Pour le lib\u00e9ralisme communautaire<\/em> (d\u00e9sormais <em>PLC<\/em>)<a class=\"footnote\" title=\"Le livre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2024 par Fabre et Sopecam avec l\u2019ajout du sous-titre Une pens\u00e9e dynamique \u00e0 la mesure des temps pr\u00e9sents. Nous citons ici la premi\u00e8re version de 1987 publi\u00e9 chez Fabre dans la mesure o\u00f9 2024 est la borne fermante de notre \u00e9tude.\" id=\"return-footnote-645-1\" href=\"#footnote-645-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. L\u2019auteur Paul Biya<a class=\"footnote\" title=\"Paul Biya, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Cameroun depuis le 6\u00a0novembre\u00a01982.\" id=\"return-footnote-645-2\" href=\"#footnote-645-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> y d\u00e9fend, en mati\u00e8re de culture, la th\u00e8se du spiritualisme, convaincu que seule une politique culturelle courageuse et cons\u00e9quente peut \u00eatre le levier de l\u2019approche politique qu\u2019il entend promouvoir pour asseoir la d\u00e9mocratie camerounaise. Quelles observations inspirent les diff\u00e9rentes mesures visant \u00e0 traduire dans les faits le programme du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique? Le profond changement social que souhaitait Paul Biya devait se construire en prenant en compte les mutations susceptibles d\u2019orienter ailleurs les efforts et d\u2019influencer les d\u00e9cisions politiques. Cet ouvrage para\u00eet en effet apr\u00e8s des r\u00e9formes majeures<a class=\"footnote\" title=\"Le chef de l\u2019\u00c9tat avait assis son pouvoir sur la structure politique de l\u2019ancien parti unique, l\u2019Union nationale camerounaise (UNC). Les r\u00e9formes dict\u00e9es par la modernisation et la d\u00e9mocratisation du parti aboutissent, en mars\u00a01985, \u00e0 sa redynamisation lors d\u2019un congr\u00e8s tenu \u00e0 Bamenda. Ses structures sont r\u00e9organis\u00e9es et il est rebaptis\u00e9 Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (RDPC).\" id=\"return-footnote-645-3\" href=\"#footnote-645-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>. Les cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es\u00a01980<a class=\"footnote\" title=\"Elle aura pour effet le ralentissement de l\u2019\u00e9conomie, la hausse des prix, des\u00a0d\u00e9ficits budg\u00e9taires et une perte de recettes publiques. Le Cameroun reconnait la manifestation de la crise en 1987 (Herrera, 1994).\" id=\"return-footnote-645-4\" href=\"#footnote-645-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> se font d\u00e9j\u00e0 ressentir et l\u2019effritement du rideau de fer est sur le point de d\u00e9clencher le vent de l\u2019Est qui aura des r\u00e9percussions sur le sommet de La Baule<a class=\"footnote\" title=\"\u00c0 cette XVIe\u00a0conf\u00e9rence des chefs d\u2019\u00c9tat d\u2019Afrique et de France, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise (Fran\u00e7ois Mitterrand) avait, dans son discours du 20\u00a0juin\u00a01990, conditionn\u00e9 l\u2019aide \u00e0 la\u00a0d\u00e9mocratisation.\" id=\"return-footnote-645-5\" href=\"#footnote-645-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>. Le contexte national et international a donc pu compromettre l\u2019enti\u00e8re r\u00e9alisation des objectifs culturel et linguistique de <em>PLC<\/em>; d\u2019o\u00f9 son actualit\u00e9. Toutefois, certaines th\u00e8ses m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre actualis\u00e9es. La pr\u00e9sente contribution est guid\u00e9e par les approches g\u00e9n\u00e9ralement convoqu\u00e9es pour analyser les politiques culturelle et linguistique, pr\u00e9sent\u00e9es dans sa premi\u00e8re section. La seconde porte sur les grandes orientations de la politique culturelle et linguistique du Cameroun et la troisi\u00e8me est un examen critique des r\u00e9sultats des mesures prises pour traduire dans les faits ses diff\u00e9rentes articulations.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9alables th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour \u00e9valuer la mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun, il est important de s\u2019appuyer sur les th\u00e9ories susceptibles de fournir un cadre analytique appropri\u00e9. Nous avons choisi d\u2019associer, \u00e0 cette fin, les cadres sociolinguistique, politique et \u00e9ducatif afin d\u2019obtenir une vue d\u2019ensemble qui permet de mieux comprendre les interactions complexes entre langue, culture et pouvoir. En effet, une politique linguistique bien formul\u00e9e sur le plan r\u00e9glementaire (approche politique), si elle ne tient pas compte des r\u00e9alit\u00e9s sociolinguistiques (approche sociolinguistique) ou des besoins \u00e9ducatifs (approche \u00e9ducative), aura une efficacit\u00e9 limit\u00e9e. Ce positionnement th\u00e9orique nous a amen\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier, comme m\u00e9thodologie, l\u2019enqu\u00eate documentaire. Les questionnaires ou les interviews auraient n\u00e9cessit\u00e9 plus de temps et incit\u00e9 \u00e0 \u00e9largir le champ de l\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les cadres sociolinguistique, politique et \u00e9ducatif de l\u2019analyse des politiques linguistiques<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Plusieurs approches th\u00e9oriques peuvent \u00eatre mobilis\u00e9es pour analyser les politiques culturelles et linguistiques\u00a0: sociolinguistique, politique et \u00e9ducatif. La perspective sociolinguistique (Fishman, 1970; Boyer, 2010; Calvet, 2017) s\u2019int\u00e9resse aux aspects sociaux et culturels des langues. Elle prend en compte la diversit\u00e9 linguistique, le contact des langues, la variation et les politiques linguistiques. Le cadre politique (Gardy et Lafont, 1981; Maurais, 1987; Labrie, 1993) se concentre sur les enjeux de pouvoir, de domination, de r\u00e9sistance, de n\u00e9gociation et de l\u00e9gitimation li\u00e9s aux langues. Il examine les discours et les actions des hommes et femmes politiques, des institutions, des m\u00e9dias, etc., qui cherchent \u00e0 imposer, \u00e0 d\u00e9fendre ou \u00e0 contester certains codes linguistiques. Le cadre \u00e9ducatif s\u2019occupe des questions relatives \u00e0 l\u2019enseignement et \u00e0 l\u2019apprentissage des langues. Il \u00e9tudie les objectifs, les contenus, les m\u00e9thodes, les \u00e9valuations et les r\u00e9sultats des politiques linguistiques \u00e9ducatives, en prenant en compte la diversit\u00e9 linguistique et culturelle des apprenant\u00b7es, ainsi que leurs besoins et leurs droits. C\u2019est, entre autres, le cas des travaux du Conseil de l\u2019Europe (2001; 2020).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Analyser l\u2019impl\u00e9mentation de la politique culturelle et linguistique du Cameroun exige l\u2019association des trois m\u00e9thodes mentionn\u00e9es plus haut afin de parvenir \u00e0 une compr\u00e9hension holistique et nuanc\u00e9e des dynamiques en jeu. L\u2019approche sociolinguistique aide \u00e0 comprendre les enjeux de la politique linguistique en mati\u00e8re de reconnaissance et de valorisation des langues. L\u2019approche politique donne d\u2019examiner les lois, les politiques et les normes qui encadrent l\u2019utilisation des langues. Elle analyse la mani\u00e8re dont ces cadres influencent la mise en \u0153uvre des politiques culturelles et linguistiques en incluant l\u2019examen des programmes mis en place et les r\u00e9sultats obtenus. L\u2019approche \u00e9ducative se concentre sur les approches choisies pour impl\u00e9menter les politiques linguistiques dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Cette d\u00e9marche a conduit \u00e0 la collecte et \u00e0 l\u2019exploitation de donn\u00e9es diverses.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">M\u00e9thodologie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les sources ayant fourni les donn\u00e9es pour ce travail sont d\u2019abord l\u2019ouvrage qui sert de point de d\u00e9part \u00e0 l\u2019analyse (<em>PLC<\/em>), ensuite des textes juridiques en rapport avec les orientations strat\u00e9giques visant la mise en \u0153uvre de la politique culturelle et linguistique du Cameroun, enfin des travaux scientifiques ayant analys\u00e9 les effets desdites orientations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>PLC<\/em> constitue la mati\u00e8re premi\u00e8re dans la mesure o\u00f9 l\u2019auteur y a consign\u00e9 sa vision sur la question culturelle et linguistique. Soulignons que, plus sp\u00e9cifiquement, le chapitre\u00a0VI de l\u2019ouvrage nous int\u00e9resse. Il a pour titre \u00ab\u00a0Des cultures ethniques \u00e0 une culture nationale\u00a0\u00bb et ses d\u00e9veloppements nous donnent d\u2019appr\u00e9cier le positionnement de l\u2019auteur sur la culture, la politique culturelle, l\u2019unit\u00e9 nationale, la question linguistique, les moyens et les infrastructures culturelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019examen des textes juridiques a pour finalit\u00e9 de nous permettre d\u2019appr\u00e9cier comment les r\u00e8gles de droit s\u2019appliquant \u00e0 la politique culturelle et linguistique du Cameroun ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es. Il s\u2019est agi de d\u00e9terminer, \u00e0 la lumi\u00e8re des diff\u00e9rentes r\u00e9alisations, si les objectifs escompt\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 atteints. Nous avons pris en compte le fait que les positions de l\u2019auteur visaient dans un premier temps l\u2019ethnolyse qui, selon Fossaert, \u00ab\u00a0dissout des peuples, jadis distincts, en provinces homog\u00e8nes dont les classes sup\u00e9rieures lorgnent vers une nouvelle unit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un \u00c9tat agrandi\u00a0\u00bb (1991, p.\u00a092). Il \u00e9tait par la suite question d\u2019aboutir \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les langues nationales et officielles, enfin, de d\u00e9velopper le secteur des arts et de la culture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De la litt\u00e9rature scientifique, ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es des informations sur le contexte, les enjeux\u00a0et les effets des mesures prises pour op\u00e9rationnaliser les id\u00e9es issues du programme pr\u00e9sent\u00e9 dans l\u2019ouvrage. Nous avons chaque fois pris en compte les nombreux facteurs ayant pu compromettre la mise en \u0153uvre du projet lui-m\u00eame ou de l\u2019une de ses d\u00e9clinaisons. Chez Paul Biya, il apparait, s\u2019agissant de la question culturelle et linguistique, une logique trinitaire dans la mesure o\u00f9 culture, langue et unit\u00e9 nationale lui semblent consubstantielles.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La question culturelle et linguistique dans <em>PLC<\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture de <em>PLC <\/em>montre que son auteur a fait de la politique culturelle et linguistique l\u2019un des leviers du d\u00e9veloppement social d\u2019une nation multiethnique et multilingue. Cette politique, tel qu\u2019il la conceptualise, compte cinq principales d\u00e9clinaisons\u00a0: moral, acad\u00e9mique, civique, politique et esth\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le premier axe, ce sont les valeurs morales qui doivent \u00eatre promues. L\u2019auteur de <em>PLC<\/em> l\u2019exprime en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Le volet moral de notre politique culturelle consiste \u00e0 pr\u00e9parer les Camerounais, \u00e0 les former \u00e0 mieux encadrer leurs familles par la transmission des valeurs humaines qui garantissent sa dignit\u00e9 et sa respectabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019homme\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0111). La culture morale ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la moralisation des comportements, l\u2019une des principales variables de son ambitieux programme\u00a0: la population camerounaise doit \u00eatre \u00e9duqu\u00e9e de sorte que l\u2019identit\u00e9 nationale garantisse le savoir-\u00eatre. \u00ab\u00a0Le volet acad\u00e9mique veille \u00e0 d\u00e9passer la simple scolarisation pour une instruction effective des Camerounais\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0111). Il faut donc trouver le juste \u00e9quilibre entre les savoirs savants et les savoirs pratiques. Le volet civique veut que le peuple soit instruit sur ses droits et ses libert\u00e9s, la promotion du volet politique visant \u00e0 former le peuple \u00e0 la ma\u00eetrise des id\u00e9ologies politiques. Le volet esth\u00e9tique, enfin, prescrit que l\u2019on enseigne \u00e0 la population camerounaise le sens du beau afin qu\u2019elle puisse appr\u00e9cier, de mani\u00e8re d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, les valeurs autres que les valeurs mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La politique culturelle et linguistique expos\u00e9e dans <em>PLC<\/em> se r\u00e9sume par le concept de \u00ab\u00a0spiritualisme culturel\u00a0\u00bb que l\u2019auteur oppose \u00e0 \u00ab\u00a0id\u00e9alisme culturel\u00a0\u00bb. Il estime qu\u2019\u00ab\u00a0autant le spiritualisme affronte ses propres r\u00e9alit\u00e9s pour en extraire du neuf, autant l\u2019id\u00e9alisme esquive sa r\u00e9alit\u00e9 pour se b\u00e2tir des chim\u00e8res\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0113). Dans la perspective spiritualiste, la culture est une \u00e9cole de la responsabilit\u00e9 dont la finalit\u00e9 est de forger des personnes pr\u00eates \u00e0 s\u2019assumer en acceptant l\u2019\u00e9chelle des valeurs qu\u2019elles se sont d\u00e9finies en toute clairvoyance. Il est de ce fait recommand\u00e9 de passer \u00ab\u00a0d\u2019une culture inconsciemment v\u00e9cue \u00e0 une culture librement pens\u00e9e\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0114). On peut voir dans ce positionnement le rejet du mat\u00e9rialisme, rappelant \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ternel d\u00e9bat du mat\u00e9rialisme et du spiritualisme, qui fait la philosophie m\u00eame\u00a0\u00bb (Citot, 2006, p.\u00a043). Par le spiritualisme culturel donc, il est possible de r\u00e9aliser l\u2019ethnolyse, l\u2019enracinement culturel par les langues nationales et officielles, d\u2019aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de la population camerounaise en dotant le secteur culturel de moyens et d\u2019infrastructures.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">De l\u2019ethnie \u00e0 la patrie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019auteur propose de forger, au Cameroun, une identit\u00e9 synth\u00e9tique, fruit du brassage entre toutes les originalit\u00e9s ethniques. Il esp\u00e8re que \u00ab\u00a0la gerbe de la culture nationale ainsi li\u00e9e cultivera en nous [les Camerounais\u00b7es] l\u2019esprit de tol\u00e9rance et non de complaisance, et l\u2019esprit de compromis qui n\u2019est point compromission\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0115)<em>. <\/em>La richesse culturelle du pays \u00e9manant de ses diff\u00e9rentes communaut\u00e9s lui donne donc de la mati\u00e8re pour pouvoir composer, choisir le meilleur de toutes ses cultures dans le but d\u2019en cr\u00e9er une et une seule \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, comp\u00e9titive sur la sc\u00e8ne internationale. Cette forme de syncr\u00e9tisme sur lequel se fonde l\u2019identit\u00e9 nationale n\u2019est r\u00e9alisable, pour le penseur politique, que si entre les ethnies se cr\u00e9e le besoin de contribution, de participation et de compl\u00e9mentarit\u00e9 \u00e0 travers les langues notamment.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La question des langues<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il apparait, \u00e0 la lecture de <em>PLC<\/em>, que son auteur pr\u00f4ne une approche distinguant deux niveaux compl\u00e9mentaires, ethnique et national. Voici ce qu\u2019il en dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau ethnique, il faut encourager le d\u00e9veloppement de toutes les langues nationales, v\u00e9hicules privil\u00e9gi\u00e9s des cultures ethniques. Il importe de ce fait que chaque langue exprime la culture qu\u2019elle v\u00e9hicule. Ainsi produits, ces joyaux culturels seront transf\u00e9r\u00e9s sur la sc\u00e8ne nationale au grand b\u00e9n\u00e9fice de la collectivit\u00e9. Il convient donc de laisser \u00e9panouir toutes nos fleurs linguistiques, phase historique n\u00e9cessaire et indispensable \u00e0 la confection du bouquet culturel national (Biya, 1987, p.\u00a0117).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au premier niveau donc, toutes les initiatives visant la promotion des langues nationales doivent \u00eatre encourag\u00e9es dans la mesure o\u00f9 elles sont les v\u00e9hicules des cultures ethniques. Ces \u00ab\u00a0joyaux culturels\u00a0\u00bb serviront la collectivit\u00e9 dans son besoin de d\u00e9veloppement en participant de fa\u00e7on \u00e9troite \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de chaque Camerounais\u00b7e dans sa communaut\u00e9 ethnique d\u2019abord, ensuite dans la communaut\u00e9 nationale. Il s\u2019agit donc de cultiver, chez chaque citoyen\u00b7ne, le besoin d\u2019appartenir \u00e0 une ethnie non pas du fait de la naissance, mais \u00e0 travers la connaissance de sa culture linguistique. Ce besoin d\u2019appartenance accompli, il revient \u00e0 chacun\u00b7e de participer \u00e0 la construction d\u2019une identit\u00e9 culturelle nationale, toute culture ayant besoin de moyens et de lieux appropri\u00e9s pour son expression et son rayonnement.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Les moyens et les infrastructures culturelles<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le politique prescrit la mise \u00e0 disposition des lieux tels que le palais des congr\u00e8s de Yaound\u00e9, les maisons du parti dans les unit\u00e9s administratives,\u00a0de m\u00eame que la construction et la vulgarisation des centres culturels pour redonner confiance aux artistes d\u2019abord, \u00e0 tous ses compatriotes ensuite. En permettant aux artistes d\u2019exposer leurs talents dans de grandes salles de spectacle, les Camerounais\u00b7es pourront visualiser sur place les faits de culture jusqu\u2019ici inconnus, ou avec lesquels ils et elles n\u2019ont que partiellement \u00e9t\u00e9 en contact, dans des salles inadapt\u00e9es ou \u00e9trang\u00e8res. Si le contexte intellectuel, favorable \u00e0 la r\u00e9flexion, a laiss\u00e9 fleurir de nombreuses r\u00e9flexions (Tadadjeu, 1975 et 1985; Abega, 1976; Renaud, 1976; Sengat Kuo, 1985), le contexte politique et \u00e9conomique a davantage compliqu\u00e9 une t\u00e2che d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s peu ais\u00e9e.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">De la vision \u00e0 son impl\u00e9mentation<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Cameroun a-t-il pu r\u00e9aliser l\u2019ethnolyse, construire l\u2019esprit citoyen \u00e0 travers une identit\u00e9 culturelle synth\u00e9tique, doter le secteur culturel de moyens et d\u2019infrastructures \u00e0 la mesure de son ambitieux programme culturel et linguistique? C\u2019est \u00e0 cette question que se proposent de r\u00e9pondre les d\u00e9veloppements ci-dessous.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Des ethnies \u00e0 la patrie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9lite camerounaise de la p\u00e9riode postcoloniale s\u2019est employ\u00e9e, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance (1960) et la r\u00e9unification (1961), \u00e0 r\u00e9aliser l\u2019unit\u00e9 nationale \u00e0 travers de nombreuses mesures politiques. Elle h\u00e9ritait d\u2019un pays o\u00f9 les s\u00e9quelles du nationalisme \u00e9taient encore vivaces, avec des diff\u00e9rences de culture entre les nombreuses communaut\u00e9s locales. Le pouvoir central devait r\u00e9soudre, \u00e9crit Mouich\u00e9 (2000, p.\u00a0212), le probl\u00e8me de l\u2019int\u00e9gration politique. Cela impliquait l\u2019\u00e9mergence d\u2019une autorit\u00e9 centrale, l\u2019existence d\u2019un sentiment national, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un lien entre gouvernant\u00b7es et gouvern\u00e9\u00b7es, l\u2019apparition d\u2019un sens minimum de consensus n\u00e9cessaire au maintien de l\u2019ordre social et la promotion, au sein de la population, d\u2019un esprit de concertation. On trouvera chez le m\u00eame auteur une analyse assez d\u00e9taill\u00e9e des th\u00e8ses relatives \u00e0 la construction nationale au Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En consid\u00e9rant diff\u00e9rents positionnements sur la construction de l\u2019\u00c9tat et les particularit\u00e9s propres au Cameroun s\u2019agissant des questions identitaires (Fossaert, 1991;\u00a0Mbock et Chameni, 2000; Guermond, 2006;\u00a0Bayou, 2011; Beaudin, 2012;\u00a0Abouna, 2020), une question s\u2019impose\u00a0: le Cameroun peut-il \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00c9tat-nation?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Non. Si on prend en compte le crit\u00e8re ethnoculturel qui veut que l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00c9tat renvoie \u00e0 celle d\u2019un peuple dot\u00e9 d\u2019une langue, d\u2019une religion et d\u2019une histoire partag\u00e9es. Soulignons toutefois que d\u2019autres cas de figure sont possibles, un \u00c9tat pouvant adopter deux ou plusieurs langues officielles (Afrique du Sud, Cameroun, Rwanda, etc.). Le \u00ab\u00a0peuple camerounais\u00a0\u00bb est un agr\u00e9gat de communaut\u00e9s parlant diff\u00e9rentes langues, environ 280 selon l\u2019<em>Atlas linguistique du Cameroun<\/em> (Binam Biko\u00ef, 2012a). L\u2019\u00c9tat-nation lui-m\u00eame a adopt\u00e9 deux langues officielles d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9gale valeur\u00a0\u00bb, le fran\u00e7ais et l\u2019anglais (article\u00a01, alin\u00e9a\u00a03 de la loi n\u00b0\u00a006 du 18\u00a0janvier\u00a01996 portant r\u00e9vision de la constitution du 2\u00a0juin\u00a01972). Toutes les grandes religions monoth\u00e9istes sont repr\u00e9sent\u00e9es et subsistent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des croyances dites traditionnelles, des ordres et de quelques religions mineures. La conqu\u00eate de l\u2019espace s\u2019est faite en plusieurs vagues, suivant diff\u00e9rentes portes d\u2019entr\u00e9e (Mveng, 1984). On n\u2019a donc pas affaire \u00e0 une situation d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, avec un peuple partageant des r\u00e9f\u00e9rents culturels identiques ou une histoire commune, \u00e0 moins qu\u2019elle ne soit celle de la colonisation et l\u2019histoire r\u00e9cente depuis la d\u00e9colonisation. La question serait donc celle de savoir s\u2019il ne s\u2019est pas tiss\u00e9, au cours de l\u2019histoire, un fil d\u2019Ariane qui a reli\u00e9 les diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s camerounaises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Oui. Si on se fie au crit\u00e8re g\u00e9opolitique. Le Cameroun a obtenu son ind\u00e9pendance le 1er\u00a0janvier\u00a01960. Il existe bel et bien un territoire encadr\u00e9 par des fronti\u00e8res reconnues par la communaut\u00e9 internationale. La population camerounaise est compos\u00e9e de divers groupes ethniques et linguistiques qui enrichissent son identit\u00e9. Les mouvements de population entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays contribuent \u00e0 la dynamique sociale et culturelle du pays. Malgr\u00e9 les d\u00e9fis internes auxquels il fait face, comme les tensions dans les deux r\u00e9gions administratives du pays anciennement administr\u00e9es par l\u2019Angleterre (Nord-Ouest et Sud-Ouest), le pouvoir central s\u2019active pour maintenir la paix et la stabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le crit\u00e8re sociopolitique, le Cameroun est \u00e9galement un \u00c9tat-nation. Le code de la citoyennet\u00e9\u00a0est d\u00e9fini par les dispositions de la loi no\u00a01968-LF-3 du 11\u00a0juin\u00a01968. Il existe un \u00c9tat\u00a0camerounais, de type unitaire et d\u00e9centralis\u00e9. La Constitution du 18\u00a0janvier\u00a01996, en son article 1er, recense toutes les caract\u00e9ristiques de cet \u00c9tat\u00a0et l\u2019alin\u00e9a\u00a03 de cet article pr\u00e9cise ses orientations linguistiques. Malgr\u00e9 la diversit\u00e9, il existe, chez les Camerounais\u00b7es le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 la m\u00eame nation, soumis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat. Il y a lieu de souligner toutefois qu\u2019il existe de nombreux facteurs susceptibles de fragiliser la construction nationale, notamment le jeu politique qui polarise les passions et consacre le plus souvent la d\u00e9fense des solidarit\u00e9s communautaires, ou encore les injustices sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des d\u00e9veloppements qui pr\u00e9c\u00e8dent, on retient qu\u2019au Cameroun, un sentiment d\u2019identit\u00e9 nationale s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 au fil des d\u00e9cennies. Toutefois, des tensions demeurent, notamment dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, o\u00f9 les demandes de reconnaissance et d\u2019autonomie ont conduit \u00e0 des crises politiques et des conflits arm\u00e9s. Les disparit\u00e9s \u00e9conomiques et le d\u00e9veloppement in\u00e9gal entre les r\u00e9gions peuvent mettre \u00e0 mal le sentiment d\u2019unit\u00e9 et alimenter des frustrations, comme les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la gouvernance. Des efforts continus doivent encore \u00eatre men\u00e9s pour pallier les in\u00e9galit\u00e9s, g\u00e9rer les diff\u00e9rences culturelles de mani\u00e8re inclusive, promouvoir une gouvernance transparente et participative. Passer des ethnies \u00e0 la patrie est, en fin de compte, un objectif en constante \u00e9volution, n\u00e9cessitant une attention et des adaptations continues.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La question des langues<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dieu <em>et al.<\/em> (1983) avaient propos\u00e9 un inventaire pr\u00e9liminaire des langues du Cameroun. L\u2019on peut regretter que ce travail, qui inspirera l\u2019enqu\u00eate ayant abouti, en 2012, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de l\u2019<em>Atlas linguistique du Cameroun<\/em> (Binam Biko\u00ef, 2012a) et de la <em>Cartographie administrative des langues du Cameroun<\/em> (Binam Biko\u00ef, 2012b, ait consacr\u00e9 une tendance \u00e0 l\u2019\u00e9miettement y compris l\u00e0 o\u00f9 l\u2019intercompr\u00e9hension est possible. Ces langues sont consid\u00e9r\u00e9es, par l\u2019auteur de <em>PLC<\/em>, comme des v\u00e9hicules par excellence des cultures nationales. La population camerounaise est invit\u00e9e \u00e0 s\u2019en servir pour d\u00e9gager la quintessence des fonds culturels locaux afin de former le bouquet culturel national \u00ab\u00a0\u00e0 travers les langues nationales et \u00e0 travers les langues officielles\u00a0\u00bb (Biya, 1987, p.\u00a0117).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette aperception a fait dire \u00e0 Zang Zang (2013, p.\u00a0319) que l\u2019on observait, chez Paul Biya, une volont\u00e9 politique d\u2019attachement aux langues occidentales et aux cultures nationales, d\u2019une part, d\u2019autre part de rejet des cultures occidentales et des langues nationales dans lesquelles les cultures nationales sont v\u00e9hicul\u00e9es. Il s\u2019agit donc d\u2019un nouveau type de fusion entre la langue coloniale et les cultures nationales qui donne, du point de vue institutionnel, un Cameroun bilingue, mais pluriculturel. L\u2019une des exigences de la gestion harmonieuse de la nation \u00e9tait le renforcement du contr\u00f4le social, la promotion du bilinguisme d\u2019\u00c9tat et des langues nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les autorit\u00e9s camerounaises devaient, au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance et de la r\u00e9unification, d\u00e9cider du sort des langues nationales. L\u2019\u00e9cole \u00e9tait l\u2019un des canaux par lesquels il \u00e9tait possible d\u2019assurer leur promotion et leur protection. Selon Fewou Ngouloure (2012), trois principales th\u00e8ses seront formul\u00e9es\u00a0pour justifier pourquoi il \u00e9tait impossible de les enseigner\u00a0: le nombre exponentiel, la division sociale et les obstacles structurels, le danger du repli identitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9lite politique a d\u2019abord vu dans le grand nombre de langues parl\u00e9es au Cameroun un frein \u00e0 l\u2019adoption d\u2019une langue commune. Fewou Ngouloure (2012) rel\u00e8ve l\u2019existence d\u2019enjeux id\u00e9ologiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On voit bien que cette manipulation, de l\u2019ordre d\u00e9finitionnel et conceptuel, peut voiler des relents id\u00e9ologiques et h\u00e9g\u00e9moniques. Et nous ne sommes pas loin de consid\u00e9rer qu\u2019au Cameroun, les autorit\u00e9s n\u2019ont pas toujours pris conscience du fait que le d\u00e9veloppement d\u2019une nation\u00a0passe aussi par la valorisation de ses richesses linguistiques. Cela dit, on a du mal \u00e0 accepter que certaines langues camerounaises, qui ont pourtant une audience\u00a0inter-r\u00e9gionale, continuent toujours d\u2019\u00eatre tax\u00e9es de \u00ab\u00a0dialectes\u00a0\u00bb, et que la l\u00e9gitimation institutionnelle des langues \u00e9trang\u00e8res comme les seules \u00e0 \u00eatre en phase avec le modernisme, soit la seule solution de rechange (Fewou Ngouloure, 2012, p.\u00a039).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Plusieurs pr\u00e9jug\u00e9s ont ainsi pes\u00e9 sur ces langues, consid\u00e9r\u00e9es comme les v\u00e9hicules des tribalit\u00e9s locales, donc vectrices des replis identitaires pr\u00e9judiciables \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 nationale. Le m\u00eame auteur fait savoir que les politiques ont parfois jou\u00e9 sur les cordes sensibles pour discr\u00e9diter l\u2019id\u00e9e de la mise en place d\u2019une politique linguistique conforme aux valeurs culturelles locales. C\u2019est ainsi que l\u2019insertion d\u2019une ou de plusieurs langues nationales\u00a0dans les programmes scolaires \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme pouvant nuire \u00e0 l\u2019unit\u00e9 et \u00e0 la coh\u00e9sion de la nation. D\u2019autres approches ont d\u00e9fendu l\u2019id\u00e9e que les langues nationales\u00a0n\u2019\u00e9taient pas \u00e9quip\u00e9es. Donc, elles ne pouvaient \u00eatre enseign\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e8se du danger du repliement identitaire \u00e9tait nourrie par l\u2019id\u00e9e que les langues nationales\u00a0n\u2019avaient aucun avenir politique m\u00eame \u00e0 long terme (Fewou Ngouloure, 2012, p.\u00a041). Les autorit\u00e9s se sont ainsi convaincues que toute vell\u00e9it\u00e9 visant \u00e0 les promouvoir serait un retour vers l\u2019obscurantisme et le protectionnisme linguistiques. La promotion des langues \u00e9trang\u00e8res, pour l\u2019\u00e9lite politique, \u00e9tait le signe de l\u2019ouverture vers l\u2019autre. Toutefois, apr\u00e8s la publication de <em>PLC<\/em>, un dispositif r\u00e9glementaire s\u2019est progressivement mis en place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La loi no\u00a098\/004 du 14\u00a0avril\u00a01998 d\u2019orientation de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun a fix\u00e9, comme premier objectif \u00e0 ce secteur, \u00ab\u00a0la formation de citoyens enracin\u00e9s dans leur culture, mais ouverts au monde et respectueux de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et du bien commun\u00a0\u00bb (article\u00a05, alin\u00e9a\u00a01). Le besoin d\u2019une r\u00e9forme \u00e9ducative \u00e9tait en partie motiv\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ajuster le syst\u00e8me \u00e9ducatif aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales, ainsi qu\u2019aux objectifs de d\u00e9veloppement international.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La loi no\u00a0005 du 16\u00a0avril\u00a02001 portant orientation de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur lui attribue notamment pour mission la promotion du bilinguisme, des cultures et des langues nationales (article\u00a06, alin\u00e9a\u00a01).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9cret no\u00a02002\/004 du 4\u00a0janvier\u00a02002 portant organisation du MINEDUC dote ce minist\u00e8re sectoriel d\u2019une inspection provinciale de p\u00e9dagogie charg\u00e9e de l\u2019enseignement des lettres et des arts, des langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La loi no\u00a02004\/018 du 22\u00a0juillet\u00a02004 fixant les r\u00e8gles applicables aux communes leur confie la gestion des \u00e9coles maternelles et primaires. Elles doivent \u00e9galement promouvoir les langues nationales, participer aux programmes r\u00e9gionaux de promotion desdites langues, mettre en place et entretenir les infrastructures et les \u00e9quipements. Les communes sont \u00e9galement appel\u00e9es \u00e0 collaborer avec les r\u00e9gions dont les missions sont, entre autres, la participation \u00e0 la promotion de l\u2019\u00e9dition, de la presse parl\u00e9e et \u00e9crite en langues nationales. Les comp\u00e9tences transf\u00e9r\u00e9es aux communes et aux r\u00e9gions seront reprises par la loi no\u00a02019\/024 du 24\u00a0d\u00e9cembre\u00a02019 portant Code g\u00e9n\u00e9ral des collectivit\u00e9s territoriales d\u00e9centralis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019arr\u00eat\u00e9 no\u00a008\/0223 MINESUP\/DDES du 3\u00a0septembre\u00a02008 cr\u00e9e un d\u00e9partement et un laboratoire de langues et cultures camerounaises \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure de Yaound\u00e9. Ce texte repr\u00e9sente une avanc\u00e9e majeure dans la reconnaissance et la valorisation des langues et cultures camerounaises. En cr\u00e9ant un d\u00e9partement et un laboratoire d\u00e9di\u00e9s, il ouvre la voie \u00e0 une meilleure formation, \u00e0 la recherche et \u00e0 la promotion de la richesse culturelle du Cameroun, tout en contribuant \u00e0 l\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019arr\u00eat\u00e9 no\u00a0263\/14\/MINESEC\/IGE du 13\u00a0ao\u00fbt\u00a02014 d\u00e9finit les programmes d\u2019\u00e9tudes des classes de 6e\u00a0et 5e. Le programme bilingue langue maternelle\/langue officielle, appliqu\u00e9 de la Section d\u2019initiation au langage (premi\u00e8re ann\u00e9e du cycle primaire) au Cours \u00e9l\u00e9mentaire premi\u00e8re ann\u00e9e (troisi\u00e8me ann\u00e9e du cycle primaire) \u00e0 titre exp\u00e9rimental, donne la possibilit\u00e9 aux enfants d\u2019apprendre \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire leur langue maternelle. Au secondaire, l\u2019enseignement vise l\u2019inculturation, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019approfondissement de la langue maternelle ou quasi maternelle, et l\u2019ouverture culturelle gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apprentissage d\u2019une seconde langue camerounaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notons que la scission du MINEDUC en deux minist\u00e8res a entrain\u00e9 la promulgation de deux nouveaux textes. Les d\u00e9crets no\u00a02012\/267 portant organisation du minist\u00e8re des Enseignements secondaires et no\u00a02012\/268 du 11\u00a0juin\u00a02012 portant organisation du minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation de base. Le premier texte attribue les pr\u00e9rogatives relatives aux langues nationales \u00e0 l\u2019inspection de p\u00e9dagogie charg\u00e9e de l\u2019enseignement des lettres, des arts et des langues et cr\u00e9e une section \u00ab\u00a0arts, langues et cultures nationales\u00a0\u00bb. Le second confie aux responsables charg\u00e9\u00b7es de la promotion des langues et cultures nationales l\u2019\u00e9laboration et le suivi de la mise en \u0153uvre des programmes d\u2019alphab\u00e9tisation, de l\u2019\u00e9ducation de base non formelle et de la promotion des langues nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au primaire et \u00e0 la maternelle, l\u2019exp\u00e9rimentation a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019ann\u00e9e scolaire 2013\/2014. Le 30\u00a0ao\u00fbt\u00a02014, la\u00a0<em>Didactique des langues et cultures et nationales<\/em>\u00a0est ins\u00e9r\u00e9e dans les programmes des \u00c9coles nationales d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral (ENIEG)\u00a0par d\u00e9cision no\u00a0495\/13\/MINESEC\/CAB portant application des nouveaux programmes des \u00e9coles nationales d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral. S\u2019il faut reconnaitre, avec Daouaga Samari (2016, p.\u00a0141), que ces textes montrent une \u00e9volution substantielle dans la politique linguistique et \u00e9ducative du Cameroun, l\u2019on peut regretter que, dans le secondaire, la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019enseignement des langues et cultures nationales soit tr\u00e8s lente. Dans l\u2019\u00e9ducation de base, des indications d\u2019ordre didactique manquent encore (langues \u00e0 enseigner, m\u00e9thodes d\u2019enseignement, niveau d\u2019enseignement, statut, etc.). Un nombre assez important de personnes dans le secteur \u00e9ducatif ignore les textes, des responsables y compris. Les \u00e9coles normales sup\u00e9rieures et les \u00e9coles professionnelles priv\u00e9es peinent \u00e0 former en quantit\u00e9 des enseignant\u00b7es pour satisfaire la demande. Reste l\u2019\u00e9pineuse question des infrastructures et des \u00e9quipements, dans le secteur scolaire comme dans le secteur culturel.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Moyens et infrastructures culturelles<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour permettre que le secteur culturel et artistique b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un encadrement \u00e0 la hauteur des ambitions de l\u2019auteur de <em>PLC<\/em>, le pouvoir central fera \u00e9voluer le dispositif institutionnel et r\u00e9formera le secteur de la gestion collective. D\u2019autres mesures viseront le soutien aux projets culturels et artistiques et le d\u00e9veloppement des infrastructures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le remaniement du 9\u00a0d\u00e9cembre\u00a02011 aboutit \u00e0 une r\u00e9forme du dispositif institutionnel dans les secteurs de l\u2019art et de la culture. Li\u00e9s en 1968 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et la formation professionnelle, ils seront associ\u00e9s, de 1975 \u00e0 1992, \u00e0 l\u2019information. La culture s\u2019affranchit de l\u2019information en 1997 et devient un minist\u00e8re autonome. Les arts, port\u00e9s pour la premi\u00e8re fois au rang de minist\u00e8re le 9\u00a0d\u00e9cembre\u00a02011, seront associ\u00e9s \u00e0 la culture. L\u2019article premier alin\u00e9a 2 du d\u00e9cret no 2012\/381 du 14\u00a0septembre\u00a02012 portant organisation dudit minist\u00e8re lui confie la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9laboration et de la mise en \u0153uvre de la politique du gouvernement en mati\u00e8re de promotion et de d\u00e9veloppement artistique et culturel. Il a pour t\u00e2ches, entre autres, le d\u00e9veloppement et la diffusion des arts et de la culture nationale, la pr\u00e9servation des sites et monuments historiques, la protection, la conservation, l\u2019enrichissement et la promotion du patrimoine culturel, artistique et cin\u00e9matographique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le secteur de la gestion collective a quant \u00e0 lui \u00e9t\u00e9 restructur\u00e9 deux fois sous le renouveau. Dix-neuf ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019\u00c9tat camerounais cr\u00e9e la Soci\u00e9t\u00e9 camerounaise du droit d\u2019auteur (SOCADRA), institu\u00e9e par le d\u00e9cret no 79\/392 du 22\u00a0septembre\u00a01979<a class=\"footnote\" title=\"La Soci\u00e9t\u00e9 des auteurs-compositeurs de musique (SACEM), soci\u00e9t\u00e9 de droit fran\u00e7ais, a administr\u00e9 les droits des artistes dans la plupart des anciennes colonies fran\u00e7aises avant la cr\u00e9ation des organismes locaux.\" id=\"return-footnote-645-6\" href=\"#footnote-645-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>. Elle est remplac\u00e9e, le 23\u00a0novembre\u00a01990, par la Soci\u00e9t\u00e9 civile nationale du droit d\u2019auteur (SOCINADA)<a class=\"footnote\" title=\"Loi no\u00a0090\/010 du 10\u00a0ao\u00fbt\u00a01990 relative au droit d\u2019auteur et droits voisins.\" id=\"return-footnote-645-7\" href=\"#footnote-645-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>. La nouvelle soci\u00e9t\u00e9 est cr\u00e9\u00e9e par les artistes \u00e0 l\u2019issue d\u2019une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale constitutive. Les dissensions entre les membres de la SOCINADA<a class=\"footnote\" title=\"Elle administrait les r\u00e9pertoires musical, litt\u00e9raire et dramatique, audiovisuel et photographique, plastique et graphique en m\u00eame temps que les droits des interpr\u00e8tes et des producteurs.\" id=\"return-footnote-645-8\" href=\"#footnote-645-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a> pousseront le pouvoir central \u00e0 passer d\u2019un syst\u00e8me de monopole \u00e0 un syst\u00e8me de pluralit\u00e9 d\u2019organismes, avec des sp\u00e9cialisations exclusives (une seule soci\u00e9t\u00e9 par cat\u00e9gorie d\u2019art) et transversales\u00a0: chaque organisme g\u00e8re \u00e0 la fois les droits des auteur\u00b7trices et les droits voisins (Seuna, 2004, p.\u00a06).<em>\u00a0\u00a0 <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9forme est consacr\u00e9e par la loi no\u00a02000\/011 du 19\u00a0d\u00e9cembre\u00a02000 relative aux droits d\u2019auteur et aux droits voisins du droit d\u2019auteur. Les probl\u00e8mes persistants vont conduire le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 prescrire un processus de modernisation du secteur en novembre\u00a02014. Les travaux des comit\u00e9s plac\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9 du Premier ministre aboutiront \u00e0 la promulgation du d\u00e9cret no 2016\/4281\/PM du 21\u00a0septembre\u00a02016 modifiant certaines dispositions du d\u00e9cret no 2015\/3979\/PM du 25\u00a0septembre\u00a02015 fixant les modalit\u00e9s d\u2019application de la loi no\u00a02000\/011 du 19\u00a0d\u00e9cembre\u00a02000 relative au droit d\u2019auteur et aux droits voisins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le nouveau d\u00e9cret d\u00e9tache des quatre soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9j\u00e0 actives les droits voisins. Depuis 2017 donc, ann\u00e9e au cours de laquelle la soci\u00e9t\u00e9 administrant les droits connexes obtient son agr\u00e9ment, le Cameroun compte cinq organismes de gestion collective\u00a0: la Soci\u00e9t\u00e9 civile des droits de la litt\u00e9rature et des arts dramatiques (SOCILADRA), la Soci\u00e9t\u00e9 nationale camerounaise de l\u2019art musical (SONACAM), la Soci\u00e9t\u00e9 civile des arts audiovisuels et photographiques (SCAAP), la Soci\u00e9t\u00e9 civile des arts plastiques et graphiques (SOCADAP) et la Soci\u00e9t\u00e9 civile camerounaise des droits voisins (SCDV).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les plaintes r\u00e9currentes des artistes, qui n\u2019ont toujours pas de statut, la raret\u00e9 des r\u00e9partitions malgr\u00e9 les perceptions directes des redevances par les organismes de gestion collective, les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats li\u00e9s aux connivences entre les responsables de l\u2019organe charg\u00e9 de contr\u00f4ler leur fonctionnement et les ex\u00e9cutifs desdits organismes<a class=\"footnote\" title=\"Il s\u2019agit de la Commission de contr\u00f4le des organismes de gestion collective, institu\u00e9e par l\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u00b0\u00a0090\/CAB\/PM du 29\u00a0septembre\u00a02015.\" id=\"return-footnote-645-9\" href=\"#footnote-645-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>, le non-reversement des redevances per\u00e7ues dans le compte commun<a class=\"footnote\" title=\"La d\u00e9cision no\u00a0021\/0001\/MINAC du 16\u00a0f\u00e9vrier\u00a02021 fixant les modalit\u00e9s de s\u00e9curisation des fonds collect\u00e9s au titre du droit d\u2019auteur ou des droits voisins\u00a0pr\u00e9voit qu\u2019ils doivent \u00eatre revers\u00e9s dans un compte de d\u00e9p\u00f4t sp\u00e9cial ouvert dans les livres d\u2019un \u00e9tablissement bancaire agr\u00e9\u00e9.\" id=\"return-footnote-645-10\" href=\"#footnote-645-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a> sont, notamment, des indices de l\u2019\u00e9chec du processus de modernisation de ce secteur. Avec la r\u00e9forme du compte d\u2019affectation sp\u00e9ciale pour le soutien de la politique culturelle, ces soci\u00e9t\u00e9s sont d\u00e9sormais appel\u00e9es \u00e0 contribuer \u00e0 son approvisionnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a cr\u00e9\u00e9, par d\u00e9cret no\u00a02001\/389 du 5\u00a0d\u00e9cembre\u00a02001, un compte d\u2019affectation sp\u00e9ciale pour le soutien de la politique culturelle. Il est dot\u00e9 d\u2019une enveloppe initiale d\u2019un milliard de francs CFA. Le compte est con\u00e7u sous la forme d\u2019un instrument public de financement du secteur culturel dont l\u2019objectif est de permettre \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019encourager l\u2019excellence dans la cr\u00e9ation, la production et la diffusion des \u0153uvres de l\u2019esprit, la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel national.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les ressources du compte peuvent \u00eatre mobilis\u00e9es pour aider \u00e0 la cr\u00e9ation ou \u00e0 la modernisation des organismes de gestion collective, garantir les pr\u00eats consentis par les \u00e9tablissements de cr\u00e9dit ou d\u00e9cerner des prix aux meilleures \u0153uvres \u00e0 l\u2019issue des concours organis\u00e9s dans les diff\u00e9rents genres de cr\u00e9ation. L\u2019aspect social du compte concerne l\u2019allocation des aides aux conjoint\u00b7es ou aux descendant\u00b7es des artistes d\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00b7es, aux associations culturelles traditionnelles et la contribution au financement d\u2019organisation de solidarit\u00e9 professionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La loi de finances\u00a02020 a modifi\u00e9 le fonctionnement du compte. Le minist\u00e8re des Arts et de la Culture (MINAC) l\u2019alimente dor\u00e9navant par ses ressources propres. La recherche des niches financi\u00e8res et l\u2019all\u00e8gement des charges vont conduire \u00e0 la restructuration du secteur des arts et de la culture, \u00e0 travers la loi no\u00a02020\/011 du 20\u00a0juillet\u00a02020 r\u00e9gissant les associations artistiques et culturelles au Cameroun. L\u2019on doit d\u00e9plorer le fait que le compte d\u2019affectation ait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme un outil d\u2019aide \u00e0 la cr\u00e9ation, pourtant la production est essentielle dans le secteur artistique. Il est tout aussi incompr\u00e9hensible que son fonctionnement ait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9, car cette mesure prive le secteur artistique et culturel de revenus d\u00e9j\u00e0 suffisants, et le MINAC peine \u00e0 alimenter le compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme le souhaitait l\u2019auteur de <em>PLC<\/em>, le palais de congr\u00e8s de Yaound\u00e9 accueille de nombreux \u00e9v\u00e9nements artistiques et culturels. Le centre culturel camerounais, con\u00e7u sous la forme d\u2019un espace de promotion de la culture camerounaise, ne fait pas courir. Son fonctionnement laisse \u00e0 d\u00e9sirer, ce qui incite les promoteur\u00b7trices culturel\u00b7les et les artistes \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer des lieux de promotion des arts et de la culture anim\u00e9s par des \u00e9tranger\u00b7es, mieux g\u00e9r\u00e9s, mieux \u00e9quip\u00e9s et mieux structur\u00e9s (Instituts et Alliances fran\u00e7aises, Goethe-Institut Kamerun, centres culturels italien, espagnol, am\u00e9ricain, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par une d\u00e9cision du 17\u00a0novembre\u00a01988, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a log\u00e9 le Mus\u00e9e national du Cameroun dans l\u2019ancien palais pr\u00e9sidentiel, site historique et lieu de m\u00e9moire. Des \u0153uvres d\u2019art provenant de tout le territoire y sont expos\u00e9es. L\u2019esplanade du mus\u00e9e, o\u00f9 le MINAC a pris ses quartiers, accueille r\u00e9guli\u00e8rement des rencontres culturelles. C\u2019est \u00e9galement le cas des infrastructures sportives comme le stade omnisports Ahmadou Ahidjo ou le Palais polyvalent des sports de Yaound\u00e9 inaugur\u00e9 en juin\u00a02009. De nombreuses initiatives priv\u00e9es se sont \u00e9galement donn\u00e9 pour t\u00e2che la satisfaction de la forte demande en infrastructures culturelles<a class=\"footnote\" title=\"On peut citer le centre d\u2019art contemporain Doual\u2019art et l\u2019espace Bolo \u00e0 Douala, le Quartier Mozart et l\u2019espace culturel Metamorphosis \u00e0 Yaound\u00e9.\" id=\"return-footnote-645-11\" href=\"#footnote-645-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>. Seulement, les pouvoirs publics ne les accompagnent pas comme cela se doit, et il manque des mesures incitatives pour permettre aux priv\u00e9s et aux m\u00e9c\u00e8nes d\u2019investir dans le secteur des arts et de la culture, de soutenir les projets culturels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Festival national des arts et de la culture (FENAC) est institu\u00e9 par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel no\u00a091\/193 du 8\u00a0avril\u00a01991<a class=\"footnote\" title=\"Apr\u00e8s 1982 et 1988\u00a0sous les appellations respectives de semaine culturelle du Cameroun et Festival des arts et de la culture (FESTAC), le FENAC est cr\u00e9\u00e9 pour consolider l\u2019unit\u00e9 nationale, car il doit f\u00e9d\u00e9rer toutes les expressions artistiques et culturelles du Cameroun.\" id=\"return-footnote-645-12\" href=\"#footnote-645-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>. Il se tiendra, cette ann\u00e9e-l\u00e0, dans la r\u00e9gion de l\u2019Est \u00e0 Bertoua du 16 au 23\u00a0juillet. Cet \u00e9v\u00e9nement \u00ab\u00a0biennal\u00a0\u00bb aura connu, malgr\u00e9 les bonnes intentions du pouvoir central, quelques interruptions. Les \u00e9ditions suivantes ont pu \u00eatre organis\u00e9es\u00a0: 1994 (Douala), 1996 (Ngaound\u00e9r\u00e9), 1998 (Ebolowa), 2000 (Limb\u00e9 et Buea), 2002 (Bafoussam), 2008 (Maroua), 2016 (Yaound\u00e9) et 2018 (Bertoua). De nombreux autres festivals<a class=\"footnote\" title=\"\u00c9crans noirs (cin\u00e9ma), Medumba, Ngondo, Nguon, Nyem Nyem, Mayi, Kanga, Nyang Nyang (culture, langues et patrimoine), Abok I Ngoma (danse et percussions), etc.\" id=\"return-footnote-645-13\" href=\"#footnote-645-13\" aria-label=\"Footnote 13\"><sup class=\"footnote\">[13]<\/sup><\/a> culturels soutenus par le gouvernement \u0153uvrent pour la visibilit\u00e9 de la production artistique et culturelle camerounaise. Ils donnent l\u2019occasion d\u2019appr\u00e9cier la richesse artistique, culturelle, linguistique et patrimoniale du Cameroun, sans malheureusement permettre que les arts et la culture soient des sources de dividendes pour le pays et les diff\u00e9rent\u00b7es intervenant\u00b7es de ce secteur.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sident Paul Biya, lorsqu\u2019il acc\u00e8de \u00e0 la magistrature supr\u00eame le 6\u00a0novembre\u00a01982, th\u00e9orise sa pens\u00e9e \u00e0 travers une vision soutenue par une philosophie politique contextualis\u00e9e. Les principales th\u00e8ses qui d\u00e9coulent de ladite vision int\u00e8grent le caract\u00e8re multiethnique et pluriculturel du Cameroun, sa richesse artistique et culturelle, enfin la n\u00e9cessit\u00e9 de les capitaliser pour parvenir \u00e0 un seuil de d\u00e9veloppement social acceptable. Les mesures prises pour mettre en \u0153uvre la politique culturelle et linguistique du Cameroun, malgr\u00e9 les impond\u00e9rables qui ont pu les entraver, ont produit des r\u00e9sultats qui s\u2019appr\u00e9cient en analysant s\u00e9par\u00e9ment ses diff\u00e9rentes d\u00e9clinaisons. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de r\u00e9aliser l\u2019ethnolyse, les efforts du pouvoir central ont donn\u00e9 au Cameroun une identit\u00e9 territoriale, socle de la fiert\u00e9 nationale. Les langues officielles b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un meilleur encadrement, mais le bilinguisme d\u2019\u00c9tat reste \u00e0 parfaire. Les langues nationales sont de nouveau enseign\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nonobstant le caract\u00e8re exp\u00e9rimental dudit enseignement et certaines insuffisances fonctionnelles et structurelles. Le secteur des arts et de la culture dispose d\u2019un d\u00e9partement minist\u00e9riel autonome, cinq organismes de gestion collective ont \u00e9t\u00e9 agr\u00e9\u00e9s, m\u00eame si des probl\u00e8mes touchant \u00e0 leur gestion, aux infrastructures, au financement et \u00e0 l\u2019organisation restent \u00e0 r\u00e9soudre. Certains \u00e9l\u00e9ments des arts et de la culture nationale n\u2019ont pas toujours la visibilit\u00e9 qu\u2019ils m\u00e9ritent. Le caract\u00e8re dynamique de la question culturelle et linguistique fait qu\u2019en plus des aspects de la vision qui n\u2019ont pas pu \u00eatre impl\u00e9ment\u00e9s, le pouvoir central doit constamment adapter les mesures \u00e0 prendre \u00e0 l\u2019\u00e9volution du contexte socioculturel local.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abega, Proper. 1976. Identit\u00e9 nationale, mythe ou r\u00e9alit\u00e9? <em>Annales de la Facult\u00e9 des <\/em><em>lettres<\/em>, 4 (7),\u00a049-53.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Abouna, Paul. 2020. <em>Peuples du Cameroun\u00a0: anthropologie d\u2019une fraternit\u00e9 m\u00e9connue.<\/em> Paris\u00a0: Connaissances et savoirs.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayou, C\u00e9line. 2011. Entre territoires et identit\u00e9s. Quand le conflit s\u2019installe. <em>Grande Europe <\/em>\u2014 <em>La Documentation fran\u00e7aise<\/em>, 28.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beaudin, Herv\u00e9. 2012. <em>L\u2019id\u00e9e de Nation. <\/em>Th\u00e8se de doctorat en philosophie, Universit\u00e9 de Paris-Sorbonne.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binam Biko\u00ef, Charles (\u00e9d.). 2012a. <em>Atlas linguistique du Cameroun<\/em>. <em>Volume\u00a01\u00a0: Inventaire des langues.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: CERDOTOLA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binam Biko\u00ef, Charles. (\u00e9d.) 2012b. <em>Cartographie administrative des langues du Cameroun.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: CERDOTOLA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Biya, Paul. 1987. <em>Pour le Lib\u00e9ralisme communautaire.<\/em> Lausanne\u00a0: Marcel Fabre.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boyer, Henri. 2010. Les politiques linguistiques. <em>Mots. Les langages du politique, <\/em>94. 67-74. <a href=\"https:\/\/doi.org\/https:\/doi.org\/10.4000\/mots.19891\">https:\/\/doi.org\/https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.19891<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calvet, Louis-Jean. 2017. <em>La sociolinguistique.<\/em> Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Citot, Vincent. 2006. Le naturel, le culturel et le spirituel. <em>Le Philosophoire<\/em>, 27 (2), 43-76.<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/phoir.027.0043\"> https:\/\/doi.org\/10.3917\/phoir.027.0043<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Conseil de l\u2019Europe. (2001). <em>Cadre europ\u00e9en commun de r\u00e9f\u00e9rence pour les langues\u00a0: apprendre, enseigner, \u00e9valuer.<\/em> Strasbourg\u00a0: Conseil de l\u2019Europe.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Conseil de l\u2019Europe. (2020). <em>Cadre europ\u00e9en commun de r\u00e9f\u00e9rence pour les langues\u00a0: apprendre, enseigner, \u00e9valuer (volume compl\u00e9mentaire).<\/em> Strasbourg\u00a0: Conseil de l\u2019Europe.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daouaga Samari, Gilbert. 2016. La l\u00e9gislation en faveur de l\u2019enseignement des Langues et Cultures Nationales au Cameroun\u00a0: mesure d\u2019audience dans l\u2019Adamaoua et implications glottopolitiques. <em>Recherches en \u00e9ducation<\/em>, 25. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/ree.5715\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/ree.5715<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dieu, Michel, Renaud, Patrick et Barreteau, Dabiel. 1983. Situation linguistique en Afrique centrale \u2014 inventaire pr\u00e9liminaire\u00a0: le Cameroun. Dans Dieu, Michel et Renaud, Patrick (dir.),\u00a0<em>Atlas linguistique de l\u2019Afrique Centrale (ALAC); Atlas linguistique du Cameroun.<\/em> Yaound\u00e9 et Paris\u00a0: ACCT, CERDOTOLA, DGRST et ISH.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fewou Ngouloure, Jean-Pierre. 2012. La politique linguistique du Cameroun\u00a0: contexte, enjeux, perspectives. <em>Analyses, <\/em>15, 37-46.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fishman, Joshua. 1970. <em>Sociolinguistics.<\/em> Rowley, Mass: Newbury house.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fossaert, Robert. 1991. <em>Le monde au 21e\u00a0si\u00e8cle. Une th\u00e9orie des syst\u00e8mes mondiaux.<\/em> Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gardy, Philippe, Lafont, Robert. La diglossie comme conflit : l\u2019exemple occitan. <em>Langages<\/em>, 61, 75-91. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/lgge.1981.1869\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/lgge.1981.1869<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guermond, Yves. 2006. L\u2019identit\u00e9 territoriale\u00a0: l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019un concept g\u00e9ographique. <em>L\u2019Espace g\u00e9ographique<\/em>, 35 (4), 291-297. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/eg.354.0291\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/eg.354.0291<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Herrera, Javier. 1994. La nature de la crise financi\u00e8re camerounaise et les mesures prises pour la combattre\u00a0: faut-il ajuster le programme d\u2019ajustement structurel? Dans Courade, Georges (dir.), <em>Le village camerounais \u00e0 l\u2019heure de l\u2019ajustement<\/em> (40-51). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Labrie, Normand. 1993. <em>La construction linguistique de la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne.<\/em> Paris\u00a0: Champion.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maurais, Jacques. 1987. <em>Politique et am\u00e9nagement linguistique.<\/em> Qu\u00e9bec, Paris\u00a0: Conseil de la langue fran\u00e7aise et Le Robert.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbock, Charly Gabriel et Chameni, Ce\u0301lestin (dir.). 2000. <em>Les conflits ethniques au Cameroun, quelles sources, quelles solutions? <\/em>Yaound\u00e9\u00a0: \u00c9ditions Sep et Saagraph.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mouiche, Ibrahim. 2000. La question nationale, l\u2019ethnicit\u00e9 et l\u2019\u00e9tat en Afrique\u00a0: \u00a0le cas du Cameroun. <em>Verfassung Und Recht in \u00dcbersee \/ Law and Politics in Africa, Asia and Latin America<\/em>, 33 (2), 212\u2013233. <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/43238845\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/43238845<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mveng, Engelbert. 1984. <em>Histoire du Cameroun.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: CEPER.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Renaud, Patrick. 1976. Le fran\u00e7ais au Cameroun. <em>Annales de la Facult\u00e9 des lettres et sciences humaines<\/em>, 4 (7), 17-41.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sengat-Kuo, Fran\u00e7ois. 1985. Discours d\u2019ouverture. Dans Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la Culture (MINFOC), <em>L\u2019identit\u00e9 culturelle camerounaise. Actes du Colloque de la deuxi\u00e8me semaine culturelle nationale. <\/em>Yaound\u00e9<em>, <\/em>13-20 mai. Yaound\u00e9\u00a0: Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la Culture.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Seuna, Christophe. 2004. Les organismes de gestion collective au Cameroun. <em>e.Bulletin du droit d\u2019auteur<\/em>, juillet-septembre. <a href=\"https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000262603_fre\">https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000262603_fre<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice. 1975. Language planning in Cameroon: Toward a trilingual education system. Dans Herbert, Robert K. (\u00e9d.), <em>Patterns in Language, Culture, and Society: Sub-Saharan Africa. Proceedings of the Symposium on African Language, Culture, and Society<\/em>, Ohio State University, Columbus, April 11.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice. 1985. Pour une politique d\u2019int\u00e9gration linguistique camerounaise\u00a0: le trilinguisme extensif. Dans Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la Culture (MINFOC), <em>L\u2019identit\u00e9 culturelle camerounaise. Actes du Colloque de la deuxi\u00e8me semaine culturelle nationale. Yaound\u00e9,<\/em> (187-202). Yaound\u00e9, 13-20 mai. Minist\u00e8re de l\u2019Information et de la culture.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zang Zang, Paul. 2013. <em>Linguistique et \u00e9mergence des nations. Essai d\u2019am\u00e9nagement d\u2019un cadre th\u00e9orique.<\/em> Munich : Lincom Europa.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/laurain-assipolo\">Laurain ASSIPOLO<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est charg\u00e9 de cours au d\u00e9partement de Fran\u00e7ais et \u00e9tudes francophones \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Douala. Ses principaux domaines de recherche sont la variation linguistique, les fonctions et les usages des langues, les repr\u00e9sentations sociolinguistiques, les politiques linguistiques et la sociolinguistique interactionnelle. Il est \u00e9galement sp\u00e9cialiste en th\u00e9ologie syst\u00e9matique, en enseignement du fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re et en droit de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique.<br \/>\nContact : assipolo@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-645-1\">Le livre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2024 par Fabre et Sopecam avec l\u2019ajout du sous-titre <em>Une pens\u00e9e dynamique \u00e0 la mesure des temps pr\u00e9sents<\/em>. Nous citons ici la premi\u00e8re version de 1987 publi\u00e9 chez Fabre dans la mesure o\u00f9 2024 est la borne fermante de notre \u00e9tude. <a href=\"#return-footnote-645-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-2\">Paul Biya, pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Cameroun depuis le 6\u00a0novembre\u00a01982. <a href=\"#return-footnote-645-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-3\">Le chef de l\u2019\u00c9tat avait assis son pouvoir sur la structure politique de l\u2019ancien parti unique, l\u2019Union nationale camerounaise (UNC). Les r\u00e9formes dict\u00e9es par la modernisation et la d\u00e9mocratisation du parti aboutissent, en mars\u00a01985, \u00e0 sa redynamisation lors d\u2019un congr\u00e8s tenu \u00e0 Bamenda. Ses structures sont r\u00e9organis\u00e9es et il est rebaptis\u00e9 Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (RDPC). <a href=\"#return-footnote-645-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-4\">Elle aura pour effet le ralentissement de l\u2019\u00e9conomie, la hausse des prix, des\u00a0d\u00e9ficits budg\u00e9taires et une perte de recettes publiques. Le Cameroun reconnait la manifestation de la crise en 1987 (Herrera, 1994). <a href=\"#return-footnote-645-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-5\">\u00c0 cette XVIe\u00a0conf\u00e9rence des chefs d\u2019\u00c9tat d\u2019Afrique et de France, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise (Fran\u00e7ois Mitterrand) avait, dans son discours du 20\u00a0juin\u00a01990, conditionn\u00e9 l\u2019aide \u00e0 la\u00a0<em>d\u00e9mocratisation.<\/em> <a href=\"#return-footnote-645-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-6\">La Soci\u00e9t\u00e9 des auteurs-compositeurs de musique (SACEM), soci\u00e9t\u00e9 de droit fran\u00e7ais, a administr\u00e9 les droits des artistes dans la plupart des anciennes colonies fran\u00e7aises avant la cr\u00e9ation des organismes locaux. <a href=\"#return-footnote-645-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-7\">Loi no\u00a0090\/010 du 10\u00a0ao\u00fbt\u00a01990 relative au droit d\u2019auteur et droits voisins. <a href=\"#return-footnote-645-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-8\">Elle administrait les r\u00e9pertoires musical, litt\u00e9raire et dramatique, audiovisuel et photographique, plastique et graphique en m\u00eame temps que les droits des interpr\u00e8tes et des producteurs. <a href=\"#return-footnote-645-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-9\">Il s\u2019agit de la Commission de contr\u00f4le des organismes de gestion collective, institu\u00e9e par l\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u00b0\u00a0090\/CAB\/PM du 29\u00a0septembre\u00a02015. <a href=\"#return-footnote-645-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-10\">La d\u00e9cision no\u00a0021\/0001\/MINAC du 16\u00a0f\u00e9vrier\u00a02021 fixant les modalit\u00e9s de s\u00e9curisation des fonds collect\u00e9s au titre du droit d\u2019auteur ou des droits voisins\u00a0pr\u00e9voit qu\u2019ils doivent \u00eatre revers\u00e9s dans un compte de d\u00e9p\u00f4t sp\u00e9cial ouvert dans les livres d\u2019un \u00e9tablissement bancaire agr\u00e9\u00e9. <a href=\"#return-footnote-645-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-11\">On peut citer le centre d\u2019art contemporain Doual\u2019art et l\u2019espace Bolo \u00e0 Douala, le Quartier Mozart et l\u2019espace culturel Metamorphosis \u00e0 Yaound\u00e9. <a href=\"#return-footnote-645-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-12\">Apr\u00e8s 1982 et 1988\u00a0sous les appellations respectives de semaine culturelle du Cameroun et Festival des arts et de la culture (FESTAC), le FENAC est cr\u00e9\u00e9 pour consolider l\u2019unit\u00e9 nationale, car il doit f\u00e9d\u00e9rer toutes les expressions artistiques et culturelles du Cameroun. <a href=\"#return-footnote-645-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-645-13\">\u00c9crans noirs (cin\u00e9ma), Medumba, Ngondo, Nguon, Nyem Nyem, Mayi, Kanga, Nyang Nyang (culture, langues et patrimoine), Abok I Ngoma (danse et percussions), etc. <a href=\"#return-footnote-645-13\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 13\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["laurain-assipolo"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[309],"license":[],"class_list":["post-645","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-bilinguisme","motscles-ethnolyse","motscles-identite-nationale","motscles-spiritualisme-culturel","motscles-tendance-anthropologique","keywords-anthropological-tendency","keywords-bilingualism","keywords-cultural-spiritualism","keywords-ethnolysis","keywords-national-identity","motscles-autre-asalin-asa","motscles-autre-bilingualism","motscles-autre-ethnolysis","motscles-autre-ruhaniyanci-na-aladu","motscles-autre-yanayin-an-adam","contributor-laurain-assipolo"],"part":627,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/645\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":782,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/645\/revisions\/782"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/627"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/645\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=645"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=645"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}