{"id":1391,"date":"2024-09-24T17:33:54","date_gmt":"2024-09-24T15:33:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=1391"},"modified":"2025-08-05T22:09:33","modified_gmt":"2025-08-05T20:09:33","slug":"bohui2024b","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/bohui2024b\/","title":{"rendered":"Notes sur les avertisseurs communicationnels africains"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les interactions verbales sont le cadre de r\u00e9gulation et de circulation des valeurs des individus qui co-construisent le sens, et au-del\u00e0, celui des syst\u00e8mes \u00e9pist\u00e9miques des peuples. Si le sens est en g\u00e9n\u00e9ral instantan\u00e9ment saisi, notamment lors des \u00e9changes entre membres de la famille, ami\u00b7es, coll\u00e8gues, ou m\u00eame de personnes \u00e9trang\u00e8res les unes aux autres mais parlant la m\u00eame langue, il arrive cependant que dans certaines circonstances le sens \u00ab se d\u00e9robe \u00bb. Il en va souvent ainsi quand, sous l\u2019emprise du substrat culturel, le discours se rev\u00eat d\u2019images ou emprunte la voie des tropes, qui \u00e9chappent au contr\u00f4le \u00e9pilinguistique de certain\u00b7es participant\u00b7es. La pr\u00e9sente contribution part du constat selon lequel les avertisseurs communicationnels africains (ACA) qui proc\u00e8dent du langage g\u00e9n\u00e9ralement imag\u00e9, mobilisent le substrat culturel du terroir. Et, par ce que\/parce que les ACA t\u00e9moignent de l\u2019\u00ab emprunte \u00bb de la cosmogonie des peuples et que ceux-ci la configurent en retour, l\u2019\u00e9tude postule que tout processus interpr\u00e9tatif qui, prenant pour objet les ACA, n\u00e9glige et <em>a fortiori<\/em> ignore la donne culturelle, ne peut aboutir qu\u2019\u00e0 des r\u00e9sultats mitig\u00e9s. Or, tel est le sort de l\u2019analyse de discours (prise au sens large avec ses diff\u00e9rentes variantes ou restreint en tant que courant autot\u00e9lique) lorsqu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 interpr\u00e9ter le sens des ACA. En effet, malgr\u00e9 son efficacit\u00e9 prouv\u00e9e, l\u2019analyse de discours se montre bien souvent inop\u00e9rante du fait de ses limites intrins\u00e8ques d\u00e9pendantes de son contexte culturel d\u2019\u00e9mergence (l\u2019Europe pour la pr\u00e9sente \u00e9tude). De l\u00e0, vient l\u2019exigence de la comp\u00e9tence culturelle endog\u00e8ne comme variable d\u00e9terminante de la r\u00e9ussite de l\u2019op\u00e9ration d\u2019assignation de sens d\u2019une part et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche inclusive d\u2019autre part. Sous ce rapport, l\u2019\u00e9tude vise un double objectif : pr\u00e9senter les ACA et montrer comment la culture se fait vectrice de sens \u00e0 travers eux. Pour ce faire, elle a choisi de se focaliser sur trois points cl\u00e9s \u00e0 savoir, d\u2019abord l\u2019\u00e9lucidation conceptuelle des ACA; ensuite la justification de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un \u00ab r\u00e9ajustement \u00bb de l\u2019analyse de discours pour les besoins d\u2019efficacit\u00e9 op\u00e9ratoire; enfin l\u2019esquisse d\u2019un protocole d\u2019analyse de l\u2019approche endog\u00e8ne en question.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: left\">\u00c9lucidation conceptuelle<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je pose que le substrat culturel et d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la cosmogonie exerce une pression sur la mani\u00e8re de dire. Si tout ne peut s\u2019y r\u00e9duire \u2013 car il existe des cas d\u2019avertisseurs qui n\u2019ont pas un ancrage cosmogonique d\u00e9terminant, voire qui n\u2019en ont pas du tout - elle constitue cependant un aspect crucial des ACA. C\u2019est pourquoi, il me para\u00eet fondamental d\u2019insister sur cet aspect de l\u2019\u00e9tude, surtout parce que cela pr\u00e9sente l\u2019avantage de pouvoir aider \u00e0 la bonne compr\u00e9hension de la d\u00e9finition qui sera donn\u00e9e par la suite. Pour ce faire, je propose d\u2019abord un cas d\u2019avertisseur communicationnel dans une interaction verbale r\u00e9elle. C\u2019est le but de la mise en contexte. J\u2019en renforce ensuite la port\u00e9e du contenu par deux \u00e9l\u00e9ments : d\u2019une part une tirade de Birago Diop sur la vision unitaire que d\u00e9veloppe l\u2019Africain\u00b7e au sujet de la nature; d\u2019autre part un deuxi\u00e8me cas d\u2019avertisseur communicationnel li\u00e9 aux civilit\u00e9s d\u2019hospitalit\u00e9 en contexte ivoirien.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Mise en contexte<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le 22 juin 2023, des coll\u00e8gues et moi-m\u00eame, nous sommes rendus au domicile d\u2019un des n\u00f4tres conform\u00e9ment \u00e0 une tradition de civilit\u00e9s entre pairs. En effet, quelques mois plus t\u00f4t, notre h\u00f4te et sa femme avaient eu un b\u00e9b\u00e9. Il s\u2019agissait donc, pour les autres membres de la famille professionnelle, de les f\u00e9liciter. Dans de telles occasions, bien souvent, un brin de solennit\u00e9 s'associe \u00e0 la cordialit\u00e9 la plus engageante dans l\u2019acquittement du rituel des civilit\u00e9s. Ce rituel consiste, pour les h\u00f4tes, \u00e0 \u00ab demander les nouvelles \u00bb aux visiteur\u00b7euses, c\u2019est-\u00e0-dire, conna\u00eetre les raisons de leur pr\u00e9sence, puis d\u2019en donner des leurs. Apr\u00e8s ce rituel suivi d\u2019\u00e9changes conviviaux durant une demi-heure environ, le porte-parole de la d\u00e9l\u00e9gation reprit la parole et, mi-sentencieux mi-d\u00e9contract\u00e9, d\u00e9clara, s\u2019adressant au couple h\u00f4te : <em>\u00ab\u00a0<\/em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court \u00bb. Entendant ses propos, certains membres de la d\u00e9l\u00e9gation chahut\u00e8rent gaiement le coll\u00e8gue pour sa \u00ab traditionnite \u00bb, n\u00e9ologisme cr\u00e9\u00e9 s\u00e9ance tenante pour exprimer l\u2019id\u00e9e d\u2019une forme d\u2019addiction de la part du porte-parole \u00e0 la gestion des relations sociales par la m\u00e9diation des traditions. Le fait est que la vis\u00e9e communicative (voir <em>infra)<\/em> de l\u2019expression du coll\u00e8gue porte-parole ne fut pas forc\u00e9ment saisie instantan\u00e9ment par tous. J\u2019\u00e9tais de ceux qui ne pouvaient pr\u00e9tendre l\u2019avoir comprise. Je me la fis donc traduire, discr\u00e8tement, par le porte-parole, qui \u00e9tait mon voisin imm\u00e9diat : il n\u00e9gociait l\u00e0, me confia-t-il, une voie pour permettre aux visiteurs que nous \u00e9tions, de prendre cong\u00e9 de leurs h\u00f4tes. En effet, \u00e9noncer que le jour est aussi long qu\u2019il est court, c\u2019est laisser entendre, en pays Agni[footnote]Peuple de l\u2019Est de la C\u00f4te d\u2019Ivoire.[\/footnote], que l\u2019on a des contraintes et des occupations qui attendent, et qu\u2019il est temps d\u2019aller y vaquer. C\u2019est donc une formule de politesse adress\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4te, sous forme de demande, par son visiteur afin qu\u2019il lui \u00ab permette \u00bb de se retirer. \u00c0 ce propos, je dois faire remarquer qu\u2019en C\u00f4te d\u2019Ivoire, une formule s\u2019est fix\u00e9e comme un trait de culture national dans l\u2019acquittement des usages de civilit\u00e9s lorsqu\u2019il s\u2019agit de prendre cong\u00e9 de quelqu\u2019un. Cette formule, c\u2019est \u00ab demander la route \u00bb, ou \u00ab demander une partie de la route \u00bb. Le visiteur \u00ab demande la route \u00bb \u00e0 son h\u00f4te pour s\u2019en aller. Le porte-parole de la d\u00e9l\u00e9gation aurait donc tr\u00e8s bien pu recourir \u00e0 cette formule \u00ab\u00a0nationale \u00bb. Il ne l\u2019a pas fait, lui pr\u00e9f\u00e9rant une autre, plus marqu\u00e9e d\u2019un point de vue culturel. Et, bien s\u00fbr, cela fait plus sens \u00e0 cause de la charge culturelle du terroir. Les faits de discours tels que <em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court <\/em>font partie des \u00ab\u00a0avertisseurs communicationnels africains<em>\u00a0\u00bb <\/em>au c\u0153ur de la pr\u00e9sente contribution.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019aspect par\u00e9mique de <em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court<\/em> semble peu sujet \u00e0 caution. Sous cette caract\u00e9ristique d\u2019affiliation aux expressions par\u00e9miques, ce tour de phrase rejoint l\u2019\u00e9nonc\u00e9 originel \u00e0 partir duquel les lin\u00e9aments de la th\u00e9orie des ACA ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s, \u00e0 savoir <em>Si au petit matin il entend des coqs chanter, c\u2019est moi qui le remercie <\/em>(Bohui, 2002). Cette \u00e9tude ant\u00e9rieure explique un aspect de la cosmogonie africaine \u00e0 propos sp\u00e9cifiquement des humains et des animaux unis par une parent\u00e8le. Et c\u2019est au nom de ce lien de famille que la r\u00e8gle d\u2019assistance mutuelle et le devoir de solidarit\u00e9 entre ses membres peut \u00eatre activ\u00e9e. C\u2019est pourquoi les coqs jouent le r\u00f4le d\u2019\u00e9missaires des hommes et femmes aupr\u00e8s de leurs semblables au cours d\u2019un \u00e9change communicatif entre humains, pour transmettre \u00e0 l\u2019un\u00b7e des participant\u00b7es \u00e0 travers leurs chants au lever du jour, les remerciements et la gratitude \u00e9mue de l\u2019autre. Birago Diop (1960, p. 64) magnifie ce rapport \u00e9cosyst\u00e9mique de l\u2019Africain\u00b7e au monde, rapport sur lequel s\u2019est construite et fonctionne toute sa bio\u00e9thique interactionnelle :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\u00c9coute dans le Vent\r\nLe Buisson en sanglots :\r\nC\u2019est le Souffle des anc\u00eatres.\r\nCeux qui sont morts ne sont jamais partis :\r\nIls sont dans l\u2019Ombre qui s\u2019\u00e9claire\r\nEt dans l\u2019ombre qui s\u2019\u00e9paissit.\r\nLes Morts ne sont pas sous la Terre :\r\nIls sont dans l\u2019Arbre qui fr\u00e9mit,\r\nIls sont dans le Bois qui g\u00e9mit,\r\nIls sont dans l\u2019Eau qui coule,\r\nIls sont dans l\u2019Eau qui dort.<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces vers d\u00e9voilent l\u2019aspect mystico-religieux de la cosmogonie africaine. Mais celle-ci est \u00e9galement la\u00efque ou profane, ne consacrant alors, dans le cas qui nous occupe, qu\u2019une certaine repr\u00e9sentation gratifiante de la femme. Je prendrai un exemple chez les Bh\u00e9t\u00e9[footnote]Peuple de l\u2019ouest de la C\u00f4te d\u2019Ivoire[\/footnote]. Le contexte est celui d\u2019un cadre d\u2019hospitalit\u00e9 o\u00f9 les h\u00f4tes sacrifient au rite des civilit\u00e9s. \u00c0 ce propos, il convient d\u2019abord de faire deux remarques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Premi\u00e8rement, il faut noter qu\u2019au plan matrimonial, l\u2019Afrique traditionnelle, qui a de loin la plus forte concentration d\u00e9mographique, est encore une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence virilocale o\u00f9 domine la polygamie. \u00c0 la premi\u00e8re femme dans le m\u00e9nage (<em>sou\u00e9honon\/sou\u00e9wron<\/em>)[footnote]Le terme \u00ab sou\u00e9honnon \u00bb, ou \u00ab sou\u00e9wron \u00bb de la langue bh\u00e9t\u00e9 de Gagnoa, est compos\u00e9 de <em>sou\u00e9<\/em> qui veut dire domicile, maison ou chez soi, et <em>honon<\/em>\/<em>wron<\/em> qui signifie femme. <em>Sou\u00e9honon<\/em>\/<em>sou\u00e9wron,<\/em> c\u2019est donc, au sens litt\u00e9ral, la femme de la maison, avec l\u2019id\u00e9e de premi\u00e8re femme et, \u00e0 ce titre, quasiment la propri\u00e9taire du domicile.[\/footnote] chez certains peuples, l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 conf\u00e8re des privil\u00e8ges et des droits. Il s\u2019agit, par exemple, du pouvoir consultatif et de conseill\u00e8re discr\u00e9tionnaire aupr\u00e8s du mari dont elle dispose. Celui-ci recourt souvent \u00e0 ses avis, \u00e0 ses choix, pour prendre certaines d\u00e9cisions non seulement sur le fonctionnement du m\u00e9nage, mais sur la marche m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 ce titre, la \u00ab <em>sou\u00e9honnon<\/em> \u00bb est une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de qui tout part et \u00e0 qui tout revient en mati\u00e8re de gouvernance familiale et de m\u00e9nage. Ce r\u00f4le pivot lui vaut d\u2019avoir son ombre qui plane sur tout, y compris sur les interactions hospitali\u00e8res \u00e0 travers lesquelles un h\u00f4te et son\/ses visiteur\u00b7euses se retrouvent sur le march\u00e9 des civilit\u00e9s (voir <em>infra).<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Deuxi\u00e8mement, signaler que, selon les r\u00e8gles de l\u2019hospitalit\u00e9, la pr\u00e9venance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du visiteur ou de la visiteuse est une servitude de \u00ab bonnes mani\u00e8res \u00bb n\u2019est pas un d\u00e9tail banal. Elle consiste \u00e0 s\u2019assurer que le visiteur ou la visiteuse se porte bien et s\u2019il ou elle\u00a0 a effectu\u00e9 un d\u00e9placement sans heurts ni difficult\u00e9s de quelque nature. Nous avons donc affaire \u00e0 une manifestation culturelle de d\u00e9licate pr\u00e9venance altruiste et profond\u00e9ment humaine. Car, dit l\u2019adage bh\u00e9t\u00e9, \u00ab m\u00eame le moindre trajet est potentiellement dangereux, les emb\u00fbches et la menace \u00e9tant partout \u00e0 l\u2019aff\u00fbt \u00bb. Si, faisant suite \u00e0 cette requ\u00eate de bienveillance, le visiteur ou la visiteuse r\u00e9pond : \u00ab <em>D\u00e9gass\u00e8 Noua \u00e8 sou\u00e9honnon y\u00f4h za<\/em>\u2026\u00a0\u00bb, \u00e0 traduire litt\u00e9ralement par\u00a0: \u00ab\u00a0Comme (\u00e9noncer qu\u2019il n\u2019y a) rien de grave est la premi\u00e8re femme\u2026\u00a0\u00bb (sous-entendu dont l\u2019ombre plane sur tout, on va dire qu\u2019il n\u2019y a rien de grave). Elle a pour variante \u00ab\u00a0<em>D\u00e9gass\u00e8 gayoukou<\/em>\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0il n\u2019y a rien de grave\u00a0\u00bb (sous-entendu, ainsi parle-t-on par convention, ou d\u2019apr\u00e8s l\u2019expression consacr\u00e9e).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Certes, ce fait de discours peut ne rien annoncer de grave. Sa convocation, \u00e0 cette \u00e9tape phatique des civilit\u00e9s, appara\u00eet alors comme un hommage rendu au r\u00f4le pivot de la premi\u00e8re femme. Mais dans ce sens, il s\u2019agit d\u2019un cas d\u2019interaction fort marginal. En effet, le recours \u00e0 cette expression pr\u00e9sume g\u00e9n\u00e9ralement une annonce non positive trahissant quelque sujet susceptible de causer de la tristesse ou de blesser, etc. Sous cet angle psycho-affectif, une reformulation plus \u00e9labor\u00e9e au-del\u00e0 du litt\u00e9ral, bien que non parfaite mais acceptable, donne ceci : \u00ab tout va bien, si on veut \u00bb; ou \u00ab tout va bien, enfin, une fa\u00e7on de parler \u00bb. Dans le contexte de l\u2019interaction, l\u2019univers des savoirs et civilit\u00e9s partag\u00e9 permet ainsi de signaler instantan\u00e9ment \u00e0 l\u2019attention de l\u2019h\u00f4te recevant que tout ou partie des informations \u00e0 venir risque d\u2019avoir quelque chose de potentiellement d\u00e9plaisant, causer quelque souci, ou constituer de la mati\u00e8re \u00e0 inqui\u00e9tude. Pis, la tournure peut laisser entendre une situation pr\u00e9occupante, voire un malheur. En effet, l\u2019effet pragmatique de cette annonce d\u00e8s l\u2019entame du protocole des civilit\u00e9s ne peut \u00eatre sous-interpr\u00e9t\u00e9, ou m\u00eame ignor\u00e9 que par une personne \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019univers de savoir et la culture, ou par telle autre, dont le contr\u00f4le \u00e9pi-linguistique ne lui permet pas de d\u00e9crypter le message. Si on n\u00e9glige cette donne culturelle dans la mani\u00e8re de dire ce qui est dit, il ne fait aucun doute que la productivit\u00e9 de l\u2019expression \u2013 le tour de phrase ou la tournure \u2013 sera au mieux sous-\u00e9valu\u00e9e et le sens sacrifi\u00e9 au profit de la forme. Une fois pr\u00e9cis\u00e9, ce contexte culturel et interactionnel sur lequel s\u2019appuient les ACA, il est \u00e0 pr\u00e9sent possible de d\u00e9finir ceux-ci en pr\u00e9cisant que c\u2019est \u00e0 dessein que je n\u00e9glige la nuance entretenue parfois entre phrase (entendue comme possibilit\u00e9 de r\u00e9alisation orale ou graphique de la pens\u00e9e) et \u00e9nonc\u00e9 (au sens de produit ou r\u00e9alisation concr\u00e8te de la possibilit\u00e9).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">D\u00e9finition<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au stade actuel, \u00ab tours de phrase \u00bb et \u00ab expressions \u00bb formant une suite de mat\u00e9riaux \u00e9noncifs significatifs r\u00e9alis\u00e9s sont \u00e0 prendre pour des synonymes de circonstance. Par ailleurs, le concept \u00ab avertisseurs communicationnels \u00bb recouvre des cat\u00e9gories vari\u00e9es d\u2019actes de langage v\u00e9hiculant des contenus \u00e0 pr\u00e9tention de v\u00e9rit\u00e9 universelle, ou sous forme de conseils, de moralit\u00e9, d\u2019enseignement, etc. que sont les maximes, les adages, les dictons et surtout les proverbes. Cependant, il existe des ACA qui ne peuvent \u00eatre class\u00e9s dans la cat\u00e9gorie des proverbes et assimil\u00e9s. Par exemple, dire que \u00ab Sa maladie n\u2019est pas une maladie d\u2019h\u00f4pital \u00bb en parlant d\u2019un mal pernicieux dont souffre une personne, c\u2019est subodorer, au plan \u00e9tiologique, un facteur d\u2019ordre spirituel (col\u00e8re et sanction des dieux m\u00e9contents ou sort mal\u00e9fique re\u00e7u). Cet \u00e9nonc\u00e9 n\u2019est ni un proverbe ni une maxime, encore moins un adage ou un dicton. Pourtant, son contenu s\u2019appuie sur la repr\u00e9sentation sociale en circulation en C\u00f4te d\u2019Ivoire et m\u00eame en Afrique au sujet de la maladie, laquelle repr\u00e9sentation est en prise directe sur une certaine vision des choses, un \u00eatre-dans-le-monde du peuple. Par ailleurs, le contr\u00f4le \u00e9pilinguistique, seul juge de la conformit\u00e9 de l\u2019usage linguistique lors des multiples interactions, permet de faire un constat, \u00e0 savoir qu\u2019en termes d\u2019importance, les mots de la langue sont diff\u00e9renci\u00e9s sur l\u2019axe de la r\u00e9alisation de la vis\u00e9e communicative. En effet, certains y contribuent plus et y conduisent mieux que d\u2019autres. Les avertisseurs communicationnels africains attestent cette cat\u00e9gorisation \u00e0 double titre. D\u2019abord, lorsque, par leur \u00e9mergence dans la cha\u00eene \u00e9noncive, ils s\u2019imposent de fait, comme l\u2019unit\u00e9 nodale autour de laquelle s\u2019\u00e9veille la conscience de la hi\u00e9rarchie entre l\u2019ensemble des unit\u00e9s de la cha\u00eene. En effet, c\u2019est bien parce qu\u2019ils cr\u00e9ent l\u2019effet de surgissement qu\u2019ils se distinguent des autres unit\u00e9s, en faisant se focaliser l\u2019attention et l\u2019int\u00e9r\u00eat du co-participant \u00e0 l\u2019\u00e9change sur leur propre \u00e9mergence. Pour autant, les avertisseurs communicationnels africains ne fonctionnent pas pour eux-m\u00eames, car pour ainsi dire, ils pr\u00e9parent le terrain pour un contenu qui est le c\u0153ur m\u00eame du message auquel ils frayent un chemin sous forme d\u2019annonce. Et c\u2019est bien \u00e0 cette condition-l\u00e0 qu\u2019ils peuvent jouer leur r\u00f4le d\u2019\u00ab avertisseurs \u00bb, car on ne pr\u00e9vient qu\u2019au sujet de ce qui est \u00e0 venir. Sous ce rapport, il appara\u00eet tr\u00e8s clairement que par leur contenu, les avertisseurs communicationnels africains sont moins importants que ce qu\u2019ils annoncent explicitement, ou que leur pr\u00e9sence laisse pr\u00e9sumer. Sur cette base, je d\u00e9finis les avertisseurs communicationnels (AC) comme des<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">tours de phrases, des expressions dont la principale fonction dans l\u2019\u00e9change communicatif est de pr\u00e9venir un des participants \u00e0 l\u2019\u00e9change, ou d\u2019annoncer des contenus propositionnels constituant le v\u00e9ritable objet du message, le c\u0153ur informatif ou la vis\u00e9e communicative de l\u2019\u00e9change (Bohui, 2013, p. 176)[footnote]Cette d\u00e9finition est la version revue de la premi\u00e8re telle que propos\u00e9e dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma \u00bb paru en 2013 (voir \u00e9l\u00e9ments de bibliographie)[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est le lieu d\u2019anticiper une possible \u00e9quivoque \u00e0 laquelle pourrait exposer le trait identitaire \u00ab africain \u00bb dans les ACA. Les avertisseurs communicationnels se rencontrent dans toutes les exp\u00e9riences de l\u2019usage linguistique au monde. Seules les cultures, les cosmogonies des peuples et les valeurs pragmatiques attach\u00e9es \u00e0 leur emploi op\u00e8rent une taxinomie et une diff\u00e9renciation de fonction \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience. Une approche comparative des mani\u00e8res de dire chez diff\u00e9rents peuples \u00e9tablirait des \u00e9quivalences ou des correspondances entre les \u00e9nonc\u00e9s ayant le m\u00eame \u00ab profil \u00bb. Le caract\u00e9risant <em>africain<\/em>\u00a0ne pr\u00e9tend donc pas nier qu\u2019il existe des sp\u00e9cificit\u00e9s au sein m\u00eame des peuples africains. Au contraire, il vise \u00e0 pr\u00e9ciser justement le poids de l\u2019impr\u00e9gnation de la culture endog\u00e8ne dans la construction du sens, comme le feraient des avertisseurs communicationnels chez des peuples non africains.<\/p>\r\n\r\n<h2>Cadres th\u00e9orique et m\u00e9thodologique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs communicationnels consacrent \u00e0 la fois le r\u00f4le central des sujets sociaux engag\u00e9s dans les interactions verbales et l\u2019importance du substrat culturel dans l\u2019encodage. Ce qui permet d\u2019entrevoir le cadre th\u00e9orique dans lequel est instruite la probl\u00e9matique des ACA.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cadre th\u00e9orique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par leur vocation d\u2019agent d\u2019alerte ou d\u2019annonce dans l\u2019activit\u00e9 discursive, les ACA ont partie li\u00e9e au ph\u00e9nom\u00e8ne global des actes de langage th\u00e9oris\u00e9s par J. L. Austin (1970) et dont la pragmatique, en tant qu\u2019elle \u00ab\u00a0s\u2019int\u00e9resse aux relations des signes avec leurs utilisateurs, \u00e0 leur emploi et \u00e0 leurs effets\u00a0\u00bb (Maingueneau, 1996, p. 65) est pour ainsi dire le manifeste. Qu\u2019il s\u2019agisse de <em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court<\/em>\u00a0ou de de\u00a0<em>Si au petit matin il entend les coqs chanter, c\u2019est moi qui le remercie<\/em>, ces \u00e9nonc\u00e9s, en manifestant une relation intersubjective, des flux d\u2019influence mutuelle, montrent comment \u00ab l\u2019usage de la parole est aussi une modalit\u00e9 de l\u2019agir \u00bb (Sarfati, 2002, p. 21). \u00c0 ce propos, les fonctions socio-discursives des ACA manifestent le pouvoir actionnel de l\u2019usage linguistique au double plan locutionnaire et perlocutionnaire. Ainsi, les ACA peuvent \u00eatre vecteurs de construction de l\u2019ethos, de la face ou du territoire, du pouvoir transformationnel de l\u2019\u00e9tat psychologique, intellectuel, id\u00e9ologique, cognitif d\u2019une personne, c\u2019est-\u00e0-dire de la capacit\u00e9 persuasive du langage, qu\u2019il s\u2019agisse de \u00ab la dimension argumentative \u00bb ou de \u00ab la vis\u00e9e argumentative \u00bb (Amossy, 2000, p. 24). \u00c0 la v\u00e9rit\u00e9, les ACA op\u00e8rent \u00e9galement dans nombre de situations de gestion des relations intersubjectives \u00e0 travers les amadoueurs, les d\u00e9sarmeurs, les adoucisseurs, etc. et leurs antonymes. Ce qui les place de fait au c\u0153ur de la probl\u00e9matique des \u00ab manifestations linguistiques de la politesse \u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1996, p. 55) sans s\u2019y limiter \u00e9videmment. Ainsi, en ce qui concerne la fonction adoucissante par exemple, l\u2019annonce du d\u00e9c\u00e8s d\u2019une autorit\u00e9 en pays agni est entour\u00e9e de pr\u00e9caution verbale empruntant la voie de l\u2019euph\u00e9misme imag\u00e9. Aux effets du choc \u00e9motionnel pr\u00e9sum\u00e9 de la verdeur de l\u2019expression \u00ab Le chef est mort \u00bb on pr\u00e9f\u00e8rera l\u2019effet quasi anesth\u00e9siant de la pudicit\u00e9 de \u00ab Le chef a mal au pied \u00bb. Les ACA couvrent ainsi toutes les situations de communication dans lesquelles les sujets sociaux peuvent se trouver impliqu\u00e9s. Et, bien que la culture jouisse d\u2019un statut privil\u00e9gi\u00e9 en tant qu\u2019elle joue un r\u00f4le important dans le processus interpr\u00e9tatif, <span style=\"font-size: 1em\">le <\/span><span style=\"font-size: 1em\">\u00ab tout culturel \u00bb (Paveau et Sarfati, 2003, p. 231) de la pragmatique culturelle de l\u2019\u00e9cole de Palo Alto n\u2019est pas du tout de mon centre d\u2019int\u00e9r\u00eat. Cela ouvre au volet m\u00e9thode de l\u2019\u00e9tude.<\/span><\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cadre m\u00e9thodologique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En raison de leur eurocentrisme, les m\u00e9thodes et leurs instruments d\u2019analyse convoqu\u00e9s au sujet des ACA montrent leurs limites op\u00e9rationnelles. Ils sont bien souvent inaptes \u00e0 mettre au jour leur expressivit\u00e9 profonde dans la mesure o\u00f9 ils tiennent pour n\u00e9gligeables voire excluent les repr\u00e9sentations sociales en circulation et qui informent les mani\u00e8res de dire \u00e0 l\u2019africaine. Mon exp\u00e9rience personnelle d\u2019analyste de discours frustr\u00e9 face \u00e0 l\u2019insatisfaction due \u00e0 une sorte de d\u00e9perdition du sens est assez \u00e9difiante \u00e0 ce propos. Cette frustration est d\u2019ailleurs partag\u00e9e par des pionniers africains. Ainsi, Zadi Zaourou (1978) formule une critique contre le sch\u00e9ma que dresse Roman Jakobson \u00e0 la suite des fonctions de la communication qu\u2019il a th\u00e9oris\u00e9es. Cette critique porte sur le fait que la mod\u00e9lisation de la circulation de la parole, \u00e0 travers le sch\u00e9ma de la communication, en se focalisant sur la lin\u00e9arit\u00e9 suivant le mod\u00e8le europ\u00e9en, ignore d\u2019autres modes de circulation de la parole, notamment celui de l\u2019Afrique. Zadi met ainsi en relief l\u2019exp\u00e9rience africaine de la parole selon laquelle l\u2019\u00e9change communicatif n\u2019a pas toujours une trajectoire lin\u00e9aire fig\u00e9e, car en fonction des circonstances et des objets, l\u2019alternance de la parole peut s\u2019inscrire dans une dynamique triadique, avec l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne d\u2019un tiers jouant le r\u00f4le d\u2019un agent rythmique ou modulateur. Au fond, l\u2019objet v\u00e9ritable de Zadi, au-del\u00e0, et \u00e0 cause des limites des outils d\u2019analyse euro-centr\u00e9s appliqu\u00e9s au mode du dire africain, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la sp\u00e9cificit\u00e9 dudit mode. Par la suite, Zadi appelle \u00e0 la construction d\u2019une po\u00e9tique sp\u00e9cifiquement africaine, par les Africain\u00b7es eux\u00b7elles-m\u00eames, et, dans cette posture, d\u00e9passe les fonctions jakobsoniennes en proposant d\u2019abord la fonction symbolique, puis la fonction initiatique. Il sera suivi plus tard par d\u2019autres th\u00e9oricien\u00b7nes africain\u00b7es. Parmi eux, Atsain N\u2019cho Fran\u00e7ois. Faisant le constat de l\u2019\u00e9chec, selon lui, du traitement du sens par une herm\u00e9neutique \u00ab exog\u00e8ne et extravertie \u00bb, Atsain (2011) prend r\u00e9solument parti pour \u00ab l\u2019\u00e9dification d\u2019une po\u00e9tique africaine qui ne soit du mim\u00e9tisme calqu\u00e9 sur des mod\u00e8les \u00e9trangers \u00bb (p. 8).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Except\u00e9 le caract\u00e8re id\u00e9ologique de la \u00ab revendication \u00bb, l\u2019aspiration \u00e0 une m\u00e9thode garantissant une plus grande efficacit\u00e9 des outils d\u2019analyse rencontre l\u2019option d\u2019une approche inclusive que je d\u00e9fends comme condition de l\u2019efficacit\u00e9 recherch\u00e9e. Il ne s\u2019agit donc pas de cr\u00e9er une m\u00e9thode africaine d\u2019analyse de discours, mais d\u2019adapter celle-ci \u00e0 travers la prise en compte de l\u2019exigence d\u2019une comp\u00e9tence culturelle. Car un processus de traitement du sens d\u00e9contextualis\u00e9 ne peut rendre raison du potentiel de productivit\u00e9 s\u00e9mantique et pragmatique des actes de langage tels que les ACA. C\u2019est dans cette perspective que se l\u00e9gitiment les \u00e9tapes d\u2019un protocole interpr\u00e9tatif esquissant ce qui pourrait d\u00e9boucher \u00e0 terme sur une v\u00e9ritable m\u00e9thode avec des r\u00e8gles et principes clairs et structur\u00e9s; un champ lexical appropri\u00e9 et pertinent; un objet\/des objets, etc.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Vers une approche endog\u00e8ne<strong>\u00a0 <\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs communicationnels africains forment la mati\u00e8re, l\u2019objet d\u2019\u00e9tude \u00e0 partir duquel s\u2019op\u00e9rationnalise l\u2019approche endog\u00e8ne dont l\u2019efficacit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e doit apporter une plus-value de rendement sur l\u2019expressivit\u00e9 sous-exploit\u00e9e de ces faits de discours. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 \u00e0 ce propos, et \u00e0 plusieurs reprises le r\u00f4le du substrat culturel et la charge cosmogonique. Je me limiterai \u00e0 pr\u00e9senter l\u2019esquisse de l\u2019approche endog\u00e8ne. Pour la pr\u00e9sente contribution, elle se d\u00e9cline en quatre (4) notions-\u00e9tapes :<\/p>\r\n\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>la vis\u00e9e communicative (ViCom) : c\u2019est le c\u0153ur informatif, l\u2019objet m\u00eame du message de l\u2019avertisseur communicationnel sous sa double caract\u00e9ristique illocutionnaire et perlocutionnaire. Ainsi, lorsque dans <em>Les Soleils des ind\u00e9pendances<\/em> (1970), le narrateur \u00e9voque subrepticement l\u2019\u00e9tat psychologique de Fama, victime de railleries d\u00e9gradantes et humiliantes, c\u2019est pour annoncer, de sa part, une r\u00e9action vigoureuse pour la d\u00e9fense de son honneur et sa dignit\u00e9 bafou\u00e9e. Seule cette r\u00e9action pour l\u2019honneur et la dignit\u00e9 apportera la preuve de ce que Fama n\u2019est pas un d\u00e9ficient olfactif, car elle t\u00e9moignera de ce qu\u2019il a bien senti la pestilence du pet de l\u2019effront\u00e9 : \u00ab \u00c0 renifler avec discr\u00e9tion le pet de l\u2019effront\u00e9, il vous juge sans nez. Fama se leva et tonna \u00e0 faire vibrer l\u2019immeuble [\u2026] \u00bb (Kourouma, 1970, p. 14).<\/li>\r\n \t<li>La cha\u00eene \u00e9noncive (CE<strong>)\u00a0:<\/strong> elle renvoie \u00e0 une suite d\u2019unit\u00e9s linguistiques de volume variable pouvant aller d\u2019une seule phrase \u00e0 plusieurs, et qui constitue une entit\u00e9 s\u00e9mantique autonome soit mat\u00e9riellement form\u00e9e, soit pr\u00e9sum\u00e9e ou virtuelle. La cha\u00eene \u00e9noncive correspondrait au niveau locutionnaire des actes de langage dans la distinction \u00e9tablie par Austin (1970).<\/li>\r\n \t<li>Le point d\u2019ancrage (PAge) <strong>:<\/strong> il d\u00e9signe le lieu d\u2019o\u00f9 surgit, dans la cha\u00eene \u00e9noncive, une unit\u00e9 ou suite d\u2019unit\u00e9s linguistique(s) jug\u00e9e(s) inattendue(s) ou anomale(s) et qui enclenche(nt) le processus cognitif sur son\/leur mode de signifiance.<\/li>\r\n \t<li>La comp\u00e9tence culturelle\u00a0(CC<strong>)\u00a0: <\/strong>notion centrale, la comp\u00e9tence culturelle d\u00e9signe tout \u00e0 la fois l\u2019univers de croyances, le syst\u00e8me de valeurs, le rapport cosmogonique au monde de l\u2019Africain\u00b7e tels qu\u2019ils innervent l\u2019activit\u00e9 discursive et s\u2019invitent dans les ACA et le dire. La connaissance, par l\u2019analyste, de ce capital culturel est le r\u00e9quisit fondamental pour l\u2019analyse efficace de l\u2019avertisseur communicationnel. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la comp\u00e9tence culturelle que l\u2019analyste pourra \u00e9tablir une taxinomie des avertisseurs communicationnels. Ainsi, par exemple, \u00ab\u00a0Si au petit matin il entend des coqs chanter, c\u2019est moi qui le remercie\u00a0\u00bb, pr\u00e9figure toujours l\u2019expression d\u2019une profonde gratitude et des remerciements \u00e9mus. Cet avertisseur ne peut \u00eatre convoqu\u00e9 dans aucune autre situation d\u2019interaction. Il en va de m\u00eame pour ceux par lesquels on \u00ab\u00a0demande la route\u00a0\u00bb\u00a0: ils ne sont d\u00e9di\u00e9s qu\u2019\u00e0 cet usage, ou d\u2019autres encore vou\u00e9s \u00e0 l\u2019annonce d\u2019une nouvelle triste, un malheur, un aveu d\u2019impuissance face \u00e0 une situation, une heureuse surprise, etc.<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La contribution s\u2019est attel\u00e9e \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 grands traits les avertisseurs communicationnels africains. L\u2019exercice s\u2019est appuy\u00e9 sur une d\u00e9marche qui, elle-m\u00eame, part du constat selon lequel chaque corps sociologique constitue une entit\u00e9 intrins\u00e8que au plan culturel, de l\u2019univers de croyances, du mode de pens\u00e9e, etc. Sur la base de ce constat, et vu qu\u2019il existe une interaction fusionnelle entre ces donn\u00e9es et la fa\u00e7on qu\u2019a chaque corps sociologique d\u2019habiter et dire le monde, tout processus d\u2019assignation de sens pens\u00e9 ailleurs se trouve consubstantiellement limit\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019applique \u00e0 des faits de langage relevant d\u2019une autre exp\u00e9rience du dire. Autrement dit, malgr\u00e9 l\u2019op\u00e9rativit\u00e9 \u00e9tablie des m\u00e9thodes d\u2019analyse euro-centr\u00e9es, elles sont condamn\u00e9es \u00e0 une sous-interpr\u00e9tation des avertisseurs communicationnels africains. En cause le fait qu\u2019elles rel\u00e8guent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie la charge cosmogonique qu\u2019elles sont intrins\u00e8quement inaptes \u00e0 prendre en charge alors m\u00eame que la cosmogonie innerve les ACA qui les reconfigurent r\u00e9trospectivement. Pour rem\u00e9dier \u00e0 cette situation d\u2019insatisfaction sur le traitement du sens \u00e0 partir de ces actes de langage, la contribution propose une approche endog\u00e8ne au c\u0153ur de laquelle se trouve la comp\u00e9tence culturelle comme exigence d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2000. <em>L\u2019argumentation dans le discours<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Atsain, N\u2019cho Fran\u00e7ois. 2011. <em>Echec du sens\u00a0: prol\u00e9gom\u00e8nes \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des po\u00e9tiques africaines. <\/em>Th\u00e8se de doctorat d\u2019Etat soutenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Austin, Langshaw John. 1970. <em>Quand dire, c\u2019est faire<\/em> (traduit de l\u2019anglais par Gilles Lane). Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2002. <em>Si au petit matin<\/em>\u2026 Dans <em>En-qu\u00eate<\/em>, <em>Revue scientifique des Lettres, Arts et Sciences humaines<\/em>. N\u00b09. Abidjan\u00a0: EDUCI, p. 7-27.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2013. Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma. Dans Bohui Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire (Dir.), <em>Cr\u00e9ation, Langue et Discours<\/em> <em>dans l'\u00e9criture d\u2019Ahmadou Kourouma<\/em>. Actes du Colloque Ahmadou Kourouma, un \u00e9crivain total. Volume 1. URL : <a href=\"http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php\">http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diop, Birago. 1960. <em>Leurres et lueurs<\/em> (3e \u00e9dition). Paris\u00a0: Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1996. <em>La conversation<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kourouma, Ahmadou. 1970. <em>Les Soleils des Ind\u00e9pendances<\/em>. Paris\u00a0: Seuil<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 1996. <em>Les termes cl\u00e9s de l\u2019analyse du discours<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9mel-Fot\u00ea, Harris. 1998. <em>Les repr\u00e9sentations de la sant\u00e9 et de la maladie chez les Ivoiriens<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne &amp; Sarfati, Georges-Elia. 2003. <em>Les grandes th\u00e9ories de la linguistique<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sarfati, Georges-Elia. 2002. <em>Pr\u00e9cis de pragmatique<\/em>. Paris\u00a0: Nathan<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zadi, Zaourou Bernard. 1978. <em>C\u00e9saire entre deux cultures<\/em>. Abidjan : Nouvelles \u00c9ditions Abidjanaises.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette contribution pr\u00e9sente les \u00ab avertisseurs communicationnels africains \u00bb (ACA). Elle en rel\u00e8ve l\u2019int\u00e9r\u00eat scientifique et les enjeux en mati\u00e8re de recherche. La contribution postule que les ACA sont inform\u00e9s du substrat culturel de leur milieu de production. \u00c0 partir de ce postulat, elle pose que la r\u00e9ussite de l\u2019op\u00e9ration d\u2019assignation de sens doit avoir comme condition d\u2019efficacit\u00e9 chez l\u2019analyste une comp\u00e9tence culturelle du terroir pour mettre au jour toute l\u2019expressivit\u00e9 des ACA. Sur cette base, et se fondant sur les limites intrins\u00e8ques de l\u2019op\u00e9rativit\u00e9 des m\u00e9thodes d\u2019analyse euro-centr\u00e9es, la contribution pr\u00f4ne la mise en place d\u2019une approche endog\u00e8ne appropri\u00e9e. Dans cette perspective, elle d\u00e9crit comment les ACA peuvent servir \u00e0 titre probatoire pour l\u2019op\u00e9rativit\u00e9 de l\u2019approche \u00e0 construire.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/avertisseurs-communicationnels-africains\/\">avertisseurs communicationnels africains<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/chaine-enoncive\/\">cha\u00eene \u00e9noncive<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/competence-culturelle\/\">comp\u00e9tence culturelle<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/point-dancrage\/\">point d\u2019ancrage<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/visee-communicative\/\">vis\u00e9e communicative<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This paper presents \u201cAfrican communication alarms\u201d. It highlights the scientific interest and the research challenges. It postulates that African communication signals are informed of the cultural substrate of their production environment. From this statement, the study poses that the effectiveness of meaning assignment operation must have as a condition of effectiveness on the part of the analyst, an endogenous cultural competence to bring to light all the expressiveness of African communicative signals. On this basis, and based on the intrinsic limits of the operability of European-centric analyses methods, the contribution advocates the establishment of an appropriate endogenous approach. In this perspective, it describes how African communication signals can be used as proof for the operativeness of the endogenous approach to be constructed.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/african-communication-alarms\/\">African communication alarms<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/anchorage\/\">anchorage<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/communicative-aim\/\">communicative aim<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/cultural-competence\/\">cultural competence<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/utterance-chain\/\">utterance chain<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Bh\u00e9t\u00e9)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u025b\u0301 b\u0254\u0301go\u0300 ne ne, weli ci\u0300bhi\u0300 na\u030d ya\u0300 ylele l\u025b kukp\u0254\u0300\u0272a\u0300 na\u030d du\u030d me\u0301 na\u030d bhul\u025b\u0300s\u025b\u0300 me\u0301 w\u025b\u0300, \u025b\u030dn\u025b\u0301 weli y\u025b\u030d bhul\u025b la\u0300\u0272e. Ne\u0301 \u025b\u0301 weli ci\u0300bhi\u0300 ne, s\u025b-\u025b\u030d n\u025b\u030dne\u030d kp\u025b\u0272ee g\u0254\u0300mna\u0300\u0272a\u0300 na\u030d b\u0254\u0301go\u0300 na\u030d ci\u030d\u025b\u030dci\u030d\u025b\u0300 de\u0300ku\u0301 w\u025b\u0300, e\u030dyi\u030d y\u025b\u030d s\u025b l\u0254\u0300 le\u030dle\u0301 z\u0254\u030d.\u00a0\u025b b\u0254\u0301go\u0300 ne n\u025b\u030d\u025b\u030d, \u025b\u0301 weli ci\u0300bhi\u0300 ne, \u025b\u030d k\u025b\u0300 \u025b\u030dn\u025b\u0300\u025b\u0301 yli\u0301 du\u030d du\u030d y\u025b\u0300\u025b\u030d bha\u0301le me\u0301 w\u025b\u0300 na\u030d deku\u0301. A\u0300 k\u025b ne\u0300gb\u025b\u0300\u025b\u030d a\u0300 c\u025b\u0301 me\u0301no\u0301 te\u0301e\u0301-e\u0300, \u025b\u030d ci\u030d\u025b\u030d\u0272\u0254\u0300 w\u025b\u0300, \u025b\u0301 du\u030d w\u025b\u0300 me\u0301 na\u030d kos\u025b\u0300, \u0254 yibhle\u0300le\u0300 klepaa.\u00a0Kukp\u0254\u0300\u0272a\u0300 na\u030d du\u030d me\u0301 na\u030d kos\u025b\u0300 w\u025b\u0300, \u025b\u0301 b\u0254\u0301go\u0300 ne n\u025b\u030d a\u0300 yle-\u025b\u030d ne\u030dge\u030d sa\u0300 k\u025b\u0301-\u025b\u0301 weli ci\u0300bhi\u0300 ne z\u0254\u030ds\u025b\u0300. Na\u0302, g\u0254\u0300mn\u025b\u0300\u0272a\u0300 na\u030d ne\u030dge\u030d w\u025b\u0300, \u025b\u0301 wlo\u0301 ti\u0300a\u0300a\u0300 l\u0254bh\u0254 weli ci\u0300bhi\u0300 ne na\u030d z\u0254\u030ds\u025b\u0300 de\u0300ku\u0301.\u00a0 Sa-a\u0300 k\u025b\u0301-\u025b\u0301 weli ci\u0300bhi\u0300 ne ku\u0301li\u0301bhi\u0301 sa\u0300 k\u025b\u0301-\u025b\u0301 ne\u0301ge\u0301 lele ne me\u0301be\u0301a\u0300 w\u025b\u0300, \u025b\u030dyi\u030d y\u025b\u0301 b\u0254\u0301go\u0300 ne s\u025b me l\u0254\u0300 z\u0254\u030d.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Bh\u00e9t\u00e9)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/bhetes%c9%9b-na%cc%8d-li-na%cc%8d-yibhlele%c9%9b\/\">Bhe\u0301tes\u025b na\u030d li\u0300 na\u030d yibhle\u0300le\u0300\u025b\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/bhul%c9%9bweli\/\">Bhul\u025bwe\u0300li\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/bhul%c9%9bweli-na%cc%8d-zakp%c9%9b%cc%8d\/\">Bhul\u025bwe\u0300li\u0300 na\u030d za\u0300kp\u025b\u030d<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/kukp%c9%94%c9%b2a-na%cc%8d-du%cc%8d-me-na%cc%8d-bhul%c9%9bs%c9%9b-me-na%cc%8d-weli-cibhi\/\">Kukp\u0254\u0300\u0272a\u0300 na\u030d du\u030d me\u0301 na\u030d bhul\u025bs\u025b\u0300 me\u0301 na\u030d weli ci\u0300bhi\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/kuwlole%c9%9bweli\/\">Ku\u0301wlole\u0300\u025b\u0300we\u0300li\u0300<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>29 ao\u00fbt 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>17 septembre 2024<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>29 novembre 2024<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les interactions verbales sont le cadre de r\u00e9gulation et de circulation des valeurs des individus qui co-construisent le sens, et au-del\u00e0, celui des syst\u00e8mes \u00e9pist\u00e9miques des peuples. Si le sens est en g\u00e9n\u00e9ral instantan\u00e9ment saisi, notamment lors des \u00e9changes entre membres de la famille, ami\u00b7es, coll\u00e8gues, ou m\u00eame de personnes \u00e9trang\u00e8res les unes aux autres mais parlant la m\u00eame langue, il arrive cependant que dans certaines circonstances le sens \u00ab se d\u00e9robe \u00bb. Il en va souvent ainsi quand, sous l\u2019emprise du substrat culturel, le discours se rev\u00eat d\u2019images ou emprunte la voie des tropes, qui \u00e9chappent au contr\u00f4le \u00e9pilinguistique de certain\u00b7es participant\u00b7es. La pr\u00e9sente contribution part du constat selon lequel les avertisseurs communicationnels africains (ACA) qui proc\u00e8dent du langage g\u00e9n\u00e9ralement imag\u00e9, mobilisent le substrat culturel du terroir. Et, par ce que\/parce que les ACA t\u00e9moignent de l\u2019\u00ab emprunte \u00bb de la cosmogonie des peuples et que ceux-ci la configurent en retour, l\u2019\u00e9tude postule que tout processus interpr\u00e9tatif qui, prenant pour objet les ACA, n\u00e9glige et <em>a fortiori<\/em> ignore la donne culturelle, ne peut aboutir qu\u2019\u00e0 des r\u00e9sultats mitig\u00e9s. Or, tel est le sort de l\u2019analyse de discours (prise au sens large avec ses diff\u00e9rentes variantes ou restreint en tant que courant autot\u00e9lique) lorsqu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 interpr\u00e9ter le sens des ACA. En effet, malgr\u00e9 son efficacit\u00e9 prouv\u00e9e, l\u2019analyse de discours se montre bien souvent inop\u00e9rante du fait de ses limites intrins\u00e8ques d\u00e9pendantes de son contexte culturel d\u2019\u00e9mergence (l\u2019Europe pour la pr\u00e9sente \u00e9tude). De l\u00e0, vient l\u2019exigence de la comp\u00e9tence culturelle endog\u00e8ne comme variable d\u00e9terminante de la r\u00e9ussite de l\u2019op\u00e9ration d\u2019assignation de sens d\u2019une part et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche inclusive d\u2019autre part. Sous ce rapport, l\u2019\u00e9tude vise un double objectif : pr\u00e9senter les ACA et montrer comment la culture se fait vectrice de sens \u00e0 travers eux. Pour ce faire, elle a choisi de se focaliser sur trois points cl\u00e9s \u00e0 savoir, d\u2019abord l\u2019\u00e9lucidation conceptuelle des ACA; ensuite la justification de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un \u00ab r\u00e9ajustement \u00bb de l\u2019analyse de discours pour les besoins d\u2019efficacit\u00e9 op\u00e9ratoire; enfin l\u2019esquisse d\u2019un protocole d\u2019analyse de l\u2019approche endog\u00e8ne en question.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: left\">\u00c9lucidation conceptuelle<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Je pose que le substrat culturel et d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la cosmogonie exerce une pression sur la mani\u00e8re de dire. Si tout ne peut s\u2019y r\u00e9duire \u2013 car il existe des cas d\u2019avertisseurs qui n\u2019ont pas un ancrage cosmogonique d\u00e9terminant, voire qui n\u2019en ont pas du tout &#8211; elle constitue cependant un aspect crucial des ACA. C\u2019est pourquoi, il me para\u00eet fondamental d\u2019insister sur cet aspect de l\u2019\u00e9tude, surtout parce que cela pr\u00e9sente l\u2019avantage de pouvoir aider \u00e0 la bonne compr\u00e9hension de la d\u00e9finition qui sera donn\u00e9e par la suite. Pour ce faire, je propose d\u2019abord un cas d\u2019avertisseur communicationnel dans une interaction verbale r\u00e9elle. C\u2019est le but de la mise en contexte. J\u2019en renforce ensuite la port\u00e9e du contenu par deux \u00e9l\u00e9ments : d\u2019une part une tirade de Birago Diop sur la vision unitaire que d\u00e9veloppe l\u2019Africain\u00b7e au sujet de la nature; d\u2019autre part un deuxi\u00e8me cas d\u2019avertisseur communicationnel li\u00e9 aux civilit\u00e9s d\u2019hospitalit\u00e9 en contexte ivoirien.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Mise en contexte<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le 22 juin 2023, des coll\u00e8gues et moi-m\u00eame, nous sommes rendus au domicile d\u2019un des n\u00f4tres conform\u00e9ment \u00e0 une tradition de civilit\u00e9s entre pairs. En effet, quelques mois plus t\u00f4t, notre h\u00f4te et sa femme avaient eu un b\u00e9b\u00e9. Il s\u2019agissait donc, pour les autres membres de la famille professionnelle, de les f\u00e9liciter. Dans de telles occasions, bien souvent, un brin de solennit\u00e9 s&rsquo;associe \u00e0 la cordialit\u00e9 la plus engageante dans l\u2019acquittement du rituel des civilit\u00e9s. Ce rituel consiste, pour les h\u00f4tes, \u00e0 \u00ab demander les nouvelles \u00bb aux visiteur\u00b7euses, c\u2019est-\u00e0-dire, conna\u00eetre les raisons de leur pr\u00e9sence, puis d\u2019en donner des leurs. Apr\u00e8s ce rituel suivi d\u2019\u00e9changes conviviaux durant une demi-heure environ, le porte-parole de la d\u00e9l\u00e9gation reprit la parole et, mi-sentencieux mi-d\u00e9contract\u00e9, d\u00e9clara, s\u2019adressant au couple h\u00f4te : <em>\u00ab\u00a0<\/em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court \u00bb. Entendant ses propos, certains membres de la d\u00e9l\u00e9gation chahut\u00e8rent gaiement le coll\u00e8gue pour sa \u00ab traditionnite \u00bb, n\u00e9ologisme cr\u00e9\u00e9 s\u00e9ance tenante pour exprimer l\u2019id\u00e9e d\u2019une forme d\u2019addiction de la part du porte-parole \u00e0 la gestion des relations sociales par la m\u00e9diation des traditions. Le fait est que la vis\u00e9e communicative (voir <em>infra)<\/em> de l\u2019expression du coll\u00e8gue porte-parole ne fut pas forc\u00e9ment saisie instantan\u00e9ment par tous. J\u2019\u00e9tais de ceux qui ne pouvaient pr\u00e9tendre l\u2019avoir comprise. Je me la fis donc traduire, discr\u00e8tement, par le porte-parole, qui \u00e9tait mon voisin imm\u00e9diat : il n\u00e9gociait l\u00e0, me confia-t-il, une voie pour permettre aux visiteurs que nous \u00e9tions, de prendre cong\u00e9 de leurs h\u00f4tes. En effet, \u00e9noncer que le jour est aussi long qu\u2019il est court, c\u2019est laisser entendre, en pays Agni<a class=\"footnote\" title=\"Peuple de l\u2019Est de la C\u00f4te d\u2019Ivoire.\" id=\"return-footnote-1391-1\" href=\"#footnote-1391-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, que l\u2019on a des contraintes et des occupations qui attendent, et qu\u2019il est temps d\u2019aller y vaquer. C\u2019est donc une formule de politesse adress\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4te, sous forme de demande, par son visiteur afin qu\u2019il lui \u00ab permette \u00bb de se retirer. \u00c0 ce propos, je dois faire remarquer qu\u2019en C\u00f4te d\u2019Ivoire, une formule s\u2019est fix\u00e9e comme un trait de culture national dans l\u2019acquittement des usages de civilit\u00e9s lorsqu\u2019il s\u2019agit de prendre cong\u00e9 de quelqu\u2019un. Cette formule, c\u2019est \u00ab demander la route \u00bb, ou \u00ab demander une partie de la route \u00bb. Le visiteur \u00ab demande la route \u00bb \u00e0 son h\u00f4te pour s\u2019en aller. Le porte-parole de la d\u00e9l\u00e9gation aurait donc tr\u00e8s bien pu recourir \u00e0 cette formule \u00ab\u00a0nationale \u00bb. Il ne l\u2019a pas fait, lui pr\u00e9f\u00e9rant une autre, plus marqu\u00e9e d\u2019un point de vue culturel. Et, bien s\u00fbr, cela fait plus sens \u00e0 cause de la charge culturelle du terroir. Les faits de discours tels que <em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court <\/em>font partie des \u00ab\u00a0avertisseurs communicationnels africains<em>\u00a0\u00bb <\/em>au c\u0153ur de la pr\u00e9sente contribution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019aspect par\u00e9mique de <em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court<\/em> semble peu sujet \u00e0 caution. Sous cette caract\u00e9ristique d\u2019affiliation aux expressions par\u00e9miques, ce tour de phrase rejoint l\u2019\u00e9nonc\u00e9 originel \u00e0 partir duquel les lin\u00e9aments de la th\u00e9orie des ACA ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s, \u00e0 savoir <em>Si au petit matin il entend des coqs chanter, c\u2019est moi qui le remercie <\/em>(Bohui, 2002). Cette \u00e9tude ant\u00e9rieure explique un aspect de la cosmogonie africaine \u00e0 propos sp\u00e9cifiquement des humains et des animaux unis par une parent\u00e8le. Et c\u2019est au nom de ce lien de famille que la r\u00e8gle d\u2019assistance mutuelle et le devoir de solidarit\u00e9 entre ses membres peut \u00eatre activ\u00e9e. C\u2019est pourquoi les coqs jouent le r\u00f4le d\u2019\u00e9missaires des hommes et femmes aupr\u00e8s de leurs semblables au cours d\u2019un \u00e9change communicatif entre humains, pour transmettre \u00e0 l\u2019un\u00b7e des participant\u00b7es \u00e0 travers leurs chants au lever du jour, les remerciements et la gratitude \u00e9mue de l\u2019autre. Birago Diop (1960, p. 64) magnifie ce rapport \u00e9cosyst\u00e9mique de l\u2019Africain\u00b7e au monde, rapport sur lequel s\u2019est construite et fonctionne toute sa bio\u00e9thique interactionnelle :<\/p>\n<blockquote><p>\u00c9coute dans le Vent<br \/>\nLe Buisson en sanglots :<br \/>\nC\u2019est le Souffle des anc\u00eatres.<br \/>\nCeux qui sont morts ne sont jamais partis :<br \/>\nIls sont dans l\u2019Ombre qui s\u2019\u00e9claire<br \/>\nEt dans l\u2019ombre qui s\u2019\u00e9paissit.<br \/>\nLes Morts ne sont pas sous la Terre :<br \/>\nIls sont dans l\u2019Arbre qui fr\u00e9mit,<br \/>\nIls sont dans le Bois qui g\u00e9mit,<br \/>\nIls sont dans l\u2019Eau qui coule,<br \/>\nIls sont dans l\u2019Eau qui dort.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces vers d\u00e9voilent l\u2019aspect mystico-religieux de la cosmogonie africaine. Mais celle-ci est \u00e9galement la\u00efque ou profane, ne consacrant alors, dans le cas qui nous occupe, qu\u2019une certaine repr\u00e9sentation gratifiante de la femme. Je prendrai un exemple chez les Bh\u00e9t\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Peuple de l\u2019ouest de la C\u00f4te d\u2019Ivoire\" id=\"return-footnote-1391-2\" href=\"#footnote-1391-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. Le contexte est celui d\u2019un cadre d\u2019hospitalit\u00e9 o\u00f9 les h\u00f4tes sacrifient au rite des civilit\u00e9s. \u00c0 ce propos, il convient d\u2019abord de faire deux remarques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Premi\u00e8rement, il faut noter qu\u2019au plan matrimonial, l\u2019Afrique traditionnelle, qui a de loin la plus forte concentration d\u00e9mographique, est encore une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence virilocale o\u00f9 domine la polygamie. \u00c0 la premi\u00e8re femme dans le m\u00e9nage (<em>sou\u00e9honon\/sou\u00e9wron<\/em>)<a class=\"footnote\" title=\"Le terme \u00ab sou\u00e9honnon \u00bb, ou \u00ab sou\u00e9wron \u00bb de la langue bh\u00e9t\u00e9 de Gagnoa, est compos\u00e9 de sou\u00e9 qui veut dire domicile, maison ou chez soi, et honon\/wron qui signifie femme. Sou\u00e9honon\/sou\u00e9wron, c\u2019est donc, au sens litt\u00e9ral, la femme de la maison, avec l\u2019id\u00e9e de premi\u00e8re femme et, \u00e0 ce titre, quasiment la propri\u00e9taire du domicile.\" id=\"return-footnote-1391-3\" href=\"#footnote-1391-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> chez certains peuples, l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 conf\u00e8re des privil\u00e8ges et des droits. Il s\u2019agit, par exemple, du pouvoir consultatif et de conseill\u00e8re discr\u00e9tionnaire aupr\u00e8s du mari dont elle dispose. Celui-ci recourt souvent \u00e0 ses avis, \u00e0 ses choix, pour prendre certaines d\u00e9cisions non seulement sur le fonctionnement du m\u00e9nage, mais sur la marche m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 ce titre, la \u00ab <em>sou\u00e9honnon<\/em> \u00bb est une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de qui tout part et \u00e0 qui tout revient en mati\u00e8re de gouvernance familiale et de m\u00e9nage. Ce r\u00f4le pivot lui vaut d\u2019avoir son ombre qui plane sur tout, y compris sur les interactions hospitali\u00e8res \u00e0 travers lesquelles un h\u00f4te et son\/ses visiteur\u00b7euses se retrouvent sur le march\u00e9 des civilit\u00e9s (voir <em>infra).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Deuxi\u00e8mement, signaler que, selon les r\u00e8gles de l\u2019hospitalit\u00e9, la pr\u00e9venance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du visiteur ou de la visiteuse est une servitude de \u00ab bonnes mani\u00e8res \u00bb n\u2019est pas un d\u00e9tail banal. Elle consiste \u00e0 s\u2019assurer que le visiteur ou la visiteuse se porte bien et s\u2019il ou elle\u00a0 a effectu\u00e9 un d\u00e9placement sans heurts ni difficult\u00e9s de quelque nature. Nous avons donc affaire \u00e0 une manifestation culturelle de d\u00e9licate pr\u00e9venance altruiste et profond\u00e9ment humaine. Car, dit l\u2019adage bh\u00e9t\u00e9, \u00ab m\u00eame le moindre trajet est potentiellement dangereux, les emb\u00fbches et la menace \u00e9tant partout \u00e0 l\u2019aff\u00fbt \u00bb. Si, faisant suite \u00e0 cette requ\u00eate de bienveillance, le visiteur ou la visiteuse r\u00e9pond : \u00ab <em>D\u00e9gass\u00e8 Noua \u00e8 sou\u00e9honnon y\u00f4h za<\/em>\u2026\u00a0\u00bb, \u00e0 traduire litt\u00e9ralement par\u00a0: \u00ab\u00a0Comme (\u00e9noncer qu\u2019il n\u2019y a) rien de grave est la premi\u00e8re femme\u2026\u00a0\u00bb (sous-entendu dont l\u2019ombre plane sur tout, on va dire qu\u2019il n\u2019y a rien de grave). Elle a pour variante \u00ab\u00a0<em>D\u00e9gass\u00e8 gayoukou<\/em>\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0il n\u2019y a rien de grave\u00a0\u00bb (sous-entendu, ainsi parle-t-on par convention, ou d\u2019apr\u00e8s l\u2019expression consacr\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Certes, ce fait de discours peut ne rien annoncer de grave. Sa convocation, \u00e0 cette \u00e9tape phatique des civilit\u00e9s, appara\u00eet alors comme un hommage rendu au r\u00f4le pivot de la premi\u00e8re femme. Mais dans ce sens, il s\u2019agit d\u2019un cas d\u2019interaction fort marginal. En effet, le recours \u00e0 cette expression pr\u00e9sume g\u00e9n\u00e9ralement une annonce non positive trahissant quelque sujet susceptible de causer de la tristesse ou de blesser, etc. Sous cet angle psycho-affectif, une reformulation plus \u00e9labor\u00e9e au-del\u00e0 du litt\u00e9ral, bien que non parfaite mais acceptable, donne ceci : \u00ab tout va bien, si on veut \u00bb; ou \u00ab tout va bien, enfin, une fa\u00e7on de parler \u00bb. Dans le contexte de l\u2019interaction, l\u2019univers des savoirs et civilit\u00e9s partag\u00e9 permet ainsi de signaler instantan\u00e9ment \u00e0 l\u2019attention de l\u2019h\u00f4te recevant que tout ou partie des informations \u00e0 venir risque d\u2019avoir quelque chose de potentiellement d\u00e9plaisant, causer quelque souci, ou constituer de la mati\u00e8re \u00e0 inqui\u00e9tude. Pis, la tournure peut laisser entendre une situation pr\u00e9occupante, voire un malheur. En effet, l\u2019effet pragmatique de cette annonce d\u00e8s l\u2019entame du protocole des civilit\u00e9s ne peut \u00eatre sous-interpr\u00e9t\u00e9, ou m\u00eame ignor\u00e9 que par une personne \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019univers de savoir et la culture, ou par telle autre, dont le contr\u00f4le \u00e9pi-linguistique ne lui permet pas de d\u00e9crypter le message. Si on n\u00e9glige cette donne culturelle dans la mani\u00e8re de dire ce qui est dit, il ne fait aucun doute que la productivit\u00e9 de l\u2019expression \u2013 le tour de phrase ou la tournure \u2013 sera au mieux sous-\u00e9valu\u00e9e et le sens sacrifi\u00e9 au profit de la forme. Une fois pr\u00e9cis\u00e9, ce contexte culturel et interactionnel sur lequel s\u2019appuient les ACA, il est \u00e0 pr\u00e9sent possible de d\u00e9finir ceux-ci en pr\u00e9cisant que c\u2019est \u00e0 dessein que je n\u00e9glige la nuance entretenue parfois entre phrase (entendue comme possibilit\u00e9 de r\u00e9alisation orale ou graphique de la pens\u00e9e) et \u00e9nonc\u00e9 (au sens de produit ou r\u00e9alisation concr\u00e8te de la possibilit\u00e9).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">D\u00e9finition<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Au stade actuel, \u00ab tours de phrase \u00bb et \u00ab expressions \u00bb formant une suite de mat\u00e9riaux \u00e9noncifs significatifs r\u00e9alis\u00e9s sont \u00e0 prendre pour des synonymes de circonstance. Par ailleurs, le concept \u00ab avertisseurs communicationnels \u00bb recouvre des cat\u00e9gories vari\u00e9es d\u2019actes de langage v\u00e9hiculant des contenus \u00e0 pr\u00e9tention de v\u00e9rit\u00e9 universelle, ou sous forme de conseils, de moralit\u00e9, d\u2019enseignement, etc. que sont les maximes, les adages, les dictons et surtout les proverbes. Cependant, il existe des ACA qui ne peuvent \u00eatre class\u00e9s dans la cat\u00e9gorie des proverbes et assimil\u00e9s. Par exemple, dire que \u00ab Sa maladie n\u2019est pas une maladie d\u2019h\u00f4pital \u00bb en parlant d\u2019un mal pernicieux dont souffre une personne, c\u2019est subodorer, au plan \u00e9tiologique, un facteur d\u2019ordre spirituel (col\u00e8re et sanction des dieux m\u00e9contents ou sort mal\u00e9fique re\u00e7u). Cet \u00e9nonc\u00e9 n\u2019est ni un proverbe ni une maxime, encore moins un adage ou un dicton. Pourtant, son contenu s\u2019appuie sur la repr\u00e9sentation sociale en circulation en C\u00f4te d\u2019Ivoire et m\u00eame en Afrique au sujet de la maladie, laquelle repr\u00e9sentation est en prise directe sur une certaine vision des choses, un \u00eatre-dans-le-monde du peuple. Par ailleurs, le contr\u00f4le \u00e9pilinguistique, seul juge de la conformit\u00e9 de l\u2019usage linguistique lors des multiples interactions, permet de faire un constat, \u00e0 savoir qu\u2019en termes d\u2019importance, les mots de la langue sont diff\u00e9renci\u00e9s sur l\u2019axe de la r\u00e9alisation de la vis\u00e9e communicative. En effet, certains y contribuent plus et y conduisent mieux que d\u2019autres. Les avertisseurs communicationnels africains attestent cette cat\u00e9gorisation \u00e0 double titre. D\u2019abord, lorsque, par leur \u00e9mergence dans la cha\u00eene \u00e9noncive, ils s\u2019imposent de fait, comme l\u2019unit\u00e9 nodale autour de laquelle s\u2019\u00e9veille la conscience de la hi\u00e9rarchie entre l\u2019ensemble des unit\u00e9s de la cha\u00eene. En effet, c\u2019est bien parce qu\u2019ils cr\u00e9ent l\u2019effet de surgissement qu\u2019ils se distinguent des autres unit\u00e9s, en faisant se focaliser l\u2019attention et l\u2019int\u00e9r\u00eat du co-participant \u00e0 l\u2019\u00e9change sur leur propre \u00e9mergence. Pour autant, les avertisseurs communicationnels africains ne fonctionnent pas pour eux-m\u00eames, car pour ainsi dire, ils pr\u00e9parent le terrain pour un contenu qui est le c\u0153ur m\u00eame du message auquel ils frayent un chemin sous forme d\u2019annonce. Et c\u2019est bien \u00e0 cette condition-l\u00e0 qu\u2019ils peuvent jouer leur r\u00f4le d\u2019\u00ab avertisseurs \u00bb, car on ne pr\u00e9vient qu\u2019au sujet de ce qui est \u00e0 venir. Sous ce rapport, il appara\u00eet tr\u00e8s clairement que par leur contenu, les avertisseurs communicationnels africains sont moins importants que ce qu\u2019ils annoncent explicitement, ou que leur pr\u00e9sence laisse pr\u00e9sumer. Sur cette base, je d\u00e9finis les avertisseurs communicationnels (AC) comme des<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">tours de phrases, des expressions dont la principale fonction dans l\u2019\u00e9change communicatif est de pr\u00e9venir un des participants \u00e0 l\u2019\u00e9change, ou d\u2019annoncer des contenus propositionnels constituant le v\u00e9ritable objet du message, le c\u0153ur informatif ou la vis\u00e9e communicative de l\u2019\u00e9change (Bohui, 2013, p. 176)<a class=\"footnote\" title=\"Cette d\u00e9finition est la version revue de la premi\u00e8re telle que propos\u00e9e dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma \u00bb paru en 2013 (voir \u00e9l\u00e9ments de bibliographie)\" id=\"return-footnote-1391-4\" href=\"#footnote-1391-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est le lieu d\u2019anticiper une possible \u00e9quivoque \u00e0 laquelle pourrait exposer le trait identitaire \u00ab africain \u00bb dans les ACA. Les avertisseurs communicationnels se rencontrent dans toutes les exp\u00e9riences de l\u2019usage linguistique au monde. Seules les cultures, les cosmogonies des peuples et les valeurs pragmatiques attach\u00e9es \u00e0 leur emploi op\u00e8rent une taxinomie et une diff\u00e9renciation de fonction \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience. Une approche comparative des mani\u00e8res de dire chez diff\u00e9rents peuples \u00e9tablirait des \u00e9quivalences ou des correspondances entre les \u00e9nonc\u00e9s ayant le m\u00eame \u00ab profil \u00bb. Le caract\u00e9risant <em>africain<\/em>\u00a0ne pr\u00e9tend donc pas nier qu\u2019il existe des sp\u00e9cificit\u00e9s au sein m\u00eame des peuples africains. Au contraire, il vise \u00e0 pr\u00e9ciser justement le poids de l\u2019impr\u00e9gnation de la culture endog\u00e8ne dans la construction du sens, comme le feraient des avertisseurs communicationnels chez des peuples non africains.<\/p>\n<h2>Cadres th\u00e9orique et m\u00e9thodologique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs communicationnels consacrent \u00e0 la fois le r\u00f4le central des sujets sociaux engag\u00e9s dans les interactions verbales et l\u2019importance du substrat culturel dans l\u2019encodage. Ce qui permet d\u2019entrevoir le cadre th\u00e9orique dans lequel est instruite la probl\u00e9matique des ACA.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cadre th\u00e9orique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Par leur vocation d\u2019agent d\u2019alerte ou d\u2019annonce dans l\u2019activit\u00e9 discursive, les ACA ont partie li\u00e9e au ph\u00e9nom\u00e8ne global des actes de langage th\u00e9oris\u00e9s par J. L. Austin (1970) et dont la pragmatique, en tant qu\u2019elle \u00ab\u00a0s\u2019int\u00e9resse aux relations des signes avec leurs utilisateurs, \u00e0 leur emploi et \u00e0 leurs effets\u00a0\u00bb (Maingueneau, 1996, p. 65) est pour ainsi dire le manifeste. Qu\u2019il s\u2019agisse de <em>Le jour est long mais en m\u00eame temps il est court<\/em>\u00a0ou de de\u00a0<em>Si au petit matin il entend les coqs chanter, c\u2019est moi qui le remercie<\/em>, ces \u00e9nonc\u00e9s, en manifestant une relation intersubjective, des flux d\u2019influence mutuelle, montrent comment \u00ab l\u2019usage de la parole est aussi une modalit\u00e9 de l\u2019agir \u00bb (Sarfati, 2002, p. 21). \u00c0 ce propos, les fonctions socio-discursives des ACA manifestent le pouvoir actionnel de l\u2019usage linguistique au double plan locutionnaire et perlocutionnaire. Ainsi, les ACA peuvent \u00eatre vecteurs de construction de l\u2019ethos, de la face ou du territoire, du pouvoir transformationnel de l\u2019\u00e9tat psychologique, intellectuel, id\u00e9ologique, cognitif d\u2019une personne, c\u2019est-\u00e0-dire de la capacit\u00e9 persuasive du langage, qu\u2019il s\u2019agisse de \u00ab la dimension argumentative \u00bb ou de \u00ab la vis\u00e9e argumentative \u00bb (Amossy, 2000, p. 24). \u00c0 la v\u00e9rit\u00e9, les ACA op\u00e8rent \u00e9galement dans nombre de situations de gestion des relations intersubjectives \u00e0 travers les amadoueurs, les d\u00e9sarmeurs, les adoucisseurs, etc. et leurs antonymes. Ce qui les place de fait au c\u0153ur de la probl\u00e9matique des \u00ab manifestations linguistiques de la politesse \u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1996, p. 55) sans s\u2019y limiter \u00e9videmment. Ainsi, en ce qui concerne la fonction adoucissante par exemple, l\u2019annonce du d\u00e9c\u00e8s d\u2019une autorit\u00e9 en pays agni est entour\u00e9e de pr\u00e9caution verbale empruntant la voie de l\u2019euph\u00e9misme imag\u00e9. Aux effets du choc \u00e9motionnel pr\u00e9sum\u00e9 de la verdeur de l\u2019expression \u00ab Le chef est mort \u00bb on pr\u00e9f\u00e8rera l\u2019effet quasi anesth\u00e9siant de la pudicit\u00e9 de \u00ab Le chef a mal au pied \u00bb. Les ACA couvrent ainsi toutes les situations de communication dans lesquelles les sujets sociaux peuvent se trouver impliqu\u00e9s. Et, bien que la culture jouisse d\u2019un statut privil\u00e9gi\u00e9 en tant qu\u2019elle joue un r\u00f4le important dans le processus interpr\u00e9tatif, <span style=\"font-size: 1em\">le <\/span><span style=\"font-size: 1em\">\u00ab tout culturel \u00bb (Paveau et Sarfati, 2003, p. 231) de la pragmatique culturelle de l\u2019\u00e9cole de Palo Alto n\u2019est pas du tout de mon centre d\u2019int\u00e9r\u00eat. Cela ouvre au volet m\u00e9thode de l\u2019\u00e9tude.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cadre m\u00e9thodologique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En raison de leur eurocentrisme, les m\u00e9thodes et leurs instruments d\u2019analyse convoqu\u00e9s au sujet des ACA montrent leurs limites op\u00e9rationnelles. Ils sont bien souvent inaptes \u00e0 mettre au jour leur expressivit\u00e9 profonde dans la mesure o\u00f9 ils tiennent pour n\u00e9gligeables voire excluent les repr\u00e9sentations sociales en circulation et qui informent les mani\u00e8res de dire \u00e0 l\u2019africaine. Mon exp\u00e9rience personnelle d\u2019analyste de discours frustr\u00e9 face \u00e0 l\u2019insatisfaction due \u00e0 une sorte de d\u00e9perdition du sens est assez \u00e9difiante \u00e0 ce propos. Cette frustration est d\u2019ailleurs partag\u00e9e par des pionniers africains. Ainsi, Zadi Zaourou (1978) formule une critique contre le sch\u00e9ma que dresse Roman Jakobson \u00e0 la suite des fonctions de la communication qu\u2019il a th\u00e9oris\u00e9es. Cette critique porte sur le fait que la mod\u00e9lisation de la circulation de la parole, \u00e0 travers le sch\u00e9ma de la communication, en se focalisant sur la lin\u00e9arit\u00e9 suivant le mod\u00e8le europ\u00e9en, ignore d\u2019autres modes de circulation de la parole, notamment celui de l\u2019Afrique. Zadi met ainsi en relief l\u2019exp\u00e9rience africaine de la parole selon laquelle l\u2019\u00e9change communicatif n\u2019a pas toujours une trajectoire lin\u00e9aire fig\u00e9e, car en fonction des circonstances et des objets, l\u2019alternance de la parole peut s\u2019inscrire dans une dynamique triadique, avec l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne d\u2019un tiers jouant le r\u00f4le d\u2019un agent rythmique ou modulateur. Au fond, l\u2019objet v\u00e9ritable de Zadi, au-del\u00e0, et \u00e0 cause des limites des outils d\u2019analyse euro-centr\u00e9s appliqu\u00e9s au mode du dire africain, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la sp\u00e9cificit\u00e9 dudit mode. Par la suite, Zadi appelle \u00e0 la construction d\u2019une po\u00e9tique sp\u00e9cifiquement africaine, par les Africain\u00b7es eux\u00b7elles-m\u00eames, et, dans cette posture, d\u00e9passe les fonctions jakobsoniennes en proposant d\u2019abord la fonction symbolique, puis la fonction initiatique. Il sera suivi plus tard par d\u2019autres th\u00e9oricien\u00b7nes africain\u00b7es. Parmi eux, Atsain N\u2019cho Fran\u00e7ois. Faisant le constat de l\u2019\u00e9chec, selon lui, du traitement du sens par une herm\u00e9neutique \u00ab exog\u00e8ne et extravertie \u00bb, Atsain (2011) prend r\u00e9solument parti pour \u00ab l\u2019\u00e9dification d\u2019une po\u00e9tique africaine qui ne soit du mim\u00e9tisme calqu\u00e9 sur des mod\u00e8les \u00e9trangers \u00bb (p. 8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Except\u00e9 le caract\u00e8re id\u00e9ologique de la \u00ab revendication \u00bb, l\u2019aspiration \u00e0 une m\u00e9thode garantissant une plus grande efficacit\u00e9 des outils d\u2019analyse rencontre l\u2019option d\u2019une approche inclusive que je d\u00e9fends comme condition de l\u2019efficacit\u00e9 recherch\u00e9e. Il ne s\u2019agit donc pas de cr\u00e9er une m\u00e9thode africaine d\u2019analyse de discours, mais d\u2019adapter celle-ci \u00e0 travers la prise en compte de l\u2019exigence d\u2019une comp\u00e9tence culturelle. Car un processus de traitement du sens d\u00e9contextualis\u00e9 ne peut rendre raison du potentiel de productivit\u00e9 s\u00e9mantique et pragmatique des actes de langage tels que les ACA. C\u2019est dans cette perspective que se l\u00e9gitiment les \u00e9tapes d\u2019un protocole interpr\u00e9tatif esquissant ce qui pourrait d\u00e9boucher \u00e0 terme sur une v\u00e9ritable m\u00e9thode avec des r\u00e8gles et principes clairs et structur\u00e9s; un champ lexical appropri\u00e9 et pertinent; un objet\/des objets, etc.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Vers une approche endog\u00e8ne<strong>\u00a0 <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs communicationnels africains forment la mati\u00e8re, l\u2019objet d\u2019\u00e9tude \u00e0 partir duquel s\u2019op\u00e9rationnalise l\u2019approche endog\u00e8ne dont l\u2019efficacit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e doit apporter une plus-value de rendement sur l\u2019expressivit\u00e9 sous-exploit\u00e9e de ces faits de discours. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 \u00e0 ce propos, et \u00e0 plusieurs reprises le r\u00f4le du substrat culturel et la charge cosmogonique. Je me limiterai \u00e0 pr\u00e9senter l\u2019esquisse de l\u2019approche endog\u00e8ne. Pour la pr\u00e9sente contribution, elle se d\u00e9cline en quatre (4) notions-\u00e9tapes :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li>la vis\u00e9e communicative (ViCom) : c\u2019est le c\u0153ur informatif, l\u2019objet m\u00eame du message de l\u2019avertisseur communicationnel sous sa double caract\u00e9ristique illocutionnaire et perlocutionnaire. Ainsi, lorsque dans <em>Les Soleils des ind\u00e9pendances<\/em> (1970), le narrateur \u00e9voque subrepticement l\u2019\u00e9tat psychologique de Fama, victime de railleries d\u00e9gradantes et humiliantes, c\u2019est pour annoncer, de sa part, une r\u00e9action vigoureuse pour la d\u00e9fense de son honneur et sa dignit\u00e9 bafou\u00e9e. Seule cette r\u00e9action pour l\u2019honneur et la dignit\u00e9 apportera la preuve de ce que Fama n\u2019est pas un d\u00e9ficient olfactif, car elle t\u00e9moignera de ce qu\u2019il a bien senti la pestilence du pet de l\u2019effront\u00e9 : \u00ab \u00c0 renifler avec discr\u00e9tion le pet de l\u2019effront\u00e9, il vous juge sans nez. Fama se leva et tonna \u00e0 faire vibrer l\u2019immeuble [\u2026] \u00bb (Kourouma, 1970, p. 14).<\/li>\n<li>La cha\u00eene \u00e9noncive (CE<strong>)\u00a0:<\/strong> elle renvoie \u00e0 une suite d\u2019unit\u00e9s linguistiques de volume variable pouvant aller d\u2019une seule phrase \u00e0 plusieurs, et qui constitue une entit\u00e9 s\u00e9mantique autonome soit mat\u00e9riellement form\u00e9e, soit pr\u00e9sum\u00e9e ou virtuelle. La cha\u00eene \u00e9noncive correspondrait au niveau locutionnaire des actes de langage dans la distinction \u00e9tablie par Austin (1970).<\/li>\n<li>Le point d\u2019ancrage (PAge) <strong>:<\/strong> il d\u00e9signe le lieu d\u2019o\u00f9 surgit, dans la cha\u00eene \u00e9noncive, une unit\u00e9 ou suite d\u2019unit\u00e9s linguistique(s) jug\u00e9e(s) inattendue(s) ou anomale(s) et qui enclenche(nt) le processus cognitif sur son\/leur mode de signifiance.<\/li>\n<li>La comp\u00e9tence culturelle\u00a0(CC<strong>)\u00a0: <\/strong>notion centrale, la comp\u00e9tence culturelle d\u00e9signe tout \u00e0 la fois l\u2019univers de croyances, le syst\u00e8me de valeurs, le rapport cosmogonique au monde de l\u2019Africain\u00b7e tels qu\u2019ils innervent l\u2019activit\u00e9 discursive et s\u2019invitent dans les ACA et le dire. La connaissance, par l\u2019analyste, de ce capital culturel est le r\u00e9quisit fondamental pour l\u2019analyse efficace de l\u2019avertisseur communicationnel. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la comp\u00e9tence culturelle que l\u2019analyste pourra \u00e9tablir une taxinomie des avertisseurs communicationnels. Ainsi, par exemple, \u00ab\u00a0Si au petit matin il entend des coqs chanter, c\u2019est moi qui le remercie\u00a0\u00bb, pr\u00e9figure toujours l\u2019expression d\u2019une profonde gratitude et des remerciements \u00e9mus. Cet avertisseur ne peut \u00eatre convoqu\u00e9 dans aucune autre situation d\u2019interaction. Il en va de m\u00eame pour ceux par lesquels on \u00ab\u00a0demande la route\u00a0\u00bb\u00a0: ils ne sont d\u00e9di\u00e9s qu\u2019\u00e0 cet usage, ou d\u2019autres encore vou\u00e9s \u00e0 l\u2019annonce d\u2019une nouvelle triste, un malheur, un aveu d\u2019impuissance face \u00e0 une situation, une heureuse surprise, etc.<\/li>\n<\/ul>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La contribution s\u2019est attel\u00e9e \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 grands traits les avertisseurs communicationnels africains. L\u2019exercice s\u2019est appuy\u00e9 sur une d\u00e9marche qui, elle-m\u00eame, part du constat selon lequel chaque corps sociologique constitue une entit\u00e9 intrins\u00e8que au plan culturel, de l\u2019univers de croyances, du mode de pens\u00e9e, etc. Sur la base de ce constat, et vu qu\u2019il existe une interaction fusionnelle entre ces donn\u00e9es et la fa\u00e7on qu\u2019a chaque corps sociologique d\u2019habiter et dire le monde, tout processus d\u2019assignation de sens pens\u00e9 ailleurs se trouve consubstantiellement limit\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019applique \u00e0 des faits de langage relevant d\u2019une autre exp\u00e9rience du dire. Autrement dit, malgr\u00e9 l\u2019op\u00e9rativit\u00e9 \u00e9tablie des m\u00e9thodes d\u2019analyse euro-centr\u00e9es, elles sont condamn\u00e9es \u00e0 une sous-interpr\u00e9tation des avertisseurs communicationnels africains. En cause le fait qu\u2019elles rel\u00e8guent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie la charge cosmogonique qu\u2019elles sont intrins\u00e8quement inaptes \u00e0 prendre en charge alors m\u00eame que la cosmogonie innerve les ACA qui les reconfigurent r\u00e9trospectivement. Pour rem\u00e9dier \u00e0 cette situation d\u2019insatisfaction sur le traitement du sens \u00e0 partir de ces actes de langage, la contribution propose une approche endog\u00e8ne au c\u0153ur de laquelle se trouve la comp\u00e9tence culturelle comme exigence d\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2000. <em>L\u2019argumentation dans le discours<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Atsain, N\u2019cho Fran\u00e7ois. 2011. <em>Echec du sens\u00a0: prol\u00e9gom\u00e8nes \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des po\u00e9tiques africaines. <\/em>Th\u00e8se de doctorat d\u2019Etat soutenue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Austin, Langshaw John. 1970. <em>Quand dire, c\u2019est faire<\/em> (traduit de l\u2019anglais par Gilles Lane). Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2002. <em>Si au petit matin<\/em>\u2026 Dans <em>En-qu\u00eate<\/em>, <em>Revue scientifique des Lettres, Arts et Sciences humaines<\/em>. N\u00b09. Abidjan\u00a0: EDUCI, p. 7-27.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2013. Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma. Dans Bohui Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire (Dir.), <em>Cr\u00e9ation, Langue et Discours<\/em> <em>dans l&rsquo;\u00e9criture d\u2019Ahmadou Kourouma<\/em>. Actes du Colloque Ahmadou Kourouma, un \u00e9crivain total. Volume 1. URL : <a href=\"http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php\">http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diop, Birago. 1960. <em>Leurres et lueurs<\/em> (3e \u00e9dition). Paris\u00a0: Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1996. <em>La conversation<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kourouma, Ahmadou. 1970. <em>Les Soleils des Ind\u00e9pendances<\/em>. Paris\u00a0: Seuil<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 1996. <em>Les termes cl\u00e9s de l\u2019analyse du discours<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9mel-Fot\u00ea, Harris. 1998. <em>Les repr\u00e9sentations de la sant\u00e9 et de la maladie chez les Ivoiriens<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne &amp; Sarfati, Georges-Elia. 2003. <em>Les grandes th\u00e9ories de la linguistique<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sarfati, Georges-Elia. 2002. <em>Pr\u00e9cis de pragmatique<\/em>. Paris\u00a0: Nathan<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zadi, Zaourou Bernard. 1978. <em>C\u00e9saire entre deux cultures<\/em>. Abidjan : Nouvelles \u00c9ditions Abidjanaises.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/djedje-hilaire-bohui\">Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire BOHUI<\/a><\/strong><br \/>Africain d\u2019origine ivoirienne ayant pour langue maternelle le bh\u00e9t\u00e9, langue de l\u2019aire linguistique Krou parl\u00e9e dans le centre-ouest de la C\u00f4te d\u2019Ivoire par les Bh\u00e9t\u00e9s. Ceux-ci font partie du tierc\u00e9 des composantes sociologiques les plus importantes du pays, d\u2019un point de vue d\u00e9mographique. Enseignant-chercheur, professeur des universit\u00e9s \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny Abidjan Cocody (C\u00f4te d\u2019Ivoire), \u00c9cole Doctorale Soci\u00e9t\u00e9, Communication, Arts, Lettres et Langues (ED SCALL), \u00c9quipe de Recherche : Communication, Politique et Soci\u00e9t\u00e9 (ER CPS).<\/p>\n<p>Courriel : hilairbohui@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1391-1\">Peuple de l\u2019Est de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. <a href=\"#return-footnote-1391-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1391-2\">Peuple de l\u2019ouest de la C\u00f4te d\u2019Ivoire <a href=\"#return-footnote-1391-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1391-3\">Le terme \u00ab sou\u00e9honnon \u00bb, ou \u00ab sou\u00e9wron \u00bb de la langue bh\u00e9t\u00e9 de Gagnoa, est compos\u00e9 de <em>sou\u00e9<\/em> qui veut dire domicile, maison ou chez soi, et <em>honon<\/em>\/<em>wron<\/em> qui signifie femme. <em>Sou\u00e9honon<\/em>\/<em>sou\u00e9wron,<\/em> c\u2019est donc, au sens litt\u00e9ral, la femme de la maison, avec l\u2019id\u00e9e de premi\u00e8re femme et, \u00e0 ce titre, quasiment la propri\u00e9taire du domicile. <a href=\"#return-footnote-1391-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1391-4\">Cette d\u00e9finition est la version revue de la premi\u00e8re telle que propos\u00e9e dans l\u2019article intitul\u00e9 \u00ab Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma \u00bb paru en 2013 (voir \u00e9l\u00e9ments de bibliographie) <a href=\"#return-footnote-1391-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["djedje-hilaire-bohui"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[139],"license":[],"class_list":["post-1391","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-avertisseurs-communicationnels-africains","motscles-chaine-enoncive","motscles-competence-culturelle","motscles-point-dancrage","motscles-visee-communicative","keywords-african-communication-alarms","keywords-anchorage","keywords-communicative-aim","keywords-cultural-competence","keywords-utterance-chain","motscles-autre-bhetes-na-li-na-yibhlele","motscles-autre-bhulweli","motscles-autre-bhulweli-na-zakp","motscles-autre-kukpa-na-du-me-na-bhuls-me-na-weli-cibhi","motscles-autre-kuwloleweli","contributor-djedje-hilaire-bohui"],"part":53,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1391","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":40,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1391\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1653,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1391\/revisions\/1653"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/53"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1391\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1391"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1391"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1391"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1391"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}