{"id":1671,"date":"2025-05-17T07:31:30","date_gmt":"2025-05-17T05:31:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=1671"},"modified":"2025-11-24T22:32:11","modified_gmt":"2025-11-24T21:32:11","slug":"2-1ca_ericson2025","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/2-1ca_ericson2025\/","title":{"rendered":"Le sens de la d\u00e9mocratie dans le discours du PAIGC : un legs de la dictature"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong> Pr\u00e9sentation<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mise en \u0153uvre au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, la d\u00e9mocratie est encore en de\u00e7\u00e0 des attentes en Guin\u00e9e-Bissau, compte tenu des incidents qui se sont d\u00e9roul\u00e9s dans ce pays africain, tels que l\u2019expulsion en 2018 des 15 parlementaires du Parti africain pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e et du Cap-Vert (PAIGC) de l\u2019Assembl\u00e9e populaire nationale (ANP), en raison de leurs votes exprim\u00e9s lors de l\u2019examen et du vote sur le programme du gouvernement de Carlos Correia, affili\u00e9 au PAIGC.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Partant de la conception que la d\u00e9mocratie se constitue par la contradiction, ce qui suppose la divergence d\u2019id\u00e9es, nous utilisons le terme <em>imposition d\u00e9mocratique<\/em> pour d\u00e9signer l\u2019imposition des positions du Parti aux d\u00e9put\u00e9s qui ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019exprimer leurs convictions politiques. Le terme propos\u00e9 tient compte de la d\u00e9claration du PAIGC annon\u00e7ant l\u2019expulsion des 15 parlementaires et leur demande de remplacement dans l\u2019ANP. Selon le PAIGC,\u00a0 les d\u00e9put\u00e9s expuls\u00e9s n\u2019avaient pas accept\u00e9 de se conformer \u00e0 l\u2019orientation du Parti, violant des statuts du parti (en ce qui concerne le \u00ab principe d\u00e9mocratique \u00bb), comme si les statuts du parti \u00e9taient au-dessus de la Constitution de la R\u00e9publique (en particulier dans son article 82), dans les termes pr\u00e9sent\u00e9s par Monteiro (2019).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude analyse les effets de sens de la d\u00e9mocratie dans les processus discursifs du PAIGC concernant l\u2019expulsion des 15 parlementaires, qui ont \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9s de \u00ab tra\u00eetres \u00bb, expuls\u00e9s du Parti et de l\u2019ANP en raison de leur divergence d\u2019id\u00e9es. Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 nous interroger : quel est le sens de la d\u00e9mocratie dans le discours du PAIGC? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, nous nous rapprochons de la repr\u00e9sentation du discours de l\u2019autre (RDA), telle que postul\u00e9e par Jacqueline Authier-Revuz (2015).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La RDA part de la perspective selon laquelle, une fois historiquement construit, le sujet, dans l\u2019acte discursif, partage son espace avec les autres, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il est d\u00e9centralis\u00e9, avec une connexion entre soi et l\u2019autre. Partant du postulat que tout discours est un discours sur un autre discours, Authier-Revuz (1982) cherche \u00e0 montrer comment la pr\u00e9sence de l\u2019autre est pr\u00e9sente dans le discours. De ce point de vue, le discours est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, car dans chaque processus discursif, il y a toujours un autre interlocuteur, partageant la m\u00eame affiliation id\u00e9ologique. Cette r\u00e9flexion, qui est n\u00e9e de l\u2019interaction avec le dialogisme de Bakhtine\/Volochinov et de la r\u00e9flexion du sujet de la psychanalyse, s\u2019ancre dans la perspective des articulations entre les \u00e9nonc\u00e9s par lesquelles les discours s\u2019inscrivent les uns dans les autres.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019approche sur les h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s \u00e9nonciatives, deux concepts importants d\u00e9velopp\u00e9s par Authier-Revuz sont essentiels pour comprendre comment de telles h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s se constituent dans le discours : l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 montr\u00e9e. Selon le principe de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive, tout discours est travers\u00e9 par d\u2019autres voix, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il entretient une relation interdiscursive, \u00e9tant, dans ce cas, un discours sur un autre discours. De leur c\u00f4t\u00e9, les h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s montr\u00e9es sont li\u00e9es aux manifestations linguistiques qui traversent les \u00e9nonc\u00e9s, laissant des marques qui r\u00e9v\u00e8lent l\u2019affiliation id\u00e9ologique \u00e0 l\u2019autre discours (Authier-Revuz, 1990).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 montr\u00e9e peut \u00eatre marqu\u00e9e et non marqu\u00e9e. La premi\u00e8re serait identifi\u00e9e dans le discours par des marques dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9, qui pourraient \u00eatre linguistiques ou non (les guillemets, le gras, etc., seraient des exemples de marques linguistiques). La seconde se verrait \u00e0 travers les contradictions, les incompr\u00e9hensions et les erreurs de l\u2019acte discursif. En effet, le <em>corpus<\/em> est compos\u00e9 de s\u00e9quences discursives extraites d\u2019articles de journaux \u00e9lectroniques qui traitaient de l\u2019expulsion des 15 parlementaires du PAIGC. Ce travail se compose de deux parties : dans la premi\u00e8re, nous r\u00e9fl\u00e9chirons \u00e0 l\u2019analyse du discours et \u00e0 la contradiction, et dans la seconde, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 la contradiction dans le discours d\u00e9mocratique du PAIGC.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Analyse du discours et contradiction : quelques consid\u00e9rations<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La contradiction se distingue de l\u2019incoh\u00e9rence textuelle et d\u00e9signe un mouvement dans lequel des \u00e9nonc\u00e9s sont d\u00e9plac\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement par affirmation ou par n\u00e9gation, en s\u2019opposant \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 dit pr\u00e9c\u00e9demment, en se contredisant l\u2019un l\u2019autre. La r\u00e9flexion sur ce concept occupe une place fondamentale dans la pens\u00e9e marxiste, car elle permet de comprendre la contradiction comme \u00e9l\u00e9ment incompatible avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale capitaliste, dans la mesure o\u00f9 elle concerne fondamentalement l\u2019antagonisme historique entre le capital et le travail.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de l\u2019analyse du discours, inaugur\u00e9e par Michel P\u00eacheux en France et d\u00e9velopp\u00e9e par Eni Orlandi au Br\u00e9sil, et compte tenu de sa relation avec le mat\u00e9rialisme historique, le concept de contradiction trouve sa base constitutive dans l\u2019histoire. Dans cette perspective, la contradiction \u00ab constitue un principe th\u00e9orique qui intervient dans la repr\u00e9sentation du r\u00e9el historique, mais aussi un objet d\u2019analyse \u00bb (Courtine, 2009, p. 35-36).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de l\u2019analyse mat\u00e9rialiste du discours, il existe d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments qui permettent de comprendre la contradiction dans ses fondements. Ainsi, le discours implique un sujet \u00e9nonciateur qui est affect\u00e9 par la formation id\u00e9ologique \u00e0 laquelle son \u00e9nonciation est affili\u00e9e, ouvrant un espace pour que les contradictions de la formation sociale capitaliste se mat\u00e9rialisent. Dans le discours politique, les sujets sont historiquement affect\u00e9s par l\u2019id\u00e9ologie partisane qui met en perspective une relation toujours contradictoire entre un je\/moi et un autre\/Autre, commun\u00e9ment polaris\u00e9e dans le couple situation-opposition, et \u00e9branl\u00e9e par le poids de la position-sujet de centre (un autre), dans sa mobilit\u00e9 habituelle, vers la droite ou vers la gauche.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on consid\u00e8re que les discours ont besoin d\u2019autres discours pour produire des significations, la contradiction n\u2019est possible que parce qu\u2019il existe un autre discours qui permet au d\u00e9placement de se mat\u00e9rialiser. Ce processus est compris en mobilisant deux concepts fondamentaux dans notre analyse : l\u2019intradiscours et l\u2019interdiscours. Nous pla\u00e7ons au niveau de l\u2019intradiscours le point de d\u00e9part mentionn\u00e9 ci-dessus, d\u2019o\u00f9 nous passons \u00e0 l\u2019identification des effets de sens, des contradictions et\/ou des d\u00e9placements dans le discours, par le biais du fonctionnement id\u00e9ologique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interdiscours \u00e9tant la relation entre les discours (P\u00eacheux, 2012), c\u2019est dans l\u2019intradiscours que se mat\u00e9rialise le discours lui-m\u00eame. Si l\u2019interdiscours \u00e9tablit un dialogue avec un autre discours afin de produire un certain effet de sens, l\u2019intradiscours resignifie le discours d\u00e9j\u00e0 existant (d\u00e9j\u00e0 dit), permettant des glissements, des silences et des d\u00e9placements. \u00c0 son tour, c\u2019est dans cette tentative de formulation qu\u2019\u00e9mergent des \u00e9nonc\u00e9s qui nous conduisent \u00e0 identifier, dans le processus d\u2019analyse, les contradictions du discours et leurs effets. C\u2019est donc \u00e0 partir de l\u2019intradiscours que nous pouvons identifier les contradictions, les d\u00e9placements, les failles, etc. En outre, un aspect important de l\u2019identification de la contradiction concerne le silence, \u00e9tant donn\u00e9 que pour Orlandi (2002), lorsqu\u2019il \u00e9nonce quelque chose, en raison des structures et des barri\u00e8res sociales, le sujet cache et\/ou r\u00e9duit au silence d\u2019autres propos.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong> Entre le dit et le non-dit : la contradiction dans le discours d\u00e9mocratique du PAIGC<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Postulant que le langage n\u2019est pas transparent, l\u2019analyse mat\u00e9rialiste du discours consid\u00e8re que l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 est le lieu o\u00f9 l\u2019on peut comprendre le non-dit dans le dit. Dans un domaine diff\u00e9rent de cette hypoth\u00e8se, la r\u00e9flexion sur le dire et le dit a re\u00e7u une attention notable dans les ann\u00e9es 1960, lors de la publication de l'ouvrage d\u2019Oswald Ducrot (1987), pour qui le dire et le dit expriment des charges s\u00e9mantiques diff\u00e9rentes. Cette th\u00e8se de Ducrot propose l\u2019argument selon lequel le dire et le dit ont lieu dans des ordres diff\u00e9rents, l\u2019un provenant du langage (le dit), et l\u2019autre de l\u2019ordre extralinguistique (non-dit\/contexte), c\u2019est pourquoi le dit et le non-dit ont des effets de sens diff\u00e9rents.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Claudine Haroche, guid\u00e9e avant tout par la grammaire normative, s\u2019interroge : \u00ab D\u2019o\u00f9 vient dans la grammaire ce d\u00e9sir insistant et impossible d\u2019une partition radicale entre le dit et le non-dit, l\u2019explicite et l\u2019implicite, le complet et l\u2019incomplet, que l\u2019on per\u00e7oit tant dans la figure de l\u2019ellipse que dans celle de l\u2019incise? \u00bb (Haroche, 1992, p. 13). Ce questionnement dialogue aussi avec la discussion de Ducrot, qui a pour but principal de d\u00e9montrer que le langage ne peut pas donner toutes les r\u00e9ponses, puisqu\u2019il faut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 son ext\u00e9riorit\u00e9 constitutive. Pour Haroche, le sens n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une id\u00e9e d\u00e9form\u00e9e de ce qui est dit et de ce qui n\u2019est pas dit, puisque le langage est charg\u00e9 d\u2019intentions, et le non-dit est captur\u00e9 en dehors de lui. Une telle position est donc diff\u00e9rente de ce qui est v\u00e9rifi\u00e9 dans la perspective grammaticale, qui fait une approche ferm\u00e9e de la langue, ayant le texte comme base analytique et \u00e9cartant la pr\u00e9sence de l\u2019extralinguistique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour sa part, P\u00eacheux (2012) a propos\u00e9 une nouvelle forme d\u2019analyse, qui allait r\u00e9volutionner la fa\u00e7on de lire les textes. Partant de l\u2019argument que le langage n\u2019est pas transparent, il a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer que tout n\u2019est pas dit explicitement, car chaque discours a ses conditions de production et ses affiliations id\u00e9ologiques,\u00a0 impliquant ce qui \u00ab peut et doit \u00eatre dit \u00bb par le sujet du discours. C\u2019est cette appartenance qui permet de montrer ce que le sujet du discours, quand il dit, ne dit pas, fait taire, efface.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon l\u2019analyse mat\u00e9rialiste du discours, le discours porte en lui l\u2019historique et l\u2019id\u00e9ologique, c\u2019est pourquoi ce qui est dit est toujours li\u00e9 \u00e0 ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, \u00e9tant donn\u00e9 que \u00ab dans l\u2019analyse du discours, il y a des notions qui embrassent sans dire : celle de l\u2019interdiscours, celle de l\u2019id\u00e9ologie, celle de la formation discursive \u00bb (Orlandi, 2007, p. 82). Ces trois notions constituent l\u2019univers des \u00e9l\u00e9ments qui permettent, dans le discours, d\u2019identifier les non-dits. En effet, selon Orlandi (2007), la relation entre ce qui est dit et un autre dire se produit dans la mesure o\u00f9, \u00e0 travers l\u2019interdiscours, elle est d\u00e9termin\u00e9e par une formation discursive, constitu\u00e9e dans la relation entre le discours, le sujet, l\u2019histoire et l\u2019id\u00e9ologie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toujours selon Orlandi (2007), il existe d\u2019autres fa\u00e7ons pour le non-dit de se manifester. La notion de silence, \u00e9voqu\u00e9e ci-dessus, constitue l\u2019une des formes d\u2019identification de l\u2019appartenance id\u00e9ologique du sujet discursif, car, selon l\u2019auteure, il s\u2019agit d\u2019un lieu de refus, dans lequel un dire est r\u00e9duit au silence pour que ce qui le dit produise du sens. De cette fa\u00e7on, \u00e0 travers le discours lui-m\u00eame, la mat\u00e9rialit\u00e9 discursive r\u00e9v\u00e8le la formation id\u00e9ologique, et il convient de noter que c\u2019est avant tout \u00e0 partir de la r\u00e9flexion sur les non-dits que nous cherchons \u00e0 analyser la contradiction de l\u2019imposition d\u00e9mocratique dans le discours du PAIGC.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019int\u00e9resser \u00e0 tout sujet li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mocratie guin\u00e9enne permet de comprendre comment ce r\u00e9gime a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre dans ce pays, en tenant compte de son contexte historique et social. La Guin\u00e9e-Bissau, ainsi que les autres pays africains qui composent le groupe des pays africains de langue portugaise (PALOP), ont subi la domination des Portugais qui exploitaient sa population et ses ressources naturelles, ce qui a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation de plusieurs mouvements de r\u00e9sistance pour mettre fin \u00e0 la pratique criminelle des <em>tugas[footnote]Expression utilis\u00e9e pour d\u00e9signer les Portugais et fa\u00e7on la plus courte de mentionner le Portugal.[\/footnote]<\/em>. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le PAIGC, un parti cl\u00e9 dans l\u2019expulsion des colons en Guin\u00e9e-Bissau et au Cap-Vert et qui, apr\u00e8s le d\u00e9part des Portugais, a pris en charge le pays pendant 21 ans, sous le r\u00e9gime du parti unique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En raison de la pression de certaines organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui, tout au long du gouvernement du parti unique, s\u2019\u00e9taient constitu\u00e9es en parti, le PAIGC a entam\u00e9 une transition pour changer le r\u00e9gime actuel. Une telle pression, selon Teixeira (2008), \u00e9tait due \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 qui r\u00e9gnait au sein du PAIGC, puisqu\u2019il y avait un d\u00e9saccord \u00ab sur la mani\u00e8re de gouverner le pays et la r\u00e9partition du pouvoir \u00bb (Teixeira, 2008, p. 23). Selon Cardoso (1996), cette transformation est li\u00e9e au refus de perdre les privil\u00e8ges que le r\u00e9gime actuel leur offrait. Autrefois habitu\u00e9s \u00e0 gouverner le pays par la dictature, dans laquelle il n\u2019y avait qu\u2019un seul parti, qui d\u00e9terminait comment la politique devait fonctionner, certains dirigeants ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas d\u2019accord avec l\u2019id\u00e9e de partager leurs privil\u00e8ges. En effet, ce partage donnerait au peuple la possibilit\u00e9 de choisir ses repr\u00e9sentant\u00b7es, avec le pouvoir de confier le gouvernement de la nation \u00e0 une personnalit\u00e9 politique qui les convaincrait.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 la r\u00e9sistance de ces membres du PAIGC, il a \u00e9t\u00e9 possible de concr\u00e9tiser le d\u00e9sir de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de certains membres du Parti unique, \u00e9tablissant la d\u00e9mocratie comme r\u00e9gime de gouvernement dans le pays en 1994, ann\u00e9e de la premi\u00e8re \u00e9lection dans le pays. La mise en \u0153uvre du syst\u00e8me d\u00e9mocratique souhait\u00e9 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une lutte titanesque entre les dirigeants du parti unique, puisqu\u2019une grande partie des dirigeants du PAIGC ont vot\u00e9 contre la d\u00e9mocratie en tant que syst\u00e8me de gouvernement (Cardoso, 1996), \u00a0et a ainsi \u00a0signifi\u00e9 la victoire non seulement de ces dirigeants pro-d\u00e9mocratiques, mais aussi des mouvements de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui luttaient pour cette cause. \u00c0 leur tour, ceux qui \u00e9taient insatisfaits de cette transition ont tout fait pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs privil\u00e8ges, de la meilleure fa\u00e7on possible. Trois ans apr\u00e8s le d\u00e9but du mandat du pr\u00e9sident Jo\u00e3o Bernardo Vieira (Nino), la d\u00e9mocratie subit sa premi\u00e8re d\u00e9faite avec l\u2019\u00e9viction du pr\u00e9sident Vieira par un nouveau coup d\u2019\u00c9tat.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart, selon Teixeira, s\u2019est produite non seulement \u00e0 cause de la mauvaise strat\u00e9gie de mise en \u0153uvre du nouveau r\u00e9gime, mais aussi parce que \u00ab\u00a0plusieurs r\u00e9gimes, en instituant la d\u00e9mocratie, sont revenus \u00e0 l\u2019autoritarisme. En d\u2019autres termes, une alternance d\u2019un r\u00e9gime \u00e0 l\u2019autre ne g\u00e9n\u00e8re pas n\u00e9cessairement une d\u00e9mocratie consolid\u00e9e \u00bb (Teixeira, 2008, p. 48). La non-consolidation de la d\u00e9mocratie dans le pays s\u2019explique de plusieurs mani\u00e8res, notamment par les legs de la dictature, qui a permis \u00e0 plusieurs dirigeants d\u2019entrer sur la sc\u00e8ne politique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si auparavant le PAIGC, \u00e9tant le seul parti politique, faisait tout sans interf\u00e9rence des autres formations politiques, avec la d\u00e9mocratie en place, ce parti ne pouvait plus agir directement de mani\u00e8re autoritaire, mais \u00e0 travers les diff\u00e9rents appareils id\u00e9ologiques d\u2019\u00c9tat (selon les termes d\u00e9finis par Louis Althusser, 1970). Il continuait \u00e0 dicter ce qui devait et ne devait pas \u00eatre fait dans le pays, d\u00e9sormais \u00e0 travers le simulacre d\u00e9mocratique, comme nous l\u2019analyserons dans la s\u00e9quence discursive (SD) suivante :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD1. \u00ab Ce cadre humain en dit long, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il rend tr\u00e8s claire quelle est la volont\u00e9 du peuple. Je sais que les institutions de la R\u00e9publique seront \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce d\u00e9sir car personne ne peut cr\u00e9er d\u2019obstacles \u00e0 la volont\u00e9 du peuple. C\u2019est au peuple qu\u2019appartient le pouvoir, le peuple a exprim\u00e9 cette volont\u00e9 et, par cons\u00e9quent, nous avons l\u2019obligation de respecter la volont\u00e9 du peuple \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Domingos Sim\u00f5es Pereira (DW-Afrique[footnote]Deutsche Welle \u2013 DW (Voix de l\u2019Allemagne) \u00ab est la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision internationale allemande. Les programmes radiophoniques et l\u2019offre en ligne de la DW-Afrique s\u2019adressent aux pays africains lusophones \u2014 Angola, Cap-Vert, Guin\u00e9e-Bissau, Mozambique et S\u00e3o Tom\u00e9-et-Pr\u00edncipe \u00bb, et sont financ\u00e9s par le gouvernement allemand (<a href=\"https:\/\/www.dw.com\/pt\">https:\/\/www.dw.com\/pt<\/a>).[\/footnote], 17\/08\/2015, par F\u00e1tima Tchum\u00e1 Camar\u00e1).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9mission de Domingos Sim\u00f5es Pereira, chef de l\u2019ex\u00e9cutif, a non seulement mis en lumi\u00e8re la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue dans le contexte politique du pays, mais a \u00e9galement permis \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne de t\u00e9moigner ce qui allait \u00eatre la plus grande crise politique depuis que le pays a adopt\u00e9 le multipartisme. Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz, alors pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, faisait partie du Parti des lib\u00e9rateurs[footnote]Bien qu\u2019il ait cess\u00e9 d\u2019appartenir \u00e0 cette formation politique lorsqu\u2019il a pris ses fonctions de pr\u00e9sident du pays, comme le pr\u00e9voit la Constitution guin\u00e9enne.[\/footnote] et a partag\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises des moments avec le pr\u00e9sident du PAIGC, qui se pr\u00e9sentait comme d\u00e9put\u00e9 et probable premier ministre de la R\u00e9publique, ce qui s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9 apr\u00e8s la victoire du Parti aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, avec Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz comme pr\u00e9sident et Domingos Sim\u00f5es Pereira comme premier ministre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz et Domingos Sim\u00f5es Pereira ont \u00e9t\u00e9 acclam\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne et la communaut\u00e9 internationale, jusqu\u2019\u00e0 ce que, au tournant de 2015-2016, un d\u00e9saccord survienne entre le pr\u00e9sident Vaz et le chef de l\u2019ex\u00e9cutif, en raison d\u2019all\u00e9gations de corruption et de n\u00e9potisme au sein du gouvernement Pereira. C\u2019est notamment ce qu\u2019a soutenu le premier magistrat de la nation, qui a disculp\u00e9 Domingos Sim\u00f5es Pereira, donnant lieu \u00e0 un diff\u00e9rend politique f\u00e9roce. Dans ce contexte, d\u2019une part, le PAIGC, la communaut\u00e9 internationale et certains partis ont compati \u00e0 la situation du Parti et, d\u2019autre part, certains ont d\u00e9fendu l\u2019attitude du pr\u00e9sident Vaz.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l'\u00e9nonc\u00e9 SD1, nous avons identifi\u00e9 que la presse, par une modalisation avec une seconde affirmation[footnote]Selon Authier-Revuz (1990).[\/footnote] (\u00ab a d\u00e9clar\u00e9 Domingos Sim\u00f5es Pereira \u00bb) a fait circuler des dires qui \u00e9taient rattach\u00e9s \u00e0 une position-sujet indiquant que, selon lui, l\u2019expression et l\u2019esprit d\u00e9mocratiques \u00e9taient v\u00e9cus et partag\u00e9s au sein du PAIGC. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, DW-Afrique avait rapport\u00e9 une d\u00e9claration faite lors de la marche men\u00e9e par la direction du Parti, en protestation contre le renversement du gouvernement de Domingos Sim\u00f5es Pereira, par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de l\u2019\u00e9poque, Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz, au motif qu\u2019il y avait beaucoup de corruption au sein du gouvernement dirig\u00e9 par Pereira. Dans l\u2019interdiscours, une telle d\u00e9claration faisait ressortir l\u2019image d\u2019un Parti qui excellait dans le respect des normes qui r\u00e9gissaient le principe d\u00e9mocratique, apportant comme argument le discours de la d\u00e9mocratie, sous l\u2019id\u00e9ologie de la d\u00e9mocratie comme pouvoir du peuple, qui serait responsable de d\u00e9cider qui devrait rester et qui devrait quitter le pouvoir.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 travers l\u2019interdiscours, nous avons identifi\u00e9 un support juridique dans le discours du PAIGC, fond\u00e9 sur l\u2019article 23 de la Constitution de la R\u00e9publique guin\u00e9enne, lorsque le parti affirme que les repr\u00e9sentations populaires constituent les organes supr\u00eames de l\u2019\u00c9tat (Monteiro, 2019). En ce sens, puisque le peuple est contre la d\u00e9cision du pr\u00e9sident, ce serait \u00e0 lui de respecter la volont\u00e9 populaire. On aurait alors compris qu\u2019il y avait eu un acte d\u2019injustice contre un parti d\u00e9mocratique et que c\u2019\u00e9tait la raison pour laquelle le peuple \u00e9tait descendu dans la rue pour exiger que sa volont\u00e9 soit accomplie, remettant au pouvoir le ministre d\u00e9mocratiquement \u00e9lu par le vote populaire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cas de la RDA, il est possible d\u2019observer une affiliation de la position-sujet assum\u00e9e par la presse en question, par rapport au discours pr\u00e9tendument d\u00e9mocratique du PAIGC, par le biais d\u2019interf\u00e9rences graphiques (guillemets, comme on le voit dans SD1), au m\u00e9pris de l\u2019impartialit\u00e9 suppos\u00e9e de la DW-Afrique. Selon Amaral (2000), les guillemets ne fonctionneraient pas seulement comme \u00e9l\u00e9ment grammatical qui cherche \u00e0 signaler le discours de l\u2019autre dans le texte, mais indiqueraient \u00e9galement le partage d\u2019une affiliation id\u00e9ologique avec le sujet du discours. De ce point de vue, la position du sujet assum\u00e9e par DW-Afrique devient plus explicite lorsque nous observons qu\u2019il y a eu une manipulation de l\u2019information dans l\u2019article lui-m\u00eame, lorsque celui-ci a d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019acte \u00e9tait une initiative de la soci\u00e9t\u00e9 civile, alors qu\u2019en fait il s\u2019agissait d\u2019un rassemblement organis\u00e9 par le PAIGC devant la pr\u00e9sidence pour revendiquer ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 et soutenu par un discours pr\u00e9tendument d\u00e9mocratique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, quelques mois plus tard, ce m\u00eame parti, sous l\u2019argument de la \u00ab discipline \u00bb, a envoy\u00e9 une lettre demandant l\u2019expulsion de 15 parlementaires qui, jusque-l\u00e0, en faisaient partie. De cette fa\u00e7on, une fois de plus, le Parti se pr\u00e9sente comme le v\u00e9ritable d\u00e9fenseur du r\u00e9gime d\u00e9mocratique, avan\u00e7ant qu\u2019il est n\u00e9cessaire de se conformer aux r\u00e8gles qui r\u00e9gissent le fonctionnement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. En se positionnant de cette mani\u00e8re, le PAIGC contredit sa position pr\u00e9c\u00e9dente, car si c\u2019est le peuple qui a le pouvoir, et si c\u2019est au peuple de d\u00e9cider qui doit rester au pouvoir, pourquoi alors le Parti jouerait-il le r\u00f4le du peuple? Comment un d\u00e9saccord partisan a-t-il pu conduire \u00e0 l\u2019expulsion des 15 d\u00e9put\u00e9s militants? De plus, comment serait-il possible pour un parti qui d\u00e9fend l\u2019ordre d\u00e9mocratique de l\u2019utiliser pour installer une imposition due \u00e0 une divergence politique interne?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En appelant au respect de la \u00ab discipline partisane \u00bb, exigeant ainsi l\u2019expulsion des 15 d\u00e9put\u00e9s, le sujet du discours autoritaire, par son silence local, censure les dires qui ont r\u00e9alis\u00e9 son acte anticonstitutionnel, s\u2019opposant ainsi aux dispositions de la Constitution de la R\u00e9publique (Monteiro, 2019). Ce que l\u2019on observe donc sont des contradictions motiv\u00e9es par des conditions de production diff\u00e9rentes, car, dans un premier moment (ao\u00fbt 2015), nous avons identifi\u00e9 une plainte au sein du PAIGC \u00e0 propos de la place de pouvoir\/prestige qui lui avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e. Dans un deuxi\u00e8me moment (novembre 2015), une fois que l\u2019espace perdu a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, les conditions de production du discours ont chang\u00e9, produisant ainsi une action contraire \u00e0 l\u2019image d\u00e9mocratique que le PAIGC \u00e9tait cens\u00e9 d\u00e9fendre, comme nous le voyons dans SD2.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD2. Le PAIGC \u00ab doit faire respecter la discipline \u00bb (DW-Afrique, 26\/11\/2015, par Braima Darame).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le processus de circulation des significations de la DW-Afrique \u00e0 travers la RDA, nous revenons \u00e0 la d\u00e9claration sur l\u2019expulsion des parlementaires et des anciens membres de leur rang, dans laquelle le pr\u00e9sident du PAIGC, Domingos Sim\u00f5es Pereira, affirme que le groupe de 15 d\u00e9put\u00e9s n\u2019a pas respect\u00e9 les r\u00e8gles qui r\u00e9gissent la coexistence au sein du Parti, ce qui a abouti \u00e0 leur expulsion. Nous observons que, lorsqu\u2019elle prend une position au sein de la RDA, DW-Afrique rejoint la position de sujet dudit Parti. Du point de vue du PAIGC, on a l\u2019impression que les 15 d\u00e9put\u00e9s qui se sont abstenus ont commis un acte anti-d\u00e9mocratique, comme si la d\u00e9mocratie pouvait se r\u00e9sumer \u00e0 accepter toutes les propositions du gouvernement, m\u00eame en l\u2019absence de support l\u00e9gal dans la Constitution, tel le respect de la \u00ab discipline partisane \u00bb. En effet, cela montre que les statuts du parti seraient au-dessus de la Constitution du pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Compte tenu de l\u2019histoire du Parti, cette position n\u2019est pas surprenante puisque la structure militaire fait partie du fonctionnement du PAIGC, dans lequel l\u2019ordre \u00e9mane de la direction du Parti, la position hi\u00e9rarchique \u00e9tant d\u00e9terminante pour son fonctionnement. De plus, pour un parti qui a gouvern\u00e9 sous un r\u00e9gime autoritaire pendant plus de 20 ans, et dont une grande partie des militant\u00b7es s\u2019est oppos\u00e9e au passage d\u2019un r\u00e9gime \u00e0 parti unique \u00e0 un r\u00e9gime d\u00e9mocratique, la discipline d\u00e9pend exclusivement des principes id\u00e9ologiques qu\u2019il d\u00e9fend, et les autres n\u2019ont qu\u2019\u00e0 suivre les ordres. Selon Teixeira (2008), cela est d\u00fb \u00e0 la conception de la d\u00e9mocratie propre au parti, une \u00ab d\u00e9mocratie r\u00e9volutionnaire \u00bb qui l\u2019a conduit \u00e0 la lutte arm\u00e9e contre les colons portugais, fa\u00e7onn\u00e9e par des principes militaires; une d\u00e9mocratie qui a servi de base \u00e0 son gouvernement dans la p\u00e9riode post-ind\u00e9pendance.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En affirmant que le PAIGC \u00ab doit faire respecter la discipline \u00bb, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il cherche \u00e0 signaler avec le terme <em>discipline<\/em>, faisant allusion \u00e0 la d\u00e9mocratie, la pratique anti-d\u00e9mocratique se renforce dans l\u2019interdiscours, qui restreint la libert\u00e9 de pens\u00e9e des 15 parlementaires par une imposition d\u00e9mocratique, mise en circulation dans la RDA par la DW-Afrique. Ainsi, tout ce qui va \u00e0 l\u2019encontre de la perspective de \u00ab d\u00e9mocratie r\u00e9volutionnaire \u00bb du PAIGC constitue un manque de respect pour la discipline partisane. De son c\u00f4t\u00e9, la position de sujet assum\u00e9e par le Parti s\u2019aligne sur une m\u00e9moire discursive de \u00ab l\u2019aile dure, compos\u00e9e essentiellement d\u2019anciens combattants guin\u00e9ens qui ont d\u00e9fendu une politique conservatrice pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats et leurs privil\u00e8ges h\u00e9rit\u00e9s de la lutte arm\u00e9e \u00bb (Teixeira, 2008, p. 23).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit du fonctionnement d\u2019une formation id\u00e9ologique qui \u00e9tablit une imposition d\u00e9mocratique, dans la contradiction fondamentale que cette expression \u00e9tablit. Ce qui nous permet d\u2019affirmer que ce parti, bien qu\u2019il ait accept\u00e9 le changement de r\u00e9gime gouvernemental, ne s\u2019est pas (encore) dissoci\u00e9 du r\u00e9gime \u00e0 parti unique, puisque les statuts du PAIGC sont consid\u00e9r\u00e9s comme sup\u00e9rieurs \u00e0 la Constitution, comme nous le verrons dans la SD ci-dessous :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD3. Les positions contraires aux principes du PAIGC seraient consid\u00e9r\u00e9es comme de la \u00ab trahison \u00bb (DW-Afrique, 23\/12\/2015, par F\u00e1tima Tchum\u00e1 Camar\u00e1).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sans s\u2019opposer \u00e0 l\u2019imposition d\u00e9mocratique, DW-Afrique reprend l\u2019expression <em>trahison<\/em> dans le discours politique guin\u00e9en afin de relativiser la sup\u00e9riorit\u00e9 des principes du PAIGC. En ne s\u2019engageant pas dans l\u2019id\u00e9e que s\u2019opposer serait une \u00ab trahison \u00bb, DW-Afrique marque une certaine distance par l\u2019utilisation de guillemets, tout en conjuguant le verbe <em>\u00eatre<\/em> au conditionnel, ce qui est une mani\u00e8re de simuler, dans le langage, qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une possibilit\u00e9 plut\u00f4t que d\u2019une action concr\u00e8te.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On voit donc que dans la RDA, la d\u00e9mocratie fonctionne dans la perspective id\u00e9ologique du PAIGC, en ayant des limites circonscrites aux contours des int\u00e9r\u00eats du parti, pour qui les pens\u00e9es et actions contraires aux siennes sont l\u00e9gitimement consid\u00e9r\u00e9es comme une \u00ab trahison \u00bb des valeurs de la d\u00e9mocratie qu\u2019il est cens\u00e9 d\u00e9fendre. C\u2019est ce que nous appelons une <em>d\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/em>. Compte tenu de ce glissement de sens, cette d\u00e9mocratie n\u2019est pas la m\u00eame que celle dont le PAIGC pr\u00e9tend qu\u2019elle appartient au peuple guin\u00e9en. Si cela \u00e9tait le cas, il ne serait pas possible de soutenir que la v\u00e9rit\u00e9 (les principes) n\u2019est que la v\u00e9rit\u00e9 du Parti, et encore moins d\u2019exiger des 15 parlementaires qu\u2019ils respectent la discipline partisane. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 nous poser plusieurs questions : si la d\u00e9mocratie suppose la pluralit\u00e9 des id\u00e9es, o\u00f9 le peuple comme les repr\u00e9sentant\u00b7es politiques doivent exprimer librement leurs id\u00e9es et opinions, comment serait-il possible pour un parti qui d\u00e9fend les valeurs d\u00e9mocratiques d\u2019emp\u00eacher qu\u2019il y ait des opinions contraires aux siennes dans le processus d\u00e9mocratique au sein de la maison du peuple (l\u2019Assembl\u00e9e populaire nationale-ANP)? Quel sens aurait la d\u00e9mocratie pour un parti qui affirme publiquement que le pouvoir appartient l\u00e9gitimement au peuple et que c\u2019est au peuple de d\u00e9cider qui quitte le pouvoir et qui y reste, et qui produit ensuite un discours \u00e0 tendance autocratique?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la suite de ces questions, une r\u00e9flexion sur l\u2019effet d\u2019anticipation permet de comprendre qu\u2019en exigeant des d\u00e9put\u00e9s qu\u2019ils votent \u00ab oui \u00bb \u00e0 l\u2019approbation du programme de gouvernement de Carlos Correia, le PAIGC pr\u00e9voit, par un discours autoritaire, que la seule voie correcte serait d\u2019approuver le programme du pouvoir ex\u00e9cutif. Lorsqu\u2019il est mis en circulation par DW-Afrique, ce discours est renforc\u00e9 par la naturalisation des effets de sens d\u2019une orientation vers les parlementaires qui se d\u00e9claraient contraires \u00e0 la composition du gouvernement, raison pour laquelle ils ne voteraient pas en faveur de sa permanence. Nous comprenons donc que les guillemets sont utilis\u00e9s pour montrer qu\u2019en cas de non-approbation du programme, les 15 d\u00e9put\u00e9s manqueraient de respect aux statuts du parti, ce qui serait consid\u00e9r\u00e9 comme un acte antid\u00e9mocratique de \u00ab trahison \u00bb, car contraire aux r\u00e8gles du PAIGC.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation de ce discours par DW-Afrique d\u00e9coule d\u2019une position qui rejoint celle du parti afin de produire le sentiment que les \u00ab tra\u00eetres \u00bb doivent \u00eatre punis. Il lui \u00e9chappe cependant que la pratique antid\u00e9mocratique est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans les propres d\u00e9clarations du PAIGC, en contradiction avec les valeurs qu\u2019il pr\u00e9tend d\u00e9fendre. En affirmant qu\u2019une position diff\u00e9rente de la sienne pr\u00e9suppose une \u00ab trahison \u00bb, l\u2019interdiscours ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019identifier une position-sujet antid\u00e9mocratique qui simule, \u00e0 travers un rituel pr\u00e9tendument d\u00e9mocratique, la d\u00e9fense des valeurs d\u00e9mocratiques tout en (re)produisant un effet de sens d\u2019imposition d\u00e9mocratique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le discours du PAIGC, la transgression des r\u00e8gles a ses sp\u00e9cificit\u00e9s dans le biais d\u00e9mocratique qu\u2019il pratique, dans les termes d\u2019une <em>d\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/em>, car certain\u00b7es peuvent transgresser les statuts du parti, mais d\u2019autres non, comme on peut le voir dans la s\u00e9quence suivante :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD4. L\u2019ancien Premier ministre a d\u00e9clar\u00e9 avoir renonc\u00e9 \u00e0 son \u00ab droit naturel \u00bb compte tenu des statuts du parti qui stipulent qu\u2019en cas de victoire \u00e9lectorale, c\u2019est le chef du parti qui prend la t\u00eate du gouvernement (DW-Afrique, 17\/09\/2015; source Lusa).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En expulsant les 15 parlementaires de son parti, \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9valuation et du vote du programme de gouvernement dirig\u00e9 par Carlos Correia, le PAIGC a utilis\u00e9 comme argument la violation des principes \u00e9nonc\u00e9s dans ses statuts, cherchant \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019indignation quant \u00e0 la position du groupe, mais qu\u2019ils ne faisaient que suivre ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu dans les statuts r\u00e9gissant la coexistence au sein du parti. Par cons\u00e9quent, l\u2019expulsion des d\u00e9put\u00e9s n\u2019avait rien \u00e0 voir avec une r\u00e9pulsion \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la position du groupe, mais relevait du z\u00e8le et du respect des principes qui guidaient l\u2019\u00c9tat de droit, projetant ainsi l\u2019image d\u2019un parti strictement d\u00e9mocratique. Mais en affirmant avoir viol\u00e9 les statuts du parti, ce qui est cens\u00e9 \u00eatre justifi\u00e9 au nom du bien commun, le discours du PAIGC se contredit et laisse place \u00e0 des interrogations sur le type de d\u00e9mocratie qu\u2019il pratique et sur la mani\u00e8re dont elle devrait fonctionner.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si les d\u00e9put\u00e9s qui n\u2019ont pas transgress\u00e9 la loi du pays ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9nalis\u00e9s en \u00e9tant exclus du parti simplement pour avoir enfreint les statuts, pourquoi les autres infractions n\u2019ont-elles pas suivi la m\u00eame logique? Quelles mesures disciplinaires le PAIGC doit-il appliquer (SD2)? Quelle est cette d\u00e9mocratie qui fonctionne pour certains et pas pour d\u2019autres?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la suite de ces questions, nous reprenons Orlandi (2002) pour comprendre comment le sens de la d\u00e9mocratie fonctionne dans le PAIGC. Pour simuler sa pratique antid\u00e9mocratique, le Parti a d\u00fb cacher un dire (silence local), car, \u00e9tant donn\u00e9 la situation sociale, il ne pouvait pas dire que les 15 parlementaires avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s en raison de leur abstention et de leurs opinions contraires aux int\u00e9r\u00eats du PAIGC. Cela est d\u00fb au fait que \u00ab les relations de pouvoir dans une soci\u00e9t\u00e9 comme la n\u00f4tre produisent toujours de la censure, de telle sorte que le silence accompagne toujours les mots \u00bb (Orlandi, 2007, p. 83), ce qui explique \u00e9galement que la conformit\u00e9 \u00e0 la \u00ab discipline partisane \u00bb n\u2019est appliqu\u00e9e que lorsque cela est opportun. Mais d\u00e8s que ce parti reconna\u00eet qu\u2019il viole ses propres statuts, il expose \u00e0 nouveau ses contradictions en tant que parti d\u00e9mocratique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Consid\u00e9rations finales<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le processus de transition du syst\u00e8me de gouvernement en Guin\u00e9e-Bissau, en plus d\u2019\u00eatre d\u00e9faillant (puisqu\u2019il n'a pas pris en compte la r\u00e9alit\u00e9 sociale du pays), a mis en \u00e9vidence les intentions de l\u2019\u00e9lite politique qui gouvernait le pays (repr\u00e9sent\u00e9e par le PAIGC). Une partie de cette \u00e9lite a cherch\u00e9 \u00e0 maintenir sa position et \u00e0 ne pas partager le pouvoir avec certains partis, tandis qu\u2019une autre partie a tent\u00e9 de tromper la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne sous l\u2019argument de l\u2019ouverture d\u00e9mocratique, alors qu\u2019elle \u00e9tait une d\u00e9mocratie telle que d\u00e9finie par le Parti.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous savons que le r\u00e9gime d\u00e9mocratique valorise le dialogue et la libert\u00e9 d\u2019expression, en laissant de l\u2019espace \u00e0 la confrontation des id\u00e9es, ce qui implique de se constituer par la contradiction et contribue \u00e0 la croissance et \u00e0 la formation des acteur\u00b7trices politiques. Par cons\u00e9quent, les pays qui adoptent ce mod\u00e8le comme forme de r\u00e9gime politique doivent \u00eatre en accord avec ses principes, en respectant les piliers de la d\u00e9mocratie, la libert\u00e9 d\u2019expression \u00e9tant l\u2019un d\u2019entre eux. Cependant, le mod\u00e8le d\u00e9mocratique que le Parti des lib\u00e9rateurs pr\u00e9tend d\u00e9fendre n\u2019est pas le m\u00eame que celui que nous connaissons conventionnellement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours mat\u00e9rialiste nous permet de comprendre que chaque discours a ses conditions historico-sociales, li\u00e9es \u00e0 une formation id\u00e9ologique. De ce point de vue, nous comprenons qu\u2019en refusant d\u2019accepter la position adopt\u00e9e par la direction du parti, qui obligeait les parlementaires \u00e0 voter en faveur de l\u2019approbation du Gouvernement, et plus tard en envoyant une demande d\u2019expulsion des 15 parlementaires \u00ab tra\u00eetres \u00bb du PAIGC, une m\u00e9moire discursive est d\u00e9clench\u00e9e dans l\u2019interdiscours qui constitue la formation du parti, contradictoirement de tendance autoritaire, que nous appelons la <em>d\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/em>.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Althusser, Louis. 1970. <em>Ideologia e Aparelhos Ideol\u00f3gicos de Estado.<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Maria Laura Viveiros de Castro). Rio de Janeiro: Edi\u00e7\u00f5es Graal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amaral, Maria Virg\u00ednia Borges. 2000. Demarca\u00e7\u00f5es do lugar do outro no discurso: a fun\u00e7\u00e3o discursiva das aspas. Em Moura, Denilda (org.), <em>L\u00edngua e Ensino: dimens\u00f5es heterog\u00eaneas<\/em> (111-120). Macei\u00f3: Edufal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Authier-Revuz, Jacqueline. 2015. A representa\u00e7\u00e3o do discurso outro: um campo multiplamente heterog\u00eaneo. (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Heber Costa e Silva e D\u00f3ris de Arruda C. da Cunha). <em>Revista Investiga\u00e7\u00f5es<\/em> 28, n\u00famero especial, p. 2-39. <a href=\"https:\/\/periodicos.ufpe.br\/revistas\/INV\/article\/view\/1846\">https:\/\/periodicos.ufpe.br\/revistas\/INV\/article\/view\/1846<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Authier-Revuz, Jacqueline. 1990. Heterogeneidade(s) enunciativas(s). (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Celene M. Cruz e Jo\u00e3o Wanderley Geraldi). <em>Caderno de Estudos Lingu\u00edsticos<\/em> 19, p. 25-42. <a href=\"https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636824\/4545\">https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636824\/4545<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Authier-Revuz, Jacqueline. 1982. H\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 montr\u00e9e et h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive: \u00e9l\u00e9ments pour une approche de l\u201fautre dans le discours. <em>DRLAV. <em id=\"yui_patched_v3_11_0_1_1750437220993_880\">Documentation et recherche en linguistique allemande contemporaine<\/em><\/em>, n.\u00a026, p.\u00a091-151. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/drlav_0754-9296_1982_num_26_1_978\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/drlav_0754-9296_1982_num_26_1_978<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cardoso, Carlos. 1996. A transi\u00e7\u00e3o democr\u00e1tica na Guin\u00e9-Bissau: um parto dif\u00edcil. Em Augel, Johannes; Cardoso, Carlos (org.). <em>Transi\u00e7\u00e3o democr\u00e1tica na Guin\u00e9-Bissau e outros ensaios<\/em> (13-39). Instituto Nacional de Estudos e Pesquisa.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Monteiro, Cl\u00e1udio <em>et al<\/em>. 2019. <em>Constitui\u00e7\u00e3o da Rep\u00fablica da Guin\u00e9-Bissau anotada<\/em>. Bissau: Centro de Estudos e de Apoio \u00e0s Reformas Legislativas\/Faculdade de Direito de Bissau.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Courtine, Jean-Jacques. 2009. <em>An\u00e1lise do discurso pol\u00edtico: o discurso comunista endere\u00e7ado aos crist\u00e3os<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Cristina de Campos Velho Birck <em>et al.<\/em>). S\u00e3o Carlos: Claraluz.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot, Oswald. 1987. <em>O dizer e o dito<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas de Eduardo Guimar\u00e3es). Campinas\/SP: Pontes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haroche, Claudine. 1992. <em>Fazer Dizer, Querer Dizer<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Eni Puccinelli Orlandi). S\u00e3o Paulo: HUCTEC.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Orlandi, Eni Puccinelli. 2002. <em>As formas do sil\u00eancio<\/em>: no movimento dos sentidos. Campinas: Editora Unicamp.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Orlandi, Eni Puccinelli. 2007. <em>An\u00e1lise do Discurso<\/em>: princ\u00edpios &amp; procedimentos. Campinas: Pontes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">P\u00eacheux, Michel. 2012. <em>Delimita\u00e7\u00f5es, invers\u00f5es, descolamentos<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Jos\u00e9 Horta Nunes). <em>Caderno de Estudos Lingu\u00edsticos<\/em> 19, p. 7-24. <a href=\"https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636823\">https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636823<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Teixeira, Ricardino Jacinto Dumas. 2008. <em>Sociedade civil e democratiza\u00e7\u00e3o na Guin\u00e9-Bissau, 1994\u00ad-2006<\/em>. Disserta\u00e7\u00e3o de mestrado, Universidade Federal de Pernambuco.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9mocratie se constitue par la contradiction et sa r\u00e8gle est la libert\u00e9 et le respect de la Constitution. Cette \u00e9tude analyse le discours du Parti africain pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e et du Cap-Vert (PAIGC) dans le contexte de l\u2019expulsion des 15 parlementaires qualifi\u00e9s de \u00ab tra\u00eetres \u00bb au Parti. Bas\u00e9s sur l\u2019analyse du discours inaugur\u00e9e par Michel P\u00eacheux en France et d\u00e9velopp\u00e9e par Eni Orlandi au Br\u00e9sil, nous \u00e9tablissons un dialogue avec Jacqueline Authier-Revuz dans le but d\u2019analyser les effets de sens de la d\u00e9mocratie dans les processus discursifs du PAIGC. L\u2019analyse montre que le refus de la position de la direction du parti, qui obligeait les parlementaires \u00e0 voter en faveur du gouvernement, et, plus tard, l\u2019envoi d\u2019une demande d\u2019expulsion des 15 parlementaires \u00ab tra\u00eetres \u00bb du PAIGC, une m\u00e9moire discursive s\u2019active dans l\u2019interdiscours. Celle-ci s\u2019inscrit dans la formation du Parti des lib\u00e9rateurs, contradictoirement de tendance autoritaire, donnant lieu \u00e0 ce que nous appelons la <em>d\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/contradiction\/\">Contradiction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/democratie-dimposition\/\">D\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/guinee-bissau\/\">Guin\u00e9e-Bissau<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p>The meaning of democracy in PAIGC discourse: a legacy of dictatorship<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Democracy is constituted by contradiction and is governed by the principles of freedom and respect for the Constitution. This study examines the discourse of the African Party for the Independence of Guinea and Cape Verde (PAIGC) in the context of the expulsion of 15 parliamentarians who became known as the \u201ctraitors\u201d of the Party. Drawing on Discourse Analysis as pioneered by Michel P\u00eacheux in France and further developed by Eni Orlandi in Brazil, we engage in dialogue with Jacqueline Authier-Revuz to analyze the effects of meaning regarding democracy in the discursive processes of the aforementioned Party. The analysis revealed that by refusing to accept the position imposed by the Party leadership\u2014which forced parliamentarians to vote in favor of the government&rsquo;s approval\u2014and subsequently by submitting a request to expel the 15 \u201ctraitor\u201d parliamentarians from the PAIGC, a discursive memory is activated in the interdiscourse. This memory constitutes the Party&rsquo;s formation as one of liberation, yet paradoxically exhibits an authoritarian bias, which we term <em>imposition democracy<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/contradiction\/\">Contradiction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/guinea-bissau\/\">Guinea-Bissau<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/imposition-democracy\/\">Imposition democracy<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Kriol (cr\u00e9ole de Guin\u00e9e-Bissau))&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p>Sintidu di dimocracia na diskurso di paigc: um legadu di ditadura<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">dimocracia i um sistema nunde ku tudu mundu tene voz i el i tene suma regra di djugu liberdadi ku risputu pah lei mas garandi di um terra. E tarbadju tene suma objetivu n\u2019tindi diskursu di PAIGC sobri spulson di 15 diputadus ku passa ta tchomadu di \u201ctraiduris\u201d di partidu. A partir di analis di diskursu ku kunsadu pah Michel P\u00eacheux, na Fran\u00e7a, ku na Brasil i disinvolvidu pa Orlandi, no fassi dialgu ku Jacqueline Authier-Revuz, pa analiza combersas i n\u2019tindi sintidu di dimocracia ku papiadu pah PAIGC. Rusultadu mostranu kuma manera ku partidu nega disizon di 15 dipultadus pabia di ce opinions, pui elis vota a forsa na programa, i manera ku e manda carta pa serca elis di parlamentu, difirenti di ki ku partidu papia, si puzison i di autridadi, ku sta ligadu ku mimoria discursivu ku sedu bazi pa formason di partidu, ku na no n\u2019tindimentu i <em>dimocracia di impuzison<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Kriol (cr\u00e9ole de Guin\u00e9e-Bissau))&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/contradison\/\">Contradison<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/dimocracia-di-impuzison\/\">Dimocracia di impuzison<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/guine-bissau\/\">guin\u00e9-bissau<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>17 juin 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>26 f\u00e9vrier 2025<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>6 ao\u00fbt 2025<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong> Pr\u00e9sentation<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Mise en \u0153uvre au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, la d\u00e9mocratie est encore en de\u00e7\u00e0 des attentes en Guin\u00e9e-Bissau, compte tenu des incidents qui se sont d\u00e9roul\u00e9s dans ce pays africain, tels que l\u2019expulsion en 2018 des 15 parlementaires du Parti africain pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Guin\u00e9e et du Cap-Vert (PAIGC) de l\u2019Assembl\u00e9e populaire nationale (ANP), en raison de leurs votes exprim\u00e9s lors de l\u2019examen et du vote sur le programme du gouvernement de Carlos Correia, affili\u00e9 au PAIGC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Partant de la conception que la d\u00e9mocratie se constitue par la contradiction, ce qui suppose la divergence d\u2019id\u00e9es, nous utilisons le terme <em>imposition d\u00e9mocratique<\/em> pour d\u00e9signer l\u2019imposition des positions du Parti aux d\u00e9put\u00e9s qui ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019exprimer leurs convictions politiques. Le terme propos\u00e9 tient compte de la d\u00e9claration du PAIGC annon\u00e7ant l\u2019expulsion des 15 parlementaires et leur demande de remplacement dans l\u2019ANP. Selon le PAIGC,\u00a0 les d\u00e9put\u00e9s expuls\u00e9s n\u2019avaient pas accept\u00e9 de se conformer \u00e0 l\u2019orientation du Parti, violant des statuts du parti (en ce qui concerne le \u00ab principe d\u00e9mocratique \u00bb), comme si les statuts du parti \u00e9taient au-dessus de la Constitution de la R\u00e9publique (en particulier dans son article 82), dans les termes pr\u00e9sent\u00e9s par Monteiro (2019).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude analyse les effets de sens de la d\u00e9mocratie dans les processus discursifs du PAIGC concernant l\u2019expulsion des 15 parlementaires, qui ont \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9s de \u00ab tra\u00eetres \u00bb, expuls\u00e9s du Parti et de l\u2019ANP en raison de leur divergence d\u2019id\u00e9es. Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 nous interroger : quel est le sens de la d\u00e9mocratie dans le discours du PAIGC? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, nous nous rapprochons de la repr\u00e9sentation du discours de l\u2019autre (RDA), telle que postul\u00e9e par Jacqueline Authier-Revuz (2015).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La RDA part de la perspective selon laquelle, une fois historiquement construit, le sujet, dans l\u2019acte discursif, partage son espace avec les autres, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il est d\u00e9centralis\u00e9, avec une connexion entre soi et l\u2019autre. Partant du postulat que tout discours est un discours sur un autre discours, Authier-Revuz (1982) cherche \u00e0 montrer comment la pr\u00e9sence de l\u2019autre est pr\u00e9sente dans le discours. De ce point de vue, le discours est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, car dans chaque processus discursif, il y a toujours un autre interlocuteur, partageant la m\u00eame affiliation id\u00e9ologique. Cette r\u00e9flexion, qui est n\u00e9e de l\u2019interaction avec le dialogisme de Bakhtine\/Volochinov et de la r\u00e9flexion du sujet de la psychanalyse, s\u2019ancre dans la perspective des articulations entre les \u00e9nonc\u00e9s par lesquelles les discours s\u2019inscrivent les uns dans les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019approche sur les h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s \u00e9nonciatives, deux concepts importants d\u00e9velopp\u00e9s par Authier-Revuz sont essentiels pour comprendre comment de telles h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s se constituent dans le discours : l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 montr\u00e9e. Selon le principe de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive, tout discours est travers\u00e9 par d\u2019autres voix, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il entretient une relation interdiscursive, \u00e9tant, dans ce cas, un discours sur un autre discours. De leur c\u00f4t\u00e9, les h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s montr\u00e9es sont li\u00e9es aux manifestations linguistiques qui traversent les \u00e9nonc\u00e9s, laissant des marques qui r\u00e9v\u00e8lent l\u2019affiliation id\u00e9ologique \u00e0 l\u2019autre discours (Authier-Revuz, 1990).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 montr\u00e9e peut \u00eatre marqu\u00e9e et non marqu\u00e9e. La premi\u00e8re serait identifi\u00e9e dans le discours par des marques dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9, qui pourraient \u00eatre linguistiques ou non (les guillemets, le gras, etc., seraient des exemples de marques linguistiques). La seconde se verrait \u00e0 travers les contradictions, les incompr\u00e9hensions et les erreurs de l\u2019acte discursif. En effet, le <em>corpus<\/em> est compos\u00e9 de s\u00e9quences discursives extraites d\u2019articles de journaux \u00e9lectroniques qui traitaient de l\u2019expulsion des 15 parlementaires du PAIGC. Ce travail se compose de deux parties : dans la premi\u00e8re, nous r\u00e9fl\u00e9chirons \u00e0 l\u2019analyse du discours et \u00e0 la contradiction, et dans la seconde, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 la contradiction dans le discours d\u00e9mocratique du PAIGC.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Analyse du discours et contradiction : quelques consid\u00e9rations<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La contradiction se distingue de l\u2019incoh\u00e9rence textuelle et d\u00e9signe un mouvement dans lequel des \u00e9nonc\u00e9s sont d\u00e9plac\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement par affirmation ou par n\u00e9gation, en s\u2019opposant \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 dit pr\u00e9c\u00e9demment, en se contredisant l\u2019un l\u2019autre. La r\u00e9flexion sur ce concept occupe une place fondamentale dans la pens\u00e9e marxiste, car elle permet de comprendre la contradiction comme \u00e9l\u00e9ment incompatible avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale capitaliste, dans la mesure o\u00f9 elle concerne fondamentalement l\u2019antagonisme historique entre le capital et le travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de l\u2019analyse du discours, inaugur\u00e9e par Michel P\u00eacheux en France et d\u00e9velopp\u00e9e par Eni Orlandi au Br\u00e9sil, et compte tenu de sa relation avec le mat\u00e9rialisme historique, le concept de contradiction trouve sa base constitutive dans l\u2019histoire. Dans cette perspective, la contradiction \u00ab constitue un principe th\u00e9orique qui intervient dans la repr\u00e9sentation du r\u00e9el historique, mais aussi un objet d\u2019analyse \u00bb (Courtine, 2009, p. 35-36).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de l\u2019analyse mat\u00e9rialiste du discours, il existe d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments qui permettent de comprendre la contradiction dans ses fondements. Ainsi, le discours implique un sujet \u00e9nonciateur qui est affect\u00e9 par la formation id\u00e9ologique \u00e0 laquelle son \u00e9nonciation est affili\u00e9e, ouvrant un espace pour que les contradictions de la formation sociale capitaliste se mat\u00e9rialisent. Dans le discours politique, les sujets sont historiquement affect\u00e9s par l\u2019id\u00e9ologie partisane qui met en perspective une relation toujours contradictoire entre un je\/moi et un autre\/Autre, commun\u00e9ment polaris\u00e9e dans le couple situation-opposition, et \u00e9branl\u00e9e par le poids de la position-sujet de centre (un autre), dans sa mobilit\u00e9 habituelle, vers la droite ou vers la gauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on consid\u00e8re que les discours ont besoin d\u2019autres discours pour produire des significations, la contradiction n\u2019est possible que parce qu\u2019il existe un autre discours qui permet au d\u00e9placement de se mat\u00e9rialiser. Ce processus est compris en mobilisant deux concepts fondamentaux dans notre analyse : l\u2019intradiscours et l\u2019interdiscours. Nous pla\u00e7ons au niveau de l\u2019intradiscours le point de d\u00e9part mentionn\u00e9 ci-dessus, d\u2019o\u00f9 nous passons \u00e0 l\u2019identification des effets de sens, des contradictions et\/ou des d\u00e9placements dans le discours, par le biais du fonctionnement id\u00e9ologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interdiscours \u00e9tant la relation entre les discours (P\u00eacheux, 2012), c\u2019est dans l\u2019intradiscours que se mat\u00e9rialise le discours lui-m\u00eame. Si l\u2019interdiscours \u00e9tablit un dialogue avec un autre discours afin de produire un certain effet de sens, l\u2019intradiscours resignifie le discours d\u00e9j\u00e0 existant (d\u00e9j\u00e0 dit), permettant des glissements, des silences et des d\u00e9placements. \u00c0 son tour, c\u2019est dans cette tentative de formulation qu\u2019\u00e9mergent des \u00e9nonc\u00e9s qui nous conduisent \u00e0 identifier, dans le processus d\u2019analyse, les contradictions du discours et leurs effets. C\u2019est donc \u00e0 partir de l\u2019intradiscours que nous pouvons identifier les contradictions, les d\u00e9placements, les failles, etc. En outre, un aspect important de l\u2019identification de la contradiction concerne le silence, \u00e9tant donn\u00e9 que pour Orlandi (2002), lorsqu\u2019il \u00e9nonce quelque chose, en raison des structures et des barri\u00e8res sociales, le sujet cache et\/ou r\u00e9duit au silence d\u2019autres propos.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong> Entre le dit et le non-dit : la contradiction dans le discours d\u00e9mocratique du PAIGC<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Postulant que le langage n\u2019est pas transparent, l\u2019analyse mat\u00e9rialiste du discours consid\u00e8re que l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 est le lieu o\u00f9 l\u2019on peut comprendre le non-dit dans le dit. Dans un domaine diff\u00e9rent de cette hypoth\u00e8se, la r\u00e9flexion sur le dire et le dit a re\u00e7u une attention notable dans les ann\u00e9es 1960, lors de la publication de l&rsquo;ouvrage d\u2019Oswald Ducrot (1987), pour qui le dire et le dit expriment des charges s\u00e9mantiques diff\u00e9rentes. Cette th\u00e8se de Ducrot propose l\u2019argument selon lequel le dire et le dit ont lieu dans des ordres diff\u00e9rents, l\u2019un provenant du langage (le dit), et l\u2019autre de l\u2019ordre extralinguistique (non-dit\/contexte), c\u2019est pourquoi le dit et le non-dit ont des effets de sens diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Claudine Haroche, guid\u00e9e avant tout par la grammaire normative, s\u2019interroge : \u00ab D\u2019o\u00f9 vient dans la grammaire ce d\u00e9sir insistant et impossible d\u2019une partition radicale entre le dit et le non-dit, l\u2019explicite et l\u2019implicite, le complet et l\u2019incomplet, que l\u2019on per\u00e7oit tant dans la figure de l\u2019ellipse que dans celle de l\u2019incise? \u00bb (Haroche, 1992, p. 13). Ce questionnement dialogue aussi avec la discussion de Ducrot, qui a pour but principal de d\u00e9montrer que le langage ne peut pas donner toutes les r\u00e9ponses, puisqu\u2019il faut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 son ext\u00e9riorit\u00e9 constitutive. Pour Haroche, le sens n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une id\u00e9e d\u00e9form\u00e9e de ce qui est dit et de ce qui n\u2019est pas dit, puisque le langage est charg\u00e9 d\u2019intentions, et le non-dit est captur\u00e9 en dehors de lui. Une telle position est donc diff\u00e9rente de ce qui est v\u00e9rifi\u00e9 dans la perspective grammaticale, qui fait une approche ferm\u00e9e de la langue, ayant le texte comme base analytique et \u00e9cartant la pr\u00e9sence de l\u2019extralinguistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour sa part, P\u00eacheux (2012) a propos\u00e9 une nouvelle forme d\u2019analyse, qui allait r\u00e9volutionner la fa\u00e7on de lire les textes. Partant de l\u2019argument que le langage n\u2019est pas transparent, il a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer que tout n\u2019est pas dit explicitement, car chaque discours a ses conditions de production et ses affiliations id\u00e9ologiques,\u00a0 impliquant ce qui \u00ab peut et doit \u00eatre dit \u00bb par le sujet du discours. C\u2019est cette appartenance qui permet de montrer ce que le sujet du discours, quand il dit, ne dit pas, fait taire, efface.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon l\u2019analyse mat\u00e9rialiste du discours, le discours porte en lui l\u2019historique et l\u2019id\u00e9ologique, c\u2019est pourquoi ce qui est dit est toujours li\u00e9 \u00e0 ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, \u00e9tant donn\u00e9 que \u00ab dans l\u2019analyse du discours, il y a des notions qui embrassent sans dire : celle de l\u2019interdiscours, celle de l\u2019id\u00e9ologie, celle de la formation discursive \u00bb (Orlandi, 2007, p. 82). Ces trois notions constituent l\u2019univers des \u00e9l\u00e9ments qui permettent, dans le discours, d\u2019identifier les non-dits. En effet, selon Orlandi (2007), la relation entre ce qui est dit et un autre dire se produit dans la mesure o\u00f9, \u00e0 travers l\u2019interdiscours, elle est d\u00e9termin\u00e9e par une formation discursive, constitu\u00e9e dans la relation entre le discours, le sujet, l\u2019histoire et l\u2019id\u00e9ologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toujours selon Orlandi (2007), il existe d\u2019autres fa\u00e7ons pour le non-dit de se manifester. La notion de silence, \u00e9voqu\u00e9e ci-dessus, constitue l\u2019une des formes d\u2019identification de l\u2019appartenance id\u00e9ologique du sujet discursif, car, selon l\u2019auteure, il s\u2019agit d\u2019un lieu de refus, dans lequel un dire est r\u00e9duit au silence pour que ce qui le dit produise du sens. De cette fa\u00e7on, \u00e0 travers le discours lui-m\u00eame, la mat\u00e9rialit\u00e9 discursive r\u00e9v\u00e8le la formation id\u00e9ologique, et il convient de noter que c\u2019est avant tout \u00e0 partir de la r\u00e9flexion sur les non-dits que nous cherchons \u00e0 analyser la contradiction de l\u2019imposition d\u00e9mocratique dans le discours du PAIGC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019int\u00e9resser \u00e0 tout sujet li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mocratie guin\u00e9enne permet de comprendre comment ce r\u00e9gime a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre dans ce pays, en tenant compte de son contexte historique et social. La Guin\u00e9e-Bissau, ainsi que les autres pays africains qui composent le groupe des pays africains de langue portugaise (PALOP), ont subi la domination des Portugais qui exploitaient sa population et ses ressources naturelles, ce qui a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation de plusieurs mouvements de r\u00e9sistance pour mettre fin \u00e0 la pratique criminelle des <em>tugas<a class=\"footnote\" title=\"Expression utilis\u00e9e pour d\u00e9signer les Portugais et fa\u00e7on la plus courte de mentionner le Portugal.\" id=\"return-footnote-1671-1\" href=\"#footnote-1671-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a><\/em>. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le PAIGC, un parti cl\u00e9 dans l\u2019expulsion des colons en Guin\u00e9e-Bissau et au Cap-Vert et qui, apr\u00e8s le d\u00e9part des Portugais, a pris en charge le pays pendant 21 ans, sous le r\u00e9gime du parti unique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En raison de la pression de certaines organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui, tout au long du gouvernement du parti unique, s\u2019\u00e9taient constitu\u00e9es en parti, le PAIGC a entam\u00e9 une transition pour changer le r\u00e9gime actuel. Une telle pression, selon Teixeira (2008), \u00e9tait due \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 qui r\u00e9gnait au sein du PAIGC, puisqu\u2019il y avait un d\u00e9saccord \u00ab sur la mani\u00e8re de gouverner le pays et la r\u00e9partition du pouvoir \u00bb (Teixeira, 2008, p. 23). Selon Cardoso (1996), cette transformation est li\u00e9e au refus de perdre les privil\u00e8ges que le r\u00e9gime actuel leur offrait. Autrefois habitu\u00e9s \u00e0 gouverner le pays par la dictature, dans laquelle il n\u2019y avait qu\u2019un seul parti, qui d\u00e9terminait comment la politique devait fonctionner, certains dirigeants ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas d\u2019accord avec l\u2019id\u00e9e de partager leurs privil\u00e8ges. En effet, ce partage donnerait au peuple la possibilit\u00e9 de choisir ses repr\u00e9sentant\u00b7es, avec le pouvoir de confier le gouvernement de la nation \u00e0 une personnalit\u00e9 politique qui les convaincrait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 la r\u00e9sistance de ces membres du PAIGC, il a \u00e9t\u00e9 possible de concr\u00e9tiser le d\u00e9sir de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de certains membres du Parti unique, \u00e9tablissant la d\u00e9mocratie comme r\u00e9gime de gouvernement dans le pays en 1994, ann\u00e9e de la premi\u00e8re \u00e9lection dans le pays. La mise en \u0153uvre du syst\u00e8me d\u00e9mocratique souhait\u00e9 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une lutte titanesque entre les dirigeants du parti unique, puisqu\u2019une grande partie des dirigeants du PAIGC ont vot\u00e9 contre la d\u00e9mocratie en tant que syst\u00e8me de gouvernement (Cardoso, 1996), \u00a0et a ainsi \u00a0signifi\u00e9 la victoire non seulement de ces dirigeants pro-d\u00e9mocratiques, mais aussi des mouvements de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui luttaient pour cette cause. \u00c0 leur tour, ceux qui \u00e9taient insatisfaits de cette transition ont tout fait pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs privil\u00e8ges, de la meilleure fa\u00e7on possible. Trois ans apr\u00e8s le d\u00e9but du mandat du pr\u00e9sident Jo\u00e3o Bernardo Vieira (Nino), la d\u00e9mocratie subit sa premi\u00e8re d\u00e9faite avec l\u2019\u00e9viction du pr\u00e9sident Vieira par un nouveau coup d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart, selon Teixeira, s\u2019est produite non seulement \u00e0 cause de la mauvaise strat\u00e9gie de mise en \u0153uvre du nouveau r\u00e9gime, mais aussi parce que \u00ab\u00a0plusieurs r\u00e9gimes, en instituant la d\u00e9mocratie, sont revenus \u00e0 l\u2019autoritarisme. En d\u2019autres termes, une alternance d\u2019un r\u00e9gime \u00e0 l\u2019autre ne g\u00e9n\u00e8re pas n\u00e9cessairement une d\u00e9mocratie consolid\u00e9e \u00bb (Teixeira, 2008, p. 48). La non-consolidation de la d\u00e9mocratie dans le pays s\u2019explique de plusieurs mani\u00e8res, notamment par les legs de la dictature, qui a permis \u00e0 plusieurs dirigeants d\u2019entrer sur la sc\u00e8ne politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si auparavant le PAIGC, \u00e9tant le seul parti politique, faisait tout sans interf\u00e9rence des autres formations politiques, avec la d\u00e9mocratie en place, ce parti ne pouvait plus agir directement de mani\u00e8re autoritaire, mais \u00e0 travers les diff\u00e9rents appareils id\u00e9ologiques d\u2019\u00c9tat (selon les termes d\u00e9finis par Louis Althusser, 1970). Il continuait \u00e0 dicter ce qui devait et ne devait pas \u00eatre fait dans le pays, d\u00e9sormais \u00e0 travers le simulacre d\u00e9mocratique, comme nous l\u2019analyserons dans la s\u00e9quence discursive (SD) suivante :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD1. \u00ab Ce cadre humain en dit long, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il rend tr\u00e8s claire quelle est la volont\u00e9 du peuple. Je sais que les institutions de la R\u00e9publique seront \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce d\u00e9sir car personne ne peut cr\u00e9er d\u2019obstacles \u00e0 la volont\u00e9 du peuple. C\u2019est au peuple qu\u2019appartient le pouvoir, le peuple a exprim\u00e9 cette volont\u00e9 et, par cons\u00e9quent, nous avons l\u2019obligation de respecter la volont\u00e9 du peuple \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Domingos Sim\u00f5es Pereira (DW-Afrique<a class=\"footnote\" title=\"Deutsche Welle \u2013 DW (Voix de l\u2019Allemagne) \u00ab est la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision internationale allemande. Les programmes radiophoniques et l\u2019offre en ligne de la DW-Afrique s\u2019adressent aux pays africains lusophones \u2014 Angola, Cap-Vert, Guin\u00e9e-Bissau, Mozambique et S\u00e3o Tom\u00e9-et-Pr\u00edncipe \u00bb, et sont financ\u00e9s par le gouvernement allemand (https:\/\/www.dw.com\/pt).\" id=\"return-footnote-1671-2\" href=\"#footnote-1671-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>, 17\/08\/2015, par F\u00e1tima Tchum\u00e1 Camar\u00e1).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9mission de Domingos Sim\u00f5es Pereira, chef de l\u2019ex\u00e9cutif, a non seulement mis en lumi\u00e8re la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue dans le contexte politique du pays, mais a \u00e9galement permis \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne de t\u00e9moigner ce qui allait \u00eatre la plus grande crise politique depuis que le pays a adopt\u00e9 le multipartisme. Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz, alors pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, faisait partie du Parti des lib\u00e9rateurs<a class=\"footnote\" title=\"Bien qu\u2019il ait cess\u00e9 d\u2019appartenir \u00e0 cette formation politique lorsqu\u2019il a pris ses fonctions de pr\u00e9sident du pays, comme le pr\u00e9voit la Constitution guin\u00e9enne.\" id=\"return-footnote-1671-3\" href=\"#footnote-1671-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> et a partag\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises des moments avec le pr\u00e9sident du PAIGC, qui se pr\u00e9sentait comme d\u00e9put\u00e9 et probable premier ministre de la R\u00e9publique, ce qui s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9 apr\u00e8s la victoire du Parti aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales, avec Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz comme pr\u00e9sident et Domingos Sim\u00f5es Pereira comme premier ministre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz et Domingos Sim\u00f5es Pereira ont \u00e9t\u00e9 acclam\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne et la communaut\u00e9 internationale, jusqu\u2019\u00e0 ce que, au tournant de 2015-2016, un d\u00e9saccord survienne entre le pr\u00e9sident Vaz et le chef de l\u2019ex\u00e9cutif, en raison d\u2019all\u00e9gations de corruption et de n\u00e9potisme au sein du gouvernement Pereira. C\u2019est notamment ce qu\u2019a soutenu le premier magistrat de la nation, qui a disculp\u00e9 Domingos Sim\u00f5es Pereira, donnant lieu \u00e0 un diff\u00e9rend politique f\u00e9roce. Dans ce contexte, d\u2019une part, le PAIGC, la communaut\u00e9 internationale et certains partis ont compati \u00e0 la situation du Parti et, d\u2019autre part, certains ont d\u00e9fendu l\u2019attitude du pr\u00e9sident Vaz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 SD1, nous avons identifi\u00e9 que la presse, par une modalisation avec une seconde affirmation<a class=\"footnote\" title=\"Selon Authier-Revuz (1990).\" id=\"return-footnote-1671-4\" href=\"#footnote-1671-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> (\u00ab a d\u00e9clar\u00e9 Domingos Sim\u00f5es Pereira \u00bb) a fait circuler des dires qui \u00e9taient rattach\u00e9s \u00e0 une position-sujet indiquant que, selon lui, l\u2019expression et l\u2019esprit d\u00e9mocratiques \u00e9taient v\u00e9cus et partag\u00e9s au sein du PAIGC. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, DW-Afrique avait rapport\u00e9 une d\u00e9claration faite lors de la marche men\u00e9e par la direction du Parti, en protestation contre le renversement du gouvernement de Domingos Sim\u00f5es Pereira, par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de l\u2019\u00e9poque, Jos\u00e9 M\u00e1rio Vaz, au motif qu\u2019il y avait beaucoup de corruption au sein du gouvernement dirig\u00e9 par Pereira. Dans l\u2019interdiscours, une telle d\u00e9claration faisait ressortir l\u2019image d\u2019un Parti qui excellait dans le respect des normes qui r\u00e9gissaient le principe d\u00e9mocratique, apportant comme argument le discours de la d\u00e9mocratie, sous l\u2019id\u00e9ologie de la d\u00e9mocratie comme pouvoir du peuple, qui serait responsable de d\u00e9cider qui devrait rester et qui devrait quitter le pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 travers l\u2019interdiscours, nous avons identifi\u00e9 un support juridique dans le discours du PAIGC, fond\u00e9 sur l\u2019article 23 de la Constitution de la R\u00e9publique guin\u00e9enne, lorsque le parti affirme que les repr\u00e9sentations populaires constituent les organes supr\u00eames de l\u2019\u00c9tat (Monteiro, 2019). En ce sens, puisque le peuple est contre la d\u00e9cision du pr\u00e9sident, ce serait \u00e0 lui de respecter la volont\u00e9 populaire. On aurait alors compris qu\u2019il y avait eu un acte d\u2019injustice contre un parti d\u00e9mocratique et que c\u2019\u00e9tait la raison pour laquelle le peuple \u00e9tait descendu dans la rue pour exiger que sa volont\u00e9 soit accomplie, remettant au pouvoir le ministre d\u00e9mocratiquement \u00e9lu par le vote populaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cas de la RDA, il est possible d\u2019observer une affiliation de la position-sujet assum\u00e9e par la presse en question, par rapport au discours pr\u00e9tendument d\u00e9mocratique du PAIGC, par le biais d\u2019interf\u00e9rences graphiques (guillemets, comme on le voit dans SD1), au m\u00e9pris de l\u2019impartialit\u00e9 suppos\u00e9e de la DW-Afrique. Selon Amaral (2000), les guillemets ne fonctionneraient pas seulement comme \u00e9l\u00e9ment grammatical qui cherche \u00e0 signaler le discours de l\u2019autre dans le texte, mais indiqueraient \u00e9galement le partage d\u2019une affiliation id\u00e9ologique avec le sujet du discours. De ce point de vue, la position du sujet assum\u00e9e par DW-Afrique devient plus explicite lorsque nous observons qu\u2019il y a eu une manipulation de l\u2019information dans l\u2019article lui-m\u00eame, lorsque celui-ci a d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019acte \u00e9tait une initiative de la soci\u00e9t\u00e9 civile, alors qu\u2019en fait il s\u2019agissait d\u2019un rassemblement organis\u00e9 par le PAIGC devant la pr\u00e9sidence pour revendiquer ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 et soutenu par un discours pr\u00e9tendument d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, quelques mois plus tard, ce m\u00eame parti, sous l\u2019argument de la \u00ab discipline \u00bb, a envoy\u00e9 une lettre demandant l\u2019expulsion de 15 parlementaires qui, jusque-l\u00e0, en faisaient partie. De cette fa\u00e7on, une fois de plus, le Parti se pr\u00e9sente comme le v\u00e9ritable d\u00e9fenseur du r\u00e9gime d\u00e9mocratique, avan\u00e7ant qu\u2019il est n\u00e9cessaire de se conformer aux r\u00e8gles qui r\u00e9gissent le fonctionnement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. En se positionnant de cette mani\u00e8re, le PAIGC contredit sa position pr\u00e9c\u00e9dente, car si c\u2019est le peuple qui a le pouvoir, et si c\u2019est au peuple de d\u00e9cider qui doit rester au pouvoir, pourquoi alors le Parti jouerait-il le r\u00f4le du peuple? Comment un d\u00e9saccord partisan a-t-il pu conduire \u00e0 l\u2019expulsion des 15 d\u00e9put\u00e9s militants? De plus, comment serait-il possible pour un parti qui d\u00e9fend l\u2019ordre d\u00e9mocratique de l\u2019utiliser pour installer une imposition due \u00e0 une divergence politique interne?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En appelant au respect de la \u00ab discipline partisane \u00bb, exigeant ainsi l\u2019expulsion des 15 d\u00e9put\u00e9s, le sujet du discours autoritaire, par son silence local, censure les dires qui ont r\u00e9alis\u00e9 son acte anticonstitutionnel, s\u2019opposant ainsi aux dispositions de la Constitution de la R\u00e9publique (Monteiro, 2019). Ce que l\u2019on observe donc sont des contradictions motiv\u00e9es par des conditions de production diff\u00e9rentes, car, dans un premier moment (ao\u00fbt 2015), nous avons identifi\u00e9 une plainte au sein du PAIGC \u00e0 propos de la place de pouvoir\/prestige qui lui avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e. Dans un deuxi\u00e8me moment (novembre 2015), une fois que l\u2019espace perdu a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, les conditions de production du discours ont chang\u00e9, produisant ainsi une action contraire \u00e0 l\u2019image d\u00e9mocratique que le PAIGC \u00e9tait cens\u00e9 d\u00e9fendre, comme nous le voyons dans SD2.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD2. Le PAIGC \u00ab doit faire respecter la discipline \u00bb (DW-Afrique, 26\/11\/2015, par Braima Darame).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le processus de circulation des significations de la DW-Afrique \u00e0 travers la RDA, nous revenons \u00e0 la d\u00e9claration sur l\u2019expulsion des parlementaires et des anciens membres de leur rang, dans laquelle le pr\u00e9sident du PAIGC, Domingos Sim\u00f5es Pereira, affirme que le groupe de 15 d\u00e9put\u00e9s n\u2019a pas respect\u00e9 les r\u00e8gles qui r\u00e9gissent la coexistence au sein du Parti, ce qui a abouti \u00e0 leur expulsion. Nous observons que, lorsqu\u2019elle prend une position au sein de la RDA, DW-Afrique rejoint la position de sujet dudit Parti. Du point de vue du PAIGC, on a l\u2019impression que les 15 d\u00e9put\u00e9s qui se sont abstenus ont commis un acte anti-d\u00e9mocratique, comme si la d\u00e9mocratie pouvait se r\u00e9sumer \u00e0 accepter toutes les propositions du gouvernement, m\u00eame en l\u2019absence de support l\u00e9gal dans la Constitution, tel le respect de la \u00ab discipline partisane \u00bb. En effet, cela montre que les statuts du parti seraient au-dessus de la Constitution du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Compte tenu de l\u2019histoire du Parti, cette position n\u2019est pas surprenante puisque la structure militaire fait partie du fonctionnement du PAIGC, dans lequel l\u2019ordre \u00e9mane de la direction du Parti, la position hi\u00e9rarchique \u00e9tant d\u00e9terminante pour son fonctionnement. De plus, pour un parti qui a gouvern\u00e9 sous un r\u00e9gime autoritaire pendant plus de 20 ans, et dont une grande partie des militant\u00b7es s\u2019est oppos\u00e9e au passage d\u2019un r\u00e9gime \u00e0 parti unique \u00e0 un r\u00e9gime d\u00e9mocratique, la discipline d\u00e9pend exclusivement des principes id\u00e9ologiques qu\u2019il d\u00e9fend, et les autres n\u2019ont qu\u2019\u00e0 suivre les ordres. Selon Teixeira (2008), cela est d\u00fb \u00e0 la conception de la d\u00e9mocratie propre au parti, une \u00ab d\u00e9mocratie r\u00e9volutionnaire \u00bb qui l\u2019a conduit \u00e0 la lutte arm\u00e9e contre les colons portugais, fa\u00e7onn\u00e9e par des principes militaires; une d\u00e9mocratie qui a servi de base \u00e0 son gouvernement dans la p\u00e9riode post-ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En affirmant que le PAIGC \u00ab doit faire respecter la discipline \u00bb, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il cherche \u00e0 signaler avec le terme <em>discipline<\/em>, faisant allusion \u00e0 la d\u00e9mocratie, la pratique anti-d\u00e9mocratique se renforce dans l\u2019interdiscours, qui restreint la libert\u00e9 de pens\u00e9e des 15 parlementaires par une imposition d\u00e9mocratique, mise en circulation dans la RDA par la DW-Afrique. Ainsi, tout ce qui va \u00e0 l\u2019encontre de la perspective de \u00ab d\u00e9mocratie r\u00e9volutionnaire \u00bb du PAIGC constitue un manque de respect pour la discipline partisane. De son c\u00f4t\u00e9, la position de sujet assum\u00e9e par le Parti s\u2019aligne sur une m\u00e9moire discursive de \u00ab l\u2019aile dure, compos\u00e9e essentiellement d\u2019anciens combattants guin\u00e9ens qui ont d\u00e9fendu une politique conservatrice pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats et leurs privil\u00e8ges h\u00e9rit\u00e9s de la lutte arm\u00e9e \u00bb (Teixeira, 2008, p. 23).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit du fonctionnement d\u2019une formation id\u00e9ologique qui \u00e9tablit une imposition d\u00e9mocratique, dans la contradiction fondamentale que cette expression \u00e9tablit. Ce qui nous permet d\u2019affirmer que ce parti, bien qu\u2019il ait accept\u00e9 le changement de r\u00e9gime gouvernemental, ne s\u2019est pas (encore) dissoci\u00e9 du r\u00e9gime \u00e0 parti unique, puisque les statuts du PAIGC sont consid\u00e9r\u00e9s comme sup\u00e9rieurs \u00e0 la Constitution, comme nous le verrons dans la SD ci-dessous :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD3. Les positions contraires aux principes du PAIGC seraient consid\u00e9r\u00e9es comme de la \u00ab trahison \u00bb (DW-Afrique, 23\/12\/2015, par F\u00e1tima Tchum\u00e1 Camar\u00e1).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Sans s\u2019opposer \u00e0 l\u2019imposition d\u00e9mocratique, DW-Afrique reprend l\u2019expression <em>trahison<\/em> dans le discours politique guin\u00e9en afin de relativiser la sup\u00e9riorit\u00e9 des principes du PAIGC. En ne s\u2019engageant pas dans l\u2019id\u00e9e que s\u2019opposer serait une \u00ab trahison \u00bb, DW-Afrique marque une certaine distance par l\u2019utilisation de guillemets, tout en conjuguant le verbe <em>\u00eatre<\/em> au conditionnel, ce qui est une mani\u00e8re de simuler, dans le langage, qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une possibilit\u00e9 plut\u00f4t que d\u2019une action concr\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On voit donc que dans la RDA, la d\u00e9mocratie fonctionne dans la perspective id\u00e9ologique du PAIGC, en ayant des limites circonscrites aux contours des int\u00e9r\u00eats du parti, pour qui les pens\u00e9es et actions contraires aux siennes sont l\u00e9gitimement consid\u00e9r\u00e9es comme une \u00ab trahison \u00bb des valeurs de la d\u00e9mocratie qu\u2019il est cens\u00e9 d\u00e9fendre. C\u2019est ce que nous appelons une <em>d\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/em>. Compte tenu de ce glissement de sens, cette d\u00e9mocratie n\u2019est pas la m\u00eame que celle dont le PAIGC pr\u00e9tend qu\u2019elle appartient au peuple guin\u00e9en. Si cela \u00e9tait le cas, il ne serait pas possible de soutenir que la v\u00e9rit\u00e9 (les principes) n\u2019est que la v\u00e9rit\u00e9 du Parti, et encore moins d\u2019exiger des 15 parlementaires qu\u2019ils respectent la discipline partisane. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 nous poser plusieurs questions : si la d\u00e9mocratie suppose la pluralit\u00e9 des id\u00e9es, o\u00f9 le peuple comme les repr\u00e9sentant\u00b7es politiques doivent exprimer librement leurs id\u00e9es et opinions, comment serait-il possible pour un parti qui d\u00e9fend les valeurs d\u00e9mocratiques d\u2019emp\u00eacher qu\u2019il y ait des opinions contraires aux siennes dans le processus d\u00e9mocratique au sein de la maison du peuple (l\u2019Assembl\u00e9e populaire nationale-ANP)? Quel sens aurait la d\u00e9mocratie pour un parti qui affirme publiquement que le pouvoir appartient l\u00e9gitimement au peuple et que c\u2019est au peuple de d\u00e9cider qui quitte le pouvoir et qui y reste, et qui produit ensuite un discours \u00e0 tendance autocratique?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la suite de ces questions, une r\u00e9flexion sur l\u2019effet d\u2019anticipation permet de comprendre qu\u2019en exigeant des d\u00e9put\u00e9s qu\u2019ils votent \u00ab oui \u00bb \u00e0 l\u2019approbation du programme de gouvernement de Carlos Correia, le PAIGC pr\u00e9voit, par un discours autoritaire, que la seule voie correcte serait d\u2019approuver le programme du pouvoir ex\u00e9cutif. Lorsqu\u2019il est mis en circulation par DW-Afrique, ce discours est renforc\u00e9 par la naturalisation des effets de sens d\u2019une orientation vers les parlementaires qui se d\u00e9claraient contraires \u00e0 la composition du gouvernement, raison pour laquelle ils ne voteraient pas en faveur de sa permanence. Nous comprenons donc que les guillemets sont utilis\u00e9s pour montrer qu\u2019en cas de non-approbation du programme, les 15 d\u00e9put\u00e9s manqueraient de respect aux statuts du parti, ce qui serait consid\u00e9r\u00e9 comme un acte antid\u00e9mocratique de \u00ab trahison \u00bb, car contraire aux r\u00e8gles du PAIGC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation de ce discours par DW-Afrique d\u00e9coule d\u2019une position qui rejoint celle du parti afin de produire le sentiment que les \u00ab tra\u00eetres \u00bb doivent \u00eatre punis. Il lui \u00e9chappe cependant que la pratique antid\u00e9mocratique est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans les propres d\u00e9clarations du PAIGC, en contradiction avec les valeurs qu\u2019il pr\u00e9tend d\u00e9fendre. En affirmant qu\u2019une position diff\u00e9rente de la sienne pr\u00e9suppose une \u00ab trahison \u00bb, l\u2019interdiscours ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019identifier une position-sujet antid\u00e9mocratique qui simule, \u00e0 travers un rituel pr\u00e9tendument d\u00e9mocratique, la d\u00e9fense des valeurs d\u00e9mocratiques tout en (re)produisant un effet de sens d\u2019imposition d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le discours du PAIGC, la transgression des r\u00e8gles a ses sp\u00e9cificit\u00e9s dans le biais d\u00e9mocratique qu\u2019il pratique, dans les termes d\u2019une <em>d\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/em>, car certain\u00b7es peuvent transgresser les statuts du parti, mais d\u2019autres non, comme on peut le voir dans la s\u00e9quence suivante :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">SD4. L\u2019ancien Premier ministre a d\u00e9clar\u00e9 avoir renonc\u00e9 \u00e0 son \u00ab droit naturel \u00bb compte tenu des statuts du parti qui stipulent qu\u2019en cas de victoire \u00e9lectorale, c\u2019est le chef du parti qui prend la t\u00eate du gouvernement (DW-Afrique, 17\/09\/2015; source Lusa).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En expulsant les 15 parlementaires de son parti, \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9valuation et du vote du programme de gouvernement dirig\u00e9 par Carlos Correia, le PAIGC a utilis\u00e9 comme argument la violation des principes \u00e9nonc\u00e9s dans ses statuts, cherchant \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019indignation quant \u00e0 la position du groupe, mais qu\u2019ils ne faisaient que suivre ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu dans les statuts r\u00e9gissant la coexistence au sein du parti. Par cons\u00e9quent, l\u2019expulsion des d\u00e9put\u00e9s n\u2019avait rien \u00e0 voir avec une r\u00e9pulsion \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la position du groupe, mais relevait du z\u00e8le et du respect des principes qui guidaient l\u2019\u00c9tat de droit, projetant ainsi l\u2019image d\u2019un parti strictement d\u00e9mocratique. Mais en affirmant avoir viol\u00e9 les statuts du parti, ce qui est cens\u00e9 \u00eatre justifi\u00e9 au nom du bien commun, le discours du PAIGC se contredit et laisse place \u00e0 des interrogations sur le type de d\u00e9mocratie qu\u2019il pratique et sur la mani\u00e8re dont elle devrait fonctionner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si les d\u00e9put\u00e9s qui n\u2019ont pas transgress\u00e9 la loi du pays ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9nalis\u00e9s en \u00e9tant exclus du parti simplement pour avoir enfreint les statuts, pourquoi les autres infractions n\u2019ont-elles pas suivi la m\u00eame logique? Quelles mesures disciplinaires le PAIGC doit-il appliquer (SD2)? Quelle est cette d\u00e9mocratie qui fonctionne pour certains et pas pour d\u2019autres?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la suite de ces questions, nous reprenons Orlandi (2002) pour comprendre comment le sens de la d\u00e9mocratie fonctionne dans le PAIGC. Pour simuler sa pratique antid\u00e9mocratique, le Parti a d\u00fb cacher un dire (silence local), car, \u00e9tant donn\u00e9 la situation sociale, il ne pouvait pas dire que les 15 parlementaires avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s en raison de leur abstention et de leurs opinions contraires aux int\u00e9r\u00eats du PAIGC. Cela est d\u00fb au fait que \u00ab les relations de pouvoir dans une soci\u00e9t\u00e9 comme la n\u00f4tre produisent toujours de la censure, de telle sorte que le silence accompagne toujours les mots \u00bb (Orlandi, 2007, p. 83), ce qui explique \u00e9galement que la conformit\u00e9 \u00e0 la \u00ab discipline partisane \u00bb n\u2019est appliqu\u00e9e que lorsque cela est opportun. Mais d\u00e8s que ce parti reconna\u00eet qu\u2019il viole ses propres statuts, il expose \u00e0 nouveau ses contradictions en tant que parti d\u00e9mocratique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Consid\u00e9rations finales<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le processus de transition du syst\u00e8me de gouvernement en Guin\u00e9e-Bissau, en plus d\u2019\u00eatre d\u00e9faillant (puisqu\u2019il n&rsquo;a pas pris en compte la r\u00e9alit\u00e9 sociale du pays), a mis en \u00e9vidence les intentions de l\u2019\u00e9lite politique qui gouvernait le pays (repr\u00e9sent\u00e9e par le PAIGC). Une partie de cette \u00e9lite a cherch\u00e9 \u00e0 maintenir sa position et \u00e0 ne pas partager le pouvoir avec certains partis, tandis qu\u2019une autre partie a tent\u00e9 de tromper la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne sous l\u2019argument de l\u2019ouverture d\u00e9mocratique, alors qu\u2019elle \u00e9tait une d\u00e9mocratie telle que d\u00e9finie par le Parti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous savons que le r\u00e9gime d\u00e9mocratique valorise le dialogue et la libert\u00e9 d\u2019expression, en laissant de l\u2019espace \u00e0 la confrontation des id\u00e9es, ce qui implique de se constituer par la contradiction et contribue \u00e0 la croissance et \u00e0 la formation des acteur\u00b7trices politiques. Par cons\u00e9quent, les pays qui adoptent ce mod\u00e8le comme forme de r\u00e9gime politique doivent \u00eatre en accord avec ses principes, en respectant les piliers de la d\u00e9mocratie, la libert\u00e9 d\u2019expression \u00e9tant l\u2019un d\u2019entre eux. Cependant, le mod\u00e8le d\u00e9mocratique que le Parti des lib\u00e9rateurs pr\u00e9tend d\u00e9fendre n\u2019est pas le m\u00eame que celui que nous connaissons conventionnellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours mat\u00e9rialiste nous permet de comprendre que chaque discours a ses conditions historico-sociales, li\u00e9es \u00e0 une formation id\u00e9ologique. De ce point de vue, nous comprenons qu\u2019en refusant d\u2019accepter la position adopt\u00e9e par la direction du parti, qui obligeait les parlementaires \u00e0 voter en faveur de l\u2019approbation du Gouvernement, et plus tard en envoyant une demande d\u2019expulsion des 15 parlementaires \u00ab tra\u00eetres \u00bb du PAIGC, une m\u00e9moire discursive est d\u00e9clench\u00e9e dans l\u2019interdiscours qui constitue la formation du parti, contradictoirement de tendance autoritaire, que nous appelons la <em>d\u00e9mocratie d\u2019imposition<\/em>.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Althusser, Louis. 1970. <em>Ideologia e Aparelhos Ideol\u00f3gicos de Estado.<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Maria Laura Viveiros de Castro). Rio de Janeiro: Edi\u00e7\u00f5es Graal.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amaral, Maria Virg\u00ednia Borges. 2000. Demarca\u00e7\u00f5es do lugar do outro no discurso: a fun\u00e7\u00e3o discursiva das aspas. Em Moura, Denilda (org.), <em>L\u00edngua e Ensino: dimens\u00f5es heterog\u00eaneas<\/em> (111-120). Macei\u00f3: Edufal.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Authier-Revuz, Jacqueline. 2015. A representa\u00e7\u00e3o do discurso outro: um campo multiplamente heterog\u00eaneo. (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Heber Costa e Silva e D\u00f3ris de Arruda C. da Cunha). <em>Revista Investiga\u00e7\u00f5es<\/em> 28, n\u00famero especial, p. 2-39. <a href=\"https:\/\/periodicos.ufpe.br\/revistas\/INV\/article\/view\/1846\">https:\/\/periodicos.ufpe.br\/revistas\/INV\/article\/view\/1846<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Authier-Revuz, Jacqueline. 1990. Heterogeneidade(s) enunciativas(s). (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Celene M. Cruz e Jo\u00e3o Wanderley Geraldi). <em>Caderno de Estudos Lingu\u00edsticos<\/em> 19, p. 25-42. <a href=\"https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636824\/4545\">https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636824\/4545<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Authier-Revuz, Jacqueline. 1982. H\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 montr\u00e9e et h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive: \u00e9l\u00e9ments pour une approche de l\u201fautre dans le discours. <em>DRLAV. <em id=\"yui_patched_v3_11_0_1_1750437220993_880\">Documentation et recherche en linguistique allemande contemporaine<\/em><\/em>, n.\u00a026, p.\u00a091-151. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/drlav_0754-9296_1982_num_26_1_978\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/drlav_0754-9296_1982_num_26_1_978<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cardoso, Carlos. 1996. A transi\u00e7\u00e3o democr\u00e1tica na Guin\u00e9-Bissau: um parto dif\u00edcil. Em Augel, Johannes; Cardoso, Carlos (org.). <em>Transi\u00e7\u00e3o democr\u00e1tica na Guin\u00e9-Bissau e outros ensaios<\/em> (13-39). Instituto Nacional de Estudos e Pesquisa.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Monteiro, Cl\u00e1udio <em>et al<\/em>. 2019. <em>Constitui\u00e7\u00e3o da Rep\u00fablica da Guin\u00e9-Bissau anotada<\/em>. Bissau: Centro de Estudos e de Apoio \u00e0s Reformas Legislativas\/Faculdade de Direito de Bissau.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Courtine, Jean-Jacques. 2009. <em>An\u00e1lise do discurso pol\u00edtico: o discurso comunista endere\u00e7ado aos crist\u00e3os<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Cristina de Campos Velho Birck <em>et al.<\/em>). S\u00e3o Carlos: Claraluz.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ducrot, Oswald. 1987. <em>O dizer e o dito<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas de Eduardo Guimar\u00e3es). Campinas\/SP: Pontes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haroche, Claudine. 1992. <em>Fazer Dizer, Querer Dizer<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Eni Puccinelli Orlandi). S\u00e3o Paulo: HUCTEC.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Orlandi, Eni Puccinelli. 2002. <em>As formas do sil\u00eancio<\/em>: no movimento dos sentidos. Campinas: Editora Unicamp.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Orlandi, Eni Puccinelli. 2007. <em>An\u00e1lise do Discurso<\/em>: princ\u00edpios &amp; procedimentos. Campinas: Pontes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">P\u00eacheux, Michel. 2012. <em>Delimita\u00e7\u00f5es, invers\u00f5es, descolamentos<\/em> (tradu\u00e7\u00e3o para o portugu\u00eas por Jos\u00e9 Horta Nunes). <em>Caderno de Estudos Lingu\u00edsticos<\/em> 19, p. 7-24. <a href=\"https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636823\">https:\/\/periodicos.sbu.unicamp.br\/ojs\/index.php\/cel\/article\/view\/8636823<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Teixeira, Ricardino Jacinto Dumas. 2008. <em>Sociedade civil e democratiza\u00e7\u00e3o na Guin\u00e9-Bissau, 1994\u00ad-2006<\/em>. Disserta\u00e7\u00e3o de mestrado, Universidade Federal de Pernambuco.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/carmolino-ca\">Carmolino C\u00c1<\/a><\/strong><br \/>Licence \u00e8s lettres-langue portugaise de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Int\u00e9gration Internationale de la Lusophonie Afro-Br\u00e9silienne (Unilab). Master en linguistique (analyse du discours) de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale d\u2019Alagoas (UFAL). Actuellement, il est doctorant dans la m\u00eame institution. Il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la recherche sur le discours et la litt\u00e9rature. Il a \u00e9t\u00e9 boursier du Programme institutionnel de bourses d\u2019initiation \u00e0 l\u2019enseignement (PIBID). Il est membre du Groupe d\u2019\u00e9tude sur l\u2019analyse du discours-GrAD (UFAL). <\/p>\n<p>Courriel : carmolinoca@outlook.com<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/sostenes-ericson\">S\u00f3stenes ERICSON<\/a><\/strong><br \/>Licence \u00e8s lettres-langue anglaise et leurs litt\u00e9ratures de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat \u00e0 Alagoas (UNEAL) ; Licence \u00e8s p\u00e9dagogie du Centre Universitaire INTA (UNINTA), licence \u00e8s soins infirmier de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat au Pernambuco (UPE). Master en travail social de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Alagoas (UFAL). Doctorat en linguistique (analyse du discours) de l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Alagoas (UFAL). Stage postdoctoral en linguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat \u00e0 Campinas (Unicamp). Stage postdoctoral en sant\u00e9 collective\/promotion de sant\u00e9 de l\u2019Universidad Aut\u00f3noma de la Ciudad de M\u00e9xico (UACM). Professeur permanent du Programme (troisi\u00e8me cycle) en linguistique et litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Alagoas (UFAL). Il s\u2019int\u00e9resse aux recherches sur l\u2019analyse du discours, le travail, le genre, la sant\u00e9 collective et l\u2019\u00c9tat. Co-responsable du Groupe d\u2019\u00e9tude sur l\u2019analyse du discours-GrAD (UFAL). <\/p>\n<p>Courriel : sostenes.silva@arapiraca.ufal.br<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1671-1\">Expression utilis\u00e9e pour d\u00e9signer les Portugais et fa\u00e7on la plus courte de mentionner le Portugal. <a href=\"#return-footnote-1671-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1671-2\">Deutsche Welle \u2013 DW (Voix de l\u2019Allemagne) \u00ab est la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision internationale allemande. Les programmes radiophoniques et l\u2019offre en ligne de la DW-Afrique s\u2019adressent aux pays africains lusophones \u2014 Angola, Cap-Vert, Guin\u00e9e-Bissau, Mozambique et S\u00e3o Tom\u00e9-et-Pr\u00edncipe \u00bb, et sont financ\u00e9s par le gouvernement allemand (<a href=\"https:\/\/www.dw.com\/pt\">https:\/\/www.dw.com\/pt<\/a>). <a href=\"#return-footnote-1671-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1671-3\">Bien qu\u2019il ait cess\u00e9 d\u2019appartenir \u00e0 cette formation politique lorsqu\u2019il a pris ses fonctions de pr\u00e9sident du pays, comme le pr\u00e9voit la Constitution guin\u00e9enne. <a href=\"#return-footnote-1671-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1671-4\">Selon Authier-Revuz (1990). <a href=\"#return-footnote-1671-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":51,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["carmolino-ca","sostenes-ericson"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[416,417],"license":[],"class_list":["post-1671","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-contradiction","motscles-democratie-dimposition","motscles-guinee-bissau","keywords-contradiction","keywords-guinea-bissau","keywords-imposition-democracy","motscles-autre-contradison","motscles-autre-dimocracia-di-impuzison","motscles-autre-guine-bissau","contributor-carmolino-ca","contributor-sostenes-ericson"],"part":645,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1671","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"version-history":[{"count":37,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1671\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2099,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1671\/revisions\/2099"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/645"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1671\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1671"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1671"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1671"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1671"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}