{"id":1404,"date":"2024-09-24T18:26:45","date_gmt":"2024-09-24T16:26:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=1404"},"modified":"2025-08-05T22:09:36","modified_gmt":"2025-08-05T20:09:36","slug":"lezou-koffi2024b","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/lezou-koffi2024b\/","title":{"rendered":"Les avertisseurs communicationnels africains. Contribution \u00e0 une aventure th\u00e9orique"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'aventure th\u00e9orique du discours (Maldidier 1990, 1993) initi\u00e9e par Michel P\u00eacheux s'est d\u00e9velopp\u00e9e progressivement, avec des allers-retours, des remises en question et, bien heureusement, des avanc\u00e9es. L'objectif \u00e9tait de construire un cadre conceptuel capable de saisir la complexit\u00e9 du discours en tant qu'articulation entre les structures linguistiques et les processus historiques et id\u00e9ologiques. Maldidier (1990, 1993) retrace fort justement cette dynamique de recherche, faite d'hypoth\u00e8ses, de d\u00e9bats et de reformulations visant la caract\u00e9risation du discours et de son r\u00f4le dans la production du sens social et politique. Depuis lors, en France, l\u2019analyse du discours a bien progress\u00e9 d\u2019un double point de vue institutionnel et disciplinaire avec une d\u00e9marche ainsi qu\u2019un appareillage conceptuel et m\u00e9thodologique qui ont engendr\u00e9 une v\u00e9ritable \u00ab \u00c9cole fran\u00e7aise d\u2019Analyse du Discours \u00bb reconnue internationalement pour ses apports th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis, l\u2019analyse du discours fran\u00e7aise a \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re significative. Son influence s'est m\u00eame \u00e9tendue au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de son berceau, atteignant les rives africaines subsahariennes. En C\u00f4te d\u2019Ivoire, une autre aventure commence sous la forme d\u2019une proposition conceptuelle\u00a0: les avertisseurs communicationnels africains (ACA). Selon Bohui (2002 et 2013), les ACA d\u00e9signent des \u00e9l\u00e9ments verbaux, des tournures de phrases ou des expressions, dont la fonction principale est d'annoncer des contenus propositionnels plus importants. En d'autres termes, les ACA, au sens de leur concepteur, servent de signaux pour attirer l'attention sur les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du discours figurant dans un \u00e9nonc\u00e9 ult\u00e9rieur. Cette proposition conceptuelle t\u00e9moigne de l'enrichissement et de la diversification de l'analyse du discours, qui s'adapte aux sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles et communicationnelles des r\u00e9gions du monde o\u00f9 les discours sont engendr\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce stade embryonnaire, ces investigations ouvrent diverses pistes de r\u00e9flexion sur les caract\u00e9ristiques des ACA d'un point de vue interactionnel, syntaxique et discursif; l'identification et le classement des types d'ACA; la pertinence et l'applicabilit\u00e9 des ACA selon les particularit\u00e9s culturelles, linguistiques et discursives africaines; les implications argumentatives et pragmatiques; la contribution des ACA \u00e0 l'\u00e9mergence d'un discours et d'une identit\u00e9 culturelle africains et enfin, le statut linguistique de la parole africaine. Cette derni\u00e8re observation est au c\u0153ur de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, car \u2013 et c'est l\u00e0 une hypoth\u00e8se - la dimension linguistique semble avoir \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9e par les linguistes africain\u00b7es, alors que la parole africaine a \u00e9t\u00e9 largement \u00e9tudi\u00e9e par les oralistes et les anthropologues. La description des pratiques langagi\u00e8res africaines rev\u00eat ici toute sa pertinence. Prenons par exemple la contradiction en tant que fait discursif. C'est un aspect int\u00e9ressant \u00e0 explorer dans l'\u00e9tude des usages linguistiques en Afrique. Comment s'exprime-t-elle dans les diff\u00e9rentes langues et cultures africaines? Quelles en sont les fonctions et les significations? Dans le Courrier de l\u2019UNESCO (1993), Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 explique que l\u2019emploi de la formule \u00ab ses deux pieds sont d\u2019accord \u00bb signifie le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un individu, car les pieds d\u2019un d\u00e9funt ne bougent plus. Et de poursuivre en expliquant que \u00ab la vie est mouvement et celui-ci commence avec la contradiction des membres. [...] La non-contradiction \u00e9quivaut a\u0300 la mort \u00bb (p. 22). Cette acception s\u2019oppose \u00e0 celle de Kerbrat-Orecchioni qui r\u00e9v\u00e8le que \u00ab le principe de non-contradiction \u00e9tant dans notre culture du moins, consid\u00e9r\u00e9 comme le r\u00e9quisit fondamental cens\u00e9 r\u00e9gir l\u2019ensemble des comportements humains (et en particulier verbaux), la contradiction fait pour la communaut\u00e9 parlante figure de faute argumentative par excellence\u00a0 \u00bb (1984, p. 48). On le voit, ces deux acceptions proposent des grilles d\u2019analyse diff\u00e9rentes du m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne langagier o\u00f9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre social est fond\u00e9 sur la contradiction tandis que de l\u2019autre, l\u2019\u00e9quilibre provient de la non-contradiction. Or, par habitude, les analyses de chercheur\u00b7euses africain\u00b7es se seraient fond\u00e9es sur la conception de Kerbrat-Orecchioni, r\u00e9f\u00e9rence en analyse du discours, malgr\u00e9 la r\u00e9serve li\u00e9e \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle qu\u2019elle-m\u00eame \u00e9nonce dans le propos cit\u00e9. Dans d\u2019autres cas, certaines revues scientifiques, africaines ou pas, auraient sugg\u00e9r\u00e9 LA r\u00e9f\u00e9rence comme ancrage th\u00e9orique de la contribution propos\u00e9e. La proposition conceptuelle des ACA offre une opportunit\u00e9 pr\u00e9cieuse de r\u00e9v\u00e9ler ce malaise mais \u00e9galement, au-del\u00e0 de la simple description d'une pratique langagi\u00e8re sp\u00e9cifique, d\u2019expliquer que la description d'une r\u00e9alit\u00e9 culturellement marqu\u00e9e, qu'elle soit africaine ou non, n\u00e9cessite un ancrage solide dans les contextes socioculturel et linguistique dont elle \u00e9merge. Cela exige de caract\u00e9riser et de d\u00e9finir linguistiquement et discursivement, la parole africaine, ses valeurs et ses fonctions. \u00c0 partir des exemples illustrant les ACA tir\u00e9s des travaux fondateurs sur les ACA, il est possible de r\u00e9fl\u00e9chir sur l'identification de certains lieux privil\u00e9gi\u00e9s de leur d\u00e9ploiement, comme le rituel de demande des nouvelles et la probl\u00e9matique du tiers.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">D\u00e9finition et illustrations des avertisseurs communicationnels\u00a0africains (ACA)<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Deux articles publi\u00e9s en 2002 et 2013 introduisent la proposition conceptuelle de Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire Bohui de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny (C\u00f4te d\u2019Ivoire). \u00c0 ce stade, les ACA sont strictement syntaxiques. Il s'agit de structures de phrases ou d'expressions qui ont pour fonction d'annoncer des contenus propositionnels plus importants dans l'\u00e9change communicatif. Autrement dit, les ACA servent \u00e0 introduire ou \u00e0 signaler des informations cl\u00e9s qui vont suivre dans la communication. L\u2019on en distingue deux cat\u00e9gories : notoires et partiels. Exclusivement illustr\u00e9s \u00e0 partir de corpus litt\u00e9raires, la description des avertisseurs communicationnels rev\u00eat une triple dimension syntaxique, \u00e9nonciative et argumentative.<\/p>\r\n\r\n<h3>Corpus d\u2019analyse<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les avertisseurs communicationnels notoires<\/strong><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 1 :\r\n\u00ab - Dis-lui, Esmel...\r\n- Oui\r\n- <strong>Si au petit matin il entend des coqs chanter...<\/strong>\r\n- Oui\r\n- Dis-lui que c\u2019est moi qui le remercie.\r\n- Oui\r\n- Que s\u2019il entend le coq de pagode au lever du soleil...\r\n- Oui\r\n- Dis-lui que c\u2019est moi qui le remercie \u00bb (Bernard Zadi Zaourou, cit\u00e9 par Bohui, 2013, p. 171).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 2 :\r\n\u00ab <strong>\u00c0 renifler avec discr\u00e9tion le pet de l\u2019effront\u00e9, il vous juge sans nez.<\/strong> Fama se leva et tonna \u00e0 faire vibrer l\u2019immeuble [\u2026] \u00bb (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, <em>ibid<\/em>., p. 179).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 3 :\r\n\u00ab <strong>La v\u00e9rit\u00e9 comme le piment m\u00fbr rougit les yeux mais les cr\u00e8ve pas.<\/strong> Allah a fig\u00e9 des sorts d\u00e9finitivement. Ton mari, je te le dis d\u2019un int\u00e9rieur et d\u2019une bouche clairs, ne f\u00e9condera pas les femmes. Il est st\u00e9rile comme le roc, comme la poussi\u00e8re et l\u2019harmattan. Voil\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, la seule \u00bb (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, <em>ibid<\/em>.).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les avertisseurs communicationnels partiels<\/strong><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 4 :\r\n\u00abEuh! Euh!... <strong>Rappelez-vous, mai\u0302tre, votre enfance. Je chassais encore...<\/strong> \u00bb. Et les palabres s\u2019alimentaient des histoires de chasse de Balla (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, <em>ibid<\/em>.).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 5 :\r\n<strong>Pourquoi les Malinke\u0301s fe\u0302tent-ils les fune\u0301railles du quarantie\u0300me jour d\u2019un enterre\u0301?<\/strong> Parce que Quarante jours exactement apre\u0300s (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, ibid.).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Caract\u00e9risation des ACA<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs notoires qui sont identifiables \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments de diff\u00e9rentes natures que l\u2019on regroupe en quatre points syntaxique, fonctionnel, \u00e9nonciatif et discursif. Du point de vue syntaxique, les ACA si\u00e8gent g\u00e9n\u00e9ralement dans des phrases complexes dont ils forment la premi\u00e8re proposition, c\u2019est-\u00e0-dire celle en position initiale dans la phrase. C\u2019est ce qui, d\u2019ailleurs, justifie leur statut d\u2019avertisseurs. Du point de vue fonctionnel, les ACA introduisent et mettent en relief une information importante \u00e0 venir. Ils ont donc une fonction d\u2019alerte \u00e0 laquelle diff\u00e9rentes modalit\u00e9s \u00e9nonciatives servent de support. Ils peuvent prendre la forme d'\u00e9nonc\u00e9s assertifs, injonctifs ou interrogatifs. Enfin, le point de vue discursif est manifest\u00e9 par les formes par\u00e9miologiques ou m\u00e9taphoriques. Les ACA peuvent rev\u00eatir une dimension proverbiale ou figur\u00e9e pour renforcer leur impact. Quant aux avertisseurs partiels ou d\u00e9riv\u00e9s, ils remplissent partiellement les crit\u00e8res ci-dessus cit\u00e9s sans qu\u2019aucun ne soit essentiel pour garantir le statut d\u2019avertisseur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur les Ex. 4 et Ex. 5, seul le crit\u00e8re de pr\u00e9-position est op\u00e9ratoire. Les deux \u00e9nonc\u00e9s, \u00e0 la forme affirmative et interrogative, signalent, rappellent des savoirs endog\u00e8nes et\/ou des souvenirs individuels pour d\u00e9crypter le pr\u00e9sent. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019Ex. 4 rappelle des faits pass\u00e9s et donc ant\u00e9rieurs au moment de l\u2019\u00e9nonciation, tandis que l\u2019Ex. 5 invoque la m\u00e9moire collective \u00e9lucidant des us et coutumes. Aucune particularit\u00e9 syntaxique n\u2019est \u00e0 signaler. En r\u00e9alit\u00e9, le caract\u00e8re partiel n\u2019est pas clairement illustr\u00e9. Seul le d\u00e9ficit de la fonction d\u2019annonce pourrait faire perdre aux ACA partiels, le statut d\u2019avertisseur. En effet, les autres caract\u00e8res aux niveaux syntaxique, \u00e9nonciatif et discursif ne semblent pas porter intrins\u00e8quement ce trait d\u2019avertisseur, c\u2019est-\u00e0-dire que ni les par\u00e9mies, ni les modalit\u00e9s \u00e9nonciatives \u00e9nonc\u00e9es, ni les propositions syntaxiques ne sont n\u00e9cessaires, dans leur nature, pour former des ACA.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: left\">Discussions<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019inscris la pr\u00e9sente discussion dans la continuit\u00e9 des questionnements de Bohui (2013, p.\u00a0186), au terme de ses propres r\u00e9flexions. J\u2019interroge ici l\u2019identit\u00e9 africaine des avertisseurs et leurs pr\u00e9cautions \u00e9nonciatives.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">De l\u2019identit\u00e9 africaine des ACA<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte postcolonial en qu\u00eate de d\u00e9colonisation, la question de l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est \u00e9minemment politique et cruciale. Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que dans divers domaines et sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9s, la probl\u00e9matique de l\u2019apport des Africain\u00b7es et de l\u2019Afrique revienne r\u00e9guli\u00e8rement. \u00c0 l\u2019instar de la litt\u00e9rature africaine, puis de la philosophie africaine, pour ne citer que les d\u00e9bats les plus retentissants, les sp\u00e9cialistes d\u2019analyse du discours tentent de caract\u00e9riser les sp\u00e9cificit\u00e9s de leurs pratiques et les ACA arrivent dans le sillage de cette dynamique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue de la d\u00e9nomination, l\u2019\u00e9pith\u00e8te <em>africain<\/em>\u00a0laisse penser qu\u2019il en existerait dans d\u2019autres aires g\u00e9ographiques. Bohui le confirme d\u2019ailleurs en les identifiant \u00e0 des<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Expressions du genre \u00ab \u00c0 mon humble avis, vous devriez\u2026 \u00bb; \u00ab puis-je vous poser une question ? \u00bb; \u00ab Si je peux me permettre\u2026 \u00bb; etc. qui, pour \u00eatre des pr\u00e9cautions de \u00ab biens\u00e9ance \u00bb ne sont pas moins des formes d\u2019incursions dans le territoire de l\u2019allocutaire, et davantage encore des modalit\u00e9s d\u2019annonce d\u2019un contenu communicatif qu\u2019elles pr\u00e9figurent (2013, p. 173).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces expressions sont fran\u00e7aises, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles sont ancr\u00e9es socialement et culturellement dans la culture fran\u00e7aise. Dans ce contexte, elles r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 des pr\u00e9cautions oratoires inh\u00e9rentes au cadre interlocutif. D\u2019embl\u00e9e, et en les rapprochant des d\u00e9finitions et illustrations exploit\u00e9es pour les ACA, l\u2019on note des diff\u00e9rences qui appellent des commentaires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019une part, avec ces exemples, le trait de la pr\u00e9caution oratoire est grossi et la gestion de la face de l\u2019interlocuteur semble \u00eatre la principale vis\u00e9e de l\u2019interaction. D\u2019un point de vue \u00e9nonciatif, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab \u00c0 mon humble avis, vous devriez\u2026 \u00bb exprime un conseil voire une proposition. La pr\u00e9caution oratoire relative \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 (\u00ab humble avis \u00bb) et le conditionnel pr\u00e9sent accentuent le caract\u00e8re facultatif de la suite de l\u2019\u00e9nonc\u00e9. La proposition \u00ab puis-je vous poser une question? \u00bb postule une demande d\u2019autorisation m\u00eame si, dans le contexte d\u2019un d\u00e9bat, la question peut s\u2019av\u00e9rer rh\u00e9torique. Enfin, l\u2019expression \u00ab si je peux me permettre \u00bb introduit de la part du locuteur, une opinion ou un commentaire, en particulier lorsqu\u2019il pense qu'il pourrait \u00eatre per\u00e7u comme intrusif ou non sollicit\u00e9. L\u2019expression signale alors que ce dernier est conscient des limites sociales dont il ne souhaite pas d\u00e9passer les fronti\u00e8res. En m\u00eame temps, la m\u00eame expression peut marquer un accord comme dans la phrase : \u00ab une belle acquisition madame, si je peux me permettre \u00bb. Ces exemples mettent en exergue l\u2019ancrage interlocutif de l\u2019emploi de ces avertisseurs, c\u2019est-\u00e0- dire qu\u2019ils travaillent surtout \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 et \u00e0 la continuit\u00e9 de l\u2019interaction. Cependant, la fonction annonciatrice n\u2019appara\u00eet pas aussi \u00e9vidente hors contexte que celle de la pr\u00e9caution oratoire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Revenant aux ACA, m\u00eame si l\u2019on admet que l\u2019\u00e9lucidation de leur sens devrait prendre en compte le substrat culturel dans lequel ils sont inscrits pour acc\u00e9der \u00e0 des significations plus profondes et contextualis\u00e9es, la question des arguments en faveur de leur nature africaine reste enti\u00e8re. Au demeurant, dans d\u2019autres disciplines, notamment en philosophie et en litt\u00e9rature, ces d\u00e9bats de nature identitaire ont eu lieu sans avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement tranch\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il n\u2019existe pas de consensus d\u00e9finitif sur les crit\u00e8res permettant de d\u00e9finir de mani\u00e8re fiable et pertinente \u00ab l\u2019africanit\u00e9 \u00bb d\u2019une pratique sociale ou artistique. Diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019aire g\u00e9ographique, des traditions culturelles, des pratiques linguistiques et religieuses pourraient \u00eatre \u00e9voqu\u00e9s certes, mais leur importance relative et leur statut d\u00e9cisif restent sujets \u00e0 caution. Dans le cas des avertisseurs communicationnels, alors que les exemples fondateurs sont originellement en fran\u00e7ais, l\u2019africanit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s pourrait surgir des interf\u00e9rences et de la rh\u00e9torique imag\u00e9e, v\u00e9hicul\u00e9es des \u00e9nonc\u00e9s par\u00e9miologiques et idiomatiques mais \u00e9galement des contextes sp\u00e9cifiques d\u2019o\u00f9 ils surgissent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Reprenons la \u00ab tournure m\u00e8re \u00bb (Bohui 2013, p. 174) consign\u00e9e dans l\u2019Ex. 1 : \u00ab [\u2026] Si au petit matin il entend des coqs chanter [\u2026] Dis-lui que c\u2019est moi qui le remercie \u00bb. Un locuteur natif reconna\u00eet l\u00e0 une variante d\u2019une expression idiomatique de la gratitude que l\u2019on retrouve dans plusieurs langues ivoiriennes. Les variantes <em>a<\/em><em>gni, koulango et b\u00e9t\u00e9<\/em> sont pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessous\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>(1) En koulango[footnote]Langue Gur parl\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Ghana.[\/footnote] :\r\n[benihal\u026akas\u028a\u028a\u025fasole]\r\n<strong>\u00ab Lorsqu\u2019il fera jour, re\u00e7ois ton remerciement. \u00bb<\/strong>\r\n\r\n(2) En agni[footnote]Langue Kwa parl\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Ghana.[\/footnote] :\r\n[albah\u026aa\u0303 k\u028alana\u0303:\u025b t\u026a ak\u0254m\u0254 sul\u025b\u0254t\u026a m\u025b\u0303 mo]\r\n<strong>\u00ab Si \u00e0 chaque matin, tu entends le chant des coqs, ceci est mon merci. \u00bb<\/strong>\r\n\r\n(3)En b\u00e9t\u00e9 de Gagnoa[footnote]Langue krou parl\u00e9e dans le sud-ouest et le centre-ouest de la C\u00f4te d'Ivoire.[\/footnote] :\r\n[K\u028a\u0300kw\u025b\u030d-\u025b\u0304 k\u028c\u0304 w\u028c\u030dl\u0269\u030d p\u028c\u030d\u028c\u0300 n\u0269\u0304n, j\u0269\u0300gb\u028c\u0300 \u00e0m\u0269\u0301n-\u0269\u0300n \u0253\u028c\u0304l\u0269\u0300 m\u0269\u0304n l\u028c\u0304]\r\n<strong>\u00ab Quand tu entendras le coq chanter, (consid\u00e8re que) c\u2019est moi qui te dis merci. \u00bb<\/strong><\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme le symbole du coq est pr\u00e9sent dans de nombreuses cultures \u00e0 travers le monde (Fiszman, 2012), il est int\u00e9ressant de questionner sa sp\u00e9cificit\u00e9 africaine dans cet exemple. En effet, le coq est souvent associ\u00e9 \u00e0 l'aube et au retour de la lumi\u00e8re. Son chant matinal annonce le lever du jour. Dans les diff\u00e9rents exemples, ce moment de la journ\u00e9e, dans son caract\u00e8re it\u00e9ratif, est associ\u00e9 \u00e0 la gratitude. Or, l\u2019on sait que le lever du jour qui s\u2019\u00e9gr\u00e8ne est un cycle naturel qui se r\u00e9p\u00e8te inlassablement. L\u2019expression peut donc \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un message de reconnaissance \u00e9ternelle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0merci infiniment\u00a0\u00bb ou alors \u00ab\u00a0merci toujours\u00a0\u00bb. La seconde expression existe d\u2019ailleurs. Ainsi, m\u00eame si le symbole du coq annon\u00e7ant le lever du jour est universel, sa signification peut rev\u00eatir une dimension sp\u00e9cifique dans certaines contr\u00e9es africaines \u00e0 l\u2019instar des exemples ci-dessus cit\u00e9s et qui renvoient \u00e0 l\u2019infini du temps. Cela r\u00e9v\u00e8le les subtilit\u00e9s du substrat culturel qui conditionnent l'interpr\u00e9tation des \u00e9nonc\u00e9s en influen\u00e7ant la mani\u00e8re dont ils sont compris et per\u00e7us.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La nature annonciatrice des ACA<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La fonction d\u2019annonce est le crit\u00e8re principal et essentiel qui fonde les avertisseurs communicationnels. Il me semble important de la d\u00e9crire et la d\u00e9finir de fa\u00e7on plus large. Si l\u2019on examine la traduction des d\u00e9clinaisons de l\u2019Ex. 1 dans les langues ivoiriennes, l\u2019on observe qu\u2019elles sont form\u00e9es de deux propositions au sein d\u2019une phrase complexe. Dans les versions koulango et b\u00e9t\u00e9, la subordonn\u00e9e est temporelle tandis que dans la version agni, c\u2019est une conditionnelle. Les deux propositions dans ces m\u00eames exemples forment un bloc ins\u00e9cable, une expression idiomatique. Elles se compl\u00e8tent et sont n\u00e9cessaires pour produire le sens identifi\u00e9. Pourrait-on pour autant dire que la premi\u00e8re annonce la seconde? Si la seconde, au demeurant, la principale \u00e9tait remplac\u00e9e par une autre proposition, de quoi la premi\u00e8re serait-elle l\u2019annonce? \u00ab Si au petit matin tu entends le coq chanter, il est l\u2019heure de sortir du lit\u2026 \u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019Ex. 1, la dimension d\u2019annonce est plus perceptible. Cependant, le passage de la parole ordinaire \u00e0 une langue \u00ab stylis\u00e9e \u00bb et transform\u00e9e en dialogue dans le discours litt\u00e9raire en transforme la structure. L\u00e0, tel un agent rythmique, l\u2019interlocuteur ponctue chaque \u00e9nonc\u00e9 par l\u2019adverbe invariable d\u2019affirmation \u00ab oui \u00bb qui participe de la progression de l\u2019interaction vers l\u2019issue c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019expression de la gratitude. Dans les exemples Ex. 2 et Ex. 3, l\u2019on reconna\u00eet bien la forme par\u00e9miologique, l\u2019un des crit\u00e8res des ACA. Cependant, les avertisseurs peuvent \u00eatre d\u00e9tach\u00e9s ou postpos\u00e9s sans que cela n\u2019affecte le sens des \u00e9nonc\u00e9s. De fait, la fonction d\u2019annonce est indissociable de la \u00ab position initiale ou pr\u00e9-position \u00bb. Revenons cependant aux supports des exemples fondant la th\u00e9orie et \u00e0 la dimension stylis\u00e9e sus \u00e9voqu\u00e9e. La description des pratiques langagi\u00e8res dans la parole ordinaire \u00e0 partir du discours litt\u00e9raire ne constitue-t-elle pas un biais dans la d\u00e9finition de ce ph\u00e9nom\u00e8ne? Il est vrai qu\u2019Ahmadou Kourouma avait la r\u00e9putation d\u2019avoir une langue litt\u00e9raire, la plus proche possible de sa langue d\u2019origine, le malink\u00e9 et que de nombreux \u00e9crits de Zadi Zaourou sont culturellement ancr\u00e9s dans le terroir b\u00e9t\u00e9. Cependant, l\u2019on sait \u00e9galement que la langue litt\u00e9raire est sc\u00e9naris\u00e9e. Tous les exemples exploit\u00e9s par Bohui \u00e9tant, en effet, des extraits de textes litt\u00e9raires, ne pourrait-on pas craindre que l\u2019effet d\u2019annonce des avertisseurs soit grossi par l\u2019\u00e9criture litt\u00e9raire?<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Des avertisseurs communicationnels africains vers l\u2019identification d\u2019un statut linguistique de la parole africaine<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Que les ACA soient notoires ou partiels, il semble que seule la fonction d\u2019annonce, qui fonde leur aptitude \u00e0 anticiper d\u2019autres \u00e9nonc\u00e9s, est obligatoire pour garantir leur r\u00e9ussite en tant qu\u2019ACA. En tenant compte de l\u2019intentionnalit\u00e9 plus que de la structure des ACA, l\u2019on peut postuler qu\u2019il existe, dans les dispositifs \u00e9nonciatifs en Afrique et, pour l\u2019instant en C\u00f4te d\u2019Ivoire, des pratiques langagi\u00e8res qui, intrins\u00e8quement, \u00e9clairent la vis\u00e9e et le sens d\u2019autres auxquelles elles sont li\u00e9es. La demande des nouvelles et la probl\u00e9matique du tiers pourraient compter parmi celles-ci.<\/p>\r\n\r\n<h3>Lieux potentiels d\u2019ancrage des ACA<\/h3>\r\n<strong>Le rituel de demande des nouvelles<\/strong>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le rapprochement entre les ACA et un rituel communicationnel, celui de demande des nouvelles, provient, sans doute, de l\u2019exemple phare illustrant la d\u00e9monstration dans les premi\u00e8res \u00e9bauches de la th\u00e9orie : \u00ab Ex. 1 : Si au petit matin il entend des coqs chanter... \u00bb. En m\u00eame temps, il postule le d\u00e9passement de la dimension syntaxique pour un ancrage davantage discursif. Il s\u2019agit d\u2019une proposition pour un \u00e9largissement du concept. En effet, il me semble que les unit\u00e9s d\u2019analyse des ACA peuvent exc\u00e9der l\u2019\u00e9nonc\u00e9 ou la phrase pour prendre en compte le discours.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour rappel, les rituels communicationnels font r\u00e9f\u00e9rence aux comportements et aux conventions qui r\u00e9gissent les interactions verbales. Ils permettent de structurer et de faciliter la communication en l\u2019orientant dans un contexte sp\u00e9cifique. Ils sont donc des outils de r\u00e9gulation sociale au sein d\u2019une communaut\u00e9 linguistique et jouent ainsi un r\u00f4le crucial dans la construction du sens et de l\u2019identit\u00e9 sociale, d\u00e9finissant les relations entre les locuteurs et \u00e9tablissant des codes de conduite acceptables lors des \u00e9changes verbaux. Au titre des rituels communicationnels, l\u2019on distingue les salutations, les formules de politesse, les remerciements, les excuses\u00a0et les formules de conclusion.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le rituel de demande des nouvelles n\u2019est pas sp\u00e9cifique \u00e0 la C\u00f4te d\u2019Ivoire ou \u00e0 d\u2019autres espaces culturels africains. En fran\u00e7ais par exemple, ce rituel est traduit par des \u00e9nonc\u00e9s simples tels \u00ab Comment \u00e7a va? \u00bb, \u00ab \u00c7a va ? \u00bb, \u00ab Quoi de neuf ? \u00bb. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ces formules sont r\u00e9duites \u00e0 leur fonction phatique ou de r\u00e9gulation des relations sociales. Elles permettent de renforcer les liens sociaux, de cr\u00e9er un cadre d\u2019\u00e9change ou encore de briser la glace.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En contexte ivoirien et\/ou africain, la demande des nouvelles est plus ou moins ritualis\u00e9e en fonction des circonstances et peut rev\u00eatir le format d\u2019un c\u00e9r\u00e9monial charg\u00e9 de significations socioculturelles sur le contexte de l\u2019\u00e9nonciation, sur l\u2019identit\u00e9 et le statut des interactants (sexe, \u00e2ge, fonction\u2026) qui engendrent des dispositifs \u00e9nonciatifs sp\u00e9cifiques. L\u2019espace de cette section ne suffirait pas \u00e0 en exposer les sp\u00e9cificit\u00e9s \u00e9nonciatives. L\u2019int\u00e9r\u00eat ici, c\u2019est leur fonction d\u2019annonce qui est illustr\u00e9e dans les deux dialogues ci-apr\u00e8s, puis\u00e9s dans mon r\u00e9pertoire propre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogue 1 illustre une demande des nouvelles lors d\u2019une visite de courtoisie du couple Kouadio chez le couple Kacou\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>D1 :\r\n-M. Kacou : Bonne arriv\u00e9e, chers amis. L\u2019on vous sert un peu d\u2019eau?\r\n-M. Kouadio : Non merci, cher ami.\r\n-M. Kacou : Quelles sont les nouvelles?\r\n-M.Kouadio : Il n\u2019y a rien de grave. Nous passions \u00e0 proximit\u00e9 de votre maison et nous sommes pass\u00e9s vous saluer.\r\n-M. Kacou : C\u2019est tr\u00e8s gentil \u00e0 vous. De notre c\u00f4t\u00e9 nous profitions du week-end pour nous poser et nous vous voyons arriver.<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 mon sens, cet \u00e9change de civilit\u00e9s peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un ACA. En effet,\u00a0 il joue un r\u00f4le important dans la dynamique de la conversation. Ces premiers \u00e9changes entre les interlocuteurs vont influencer le contenu et la direction de la conversation qui va suivre. La mani\u00e8re dont chacun r\u00e9pondra aux salutations et aux questions basiques va d\u00e9terminer la suite des \u00e9changes. En g\u00e9n\u00e9ral, la s\u00e9quence o\u00f9 les h\u00f4tes partagent des nouvelles de leur vie sert de point de d\u00e9part pour approfondir la conversation, les visiteurs rebondissant souvent sur ces informations. Ainsi, que l'h\u00f4te choisisse de parler de son \u00e9tat de sant\u00e9 ou de l'activit\u00e9 qu'il \u00e9tait en train de mener avant d'accueillir les visiteurs, la conversation pourra s'orienter vers de nombreux sujets diff\u00e9rents. La demande de nouvelles, dans ce format ritualis\u00e9 et quasi c\u00e9r\u00e9monial, prend la forme d\u2019un avertisseur\u00a0: ses limites \u00e9tant identifiables en termes de structure et de position dans l\u2019\u00e9change.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogue 2, \u00e0 suivre, illustrera mieux la fonction d\u2019annonce. Cette fois-ci, la visite du couple Kouadio est motiv\u00e9e par une raison particuli\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D2 :\r\n-M. Kacou : Bonne arriv\u00e9e, chers amis. L\u2019on vous sert un peu d\u2019eau?\r\n-M. Kouadio : Non merci, cher ami.\r\n-M. Kacou : Quelles sont les nouvelles?\r\n-M.Kouadio : Il n\u2019y a rien de grave. <strong>C\u2019est un bonjour, mais il y a encore derri\u00e8re.<\/strong>\r\n-M. Kacou : C\u2019est tr\u00e8s gentil \u00e0 vous. De notre c\u00f4t\u00e9 nous profitions du week-end pour nous poser et nous vous voyons arriver. <strong>Quelle est la deuxi\u00e8me nouvelle?<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D2 (bis) :\r\n-M. Kacou : Bonne arriv\u00e9e, chers amis. L\u2019on vous sert un peu d\u2019eau?\r\n-M. Kouadio : Non merci, cher ami.\r\n-M. Kacou : Quelles sont les nouvelles?\r\n-M. Kouadio : Il n\u2019y a rien de grave. C\u2019est un bonjour.\r\n-M. Kacou : C\u2019est tr\u00e8s gentil \u00e0 vous. De notre c\u00f4t\u00e9 nous profitions du week-end pour nous poser et nous vous voyons arriver. (Petit silence) <strong>Quelle est la deuxi\u00e8me nouvelle?<\/strong><\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les exemples D2 et D2 (bis) d\u00e9montrent que, dans certaines situations de rencontre et de visite, l'objet de la visite est introduit par le visiteur lui-m\u00eame ou par l'h\u00f4te. Quelle que soit la personne qui annonce le sujet de la visite, les formules en gras alertent les interlocuteurs qu\u2019un sujet sp\u00e9cifique ou une nouvelle information vont \u00eatre partag\u00e9s. Le rituel de demande des nouvelles peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un avertisseur communicationnel. Dans ce contexte, il peut \u00e9galement refl\u00e9ter une tendance, des Africain\u00b7es \u00e0 annoncer une intention de communication, pr\u00e9parant ainsi le terrain pour une conversation plus fluide et plus constructive.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La probl\u00e9matique du tiers<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exploration de la personne par Benveniste permet de cat\u00e9goriser deux personnes grammaticales : la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me personnes en tant qu\u2019instances \u00e9nonciatives. La troisi\u00e8me personne grammaticale (il\/elle\/on), absente de l\u2019\u00e9nonciation (au sens de ne pas y prendre part), est la non-personne. Traditionnellement, Je et Tu, respectivement la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me personnes, sont inscrits dans un cadre locutif o\u00f9 ils sont, tour \u00e0 tour, locuteur et interlocuteur au gr\u00e9 des tours de parole durant la conversation. La troisi\u00e8me personne, il\/on, renvoie au d\u00e9locutif, \u00e0 savoir la personne ou l\u2019objet dont on parle. \u00c0 priori donc, elle ne participe pas \u00e0 l\u2019interaction. De fil en aiguille, la description et l\u2019analyse des r\u00f4les, fonctions et valeurs de cette troisi\u00e8me personne ont fait appara\u00eetre la notion de tiers sous la forme du tiers-parlant (Peytard, 1993); tiers-inclus\/exclu (Charaudeau, 2004, p. 25).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La plupart des ACA semblent travers\u00e9s par une voix en surplomb, soit \u00e0 travers des proverbes comme Ex. 2 et Ex. 3 ou un savoir traditionnel tel qu\u2019illustr\u00e9 dans l\u2019Ex. 5 qui semble prescrire un comportement. Ce tiers, contrairement aux d\u00e9finitions d\u00e9j\u00e0 \u00e9nonc\u00e9es n\u2019est pas celui\/celle dont on parle, mais plut\u00f4t celui\/celle qui l\u00e9gitime la parole. Je le qualifie de latent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce tiers latent est une voix transcendante dont l\u2019\u00e9nonciateur s\u2019inspire en m\u00eame temps qu\u2019elle s\u2019impose \u00e0 lui sous la forme d\u2019un cadre de r\u00e9f\u00e9rence. Il se rapproche du tiers-parlant de Peytard :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019entends par \u00ab tiers-parlant \u00bb un ensemble inde\u0301fini d\u2019\u00e9nonc\u00e9s pr\u00eat\u00e9s a\u0300 des \u00e9nonciateurs, dont la trace est manifest\u00e9e par : \u00ab les gens disent que..., on dit que..., on pr\u00e9tend que..., mon ami m\u2019a dit que... \u00bb. \u00c9nonc\u00e9s qui appartiennent a\u0300 la masse interdiscursive, a\u0300 laquelle empruntent les agents de l\u2019\u00e9change verbal pour densifier leurs propos (Peytard, 1993, \u00a7 8).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Seulement, contrairement \u00e0 ce tiers-parlant qui est ind\u00e9termin\u00e9, mais dont les fronti\u00e8res \u00e9nonciatives semblent identifi\u00e9es par la double \u00e9nonciation du discours rapport\u00e9, \u00ab les gens disent que..., on dit que..., on pr\u00e9tend que..., mon ami m\u2019a dit que... \u00bb; le tiers latent, lui, est plus diffus sans r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 des voix identifiables. Dans cette cat\u00e9gorie, l\u2019on pourrait citer les proverbes et les expressions idiomatiques, comme le soulignent les propositions en gras de Ex. 2 et Ex. 3. L\u2019on pourrait \u00e9galement ranger dans cette cat\u00e9gorie tous les discours qui \u00e9lucident des pratiques socioculturelles \u00e0 l\u2019instar de l\u2019Ex. 5. Tel que d\u00e9crit, le tiers latent symbolise la sagesse populaire et r\u00e9f\u00e8re au syst\u00e8me de croyances des individus dont il oriente l\u2019\u00eatre, l\u2019agir et le faire. En r\u00e9alit\u00e9, les normes prescrites et diffus\u00e9es par ces figures correspondent \u00e0 un agir verbal qui a pour objectif de transformer le caract\u00e8re ind\u00e9fini du propos : <em>\u00ab\u00a0on-vrai\u00a0\u00bb qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00ab\u00a0il-vrai\u00a0\u00bb<\/em> (Charaudeau, 2004, p.\u00a011).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, la prise en compte de ces deux cat\u00e9gories d\u2019analyse (rituel de demande de nouvelles et tiers latent) touche aux sp\u00e9cificit\u00e9s pragmatiques des ACA tels qu\u2019ils sont donn\u00e9s \u00e0 voir. D\u2019une part, la description du premier pourrait provenir d\u2019une inclinaison \u00e0 anticiper les chocs, \u00e0 pr\u00e9server la face. Cela inscrit les avertisseurs communicationnels dans un \u00ab cadre diplomatique \u00bb \u00e0 l\u2019effet de pr\u00e9venir, d\u2019\u00e9viter ou d\u2019amortir d\u2019\u00e9ventuels chocs oppositionnels consubstantiels \u00e0 toute interaction. D\u2019autre part, la probl\u00e9matique du tiers latent, si elle confirme le caract\u00e8re interdiscursif du discours, remet en cause les sch\u00e9mas traditionnels de la communication. En effet, les univers de croyances, tout comme les cadres de r\u00e9f\u00e9rence, du moins en contexte africain, font intervenir le tiers, bien souvent latent, qui inspire, fonde et l\u00e9gitime le propos. Si l\u2019on devait co\u00fbte que co\u00fbte le personnifier, le tiers latent renverrait, d\u2019un point litt\u00e9raire \u00e0 l\u2019agent rythmique de Zadi (1975) qui revisite le sch\u00e9ma traditionnel de la communication de Jackobson en lui rajoutant l\u2019agent rythmique :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toutes les th\u00e9ories europ\u00e9ennes de la communication se r\u00e9duisent aux rapports suivants\u00a0: destinateur-message-destinataire. C\u2019est par rapport \u00e0 ces donn\u00e9es de base que sont \u00e9tudi\u00e9es les diff\u00e9rentes fonctions linguistiques. Ce sont des choses sues et nous ne nous y arr\u00eatons pas. Chez les Africains, il en va autrement\u00a0: a\/le circuit.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il en comporte toujours et n\u00e9cessairement trois personnages et non deux : destinateur, destinataire, et, entre les deux, un agent rythmique (Zadi, 1975, p. 477).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la vie quotidienne \u00e0 la figure de la grand-m\u00e8re ou du ma\u00eetre, l\u2019un et l\u2019autre disparus, dont les souvenirs restent vivaces dans la m\u00e9moire des petits-enfants ou du disciple. Au total, la cat\u00e9gorisation des ACA est un pr\u00e9texte pour interroger des dispositifs \u00e9nonciatifs sous-jacents \u00e0 des pratiques langagi\u00e8res dont l\u2019analyse pr\u00e9figure, comme pr\u00e9c\u00e9demment annonc\u00e9, les sp\u00e9cificit\u00e9s linguistiques de la parole africaine.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9finir le statut linguistique de la parole africaine[footnote]Pour approfondir, voir <em>Journal des Africanistes<\/em>, 1987, n\u00b0 57.[\/footnote]<\/h3>\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sois a\u0300 l\u2019\u00e9coute, dit la vieille Afrique. Tout parle. Tout est parole. Tout cherche a\u0300 nous communiquer un e\u0301tat d\u2019e\u0302tre myst\u00e9rieusement enrichissant... Apprends a\u0300 \u00e9couter le silence, et tu d\u00e9couvriras qu\u2019il est musique [\u2026]. L\u2019adage malien d\u00e9clare : \u00ab Qu\u2019est-ce qui met une chose en e\u0301tat (c\u2019est-a\u0300-dire l\u2019arrange, la dispose favorablement)? C\u2019est la parole. Qu\u2019est-ce qui d\u00e9t\u00e9riore une chose? C\u2019est la parole. Qu\u2019est-ce qui maintient une chose en son e\u0301tat? C'est la parole (Hampat\u00e9 B\u00e2, 1993, p. 20).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019accueille le qualificatif <em>africain<\/em> des avertisseurs communicationnels tels que Bohui les con\u00e7oit comme une injonction \u00e0 caract\u00e9riser une fa\u00e7on sp\u00e9cifique de parler en contexte africain. Le projet global, qui n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts, questionne le statut linguistique de la parole africaine. Qu\u2019est-ce que la parole en contexte africain? Comment est-elle repr\u00e9sent\u00e9e dans les langues africaines? Quelles relations entretient-elle avec la langue et le discours?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Roulon-Doko (2008) amorce une r\u00e9ponse \u00e0 ces questions \u00e0 partir de langues de diff\u00e9rentes r\u00e9gions d\u2019Afrique et permet de distinguer entre le langage, la parole, la langue, la voix et, entre dire et parler \u00e0 partir de leurs diverses d\u00e9signations. Elle souligne ainsi que chez les Dogon par exemple, un m\u00eame terme d\u00e9signe \u00e0 la fois la langue et la parole et se distingue du terme qui d\u00e9signe la voix. Seulement, la parole est sp\u00e9cifi\u00e9e par un qualificatif : \u00ab parole blanche pour d\u00e9signer une parole vraie [\u2026]; une parole humide pour une parole bien nette [\u2026], parole non m\u00fbre pour une parole au d\u00e9bit pr\u00e9cipit\u00e9, une parole irr\u00e9fl\u00e9chie \u00bb (Calame-Griaule, cit\u00e9e par Roulon-Doko, 2008, p. 35). Dans ce contexte, la parole, abord\u00e9e du point de vue \u00e9nonciatif est synonyme de discours. En citant Derive, elle r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement que les termes pour exprimer \u00ab parole, e\u0301nonce\u0301, discours, propos \u00bb et \u00ab parler \u00bb sont identiques en bambara; le verbe \u00ab dire \u00bb est d\u00e9sign\u00e9 autrement tout comme un autre vocable d\u00e9signe \u00ab la langue \u00bb mais \u00e9galement des parties du corps humain \u00e0 proximit\u00e9 des organes de la phonation : \u00ab le cou, la gorge, la voix \u00bb. Au Burkina Faso, des langues \u00e0 classes, \u00e0 l\u2019instar du kasim convoquent la m\u00eame racine pour d\u00e9signer la langue, la personne, le pays, le comportement. L\u2019emploi de suffixes permet de les distinguer et la racine identique d\u2019un terme \u00e0 l\u2019autre souligne bien les vocations sociales et interactionniste de la langue. Le kasim consid\u00e8re de fa\u00e7on englobante la langue, les locuteurs, l\u2019espace linguistique et les comportements que j\u2019entends au sens de syst\u00e8me des valeurs v\u00e9hicul\u00e9es au sein de la communaut\u00e9 et dont la langue diffuse les repr\u00e9sentations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse conduisant \u00e0 analyser, dans diff\u00e9rentes langues africaines, les dichotomies et concepts fondateurs de la science linguistique gagnerait \u00e0 \u00eatre approfondie. C\u2019est \u00e0 ce prix que les sciences du langage en g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019analyse du discours en particulier pourront \u00e9laborer un appareillage m\u00e9thodologique susceptible de saisir avec justesse, les pratiques langagi\u00e8res africaines. En attendant, retenons que, de prime abord, la parole fonde l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019homme en ce qu\u2019elle le distingue de l\u2019animal et marque sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur ce dernier (Roulon-Doko, 2008, p. 33). Ensuite, la parole est cr\u00e9atrice et cr\u00e9ation, instruit Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 (1993, p. 20). Les lignes qui pr\u00e9c\u00e8dent d\u00e9montrent que dans certaines cultures africaines, la parole est le si\u00e8ge de l\u2019humanit\u00e9 : \u00ab Je parle donc je suis \u00bb. Elle \u00e9galement est porteuse de propri\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cifiques :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab la parole prof\u00e9r\u00e9e a une vie et \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le \u00bb (p. 36); \u00ab la parole peut \u00eatre cuite ou crue selon qu\u2019elle vient du c\u0153ur ou pas \u00bb, \u00ab elle est \u00e0 la fois fragile et f\u00e9condante \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u0153uf \u00bb, \u00ab elle est assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019eau qu\u2019il est impossible de ramasser une fois vers\u00e9e ou au vent \u00bb; \u00ab sa source ne tarit pas et son contenant ne s\u2019emplit pas \u00bb (p. 37).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, la parole africaine est issue d\u2019un apprentissage. Les locuteurs rivalisent dans la ma\u00eetrise de l\u2019art oratoire et la d\u00e9monstration de leur aptitude \u00e0 convoquer des images et les analogies en Afrique, \u00ab la ma\u00eetrise de sa parole est la qualit\u00e9\u0301 sociale la plus valoris\u00e9e un peu partout \u00bb (Calame-Griaule 1987, p. 12). Cette ma\u00eetrise va de pair avec la capacit\u00e9 \u00e0 manier et \u00e0 comprendre la parole color\u00e9e, truculente mais \u00e9nigmatique, voire oblique. Le d\u00e9fi de la d\u00e9chiffrer rel\u00e8ve \u00ab \u00e0 la fois de l\u2019intelligence du discernement et de l\u2019intelligence cr\u00e9atrice \u00bb (Drouin, 1987, p. 89).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs communicationnels, au-del\u00e0 de leur fonction discursive anticipatoire, rejoignent cet aspect quasi \u00e9sot\u00e9rique tout autant qu\u2019esth\u00e9tique de la parole africaine. De ce fait, leur usage refl\u00e8te l\u2019acquisition d\u2019un savoir traditionnel s\u00e9culaire et conf\u00e8re au discours, un caract\u00e8re performatif\u00a0: les ACA d\u00e9clinent l\u2019identit\u00e9 du locuteur, d\u00e9voilent son univers de croyances et sa ma\u00eetrise des subtilit\u00e9s de sa langue d\u2019expression.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mon objectif en participant \u00e0 cette aventure th\u00e9orique des avertisseurs communicationnels africains \u00e9tait double. Premi\u00e8rement, j\u2019ai voulu contribuer \u00e0 un exercice de contextualisation de l\u2019analyse du discours en la rapportant \u00e0 l\u2019Afrique envisag\u00e9e comme une aire socioculturelle produisant des discours sp\u00e9cifiques. Deuxi\u00e8mement, j\u2019ai tent\u00e9 de comprendre, par l\u2019identification et l\u2019analyse de pratiques langagi\u00e8res significatives, une propension du locuteur natif \u00e0 annoncer un propos \u00e0 venir. L\u2019examen du corpus d\u2019\u00e9nonc\u00e9s originels de la th\u00e9orie a permis de d\u00e9montrer que les ACA pouvaient exc\u00e9der l\u2019\u00e9nonc\u00e9 pour \u00eatre \u00e9tendus \u00e0 des cat\u00e9gories d\u2019analyse plus larges et aussi diverses que le rituel, le discours et la conversation. Cet examen a \u00e9galement \u00e9lucid\u00e9 l\u2019ancrage des ACA dans les expressions idiomatiques et les par\u00e9mies. L\u2019analyse a par ailleurs reli\u00e9 cette dimension \u00e0 la notion de tiers latent d\u00e9crite comme une voix transcendante qui l\u00e9gitime en m\u00eame temps qu\u2019elle annonce le propos ult\u00e9rieur. Cette voix semble d\u00e9positaire de savoirs traditionnels qui ont valeur de v\u00e9rit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rales et d\u2019arguments d\u2019autorit\u00e9. \u00c0 ce stade, les \u00e9l\u00e9ments ci-dessus sont davantage des hypoth\u00e8ses formul\u00e9es afin d\u2019explorer de nouvelles id\u00e9es et concepts pouvant servir de base pour orienter les \u00e9tudes et les exp\u00e9rimentations ult\u00e9rieures. Pour les valider, il serait important d\u2019\u00e9largir le corpus, de multiplier les hypoth\u00e8ses sur les diff\u00e9rents aspects structurels, s\u00e9mantiques et \u00e9nonciatifs tout en prenant en compte les connaissances d\u00e9j\u00e0 existantes sur les ACA ou toute autre r\u00e9alit\u00e9 pouvant s\u2019en rapprocher. Pour l\u2019heure, les ACA sont des expressions et des pratiques langagi\u00e8res socialement, linguistiquement et culturellement situ\u00e9es. Leur caract\u00e9risation requiert diff\u00e9rents niveaux d\u2019analyse correspondant aux ancrages sus-cit\u00e9s auxquels l\u2019on pourrait ajouter une perspective historique. Ce d\u00e9passement de la proposition \u00e0 son niveau actuel devrait aboutir \u00e0 l\u2019appr\u00e9hension linguistique de la parole africaine, une exigence pour des analyses et descriptions pertinentes des pratiques sociolangagi\u00e8res locales.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2002. Si au petit matin\u2026 <em>EN-QUETE\u00a0<\/em>: <em>Revue scientifique des Lettres, Arts et Sciences humaines,<\/em> 9, p. 7-27. Abidjan\u00a0: \u00c9ditions Universitaires de Co\u0302te d\u2019Ivoire.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2013. Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma. Dans Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire (Dir.), <em>Cr\u00e9ation, langue et discours dans l'\u00e9criture d\u2019Ahmadou Kourouma<\/em>, Actes du colloque \u00ab\u00a0Ahmadou Kourouma, un \u00e9crivain total\u00a0\u00bb, du 18 au 20 Septembre 2013 a\u0300 l\u2019universit\u00e9\u0301 Fe\u0301lix Houphoue\u0308t-Boigny (168-188). <em>Revue Nodus Sciendi<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php\">http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calame-Griaule, Genevie\u0300ve. 1987. Les voix de la parole. <em>Journal des Africanistes<\/em>, 57, Fasc.1-2, p. 7-17.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2004. Tiers o\u00f9 es-tu ? \u00c0 propos du tiers du discours. Dans Charaudeau, Patrick et Montes, Rosa, (Dir.). <em>La voix cach\u00e9e du Tiers. Des non-dits du discours<\/em> (19-41). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Drouin, Jeannine. 1987. De quelques conceptions esthe\u0301tiques de la parole dans la socie\u0301te\u0301 touare\u0300gue. <em>Journal des africanistes<\/em>, tome 57, fascicule 1-2, p. 77-96. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/jafr.1987.2163\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/jafr.1987.2163<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fiszman, Marc. 2012. Le coq, un symbole riche mais trop discret.\u00a0<em>La cha\u00eene d'union<\/em>, Vol 61, N\u00b0 2, p. 34-41.\u00a0DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdu.061.0034\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdu.061.0034<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2, Amadou. 1993. Parole africaine. Dans <em>Le Courrier de l'UNESCO: une fen\u00eatre ouverte sur le monde<\/em>, XLVI, 9, p. 20-24.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1984. Antonymie et argumentation : la contradiction. <em>Pratiques : linguistique, litt\u00e9rature, didactique<\/em>, 43, p. 46-58. DOI\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/prati.1984.13\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/prati.1984.13<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maldidier, Denise. 1990. <em>\u00a0L'inqui\u00e9tude du discours,\u00a0<\/em>textes de Michel P\u00eacheux. Paris\u00a0: \u00c9ditions des Cendres.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maldidier, Denise. 1993. L\u2019inqui\u00e9tude du discours. Un trajet dans l\u2019histoire de l\u2019analyse du discours : le travail de Michel P\u00eacheux. <em>Semen<\/em>, 8. DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4351\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4351<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Peytard, Jean. 1993. D\u2019une s\u00e9miotique de l'alt\u00e9ration. <em>Semen<\/em>, 8. DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4182\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4182<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roulon-Doko, Paulette. 2008. Le statut de la parole. Dans\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">Baumgardt, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Ursula et\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 1em\">Derive, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Jean (Dir.). <\/span><em style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Litte\u0301ratures orales africaines. Perspectives the\u0301oriques et me\u0301thodologiques<\/em><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">. (33-45). Paris\u00a0: Karthala. halshs-00720174.<\/span><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zadi, Zaourou Bernard. 1975. Exp\u00e9rience africaine de la parole : Probl\u00e8mes th\u00e9oriques de l'application de la linguistique \u00e0 la litt\u00e9rature. <em>Revue Canadienne des \u00c9tudes Africaines<\/em>, Vol. 9, N\u00b0 3, p. 449-478.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le projet d&rsquo;un dossier th\u00e9matique sur les avertisseurs communicationnels africains (ACA) vise \u00e0 \u00e9laborer une construction th\u00e9orique de l\u2019analyse du discours en contexte africain. De nombreux\u00b7euses chercheur\u00b7euses du Sud global, en particulier en Afrique, soutiennent ce type d\u2019initiative encourageant ainsi la d\u00e9centration dans la production des savoirs et la valorisation des savoirs endog\u00e8nes dans les ex-colonies, \u00e0 travers divers mouvements postcoloniaux et d\u00e9coloniaux. Cette contribution est inspir\u00e9e par les travaux de Bohui (2002, 2013) sur les avertisseurs communicationnels, qui mettent en exergue une r\u00e9alit\u00e9 langagi\u00e8re famili\u00e8re aux locuteur\u00b7trices ivoirien\u00b7nes et\/ou africain\u00b7es. En effet, les avertisseurs illustrent une mani\u00e8re anticipative de communiquer, mettant en avant des caract\u00e9ristiques de la parole africaine au-del\u00e0 des prouesses rh\u00e9toriques de la palabre. Dans une perspective critique, la pr\u00e9sente contribution en examine les diff\u00e9rents aspects. Elle propose, <em>in fine<\/em>, que cette initiative inaugure des analyses visant \u00e0 identifier des traits linguistiques caract\u00e9ristiques de la parole africaine.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/analyse-du-discours\/\">analyse du discours<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/avertisseurs-communicationnels-africains\/\">avertisseurs communicationnels africains<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/parole-africaine\/\">parole africaine<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/rituel-communicationnel\/\">rituel communicationnel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The project of a thematic dossier on African communicative alerters (ACA) aims to elaborate a theoretical construction of discourse analysis in the African context. Many researchers in the global South, particularly in Africa, support this type of initiative, encouraging decentralization in the production of knowledge and the valorization of endogenous knowledge in former colonies, through various postcolonial and decolonial movements. This contribution is inspired by Bohui&rsquo;s (2002, 2013) work on communicative alarms, which highlight a linguistic reality familiar to Ivorian and\/or African speakers. Indeed, warners illustrate an anticipatory way of communicating, highlighting features of African speech beyond the rhetorical prowess of palaver. From a critical perspective, the present contribution examines the various aspects of this approach. Ultimately, it proposes that this initiative inaugurate analyses aimed at identifying linguistic features characteristic of African speech.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/african-communicative-alarms\/\">African communicative alarms<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/african-speech\/\">African speech<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/discourse-analysis\/\">discourse analysis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/the-third-party\/\">the third party<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Swahili)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mradi wa ripoti ya mada kuhusu arifa za mawasiliano za Kiafrika (ACA) unalenga kufafanua ujenzi wa kinadharia wa uchanganuzi wa hotuba katika muktadha wa Kiafrika. Watafiti wengi katika nchi za Kusini mwa dunia, hasa barani Afrika, wanaunga mkono aina hii ya mpango, wakihimiza ugatuaji wa madaraka katika uzalishaji wa maarifa na kuthaminiwa kwa maarifa asilia katika makoloni ya zamani, kupitia harakati mbalimbali za baada ya ukoloni na uondoaji wa ukoloni. Mchango huu umechochewa na kazi ya Bohui (2002, 2013) kuhusu kengele za mawasiliano, ambayo inaangazia ukweli wa lugha unaojulikana kwa wazungumzaji wa Ivory Coast na\/au Waafrika. Kwa hakika, waonyaji wanaonyesha njia ya kutarajia ya kuwasiliana, wakiangazia vipengele vya hotuba ya Kiafrika zaidi ya uwezo wa balagha wa palaver. Kwa mtazamo wa kihakiki, mchango wa sasa unachunguza vipengele mbalimbali vya mbinu hii. Hatimaye, inapendekeza kwamba mpango huu wa kuanzisha uchanganuzi unaolenga kubainisha sifa za kiisimu za usemi wa Kiafrika.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Swahili)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/hotuba-ya-kiafrika\/\">hotuba ya Kiafrika<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/maonyo-ya-mawasiliano-ya-kiafrika\/\">Maonyo ya mawasiliano ya Kiafrika<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/tambiko-la-mawasiliano\/\">tambiko la mawasiliano<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/uchanganuzi-wa-mazungumzo\/\">uchanganuzi wa mazungumzo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>30 ao\u00fbt 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>17 septembre 2024<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>29 novembre 2024<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;aventure th\u00e9orique du discours (Maldidier 1990, 1993) initi\u00e9e par Michel P\u00eacheux s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e progressivement, avec des allers-retours, des remises en question et, bien heureusement, des avanc\u00e9es. L&rsquo;objectif \u00e9tait de construire un cadre conceptuel capable de saisir la complexit\u00e9 du discours en tant qu&rsquo;articulation entre les structures linguistiques et les processus historiques et id\u00e9ologiques. Maldidier (1990, 1993) retrace fort justement cette dynamique de recherche, faite d&rsquo;hypoth\u00e8ses, de d\u00e9bats et de reformulations visant la caract\u00e9risation du discours et de son r\u00f4le dans la production du sens social et politique. Depuis lors, en France, l\u2019analyse du discours a bien progress\u00e9 d\u2019un double point de vue institutionnel et disciplinaire avec une d\u00e9marche ainsi qu\u2019un appareillage conceptuel et m\u00e9thodologique qui ont engendr\u00e9 une v\u00e9ritable \u00ab \u00c9cole fran\u00e7aise d\u2019Analyse du Discours \u00bb reconnue internationalement pour ses apports th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis, l\u2019analyse du discours fran\u00e7aise a \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re significative. Son influence s&rsquo;est m\u00eame \u00e9tendue au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de son berceau, atteignant les rives africaines subsahariennes. En C\u00f4te d\u2019Ivoire, une autre aventure commence sous la forme d\u2019une proposition conceptuelle\u00a0: les avertisseurs communicationnels africains (ACA). Selon Bohui (2002 et 2013), les ACA d\u00e9signent des \u00e9l\u00e9ments verbaux, des tournures de phrases ou des expressions, dont la fonction principale est d&rsquo;annoncer des contenus propositionnels plus importants. En d&rsquo;autres termes, les ACA, au sens de leur concepteur, servent de signaux pour attirer l&rsquo;attention sur les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du discours figurant dans un \u00e9nonc\u00e9 ult\u00e9rieur. Cette proposition conceptuelle t\u00e9moigne de l&rsquo;enrichissement et de la diversification de l&rsquo;analyse du discours, qui s&rsquo;adapte aux sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles et communicationnelles des r\u00e9gions du monde o\u00f9 les discours sont engendr\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce stade embryonnaire, ces investigations ouvrent diverses pistes de r\u00e9flexion sur les caract\u00e9ristiques des ACA d&rsquo;un point de vue interactionnel, syntaxique et discursif; l&rsquo;identification et le classement des types d&rsquo;ACA; la pertinence et l&rsquo;applicabilit\u00e9 des ACA selon les particularit\u00e9s culturelles, linguistiques et discursives africaines; les implications argumentatives et pragmatiques; la contribution des ACA \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un discours et d&rsquo;une identit\u00e9 culturelle africains et enfin, le statut linguistique de la parole africaine. Cette derni\u00e8re observation est au c\u0153ur de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, car \u2013 et c&rsquo;est l\u00e0 une hypoth\u00e8se &#8211; la dimension linguistique semble avoir \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9e par les linguistes africain\u00b7es, alors que la parole africaine a \u00e9t\u00e9 largement \u00e9tudi\u00e9e par les oralistes et les anthropologues. La description des pratiques langagi\u00e8res africaines rev\u00eat ici toute sa pertinence. Prenons par exemple la contradiction en tant que fait discursif. C&rsquo;est un aspect int\u00e9ressant \u00e0 explorer dans l&rsquo;\u00e9tude des usages linguistiques en Afrique. Comment s&rsquo;exprime-t-elle dans les diff\u00e9rentes langues et cultures africaines? Quelles en sont les fonctions et les significations? Dans le Courrier de l\u2019UNESCO (1993), Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 explique que l\u2019emploi de la formule \u00ab ses deux pieds sont d\u2019accord \u00bb signifie le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un individu, car les pieds d\u2019un d\u00e9funt ne bougent plus. Et de poursuivre en expliquant que \u00ab la vie est mouvement et celui-ci commence avec la contradiction des membres. [&#8230;] La non-contradiction \u00e9quivaut a\u0300 la mort \u00bb (p. 22). Cette acception s\u2019oppose \u00e0 celle de Kerbrat-Orecchioni qui r\u00e9v\u00e8le que \u00ab le principe de non-contradiction \u00e9tant dans notre culture du moins, consid\u00e9r\u00e9 comme le r\u00e9quisit fondamental cens\u00e9 r\u00e9gir l\u2019ensemble des comportements humains (et en particulier verbaux), la contradiction fait pour la communaut\u00e9 parlante figure de faute argumentative par excellence\u00a0 \u00bb (1984, p. 48). On le voit, ces deux acceptions proposent des grilles d\u2019analyse diff\u00e9rentes du m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne langagier o\u00f9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre social est fond\u00e9 sur la contradiction tandis que de l\u2019autre, l\u2019\u00e9quilibre provient de la non-contradiction. Or, par habitude, les analyses de chercheur\u00b7euses africain\u00b7es se seraient fond\u00e9es sur la conception de Kerbrat-Orecchioni, r\u00e9f\u00e9rence en analyse du discours, malgr\u00e9 la r\u00e9serve li\u00e9e \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle qu\u2019elle-m\u00eame \u00e9nonce dans le propos cit\u00e9. Dans d\u2019autres cas, certaines revues scientifiques, africaines ou pas, auraient sugg\u00e9r\u00e9 LA r\u00e9f\u00e9rence comme ancrage th\u00e9orique de la contribution propos\u00e9e. La proposition conceptuelle des ACA offre une opportunit\u00e9 pr\u00e9cieuse de r\u00e9v\u00e9ler ce malaise mais \u00e9galement, au-del\u00e0 de la simple description d&rsquo;une pratique langagi\u00e8re sp\u00e9cifique, d\u2019expliquer que la description d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 culturellement marqu\u00e9e, qu&rsquo;elle soit africaine ou non, n\u00e9cessite un ancrage solide dans les contextes socioculturel et linguistique dont elle \u00e9merge. Cela exige de caract\u00e9riser et de d\u00e9finir linguistiquement et discursivement, la parole africaine, ses valeurs et ses fonctions. \u00c0 partir des exemples illustrant les ACA tir\u00e9s des travaux fondateurs sur les ACA, il est possible de r\u00e9fl\u00e9chir sur l&rsquo;identification de certains lieux privil\u00e9gi\u00e9s de leur d\u00e9ploiement, comme le rituel de demande des nouvelles et la probl\u00e9matique du tiers.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">D\u00e9finition et illustrations des avertisseurs communicationnels\u00a0africains (ACA)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux articles publi\u00e9s en 2002 et 2013 introduisent la proposition conceptuelle de Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire Bohui de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny (C\u00f4te d\u2019Ivoire). \u00c0 ce stade, les ACA sont strictement syntaxiques. Il s&rsquo;agit de structures de phrases ou d&rsquo;expressions qui ont pour fonction d&rsquo;annoncer des contenus propositionnels plus importants dans l&rsquo;\u00e9change communicatif. Autrement dit, les ACA servent \u00e0 introduire ou \u00e0 signaler des informations cl\u00e9s qui vont suivre dans la communication. L\u2019on en distingue deux cat\u00e9gories : notoires et partiels. Exclusivement illustr\u00e9s \u00e0 partir de corpus litt\u00e9raires, la description des avertisseurs communicationnels rev\u00eat une triple dimension syntaxique, \u00e9nonciative et argumentative.<\/p>\n<h3>Corpus d\u2019analyse<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les avertisseurs communicationnels notoires<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 1 :<br \/>\n\u00ab &#8211; Dis-lui, Esmel&#8230;<br \/>\n&#8211; Oui<br \/>\n&#8211; <strong>Si au petit matin il entend des coqs chanter&#8230;<\/strong><br \/>\n&#8211; Oui<br \/>\n&#8211; Dis-lui que c\u2019est moi qui le remercie.<br \/>\n&#8211; Oui<br \/>\n&#8211; Que s\u2019il entend le coq de pagode au lever du soleil&#8230;<br \/>\n&#8211; Oui<br \/>\n&#8211; Dis-lui que c\u2019est moi qui le remercie \u00bb (Bernard Zadi Zaourou, cit\u00e9 par Bohui, 2013, p. 171).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 2 :<br \/>\n\u00ab <strong>\u00c0 renifler avec discr\u00e9tion le pet de l\u2019effront\u00e9, il vous juge sans nez.<\/strong> Fama se leva et tonna \u00e0 faire vibrer l\u2019immeuble [\u2026] \u00bb (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, <em>ibid<\/em>., p. 179).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 3 :<br \/>\n\u00ab <strong>La v\u00e9rit\u00e9 comme le piment m\u00fbr rougit les yeux mais les cr\u00e8ve pas.<\/strong> Allah a fig\u00e9 des sorts d\u00e9finitivement. Ton mari, je te le dis d\u2019un int\u00e9rieur et d\u2019une bouche clairs, ne f\u00e9condera pas les femmes. Il est st\u00e9rile comme le roc, comme la poussi\u00e8re et l\u2019harmattan. Voil\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, la seule \u00bb (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, <em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les avertisseurs communicationnels partiels<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 4 :<br \/>\n\u00abEuh! Euh!&#8230; <strong>Rappelez-vous, mai\u0302tre, votre enfance. Je chassais encore&#8230;<\/strong> \u00bb. Et les palabres s\u2019alimentaient des histoires de chasse de Balla (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, <em>ibid<\/em>.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex. 5 :<br \/>\n<strong>Pourquoi les Malinke\u0301s fe\u0302tent-ils les fune\u0301railles du quarantie\u0300me jour d\u2019un enterre\u0301?<\/strong> Parce que Quarante jours exactement apre\u0300s (Ahmadou Kourouma, cit\u00e9 par Bohui, ibid.).<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Caract\u00e9risation des ACA<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs notoires qui sont identifiables \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments de diff\u00e9rentes natures que l\u2019on regroupe en quatre points syntaxique, fonctionnel, \u00e9nonciatif et discursif. Du point de vue syntaxique, les ACA si\u00e8gent g\u00e9n\u00e9ralement dans des phrases complexes dont ils forment la premi\u00e8re proposition, c\u2019est-\u00e0-dire celle en position initiale dans la phrase. C\u2019est ce qui, d\u2019ailleurs, justifie leur statut d\u2019avertisseurs. Du point de vue fonctionnel, les ACA introduisent et mettent en relief une information importante \u00e0 venir. Ils ont donc une fonction d\u2019alerte \u00e0 laquelle diff\u00e9rentes modalit\u00e9s \u00e9nonciatives servent de support. Ils peuvent prendre la forme d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s assertifs, injonctifs ou interrogatifs. Enfin, le point de vue discursif est manifest\u00e9 par les formes par\u00e9miologiques ou m\u00e9taphoriques. Les ACA peuvent rev\u00eatir une dimension proverbiale ou figur\u00e9e pour renforcer leur impact. Quant aux avertisseurs partiels ou d\u00e9riv\u00e9s, ils remplissent partiellement les crit\u00e8res ci-dessus cit\u00e9s sans qu\u2019aucun ne soit essentiel pour garantir le statut d\u2019avertisseur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur les Ex. 4 et Ex. 5, seul le crit\u00e8re de pr\u00e9-position est op\u00e9ratoire. Les deux \u00e9nonc\u00e9s, \u00e0 la forme affirmative et interrogative, signalent, rappellent des savoirs endog\u00e8nes et\/ou des souvenirs individuels pour d\u00e9crypter le pr\u00e9sent. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019Ex. 4 rappelle des faits pass\u00e9s et donc ant\u00e9rieurs au moment de l\u2019\u00e9nonciation, tandis que l\u2019Ex. 5 invoque la m\u00e9moire collective \u00e9lucidant des us et coutumes. Aucune particularit\u00e9 syntaxique n\u2019est \u00e0 signaler. En r\u00e9alit\u00e9, le caract\u00e8re partiel n\u2019est pas clairement illustr\u00e9. Seul le d\u00e9ficit de la fonction d\u2019annonce pourrait faire perdre aux ACA partiels, le statut d\u2019avertisseur. En effet, les autres caract\u00e8res aux niveaux syntaxique, \u00e9nonciatif et discursif ne semblent pas porter intrins\u00e8quement ce trait d\u2019avertisseur, c\u2019est-\u00e0-dire que ni les par\u00e9mies, ni les modalit\u00e9s \u00e9nonciatives \u00e9nonc\u00e9es, ni les propositions syntaxiques ne sont n\u00e9cessaires, dans leur nature, pour former des ACA.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: left\">Discussions<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019inscris la pr\u00e9sente discussion dans la continuit\u00e9 des questionnements de Bohui (2013, p.\u00a0186), au terme de ses propres r\u00e9flexions. J\u2019interroge ici l\u2019identit\u00e9 africaine des avertisseurs et leurs pr\u00e9cautions \u00e9nonciatives.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">De l\u2019identit\u00e9 africaine des ACA<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte postcolonial en qu\u00eate de d\u00e9colonisation, la question de l\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est \u00e9minemment politique et cruciale. Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que dans divers domaines et sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9s, la probl\u00e9matique de l\u2019apport des Africain\u00b7es et de l\u2019Afrique revienne r\u00e9guli\u00e8rement. \u00c0 l\u2019instar de la litt\u00e9rature africaine, puis de la philosophie africaine, pour ne citer que les d\u00e9bats les plus retentissants, les sp\u00e9cialistes d\u2019analyse du discours tentent de caract\u00e9riser les sp\u00e9cificit\u00e9s de leurs pratiques et les ACA arrivent dans le sillage de cette dynamique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue de la d\u00e9nomination, l\u2019\u00e9pith\u00e8te <em>africain<\/em>\u00a0laisse penser qu\u2019il en existerait dans d\u2019autres aires g\u00e9ographiques. Bohui le confirme d\u2019ailleurs en les identifiant \u00e0 des<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Expressions du genre \u00ab \u00c0 mon humble avis, vous devriez\u2026 \u00bb; \u00ab puis-je vous poser une question ? \u00bb; \u00ab Si je peux me permettre\u2026 \u00bb; etc. qui, pour \u00eatre des pr\u00e9cautions de \u00ab biens\u00e9ance \u00bb ne sont pas moins des formes d\u2019incursions dans le territoire de l\u2019allocutaire, et davantage encore des modalit\u00e9s d\u2019annonce d\u2019un contenu communicatif qu\u2019elles pr\u00e9figurent (2013, p. 173).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces expressions sont fran\u00e7aises, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles sont ancr\u00e9es socialement et culturellement dans la culture fran\u00e7aise. Dans ce contexte, elles r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 des pr\u00e9cautions oratoires inh\u00e9rentes au cadre interlocutif. D\u2019embl\u00e9e, et en les rapprochant des d\u00e9finitions et illustrations exploit\u00e9es pour les ACA, l\u2019on note des diff\u00e9rences qui appellent des commentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019une part, avec ces exemples, le trait de la pr\u00e9caution oratoire est grossi et la gestion de la face de l\u2019interlocuteur semble \u00eatre la principale vis\u00e9e de l\u2019interaction. D\u2019un point de vue \u00e9nonciatif, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab \u00c0 mon humble avis, vous devriez\u2026 \u00bb exprime un conseil voire une proposition. La pr\u00e9caution oratoire relative \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 (\u00ab humble avis \u00bb) et le conditionnel pr\u00e9sent accentuent le caract\u00e8re facultatif de la suite de l\u2019\u00e9nonc\u00e9. La proposition \u00ab puis-je vous poser une question? \u00bb postule une demande d\u2019autorisation m\u00eame si, dans le contexte d\u2019un d\u00e9bat, la question peut s\u2019av\u00e9rer rh\u00e9torique. Enfin, l\u2019expression \u00ab si je peux me permettre \u00bb introduit de la part du locuteur, une opinion ou un commentaire, en particulier lorsqu\u2019il pense qu&rsquo;il pourrait \u00eatre per\u00e7u comme intrusif ou non sollicit\u00e9. L\u2019expression signale alors que ce dernier est conscient des limites sociales dont il ne souhaite pas d\u00e9passer les fronti\u00e8res. En m\u00eame temps, la m\u00eame expression peut marquer un accord comme dans la phrase : \u00ab une belle acquisition madame, si je peux me permettre \u00bb. Ces exemples mettent en exergue l\u2019ancrage interlocutif de l\u2019emploi de ces avertisseurs, c\u2019est-\u00e0- dire qu\u2019ils travaillent surtout \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 et \u00e0 la continuit\u00e9 de l\u2019interaction. Cependant, la fonction annonciatrice n\u2019appara\u00eet pas aussi \u00e9vidente hors contexte que celle de la pr\u00e9caution oratoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Revenant aux ACA, m\u00eame si l\u2019on admet que l\u2019\u00e9lucidation de leur sens devrait prendre en compte le substrat culturel dans lequel ils sont inscrits pour acc\u00e9der \u00e0 des significations plus profondes et contextualis\u00e9es, la question des arguments en faveur de leur nature africaine reste enti\u00e8re. Au demeurant, dans d\u2019autres disciplines, notamment en philosophie et en litt\u00e9rature, ces d\u00e9bats de nature identitaire ont eu lieu sans avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement tranch\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il n\u2019existe pas de consensus d\u00e9finitif sur les crit\u00e8res permettant de d\u00e9finir de mani\u00e8re fiable et pertinente \u00ab l\u2019africanit\u00e9 \u00bb d\u2019une pratique sociale ou artistique. Diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019aire g\u00e9ographique, des traditions culturelles, des pratiques linguistiques et religieuses pourraient \u00eatre \u00e9voqu\u00e9s certes, mais leur importance relative et leur statut d\u00e9cisif restent sujets \u00e0 caution. Dans le cas des avertisseurs communicationnels, alors que les exemples fondateurs sont originellement en fran\u00e7ais, l\u2019africanit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s pourrait surgir des interf\u00e9rences et de la rh\u00e9torique imag\u00e9e, v\u00e9hicul\u00e9es des \u00e9nonc\u00e9s par\u00e9miologiques et idiomatiques mais \u00e9galement des contextes sp\u00e9cifiques d\u2019o\u00f9 ils surgissent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Reprenons la \u00ab tournure m\u00e8re \u00bb (Bohui 2013, p. 174) consign\u00e9e dans l\u2019Ex. 1 : \u00ab [\u2026] Si au petit matin il entend des coqs chanter [\u2026] Dis-lui que c\u2019est moi qui le remercie \u00bb. Un locuteur natif reconna\u00eet l\u00e0 une variante d\u2019une expression idiomatique de la gratitude que l\u2019on retrouve dans plusieurs langues ivoiriennes. Les variantes <em>a<\/em><em>gni, koulango et b\u00e9t\u00e9<\/em> sont pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>(1) En koulango<a class=\"footnote\" title=\"Langue Gur parl\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Ghana.\" id=\"return-footnote-1404-1\" href=\"#footnote-1404-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> :<br \/>\n[benihal\u026akas\u028a\u028a\u025fasole]<br \/>\n<strong>\u00ab Lorsqu\u2019il fera jour, re\u00e7ois ton remerciement. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>(2) En agni<a class=\"footnote\" title=\"Langue Kwa parl\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Ghana.\" id=\"return-footnote-1404-2\" href=\"#footnote-1404-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> :<br \/>\n[albah\u026aa\u0303 k\u028alana\u0303:\u025b t\u026a ak\u0254m\u0254 sul\u025b\u0254t\u026a m\u025b\u0303 mo]<br \/>\n<strong>\u00ab Si \u00e0 chaque matin, tu entends le chant des coqs, ceci est mon merci. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>(3)En b\u00e9t\u00e9 de Gagnoa<a class=\"footnote\" title=\"Langue krou parl\u00e9e dans le sud-ouest et le centre-ouest de la C\u00f4te d'Ivoire.\" id=\"return-footnote-1404-3\" href=\"#footnote-1404-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> :<br \/>\n[K\u028a\u0300kw\u025b\u030d-\u025b\u0304 k\u028c\u0304 w\u028c\u030dl\u0269\u030d p\u028c\u030d\u028c\u0300 n\u0269\u0304n, j\u0269\u0300gb\u028c\u0300 \u00e0m\u0269\u0301n-\u0269\u0300n \u0253\u028c\u0304l\u0269\u0300 m\u0269\u0304n l\u028c\u0304]<br \/>\n<strong>\u00ab Quand tu entendras le coq chanter, (consid\u00e8re que) c\u2019est moi qui te dis merci. \u00bb<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme le symbole du coq est pr\u00e9sent dans de nombreuses cultures \u00e0 travers le monde (Fiszman, 2012), il est int\u00e9ressant de questionner sa sp\u00e9cificit\u00e9 africaine dans cet exemple. En effet, le coq est souvent associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aube et au retour de la lumi\u00e8re. Son chant matinal annonce le lever du jour. Dans les diff\u00e9rents exemples, ce moment de la journ\u00e9e, dans son caract\u00e8re it\u00e9ratif, est associ\u00e9 \u00e0 la gratitude. Or, l\u2019on sait que le lever du jour qui s\u2019\u00e9gr\u00e8ne est un cycle naturel qui se r\u00e9p\u00e8te inlassablement. L\u2019expression peut donc \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un message de reconnaissance \u00e9ternelle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0merci infiniment\u00a0\u00bb ou alors \u00ab\u00a0merci toujours\u00a0\u00bb. La seconde expression existe d\u2019ailleurs. Ainsi, m\u00eame si le symbole du coq annon\u00e7ant le lever du jour est universel, sa signification peut rev\u00eatir une dimension sp\u00e9cifique dans certaines contr\u00e9es africaines \u00e0 l\u2019instar des exemples ci-dessus cit\u00e9s et qui renvoient \u00e0 l\u2019infini du temps. Cela r\u00e9v\u00e8le les subtilit\u00e9s du substrat culturel qui conditionnent l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9nonc\u00e9s en influen\u00e7ant la mani\u00e8re dont ils sont compris et per\u00e7us.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La nature annonciatrice des ACA<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La fonction d\u2019annonce est le crit\u00e8re principal et essentiel qui fonde les avertisseurs communicationnels. Il me semble important de la d\u00e9crire et la d\u00e9finir de fa\u00e7on plus large. Si l\u2019on examine la traduction des d\u00e9clinaisons de l\u2019Ex. 1 dans les langues ivoiriennes, l\u2019on observe qu\u2019elles sont form\u00e9es de deux propositions au sein d\u2019une phrase complexe. Dans les versions koulango et b\u00e9t\u00e9, la subordonn\u00e9e est temporelle tandis que dans la version agni, c\u2019est une conditionnelle. Les deux propositions dans ces m\u00eames exemples forment un bloc ins\u00e9cable, une expression idiomatique. Elles se compl\u00e8tent et sont n\u00e9cessaires pour produire le sens identifi\u00e9. Pourrait-on pour autant dire que la premi\u00e8re annonce la seconde? Si la seconde, au demeurant, la principale \u00e9tait remplac\u00e9e par une autre proposition, de quoi la premi\u00e8re serait-elle l\u2019annonce? \u00ab Si au petit matin tu entends le coq chanter, il est l\u2019heure de sortir du lit\u2026 \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019Ex. 1, la dimension d\u2019annonce est plus perceptible. Cependant, le passage de la parole ordinaire \u00e0 une langue \u00ab stylis\u00e9e \u00bb et transform\u00e9e en dialogue dans le discours litt\u00e9raire en transforme la structure. L\u00e0, tel un agent rythmique, l\u2019interlocuteur ponctue chaque \u00e9nonc\u00e9 par l\u2019adverbe invariable d\u2019affirmation \u00ab oui \u00bb qui participe de la progression de l\u2019interaction vers l\u2019issue c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019expression de la gratitude. Dans les exemples Ex. 2 et Ex. 3, l\u2019on reconna\u00eet bien la forme par\u00e9miologique, l\u2019un des crit\u00e8res des ACA. Cependant, les avertisseurs peuvent \u00eatre d\u00e9tach\u00e9s ou postpos\u00e9s sans que cela n\u2019affecte le sens des \u00e9nonc\u00e9s. De fait, la fonction d\u2019annonce est indissociable de la \u00ab position initiale ou pr\u00e9-position \u00bb. Revenons cependant aux supports des exemples fondant la th\u00e9orie et \u00e0 la dimension stylis\u00e9e sus \u00e9voqu\u00e9e. La description des pratiques langagi\u00e8res dans la parole ordinaire \u00e0 partir du discours litt\u00e9raire ne constitue-t-elle pas un biais dans la d\u00e9finition de ce ph\u00e9nom\u00e8ne? Il est vrai qu\u2019Ahmadou Kourouma avait la r\u00e9putation d\u2019avoir une langue litt\u00e9raire, la plus proche possible de sa langue d\u2019origine, le malink\u00e9 et que de nombreux \u00e9crits de Zadi Zaourou sont culturellement ancr\u00e9s dans le terroir b\u00e9t\u00e9. Cependant, l\u2019on sait \u00e9galement que la langue litt\u00e9raire est sc\u00e9naris\u00e9e. Tous les exemples exploit\u00e9s par Bohui \u00e9tant, en effet, des extraits de textes litt\u00e9raires, ne pourrait-on pas craindre que l\u2019effet d\u2019annonce des avertisseurs soit grossi par l\u2019\u00e9criture litt\u00e9raire?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Des avertisseurs communicationnels africains vers l\u2019identification d\u2019un statut linguistique de la parole africaine<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Que les ACA soient notoires ou partiels, il semble que seule la fonction d\u2019annonce, qui fonde leur aptitude \u00e0 anticiper d\u2019autres \u00e9nonc\u00e9s, est obligatoire pour garantir leur r\u00e9ussite en tant qu\u2019ACA. En tenant compte de l\u2019intentionnalit\u00e9 plus que de la structure des ACA, l\u2019on peut postuler qu\u2019il existe, dans les dispositifs \u00e9nonciatifs en Afrique et, pour l\u2019instant en C\u00f4te d\u2019Ivoire, des pratiques langagi\u00e8res qui, intrins\u00e8quement, \u00e9clairent la vis\u00e9e et le sens d\u2019autres auxquelles elles sont li\u00e9es. La demande des nouvelles et la probl\u00e9matique du tiers pourraient compter parmi celles-ci.<\/p>\n<h3>Lieux potentiels d\u2019ancrage des ACA<\/h3>\n<p><strong>Le rituel de demande des nouvelles<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le rapprochement entre les ACA et un rituel communicationnel, celui de demande des nouvelles, provient, sans doute, de l\u2019exemple phare illustrant la d\u00e9monstration dans les premi\u00e8res \u00e9bauches de la th\u00e9orie : \u00ab Ex. 1 : Si au petit matin il entend des coqs chanter&#8230; \u00bb. En m\u00eame temps, il postule le d\u00e9passement de la dimension syntaxique pour un ancrage davantage discursif. Il s\u2019agit d\u2019une proposition pour un \u00e9largissement du concept. En effet, il me semble que les unit\u00e9s d\u2019analyse des ACA peuvent exc\u00e9der l\u2019\u00e9nonc\u00e9 ou la phrase pour prendre en compte le discours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour rappel, les rituels communicationnels font r\u00e9f\u00e9rence aux comportements et aux conventions qui r\u00e9gissent les interactions verbales. Ils permettent de structurer et de faciliter la communication en l\u2019orientant dans un contexte sp\u00e9cifique. Ils sont donc des outils de r\u00e9gulation sociale au sein d\u2019une communaut\u00e9 linguistique et jouent ainsi un r\u00f4le crucial dans la construction du sens et de l\u2019identit\u00e9 sociale, d\u00e9finissant les relations entre les locuteurs et \u00e9tablissant des codes de conduite acceptables lors des \u00e9changes verbaux. Au titre des rituels communicationnels, l\u2019on distingue les salutations, les formules de politesse, les remerciements, les excuses\u00a0et les formules de conclusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le rituel de demande des nouvelles n\u2019est pas sp\u00e9cifique \u00e0 la C\u00f4te d\u2019Ivoire ou \u00e0 d\u2019autres espaces culturels africains. En fran\u00e7ais par exemple, ce rituel est traduit par des \u00e9nonc\u00e9s simples tels \u00ab Comment \u00e7a va? \u00bb, \u00ab \u00c7a va ? \u00bb, \u00ab Quoi de neuf ? \u00bb. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ces formules sont r\u00e9duites \u00e0 leur fonction phatique ou de r\u00e9gulation des relations sociales. Elles permettent de renforcer les liens sociaux, de cr\u00e9er un cadre d\u2019\u00e9change ou encore de briser la glace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En contexte ivoirien et\/ou africain, la demande des nouvelles est plus ou moins ritualis\u00e9e en fonction des circonstances et peut rev\u00eatir le format d\u2019un c\u00e9r\u00e9monial charg\u00e9 de significations socioculturelles sur le contexte de l\u2019\u00e9nonciation, sur l\u2019identit\u00e9 et le statut des interactants (sexe, \u00e2ge, fonction\u2026) qui engendrent des dispositifs \u00e9nonciatifs sp\u00e9cifiques. L\u2019espace de cette section ne suffirait pas \u00e0 en exposer les sp\u00e9cificit\u00e9s \u00e9nonciatives. L\u2019int\u00e9r\u00eat ici, c\u2019est leur fonction d\u2019annonce qui est illustr\u00e9e dans les deux dialogues ci-apr\u00e8s, puis\u00e9s dans mon r\u00e9pertoire propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogue 1 illustre une demande des nouvelles lors d\u2019une visite de courtoisie du couple Kouadio chez le couple Kacou\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>D1 :<br \/>\n-M. Kacou : Bonne arriv\u00e9e, chers amis. L\u2019on vous sert un peu d\u2019eau?<br \/>\n-M. Kouadio : Non merci, cher ami.<br \/>\n-M. Kacou : Quelles sont les nouvelles?<br \/>\n-M.Kouadio : Il n\u2019y a rien de grave. Nous passions \u00e0 proximit\u00e9 de votre maison et nous sommes pass\u00e9s vous saluer.<br \/>\n-M. Kacou : C\u2019est tr\u00e8s gentil \u00e0 vous. De notre c\u00f4t\u00e9 nous profitions du week-end pour nous poser et nous vous voyons arriver.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 mon sens, cet \u00e9change de civilit\u00e9s peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un ACA. En effet,\u00a0 il joue un r\u00f4le important dans la dynamique de la conversation. Ces premiers \u00e9changes entre les interlocuteurs vont influencer le contenu et la direction de la conversation qui va suivre. La mani\u00e8re dont chacun r\u00e9pondra aux salutations et aux questions basiques va d\u00e9terminer la suite des \u00e9changes. En g\u00e9n\u00e9ral, la s\u00e9quence o\u00f9 les h\u00f4tes partagent des nouvelles de leur vie sert de point de d\u00e9part pour approfondir la conversation, les visiteurs rebondissant souvent sur ces informations. Ainsi, que l&rsquo;h\u00f4te choisisse de parler de son \u00e9tat de sant\u00e9 ou de l&rsquo;activit\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait en train de mener avant d&rsquo;accueillir les visiteurs, la conversation pourra s&rsquo;orienter vers de nombreux sujets diff\u00e9rents. La demande de nouvelles, dans ce format ritualis\u00e9 et quasi c\u00e9r\u00e9monial, prend la forme d\u2019un avertisseur\u00a0: ses limites \u00e9tant identifiables en termes de structure et de position dans l\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogue 2, \u00e0 suivre, illustrera mieux la fonction d\u2019annonce. Cette fois-ci, la visite du couple Kouadio est motiv\u00e9e par une raison particuli\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">D2 :<br \/>\n-M. Kacou : Bonne arriv\u00e9e, chers amis. L\u2019on vous sert un peu d\u2019eau?<br \/>\n-M. Kouadio : Non merci, cher ami.<br \/>\n-M. Kacou : Quelles sont les nouvelles?<br \/>\n-M.Kouadio : Il n\u2019y a rien de grave. <strong>C\u2019est un bonjour, mais il y a encore derri\u00e8re.<\/strong><br \/>\n-M. Kacou : C\u2019est tr\u00e8s gentil \u00e0 vous. De notre c\u00f4t\u00e9 nous profitions du week-end pour nous poser et nous vous voyons arriver. <strong>Quelle est la deuxi\u00e8me nouvelle?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D2 (bis) :<br \/>\n-M. Kacou : Bonne arriv\u00e9e, chers amis. L\u2019on vous sert un peu d\u2019eau?<br \/>\n-M. Kouadio : Non merci, cher ami.<br \/>\n-M. Kacou : Quelles sont les nouvelles?<br \/>\n-M. Kouadio : Il n\u2019y a rien de grave. C\u2019est un bonjour.<br \/>\n-M. Kacou : C\u2019est tr\u00e8s gentil \u00e0 vous. De notre c\u00f4t\u00e9 nous profitions du week-end pour nous poser et nous vous voyons arriver. (Petit silence) <strong>Quelle est la deuxi\u00e8me nouvelle?<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les exemples D2 et D2 (bis) d\u00e9montrent que, dans certaines situations de rencontre et de visite, l&rsquo;objet de la visite est introduit par le visiteur lui-m\u00eame ou par l&rsquo;h\u00f4te. Quelle que soit la personne qui annonce le sujet de la visite, les formules en gras alertent les interlocuteurs qu\u2019un sujet sp\u00e9cifique ou une nouvelle information vont \u00eatre partag\u00e9s. Le rituel de demande des nouvelles peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un avertisseur communicationnel. Dans ce contexte, il peut \u00e9galement refl\u00e9ter une tendance, des Africain\u00b7es \u00e0 annoncer une intention de communication, pr\u00e9parant ainsi le terrain pour une conversation plus fluide et plus constructive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La probl\u00e9matique du tiers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exploration de la personne par Benveniste permet de cat\u00e9goriser deux personnes grammaticales : la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me personnes en tant qu\u2019instances \u00e9nonciatives. La troisi\u00e8me personne grammaticale (il\/elle\/on), absente de l\u2019\u00e9nonciation (au sens de ne pas y prendre part), est la non-personne. Traditionnellement, Je et Tu, respectivement la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me personnes, sont inscrits dans un cadre locutif o\u00f9 ils sont, tour \u00e0 tour, locuteur et interlocuteur au gr\u00e9 des tours de parole durant la conversation. La troisi\u00e8me personne, il\/on, renvoie au d\u00e9locutif, \u00e0 savoir la personne ou l\u2019objet dont on parle. \u00c0 priori donc, elle ne participe pas \u00e0 l\u2019interaction. De fil en aiguille, la description et l\u2019analyse des r\u00f4les, fonctions et valeurs de cette troisi\u00e8me personne ont fait appara\u00eetre la notion de tiers sous la forme du tiers-parlant (Peytard, 1993); tiers-inclus\/exclu (Charaudeau, 2004, p. 25).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La plupart des ACA semblent travers\u00e9s par une voix en surplomb, soit \u00e0 travers des proverbes comme Ex. 2 et Ex. 3 ou un savoir traditionnel tel qu\u2019illustr\u00e9 dans l\u2019Ex. 5 qui semble prescrire un comportement. Ce tiers, contrairement aux d\u00e9finitions d\u00e9j\u00e0 \u00e9nonc\u00e9es n\u2019est pas celui\/celle dont on parle, mais plut\u00f4t celui\/celle qui l\u00e9gitime la parole. Je le qualifie de latent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce tiers latent est une voix transcendante dont l\u2019\u00e9nonciateur s\u2019inspire en m\u00eame temps qu\u2019elle s\u2019impose \u00e0 lui sous la forme d\u2019un cadre de r\u00e9f\u00e9rence. Il se rapproche du tiers-parlant de Peytard :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019entends par \u00ab tiers-parlant \u00bb un ensemble inde\u0301fini d\u2019\u00e9nonc\u00e9s pr\u00eat\u00e9s a\u0300 des \u00e9nonciateurs, dont la trace est manifest\u00e9e par : \u00ab les gens disent que&#8230;, on dit que&#8230;, on pr\u00e9tend que&#8230;, mon ami m\u2019a dit que&#8230; \u00bb. \u00c9nonc\u00e9s qui appartiennent a\u0300 la masse interdiscursive, a\u0300 laquelle empruntent les agents de l\u2019\u00e9change verbal pour densifier leurs propos (Peytard, 1993, \u00a7 8).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Seulement, contrairement \u00e0 ce tiers-parlant qui est ind\u00e9termin\u00e9, mais dont les fronti\u00e8res \u00e9nonciatives semblent identifi\u00e9es par la double \u00e9nonciation du discours rapport\u00e9, \u00ab les gens disent que&#8230;, on dit que&#8230;, on pr\u00e9tend que&#8230;, mon ami m\u2019a dit que&#8230; \u00bb; le tiers latent, lui, est plus diffus sans r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 des voix identifiables. Dans cette cat\u00e9gorie, l\u2019on pourrait citer les proverbes et les expressions idiomatiques, comme le soulignent les propositions en gras de Ex. 2 et Ex. 3. L\u2019on pourrait \u00e9galement ranger dans cette cat\u00e9gorie tous les discours qui \u00e9lucident des pratiques socioculturelles \u00e0 l\u2019instar de l\u2019Ex. 5. Tel que d\u00e9crit, le tiers latent symbolise la sagesse populaire et r\u00e9f\u00e8re au syst\u00e8me de croyances des individus dont il oriente l\u2019\u00eatre, l\u2019agir et le faire. En r\u00e9alit\u00e9, les normes prescrites et diffus\u00e9es par ces figures correspondent \u00e0 un agir verbal qui a pour objectif de transformer le caract\u00e8re ind\u00e9fini du propos : <em>\u00ab\u00a0on-vrai\u00a0\u00bb qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00ab\u00a0il-vrai\u00a0\u00bb<\/em> (Charaudeau, 2004, p.\u00a011).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, la prise en compte de ces deux cat\u00e9gories d\u2019analyse (rituel de demande de nouvelles et tiers latent) touche aux sp\u00e9cificit\u00e9s pragmatiques des ACA tels qu\u2019ils sont donn\u00e9s \u00e0 voir. D\u2019une part, la description du premier pourrait provenir d\u2019une inclinaison \u00e0 anticiper les chocs, \u00e0 pr\u00e9server la face. Cela inscrit les avertisseurs communicationnels dans un \u00ab cadre diplomatique \u00bb \u00e0 l\u2019effet de pr\u00e9venir, d\u2019\u00e9viter ou d\u2019amortir d\u2019\u00e9ventuels chocs oppositionnels consubstantiels \u00e0 toute interaction. D\u2019autre part, la probl\u00e9matique du tiers latent, si elle confirme le caract\u00e8re interdiscursif du discours, remet en cause les sch\u00e9mas traditionnels de la communication. En effet, les univers de croyances, tout comme les cadres de r\u00e9f\u00e9rence, du moins en contexte africain, font intervenir le tiers, bien souvent latent, qui inspire, fonde et l\u00e9gitime le propos. Si l\u2019on devait co\u00fbte que co\u00fbte le personnifier, le tiers latent renverrait, d\u2019un point litt\u00e9raire \u00e0 l\u2019agent rythmique de Zadi (1975) qui revisite le sch\u00e9ma traditionnel de la communication de Jackobson en lui rajoutant l\u2019agent rythmique :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutes les th\u00e9ories europ\u00e9ennes de la communication se r\u00e9duisent aux rapports suivants\u00a0: destinateur-message-destinataire. C\u2019est par rapport \u00e0 ces donn\u00e9es de base que sont \u00e9tudi\u00e9es les diff\u00e9rentes fonctions linguistiques. Ce sont des choses sues et nous ne nous y arr\u00eatons pas. Chez les Africains, il en va autrement\u00a0: a\/le circuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il en comporte toujours et n\u00e9cessairement trois personnages et non deux : destinateur, destinataire, et, entre les deux, un agent rythmique (Zadi, 1975, p. 477).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la vie quotidienne \u00e0 la figure de la grand-m\u00e8re ou du ma\u00eetre, l\u2019un et l\u2019autre disparus, dont les souvenirs restent vivaces dans la m\u00e9moire des petits-enfants ou du disciple. Au total, la cat\u00e9gorisation des ACA est un pr\u00e9texte pour interroger des dispositifs \u00e9nonciatifs sous-jacents \u00e0 des pratiques langagi\u00e8res dont l\u2019analyse pr\u00e9figure, comme pr\u00e9c\u00e9demment annonc\u00e9, les sp\u00e9cificit\u00e9s linguistiques de la parole africaine.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">De la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9finir le statut linguistique de la parole africaine<a class=\"footnote\" title=\"Pour approfondir, voir Journal des Africanistes, 1987, n\u00b0 57.\" id=\"return-footnote-1404-4\" href=\"#footnote-1404-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a><\/h3>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Sois a\u0300 l\u2019\u00e9coute, dit la vieille Afrique. Tout parle. Tout est parole. Tout cherche a\u0300 nous communiquer un e\u0301tat d\u2019e\u0302tre myst\u00e9rieusement enrichissant&#8230; Apprends a\u0300 \u00e9couter le silence, et tu d\u00e9couvriras qu\u2019il est musique [\u2026]. L\u2019adage malien d\u00e9clare : \u00ab Qu\u2019est-ce qui met une chose en e\u0301tat (c\u2019est-a\u0300-dire l\u2019arrange, la dispose favorablement)? C\u2019est la parole. Qu\u2019est-ce qui d\u00e9t\u00e9riore une chose? C\u2019est la parole. Qu\u2019est-ce qui maintient une chose en son e\u0301tat? C&rsquo;est la parole (Hampat\u00e9 B\u00e2, 1993, p. 20).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019accueille le qualificatif <em>africain<\/em> des avertisseurs communicationnels tels que Bohui les con\u00e7oit comme une injonction \u00e0 caract\u00e9riser une fa\u00e7on sp\u00e9cifique de parler en contexte africain. Le projet global, qui n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts, questionne le statut linguistique de la parole africaine. Qu\u2019est-ce que la parole en contexte africain? Comment est-elle repr\u00e9sent\u00e9e dans les langues africaines? Quelles relations entretient-elle avec la langue et le discours?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Roulon-Doko (2008) amorce une r\u00e9ponse \u00e0 ces questions \u00e0 partir de langues de diff\u00e9rentes r\u00e9gions d\u2019Afrique et permet de distinguer entre le langage, la parole, la langue, la voix et, entre dire et parler \u00e0 partir de leurs diverses d\u00e9signations. Elle souligne ainsi que chez les Dogon par exemple, un m\u00eame terme d\u00e9signe \u00e0 la fois la langue et la parole et se distingue du terme qui d\u00e9signe la voix. Seulement, la parole est sp\u00e9cifi\u00e9e par un qualificatif : \u00ab parole blanche pour d\u00e9signer une parole vraie [\u2026]; une parole humide pour une parole bien nette [\u2026], parole non m\u00fbre pour une parole au d\u00e9bit pr\u00e9cipit\u00e9, une parole irr\u00e9fl\u00e9chie \u00bb (Calame-Griaule, cit\u00e9e par Roulon-Doko, 2008, p. 35). Dans ce contexte, la parole, abord\u00e9e du point de vue \u00e9nonciatif est synonyme de discours. En citant Derive, elle r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement que les termes pour exprimer \u00ab parole, e\u0301nonce\u0301, discours, propos \u00bb et \u00ab parler \u00bb sont identiques en bambara; le verbe \u00ab dire \u00bb est d\u00e9sign\u00e9 autrement tout comme un autre vocable d\u00e9signe \u00ab la langue \u00bb mais \u00e9galement des parties du corps humain \u00e0 proximit\u00e9 des organes de la phonation : \u00ab le cou, la gorge, la voix \u00bb. Au Burkina Faso, des langues \u00e0 classes, \u00e0 l\u2019instar du kasim convoquent la m\u00eame racine pour d\u00e9signer la langue, la personne, le pays, le comportement. L\u2019emploi de suffixes permet de les distinguer et la racine identique d\u2019un terme \u00e0 l\u2019autre souligne bien les vocations sociales et interactionniste de la langue. Le kasim consid\u00e8re de fa\u00e7on englobante la langue, les locuteurs, l\u2019espace linguistique et les comportements que j\u2019entends au sens de syst\u00e8me des valeurs v\u00e9hicul\u00e9es au sein de la communaut\u00e9 et dont la langue diffuse les repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse conduisant \u00e0 analyser, dans diff\u00e9rentes langues africaines, les dichotomies et concepts fondateurs de la science linguistique gagnerait \u00e0 \u00eatre approfondie. C\u2019est \u00e0 ce prix que les sciences du langage en g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019analyse du discours en particulier pourront \u00e9laborer un appareillage m\u00e9thodologique susceptible de saisir avec justesse, les pratiques langagi\u00e8res africaines. En attendant, retenons que, de prime abord, la parole fonde l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019homme en ce qu\u2019elle le distingue de l\u2019animal et marque sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur ce dernier (Roulon-Doko, 2008, p. 33). Ensuite, la parole est cr\u00e9atrice et cr\u00e9ation, instruit Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 (1993, p. 20). Les lignes qui pr\u00e9c\u00e8dent d\u00e9montrent que dans certaines cultures africaines, la parole est le si\u00e8ge de l\u2019humanit\u00e9 : \u00ab Je parle donc je suis \u00bb. Elle \u00e9galement est porteuse de propri\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab la parole prof\u00e9r\u00e9e a une vie et \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le \u00bb (p. 36); \u00ab la parole peut \u00eatre cuite ou crue selon qu\u2019elle vient du c\u0153ur ou pas \u00bb, \u00ab elle est \u00e0 la fois fragile et f\u00e9condante \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u0153uf \u00bb, \u00ab elle est assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019eau qu\u2019il est impossible de ramasser une fois vers\u00e9e ou au vent \u00bb; \u00ab sa source ne tarit pas et son contenant ne s\u2019emplit pas \u00bb (p. 37).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, la parole africaine est issue d\u2019un apprentissage. Les locuteurs rivalisent dans la ma\u00eetrise de l\u2019art oratoire et la d\u00e9monstration de leur aptitude \u00e0 convoquer des images et les analogies en Afrique, \u00ab la ma\u00eetrise de sa parole est la qualit\u00e9\u0301 sociale la plus valoris\u00e9e un peu partout \u00bb (Calame-Griaule 1987, p. 12). Cette ma\u00eetrise va de pair avec la capacit\u00e9 \u00e0 manier et \u00e0 comprendre la parole color\u00e9e, truculente mais \u00e9nigmatique, voire oblique. Le d\u00e9fi de la d\u00e9chiffrer rel\u00e8ve \u00ab \u00e0 la fois de l\u2019intelligence du discernement et de l\u2019intelligence cr\u00e9atrice \u00bb (Drouin, 1987, p. 89).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les avertisseurs communicationnels, au-del\u00e0 de leur fonction discursive anticipatoire, rejoignent cet aspect quasi \u00e9sot\u00e9rique tout autant qu\u2019esth\u00e9tique de la parole africaine. De ce fait, leur usage refl\u00e8te l\u2019acquisition d\u2019un savoir traditionnel s\u00e9culaire et conf\u00e8re au discours, un caract\u00e8re performatif\u00a0: les ACA d\u00e9clinent l\u2019identit\u00e9 du locuteur, d\u00e9voilent son univers de croyances et sa ma\u00eetrise des subtilit\u00e9s de sa langue d\u2019expression.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Mon objectif en participant \u00e0 cette aventure th\u00e9orique des avertisseurs communicationnels africains \u00e9tait double. Premi\u00e8rement, j\u2019ai voulu contribuer \u00e0 un exercice de contextualisation de l\u2019analyse du discours en la rapportant \u00e0 l\u2019Afrique envisag\u00e9e comme une aire socioculturelle produisant des discours sp\u00e9cifiques. Deuxi\u00e8mement, j\u2019ai tent\u00e9 de comprendre, par l\u2019identification et l\u2019analyse de pratiques langagi\u00e8res significatives, une propension du locuteur natif \u00e0 annoncer un propos \u00e0 venir. L\u2019examen du corpus d\u2019\u00e9nonc\u00e9s originels de la th\u00e9orie a permis de d\u00e9montrer que les ACA pouvaient exc\u00e9der l\u2019\u00e9nonc\u00e9 pour \u00eatre \u00e9tendus \u00e0 des cat\u00e9gories d\u2019analyse plus larges et aussi diverses que le rituel, le discours et la conversation. Cet examen a \u00e9galement \u00e9lucid\u00e9 l\u2019ancrage des ACA dans les expressions idiomatiques et les par\u00e9mies. L\u2019analyse a par ailleurs reli\u00e9 cette dimension \u00e0 la notion de tiers latent d\u00e9crite comme une voix transcendante qui l\u00e9gitime en m\u00eame temps qu\u2019elle annonce le propos ult\u00e9rieur. Cette voix semble d\u00e9positaire de savoirs traditionnels qui ont valeur de v\u00e9rit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rales et d\u2019arguments d\u2019autorit\u00e9. \u00c0 ce stade, les \u00e9l\u00e9ments ci-dessus sont davantage des hypoth\u00e8ses formul\u00e9es afin d\u2019explorer de nouvelles id\u00e9es et concepts pouvant servir de base pour orienter les \u00e9tudes et les exp\u00e9rimentations ult\u00e9rieures. Pour les valider, il serait important d\u2019\u00e9largir le corpus, de multiplier les hypoth\u00e8ses sur les diff\u00e9rents aspects structurels, s\u00e9mantiques et \u00e9nonciatifs tout en prenant en compte les connaissances d\u00e9j\u00e0 existantes sur les ACA ou toute autre r\u00e9alit\u00e9 pouvant s\u2019en rapprocher. Pour l\u2019heure, les ACA sont des expressions et des pratiques langagi\u00e8res socialement, linguistiquement et culturellement situ\u00e9es. Leur caract\u00e9risation requiert diff\u00e9rents niveaux d\u2019analyse correspondant aux ancrages sus-cit\u00e9s auxquels l\u2019on pourrait ajouter une perspective historique. Ce d\u00e9passement de la proposition \u00e0 son niveau actuel devrait aboutir \u00e0 l\u2019appr\u00e9hension linguistique de la parole africaine, une exigence pour des analyses et descriptions pertinentes des pratiques sociolangagi\u00e8res locales.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2002. Si au petit matin\u2026 <em>EN-QUETE\u00a0<\/em>: <em>Revue scientifique des Lettres, Arts et Sciences humaines,<\/em> 9, p. 7-27. Abidjan\u00a0: \u00c9ditions Universitaires de Co\u0302te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2013. Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma. Dans Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire (Dir.), <em>Cr\u00e9ation, langue et discours dans l&rsquo;\u00e9criture d\u2019Ahmadou Kourouma<\/em>, Actes du colloque \u00ab\u00a0Ahmadou Kourouma, un \u00e9crivain total\u00a0\u00bb, du 18 au 20 Septembre 2013 a\u0300 l\u2019universit\u00e9\u0301 Fe\u0301lix Houphoue\u0308t-Boigny (168-188). <em>Revue Nodus Sciendi<\/em>. URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php\">http:\/\/nodusciendi.net\/articles.php<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calame-Griaule, Genevie\u0300ve. 1987. Les voix de la parole. <em>Journal des Africanistes<\/em>, 57, Fasc.1-2, p. 7-17.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2004. Tiers o\u00f9 es-tu ? \u00c0 propos du tiers du discours. Dans Charaudeau, Patrick et Montes, Rosa, (Dir.). <em>La voix cach\u00e9e du Tiers. Des non-dits du discours<\/em> (19-41). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Drouin, Jeannine. 1987. De quelques conceptions esthe\u0301tiques de la parole dans la socie\u0301te\u0301 touare\u0300gue. <em>Journal des africanistes<\/em>, tome 57, fascicule 1-2, p. 77-96. DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/jafr.1987.2163\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/jafr.1987.2163<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fiszman, Marc. 2012. Le coq, un symbole riche mais trop discret.\u00a0<em>La cha\u00eene d&rsquo;union<\/em>, Vol 61, N\u00b0 2, p. 34-41.\u00a0DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdu.061.0034\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdu.061.0034<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2, Amadou. 1993. Parole africaine. Dans <em>Le Courrier de l&rsquo;UNESCO: une fen\u00eatre ouverte sur le monde<\/em>, XLVI, 9, p. 20-24.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1984. Antonymie et argumentation : la contradiction. <em>Pratiques : linguistique, litt\u00e9rature, didactique<\/em>, 43, p. 46-58. DOI\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/prati.1984.13\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/prati.1984.13<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maldidier, Denise. 1990. <em>\u00a0L&rsquo;inqui\u00e9tude du discours,\u00a0<\/em>textes de Michel P\u00eacheux. Paris\u00a0: \u00c9ditions des Cendres.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maldidier, Denise. 1993. L\u2019inqui\u00e9tude du discours. Un trajet dans l\u2019histoire de l\u2019analyse du discours : le travail de Michel P\u00eacheux. <em>Semen<\/em>, 8. DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4351\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4351<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Peytard, Jean. 1993. D\u2019une s\u00e9miotique de l&rsquo;alt\u00e9ration. <em>Semen<\/em>, 8. DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4182\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/semen.4182<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roulon-Doko, Paulette. 2008. Le statut de la parole. Dans\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">Baumgardt, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Ursula et\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 1em\">Derive, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Jean (Dir.). <\/span><em style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Litte\u0301ratures orales africaines. Perspectives the\u0301oriques et me\u0301thodologiques<\/em><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">. (33-45). Paris\u00a0: Karthala. halshs-00720174.<\/span><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zadi, Zaourou Bernard. 1975. Exp\u00e9rience africaine de la parole : Probl\u00e8mes th\u00e9oriques de l&rsquo;application de la linguistique \u00e0 la litt\u00e9rature. <em>Revue Canadienne des \u00c9tudes Africaines<\/em>, Vol. 9, N\u00b0 3, p. 449-478.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/danielle-lezou-koffi\">Aim\u00e9e-Danielle LEZOU KOFFI<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteure est enseignante-chercheure au d\u00e9partement de Lettres Modernes de l\u2019Universite\u0301 Fe\u0301lix Houphoue\u0308t-Boigny. Elle est la coordinatrice du Programme The\u0301matique de Recherche : Langues, Socie\u0301te\u0301, Culture et Civilisations (PTR-LSCC) du CAMES depuis d\u00e9cembre 2021, Pr\u00e9sidente-cofondatrice du R\u00e9seau africain d\u2019Analyse du Discours, co-initiatrice du projet de recherche ADAS : Analyse du Discours en Afrique Subsaharienne. Histoire, \u00e9pist\u00e9mologie et th\u00e9ories.<\/p>\n<p>Courriel : aimee.koffi@univ-fhb.edu.ci<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1404-1\">Langue Gur parl\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Ghana. <a href=\"#return-footnote-1404-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1404-2\">Langue Kwa parl\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Ghana. <a href=\"#return-footnote-1404-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1404-3\">Langue krou parl\u00e9e dans le sud-ouest et le centre-ouest de la C\u00f4te d'Ivoire. <a href=\"#return-footnote-1404-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1404-4\">Pour approfondir, voir <em>Journal des Africanistes<\/em>, 1987, n\u00b0 57. <a href=\"#return-footnote-1404-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["danielle-lezou-koffi"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[137],"license":[],"class_list":["post-1404","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-analyse-du-discours","motscles-avertisseurs-communicationnels-africains","motscles-parole-africaine","motscles-rituel-communicationnel","keywords-african-communicative-alarms","keywords-african-speech","keywords-discourse-analysis","keywords-the-third-party","motscles-autre-hotuba-ya-kiafrika","motscles-autre-maonyo-ya-mawasiliano-ya-kiafrika","motscles-autre-tambiko-la-mawasiliano","motscles-autre-uchanganuzi-wa-mazungumzo","contributor-danielle-lezou-koffi"],"part":53,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1404","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":32,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1404\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1655,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1404\/revisions\/1655"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/53"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1404\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1404"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1404"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1404"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1404"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}