{"id":655,"date":"2024-11-20T14:35:41","date_gmt":"2024-11-20T13:35:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/?post_type=chapter&#038;p=655"},"modified":"2024-12-31T15:14:28","modified_gmt":"2024-12-31T14:14:28","slug":"zra2024","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/texte\/zra2024\/","title":{"rendered":"Des questions comme strat\u00e9gies de d\u00e9fense discursive. Analyse des interviews de deux femmes leaders camerounaises en contexte m\u00e9diatique"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De brusques changements de r\u00f4le discursif entre les actant\u00b7es s\u2019observe dans les interviews qui font l\u2019objet de cette \u00e9tude. Cela dit, si l\u2019on consid\u00e8re la place qu\u2019occupent les femmes leaders camerounaises (FELECA) dans les \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es que nous analysons, l\u2019on trouverait,<em> a priori,<\/em> surprenantes les questions qu\u2019elles posent, car elles y sont en qualit\u00e9 d\u2019invit\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire des personnes bien identifi\u00e9es, et sollicit\u00e9es, au regard des statuts qu\u2019elles occupent, pour \u00e9clairer le public sur certaines situations au Cameroun. Aussi la posture des FELECA dans la logique de d\u00e9part n\u2019\u00e9tait-elle pas celle d\u2019<em>interrogatrice<\/em>, mais plut\u00f4t de <em>r\u00e9pondeuse<\/em>. Mais en fonction du mode de gestion du dialogue et des enjeux des conversations, leurs positions \u00e9nonciatives se sont parfois permut\u00e9es. \u00c0 divers moments de ces \u00e9changes, ce sont finalement ces femmes qui interrogent les journalistes, d\u2019o\u00f9 le renversement du r\u00f4le discursif. L\u2019on peut alors poser l\u2019hypoth\u00e8se que le recours \u00e0 la modalit\u00e9 interrogative, par les FELECA, n\u2019a pas pour objectif la demande d\u2019information, mais constitue plut\u00f4t une strat\u00e9gie de d\u00e9fense discursive. Il arrive souvent que l\u2019on emploie l\u2019interrogation non pas pour obtenir n\u00e9cessairement des r\u00e9ponses mais parce qu\u2019elle peut servir de subterfuge\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle que soit la d\u00e9finition minimale qu\u2019il faudra proposer de l\u2019interrogation, elle devra comporter qu\u2019on ne peut l\u2019interpr\u00e9ter en dehors du rapport interpersonnel entre un locuteur et auditeur\u00a0\u00bb (Milner, 1973, p.\u00a019). Elle devient donc une strat\u00e9gie qui permet \u00e0 un interlocuteur ou une interlocutrice d\u2019\u00eatre efficace dans une interaction, ou de pouvoir contrecarrer le point de vue de son interlocuteur-trice par rapport \u00e0 un fait donn\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interrogation n\u2019est pas seulement motiv\u00e9e par une volont\u00e9 d\u2019accro\u00eetre ses connaissances. Elle fait \u00e9galement \u00e9tat d\u2019une volont\u00e9 agissante de la part du locuteur, qui se construit \u00e9galement une identit\u00e9. Elle ne poss\u00e8de pas seulement une unique vis\u00e9e utilitaire. On peut lui conf\u00e9rer un retentissement argumentatif et rh\u00e9torique (Laillier, 2011, p.\u00a0109).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les questions des locutrices ne sont pas \u00e0 consid\u00e9rer comme des demandes d\u2019information ou de confirmation. C\u2019est une strat\u00e9gie de gestion discursive qu\u2019elles utilisent sciemment dans le but de se d\u00e9fendre, de se positionner par rapport aux sujets de la conversation, ou encore de r\u00e9orienter l\u2019\u00e9change \u00e0 leur convenance. Bref, les intentions sont multiples et varient en fonction du contexte. En parcourant l\u2019ensemble du corpus, il sera question de mettre en lumi\u00e8re toutes ces valeurs, tout en explicitant la mani\u00e8re dont elles sont dites sur le plan prosodique.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse prosodique, en effet, se fonde sur l\u2019hypoth\u00e8se centrale que, loin de se situer aux marges de la langue, les indices intonatifs structurent le discours oral au point de constituer des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9terminants dans la construction et le d\u00e9cryptage du sens. Bien plus, entre les deux niveaux de la mat\u00e9rialit\u00e9 de la langue, le segmental et le suprasegmental, se tissent des liens non pas de concurrence mais de coop\u00e9ration (M\u00e9tangmo-Tatou, 2015 p.\u00a028).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il y a lieu de dire que nous ne pouvons pas esp\u00e9rer saisir, substantiellement, le discours oral, si nous ne comprenons pas sa dimension suprasegmentale. Ce qui, du reste, explique la pertinence de l\u2019interrelation entre ses deux dimensions (oral et \u00e9crit), comme le laisse voir la coh\u00e9rence du cadre th\u00e9orico-m\u00e9thodologique d\u00e9clin\u00e9 ci-apr\u00e8s.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Cadre th\u00e9orique et m\u00e9thodologie de l\u2019enqu\u00eate<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre analyse s\u2019appuie sur un corpus tir\u00e9 de deux \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es que nous avons enregistr\u00e9es et transcrites. La premi\u00e8re \u00e9mission a comme invit\u00e9e Edith Kah Walla en 2016 sur Afrika 24. La leader du <em>Cameroon people\u2019s party<\/em> (CPP) est sollicit\u00e9e par Babylas Boston au cours de l\u2019\u00e9mission intitul\u00e9e <em>Le Talk<\/em>. L\u2019extrait d\u2019entretien qui nous int\u00e9resse dure environ 11 minutes. La seconde est une \u00e9mission qui a pour titre <em>Actualit\u00e9s Hebdo<\/em> o\u00f9 Alain Belibi re\u00e7oit C\u00e9lestine Ketcha Court\u00e8s, maire de la commune de Bangangt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, durant plus d\u2019une heure de temps. Dans l\u2019ensemble de ces extraits qui constituent le corpus, les sujets d\u00e9battus sont divers et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Les plus saillants sont entre autres les querelles sur la nationalit\u00e9 de la maire de Bangangt\u00e9, la revendication du salaire par les maires au Cameroun, la d\u00e9centralisation au Cameroun, l\u2019absence du CPP au d\u00e9fil\u00e9 de l\u2019unit\u00e9 nationale de mai 2016. Bref, les th\u00e9matiques abord\u00e9es dans ces extraits sont autant de questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 camerounaise.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e9orie adopt\u00e9e est la co\u00e9nonciation-colocution-reformulation, telle que d\u00e9velopp\u00e9e par Morel (1998). Notons avec cette autrice que la co\u00e9nonciation est, relativement \u00e0 la nature de notre corpus, la fa\u00e7on dont celle ou celui qui parle envisage la r\u00e9ception de son discours par celle ou celui \u00e0 qui elle ou il s\u2019adresse, tandis que la colocution est la prise en compte du droit \u00e0 la parole de chacune des parties prenantes du dialogue et l\u2019anticipation d\u2019une \u00e9ventuelle prise de parole du colocuteur\u00b7trice. La reformulation quant \u00e0 elle est la recherche de la meilleure fa\u00e7on de dire. C\u2019est pourquoi cette th\u00e9orie nous semble la plus ad\u00e9quate pour l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019interrogation en situation du discours oral o\u00f9 les protagonistes tentent d\u2019anticiper ou de d\u00e9fendre chacun leur point de vue de mani\u00e8res diverses.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, le corpus a n\u00e9cessit\u00e9 une transcription orthographique et une notation des indices prosodiques\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut pas \u00e9tudier l\u2019oral par l\u2019oral, en se m\u00e9fiant \u00e0 (de) la m\u00e9moire qu\u2019on en garde. On ne peut pas, sans le recours \u00e0 la repr\u00e9sentation visuelle, parcourir l\u2019oral en tout sens et en comparer les morceaux\u00a0\u00bb (Blanche-Benveniste, 2010, p.\u00a033). Autrement dit, ces deux \u00e9missions ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9es de la fa\u00e7on suivante\u00a0: tous les extraits rep\u00e9r\u00e9s pour l\u2019analyse ont \u00e9t\u00e9 transcrits graphiquement. Il s\u2019est agi de marquer, en \u00e9coutant ces discours, un certain nombre d\u2019indices \u00e0 la fois sur le plan prosodique et discursif, suivant les conventions adopt\u00e9es par Morel et Danon-Boileau (1998, p.\u00a05) :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">{xx}\u00a0dur\u00e9e de la pause en centisecondes<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00a0:: note l\u2019allongement d\u2019un son<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">{} pause silence non mesur\u00e9e<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>\/\/ <\/strong>interruption brusque<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00b0xxx\u00b0 incise (d\u00e9crochement en plage basse)<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">\u00a7mm\u00a7\u00a0 indique le chevauchement de paroles des interlocuteurs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La notation des indices prosodiques, quant \u00e0 elle, est obtenue gr\u00e2ce au logiciel PRAAT[footnote]PRAAT est un logiciel de phon\u00e9tique cr\u00e9e par Boersma et Weenink (1992-2002) au d\u00e9partement de phon\u00e9tique de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Amsterdam (Pays-Bas), t\u00e9l\u00e9chargeable gratuitement \u00e0 partir de www.praat.org. Nous utilisons la version 6.2.23.[\/footnote]. Cette \u00e9tape a requis une conversion des vid\u00e9os en fichiers audio au format Wav, puis un d\u00e9coupage de la chaine en petites s\u00e9quences discursives interpr\u00e9tables. Le logiciel permet d\u2019obtenir les courbes de la fr\u00e9quence fondamentale (F0 en Hertz), l\u2019intensit\u00e9 (I en d\u00e9cibels) et la pause silencieuse (en centisecondes). Suivant les travaux de Morel et Danon-Boileau (1998), le point le plus haut constitue le point 4, et le point le plus bas constitue le niveau 1, puis entre ces deux lignes, deux autres lignes repr\u00e9sentent les niveaux 2 et 3. Cette d\u00e9limitation permet de distinguer la plage haute (situ\u00e9e entre les niveaux 3 et 4) de la plage basse de l\u2019intonation (situ\u00e9e entre les niveaux 2 et 1) de la courbe de l\u2019intonation. Aux niveaux des variations affectant la m\u00e9lodie vont correspondre des strat\u00e9gies \u00e9nonciatives et discursives mises en place par celle ou celui qui parle vis-\u00e0-vis de son interlocuteur\u00b7trice. Pour mener notre analyse, nous rep\u00e9rons les points pertinents, c\u2019est-\u00e0-dire les s\u00e9quences dans lesquelles les interlocutrices r\u00e9agissent par des \u00e9nonc\u00e9s interrogatifs. L\u2019interrogation est analys\u00e9e ici comme une modalit\u00e9 qui entre en jeu dans un certain nombre d\u2019op\u00e9rations \u00e9nonciatives, notamment la rectification ou l\u2019ajustement co\u00e9nonciatif que nous \u00e9tudierons \u00e0 travers trois exemples pr\u00e9cis\u00a0: la rectification, la recherche d\u2019une consensualit\u00e9 et la demande de confirmation.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Reprendre une question pour rectifier<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La rectification fait r\u00e9f\u00e9rence au processus de modification de ce qui n\u2019est pas correct. C\u2019est une attitude qui laisse entendre une intention particuli\u00e8re de changer, de r\u00e9parer, de parfaire ou de mieux faire, etc. \u00ab\u00a0Ce qui doit \u00eatre rectifi\u00e9 parce qu\u2019inexact peut autant \u00eatre l\u2019<strong>usage d\u2019un terme<\/strong> que le montant d\u2019une somme ou son mode de calcul\u00a0\u00bb (Cand\u00e9a et Mir-Samii, 2010, p.\u00a013). Dans notre contexte, en effet, ce sont des termes employ\u00e9s par des journalistes au cours des interviews qui am\u00e8nent les FELECA \u00e0 rectifier ce qu\u2019elles ont dit en substituant les termes \u00ab\u00a0inexacts\u00a0\u00bb par d\u2019autres mots qu\u2019elles jugent plus ad\u00e9quats, plus corrects et correspondant mieux \u00e0 leur intention de communication. En guise d\u2019illustration, consid\u00e9rons l\u2019exemple suivant dans lequel Alain interroge C\u00e9lestine sur l\u2019engouement que manifestent des Camerounais\u00b7es pour la fonction de maire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 1 <\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : mais qu\u2019est-ce qui vous fait courir vers cette fonction<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine : <strong>qu\u2019est-ce qui fait courir euh les camerounais vers cette fonction<\/strong>\u00a0{43} je pense c\u2019est le:: l\u2019image de plus plus du mai::re {61} qui fait que aujourd\u2019hui le maire est per\u00e7u comme le m\u00e9decin:: {18} des populations{51} le maire est H3 euh euh euh euh per::\u00e7u comme celui qui peut changer les des::tins {35}des populations {28} donc je pense que tout H3 camerounais qui souhai::te {35} mettre la main:: \u00e0 la pa::te {23} qui souhai::te {26} apporter quelque cho::se sur {27} le changement ou l\u2019am\u00e9lioration des conditions {33} de vie:: des populations {34} doit courir vers ce mandat qui je dis toujours:: {28} est le plus beau mandat \u00e9lectoral.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette s\u00e9quence, C\u00e9lestine reprend la question de son locuteur. Ce dernier r\u00e9agissait par rapport \u00e0 la contradiction qui se d\u00e9gage du propos de C\u00e9lestine, qui d\u00e9plore la situation des maire\u00b7sses camerounais\u00b7es, et l\u2019engouement que ces m\u00eames personnes manifestent en p\u00e9riodes \u00e9lectorales pour demeurer \u00e0 cette fonction. Rappelons que le poste de maire\u00b7sse attise beaucoup d\u2019app\u00e9tit au Cameroun. Il suffit d\u2019observer les diff\u00e9rents mouvements non seulement des candidat\u00b7es, mais aussi de ceux et celles qui sont leurs proches sur les plans politique, g\u00e9ographique ou familial. Dans le contexte camerounais, semble-t-il, r\u00e9ussir \u00e0 acc\u00e9der au poste de maire est une grande opportunit\u00e9 pour s\u2019enrichir financi\u00e8rement. C\u2019est justement cette id\u00e9e que laisse entendre Alain dans sa question formul\u00e9e de fa\u00e7on quelque peu inquisitrice. Comparons la structure de ces deux \u00e9nonc\u00e9s qui se r\u00e9pondent\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(a) mais qu\u2019est-ce qui vous fait courir vers cette fonction;<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">(b) qu\u2019est-ce qui fait courir euh les camerounais vers cette fonction.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux \u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9sentent globalement une structure quasi sym\u00e9trique. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 (a) d\u00e9marre avec la conjonction \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb, pr\u00e9c\u00e9dant le pronom interrogatif \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qui\u00a0\u00bb, qui marque, non pas un changement radical dans l\u2019argumentation de l\u2019intervieweur Alain, mais une op\u00e9ration de r\u00e9gulation co\u00e9nonciative visant \u00e0 instancier l\u2019objet de discours (int\u00e9r\u00eat pour le poste de maire) comme un objet consensuel d\u2019\u00e9change, tout en proposant d\u2019ouvrir une nouvelle orientation au d\u00e9bat\u00a0: \u00ab\u00a0Cette valeur d\u2019ouverture d\u2019une alternative est particuli\u00e8rement claire \u00e0 l\u2019initiale d\u2019une question\u00a0\u00bb (Morel et Danon-Boileau, 1998, p.\u00a0118). En ce qui concerne l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (b), il commence plut\u00f4t avec le pronom interrogatif. Cependant, on rel\u00e8ve la pr\u00e9sence du marqueur d\u2019h\u00e9sitation \u00ab\u00a0euh\u00a0\u00bb imm\u00e9diatement apr\u00e8s le segment verbal \u00ab\u00a0fait courir\u00a0\u00bb. On peut alors ais\u00e9ment faire un rapprochement entre le ligateur \u00e0 l\u2019initiale de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (a) et cette marque d\u2019h\u00e9sitation dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (b) dans la mesure o\u00f9 l\u2019orientation propos\u00e9e par la formulation d\u2019Alain a eu pour cons\u00e9quence de perturber C\u00e9lestine; perturbation perceptible dans le discours \u00e0 travers le marqueur \u00ab\u00a0euh\u00a0\u00bb. Il y a donc entre \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0euh\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9cho d\u2019une discordance qui va s\u2019op\u00e9rer, sur le plan discursif, par la substitution dans la structure rh\u00e9matique de l\u2019actant. Ce qui permet de passer de la structure [pronom verbe X] (\u00ab\u00a0vous fait courir vers cette fonction\u00a0\u00bb) \u00e0 [verbe indices actanciels X] (\u00ab\u00a0fait courir les camerounais vers cette fonction\u00a0\u00bb).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pronom personnel \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb dans cette question est \u00e9quivoque. Ce r\u00e9f\u00e9rent peut d\u00e9signer C\u00e9lestine, uniquement, ou renvoyer \u00e0 tou\u00b7tes les maire\u00b7sses. Pour \u00e9viter donc cette ambigu\u00eft\u00e9 r\u00e9f\u00e9rentielle, C\u00e9lestine ne r\u00e9pond pas directement \u00e0 cette question. Elle la reprend d\u2019abord en substituant le \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb par le syntagme nominal \u00ab\u00a0les Camerounais\u00a0\u00bb. Cette reformulation se veut un refus de personnaliser le d\u00e9bat. Par cette strat\u00e9gie, C\u00e9lestine veut \u00e9viter que le d\u00e9bat soit centr\u00e9 sur elle. La valeur \u00e0 attribuer au pronom \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (a) n\u2019est pas fig\u00e9e. M\u00eame s\u2019il est vrai que dans le contexte de l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e le vouvoiement est de r\u00e8gle, le contexte \u00e9nonciatif conduit de fa\u00e7on logique \u00e0 la pluralisation, comme d\u2019ailleurs l\u2019attestent les segments discursifs pr\u00e9c\u00e9dant la question sur l\u2019attrait exerc\u00e9 par le poste de maire\u00b7sse sur de nombreuses personnalit\u00e9s, parmi lesquelles se trouve C\u00e9lestine. Aussi, en op\u00e9rant l\u2019ajustement par l\u2019insertion du syntagme nominal \u00ab\u00a0les Camerounais\u00a0\u00bb, parvient-elle \u00e0 d\u00e9centrer l\u2019objet du discours, repoussant les fronti\u00e8res du cadre r\u00e9f\u00e9rentiel instanci\u00e9 par Alain. C\u2019est pourquoi elle choisit de faire d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0tous les Camerounais\u00a0\u00bb, un r\u00e9f\u00e9rent g\u00e9n\u00e9rique. Pour gloser, la locutrice dit que \u00ab\u00a0je ne suis pas la seule \u00e0 courir vers la fonction de maire\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, cet attrait pour le poste de maire, elle ne veut pas qu\u2019il soit per\u00e7u comme une attitude \u00e9gocentrique, mais un mouvement g\u00e9n\u00e9ral, du moins non individuel. La rectification vise donc \u00e0 contrecarrer les inf\u00e9rences d\u2019une repr\u00e9sentation d\u00e9favorable de la locutrice que la formulation d\u2019Alain produirait. En effet, en la pr\u00e9sentant comme quelqu\u2019une qui \u00ab\u00a0court vers\u00a0\u00bb un poste, on en d\u00e9duit qu\u2019elle est une personne \u00ab\u00a0obstin\u00e9e\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ent\u00eat\u00e9e\u00a0\u00bb, car \u00ab\u00a0courir vers\/apr\u00e8s quelque chose\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00ab\u00a0chercher \u00e0 atteindre, \u00e0 obtenir une chose par tous les moyens\u00a0\u00bb (CNRTL, en ligne). La reformulation va alors d\u00e9placer cette repr\u00e9sentation de la personne de la locutrice et l\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019ensemble de ses concitoyen\u00b7nes. Ce qui a pour effets d\u2019annihiler toute forme de particularisme ou d\u2019\u00e9gocentrisme et permet \u00e0 la locutrice de structurer son discours de sorte \u00e0 lui donner une forme qu\u2019elle juge coh\u00e9rente (Mohamadou, 2019).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a en substance une discordance des points de vue entre les deux protagonistes \u00e0 propos de la situation des maires au Cameroun. Apr\u00e8s qu\u2019elle a repos\u00e9 la question avec une r\u00e9f\u00e9renciation collective, la d\u00e9monstration qu\u2019elle effectue, marqu\u00e9e par une intonation montante, donne aux maire\u00b7sses l\u2019image de philanthropes, de patriotes, de mod\u00e8les, plein d\u2019ambitions non pour ces personnes elles-m\u00eames, mais pour l\u2019ensemble de la population. Par contre, lorsqu\u2019elle reprend la question pos\u00e9e par son interlocuteur afin de rectifier le terme qui la d\u00e9signe, on observe que les termes prof\u00e9r\u00e9s sont donn\u00e9s en intonation basse (F0- et I-) tel que nous pouvons l\u2019observer sur le trac\u00e9 1.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_658\" align=\"aligncenter\" width=\"479\"]<img class=\"wp-image-658 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1.png\" alt=\"\" width=\"479\" height=\"251\" \/> Trac\u00e9 1[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Morel et Danon-Boileau (1998), la chute conjointe de F0 et I indique que la locutrice s\u2019\u00e9carte du point de vue du co\u00e9nonciateur. Elle ne cherche pas toutefois \u00e0 prot\u00e9ger son tour de parole, ou bien elle ne pressent chez son interlocuteur aucune envie d\u2019intervenir. La relation entre le segment \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qui fait couri::r\u00a0\u00bb et le constituant nominal qui suit est comme cass\u00e9e par la chute de F0 et l\u2019absence de modulation. Il faut noter que \u00ab\u00a0l\u2019association de Fo et I en plage basse constitue une marque de rupture volontaire avec la th\u00e9matique pr\u00e9alablement d\u00e9velopp\u00e9e\u00a0\u00bb (Morel et Danon-Boileau, 1998, p.\u00a018). En tout cas, c\u2019est son tour de parole l\u00e9gitime, puisque son interlocuteur lui a pos\u00e9 une question \u00e0 laquelle elle est en train de r\u00e9pondre en (re)posant la question \u00e0 sa convenance dans laquelle on observe aucune variation m\u00e9lodique sur l\u2019ensemble du propos qui suit. Ce qui n\u2019est pas le cas dans des situations o\u00f9 les locutrices r\u00e9pondent aux questions de leurs interlocuteur\u00b7trices par d\u2019autres questions afin de les amener \u00e0 juger par eux-m\u00eames ou par elles-m\u00eames. Dans ce cas-l\u00e0, ce sont les variations en plage haute des indices suprasegmentaux que l\u2019on observe.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Appel au jugement de l\u2019interlocuteur\u00b7trice<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux questions par les FELECA montre par ailleurs le d\u00e9sir d\u2019inviter leurs interlocuteur\u00b7trices \u00e0 faire leur propre jugement, \u00e0 faire leur propre examen de conscience sur les sujets sur lesquels elles sont interrog\u00e9es. Dans ce cadre, cet appel peut \u00eatre une prise de la conscience de l\u2019autre afin qu\u2019il ou elle exprime son propre point de vue sur certaines situations au Cameroun. \u00c0 titre d\u2019exemple, nous notons dans la s\u00e9quence ci-dessous que la locutrice invite son interlocuteur \u00e0 m\u00e9diter sur les attitudes du gouvernement camerounais, en l\u2019occurrence lors de la c\u00e9l\u00e9bration de la f\u00eate de l\u2019unit\u00e9 de 2015, \u00e0 laquelle son parti, le CPP, fut interdit de participer.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 2<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : ailleurs on a vu ce qui s\u2019est pass\u00e9 mais si les camerounais ne font pas pareil {} \u00e7a veut dire qu\u2019ils ne se sentent pas concern\u00e9s par ce que vous d\u00e9crivez<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: personne ne devrait avoir peur {} <strong>pourquoi les gens ont peur<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : qui a peur<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: le syst\u00e8me de yaound\u00e9 a peur<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : quels sont les \u00e9l\u00e9ments qui vous permettent de dire que le syst\u00e8me a peur<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: <strong>pourquoi il nous refuse de d\u00e9filer<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : \u00e0 cause peut-\u00eatre de vos prises de position<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: <strong>pourquoi ces prises de position font peu::r<\/strong> {} si on pense que ce n\u2019est pas \u00e7a que les camerounais veulent {}\u00e7a ne devrait pas fai faire \u00e0 personne<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas\u00a0: [rires]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9alablement \u00e0 cette s\u00e9quence, \u00c9dith faisait une description de la situation politique du Cameroun, caract\u00e9ris\u00e9e, \u00e0 en croire ses termes, par\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019arriver \u00e0 l\u2019alternance au pouvoir\u00a0par des \u00e9lections \u00bb. Dans son entendement, elle le pr\u00e9cise d\u2019ailleurs \u00e0 la suite de son propos, le peuple camerounais doit prendre ses responsabilit\u00e9s \u00e0 l\u2019effet de contrecarrer le syst\u00e8me au pouvoir. Le peuple n\u2019\u00e9tant pas en r\u00e9volte, du moins en ce moment, Babylas \u00e9met donc des doutes sur la v\u00e9racit\u00e9 du propos de la locutrice par le biais du raisonnement analogique qui suit : \u00ab\u00a0ailleurs on a vu ce qui s\u2019est pass\u00e9 mais si les camerounais ne font pas pareil {} \u00e7a veut dire qu\u2019ils ne se sentent pas concern\u00e9s par ce que vous d\u00e9crivez\u00a0\u00bb. Pour gloser, on pourrait dire \u00ab\u00a0si le Cameroun \u00e9tait mal gouvern\u00e9, on aurait assist\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volte du peuple, comme dans d\u2019autres pays africains\u00a0\u00bb. En l\u2019esp\u00e8ce, puisque les Camerounais n\u2019ont pas rejoint la rue, la description faite par \u00c9dith est alors qualifi\u00e9e, de fa\u00e7on indirecte, par Babylas, comme irr\u00e9elle. Face \u00e0 cette d\u00e9duction, \u00c9dith, l\u2019ayant bien compris, affirme\u00a0: \u00ab\u00a0personne ne devrait avoir peur {} pourquoi les gens ont peur<strong> \u00bb. <\/strong>Elle \u00e9voque ainsi la \u00ab\u00a0peur du gouvernement\u00a0\u00bb et r\u00e9interroge aussit\u00f4t cette attitude. Cette succession r\u00e9v\u00e8le bien la strat\u00e9gie de la locutrice.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un premier temps, \u00c9dith r\u00e9fute l\u2019id\u00e9e de l\u2019existence de la peur dans les circonstances que l\u2019on peut consid\u00e9rer \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb, comme l\u2019indique l\u2019aspect-temps du verbe \u00ab\u00a0devrait\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une valuation subjective dont l\u2019ind\u00e9fini \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb constitue le gradient. Consid\u00e9rons la notion \/avoir peur\/, qui entre dans une relation pr\u00e9dicative[footnote]La terminologie est emprunt\u00e9e \u00e0 la Th\u00e9orie des op\u00e9rations pr\u00e9dicatives et \u00e9nonciatives d\u2019Antoine Culioli. Voir Groussier et Rivi\u00e8re (1996).[\/footnote] avec les termes \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0devrait\u00a0\u00bb de sorte qu\u2019on ait \u02c2 personne, peur, avoir\u02c3. La locutrice asserte que la notion \/avoir peur\/ \u00ab\u00a0ne devrait pas \u00eatre le cas\u00a0\u00bb. Ce qui induit le fait que la notion \/avoir peur\/ \u00ab\u00a0est le cas\u00a0\u00bb au moment T de l\u2019\u00e9nonciation est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0anormal\u00a0\u00bb. La question qui suit l\u2019assertion vient en r\u00e9alit\u00e9 valider l\u2019implicite contenu dans celle-ci (\u00ab\u00a0on ne devrait pas avoir peur, mais il y a des gens qui ont peur\u00a0\u00bb). C\u2019est alors que l\u2019intervieweur opte pour une demande d\u2019explicitation sur l\u2019agent, le sujet qui \u00e9prouve la peur. La r\u00e9ponse de la locutrice se fait alors plus clair\u00a0: \u00ab\u00a0le syst\u00e8me de Yaound\u00e9 a peur\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le recourt \u00e0 l\u2019interrogation comme strat\u00e9gie \u00e9nonciative demeure privil\u00e9gi\u00e9e par la locutrice dans la suite de l\u2019\u00e9change. L\u2019enchainement qui en r\u00e9sulte montre qu\u2019elle y trouve un moyen d\u2019infl\u00e9chir le d\u00e9bat \u00e0 son avantage sans risquer de \u00ab\u00a0se d\u00e9voiler\u00a0\u00bb dans un trop-plein de d\u00e9veloppements discursifs. La question lui offre le b\u00e9n\u00e9fice de multiplier les sous-entendus et d\u2019amener habilement l\u2019autre \u00e0 valider son regard sur l\u2019objet de discours. Ceci est d\u2019autant plus vrai que \u00ab\u00a0Parler, c\u2019est changer, et c\u2019est changer en \u00e9changeant (Kerbrat-Orecchioni, 1996, p.\u00a02).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Relativement aux questions formul\u00e9es par la locutrice, l\u2019on peut observer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019interroger la cause ou le motif explicatif d\u2019une attitude au moyen de l\u2019adverbe interrogatif \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb. Les questions directes ont la particularit\u00e9 de faire appel \u00e0 l\u2019autre \u00ab\u00a0soit pour le sonder, soit pour en obtenir l\u2019\u00e9lucidation d\u2019un probl\u00e8me de connaissance, la reconnaissance d\u2019une assertion, la confirmation ou l\u2019infirmation d\u2019un contenu propositionnel; la sollicitation inter-\u00e9nonciative peut aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019injonction. (Merle, 2019, p.\u00a020). En fait, les questions d\u2019Edith tendent \u00e0 instaurer l\u2019intervieweur dans une posture co\u00e9nonciative de discordance. Aussi, en r\u00e9pliquant par \u00ab\u00a0\u00e0 cause peut-\u00eatre de vos prises de position\u00a0\u00bb, il ouvre une nouvelle orientation qui explique et, de fa\u00e7on inf\u00e9rentielle, valide deux faits soulev\u00e9s par la question d\u2019Edith\u00a0: (1) le gouvernement a peur; (2) il a peur du CPP.\u00a0Il se fait alors locuteur du point de vue d\u2019une instance tierce puisqu\u2019il fournit la raison qui justifie l\u2019attitude critiqu\u00e9e par Edith. C\u2019est ainsi que les interrogations de cette derni\u00e8re donnent \u00e0 l\u2019\u00e9change un rythme vif qui, sans sortir de la co\u00e9nonciation, fait entrer l\u2019\u00e9change dans une forme de d\u00e9saccord clairement perceptible\u00a0: \u00ab\u00a0les questions en pourquoi pos\u00e9es entre interactants adultes de mani\u00e8re impromptue sont le signe d\u2019une volont\u00e9 d\u2019entrer en conflit car elles constituent des interpellations franches et peu coop\u00e9ratives\u00a0\u00bb (Lailler, 2011, p.\u00a086). Velinova (2011) l\u2019appr\u00e9hende autrement, en l\u2019interpr\u00e9tant comme un signe d\u2019autorit\u00e9. Sur le plan intonatif, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la question d\u2019Edith est dot\u00e9 d\u2019une variation modul\u00e9e de F0 et un maintien de I \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 (trac\u00e9 2).<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_659\" align=\"aligncenter\" width=\"471\"]<img class=\"wp-image-659 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2.png\" alt=\"\" width=\"471\" height=\"254\" \/> Trac\u00e9 2[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le trac\u00e9, il se manifeste au d\u00e9but une forte mont\u00e9e de Fo sur \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb mais elle chute \u00e0 la finale du terme \u00ab\u00a0peur\u00a0\u00bb, suivie d\u2019une pause silencieuse de 39 secondes. \u00c0 en croire Morel\u00a0et Danon-Boileau, \u00ab\u00a0les questions descendantes, marqu\u00e9es par une forte hauteur \u00e0 l\u2019initiale, vont le plus souvent de pair avant un changement radical de topos et une rupture du consensus pr\u00e9alable. Elles prennent souvent l\u2019interlocuteur au d\u00e9pourvu\u00a0\u00bb (1998, p.\u00a0127). \u00c9videmment, la suite de l\u2019\u00e9change pr\u00e9sente l\u2019interlocuteur en position de renoncer \u00e0 la discussion; renonciation qui se laisse comprendre \u00e0 travers le rire qui cl\u00f4t la s\u00e9quence et par la m\u00eame occasion ent\u00e9rine la divergence de vue.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Prenons un autre exemple. La s\u00e9quence ci-dessous, suite de l\u2019extrait 1, amorc\u00e9e plus haut, montre comment C\u00e9lestine contrebalance les questions de son interlocuteur par une autre question. \u00c0 ce niveau pr\u00e9cis de l\u2019\u00e9change, les questions de son interlocuteur portaient essentiellement sur la situation de la d\u00e9centralisation au Cameroun.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 3<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : qu\u2019est-ce qu\u2019il va falloir lire entre les lignes de ce que vous dites madame le maire euh le premier ministre \u00a7au cours de ces \u00a7 \/\/<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine\u00a0: \u00a7<strong>vous voulez \u00e0 \u00a7tout prix::: que je tire sur le gouvernement ou quoi monsieur\u00a7 b\u00e9libi\u00a7\u00a0<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : \u00a7pas du tout pas du tout\u00a7 je je veux euh euh vous disiez quels sont les probl\u00e8mes qui se posent<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine : je vous ai dit que je suis fi\u00e8re que dans mon pays d\u00e9j\u00e0 y a ce d\u00e9but de d\u00e9centralisation le chef de l\u2019\u00e9tat l\u2019a demand\u00e9 et j\u2019ai j\u2019ai vu l\u2019autre jour quand nous nous \u00e9tions \u00e0 l\u2019AG qu\u2019il y avait beaucoup d\u2019autres pays qui tardent \u00e0 en en <strong>en<\/strong>tamer un d\u00e9but de de transfert progressif de comp\u00e9tences.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019issue de quelques questions sur le processus de la d\u00e9centralisation au Cameroun, Alain n\u2019est pas satisfait des r\u00e9ponses de son interlocutrice. Visiblement, la question du journaliste met mal \u00e0 l\u2019aise la locutrice. Sa r\u00e9action montre qu\u2019elle consid\u00e8re le propos comme un reproche\u00a0: \u00ab vous voulez \u00e0 tout prix::: que je tire sur le gouvernement ou quoi monsieur B\u00e9libi\u00a0\u00bb. C\u00e9lestine sentant sa face positive menac\u00e9e, s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e pour l\u2019interrompre par cette question qui critique la m\u00e9thode du journaliste. En Effet, la question d\u2019Alain est orient\u00e9e dans la mesure elle poss\u00e8de un contenu implicite fort, car la locution \u00ab\u00a0lire entre les lignes\u00a0\u00bb sugg\u00e8re qu\u2019il y a des non-dits, ou que l\u2019on n\u2019a pas tout dit.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est bon de noter que cette question de la locutrice n\u2019appara\u00eet pas pour la premi\u00e8re fois dans cet \u00e9change. La locutrice avait d\u00e9j\u00e0 interpell\u00e9 son intervieweur de plusieurs mani\u00e8res : \u00ab mais vous voulez que je tire sur le pouvoir pourquoi {} mais est-ce que le travail ne se fait pas \u00bb. Malgr\u00e9 sa r\u00e9sistance \u00e0 ne pas vouloir d\u00e9velopper le sujet sous cet angle, son interlocuteur orientait davantage des interrogations dans ce sens afin de l\u2019amener \u00e0 parler de la responsabilit\u00e9 du gouvernement[footnote]\u00c0 l\u2019heure actuelle, Celestine Ketcha Court\u00e8s est membre du gouvernement camerounais. Elle a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e Ministre du d\u00e9veloppement rural et de l\u2019habitat du territoire en 2018.[\/footnote] dans le retard du processus de la d\u00e9centralisation au Cameroun. Il y a l\u00e0 une divergence sur l\u2019orientation \u00e0 donner au d\u00e9bat. La question qu\u2019elle pose lui permet de marquer sa position diff\u00e9renci\u00e9e vis-\u00e0-vis du point de vue d\u00e9velopp\u00e9 par son interlocuteur. Elle semble vouloir prendre de la distance et, cons\u00e9quemment, refuser d\u2019ent\u00e9riner le jugement avanc\u00e9. Elle anticipe ainsi un d\u00e9saccord et contraint son interlocuteur \u00e0 un ajustement qui s\u2019op\u00e8re difficilement comme le montrent non seulement la superposition de paroles, mais aussi les marqueurs du travail de formulation (r\u00e9p\u00e9tition de mot, marque \u00ab euh \u00bb) : \u00ab \u00a7pas du tout pas du tout\u00a7 je je veux euh euh vous disiez quels sont les probl\u00e8mes qui se posent \u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_660\" align=\"aligncenter\" width=\"463\"]<img class=\"wp-image-660 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3.png\" alt=\"\" width=\"463\" height=\"231\" \/> Trac\u00e9 3[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le trac\u00e9 3, on peut observer une mont\u00e9e de la m\u00e9lodie en plage haute sur lex\u00e8me \u00ab\u00a0gouvernement\u00a0\u00bb, ainsi que le maintien de l\u2019intensit\u00e9 sur la s\u00e9quence. Il y a donc de la part de la locuteur une volont\u00e9 de porter au premier plan ce lex\u00e8me, lui attribuant ainsi le statut de focus, qu\u2019elle extrait, du point de vue morphosyntaxique, de la suite de son propos pour le mettre en saillance. Par ailleurs, il y a un enjeu sur le plan colocutionnel. En effet, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole fait l\u2019objet d\u2019une divergence qui se mat\u00e9rialise une forte mont\u00e9e de l\u2019intensit\u00e9. La locutrice n\u2019a donc pas l\u2019intention de c\u00e9der son droit \u00e0 la parole, car elle anticipe v\u00e9ritablement un d\u00e9saccord sur l\u2019orientation donn\u00e9e \u00e0 l\u2019objet de discussion.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Contrairement aux autres formes de question (avec marqueurs morphosyntaxiques par exemple, la question prosodique, ici, est marqu\u00e9e par la pr\u00e9sence explicite de la locutrice. Elle dit maintenant \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb; elle ne se cache plus. C\u2019est donc l\u00e0 l\u2019une des singularit\u00e9s des questions intonatives comme nous le rappelle Lailler : \u00ab\u00a0Les questions toniques sont, par exemple, fortement interpellatives : elles requi\u00e8rent une obligation de pr\u00e9sence dans le discours et obligent l\u2019interlocuteur \u00e0 ne pas tenter de tergiverser\u00a0\u00bb (2011, p.\u00a0206). Dans notre corpus, nous avons un cas typique qui am\u00e8ne le questionneur \u00e0 repr\u00e9ciser sa question.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Demande de confirmation<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Appel\u00e9e aussi question de confirmation ou demande d\u2019assentiment, \u00ab\u00a0on regroupe sous ce terme un certain nombre de questions qui ont en commun de ne laisser au questionn\u00e9 que des latitudes tr\u00e8s restreintes pour formuler sa r\u00e9ponse sans pour autant que celle-ci soit compl\u00e8tement impos\u00e9e comme dans le cas de la question rh\u00e9torique\u00a0\u00bb (Gr\u00e9sillon, 1981, p.\u00a065). Dans la s\u00e9quence ci-dessous, nous revenons sur l\u2019\u00e9change mettant aux prises Alain et C\u00e9lestine et au cours duquel on observait une profusion de questions relatives \u00e0 la situation des maire\u00b7sses au Cameroun.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 4<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : \u00e7a ne r\u00e9pond pas toujours \u00e0 ma question madame le maire<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine : <strong>si on est H2 philanthrope\u00a0H1-<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : ceux qui euh vont vers cette fonction de maire et qui euh savent qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 gagner euh euh est ce qu\u2019ils n\u2019ont pas quand m\u00eame euh euh un \u0153il vers la cai::sse\u00a0de \u00a7la commune\u00a7<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine<strong>\u00a0: <\/strong>\u00a7si vous n\u2019avez les \u00a7 la commune n\u2019a rien <strong>qu\u2019est-ce que y a dans la cai::sse<\/strong> H2\u00a0{} peut-\u00eatre maintenant avec la d\u00e9centralisation et le transfert des comp\u00e9tences {} honn\u00eatement monsieur b\u00e9libi {} on peut parler de voir le transfert de comp\u00e9tence H3 {37} mais H4 maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9tat actuel de chose y a transfert de travail {42} mais pas transfert de ressources {50}donc\u00a0::: il ne faut pas toujours voir:: qu\u2019il y a quelque chose et nous vivons majoritairement [\u2026] {74} je vais vous dire \u00a7quand j\u2019arrive \u00e0 la mairie\u00a7.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Repr\u00e9cisons d\u2019abord un point. En fait, C\u00e9lestine tente de faire comprendre \u00e0 son interlocuteur que le traitement dont b\u00e9n\u00e9ficie les maire\u00b7sses au Cameroun n\u2019est que symbolique. Ce qui laisse entendre que la fonction de maire\u00b7sse au Cameroun ne devrait pas susciter tant de convoitise. Nous nous int\u00e9ressons alors aux suites de cette d\u00e9claration. Nous avions not\u00e9 que son intervieweur lui avait alors demand\u00e9 ce qui les \u00ab\u00a0fait courir vers cette fonction\u00a0\u00bb. Par rapport \u00e0 cette question, apr\u00e8s quelques tours de parole, le journaliste demeure encore insatisfait par rapport \u00e0 la r\u00e9ponse de son interlocutrice. En fait, il y a eu une sorte de glissement de sujet, puisqu\u2019au demeurant elle ne faisait qu\u2019un d\u00e9veloppement parall\u00e8le. Bref, la locutrice raconte plut\u00f4t un souvenir d\u2019enfance dans la r\u00e9gion de l\u2019Ouest-Cameroun o\u00f9 elle a fait ses \u00e9tudes secondaires. Elle a donc orient\u00e9 le d\u00e9bat, qui pourtant ne r\u00e9f\u00e9rait nullement \u00e0 ce qu\u2019elle relatait, c\u2019est-\u00e0-dire au r\u00e9cit de sa vie, aux difficult\u00e9s qu\u2019elle a travers\u00e9es. C\u00e9lestine peut ne pas avoir compris le sens de la question. C\u2019est d\u2019ailleurs cette interpr\u00e9tation que donne Duval (2007) de la question prosodique, car son usage donne l\u2019impression que le locuteur n\u2019a pas bien entendu ce qu\u2019a dit son interlocuteur. Il est aussi permis de penser que la locutrice a voulu orienter autrement le sens du d\u00e9bat. Dans tous les cas, sa r\u00e9action par la question prosodique \u00ab si on H3 est H2 philanthrope\u00a0H1- \u00bb nous incite \u00e0 dire qu\u2019elle n\u2019aurait pas compris la question de son interlocuteur. Donc, c\u2019est une demande de confirmation que pose C\u00e9lestine \u00e0 son interlocuteur. Dans un tel cas de figure, \u00ab\u00a0Il ne s\u2019agit plus du tout de demander une information, mais bien plut\u00f4t de se faire confirmer une hypoth\u00e8se par l\u2019assentiment de l\u2019autre ou de sugg\u00e9rer poliment une proposition\u00a0\u00bb (Gr\u00e9sillon, 1981, p.\u00a066).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9cision faite par l\u2019interlocuteur, comme on peut le remarquer \u00e0 la suite de cet extrait, pr\u00e9sente cependant une reformulation de sa question afin de permettre \u00e0 la destinataire de bien saisir\u00a0: \u00ab\u00a0ceux qui euh vont vers cette fonction de maire et qui euh savent qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 gagner euh euh est ce qu\u2019ils n\u2019ont pas quand m\u00eame euh euh un \u0153il vers la cai::sse\u00a0de \u00a7la commune\u00a7\u00a0\u00bb. Par rapport \u00e0 la question de son interlocuteur, C\u00e9lestine r\u00e9pond autrement en rappelant son souvenir d\u2019enfance; mais face \u00e0 son insistance, puisqu\u2019il a repr\u00e9cis\u00e9 la question, elle finit par demander\u00a0: \u00ab\u00a0si on est philanthrope\u00a0\u00bb. Toutefois, par cette question, C\u00e9lestine montre clairement qu\u2019elle n\u2019avait pas compris la question de son interlocuteur. C\u2019est donc une demande de confirmation qu\u2019elle manifeste en lui posant la question. Sur le plan intonatif, cette question est caract\u00e9ris\u00e9e par la mont\u00e9e de F0 en d\u00e9but et chute jusqu\u2019au point bas \u00e0 la finale.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_661\" align=\"aligncenter\" width=\"464\"]<img class=\"wp-image-661 \" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4.png\" alt=\"\" width=\"464\" height=\"243\" \/> Trac\u00e9 4[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">On observe \u00e9galement qu\u2019il n\u2019y a aucune pause entre le propos du journaliste et celui de C\u00e9lestine. Celle-ci semble \u00eatre surprise par la r\u00e9action de son interlocuteur. Elle semble donc \u00eatre press\u00e9e de comprendre r\u00e9ellement ce qu\u2019il a dit, d\u2019o\u00f9 sa r\u00e9action, nous semble-t-il, par la question prosodique. Nous pouvons donc postuler, ici, que la question prosodique peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un indice montrant la r\u00e9activit\u00e9 sur le plan co\u00e9nonciatif.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">In fine, les questions pos\u00e9es par les FELECA dans le corpus de notre \u00e9tude n\u2019ont pas pour finalit\u00e9 d\u2019obtenir un apport d\u2019information de l\u2019autre, mais elles sont plut\u00f4t employ\u00e9es comme une strat\u00e9gie de d\u00e9fense discursive. Notre analyse a montr\u00e9 que lorsque les journalistes posent des questions qui les d\u00e9signent particuli\u00e8rement ou qui comportent des termes qui ne leur conviennent pas, les FELECA ont tendance \u00e0 reprendre lesdites questions en substituant les termes probl\u00e9matiques avant de r\u00e9pondre aux questions qu\u2019elles se sont finalement pos\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au cours du processus de reprise, les termes subjectifs sont remplac\u00e9s par des expressions \u00e0 valeur g\u00e9n\u00e9ralisante, globalisante. Il s\u2019agit l\u00e0 de la reprise rectificative<em>.<\/em> Sur le plan prosodique, la rectification est inton\u00e9e en plage basse (F0-et I-), indiquant cette rupture volontaire avec la question qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement pos\u00e9e. Nous avons \u00e9galement not\u00e9 que lorsque les interlocutrices sont face aux questions qui interpellent leurs responsabilit\u00e9s, elles n\u2019y r\u00e9pondent pas. Ici, elles ont recours \u00e0 d\u2019autres questions afin d\u2019inviter leurs interlocuteurs \u00e0 forger, eux-m\u00eames, leur propre point de vue sur certaines situations \u00e0 propos desquelles ils interrogent. Ce sont des questions \u00e0 valeur d\u2019appel, une prise \u00e0 t\u00e9moin de la conscience de l\u2019autre afin qu\u2019il \u00e9mette son propre jugement, son propre jugement sur ses dires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons not\u00e9 que l\u2019effet obtenu par les questions \u00e0 valeur l\u2019appel de jugement de l\u2019interlocuteur est le changement de position \u00e9nonciative entre les diff\u00e9rents protagonistes\u00a0: l\u2019interrogateur devient le r\u00e9pondeur. Nous avons montr\u00e9 au cours de notre analyse que la mont\u00e9e de Fo et l\u2019adverbe \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb sont les caract\u00e9ristiques principales de ce type de questions. Par ailleurs, les questions de demande de confirmation apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement dans le contexte o\u00f9 les interlocutrices semblent n\u2019avoir pas bien compris ce qui leur est demand\u00e9, ou encore lorsqu\u2019elles sont surprises par leur nature.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Blanche-Benveniste, Claire. 2010. <em>Approches de la langue parl\u00e9e<\/em>. Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boersma, Paul et Weenink, David. 2024. Praat: doing phonetics by computer [Computer program]. Version 6.2.23, retrieved 5 October 2024 from <a href=\"http:\/\/www.praat.org\/\">http:\/\/www.praat.org\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centre national de ressources textuelles et lexicales \u2013 CNRTL. Courir. <a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/courir\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/courir<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dagnac, Anne. 2013. La variation des interrogations en fran\u00e7ais. Document pr\u00e9paratoire pour contribution \u00e0 la <em>Grande grammaire du fran\u00e7ais<\/em> (GGF)<em>. <\/em><a href=\"https:\/\/univ-tlse2.hal.science\/hal-00988751v1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u27e8hal-00988751v1\u27e9<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diakat\u00e9, Samba. 2015. La d\u00e9r\u00e9liction du langage dans le penser politique en Afrique. <em>Le Portique<\/em>, 1. <a href=\"http:\/\/leportique.revues.org\">http:\/\/leportique.revues.org<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Duval, Marc. 2007. <em>L\u2019interrogation indirecte totale en cor\u00e9en. Comparaison avec le fran\u00e7ais et l\u2019anglais.<\/em> Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gr\u00e9sillon, Almuth. 1981. Interrogation et interlocution. <em>Documentation et recherche en linguistique allemande contemporain - Vincennes<\/em>, 25, 61-75. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/drlav.1981.971\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/drlav.1981.971<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Groussier, Marie-Line et Rivi\u00e8re, Claude. 1996. <em>Les mots de la linguistique. Lexique de linguistique \u00e9nonciative<\/em>. Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jacques, Francis. 1981. L\u2019interrogation, force illocutoire et interaction verbale. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, 52, 70-79. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/lfr.1981.5107\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/lfr.1981.5107<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni. 1996. <em>La conversation<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Lailler, Carole. 2011. <em>Morphosyntaxe de l\u2019interrogation en conversation spontan\u00e9e\u00a0: mod\u00e9lisation et \u00e9valuation<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 du Maine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lolita, Berard. 2012.\u00a0<em>D\u00e9pendances \u00e0 distance en fran\u00e7ais contemporain - \u00c9tude sur corpus\u00a0: c\u2019est ce qu\u2019on pense qui devrait \u00eatre fait. <\/em>Th\u00e8se<em>, <\/em>Universit\u00e9 de Lorraine<em>.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Merle, Jean-Marie. 2019. La question et l\u2019interrogation en contexte\u00a0: point de vue \u00e9nonciatif. <em>Corela<\/em>, 29. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/corela.8834\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/corela.8834<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2015. Entre passion et pond\u00e9ration. La production discursive orale du professeur Andr\u00e9 Tchientcheu Njiako. Dans Fometeu, Joseph (coord.) <em>Droit et politique de l\u2019immobilier en Afrique. Exemple du Cameroun, M\u00e9langes en l\u2019honneur d\u2019Andr\u00e9 Tchientcheu <\/em>Njiako (26-49)<em>. <\/em>Yaound\u00e9\u00a0: Presse universitaire d\u2019Afrique.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mohamadou, Ousmanou. 2019. R\u00e9p\u00e9tition et travail de formulation dans les d\u00e9bats m\u00e9diatiques au Cameroun. Analyse intonative, discursive et posturo-mimo-gestuelle. Dans Paola Paissa et Ruggero Druetta (dir.), <em>La<\/em> <em>r\u00e9p\u00e9tition en discours.<\/em> Louvain-la-Neuve\u00a0: Academia.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Morel, Mary-Annick et Danon-Boileau, Laurent. 1998. <em>Grammaire de l\u2019intonation. L\u2019exemple du fran\u00e7ais<\/em>. Paris : Ophrys.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">L\u2019objectif de cet article est de montrer comment les femmes leaders camerounaises se d\u00e9fendent discursivement \u00e0 l\u2019aide des questions face aux journalistes sur les plateaux de t\u00e9l\u00e9vision. En position d\u2019invit\u00e9es, l\u2019on trouverait, a priori, surprenantes les questions de ces femmes, car elles sont sollicit\u00e9es, au regard de leur statut, pour \u00e9clairer le public sur certains sujets d\u2019actualit\u00e9 au Cameroun. Mais en fonction du mode de gestion et des enjeux de dialogue, les positions \u00e9nonciatives sont parfois invers\u00e9es. \u00c0 divers moments des \u00e9changes, l\u2019on assiste \u00e0 des s\u00e9quences o\u00f9 les invit\u00e9es interrogent les journalistes : le r\u00f4le discursif est invers\u00e9. En situant l\u2019analyse dans la perspective de la Grammaire de l\u2019intonation qui apporte des \u00e9claircissements sur l\u2019oral, le corpus \u00e9tudi\u00e9 est transcrit de deux mani\u00e8res : la transcription orthographique \u00e0 l\u2019\u00e9coute d\u2019une part et la transcription \u00e0 l\u2019aide de Praat d\u2019autre part. Ce logiciel nous a permis d\u2019obtenir la fr\u00e9quence fondamentale (Fo) en Hertz, l\u2019intensit\u00e9 (I) en d\u00e9cibels et les pauses silencieuses en centisecondes {cs}. Il en ressort que les questions de ces femmes pr\u00e9sentent plusieurs valeurs discursives, caract\u00e9ris\u00e9es par des indices prosodiques diff\u00e9rents. Ainsi, les questions \u00e0 valeur rectificative sont \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 voix basse (Fo- et I-), tandis que les questions \u00e0 valeur d\u2019appel de jugement pr\u00e9sentent une intonation montante et une intensit\u00e9 basse (Fo+ et I-). Ce dernier couplage indique une deixis vocale, le pointage pour autrui d\u2019un fragment du discours, et la chute conjointe de ces indices marque une rupture volontaire avec la question pr\u00e9alablement pos\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/anticipation\/\">anticipation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/interview\/\">interview<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/leader\/\">leader<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/question\/\">question<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/motscles\/strategie\/\">strat\u00e9gie<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">The objective of this article is to show how Camerounian women leaders defend themselves using questions in front of journalists on television sets. In the position of guests, one would find, a priori, the questions of these women surprising, because they status, to enlighten the public on certain current issues in Cameroon. But depending on the management method and the dialogue issues, the enunciative positions are sometimes reversed. At various moments during the exchanges, we witness sequences where the guests question the journalists: the discursive role is reserved. By situating the analysis in the perspective of the grammar of intonation (Morel et Donon-Boileau, 1998) which provides clarification when the spoken word, the corpus studied is transcribed in two ways: orthographic transcription when listening to one the one hand and transcription using Praat on the otherleaves. This software allowed the fundamental frequency (Fo) in Hertz, the intensity (I) in decibels and the silent pauses in centiseconds {cs}. It emerges that thses women\u2019s questions present several discursive values, characterized by different prosodic cues. Thus, questions with a corrective value are stated in low voice (Fo- and I-), while questions with a judgment call value present a rising intonation and a low intensity (Fo + and I-). This last coupling indicates a vocal deixis, the pointing out for others of a fragment of the speech, and the joint fall of these indices marks a voluntary break with the question previously asked.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/anticipation\/\">anticipation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/interview\/\">interview<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/question\/\">question<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/keywords\/strategy\/\">strategy<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (hausa)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lengo la makala haya ni kuonyesha jinsi viongozi wanawake wa Cameroon wanavyojitetea kwa kutumia maswali mbele ya waandishi wa habari kwenye televisheni. Katika nafasi ya wageni, mtu angeweza kupata, priori, maswali ya wanawake hawa ya kushangaza, kwa sababu wanaulizwa, kwa kuzingatia hali yao, kuangaza umma juu ya masuala fulani ya sasa nchini Kamerun. Lakini kulingana na mbinu ya usimamizi na maswala ya mazungumzo, nafasi za enunciative wakati mwingine hubadilishwa. Katika nyakati tofauti wakati wa mabadilishano, tunashuhudia mfuatano ambapo wageni wanawauliza waandishi wa habari: jukumu la mazungumzo limebadilishwa. Kwa kuweka uchanganuzi katika mtazamo wa Sarufi ya kiimbo ambayo hutoa ufafanuzi juu ya neno linalozungumzwa, koposi iliyosomwa inanakiliwa kwa njia mbili: unukuzi wa orthografia wakati wa kusikiliza kwa upande mmoja na unakili wakati wa kusikiliza msaada kutoka kwa Praat kwa upande mwingine. Programu hii ilituruhusu kupata masafa ya kimsingi (Fo) katika Hertz, nguvu (I) katika desibeli na kusitisha kimya kwa sekunde {cs}. Inatokea kwamba maswali haya ya wanawake yanawasilisha maadili kadhaa ya mjadala, yenye sifa tofauti za prosodic. Kwa hivyo, maswali yenye thamani ya kusahihisha husemwa kwa sauti ya chini (Fo- na I-), huku maswali yenye thamani ya wito wa hukumu yanawasilisha kiimbo cha kupanda na kiwango cha chini (Fo+ na I-). Muunganisho huu wa mwisho unaonyesha mgawanyiko wa sauti, kuashiria kwa wengine wa kipande cha hotuba, na kuanguka kwa pamoja kwa fahirisi hizi kunaashiria mapumziko ya hiari na swali lililoulizwa\u00a0hapo\u00a0awali.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>3 juillet 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>13 septembre 2024<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>19 d\u00e9cembre 2024<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">De brusques changements de r\u00f4le discursif entre les actant\u00b7es s\u2019observe dans les interviews qui font l\u2019objet de cette \u00e9tude. Cela dit, si l\u2019on consid\u00e8re la place qu\u2019occupent les femmes leaders camerounaises (FELECA) dans les \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es que nous analysons, l\u2019on trouverait,<em> a priori,<\/em> surprenantes les questions qu\u2019elles posent, car elles y sont en qualit\u00e9 d\u2019invit\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire des personnes bien identifi\u00e9es, et sollicit\u00e9es, au regard des statuts qu\u2019elles occupent, pour \u00e9clairer le public sur certaines situations au Cameroun. Aussi la posture des FELECA dans la logique de d\u00e9part n\u2019\u00e9tait-elle pas celle d\u2019<em>interrogatrice<\/em>, mais plut\u00f4t de <em>r\u00e9pondeuse<\/em>. Mais en fonction du mode de gestion du dialogue et des enjeux des conversations, leurs positions \u00e9nonciatives se sont parfois permut\u00e9es. \u00c0 divers moments de ces \u00e9changes, ce sont finalement ces femmes qui interrogent les journalistes, d\u2019o\u00f9 le renversement du r\u00f4le discursif. L\u2019on peut alors poser l\u2019hypoth\u00e8se que le recours \u00e0 la modalit\u00e9 interrogative, par les FELECA, n\u2019a pas pour objectif la demande d\u2019information, mais constitue plut\u00f4t une strat\u00e9gie de d\u00e9fense discursive. Il arrive souvent que l\u2019on emploie l\u2019interrogation non pas pour obtenir n\u00e9cessairement des r\u00e9ponses mais parce qu\u2019elle peut servir de subterfuge\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle que soit la d\u00e9finition minimale qu\u2019il faudra proposer de l\u2019interrogation, elle devra comporter qu\u2019on ne peut l\u2019interpr\u00e9ter en dehors du rapport interpersonnel entre un locuteur et auditeur\u00a0\u00bb (Milner, 1973, p.\u00a019). Elle devient donc une strat\u00e9gie qui permet \u00e0 un interlocuteur ou une interlocutrice d\u2019\u00eatre efficace dans une interaction, ou de pouvoir contrecarrer le point de vue de son interlocuteur-trice par rapport \u00e0 un fait donn\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interrogation n\u2019est pas seulement motiv\u00e9e par une volont\u00e9 d\u2019accro\u00eetre ses connaissances. Elle fait \u00e9galement \u00e9tat d\u2019une volont\u00e9 agissante de la part du locuteur, qui se construit \u00e9galement une identit\u00e9. Elle ne poss\u00e8de pas seulement une unique vis\u00e9e utilitaire. On peut lui conf\u00e9rer un retentissement argumentatif et rh\u00e9torique (Laillier, 2011, p.\u00a0109).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les questions des locutrices ne sont pas \u00e0 consid\u00e9rer comme des demandes d\u2019information ou de confirmation. C\u2019est une strat\u00e9gie de gestion discursive qu\u2019elles utilisent sciemment dans le but de se d\u00e9fendre, de se positionner par rapport aux sujets de la conversation, ou encore de r\u00e9orienter l\u2019\u00e9change \u00e0 leur convenance. Bref, les intentions sont multiples et varient en fonction du contexte. En parcourant l\u2019ensemble du corpus, il sera question de mettre en lumi\u00e8re toutes ces valeurs, tout en explicitant la mani\u00e8re dont elles sont dites sur le plan prosodique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse prosodique, en effet, se fonde sur l\u2019hypoth\u00e8se centrale que, loin de se situer aux marges de la langue, les indices intonatifs structurent le discours oral au point de constituer des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9terminants dans la construction et le d\u00e9cryptage du sens. Bien plus, entre les deux niveaux de la mat\u00e9rialit\u00e9 de la langue, le segmental et le suprasegmental, se tissent des liens non pas de concurrence mais de coop\u00e9ration (M\u00e9tangmo-Tatou, 2015 p.\u00a028).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il y a lieu de dire que nous ne pouvons pas esp\u00e9rer saisir, substantiellement, le discours oral, si nous ne comprenons pas sa dimension suprasegmentale. Ce qui, du reste, explique la pertinence de l\u2019interrelation entre ses deux dimensions (oral et \u00e9crit), comme le laisse voir la coh\u00e9rence du cadre th\u00e9orico-m\u00e9thodologique d\u00e9clin\u00e9 ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Cadre th\u00e9orique et m\u00e9thodologie de l\u2019enqu\u00eate<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre analyse s\u2019appuie sur un corpus tir\u00e9 de deux \u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es que nous avons enregistr\u00e9es et transcrites. La premi\u00e8re \u00e9mission a comme invit\u00e9e Edith Kah Walla en 2016 sur Afrika 24. La leader du <em>Cameroon people\u2019s party<\/em> (CPP) est sollicit\u00e9e par Babylas Boston au cours de l\u2019\u00e9mission intitul\u00e9e <em>Le Talk<\/em>. L\u2019extrait d\u2019entretien qui nous int\u00e9resse dure environ 11 minutes. La seconde est une \u00e9mission qui a pour titre <em>Actualit\u00e9s Hebdo<\/em> o\u00f9 Alain Belibi re\u00e7oit C\u00e9lestine Ketcha Court\u00e8s, maire de la commune de Bangangt\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, durant plus d\u2019une heure de temps. Dans l\u2019ensemble de ces extraits qui constituent le corpus, les sujets d\u00e9battus sont divers et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Les plus saillants sont entre autres les querelles sur la nationalit\u00e9 de la maire de Bangangt\u00e9, la revendication du salaire par les maires au Cameroun, la d\u00e9centralisation au Cameroun, l\u2019absence du CPP au d\u00e9fil\u00e9 de l\u2019unit\u00e9 nationale de mai 2016. Bref, les th\u00e9matiques abord\u00e9es dans ces extraits sont autant de questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 camerounaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e9orie adopt\u00e9e est la co\u00e9nonciation-colocution-reformulation, telle que d\u00e9velopp\u00e9e par Morel (1998). Notons avec cette autrice que la co\u00e9nonciation est, relativement \u00e0 la nature de notre corpus, la fa\u00e7on dont celle ou celui qui parle envisage la r\u00e9ception de son discours par celle ou celui \u00e0 qui elle ou il s\u2019adresse, tandis que la colocution est la prise en compte du droit \u00e0 la parole de chacune des parties prenantes du dialogue et l\u2019anticipation d\u2019une \u00e9ventuelle prise de parole du colocuteur\u00b7trice. La reformulation quant \u00e0 elle est la recherche de la meilleure fa\u00e7on de dire. C\u2019est pourquoi cette th\u00e9orie nous semble la plus ad\u00e9quate pour l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019interrogation en situation du discours oral o\u00f9 les protagonistes tentent d\u2019anticiper ou de d\u00e9fendre chacun leur point de vue de mani\u00e8res diverses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, le corpus a n\u00e9cessit\u00e9 une transcription orthographique et une notation des indices prosodiques\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut pas \u00e9tudier l\u2019oral par l\u2019oral, en se m\u00e9fiant \u00e0 (de) la m\u00e9moire qu\u2019on en garde. On ne peut pas, sans le recours \u00e0 la repr\u00e9sentation visuelle, parcourir l\u2019oral en tout sens et en comparer les morceaux\u00a0\u00bb (Blanche-Benveniste, 2010, p.\u00a033). Autrement dit, ces deux \u00e9missions ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9es de la fa\u00e7on suivante\u00a0: tous les extraits rep\u00e9r\u00e9s pour l\u2019analyse ont \u00e9t\u00e9 transcrits graphiquement. Il s\u2019est agi de marquer, en \u00e9coutant ces discours, un certain nombre d\u2019indices \u00e0 la fois sur le plan prosodique et discursif, suivant les conventions adopt\u00e9es par Morel et Danon-Boileau (1998, p.\u00a05) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">{xx}\u00a0dur\u00e9e de la pause en centisecondes<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00a0:: note l\u2019allongement d\u2019un son<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">{} pause silence non mesur\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>\/\/ <\/strong>interruption brusque<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00b0xxx\u00b0 incise (d\u00e9crochement en plage basse)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">\u00a7mm\u00a7\u00a0 indique le chevauchement de paroles des interlocuteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La notation des indices prosodiques, quant \u00e0 elle, est obtenue gr\u00e2ce au logiciel PRAAT<a class=\"footnote\" title=\"PRAAT est un logiciel de phon\u00e9tique cr\u00e9e par Boersma et Weenink (1992-2002) au d\u00e9partement de phon\u00e9tique de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Amsterdam (Pays-Bas), t\u00e9l\u00e9chargeable gratuitement \u00e0 partir de www.praat.org. Nous utilisons la version 6.2.23.\" id=\"return-footnote-655-1\" href=\"#footnote-655-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Cette \u00e9tape a requis une conversion des vid\u00e9os en fichiers audio au format Wav, puis un d\u00e9coupage de la chaine en petites s\u00e9quences discursives interpr\u00e9tables. Le logiciel permet d\u2019obtenir les courbes de la fr\u00e9quence fondamentale (F0 en Hertz), l\u2019intensit\u00e9 (I en d\u00e9cibels) et la pause silencieuse (en centisecondes). Suivant les travaux de Morel et Danon-Boileau (1998), le point le plus haut constitue le point 4, et le point le plus bas constitue le niveau 1, puis entre ces deux lignes, deux autres lignes repr\u00e9sentent les niveaux 2 et 3. Cette d\u00e9limitation permet de distinguer la plage haute (situ\u00e9e entre les niveaux 3 et 4) de la plage basse de l\u2019intonation (situ\u00e9e entre les niveaux 2 et 1) de la courbe de l\u2019intonation. Aux niveaux des variations affectant la m\u00e9lodie vont correspondre des strat\u00e9gies \u00e9nonciatives et discursives mises en place par celle ou celui qui parle vis-\u00e0-vis de son interlocuteur\u00b7trice. Pour mener notre analyse, nous rep\u00e9rons les points pertinents, c\u2019est-\u00e0-dire les s\u00e9quences dans lesquelles les interlocutrices r\u00e9agissent par des \u00e9nonc\u00e9s interrogatifs. L\u2019interrogation est analys\u00e9e ici comme une modalit\u00e9 qui entre en jeu dans un certain nombre d\u2019op\u00e9rations \u00e9nonciatives, notamment la rectification ou l\u2019ajustement co\u00e9nonciatif que nous \u00e9tudierons \u00e0 travers trois exemples pr\u00e9cis\u00a0: la rectification, la recherche d\u2019une consensualit\u00e9 et la demande de confirmation.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Reprendre une question pour rectifier<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La rectification fait r\u00e9f\u00e9rence au processus de modification de ce qui n\u2019est pas correct. C\u2019est une attitude qui laisse entendre une intention particuli\u00e8re de changer, de r\u00e9parer, de parfaire ou de mieux faire, etc. \u00ab\u00a0Ce qui doit \u00eatre rectifi\u00e9 parce qu\u2019inexact peut autant \u00eatre l\u2019<strong>usage d\u2019un terme<\/strong> que le montant d\u2019une somme ou son mode de calcul\u00a0\u00bb (Cand\u00e9a et Mir-Samii, 2010, p.\u00a013). Dans notre contexte, en effet, ce sont des termes employ\u00e9s par des journalistes au cours des interviews qui am\u00e8nent les FELECA \u00e0 rectifier ce qu\u2019elles ont dit en substituant les termes \u00ab\u00a0inexacts\u00a0\u00bb par d\u2019autres mots qu\u2019elles jugent plus ad\u00e9quats, plus corrects et correspondant mieux \u00e0 leur intention de communication. En guise d\u2019illustration, consid\u00e9rons l\u2019exemple suivant dans lequel Alain interroge C\u00e9lestine sur l\u2019engouement que manifestent des Camerounais\u00b7es pour la fonction de maire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 1 <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : mais qu\u2019est-ce qui vous fait courir vers cette fonction<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine : <strong>qu\u2019est-ce qui fait courir euh les camerounais vers cette fonction<\/strong>\u00a0{43} je pense c\u2019est le:: l\u2019image de plus plus du mai::re {61} qui fait que aujourd\u2019hui le maire est per\u00e7u comme le m\u00e9decin:: {18} des populations{51} le maire est H3 euh euh euh euh per::\u00e7u comme celui qui peut changer les des::tins {35}des populations {28} donc je pense que tout H3 camerounais qui souhai::te {35} mettre la main:: \u00e0 la pa::te {23} qui souhai::te {26} apporter quelque cho::se sur {27} le changement ou l\u2019am\u00e9lioration des conditions {33} de vie:: des populations {34} doit courir vers ce mandat qui je dis toujours:: {28} est le plus beau mandat \u00e9lectoral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette s\u00e9quence, C\u00e9lestine reprend la question de son locuteur. Ce dernier r\u00e9agissait par rapport \u00e0 la contradiction qui se d\u00e9gage du propos de C\u00e9lestine, qui d\u00e9plore la situation des maire\u00b7sses camerounais\u00b7es, et l\u2019engouement que ces m\u00eames personnes manifestent en p\u00e9riodes \u00e9lectorales pour demeurer \u00e0 cette fonction. Rappelons que le poste de maire\u00b7sse attise beaucoup d\u2019app\u00e9tit au Cameroun. Il suffit d\u2019observer les diff\u00e9rents mouvements non seulement des candidat\u00b7es, mais aussi de ceux et celles qui sont leurs proches sur les plans politique, g\u00e9ographique ou familial. Dans le contexte camerounais, semble-t-il, r\u00e9ussir \u00e0 acc\u00e9der au poste de maire est une grande opportunit\u00e9 pour s\u2019enrichir financi\u00e8rement. C\u2019est justement cette id\u00e9e que laisse entendre Alain dans sa question formul\u00e9e de fa\u00e7on quelque peu inquisitrice. Comparons la structure de ces deux \u00e9nonc\u00e9s qui se r\u00e9pondent\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(a) mais qu\u2019est-ce qui vous fait courir vers cette fonction;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">(b) qu\u2019est-ce qui fait courir euh les camerounais vers cette fonction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les deux \u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9sentent globalement une structure quasi sym\u00e9trique. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 (a) d\u00e9marre avec la conjonction \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb, pr\u00e9c\u00e9dant le pronom interrogatif \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qui\u00a0\u00bb, qui marque, non pas un changement radical dans l\u2019argumentation de l\u2019intervieweur Alain, mais une op\u00e9ration de r\u00e9gulation co\u00e9nonciative visant \u00e0 instancier l\u2019objet de discours (int\u00e9r\u00eat pour le poste de maire) comme un objet consensuel d\u2019\u00e9change, tout en proposant d\u2019ouvrir une nouvelle orientation au d\u00e9bat\u00a0: \u00ab\u00a0Cette valeur d\u2019ouverture d\u2019une alternative est particuli\u00e8rement claire \u00e0 l\u2019initiale d\u2019une question\u00a0\u00bb (Morel et Danon-Boileau, 1998, p.\u00a0118). En ce qui concerne l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (b), il commence plut\u00f4t avec le pronom interrogatif. Cependant, on rel\u00e8ve la pr\u00e9sence du marqueur d\u2019h\u00e9sitation \u00ab\u00a0euh\u00a0\u00bb imm\u00e9diatement apr\u00e8s le segment verbal \u00ab\u00a0fait courir\u00a0\u00bb. On peut alors ais\u00e9ment faire un rapprochement entre le ligateur \u00e0 l\u2019initiale de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (a) et cette marque d\u2019h\u00e9sitation dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (b) dans la mesure o\u00f9 l\u2019orientation propos\u00e9e par la formulation d\u2019Alain a eu pour cons\u00e9quence de perturber C\u00e9lestine; perturbation perceptible dans le discours \u00e0 travers le marqueur \u00ab\u00a0euh\u00a0\u00bb. Il y a donc entre \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0euh\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9cho d\u2019une discordance qui va s\u2019op\u00e9rer, sur le plan discursif, par la substitution dans la structure rh\u00e9matique de l\u2019actant. Ce qui permet de passer de la structure [pronom verbe X] (\u00ab\u00a0vous fait courir vers cette fonction\u00a0\u00bb) \u00e0 [verbe indices actanciels X] (\u00ab\u00a0fait courir les camerounais vers cette fonction\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pronom personnel \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb dans cette question est \u00e9quivoque. Ce r\u00e9f\u00e9rent peut d\u00e9signer C\u00e9lestine, uniquement, ou renvoyer \u00e0 tou\u00b7tes les maire\u00b7sses. Pour \u00e9viter donc cette ambigu\u00eft\u00e9 r\u00e9f\u00e9rentielle, C\u00e9lestine ne r\u00e9pond pas directement \u00e0 cette question. Elle la reprend d\u2019abord en substituant le \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb par le syntagme nominal \u00ab\u00a0les Camerounais\u00a0\u00bb. Cette reformulation se veut un refus de personnaliser le d\u00e9bat. Par cette strat\u00e9gie, C\u00e9lestine veut \u00e9viter que le d\u00e9bat soit centr\u00e9 sur elle. La valeur \u00e0 attribuer au pronom \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (a) n\u2019est pas fig\u00e9e. M\u00eame s\u2019il est vrai que dans le contexte de l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e le vouvoiement est de r\u00e8gle, le contexte \u00e9nonciatif conduit de fa\u00e7on logique \u00e0 la pluralisation, comme d\u2019ailleurs l\u2019attestent les segments discursifs pr\u00e9c\u00e9dant la question sur l\u2019attrait exerc\u00e9 par le poste de maire\u00b7sse sur de nombreuses personnalit\u00e9s, parmi lesquelles se trouve C\u00e9lestine. Aussi, en op\u00e9rant l\u2019ajustement par l\u2019insertion du syntagme nominal \u00ab\u00a0les Camerounais\u00a0\u00bb, parvient-elle \u00e0 d\u00e9centrer l\u2019objet du discours, repoussant les fronti\u00e8res du cadre r\u00e9f\u00e9rentiel instanci\u00e9 par Alain. C\u2019est pourquoi elle choisit de faire d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0tous les Camerounais\u00a0\u00bb, un r\u00e9f\u00e9rent g\u00e9n\u00e9rique. Pour gloser, la locutrice dit que \u00ab\u00a0je ne suis pas la seule \u00e0 courir vers la fonction de maire\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, cet attrait pour le poste de maire, elle ne veut pas qu\u2019il soit per\u00e7u comme une attitude \u00e9gocentrique, mais un mouvement g\u00e9n\u00e9ral, du moins non individuel. La rectification vise donc \u00e0 contrecarrer les inf\u00e9rences d\u2019une repr\u00e9sentation d\u00e9favorable de la locutrice que la formulation d\u2019Alain produirait. En effet, en la pr\u00e9sentant comme quelqu\u2019une qui \u00ab\u00a0court vers\u00a0\u00bb un poste, on en d\u00e9duit qu\u2019elle est une personne \u00ab\u00a0obstin\u00e9e\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ent\u00eat\u00e9e\u00a0\u00bb, car \u00ab\u00a0courir vers\/apr\u00e8s quelque chose\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00ab\u00a0chercher \u00e0 atteindre, \u00e0 obtenir une chose par tous les moyens\u00a0\u00bb (CNRTL, en ligne). La reformulation va alors d\u00e9placer cette repr\u00e9sentation de la personne de la locutrice et l\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019ensemble de ses concitoyen\u00b7nes. Ce qui a pour effets d\u2019annihiler toute forme de particularisme ou d\u2019\u00e9gocentrisme et permet \u00e0 la locutrice de structurer son discours de sorte \u00e0 lui donner une forme qu\u2019elle juge coh\u00e9rente (Mohamadou, 2019).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a en substance une discordance des points de vue entre les deux protagonistes \u00e0 propos de la situation des maires au Cameroun. Apr\u00e8s qu\u2019elle a repos\u00e9 la question avec une r\u00e9f\u00e9renciation collective, la d\u00e9monstration qu\u2019elle effectue, marqu\u00e9e par une intonation montante, donne aux maire\u00b7sses l\u2019image de philanthropes, de patriotes, de mod\u00e8les, plein d\u2019ambitions non pour ces personnes elles-m\u00eames, mais pour l\u2019ensemble de la population. Par contre, lorsqu\u2019elle reprend la question pos\u00e9e par son interlocuteur afin de rectifier le terme qui la d\u00e9signe, on observe que les termes prof\u00e9r\u00e9s sont donn\u00e9s en intonation basse (F0- et I-) tel que nous pouvons l\u2019observer sur le trac\u00e9 1.<\/p>\n<figure id=\"attachment_658\" aria-describedby=\"caption-attachment-658\" style=\"width: 479px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-658\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1.png\" alt=\"\" width=\"479\" height=\"251\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1.png 6292w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-300x157.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-1024x536.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-768x402.png 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-1536x805.png 1536w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-2048x1073.png 2048w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-65x34.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-225x118.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-1-350x183.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 479px) 100vw, 479px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-658\" class=\"wp-caption-text\">Trac\u00e9 1<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Morel et Danon-Boileau (1998), la chute conjointe de F0 et I indique que la locutrice s\u2019\u00e9carte du point de vue du co\u00e9nonciateur. Elle ne cherche pas toutefois \u00e0 prot\u00e9ger son tour de parole, ou bien elle ne pressent chez son interlocuteur aucune envie d\u2019intervenir. La relation entre le segment \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qui fait couri::r\u00a0\u00bb et le constituant nominal qui suit est comme cass\u00e9e par la chute de F0 et l\u2019absence de modulation. Il faut noter que \u00ab\u00a0l\u2019association de Fo et I en plage basse constitue une marque de rupture volontaire avec la th\u00e9matique pr\u00e9alablement d\u00e9velopp\u00e9e\u00a0\u00bb (Morel et Danon-Boileau, 1998, p.\u00a018). En tout cas, c\u2019est son tour de parole l\u00e9gitime, puisque son interlocuteur lui a pos\u00e9 une question \u00e0 laquelle elle est en train de r\u00e9pondre en (re)posant la question \u00e0 sa convenance dans laquelle on observe aucune variation m\u00e9lodique sur l\u2019ensemble du propos qui suit. Ce qui n\u2019est pas le cas dans des situations o\u00f9 les locutrices r\u00e9pondent aux questions de leurs interlocuteur\u00b7trices par d\u2019autres questions afin de les amener \u00e0 juger par eux-m\u00eames ou par elles-m\u00eames. Dans ce cas-l\u00e0, ce sont les variations en plage haute des indices suprasegmentaux que l\u2019on observe.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Appel au jugement de l\u2019interlocuteur\u00b7trice<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux questions par les FELECA montre par ailleurs le d\u00e9sir d\u2019inviter leurs interlocuteur\u00b7trices \u00e0 faire leur propre jugement, \u00e0 faire leur propre examen de conscience sur les sujets sur lesquels elles sont interrog\u00e9es. Dans ce cadre, cet appel peut \u00eatre une prise de la conscience de l\u2019autre afin qu\u2019il ou elle exprime son propre point de vue sur certaines situations au Cameroun. \u00c0 titre d\u2019exemple, nous notons dans la s\u00e9quence ci-dessous que la locutrice invite son interlocuteur \u00e0 m\u00e9diter sur les attitudes du gouvernement camerounais, en l\u2019occurrence lors de la c\u00e9l\u00e9bration de la f\u00eate de l\u2019unit\u00e9 de 2015, \u00e0 laquelle son parti, le CPP, fut interdit de participer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 2<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : ailleurs on a vu ce qui s\u2019est pass\u00e9 mais si les camerounais ne font pas pareil {} \u00e7a veut dire qu\u2019ils ne se sentent pas concern\u00e9s par ce que vous d\u00e9crivez<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: personne ne devrait avoir peur {} <strong>pourquoi les gens ont peur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : qui a peur<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: le syst\u00e8me de yaound\u00e9 a peur<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : quels sont les \u00e9l\u00e9ments qui vous permettent de dire que le syst\u00e8me a peur<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: <strong>pourquoi il nous refuse de d\u00e9filer<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas : \u00e0 cause peut-\u00eatre de vos prises de position<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u00c9dith\u00a0: <strong>pourquoi ces prises de position font peu::r<\/strong> {} si on pense que ce n\u2019est pas \u00e7a que les camerounais veulent {}\u00e7a ne devrait pas fai faire \u00e0 personne<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Babylas\u00a0: [rires]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9alablement \u00e0 cette s\u00e9quence, \u00c9dith faisait une description de la situation politique du Cameroun, caract\u00e9ris\u00e9e, \u00e0 en croire ses termes, par\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019arriver \u00e0 l\u2019alternance au pouvoir\u00a0par des \u00e9lections \u00bb. Dans son entendement, elle le pr\u00e9cise d\u2019ailleurs \u00e0 la suite de son propos, le peuple camerounais doit prendre ses responsabilit\u00e9s \u00e0 l\u2019effet de contrecarrer le syst\u00e8me au pouvoir. Le peuple n\u2019\u00e9tant pas en r\u00e9volte, du moins en ce moment, Babylas \u00e9met donc des doutes sur la v\u00e9racit\u00e9 du propos de la locutrice par le biais du raisonnement analogique qui suit : \u00ab\u00a0ailleurs on a vu ce qui s\u2019est pass\u00e9 mais si les camerounais ne font pas pareil {} \u00e7a veut dire qu\u2019ils ne se sentent pas concern\u00e9s par ce que vous d\u00e9crivez\u00a0\u00bb. Pour gloser, on pourrait dire \u00ab\u00a0si le Cameroun \u00e9tait mal gouvern\u00e9, on aurait assist\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volte du peuple, comme dans d\u2019autres pays africains\u00a0\u00bb. En l\u2019esp\u00e8ce, puisque les Camerounais n\u2019ont pas rejoint la rue, la description faite par \u00c9dith est alors qualifi\u00e9e, de fa\u00e7on indirecte, par Babylas, comme irr\u00e9elle. Face \u00e0 cette d\u00e9duction, \u00c9dith, l\u2019ayant bien compris, affirme\u00a0: \u00ab\u00a0personne ne devrait avoir peur {} pourquoi les gens ont peur<strong> \u00bb. <\/strong>Elle \u00e9voque ainsi la \u00ab\u00a0peur du gouvernement\u00a0\u00bb et r\u00e9interroge aussit\u00f4t cette attitude. Cette succession r\u00e9v\u00e8le bien la strat\u00e9gie de la locutrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un premier temps, \u00c9dith r\u00e9fute l\u2019id\u00e9e de l\u2019existence de la peur dans les circonstances que l\u2019on peut consid\u00e9rer \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb, comme l\u2019indique l\u2019aspect-temps du verbe \u00ab\u00a0devrait\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une valuation subjective dont l\u2019ind\u00e9fini \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb constitue le gradient. Consid\u00e9rons la notion \/avoir peur\/, qui entre dans une relation pr\u00e9dicative<a class=\"footnote\" title=\"La terminologie est emprunt\u00e9e \u00e0 la Th\u00e9orie des op\u00e9rations pr\u00e9dicatives et \u00e9nonciatives d\u2019Antoine Culioli. Voir Groussier et Rivi\u00e8re (1996).\" id=\"return-footnote-655-2\" href=\"#footnote-655-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> avec les termes \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0devrait\u00a0\u00bb de sorte qu\u2019on ait \u02c2 personne, peur, avoir\u02c3. La locutrice asserte que la notion \/avoir peur\/ \u00ab\u00a0ne devrait pas \u00eatre le cas\u00a0\u00bb. Ce qui induit le fait que la notion \/avoir peur\/ \u00ab\u00a0est le cas\u00a0\u00bb au moment T de l\u2019\u00e9nonciation est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0anormal\u00a0\u00bb. La question qui suit l\u2019assertion vient en r\u00e9alit\u00e9 valider l\u2019implicite contenu dans celle-ci (\u00ab\u00a0on ne devrait pas avoir peur, mais il y a des gens qui ont peur\u00a0\u00bb). C\u2019est alors que l\u2019intervieweur opte pour une demande d\u2019explicitation sur l\u2019agent, le sujet qui \u00e9prouve la peur. La r\u00e9ponse de la locutrice se fait alors plus clair\u00a0: \u00ab\u00a0le syst\u00e8me de Yaound\u00e9 a peur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le recourt \u00e0 l\u2019interrogation comme strat\u00e9gie \u00e9nonciative demeure privil\u00e9gi\u00e9e par la locutrice dans la suite de l\u2019\u00e9change. L\u2019enchainement qui en r\u00e9sulte montre qu\u2019elle y trouve un moyen d\u2019infl\u00e9chir le d\u00e9bat \u00e0 son avantage sans risquer de \u00ab\u00a0se d\u00e9voiler\u00a0\u00bb dans un trop-plein de d\u00e9veloppements discursifs. La question lui offre le b\u00e9n\u00e9fice de multiplier les sous-entendus et d\u2019amener habilement l\u2019autre \u00e0 valider son regard sur l\u2019objet de discours. Ceci est d\u2019autant plus vrai que \u00ab\u00a0Parler, c\u2019est changer, et c\u2019est changer en \u00e9changeant (Kerbrat-Orecchioni, 1996, p.\u00a02).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Relativement aux questions formul\u00e9es par la locutrice, l\u2019on peut observer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019interroger la cause ou le motif explicatif d\u2019une attitude au moyen de l\u2019adverbe interrogatif \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb. Les questions directes ont la particularit\u00e9 de faire appel \u00e0 l\u2019autre \u00ab\u00a0soit pour le sonder, soit pour en obtenir l\u2019\u00e9lucidation d\u2019un probl\u00e8me de connaissance, la reconnaissance d\u2019une assertion, la confirmation ou l\u2019infirmation d\u2019un contenu propositionnel; la sollicitation inter-\u00e9nonciative peut aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019injonction. (Merle, 2019, p.\u00a020). En fait, les questions d\u2019Edith tendent \u00e0 instaurer l\u2019intervieweur dans une posture co\u00e9nonciative de discordance. Aussi, en r\u00e9pliquant par \u00ab\u00a0\u00e0 cause peut-\u00eatre de vos prises de position\u00a0\u00bb, il ouvre une nouvelle orientation qui explique et, de fa\u00e7on inf\u00e9rentielle, valide deux faits soulev\u00e9s par la question d\u2019Edith\u00a0: (1) le gouvernement a peur; (2) il a peur du CPP.\u00a0Il se fait alors locuteur du point de vue d\u2019une instance tierce puisqu\u2019il fournit la raison qui justifie l\u2019attitude critiqu\u00e9e par Edith. C\u2019est ainsi que les interrogations de cette derni\u00e8re donnent \u00e0 l\u2019\u00e9change un rythme vif qui, sans sortir de la co\u00e9nonciation, fait entrer l\u2019\u00e9change dans une forme de d\u00e9saccord clairement perceptible\u00a0: \u00ab\u00a0les questions en pourquoi pos\u00e9es entre interactants adultes de mani\u00e8re impromptue sont le signe d\u2019une volont\u00e9 d\u2019entrer en conflit car elles constituent des interpellations franches et peu coop\u00e9ratives\u00a0\u00bb (Lailler, 2011, p.\u00a086). Velinova (2011) l\u2019appr\u00e9hende autrement, en l\u2019interpr\u00e9tant comme un signe d\u2019autorit\u00e9. Sur le plan intonatif, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la question d\u2019Edith est dot\u00e9 d\u2019une variation modul\u00e9e de F0 et un maintien de I \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 (trac\u00e9 2).<\/p>\n<figure id=\"attachment_659\" aria-describedby=\"caption-attachment-659\" style=\"width: 471px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-659\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2.png\" alt=\"\" width=\"471\" height=\"254\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2.png 7244w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-300x162.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-1024x551.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-768x414.png 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-1536x827.png 1536w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-2048x1103.png 2048w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-65x35.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-225x121.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-2-350x188.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 471px) 100vw, 471px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-659\" class=\"wp-caption-text\">Trac\u00e9 2<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le trac\u00e9, il se manifeste au d\u00e9but une forte mont\u00e9e de Fo sur \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb mais elle chute \u00e0 la finale du terme \u00ab\u00a0peur\u00a0\u00bb, suivie d\u2019une pause silencieuse de 39 secondes. \u00c0 en croire Morel\u00a0et Danon-Boileau, \u00ab\u00a0les questions descendantes, marqu\u00e9es par une forte hauteur \u00e0 l\u2019initiale, vont le plus souvent de pair avant un changement radical de topos et une rupture du consensus pr\u00e9alable. Elles prennent souvent l\u2019interlocuteur au d\u00e9pourvu\u00a0\u00bb (1998, p.\u00a0127). \u00c9videmment, la suite de l\u2019\u00e9change pr\u00e9sente l\u2019interlocuteur en position de renoncer \u00e0 la discussion; renonciation qui se laisse comprendre \u00e0 travers le rire qui cl\u00f4t la s\u00e9quence et par la m\u00eame occasion ent\u00e9rine la divergence de vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Prenons un autre exemple. La s\u00e9quence ci-dessous, suite de l\u2019extrait 1, amorc\u00e9e plus haut, montre comment C\u00e9lestine contrebalance les questions de son interlocuteur par une autre question. \u00c0 ce niveau pr\u00e9cis de l\u2019\u00e9change, les questions de son interlocuteur portaient essentiellement sur la situation de la d\u00e9centralisation au Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 3<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : qu\u2019est-ce qu\u2019il va falloir lire entre les lignes de ce que vous dites madame le maire euh le premier ministre \u00a7au cours de ces \u00a7 \/\/<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine\u00a0: \u00a7<strong>vous voulez \u00e0 \u00a7tout prix::: que je tire sur le gouvernement ou quoi monsieur\u00a7 b\u00e9libi\u00a7\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : \u00a7pas du tout pas du tout\u00a7 je je veux euh euh vous disiez quels sont les probl\u00e8mes qui se posent<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine : je vous ai dit que je suis fi\u00e8re que dans mon pays d\u00e9j\u00e0 y a ce d\u00e9but de d\u00e9centralisation le chef de l\u2019\u00e9tat l\u2019a demand\u00e9 et j\u2019ai j\u2019ai vu l\u2019autre jour quand nous nous \u00e9tions \u00e0 l\u2019AG qu\u2019il y avait beaucoup d\u2019autres pays qui tardent \u00e0 en en <strong>en<\/strong>tamer un d\u00e9but de de transfert progressif de comp\u00e9tences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019issue de quelques questions sur le processus de la d\u00e9centralisation au Cameroun, Alain n\u2019est pas satisfait des r\u00e9ponses de son interlocutrice. Visiblement, la question du journaliste met mal \u00e0 l\u2019aise la locutrice. Sa r\u00e9action montre qu\u2019elle consid\u00e8re le propos comme un reproche\u00a0: \u00ab vous voulez \u00e0 tout prix::: que je tire sur le gouvernement ou quoi monsieur B\u00e9libi\u00a0\u00bb. C\u00e9lestine sentant sa face positive menac\u00e9e, s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e pour l\u2019interrompre par cette question qui critique la m\u00e9thode du journaliste. En Effet, la question d\u2019Alain est orient\u00e9e dans la mesure elle poss\u00e8de un contenu implicite fort, car la locution \u00ab\u00a0lire entre les lignes\u00a0\u00bb sugg\u00e8re qu\u2019il y a des non-dits, ou que l\u2019on n\u2019a pas tout dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est bon de noter que cette question de la locutrice n\u2019appara\u00eet pas pour la premi\u00e8re fois dans cet \u00e9change. La locutrice avait d\u00e9j\u00e0 interpell\u00e9 son intervieweur de plusieurs mani\u00e8res : \u00ab mais vous voulez que je tire sur le pouvoir pourquoi {} mais est-ce que le travail ne se fait pas \u00bb. Malgr\u00e9 sa r\u00e9sistance \u00e0 ne pas vouloir d\u00e9velopper le sujet sous cet angle, son interlocuteur orientait davantage des interrogations dans ce sens afin de l\u2019amener \u00e0 parler de la responsabilit\u00e9 du gouvernement<a class=\"footnote\" title=\"\u00c0 l\u2019heure actuelle, Celestine Ketcha Court\u00e8s est membre du gouvernement camerounais. Elle a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e Ministre du d\u00e9veloppement rural et de l\u2019habitat du territoire en 2018.\" id=\"return-footnote-655-3\" href=\"#footnote-655-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> dans le retard du processus de la d\u00e9centralisation au Cameroun. Il y a l\u00e0 une divergence sur l\u2019orientation \u00e0 donner au d\u00e9bat. La question qu\u2019elle pose lui permet de marquer sa position diff\u00e9renci\u00e9e vis-\u00e0-vis du point de vue d\u00e9velopp\u00e9 par son interlocuteur. Elle semble vouloir prendre de la distance et, cons\u00e9quemment, refuser d\u2019ent\u00e9riner le jugement avanc\u00e9. Elle anticipe ainsi un d\u00e9saccord et contraint son interlocuteur \u00e0 un ajustement qui s\u2019op\u00e8re difficilement comme le montrent non seulement la superposition de paroles, mais aussi les marqueurs du travail de formulation (r\u00e9p\u00e9tition de mot, marque \u00ab euh \u00bb) : \u00ab \u00a7pas du tout pas du tout\u00a7 je je veux euh euh vous disiez quels sont les probl\u00e8mes qui se posent \u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_660\" aria-describedby=\"caption-attachment-660\" style=\"width: 463px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-660\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3.png\" alt=\"\" width=\"463\" height=\"231\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3.png 7191w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-300x150.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-1024x512.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-768x384.png 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-1536x768.png 1536w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-2048x1024.png 2048w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-65x32.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-225x112.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-3-350x175.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 463px) 100vw, 463px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-660\" class=\"wp-caption-text\">Trac\u00e9 3<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le trac\u00e9 3, on peut observer une mont\u00e9e de la m\u00e9lodie en plage haute sur lex\u00e8me \u00ab\u00a0gouvernement\u00a0\u00bb, ainsi que le maintien de l\u2019intensit\u00e9 sur la s\u00e9quence. Il y a donc de la part de la locuteur une volont\u00e9 de porter au premier plan ce lex\u00e8me, lui attribuant ainsi le statut de focus, qu\u2019elle extrait, du point de vue morphosyntaxique, de la suite de son propos pour le mettre en saillance. Par ailleurs, il y a un enjeu sur le plan colocutionnel. En effet, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole fait l\u2019objet d\u2019une divergence qui se mat\u00e9rialise une forte mont\u00e9e de l\u2019intensit\u00e9. La locutrice n\u2019a donc pas l\u2019intention de c\u00e9der son droit \u00e0 la parole, car elle anticipe v\u00e9ritablement un d\u00e9saccord sur l\u2019orientation donn\u00e9e \u00e0 l\u2019objet de discussion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Contrairement aux autres formes de question (avec marqueurs morphosyntaxiques par exemple, la question prosodique, ici, est marqu\u00e9e par la pr\u00e9sence explicite de la locutrice. Elle dit maintenant \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb; elle ne se cache plus. C\u2019est donc l\u00e0 l\u2019une des singularit\u00e9s des questions intonatives comme nous le rappelle Lailler : \u00ab\u00a0Les questions toniques sont, par exemple, fortement interpellatives : elles requi\u00e8rent une obligation de pr\u00e9sence dans le discours et obligent l\u2019interlocuteur \u00e0 ne pas tenter de tergiverser\u00a0\u00bb (2011, p.\u00a0206). Dans notre corpus, nous avons un cas typique qui am\u00e8ne le questionneur \u00e0 repr\u00e9ciser sa question.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Demande de confirmation<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Appel\u00e9e aussi question de confirmation ou demande d\u2019assentiment, \u00ab\u00a0on regroupe sous ce terme un certain nombre de questions qui ont en commun de ne laisser au questionn\u00e9 que des latitudes tr\u00e8s restreintes pour formuler sa r\u00e9ponse sans pour autant que celle-ci soit compl\u00e8tement impos\u00e9e comme dans le cas de la question rh\u00e9torique\u00a0\u00bb (Gr\u00e9sillon, 1981, p.\u00a065). Dans la s\u00e9quence ci-dessous, nous revenons sur l\u2019\u00e9change mettant aux prises Alain et C\u00e9lestine et au cours duquel on observait une profusion de questions relatives \u00e0 la situation des maire\u00b7sses au Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\"><strong>Extrait 4<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : \u00e7a ne r\u00e9pond pas toujours \u00e0 ma question madame le maire<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine : <strong>si on est H2 philanthrope\u00a0H1-<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Alain : ceux qui euh vont vers cette fonction de maire et qui euh savent qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 gagner euh euh est ce qu\u2019ils n\u2019ont pas quand m\u00eame euh euh un \u0153il vers la cai::sse\u00a0de \u00a7la commune\u00a7<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">C\u00e9lestine<strong>\u00a0: <\/strong>\u00a7si vous n\u2019avez les \u00a7 la commune n\u2019a rien <strong>qu\u2019est-ce que y a dans la cai::sse<\/strong> H2\u00a0{} peut-\u00eatre maintenant avec la d\u00e9centralisation et le transfert des comp\u00e9tences {} honn\u00eatement monsieur b\u00e9libi {} on peut parler de voir le transfert de comp\u00e9tence H3 {37} mais H4 maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9tat actuel de chose y a transfert de travail {42} mais pas transfert de ressources {50}donc\u00a0::: il ne faut pas toujours voir:: qu\u2019il y a quelque chose et nous vivons majoritairement [\u2026] {74} je vais vous dire \u00a7quand j\u2019arrive \u00e0 la mairie\u00a7.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Repr\u00e9cisons d\u2019abord un point. En fait, C\u00e9lestine tente de faire comprendre \u00e0 son interlocuteur que le traitement dont b\u00e9n\u00e9ficie les maire\u00b7sses au Cameroun n\u2019est que symbolique. Ce qui laisse entendre que la fonction de maire\u00b7sse au Cameroun ne devrait pas susciter tant de convoitise. Nous nous int\u00e9ressons alors aux suites de cette d\u00e9claration. Nous avions not\u00e9 que son intervieweur lui avait alors demand\u00e9 ce qui les \u00ab\u00a0fait courir vers cette fonction\u00a0\u00bb. Par rapport \u00e0 cette question, apr\u00e8s quelques tours de parole, le journaliste demeure encore insatisfait par rapport \u00e0 la r\u00e9ponse de son interlocutrice. En fait, il y a eu une sorte de glissement de sujet, puisqu\u2019au demeurant elle ne faisait qu\u2019un d\u00e9veloppement parall\u00e8le. Bref, la locutrice raconte plut\u00f4t un souvenir d\u2019enfance dans la r\u00e9gion de l\u2019Ouest-Cameroun o\u00f9 elle a fait ses \u00e9tudes secondaires. Elle a donc orient\u00e9 le d\u00e9bat, qui pourtant ne r\u00e9f\u00e9rait nullement \u00e0 ce qu\u2019elle relatait, c\u2019est-\u00e0-dire au r\u00e9cit de sa vie, aux difficult\u00e9s qu\u2019elle a travers\u00e9es. C\u00e9lestine peut ne pas avoir compris le sens de la question. C\u2019est d\u2019ailleurs cette interpr\u00e9tation que donne Duval (2007) de la question prosodique, car son usage donne l\u2019impression que le locuteur n\u2019a pas bien entendu ce qu\u2019a dit son interlocuteur. Il est aussi permis de penser que la locutrice a voulu orienter autrement le sens du d\u00e9bat. Dans tous les cas, sa r\u00e9action par la question prosodique \u00ab si on H3 est H2 philanthrope\u00a0H1- \u00bb nous incite \u00e0 dire qu\u2019elle n\u2019aurait pas compris la question de son interlocuteur. Donc, c\u2019est une demande de confirmation que pose C\u00e9lestine \u00e0 son interlocuteur. Dans un tel cas de figure, \u00ab\u00a0Il ne s\u2019agit plus du tout de demander une information, mais bien plut\u00f4t de se faire confirmer une hypoth\u00e8se par l\u2019assentiment de l\u2019autre ou de sugg\u00e9rer poliment une proposition\u00a0\u00bb (Gr\u00e9sillon, 1981, p.\u00a066).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9cision faite par l\u2019interlocuteur, comme on peut le remarquer \u00e0 la suite de cet extrait, pr\u00e9sente cependant une reformulation de sa question afin de permettre \u00e0 la destinataire de bien saisir\u00a0: \u00ab\u00a0ceux qui euh vont vers cette fonction de maire et qui euh savent qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 gagner euh euh est ce qu\u2019ils n\u2019ont pas quand m\u00eame euh euh un \u0153il vers la cai::sse\u00a0de \u00a7la commune\u00a7\u00a0\u00bb. Par rapport \u00e0 la question de son interlocuteur, C\u00e9lestine r\u00e9pond autrement en rappelant son souvenir d\u2019enfance; mais face \u00e0 son insistance, puisqu\u2019il a repr\u00e9cis\u00e9 la question, elle finit par demander\u00a0: \u00ab\u00a0si on est philanthrope\u00a0\u00bb. Toutefois, par cette question, C\u00e9lestine montre clairement qu\u2019elle n\u2019avait pas compris la question de son interlocuteur. C\u2019est donc une demande de confirmation qu\u2019elle manifeste en lui posant la question. Sur le plan intonatif, cette question est caract\u00e9ris\u00e9e par la mont\u00e9e de F0 en d\u00e9but et chute jusqu\u2019au point bas \u00e0 la finale.<\/p>\n<figure id=\"attachment_661\" aria-describedby=\"caption-attachment-661\" style=\"width: 464px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-661\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4.png\" alt=\"\" width=\"464\" height=\"243\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4.png 6292w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-300x157.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-1024x536.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-768x402.png 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-1536x805.png 1536w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-2048x1073.png 2048w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-65x34.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-225x118.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2024\/11\/Trace-4-350x183.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 464px) 100vw, 464px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-661\" class=\"wp-caption-text\">Trac\u00e9 4<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">On observe \u00e9galement qu\u2019il n\u2019y a aucune pause entre le propos du journaliste et celui de C\u00e9lestine. Celle-ci semble \u00eatre surprise par la r\u00e9action de son interlocuteur. Elle semble donc \u00eatre press\u00e9e de comprendre r\u00e9ellement ce qu\u2019il a dit, d\u2019o\u00f9 sa r\u00e9action, nous semble-t-il, par la question prosodique. Nous pouvons donc postuler, ici, que la question prosodique peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un indice montrant la r\u00e9activit\u00e9 sur le plan co\u00e9nonciatif.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">In fine, les questions pos\u00e9es par les FELECA dans le corpus de notre \u00e9tude n\u2019ont pas pour finalit\u00e9 d\u2019obtenir un apport d\u2019information de l\u2019autre, mais elles sont plut\u00f4t employ\u00e9es comme une strat\u00e9gie de d\u00e9fense discursive. Notre analyse a montr\u00e9 que lorsque les journalistes posent des questions qui les d\u00e9signent particuli\u00e8rement ou qui comportent des termes qui ne leur conviennent pas, les FELECA ont tendance \u00e0 reprendre lesdites questions en substituant les termes probl\u00e9matiques avant de r\u00e9pondre aux questions qu\u2019elles se sont finalement pos\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au cours du processus de reprise, les termes subjectifs sont remplac\u00e9s par des expressions \u00e0 valeur g\u00e9n\u00e9ralisante, globalisante. Il s\u2019agit l\u00e0 de la reprise rectificative<em>.<\/em> Sur le plan prosodique, la rectification est inton\u00e9e en plage basse (F0-et I-), indiquant cette rupture volontaire avec la question qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement pos\u00e9e. Nous avons \u00e9galement not\u00e9 que lorsque les interlocutrices sont face aux questions qui interpellent leurs responsabilit\u00e9s, elles n\u2019y r\u00e9pondent pas. Ici, elles ont recours \u00e0 d\u2019autres questions afin d\u2019inviter leurs interlocuteurs \u00e0 forger, eux-m\u00eames, leur propre point de vue sur certaines situations \u00e0 propos desquelles ils interrogent. Ce sont des questions \u00e0 valeur d\u2019appel, une prise \u00e0 t\u00e9moin de la conscience de l\u2019autre afin qu\u2019il \u00e9mette son propre jugement, son propre jugement sur ses dires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons not\u00e9 que l\u2019effet obtenu par les questions \u00e0 valeur l\u2019appel de jugement de l\u2019interlocuteur est le changement de position \u00e9nonciative entre les diff\u00e9rents protagonistes\u00a0: l\u2019interrogateur devient le r\u00e9pondeur. Nous avons montr\u00e9 au cours de notre analyse que la mont\u00e9e de Fo et l\u2019adverbe \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb sont les caract\u00e9ristiques principales de ce type de questions. Par ailleurs, les questions de demande de confirmation apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement dans le contexte o\u00f9 les interlocutrices semblent n\u2019avoir pas bien compris ce qui leur est demand\u00e9, ou encore lorsqu\u2019elles sont surprises par leur nature.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Blanche-Benveniste, Claire. 2010. <em>Approches de la langue parl\u00e9e<\/em>. Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boersma, Paul et Weenink, David. 2024. Praat: doing phonetics by computer [Computer program]. Version 6.2.23, retrieved 5 October 2024 from <a href=\"http:\/\/www.praat.org\/\">http:\/\/www.praat.org\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centre national de ressources textuelles et lexicales \u2013 CNRTL. Courir. <a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/courir\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/courir<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dagnac, Anne. 2013. La variation des interrogations en fran\u00e7ais. Document pr\u00e9paratoire pour contribution \u00e0 la <em>Grande grammaire du fran\u00e7ais<\/em> (GGF)<em>. <\/em><a href=\"https:\/\/univ-tlse2.hal.science\/hal-00988751v1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u27e8hal-00988751v1\u27e9<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diakat\u00e9, Samba. 2015. La d\u00e9r\u00e9liction du langage dans le penser politique en Afrique. <em>Le Portique<\/em>, 1. <a href=\"http:\/\/leportique.revues.org\">http:\/\/leportique.revues.org<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Duval, Marc. 2007. <em>L\u2019interrogation indirecte totale en cor\u00e9en. Comparaison avec le fran\u00e7ais et l\u2019anglais.<\/em> Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gr\u00e9sillon, Almuth. 1981. Interrogation et interlocution. <em>Documentation et recherche en linguistique allemande contemporain &#8211; Vincennes<\/em>, 25, 61-75. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/drlav.1981.971\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/drlav.1981.971<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Groussier, Marie-Line et Rivi\u00e8re, Claude. 1996. <em>Les mots de la linguistique. Lexique de linguistique \u00e9nonciative<\/em>. Paris\u00a0: Ophrys.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jacques, Francis. 1981. L\u2019interrogation, force illocutoire et interaction verbale. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, 52, 70-79. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/lfr.1981.5107\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/lfr.1981.5107<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni. 1996. <em>La conversation<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Lailler, Carole. 2011. <em>Morphosyntaxe de l\u2019interrogation en conversation spontan\u00e9e\u00a0: mod\u00e9lisation et \u00e9valuation<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 du Maine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lolita, Berard. 2012.\u00a0<em>D\u00e9pendances \u00e0 distance en fran\u00e7ais contemporain &#8211; \u00c9tude sur corpus\u00a0: c\u2019est ce qu\u2019on pense qui devrait \u00eatre fait. <\/em>Th\u00e8se<em>, <\/em>Universit\u00e9 de Lorraine<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Merle, Jean-Marie. 2019. La question et l\u2019interrogation en contexte\u00a0: point de vue \u00e9nonciatif. <em>Corela<\/em>, 29. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/corela.8834\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/corela.8834<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2015. Entre passion et pond\u00e9ration. La production discursive orale du professeur Andr\u00e9 Tchientcheu Njiako. Dans Fometeu, Joseph (coord.) <em>Droit et politique de l\u2019immobilier en Afrique. Exemple du Cameroun, M\u00e9langes en l\u2019honneur d\u2019Andr\u00e9 Tchientcheu <\/em>Njiako (26-49)<em>. <\/em>Yaound\u00e9\u00a0: Presse universitaire d\u2019Afrique.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mohamadou, Ousmanou. 2019. R\u00e9p\u00e9tition et travail de formulation dans les d\u00e9bats m\u00e9diatiques au Cameroun. Analyse intonative, discursive et posturo-mimo-gestuelle. Dans Paola Paissa et Ruggero Druetta (dir.), <em>La<\/em> <em>r\u00e9p\u00e9tition en discours.<\/em> Louvain-la-Neuve\u00a0: Academia.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Morel, Mary-Annick et Danon-Boileau, Laurent. 1998. <em>Grammaire de l\u2019intonation. L\u2019exemple du fran\u00e7ais<\/em>. Paris : Ophrys.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/contributors\/jacques-zra\">Jacques ZRA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est charg\u00e9 de cours \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 (Cameroun). Il a publi\u00e9 plusieurs articles, principalement dans le domaine de la linguistique de l&rsquo;oral. Il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e9galement aux humanit\u00e9s num\u00e9riques et est membre de l&rsquo;AHNAF (Association des humanistes d&rsquo;Afrique francophone).<br \/>\nContact : zratroustra@gmail.com <br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-655-1\">PRAAT est un logiciel de phon\u00e9tique cr\u00e9e par Boersma et Weenink (1992-2002) au d\u00e9partement de phon\u00e9tique de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Amsterdam (Pays-Bas), t\u00e9l\u00e9chargeable gratuitement \u00e0 partir de www.praat.org. Nous utilisons la version 6.2.23. <a href=\"#return-footnote-655-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-655-2\">La terminologie est emprunt\u00e9e \u00e0 la Th\u00e9orie des op\u00e9rations pr\u00e9dicatives et \u00e9nonciatives d\u2019Antoine Culioli. Voir Groussier et Rivi\u00e8re (1996). <a href=\"#return-footnote-655-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-655-3\">\u00c0 l\u2019heure actuelle, Celestine Ketcha Court\u00e8s est membre du gouvernement camerounais. Elle a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9e Ministre du d\u00e9veloppement rural et de l\u2019habitat du territoire en 2018. <a href=\"#return-footnote-655-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":5,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["jacques-zra"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[315],"license":[],"class_list":["post-655","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-anticipation","motscles-interview","motscles-leader","motscles-question","motscles-strategie","keywords-anticipation","keywords-interview","keywords-question","keywords-strategy","contributor-jacques-zra"],"part":627,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/655\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":770,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/655\/revisions\/770"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/627"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/655\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=655"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=655"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/jeynitaare\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}