{"id":1467,"date":"2024-09-28T00:14:44","date_gmt":"2024-09-27T22:14:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=1467"},"modified":"2025-08-05T22:09:53","modified_gmt":"2025-08-05T20:09:53","slug":"manga2024b","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/manga2024b\/","title":{"rendered":"Formule d\u2019adresse et \u00e9criture inclusive : une analyse \u00e9nonciative et pragmatique des v\u0153ux de nouvel an des chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et camerounais"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les pol\u00e9miques autour de l\u2019\u00e9criture inclusive et ses diff\u00e9rentes r\u00e9alisations continuent \u00e0 retenir l'attention dans les milieux politique, administratif et \u00e9ducatif. La question clive ainsi l\u2019opinion publique francophone, autant qu\u2019elle constitue un centre d\u2019int\u00e9r\u00eat des recherches d\u2019horizons disciplinaires divers. En effet, \u00ab pour une communication publique sans st\u00e9r\u00e9otypes de sexe \u00bb[footnote]Cette formulation est une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la version actualis\u00e9e (2022) du guide pratique de l\u2019\u00e9criture inclusive, intitul\u00e9 <em>Pour une communication publique sans st\u00e9r\u00e9otypes de sexe<\/em>, publi\u00e9 en France par le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes (HCE).[\/footnote], dans un monde davantage enclin \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de chances et de genres, les tenant\u00b7es de l\u2019\u00e9criture inclusive entendent remettre en question la r\u00e8gle de grammaire port\u00e9e par la formule discriminatoire et sexiste : \u00ab le masculin l\u2019emporte sur le f\u00e9minin \u00bb. En France comme dans l\u2019espace francophone en g\u00e9n\u00e9ral, la question touche tous les secteurs et segments d\u2019activit\u00e9 sociale, et cons\u00e9quemment les types et genres de discours qui en \u00e9manent. Si certaines conventions graphiques du langage inclusif ont \u00e9t\u00e9 bannies des discours officiels en France (<em>cf<\/em>. la circulaire du premier ministre, \u00c9douard Philippe, publi\u00e9e le 22 novembre 2017 au <em>journal officiel de la R\u00e9publique fran\u00e7aise <\/em>n\u00b00272), d\u2019autres n\u00e9anmoins poursuivent leur devenir plus ou moins reluisant dans d\u2019autres espaces et formations discursives.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette r\u00e9flexion a pour ambition d\u2019analyser, dans une d\u00e9marche comparative, les implications \u00e9nonciatives et pragmatiques des diff\u00e9rents choix de mat\u00e9rialisation de l\u2019\u00e9criture inclusive, respectivement dans les formules d\u2019adresse des discours de v\u0153ux de nouvel an de Paul Biya et de quatre anciens chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais de la cinqui\u00e8me R\u00e9publique. Que vise le langage inclusif? Et que peut traduire la pr\u00e9f\u00e9rence pour telle forme ou pour telle autre dans les diff\u00e9rents contextes du mat\u00e9riau \u00e9tudi\u00e9 (La France et le Cameroun)? Nous partons de l\u2019hypoth\u00e8se que les options respectives pour la formulation <em>Mes chers compatriotes<\/em>, et la formulation manifestement genr\u00e9e (<em>Camerounaises, Camerounais<\/em>) ne sont pas fortuites, immotiv\u00e9es\u00a0: elles correspondent \u00e0 une certaine vision de la question du genre et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres en pr\u00e9sence dans les deux soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Balis\u00e9e par une approche pragmatico-discursive, notre d\u00e9marche consistera \u00e0 aller premi\u00e8rement aux sources du mat\u00e9riau (les termes d\u2019adresse), en en pr\u00e9sentant la port\u00e9e morphologique et \u00e9nonciative. Une telle pr\u00e9paration morpho-\u00e9nonciative d\u00e9bouchera sur une lecture contrastive des visions du monde de la probl\u00e9matique du genre en France et au Cameroun.<\/p>\r\n\r\n<h2>La formule d\u2019adresse\u00a0: mat\u00e9rialisation et formes<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avant toute d\u00e9finition usuelle, il convient de signaler le caract\u00e8re passe-partout des formules d\u2019adresse, que l\u2019on peut inscrire dans la nomenclature des routines et des rituels discursifs. En effet, un discours dans sa structuration et sa mat\u00e9rialisation globale suit un cheminement plus ou moins pr\u00e9visible, conventionnalis\u00e9. En fonction du type ou du genre, et selon la situation, un esprit en attente de r\u00e9ception d\u2019un discours peut, <em>a priori<\/em>, en d\u00e9finir les modalit\u00e9s structurelles. Cet esprit saura par exemple pr\u00e9voir des structures diversifi\u00e9es, selon qu\u2019il s\u2019agira des discours philosophique, scientifique, administratif, litt\u00e9raire, etc. Ces lieux communs pr\u00e9visibles de la forme, dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 politique, concernent la formule d\u2019adresse. Ce rituel qui ouvre g\u00e9n\u00e9ralement un discours, et dont la vocation premi\u00e8re est d\u2019\u00e9tablir une relation entre un\u00b7e orateur\u00b7trice et son auditoire, peut rev\u00eatir diverses formes, en fonction des intentions, des vis\u00e9es de discours.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, notre regard analytique ne porte que sur les termes d\u2019adresse, et non sur la suite des discours. Nous travaillons sur un corpus compos\u00e9 de discours essentiellement \u00e9crits prononc\u00e9s en direct \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision le 31 d\u00e9cembre \u2013 que nous avons collect\u00e9s dans les sites officiels des deux pr\u00e9sidences. Ces versions \u00e9crites constituent un mat\u00e9riau de soixante-dix-neuf (79) discours de cinq chefs d\u2019\u00c9tat : Paul Biya, Fran\u00e7ois Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Fran\u00e7ois Hollande. Dans cette fourchette, Paul Biya seul compte quatre-deux (42) discours, contre trente-sept (37) pour ses homologues de l\u2019hexagone. Les choix qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la d\u00e9limitation de ce corpus et \u00e0 la s\u00e9lection des acteurs politiques renvoient au fait que la borne de d\u00e9part, \u00e0 savoir les ann\u00e9es 1981 et 1982 correspondent respectivement \u00e0 l\u2019accession aux fonctions pr\u00e9sidentielles des pr\u00e9sidents Fran\u00e7ois Mitterrand et Paul Biya. Ainsi avons-nous voulu suivre une certaine \u00e9volution du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tudi\u00e9, en portant un regard sur plus de trois d\u00e9cennies de tradition discursive, de part et d\u2019autre, aux fins de voir dans quelle mesure l\u2019hypoth\u00e8se avanc\u00e9e augure un r\u00e9sultat analytique probant et justifiable. Pour ce qui est des chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, nous avons mis\u00e9 sur le fait qu\u2019ils sont tous de la cinqui\u00e8me R\u00e9publique, bien que n\u2019appartenant pas aux m\u00eames familles id\u00e9ologiques et politiques. Tous, comme Paul Biya au Cameroun, ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de la France, \u00e0 la pointe de la prise des d\u00e9cisions, et de la gestion des questions des droits de l\u2019Homme, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous n\u2019avons pas inclus les mandats discursifs d'Emmanuel Macron dans cette \u00e9tude, en raison du fait que c\u2019est sous son gouvernorat, notamment en 2017, que vont na\u00eetre les controverses sur l\u2019\u00e9criture inclusive et cela, comme on le verra, a plus ou moins influ\u00e9 sur sa fa\u00e7on de formuler les termes d\u2019adresse. Pour s\u2019en convaincre, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir la variation de ceux-ci tant\u00f4t en formule \u00e9pic\u00e8ne appuy\u00e9e par un adjectif masculin g\u00e9n\u00e9rique (<em>Mes chers compatriotes<\/em>), tant\u00f4t en double flexion (<em>Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais<\/em>). Or, avec les autres acteurs politiques, nous avons mis\u00e9 sur la constance et la r\u00e9currence morphologiques de notre objet d\u2019\u00e9tude; ce qui nourrit l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette recherche.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, le parall\u00e9lisme comparatif qui sous-tend la r\u00e9flexion se justifie par les liens historiques d\u2019amiti\u00e9, de diplomatie et d\u2019\u00e9changes multiformes qui ont toujours irrigu\u00e9 la vie politique de la France et du Cameroun. Aussi le genre de discours (message de v\u0153ux de nouvel an) et l\u2019objet d\u2019\u00e9tude (les modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9criture inclusive dans les termes d\u2019adresse) forment-ils le d\u00e9nominateur commun de comparaison entre les deux contextes d\u2019\u00e9tude. Ainsi le mat\u00e9riau se pr\u00e9sente-t-il comme suit :<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 270px;width: 464px\">\r\n<tbody>\r\n<tr style=\"height: 30px\">\r\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\"><strong>CHEFS D\u2019\u00c9TAT FRAN\u00c7AIS<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><strong>TYPE DE FORMULE D\u2019ADRESSE<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\"><strong>ANN\u00c9E DU DISCOURS<\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 30px\">\r\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Fran\u00e7ois Mitterrand<\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 1981 au 31 d\u00e9cembre 1995<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 30px\">\r\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Jacques Chirac<\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 1995 au 31 d\u00e9cembre 2007<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 30px\">\r\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Nicolas Sarkozy<\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 2007 au 31 d\u00e9cembre 2012<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 30px\">\r\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Fran\u00e7ois Hollande<\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 2012 au 31 d\u00e9cembre 2017<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 30px\">\r\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\"><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\r\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 30px\">\r\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\"><strong>CHEF D\u2019\u00c9TAT CAMEROUNAIS <\/strong><\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr style=\"height: 60px\">\r\n<td style=\"height: 60px;width: 140.057px\">&nbsp;\r\n\r\nPaul Biya<\/td>\r\n<td style=\"height: 60px;width: 136.364px\"><em>Camerounaises, Camerounais,<\/em>\r\n\r\n<em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\r\n<td style=\"height: 60px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 1982 au 31 d\u00e9cembre 2023<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p style=\"text-align: center\"><em>Tableau 1\u00a0: Pr\u00e9sentation du mat\u00e9riau<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les deux segments de ce mat\u00e9riau, il apparait une certaine ritualisation, une certaine fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 des formes. Toutefois, il est important de relever quelques exceptions dans cette tradition, notamment en ce qui concerne les discours de Mitterrand, Chirac et Sarkozy o\u00f9, quasiment \u00e0 chaque d\u00e9but de mandat pr\u00e9sidentiel, la formule \u00ab homologu\u00e9e \u00bb faisait la part belle \u00e0 la forme fl\u00e9chie ou double flexion : <em>Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais<\/em>. Ainsi commencent les deux tout-premiers discours de v\u0153ux de nouvel an de Fran\u00e7ois Mitterrand (1981, 1982), et dans la m\u00eame logique Jacques Chirac apr\u00e8s sa r\u00e9\u00e9lection (message de v\u0153ux du 31 d\u00e9cembre 2002); Nicolas Sarkozy dans son premier message de v\u0153ux de nouvel an le 31 d\u00e9cembre 2007. Cet aspect des choses est pertinent pour la suite de notre d\u00e9monstration. Il nous permettra de questionner les raisons qui expliquent le fait que lorsqu\u2019ils viennent d\u2019\u00eatre \u00e9lus ou r\u00e9\u00e9lus les pr\u00e9sidents fran\u00e7ais, pour leurs tout-premiers discours de v\u0153ux de nouvel an, recourent \u00e0 la formule d\u2019adresse FF (<em>Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais<\/em>), pour ensuite opter r\u00e9solument pour la structure MCC (<em>Mes chers compatriotes<\/em>) qui devient ainsi une tradition tout au long du mandat, comme chez Paul Biya avec CCMCC (<em>Camerounaises, Camerounais. Mes chers compatriotes<\/em>).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dire que chez les fran\u00e7ais s\u2019il y a une raison d\u2019entamer le mandat discursif par une formule plus inclusive (FF), il pourrait aussi en exister pour l\u2019option pr\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 la forme MCC. Cette homog\u00e9n\u00e9isation r\u00e9currente nous invite \u00e0 poser un regard sur ce qui contraste formellement entre les diff\u00e9rents emplois.<\/p>\r\n\r\n<h3>La\/les forme(s)<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019h\u00e9sitation entre le singulier et le pluriel contenue dans la structuration de ce sous-titre traduit l\u2019essentiel et le fondement de cette r\u00e9flexion, car il y a lieu de questionner ce qui rel\u00e8ve d\u00e9sormais du particulier dans ce qui apparait d\u00e9j\u00e0 comme des routines. Dans ce qui rel\u00e8ve de l\u2019habituel, sur le plan formel, la modalit\u00e9 d\u2019adresse a g\u00e9n\u00e9ralement une position en attaque du discours qui correspond \u00e0 une syntaxe, un ordre de mots plus ou moins variable. Cette position symbolique et strat\u00e9gique, selon Kerbrat-Orecchioni (1992) et Zheludkova (2012), requiert deux fonctions, \u00e0 savoir que les formules d\u2019adresse pr\u00e9sentent et attirent l\u2019attention du destinataire de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, et indiquent son statut social. Partant de cette double fonction, Kerbrat-Orecchioni rel\u00e8ve deux types de formules d\u2019adresse : les <em>vocatifs<\/em> et les <em>appellatifs<\/em>. Les premiers ont pour r\u00f4le de structurer et d\u2019entretenir le lien de communication, alors que les appellatifs d\u00e9terminent, identifient et caract\u00e9risent les destinataires. Cette caract\u00e9risation des destinataires est essentielle. Dans la suite de ce travail, nous la d\u00e9velopperons afin de mettre en relief les options formelles et, plus tard, leurs implications pragmatiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, les diff\u00e9rentes formes que pr\u00e9sente notre corpus laissent entrevoir une \u00e9vidence contrastive, laquelle oppose deux types de structuration des formules d\u2019adresse. Une structuration avec comme \u00e9l\u00e9ment r\u00e9gulateur le substantif \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du caract\u00e9risant g\u00e9n\u00e9rique <em>chers<\/em> au masculin : c\u2019est le choix op\u00e9r\u00e9 par les chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais. Dans l\u2019autre segment du mat\u00e9riau, on note un mode de formulation clairement inclusif, o\u00f9 l\u2019orateur, le pr\u00e9sident Camerounais, interpelle et nomme distinctement chaque groupe social, avec comme \u00e9l\u00e9ment r\u00e9gulateur l\u2019emploi \u00e9galitaire des deux genres, masculin et f\u00e9minin; ce qui remet au go\u00fbt du jour la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9criture inclusive.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, eu \u00e9gard au type d\u2019\u00e9nonc\u00e9 et aux diff\u00e9rents statuts des protagonistes des situations de communication (des chefs d\u2019\u00c9tat s\u2019adressant \u00e0 leurs compatriotes de toutes les couches sociales), il convient de souligner la question de la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture inclusive.<\/p>\r\n\r\n<h2>\u00c9criture inclusive\u00a0: mat\u00e9rialit\u00e9 et principes<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans notre d\u00e9marche, l\u2019analyse morphologique des formules d\u2019adresse est li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture inclusive, dont la pr\u00e9sentation des principes et des fonctions nous permettra d\u2019aboutir aux analyses pragmatiques. En effet, dans la version actualis\u00e9e du guide pratique de l\u2019\u00e9criture inclusive, publi\u00e9 en France par le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes (HCE), intitul\u00e9 <em>Pour une communication publique sans st\u00e9r\u00e9otype de sexes<\/em>, l\u2019\u00e9criture inclusive, encore appel\u00e9e langage \u00e9galitaire, ou langage non sexiste, est d\u00e9finie comme<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble des attentions discursives, c\u2019est-\u00e0-dire lexicales, syntaxiques et graphiques qui permettent d\u2019assurer une \u00e9galit\u00e9 de repr\u00e9sentations des individus. Cet ensemble est trop souvent r\u00e9duit \u00e0 l\u2019expression \u00ab \u00e9criture inclusive \u00bb, qui s\u2019est impos\u00e9e dans le d\u00e9bat public mais qui ne devrait concerner que les \u00e9l\u00e9ments relevant de l\u2019\u00e9criture (notamment les abr\u00e9viations) (HCE, 2022, p. 6).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le langage inclusif est ainsi n\u00e9 de la volont\u00e9 d\u2019assurer une certaine \u00e9galit\u00e9 dans les diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations sociales des hommes et des femmes. Dans la vie courante, notamment dans les discours, elle entend battre en br\u00e8che aussi bien des st\u00e9r\u00e9otypes de sexe - qui peuvent \u00eatre sociaux ou psychologiques -, le sexisme, qui est un mode d\u2019organisation sociale reposant sur le postulat de la sup\u00e9riorit\u00e9 des hommes par rapport aux femmes. C\u2019est une \u00e9criture militante qui lutte contre une certaine discrimination \u00e0 partir du langage de tous les jours.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les d\u00e9bats en cours, on r\u00e9duit g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019\u00e9criture inclusive \u00e0 la question du point milieu encore appel\u00e9 point m\u00e9dian, qu\u2019on peut observer dans les exemples suivants\u00a0: <em>les candidat<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s\u00a0; les \u00e9lu<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s\u00a0; cher<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s ami<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s<\/em>, etc. Cette graphie jug\u00e9e r\u00e9barbative par ses pourfendeur\u00b7euses et les tenant\u00b7es du purisme n\u2019est pas le tout du langage inclusif. Elle n\u2019en est, en effet, qu\u2019un principe parmi tant d\u2019autres. Des diff\u00e9rentes r\u00e9flexions men\u00e9es sur ce type d\u2019\u00e9criture, il ressort trois principaux principes de mat\u00e9rialit\u00e9. Ceux-ci touchent \u00e0 la fois les aspects lexical, syntaxique et graphique, et ont pour fonction de f\u00e9miniser les noms de m\u00e9tiers, les titres, les grades et les fonctions. Avant d\u2019analyser le principe qui a gouvern\u00e9 la structuration des vocatifs et des appellatifs d\u2019une partie du mat\u00e9riau de cette \u00e9tude, nous passons en revue ces trois principes, dont le but, selon Rapha\u00ebl Haddad (2019), est d\u2019int\u00e9grer dans les mentalit\u00e9s la n\u00e9cessit\u00e9 de faire progresser l\u2019\u00e9galit\u00e9 femmes\u2013hommes par nos mani\u00e8res d\u2019\u00e9crire, car<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">le discours n\u2019est pas simplement un instrument de l\u2019influence, mais bien le lieu de l\u2019influence [\u2026] Le discours condense ainsi les transformations en cours au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 : il les refl\u00e8te certes, mais les configure \u00e9galement. En ce sens, il t\u00e9moigne et participe \u00e0 la construction et la perp\u00e9tuation d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de st\u00e9r\u00e9otypes de sexe, tels que nous les observons au quotidien (Haddad, 2019, p. 1-4).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, aussi bien dans le <em>guide pratique<\/em> publi\u00e9 par le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes, le <em>manuel d\u2019\u00e9criture inclusive <\/em>\u00e9dit\u00e9 par l\u2019agence de communication d\u2019influence <em>Mots-Cl\u00e9s<\/em>, que dans d\u2019autres travaux men\u00e9s dans le m\u00eame cadre (Viennot, 2017 et 2018; Cerquigliniet <em>al.,<\/em> 1999), les trois principes qui encadrent ces attentions discursives concernent :<\/p>\r\n\r\n<ul>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">l\u2019accord au f\u00e9minin des noms des m\u00e9tiers, des fonctions, des grades et titres, car depuis le Moyen \u00c0ge ces noms existent au f\u00e9minin. C\u2019est le cas des mots comme <em>professeuse, autrice, rapporteuse, doctoresse, charpenti\u00e8re, proviseuse<\/em>, etc.;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">le recours \u00e0 la fois au f\u00e9minin et au masculin, lorsqu\u2019on r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un groupe de personnes, soit par la double flexion, qui repr\u00e9sente simultan\u00e9ment les deux genres : <em>Camerounaises, Camerounais\/Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais\/Candidates, Candidats<\/em>, etc., soit par l\u2019utilisation du point m\u00e9dian\u00a0: <em>Camerounais\u00b7e\u00b7s\/Fran\u00e7ais\u00b7e\u00b7s\/<\/em><em>candidat<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s\/\u00e9lu<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s\/cher<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s ami<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s<\/em>. Soit enfin en recourant \u00e0 une formulation \u00e9pic\u00e8ne\u00a0: <em>des personnes \u00e9lues, des personnes chanceuses<\/em>, etc.;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">le dernier principe du langage inclusif comprend un ensemble diversifi\u00e9 d\u2019attentions discursives. Cet ensemble est constitu\u00e9 entre autres des accords dits \u00e9galitaires comme l\u2019accord de proximit\u00e9 qui consiste \u00e0 accorder un mot avec le terme le plus proche, et non par le masculin g\u00e9n\u00e9rique ou la r\u00e8gle du masculin qui \u00ab l\u2019emporte sur le f\u00e9minin \u00bb. Ainsi au gr\u00e9 de l\u2019accord de proximit\u00e9, on devrait \u00e9crire de la mani\u00e8re suivante (HCE, 2022, p. 4) :<em style=\"text-align: initial;font-size: 1em\"> \u00ab\u00a0Les coll\u00e9giennes et les coll\u00e9giens ont <strong>\u00e9t\u00e9 avertis<\/strong> de la consigne \u00bb; \u00ab <\/em><em style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">Acteurs et actrices se sont <strong>montr\u00e9es satisfaites <\/strong><\/em>\u00bb<span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">.<\/span><\/li>\r\n<\/ul>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la cat\u00e9gorie des accords \u00e9galitaires, on trouve \u00e9galement les accords au choix, lorsque deux possibilit\u00e9s se pr\u00e9sentent\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la plupart des gens interview\u00e9s \u00e9taient<\/em>\u2026\u00a0\u00bb. L\u2019ordre alphab\u00e9tique en fait \u00e9galement partie, il a pour but de remettre en question la tendance quasi institutionnalis\u00e9e et norm\u00e9e qui consiste dans certaines \u00e9num\u00e9rations \u00e0 placer le masculin en t\u00eate\u00a0: <em>mari et femme<\/em>\/<em>Monsieur et madame<\/em>\/<em>Adam et Eve<\/em>. Pourtant, \u00ab placer un \u00e9l\u00e9ment en premier, c\u2019est lui donner plus d\u2019importance qu\u2019\u00e0 ce qui suit. En nommant les hommes en premier, nous contribuons \u00e0 appuyer la position dominante des hommes et \u00e0 renforcer un mod\u00e8le soci\u00e9tal androcentr\u00e9 et patriarcal \u00bb (HCE, 2022, p. 23). Ainsi, une \u00e9num\u00e9ration non sexiste devrait-elle tenir compte de l\u2019ordre alphab\u00e9tique comme peuvent l\u2019illustrer ces d\u00e9signations doubles : <em>les s\u00e9nateurs et les s\u00e9natrices<\/em>\/<em>les coll\u00e9giennes et les coll\u00e9giens<\/em>\/<em>l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes<\/em>, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ne prendre que le dernier cas (<em>l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes<\/em>), \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb occupe la premi\u00e8re place, \u00e9videmment parce que la lettre <em>f<\/em>, dans l\u2019ordre de l\u2019alphabet fran\u00e7ais, arrive avant la lettre <em>h<\/em> (<em>hommes<\/em>). En tout \u00e9tat de cause, ces conventions du langage \u00e9galitaire font partie des leviers du \u00ab d\u00e9sexisme \u00bb et de la \u00ab d\u00e9masculinisation \u00bb des habitudes et des comportements discursifs qui peuvent ainsi d\u00e9teindre sur les comportements sociaux. Cette pr\u00e9sentation plus ou moins holistique des principes du discours inclusif nous donne une vue assez a\u00e9r\u00e9e sur notre mat\u00e9riau. \u00c0 observer donc les deux modes de structuration des formules d\u2019adresse que nous \u00e9tudions, il apparait que nous avons affaire, de part et d\u2019autre, \u00e0 la double flexion et \u00e0 la \u00ab feinte \u00bb du langage \u00e9pic\u00e8ne.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Expliquons premi\u00e8rement ce que nous entendons par \u00ab\u00a0feinte du langage \u00e9pic\u00e8ne\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit en effet, dans la totalit\u00e9 des structures des formules d\u2019adresse des dirigeants fran\u00e7ais, du fait que le substantif \u00e9pic\u00e8ne<em> compatriotes<\/em> soit pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un masculin g\u00e9n\u00e9rique. Ainsi, l\u2019orientation pr\u00e9f\u00e9rentielle commune de ces chefs d\u2019\u00c9tat \u00e0 la formule <em>Mes chers compatriotes<\/em>, certes constitu\u00e9e d\u2019un mot \u00e9pic\u00e8ne (<em>compatriote<\/em>) pourrait remettre en question l\u2019ind\u00e9termination apparente port\u00e9e par le substantif, car ce dernier est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un mot caract\u00e9risant,<em> chers<\/em>, qui \u00e0 l\u2019\u00e9crit est pris d\u2019assaut par la r\u00e8gle d\u2019accord du masculin, qui devrait toujours l\u2019emporter sur le f\u00e9minin. Mais compte tenu de la pr\u00e9\u00e9minence du substantif dans ce groupe nominal, on en reste ainsi \u00e0 un mode de structuration \u00e9pic\u00e8ne des formules d\u2019adresse des dirigeants fran\u00e7ais.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A contrario<\/em>, dans l\u2019autre pan du mat\u00e9riau, le pr\u00e9sident camerounais, Paul Biya, a fait la part belle \u00e0 la double flexion, pour mieux appuyer la repr\u00e9sentation \u00e9galitaire : <em>Camerounaises, Camerounais<\/em>. En sus, cette double flexion est assortie du respect de la convention li\u00e9e \u00e0 l\u2019ordre alphab\u00e9tique, o\u00f9 c\u2019est plut\u00f4t le f\u00e9minin qui l\u2019emporte sur le masculin. Toutes ces commodit\u00e9s langagi\u00e8res et cette grande propension \u00e0 l\u2019\u00e9galitarisme discursif n\u2019est pas sans fondement et sans incidence dans le processus de communication et, partant, dans les visions du monde.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En clair les deux traditions \u00e9tudi\u00e9es peignent deux plans de structuration des modalit\u00e9s d\u2019adresse, \u00e0 savoir d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un mode de structuration peu port\u00e9 vers la repr\u00e9sentation binaire de la composante-destinataire; et de l\u2019autre un mode inclusif anim\u00e9 par la double flexion, principe de repr\u00e9sentation binaire de la soci\u00e9t\u00e9. Il convient d\u00e8s lors, \u00e0 la suite des pr\u00e9sentations et descriptions faites, d\u2019analyser et de d\u00e9gager des motivations et des implications d\u2019un tel choix. Car, \u00ab il est [\u2026] assez tentant de ne voir dans les formes d\u2019adresse que des formules fig\u00e9es et banales, des clich\u00e9s donc. Cependant, cette impression ne doit pas masquer le fait que la pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e \u00e0 tel ou tel mot est loin d\u2019\u00eatre arbitraire, et qu\u2019elle recouvre des strat\u00e9gies \u00e9nonciatives diff\u00e9rentes \u00bb (Rigat, 2010, p. 6). Par-del\u00e0 l\u2019aspect formel, il y a les aspects communicatifs, \u00e9nonciatifs et des enjeux sociopragmatiques qu\u2019il faut prendre en compte.<\/p>\r\n\r\n<h2>Adresses neutres et inclusives\u00a0: \u00e9nonciation et visions du monde<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les situations de communication qui encadrent les messages de v\u0153ux de nouvel an des chefs d\u2019\u00c9tat, quels que soient leurs pays, sont conditionn\u00e9es par deux d\u00e9terminants qui d\u00e9finissent ainsi des attitudes, des comportements et des attentes de part et d\u2019autre dans les deux p\u00f4les majeurs de la cha\u00eene \u00e9nonciative : les chefs d\u2019\u00c9tat et leurs peuples. Ces deux d\u00e9terminants sont le bilan annuel de la politique gouvernementale \u2013 qui touche tous les secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 et les perspectives pour la nouvelle ann\u00e9e. C\u2019est la particularit\u00e9 de ce genre de discours, diff\u00e9rent par exemple du discours de campagne \u00e9lectorale qui, lui, a pour principal but pragmatique de convaincre par une argumentation sur un programme politique, une feuille de route.<\/p>\r\n\r\n<h3>Relation orateur-auditoire<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La communication du 31 d\u00e9cembre, au regard de sa vis\u00e9e et de son moment de r\u00e9alisation, privil\u00e9gie une orientation \u00e9nonciative ax\u00e9e sur le type de relation que le locuteur (le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique) entretient avec son allocutaire (le peuple, les populations, les compatriotes). Ces types de relations sont multiformes selon les trajectoires id\u00e9ologiques des locuteurs; leurs rapports avec les concitoyen\u00b7nes; et le discours en fait \u00e9cho d\u00e8s son introduction. En effet, en tant que porte d\u2019entr\u00e9e du discours, les formules d\u2019adresse sont non seulement ces vocatifs et appellatifs qui identifient et caract\u00e9risent le destinataire, mais aussi des \u00ab relation\u00e8mes, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois comme des reflets et constructeurs de la relation \u00bb (Rigat, 2010, p. 7). \u00c9tant donn\u00e9 la bipolarisation structurelle du mat\u00e9riau, on pourrait y voir deux orientations de relation\u00e8mes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous nous servons de ce fait de la pr\u00e9sentation des types de relation\u00e8mes \u00e9labor\u00e9e par Fran\u00e7oise Rigat. Selon elle, les diff\u00e9rentes structures morphologiques des termes d\u2019adresse impliquent un type de relation entre un orateur et son auditoire\u00a0: les relations personnelle, id\u00e9ologique, symbolique et famili\u00e8re.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les appellatifs des chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais brillent par une structure apparemment simple et lin\u00e9aire, sans atours politiques ou id\u00e9ologiques. On est ainsi en lieu et place de ce qui se fait habituellement, o\u00f9 le possessif <em>mes<\/em> suivi de l\u2019adjectif <em>chers<\/em>\u00a0au masculin g\u00e9n\u00e9rique, et d\u2019un substantif \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> \u2013 ne marquant pas de complicit\u00e9 directe entre les locuteurs et leurs allocutaires \u2013 sont frapp\u00e9s de simplisme, donc d\u2019une relation purement symbolique. En effet,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les formes par\u00e9es d\u2019une valeur symbolique sont souples et permettent de ne pas positionner imm\u00e9diatement le candidat dans le paysage politique, de ne pas d\u00e9cliner une identit\u00e9 politique de l\u2019orateur. C\u2019est pour cela qu\u2019elles sont ind\u00e9pendantes du parti politique : ainsi, <em>Chers concitoyens<\/em>, employ\u00e9e dans tous les types de scrutin, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche (Rigat, 2010, p. 8).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De Fran\u00e7ois Mitterand \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande en passant par les autres, le message des v\u0153ux de fin d\u2019ann\u00e9e est empreint d\u2019un symbolisme qui pourrait confiner au simplisme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, dans l\u2019autre versant du corpus, chez Paul Biya, la relation orateur\u2013auditoire n\u2019est pas aussi transparente et souple. Il y a, en effet, une volont\u00e9 de construire un lien, une relation qui aille au-del\u00e0 du symbolique; qui soit de type familier. Dans les diff\u00e9rentes tournures inaugurales, la premi\u00e8re phase des appellatifs (<em>Camerounaises, Camerounais<\/em>) cr\u00e9e un effet d\u2019appartenance \u00e0 une m\u00eame famille, un effet de proximit\u00e9. Cette entr\u00e9e en mati\u00e8re met en \u00e9vidence une relation famili\u00e8re, car certaines formes d\u2019adresse peuvent \u00ab non seulement exprimer la bienveillance, essentielle pour gagner la confiance de l\u2019auditoire [\u2026] mais aussi \u00e9tablir une connivence entre [l\u2019homme politique et le peuple] ou mieux, provoquer un effet de proximit\u00e9, comme on dit dans le champ sociopolitique \u00bb (Rigat, 2010, p. 8). Dans la logique g\u00e9n\u00e9rale du pr\u00e9sident Biya, le 31 d\u00e9cembre, moment festif, s\u2019apparente \u00e0 une f\u00eate \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer en \u00ab famille \u00bb en pr\u00e9sence de tous les \u00ab\u00a0membres \u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, les deux cat\u00e9gories de relation\u00e8mes construisent en m\u00eame temps deux tableaux \u00e9nonciatifs. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, dans la relation chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et peuple, on assiste \u00e0 un rapport purement symbolique. Et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, la relation entre le chef de l\u2019\u00c9tat camerounais et son peuple est plut\u00f4t une relation de connivence. Ces diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019entrer en mati\u00e8re augurent une lecture pragmatique.<\/p>\r\n\r\n<h3>Des visions du monde<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les descriptions faites pr\u00e9c\u00e9demment inscrivent ce travail dans le triptyque\u00a0morphologie, \u00e9nonciation et pragmatique discursive. Les r\u00e9sultats des descriptions morphologiques et des analyses \u00e9nonciatives ont balis\u00e9 le terrain pour une interpr\u00e9tation pragmatique. Ainsi nous attellerons-nous, dans cette partie, \u00e0 comprendre d\u2019une part la raison d\u2019\u00eatre de l\u2019option pr\u00e9f\u00e9rentielle pour les chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais pour une structure qui neutralise le binarisme traditionnel. D\u2019autre part, nous tenterons d\u2019examiner, pour le pr\u00e9sident Biya, les motivations des formules d\u2019adresse dont l\u2019inclusion ne manifeste que le binarisme traditionnel.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il apparait que les entames des discours des chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais brillent par une ind\u00e9termination qui marque l\u2019impossibilit\u00e9 de cat\u00e9goriser. L\u2019option pour une structuration par le mot \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de <em>chers<\/em>, qui \u00e0 l\u2019\u00e9crit marque le masculin g\u00e9n\u00e9rique, correspond \u00e0 une conception \u00e9volu\u00e9e et libre de la question des sexes ou des genres dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Bien plus, le discours du 31 d\u00e9cembre, comme discours institutionnel, est dans une certaine mesure le reflet des repr\u00e9sentations sociales, culturelles et identitaires. La France, contrairement au Cameroun, a une vision \u00e9largie du genre, laquelle ne se limite pas\/plus au binarisme traditionnel <em>masculin\/f\u00e9minin<\/em>. Ainsi le mode d\u2019interpellation \u00e0 l\u2019entame des discours de v\u0153ux traduit une volont\u00e9 de transcender ce binarisme, source de d\u00e9bat, de pol\u00e9miques et de discrimination, selon les tenant\u00b7es de la th\u00e9orie du <em>gender<\/em>. Celle-ci est n\u00e9e aux Etats-Unis \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 et postule la construction sociale et libre du genre, et non une construction bas\u00e9e sur l\u2019identit\u00e9 sexuelle, biologique acquise automatiquement \u00e0 la naissance. Une question qui a progressivement pris place en d\u00e9cha\u00eenant des passions et des pol\u00e9miques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par contre dans la tradition africaine, le message du chef de l\u2019\u00c9tat camerounais, sur le plan \u00e9nonciatif, comme nous l\u2019avons relev\u00e9, construit un lien familier entre lui et le peuple. Par ailleurs, pour maintenir la coh\u00e9rence dans la d\u00e9monstration, \u00e9tant donn\u00e9 que cette \u00e9tude repose d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale sur une hypoth\u00e8se de comparaison sur l\u2019objet d\u2019\u00e9tude entre la France et le Cameroun, nous recourons ainsi \u00e0 la m\u00eame donn\u00e9e, dont nous nous sommes servis pr\u00e9c\u00e9demment : la perception de la notion de genre, une construction libre, ou une r\u00e9alit\u00e9 biologique? En effet, au Cameroun, les <em>gender theories<\/em> n\u2019ont pas connu un devenir ou un impact productif. Les orientations en mati\u00e8re de genre sont ainsi bas\u00e9es sur le binarisme inn\u00e9 issu des identit\u00e9s sexuelles biologiques, et non sur des constructions sociales et libres; tout comme l\u2019orientation sexuelle qui est binaire et r\u00e9gul\u00e9e par la loi fondamentale, la constitution. De ce fait, dans ses messages de v\u0153ux de nouvel an, pour communier et c\u00e9l\u00e9brer avec tou\u00b7tes, le pr\u00e9sident Biya opte pour une formule d\u2019adresse qui refl\u00e8te l\u2019identit\u00e9 sexuelle binaire de ses allocutaires. Il est important de relever que l\u2019on ne verrait pas d\u2019inconv\u00e9nients si le pr\u00e9sident camerounais recourait \u00e0 la formule plus ou moins \u00e9pic\u00e8ne : <em>mes chers compatriotes<\/em>; notre analyse consiste plut\u00f4t \u00e0 montrer la port\u00e9e du recours \u00e0 la formule quasi consacr\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019une des raisons de ce choix morphologique est li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie soci\u00e9tale communautariste qui sous-tend les modes de fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s de certains pays africains. Ceci permet de comprendre que les f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e constituent un autre moment privil\u00e9gi\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer avec la quasi-totalit\u00e9 des \u00ab membres de la famille \u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette r\u00e9flexion a port\u00e9 sur la comparaison des orientations morphologique, \u00e9nonciative et pragmatique des termes d\u2019adresse dans les versions \u00e9crites des discours de v\u0153ux de nouvel an des pr\u00e9sidents fran\u00e7ais et du pr\u00e9sident camerounais. Respectivement, la description morphologique a abouti \u00e0 un premier constat sur une formulation des adresses bas\u00e9e sur le substantif \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de l\u2019adjectif g\u00e9n\u00e9rique <em>chers<\/em> et, par la suite, \u00e0 la structuration des termes d\u2019adresse par des formes fl\u00e9chies. Les implications \u00e9nonciatives qui en ont d\u00e9coul\u00e9 ont dress\u00e9 deux tableaux de relation, tirant leur source des \u00e9tudes de Fran\u00e7oise Rigat : une relation symbolique entre les chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et leurs compatriotes, et une relation famili\u00e8re et de proximit\u00e9 entre Paul Biya et ses compatriotes. Ce travail pr\u00e9liminaire d\u00e9bouche sur une pr\u00e9sentation de deux visions du monde, li\u00e9es aux questions d\u2019\u00e9galit\u00e9 et des genres : une vision large et libre de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres, et une vision traditionnelle, biologique. Dans les formules d\u2019adresse des chefs d\u2019Etat fran\u00e7ais, on lit une correspondance avec des consid\u00e9rations sur le genre, des identit\u00e9s sexuelles socialement et librement construites; ce qui permet d\u2019\u00e9viter une entame des discours qui discriminerait des compatriotes transgenres ou intersexu\u00e9\u00b7es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix discursif de leur homologue camerounais quant \u00e0 lui est l\u2019\u0153uvre des diff\u00e9rentes sociocultures et de la spiritualit\u00e9 - qui pr\u00e9conisent la binarit\u00e9 - lesquelles sont mat\u00e9rialis\u00e9es dans les vocatifs et appellatifs qui introduisent les souhaits de bonne ann\u00e9e, dans un esprit familier. Il y a donc de part et d\u2019autre des visions et des appr\u00e9ciations particuli\u00e8res de la notion de \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb\u00a0: ici une vision plus libre et \u00e9volu\u00e9e, et l\u00e0 une vision traditionnelle et arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cerquiglini, Bernard. 1999 (dir.). <em>Femme, j\u2019\u00e9cris ton nom\u2026. Guide d\u2019aide \u00e0 la f\u00e9minisation des noms de m\u00e9tiers, titres, grades et fonctions<\/em>. Paris\u00a0: CNRS.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haddad, Rapha\u00ebl. 2019. <em>Manuel d\u2019\u00e9criture inclusive<\/em>. Paris\u00a0: Mots-Cl\u00e9s.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haut Conseil \u00e0 l\u2019Egalit\u00e9 entre les femmes et les hommes. 2022. <em>Guide pratique. Pour une communication sans st\u00e9r\u00e9otypes de sexe<\/em>. URL : <a href=\"https:\/\/www.haut-conseil-egalite.gouv.fr\/IMG\/pdf\/guide_egacom_sans_stereotypes-2022-versionpublique-min-2.pdf\">https:\/\/www.haut-conseil-egalite.gouv.fr\/IMG\/pdf\/guide_egacom_sans_stereotypes-2022-versionpublique-min-2.pdf<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1992. <em>Les interactions verbales<\/em>, Tome II. Paris : Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rigat, Fran\u00e7oise. 2010. Mes chers compatriotes : strat\u00e9gies discursives de l\u2019interpellation des \u00e9lecteurs dans les professions de foi. <em>Corela<\/em><em>, HS-8, L\u2019interpellation<\/em>, p.1-16.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viennot, \u00c9liane. 2017. <em>Non, le masculin ne l\u2019emporte pas sur le f\u00e9minin ! Petite histoire des r\u00e9sistances de la langue fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions iXe.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viennot, \u00c9liane. 2018. <em>Le langage inclusif, pourquoi, comment ?<\/em> Paris\u00a0: \u00c9ditions iXe.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zheludkova, \u00c9lena. 2012. Le fonctionnement de la cat\u00e9gorie de l\u2019adresse dans le discours politique. <em>Slavica Occitania<\/em> 34, p. 259-275.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article analyse dans une perspective comparative les implications morphologique, \u00e9nonciative et pragmatique des termes d\u2019adresse des discours de v\u0153ux de nouvel an de quatre chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et de l\u2019actuel Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Cameroun. La description morphologique pr\u00e9sente, respectivement, un emploi des termes d\u2019adresse o\u00f9 l\u2019inclusion extensive des genres est sous-tendue par une formulation compos\u00e9e d\u2019un adjectif au masculin g\u00e9n\u00e9rique et d\u2019un substantif \u00e9pic\u00e8ne (<em>Mes chers compatriotes<\/em>), et un emploi o\u00f9 le binarisme traditionnel est r\u00e9gul\u00e9 par la double flexion (<em>Camerounaises, Camerounais<\/em>). Les implications \u00e9nonciatives qui en d\u00e9coulent dressent deux tableaux de relation avec les peuples-destinataires de ces messages de v\u0153ux : une relation symbolique entre les pr\u00e9sidents fran\u00e7ais et leurs compatriotes, et une relation famili\u00e8re et de proximit\u00e9 entre le Camerounais et ses concitoyens. Ce travail pr\u00e9liminaire d\u00e9bouche sur une pr\u00e9sentation de deux visions du monde li\u00e9es aux questions de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et du genre\u00a0: une vision large et libre de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres, et une vision traditionnelle ou biologique.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/chefs-detat-camerounais\/\">chefs d\u2019Etat camerounais<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/chefs-detat-francais\/\">chefs d\u2019Etat fran\u00e7ais<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/ecriture-inclusive\/\">\u00e9criture inclusive<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/genre\/\">Genre<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/pragmatique\/\">pragmatique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/termes-dadresse\/\">Termes d\u2019adresse<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This article analyzes, in a comparative perspective, the morphological, enunciative and pragmatic implications of the terms of address in the New Year greeting speeches of four French heads of state and the current Cameroonian head of state. The morphological description presents, respectively, a use of terms of address where the extensive inclusion of genders is underpinned by an epicene formulation (Mes chers compatriotes); and a use where traditional binarism is regulated by double inflection (Camerounaises, Camerounais). The resulting enunciative implications paint two pictures of the relationship with the people receiving these greeting messages: a symbolic relationship between the French presidents and their compatriots, and a familiar and close relationship between the Cameroonian and his fellow citizens. This preliminary work leads to a presentation of two visions of the world, linked to questions of gender and equality: a broad and free vision of gender equality, and a traditional, biological vision.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/cameroonian-head-of-state\/\">Cameroonian head of state<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/french-heads-of-state\/\">French heads of state<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/gender\/\">Gender<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/inclusive-writing\/\">inclusive writing<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/pragmatics\/\">pragmatics<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/terms-of-address\/\">Terms of address<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Arabe)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u062a\u062d\u0644\u0644 \u0647\u0630\u0647 \u0627\u0644\u0645\u0642\u0627\u0644\u0629 \u0645\u0646 \u0645\u0646\u0638\u0648\u0631 \u0645\u0642\u0627\u0631\u0646\u0629 \u0627\u0644\u0622\u062b\u0627\u0631 \u0627\u0644\u0645\u0648\u0631\u0641\u0648\u0644\u0648\u062c\u064a\u0629 \u0648\u0627\u0644\u0644\u0641\u0638\u064a\u0629 \u0648\u0627\u0644\u0639\u0645\u0644\u064a\u0629 \u0644\u0645\u0635\u0637\u0644\u062d\u0627\u062a \u0627\u0644\u0645\u062e\u0627\u0637\u0628\u0629 \u0641\u064a \u062e\u0637\u0627\u0628 \u062a\u0647\u0646\u064a\u0627\u062a \u0627\u0644\u0639\u0627\u0645 \u0627\u0644\u062c\u062f\u064a\u062f \u0627\u0644\u0645\u0648\u062c\u0647 \u0625\u0644\u0649 \u0623\u0631\u0628\u0639\u0629 \u0631\u0624\u0633\u0627\u0621 \u062f\u0648\u0644\u0629 \u0641\u0631\u0646\u0633\u0627 \u0648\u0627\u0644\u0631\u0626\u064a\u0633 \u0627\u0644\u062d\u0627\u0644\u064a \u0644\u062c\u0645\u0647\u0648\u0631\u064a\u0629 \u0627\u0644\u0643\u0627\u0645\u064a\u0631\u0648\u0646. \u064a\u0642\u062f\u0645 \u0627\u0644\u0648\u0635\u0641 \u0627\u0644\u0645\u0648\u0641\u0648\u0644\u0648\u062c\u064a\u060c \u0639\u0644\u0649 \u0627\u0644\u062a\u0648\u0627\u0644\u064a\u060c \u0627\u0633\u062a\u062e\u062f\u0627\u0645\u0627 \u0644\u0645\u0635\u0637\u0644\u062d\u0627\u062a \u0627\u0644\u0645\u062e\u0627\u0637\u0628\u0629 \u062d\u064a\u062b \u064a\u0643\u0648\u0646 \u0627\u0644\u0634\u0645\u0648\u0644 \u0627\u0644\u0634\u0627\u0645\u0644 \u0644\u0644\u0623\u062c\u0646\u0627\u0633 \u0645\u062f\u0639\u0648\u0645\u0627 \u0628\u0635\u064a\u063a\u0629 \u0645\u0644\u062d\u0629 (\u0645\u0648\u0627\u0637\u0646\u064a \u0627\u0644\u0623\u0639\u0632\u0627\u0621)\u060c \u0648\u0627\u0633\u062a\u062e\u062f\u0627\u0645 \u062d\u064a\u062b \u064a\u062a\u0645 \u062a\u0646\u0638\u064a\u0645 \u0627\u0644\u062b\u0646\u0627\u0626\u064a\u0629 \u0627\u0644\u062a\u0642\u0644\u064a\u062f\u064a\u0629 \u0639\u0646 \u0637\u0631\u064a\u0642 \u0627\u0644\u062a\u0635\u0631\u064a\u0641 \u0627\u0644\u0645\u0632\u062f\u0648\u062c (\u0627\u0644\u0643\u0627\u0645\u064a\u0631\u0648\u0646\u064a\u0627\u062a\u060c \u0627\u0644\u0643\u0627\u0645\u064a\u0631\u0648\u0646\u064a\u0648\u0646). \u0625\u0646 \u0627\u0644\u062f\u0644\u0627\u0644\u0627\u062a \u0627\u0644\u0645\u0639\u0644\u0646\u0629 \u0627\u0644\u0646\u0627\u062a\u062c\u0629 \u0639\u0646 \u0647\u0630\u0627 \u062a\u0631\u0633\u0645 \u062c\u062f\u0648\u0644\u064a\u0646 \u0644\u0644\u0639\u0644\u0627\u0642\u0629 \u0645\u0639 \u0627\u0644\u0634\u0639\u0628 \u0627\u0644\u0645\u062a\u0644\u0642\u064a \u0644\u0631\u0633\u0627\u0626\u0644 \u0627\u0644\u0631\u063a\u0628\u0627\u062a: \u0639\u0644\u0627\u0642\u0629 \u0631\u0645\u0632\u064a\u0629 \u0628\u064a\u0646 \u0627\u0644\u0631\u0624\u0633\u0627\u0621 \u0627\u0644\u0641\u0631\u0646\u0633\u064a\u064a\u0646 \u0648\u0645\u0648\u0638\u0641\u064a\u0647\u0645\u060c \u0648\u0639\u0644\u0627\u0642\u0629 \u0645\u0623\u0644\u0648\u0641\u0629 \u0648\u0648\u062b\u064a\u0642\u0629 \u0628\u064a\u0646 \u0627\u0644\u0631\u0626\u064a\u0633 \u0627\u0644\u0643\u0627\u0645\u064a\u0631\u0648\u0646\u064a \u0648\u0645\u0648\u0627\u0637\u0646\u064a\u0647. \u064a\u0624\u062f\u064a \u0647\u0630\u0627 \u0627\u0644\u0639\u0645\u0644 \u0627\u0644\u062a\u0645\u0647\u064a\u062f\u064a \u0625\u0644\u0649 \u0639\u0631\u0636 \u0631\u0624\u064a\u062a\u064a\u0646 \u0639\u0627\u0644\u0645\u064a\u062a\u064a\u0646 \u0645\u0631\u062a\u0628\u0637\u062a\u064a\u0646 \u0628\u0645\u0633\u0627\u0626\u0644 \u0627\u0644\u0645\u0633\u0627\u0648\u0627\u0629 \u0648\u0627\u0644\u0646\u0648\u0639 \u0627\u0644\u0627\u062c\u062a\u0645\u0627\u0639\u064a. \u0631\u0624\u064a\u0629 \u0648\u0627\u0633\u0639\u0629 \u0648\u062d\u0631\u0629 \u0644\u0644\u0645\u0633\u0627\u0648\u0627\u0629 \u0628\u064a\u0646 \u0627\u0644\u062c\u0646\u0633\u064a\u0646\u060c \u0648\u0631\u0624\u064a\u0629 \u062a\u0642\u0644\u064a\u062f\u064a\u0629 \u0623\u0648 \u0628\u064a\u0648\u0644\u0648\u062c\u064a\u0629.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Arabe)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%d8%a7%d9%84%d8%ac%d9%86%d8%b3%d9%8a%d8%a9\/\">\u0627\u0644\u062c\u0646\u0633\u064a\u0629<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%d8%a7%d9%84%d9%83%d8%aa%d8%a7%d8%a8%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%b4%d8%a7%d9%85%d9%84%d8%a9\/\">\u0627\u0644\u0643\u062a\u0627\u0628\u0629 \u0627\u0644\u0634\u0627\u0645\u0644\u0629<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%d8%a7%d9%84%d9%88%d8%a7%d9%82%d8%b9%d9%8a%d8%a9\/\">\u0627\u0644\u0648\u0627\u0642\u0639\u064a\u0629<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%d8%b1%d8%a4%d8%b3%d8%a7%d8%a1-%d8%af%d9%88%d9%84%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d9%83%d8%a7%d9%85%d9%8a%d8%b1%d9%88%d9%86\/\">\u0631\u0624\u0633\u0627\u0621 \u062f\u0648\u0644\u0629 \u0627\u0644\u0643\u0627\u0645\u064a\u0631\u0648\u0646<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%d8%b1%d8%a4%d8%b3%d8%a7%d8%a1-%d8%af%d9%88%d9%84%d8%a9-%d9%81%d8%b1%d9%86%d8%b3%d8%a7\/\">\u0631\u0624\u0633\u0627\u0621 \u062f\u0648\u0644\u0629 \u0641\u0631\u0646\u0633\u0627<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%d9%85%d8%b5%d8%b7%d9%84%d8%ad%d8%a7%d8%aa-%d8%a7%d9%84%d9%85%d8%ae%d8%a7%d8%b7%d8%a8%d8%a9\/\">\u0645\u0635\u0637\u0644\u062d\u0627\u062a \u0627\u0644\u0645\u062e\u0627\u0637\u0628\u0629<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>5 mars 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>24 juin 2024<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>29 novembre 2024<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les pol\u00e9miques autour de l\u2019\u00e9criture inclusive et ses diff\u00e9rentes r\u00e9alisations continuent \u00e0 retenir l&rsquo;attention dans les milieux politique, administratif et \u00e9ducatif. La question clive ainsi l\u2019opinion publique francophone, autant qu\u2019elle constitue un centre d\u2019int\u00e9r\u00eat des recherches d\u2019horizons disciplinaires divers. En effet, \u00ab pour une communication publique sans st\u00e9r\u00e9otypes de sexe \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Cette formulation est une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la version actualis\u00e9e (2022) du guide pratique de l\u2019\u00e9criture inclusive, intitul\u00e9 Pour une communication publique sans st\u00e9r\u00e9otypes de sexe, publi\u00e9 en France par le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes (HCE).\" id=\"return-footnote-1467-1\" href=\"#footnote-1467-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, dans un monde davantage enclin \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de chances et de genres, les tenant\u00b7es de l\u2019\u00e9criture inclusive entendent remettre en question la r\u00e8gle de grammaire port\u00e9e par la formule discriminatoire et sexiste : \u00ab le masculin l\u2019emporte sur le f\u00e9minin \u00bb. En France comme dans l\u2019espace francophone en g\u00e9n\u00e9ral, la question touche tous les secteurs et segments d\u2019activit\u00e9 sociale, et cons\u00e9quemment les types et genres de discours qui en \u00e9manent. Si certaines conventions graphiques du langage inclusif ont \u00e9t\u00e9 bannies des discours officiels en France (<em>cf<\/em>. la circulaire du premier ministre, \u00c9douard Philippe, publi\u00e9e le 22 novembre 2017 au <em>journal officiel de la R\u00e9publique fran\u00e7aise <\/em>n\u00b00272), d\u2019autres n\u00e9anmoins poursuivent leur devenir plus ou moins reluisant dans d\u2019autres espaces et formations discursives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette r\u00e9flexion a pour ambition d\u2019analyser, dans une d\u00e9marche comparative, les implications \u00e9nonciatives et pragmatiques des diff\u00e9rents choix de mat\u00e9rialisation de l\u2019\u00e9criture inclusive, respectivement dans les formules d\u2019adresse des discours de v\u0153ux de nouvel an de Paul Biya et de quatre anciens chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais de la cinqui\u00e8me R\u00e9publique. Que vise le langage inclusif? Et que peut traduire la pr\u00e9f\u00e9rence pour telle forme ou pour telle autre dans les diff\u00e9rents contextes du mat\u00e9riau \u00e9tudi\u00e9 (La France et le Cameroun)? Nous partons de l\u2019hypoth\u00e8se que les options respectives pour la formulation <em>Mes chers compatriotes<\/em>, et la formulation manifestement genr\u00e9e (<em>Camerounaises, Camerounais<\/em>) ne sont pas fortuites, immotiv\u00e9es\u00a0: elles correspondent \u00e0 une certaine vision de la question du genre et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres en pr\u00e9sence dans les deux soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Balis\u00e9e par une approche pragmatico-discursive, notre d\u00e9marche consistera \u00e0 aller premi\u00e8rement aux sources du mat\u00e9riau (les termes d\u2019adresse), en en pr\u00e9sentant la port\u00e9e morphologique et \u00e9nonciative. Une telle pr\u00e9paration morpho-\u00e9nonciative d\u00e9bouchera sur une lecture contrastive des visions du monde de la probl\u00e9matique du genre en France et au Cameroun.<\/p>\n<h2>La formule d\u2019adresse\u00a0: mat\u00e9rialisation et formes<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant toute d\u00e9finition usuelle, il convient de signaler le caract\u00e8re passe-partout des formules d\u2019adresse, que l\u2019on peut inscrire dans la nomenclature des routines et des rituels discursifs. En effet, un discours dans sa structuration et sa mat\u00e9rialisation globale suit un cheminement plus ou moins pr\u00e9visible, conventionnalis\u00e9. En fonction du type ou du genre, et selon la situation, un esprit en attente de r\u00e9ception d\u2019un discours peut, <em>a priori<\/em>, en d\u00e9finir les modalit\u00e9s structurelles. Cet esprit saura par exemple pr\u00e9voir des structures diversifi\u00e9es, selon qu\u2019il s\u2019agira des discours philosophique, scientifique, administratif, litt\u00e9raire, etc. Ces lieux communs pr\u00e9visibles de la forme, dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 politique, concernent la formule d\u2019adresse. Ce rituel qui ouvre g\u00e9n\u00e9ralement un discours, et dont la vocation premi\u00e8re est d\u2019\u00e9tablir une relation entre un\u00b7e orateur\u00b7trice et son auditoire, peut rev\u00eatir diverses formes, en fonction des intentions, des vis\u00e9es de discours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, notre regard analytique ne porte que sur les termes d\u2019adresse, et non sur la suite des discours. Nous travaillons sur un corpus compos\u00e9 de discours essentiellement \u00e9crits prononc\u00e9s en direct \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision le 31 d\u00e9cembre \u2013 que nous avons collect\u00e9s dans les sites officiels des deux pr\u00e9sidences. Ces versions \u00e9crites constituent un mat\u00e9riau de soixante-dix-neuf (79) discours de cinq chefs d\u2019\u00c9tat : Paul Biya, Fran\u00e7ois Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Fran\u00e7ois Hollande. Dans cette fourchette, Paul Biya seul compte quatre-deux (42) discours, contre trente-sept (37) pour ses homologues de l\u2019hexagone. Les choix qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la d\u00e9limitation de ce corpus et \u00e0 la s\u00e9lection des acteurs politiques renvoient au fait que la borne de d\u00e9part, \u00e0 savoir les ann\u00e9es 1981 et 1982 correspondent respectivement \u00e0 l\u2019accession aux fonctions pr\u00e9sidentielles des pr\u00e9sidents Fran\u00e7ois Mitterrand et Paul Biya. Ainsi avons-nous voulu suivre une certaine \u00e9volution du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tudi\u00e9, en portant un regard sur plus de trois d\u00e9cennies de tradition discursive, de part et d\u2019autre, aux fins de voir dans quelle mesure l\u2019hypoth\u00e8se avanc\u00e9e augure un r\u00e9sultat analytique probant et justifiable. Pour ce qui est des chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, nous avons mis\u00e9 sur le fait qu\u2019ils sont tous de la cinqui\u00e8me R\u00e9publique, bien que n\u2019appartenant pas aux m\u00eames familles id\u00e9ologiques et politiques. Tous, comme Paul Biya au Cameroun, ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de la France, \u00e0 la pointe de la prise des d\u00e9cisions, et de la gestion des questions des droits de l\u2019Homme, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous n\u2019avons pas inclus les mandats discursifs d&rsquo;Emmanuel Macron dans cette \u00e9tude, en raison du fait que c\u2019est sous son gouvernorat, notamment en 2017, que vont na\u00eetre les controverses sur l\u2019\u00e9criture inclusive et cela, comme on le verra, a plus ou moins influ\u00e9 sur sa fa\u00e7on de formuler les termes d\u2019adresse. Pour s\u2019en convaincre, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir la variation de ceux-ci tant\u00f4t en formule \u00e9pic\u00e8ne appuy\u00e9e par un adjectif masculin g\u00e9n\u00e9rique (<em>Mes chers compatriotes<\/em>), tant\u00f4t en double flexion (<em>Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais<\/em>). Or, avec les autres acteurs politiques, nous avons mis\u00e9 sur la constance et la r\u00e9currence morphologiques de notre objet d\u2019\u00e9tude; ce qui nourrit l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette recherche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, le parall\u00e9lisme comparatif qui sous-tend la r\u00e9flexion se justifie par les liens historiques d\u2019amiti\u00e9, de diplomatie et d\u2019\u00e9changes multiformes qui ont toujours irrigu\u00e9 la vie politique de la France et du Cameroun. Aussi le genre de discours (message de v\u0153ux de nouvel an) et l\u2019objet d\u2019\u00e9tude (les modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9criture inclusive dans les termes d\u2019adresse) forment-ils le d\u00e9nominateur commun de comparaison entre les deux contextes d\u2019\u00e9tude. Ainsi le mat\u00e9riau se pr\u00e9sente-t-il comme suit :<\/p>\n<table class=\"aligncenter\" style=\"height: 270px;width: 464px\">\n<tbody>\n<tr style=\"height: 30px\">\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\"><strong>CHEFS D\u2019\u00c9TAT FRAN\u00c7AIS<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><strong>TYPE DE FORMULE D\u2019ADRESSE<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\"><strong>ANN\u00c9E DU DISCOURS<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 30px\">\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Fran\u00e7ois Mitterrand<\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 1981 au 31 d\u00e9cembre 1995<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 30px\">\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Jacques Chirac<\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 1995 au 31 d\u00e9cembre 2007<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 30px\">\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Nicolas Sarkozy<\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 2007 au 31 d\u00e9cembre 2012<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 30px\">\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\">Fran\u00e7ois Hollande<\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 2012 au 31 d\u00e9cembre 2017<\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 30px\">\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\"><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td style=\"height: 30px;width: 136.364px\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 30px\">\n<td style=\"height: 30px;width: 140.057px\"><strong>CHEF D\u2019\u00c9TAT CAMEROUNAIS <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr style=\"height: 60px\">\n<td style=\"height: 60px;width: 140.057px\">&nbsp;<\/p>\n<p>Paul Biya<\/td>\n<td style=\"height: 60px;width: 136.364px\"><em>Camerounaises, Camerounais,<\/em><\/p>\n<p><em>Mes chers compatriotes,<\/em><\/td>\n<td style=\"height: 60px;width: 145.071px\">Du 31 d\u00e9cembre 1982 au 31 d\u00e9cembre 2023<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: center\"><em>Tableau 1\u00a0: Pr\u00e9sentation du mat\u00e9riau<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les deux segments de ce mat\u00e9riau, il apparait une certaine ritualisation, une certaine fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 des formes. Toutefois, il est important de relever quelques exceptions dans cette tradition, notamment en ce qui concerne les discours de Mitterrand, Chirac et Sarkozy o\u00f9, quasiment \u00e0 chaque d\u00e9but de mandat pr\u00e9sidentiel, la formule \u00ab homologu\u00e9e \u00bb faisait la part belle \u00e0 la forme fl\u00e9chie ou double flexion : <em>Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais<\/em>. Ainsi commencent les deux tout-premiers discours de v\u0153ux de nouvel an de Fran\u00e7ois Mitterrand (1981, 1982), et dans la m\u00eame logique Jacques Chirac apr\u00e8s sa r\u00e9\u00e9lection (message de v\u0153ux du 31 d\u00e9cembre 2002); Nicolas Sarkozy dans son premier message de v\u0153ux de nouvel an le 31 d\u00e9cembre 2007. Cet aspect des choses est pertinent pour la suite de notre d\u00e9monstration. Il nous permettra de questionner les raisons qui expliquent le fait que lorsqu\u2019ils viennent d\u2019\u00eatre \u00e9lus ou r\u00e9\u00e9lus les pr\u00e9sidents fran\u00e7ais, pour leurs tout-premiers discours de v\u0153ux de nouvel an, recourent \u00e0 la formule d\u2019adresse FF (<em>Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais<\/em>), pour ensuite opter r\u00e9solument pour la structure MCC (<em>Mes chers compatriotes<\/em>) qui devient ainsi une tradition tout au long du mandat, comme chez Paul Biya avec CCMCC (<em>Camerounaises, Camerounais. Mes chers compatriotes<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dire que chez les fran\u00e7ais s\u2019il y a une raison d\u2019entamer le mandat discursif par une formule plus inclusive (FF), il pourrait aussi en exister pour l\u2019option pr\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 la forme MCC. Cette homog\u00e9n\u00e9isation r\u00e9currente nous invite \u00e0 poser un regard sur ce qui contraste formellement entre les diff\u00e9rents emplois.<\/p>\n<h3>La\/les forme(s)<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019h\u00e9sitation entre le singulier et le pluriel contenue dans la structuration de ce sous-titre traduit l\u2019essentiel et le fondement de cette r\u00e9flexion, car il y a lieu de questionner ce qui rel\u00e8ve d\u00e9sormais du particulier dans ce qui apparait d\u00e9j\u00e0 comme des routines. Dans ce qui rel\u00e8ve de l\u2019habituel, sur le plan formel, la modalit\u00e9 d\u2019adresse a g\u00e9n\u00e9ralement une position en attaque du discours qui correspond \u00e0 une syntaxe, un ordre de mots plus ou moins variable. Cette position symbolique et strat\u00e9gique, selon Kerbrat-Orecchioni (1992) et Zheludkova (2012), requiert deux fonctions, \u00e0 savoir que les formules d\u2019adresse pr\u00e9sentent et attirent l\u2019attention du destinataire de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, et indiquent son statut social. Partant de cette double fonction, Kerbrat-Orecchioni rel\u00e8ve deux types de formules d\u2019adresse : les <em>vocatifs<\/em> et les <em>appellatifs<\/em>. Les premiers ont pour r\u00f4le de structurer et d\u2019entretenir le lien de communication, alors que les appellatifs d\u00e9terminent, identifient et caract\u00e9risent les destinataires. Cette caract\u00e9risation des destinataires est essentielle. Dans la suite de ce travail, nous la d\u00e9velopperons afin de mettre en relief les options formelles et, plus tard, leurs implications pragmatiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, les diff\u00e9rentes formes que pr\u00e9sente notre corpus laissent entrevoir une \u00e9vidence contrastive, laquelle oppose deux types de structuration des formules d\u2019adresse. Une structuration avec comme \u00e9l\u00e9ment r\u00e9gulateur le substantif \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du caract\u00e9risant g\u00e9n\u00e9rique <em>chers<\/em> au masculin : c\u2019est le choix op\u00e9r\u00e9 par les chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais. Dans l\u2019autre segment du mat\u00e9riau, on note un mode de formulation clairement inclusif, o\u00f9 l\u2019orateur, le pr\u00e9sident Camerounais, interpelle et nomme distinctement chaque groupe social, avec comme \u00e9l\u00e9ment r\u00e9gulateur l\u2019emploi \u00e9galitaire des deux genres, masculin et f\u00e9minin; ce qui remet au go\u00fbt du jour la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9criture inclusive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, eu \u00e9gard au type d\u2019\u00e9nonc\u00e9 et aux diff\u00e9rents statuts des protagonistes des situations de communication (des chefs d\u2019\u00c9tat s\u2019adressant \u00e0 leurs compatriotes de toutes les couches sociales), il convient de souligner la question de la mat\u00e9rialit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture inclusive.<\/p>\n<h2>\u00c9criture inclusive\u00a0: mat\u00e9rialit\u00e9 et principes<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans notre d\u00e9marche, l\u2019analyse morphologique des formules d\u2019adresse est li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture inclusive, dont la pr\u00e9sentation des principes et des fonctions nous permettra d\u2019aboutir aux analyses pragmatiques. En effet, dans la version actualis\u00e9e du guide pratique de l\u2019\u00e9criture inclusive, publi\u00e9 en France par le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes (HCE), intitul\u00e9 <em>Pour une communication publique sans st\u00e9r\u00e9otype de sexes<\/em>, l\u2019\u00e9criture inclusive, encore appel\u00e9e langage \u00e9galitaire, ou langage non sexiste, est d\u00e9finie comme<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble des attentions discursives, c\u2019est-\u00e0-dire lexicales, syntaxiques et graphiques qui permettent d\u2019assurer une \u00e9galit\u00e9 de repr\u00e9sentations des individus. Cet ensemble est trop souvent r\u00e9duit \u00e0 l\u2019expression \u00ab \u00e9criture inclusive \u00bb, qui s\u2019est impos\u00e9e dans le d\u00e9bat public mais qui ne devrait concerner que les \u00e9l\u00e9ments relevant de l\u2019\u00e9criture (notamment les abr\u00e9viations) (HCE, 2022, p. 6).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le langage inclusif est ainsi n\u00e9 de la volont\u00e9 d\u2019assurer une certaine \u00e9galit\u00e9 dans les diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations sociales des hommes et des femmes. Dans la vie courante, notamment dans les discours, elle entend battre en br\u00e8che aussi bien des st\u00e9r\u00e9otypes de sexe &#8211; qui peuvent \u00eatre sociaux ou psychologiques -, le sexisme, qui est un mode d\u2019organisation sociale reposant sur le postulat de la sup\u00e9riorit\u00e9 des hommes par rapport aux femmes. C\u2019est une \u00e9criture militante qui lutte contre une certaine discrimination \u00e0 partir du langage de tous les jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les d\u00e9bats en cours, on r\u00e9duit g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019\u00e9criture inclusive \u00e0 la question du point milieu encore appel\u00e9 point m\u00e9dian, qu\u2019on peut observer dans les exemples suivants\u00a0: <em>les candidat<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s\u00a0; les \u00e9lu<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s\u00a0; cher<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s ami<\/em>\u00b7<em>e<\/em>\u00b7<em>s<\/em>, etc. Cette graphie jug\u00e9e r\u00e9barbative par ses pourfendeur\u00b7euses et les tenant\u00b7es du purisme n\u2019est pas le tout du langage inclusif. Elle n\u2019en est, en effet, qu\u2019un principe parmi tant d\u2019autres. Des diff\u00e9rentes r\u00e9flexions men\u00e9es sur ce type d\u2019\u00e9criture, il ressort trois principaux principes de mat\u00e9rialit\u00e9. Ceux-ci touchent \u00e0 la fois les aspects lexical, syntaxique et graphique, et ont pour fonction de f\u00e9miniser les noms de m\u00e9tiers, les titres, les grades et les fonctions. Avant d\u2019analyser le principe qui a gouvern\u00e9 la structuration des vocatifs et des appellatifs d\u2019une partie du mat\u00e9riau de cette \u00e9tude, nous passons en revue ces trois principes, dont le but, selon Rapha\u00ebl Haddad (2019), est d\u2019int\u00e9grer dans les mentalit\u00e9s la n\u00e9cessit\u00e9 de faire progresser l\u2019\u00e9galit\u00e9 femmes\u2013hommes par nos mani\u00e8res d\u2019\u00e9crire, car<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">le discours n\u2019est pas simplement un instrument de l\u2019influence, mais bien le lieu de l\u2019influence [\u2026] Le discours condense ainsi les transformations en cours au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 : il les refl\u00e8te certes, mais les configure \u00e9galement. En ce sens, il t\u00e9moigne et participe \u00e0 la construction et la perp\u00e9tuation d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de st\u00e9r\u00e9otypes de sexe, tels que nous les observons au quotidien (Haddad, 2019, p. 1-4).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, aussi bien dans le <em>guide pratique<\/em> publi\u00e9 par le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes, le <em>manuel d\u2019\u00e9criture inclusive <\/em>\u00e9dit\u00e9 par l\u2019agence de communication d\u2019influence <em>Mots-Cl\u00e9s<\/em>, que dans d\u2019autres travaux men\u00e9s dans le m\u00eame cadre (Viennot, 2017 et 2018; Cerquigliniet <em>al.,<\/em> 1999), les trois principes qui encadrent ces attentions discursives concernent :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">l\u2019accord au f\u00e9minin des noms des m\u00e9tiers, des fonctions, des grades et titres, car depuis le Moyen \u00c0ge ces noms existent au f\u00e9minin. C\u2019est le cas des mots comme <em>professeuse, autrice, rapporteuse, doctoresse, charpenti\u00e8re, proviseuse<\/em>, etc.;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">le recours \u00e0 la fois au f\u00e9minin et au masculin, lorsqu\u2019on r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un groupe de personnes, soit par la double flexion, qui repr\u00e9sente simultan\u00e9ment les deux genres : <em>Camerounaises, Camerounais\/Fran\u00e7aises, Fran\u00e7ais\/Candidates, Candidats<\/em>, etc., soit par l\u2019utilisation du point m\u00e9dian\u00a0: <em>Camerounais\u00b7e\u00b7s\/Fran\u00e7ais\u00b7e\u00b7s\/<\/em><em>candidat<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s\/\u00e9lu<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s\/cher<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s ami<\/em><em>\u00b7<\/em><em>e<\/em><em>\u00b7<\/em><em>s<\/em>. Soit enfin en recourant \u00e0 une formulation \u00e9pic\u00e8ne\u00a0: <em>des personnes \u00e9lues, des personnes chanceuses<\/em>, etc.;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">le dernier principe du langage inclusif comprend un ensemble diversifi\u00e9 d\u2019attentions discursives. Cet ensemble est constitu\u00e9 entre autres des accords dits \u00e9galitaires comme l\u2019accord de proximit\u00e9 qui consiste \u00e0 accorder un mot avec le terme le plus proche, et non par le masculin g\u00e9n\u00e9rique ou la r\u00e8gle du masculin qui \u00ab l\u2019emporte sur le f\u00e9minin \u00bb. Ainsi au gr\u00e9 de l\u2019accord de proximit\u00e9, on devrait \u00e9crire de la mani\u00e8re suivante (HCE, 2022, p. 4) :<em style=\"text-align: initial;font-size: 1em\"> \u00ab\u00a0Les coll\u00e9giennes et les coll\u00e9giens ont <strong>\u00e9t\u00e9 avertis<\/strong> de la consigne \u00bb; \u00ab <\/em><em style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">Acteurs et actrices se sont <strong>montr\u00e9es satisfaites <\/strong><\/em>\u00bb<span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la cat\u00e9gorie des accords \u00e9galitaires, on trouve \u00e9galement les accords au choix, lorsque deux possibilit\u00e9s se pr\u00e9sentent\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la plupart des gens interview\u00e9s \u00e9taient<\/em>\u2026\u00a0\u00bb. L\u2019ordre alphab\u00e9tique en fait \u00e9galement partie, il a pour but de remettre en question la tendance quasi institutionnalis\u00e9e et norm\u00e9e qui consiste dans certaines \u00e9num\u00e9rations \u00e0 placer le masculin en t\u00eate\u00a0: <em>mari et femme<\/em>\/<em>Monsieur et madame<\/em>\/<em>Adam et Eve<\/em>. Pourtant, \u00ab placer un \u00e9l\u00e9ment en premier, c\u2019est lui donner plus d\u2019importance qu\u2019\u00e0 ce qui suit. En nommant les hommes en premier, nous contribuons \u00e0 appuyer la position dominante des hommes et \u00e0 renforcer un mod\u00e8le soci\u00e9tal androcentr\u00e9 et patriarcal \u00bb (HCE, 2022, p. 23). Ainsi, une \u00e9num\u00e9ration non sexiste devrait-elle tenir compte de l\u2019ordre alphab\u00e9tique comme peuvent l\u2019illustrer ces d\u00e9signations doubles : <em>les s\u00e9nateurs et les s\u00e9natrices<\/em>\/<em>les coll\u00e9giennes et les coll\u00e9giens<\/em>\/<em>l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes<\/em>, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ne prendre que le dernier cas (<em>l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes<\/em>), \u00ab\u00a0femmes\u00a0\u00bb occupe la premi\u00e8re place, \u00e9videmment parce que la lettre <em>f<\/em>, dans l\u2019ordre de l\u2019alphabet fran\u00e7ais, arrive avant la lettre <em>h<\/em> (<em>hommes<\/em>). En tout \u00e9tat de cause, ces conventions du langage \u00e9galitaire font partie des leviers du \u00ab d\u00e9sexisme \u00bb et de la \u00ab d\u00e9masculinisation \u00bb des habitudes et des comportements discursifs qui peuvent ainsi d\u00e9teindre sur les comportements sociaux. Cette pr\u00e9sentation plus ou moins holistique des principes du discours inclusif nous donne une vue assez a\u00e9r\u00e9e sur notre mat\u00e9riau. \u00c0 observer donc les deux modes de structuration des formules d\u2019adresse que nous \u00e9tudions, il apparait que nous avons affaire, de part et d\u2019autre, \u00e0 la double flexion et \u00e0 la \u00ab feinte \u00bb du langage \u00e9pic\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Expliquons premi\u00e8rement ce que nous entendons par \u00ab\u00a0feinte du langage \u00e9pic\u00e8ne\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit en effet, dans la totalit\u00e9 des structures des formules d\u2019adresse des dirigeants fran\u00e7ais, du fait que le substantif \u00e9pic\u00e8ne<em> compatriotes<\/em> soit pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un masculin g\u00e9n\u00e9rique. Ainsi, l\u2019orientation pr\u00e9f\u00e9rentielle commune de ces chefs d\u2019\u00c9tat \u00e0 la formule <em>Mes chers compatriotes<\/em>, certes constitu\u00e9e d\u2019un mot \u00e9pic\u00e8ne (<em>compatriote<\/em>) pourrait remettre en question l\u2019ind\u00e9termination apparente port\u00e9e par le substantif, car ce dernier est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un mot caract\u00e9risant,<em> chers<\/em>, qui \u00e0 l\u2019\u00e9crit est pris d\u2019assaut par la r\u00e8gle d\u2019accord du masculin, qui devrait toujours l\u2019emporter sur le f\u00e9minin. Mais compte tenu de la pr\u00e9\u00e9minence du substantif dans ce groupe nominal, on en reste ainsi \u00e0 un mode de structuration \u00e9pic\u00e8ne des formules d\u2019adresse des dirigeants fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A contrario<\/em>, dans l\u2019autre pan du mat\u00e9riau, le pr\u00e9sident camerounais, Paul Biya, a fait la part belle \u00e0 la double flexion, pour mieux appuyer la repr\u00e9sentation \u00e9galitaire : <em>Camerounaises, Camerounais<\/em>. En sus, cette double flexion est assortie du respect de la convention li\u00e9e \u00e0 l\u2019ordre alphab\u00e9tique, o\u00f9 c\u2019est plut\u00f4t le f\u00e9minin qui l\u2019emporte sur le masculin. Toutes ces commodit\u00e9s langagi\u00e8res et cette grande propension \u00e0 l\u2019\u00e9galitarisme discursif n\u2019est pas sans fondement et sans incidence dans le processus de communication et, partant, dans les visions du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En clair les deux traditions \u00e9tudi\u00e9es peignent deux plans de structuration des modalit\u00e9s d\u2019adresse, \u00e0 savoir d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un mode de structuration peu port\u00e9 vers la repr\u00e9sentation binaire de la composante-destinataire; et de l\u2019autre un mode inclusif anim\u00e9 par la double flexion, principe de repr\u00e9sentation binaire de la soci\u00e9t\u00e9. Il convient d\u00e8s lors, \u00e0 la suite des pr\u00e9sentations et descriptions faites, d\u2019analyser et de d\u00e9gager des motivations et des implications d\u2019un tel choix. Car, \u00ab il est [\u2026] assez tentant de ne voir dans les formes d\u2019adresse que des formules fig\u00e9es et banales, des clich\u00e9s donc. Cependant, cette impression ne doit pas masquer le fait que la pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e \u00e0 tel ou tel mot est loin d\u2019\u00eatre arbitraire, et qu\u2019elle recouvre des strat\u00e9gies \u00e9nonciatives diff\u00e9rentes \u00bb (Rigat, 2010, p. 6). Par-del\u00e0 l\u2019aspect formel, il y a les aspects communicatifs, \u00e9nonciatifs et des enjeux sociopragmatiques qu\u2019il faut prendre en compte.<\/p>\n<h2>Adresses neutres et inclusives\u00a0: \u00e9nonciation et visions du monde<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les situations de communication qui encadrent les messages de v\u0153ux de nouvel an des chefs d\u2019\u00c9tat, quels que soient leurs pays, sont conditionn\u00e9es par deux d\u00e9terminants qui d\u00e9finissent ainsi des attitudes, des comportements et des attentes de part et d\u2019autre dans les deux p\u00f4les majeurs de la cha\u00eene \u00e9nonciative : les chefs d\u2019\u00c9tat et leurs peuples. Ces deux d\u00e9terminants sont le bilan annuel de la politique gouvernementale \u2013 qui touche tous les secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 et les perspectives pour la nouvelle ann\u00e9e. C\u2019est la particularit\u00e9 de ce genre de discours, diff\u00e9rent par exemple du discours de campagne \u00e9lectorale qui, lui, a pour principal but pragmatique de convaincre par une argumentation sur un programme politique, une feuille de route.<\/p>\n<h3>Relation orateur-auditoire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La communication du 31 d\u00e9cembre, au regard de sa vis\u00e9e et de son moment de r\u00e9alisation, privil\u00e9gie une orientation \u00e9nonciative ax\u00e9e sur le type de relation que le locuteur (le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique) entretient avec son allocutaire (le peuple, les populations, les compatriotes). Ces types de relations sont multiformes selon les trajectoires id\u00e9ologiques des locuteurs; leurs rapports avec les concitoyen\u00b7nes; et le discours en fait \u00e9cho d\u00e8s son introduction. En effet, en tant que porte d\u2019entr\u00e9e du discours, les formules d\u2019adresse sont non seulement ces vocatifs et appellatifs qui identifient et caract\u00e9risent le destinataire, mais aussi des \u00ab relation\u00e8mes, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois comme des reflets et constructeurs de la relation \u00bb (Rigat, 2010, p. 7). \u00c9tant donn\u00e9 la bipolarisation structurelle du mat\u00e9riau, on pourrait y voir deux orientations de relation\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous nous servons de ce fait de la pr\u00e9sentation des types de relation\u00e8mes \u00e9labor\u00e9e par Fran\u00e7oise Rigat. Selon elle, les diff\u00e9rentes structures morphologiques des termes d\u2019adresse impliquent un type de relation entre un orateur et son auditoire\u00a0: les relations personnelle, id\u00e9ologique, symbolique et famili\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les appellatifs des chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais brillent par une structure apparemment simple et lin\u00e9aire, sans atours politiques ou id\u00e9ologiques. On est ainsi en lieu et place de ce qui se fait habituellement, o\u00f9 le possessif <em>mes<\/em> suivi de l\u2019adjectif <em>chers<\/em>\u00a0au masculin g\u00e9n\u00e9rique, et d\u2019un substantif \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> \u2013 ne marquant pas de complicit\u00e9 directe entre les locuteurs et leurs allocutaires \u2013 sont frapp\u00e9s de simplisme, donc d\u2019une relation purement symbolique. En effet,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les formes par\u00e9es d\u2019une valeur symbolique sont souples et permettent de ne pas positionner imm\u00e9diatement le candidat dans le paysage politique, de ne pas d\u00e9cliner une identit\u00e9 politique de l\u2019orateur. C\u2019est pour cela qu\u2019elles sont ind\u00e9pendantes du parti politique : ainsi, <em>Chers concitoyens<\/em>, employ\u00e9e dans tous les types de scrutin, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche (Rigat, 2010, p. 8).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">De Fran\u00e7ois Mitterand \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande en passant par les autres, le message des v\u0153ux de fin d\u2019ann\u00e9e est empreint d\u2019un symbolisme qui pourrait confiner au simplisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, dans l\u2019autre versant du corpus, chez Paul Biya, la relation orateur\u2013auditoire n\u2019est pas aussi transparente et souple. Il y a, en effet, une volont\u00e9 de construire un lien, une relation qui aille au-del\u00e0 du symbolique; qui soit de type familier. Dans les diff\u00e9rentes tournures inaugurales, la premi\u00e8re phase des appellatifs (<em>Camerounaises, Camerounais<\/em>) cr\u00e9e un effet d\u2019appartenance \u00e0 une m\u00eame famille, un effet de proximit\u00e9. Cette entr\u00e9e en mati\u00e8re met en \u00e9vidence une relation famili\u00e8re, car certaines formes d\u2019adresse peuvent \u00ab non seulement exprimer la bienveillance, essentielle pour gagner la confiance de l\u2019auditoire [\u2026] mais aussi \u00e9tablir une connivence entre [l\u2019homme politique et le peuple] ou mieux, provoquer un effet de proximit\u00e9, comme on dit dans le champ sociopolitique \u00bb (Rigat, 2010, p. 8). Dans la logique g\u00e9n\u00e9rale du pr\u00e9sident Biya, le 31 d\u00e9cembre, moment festif, s\u2019apparente \u00e0 une f\u00eate \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer en \u00ab famille \u00bb en pr\u00e9sence de tous les \u00ab\u00a0membres \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, les deux cat\u00e9gories de relation\u00e8mes construisent en m\u00eame temps deux tableaux \u00e9nonciatifs. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, dans la relation chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et peuple, on assiste \u00e0 un rapport purement symbolique. Et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, la relation entre le chef de l\u2019\u00c9tat camerounais et son peuple est plut\u00f4t une relation de connivence. Ces diff\u00e9rentes mani\u00e8res d\u2019entrer en mati\u00e8re augurent une lecture pragmatique.<\/p>\n<h3>Des visions du monde<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les descriptions faites pr\u00e9c\u00e9demment inscrivent ce travail dans le triptyque\u00a0morphologie, \u00e9nonciation et pragmatique discursive. Les r\u00e9sultats des descriptions morphologiques et des analyses \u00e9nonciatives ont balis\u00e9 le terrain pour une interpr\u00e9tation pragmatique. Ainsi nous attellerons-nous, dans cette partie, \u00e0 comprendre d\u2019une part la raison d\u2019\u00eatre de l\u2019option pr\u00e9f\u00e9rentielle pour les chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais pour une structure qui neutralise le binarisme traditionnel. D\u2019autre part, nous tenterons d\u2019examiner, pour le pr\u00e9sident Biya, les motivations des formules d\u2019adresse dont l\u2019inclusion ne manifeste que le binarisme traditionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il apparait que les entames des discours des chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais brillent par une ind\u00e9termination qui marque l\u2019impossibilit\u00e9 de cat\u00e9goriser. L\u2019option pour une structuration par le mot \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de <em>chers<\/em>, qui \u00e0 l\u2019\u00e9crit marque le masculin g\u00e9n\u00e9rique, correspond \u00e0 une conception \u00e9volu\u00e9e et libre de la question des sexes ou des genres dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Bien plus, le discours du 31 d\u00e9cembre, comme discours institutionnel, est dans une certaine mesure le reflet des repr\u00e9sentations sociales, culturelles et identitaires. La France, contrairement au Cameroun, a une vision \u00e9largie du genre, laquelle ne se limite pas\/plus au binarisme traditionnel <em>masculin\/f\u00e9minin<\/em>. Ainsi le mode d\u2019interpellation \u00e0 l\u2019entame des discours de v\u0153ux traduit une volont\u00e9 de transcender ce binarisme, source de d\u00e9bat, de pol\u00e9miques et de discrimination, selon les tenant\u00b7es de la th\u00e9orie du <em>gender<\/em>. Celle-ci est n\u00e9e aux Etats-Unis \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 et postule la construction sociale et libre du genre, et non une construction bas\u00e9e sur l\u2019identit\u00e9 sexuelle, biologique acquise automatiquement \u00e0 la naissance. Une question qui a progressivement pris place en d\u00e9cha\u00eenant des passions et des pol\u00e9miques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par contre dans la tradition africaine, le message du chef de l\u2019\u00c9tat camerounais, sur le plan \u00e9nonciatif, comme nous l\u2019avons relev\u00e9, construit un lien familier entre lui et le peuple. Par ailleurs, pour maintenir la coh\u00e9rence dans la d\u00e9monstration, \u00e9tant donn\u00e9 que cette \u00e9tude repose d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale sur une hypoth\u00e8se de comparaison sur l\u2019objet d\u2019\u00e9tude entre la France et le Cameroun, nous recourons ainsi \u00e0 la m\u00eame donn\u00e9e, dont nous nous sommes servis pr\u00e9c\u00e9demment : la perception de la notion de genre, une construction libre, ou une r\u00e9alit\u00e9 biologique? En effet, au Cameroun, les <em>gender theories<\/em> n\u2019ont pas connu un devenir ou un impact productif. Les orientations en mati\u00e8re de genre sont ainsi bas\u00e9es sur le binarisme inn\u00e9 issu des identit\u00e9s sexuelles biologiques, et non sur des constructions sociales et libres; tout comme l\u2019orientation sexuelle qui est binaire et r\u00e9gul\u00e9e par la loi fondamentale, la constitution. De ce fait, dans ses messages de v\u0153ux de nouvel an, pour communier et c\u00e9l\u00e9brer avec tou\u00b7tes, le pr\u00e9sident Biya opte pour une formule d\u2019adresse qui refl\u00e8te l\u2019identit\u00e9 sexuelle binaire de ses allocutaires. Il est important de relever que l\u2019on ne verrait pas d\u2019inconv\u00e9nients si le pr\u00e9sident camerounais recourait \u00e0 la formule plus ou moins \u00e9pic\u00e8ne : <em>mes chers compatriotes<\/em>; notre analyse consiste plut\u00f4t \u00e0 montrer la port\u00e9e du recours \u00e0 la formule quasi consacr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019une des raisons de ce choix morphologique est li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie soci\u00e9tale communautariste qui sous-tend les modes de fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s de certains pays africains. Ceci permet de comprendre que les f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e constituent un autre moment privil\u00e9gi\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer avec la quasi-totalit\u00e9 des \u00ab membres de la famille \u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette r\u00e9flexion a port\u00e9 sur la comparaison des orientations morphologique, \u00e9nonciative et pragmatique des termes d\u2019adresse dans les versions \u00e9crites des discours de v\u0153ux de nouvel an des pr\u00e9sidents fran\u00e7ais et du pr\u00e9sident camerounais. Respectivement, la description morphologique a abouti \u00e0 un premier constat sur une formulation des adresses bas\u00e9e sur le substantif \u00e9pic\u00e8ne <em>compatriotes<\/em> pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de l\u2019adjectif g\u00e9n\u00e9rique <em>chers<\/em> et, par la suite, \u00e0 la structuration des termes d\u2019adresse par des formes fl\u00e9chies. Les implications \u00e9nonciatives qui en ont d\u00e9coul\u00e9 ont dress\u00e9 deux tableaux de relation, tirant leur source des \u00e9tudes de Fran\u00e7oise Rigat : une relation symbolique entre les chefs d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais et leurs compatriotes, et une relation famili\u00e8re et de proximit\u00e9 entre Paul Biya et ses compatriotes. Ce travail pr\u00e9liminaire d\u00e9bouche sur une pr\u00e9sentation de deux visions du monde, li\u00e9es aux questions d\u2019\u00e9galit\u00e9 et des genres : une vision large et libre de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres, et une vision traditionnelle, biologique. Dans les formules d\u2019adresse des chefs d\u2019Etat fran\u00e7ais, on lit une correspondance avec des consid\u00e9rations sur le genre, des identit\u00e9s sexuelles socialement et librement construites; ce qui permet d\u2019\u00e9viter une entame des discours qui discriminerait des compatriotes transgenres ou intersexu\u00e9\u00b7es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le choix discursif de leur homologue camerounais quant \u00e0 lui est l\u2019\u0153uvre des diff\u00e9rentes sociocultures et de la spiritualit\u00e9 &#8211; qui pr\u00e9conisent la binarit\u00e9 &#8211; lesquelles sont mat\u00e9rialis\u00e9es dans les vocatifs et appellatifs qui introduisent les souhaits de bonne ann\u00e9e, dans un esprit familier. Il y a donc de part et d\u2019autre des visions et des appr\u00e9ciations particuli\u00e8res de la notion de \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb\u00a0: ici une vision plus libre et \u00e9volu\u00e9e, et l\u00e0 une vision traditionnelle et arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cerquiglini, Bernard. 1999 (dir.). <em>Femme, j\u2019\u00e9cris ton nom\u2026. Guide d\u2019aide \u00e0 la f\u00e9minisation des noms de m\u00e9tiers, titres, grades et fonctions<\/em>. Paris\u00a0: CNRS.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haddad, Rapha\u00ebl. 2019. <em>Manuel d\u2019\u00e9criture inclusive<\/em>. Paris\u00a0: Mots-Cl\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haut Conseil \u00e0 l\u2019Egalit\u00e9 entre les femmes et les hommes. 2022. <em>Guide pratique. Pour une communication sans st\u00e9r\u00e9otypes de sexe<\/em>. URL : <a href=\"https:\/\/www.haut-conseil-egalite.gouv.fr\/IMG\/pdf\/guide_egacom_sans_stereotypes-2022-versionpublique-min-2.pdf\">https:\/\/www.haut-conseil-egalite.gouv.fr\/IMG\/pdf\/guide_egacom_sans_stereotypes-2022-versionpublique-min-2.pdf<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 1992. <em>Les interactions verbales<\/em>, Tome II. Paris : Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rigat, Fran\u00e7oise. 2010. Mes chers compatriotes : strat\u00e9gies discursives de l\u2019interpellation des \u00e9lecteurs dans les professions de foi. <em>Corela<\/em><em>, HS-8, L\u2019interpellation<\/em>, p.1-16.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viennot, \u00c9liane. 2017. <em>Non, le masculin ne l\u2019emporte pas sur le f\u00e9minin ! Petite histoire des r\u00e9sistances de la langue fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions iXe.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viennot, \u00c9liane. 2018. <em>Le langage inclusif, pourquoi, comment ?<\/em> Paris\u00a0: \u00c9ditions iXe.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zheludkova, \u00c9lena. 2012. Le fonctionnement de la cat\u00e9gorie de l\u2019adresse dans le discours politique. <em>Slavica Occitania<\/em> 34, p. 259-275.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/christian-manga\">Christian MANGA<\/a><\/strong><br \/>Titulaire d&rsquo;un doctorat en sciences du langage (analyse du discours) de l\u2019Universit\u00e9 de Bergen \u2013 Norv\u00e8ge et Boursier DAAD \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bayreuth \u2013 Allemagne, l&rsquo;auteur est enseignant et chef de service \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Buea \u2013 Cameroun. Ses centres d\u2019int\u00e9r\u00eat scientifiques concernent la manifestation des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciatives dans les discours politique, litt\u00e9raire, m\u00e9diatique et num\u00e9rique. S\u2019inspirant des mod\u00e8les scandinave, suisse (Gen\u00e8ve) et fran\u00e7ais (Montpellier), il a \u00e9labor\u00e9 une approche th\u00e9orique de la polyphonie discursive.<\/p>\n<p>Contact : mangachristian87@yahoo.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1467-1\">Cette formulation est une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la version actualis\u00e9e (2022) du guide pratique de l\u2019\u00e9criture inclusive, intitul\u00e9 <em>Pour une communication publique sans st\u00e9r\u00e9otypes de sexe<\/em>, publi\u00e9 en France par le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes (HCE). <a href=\"#return-footnote-1467-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":11,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["christian-manga"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[411],"license":[],"class_list":["post-1467","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-chefs-detat-camerounais","motscles-chefs-detat-francais","motscles-ecriture-inclusive","motscles-genre","motscles-pragmatique","motscles-termes-dadresse","keywords-cameroonian-head-of-state","keywords-french-heads-of-state","keywords-gender","keywords-inclusive-writing","keywords-pragmatics","keywords-terms-of-address","motscles-autre-402","motscles-autre-404","motscles-autre-403","motscles-autre-400","motscles-autre-401","motscles-autre-405","contributor-christian-manga"],"part":53,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1467","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":24,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1467\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1665,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1467\/revisions\/1665"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/53"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1467\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1467"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1467"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}