{"id":1689,"date":"2025-05-17T07:42:16","date_gmt":"2025-05-17T05:42:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=1689"},"modified":"2025-11-24T22:32:18","modified_gmt":"2025-11-24T21:32:18","slug":"2-1bonfim2025","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/2-1bonfim2025\/","title":{"rendered":"Pratiques de r\u00e9existences noires au Br\u00e9sil : une analyse discursive critique afro-diasporique"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet article, je d\u00e9fends une perspective d\u2019analyse discursive critique d\u2019orientation d\u00e9coloniale afro-diasporique \u00e0 partir de l\u2019analyse de la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe[footnote]Le sigle LGBTQIA+ fait r\u00e9f\u00e9rence aux orientations sexuelles lesbiennes, gays, bisexuelles et asexuelles ainsi qu\u2019aux identit\u00e9s de genre transgenres, transsexuelles et travestis, queer et intersexe (LGBTQIA+ : Lesbienne, Gay, Bi, trans, Queer, Intersexe, Asexuel et tous les autres). Le signe \u00ab\u00a0plus\u00a0\u00bb (+) permet de reconna\u00eetre que peuvent (venir \u00e0) exister d\u2019autres orientations sexuelles et identit\u00e9s de genre dissidentes de la logique cish\u00e9t\u00e9ronormative qui ne sont pas mises en \u00e9vidence par ce sigle, qui continue \u00e0 \u00eatre mis \u00e0 jour. Pour des lectures plus approfondies \u00e0 ce sujet, je sugg\u00e8re le livre <em>Lingu\u00edstica aplicada transviada: g\u00eanero e sexualidade nos estudos da linguagem em perspectiva descolonial, interseccional e transdisciplinar<\/em>, de F\u00e1bio Bezerra (2023).[\/footnote] et des resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les v\u00e9cus et les r\u00e9existences du corps <em>bicha preta[footnote]N.T.\u00a0: \u00ab\u00a0tapette noire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0p\u00e9dale noire\u00a0\u00bb. Bicha preta est une expression potentiellement p\u00e9jorative et insultante en portugais, selon qui l\u2019utilise et dans quel contexte.[\/footnote] <\/em>dans le contexte br\u00e9silien. J\u2019ai eu recours au terme <em>r\u00e9existences<\/em> en m\u2019appuyant sur le concept de litt\u00e9raties de r\u00e9existence propos\u00e9 par la linguiste noire Ana L\u00facia Souza (2011). Selon cette autrice, ce concept d\u00e9signe la re-signification des \u00ab [\u2026] r\u00f4les et places sociaux [\u2026] attribu\u00e9s [aux sujets noirs] par une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des in\u00e9galit\u00e9s raciales et sociales \u00bb (Souza, 2011, p. 157). La r\u00e9existence noire renvoie ainsi, ici, aux pratiques quotidiennes d\u2019usage du langage par la population noire (en l\u2019occurrence, par une <em>bicha preta<\/em>), qui suscitent des relectures des identit\u00e9s raciales en permettant la re-signification ou la r\u00e9orientation des trajectoires des sujets noirs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective, le racisme est d\u00e9fini comme \u00e9tant structurel, tel que le synth\u00e9tise Silvio Almeida (2019) lorsqu\u2019il affirme que \u00ab le racisme proc\u00e8de de la structure sociale elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire de la mani\u00e8re \u2018normale\u2019 dont se constituent les relations politiques, \u00e9conomiques, juridiques et m\u00eame familiales, sans \u00eatre une pathologie sociale et un dysfonctionnement institutionnel \u00bb (Almeida, 2019, p. 50). \u00c9tant structurel, le racisme configure aussi la mani\u00e8re dont les corps LGBTQIA+ noirs sont lus socialement et, en ce sens, nous pouvons dire que race et genre\/sexualit\u00e9 se croisent dans le v\u00e9cu de ces individus. Parmi ces individus, je me concentre sur le discours, le v\u00e9cu et la repr\u00e9sentation discursive de l\u2019exp\u00e9rience <em>bicha preta<\/em> afin d\u2019analyser la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe ainsi que les resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les exp\u00e9riences de r\u00e9existence du corps <em>bicha preta.<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le terme <em>bicha[footnote]N.T.\u00a0: Qui peut s\u2019\u00e9crire bicha ou bixa, les deux graphies \u00e9tant prononc\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re en portugais.[\/footnote]<\/em> appara\u00eet, parmi bien d\u2019autres significations, comme une mani\u00e8re p\u00e9jorative de d\u00e9signer les personnes de genre masculin de sexualit\u00e9 dissidente, en particulier des personnes eff\u00e9min\u00e9es. Toutefois, il est important de noter qu\u2019un signe linguistique peut impliquer, dans sa dynamique d\u2019usage, un d\u00e9bat entre locuteur\u00b7trices autour de sa signification. En ce sens, la communaut\u00e9 LGBTQIA+ et les champs d\u2019\u00e9tudes queer s\u2019approprient le terme en proposant une resignification positive (Oliveira, 2021).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte est organis\u00e9 en six parties. Dans la premi\u00e8re, je discute du v\u00e9cu et de la cat\u00e9gorie du racisme LGBTQIA+phobe au Br\u00e9sil. Dans la deuxi\u00e8me, je pr\u00e9sente les \u00e9tudes critiques du discours (ECD), et plus sp\u00e9cifiquement l\u2019approche de l\u2019analyse critique du discours. Dans la troisi\u00e8me, j\u2019aborde la base th\u00e9orique de la grammaire du design visuel. Dans la quatri\u00e8me, j\u2019introduis le tournant d\u00e9colonial dans les ECD. Dans la cinqui\u00e8me, je pr\u00e9cise mes d\u00e9marches m\u00e9thodologiques. Dans la sixi\u00e8me et derni\u00e8re partie, j\u2019analyse le discours multimodal de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Autour du racisme LGBTQIA+phobe au Br\u00e9sil<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Afin d\u2019expliciter ma d\u00e9finition du concept de racisme LGBTQIA+phobe, il est n\u00e9cessaire de pr\u00e9senter notre compr\u00e9hension de ce qu\u2019est la race et le racisme en contexte br\u00e9silien. Le terme <em>race<\/em> est ici compris dans un sens sociologique, discursif et politique (Guimar\u00e3es, 2008; Gomes, 2016; Hall, 2006; Munanga, 2020). Penser la race dans le contexte br\u00e9silien, c\u2019est la comprendre comme un effet des discours produits\/ritualis\u00e9s autour de ce que signifie \u00eatre noir<strong>\u00b7<\/strong>e, \u00eatre blanc<strong>\u00b7<\/strong>he, indig\u00e8ne, etc., tout en consid\u00e9rant que le sujet racial est id\u00e9ologiquement situ\u00e9 et d\u00e9fini de mani\u00e8re relationnelle (Lopes, 2010) et en tenant compte des autres marquages de diff\u00e9rence (genre et classe, par exemple) qui s\u2019intersectionnent avec la race dans la constitution des identit\u00e9s sociales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 ce constat, et en dialogue avec Almeida (2019) et Noguera (2014), je comprends le racisme comme \u00e9tant anti-Noir, c\u2019est-\u00e0-dire une forme syst\u00e9matique de domination qui trouve sa base dans la race et dans la hi\u00e9rarchie socio-raciale entre corps lus socialement comme noirs et blancs. Le racisme est un syst\u00e8me de pouvoir\/domination. Le racisme anti-Noir d\u00e9shumanise les corps noirs tout en conf\u00e9rant de l\u2019humanit\u00e9 aux corps lus socialement comme blancs, par une s\u00e9rie de dispositifs de racialit\u00e9[footnote]Dans le sillage des r\u00e9flexions du philosophe Michel Foucault autour de l\u2019application de la notion de dispositif au domaine de la sexualit\u00e9, Sueli Carneiro (2023) comprend les relations raciales au Br\u00e9sil comme un domaine produisant et articulant des pouvoirs, des savoirs et des modes de subjectivation. En somme, l\u2019autrice entend la construction de la racialit\u00e9 comme \u00e9tant un dispositif de pouvoir qui, en limitant l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 un synonyme de blanchit\u00e9, a red\u00e9fini et hi\u00e9rarchis\u00e9 les autres dimensions humaines selon leur proximit\u00e9 ou leur distance par rapport \u00e0 ce mod\u00e8le.[\/footnote], dans les termes de la philosophe et penseuse noire br\u00e9silienne Sueli Carneiro (2023).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon la recherche de Sousa sur la violence dans le langage promu contre les travesties au Cear\u00e1, le Br\u00e9sil est \u00ab [\u2026] le pays qui a le plus extermin\u00e9 sa population LGBTQIA+ dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies, les cas de lgbtphobie se sont manifest\u00e9s dans les contextes les plus divers, en arrivant m\u00eame \u00e0 interf\u00e9rer dans les relations familiales [\u2026] \u00bb (2021, p. 15). Le m\u00eame auteur signale que les ramifications de cette violence sont \u00ab r\u00e9currentes dans les cas de suicide et dans les situations marginales qui finissent par p\u00e9naliser les individus en raison de leurs identit\u00e9s de genre et leur orientation sexuelle [\u2026] \u00bb (Sousa, 2021, p. 15). Si l\u2019on ajoute \u00e0 ce contexte de violence le fait que, pour les travesties noires, le nombre d\u2019assassinats provoqu\u00e9s par la LGBTQIA+phobie augmente, il devient alors n\u00e9cessaire d\u2019adopter une perspective d\u2019analyse guid\u00e9e par l\u2019indissociabilit\u00e9 du fait d\u2019\u00eatre un individu noir et LGBTQIA+. En effet, il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00eatre noir et\/ou LGBTQIA+, mais de l\u2019ensemble des situations composant cette exp\u00e9rience et qui excluent, humilient, discriminent et tuent ces corps, dans le cas de cette \u00e9tude, les <em>bichas pretas<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par cons\u00e9quent, le concept de racisme d\u00e9crit ici prend la race comme \u00e9l\u00e9ment central et comme point de d\u00e9part des exp\u00e9riences des personnes noires LGBTQIA+, en soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 de comprendre les r\u00e9cits de ces corps qui r\u00e9sistent \u00e0 ces oppressions, de mani\u00e8re \u00e0 construire de nouvelles existences. Ainsi, les sujets qui se reconnaissent LGBTQIA+ dans une exp\u00e9rience racialis\u00e9e renoncent \u00e0 normaliser leur comportement (par exemple, par rapport \u00e0 ce qui est attendu d\u2019un corps masculin noir) en s\u2019\u00e9loignant de la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle pour transgresser les attentes impos\u00e9es par la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre (Mignolo, 2020). Le concept de racisme LGBTQIA+phobe cherche donc \u00e0 mettre l\u2019accent sur la production de la hi\u00e9rarchie raciale par rapport \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019oppression sur des corps o\u00f9 s\u2019intersectionnent des exp\u00e9riences dissidentes, dans la mesure o\u00f9 il se concentre sur les identit\u00e9s noires p\u00e9riph\u00e9riques de genre et de sexualit\u00e9. Ces corps se mat\u00e9rialisent dans la cat\u00e9gorie de la <em>bicha preta<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette violence contre les <em>bichas<\/em> noires se manifeste dans divers contextes, allant des relations affectives \u00e0 l\u2019inclusion et le maintien de ces corps dans les institutions d\u2019enseignement formel, et aboutit \u00e0 des statistiques polici\u00e8res d\u00e9montrant que les corps qui meurent le plus en raison des crimes violents dans notre pays sont ceux appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 LGBTQIA+, selon les donn\u00e9es de l\u2019atlas de la violence de l\u2019Institut de recherche appliqu\u00e9e (Ipea, 2020) et du dossier des assassinats et de la violence contre les travesties et les transsexuelles br\u00e9siliennes (Antra, 2020). Ce dossier intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La situation des droits humains de la population LGBTI noire au Br\u00e9sil\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0A situa\u00e7\u00e3o de direitos humanos da popula\u00e7\u00e3o LGBTI negra no Brasil\u00a0\u00bb), publi\u00e9 en 2020, d\u00e9nonce l\u2019absence de regard, de parole et d\u2019action du pouvoir public concernant la pr\u00e9vention et le combat contre ces oppressions qui ont pour cible la population noire LGBTQIA+.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon la chercheuse travestie et noire Magg Oliveira (2021), \u00ab\u00a0le terme \u2018bicha\u2019 est comme un canif qui ouvre un passage pour les autres. Un passage \u00e9troit refus\u00e9 par la majorit\u00e9 qui pr\u00e9f\u00e8re se conformer. Mais on peut toujours \u00eatre certain que, si une <em>bicha<\/em> passe par l\u00e0, les autres peuvent passer \u00bb (Oliveira, 2017, p. 118). En ce sens, le canif repr\u00e9sente l\u2019exp\u00e9rience qui surmonte la structure cis-h\u00e9t\u00e9ropatriarcale, permettant des fissures par lesquelles d\u2019autres <em>bichas pretas<\/em> peuvent atteindre et occuper d\u2019autres espaces. Suivant le raisonnement de cette autrice, je soutiens que <em>bicha preta<\/em> est une cat\u00e9gorie discursive qui renverse les structures h\u00e9g\u00e9moniques de race, de genre et de sexualit\u00e9, permettant un r\u00e9cit qui est, en soi, transgressif et d\u00e9colonial.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Discursivement, les <em>bichas pretas<\/em> constituent, dans la cat\u00e9gorie de l\u2019am\u00e9fricanit\u00e9 (Gonzalez, 1988)[footnote]Sur l'am\u00e9fricanit\u00e9, voir plus bas le d\u00e9veloppement dans la partie 3.[\/footnote], une r\u00e9invention, une r\u00e9interpr\u00e9tation, une r\u00e9sistance et une possibilit\u00e9 de nouvelles mani\u00e8res d\u2019agir sur le genre et la sexualit\u00e9 qui transgressent les syst\u00e8mes d\u2019oppression. Au sein de cette cat\u00e9gorie politique d\u2019am\u00e9fricanit\u00e9, les <em>bichas pretas<\/em> ouvrent un chemin dans la dynamique des pratiques sociales comme le canif d\u2019une travestie qui, parfois, prot\u00e8ge aux coins des rues, mais d\u00e9chire \u00e9galement de nouveaux espaces, permettant de ce pas d\u2019autres capacit\u00e9s d\u2019action.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Afin d\u2019effectuer l\u2019analyse critique du discours de la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe et des resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les performances de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte, dans une <em>battle<\/em> de po\u00e9sie parl\u00e9e, je pr\u00e9senterai dans la partie suivante le champ des \u00e9tudes critiques du discours.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les \u00e9tudes critiques du discours<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tudes critiques du discours (d\u00e9sormais ECD) peuvent \u00eatre vues comme une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d\u2019approches th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques critiques pour l\u2019\u00e9tude scientifique et interdisciplinaire du langage comme pratique sociale dans la contemporan\u00e9it\u00e9 (Resende, 2009; Ramalho et Resende, 2011). Malgr\u00e9 la diversit\u00e9 de leurs propositions th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques, les approches qui composent ce champ d\u2019\u00e9tudes discursives critiques sont en lien avec la linguistique critique (Fowler <em>et al<\/em>, 1979; Fairclough, 2001).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Fairclough (2001), la linguistique critique \u00ab\u00a0a \u00e9t\u00e9 une approche d\u00e9velopp\u00e9e par un groupe de l\u2019universit\u00e9 d\u2019East Anglia dans les ann\u00e9es 1970. Ils tent\u00e8rent de conjuguer une m\u00e9thode d\u2019analyse linguistique textuelle avec une th\u00e9orie sociale du fonctionnement du langage dans des processus politiques et id\u00e9ologiques\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 46-47). Le terme <em>Critical Linguistics <\/em>a pris de l\u2019ampleur \u00e0 partir de la publication du livre <em>Language and Control<\/em> de Roger Fowler, Bob Hodge, Gunther Kress et Tony Trew, en 1979. Dans cette \u0153uvre, ces auteurs soutiennent que \u00ab\u00a0si le signifi\u00e9 linguistique est ins\u00e9parable de l\u2019id\u00e9ologie, et que les deux d\u00e9pendent de la structure sociale, alors l\u2019analyse linguistique devrait \u00eatre un puissant outil pour les \u00e9tudes des processus id\u00e9ologiques qui m\u00e9diatisent les relations de pouvoir et de contr\u00f4le\u00a0\u00bb (Fowler et Kress, 1979, p. 186 \u2013 traduction libre).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019analyse de ce lien entre le linguistique et le social qui a configur\u00e9 ce que l\u2019on entend par \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb dans l\u2019expression \u00ab\u00a0\u00e9tudes critiques du discours\u00a0\u00bb. Ici, elles sont critiques dans le sens o\u00f9 elles montrent que les situations oppressives peuvent changer et, par l\u2019analyse du discours, contribuent au changement social (Resende et Ramalho, 2006). Cette perspective est h\u00e9rit\u00e9e de la th\u00e9orie critique (d\u2019inspiration marxiste) propos\u00e9e par Max Horkheimer dans les ann\u00e9es 1930 en Allemagne, dans son essai <em>Teoria Tradicional e Teoria Cr\u00edtica<\/em> ([1937] 1980)[footnote]N.T.\u00a0: Dans sa traduction fran\u00e7aise, Th\u00e9orie traditionnelle et th\u00e9orie critique, traduit de l\u2019allemand par Claude Maillard et Sibylle Muller, Gallimard, 1974.[\/footnote], qui, en r\u00e9sum\u00e9, revendiquait une mani\u00e8re de faire de la science orient\u00e9e vers l\u2019\u00e9mancipation et engag\u00e9e dans un comportement critique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Rajagopalan (2003) affirme que, aujourd\u2019hui, la linguistique critique appara\u00eet sur des bases solides dans les \u00ab\u00a0quatre coins du monde\u00a0\u00bb et qu\u2019elle \u00ab\u00a0est n\u00e9e \u00e0 partir de la prise de conscience que travailler avec le langage, c\u2019est n\u00e9cessairement intervenir sur la r\u00e9alit\u00e9 sociale dont elle fait partie. Le langage est, en d\u2019autres mots, une pratique sociale\u00a0\u00bb (Rajagopalan, 2003, p. 126). Dans une pr\u00e9face intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Posture critique\u00a0: un regard vers le monde\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Postura cr\u00edtica: um olhar para o mundo\u00a0\u00bb), ce m\u00eame linguiste soutient que\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019on parle d\u2019approche critique, on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une attitude face \u00e0 notre propre activit\u00e9 de mener des recherches, \u00e0 une activit\u00e9 touchant \u00e0 la question de diriger notre regard vers le monde et, par-dessus tout, au d\u00e9sir de faire en sorte que notre posture en tant qu\u2019universitaires ait un impact tangible sur notre objet de recherche (Rajagopalan, 2017, p. 1).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Parmi les diverses approches des ECD, nous avons choisi l\u2019analyse critique du discours (ACD), dans son approche dialectique et relationnelle, puisqu\u2019elle cherche \u00e0 analyser, dans l\u2019usage linguistique, la production, la reproduction et le changement discursif. Pour Magalh\u00e3es, \u00ab [l\u2019]ACD \u00e9tudie des textes et des \u00e9v\u00e9nements dans diverses pratiques sociales, en proposant une th\u00e9orie et une m\u00e9thode pour d\u00e9crire, interpr\u00e9ter et expliquer le langage dans le contexte socio-historique \u00bb (2005, p. 3).\u00a0 Ici, le discours est pr\u00e9cis\u00e9ment une forme de pratique sociale, un mode d\u2019action sur le monde et la soci\u00e9t\u00e9 (Fairclough, 2001).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour l\u2019ACD de Fairclough, il existe une relation dialectique entre le discours et la structure sociale, puisque le discours est \u00e0 la fois fa\u00e7onn\u00e9 et contraint par la structure sociale \u00e0 travers les rapports sociaux (par les institutions sociales et par les structures de race, de genre et de classe). Ici, le discours est compris comme une des dimensions de la pratique sociale. Selon Chouliaraki et Fairclough (1999), le discours est compris comme un \u00e9l\u00e9ment s\u00e9miotique de pratiques sociales, incluant le langage (\u00e9crit et parl\u00e9 et en association avec d\u2019autres moyens s\u00e9miotiques), la communication non verbale (expressions faciales, mouvement corporels, gestes, etc.) et les textes imag\u00e9tiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, le discours est inextricablement imbriqu\u00e9 dans les rapports sociaux de domination et de pouvoir. Le pouvoir est compris comme la capacit\u00e9 de contr\u00f4ler les ordres du discours[footnote]\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des facettes discursives des ordres sociaux, dont l\u2019articulation et la r\u00e9articulation interne sont de m\u00eame nature\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 99).[\/footnote], montrant qu\u2019un des aspects d\u2019un tel contr\u00f4le est id\u00e9ologique (Fairclough, 2001). Par exemple, dans le cas de cette \u00e9tude, le pouvoir se mat\u00e9rialise dans le contr\u00f4le de la circulation des st\u00e9r\u00e9otypes qui \u00e9tiquettent les <em>bichas pretas<\/em> ainsi que dans la mani\u00e8re dont ces corps reconfigurent ces formes de repr\u00e9sentation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Concernant la notion de pratique sociale, nous pouvons affirmer que les signifi\u00e9s linguistiques sont constitutifs de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, permettant le maintien de relations de domination entre les individus, les groupes et les institutions, puisque \u00ab\u00a0les pratiques discursives sont investies id\u00e9ologiquement dans la mesure o\u00f9 elles incorporent des significations contribuant \u00e0 maintenir ou restructurer les relations de pouvoir\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 121). Ces significations mises en \u00e9vidence par l\u2019auteur sont id\u00e9ologiques et, dans une conception critique du langage, apparaissent comme \u00ab\u00a0des significations\/constructions de la r\u00e9alit\u00e9 (le monde physique, les relations sociales, les identit\u00e9s sociales) qui sont construites dans diverses dimensions des formes\/sens des pratiques discursives et qui contribuent \u00e0 la production, \u00e0 la reproduction ou \u00e0 la transformation des rapports de domination\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 117).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comprendre que le discours est id\u00e9ologique est fondamental pour analyser la production discursive du racisme LGBTQIA+phobe contre les <em>bichas pretas<\/em> au Br\u00e9sil dans des textes multimodaux, puisque que \u00ab\u00a0les id\u00e9ologies sont, en principe, des repr\u00e9sentations, mais elles peuvent \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9es comme moyen d\u2019action sociale et inculqu\u00e9es dans les identit\u00e9s des agents sociaux (Resende et Ramalho, 2006, p. 53). Ce raisonnement survient dans le dernier cadrage th\u00e9orique de l\u2019ACD propos\u00e9 par Chouliaraki et Fairclough (1999), puis repris dans Fairclough (2003).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne le cadre formul\u00e9 par Fairclough (2003), nous voyons que \u00ab [\u2026] le discours, comme faisant partie des pratiques sociales, appara\u00eet sous trois formes dans la relation entre textes et \u00e9v\u00e9nements : en tant que mani\u00e8res d\u2019agir [signifi\u00e9 actionnel], en tant que mani\u00e8res de repr\u00e9senter [signifi\u00e9 repr\u00e9sentationnel] et tant que mani\u00e8res d\u2019\u00eatre [signifi\u00e9 identificationnel] \u00bb (Resende et Ramalho, 2006, p. 60). Concernant ce dernier, les autrices affirment qu\u2019il renvoie \u00e0 la construction et \u00e0 la n\u00e9gociation des identit\u00e9s dans le discours.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son analyse du discours publicitaire, Magalh\u00e3es (2005) liste quelques cat\u00e9gories d\u2019analyse, comme le vocabulaire, l\u2019intertextualit\u00e9 et l\u2019interdiscursivit\u00e9[footnote]Selon Fairclough (2001, p. 114), l\u2019intertextualit\u00e9 se r\u00e9f\u00e8re au fait que les textes ont la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre remplis de fragments d\u2019autres textes, qui \u00ab peuvent \u00eatre explicitement d\u00e9limit\u00e9s ou m\u00e9lang\u00e9s et que le texte peut assimiler, contredire, relayer ironiquement, et ainsi de suite \u00bb. Fairclough distingue deux types d\u2019intertextualit\u00e9 : l\u2019intertextualit\u00e9 manifeste, c\u2019est-\u00e0-dire la constitution h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de textes par d\u2019autres textes sp\u00e9cifiques, et l\u2019intertextualit\u00e9 constitutive, c\u2019est-\u00e0-dire la constitution par d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments (types de conventions) des ordres du discours (interdiscursivit\u00e9). Concernant l\u2019interdiscursivit\u00e9, Resende et Ramalho (2006) affirment que le terme renvoie \u00e0 l\u2019identification des discours articul\u00e9s et \u00e0 la mani\u00e8re dont ceux-ci sont articul\u00e9s dans les pratiques sociales.[\/footnote], entre autres. De cette mani\u00e8re, pour analyser la production discursive du racisme LGBTQIA+phobe contre les <em>bichas pretas <\/em>au Br\u00e9sil dans des textes multimodaux, j\u2019ai recouru \u00e0 une compr\u00e9hension du discours comme signifi\u00e9 identificationnel, en m\u2019appuyant sur la cat\u00e9gorie de l\u2019interdiscursivit\u00e9, associ\u00e9e \u00e0 la m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle propos\u00e9e par la grammaire du design visuel (Kress et van Leeuwen, 1996). Dans la partie suivante, j\u2019aborderai cette autre approche critique du discours.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>La grammaire du design visuel et ses cat\u00e9gories analytiques <\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Situ\u00e9e dans le champ de la s\u00e9miotique sociale, la grammaire du design visuel (GDV) \u00e9labor\u00e9e par Kress et van Leeuwen (1996) se base sur la linguistique syst\u00e9mique et fonctionnelle de Michael Halliday (1985) pour analyser des textes imag\u00e9tiques et leurs contextes d\u2019utilisation. Pour cette approche s\u00e9miotique, la grammaire ne reprend pas un ensemble de r\u00e8gles, mais signale la mani\u00e8re dont se r\u00e9alise la combinaison de personnes, de lieux et de choses comme un tout significatif (Ferraz, 2011). Partant ainsi d\u2019une vision sociale de la production et de la r\u00e9ception des signifi\u00e9s et reconnaissant le changement survenu, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, dans la place pr\u00e9pond\u00e9rante du visuel comme moyen de communication, les chercheur<em>\u00b7<\/em>es des ECD ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier les ph\u00e9nom\u00e8nes multimodaux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De mon point de vue, la multimodalit\u00e9 ne doit pas \u00eatre vue comme une th\u00e9orie, mais comme un ph\u00e9nom\u00e8ne courant dans le langage. Je comprends ainsi la proposition de grammaire du design visuel comme une mani\u00e8re d\u2019analyser des textes multimodaux, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00ab\u00a0textes qui sont produits \u00e0 partir de plus d\u2019un mode repr\u00e9sentationnel et communicationnel\u00a0\u00bb (Pinheiro, 2007, p. 27). La GDV nous fournit un arsenal d\u2019outils analytiques et conceptuels d\u2019une grande importance pour un entendement critique des diff\u00e9rents modes de repr\u00e9sentation visuelle des aspects du monde social, puisque, \u00e0 travers ces m\u00e9canismes d\u2019analyse, nous pouvons concevoir les images \u00ab\u00a0en tant que codes dot\u00e9s d\u2019un signifi\u00e9 potentiel, impr\u00e9gn\u00e9s de structures syntaxiques propres\u00a0\u00bb (Almeida, 2008, p. 9). Prenant en compte cette potentialit\u00e9 de la syntaxe visuelle,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Kress et van Leeuwen [...] d\u00e9crivent trois structures de repr\u00e9sentations de base, qui se sous-divisent et lient leurs \u00e9l\u00e9ments de mani\u00e8re diff\u00e9rente les unes des autres : une m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle (d\u00e9crit les participants dans une action), une m\u00e9tafonction interactionnelle d\u00e9crit les relations socio-interactionnelles construites par l\u2019imagine et une m\u00e9tafonction compositionnelle (qui combine ses \u00e9l\u00e9ments) (Almeida et Fernandes, 2008, p. 11).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les auteurs de cette perspective d\u2019analyse visuelle, cherchant \u00e0 \u00e9tudier les mani\u00e8res dont le langage visuel configure un mode de repr\u00e9sentation de l\u2019exp\u00e9rience sociale, ont effectu\u00e9 une adaptation de la th\u00e9orie de Halliday en ce qui concerne les trois m\u00e9tafonctions qui op\u00e8rent dans le langage verbal, \u00e0 savoir\u00a0: la m\u00e9tafonction id\u00e9ationnelle, la m\u00e9tafonction interpersonnelle et la m\u00e9tafonction textuelle. Pour Kress et van Leeuwen (1996), les syst\u00e8mes s\u00e9miotiques poss\u00e8dent les moyens de repr\u00e9senter les objets dans leur rapport au monde, c\u2019est-\u00e0-dire que la syntaxe visuelle poss\u00e8de des signifi\u00e9s sociaux. Ainsi, les auteurs ont \u00e9labor\u00e9 un mod\u00e8le de lecture des structures visuelles (en proposant une analyse des images \u00e0 partir des m\u00e9tafonctions repr\u00e9sentationnelle, interactive et compositionnelle) cherchant \u00e0 examiner l\u2019\u00e9laboration de l\u2019action sociale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour cet article, je d\u00e9taillerai uniquement la premi\u00e8re m\u00e9tafonction (et les concepts qui lui sont corr\u00e9l\u00e9s) ayant en vue une analyse de sc\u00e8nes de la performance de Bixarte dans une <em>battle<\/em> de po\u00e9sie (slam). La m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle est obtenue dans les images par la repr\u00e9sentation des participant\u00b7es. Dans la GDV, le terme <em>participant\u00b7e<\/em> est utilis\u00e9 \u00ab\u00a0pour d\u00e9signer des objets ou personnes pr\u00e9sents dans une composition graphique et visuelle\u00a0\u00bb (Ferraz, 2011, p. 35). Il existe deux types de participant\u00b7es dans un acte s\u00e9miotique\u00a0: les participant\u00b7es repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es et les participant\u00b7es interactif\u00b7ves. Les premier\u00b7es font r\u00e9f\u00e9rence aux participant\u00b7es repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es dans l\u2019image ou dans la dimension verbale et ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des personnes, des lieux ou des choses. Les participant\u00b7es interactif\u00b7ves \u00ab\u00a0sont les r\u00e9cepteurs auxquels s\u2019adresse le message\u00a0\u00bb (Ferraz, 2011, p. 35).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne les participant\u00b7es repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es, nous soulignons que, selon la GDV, ils et elles sont g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9\u00b7es \u00e0 des vecteurs et, selon la fonction qu\u2019ils exercent dans l\u2019image, sont nomm\u00e9\u00b7es Acteur\u00b7trice, M\u00e9ta et Interacteur\u00b7trices. Le premier terme renvoie au\u00b7\u00e0 la participant\u00b7e actif\u00b7ve de qui \u00e9mane le vecteur d\u2019une action. Il se d\u00e9marque g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019image, que ce soit par sa taille, sa position ou en contraste avec le second plan. Le deuxi\u00e8me terme d\u00e9signe un\u00b7e participant\u00b7e passif\u00b7ve, \u00e0 qui est destin\u00e9 un vecteur d\u2019action et les Interacteur\u00b7trices participent \u00e0 une action en m\u00eame temps qu\u2019ils et elles \u00e9mettent des vecteurs et sont les cibles de ces m\u00eames vecteurs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 la conception de l\u2019action sociale \u00e0 partir de la m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle, il est fondamental de comprendre que les structures narratives sont issues de la configuration des participant\u00b7es, des processus et des circonstances. Selon Magalh\u00e3es et Novodvorski, les \u00ab processus sont repr\u00e9sent\u00e9s par des vecteurs, qui peuvent indiquer des actions, des r\u00e9actions, des pens\u00e9es ou des paroles. \u00c0 chacun de ces vecteurs sont associ\u00e9s des participants, qui sont nomm\u00e9s selon la fonction qu\u2019ils exercent dans les processus auxquels ils participent \u00bb (2010, p. 297). Les vecteurs sont des traits ou des lignes imaginaires qui indiquent quelles relations sont construites entre les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sent\u00e9s dans une image.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les textes imag\u00e9tiques[footnote]En portugais, il existe une forte tendance \u00e0 travailler avec ce que l\u2019on appelle des \u00ab textes imag\u00e9tiques \u00bb, qui ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme hybrides, mais rel\u00e8vent d\u2019une conception th\u00e9orique selon laquelle les images sont des textes, m\u00eame en l\u2019absence d\u2019\u00e9criture. Les organisateurs proposent d\u2019inclure ce note de bas de page \u00e0 ce sujet, car il s\u2019agit d\u2019un point important de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie du Sud.[\/footnote], selon Kress et van Leeuwen (1996), les structures narratives servent \u00e0 pr\u00e9senter le d\u00e9roulement d\u2019actions et d\u2019\u00e9v\u00e9nements au moyen de vecteurs. De cette mani\u00e8re, il est possible de distinguer six types de processus narratifs : les processus d\u2019action, les processus r\u00e9actionnels, les processus de parole et mentaux, les processus de conversion et le symbolisme g\u00e9om\u00e9trique (Pinheiro, 2007). Pour l\u2019analyse propos\u00e9e dans cet article, je pr\u00e9senterai seulement le premier. Dans les processus d\u2019action, concernant les types de r\u00e9alisations vectorielles, il existe deux types de relations possibles : la relation transactionnelle, caract\u00e9ris\u00e9e par une structure narrative (un vecteur), et la relation non-transactionnelle, dans laquelle un vecteur, constitu\u00e9 par un \u00e9l\u00e9ment, \u00e9mane d\u2019un\u00b7e participant\u00b7e, sans toutefois se diriger vers un\u00b7e autre participant\u00b7e. Ce type d\u2019action est caract\u00e9ris\u00e9 par une structure conceptuelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les structures conceptuelles, les participant\u00b7es sont repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es selon leurs sp\u00e9cificit\u00e9s. Dans ces structures, les vecteurs sont moins perceptibles, puisqu\u2019il n\u2019y a pas de participant\u00b7es effectuant des actions. Pour Fernandes et Almeida (2008), les \u00ab\u00a0repr\u00e9sentations conceptuelles d\u00e9crivent qui est le\u00b7a participant\u00b7e repr\u00e9sent\u00e9\u00b7e en termes de classe, de structure ou de signification\u00a0\u00bb (Fernandes et Almeida, 2008, p. 16). Cette repr\u00e9sentation est r\u00e9alis\u00e9e, selon Kress et van Leeuwen (1996), \u00e0 partir de trois processus repr\u00e9sentatifs, que sont les processus classificatoires, analytiques et symboliques. Je pr\u00e9senterai ici seulement le dernier de ces processus. Dans les processus symboliques, l\u2019identit\u00e9 du\u00b7de la participant\u00b7e est \u00e9tablie au moyen d\u2019attributs qui attirent l\u2019attention par la taille, le choix des couleurs, le positionnement, l\u2019utilisation d\u2019adresses, entre autres. \u00a0C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019identit\u00e9 du\u00b7de la participant\u00b7e est d\u00e9finie par le lien que celui ou celle-ci conserve avec ses attributs symboliques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, notons que les circonstances composent \u00e9galement les structures narratives. Les circonstances font r\u00e9f\u00e9rence aux situations dans lesquelles existent des participant\u00b7es secondaires qui ne sont pas reli\u00e9\u00b7es aux participant\u00b7es principaux\u00b7ales par des vecteurs. Dans les mots de Magalh\u00e3es et Novodvorski (2010, p.\u00a0298), les circonstances peuvent \u00eatre reli\u00e9es au D\u00e9cor pr\u00e9sent\u00e9 par le contraste entre le premier et le second plan, au Moyen, \u00ab repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019outil avec lequel l\u2019action est effectu\u00e9e, indiquant g\u00e9n\u00e9ralement la direction du vecteur \u00bb, et \u00e0 l\u2019Accompagnement, qui pr\u00e9sente le\u00b7a participant\u00b7e \u00e0 un processus narratif sans lien vectoriel avec les autres participant\u00b7es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une fois explicit\u00e9es l\u2019analyse critique du discours et la grammaire du design visuel, j\u2019aborderai maintenant le tournant d\u00e9colonial dans les \u00e9tudes critiques du discours (Resende, 2019) et, dans ce mouvement, j\u2019inclurai le tournant noir dans les sciences du langage, et plus particuli\u00e8rement dans les \u00e9tudes critiques du discours, en proposant dans ce champ d\u2019\u00e9tudes une perspective d\u00e9coloniale afro-diasporique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Le tournant d\u00e9colonial et afro-diasporique dans les \u00e9tudes critiques du discours<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pouvons affirmer que, dans la derni\u00e8re d\u00e9cennie, de plus en plus de mouvements ont configur\u00e9 un tournant d\u00e9colonial dans les ECD, dans la mesure o\u00f9 plusieurs chercheur\u00b7es de ce domaine ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9\u00b7es par la position \u00ab\u00a0selon laquelle les rapports de colonialit\u00e9 dans les sph\u00e8res \u00e9conomiques et politiques n\u2019ont pas pris fin avec la destruction du colonialisme\u00a0\u00bb (Ballestrin, 2013, p. 99) et ont probl\u00e9matis\u00e9 l\u2019impact de la colonialit\u00e9 du pouvoir, du savoir et de l\u2019\u00eatre dans les ECD.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour exposer la mat\u00e9rialit\u00e9 de ce tournant d\u00e9colonial, nous commencerons par d\u00e9velopper le propos donn\u00e9 par Magalh\u00e3es (2010) dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Analyse critique du discours\u00a0: questions et perspectives pour l\u2019Am\u00e9rique latine\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0An\u00e1lise de discurso cr\u00edtica: quest\u00f5es e perspectivas para a Am\u00e9rica Latina\u00a0\u00bb). L\u2019autrice nous avertit qu\u2019\u00ab\u00a0il ne convient pas de transplanter des th\u00e9ories formul\u00e9es au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne en Am\u00e9rique latine sans une \u00e9tude pr\u00e9alable du contexte social local. Cela semble constituer un risque dans l\u2019analyse du discours, y compris dans l\u2019ACD\u00a0\u00bb (Magalh\u00e3es, 2010, p. 20). J\u2019estime que cette alerte renvoie \u00e0 la mani\u00e8re dont la production de la connaissance dans notre domaine a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, afin de ne pas contester et\/ou d\u00e9naturaliser la g\u00e9opolitique de la connaissance (Mignolo, 2020) eurocentr\u00e9e dans les ECD.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre des ECD, Resende (2019) nous montre comment ce colonialisme a agi au moyen des colonialit\u00e9s du pouvoir, du savoir et de l\u2019\u00eatre dans les \u00e9tudes discursives pratiqu\u00e9es en Am\u00e9rique latine. Le monopole d\u2019une g\u00e9opolitique universitaire se manifeste, par exemple, par la mani\u00e8re dont les ECD maintiennent un lien d\u2019\u00e9mergence d\u2019apparition aussi bien avec la France (analyse du discours de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise) qu\u2019avec l\u2019Angleterre et les \u00c9tats-Unis (analyse du discours d\u2019\u00e9cole anglo-\u00e9tatsunienne).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue de la th\u00e9orie d\u00e9coloniale (Mignolo, 2017, 2020; Quijano, 2005; Walsh, 2013), nous pouvons dire que cette colonialit\u00e9 dans le domaine des ECD r\u00e9sulte \u00e9galement de la production d\u2019une hi\u00e9rarchie linguistique entre langues europ\u00e9ennes et langues non europ\u00e9ennes, \u00ab privil\u00e9giant la communication et la production de connaissances th\u00e9oriques dans les langues europ\u00e9ennes et subalternisant les langues non-europ\u00e9ennes comme \u00e9tant seulement des productrices de folklore ou de culture, mais pas de connaissances\/th\u00e9ories \u00bb (Mignolo, 2017, p. 110). Une telle hi\u00e9rarchie repose sur la colonialit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Mignolo (2020), la colonialit\u00e9 se pr\u00e9sente en trois niveaux\u00a0: la colonialit\u00e9 du pouvoir (dans le domaine de l\u2019\u00e9conomie et de la politique), du savoir (positionnement \u00e9pist\u00e9mique, philosophique, scientifique, racial et vision du rapport entre langues et connaissance) et de l\u2019\u00eatre (subjectivit\u00e9 et contr\u00f4le de la sexualit\u00e9 et des r\u00f4les attribu\u00e9s aux genres). De cette fa\u00e7on, un mouvement qui d\u00e9colonise la connaissance, qui d\u00e9colonise les ECD, devient n\u00e9cessaire. La d\u00e9colonialit\u00e9 se pose comme projet universitaire et politique d\u2019intervention sur la r\u00e9alit\u00e9, comme mouvement, \u00e9tant une (parmi tant d\u2019autres) option politique et \u00e9pist\u00e9mologique qui \u00ab\u00a0vise \u00e0 combattre l\u2019agissement du racisme en tant que dimension structurante du syst\u00e8me-monde moderne colonial, cherche enfin \u00e0 \u00eatre une r\u00e9ponse \u00e0 la colonialit\u00e9\u00a0\u00bb (Bonfim, Silva et Silva, 2021, p. 42). Concernant les mani\u00e8res de combattre les colonialit\u00e9s du pouvoir, du savoir et de l\u2019\u00eatre dans les ECD, Resende affirme\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous apportons dans les \u00e9tudes critiques du discours une compr\u00e9hension d\u00e9j\u00e0 th\u00e9oris\u00e9e de la constitution mutuelle de ces trois domaines, pas toujours claire dans la bibliographie d\u00e9coloniale. Reconna\u00eetre le lien entre colonialit\u00e9 du pouvoir et genres discursifs de notre action, entre colonialit\u00e9 du savoir et discours qui nous permettent de comprendre les pratiques, et entre colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et styles avec lesquels nous nous identifions, cela constitue d\u00e9j\u00e0 une contribution des \u00e9tudes discursives critiques \u00e0 la discussion autour de la d\u00e9colonialit\u00e9 (Resende, 2019, p. 36).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, je t\u00e2che dans cet article de d\u00e9coloniser en mettant l\u2019accent sur le lien entre la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et les styles d\u2019\u00eatre (Fairclough, 2003), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019analyser et de probl\u00e9matiser la production du contr\u00f4le de la sexualit\u00e9 et des r\u00f4les attribu\u00e9s aux genres au moyen d\u2019une analyse de discours critique d\u00e9coloniale afro-diasporique de la performance de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De cette mani\u00e8re, je rejoins Resende (2010) lorsqu\u2019elle affirme que d\u00e9coloniser les \u00e9tudes critiques du discours ne consiste pas \u00e0 nier l\u2019h\u00e9ritage europ\u00e9en, mais plut\u00f4t \u00e0 profiter des ressources d\u00e9j\u00e0 existantes pour proposer des r\u00e9flexions nouvelles et diff\u00e9rentes. Dans cette m\u00eame logique, Prah (2019) affirme que \u00ab\u00a0la d\u00e9colonisation de la connaissance [\u2026] signifie, en effet, d\u00e9tacher les sp\u00e9cificit\u00e9s occidentales de nos modes de construction du savoir, et ainsi adapter la production de connaissances \u00e0 nos particularit\u00e9s culturelles et linguistiques\u00a0\u00bb (Prah, 2019, p.\u00a0192).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, en dialogue avec la pens\u00e9e d\u00e9coloniale afro-diasporique, qui, selon Bernardino-Costa, Maldonado-Torres et Grosfoguel, \u00ab\u00a0englobe la longue tradition de r\u00e9sistance des populations noires et indig\u00e8nes [\u2026]\u00a0\u00bb (2019, p. 9), dans la production d\u2019\u00e9pist\u00e9mologies afro-latino-am\u00e9ricaines, je propose une approche des \u00e9tudes critiques du discours sous une perspective d\u00e9coloniale afro-diasporique. Pour cela, j\u2019ai recours \u00e0 des cosmovisions des intellectuel\u00b7les noir\u00b7es, en contexte br\u00e9silien, qui rejoignent la cat\u00e9gorie politique d\u2019am\u00e9fricanit\u00e9, propos\u00e9e par l\u2019anthropologue noire L\u00e9lia Gonzalez (1988). Pour cette auteure, \u00ab\u00a0au-del\u00e0 de son caract\u00e8re purement g\u00e9ographique, la cat\u00e9gorie \u201cam\u00e9fricanit\u00e9\u201d englobe tout un processus historique de dynamique culturelle (adaptation, r\u00e9sistance, r\u00e9interpr\u00e9tation et cr\u00e9ation de nouvelles formes), qui est afrocentr\u00e9e\u00a0\u00bb (Gonzalez, 1988, p. 76). Ainsi, au-del\u00e0 de la langue, de la g\u00e9ographie et de l\u2019id\u00e9ologie qui d\u00e9finit l\u2019Am\u00e9rique latine, l\u2019am\u00e9fricanit\u00e9 a pour point de d\u00e9part la corpo-g\u00e9opolitique des peuples noirs dans le contexte de l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, la conception du langage comme \u00ab\u00a0sortil\u00e8ge\u00a0\u00bb (<em>mandinga<\/em>) propos\u00e9e par la linguiste noire Kassandra Muniz (2021), est fondamentale. Selon elle, \u00ab\u00a0le sortil\u00e8ge est le propre langage corpor\u00e9ifi\u00e9 dans les r\u00e9existences de la population noire\u00a0\u00bb. Cela touche \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 avec laquelle nous utilisons le langage de mani\u00e8re strat\u00e9gique [\u2026] pour survivre en tant que population constamment extermin\u00e9e\u00a0\u00bb (Muniz, 2021, p. 281). Cette compr\u00e9hension du langage comme sortil\u00e8ge est fondamentale pour analyser les pratiques discursives des personnes noires \u00ab\u00a0\u00e0 partir d\u2019un endroit \u00e0 la crois\u00e9e des chemins\u00a0\u00bb (Muniz, 2021, p. 281), c\u2019est-\u00e0-dire de la corpo-g\u00e9opolitique (Bernardino-Costa, Maldonado-Torres et Grosfoguel, 2019) cr\u00e9\u00e9e \u00e0 partir d\u2019une position d\u2019\u00e9nonciation \u00e9pist\u00e9mique noire. Parler de et sur la crois\u00e9e des chemins, c\u2019est, paraphrasant Luiz Simas et Luiz Rufino (2018), invoquer et corporifier les puissances des <em>orix\u00e1s<\/em> (divinit\u00e9s yorubas)[footnote]Selon Lopes (2011, p. 1063), le terme orix\u00e1, dans les religions afro-br\u00e9siliennes, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0[\u2026] chacune des entit\u00e9s surnaturelles \u2013 forces de la nature \u00e9manant de Olorum ou Olofim \u2013 qui guident la conscience des \u00eatres vivants et prot\u00e8gent les activit\u00e9s de maintien de la communaut\u00e9.\u00a0\u00bb[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par cons\u00e9quent, dansant, <em>gingando<\/em>, \u00ab\u00a0avec les id\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re que nous [noir\u00b7es] dansons avec notre corps\u00a0\u00bb (Muniz, 2021, p. 282), je m\u2019approprie l\u2019approche dialectique et relationnelle de l\u2019ACD et de la grammaire du design visuel pour analyser le discours multimodal dans un contexte situ\u00e9, un slam d\u2019un individu travesti et noir \u2013 une <em>bicha preta<\/em> \u2013 qui d\u00e9stabilise la vision eurocentrique de l\u2019\u00eatre.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Proc\u00e9d\u00e9s m\u00e9thodologiques <\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ayant l\u2019objectif d\u2019analyser la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe et les resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les exp\u00e9riences de r\u00e9existence du corps <em>bicha preta<\/em> dans le contexte br\u00e9silien, j\u2019ai s\u00e9lectionn\u00e9 une vid\u00e9o dans laquelle il est possible de voir la performance d\u2019une <em>bicha preta<\/em> dans un concours de po\u00e9sie parl\u00e9e (slam), protagoniste autod\u00e9nomm\u00e9e \u00ab po\u00e9tesse, chanteuse, rappeuse, compositrice, actrice, trans et noire. Pr\u00e9nom Bixarte et nom r\u00e9sistance! \u00bb selon la description de sa cha\u00eene sur YouTube. Se nommant \u00e9galement Bianca Manicongo sur ses r\u00e9seaux, la paraibanaise a gagn\u00e9 le concours. Ses rimes ont \u00e9galement fait le buzz sur un r\u00e9seau social de vid\u00e9os, avec plus de 725 000 vues et 17 000 commentaires, en plus des plus de 21 000 partages vers WhatsApp.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le slam est un type de comp\u00e9tition qui passe par l\u2019utilisation du langage comme discours, de la part d\u2019individus qui ont \u00e9t\u00e9, de par l\u2019histoire coloniale, constitu\u00e9s en tant que marginalis\u00e9s, subalternis\u00e9s, parmi lesquels la population noire domine. Au Br\u00e9sil, selon Rodrigues et Nascimento (2020), le slam a commenc\u00e9 \u00e0 partir de 2008 avec des po\u00e9tesses et des po\u00e8tes qui se sont mis \u00e0 occuper, en soir\u00e9e, des places situ\u00e9es dans des quartiers p\u00e9riph\u00e9riques de S\u00e3o Paulo. Suite \u00e0 cet \u00e9pisode, le slam s\u2019est progressivement diffus\u00e9 dans tout le pays. Ces concours ont g\u00e9n\u00e9ralement eu lieu dans des espaces publics comme des places, des viaducs, etc., et sont souvent enregistr\u00e9s et partag\u00e9s sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques (Facebook, Instagram ou m\u00eame sur des cha\u00eenes comme YouTube).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les battles, les slammeur\u00b7euses (nom donn\u00e9 aux po\u00e9tesses et po\u00e8tes) s\u2019engagent dans des duels en pr\u00e9sentant leurs propres po\u00e8mes en maximum trois minutes. C\u2019est le jury compos\u00e9 par le public pr\u00e9sent qui choisit le vainqueur. Parmi de nombreux th\u00e8mes, le slam se configure comme une utilisation de la langue ayant pour finalit\u00e9 de discuter, probl\u00e9matiser, d\u00e9naturaliser des pratiques racistes, principalement dans le contexte de lieux qualifi\u00e9s de p\u00e9riph\u00e9riques. Rodrigues et Nascimento (2020) pr\u00e9cisent que \u00ab\u00a0la v\u00e9ritable intention des po\u00e8tes et po\u00e9tesses du slam est de se faire entendre et de cr\u00e9er des strat\u00e9gies de r\u00e9sistance aux c\u00f4t\u00e9s des individus qui partagent des exp\u00e9riences similaires au quotidien\u00a0\u00bb (Rodrigues et Nascimento, 2020, p. 208).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La vid\u00e9o s\u00e9lectionn\u00e9e se trouve sur la cha\u00eene YouTube \u00ab\u00a0Slam resist\u00eancia\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU<\/a>)[footnote]Le po\u00e8me pr\u00e9sent\u00e9e par Bixarte est int\u00e9gralement transcrit en annexe \u00e0 la fin de cet article.[\/footnote] qui a document\u00e9 l\u2019\u00e9dition de 2021 du \u00ab Slam resist\u00eancia \u00bb, qui a lieu tous les premiers lundis du mois sur la Place Roosevelt, sur les escaliers permettant d\u2019aller vers la rue Augusta \u00e0 S\u00e3o Paulo. Parmi les crit\u00e8res utilis\u00e9s pour le choix de la vid\u00e9o, on trouve, d\u2019une part, le fait qu\u2019il y ait dans cette battle de po\u00e9sie une <em>bicha preta<\/em> et la mani\u00e8re dont le discours multimodal mat\u00e9rialise les exp\u00e9riences du racisme LGBTQIA+phobe et, d\u2019autre part, les formes de r\u00e9existences des <em>bichas pretas<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9lection des quatre sc\u00e8nes a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par des captures d\u2019\u00e9cran, selon certaines des cat\u00e9gories propos\u00e9es par Kress et van Leeuwen (1996) pour l\u2019analyse des images en tant que textes imag\u00e9tiques qui repr\u00e9sentent des actions en cours (structures narratives) et de modalit\u00e9 satur\u00e9e. Par la suite, j\u2019ai proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019analyse du discours multimodal compos\u00e9 des sc\u00e8nes et des \u00e9nonc\u00e9s discursifs s\u00e9lectionn\u00e9s, comprenant le discours comme un signifi\u00e9 identificationnel, en mettant l\u2019accent sur les cat\u00e9gories du vocabulaire et de l\u2019interdiscursivit\u00e9 (Fairclough, 2003), associ\u00e9 \u00e0 la m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle propos\u00e9e par la grammaire du design visuel (Kress et van Leeuwen, 1996).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Analyse discursive critique afro-diasporique\u00a0: Bixarte et ses fa\u00e7ons de r\u00e9exister<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les sc\u00e8nes pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessous (Fig. 1 \u00e0 4) ont \u00e9t\u00e9 extraites de la vid\u00e9o \u00ab\u00a0Slam resist\u00eancia\u00a0\u00bb plus sp\u00e9cifiquement de la finale qui a eu lieu en d\u00e9cembre 2021[footnote]Source : cha\u00eene Youtube Slam Resist\u00eancia, vid\u00e9o : \"Bixarte (vencedora) - Final Slam Resist\u00eancia - dezembro 2021\", imagens : Carol Vidal. Lien : <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU<\/a>[\/footnote]. Elles sont suivies de l\u2019analyse de la mani\u00e8re dont le discours multimodal de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte figure comme mani\u00e8res d\u2019\u00eatre (signifi\u00e9 identificationnel) en construisant des styles (travestie assassin\u00e9e, travestie prostitu\u00e9e et travestie po\u00e8te\/actrice).<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_1808\" align=\"aligncenter\" width=\"545\"]<img class=\"wp-image-1808\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.18-1024x572.png\" alt=\"\" width=\"545\" height=\"304\" \/> Figure 1 \u2013 Sc\u00e8ne 1[\/caption]\r\n\r\n[caption id=\"attachment_1809\" align=\"aligncenter\" width=\"552\"]<img class=\"wp-image-1809\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.31-1024x572.png\" alt=\"\" width=\"552\" height=\"308\" \/> Figure 2 \u2013 Sc\u00e8ne 2[\/caption]\r\n\r\n[caption id=\"attachment_1810\" align=\"aligncenter\" width=\"543\"]<img class=\"wp-image-1810\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.40-1024x567.png\" alt=\"\" width=\"543\" height=\"301\" \/> Figure 3 \u2013 Sc\u00e8ne 3[\/caption]\r\n\r\n[caption id=\"attachment_1811\" align=\"aligncenter\" width=\"539\"]<img class=\"wp-image-1811\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.51-1024x576.png\" alt=\"\" width=\"539\" height=\"303\" \/> Figure 4 \u2013 Sc\u00e8ne 4[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">En analysant le visuel en tant que repr\u00e9sentation de l\u2019exp\u00e9rience de la violence \u00e0 laquelle les travesties noires br\u00e9siliennes sont expos\u00e9es, nous pouvons dire que les images mettent en sc\u00e8ne une performance du quotidien des <em>bichas pretas<\/em> \u00e0 travers une structure narrative. L\u2019action en cours met en discours, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019intervention de la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, qui se r\u00e9alise \u00e0 travers la fabrique du discours de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 obligatoire (Butler, 2012) et eurocentrique (prenant pour mod\u00e8le le sujet blanc) comme forme dominante de l\u2019\u00eatre, du style d\u2019\u00eatre. Un tel discours r\u00e9gule\/standardise la sexualit\u00e9 et les r\u00f4les attribu\u00e9s aux genres en produisant des normes h\u00e9g\u00e9moniques de race, de genre et de sexualit\u00e9 excluantes, qui con\u00e7oivent les travesties comme des corps abjects et qui devraient ainsi \u00eatre des corps pathologis\u00e9s (Sousa, 2021).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce mod\u00e8le de constitution des identit\u00e9s de genre reposant sur l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 cisgenre blanche exclut, humilie et fait violence aux <em>bichas pretas<\/em>. Comme nous pouvons l\u2019observer dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0[...] travesti n\u00e3o t\u00e1 segura nem na igreja, nem no buz\u00e3o [\u00f4nibus]\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0[...] la travestie n\u2019est en s\u00e9curit\u00e9 ni \u00e0 l\u2019\u00e9glise ni dans le car [bus]\u00a0\u00bb.) Nous voyons, dans les sc\u00e8nes 1 \u00e0 3, comment le mouvement des mains de Bixarte (vecteurs), associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9nonciation des phrases \u00ab\u00a0Aqui em cada esquina \/ Tenho medo de virar \/ Pois, na \u00faltima que virei \/ Eles tentaram me matar \u00bb (\u00ab Ici \u00e0 chaque coin de rue \/ J\u2019ai peur de tourner \/ Car \u00e0 la derni\u00e8re o\u00f9 j\u2019ai tourn\u00e9 \/ \u00a0Ils ont essay\u00e9 de me tuer\u00a0\u00bb) et \u00ab levantou a m\u00e3o, bateu, o ferro logo puxou e dois tiro foi disparado\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0il a lev\u00e9 la main, il m\u2019a frapp\u00e9e, il a sorti son arme et a tir\u00e9 deux balles\u00a0\u00bb), r\u00e9pr\u00e9sente, par le discours, non seulement une pratique LGBTQIA+phobe, mais \u00e9galement un racisme LGBTQIA+phobe. En effet, nous avons ici une intersection entre les exp\u00e9riences dissidentes et les exp\u00e9riences raciales qui configurent la tentative d\u2019assassinat d\u2019une <em>bicha preta<\/em>, comme l\u2019\u00e9nonce Bixarte quand elle dit qu\u2019elle a eu \u00ab\u00a0peur de tourner [\u00e0 la prochaine rue]\u00a0\u00bb car ils ont \u00ab\u00a0essay\u00e9 de me tuer\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous notons que les participants repr\u00e9sent\u00e9s dans les images sont Bixarte, en tant qu\u2019Actrice, d\u2019o\u00f9 proviennent les lignes vectorielles signalis\u00e9es par les mouvements corporels, principalement par les mains, et les autres participants, qui sont secondaires par rapport \u00e0 Bixarte, puisqu\u2019ils ne participent pas directement \u00e0 l\u2019action. Dans la structure narrative, l\u2019action est une action non-transactionnelle, car les vecteurs proviennent de Bixarte, mais ne se dirigent vers aucun autre participant repr\u00e9sent\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, nous pourrions dire que le participant Meta de Bixarte serait l\u2019observateur en tant que participant interactif. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a dans les images une structure conceptuelle \u00e0 travers un processus symbolique, en raison de la position d\u2019Actrice (Bixarte) au premier plan, ainsi que de ses attributs comme ses cheveux longs et cr\u00e9pus, son haut d\u00e9collet\u00e9 et brillant, sa jupe noire, son bracelet et son collier, qui, repr\u00e9sentant eux-m\u00eames le signifi\u00e9 ou l\u2019identit\u00e9 d\u2019une <em>bicha preta<\/em>, se constituent comme attributs symboliques de la travestie Bixarte.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous notons que, dans la sc\u00e8ne 4, il est possible de v\u00e9rifier comment cette repr\u00e9sentation visuelle indique un style de vie qui d\u00e9vie d\u2019une identit\u00e9 de genre constitu\u00e9e dans l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 cisgenre blanche, principalement car, en m\u00eame temps qu\u2019elle serre le poing sur sa poitrine, juste o\u00f9 se trouve le c\u0153ur, la travestie en question \u00e9nonce : \u00ab A pol\u00edcia inocenta quem arranca cora\u00e7\u00e3o \u00bb (\u00ab La police innocente ceux qui arrachent le c\u0153ur \u00bb), \u00ab Nas\u00e7a com o seu corpo cis e conhe\u00e7a a liberdade \u00bb (\u00ab Nais avec ton corps cis et d\u00e9couvre la libert\u00e9 \u00bb). Nous pouvons remarquer ici que, puisque les identit\u00e9s\/styles d\u2019\u00eatre sont produits et n\u00e9goci\u00e9s par contraste, la forme de l'interaction entre les sc\u00e8nes et les \u00e9nonc\u00e9s (discours multimodal) \u00e0 la fois constitue le corps <em>bicha preta<\/em> et r\u00e9v\u00e8le l\u2019action du racisme LGBTQIA+phobe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne l\u2019incidence du discours multimodal dans l\u2019analyse de la construction identitaire de l\u2019\u00eatre\/vivre <em>bicha preta<\/em>, notons \u00e9galement comment, \u00e0 partir de l\u2019interdiscursivit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019articulation d\u2019autres discours dans un m\u00eame discours et de la mani\u00e8re dont ils sont articul\u00e9s dans une pratique sociale donn\u00e9e (ici, le slam), les \u00e9l\u00e9ments verbaux mettent en discours les exp\u00e9riences du corps <em>bicha preta<\/em> dans le contexte br\u00e9silien. Cette mise en discours passe par une int\u00e9riorisation d\u2019un ensemble de textes\/voix dans le genre discursif analys\u00e9 et (re)met en sc\u00e8ne un \u00e9v\u00e9nement violent s\u2019ins\u00e9rant dans une reproduction historique \u00e0 laquelle les travesties noires sont soumises.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En arri\u00e8re-plan, et compl\u00e9tant l\u2019action repr\u00e9sent\u00e9e, il y a dans les sc\u00e8nes, de mani\u00e8re moins visible, des lignes vectorielles imaginaires constitu\u00e9es par les regards des participant\u00b7es secondaires. Dans les mains de certain\u00b7es de ces participant\u00b7es, il est possible de voir des objets (t\u00e9l\u00e9phones portables) qui, point\u00e9s vers Bixarte pour la filmer\/enregistrer sa performance, caract\u00e9risent ce moment comme un type de circonstance \u2013 une circonstance de moyen. D\u2019ailleurs, nous pouvons constater que ces participant\u00b7es secondaires sont attentif\u00b7ves et manifestent leur accord avec le discours de Bixarte. Par exemple, quand cette <em>bicha preta<\/em> \u00e9nonce \u00ab\u00a0voc\u00eas n\u00e3o v\u00e3o encontrar o meu corpo preso numa viatura \u00bb (\u00ab\u00a0Vous n\u2019allez pas retrouver mon corps emprisonn\u00e9 dans une voiture de police\u00a0\u00bb), d\u2019un c\u00f4t\u00e9 elle expose le pr\u00e9suppos\u00e9 selon lequel de nombreuses travesties noires sont injustement arr\u00eat\u00e9es, emmen\u00e9es en prison par une voiture de police et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, elle montre ce qu\u2019est \u00eatre une <em>bicha preta<\/em> au Br\u00e9sil.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les pr\u00e9suppos\u00e9s contenus dans ces \u00e9nonc\u00e9s composent une cha\u00eene intertextuelle (Fairclough, 2001) autour de discours et pratiques racistes LGBTphobes, dans la mesure o\u00f9 il est possible d\u2019identifier comment les corps des travesties racialement identifi\u00e9s comme noires sont plus susceptibles d\u2019\u00eatre victimes de ces actions injustes et cruelles. \u00c0 partir de la sonorit\u00e9, du rythme de la vocalisation des \u00e9nonc\u00e9s d\u00e9clam\u00e9s par Bixarte, il y a aussi une interdiscursivit\u00e9 avec la chanson <em>Geni e o Zepelin<\/em>, de Chico Buarque de Holanda. Dans cette chanson (qui int\u00e8gre l\u2019<em>\u00d3pera do Malandro<\/em>), le personnage de Geni est une femme qui subit diverses violences de genre et reste toujours r\u00e9ceptive \u00e0 tous ceux qui se pr\u00e9sentent comme ses clients \u2013 o\u00f9 l\u2019on comprend que Geni est une prostitu\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, il importe de souligner que, dans toutes les sc\u00e8nes, nous avons vu les termes \u00ab\u00a0RESIST\u00caNCIA\u00a0\u00bb et, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, \u00ab\u00a0SLAM\u00a0\u00bb, qui nomment le concours de po\u00e9sie parl\u00e9e. Toutefois, de mon point de vue, cette r\u00e9sistance est, dans le discours de Bixarte, \u00e9galement r\u00e9existence, dans la mesure o\u00f9 les actions repr\u00e9sent\u00e9es dans le discours multimodal de cette travestie noire r\u00e9inventent, r\u00e9interpr\u00e8tent la constitution de nouvelles agentivit\u00e9s du genre et de la sexualit\u00e9 qui, \u00e0 leur tour, transgressent les structures h\u00e9g\u00e9moniques de l\u2019\u00eatre, rendant possible un r\u00e9cit qui est en soi transgresseur et d\u00e9colonial.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la fin de sa performance, Bixarte montre qu\u2019elle n\u2019\u00e9nonce pas de n\u2019importe o\u00f9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle indique qu\u2019elle agit \u00e0 partir d\u2019un locus d\u2019\u00e9nonciation noir. En se situant \u00e0 la crois\u00e9e des chemins (Muniz, 2021), elle danse discursivement \u00ab o meu nome \u00e9 Bixarte, eu n\u00e3o sou prostituta, eu sou poeta e atriz! \u00bb (\u00ab Je m\u2019appelle Bixarte, je ne suis pas prostitu\u00e9e, je suis po\u00e8te et actrice! \u00bb), \u00ab se voc\u00eas me queria [sic] fazendo programa; prazer, eu sou a pr\u00f3pria literatura \u00bb (\u00ab Si vous vouliez que je fasse le tapin; enchant\u00e9e, je suis la litt\u00e9rature m\u00eame \u00bb)[footnote]N.T. : Le [sic] ajout\u00e9 par l\u2019auteur de l\u2019article indique une absence de concordance verbale, ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent dans le portugais parl\u00e9 au Br\u00e9sil, mais souvent stigmatis\u00e9.[\/footnote]. Notons ici qu\u2019il est possible de voir une pratique de r\u00e9existence par une resignification discursive, autant par la jonction de <em>bixa<\/em> (au lieu de <em>bicha<\/em>) et <em>arte <\/em>(\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb) que par les significations provenant des actions discursives de Bixarte.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les termes de Souza (2011), la r\u00e9existence touche aux fa\u00e7ons de se r\u00e9approprier le langage de la part des personnes noires qui, pour exister (devenir visibles) et r\u00e9sister (contre le mode colonial\/raciste\/capitaliste, patriarcal et LGBTQIA+phobe), r\u00e9inventent, resignifient les r\u00f4les et les positions sociales qui leur sont attribu\u00e9s par une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s socio-raciales. Bixarte d\u00e9place les identit\u00e9s de travestie noire assassin\u00e9e, travestie noire prostitu\u00e9e, vers celle de travestie noire qui fait de l\u2019art-Bixarte.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Butler (1997), la resignification de pratiques et \u00e9nonc\u00e9s offensifs touche \u00e0 la resignification radicale des discours. Santos, faisant \u00e9cho \u00e0 Butler, explique que la \u00ab\u00a0resignification, c\u2019est la possibilit\u00e9 de citation, de contre-appropriation et de remontage du discours offensif, de sorte que s\u2019op\u00e8re une rupture avec ses contextes ant\u00e9rieurs et que cet \u00e9nonc\u00e9 en vienne alors \u00e0 occuper de nouveaux contextes pour lesquels il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 auparavant\u00a0\u00bb (2012, p. 89).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019elle cite ces pratiques, lorsqu\u2019elle repr\u00e9sente les contextes de violence et de racisme LGBTQIA+phobe dans sa performance, Bixarte r\u00e9oriente le sens de ce qu\u2019\u00eatre une travestie noire, en se constituant comme <em>bicha preta<\/em>. Ce mouvement s\u2019op\u00e8re principalement par la mani\u00e8re dont elle se nomme. Plus qu\u2019un agglom\u00e9rat de mots, Bixarte r\u00e9v\u00e8le la mani\u00e8re dont \u00ab l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 avec laquelle nous [la population noire] utilisons le langage de mani\u00e8re strat\u00e9gique [\u2026] pour survivre en tant que population constamment extermin\u00e9e \u00bb (Muniz, 2021, p. 281) par le racisme LGBTQIA+phobe, dans ce cas. Il est donc possible d\u2019affirmer que le style d\u2019\u00eatre (signifi\u00e9 identificationnel) produit par le discours multimodal de Bixarte ne d\u00e9nonce pas seulement le racisme LGBTQIA+phobe, mais qu\u2019il pr\u00e9sente \u00e9galement un positionnement d\u00e9colonial avec une perspective noire des utilisations de la langue.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Consid\u00e9rations finales<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par l\u2019analyse du discours multimodal de la travestie noire Bixarte, il a \u00e9t\u00e9 possible de pr\u00e9senter une perspective des \u00e9tudes critiques du discours d\u2019orientation d\u00e9coloniale afro-diasporique. En effet, l\u2019analyse de la repr\u00e9sentation visuelle de l\u2019exp\u00e9rience du racisme LGBTQIA+phobe \u2013 tel que d\u00e9fini auparavant comme la production d\u2019une hi\u00e9rarchie raciale qui intersectionne les exp\u00e9riences de corps dissidents \u2013 a montr\u00e9 comment la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre constitue et est constitu\u00e9e par une perspective de genre qui repose sur l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 cisgenre blanche qui exclut, humilie et fait violence aux travesties noires. Ainsi, j\u2019en conclus que le racisme LGBTQIA+phobe est aliment\u00e9 par la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et qu\u2019il repose principalement sur les pratiques de signification et repr\u00e9sentation des individus noirs LGBTQIA+ au cours de l\u2019histoire, de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9guler leur mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, d\u2019exister et de vivre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019analyse interdiscursive, ainsi que la mani\u00e8re dont les vecteurs constituant la conception de l\u2019action repr\u00e9sent\u00e9e dans les sc\u00e8nes qui composent le discours multimodal de Bixarte, montre l\u2019\u00e9mergence d\u2019une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, d\u2019une mani\u00e8re de performer le genre, qui ne part pas du mod\u00e8le europ\u00e9en, mais d\u2019un locus d\u2019\u00e9nonciation noir qui resignifie le corps de la travestie noire comme <em>bicha preta<\/em>. La <em>bicha preta<\/em> actionne de nouvelles agentivit\u00e9s du genre, de la race et de la sexualit\u00e9 qui, \u00e0 leur tour, transgressent les structures h\u00e9g\u00e9moniques de l\u2019\u00eatre, rendant possible un r\u00e9cit d\u00e9colonial afro-diasporique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Situ\u00e9e \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, \u00e0 un endroit o\u00f9 il est seulement possible de (sur)vivre par des <em>mandingas<\/em>, des sortil\u00e8ges, la <em>bicha preta<\/em> (Bixarte) \u00ab\u00a0jette un sort\u00a0\u00bb, ruse, \u00e0 travers des recours discursifs comme l\u2019interdiscursivit\u00e9, l\u2019intertextualit\u00e9 et son apparence visuelle. Elle adopte ainsi des positions rayant des \u00e9pist\u00e9m\u00e8s par des pratiques de r\u00e9existences qui resignifient les styles h\u00e9g\u00e9moniques de l\u2019\u00eatre, dans la mesure o\u00f9 ils provoquent des d\u00e9stabilisations, des ruptures avec les contextes violents, racistes et LGBTQIA+phobe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je ne conclus pas cet article avec l\u2019unique volont\u00e9 de \u00ab\u00a0donner la parole\u00a0\u00bb, mais \u00e9galement avec la perspective d\u2019un monde pluriversel (Noguera, 2014) et, en ce sens, je convoque Bixarte\u00a0: \u00ab\u00a0o meu nome \u00e9 Bixarte, eu n\u00e3o sou prostituta, eu sou poeta e atriz! Se voc\u00eas me queria [sic] fazendo programa; prazer, eu sou a pr\u00f3pria literatura \u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques\r\n<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Almeida, Danielle (Org.)<em>.<\/em> 2008<em>. <\/em><em>Perspectivas em an\u00e1lise visual:<\/em> <em>do fotojornalismo ao blog<\/em>. Jo\u00e3o Pessoa: Editora da UFPB.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Almeida, Danielle, Fernandes, Jos\u00e9. 2008. Revisitando a gram\u00e1tica visual nos cartazes de guerra. <em>In<\/em>: Almeida, Danielle (Org.). <em>Perspectivas em an\u00e1lise visual:<\/em> <em>do fotojornalismo ao blog<\/em> (9-31), Jo\u00e3o Pessoa: Editora da UFPB.<\/p>\r\nAlmeida, Silvio. 2019. <em>Racismo estrutural<\/em>. S\u00e3o Paulo. 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Entrevista (concedida a Glenda Melo). <em>Revista Linguagem em foco. <\/em>v.8, n.2. p.115-122.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gonzalez, L\u00e9lia. 1988. A categoria pol\u00edtico-cultural de amefricanidade. <em>Tempo Brasileiro<\/em>. n. 92\/93, p. 69-82.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guimar\u00e3es, Antonio S\u00e9rgio. 2008. Cor e ra\u00e7a: Ra\u00e7a, cor e outros conceitos anal\u00edticos. <em>In<\/em>: Pinho, Osmundo; Sansone, L\u00edvio. (Orgs).<em> Ra\u00e7a<\/em>: <em>novas perspectivas antropol\u00f3gicas<\/em> (63-82). <span style=\"background-color: #ffffff\">2<sup>a<\/sup> ed. rev. Salvador, Associa\u00e7\u00e3o Brasileira de Antropologia: EDUFBA.<\/span><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Halliday, Michael. 1985. <em>An Introduction to Functional Grammar. <\/em>London: British Library Cataloguing in Publication Data.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hall, Stuart. 2006. <em>A identidade cultural na p\u00f3s-modernidade.<\/em>11a ed. Trad. Tomaz Tadeu da Silva, Guaracira Lopes Louro. Rio de Janeiro: DP&amp;A.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Horkheimer, Max. 1983 [1937].Teoria Tradicional e Teoria Cr\u00edtica. In: Benjamin, Walter, Horkheimer, Max, Adorno, Theodor W., Habermas, J\u00fcrgen. <em>Textos escolhidos. (Col. Os Pensadores, Vo. XLVIII). <\/em><em>(<\/em>117-161).\u00a0S\u00e3o Paulo: Abril Cultural.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ipea (Instituto de Pesquisa Econ\u00f4mica Aplicada). 2020. <em>Atlas da Viol\u00eancia.<\/em> Bras\u00edlia.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kress, Gunther, van Leeuwen, Theo. 1996. <em>Reading images: the grammar of visual design<\/em>. London, New York: Routledge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lopes, Adriana. 2010. <em>Funk-se quem quiser no batid\u00e3o negro da cidade carioca. <\/em>Tese de Doutorado. Campinas: Universidade Estadual de Campinas.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lopes, Nei. 2011. <em>Enciclop\u00e9dia brasileira da di\u00e1spora africana<\/em>. 4a ed. S\u00e3o Paulo: Selo Negro.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Magalh\u00e3es, Izabel. 2010. An\u00e1lise de discurso Cr\u00edtica: quest\u00f5es e perspectivas para a Am\u00e9rica Latina. <em>In<\/em>: Resende, Viviane, Pereira, F\u00e1bio (Orgs.). <em>Pr\u00e1ticas socioculturais e discurso: debates transdisciplinares<\/em> (9-28). Covilh\u00e3: LabCom Books.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Magalh\u00e3es, Izabel. 2005. An\u00e1lise do discurso publicit\u00e1rio. <em>Revista da ABRALIN<\/em>, n. 4. v.1, p. 231-260.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Magalh\u00e3es, C\u00e9lia, Novodvorski, Ariel. 2010. A semi\u00f3tica visual e a quest\u00e3o da identidade racial: uma leitura sist\u00eamico-funcional em duas capas de literatura infanto-juvenil brasileira. <em>In<\/em>: Fern\u00e1ndez, Mar\u00eda, Ghio, Elsa. (Org). <em>El discurso em espa\u00f1ol y portugu\u00eas: Estudios desde uma perspectiva sist\u00e9mico-funcional<\/em> (287-310).1ed. Santa F\u00e9: Centro de Publicaciones -UNL.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mignolo, Walter. 2017. Colonialidade: o lado mais escuro da modernidade. <em>Revista Brasileira de Ci\u00eancias Sociais<\/em>, v. 32 n. 94, p. 01-18.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mignolo, Walter. 2020. <em>Hist\u00f3rias locais\/projetos globais:<\/em> <em>colonialidade, saberes subalternos e pensamento liminar<\/em>. Trad.: Solange Ribeiro de Oliveira. Belo Horizonte: Editora da UFMG.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Munanga, Kabengele. 2020. <em>Rediscutindo a mesti\u00e7agem no Brasil: identidade nacional versus identidade negra. <\/em>5a ed. Belo Horizonte: Aut\u00eantica.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muniz, Kassandra. 2021. Linguagem como mandinga: popula\u00e7\u00e3o negra e perif\u00e9rica reinventando epistemologias. <em>In<\/em>: Souza, Ana L\u00facia (Orgs). <em>Cultura pol\u00edtica nas periferias: estrat\u00e9gias de reexist\u00eancia<\/em> (273-288)<em>.<\/em> S\u00e3o Paulo: Funda\u00e7\u00e3o Perseu Abramo.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Noguera, Renato. 2014. <em>O ensino de filosofia e a lei 10.639.<\/em> Rio de Janeiro: Pallas, Biblioteca Nacional.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oliveira, Megg Rayara.\u00a0 2017. <em>O diabo em forma de gente: (r)exist\u00eancias de gays afeminados<\/em>, <em>viados e bichas pretas na educa\u00e7\u00e3o<\/em>. Tese de Doutorado. Curitiba: Universidade Federal do Paran\u00e1.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oliveira, Megg Rayara. 2021. Palestra Ancestralidade Negra Travesti. In: <em>IV Col\u00f3quio Ra\u00e7as e Interseccionalidades<\/em>, \u00a0<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=S0r3lWozKEE\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=S0r3lWozKEE<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pinheiro, Viviane. 2007. <em>Analisando significados de capas da Revista Ra\u00e7a Brasil:<\/em> <em>um estudo de caso \u00e0 luz da semi\u00f3tica social<\/em>. Tese de mestrado. Belo Horizonte: Universidade Federal de Minas Gerais.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Prah, Kwesi. 2019<em>. <\/em>Decolonizando as ci\u00eancias humanas na \u00c1frica pela soberania intelectual. In: Resende, Viviane. (Org.). <em>Decolonizar os estudos cr\u00edticos do discurso<\/em> (171-200). Campinas: Pontes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quijano, An\u00edbal. 2005. Colonialidade do poder, eurocentrismo e Am\u00e9rica Latina. <em>In<\/em>: Lander, Edgardo. (Org). A colonialidade do saber<em>:<\/em> eurocentrismo e ci\u00eancias sociais. Perspectivas latino-americanas (107-130). Buenos Aires: CLACSO.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rajagopalan, Kanavillil. 2003. <em>Por uma lingu\u00edstica cr\u00edtica:<\/em> <em>linguagem, identidade e a quest\u00e3o \u00e9tica<\/em>. S\u00e3o Paulo: Par\u00e1bola Editorial.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rajagopalan, Kanavillil. 2017. Pref\u00e1cio: postura cr\u00edtica um olhar para o mundo. <em>In<\/em>: Martins-Ferreira, Dina. (Org). <em>Estudos Cr\u00edticos da Linguagem<\/em> (16-18). Curitiba: Appris.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramalho, Viviane, Resende, Viviane. 2011. <em>An\u00e1lise de Discurso (para a) cr\u00edtica<\/em>: <em>o texto como material de pesquisa<\/em>. Campinas, S\u00e3o Paulo: Pontes Editora.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramalho, Viviane, Resende, Viviane de Melo. 2006. <em>An\u00e1lise de Discurso Cr\u00edtica.<\/em> S\u00e3o Paulo: Contexto.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Resende, Viviane. (Org.). 2019. <em>Decolonizar os estudos cr\u00edticos do discurso.<\/em> Campinas: Pontes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Resende, Viviane. 2009. <em>An\u00e1lise de discurso cr\u00edtica e realismo cr\u00edtico.<\/em> Campinas: Pontes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Resende, Viviane. 2010. Between the European legacy and critical daring: epistemological reflections for critical discourse analysis. <em>Journal of Multicultural Discourses<\/em>, n. 5, v.3, p. 193-212.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rodrigues, Camila, Nascimento, Ana. 2020. Formas de letramentos e reexist\u00eancia da cultura negra \u2013 rela\u00e7\u00e3o dos orikis na Nig\u00e9ria com os slams no Brasil. <em>In<\/em>: Souza, Ana L\u00facia <em>et al.<\/em> (Orgs). <em>Rasuras epist\u00eamicas das (est)\u00e9ticas negras contempor\u00e2neas<\/em> (203-212)<em>.<\/em> Salvador: Edi\u00e7\u00e3o Organismo e Grupo Rasuras.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Santos, Karla. 2012. <em>A problem\u00e1tica da constitui\u00e7\u00e3o da ofensa no ato de insultar: a inj\u00faria como pr\u00e1tica lingu\u00edstica discriminat\u00f3ria no Brasil<\/em>. Tese de Doutorado. Campinas: Unicamp.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Simas, Luiz, Rufino, Luiz. 2018. <em>A ci\u00eancia encantada das macumbas.<\/em> Rio de Janeiro: M\u00f3rula.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sousa, Francisco. 2021. <em>Viol\u00eancia lingu\u00edstica na m\u00eddia cearense: uma an\u00e1lise em pragm\u00e1tica cultural do caso Dandara em Fortaleza-CE<\/em>. Tese de mestrado. Quixad\u00e1: UECE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, Ana L\u00facia<em>.<\/em> 2011<em>. Letramentos de reexist\u00eancia:<\/em> <em>poesia, grafite, m\u00fasica, dan\u00e7a: Hip-Hop<\/em>. S\u00e3o Paulo: Par\u00e1bola Editorial.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Walsh, Catherine. 2013. <em>Pedagogias decoloniales: pr\u00e1cticas insurgentes de resistir, (re) existir e (re) vivir<\/em>. Quito: Catherine Walsh Editora.<\/p>\r\n\r\n<div class=\"textbox textbox--sidebar shaded\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 traduit du portugais du Br\u00e9sil par Nina Rioult.<\/div>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent article a pour objectif d\u2019analyser de mani\u00e8re discursive les pratiques de r\u00e9existences noires mobilis\u00e9es par une travestie noire au Br\u00e9sil en tant que <em>bicha preta<\/em>. Il propose une analyse discursive critique d\u2019orientation d\u00e9coloniale afro-diasporique \u00e0 partir de l\u2019analyse de la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe et des resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les v\u00e9cus et les r\u00e9existences du corps <em>bicha preta<\/em> dans un championnat de po\u00e9sie parl\u00e9e (slam). Pour cela, on se base sur les \u00e9tudes critiques du discours, la grammaire du design visuel et la pens\u00e9e d\u00e9coloniale afro-diasporique. L\u2019analyse montre la mani\u00e8re dont la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre constitue et est constitu\u00e9e d\u2019une perspective de genre reposant sur l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 cisgenre blanche qui exclut, discrimine, humilie et fait violence aux travesties noires. Elle en conclut \u00e9galement que le racisme LGBTQIA+phobe repose sur la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et qu\u2019il s\u2019est fond\u00e9, au cours de l\u2019histoire, sur des pratiques de signification et de repr\u00e9sentation des individus noirs LGBTQIA+ visant \u00e0 r\u00e9guler leurs mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, d\u2019exister et de vivre.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/analyse-du-discours-critique-afro-diasporique\/\">Analyse du discours critique afro-diasporique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/bicha-preta\/\">Bicha preta<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/bixarte\/\">Bixarte<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/racisme-lgbtqiaphobe\/\">Racisme LGBTQIA+phobe<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/reexistence-noire\/\">R\u00e9existence noire<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>Black Re-existence Practices in Brazil: an Afrodiasporic Critical Discourse Analysis<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This article aims to conduct a discursive analysis of Black re-existence practices mobilized by a Black travesti in Brazil as a\u00a0<em>bicha preta<\/em>\u00a0(Black queer person), proposing a critical discourse analysis framework from an Afro-diasporic decolonial perspective. The study examines the (re)production of LGBTQIA+phobic racism and the discursive-semiotic resignifications present in the lived experiences and re-existence of the\u00a0<em>bicha preta<\/em>\u00a0body in a spoken-word poetry championship (SLAM). The theoretical foundation draws on Critical Discourse Studies, Visual Grammar and Afro-diasporic decolonial thought. The analysis reveals how the coloniality of being is both constituted by and constitutive of a gender perspective rooted in white heteronormative cisnormativity, which excludes, discriminates against, humiliates, and perpetrates violence against Black travestis. It concludes that LGBTQIA+phobic racism is sustained by the coloniality of being and is primarily grounded in historical practices of signification and representation that regulate the ways Black LGBTQIA+ subjects can exist, inhabit space, and live.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/afro-diasporic-critical-discourse-analysis\/\">Afro-diasporic critical discourse analysis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/bicha-preta-black-queer\/\">Bicha preta (Black queer)<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/bixarte\/\">Bixarte<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/black-re-existence\/\">Black re-existence<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/lgbtqiaphobic-racism\/\">LGBTQIA+phobic racism<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Portugais du Br\u00e9sil)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Pr\u00e1ticas de reexist\u00eancias pretas no Brasil: uma an\u00e1lise discursiva cr\u00edtica afrodiasp\u00f3rica<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">O presente artigo teve como objetivo analisar discursivamente as pr\u00e1ticas de reexist\u00eancias pretas mobilizadas por uma travesti negra no Brasil enquanto bicha preta para propor uma perspectiva de an\u00e1lise discursiva cr\u00edtica sob uma orienta\u00e7\u00e3o decolonial afrodiasp\u00f3rica a partir da an\u00e1lise da (re)produ\u00e7\u00e3o do racismo LGBTQIA+f\u00f3bico e das ressignifica\u00e7\u00f5es discursivo-semi\u00f3ticas presentes nas viv\u00eancias e reexist\u00eancias do corpo bicha preta em um campeonato de poesia falada (SLAM). Para tanto, fundamentei-me nos Estudos Cr\u00edticos do Discurso, na Gram\u00e1tica do Design Visual e no pensamento decolonial afrodiasp\u00f3rico. A an\u00e1lise revelou a maneira como a colonialidade do ser constitui e \u00e9 constitu\u00edda por uma perspectiva de g\u00eanero assentada na cisgeneridade heteronormativa branca que exclui, discrimina, humilha e violenta as travestis negras. Conclui tamb\u00e9m que o racismo LGBTQIA+f\u00f3bico \u00e9 sustentado pela colonialidade do ser e que sua base est\u00e1 principalmente nas pr\u00e1ticas de significa\u00e7\u00e3o e representa\u00e7\u00e3o dos sujeitos negros LGBTQIA+ no decorrer da hist\u00f3ria de maneira a regular as suas formas de ser, estar e viver.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Portugais du Br\u00e9sil)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/analise-de-discurso-critica-afrodiasporica\/\">An\u00e1lise de discurso cr\u00edtica afrodiasp\u00f3rica<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/bicha-preta\/\">Bicha preta<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/bixarte\/\">Bixarte<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/racismo-lgbtqiafobico\/\">Racismo LGBTQIA+f\u00f3bico<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/reexistencia-preta\/\">Reexist\u00eancia preta<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>15 octobre 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>21 f\u00e9vrier 2025<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>6 ao\u00fbt 2025<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet article, je d\u00e9fends une perspective d\u2019analyse discursive critique d\u2019orientation d\u00e9coloniale afro-diasporique \u00e0 partir de l\u2019analyse de la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe<a class=\"footnote\" title=\"Le sigle LGBTQIA+ fait r\u00e9f\u00e9rence aux orientations sexuelles lesbiennes, gays, bisexuelles et asexuelles ainsi qu\u2019aux identit\u00e9s de genre transgenres, transsexuelles et travestis, queer et intersexe (LGBTQIA+ : Lesbienne, Gay, Bi, trans, Queer, Intersexe, Asexuel et tous les autres). Le signe \u00ab\u00a0plus\u00a0\u00bb (+) permet de reconna\u00eetre que peuvent (venir \u00e0) exister d\u2019autres orientations sexuelles et identit\u00e9s de genre dissidentes de la logique cish\u00e9t\u00e9ronormative qui ne sont pas mises en \u00e9vidence par ce sigle, qui continue \u00e0 \u00eatre mis \u00e0 jour. Pour des lectures plus approfondies \u00e0 ce sujet, je sugg\u00e8re le livre Lingu\u00edstica aplicada transviada: g\u00eanero e sexualidade nos estudos da linguagem em perspectiva descolonial, interseccional e transdisciplinar, de F\u00e1bio Bezerra (2023).\" id=\"return-footnote-1689-1\" href=\"#footnote-1689-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> et des resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les v\u00e9cus et les r\u00e9existences du corps <em>bicha preta<a class=\"footnote\" title=\"N.T.\u00a0: \u00ab\u00a0tapette noire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0p\u00e9dale noire\u00a0\u00bb. Bicha preta est une expression potentiellement p\u00e9jorative et insultante en portugais, selon qui l\u2019utilise et dans quel contexte.\" id=\"return-footnote-1689-2\" href=\"#footnote-1689-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> <\/em>dans le contexte br\u00e9silien. J\u2019ai eu recours au terme <em>r\u00e9existences<\/em> en m\u2019appuyant sur le concept de litt\u00e9raties de r\u00e9existence propos\u00e9 par la linguiste noire Ana L\u00facia Souza (2011). Selon cette autrice, ce concept d\u00e9signe la re-signification des \u00ab [\u2026] r\u00f4les et places sociaux [\u2026] attribu\u00e9s [aux sujets noirs] par une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des in\u00e9galit\u00e9s raciales et sociales \u00bb (Souza, 2011, p. 157). La r\u00e9existence noire renvoie ainsi, ici, aux pratiques quotidiennes d\u2019usage du langage par la population noire (en l\u2019occurrence, par une <em>bicha preta<\/em>), qui suscitent des relectures des identit\u00e9s raciales en permettant la re-signification ou la r\u00e9orientation des trajectoires des sujets noirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective, le racisme est d\u00e9fini comme \u00e9tant structurel, tel que le synth\u00e9tise Silvio Almeida (2019) lorsqu\u2019il affirme que \u00ab le racisme proc\u00e8de de la structure sociale elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire de la mani\u00e8re \u2018normale\u2019 dont se constituent les relations politiques, \u00e9conomiques, juridiques et m\u00eame familiales, sans \u00eatre une pathologie sociale et un dysfonctionnement institutionnel \u00bb (Almeida, 2019, p. 50). \u00c9tant structurel, le racisme configure aussi la mani\u00e8re dont les corps LGBTQIA+ noirs sont lus socialement et, en ce sens, nous pouvons dire que race et genre\/sexualit\u00e9 se croisent dans le v\u00e9cu de ces individus. Parmi ces individus, je me concentre sur le discours, le v\u00e9cu et la repr\u00e9sentation discursive de l\u2019exp\u00e9rience <em>bicha preta<\/em> afin d\u2019analyser la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe ainsi que les resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les exp\u00e9riences de r\u00e9existence du corps <em>bicha preta.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le terme <em>bicha<a class=\"footnote\" title=\"N.T.\u00a0: Qui peut s\u2019\u00e9crire bicha ou bixa, les deux graphies \u00e9tant prononc\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re en portugais.\" id=\"return-footnote-1689-3\" href=\"#footnote-1689-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a><\/em> appara\u00eet, parmi bien d\u2019autres significations, comme une mani\u00e8re p\u00e9jorative de d\u00e9signer les personnes de genre masculin de sexualit\u00e9 dissidente, en particulier des personnes eff\u00e9min\u00e9es. Toutefois, il est important de noter qu\u2019un signe linguistique peut impliquer, dans sa dynamique d\u2019usage, un d\u00e9bat entre locuteur\u00b7trices autour de sa signification. En ce sens, la communaut\u00e9 LGBTQIA+ et les champs d\u2019\u00e9tudes queer s\u2019approprient le terme en proposant une resignification positive (Oliveira, 2021).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte est organis\u00e9 en six parties. Dans la premi\u00e8re, je discute du v\u00e9cu et de la cat\u00e9gorie du racisme LGBTQIA+phobe au Br\u00e9sil. Dans la deuxi\u00e8me, je pr\u00e9sente les \u00e9tudes critiques du discours (ECD), et plus sp\u00e9cifiquement l\u2019approche de l\u2019analyse critique du discours. Dans la troisi\u00e8me, j\u2019aborde la base th\u00e9orique de la grammaire du design visuel. Dans la quatri\u00e8me, j\u2019introduis le tournant d\u00e9colonial dans les ECD. Dans la cinqui\u00e8me, je pr\u00e9cise mes d\u00e9marches m\u00e9thodologiques. Dans la sixi\u00e8me et derni\u00e8re partie, j\u2019analyse le discours multimodal de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Autour du racisme LGBTQIA+phobe au Br\u00e9sil<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Afin d\u2019expliciter ma d\u00e9finition du concept de racisme LGBTQIA+phobe, il est n\u00e9cessaire de pr\u00e9senter notre compr\u00e9hension de ce qu\u2019est la race et le racisme en contexte br\u00e9silien. Le terme <em>race<\/em> est ici compris dans un sens sociologique, discursif et politique (Guimar\u00e3es, 2008; Gomes, 2016; Hall, 2006; Munanga, 2020). Penser la race dans le contexte br\u00e9silien, c\u2019est la comprendre comme un effet des discours produits\/ritualis\u00e9s autour de ce que signifie \u00eatre noir<strong>\u00b7<\/strong>e, \u00eatre blanc<strong>\u00b7<\/strong>he, indig\u00e8ne, etc., tout en consid\u00e9rant que le sujet racial est id\u00e9ologiquement situ\u00e9 et d\u00e9fini de mani\u00e8re relationnelle (Lopes, 2010) et en tenant compte des autres marquages de diff\u00e9rence (genre et classe, par exemple) qui s\u2019intersectionnent avec la race dans la constitution des identit\u00e9s sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 ce constat, et en dialogue avec Almeida (2019) et Noguera (2014), je comprends le racisme comme \u00e9tant anti-Noir, c\u2019est-\u00e0-dire une forme syst\u00e9matique de domination qui trouve sa base dans la race et dans la hi\u00e9rarchie socio-raciale entre corps lus socialement comme noirs et blancs. Le racisme est un syst\u00e8me de pouvoir\/domination. Le racisme anti-Noir d\u00e9shumanise les corps noirs tout en conf\u00e9rant de l\u2019humanit\u00e9 aux corps lus socialement comme blancs, par une s\u00e9rie de dispositifs de racialit\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Dans le sillage des r\u00e9flexions du philosophe Michel Foucault autour de l\u2019application de la notion de dispositif au domaine de la sexualit\u00e9, Sueli Carneiro (2023) comprend les relations raciales au Br\u00e9sil comme un domaine produisant et articulant des pouvoirs, des savoirs et des modes de subjectivation. En somme, l\u2019autrice entend la construction de la racialit\u00e9 comme \u00e9tant un dispositif de pouvoir qui, en limitant l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 un synonyme de blanchit\u00e9, a red\u00e9fini et hi\u00e9rarchis\u00e9 les autres dimensions humaines selon leur proximit\u00e9 ou leur distance par rapport \u00e0 ce mod\u00e8le.\" id=\"return-footnote-1689-4\" href=\"#footnote-1689-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>, dans les termes de la philosophe et penseuse noire br\u00e9silienne Sueli Carneiro (2023).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon la recherche de Sousa sur la violence dans le langage promu contre les travesties au Cear\u00e1, le Br\u00e9sil est \u00ab [\u2026] le pays qui a le plus extermin\u00e9 sa population LGBTQIA+ dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies, les cas de lgbtphobie se sont manifest\u00e9s dans les contextes les plus divers, en arrivant m\u00eame \u00e0 interf\u00e9rer dans les relations familiales [\u2026] \u00bb (2021, p. 15). Le m\u00eame auteur signale que les ramifications de cette violence sont \u00ab r\u00e9currentes dans les cas de suicide et dans les situations marginales qui finissent par p\u00e9naliser les individus en raison de leurs identit\u00e9s de genre et leur orientation sexuelle [\u2026] \u00bb (Sousa, 2021, p. 15). Si l\u2019on ajoute \u00e0 ce contexte de violence le fait que, pour les travesties noires, le nombre d\u2019assassinats provoqu\u00e9s par la LGBTQIA+phobie augmente, il devient alors n\u00e9cessaire d\u2019adopter une perspective d\u2019analyse guid\u00e9e par l\u2019indissociabilit\u00e9 du fait d\u2019\u00eatre un individu noir et LGBTQIA+. En effet, il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00eatre noir et\/ou LGBTQIA+, mais de l\u2019ensemble des situations composant cette exp\u00e9rience et qui excluent, humilient, discriminent et tuent ces corps, dans le cas de cette \u00e9tude, les <em>bichas pretas<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par cons\u00e9quent, le concept de racisme d\u00e9crit ici prend la race comme \u00e9l\u00e9ment central et comme point de d\u00e9part des exp\u00e9riences des personnes noires LGBTQIA+, en soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 de comprendre les r\u00e9cits de ces corps qui r\u00e9sistent \u00e0 ces oppressions, de mani\u00e8re \u00e0 construire de nouvelles existences. Ainsi, les sujets qui se reconnaissent LGBTQIA+ dans une exp\u00e9rience racialis\u00e9e renoncent \u00e0 normaliser leur comportement (par exemple, par rapport \u00e0 ce qui est attendu d\u2019un corps masculin noir) en s\u2019\u00e9loignant de la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle pour transgresser les attentes impos\u00e9es par la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre (Mignolo, 2020). Le concept de racisme LGBTQIA+phobe cherche donc \u00e0 mettre l\u2019accent sur la production de la hi\u00e9rarchie raciale par rapport \u00e0 d\u2019autres formes d\u2019oppression sur des corps o\u00f9 s\u2019intersectionnent des exp\u00e9riences dissidentes, dans la mesure o\u00f9 il se concentre sur les identit\u00e9s noires p\u00e9riph\u00e9riques de genre et de sexualit\u00e9. Ces corps se mat\u00e9rialisent dans la cat\u00e9gorie de la <em>bicha preta<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette violence contre les <em>bichas<\/em> noires se manifeste dans divers contextes, allant des relations affectives \u00e0 l\u2019inclusion et le maintien de ces corps dans les institutions d\u2019enseignement formel, et aboutit \u00e0 des statistiques polici\u00e8res d\u00e9montrant que les corps qui meurent le plus en raison des crimes violents dans notre pays sont ceux appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 LGBTQIA+, selon les donn\u00e9es de l\u2019atlas de la violence de l\u2019Institut de recherche appliqu\u00e9e (Ipea, 2020) et du dossier des assassinats et de la violence contre les travesties et les transsexuelles br\u00e9siliennes (Antra, 2020). Ce dossier intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La situation des droits humains de la population LGBTI noire au Br\u00e9sil\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0A situa\u00e7\u00e3o de direitos humanos da popula\u00e7\u00e3o LGBTI negra no Brasil\u00a0\u00bb), publi\u00e9 en 2020, d\u00e9nonce l\u2019absence de regard, de parole et d\u2019action du pouvoir public concernant la pr\u00e9vention et le combat contre ces oppressions qui ont pour cible la population noire LGBTQIA+.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon la chercheuse travestie et noire Magg Oliveira (2021), \u00ab\u00a0le terme \u2018bicha\u2019 est comme un canif qui ouvre un passage pour les autres. Un passage \u00e9troit refus\u00e9 par la majorit\u00e9 qui pr\u00e9f\u00e8re se conformer. Mais on peut toujours \u00eatre certain que, si une <em>bicha<\/em> passe par l\u00e0, les autres peuvent passer \u00bb (Oliveira, 2017, p. 118). En ce sens, le canif repr\u00e9sente l\u2019exp\u00e9rience qui surmonte la structure cis-h\u00e9t\u00e9ropatriarcale, permettant des fissures par lesquelles d\u2019autres <em>bichas pretas<\/em> peuvent atteindre et occuper d\u2019autres espaces. Suivant le raisonnement de cette autrice, je soutiens que <em>bicha preta<\/em> est une cat\u00e9gorie discursive qui renverse les structures h\u00e9g\u00e9moniques de race, de genre et de sexualit\u00e9, permettant un r\u00e9cit qui est, en soi, transgressif et d\u00e9colonial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Discursivement, les <em>bichas pretas<\/em> constituent, dans la cat\u00e9gorie de l\u2019am\u00e9fricanit\u00e9 (Gonzalez, 1988)<a class=\"footnote\" title=\"Sur l'am\u00e9fricanit\u00e9, voir plus bas le d\u00e9veloppement dans la partie 3.\" id=\"return-footnote-1689-5\" href=\"#footnote-1689-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>, une r\u00e9invention, une r\u00e9interpr\u00e9tation, une r\u00e9sistance et une possibilit\u00e9 de nouvelles mani\u00e8res d\u2019agir sur le genre et la sexualit\u00e9 qui transgressent les syst\u00e8mes d\u2019oppression. Au sein de cette cat\u00e9gorie politique d\u2019am\u00e9fricanit\u00e9, les <em>bichas pretas<\/em> ouvrent un chemin dans la dynamique des pratiques sociales comme le canif d\u2019une travestie qui, parfois, prot\u00e8ge aux coins des rues, mais d\u00e9chire \u00e9galement de nouveaux espaces, permettant de ce pas d\u2019autres capacit\u00e9s d\u2019action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Afin d\u2019effectuer l\u2019analyse critique du discours de la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe et des resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les performances de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte, dans une <em>battle<\/em> de po\u00e9sie parl\u00e9e, je pr\u00e9senterai dans la partie suivante le champ des \u00e9tudes critiques du discours.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Les \u00e9tudes critiques du discours<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tudes critiques du discours (d\u00e9sormais ECD) peuvent \u00eatre vues comme une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d\u2019approches th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques critiques pour l\u2019\u00e9tude scientifique et interdisciplinaire du langage comme pratique sociale dans la contemporan\u00e9it\u00e9 (Resende, 2009; Ramalho et Resende, 2011). Malgr\u00e9 la diversit\u00e9 de leurs propositions th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques, les approches qui composent ce champ d\u2019\u00e9tudes discursives critiques sont en lien avec la linguistique critique (Fowler <em>et al<\/em>, 1979; Fairclough, 2001).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Fairclough (2001), la linguistique critique \u00ab\u00a0a \u00e9t\u00e9 une approche d\u00e9velopp\u00e9e par un groupe de l\u2019universit\u00e9 d\u2019East Anglia dans les ann\u00e9es 1970. Ils tent\u00e8rent de conjuguer une m\u00e9thode d\u2019analyse linguistique textuelle avec une th\u00e9orie sociale du fonctionnement du langage dans des processus politiques et id\u00e9ologiques\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 46-47). Le terme <em>Critical Linguistics <\/em>a pris de l\u2019ampleur \u00e0 partir de la publication du livre <em>Language and Control<\/em> de Roger Fowler, Bob Hodge, Gunther Kress et Tony Trew, en 1979. Dans cette \u0153uvre, ces auteurs soutiennent que \u00ab\u00a0si le signifi\u00e9 linguistique est ins\u00e9parable de l\u2019id\u00e9ologie, et que les deux d\u00e9pendent de la structure sociale, alors l\u2019analyse linguistique devrait \u00eatre un puissant outil pour les \u00e9tudes des processus id\u00e9ologiques qui m\u00e9diatisent les relations de pouvoir et de contr\u00f4le\u00a0\u00bb (Fowler et Kress, 1979, p. 186 \u2013 traduction libre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019analyse de ce lien entre le linguistique et le social qui a configur\u00e9 ce que l\u2019on entend par \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb dans l\u2019expression \u00ab\u00a0\u00e9tudes critiques du discours\u00a0\u00bb. Ici, elles sont critiques dans le sens o\u00f9 elles montrent que les situations oppressives peuvent changer et, par l\u2019analyse du discours, contribuent au changement social (Resende et Ramalho, 2006). Cette perspective est h\u00e9rit\u00e9e de la th\u00e9orie critique (d\u2019inspiration marxiste) propos\u00e9e par Max Horkheimer dans les ann\u00e9es 1930 en Allemagne, dans son essai <em>Teoria Tradicional e Teoria Cr\u00edtica<\/em> ([1937] 1980)<a class=\"footnote\" title=\"N.T.\u00a0: Dans sa traduction fran\u00e7aise, Th\u00e9orie traditionnelle et th\u00e9orie critique, traduit de l\u2019allemand par Claude Maillard et Sibylle Muller, Gallimard, 1974.\" id=\"return-footnote-1689-6\" href=\"#footnote-1689-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>, qui, en r\u00e9sum\u00e9, revendiquait une mani\u00e8re de faire de la science orient\u00e9e vers l\u2019\u00e9mancipation et engag\u00e9e dans un comportement critique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Rajagopalan (2003) affirme que, aujourd\u2019hui, la linguistique critique appara\u00eet sur des bases solides dans les \u00ab\u00a0quatre coins du monde\u00a0\u00bb et qu\u2019elle \u00ab\u00a0est n\u00e9e \u00e0 partir de la prise de conscience que travailler avec le langage, c\u2019est n\u00e9cessairement intervenir sur la r\u00e9alit\u00e9 sociale dont elle fait partie. Le langage est, en d\u2019autres mots, une pratique sociale\u00a0\u00bb (Rajagopalan, 2003, p. 126). Dans une pr\u00e9face intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Posture critique\u00a0: un regard vers le monde\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Postura cr\u00edtica: um olhar para o mundo\u00a0\u00bb), ce m\u00eame linguiste soutient que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019on parle d\u2019approche critique, on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une attitude face \u00e0 notre propre activit\u00e9 de mener des recherches, \u00e0 une activit\u00e9 touchant \u00e0 la question de diriger notre regard vers le monde et, par-dessus tout, au d\u00e9sir de faire en sorte que notre posture en tant qu\u2019universitaires ait un impact tangible sur notre objet de recherche (Rajagopalan, 2017, p. 1).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Parmi les diverses approches des ECD, nous avons choisi l\u2019analyse critique du discours (ACD), dans son approche dialectique et relationnelle, puisqu\u2019elle cherche \u00e0 analyser, dans l\u2019usage linguistique, la production, la reproduction et le changement discursif. Pour Magalh\u00e3es, \u00ab [l\u2019]ACD \u00e9tudie des textes et des \u00e9v\u00e9nements dans diverses pratiques sociales, en proposant une th\u00e9orie et une m\u00e9thode pour d\u00e9crire, interpr\u00e9ter et expliquer le langage dans le contexte socio-historique \u00bb (2005, p. 3).\u00a0 Ici, le discours est pr\u00e9cis\u00e9ment une forme de pratique sociale, un mode d\u2019action sur le monde et la soci\u00e9t\u00e9 (Fairclough, 2001).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour l\u2019ACD de Fairclough, il existe une relation dialectique entre le discours et la structure sociale, puisque le discours est \u00e0 la fois fa\u00e7onn\u00e9 et contraint par la structure sociale \u00e0 travers les rapports sociaux (par les institutions sociales et par les structures de race, de genre et de classe). Ici, le discours est compris comme une des dimensions de la pratique sociale. Selon Chouliaraki et Fairclough (1999), le discours est compris comme un \u00e9l\u00e9ment s\u00e9miotique de pratiques sociales, incluant le langage (\u00e9crit et parl\u00e9 et en association avec d\u2019autres moyens s\u00e9miotiques), la communication non verbale (expressions faciales, mouvement corporels, gestes, etc.) et les textes imag\u00e9tiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, le discours est inextricablement imbriqu\u00e9 dans les rapports sociaux de domination et de pouvoir. Le pouvoir est compris comme la capacit\u00e9 de contr\u00f4ler les ordres du discours<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des facettes discursives des ordres sociaux, dont l\u2019articulation et la r\u00e9articulation interne sont de m\u00eame nature\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 99).\" id=\"return-footnote-1689-7\" href=\"#footnote-1689-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>, montrant qu\u2019un des aspects d\u2019un tel contr\u00f4le est id\u00e9ologique (Fairclough, 2001). Par exemple, dans le cas de cette \u00e9tude, le pouvoir se mat\u00e9rialise dans le contr\u00f4le de la circulation des st\u00e9r\u00e9otypes qui \u00e9tiquettent les <em>bichas pretas<\/em> ainsi que dans la mani\u00e8re dont ces corps reconfigurent ces formes de repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Concernant la notion de pratique sociale, nous pouvons affirmer que les signifi\u00e9s linguistiques sont constitutifs de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, permettant le maintien de relations de domination entre les individus, les groupes et les institutions, puisque \u00ab\u00a0les pratiques discursives sont investies id\u00e9ologiquement dans la mesure o\u00f9 elles incorporent des significations contribuant \u00e0 maintenir ou restructurer les relations de pouvoir\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 121). Ces significations mises en \u00e9vidence par l\u2019auteur sont id\u00e9ologiques et, dans une conception critique du langage, apparaissent comme \u00ab\u00a0des significations\/constructions de la r\u00e9alit\u00e9 (le monde physique, les relations sociales, les identit\u00e9s sociales) qui sont construites dans diverses dimensions des formes\/sens des pratiques discursives et qui contribuent \u00e0 la production, \u00e0 la reproduction ou \u00e0 la transformation des rapports de domination\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 117).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comprendre que le discours est id\u00e9ologique est fondamental pour analyser la production discursive du racisme LGBTQIA+phobe contre les <em>bichas pretas<\/em> au Br\u00e9sil dans des textes multimodaux, puisque que \u00ab\u00a0les id\u00e9ologies sont, en principe, des repr\u00e9sentations, mais elles peuvent \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9es comme moyen d\u2019action sociale et inculqu\u00e9es dans les identit\u00e9s des agents sociaux (Resende et Ramalho, 2006, p. 53). Ce raisonnement survient dans le dernier cadrage th\u00e9orique de l\u2019ACD propos\u00e9 par Chouliaraki et Fairclough (1999), puis repris dans Fairclough (2003).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne le cadre formul\u00e9 par Fairclough (2003), nous voyons que \u00ab [\u2026] le discours, comme faisant partie des pratiques sociales, appara\u00eet sous trois formes dans la relation entre textes et \u00e9v\u00e9nements : en tant que mani\u00e8res d\u2019agir [signifi\u00e9 actionnel], en tant que mani\u00e8res de repr\u00e9senter [signifi\u00e9 repr\u00e9sentationnel] et tant que mani\u00e8res d\u2019\u00eatre [signifi\u00e9 identificationnel] \u00bb (Resende et Ramalho, 2006, p. 60). Concernant ce dernier, les autrices affirment qu\u2019il renvoie \u00e0 la construction et \u00e0 la n\u00e9gociation des identit\u00e9s dans le discours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son analyse du discours publicitaire, Magalh\u00e3es (2005) liste quelques cat\u00e9gories d\u2019analyse, comme le vocabulaire, l\u2019intertextualit\u00e9 et l\u2019interdiscursivit\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Selon Fairclough (2001, p. 114), l\u2019intertextualit\u00e9 se r\u00e9f\u00e8re au fait que les textes ont la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre remplis de fragments d\u2019autres textes, qui \u00ab peuvent \u00eatre explicitement d\u00e9limit\u00e9s ou m\u00e9lang\u00e9s et que le texte peut assimiler, contredire, relayer ironiquement, et ainsi de suite \u00bb. Fairclough distingue deux types d\u2019intertextualit\u00e9 : l\u2019intertextualit\u00e9 manifeste, c\u2019est-\u00e0-dire la constitution h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de textes par d\u2019autres textes sp\u00e9cifiques, et l\u2019intertextualit\u00e9 constitutive, c\u2019est-\u00e0-dire la constitution par d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments (types de conventions) des ordres du discours (interdiscursivit\u00e9). Concernant l\u2019interdiscursivit\u00e9, Resende et Ramalho (2006) affirment que le terme renvoie \u00e0 l\u2019identification des discours articul\u00e9s et \u00e0 la mani\u00e8re dont ceux-ci sont articul\u00e9s dans les pratiques sociales.\" id=\"return-footnote-1689-8\" href=\"#footnote-1689-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>, entre autres. De cette mani\u00e8re, pour analyser la production discursive du racisme LGBTQIA+phobe contre les <em>bichas pretas <\/em>au Br\u00e9sil dans des textes multimodaux, j\u2019ai recouru \u00e0 une compr\u00e9hension du discours comme signifi\u00e9 identificationnel, en m\u2019appuyant sur la cat\u00e9gorie de l\u2019interdiscursivit\u00e9, associ\u00e9e \u00e0 la m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle propos\u00e9e par la grammaire du design visuel (Kress et van Leeuwen, 1996). Dans la partie suivante, j\u2019aborderai cette autre approche critique du discours.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>La grammaire du design visuel et ses cat\u00e9gories analytiques <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Situ\u00e9e dans le champ de la s\u00e9miotique sociale, la grammaire du design visuel (GDV) \u00e9labor\u00e9e par Kress et van Leeuwen (1996) se base sur la linguistique syst\u00e9mique et fonctionnelle de Michael Halliday (1985) pour analyser des textes imag\u00e9tiques et leurs contextes d\u2019utilisation. Pour cette approche s\u00e9miotique, la grammaire ne reprend pas un ensemble de r\u00e8gles, mais signale la mani\u00e8re dont se r\u00e9alise la combinaison de personnes, de lieux et de choses comme un tout significatif (Ferraz, 2011). Partant ainsi d\u2019une vision sociale de la production et de la r\u00e9ception des signifi\u00e9s et reconnaissant le changement survenu, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, dans la place pr\u00e9pond\u00e9rante du visuel comme moyen de communication, les chercheur<em>\u00b7<\/em>es des ECD ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier les ph\u00e9nom\u00e8nes multimodaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De mon point de vue, la multimodalit\u00e9 ne doit pas \u00eatre vue comme une th\u00e9orie, mais comme un ph\u00e9nom\u00e8ne courant dans le langage. Je comprends ainsi la proposition de grammaire du design visuel comme une mani\u00e8re d\u2019analyser des textes multimodaux, c\u2019est-\u00e0-dire des \u00ab\u00a0textes qui sont produits \u00e0 partir de plus d\u2019un mode repr\u00e9sentationnel et communicationnel\u00a0\u00bb (Pinheiro, 2007, p. 27). La GDV nous fournit un arsenal d\u2019outils analytiques et conceptuels d\u2019une grande importance pour un entendement critique des diff\u00e9rents modes de repr\u00e9sentation visuelle des aspects du monde social, puisque, \u00e0 travers ces m\u00e9canismes d\u2019analyse, nous pouvons concevoir les images \u00ab\u00a0en tant que codes dot\u00e9s d\u2019un signifi\u00e9 potentiel, impr\u00e9gn\u00e9s de structures syntaxiques propres\u00a0\u00bb (Almeida, 2008, p. 9). Prenant en compte cette potentialit\u00e9 de la syntaxe visuelle,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Kress et van Leeuwen [&#8230;] d\u00e9crivent trois structures de repr\u00e9sentations de base, qui se sous-divisent et lient leurs \u00e9l\u00e9ments de mani\u00e8re diff\u00e9rente les unes des autres : une m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle (d\u00e9crit les participants dans une action), une m\u00e9tafonction interactionnelle d\u00e9crit les relations socio-interactionnelles construites par l\u2019imagine et une m\u00e9tafonction compositionnelle (qui combine ses \u00e9l\u00e9ments) (Almeida et Fernandes, 2008, p. 11).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les auteurs de cette perspective d\u2019analyse visuelle, cherchant \u00e0 \u00e9tudier les mani\u00e8res dont le langage visuel configure un mode de repr\u00e9sentation de l\u2019exp\u00e9rience sociale, ont effectu\u00e9 une adaptation de la th\u00e9orie de Halliday en ce qui concerne les trois m\u00e9tafonctions qui op\u00e8rent dans le langage verbal, \u00e0 savoir\u00a0: la m\u00e9tafonction id\u00e9ationnelle, la m\u00e9tafonction interpersonnelle et la m\u00e9tafonction textuelle. Pour Kress et van Leeuwen (1996), les syst\u00e8mes s\u00e9miotiques poss\u00e8dent les moyens de repr\u00e9senter les objets dans leur rapport au monde, c\u2019est-\u00e0-dire que la syntaxe visuelle poss\u00e8de des signifi\u00e9s sociaux. Ainsi, les auteurs ont \u00e9labor\u00e9 un mod\u00e8le de lecture des structures visuelles (en proposant une analyse des images \u00e0 partir des m\u00e9tafonctions repr\u00e9sentationnelle, interactive et compositionnelle) cherchant \u00e0 examiner l\u2019\u00e9laboration de l\u2019action sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour cet article, je d\u00e9taillerai uniquement la premi\u00e8re m\u00e9tafonction (et les concepts qui lui sont corr\u00e9l\u00e9s) ayant en vue une analyse de sc\u00e8nes de la performance de Bixarte dans une <em>battle<\/em> de po\u00e9sie (slam). La m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle est obtenue dans les images par la repr\u00e9sentation des participant\u00b7es. Dans la GDV, le terme <em>participant\u00b7e<\/em> est utilis\u00e9 \u00ab\u00a0pour d\u00e9signer des objets ou personnes pr\u00e9sents dans une composition graphique et visuelle\u00a0\u00bb (Ferraz, 2011, p. 35). Il existe deux types de participant\u00b7es dans un acte s\u00e9miotique\u00a0: les participant\u00b7es repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es et les participant\u00b7es interactif\u00b7ves. Les premier\u00b7es font r\u00e9f\u00e9rence aux participant\u00b7es repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es dans l\u2019image ou dans la dimension verbale et ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des personnes, des lieux ou des choses. Les participant\u00b7es interactif\u00b7ves \u00ab\u00a0sont les r\u00e9cepteurs auxquels s\u2019adresse le message\u00a0\u00bb (Ferraz, 2011, p. 35).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne les participant\u00b7es repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es, nous soulignons que, selon la GDV, ils et elles sont g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9\u00b7es \u00e0 des vecteurs et, selon la fonction qu\u2019ils exercent dans l\u2019image, sont nomm\u00e9\u00b7es Acteur\u00b7trice, M\u00e9ta et Interacteur\u00b7trices. Le premier terme renvoie au\u00b7\u00e0 la participant\u00b7e actif\u00b7ve de qui \u00e9mane le vecteur d\u2019une action. Il se d\u00e9marque g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019image, que ce soit par sa taille, sa position ou en contraste avec le second plan. Le deuxi\u00e8me terme d\u00e9signe un\u00b7e participant\u00b7e passif\u00b7ve, \u00e0 qui est destin\u00e9 un vecteur d\u2019action et les Interacteur\u00b7trices participent \u00e0 une action en m\u00eame temps qu\u2019ils et elles \u00e9mettent des vecteurs et sont les cibles de ces m\u00eames vecteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 la conception de l\u2019action sociale \u00e0 partir de la m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle, il est fondamental de comprendre que les structures narratives sont issues de la configuration des participant\u00b7es, des processus et des circonstances. Selon Magalh\u00e3es et Novodvorski, les \u00ab processus sont repr\u00e9sent\u00e9s par des vecteurs, qui peuvent indiquer des actions, des r\u00e9actions, des pens\u00e9es ou des paroles. \u00c0 chacun de ces vecteurs sont associ\u00e9s des participants, qui sont nomm\u00e9s selon la fonction qu\u2019ils exercent dans les processus auxquels ils participent \u00bb (2010, p. 297). Les vecteurs sont des traits ou des lignes imaginaires qui indiquent quelles relations sont construites entre les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sent\u00e9s dans une image.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les textes imag\u00e9tiques<a class=\"footnote\" title=\"En portugais, il existe une forte tendance \u00e0 travailler avec ce que l\u2019on appelle des \u00ab textes imag\u00e9tiques \u00bb, qui ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme hybrides, mais rel\u00e8vent d\u2019une conception th\u00e9orique selon laquelle les images sont des textes, m\u00eame en l\u2019absence d\u2019\u00e9criture. Les organisateurs proposent d\u2019inclure ce note de bas de page \u00e0 ce sujet, car il s\u2019agit d\u2019un point important de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie du Sud.\" id=\"return-footnote-1689-9\" href=\"#footnote-1689-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>, selon Kress et van Leeuwen (1996), les structures narratives servent \u00e0 pr\u00e9senter le d\u00e9roulement d\u2019actions et d\u2019\u00e9v\u00e9nements au moyen de vecteurs. De cette mani\u00e8re, il est possible de distinguer six types de processus narratifs : les processus d\u2019action, les processus r\u00e9actionnels, les processus de parole et mentaux, les processus de conversion et le symbolisme g\u00e9om\u00e9trique (Pinheiro, 2007). Pour l\u2019analyse propos\u00e9e dans cet article, je pr\u00e9senterai seulement le premier. Dans les processus d\u2019action, concernant les types de r\u00e9alisations vectorielles, il existe deux types de relations possibles : la relation transactionnelle, caract\u00e9ris\u00e9e par une structure narrative (un vecteur), et la relation non-transactionnelle, dans laquelle un vecteur, constitu\u00e9 par un \u00e9l\u00e9ment, \u00e9mane d\u2019un\u00b7e participant\u00b7e, sans toutefois se diriger vers un\u00b7e autre participant\u00b7e. Ce type d\u2019action est caract\u00e9ris\u00e9 par une structure conceptuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les structures conceptuelles, les participant\u00b7es sont repr\u00e9sent\u00e9\u00b7es selon leurs sp\u00e9cificit\u00e9s. Dans ces structures, les vecteurs sont moins perceptibles, puisqu\u2019il n\u2019y a pas de participant\u00b7es effectuant des actions. Pour Fernandes et Almeida (2008), les \u00ab\u00a0repr\u00e9sentations conceptuelles d\u00e9crivent qui est le\u00b7a participant\u00b7e repr\u00e9sent\u00e9\u00b7e en termes de classe, de structure ou de signification\u00a0\u00bb (Fernandes et Almeida, 2008, p. 16). Cette repr\u00e9sentation est r\u00e9alis\u00e9e, selon Kress et van Leeuwen (1996), \u00e0 partir de trois processus repr\u00e9sentatifs, que sont les processus classificatoires, analytiques et symboliques. Je pr\u00e9senterai ici seulement le dernier de ces processus. Dans les processus symboliques, l\u2019identit\u00e9 du\u00b7de la participant\u00b7e est \u00e9tablie au moyen d\u2019attributs qui attirent l\u2019attention par la taille, le choix des couleurs, le positionnement, l\u2019utilisation d\u2019adresses, entre autres. \u00a0C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019identit\u00e9 du\u00b7de la participant\u00b7e est d\u00e9finie par le lien que celui ou celle-ci conserve avec ses attributs symboliques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, notons que les circonstances composent \u00e9galement les structures narratives. Les circonstances font r\u00e9f\u00e9rence aux situations dans lesquelles existent des participant\u00b7es secondaires qui ne sont pas reli\u00e9\u00b7es aux participant\u00b7es principaux\u00b7ales par des vecteurs. Dans les mots de Magalh\u00e3es et Novodvorski (2010, p.\u00a0298), les circonstances peuvent \u00eatre reli\u00e9es au D\u00e9cor pr\u00e9sent\u00e9 par le contraste entre le premier et le second plan, au Moyen, \u00ab repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019outil avec lequel l\u2019action est effectu\u00e9e, indiquant g\u00e9n\u00e9ralement la direction du vecteur \u00bb, et \u00e0 l\u2019Accompagnement, qui pr\u00e9sente le\u00b7a participant\u00b7e \u00e0 un processus narratif sans lien vectoriel avec les autres participant\u00b7es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une fois explicit\u00e9es l\u2019analyse critique du discours et la grammaire du design visuel, j\u2019aborderai maintenant le tournant d\u00e9colonial dans les \u00e9tudes critiques du discours (Resende, 2019) et, dans ce mouvement, j\u2019inclurai le tournant noir dans les sciences du langage, et plus particuli\u00e8rement dans les \u00e9tudes critiques du discours, en proposant dans ce champ d\u2019\u00e9tudes une perspective d\u00e9coloniale afro-diasporique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Le tournant d\u00e9colonial et afro-diasporique dans les \u00e9tudes critiques du discours<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pouvons affirmer que, dans la derni\u00e8re d\u00e9cennie, de plus en plus de mouvements ont configur\u00e9 un tournant d\u00e9colonial dans les ECD, dans la mesure o\u00f9 plusieurs chercheur\u00b7es de ce domaine ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9\u00b7es par la position \u00ab\u00a0selon laquelle les rapports de colonialit\u00e9 dans les sph\u00e8res \u00e9conomiques et politiques n\u2019ont pas pris fin avec la destruction du colonialisme\u00a0\u00bb (Ballestrin, 2013, p. 99) et ont probl\u00e9matis\u00e9 l\u2019impact de la colonialit\u00e9 du pouvoir, du savoir et de l\u2019\u00eatre dans les ECD.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour exposer la mat\u00e9rialit\u00e9 de ce tournant d\u00e9colonial, nous commencerons par d\u00e9velopper le propos donn\u00e9 par Magalh\u00e3es (2010) dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Analyse critique du discours\u00a0: questions et perspectives pour l\u2019Am\u00e9rique latine\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0An\u00e1lise de discurso cr\u00edtica: quest\u00f5es e perspectivas para a Am\u00e9rica Latina\u00a0\u00bb). L\u2019autrice nous avertit qu\u2019\u00ab\u00a0il ne convient pas de transplanter des th\u00e9ories formul\u00e9es au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne en Am\u00e9rique latine sans une \u00e9tude pr\u00e9alable du contexte social local. Cela semble constituer un risque dans l\u2019analyse du discours, y compris dans l\u2019ACD\u00a0\u00bb (Magalh\u00e3es, 2010, p. 20). J\u2019estime que cette alerte renvoie \u00e0 la mani\u00e8re dont la production de la connaissance dans notre domaine a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, afin de ne pas contester et\/ou d\u00e9naturaliser la g\u00e9opolitique de la connaissance (Mignolo, 2020) eurocentr\u00e9e dans les ECD.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre des ECD, Resende (2019) nous montre comment ce colonialisme a agi au moyen des colonialit\u00e9s du pouvoir, du savoir et de l\u2019\u00eatre dans les \u00e9tudes discursives pratiqu\u00e9es en Am\u00e9rique latine. Le monopole d\u2019une g\u00e9opolitique universitaire se manifeste, par exemple, par la mani\u00e8re dont les ECD maintiennent un lien d\u2019\u00e9mergence d\u2019apparition aussi bien avec la France (analyse du discours de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise) qu\u2019avec l\u2019Angleterre et les \u00c9tats-Unis (analyse du discours d\u2019\u00e9cole anglo-\u00e9tatsunienne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue de la th\u00e9orie d\u00e9coloniale (Mignolo, 2017, 2020; Quijano, 2005; Walsh, 2013), nous pouvons dire que cette colonialit\u00e9 dans le domaine des ECD r\u00e9sulte \u00e9galement de la production d\u2019une hi\u00e9rarchie linguistique entre langues europ\u00e9ennes et langues non europ\u00e9ennes, \u00ab privil\u00e9giant la communication et la production de connaissances th\u00e9oriques dans les langues europ\u00e9ennes et subalternisant les langues non-europ\u00e9ennes comme \u00e9tant seulement des productrices de folklore ou de culture, mais pas de connaissances\/th\u00e9ories \u00bb (Mignolo, 2017, p. 110). Une telle hi\u00e9rarchie repose sur la colonialit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Mignolo (2020), la colonialit\u00e9 se pr\u00e9sente en trois niveaux\u00a0: la colonialit\u00e9 du pouvoir (dans le domaine de l\u2019\u00e9conomie et de la politique), du savoir (positionnement \u00e9pist\u00e9mique, philosophique, scientifique, racial et vision du rapport entre langues et connaissance) et de l\u2019\u00eatre (subjectivit\u00e9 et contr\u00f4le de la sexualit\u00e9 et des r\u00f4les attribu\u00e9s aux genres). De cette fa\u00e7on, un mouvement qui d\u00e9colonise la connaissance, qui d\u00e9colonise les ECD, devient n\u00e9cessaire. La d\u00e9colonialit\u00e9 se pose comme projet universitaire et politique d\u2019intervention sur la r\u00e9alit\u00e9, comme mouvement, \u00e9tant une (parmi tant d\u2019autres) option politique et \u00e9pist\u00e9mologique qui \u00ab\u00a0vise \u00e0 combattre l\u2019agissement du racisme en tant que dimension structurante du syst\u00e8me-monde moderne colonial, cherche enfin \u00e0 \u00eatre une r\u00e9ponse \u00e0 la colonialit\u00e9\u00a0\u00bb (Bonfim, Silva et Silva, 2021, p. 42). Concernant les mani\u00e8res de combattre les colonialit\u00e9s du pouvoir, du savoir et de l\u2019\u00eatre dans les ECD, Resende affirme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous apportons dans les \u00e9tudes critiques du discours une compr\u00e9hension d\u00e9j\u00e0 th\u00e9oris\u00e9e de la constitution mutuelle de ces trois domaines, pas toujours claire dans la bibliographie d\u00e9coloniale. Reconna\u00eetre le lien entre colonialit\u00e9 du pouvoir et genres discursifs de notre action, entre colonialit\u00e9 du savoir et discours qui nous permettent de comprendre les pratiques, et entre colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et styles avec lesquels nous nous identifions, cela constitue d\u00e9j\u00e0 une contribution des \u00e9tudes discursives critiques \u00e0 la discussion autour de la d\u00e9colonialit\u00e9 (Resende, 2019, p. 36).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, je t\u00e2che dans cet article de d\u00e9coloniser en mettant l\u2019accent sur le lien entre la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et les styles d\u2019\u00eatre (Fairclough, 2003), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019analyser et de probl\u00e9matiser la production du contr\u00f4le de la sexualit\u00e9 et des r\u00f4les attribu\u00e9s aux genres au moyen d\u2019une analyse de discours critique d\u00e9coloniale afro-diasporique de la performance de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De cette mani\u00e8re, je rejoins Resende (2010) lorsqu\u2019elle affirme que d\u00e9coloniser les \u00e9tudes critiques du discours ne consiste pas \u00e0 nier l\u2019h\u00e9ritage europ\u00e9en, mais plut\u00f4t \u00e0 profiter des ressources d\u00e9j\u00e0 existantes pour proposer des r\u00e9flexions nouvelles et diff\u00e9rentes. Dans cette m\u00eame logique, Prah (2019) affirme que \u00ab\u00a0la d\u00e9colonisation de la connaissance [\u2026] signifie, en effet, d\u00e9tacher les sp\u00e9cificit\u00e9s occidentales de nos modes de construction du savoir, et ainsi adapter la production de connaissances \u00e0 nos particularit\u00e9s culturelles et linguistiques\u00a0\u00bb (Prah, 2019, p.\u00a0192).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, en dialogue avec la pens\u00e9e d\u00e9coloniale afro-diasporique, qui, selon Bernardino-Costa, Maldonado-Torres et Grosfoguel, \u00ab\u00a0englobe la longue tradition de r\u00e9sistance des populations noires et indig\u00e8nes [\u2026]\u00a0\u00bb (2019, p. 9), dans la production d\u2019\u00e9pist\u00e9mologies afro-latino-am\u00e9ricaines, je propose une approche des \u00e9tudes critiques du discours sous une perspective d\u00e9coloniale afro-diasporique. Pour cela, j\u2019ai recours \u00e0 des cosmovisions des intellectuel\u00b7les noir\u00b7es, en contexte br\u00e9silien, qui rejoignent la cat\u00e9gorie politique d\u2019am\u00e9fricanit\u00e9, propos\u00e9e par l\u2019anthropologue noire L\u00e9lia Gonzalez (1988). Pour cette auteure, \u00ab\u00a0au-del\u00e0 de son caract\u00e8re purement g\u00e9ographique, la cat\u00e9gorie \u201cam\u00e9fricanit\u00e9\u201d englobe tout un processus historique de dynamique culturelle (adaptation, r\u00e9sistance, r\u00e9interpr\u00e9tation et cr\u00e9ation de nouvelles formes), qui est afrocentr\u00e9e\u00a0\u00bb (Gonzalez, 1988, p. 76). Ainsi, au-del\u00e0 de la langue, de la g\u00e9ographie et de l\u2019id\u00e9ologie qui d\u00e9finit l\u2019Am\u00e9rique latine, l\u2019am\u00e9fricanit\u00e9 a pour point de d\u00e9part la corpo-g\u00e9opolitique des peuples noirs dans le contexte de l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, la conception du langage comme \u00ab\u00a0sortil\u00e8ge\u00a0\u00bb (<em>mandinga<\/em>) propos\u00e9e par la linguiste noire Kassandra Muniz (2021), est fondamentale. Selon elle, \u00ab\u00a0le sortil\u00e8ge est le propre langage corpor\u00e9ifi\u00e9 dans les r\u00e9existences de la population noire\u00a0\u00bb. Cela touche \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 avec laquelle nous utilisons le langage de mani\u00e8re strat\u00e9gique [\u2026] pour survivre en tant que population constamment extermin\u00e9e\u00a0\u00bb (Muniz, 2021, p. 281). Cette compr\u00e9hension du langage comme sortil\u00e8ge est fondamentale pour analyser les pratiques discursives des personnes noires \u00ab\u00a0\u00e0 partir d\u2019un endroit \u00e0 la crois\u00e9e des chemins\u00a0\u00bb (Muniz, 2021, p. 281), c\u2019est-\u00e0-dire de la corpo-g\u00e9opolitique (Bernardino-Costa, Maldonado-Torres et Grosfoguel, 2019) cr\u00e9\u00e9e \u00e0 partir d\u2019une position d\u2019\u00e9nonciation \u00e9pist\u00e9mique noire. Parler de et sur la crois\u00e9e des chemins, c\u2019est, paraphrasant Luiz Simas et Luiz Rufino (2018), invoquer et corporifier les puissances des <em>orix\u00e1s<\/em> (divinit\u00e9s yorubas)<a class=\"footnote\" title=\"Selon Lopes (2011, p. 1063), le terme orix\u00e1, dans les religions afro-br\u00e9siliennes, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0[\u2026] chacune des entit\u00e9s surnaturelles \u2013 forces de la nature \u00e9manant de Olorum ou Olofim \u2013 qui guident la conscience des \u00eatres vivants et prot\u00e8gent les activit\u00e9s de maintien de la communaut\u00e9.\u00a0\u00bb\" id=\"return-footnote-1689-10\" href=\"#footnote-1689-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par cons\u00e9quent, dansant, <em>gingando<\/em>, \u00ab\u00a0avec les id\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re que nous [noir\u00b7es] dansons avec notre corps\u00a0\u00bb (Muniz, 2021, p. 282), je m\u2019approprie l\u2019approche dialectique et relationnelle de l\u2019ACD et de la grammaire du design visuel pour analyser le discours multimodal dans un contexte situ\u00e9, un slam d\u2019un individu travesti et noir \u2013 une <em>bicha preta<\/em> \u2013 qui d\u00e9stabilise la vision eurocentrique de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Proc\u00e9d\u00e9s m\u00e9thodologiques <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Ayant l\u2019objectif d\u2019analyser la (re)production du racisme LGBTQIA+phobe et les resignifications discursives et s\u00e9miotiques pr\u00e9sentes dans les exp\u00e9riences de r\u00e9existence du corps <em>bicha preta<\/em> dans le contexte br\u00e9silien, j\u2019ai s\u00e9lectionn\u00e9 une vid\u00e9o dans laquelle il est possible de voir la performance d\u2019une <em>bicha preta<\/em> dans un concours de po\u00e9sie parl\u00e9e (slam), protagoniste autod\u00e9nomm\u00e9e \u00ab po\u00e9tesse, chanteuse, rappeuse, compositrice, actrice, trans et noire. Pr\u00e9nom Bixarte et nom r\u00e9sistance! \u00bb selon la description de sa cha\u00eene sur YouTube. Se nommant \u00e9galement Bianca Manicongo sur ses r\u00e9seaux, la paraibanaise a gagn\u00e9 le concours. Ses rimes ont \u00e9galement fait le buzz sur un r\u00e9seau social de vid\u00e9os, avec plus de 725 000 vues et 17 000 commentaires, en plus des plus de 21 000 partages vers WhatsApp.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le slam est un type de comp\u00e9tition qui passe par l\u2019utilisation du langage comme discours, de la part d\u2019individus qui ont \u00e9t\u00e9, de par l\u2019histoire coloniale, constitu\u00e9s en tant que marginalis\u00e9s, subalternis\u00e9s, parmi lesquels la population noire domine. Au Br\u00e9sil, selon Rodrigues et Nascimento (2020), le slam a commenc\u00e9 \u00e0 partir de 2008 avec des po\u00e9tesses et des po\u00e8tes qui se sont mis \u00e0 occuper, en soir\u00e9e, des places situ\u00e9es dans des quartiers p\u00e9riph\u00e9riques de S\u00e3o Paulo. Suite \u00e0 cet \u00e9pisode, le slam s\u2019est progressivement diffus\u00e9 dans tout le pays. Ces concours ont g\u00e9n\u00e9ralement eu lieu dans des espaces publics comme des places, des viaducs, etc., et sont souvent enregistr\u00e9s et partag\u00e9s sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques (Facebook, Instagram ou m\u00eame sur des cha\u00eenes comme YouTube).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les battles, les slammeur\u00b7euses (nom donn\u00e9 aux po\u00e9tesses et po\u00e8tes) s\u2019engagent dans des duels en pr\u00e9sentant leurs propres po\u00e8mes en maximum trois minutes. C\u2019est le jury compos\u00e9 par le public pr\u00e9sent qui choisit le vainqueur. Parmi de nombreux th\u00e8mes, le slam se configure comme une utilisation de la langue ayant pour finalit\u00e9 de discuter, probl\u00e9matiser, d\u00e9naturaliser des pratiques racistes, principalement dans le contexte de lieux qualifi\u00e9s de p\u00e9riph\u00e9riques. Rodrigues et Nascimento (2020) pr\u00e9cisent que \u00ab\u00a0la v\u00e9ritable intention des po\u00e8tes et po\u00e9tesses du slam est de se faire entendre et de cr\u00e9er des strat\u00e9gies de r\u00e9sistance aux c\u00f4t\u00e9s des individus qui partagent des exp\u00e9riences similaires au quotidien\u00a0\u00bb (Rodrigues et Nascimento, 2020, p. 208).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La vid\u00e9o s\u00e9lectionn\u00e9e se trouve sur la cha\u00eene YouTube \u00ab\u00a0Slam resist\u00eancia\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU<\/a>)<a class=\"footnote\" title=\"Le po\u00e8me pr\u00e9sent\u00e9e par Bixarte est int\u00e9gralement transcrit en annexe \u00e0 la fin de cet article.\" id=\"return-footnote-1689-11\" href=\"#footnote-1689-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a> qui a document\u00e9 l\u2019\u00e9dition de 2021 du \u00ab Slam resist\u00eancia \u00bb, qui a lieu tous les premiers lundis du mois sur la Place Roosevelt, sur les escaliers permettant d\u2019aller vers la rue Augusta \u00e0 S\u00e3o Paulo. Parmi les crit\u00e8res utilis\u00e9s pour le choix de la vid\u00e9o, on trouve, d\u2019une part, le fait qu\u2019il y ait dans cette battle de po\u00e9sie une <em>bicha preta<\/em> et la mani\u00e8re dont le discours multimodal mat\u00e9rialise les exp\u00e9riences du racisme LGBTQIA+phobe et, d\u2019autre part, les formes de r\u00e9existences des <em>bichas pretas<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9lection des quatre sc\u00e8nes a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par des captures d\u2019\u00e9cran, selon certaines des cat\u00e9gories propos\u00e9es par Kress et van Leeuwen (1996) pour l\u2019analyse des images en tant que textes imag\u00e9tiques qui repr\u00e9sentent des actions en cours (structures narratives) et de modalit\u00e9 satur\u00e9e. Par la suite, j\u2019ai proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019analyse du discours multimodal compos\u00e9 des sc\u00e8nes et des \u00e9nonc\u00e9s discursifs s\u00e9lectionn\u00e9s, comprenant le discours comme un signifi\u00e9 identificationnel, en mettant l\u2019accent sur les cat\u00e9gories du vocabulaire et de l\u2019interdiscursivit\u00e9 (Fairclough, 2003), associ\u00e9 \u00e0 la m\u00e9tafonction repr\u00e9sentationnelle propos\u00e9e par la grammaire du design visuel (Kress et van Leeuwen, 1996).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Analyse discursive critique afro-diasporique\u00a0: Bixarte et ses fa\u00e7ons de r\u00e9exister<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les sc\u00e8nes pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessous (Fig. 1 \u00e0 4) ont \u00e9t\u00e9 extraites de la vid\u00e9o \u00ab\u00a0Slam resist\u00eancia\u00a0\u00bb plus sp\u00e9cifiquement de la finale qui a eu lieu en d\u00e9cembre 2021<a class=\"footnote\" title=\"Source : cha\u00eene Youtube Slam Resist\u00eancia, vid\u00e9o : &quot;Bixarte (vencedora) - Final Slam Resist\u00eancia - dezembro 2021&quot;, imagens : Carol Vidal. Lien : https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU\" id=\"return-footnote-1689-12\" href=\"#footnote-1689-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>. Elles sont suivies de l\u2019analyse de la mani\u00e8re dont le discours multimodal de la <em>bicha preta<\/em> Bixarte figure comme mani\u00e8res d\u2019\u00eatre (signifi\u00e9 identificationnel) en construisant des styles (travestie assassin\u00e9e, travestie prostitu\u00e9e et travestie po\u00e8te\/actrice).<\/p>\n<figure id=\"attachment_1808\" aria-describedby=\"caption-attachment-1808\" style=\"width: 545px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1808\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.18-1024x572.png\" alt=\"\" width=\"545\" height=\"304\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.18-1024x572.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.18-300x168.png 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class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1809\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.31-1024x572.png\" alt=\"\" width=\"552\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.31-1024x572.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.31-300x168.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.31-768x429.png 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-23-a-13.59.31-65x36.png 65w, 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l\u2019exp\u00e9rience de la violence \u00e0 laquelle les travesties noires br\u00e9siliennes sont expos\u00e9es, nous pouvons dire que les images mettent en sc\u00e8ne une performance du quotidien des <em>bichas pretas<\/em> \u00e0 travers une structure narrative. L\u2019action en cours met en discours, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019intervention de la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, qui se r\u00e9alise \u00e0 travers la fabrique du discours de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 obligatoire (Butler, 2012) et eurocentrique (prenant pour mod\u00e8le le sujet blanc) comme forme dominante de l\u2019\u00eatre, du style d\u2019\u00eatre. Un tel discours r\u00e9gule\/standardise la sexualit\u00e9 et les r\u00f4les attribu\u00e9s aux genres en produisant des normes h\u00e9g\u00e9moniques de race, de genre et de sexualit\u00e9 excluantes, qui con\u00e7oivent les travesties comme des corps abjects et qui devraient ainsi \u00eatre des corps pathologis\u00e9s (Sousa, 2021).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce mod\u00e8le de constitution des identit\u00e9s de genre reposant sur l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 cisgenre blanche exclut, humilie et fait violence aux <em>bichas pretas<\/em>. Comme nous pouvons l\u2019observer dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0[&#8230;] travesti n\u00e3o t\u00e1 segura nem na igreja, nem no buz\u00e3o [\u00f4nibus]\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0[&#8230;] la travestie n\u2019est en s\u00e9curit\u00e9 ni \u00e0 l\u2019\u00e9glise ni dans le car [bus]\u00a0\u00bb.) Nous voyons, dans les sc\u00e8nes 1 \u00e0 3, comment le mouvement des mains de Bixarte (vecteurs), associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9nonciation des phrases \u00ab\u00a0Aqui em cada esquina \/ Tenho medo de virar \/ Pois, na \u00faltima que virei \/ Eles tentaram me matar \u00bb (\u00ab Ici \u00e0 chaque coin de rue \/ J\u2019ai peur de tourner \/ Car \u00e0 la derni\u00e8re o\u00f9 j\u2019ai tourn\u00e9 \/ \u00a0Ils ont essay\u00e9 de me tuer\u00a0\u00bb) et \u00ab levantou a m\u00e3o, bateu, o ferro logo puxou e dois tiro foi disparado\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0il a lev\u00e9 la main, il m\u2019a frapp\u00e9e, il a sorti son arme et a tir\u00e9 deux balles\u00a0\u00bb), r\u00e9pr\u00e9sente, par le discours, non seulement une pratique LGBTQIA+phobe, mais \u00e9galement un racisme LGBTQIA+phobe. En effet, nous avons ici une intersection entre les exp\u00e9riences dissidentes et les exp\u00e9riences raciales qui configurent la tentative d\u2019assassinat d\u2019une <em>bicha preta<\/em>, comme l\u2019\u00e9nonce Bixarte quand elle dit qu\u2019elle a eu \u00ab\u00a0peur de tourner [\u00e0 la prochaine rue]\u00a0\u00bb car ils ont \u00ab\u00a0essay\u00e9 de me tuer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous notons que les participants repr\u00e9sent\u00e9s dans les images sont Bixarte, en tant qu\u2019Actrice, d\u2019o\u00f9 proviennent les lignes vectorielles signalis\u00e9es par les mouvements corporels, principalement par les mains, et les autres participants, qui sont secondaires par rapport \u00e0 Bixarte, puisqu\u2019ils ne participent pas directement \u00e0 l\u2019action. Dans la structure narrative, l\u2019action est une action non-transactionnelle, car les vecteurs proviennent de Bixarte, mais ne se dirigent vers aucun autre participant repr\u00e9sent\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, nous pourrions dire que le participant Meta de Bixarte serait l\u2019observateur en tant que participant interactif. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a dans les images une structure conceptuelle \u00e0 travers un processus symbolique, en raison de la position d\u2019Actrice (Bixarte) au premier plan, ainsi que de ses attributs comme ses cheveux longs et cr\u00e9pus, son haut d\u00e9collet\u00e9 et brillant, sa jupe noire, son bracelet et son collier, qui, repr\u00e9sentant eux-m\u00eames le signifi\u00e9 ou l\u2019identit\u00e9 d\u2019une <em>bicha preta<\/em>, se constituent comme attributs symboliques de la travestie Bixarte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous notons que, dans la sc\u00e8ne 4, il est possible de v\u00e9rifier comment cette repr\u00e9sentation visuelle indique un style de vie qui d\u00e9vie d\u2019une identit\u00e9 de genre constitu\u00e9e dans l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 cisgenre blanche, principalement car, en m\u00eame temps qu\u2019elle serre le poing sur sa poitrine, juste o\u00f9 se trouve le c\u0153ur, la travestie en question \u00e9nonce : \u00ab A pol\u00edcia inocenta quem arranca cora\u00e7\u00e3o \u00bb (\u00ab La police innocente ceux qui arrachent le c\u0153ur \u00bb), \u00ab Nas\u00e7a com o seu corpo cis e conhe\u00e7a a liberdade \u00bb (\u00ab Nais avec ton corps cis et d\u00e9couvre la libert\u00e9 \u00bb). Nous pouvons remarquer ici que, puisque les identit\u00e9s\/styles d\u2019\u00eatre sont produits et n\u00e9goci\u00e9s par contraste, la forme de l&rsquo;interaction entre les sc\u00e8nes et les \u00e9nonc\u00e9s (discours multimodal) \u00e0 la fois constitue le corps <em>bicha preta<\/em> et r\u00e9v\u00e8le l\u2019action du racisme LGBTQIA+phobe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne l\u2019incidence du discours multimodal dans l\u2019analyse de la construction identitaire de l\u2019\u00eatre\/vivre <em>bicha preta<\/em>, notons \u00e9galement comment, \u00e0 partir de l\u2019interdiscursivit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019articulation d\u2019autres discours dans un m\u00eame discours et de la mani\u00e8re dont ils sont articul\u00e9s dans une pratique sociale donn\u00e9e (ici, le slam), les \u00e9l\u00e9ments verbaux mettent en discours les exp\u00e9riences du corps <em>bicha preta<\/em> dans le contexte br\u00e9silien. Cette mise en discours passe par une int\u00e9riorisation d\u2019un ensemble de textes\/voix dans le genre discursif analys\u00e9 et (re)met en sc\u00e8ne un \u00e9v\u00e9nement violent s\u2019ins\u00e9rant dans une reproduction historique \u00e0 laquelle les travesties noires sont soumises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En arri\u00e8re-plan, et compl\u00e9tant l\u2019action repr\u00e9sent\u00e9e, il y a dans les sc\u00e8nes, de mani\u00e8re moins visible, des lignes vectorielles imaginaires constitu\u00e9es par les regards des participant\u00b7es secondaires. Dans les mains de certain\u00b7es de ces participant\u00b7es, il est possible de voir des objets (t\u00e9l\u00e9phones portables) qui, point\u00e9s vers Bixarte pour la filmer\/enregistrer sa performance, caract\u00e9risent ce moment comme un type de circonstance \u2013 une circonstance de moyen. D\u2019ailleurs, nous pouvons constater que ces participant\u00b7es secondaires sont attentif\u00b7ves et manifestent leur accord avec le discours de Bixarte. Par exemple, quand cette <em>bicha preta<\/em> \u00e9nonce \u00ab\u00a0voc\u00eas n\u00e3o v\u00e3o encontrar o meu corpo preso numa viatura \u00bb (\u00ab\u00a0Vous n\u2019allez pas retrouver mon corps emprisonn\u00e9 dans une voiture de police\u00a0\u00bb), d\u2019un c\u00f4t\u00e9 elle expose le pr\u00e9suppos\u00e9 selon lequel de nombreuses travesties noires sont injustement arr\u00eat\u00e9es, emmen\u00e9es en prison par une voiture de police et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, elle montre ce qu\u2019est \u00eatre une <em>bicha preta<\/em> au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les pr\u00e9suppos\u00e9s contenus dans ces \u00e9nonc\u00e9s composent une cha\u00eene intertextuelle (Fairclough, 2001) autour de discours et pratiques racistes LGBTphobes, dans la mesure o\u00f9 il est possible d\u2019identifier comment les corps des travesties racialement identifi\u00e9s comme noires sont plus susceptibles d\u2019\u00eatre victimes de ces actions injustes et cruelles. \u00c0 partir de la sonorit\u00e9, du rythme de la vocalisation des \u00e9nonc\u00e9s d\u00e9clam\u00e9s par Bixarte, il y a aussi une interdiscursivit\u00e9 avec la chanson <em>Geni e o Zepelin<\/em>, de Chico Buarque de Holanda. Dans cette chanson (qui int\u00e8gre l\u2019<em>\u00d3pera do Malandro<\/em>), le personnage de Geni est une femme qui subit diverses violences de genre et reste toujours r\u00e9ceptive \u00e0 tous ceux qui se pr\u00e9sentent comme ses clients \u2013 o\u00f9 l\u2019on comprend que Geni est une prostitu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, il importe de souligner que, dans toutes les sc\u00e8nes, nous avons vu les termes \u00ab\u00a0RESIST\u00caNCIA\u00a0\u00bb et, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, \u00ab\u00a0SLAM\u00a0\u00bb, qui nomment le concours de po\u00e9sie parl\u00e9e. Toutefois, de mon point de vue, cette r\u00e9sistance est, dans le discours de Bixarte, \u00e9galement r\u00e9existence, dans la mesure o\u00f9 les actions repr\u00e9sent\u00e9es dans le discours multimodal de cette travestie noire r\u00e9inventent, r\u00e9interpr\u00e8tent la constitution de nouvelles agentivit\u00e9s du genre et de la sexualit\u00e9 qui, \u00e0 leur tour, transgressent les structures h\u00e9g\u00e9moniques de l\u2019\u00eatre, rendant possible un r\u00e9cit qui est en soi transgresseur et d\u00e9colonial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la fin de sa performance, Bixarte montre qu\u2019elle n\u2019\u00e9nonce pas de n\u2019importe o\u00f9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle indique qu\u2019elle agit \u00e0 partir d\u2019un locus d\u2019\u00e9nonciation noir. En se situant \u00e0 la crois\u00e9e des chemins (Muniz, 2021), elle danse discursivement \u00ab o meu nome \u00e9 Bixarte, eu n\u00e3o sou prostituta, eu sou poeta e atriz! \u00bb (\u00ab Je m\u2019appelle Bixarte, je ne suis pas prostitu\u00e9e, je suis po\u00e8te et actrice! \u00bb), \u00ab se voc\u00eas me queria [sic] fazendo programa; prazer, eu sou a pr\u00f3pria literatura \u00bb (\u00ab Si vous vouliez que je fasse le tapin; enchant\u00e9e, je suis la litt\u00e9rature m\u00eame \u00bb)<a class=\"footnote\" title=\"N.T. : Le [sic] ajout\u00e9 par l\u2019auteur de l\u2019article indique une absence de concordance verbale, ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent dans le portugais parl\u00e9 au Br\u00e9sil, mais souvent stigmatis\u00e9.\" id=\"return-footnote-1689-13\" href=\"#footnote-1689-13\" aria-label=\"Footnote 13\"><sup class=\"footnote\">[13]<\/sup><\/a>. Notons ici qu\u2019il est possible de voir une pratique de r\u00e9existence par une resignification discursive, autant par la jonction de <em>bixa<\/em> (au lieu de <em>bicha<\/em>) et <em>arte <\/em>(\u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb) que par les significations provenant des actions discursives de Bixarte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les termes de Souza (2011), la r\u00e9existence touche aux fa\u00e7ons de se r\u00e9approprier le langage de la part des personnes noires qui, pour exister (devenir visibles) et r\u00e9sister (contre le mode colonial\/raciste\/capitaliste, patriarcal et LGBTQIA+phobe), r\u00e9inventent, resignifient les r\u00f4les et les positions sociales qui leur sont attribu\u00e9s par une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s socio-raciales. Bixarte d\u00e9place les identit\u00e9s de travestie noire assassin\u00e9e, travestie noire prostitu\u00e9e, vers celle de travestie noire qui fait de l\u2019art-Bixarte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Butler (1997), la resignification de pratiques et \u00e9nonc\u00e9s offensifs touche \u00e0 la resignification radicale des discours. Santos, faisant \u00e9cho \u00e0 Butler, explique que la \u00ab\u00a0resignification, c\u2019est la possibilit\u00e9 de citation, de contre-appropriation et de remontage du discours offensif, de sorte que s\u2019op\u00e8re une rupture avec ses contextes ant\u00e9rieurs et que cet \u00e9nonc\u00e9 en vienne alors \u00e0 occuper de nouveaux contextes pour lesquels il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 auparavant\u00a0\u00bb (2012, p. 89).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019elle cite ces pratiques, lorsqu\u2019elle repr\u00e9sente les contextes de violence et de racisme LGBTQIA+phobe dans sa performance, Bixarte r\u00e9oriente le sens de ce qu\u2019\u00eatre une travestie noire, en se constituant comme <em>bicha preta<\/em>. Ce mouvement s\u2019op\u00e8re principalement par la mani\u00e8re dont elle se nomme. Plus qu\u2019un agglom\u00e9rat de mots, Bixarte r\u00e9v\u00e8le la mani\u00e8re dont \u00ab l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 avec laquelle nous [la population noire] utilisons le langage de mani\u00e8re strat\u00e9gique [\u2026] pour survivre en tant que population constamment extermin\u00e9e \u00bb (Muniz, 2021, p. 281) par le racisme LGBTQIA+phobe, dans ce cas. Il est donc possible d\u2019affirmer que le style d\u2019\u00eatre (signifi\u00e9 identificationnel) produit par le discours multimodal de Bixarte ne d\u00e9nonce pas seulement le racisme LGBTQIA+phobe, mais qu\u2019il pr\u00e9sente \u00e9galement un positionnement d\u00e9colonial avec une perspective noire des utilisations de la langue.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Consid\u00e9rations finales<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Par l\u2019analyse du discours multimodal de la travestie noire Bixarte, il a \u00e9t\u00e9 possible de pr\u00e9senter une perspective des \u00e9tudes critiques du discours d\u2019orientation d\u00e9coloniale afro-diasporique. En effet, l\u2019analyse de la repr\u00e9sentation visuelle de l\u2019exp\u00e9rience du racisme LGBTQIA+phobe \u2013 tel que d\u00e9fini auparavant comme la production d\u2019une hi\u00e9rarchie raciale qui intersectionne les exp\u00e9riences de corps dissidents \u2013 a montr\u00e9 comment la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre constitue et est constitu\u00e9e par une perspective de genre qui repose sur l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 cisgenre blanche qui exclut, humilie et fait violence aux travesties noires. Ainsi, j\u2019en conclus que le racisme LGBTQIA+phobe est aliment\u00e9 par la colonialit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et qu\u2019il repose principalement sur les pratiques de signification et repr\u00e9sentation des individus noirs LGBTQIA+ au cours de l\u2019histoire, de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9guler leur mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, d\u2019exister et de vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019analyse interdiscursive, ainsi que la mani\u00e8re dont les vecteurs constituant la conception de l\u2019action repr\u00e9sent\u00e9e dans les sc\u00e8nes qui composent le discours multimodal de Bixarte, montre l\u2019\u00e9mergence d\u2019une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, d\u2019une mani\u00e8re de performer le genre, qui ne part pas du mod\u00e8le europ\u00e9en, mais d\u2019un locus d\u2019\u00e9nonciation noir qui resignifie le corps de la travestie noire comme <em>bicha preta<\/em>. La <em>bicha preta<\/em> actionne de nouvelles agentivit\u00e9s du genre, de la race et de la sexualit\u00e9 qui, \u00e0 leur tour, transgressent les structures h\u00e9g\u00e9moniques de l\u2019\u00eatre, rendant possible un r\u00e9cit d\u00e9colonial afro-diasporique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Situ\u00e9e \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, \u00e0 un endroit o\u00f9 il est seulement possible de (sur)vivre par des <em>mandingas<\/em>, des sortil\u00e8ges, la <em>bicha preta<\/em> (Bixarte) \u00ab\u00a0jette un sort\u00a0\u00bb, ruse, \u00e0 travers des recours discursifs comme l\u2019interdiscursivit\u00e9, l\u2019intertextualit\u00e9 et son apparence visuelle. Elle adopte ainsi des positions rayant des \u00e9pist\u00e9m\u00e8s par des pratiques de r\u00e9existences qui resignifient les styles h\u00e9g\u00e9moniques de l\u2019\u00eatre, dans la mesure o\u00f9 ils provoquent des d\u00e9stabilisations, des ruptures avec les contextes violents, racistes et LGBTQIA+phobe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je ne conclus pas cet article avec l\u2019unique volont\u00e9 de \u00ab\u00a0donner la parole\u00a0\u00bb, mais \u00e9galement avec la perspective d\u2019un monde pluriversel (Noguera, 2014) et, en ce sens, je convoque Bixarte\u00a0: \u00ab\u00a0o meu nome \u00e9 Bixarte, eu n\u00e3o sou prostituta, eu sou poeta e atriz! Se voc\u00eas me queria [sic] fazendo programa; prazer, eu sou a pr\u00f3pria literatura \u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<br \/>\n<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Almeida, Danielle (Org.)<em>.<\/em> 2008<em>. <\/em><em>Perspectivas em an\u00e1lise visual:<\/em> <em>do fotojornalismo ao blog<\/em>. Jo\u00e3o Pessoa: Editora da UFPB.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Almeida, Danielle, Fernandes, Jos\u00e9. 2008. Revisitando a gram\u00e1tica visual nos cartazes de guerra. <em>In<\/em>: Almeida, Danielle (Org.). <em>Perspectivas em an\u00e1lise visual:<\/em> <em>do fotojornalismo ao blog<\/em> (9-31), Jo\u00e3o Pessoa: Editora da UFPB.<\/p>\n<p>Almeida, Silvio. 2019. <em>Racismo estrutural<\/em>. S\u00e3o Paulo. P\u00f3len.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Antra, Associa\u00e7\u00e3o Nacional de Travestis e Transexuais do Brasil. 2021. <em>Dossi\u00ea dos assassinatos e da viol\u00eancia contra travestis e transexuais brasileiras em 2020<\/em>. S\u00e3o Paulo: Express\u00e3o Popular, ANTRA, IBTE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ballestrin, Luciana. 2013. <em>Am\u00e9rica latina e o giro decolonial<\/em>. Revista Brasileira de Ci\u00eancia Pol\u00edtica, n.11, p. 89-117.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bernardino-Costa, Joaze, Maldonado-Torres, Nelson, Grosfoguel, Ram\u00f3n. 2019. (Orgs.).<em> Decolonialidade e pensamento afrodiasp\u00f3rico.<\/em> 2a ed. Belo Horizonte: Aut\u00eantica Editora.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bonfim, Marco, Silva, Francisco, Silva, Maria. 2021. <em>Por uma epistemologia decolonial em perspectiva afrodiasp\u00f3rica e contra-colonial na Lingu\u00edstica Aplicada Brasileira<\/em>.<strong>\u00a0<\/strong>L\u00ednguas &amp; Letras, v. 22, n. 52, p. 38-55.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Butler, Judith. 1997. <em>Excitable speech:<\/em> <em>a politics of the performative.<\/em> New York: Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Butler, Judith. 2012. <em>Problemas de g\u00eanero: feminismo e subvers\u00e3o da identidade.<\/em> Tradu\u00e7\u00e3o de Renato Aguiar. 4a ed. Rio de Janeiro: Civiliza\u00e7\u00e3o Brasileira.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Carneiro, Sueli. 2023. <em>Dispositivo de racialidade<\/em>: <em>a constru\u00e7\u00e3o do outro como n\u00e3o ser como fundamento do ser. <\/em>Rio de Janeiro: Zahar.<\/p>\n<p>Chouliaraki, Lilie and Fairclough, Norman. 1999. <em>Discourse in Late Modernity<\/em>. Edinburg: Edinburg University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fairclough, Norman. 2001. <em>Discurso e mudan\u00e7a social<\/em>. Coord. trad., revis\u00e3o e pref\u00e1cio \u00e0 ed. brasileira de Izabel Magalh\u00e3es. Bras\u00edlia: Editora da Universidade de Bras\u00edlia.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fairclough, Norman. 2003. <em>Analysing discourse: Textual analysis for social research.<\/em>\u00a0 Londres\/Nova York: Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ferraz, Jana\u00edna. 2011. <em>A multimodalidade no ensino de portugu\u00eas como segunda l\u00edngua: novas perspectivas discursivas cr\u00edticas.<\/em> Tese de Doutorado. Bras\u00edlia: Universidade de Bras\u00edlia.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fowler, Roger, Kress, Bob. 1979. Critical linguistics. <em>In<\/em>: Fowler, Roger, Hodge, Bob, Kress, Gunther, Trew, Tony<em>. Language and control.<\/em> London, Boston and Henley: Routledge &amp; Kegan Paul.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gomes, Nilma. 2016. Entrevista (concedida a Glenda Melo). <em>Revista Linguagem em foco. <\/em>v.8, n.2. p.115-122.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gonzalez, L\u00e9lia. 1988. A categoria pol\u00edtico-cultural de amefricanidade. <em>Tempo Brasileiro<\/em>. n. 92\/93, p. 69-82.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guimar\u00e3es, Antonio S\u00e9rgio. 2008. Cor e ra\u00e7a: Ra\u00e7a, cor e outros conceitos anal\u00edticos. <em>In<\/em>: Pinho, Osmundo; Sansone, L\u00edvio. (Orgs).<em> Ra\u00e7a<\/em>: <em>novas perspectivas antropol\u00f3gicas<\/em> (63-82). <span style=\"background-color: #ffffff\">2<sup>a<\/sup> ed. rev. Salvador, Associa\u00e7\u00e3o Brasileira de Antropologia: EDUFBA.<\/span><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Halliday, Michael. 1985. <em>An Introduction to Functional Grammar. <\/em>London: British Library Cataloguing in Publication Data.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hall, Stuart. 2006. <em>A identidade cultural na p\u00f3s-modernidade.<\/em>11a ed. Trad. Tomaz Tadeu da Silva, Guaracira Lopes Louro. Rio de Janeiro: DP&amp;A.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Horkheimer, Max. 1983 [1937].Teoria Tradicional e Teoria Cr\u00edtica. In: Benjamin, Walter, Horkheimer, Max, Adorno, Theodor W., Habermas, J\u00fcrgen. <em>Textos escolhidos. (Col. Os Pensadores, Vo. XLVIII). <\/em><em>(<\/em>117-161).\u00a0S\u00e3o Paulo: Abril Cultural.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ipea (Instituto de Pesquisa Econ\u00f4mica Aplicada). 2020. <em>Atlas da Viol\u00eancia.<\/em> Bras\u00edlia.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kress, Gunther, van Leeuwen, Theo. 1996. <em>Reading images: the grammar of visual design<\/em>. London, New York: Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lopes, Adriana. 2010. <em>Funk-se quem quiser no batid\u00e3o negro da cidade carioca. <\/em>Tese de Doutorado. Campinas: Universidade Estadual de Campinas.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lopes, Nei. 2011. <em>Enciclop\u00e9dia brasileira da di\u00e1spora africana<\/em>. 4a ed. S\u00e3o Paulo: Selo Negro.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Magalh\u00e3es, Izabel. 2010. An\u00e1lise de discurso Cr\u00edtica: quest\u00f5es e perspectivas para a Am\u00e9rica Latina. <em>In<\/em>: Resende, Viviane, Pereira, F\u00e1bio (Orgs.). <em>Pr\u00e1ticas socioculturais e discurso: debates transdisciplinares<\/em> (9-28). Covilh\u00e3: LabCom Books.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Magalh\u00e3es, Izabel. 2005. An\u00e1lise do discurso publicit\u00e1rio. <em>Revista da ABRALIN<\/em>, n. 4. v.1, p. 231-260.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Magalh\u00e3es, C\u00e9lia, Novodvorski, Ariel. 2010. A semi\u00f3tica visual e a quest\u00e3o da identidade racial: uma leitura sist\u00eamico-funcional em duas capas de literatura infanto-juvenil brasileira. <em>In<\/em>: Fern\u00e1ndez, Mar\u00eda, Ghio, Elsa. (Org). <em>El discurso em espa\u00f1ol y portugu\u00eas: Estudios desde uma perspectiva sist\u00e9mico-funcional<\/em> (287-310).1ed. Santa F\u00e9: Centro de Publicaciones -UNL.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mignolo, Walter. 2017. Colonialidade: o lado mais escuro da modernidade. <em>Revista Brasileira de Ci\u00eancias Sociais<\/em>, v. 32 n. 94, p. 01-18.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mignolo, Walter. 2020. <em>Hist\u00f3rias locais\/projetos globais:<\/em> <em>colonialidade, saberes subalternos e pensamento liminar<\/em>. Trad.: Solange Ribeiro de Oliveira. Belo Horizonte: Editora da UFMG.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Munanga, Kabengele. 2020. <em>Rediscutindo a mesti\u00e7agem no Brasil: identidade nacional versus identidade negra. <\/em>5a ed. Belo Horizonte: Aut\u00eantica.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Muniz, Kassandra. 2021. Linguagem como mandinga: popula\u00e7\u00e3o negra e perif\u00e9rica reinventando epistemologias. <em>In<\/em>: Souza, Ana L\u00facia (Orgs). <em>Cultura pol\u00edtica nas periferias: estrat\u00e9gias de reexist\u00eancia<\/em> (273-288)<em>.<\/em> S\u00e3o Paulo: Funda\u00e7\u00e3o Perseu Abramo.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Noguera, Renato. 2014. <em>O ensino de filosofia e a lei 10.639.<\/em> Rio de Janeiro: Pallas, Biblioteca Nacional.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oliveira, Megg Rayara.\u00a0 2017. <em>O diabo em forma de gente: (r)exist\u00eancias de gays afeminados<\/em>, <em>viados e bichas pretas na educa\u00e7\u00e3o<\/em>. Tese de Doutorado. Curitiba: Universidade Federal do Paran\u00e1.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Oliveira, Megg Rayara. 2021. Palestra Ancestralidade Negra Travesti. In: <em>IV Col\u00f3quio Ra\u00e7as e Interseccionalidades<\/em>, \u00a0<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=S0r3lWozKEE\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=S0r3lWozKEE<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pinheiro, Viviane. 2007. <em>Analisando significados de capas da Revista Ra\u00e7a Brasil:<\/em> <em>um estudo de caso \u00e0 luz da semi\u00f3tica social<\/em>. Tese de mestrado. Belo Horizonte: Universidade Federal de Minas Gerais.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Prah, Kwesi. 2019<em>. <\/em>Decolonizando as ci\u00eancias humanas na \u00c1frica pela soberania intelectual. In: Resende, Viviane. (Org.). <em>Decolonizar os estudos cr\u00edticos do discurso<\/em> (171-200). Campinas: Pontes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quijano, An\u00edbal. 2005. Colonialidade do poder, eurocentrismo e Am\u00e9rica Latina. <em>In<\/em>: Lander, Edgardo. (Org). A colonialidade do saber<em>:<\/em> eurocentrismo e ci\u00eancias sociais. Perspectivas latino-americanas (107-130). Buenos Aires: CLACSO.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rajagopalan, Kanavillil. 2003. <em>Por uma lingu\u00edstica cr\u00edtica:<\/em> <em>linguagem, identidade e a quest\u00e3o \u00e9tica<\/em>. S\u00e3o Paulo: Par\u00e1bola Editorial.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rajagopalan, Kanavillil. 2017. Pref\u00e1cio: postura cr\u00edtica um olhar para o mundo. <em>In<\/em>: Martins-Ferreira, Dina. (Org). <em>Estudos Cr\u00edticos da Linguagem<\/em> (16-18). Curitiba: Appris.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramalho, Viviane, Resende, Viviane. 2011. <em>An\u00e1lise de Discurso (para a) cr\u00edtica<\/em>: <em>o texto como material de pesquisa<\/em>. Campinas, S\u00e3o Paulo: Pontes Editora.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramalho, Viviane, Resende, Viviane de Melo. 2006. <em>An\u00e1lise de Discurso Cr\u00edtica.<\/em> S\u00e3o Paulo: Contexto.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Resende, Viviane. (Org.). 2019. <em>Decolonizar os estudos cr\u00edticos do discurso.<\/em> Campinas: Pontes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Resende, Viviane. 2009. <em>An\u00e1lise de discurso cr\u00edtica e realismo cr\u00edtico.<\/em> Campinas: Pontes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Resende, Viviane. 2010. Between the European legacy and critical daring: epistemological reflections for critical discourse analysis. <em>Journal of Multicultural Discourses<\/em>, n. 5, v.3, p. 193-212.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Rodrigues, Camila, Nascimento, Ana. 2020. Formas de letramentos e reexist\u00eancia da cultura negra \u2013 rela\u00e7\u00e3o dos orikis na Nig\u00e9ria com os slams no Brasil. <em>In<\/em>: Souza, Ana L\u00facia <em>et al.<\/em> (Orgs). <em>Rasuras epist\u00eamicas das (est)\u00e9ticas negras contempor\u00e2neas<\/em> (203-212)<em>.<\/em> Salvador: Edi\u00e7\u00e3o Organismo e Grupo Rasuras.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Santos, Karla. 2012. <em>A problem\u00e1tica da constitui\u00e7\u00e3o da ofensa no ato de insultar: a inj\u00faria como pr\u00e1tica lingu\u00edstica discriminat\u00f3ria no Brasil<\/em>. Tese de Doutorado. Campinas: Unicamp.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Simas, Luiz, Rufino, Luiz. 2018. <em>A ci\u00eancia encantada das macumbas.<\/em> Rio de Janeiro: M\u00f3rula.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sousa, Francisco. 2021. <em>Viol\u00eancia lingu\u00edstica na m\u00eddia cearense: uma an\u00e1lise em pragm\u00e1tica cultural do caso Dandara em Fortaleza-CE<\/em>. Tese de mestrado. Quixad\u00e1: UECE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, Ana L\u00facia<em>.<\/em> 2011<em>. Letramentos de reexist\u00eancia:<\/em> <em>poesia, grafite, m\u00fasica, dan\u00e7a: Hip-Hop<\/em>. S\u00e3o Paulo: Par\u00e1bola Editorial.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Walsh, Catherine. 2013. <em>Pedagogias decoloniales: pr\u00e1cticas insurgentes de resistir, (re) existir e (re) vivir<\/em>. Quito: Catherine Walsh Editora.<\/p>\n<div class=\"textbox textbox--sidebar shaded\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 traduit du portugais du Br\u00e9sil par Nina Rioult.<\/div>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/marco-antonio-lima-do-bonfim\">Marco Antonio Lima do BONFIM<\/a><\/strong><br \/>Professeur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale du Pernambouc (UFPE) au D\u00e9partement de Lettres et professeur permanent du Programme d\u2019\u00e9tudes sup\u00e9rieures en Lettres (PPGL-UFPE). Dirige le Groupe de recherche Langues et \u00e9tudes afro-latino-am\u00e9ricaines (LEAFRO\/UFPE\/CNPq) et coordonne le Centre d\u2019\u00e9tudes afro-br\u00e9siliennes (NEAB) de l\u2019UFPE. Enseignant invit\u00e9 du Certificat en \u00e9tudes afro-latino-am\u00e9ricaines de l&rsquo;Institut de recherche afro-latino-am\u00e9ricain (ALARI) de Harvard (2020-2023). Membre de l\u2019Association br\u00e9silienne des chercheurs noirs (ABPN) et de l\u2019Association br\u00e9silienne de linguistique (ABRALIN), o\u00f9 il pr\u00e9side la Commission diversit\u00e9, inclusion et \u00e9galit\u00e9. <\/p>\n<p>Courriel : marco.bonfim@ufpe.br<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1689-1\">Le sigle LGBTQIA+ fait r\u00e9f\u00e9rence aux orientations sexuelles lesbiennes, gays, bisexuelles et asexuelles ainsi qu\u2019aux identit\u00e9s de genre transgenres, transsexuelles et travestis, queer et intersexe (LGBTQIA+ : Lesbienne, Gay, Bi, trans, Queer, Intersexe, Asexuel et tous les autres). Le signe \u00ab\u00a0plus\u00a0\u00bb (+) permet de reconna\u00eetre que peuvent (venir \u00e0) exister d\u2019autres orientations sexuelles et identit\u00e9s de genre dissidentes de la logique cish\u00e9t\u00e9ronormative qui ne sont pas mises en \u00e9vidence par ce sigle, qui continue \u00e0 \u00eatre mis \u00e0 jour. Pour des lectures plus approfondies \u00e0 ce sujet, je sugg\u00e8re le livre <em>Lingu\u00edstica aplicada transviada: g\u00eanero e sexualidade nos estudos da linguagem em perspectiva descolonial, interseccional e transdisciplinar<\/em>, de F\u00e1bio Bezerra (2023). <a href=\"#return-footnote-1689-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-2\">N.T.\u00a0: \u00ab\u00a0tapette noire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0p\u00e9dale noire\u00a0\u00bb. Bicha preta est une expression potentiellement p\u00e9jorative et insultante en portugais, selon qui l\u2019utilise et dans quel contexte. <a href=\"#return-footnote-1689-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-3\">N.T.\u00a0: Qui peut s\u2019\u00e9crire bicha ou bixa, les deux graphies \u00e9tant prononc\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re en portugais. <a href=\"#return-footnote-1689-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-4\">Dans le sillage des r\u00e9flexions du philosophe Michel Foucault autour de l\u2019application de la notion de dispositif au domaine de la sexualit\u00e9, Sueli Carneiro (2023) comprend les relations raciales au Br\u00e9sil comme un domaine produisant et articulant des pouvoirs, des savoirs et des modes de subjectivation. En somme, l\u2019autrice entend la construction de la racialit\u00e9 comme \u00e9tant un dispositif de pouvoir qui, en limitant l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 un synonyme de blanchit\u00e9, a red\u00e9fini et hi\u00e9rarchis\u00e9 les autres dimensions humaines selon leur proximit\u00e9 ou leur distance par rapport \u00e0 ce mod\u00e8le. <a href=\"#return-footnote-1689-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-5\">Sur l'am\u00e9fricanit\u00e9, voir plus bas le d\u00e9veloppement dans la partie 3. <a href=\"#return-footnote-1689-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-6\">N.T.\u00a0: Dans sa traduction fran\u00e7aise, Th\u00e9orie traditionnelle et th\u00e9orie critique, traduit de l\u2019allemand par Claude Maillard et Sibylle Muller, Gallimard, 1974. <a href=\"#return-footnote-1689-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-7\">\u00ab\u00a0Ils peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des facettes discursives des ordres sociaux, dont l\u2019articulation et la r\u00e9articulation interne sont de m\u00eame nature\u00a0\u00bb (Fairclough, 2001, p. 99). <a href=\"#return-footnote-1689-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-8\">Selon Fairclough (2001, p. 114), l\u2019intertextualit\u00e9 se r\u00e9f\u00e8re au fait que les textes ont la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00eatre remplis de fragments d\u2019autres textes, qui \u00ab peuvent \u00eatre explicitement d\u00e9limit\u00e9s ou m\u00e9lang\u00e9s et que le texte peut assimiler, contredire, relayer ironiquement, et ainsi de suite \u00bb. Fairclough distingue deux types d\u2019intertextualit\u00e9 : l\u2019intertextualit\u00e9 manifeste, c\u2019est-\u00e0-dire la constitution h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de textes par d\u2019autres textes sp\u00e9cifiques, et l\u2019intertextualit\u00e9 constitutive, c\u2019est-\u00e0-dire la constitution par d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments (types de conventions) des ordres du discours (interdiscursivit\u00e9). Concernant l\u2019interdiscursivit\u00e9, Resende et Ramalho (2006) affirment que le terme renvoie \u00e0 l\u2019identification des discours articul\u00e9s et \u00e0 la mani\u00e8re dont ceux-ci sont articul\u00e9s dans les pratiques sociales. <a href=\"#return-footnote-1689-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-9\">En portugais, il existe une forte tendance \u00e0 travailler avec ce que l\u2019on appelle des \u00ab textes imag\u00e9tiques \u00bb, qui ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme hybrides, mais rel\u00e8vent d\u2019une conception th\u00e9orique selon laquelle les images sont des textes, m\u00eame en l\u2019absence d\u2019\u00e9criture. Les organisateurs proposent d\u2019inclure ce note de bas de page \u00e0 ce sujet, car il s\u2019agit d\u2019un point important de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie du Sud. <a href=\"#return-footnote-1689-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-10\">Selon Lopes (2011, p. 1063), le terme orix\u00e1, dans les religions afro-br\u00e9siliennes, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0[\u2026] chacune des entit\u00e9s surnaturelles \u2013 forces de la nature \u00e9manant de Olorum ou Olofim \u2013 qui guident la conscience des \u00eatres vivants et prot\u00e8gent les activit\u00e9s de maintien de la communaut\u00e9.\u00a0\u00bb <a href=\"#return-footnote-1689-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-11\">Le po\u00e8me pr\u00e9sent\u00e9e par Bixarte est int\u00e9gralement transcrit en annexe \u00e0 la fin de cet article. <a href=\"#return-footnote-1689-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-12\">Source : cha\u00eene Youtube Slam Resist\u00eancia, vid\u00e9o : \"Bixarte (vencedora) - Final Slam Resist\u00eancia - dezembro 2021\", imagens : Carol Vidal. Lien : <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3EehckxB2qU<\/a> <a href=\"#return-footnote-1689-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1689-13\">N.T. : Le [sic] ajout\u00e9 par l\u2019auteur de l\u2019article indique une absence de concordance verbale, ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent dans le portugais parl\u00e9 au Br\u00e9sil, mais souvent stigmatis\u00e9. <a href=\"#return-footnote-1689-13\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 13\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":51,"menu_order":6,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["marco-antonio-lima-do-bonfim"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[421],"license":[],"class_list":["post-1689","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-analyse-du-discours-critique-afro-diasporique","motscles-bicha-preta","motscles-bixarte","motscles-racisme-lgbtqiaphobe","motscles-reexistence-noire","keywords-afro-diasporic-critical-discourse-analysis","keywords-bicha-preta-black-queer","keywords-bixarte","keywords-black-re-existence","keywords-lgbtqiaphobic-racism","motscles-autre-analise-de-discurso-critica-afrodiasporica","motscles-autre-bicha-preta","motscles-autre-bixarte","motscles-autre-racismo-lgbtqiafobico","motscles-autre-reexistencia-preta","contributor-marco-antonio-lima-do-bonfim"],"part":645,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1689","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"version-history":[{"count":52,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1689\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2105,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1689\/revisions\/2105"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/645"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1689\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1689"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1689"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}