{"id":129,"date":"2023-06-29T14:43:53","date_gmt":"2023-06-29T12:43:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=129"},"modified":"2024-12-31T15:48:05","modified_gmt":"2024-12-31T14:48:05","slug":"djedje2023","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/djedje2023\/","title":{"rendered":"De l\u2019argumentativit\u00e9 des interjectifs dans <em>Allah n\u2019est pas oblig\u00e9<\/em> de Ahmadou Kourouma"},"content":{"raw":"<div class=\"textbox shaded\">\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Ahmadou Kourouma, 2000, <em>Allah n\u2019est pas oblig\u00e9<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Seuil.<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019ouvrage<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9scolaris\u00e9 pr\u00e9coce \u2013 il n\u2019a que le niveau du cours \u00e9l\u00e9mentaire 2 \u2013 Birahima se retrouve dans la rue \u00e0 dix-douze ans. Au d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, seul parent biologique qui \u00e9tait encore en vie, le conseil de famille d\u00e9cide de confier l\u2019\u00e9ducation du pr\u00e9adolescent \u00e0 sa tante Mahan. Celle-ci vit au Liberia avec son mari. Ti\u00e9coura, alias Yacouba, aventurier notoire de peu de moralit\u00e9 \u2013 il est \u00ab marabout multiplicateur de billets, fabricant d\u2019amulettes, inventeur de paroles de pri\u00e8res pour r\u00e9ussir et d\u00e9couvreur des sacrifices pour \u00e9loigner tous les mauvais sorts \u00bb (p. 43) \u2013 lui fera miroiter le paradis au Liberia, th\u00e9\u00e2tre d\u2019une guerre interethnique. Birahima devait, pour vivre dans ce paradis, accepter de se faire enr\u00f4ler comme enfant-soldat. Birahima est conquis : \u00ab Je voulais partir au Liberia. Vite et vite. Je voulais devenir un enfant-soldat, un small-soldier. [\u2026] Je n\u2019avais que le mot small-soldier \u00e0 la bouche. Dans mon lit, quand je faisais caca ou pipi, je criais seul small-soldier, enfant-soldat, soldat-enfant ! \u00bb (p. 54). Commence alors une v\u00e9ritable odyss\u00e9e pour lui et son pr\u00e9cepteur de fortune. Apr\u00e8s bien des infortunes et divers chocs \u00e9motionnels et psychologiques subis sur les diff\u00e9rents fronts au Liberia et en Sierra Leone, l\u2019odyss\u00e9e de l\u2019enfant de la rue devenu \u00ab enfant soldat sans peur ni reproche \u00bb prendra fin avec son retour en C\u00f4te d\u2019Ivoire, en compagnie du fils de sa d\u00e9funte tante Mahan.<\/p>\r\n\r\n<\/div>\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'argumentation, comme art oratoire ou scriptural \u00e0 finalit\u00e9 trans-locutive, c'est-\u00e0-dire toujours con\u00e7u \u00e0 l\u2019intention d'un destinataire autre que le locuteur ou le scripteur lui-m\u00eame, est inscrite au centre de la communication. Comme telle, l\u2019argumentation est connue \u2013 ce qui ne signifie gu\u00e8re que ses modalit\u00e9s le soient toujours. L'argumentativit\u00e9 ne l\u2019est pas moins non plus. Disons-en cependant succinctement qu'elle d\u00e9signe le caract\u00e8re argumentatif d'une unit\u00e9 linguistique (au sens large de mot, phrase ou \u00e9nonc\u00e9) dont l'essence, dans le dispositif discursif, la donne \u00e0 saisir comme constitutive de la strat\u00e9gie induite pour atteindre le but persuasif que s\u2019assigne le sujet parlant. Ainsi par exemple, les connecteurs logiques ne sont-ils sollicit\u00e9s dans le discours qu'en toute connaissance de leur valeur argumentative, et en raison pr\u00e9cis\u00e9ment de celle-ci. Il en r\u00e9sulte l'impossibilit\u00e9 syntactico-s\u00e9mantique de leur emploi indiff\u00e9renci\u00e9, y compris pour ceux d'entre eux qui appartiennent <em>a priori<\/em> \u00e0 un m\u00eame paradigme s\u00e9mantique ou illocutoire, comme <em>car<\/em>, <em>parce que<\/em>, <em>puisque<\/em>, <em>entendu que<\/em>, etc. Bref, les unit\u00e9s linguistiques pr\u00e9dispos\u00e9es \u00e0 l'expression \u00e9motive telle que l'interjection sont partie int\u00e9grante du dispositif argumentatif et participent, \u00e0 ce titre, de la vis\u00e9e assign\u00e9e au discours, ce qui l\u00e9gitime corr\u00e9lativement leur statut en tant qu'objet d'\u00e9tude en pragmatique. Pour illustrer un tel postulat, du reste attest\u00e9 depuis longtemps par les travaux d'analyse de discours, de pragmatique ou de s\u00e9mantique int\u00e9grative comme ceux de Oswald Ducrot notamment \u2013 bien que principalement, sinon exclusivement \u00e0 propos de mots fran\u00e7ais \u2013, nous nous appuierons sur <em>Allah n'est pas oblig\u00e9<\/em> de Ahmadou Kourouma. L'int\u00e9r\u00eat de l'\u00e9tude est qu'elle examine l'argumentativit\u00e9 de certaines unit\u00e9s interjectives africaines (ou per\u00e7ues comme telles) que le narrateur Birahima, au stade phatique o\u00f9 il sacrifie au rite des pr\u00e9sentations, instituant ainsi l'interlocution, dit pr\u00e9f\u00e9rer aux interjectifs classiques \u00e9quivalents : \u00ab [\u2026] suis insolent, incorrect comme barbe d'un bouc et parle comme un salopard. Je dis pas comme les n\u00e8gres noirs africains indig\u00e8nes bien cravat\u00e9s : merde ! putain ! salaud ! J'emploie les mots malink\u00e9s comme faforo ! [...] Comme gnamokod\u00e9 ! [...] Comme Walah\u00e9 ! \u00bb (p. 10).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre deuxi\u00e8me postulat repose sur la variation s\u00e9mantique de ces interjectifs selon le contexte, sans qu'il soit cependant possible d\u2019en inf\u00e9rer une v\u00e9ritable polys\u00e9mie. L'examen de ces morph\u00e8mes part \u00e9videmment d'un corpus (section 1). Celui-ci est d\u00e9crit au double niveau s\u00e9mantique et syntactique (section 2), avant une analyse de leur valeur argumentative (section 3), qui est le \u00ab c\u0153ur \u00bb m\u00eame de l\u2019\u00e9tude, en insistant sur la valeur pragmatique de l\u2019interjectif <em>Walah\u00e9<\/em>.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Corpus des interjectifs<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e8ne d'exposition au cours de laquelle Birahima sacrifie aux civilit\u00e9s des pr\u00e9sentations (p. 9-10) instaure d'office un proc\u00e8s interlocutif avec un auditoire au sens o\u00f9 ce mot renvoie \u00e0 tout interlocuteur indiff\u00e9renci\u00e9, r\u00e9el ou fictif, singulier ou collectif, capable ou non de prendre effectivement une part active \u00e0 la communication, mais dont la pr\u00e9somption de la pr\u00e9sence module toujours le discours de l'orateur qui l'institue ainsi comme allocutaire. \u00c0 ce propos, citant C. Perelman pour qui l\u2019auditoire r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab l'ensemble de ceux sur lesquels l\u2019orateur veut influer par son argumentation \u00bb, Amossy note d'abord que la d\u00e9finition de Perelman int\u00e9resse aussi bien l'\u00e9crit que l'oral, avant de commenter : \u00ab De ce point de vue, il importe peu que le public soit compos\u00e9 d'un seul interlocuteur ou d'une nombreuse assembl\u00e9e, qu'il soit d\u00e9limit\u00e9 ou ind\u00e9termin\u00e9, pr\u00e9sent ou absent \u00bb (Amossy, 2000, p. 34).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si donc la pr\u00e9sence de l'auditoire peut \u00eatre simplement pr\u00e9sum\u00e9e, on comprend ais\u00e9ment qu'il ne soit gu\u00e8re n\u00e9cessaire qu'il puisse effectivement intervenir en r\u00e9action \u00e0 l'orateur, sans que pour autant ne soit invalide ni inhib\u00e9e l'interaction verbale. C'est l\u00e0 toute la th\u00e9orie princeps de la dimension dialogique de l'argumentation en pragmatique, dont l'un des axiomes est que\u00a0: \u00ab\u00a0Le discours argumentatif est toujours dialogique ; il n'est pas obligatoirement dialogal\u00a0\u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1990, p.\u00a016).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par l'emploi de pronoms interpellatifs \u00e0 valeur conative, qui sont autant de lieux d'interlocution, Birahima cr\u00e9e bien cette illusion d'alt\u00e9rit\u00e9 co-\u00e9nonciatrice \u00e0 l'intention de laquelle il prend soin, au moment o\u00f9 il d\u00e9cline son identit\u00e9, d'expliquer le sens des mots africains dont il se servira tout le long de leur entretien \u00e0 venir, afin de rendre son propre discours lisible : \u00ab J'emploie les mots malink\u00e9s comme faforo ! (Faforo ! signifie sexe de mon p\u00e8re ou du p\u00e8re de ton p\u00e8re.) Comme gnamokod\u00e9 ! (Gnamokod\u00e9 ! signifie b\u00e2tard ou b\u00e2tardise.) Comme Walah\u00e9 ! (Walah\u00e9 ! signifie Au nom d'Allah.) \u00bb (p. 10).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9nonc\u00e9s ci-apr\u00e8s se situent dans cette perspective dialogique, avec l'emploi explicite d'indexicaux, ou leur pr\u00e9sence pr\u00e9sum\u00e9e dans le contexte :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(1) J'ai oubli\u00e9 de vous dire quelque chose de fondamental, de tr\u00e8s, de formidablement important. Ma maman marchait sur les fesses. Walah\u00e9 (au nom d'Allah) ! Sur les deux fesses (p. 14).\r\n(2) Quand on a mang\u00e9 ton \u00e2me, tu ne peux plus vivre, tu meurs par maladie, par accident. Par n'importe quelle malemort, gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 29).<\/span>\r\n(3) Peut-\u00eatre je vous parlerai plus tard de la mort de ma maman. Mais ce n'est pas oblig\u00e9 ou indispensable d'en parler quand je n'ai pas envie. Faforo (sexe du p\u00e8re) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 29).<\/span>\r\n(4) J\u2019ai dormi dans la natte et maman a rendu l\u2019\u00e2me au premier chant du coq. Mais le matin les doigts de maman \u00e9taient tellement serr\u00e9s sur mon bras qu\u2019il a fallu Balla, grand-m\u00e8re et une autre femme pour m\u2019arracher \u00e0 ma m\u00e8re. Walah\u00e9 (au nom d\u2019Allah) ! c'est vrai (p. 33).\r\n(5) J'ai bless\u00e9 maman, elle est morte avec la blessure au c\u0153ur. Donc je suis maudit, je tra\u00eene la mal\u00e9diction partout o\u00f9 je vais. Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 33).<\/span>\r\n(6) Le casernement des enfants-soldats, faforo! On se couchait \u00e0 m\u00eame le sol sur des nattes. Et on mangeait n'importe quoi et partout (p. 75-76).\r\n(7) Je pleurais \u00e0 chaudes larmes de voir S\u00e9kou couch\u00e9, mort comme \u00e7a. Tout \u00e7a, pr\u00e9tendent les fumistes de f\u00e9ticheurs, \u00e0 cause d'un cabri. Faforo (cul de mon papa) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 124).<\/span>\r\n(8) D'abord qui est Foday Sankoh, le caporal Foday Sankoh ? Gnamokod\u00e9 (putain de ma m\u00e8re) (p. 175).\r\n(9) Walah\u00e9 ! c'est pas moi. J'aimais Kid. Il venait manger chez moi (p. 68).\r\n(10) Et puis les enfants-soldats se sont align\u00e9s et ils ont tir\u00e9 avec les kalach. Ils ne savent faire que \u00e7a. Tirer, tirer. Faforo (bangala de mon p\u00e8re) (p. 69).\r\n(11) Les enfants-soldats qui \u00e9taient morts n'\u00e9taient pas des copains. Je les connaissais pas, c'est pourquoi je ne fais pas leur oraison fun\u00e8bre. Et je ne suis pas oblig\u00e9. Gnamokod\u00e9 (p. 118).\r\n(12) C'est \u00e0 Worosso que se trouvait le camp d'El Hadji Koroma. Le camp \u00e9tait limit\u00e9 par des cr\u00e2nes humains hiss\u00e9s sur des pieux comme autour de tous les camps de la guerre tribale de Liberia et de Sierra Leone. Walah\u00e9 (au nom du Tout-Puissant) ! C'est la guerre tribale qui veut \u00e7a (p. 223).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Observations au niveau s\u00e9mantique et syntactique<\/h2>\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Observations au niveau s\u00e9mantique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme annonc\u00e9 au cours des pr\u00e9sentations qu'il impose \u00e0 son auditoire, le discours de Birahima est effectivement structur\u00e9 par une isotopie lexicale entre jurons et impr\u00e9cations, avec quelques variantes du point de vue de la signification. Ainsi, pour les emplois \u00e0 signification explicite (dans notre corpus), on note que <em>Gnamokod\u00e9<\/em> employ\u00e9 seul, en ponctuation rythmique et affective d'un \u00e9nonc\u00e9, peut vouloir dire soit \u00ab b\u00e2tard \u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (2), soit \u00ab b\u00e2tardise \u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (5). Mais il peut aussi fonctionner en mode redupliqu\u00e9, comme \u00ab b\u00e2tard de b\u00e2tardise ! \u00bb : \u00ab\u00a0[\u2026] les historiens disent que la guerre tribale au Liberia arriva ce soir de No\u00ebl 1989. [...] Depuis cette date, les ennuis pour Samuel Doe all\u00e8rent crescendo jusqu'\u00e0 sa mort. [...] Nous en parlerons un peu plus tard. Pour le moment, je n'ai pas le temps. Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tard de b\u00e2tardise) ! \u00bb (p. 109).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On en trouve d'autres emplois ailleurs, aux pages 10, 13, 15, 17, 87, etc., surtout avec une variante de signification, \u00e0 savoir \u00ab putain de ma m\u00e8re \u00bb, qui pr\u00e9cise davantage le registre d'expression du morph\u00e8me : \u00e9nonc\u00e9 (8), mais on en trouve \u00e9galement d\u2019autres exemples aux pages 132, 135 et 233. <em>Faforo<\/em>, lui aussi, re\u00e7oit quelques variantes de contenu, cependant toutes constitutives de l'isotopie anatomique, notamment sexuelle ou anale. Ainsi il signifie soit \u00ab\u00a0sexe du p\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (3), soit \u00ab\u00a0cul du p\u00e8re\/de mon p\u00e8re\/du papa\u00a0\u00bb, comme dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (7), ou encore \u00ab\u00a0bangala de mon p\u00e8re\/du p\u00e8re\/du papa\u00a0\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (10). Au niveau morphologique, l'\u00e9l\u00e9ment A, en pr\u00e9position, qui marque ici la filiation du sujet d\u00e9locut\u00e9 (\u00e0 ne pas confondre avec la pr\u00e9position fran\u00e7aise <em>\u00e0<\/em>), permet de construire des variantes. Ainsi en va-t-il de <em>A faforo<\/em> (p. 12, 56, 88, 96, 101, 129, 135) et <em>A<\/em> <em>gnamokod\u00e9<\/em> (p. 13).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 <em>Walah\u00e9<\/em> qui n'a qu'une seule variante, \u00ab au nom du Tout-Puissant \u00bb (p.\u00a0223-232), il n'appelle <em>a priori<\/em> aucun commentaire particulier. Par ailleurs, entendu que, par souci de lisibilit\u00e9, le locuteur-narrateur a pris soin de donner \u00e0 chaque morph\u00e8me un sens en fran\u00e7ais, il pouvait d\u00e8s lors s'autoriser des emplois non explicitement d\u00e9finis, comme c'est le cas pour <em>Faforo<\/em>, \u00e9nonc\u00e9 (6), <em>Gnamokod\u00e9<\/em>, \u00e9nonc\u00e9 (11) et <em>Walah\u00e9<\/em>, \u00e9nonc\u00e9 (9). Que peut-on retenir \u00e0 ce premier niveau d'exercice \u00ab\u00a0rapide \u00bb sur le sens ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">A ce stade du travail, il ressort que ces interjectifs ont une signification relativement stable, les variantes signal\u00e9es aux uns et aux autres relevant toujours d'un m\u00eame champ lexical, sans que, pour autant, cela puisse n\u00e9cessairement corr\u00e9ler une identit\u00e9 absolue entre leurs effets argumentatifs\u00a0; de l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment leur int\u00e9r\u00eat (voir point 3).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Observation au niveau syntactique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D'une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ces morph\u00e8mes sont postpos\u00e9s aux \u00e9nonc\u00e9s. Mais ils peuvent \u00e9galement occuper d'autres positions, comme l'ant\u00e9position et la position enclitique. La question qui se pose alors ici est celle de la Norme ou du \u00ab bon usage \u00bb. En effet, \u00e0 quelles conditions tel ou tel interjectif peut-il ou doit-il \u00eatre pr\u00e9pos\u00e9, mis en incise ou postpos\u00e9 \u00e0 l'unit\u00e9 linguistique qu'il accompagne et dont il modalise le contenu ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude, qui a pour objet l\u2019argumentativit\u00e9 des interjectifs, n\u2019a pas instruit cette question. Il serait donc bien imprudent de formuler une r\u00e8gle qui en rende v\u00e9ritablement raison. En revanche, une explication sur ce \u00ab\u00a0vide grammatical\u00a0\u00bb peut \u00eatre esquiss\u00e9e. En effet, ces morph\u00e8mes, on le sait, ressortissent principalement \u00e0 la langue parl\u00e9e. Ils sont donc forc\u00e9ment tributaires de ce registre dont l'\u00e9crit peine toujours \u00e0 transposer, \u00e0 rendre ou \u00e0 codifier les ressources, notamment en ce qui concerne la ponctuation. En cette mati\u00e8re, tout a bien souvent partie li\u00e9e avec le d\u00e9bit oratoire des sujets. En l'occurrence ici, le locuteur-narrateur et au-del\u00e0, l'auteur lui-m\u00eame. Pour ce qui est des diff\u00e9rentes positions \u00e0 proprement parler, en voici quelques exemples. Les deux premiers (13) et (14) se trouvent en position initiale, et les trois suivants (15), (16) et (17) en position enclitique\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(13) Faforo (cul de mon p\u00e8re) ! Deux mois apr\u00e8s, alors qu'on croyait que tout \u00e9tait acquis, le cessez-le feu, le processus des n\u00e9gociations, Foday refait surface par une d\u00e9claration tonitruante (p. 182).\r\n(14) Walah\u00e9 ! II \u00e9tait midi, exactement midi dix, lorsqu'un officier de I'ECOMOG se pr\u00e9senta devant le camp de Johnson, devant le sanctuaire de Johnson au port de Monrovia (p. 142).\r\n(15) C'\u00e9tait, faforo (le cul de mon p\u00e8re) !, le corps du mari de tantie Mahan (p. 133).\r\n(16) \u00catre un soldat-enfant, Walah\u00e9 !, avait des avantages. On \u00e9tait un privil\u00e9gi\u00e9 (p. 86).\r\n(17) Il y r\u00e9fl\u00e9chit et, quand Foday r\u00e9fl\u00e9chit s\u00e9rieusement, il ne consomme plus ni tabac ni alcool ni femmes, Walah\u00e9 (au nom d'Allah) !, il se met au r\u00e9gime sec, il s'enferme seul des jours et des jours (p. 178).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Outre ces cas qui illustrent la vari\u00e9t\u00e9 de position des morph\u00e8mes en emploi unique ou solitaire, il n'est pas rare de rencontrer des emplois en association dyadique. C\u2019est le cas des \u00e9nonc\u00e9s (18), (19) et (20) suivants :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(18) La moto charg\u00e9e de notre protection circulait devant, n'a pas pu stopper net au signal du bout d'homme. Les gars qui \u00e9taient sur la moto avaient cru que c'\u00e9taient des coupeurs de route. Ils ont tir\u00e9. Et voil\u00e0 le gosse, l'enfant-soldat fauch\u00e9, couch\u00e9, mort, compl\u00e8tement mort. Walah\u00e9 ! Faforo (p. 55).\r\n(19) Aujourd'hui, ce 25 septembre 199... J\u2019en ai marre. Marre de raconter ma vie, marre de compiler les dictionnaires, marre de tout. Allez-vous faire foutre. Je me tais, je dis plus rien aujourd'hui... A gnamokod\u00e9 (putain de ma m\u00e8re) ! A faforo (sexe de mon p\u00e8re) (p. 135).\r\n(20) Les chiens se pr\u00e9cipit\u00e8rent sur la charogne, la happ\u00e8rent et se la partag\u00e8rent. Ils en firent un bon repas, un tr\u00e8s d\u00e9licieux d\u00e9jeuner.\r\nFaforo (sexe du p\u00e8re) ! Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) (p. 146).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais on en trouve \u00e9galement sous forme triadique, comme dans les extraits ci-apr\u00e8s\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(21) Voil\u00e0 ce que j'avais \u00e0 dire aujourd'hui. J'en ai marre; je m'arr\u00eate aujourd'hui. Walah\u00e9 ! Faforo (sexe du p\u00e8re) ! Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) (p. 51).\r\n(22) Quand j'ai vu \u00e7a, j'ai repris ma musique d'enfant pourri : \u00ab Je veux aller \u00e0 Niangbo, je veux devenir un soldat-enfant. Faforo! Walah\u00e9 ! Gnamokod\u00e9 !\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0(p. 61).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les emplois en association dyadique sont au nombre de douze (12) dans l'\u0153uvre, les autres cas \u00e9tant aux pages 19, 69, 71, 76, 161, 167, 185, 202 et 233. En ce qui concerne les emplois triadiques, seuls trois (3) cas ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s (voir p. 101 pour le dernier).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour en finir avec les observations sur la statistique, pr\u00e9cisons que notre base de calcul ne prend pas en compte la premi\u00e8re occurrence simultan\u00e9e des morph\u00e8mes o\u00f9 le locuteur-narrateur donne la signification de chaque interjectif (voir p. 10). Elle ne tient pas compte non plus des occurrences combin\u00e9es, c'est-\u00e0-dire celles o\u00f9 deux (ou plus de deux) morph\u00e8mes diff\u00e9rents sont associ\u00e9s dans un m\u00eame \u00e9nonc\u00e9. Sur cette base, et sauf erreur de calcul, le rep\u00e9rage statistique donne les chiffres ci-apr\u00e8s pour chaque morph\u00e8me dans toute l'\u0153uvre : vingt cas pour <em>Gnamokod\u00e9<\/em>, un pour <em>A gnamokod\u00e9<\/em>, trente occurrences pour <em>Faforo<\/em>, six pour <em>A faforo<\/em>, et enfin cinquante pour <em>Walah\u00e9<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Telles sont les principales observations au terme d'un premier examen du dispositif interjectif que Birahima a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux \u00e9quivalents fran\u00e7ais. Cela induit quelques questions. Ces morph\u00e8mes peuvent-ils \u00eatre employ\u00e9s indiff\u00e9remment (les uns pour les autres)\u00a0? Peuvent-ils changer de position dans l'\u00e9nonc\u00e9, et \u00e0 quelles conditions s\u00e9mantiques et\/ou syntactiques\u00a0? Les emplois associ\u00e9s (dyadique et triadique) jouent-ils un r\u00f4le particulier et lequel ? Quelle conclusion tirer de leurs occurrences dans l\u2019\u0153uvre ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette s\u00e9rie d'interrogations nous m\u00e8nent \u00e0 une autre, autrement plus importante encore, celle de la valeur pratique\/pragmatique m\u00eame des morph\u00e8mes. Autrement dit, comment ces interjectifs participent-ils de l'argumentation dans l'interlocution instaur\u00e9e d'office par le locuteur-narrateur ? Est-il possible, dans une perspective dialogique, d'inviter \u00e0 une interlocution aux fins exclusives de faire \u00e9talage de ses affects personnels, sans viser en quelque mani\u00e8re, \u00e0 en susciter de similaires chez l'auditoire, bien que le r\u00e9sultat de la pr\u00e9tention ne soit pas toujours garanti ?<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">De la valeur argumentative des interjectifs<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avant la mise au jour de l'argumentativit\u00e9 des interjectifs, il importe de rappeler succinctement la probl\u00e9matique \u00e0 controverse autour des affects comme objet d'\u00e9tude en mati\u00e8re d'argumentation. En effet, l'inscription des \u00e9motions dans les th\u00e9ories argumentatives n\u2019a pas toujours fait l'unanimit\u00e9 et continue aujourd'hui encore d'emporter l\u2019int\u00e9r\u00eat des linguistes, des analystes de discours et de l\u2019argumentation. Les uns, qui consacrent la pr\u00e9\u00e9minence voire l'exclusive du \u00ab\u00a0rationnel\u00a0\u00bb dans l'argumentation, les rel\u00e8guent parfois avec m\u00e9pris, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de l'art oratoire comme moyen pour l'orateur de persuader son auditoire, notamment en raison de leur caract\u00e8re jug\u00e9 dolosif. Les autres au contraire, regardant toujours au m\u00eame but \u00e0 atteindre, consid\u00e8rent les affects comme pertinents, tant que par leur pouvoir, ils peuvent contribuer d'une mani\u00e8re efficace \u00e0 atteindre ce but.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme du chapitre sur \u00ab\u00a0Le pathos ou le r\u00f4le des \u00e9motions dans l'argumentation\u00a0\u00bb, Amossy (2000, p. 163) note cependant une \u00e9volution positive vers la l\u00e9gitimation des \u00e9motions comme constitutives de l'art de persuader par la parole. Surtout, pour ce qui nous occupe ici au premier chef, l'auteur pr\u00e9cise les cat\u00e9gories et modalit\u00e9s d'inscription (dans le discours) des affects auxquels s'int\u00e9resse l'analyse argumentative :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Elle \u00e9tudie [...] les topiques qui provoquent une \u00e9motion chez l'allocutaire sans la d\u00e9signer directement. Elle se penche aussi sur l'expression de l'\u00e9motion dans le discours : l'affectivit\u00e9 s'inscrit dans la mat\u00e9rialit\u00e9 du texte \u00e0 partir des d\u00e9signations lexicales du sentiment, mais aussi \u00e0 travers les effets de style qui le disent et le communiquent, comme l'interjection ou la r\u00e9p\u00e9tition (Amossy, 2000, p. 182).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'interjection est donc bien objet d\u2019\u00e9tude en analyse argumentative, y compris lorsque le r\u00e9sultat de l\u2019op\u00e9ration empathique, savoir la tentative de transfert sur l'auditoire, du ressenti du locuteur n'est pas toujours garanti. Tel est le cas des interjectifs employ\u00e9s par Birahima dans le corpus propos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. Ils expriment principalement (mais non exclusivement) ses sentiments vis-\u00e0-vis des \u00e9v\u00e9nements dont il rapporte le r\u00e9cit. D'une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ces morph\u00e8mes peuvent \u00eatre class\u00e9s en deux groupes. D'un c\u00f4t\u00e9, celui \u00e0 signification stable et unique\u00a0; c\u2019est le cas de <em>Walah\u00e9<\/em> <em>!<\/em> Comme formule de serment, cet interjectif traduit toujours la distance z\u00e9ro entre l'\u00e9nonciateur et le contenu assert\u00e9 par son \u00e9nonc\u00e9 qu'il revendique sur l'honneur comme authentique, ou absolument vrai, sauf cas de d\u00e9rision. \u00c0 ce titre, il peut \u00eatre paraphras\u00e9 en termes performatifs explicites comme \u00ab\u00a0Je jure\u00a0\u00bb suivi (ou pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 selon le cas) d'une expansion modalis\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment par la formule performative. Ainsi des \u00e9nonc\u00e9s (1), (4) et (9) pour les emplois non associ\u00e9s. L'\u00e9nonc\u00e9 (9) \u00e0 titre d'exemple.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans une des factions ULIMO sous le commandement du colonel Papa le bon, l\u2019enfant-soldat, le capitaine Kid vient de perdre la vie, abattu \u00e0 l\u2019un des nombreux postes de contr\u00f4le. Le colonel Papa le bon, \u00e0 la lucidit\u00e9 compl\u00e8tement ali\u00e9n\u00e9e par une intoxication \u00e9thylique, a d\u00e9sign\u00e9 au hasard, dans l'aveuglement de la beuverie, une pauvre femme qu'il accuse d'avoir \u00ab mang\u00e9 l'\u00e2me \u00bb de l'enfant-soldat. \u00c9videmment, la coupable tente de r\u00e9futer l\u2019accusation d\u2019homicide. Elle \u00ab tente \u00bb seulement, car chez le colonel Papa le bon, le b\u00e9n\u00e9fice de la pr\u00e9somption d'innocence jusqu'\u00e0 ce que la culpabilit\u00e9 du pr\u00e9venu soit mat\u00e9riellement \u00e9tablie n'est qu'une vue de l'esprit, et ses accusations ont valeur de verdict sans appel. Mais tentative ou pas, il ne fait aucun doute que toute r\u00e9futation d'accusation est toujours, en quelque mani\u00e8re, pour le mis en cause, une forme de plaidoirie visant \u00e0 se disculper et \u00e0 convaincre de son innocence, autant qu'une tentative d'emporter, <em>in fine<\/em>, l'issue du proc\u00e8s : \u00ab Walah\u00e9 ! C'est pas moi. J'aimais Kid. Il venait manger chez moi \u00bb (p. 68). On le voit bien. L\u2019exclamation ici vaut prestation de serment quant \u00e0 l'authenticit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e du contenu assert\u00e9 par la suite.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet interjectif, en tant qu'il fonctionne comme un intensif de certification sur l'honneur, ne peut modifier pr\u00e9cis\u00e9ment que le contenu en proc\u00e8s d'authentification. \u00c0 ce propos, un autre exemple n\u2019est pas de trop : \u00ab Le hasch, il le conservait pour les soldats-enfants, \u00e7a les rendait aussi forts que de vrais soldats. Walah\u00e9 ! \u00bb (p. 81). Dans la mesure o\u00f9 il s'agit l\u00e0 d'une confidence de quelqu'un qui a exp\u00e9riment\u00e9 personnellement cette pratique en sa qualit\u00e9 d'enfant-soldat, l'affirmation rev\u00eat de fait, l'autorit\u00e9 de la chose qui s\u2019impose en soi, comme r\u00e9alit\u00e9 tangible de la doxa au sujet de tous les conflits arm\u00e9s utilisant les enfants comme chair \u00e0 canon. Il s'en suit que cette confession ne peut \u00eatre que \u00ab vraie \u00bb, au sens o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 traduit une parfaite ad\u00e9quation entre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019un fait et le fait lui-m\u00eame. Et l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (1) en atteste encore, car qui mieux que Birahima lui-m\u00eame, peut rendre t\u00e9moignage des difficult\u00e9s de mobilit\u00e9 de sa propre m\u00e8re marchant \u00ab sur les fesses \u00bb, ou par \u00e0-coups, \u00ab du fait de l'ulc\u00e8re qui l'avait physiquement diminu\u00e9e \u00bb ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, en (4), seul lui Birahima peut encore tenter de persuader de la puissance de l'\u00e9treinte de sa d\u00e9funte m\u00e8re autour de son bras, une \u00e9treinte si forte que pour la rompre au r\u00e9veil, il a fallu l'effort conjugu\u00e9 de \u00ab Balla, grand-m\u00e8re et une autre femme. Walah\u00e9 (au nom d'Allah) ! C'est vrai \u00bb. Mais il y a mieux. En effet, en raison de sa dimension cultuelle li\u00e9e notamment \u00e0 l'invocation de Dieu, \u00catre supr\u00eame tout d'int\u00e9grit\u00e9, de probit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9 (du moins, telle est la repr\u00e9sentation que les fid\u00e8les se font de lui d\u2019apr\u00e8s les Saintes \u00e9critures), l'interjectif conf\u00e8re <em>a priori<\/em> au discours, par le seul fait de sa citation, tout le poids du sacr\u00e9 qui est cens\u00e9 en faire la preuve des preuves au b\u00e9n\u00e9fice de ce qui est affirm\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa <em>Rh\u00e9torique et argumentation<\/em>, J.-J. Robrieux (2000) passe en revue une s\u00e9rie d'arguments poursuivant tous, chacun avec sa sp\u00e9cificit\u00e9, le but que s'assigne l'orateur en fonction du m\u00e9canisme intrins\u00e8que informant chaque argument. On pourrait y ajouter l'argument de la foi qui repose sur l'invocation de Dieu et son autorit\u00e9, \u00e0 titre de preuve irr\u00e9futable de la sinc\u00e9rit\u00e9 et de l'authenticit\u00e9 de ce que l\u2019on avance au cours d\u2019une interaction verbale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la crainte de Dieu[footnote]Il va de soi que ceci n\u2019est recevable que pour les communaut\u00e9s humaines qui croient en Dieu[\/footnote], certes variable d'une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une autre \u00e0 travers le monde, n'y est pas pour autant moins diffuse. Et les fid\u00e8les en g\u00e9n\u00e9ral, comme dans une sorte de transfert psychologique, croient toujours pouvoir jouer d'intimidation sur les autres, et arriver ainsi \u00e0 infl\u00e9chir leur position en faveur de leur propre point de vue, par l'invocation de sa Toute-Puissance, la pr\u00e9somption de l'assurance de l'existence, et donc corr\u00e9lativement, de la crainte de Dieu, \u00e9tant cens\u00e9e copartag\u00e9e au point que son invocation dans l'argumentation passe pour \u00eatre la preuve qui s'impose en soi. Autrement dit, Dieu omniscient, omnipr\u00e9sent et omnipotent, et donc craint \u00e0 ce titre, ne peut \u00eatre cit\u00e9 \u00e0 la rescousse dans une situation de solennit\u00e9 ou de gravit\u00e9, que comme preuve absolue de sinc\u00e9rit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9. Quel sacril\u00e8ge t\u00e9m\u00e9raire serait-ce en effet que le contraire se produis\u00eet ! L'argument de la foi s'enracine donc dans un pr\u00e9suppos\u00e9 psychologique \u00e0 la fois transubjectif et transindividuel, d'o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment toute sa valeur quasi consensuelle et universelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On per\u00e7oit l\u00e0, sans doute, les risques de manipulation de l'auditoire par l'orateur sollicitant un substrat psychologique cens\u00e9 \u00eatre partag\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle universelle, mais dont la disparit\u00e9 dans l'interpr\u00e9tation peut paradoxalement \u00eatre un t\u00e9moignage \u00e0 charge, tant la formule par abus de citation, y compris par des personnes dont la vie n'est pas toujours d'une exemplarit\u00e9 recommandable, a \u00e9t\u00e9, pour ainsi dire, d\u00e9sacralis\u00e9e. En tout cas, quelle que soit sa position dans l'\u00e9nonc\u00e9 (ant\u00e9position, enclitique ou postposition), le morph\u00e8me interjectif (Ducrot, 1980) <em>Walah\u00e9 !, <\/em>gr\u00e2ce \u00e0 sa valeur de serment, assume une fonction d'intensif de certification de l'unit\u00e9 linguistique qu'il accompagne. Par ailleurs, il est cens\u00e9 cr\u00e9dibiliser concomitamment le contenu du message d\u00e9livr\u00e9 sous son autorit\u00e9 sacr\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais au-del\u00e0 de la technique discursive d'authentification par invocation de l'autorit\u00e9 de Dieu, c'est en r\u00e9alit\u00e9 l'ensemble du proc\u00e8s assertif lui-m\u00eame qui a, \u00e0 terme, une valeur perlocutoire dans l'interlocution. L'assertion n'est donc jamais vraiment gratuite en discours. Kerbrat-Orecchioni observe dans ce sens que \u00ab\u00a0dans une perspective interactionniste, l'assertion consiste (donc) :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">1. \u00e0 faire savoir au destinataire que l'on estime vrai l'\u00e9tat de choses correspondant au contenu propositionnel,\r\n2. en pr\u00e9tendant faire partager cette opinion par le destinataire (et \u00e0 modifier du m\u00eame coup son \u00ab\u00a0bagage cognitif\u00a0\u00bb),\r\n3. et si la situation communicative le permet, de mani\u00e8re \u00e0 obtenir de ce destinataire une prise de position explicite, et de pr\u00e9f\u00e9rence positive, sur le contenu assert\u00e9 (2001, p. 59).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais nous l'avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, ce r\u00f4le de modalisateur est aussi tenu par les autres morph\u00e8mes interjectifs qui constituent le deuxi\u00e8me groupe dans le classement que nous annoncions. Ce sont <em>Faforo\u00a0!<\/em> et <em>Gnamokod\u00e9 !<\/em> deux modalisateurs \u00e0 significations variables.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, <em>Faforo !<\/em> qui, selon Birahima, veut dire \u00ab sexe du p\u00e8re\/de mon p\u00e8re\/cul de mon papa \u00bb (p. 10), peut traduire une exasp\u00e9ration ou, pour rester dans le registre d'expression, un ras-le-bol, lorsqu'il exprime une mise en cong\u00e9 forc\u00e9, ou une \u00e9conduite sans m\u00e9nagement. C'est notamment le cas quand le narrateur semble ressentir comme une surd\u00e9termination de l'ext\u00e9rieur, toujours corrosive de son libre arbitre en tant que d\u00e9miurge. Dans un tel contexte, il signifie alors \u00ab Allez-vous faire foutre ! \u00bb ; \u00ab Allez au diable ! \u00bb, ou \u00ab Foutez-moi la paix ! \u00bb. Telle est l'interpr\u00e9tation qui s\u2019impose \u00e0 travers l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (3) : \u00ab Peut-\u00eatre je vous parlerai plus tard de la mort de ma maman. Mais ce n'est pas oblig\u00e9 ou indispensable d'en parler quand je n'ai pas envie. Faforo (sexe du p\u00e8re) ! \u00bb. Cette signification en contexte peut \u00eatre partag\u00e9e avec <em>Gnamokod\u00e9 !<\/em> comme dans l\u2019extrait suivant : \u00ab Les enfants-soldats qui \u00e9taient morts n'\u00e9taient pas des copains. Je les connaissais pas, c'est pourquoi je ne fais pas leur oraison fun\u00e8bre. Et je ne suis pas oblig\u00e9. Gnamokod\u00e9 !\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A priori<\/em>, ce parti pris de discrimination informationnelle, de la part de Birahima, en fonction de la qualit\u00e9 des liens entre lui et un personnage tiers dans son adresse \u00e0 l'auditoire, appara\u00eet dans la perspective conversationniste comme une violation de la maxime de quantit\u00e9 au sens de Grice. Cette maxime repose en effet sur la r\u00e8gle d'exhaustivit\u00e9 dont le respect incombe principalement \u00e0 l'adress\u00e9 en situation d'interrogation, dans la mesure o\u00f9 l'\u00e9valuation en est faite \u00e0 partir d'une \u00ab\u00a0intervention r\u00e9active\u00a0\u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 2001, p. 94).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, au cours de l'interlocution, cet imp\u00e9ratif p\u00e8se sur les interactants en raison notamment de la r\u00e9ciprocit\u00e9 du statut discursif locuteur\/allocutaire, si bien que l'un et l'autre seraient passibles de poursuite pour r\u00e9tention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d'informations susceptibles d'\u00e9largir le champ cognitif de l'auditoire. Ainsi, en soumettant la d\u00e9dicace d'une oraison fun\u00e8bre des victimes de la guerre \u00e0 une clause affective intimiste, Birahima d\u00e9cide de priver son auditoire de bien des informations lors de cette interlocution qu'il a lui-m\u00eame initi\u00e9e et instaur\u00e9e avec cet auditoire. Toutefois, dans la mesure o\u00f9, en sa qualit\u00e9 de d\u00e9miurge, il d\u00e9finit les r\u00e8gles des \u00e9changes, s'autorisant ainsi \u00e0 faire subir \u00e0 l'auditoire une tyrannie discursive en rupture avec certaines r\u00e8gles de la conversation, du fait pr\u00e9cis\u00e9ment du caract\u00e8re unilat\u00e9ral de la d\u00e9cision sur ce qui doit \u00eatre port\u00e9 ou non \u00e0 la connaissance de l'auditoire, le proc\u00e8s pour \u00ab\u00a0d\u00e9lit\u00a0\u00bb de d\u00e9ficit d'informations semble, sur la forme, sans objet, et ill\u00e9gitime quant au fond, donc perdu d'avance.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bref, au niveau de l'interpr\u00e9tation,\u00a0<em>Faforo<\/em> et <em>Gnamokod\u00e9<\/em> peuvent encore se rejoindre, notamment dans l'expression d'un acquiescement dubitatif, et surtout railleur et d\u00e9daigneux. Tous deux sont traduisibles soit par \u00ab N'importe quoi ! \u00bb ou\u00a0 \u00ab Foutaise ! \u00bb,\u00a0 soit par \u00ab Mon \u0153il ! \u00bb, ou\u00a0 encore \u00ab Quelle sottise ! \u00bb. Rappel d'un exemple : malgr\u00e9 son armure de sortil\u00e8ges, le colonel Papa le bon a succomb\u00e9 \u00e0 la mitraillette \u00e0 bout portant de Kid, enfant-soldat capitaine. Devant l'\u00e9tonnement inquiet des inconditionnels du pouvoir d'invuln\u00e9rabilit\u00e9 suppos\u00e9 des f\u00e9tiches, Yacouba, l'expert grigriman de service a tent\u00e9 de justifier ce camouflet. L'extrait suivant traduit le jugement de Birahima sur l'explication du grigriman : \u00ab\u00a0Yacouba a expliqu\u00e9 : le colonel avait transgress\u00e9 des interdits attach\u00e9s aux f\u00e9tiches [...]. Le sacrifice de deux b\u0153ufs aurait emp\u00each\u00e9 la circonstance. Faforo ! \u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Un autre int\u00e9r\u00eat, syntactique celui-l\u00e0, de l'emploi de ces formules r\u00e9side dans leur capacit\u00e9 \u00e0 th\u00e9matiser tout ou partie de l'\u00e9nonc\u00e9, ce qui leur conf\u00e8re une valeur moralisatrice. Ainsi, dans l\u2019extrait ci-apr\u00e8s, Faforo, par son contenu notionnel, a une incidence sur le substantif casernement : \u00ab\u00a0Le casernement des enfants-soldats, faforo\u00a0! On se couchait \u00e0 m\u00eame le sol sur des nattes. Et on mangeait n'importe quoi et partout\u00a0\u00bb. Comme on peut le voir, la postposition de l'interjectif au substantif, apr\u00e8s cette courte pause synd\u00e9tique, lui conf\u00e8re cette expressivit\u00e9 affective axiologique, lieu de d\u00e9nonciation d'un abus de langage, le casernement r\u00e9serv\u00e9 aux enfants-soldats ne r\u00e9pondant pas, <em>a priori<\/em>, aux standards d'un v\u00e9ritable casernement dans l'institution et la fonction militaire. Il s\u2019agit donc l\u00e0 d\u2019une description \u00e0 fonction quasi p\u00e9nale, puisqu\u2019elle prend, corr\u00e9lativement, le caract\u00e8re d\u2019un r\u00e9quisitoire contre les conditions de vie difficiles des pensionnaires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (2) au contraire, l'incidence modalisatrice de <em>Gnamokod\u00e9<\/em>, qui ponctue l'\u00e9nonc\u00e9 en phase terminale, affecte l'interpr\u00e9tation globale, puisqu'elle porte, non pas tant sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de la mort, que sur son in\u00e9luctabilit\u00e9, toujours avec cette note de raillerie insidieuse, notamment au sujet de la croyance r\u00e9pandue en la pratique des \u00ab mangeurs \u00bb d'\u00e2mes. En effet, selon cette croyance, \u00ab Quand on a mang\u00e9 ton \u00e2me, tu ne peux plus vivre, tu meurs par maladie, par accident. Par n'importe quelle malemort \u00bb. Et le narrateur de s'exclamer \u00ab gnamokod\u00e9 ! \u00bb. Le morph\u00e8me peut aussi servir \u00e0 exprimer une r\u00e9pugnance ou une aversion m\u00eal\u00e9e de bl\u00e2me voire de condamnation. C'est le cas de cet autre extrait, avec cette suspicion l\u00e9gitime d'anthropophagie au cours du rite initiatique du jeune lycaon :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'initiation du petit lycaon se fait dans un bois. Il porte des jupes en raphia, \u00e7a chante, danse et \u00e7a coupe fort les mains et les bras des citoyens sierra-l\u00e9onais. \u00c7a consomme apr\u00e8s une boule de viande, une boule de viande qui est s\u00fbrement de la chair humaine. Cette boule sert de d\u00e9licat et d\u00e9licieux repas de fin de f\u00eate aux initi\u00e9s. Gnamokod\u00e9 (putain de ma m\u00e8re) (p. 189).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais le contexte ne suffit pas toujours \u00e0 donner une signification pr\u00e9cise. \u00c0 preuve, dans l\u2019extrait suivant, on peut h\u00e9siter entre une compassion autocentr\u00e9e sur l'\u00e9nonciateur, et une r\u00e9signation totale, \u00e0 moins qu'il ne s'agisse simplement d'une d\u00e9sinvolture d\u00e9daigneuse, ou d'une moquerie dubitative par rapport \u00e0 la causalit\u00e9 simpliste d'une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gnent toutes les formes de l'irrationnel et la superstition en particulier : \u00ab\u00a0J'ai bless\u00e9 maman, elle est morte avec la blessure au c\u0153ur. Donc je suis maudit, je tra\u00eene la mal\u00e9diction partout o\u00f9 je vais. Gnamokod\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb. Cette observation au sujet des situations d'incertitude dans le proc\u00e8s d\u2019assignation de sens vaut aussi pour Faforo.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour soutenir l'effort de guerre, Prince Johnson a grand besoin de ressources financi\u00e8res. Son stratag\u00e8me : organiser le rapt, la s\u00e9questration, la mutilation et m\u00eame le meurtre de certains employ\u00e9s, cadres expatri\u00e9s ou autochtones de la compagnie am\u00e9ricaine de caoutchouc, afin de contraindre le pr\u00e9sident de ladite compagnie \u00e0 accepter l'offre d'un contrat de s\u00e9curit\u00e9 de l'ensemble de son personnel. Apr\u00e8s plusieurs enl\u00e8vements, le pr\u00e9sident a fini par d\u00e9coder le message et accepter d'ouvrir des n\u00e9gociations pour leur futur partenariat, d'autant que deux de ses collaborateurs se trouvaient encore entre les mains de leurs bourreaux. L'extrait \u00e0 venir d\u00e9crit l'\u00e9tat d'esprit du ma\u00eetre ravisseur au terme des n\u00e9gociations\u00a0: \u00ab\u00a0Johnson avec de grands \u00e9clats de rire les frappa sur les \u00e9paules. Puis les blancs sortirent du camp \u00e0 cinq, trois plus deux. Il y avait les cinq t\u00eates sur les dix \u00e9paules. Faforo !\u00a0\u00bb Quelle interpr\u00e9tation donner ? Bl\u00e2me ? Impuissance ? Admiration contrainte devant l'efficacit\u00e9 du cynique stratag\u00e8me, ou tout cela \u00e0 la fois ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, ces cas o\u00f9 l'h\u00e9sitation et l'incertitude sont permises sont rares, et le morph\u00e8me <em>Faforo<\/em>, on l'a vu, peut exprimer divers sentiments et jugements. Par exemple, il peut \u00eatre porteur de l'id\u00e9e d'un grand g\u00e2chis et d'une profonde indignation \u00e0 travers la r\u00e9p\u00e9tition du verbe tirer. Celui-ci d\u00e9crit l'activit\u00e9 favorite des enfants-soldats. C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019hommage \u00e0 la m\u00e9moire du capitaine Kid par ses fr\u00e8res d'armes, le jour de son inhumation : \u00ab\u00a0Et puis les enfant-soldats se sont align\u00e9s et ils ont tir\u00e9 avec les kalach. Ils ne savent faire que \u00e7a. Tirer, tirer. Faforo !\u00a0\u00bb. Encore un exemple (hors corpus) des significations de contexte avec walah\u00e9 avant de terminer.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre des guerres ethniques constitue un terreau fertile o\u00f9 prosp\u00e8rent bien \u00e9videmment les \u00ab\u00a0fauteurs de guerre\u00a0\u00bb. Mais la guerre profite \u00e9galement \u00e0 certains rebuts sociaux, d\u00e9brouillards inv\u00e9t\u00e9r\u00e9s qui ont r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper une formidable capacit\u00e9 d'adaptation aux plus grands p\u00e9rils, si bien qu'ils hantent tous les lieux de conflits. S\u2019y ajoutent les enfants-soldats, autre cat\u00e9gorie de\u00a0\u00ab\u00a0privil\u00e9gi\u00e9s\u00a0\u00bb tirant l'essentiel de leurs subsides de leur statut. Yacouba et Birahima en font partie\u00a0; l'un comme grigriman, l'autre en qualit\u00e9 d'enfant-soldat. Ils viennent de se voir offrir l'opportunit\u00e9 d'exercer ce qu'ils savent le mieux faire, apr\u00e8s une p\u00e9riode d'inactivit\u00e9. R\u00e9action :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s, nous avons pris du service aussit\u00f4t. Yacouba, le bandit boiteux sauta sur une jambe et cria Walah\u00e9 ! Allah \u00e9tait pour nous. Nous pouvions reprendre du service. Yacouba fut install\u00e9 comme grigriman et moi je rejoignis les enfants-soldats (p. 213).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un tel contexte, la valeur du morph\u00e8me va bien au-del\u00e0 de son r\u00f4le premier de certification d'une information sur la foi suppos\u00e9e en Dieu, pour exprimer un immense bonheur m\u00eal\u00e9 d'une infinie gratitude, autant que d'un profond soulagement, tous trois traduisibles, <em>a minima<\/em>, par cette autre exclamation \u00ab\u00a0Dieu soit lou\u00e9 !\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il ressort que la signification originelle de chaque interjectif en d\u00e9finit les conditions d'emploi dans le discours, si bien que, l\u00e0 o\u00f9 par exemple, une certification \u00e0 valeur de serment sur la foi en Dieu sied, l'expression du ras-le-bol ne saurait \u00e9videmment convenir. Quant aux positions de ces morph\u00e8mes, les extraits propos\u00e9s ont bien montr\u00e9 leur variabilit\u00e9, celle-ci semblant n'ob\u00e9ir \u00e0 aucune r\u00e8gle grammaticale, si ce n'est celle des effets de style. C'est \u00e9galement sous cet angle discursif que doivent \u00eatre rang\u00e9s les emplois associ\u00e9s, v\u00e9ritables lieux de \u00ab\u00a0cocktail \u00e9motionnel \u00bb, sentiments et ressentiments s'y trouvant \u00e0 la fois m\u00eal\u00e9s sans qu'aucun ne prenne le pas sur les autres. En revanche, au niveau statistique, la disparit\u00e9 num\u00e9rique dans les occurrences avec cinquante cas pour Walah\u00e9 est r\u00e9v\u00e9latrice du rapport de l'orateur au contenu de son propre discours. Et c'est ici que ces interjectifs modalisateurs assurent au discours et \u00e0 travers lui, leur argumentativit\u00e9, entendu que l'interlocution est toujours une invitation au partage ; ou mieux, un exercice de partage, un d\u00e9sir d'inter-influence des partenaires \u00e0 la communication, une tentative d'\u00ab ali\u00e9nation \u00bb mutuelle en toute bonne ou mauvaise foi. Que cette invitation au partage se solde parfois par un \u00e9chec, cela est \u00e9tabli. En tout cas, en ce qui concerne Birahima, l\u2019\u00e9tude a montr\u00e9 que la convocation des morph\u00e8mes interjectifs africains n'ob\u00e9issait pas \u00e0 un simple besoin d'originalit\u00e9 du dire, mais \u00e9galement, et au-del\u00e0, \u00e0 travers cette interlocution propre au contage qui suppose communion avec l'auditoire, \u00e0 la fois \u00e0 un d\u00e9sir et \u00e0 un souci d'emporter l'adh\u00e9sion de l'auditoire par rapport \u00e0 ses propres points de vue ; ses jugements et jugements de valeur ; ses \u00e9motions. Autrement dit, l'expos\u00e9 d'\u00e9motions de l'orateur sans autre finalit\u00e9 qu'un pur \u00e9panchement est assur\u00e9ment trop gratuit pour \u00eatre envisageable dans le cadre d'une interaction verbale ayant solennellement affich\u00e9 ses pr\u00e9tentions dialogiques d\u00e8s l'\u00e9tape phatique. En livrant ses \u00e9motions \u00e0 l'auditoire, Birahima a mis un point d'honneur \u00e0 en expliquer les circonstances, si bien qu'on aboutit de fait, \u00e0 un proc\u00e8s de l\u00e9gitimation, tant au niveau de l'orateur lui-m\u00eame, qu'\u00e0 celui de l'auditoire invit\u00e9 implicitement \u00e0 en faire siennes.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Bibliographie<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy Ruth. 2000. <em>L'argumentation dans le discours<\/em>. Paris : Nathan\/HER.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot Oswald. 1980. <em>Les mots du discours<\/em>. Paris : Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni Catherine. 1990. <em>Les interactions verbales<\/em>, Tome 1. Paris : Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni Catherine. 1996. <em>La conversation<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni Catherine. 2001. <em>Les actes de langage dans le discours<\/em>. Paris : Nathan\/VUEF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Martin Robert. 2002. <em>Comprendre la linguistique<\/em>. Paris : Quadrige\/PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Robrieux Jean-Jacques. 2000. <em>Rh\u00e9torique et argumentation<\/em>. Paris : Nathan\/HER.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La probl\u00e9matique de l\u2019argumentation, ph\u00e9nom\u00e8ne consubstantiel \u00e0 l\u2019interaction verbale, est au centre de cette contribution. Plus encore, celle-ci postule l\u2019argumentativit\u00e9 intrins\u00e8que de la langue, de toute langue. Pour en faire la preuve, la contribution s\u2019appuie sur les interjectifs en langue africaine, en l\u2019occurrence le malink\u00e9, extraits de <em>Allah n\u2019est pas oblig\u00e9<\/em> de Ahmadou Kourouma. Entre statut d\u2019intensificateur, de certificateur, d\u2019op\u00e9rateur de modalisation des donn\u00e9es \u00e9noncives d\u00e9crites, l\u2019\u00e9tude met au jour, en d\u00e9finitive et corr\u00e9lativement, comment ces interjectifs acqui\u00e8rent force et pouvoir d\u2019op\u00e9rativit\u00e9 pragmatique au titre des m\u00e9canismes d\u2019inscription du sujet parlant dans son \u00e9nonciation\/\u00e9nonc\u00e9. La d\u00e9marche heuristique, elle, associe approche grammaticale au sens de combinatoire et position des mots-cibles de l\u2019\u00e9tude, et analyse de discours \u00e0 travers la description des composantes linguistiques articul\u00e9es aux composantes rh\u00e9toriques pour r\u00e9v\u00e9ler les effets de sens. Au total, la contribution montre comment l\u2019argumentation en tant que fait discursif est log\u00e9e au c\u0153ur m\u00eame de la langue d\u2019o\u00f9 elle sert \u00e0 des fins actionnelles.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/argumentation\/\">argumentation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/argumentativite\/\">argumentativit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/auditoire\/\">auditoire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/champ-lexical\/\">champ lexical<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/interaction-verbale\/\">interaction verbale<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/interjectif\/\">interjectif<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>The argumentativity of interjectives in <em>Allah n&rsquo;est pas oblig\u00e9<\/em> by Ahmadou Kourouma<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The issue of argumentation, as a phenomenon consubstantial with verbal interaction, is at the center of this contribution. Even more, it postulates the intrinsic argumentativeness of language, of any language. To substantiate this, this paper relies on interjectional items in the African language, especially the case of Malink\u00e9 language taken from <em>Allah nets pas oblig\u00e9<\/em> by Ahmadou Kourouma. Between status of intensifier, certifier, operator of moralization of the utterance data described, the study ultimately brings to light, correlatively, how these interjectional items acquire force and power of working pragmatic modes under the mechanisms of inscription of the speaking subject in his utterance. The heuristic approach, on the other hand, combines a grammatical approach in the sense of combinatorial discourse analysis through the description of the linguistic components articulated with the rhetorical components to reveal the effects of meaning. In a nutshell, the contribution shows how argumentation as a discursive fact is housed at the very heart of the language from where it serves for action purposes.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/argument\/\">argument<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/argumentativeness\/\">argumentativeness<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/audience\/\">audience<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/interjectional-items\/\">Interjectional items<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/lexical-firld\/\">lexical firld<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/verbal-interaction\/\">verbal interaction<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Bh\u00e9t\u00e9)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Amadu Kluma na\u030d b\u0254\u0301g\u00f2 m\u00e9 na\u030d Zi\u030d\u025b\u030dzi\u030d\u025b\u0300 na\u030d m\u00e9s\u00e8s\u00e8l\u00ec\u00e0s\u025b\u0300<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Weli ci\u0300bh\u025b\u0300 ye\u0300-e\u030d s\u025blel\u025b d\u025bne a\u030d\u0272e me\u0301 ne, see\u0300 \u0272a\u030dkpa\u0300 s\u0254\u0301 wa k\u025b l\u025bt\u025b\u0300la ku\u0301 le\u0300, ne\u0301e\u0301 \u0254\u0300kako\u0300kako\u0301 no l\u0254\u0300 gb\u025b\u0300n\u025b\u030d\u025b\u030d \u0254\u030d k\u0254\u0301-\u0254\u030d luu\u0300 weli me\u0301 zi, se\u0300 \u0254\u030dn\u025b\u0300 \u025b\u030d-\u025b\u0300 na\u0300 to-o\u0300 l\u0254bh\u0254 w\u025b\u0300, s\u0254bh\u0254 na\u030d weli y\u025b\u030d l\u025b\u0300. Na\u0301a\u0300 \u0272\u0254\u030dkp\u0254\u0300, wa\u030d no\u030da l\u025b e\u0300yi\u030d de\u030d na\u0301a\u0300 de\u0300, \u014bw\u025b\u0301n\u025bde\u0300, gba\u0301pegba\u0301pede\u0300, \u0272\u0254\u030dkp\u0254\u0300 na\u030d ku\u0301ku\u0301de\u0300, n\u025b\u030d \u025b\u0301 se-e\u0300 li\u030d\u030dbhi\u030d\u030d \u025b\u0301 weli ku\u0301 w\u025b\u0300, ne\u0300\u025b\u0301 ku\u0301kos\u025b\u0300 w\u025b\u0300 me\u0301, \u025b\u030d-\u025b\u0300 gb\u0254l\u0254\u0300 ne\u0301 wa\u030d yibhlele l\u0254\u0300 s\u025b\u030d gb\u025b\u0300n\u025b\u030d\u025b\u030d \u014bw\u025b\u0301n\u025b l\u025b\u030dbhe\u030d e\u0300yi\u030d\u030d, \u025b\u030d le\u0300-e\u0300yi\u030d k\u025b\u030dl\u025b\u030d ku\u0301, \u025b\u030d le\u0300-e\u0300yi\u030d \u0272\u025bze\u0300 ku\u0301. Wa k\u025b d\u025b\u0300me\u030d no gb\u025bn\u025b\u030d\u025b\u030d ne\u0300\u025b\u0301 yu\u030d \u0254\u030d ye\u0300le\u0300 su\u0300ku\u0300 me\u030d na\u030d b\u0254\u0301go\u0300 yi\u0301t\u025b-\u025b\u0300, n\u025b\u030d-\u025b\u0301 se-e\u0300 gb\u0254le zi\u0300li\u0301 \u014bw\u025b\u0301n\u025b t\u0254\u0300 me\u0301 w\u025b\u0300, \u025b\u030d-\u025b\u0300 gb\u0254 ne\u0301 wa\u030d yibhlele l\u0254\u0300 s\u025b\u030d n\u025b\u030d\u025b\u030d ne\u0300\u025b\u0301 mne\u030d \u025b\u030d le\u0300-\u025b bhle\u0272\u0254\u0300 na\u030d mne\u030d. Ne\u0301e\u0301, wa ke-e\u0300yi\u030d\u030d de\u0301 \u0272\u025b\u0272e\u0300 no\u030da\u0300 ka yi\u0300, n\u025b\u030d\u025b\u030d ne\u0300\u025b\u0301 \u0272\u0254\u030dkp\u0254\u0300 n\u0254\u030d-\u0254\u0300 k\u025b\u0300 ne\u0300\u025b\u0301 dle k\u0254\u030d w\u025b\u0300 \u0254\u030d gba\u0301pe ; \u025b\u030d k\u025b\u0301 zi da\u0300 \u025b\u030d zo\u030do\u0300 kwi\u0301y\u025b-\u025b\u0300, na\u030da\u030d se-e\u0300 kpa\u030dme\u0301 w\u025b\u0300, \u025b\u030d-\u025b\u0300 gb\u0254l\u0254\u0300 ne\u0301 wa\u030d yibhlele l\u0254\u0300 s\u025b\u030d n\u025b\u030d\u025b\u030d e\u0300 gba\u0301pe. S\u0254bh\u0254 w\u025b\u0300 na\u030d weli w\u025b\u0300 ne, e\u030dyi\u030d\u030d ye\u030d s\u025bl\u0254\u0300 z\u0254\u030d \u025b\u0301 b\u0254\u0301go\u0300 ne me\u0301. Sa-a\u0300 gb\u0254le zi\u0300li\u0301, sa-a\u0300 la\u030d Lag\u0254, mne\u030d ka-a\u0300\u0272e n\u025b\u030dne\u030d, mne\u030d ne\u0301 a\u0300\u0272e n\u025b\u030dne\u030d, s\u0254bh\u0254 w\u025b\u0300 na\u030d weli \u025b\u030dyi\u030d\u030d ye\u030d l\u025bt\u025ble l\u025b d\u025b \u025b\u0301 b\u0254\u0301go\u0300 ne me\u0301. Ne\u030de\u030d, du\u030d\u030dku\u0301 du\u030dku\u0301 na\u030d gbo ye\u0300 Lag\u0254 wa\u030dla\u0300 bhle\u0301 w\u025b\u0300 na\u030d bhle\u0301 na\u030d ko\u0272a\u0300 na\u030d s\u025b wa\u030d s\u025bleme\u0301 w\u025b\u0300, \u025b\u0301 gbo w\u025b\u0300 nee, \u025b\u030d k\u025b\u0300-\u025b\u030dn\u025b\u0300n.\u025b\u0301n yli\u0301g\u025b\u0300z\u025b\u0300 ni\u030d\u030dn\u025fe\u030d. \u025b\u0301 ni\u030d\u030dn\u025fe\u030d ne ya\u030d-a\u0300 yl\u025ble l\u0254\u0300 me\u0301 na\u030d-a\u0300 zi l\u0254\u0300 a\u0300 lua\u0300 weli me\u0301 ku\u0301. \u025b k\u025b nu\u0301n\u025b\u0301p\u025b\u025b\u0300 y\u025b\u030d-\u025b\u0300, na\u030d sa-a\u0300 l\u0254\u0301bh\u0254\u0301l\u0254bh\u0254le \u025b\u030d weli me\u0301 na\u0301-a\u0300\u0272e n\u025b\u0300 \u025b\u030d ziku\u0301 w\u025b\u0300, s\u0254bh\u0254 na\u030d weli e\u030dyi\u030d ye\u030d l\u025bt\u025ble l\u025b d\u025b le\u030dle\u0300e\u0301 a\u030d\u0272e \u025b\u0301 d\u025bne me\u0301.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Bh\u00e9t\u00e9)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/weli-na%cc%8d-meseselias%c9%9b\/\">weli na\u030d me\u0301se\u0300se\u0300li\u0300a\u0300s\u025b\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/weli-na%cc%8d-meseseli%c9%9b\/\">weli na\u030d me\u0301se\u0300se\u0300li\u0300\u025b\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/yu%cc%8dkwlipaa\/\">yu\u030dkwli\u0301paa\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/zi%cc%8d%c9%9b%cc%8dzi%cc%8d%c9%9b\/\">zi\u030d\u025b\u030dzi\u030d\u025b\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/z%c9%94%cc%8ds%c9%9bs%c9%9ble-nun%c9%9b%cc%8d\/\">z\u0254\u030ds\u025b\u0300s\u025b\u0300le\u0300 nu\u0300n\u025b\u030d<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>10 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"textbox shaded\">\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Ahmadou Kourouma, 2000, <em>Allah n\u2019est pas oblig\u00e9<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Seuil.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019ouvrage<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9scolaris\u00e9 pr\u00e9coce \u2013 il n\u2019a que le niveau du cours \u00e9l\u00e9mentaire 2 \u2013 Birahima se retrouve dans la rue \u00e0 dix-douze ans. Au d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, seul parent biologique qui \u00e9tait encore en vie, le conseil de famille d\u00e9cide de confier l\u2019\u00e9ducation du pr\u00e9adolescent \u00e0 sa tante Mahan. Celle-ci vit au Liberia avec son mari. Ti\u00e9coura, alias Yacouba, aventurier notoire de peu de moralit\u00e9 \u2013 il est \u00ab marabout multiplicateur de billets, fabricant d\u2019amulettes, inventeur de paroles de pri\u00e8res pour r\u00e9ussir et d\u00e9couvreur des sacrifices pour \u00e9loigner tous les mauvais sorts \u00bb (p. 43) \u2013 lui fera miroiter le paradis au Liberia, th\u00e9\u00e2tre d\u2019une guerre interethnique. Birahima devait, pour vivre dans ce paradis, accepter de se faire enr\u00f4ler comme enfant-soldat. Birahima est conquis : \u00ab Je voulais partir au Liberia. Vite et vite. Je voulais devenir un enfant-soldat, un small-soldier. [\u2026] Je n\u2019avais que le mot small-soldier \u00e0 la bouche. Dans mon lit, quand je faisais caca ou pipi, je criais seul small-soldier, enfant-soldat, soldat-enfant ! \u00bb (p. 54). Commence alors une v\u00e9ritable odyss\u00e9e pour lui et son pr\u00e9cepteur de fortune. Apr\u00e8s bien des infortunes et divers chocs \u00e9motionnels et psychologiques subis sur les diff\u00e9rents fronts au Liberia et en Sierra Leone, l\u2019odyss\u00e9e de l\u2019enfant de la rue devenu \u00ab enfant soldat sans peur ni reproche \u00bb prendra fin avec son retour en C\u00f4te d\u2019Ivoire, en compagnie du fils de sa d\u00e9funte tante Mahan.<\/p>\n<\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;argumentation, comme art oratoire ou scriptural \u00e0 finalit\u00e9 trans-locutive, c&rsquo;est-\u00e0-dire toujours con\u00e7u \u00e0 l\u2019intention d&rsquo;un destinataire autre que le locuteur ou le scripteur lui-m\u00eame, est inscrite au centre de la communication. Comme telle, l\u2019argumentation est connue \u2013 ce qui ne signifie gu\u00e8re que ses modalit\u00e9s le soient toujours. L&rsquo;argumentativit\u00e9 ne l\u2019est pas moins non plus. Disons-en cependant succinctement qu&rsquo;elle d\u00e9signe le caract\u00e8re argumentatif d&rsquo;une unit\u00e9 linguistique (au sens large de mot, phrase ou \u00e9nonc\u00e9) dont l&rsquo;essence, dans le dispositif discursif, la donne \u00e0 saisir comme constitutive de la strat\u00e9gie induite pour atteindre le but persuasif que s\u2019assigne le sujet parlant. Ainsi par exemple, les connecteurs logiques ne sont-ils sollicit\u00e9s dans le discours qu&rsquo;en toute connaissance de leur valeur argumentative, et en raison pr\u00e9cis\u00e9ment de celle-ci. Il en r\u00e9sulte l&rsquo;impossibilit\u00e9 syntactico-s\u00e9mantique de leur emploi indiff\u00e9renci\u00e9, y compris pour ceux d&rsquo;entre eux qui appartiennent <em>a priori<\/em> \u00e0 un m\u00eame paradigme s\u00e9mantique ou illocutoire, comme <em>car<\/em>, <em>parce que<\/em>, <em>puisque<\/em>, <em>entendu que<\/em>, etc. Bref, les unit\u00e9s linguistiques pr\u00e9dispos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;expression \u00e9motive telle que l&rsquo;interjection sont partie int\u00e9grante du dispositif argumentatif et participent, \u00e0 ce titre, de la vis\u00e9e assign\u00e9e au discours, ce qui l\u00e9gitime corr\u00e9lativement leur statut en tant qu&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tude en pragmatique. Pour illustrer un tel postulat, du reste attest\u00e9 depuis longtemps par les travaux d&rsquo;analyse de discours, de pragmatique ou de s\u00e9mantique int\u00e9grative comme ceux de Oswald Ducrot notamment \u2013 bien que principalement, sinon exclusivement \u00e0 propos de mots fran\u00e7ais \u2013, nous nous appuierons sur <em>Allah n&rsquo;est pas oblig\u00e9<\/em> de Ahmadou Kourouma. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;\u00e9tude est qu&rsquo;elle examine l&rsquo;argumentativit\u00e9 de certaines unit\u00e9s interjectives africaines (ou per\u00e7ues comme telles) que le narrateur Birahima, au stade phatique o\u00f9 il sacrifie au rite des pr\u00e9sentations, instituant ainsi l&rsquo;interlocution, dit pr\u00e9f\u00e9rer aux interjectifs classiques \u00e9quivalents : \u00ab [\u2026] suis insolent, incorrect comme barbe d&rsquo;un bouc et parle comme un salopard. Je dis pas comme les n\u00e8gres noirs africains indig\u00e8nes bien cravat\u00e9s : merde ! putain ! salaud ! J&#8217;emploie les mots malink\u00e9s comme faforo ! [&#8230;] Comme gnamokod\u00e9 ! [&#8230;] Comme Walah\u00e9 ! \u00bb (p. 10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre deuxi\u00e8me postulat repose sur la variation s\u00e9mantique de ces interjectifs selon le contexte, sans qu&rsquo;il soit cependant possible d\u2019en inf\u00e9rer une v\u00e9ritable polys\u00e9mie. L&rsquo;examen de ces morph\u00e8mes part \u00e9videmment d&rsquo;un corpus (section 1). Celui-ci est d\u00e9crit au double niveau s\u00e9mantique et syntactique (section 2), avant une analyse de leur valeur argumentative (section 3), qui est le \u00ab c\u0153ur \u00bb m\u00eame de l\u2019\u00e9tude, en insistant sur la valeur pragmatique de l\u2019interjectif <em>Walah\u00e9<\/em>.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Corpus des interjectifs<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e8ne d&rsquo;exposition au cours de laquelle Birahima sacrifie aux civilit\u00e9s des pr\u00e9sentations (p. 9-10) instaure d&rsquo;office un proc\u00e8s interlocutif avec un auditoire au sens o\u00f9 ce mot renvoie \u00e0 tout interlocuteur indiff\u00e9renci\u00e9, r\u00e9el ou fictif, singulier ou collectif, capable ou non de prendre effectivement une part active \u00e0 la communication, mais dont la pr\u00e9somption de la pr\u00e9sence module toujours le discours de l&rsquo;orateur qui l&rsquo;institue ainsi comme allocutaire. \u00c0 ce propos, citant C. Perelman pour qui l\u2019auditoire r\u00e9f\u00e8re \u00e0 \u00ab l&rsquo;ensemble de ceux sur lesquels l\u2019orateur veut influer par son argumentation \u00bb, Amossy note d&rsquo;abord que la d\u00e9finition de Perelman int\u00e9resse aussi bien l&rsquo;\u00e9crit que l&rsquo;oral, avant de commenter : \u00ab De ce point de vue, il importe peu que le public soit compos\u00e9 d&rsquo;un seul interlocuteur ou d&rsquo;une nombreuse assembl\u00e9e, qu&rsquo;il soit d\u00e9limit\u00e9 ou ind\u00e9termin\u00e9, pr\u00e9sent ou absent \u00bb (Amossy, 2000, p. 34).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si donc la pr\u00e9sence de l&rsquo;auditoire peut \u00eatre simplement pr\u00e9sum\u00e9e, on comprend ais\u00e9ment qu&rsquo;il ne soit gu\u00e8re n\u00e9cessaire qu&rsquo;il puisse effectivement intervenir en r\u00e9action \u00e0 l&rsquo;orateur, sans que pour autant ne soit invalide ni inhib\u00e9e l&rsquo;interaction verbale. C&rsquo;est l\u00e0 toute la th\u00e9orie princeps de la dimension dialogique de l&rsquo;argumentation en pragmatique, dont l&rsquo;un des axiomes est que\u00a0: \u00ab\u00a0Le discours argumentatif est toujours dialogique ; il n&rsquo;est pas obligatoirement dialogal\u00a0\u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1990, p.\u00a016).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par l&#8217;emploi de pronoms interpellatifs \u00e0 valeur conative, qui sont autant de lieux d&rsquo;interlocution, Birahima cr\u00e9e bien cette illusion d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 co-\u00e9nonciatrice \u00e0 l&rsquo;intention de laquelle il prend soin, au moment o\u00f9 il d\u00e9cline son identit\u00e9, d&rsquo;expliquer le sens des mots africains dont il se servira tout le long de leur entretien \u00e0 venir, afin de rendre son propre discours lisible : \u00ab J&#8217;emploie les mots malink\u00e9s comme faforo ! (Faforo ! signifie sexe de mon p\u00e8re ou du p\u00e8re de ton p\u00e8re.) Comme gnamokod\u00e9 ! (Gnamokod\u00e9 ! signifie b\u00e2tard ou b\u00e2tardise.) Comme Walah\u00e9 ! (Walah\u00e9 ! signifie Au nom d&rsquo;Allah.) \u00bb (p. 10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9nonc\u00e9s ci-apr\u00e8s se situent dans cette perspective dialogique, avec l&#8217;emploi explicite d&rsquo;indexicaux, ou leur pr\u00e9sence pr\u00e9sum\u00e9e dans le contexte :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(1) J&rsquo;ai oubli\u00e9 de vous dire quelque chose de fondamental, de tr\u00e8s, de formidablement important. Ma maman marchait sur les fesses. Walah\u00e9 (au nom d&rsquo;Allah) ! Sur les deux fesses (p. 14).<br \/>\n(2) Quand on a mang\u00e9 ton \u00e2me, tu ne peux plus vivre, tu meurs par maladie, par accident. Par n&rsquo;importe quelle malemort, gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 29).<\/span><br \/>\n(3) Peut-\u00eatre je vous parlerai plus tard de la mort de ma maman. Mais ce n&rsquo;est pas oblig\u00e9 ou indispensable d&rsquo;en parler quand je n&rsquo;ai pas envie. Faforo (sexe du p\u00e8re) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 29).<\/span><br \/>\n(4) J\u2019ai dormi dans la natte et maman a rendu l\u2019\u00e2me au premier chant du coq. Mais le matin les doigts de maman \u00e9taient tellement serr\u00e9s sur mon bras qu\u2019il a fallu Balla, grand-m\u00e8re et une autre femme pour m\u2019arracher \u00e0 ma m\u00e8re. Walah\u00e9 (au nom d\u2019Allah) ! c&rsquo;est vrai (p. 33).<br \/>\n(5) J&rsquo;ai bless\u00e9 maman, elle est morte avec la blessure au c\u0153ur. Donc je suis maudit, je tra\u00eene la mal\u00e9diction partout o\u00f9 je vais. Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 33).<\/span><br \/>\n(6) Le casernement des enfants-soldats, faforo! On se couchait \u00e0 m\u00eame le sol sur des nattes. Et on mangeait n&rsquo;importe quoi et partout (p. 75-76).<br \/>\n(7) Je pleurais \u00e0 chaudes larmes de voir S\u00e9kou couch\u00e9, mort comme \u00e7a. Tout \u00e7a, pr\u00e9tendent les fumistes de f\u00e9ticheurs, \u00e0 cause d&rsquo;un cabri. Faforo (cul de mon papa) <span style=\"font-size: 1em\">(p. 124).<\/span><br \/>\n(8) D&rsquo;abord qui est Foday Sankoh, le caporal Foday Sankoh ? Gnamokod\u00e9 (putain de ma m\u00e8re) (p. 175).<br \/>\n(9) Walah\u00e9 ! c&rsquo;est pas moi. J&rsquo;aimais Kid. Il venait manger chez moi (p. 68).<br \/>\n(10) Et puis les enfants-soldats se sont align\u00e9s et ils ont tir\u00e9 avec les kalach. Ils ne savent faire que \u00e7a. Tirer, tirer. Faforo (bangala de mon p\u00e8re) (p. 69).<br \/>\n(11) Les enfants-soldats qui \u00e9taient morts n&rsquo;\u00e9taient pas des copains. Je les connaissais pas, c&rsquo;est pourquoi je ne fais pas leur oraison fun\u00e8bre. Et je ne suis pas oblig\u00e9. Gnamokod\u00e9 (p. 118).<br \/>\n(12) C&rsquo;est \u00e0 Worosso que se trouvait le camp d&rsquo;El Hadji Koroma. Le camp \u00e9tait limit\u00e9 par des cr\u00e2nes humains hiss\u00e9s sur des pieux comme autour de tous les camps de la guerre tribale de Liberia et de Sierra Leone. Walah\u00e9 (au nom du Tout-Puissant) ! C&rsquo;est la guerre tribale qui veut \u00e7a (p. 223).<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Observations au niveau s\u00e9mantique et syntactique<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Observations au niveau s\u00e9mantique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme annonc\u00e9 au cours des pr\u00e9sentations qu&rsquo;il impose \u00e0 son auditoire, le discours de Birahima est effectivement structur\u00e9 par une isotopie lexicale entre jurons et impr\u00e9cations, avec quelques variantes du point de vue de la signification. Ainsi, pour les emplois \u00e0 signification explicite (dans notre corpus), on note que <em>Gnamokod\u00e9<\/em> employ\u00e9 seul, en ponctuation rythmique et affective d&rsquo;un \u00e9nonc\u00e9, peut vouloir dire soit \u00ab b\u00e2tard \u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (2), soit \u00ab b\u00e2tardise \u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (5). Mais il peut aussi fonctionner en mode redupliqu\u00e9, comme \u00ab b\u00e2tard de b\u00e2tardise ! \u00bb : \u00ab\u00a0[\u2026] les historiens disent que la guerre tribale au Liberia arriva ce soir de No\u00ebl 1989. [&#8230;] Depuis cette date, les ennuis pour Samuel Doe all\u00e8rent crescendo jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. [&#8230;] Nous en parlerons un peu plus tard. Pour le moment, je n&rsquo;ai pas le temps. Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tard de b\u00e2tardise) ! \u00bb (p. 109).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On en trouve d&rsquo;autres emplois ailleurs, aux pages 10, 13, 15, 17, 87, etc., surtout avec une variante de signification, \u00e0 savoir \u00ab putain de ma m\u00e8re \u00bb, qui pr\u00e9cise davantage le registre d&rsquo;expression du morph\u00e8me : \u00e9nonc\u00e9 (8), mais on en trouve \u00e9galement d\u2019autres exemples aux pages 132, 135 et 233. <em>Faforo<\/em>, lui aussi, re\u00e7oit quelques variantes de contenu, cependant toutes constitutives de l&rsquo;isotopie anatomique, notamment sexuelle ou anale. Ainsi il signifie soit \u00ab\u00a0sexe du p\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (3), soit \u00ab\u00a0cul du p\u00e8re\/de mon p\u00e8re\/du papa\u00a0\u00bb, comme dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (7), ou encore \u00ab\u00a0bangala de mon p\u00e8re\/du p\u00e8re\/du papa\u00a0\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 (10). Au niveau morphologique, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment A, en pr\u00e9position, qui marque ici la filiation du sujet d\u00e9locut\u00e9 (\u00e0 ne pas confondre avec la pr\u00e9position fran\u00e7aise <em>\u00e0<\/em>), permet de construire des variantes. Ainsi en va-t-il de <em>A faforo<\/em> (p. 12, 56, 88, 96, 101, 129, 135) et <em>A<\/em> <em>gnamokod\u00e9<\/em> (p. 13).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 <em>Walah\u00e9<\/em> qui n&rsquo;a qu&rsquo;une seule variante, \u00ab au nom du Tout-Puissant \u00bb (p.\u00a0223-232), il n&rsquo;appelle <em>a priori<\/em> aucun commentaire particulier. Par ailleurs, entendu que, par souci de lisibilit\u00e9, le locuteur-narrateur a pris soin de donner \u00e0 chaque morph\u00e8me un sens en fran\u00e7ais, il pouvait d\u00e8s lors s&rsquo;autoriser des emplois non explicitement d\u00e9finis, comme c&rsquo;est le cas pour <em>Faforo<\/em>, \u00e9nonc\u00e9 (6), <em>Gnamokod\u00e9<\/em>, \u00e9nonc\u00e9 (11) et <em>Walah\u00e9<\/em>, \u00e9nonc\u00e9 (9). Que peut-on retenir \u00e0 ce premier niveau d&rsquo;exercice \u00ab\u00a0rapide \u00bb sur le sens ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A ce stade du travail, il ressort que ces interjectifs ont une signification relativement stable, les variantes signal\u00e9es aux uns et aux autres relevant toujours d&rsquo;un m\u00eame champ lexical, sans que, pour autant, cela puisse n\u00e9cessairement corr\u00e9ler une identit\u00e9 absolue entre leurs effets argumentatifs\u00a0; de l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment leur int\u00e9r\u00eat (voir point 3).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Observation au niveau syntactique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ces morph\u00e8mes sont postpos\u00e9s aux \u00e9nonc\u00e9s. Mais ils peuvent \u00e9galement occuper d&rsquo;autres positions, comme l&rsquo;ant\u00e9position et la position enclitique. La question qui se pose alors ici est celle de la Norme ou du \u00ab bon usage \u00bb. En effet, \u00e0 quelles conditions tel ou tel interjectif peut-il ou doit-il \u00eatre pr\u00e9pos\u00e9, mis en incise ou postpos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 linguistique qu&rsquo;il accompagne et dont il modalise le contenu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude, qui a pour objet l\u2019argumentativit\u00e9 des interjectifs, n\u2019a pas instruit cette question. Il serait donc bien imprudent de formuler une r\u00e8gle qui en rende v\u00e9ritablement raison. En revanche, une explication sur ce \u00ab\u00a0vide grammatical\u00a0\u00bb peut \u00eatre esquiss\u00e9e. En effet, ces morph\u00e8mes, on le sait, ressortissent principalement \u00e0 la langue parl\u00e9e. Ils sont donc forc\u00e9ment tributaires de ce registre dont l&rsquo;\u00e9crit peine toujours \u00e0 transposer, \u00e0 rendre ou \u00e0 codifier les ressources, notamment en ce qui concerne la ponctuation. En cette mati\u00e8re, tout a bien souvent partie li\u00e9e avec le d\u00e9bit oratoire des sujets. En l&rsquo;occurrence ici, le locuteur-narrateur et au-del\u00e0, l&rsquo;auteur lui-m\u00eame. Pour ce qui est des diff\u00e9rentes positions \u00e0 proprement parler, en voici quelques exemples. Les deux premiers (13) et (14) se trouvent en position initiale, et les trois suivants (15), (16) et (17) en position enclitique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(13) Faforo (cul de mon p\u00e8re) ! Deux mois apr\u00e8s, alors qu&rsquo;on croyait que tout \u00e9tait acquis, le cessez-le feu, le processus des n\u00e9gociations, Foday refait surface par une d\u00e9claration tonitruante (p. 182).<br \/>\n(14) Walah\u00e9 ! II \u00e9tait midi, exactement midi dix, lorsqu&rsquo;un officier de I&rsquo;ECOMOG se pr\u00e9senta devant le camp de Johnson, devant le sanctuaire de Johnson au port de Monrovia (p. 142).<br \/>\n(15) C&rsquo;\u00e9tait, faforo (le cul de mon p\u00e8re) !, le corps du mari de tantie Mahan (p. 133).<br \/>\n(16) \u00catre un soldat-enfant, Walah\u00e9 !, avait des avantages. On \u00e9tait un privil\u00e9gi\u00e9 (p. 86).<br \/>\n(17) Il y r\u00e9fl\u00e9chit et, quand Foday r\u00e9fl\u00e9chit s\u00e9rieusement, il ne consomme plus ni tabac ni alcool ni femmes, Walah\u00e9 (au nom d&rsquo;Allah) !, il se met au r\u00e9gime sec, il s&rsquo;enferme seul des jours et des jours (p. 178).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Outre ces cas qui illustrent la vari\u00e9t\u00e9 de position des morph\u00e8mes en emploi unique ou solitaire, il n&rsquo;est pas rare de rencontrer des emplois en association dyadique. C\u2019est le cas des \u00e9nonc\u00e9s (18), (19) et (20) suivants :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(18) La moto charg\u00e9e de notre protection circulait devant, n&rsquo;a pas pu stopper net au signal du bout d&rsquo;homme. Les gars qui \u00e9taient sur la moto avaient cru que c&rsquo;\u00e9taient des coupeurs de route. Ils ont tir\u00e9. Et voil\u00e0 le gosse, l&rsquo;enfant-soldat fauch\u00e9, couch\u00e9, mort, compl\u00e8tement mort. Walah\u00e9 ! Faforo (p. 55).<br \/>\n(19) Aujourd&rsquo;hui, ce 25 septembre 199&#8230; J\u2019en ai marre. Marre de raconter ma vie, marre de compiler les dictionnaires, marre de tout. Allez-vous faire foutre. Je me tais, je dis plus rien aujourd&rsquo;hui&#8230; A gnamokod\u00e9 (putain de ma m\u00e8re) ! A faforo (sexe de mon p\u00e8re) (p. 135).<br \/>\n(20) Les chiens se pr\u00e9cipit\u00e8rent sur la charogne, la happ\u00e8rent et se la partag\u00e8rent. Ils en firent un bon repas, un tr\u00e8s d\u00e9licieux d\u00e9jeuner.<br \/>\nFaforo (sexe du p\u00e8re) ! Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) (p. 146).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais on en trouve \u00e9galement sous forme triadique, comme dans les extraits ci-apr\u00e8s\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(21) Voil\u00e0 ce que j&rsquo;avais \u00e0 dire aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;en ai marre; je m&rsquo;arr\u00eate aujourd&rsquo;hui. Walah\u00e9 ! Faforo (sexe du p\u00e8re) ! Gnamokod\u00e9 (b\u00e2tardise) (p. 51).<br \/>\n(22) Quand j&rsquo;ai vu \u00e7a, j&rsquo;ai repris ma musique d&rsquo;enfant pourri : \u00ab Je veux aller \u00e0 Niangbo, je veux devenir un soldat-enfant. Faforo! Walah\u00e9 ! Gnamokod\u00e9 !\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0(p. 61).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les emplois en association dyadique sont au nombre de douze (12) dans l&rsquo;\u0153uvre, les autres cas \u00e9tant aux pages 19, 69, 71, 76, 161, 167, 185, 202 et 233. En ce qui concerne les emplois triadiques, seuls trois (3) cas ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s (voir p. 101 pour le dernier).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour en finir avec les observations sur la statistique, pr\u00e9cisons que notre base de calcul ne prend pas en compte la premi\u00e8re occurrence simultan\u00e9e des morph\u00e8mes o\u00f9 le locuteur-narrateur donne la signification de chaque interjectif (voir p. 10). Elle ne tient pas compte non plus des occurrences combin\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles o\u00f9 deux (ou plus de deux) morph\u00e8mes diff\u00e9rents sont associ\u00e9s dans un m\u00eame \u00e9nonc\u00e9. Sur cette base, et sauf erreur de calcul, le rep\u00e9rage statistique donne les chiffres ci-apr\u00e8s pour chaque morph\u00e8me dans toute l&rsquo;\u0153uvre : vingt cas pour <em>Gnamokod\u00e9<\/em>, un pour <em>A gnamokod\u00e9<\/em>, trente occurrences pour <em>Faforo<\/em>, six pour <em>A faforo<\/em>, et enfin cinquante pour <em>Walah\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Telles sont les principales observations au terme d&rsquo;un premier examen du dispositif interjectif que Birahima a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux \u00e9quivalents fran\u00e7ais. Cela induit quelques questions. Ces morph\u00e8mes peuvent-ils \u00eatre employ\u00e9s indiff\u00e9remment (les uns pour les autres)\u00a0? Peuvent-ils changer de position dans l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9, et \u00e0 quelles conditions s\u00e9mantiques et\/ou syntactiques\u00a0? Les emplois associ\u00e9s (dyadique et triadique) jouent-ils un r\u00f4le particulier et lequel ? Quelle conclusion tirer de leurs occurrences dans l\u2019\u0153uvre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette s\u00e9rie d&rsquo;interrogations nous m\u00e8nent \u00e0 une autre, autrement plus importante encore, celle de la valeur pratique\/pragmatique m\u00eame des morph\u00e8mes. Autrement dit, comment ces interjectifs participent-ils de l&rsquo;argumentation dans l&rsquo;interlocution instaur\u00e9e d&rsquo;office par le locuteur-narrateur ? Est-il possible, dans une perspective dialogique, d&rsquo;inviter \u00e0 une interlocution aux fins exclusives de faire \u00e9talage de ses affects personnels, sans viser en quelque mani\u00e8re, \u00e0 en susciter de similaires chez l&rsquo;auditoire, bien que le r\u00e9sultat de la pr\u00e9tention ne soit pas toujours garanti ?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">De la valeur argumentative des interjectifs<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant la mise au jour de l&rsquo;argumentativit\u00e9 des interjectifs, il importe de rappeler succinctement la probl\u00e9matique \u00e0 controverse autour des affects comme objet d&rsquo;\u00e9tude en mati\u00e8re d&rsquo;argumentation. En effet, l&rsquo;inscription des \u00e9motions dans les th\u00e9ories argumentatives n\u2019a pas toujours fait l&rsquo;unanimit\u00e9 et continue aujourd&rsquo;hui encore d&#8217;emporter l\u2019int\u00e9r\u00eat des linguistes, des analystes de discours et de l\u2019argumentation. Les uns, qui consacrent la pr\u00e9\u00e9minence voire l&rsquo;exclusive du \u00ab\u00a0rationnel\u00a0\u00bb dans l&rsquo;argumentation, les rel\u00e8guent parfois avec m\u00e9pris, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de l&rsquo;art oratoire comme moyen pour l&rsquo;orateur de persuader son auditoire, notamment en raison de leur caract\u00e8re jug\u00e9 dolosif. Les autres au contraire, regardant toujours au m\u00eame but \u00e0 atteindre, consid\u00e8rent les affects comme pertinents, tant que par leur pouvoir, ils peuvent contribuer d&rsquo;une mani\u00e8re efficace \u00e0 atteindre ce but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme du chapitre sur \u00ab\u00a0Le pathos ou le r\u00f4le des \u00e9motions dans l&rsquo;argumentation\u00a0\u00bb, Amossy (2000, p. 163) note cependant une \u00e9volution positive vers la l\u00e9gitimation des \u00e9motions comme constitutives de l&rsquo;art de persuader par la parole. Surtout, pour ce qui nous occupe ici au premier chef, l&rsquo;auteur pr\u00e9cise les cat\u00e9gories et modalit\u00e9s d&rsquo;inscription (dans le discours) des affects auxquels s&rsquo;int\u00e9resse l&rsquo;analyse argumentative :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle \u00e9tudie [&#8230;] les topiques qui provoquent une \u00e9motion chez l&rsquo;allocutaire sans la d\u00e9signer directement. Elle se penche aussi sur l&rsquo;expression de l&rsquo;\u00e9motion dans le discours : l&rsquo;affectivit\u00e9 s&rsquo;inscrit dans la mat\u00e9rialit\u00e9 du texte \u00e0 partir des d\u00e9signations lexicales du sentiment, mais aussi \u00e0 travers les effets de style qui le disent et le communiquent, comme l&rsquo;interjection ou la r\u00e9p\u00e9tition (Amossy, 2000, p. 182).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;interjection est donc bien objet d\u2019\u00e9tude en analyse argumentative, y compris lorsque le r\u00e9sultat de l\u2019op\u00e9ration empathique, savoir la tentative de transfert sur l&rsquo;auditoire, du ressenti du locuteur n&rsquo;est pas toujours garanti. Tel est le cas des interjectifs employ\u00e9s par Birahima dans le corpus propos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. Ils expriment principalement (mais non exclusivement) ses sentiments vis-\u00e0-vis des \u00e9v\u00e9nements dont il rapporte le r\u00e9cit. D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ces morph\u00e8mes peuvent \u00eatre class\u00e9s en deux groupes. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, celui \u00e0 signification stable et unique\u00a0; c\u2019est le cas de <em>Walah\u00e9<\/em> <em>!<\/em> Comme formule de serment, cet interjectif traduit toujours la distance z\u00e9ro entre l&rsquo;\u00e9nonciateur et le contenu assert\u00e9 par son \u00e9nonc\u00e9 qu&rsquo;il revendique sur l&rsquo;honneur comme authentique, ou absolument vrai, sauf cas de d\u00e9rision. \u00c0 ce titre, il peut \u00eatre paraphras\u00e9 en termes performatifs explicites comme \u00ab\u00a0Je jure\u00a0\u00bb suivi (ou pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 selon le cas) d&rsquo;une expansion modalis\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment par la formule performative. Ainsi des \u00e9nonc\u00e9s (1), (4) et (9) pour les emplois non associ\u00e9s. L&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 (9) \u00e0 titre d&rsquo;exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans une des factions ULIMO sous le commandement du colonel Papa le bon, l\u2019enfant-soldat, le capitaine Kid vient de perdre la vie, abattu \u00e0 l\u2019un des nombreux postes de contr\u00f4le. Le colonel Papa le bon, \u00e0 la lucidit\u00e9 compl\u00e8tement ali\u00e9n\u00e9e par une intoxication \u00e9thylique, a d\u00e9sign\u00e9 au hasard, dans l&rsquo;aveuglement de la beuverie, une pauvre femme qu&rsquo;il accuse d&rsquo;avoir \u00ab mang\u00e9 l&rsquo;\u00e2me \u00bb de l&rsquo;enfant-soldat. \u00c9videmment, la coupable tente de r\u00e9futer l\u2019accusation d\u2019homicide. Elle \u00ab tente \u00bb seulement, car chez le colonel Papa le bon, le b\u00e9n\u00e9fice de la pr\u00e9somption d&rsquo;innocence jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la culpabilit\u00e9 du pr\u00e9venu soit mat\u00e9riellement \u00e9tablie n&rsquo;est qu&rsquo;une vue de l&rsquo;esprit, et ses accusations ont valeur de verdict sans appel. Mais tentative ou pas, il ne fait aucun doute que toute r\u00e9futation d&rsquo;accusation est toujours, en quelque mani\u00e8re, pour le mis en cause, une forme de plaidoirie visant \u00e0 se disculper et \u00e0 convaincre de son innocence, autant qu&rsquo;une tentative d&#8217;emporter, <em>in fine<\/em>, l&rsquo;issue du proc\u00e8s : \u00ab Walah\u00e9 ! C&rsquo;est pas moi. J&rsquo;aimais Kid. Il venait manger chez moi \u00bb (p. 68). On le voit bien. L\u2019exclamation ici vaut prestation de serment quant \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e du contenu assert\u00e9 par la suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet interjectif, en tant qu&rsquo;il fonctionne comme un intensif de certification sur l&rsquo;honneur, ne peut modifier pr\u00e9cis\u00e9ment que le contenu en proc\u00e8s d&rsquo;authentification. \u00c0 ce propos, un autre exemple n\u2019est pas de trop : \u00ab Le hasch, il le conservait pour les soldats-enfants, \u00e7a les rendait aussi forts que de vrais soldats. Walah\u00e9 ! \u00bb (p. 81). Dans la mesure o\u00f9 il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une confidence de quelqu&rsquo;un qui a exp\u00e9riment\u00e9 personnellement cette pratique en sa qualit\u00e9 d&rsquo;enfant-soldat, l&rsquo;affirmation rev\u00eat de fait, l&rsquo;autorit\u00e9 de la chose qui s\u2019impose en soi, comme r\u00e9alit\u00e9 tangible de la doxa au sujet de tous les conflits arm\u00e9s utilisant les enfants comme chair \u00e0 canon. Il s&rsquo;en suit que cette confession ne peut \u00eatre que \u00ab vraie \u00bb, au sens o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 traduit une parfaite ad\u00e9quation entre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019un fait et le fait lui-m\u00eame. Et l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (1) en atteste encore, car qui mieux que Birahima lui-m\u00eame, peut rendre t\u00e9moignage des difficult\u00e9s de mobilit\u00e9 de sa propre m\u00e8re marchant \u00ab sur les fesses \u00bb, ou par \u00e0-coups, \u00ab du fait de l&rsquo;ulc\u00e8re qui l&rsquo;avait physiquement diminu\u00e9e \u00bb ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, en (4), seul lui Birahima peut encore tenter de persuader de la puissance de l&rsquo;\u00e9treinte de sa d\u00e9funte m\u00e8re autour de son bras, une \u00e9treinte si forte que pour la rompre au r\u00e9veil, il a fallu l&rsquo;effort conjugu\u00e9 de \u00ab Balla, grand-m\u00e8re et une autre femme. Walah\u00e9 (au nom d&rsquo;Allah) ! C&rsquo;est vrai \u00bb. Mais il y a mieux. En effet, en raison de sa dimension cultuelle li\u00e9e notamment \u00e0 l&rsquo;invocation de Dieu, \u00catre supr\u00eame tout d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9, de probit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9 (du moins, telle est la repr\u00e9sentation que les fid\u00e8les se font de lui d\u2019apr\u00e8s les Saintes \u00e9critures), l&rsquo;interjectif conf\u00e8re <em>a priori<\/em> au discours, par le seul fait de sa citation, tout le poids du sacr\u00e9 qui est cens\u00e9 en faire la preuve des preuves au b\u00e9n\u00e9fice de ce qui est affirm\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa <em>Rh\u00e9torique et argumentation<\/em>, J.-J. Robrieux (2000) passe en revue une s\u00e9rie d&rsquo;arguments poursuivant tous, chacun avec sa sp\u00e9cificit\u00e9, le but que s&rsquo;assigne l&rsquo;orateur en fonction du m\u00e9canisme intrins\u00e8que informant chaque argument. On pourrait y ajouter l&rsquo;argument de la foi qui repose sur l&rsquo;invocation de Dieu et son autorit\u00e9, \u00e0 titre de preuve irr\u00e9futable de la sinc\u00e9rit\u00e9 et de l&rsquo;authenticit\u00e9 de ce que l\u2019on avance au cours d\u2019une interaction verbale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la crainte de Dieu<a class=\"footnote\" title=\"Il va de soi que ceci n\u2019est recevable que pour les communaut\u00e9s humaines qui croient en Dieu\" id=\"return-footnote-129-1\" href=\"#footnote-129-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, certes variable d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une autre \u00e0 travers le monde, n&rsquo;y est pas pour autant moins diffuse. Et les fid\u00e8les en g\u00e9n\u00e9ral, comme dans une sorte de transfert psychologique, croient toujours pouvoir jouer d&rsquo;intimidation sur les autres, et arriver ainsi \u00e0 infl\u00e9chir leur position en faveur de leur propre point de vue, par l&rsquo;invocation de sa Toute-Puissance, la pr\u00e9somption de l&rsquo;assurance de l&rsquo;existence, et donc corr\u00e9lativement, de la crainte de Dieu, \u00e9tant cens\u00e9e copartag\u00e9e au point que son invocation dans l&rsquo;argumentation passe pour \u00eatre la preuve qui s&rsquo;impose en soi. Autrement dit, Dieu omniscient, omnipr\u00e9sent et omnipotent, et donc craint \u00e0 ce titre, ne peut \u00eatre cit\u00e9 \u00e0 la rescousse dans une situation de solennit\u00e9 ou de gravit\u00e9, que comme preuve absolue de sinc\u00e9rit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9. Quel sacril\u00e8ge t\u00e9m\u00e9raire serait-ce en effet que le contraire se produis\u00eet ! L&rsquo;argument de la foi s&rsquo;enracine donc dans un pr\u00e9suppos\u00e9 psychologique \u00e0 la fois transubjectif et transindividuel, d&rsquo;o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment toute sa valeur quasi consensuelle et universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On per\u00e7oit l\u00e0, sans doute, les risques de manipulation de l&rsquo;auditoire par l&rsquo;orateur sollicitant un substrat psychologique cens\u00e9 \u00eatre partag\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle universelle, mais dont la disparit\u00e9 dans l&rsquo;interpr\u00e9tation peut paradoxalement \u00eatre un t\u00e9moignage \u00e0 charge, tant la formule par abus de citation, y compris par des personnes dont la vie n&rsquo;est pas toujours d&rsquo;une exemplarit\u00e9 recommandable, a \u00e9t\u00e9, pour ainsi dire, d\u00e9sacralis\u00e9e. En tout cas, quelle que soit sa position dans l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 (ant\u00e9position, enclitique ou postposition), le morph\u00e8me interjectif (Ducrot, 1980) <em>Walah\u00e9 !, <\/em>gr\u00e2ce \u00e0 sa valeur de serment, assume une fonction d&rsquo;intensif de certification de l&rsquo;unit\u00e9 linguistique qu&rsquo;il accompagne. Par ailleurs, il est cens\u00e9 cr\u00e9dibiliser concomitamment le contenu du message d\u00e9livr\u00e9 sous son autorit\u00e9 sacr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais au-del\u00e0 de la technique discursive d&rsquo;authentification par invocation de l&rsquo;autorit\u00e9 de Dieu, c&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;ensemble du proc\u00e8s assertif lui-m\u00eame qui a, \u00e0 terme, une valeur perlocutoire dans l&rsquo;interlocution. L&rsquo;assertion n&rsquo;est donc jamais vraiment gratuite en discours. Kerbrat-Orecchioni observe dans ce sens que \u00ab\u00a0dans une perspective interactionniste, l&rsquo;assertion consiste (donc) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">1. \u00e0 faire savoir au destinataire que l&rsquo;on estime vrai l&rsquo;\u00e9tat de choses correspondant au contenu propositionnel,<br \/>\n2. en pr\u00e9tendant faire partager cette opinion par le destinataire (et \u00e0 modifier du m\u00eame coup son \u00ab\u00a0bagage cognitif\u00a0\u00bb),<br \/>\n3. et si la situation communicative le permet, de mani\u00e8re \u00e0 obtenir de ce destinataire une prise de position explicite, et de pr\u00e9f\u00e9rence positive, sur le contenu assert\u00e9 (2001, p. 59).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, ce r\u00f4le de modalisateur est aussi tenu par les autres morph\u00e8mes interjectifs qui constituent le deuxi\u00e8me groupe dans le classement que nous annoncions. Ce sont <em>Faforo\u00a0!<\/em> et <em>Gnamokod\u00e9 !<\/em> deux modalisateurs \u00e0 significations variables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, <em>Faforo !<\/em> qui, selon Birahima, veut dire \u00ab sexe du p\u00e8re\/de mon p\u00e8re\/cul de mon papa \u00bb (p. 10), peut traduire une exasp\u00e9ration ou, pour rester dans le registre d&rsquo;expression, un ras-le-bol, lorsqu&rsquo;il exprime une mise en cong\u00e9 forc\u00e9, ou une \u00e9conduite sans m\u00e9nagement. C&rsquo;est notamment le cas quand le narrateur semble ressentir comme une surd\u00e9termination de l&rsquo;ext\u00e9rieur, toujours corrosive de son libre arbitre en tant que d\u00e9miurge. Dans un tel contexte, il signifie alors \u00ab Allez-vous faire foutre ! \u00bb ; \u00ab Allez au diable ! \u00bb, ou \u00ab Foutez-moi la paix ! \u00bb. Telle est l&rsquo;interpr\u00e9tation qui s\u2019impose \u00e0 travers l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (3) : \u00ab Peut-\u00eatre je vous parlerai plus tard de la mort de ma maman. Mais ce n&rsquo;est pas oblig\u00e9 ou indispensable d&rsquo;en parler quand je n&rsquo;ai pas envie. Faforo (sexe du p\u00e8re) ! \u00bb. Cette signification en contexte peut \u00eatre partag\u00e9e avec <em>Gnamokod\u00e9 !<\/em> comme dans l\u2019extrait suivant : \u00ab Les enfants-soldats qui \u00e9taient morts n&rsquo;\u00e9taient pas des copains. Je les connaissais pas, c&rsquo;est pourquoi je ne fais pas leur oraison fun\u00e8bre. Et je ne suis pas oblig\u00e9. Gnamokod\u00e9 !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A priori<\/em>, ce parti pris de discrimination informationnelle, de la part de Birahima, en fonction de la qualit\u00e9 des liens entre lui et un personnage tiers dans son adresse \u00e0 l&rsquo;auditoire, appara\u00eet dans la perspective conversationniste comme une violation de la maxime de quantit\u00e9 au sens de Grice. Cette maxime repose en effet sur la r\u00e8gle d&rsquo;exhaustivit\u00e9 dont le respect incombe principalement \u00e0 l&rsquo;adress\u00e9 en situation d&rsquo;interrogation, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;\u00e9valuation en est faite \u00e0 partir d&rsquo;une \u00ab\u00a0intervention r\u00e9active\u00a0\u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 2001, p. 94).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, au cours de l&rsquo;interlocution, cet imp\u00e9ratif p\u00e8se sur les interactants en raison notamment de la r\u00e9ciprocit\u00e9 du statut discursif locuteur\/allocutaire, si bien que l&rsquo;un et l&rsquo;autre seraient passibles de poursuite pour r\u00e9tention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;informations susceptibles d&rsquo;\u00e9largir le champ cognitif de l&rsquo;auditoire. Ainsi, en soumettant la d\u00e9dicace d&rsquo;une oraison fun\u00e8bre des victimes de la guerre \u00e0 une clause affective intimiste, Birahima d\u00e9cide de priver son auditoire de bien des informations lors de cette interlocution qu&rsquo;il a lui-m\u00eame initi\u00e9e et instaur\u00e9e avec cet auditoire. Toutefois, dans la mesure o\u00f9, en sa qualit\u00e9 de d\u00e9miurge, il d\u00e9finit les r\u00e8gles des \u00e9changes, s&rsquo;autorisant ainsi \u00e0 faire subir \u00e0 l&rsquo;auditoire une tyrannie discursive en rupture avec certaines r\u00e8gles de la conversation, du fait pr\u00e9cis\u00e9ment du caract\u00e8re unilat\u00e9ral de la d\u00e9cision sur ce qui doit \u00eatre port\u00e9 ou non \u00e0 la connaissance de l&rsquo;auditoire, le proc\u00e8s pour \u00ab\u00a0d\u00e9lit\u00a0\u00bb de d\u00e9ficit d&rsquo;informations semble, sur la forme, sans objet, et ill\u00e9gitime quant au fond, donc perdu d&rsquo;avance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bref, au niveau de l&rsquo;interpr\u00e9tation,\u00a0<em>Faforo<\/em> et <em>Gnamokod\u00e9<\/em> peuvent encore se rejoindre, notamment dans l&rsquo;expression d&rsquo;un acquiescement dubitatif, et surtout railleur et d\u00e9daigneux. Tous deux sont traduisibles soit par \u00ab N&rsquo;importe quoi ! \u00bb ou\u00a0 \u00ab Foutaise ! \u00bb,\u00a0 soit par \u00ab Mon \u0153il ! \u00bb, ou\u00a0 encore \u00ab Quelle sottise ! \u00bb. Rappel d&rsquo;un exemple : malgr\u00e9 son armure de sortil\u00e8ges, le colonel Papa le bon a succomb\u00e9 \u00e0 la mitraillette \u00e0 bout portant de Kid, enfant-soldat capitaine. Devant l&rsquo;\u00e9tonnement inquiet des inconditionnels du pouvoir d&rsquo;invuln\u00e9rabilit\u00e9 suppos\u00e9 des f\u00e9tiches, Yacouba, l&rsquo;expert grigriman de service a tent\u00e9 de justifier ce camouflet. L&rsquo;extrait suivant traduit le jugement de Birahima sur l&rsquo;explication du grigriman : \u00ab\u00a0Yacouba a expliqu\u00e9 : le colonel avait transgress\u00e9 des interdits attach\u00e9s aux f\u00e9tiches [&#8230;]. Le sacrifice de deux b\u0153ufs aurait emp\u00each\u00e9 la circonstance. Faforo ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un autre int\u00e9r\u00eat, syntactique celui-l\u00e0, de l&#8217;emploi de ces formules r\u00e9side dans leur capacit\u00e9 \u00e0 th\u00e9matiser tout ou partie de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9, ce qui leur conf\u00e8re une valeur moralisatrice. Ainsi, dans l\u2019extrait ci-apr\u00e8s, Faforo, par son contenu notionnel, a une incidence sur le substantif casernement : \u00ab\u00a0Le casernement des enfants-soldats, faforo\u00a0! On se couchait \u00e0 m\u00eame le sol sur des nattes. Et on mangeait n&rsquo;importe quoi et partout\u00a0\u00bb. Comme on peut le voir, la postposition de l&rsquo;interjectif au substantif, apr\u00e8s cette courte pause synd\u00e9tique, lui conf\u00e8re cette expressivit\u00e9 affective axiologique, lieu de d\u00e9nonciation d&rsquo;un abus de langage, le casernement r\u00e9serv\u00e9 aux enfants-soldats ne r\u00e9pondant pas, <em>a priori<\/em>, aux standards d&rsquo;un v\u00e9ritable casernement dans l&rsquo;institution et la fonction militaire. Il s\u2019agit donc l\u00e0 d\u2019une description \u00e0 fonction quasi p\u00e9nale, puisqu\u2019elle prend, corr\u00e9lativement, le caract\u00e8re d\u2019un r\u00e9quisitoire contre les conditions de vie difficiles des pensionnaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 (2) au contraire, l&rsquo;incidence modalisatrice de <em>Gnamokod\u00e9<\/em>, qui ponctue l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 en phase terminale, affecte l&rsquo;interpr\u00e9tation globale, puisqu&rsquo;elle porte, non pas tant sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de la mort, que sur son in\u00e9luctabilit\u00e9, toujours avec cette note de raillerie insidieuse, notamment au sujet de la croyance r\u00e9pandue en la pratique des \u00ab mangeurs \u00bb d&rsquo;\u00e2mes. En effet, selon cette croyance, \u00ab Quand on a mang\u00e9 ton \u00e2me, tu ne peux plus vivre, tu meurs par maladie, par accident. Par n&rsquo;importe quelle malemort \u00bb. Et le narrateur de s&rsquo;exclamer \u00ab gnamokod\u00e9 ! \u00bb. Le morph\u00e8me peut aussi servir \u00e0 exprimer une r\u00e9pugnance ou une aversion m\u00eal\u00e9e de bl\u00e2me voire de condamnation. C&rsquo;est le cas de cet autre extrait, avec cette suspicion l\u00e9gitime d&rsquo;anthropophagie au cours du rite initiatique du jeune lycaon :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;initiation du petit lycaon se fait dans un bois. Il porte des jupes en raphia, \u00e7a chante, danse et \u00e7a coupe fort les mains et les bras des citoyens sierra-l\u00e9onais. \u00c7a consomme apr\u00e8s une boule de viande, une boule de viande qui est s\u00fbrement de la chair humaine. Cette boule sert de d\u00e9licat et d\u00e9licieux repas de fin de f\u00eate aux initi\u00e9s. Gnamokod\u00e9 (putain de ma m\u00e8re) (p. 189).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais le contexte ne suffit pas toujours \u00e0 donner une signification pr\u00e9cise. \u00c0 preuve, dans l\u2019extrait suivant, on peut h\u00e9siter entre une compassion autocentr\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9nonciateur, et une r\u00e9signation totale, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse simplement d&rsquo;une d\u00e9sinvolture d\u00e9daigneuse, ou d&rsquo;une moquerie dubitative par rapport \u00e0 la causalit\u00e9 simpliste d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 r\u00e8gnent toutes les formes de l&rsquo;irrationnel et la superstition en particulier : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai bless\u00e9 maman, elle est morte avec la blessure au c\u0153ur. Donc je suis maudit, je tra\u00eene la mal\u00e9diction partout o\u00f9 je vais. Gnamokod\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb. Cette observation au sujet des situations d&rsquo;incertitude dans le proc\u00e8s d\u2019assignation de sens vaut aussi pour Faforo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour soutenir l&rsquo;effort de guerre, Prince Johnson a grand besoin de ressources financi\u00e8res. Son stratag\u00e8me : organiser le rapt, la s\u00e9questration, la mutilation et m\u00eame le meurtre de certains employ\u00e9s, cadres expatri\u00e9s ou autochtones de la compagnie am\u00e9ricaine de caoutchouc, afin de contraindre le pr\u00e9sident de ladite compagnie \u00e0 accepter l&rsquo;offre d&rsquo;un contrat de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;ensemble de son personnel. Apr\u00e8s plusieurs enl\u00e8vements, le pr\u00e9sident a fini par d\u00e9coder le message et accepter d&rsquo;ouvrir des n\u00e9gociations pour leur futur partenariat, d&rsquo;autant que deux de ses collaborateurs se trouvaient encore entre les mains de leurs bourreaux. L&rsquo;extrait \u00e0 venir d\u00e9crit l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit du ma\u00eetre ravisseur au terme des n\u00e9gociations\u00a0: \u00ab\u00a0Johnson avec de grands \u00e9clats de rire les frappa sur les \u00e9paules. Puis les blancs sortirent du camp \u00e0 cinq, trois plus deux. Il y avait les cinq t\u00eates sur les dix \u00e9paules. Faforo !\u00a0\u00bb Quelle interpr\u00e9tation donner ? Bl\u00e2me ? Impuissance ? Admiration contrainte devant l&rsquo;efficacit\u00e9 du cynique stratag\u00e8me, ou tout cela \u00e0 la fois ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, ces cas o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9sitation et l&rsquo;incertitude sont permises sont rares, et le morph\u00e8me <em>Faforo<\/em>, on l&rsquo;a vu, peut exprimer divers sentiments et jugements. Par exemple, il peut \u00eatre porteur de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un grand g\u00e2chis et d&rsquo;une profonde indignation \u00e0 travers la r\u00e9p\u00e9tition du verbe tirer. Celui-ci d\u00e9crit l&rsquo;activit\u00e9 favorite des enfants-soldats. C\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019hommage \u00e0 la m\u00e9moire du capitaine Kid par ses fr\u00e8res d&rsquo;armes, le jour de son inhumation : \u00ab\u00a0Et puis les enfant-soldats se sont align\u00e9s et ils ont tir\u00e9 avec les kalach. Ils ne savent faire que \u00e7a. Tirer, tirer. Faforo !\u00a0\u00bb. Encore un exemple (hors corpus) des significations de contexte avec walah\u00e9 avant de terminer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e9\u00e2tre des guerres ethniques constitue un terreau fertile o\u00f9 prosp\u00e8rent bien \u00e9videmment les \u00ab\u00a0fauteurs de guerre\u00a0\u00bb. Mais la guerre profite \u00e9galement \u00e0 certains rebuts sociaux, d\u00e9brouillards inv\u00e9t\u00e9r\u00e9s qui ont r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper une formidable capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation aux plus grands p\u00e9rils, si bien qu&rsquo;ils hantent tous les lieux de conflits. S\u2019y ajoutent les enfants-soldats, autre cat\u00e9gorie de\u00a0\u00ab\u00a0privil\u00e9gi\u00e9s\u00a0\u00bb tirant l&rsquo;essentiel de leurs subsides de leur statut. Yacouba et Birahima en font partie\u00a0; l&rsquo;un comme grigriman, l&rsquo;autre en qualit\u00e9 d&rsquo;enfant-soldat. Ils viennent de se voir offrir l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;exercer ce qu&rsquo;ils savent le mieux faire, apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;inactivit\u00e9. R\u00e9action :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s, nous avons pris du service aussit\u00f4t. Yacouba, le bandit boiteux sauta sur une jambe et cria Walah\u00e9 ! Allah \u00e9tait pour nous. Nous pouvions reprendre du service. Yacouba fut install\u00e9 comme grigriman et moi je rejoignis les enfants-soldats (p. 213).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un tel contexte, la valeur du morph\u00e8me va bien au-del\u00e0 de son r\u00f4le premier de certification d&rsquo;une information sur la foi suppos\u00e9e en Dieu, pour exprimer un immense bonheur m\u00eal\u00e9 d&rsquo;une infinie gratitude, autant que d&rsquo;un profond soulagement, tous trois traduisibles, <em>a minima<\/em>, par cette autre exclamation \u00ab\u00a0Dieu soit lou\u00e9 !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il ressort que la signification originelle de chaque interjectif en d\u00e9finit les conditions d&#8217;emploi dans le discours, si bien que, l\u00e0 o\u00f9 par exemple, une certification \u00e0 valeur de serment sur la foi en Dieu sied, l&rsquo;expression du ras-le-bol ne saurait \u00e9videmment convenir. Quant aux positions de ces morph\u00e8mes, les extraits propos\u00e9s ont bien montr\u00e9 leur variabilit\u00e9, celle-ci semblant n&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 aucune r\u00e8gle grammaticale, si ce n&rsquo;est celle des effets de style. C&rsquo;est \u00e9galement sous cet angle discursif que doivent \u00eatre rang\u00e9s les emplois associ\u00e9s, v\u00e9ritables lieux de \u00ab\u00a0cocktail \u00e9motionnel \u00bb, sentiments et ressentiments s&rsquo;y trouvant \u00e0 la fois m\u00eal\u00e9s sans qu&rsquo;aucun ne prenne le pas sur les autres. En revanche, au niveau statistique, la disparit\u00e9 num\u00e9rique dans les occurrences avec cinquante cas pour Walah\u00e9 est r\u00e9v\u00e9latrice du rapport de l&rsquo;orateur au contenu de son propre discours. Et c&rsquo;est ici que ces interjectifs modalisateurs assurent au discours et \u00e0 travers lui, leur argumentativit\u00e9, entendu que l&rsquo;interlocution est toujours une invitation au partage ; ou mieux, un exercice de partage, un d\u00e9sir d&rsquo;inter-influence des partenaires \u00e0 la communication, une tentative d&rsquo;\u00ab ali\u00e9nation \u00bb mutuelle en toute bonne ou mauvaise foi. Que cette invitation au partage se solde parfois par un \u00e9chec, cela est \u00e9tabli. En tout cas, en ce qui concerne Birahima, l\u2019\u00e9tude a montr\u00e9 que la convocation des morph\u00e8mes interjectifs africains n&rsquo;ob\u00e9issait pas \u00e0 un simple besoin d&rsquo;originalit\u00e9 du dire, mais \u00e9galement, et au-del\u00e0, \u00e0 travers cette interlocution propre au contage qui suppose communion avec l&rsquo;auditoire, \u00e0 la fois \u00e0 un d\u00e9sir et \u00e0 un souci d&#8217;emporter l&rsquo;adh\u00e9sion de l&rsquo;auditoire par rapport \u00e0 ses propres points de vue ; ses jugements et jugements de valeur ; ses \u00e9motions. Autrement dit, l&rsquo;expos\u00e9 d&rsquo;\u00e9motions de l&rsquo;orateur sans autre finalit\u00e9 qu&rsquo;un pur \u00e9panchement est assur\u00e9ment trop gratuit pour \u00eatre envisageable dans le cadre d&rsquo;une interaction verbale ayant solennellement affich\u00e9 ses pr\u00e9tentions dialogiques d\u00e8s l&rsquo;\u00e9tape phatique. En livrant ses \u00e9motions \u00e0 l&rsquo;auditoire, Birahima a mis un point d&rsquo;honneur \u00e0 en expliquer les circonstances, si bien qu&rsquo;on aboutit de fait, \u00e0 un proc\u00e8s de l\u00e9gitimation, tant au niveau de l&rsquo;orateur lui-m\u00eame, qu&rsquo;\u00e0 celui de l&rsquo;auditoire invit\u00e9 implicitement \u00e0 en faire siennes.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Bibliographie<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy Ruth. 2000. <em>L&rsquo;argumentation dans le discours<\/em>. Paris : Nathan\/HER.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot Oswald. 1980. <em>Les mots du discours<\/em>. Paris : Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni Catherine. 1990. <em>Les interactions verbales<\/em>, Tome 1. Paris : Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni Catherine. 1996. <em>La conversation<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni Catherine. 2001. <em>Les actes de langage dans le discours<\/em>. Paris : Nathan\/VUEF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Martin Robert. 2002. <em>Comprendre la linguistique<\/em>. Paris : Quadrige\/PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Robrieux Jean-Jacques. 2000. <em>Rh\u00e9torique et argumentation<\/em>. Paris : Nathan\/HER.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/djedje-hilaire-bohui\">Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire BOHUI<\/a><\/strong><br \/>Africain d\u2019origine ivoirienne ayant pour langue maternelle le bh\u00e9t\u00e9, langue de l\u2019aire linguistique Krou parl\u00e9e dans le centre-ouest de la C\u00f4te d\u2019Ivoire par les Bh\u00e9t\u00e9s. Ceux-ci font partie du tierc\u00e9 des composantes sociologiques les plus importantes du pays, d\u2019un point de vue d\u00e9mographique. Enseignant-chercheur, professeur des universit\u00e9s \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny Abidjan Cocody (C\u00f4te d\u2019Ivoire), \u00c9cole Doctorale Soci\u00e9t\u00e9, Communication, Arts, Lettres et Langues (ED SCALL), \u00c9quipe de Recherche : Communication, Politique et Soci\u00e9t\u00e9 (ER CPS).<\/p>\n<p>Courriel : hilairbohui@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-129-1\">Il va de soi que ceci n\u2019est recevable que pour les communaut\u00e9s humaines qui croient en Dieu <a href=\"#return-footnote-129-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":51,"menu_order":9,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"De l\u2019argumentativit\u00e9 des interjectifs dans Allah n\u2019est pas oblig\u00e9 de Ahmadou Kourouma","pb_subtitle":"","pb_authors":["djedje-hilaire-bohui"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[139],"license":[],"class_list":["post-129","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-argumentation","motscles-argumentativite","motscles-auditoire","motscles-champ-lexical","motscles-interaction-verbale","motscles-interjectif","keywords-argument","keywords-argumentativeness","keywords-audience","keywords-interjectional-items","keywords-lexical-firld","keywords-verbal-interaction","motscles-autre-weli-na-meseselias","motscles-autre-weli-na-meseseli","motscles-autre-yukwlipaa","motscles-autre-zizi","motscles-autre-zssle-nun","contributor-djedje-hilaire-bohui"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"version-history":[{"count":69,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":633,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129\/revisions\/633"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=129"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=129"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}