{"id":1695,"date":"2025-05-17T07:43:56","date_gmt":"2025-05-17T05:43:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=1695"},"modified":"2025-11-24T22:32:24","modified_gmt":"2025-11-24T21:32:24","slug":"2-1pedro-de-sousa2025","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/2-1pedro-de-sousa2025\/","title":{"rendered":"Une critique de la diff\u00e9rence qui ne cesse de se transformer en in\u00e9galit\u00e9 : entretien avec Pedro de Souza"},"content":{"raw":"<h2>Entretien avec\u00a0Pedro de Souza<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Pedro, nous aimerions que tu \u00e9voques un peu ta trajectoire personnelle avant d\u2019entrer dans la vie universitaire. Veux-tu souligner quelque chose en particulier?<\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Eh bien, pour parler de ma trajectoire avant d\u2019entrer dans la vie universitaire, je mettrais modestement en avant mon engagement dans les mouvements sociaux urbains. Tout d\u2019abord, ma participation en tant que journaliste au soutien de l\u2019activisme pour ce qu\u2019on a appel\u00e9 la lutte de la population p\u00e9riph\u00e9rique de la ville de S\u00e3o Paulo, autour du probl\u00e8me des lotissements clandestins \u00e0 la mi-1978. Mon r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 de pr\u00eater mes comp\u00e9tences de reporter dans la couverture des actions de ce mouvement. Il est clair que l\u2019importance de mon engagement devait beaucoup \u00e0 la visibilit\u00e9 du journal <em>O S\u00e3o Paulo<\/em>, \u00e0 l\u2019\u00e9poque un des rares m\u00e9dias alternatifs qui donnait toute sa place \u00e0 tout ce qui se passait dans le domaine des luttes contre tout ce qui s\u2019imposait comme censure et restriction pendant les \u00ab ann\u00e9es de plomb \u00bb de la dictature militaire. Je faisais seulement partie, parmi tant d\u2019autres, de la main d\u2019\u0153uvre journalistique qui contribuait \u00e0 amener au public lecteur la voix des victimes de l\u2019exploitation urbaine. <em>O S\u00e3o Paulo<\/em> leur a donn\u00e9, dans ses pages, son espace vide ou celui rempli dans les autres journaux imprim\u00e9s par de la po\u00e9sie que la censure ordonnait de mettre \u00e0 la place des reportages qui critiquaient le syst\u00e8me de la dictature.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la m\u00eame veine, alors que j\u2019\u00e9tais charg\u00e9 de communication du dioc\u00e8se de Santo Andr\u00e9, alors dirig\u00e9 par l\u2019\u00e9v\u00eaque Claudio Hummes, j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 avec un groupe de coll\u00e8gues journalistes un bulletin intitul\u00e9 <em>A folha do diocese<\/em>. C\u2019est dans ce modeste hebdomadaire que j\u2019ai couvert les mouvements locaux de la r\u00e9gion de l\u2019ABC, y compris celui des fameuses gr\u00e8ves promues par le leader du syndicat des m\u00e9tallurgistes \u00e0 S\u00e3o Bernardo de Campo de cette \u00e9poque, Luiz In\u00e1cio Lula da Silva. J\u2019ai couvert de pr\u00e8s, du haut des tribunes, les principaux mouvements de gr\u00e8ve : 1978, 1979 et 1980.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Puis \u00e0 partir de 1981, \u00e9tant d\u00e9j\u00e0, d\u2019une certaine mani\u00e8re, plus libre dans mon orientation sexuelle, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019avant j\u2019avais \u00e9t\u00e9 fr\u00e8re de l\u2019ordre franciscain des fr\u00e8res mineurs conventuels, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019engager dans le Groupe Somos de Afirma\u00e7\u00e3o Homossexual[footnote]N.T. : \u00ab Nous sommes d\u2019affirmation homosexuelle \u00bb.[\/footnote]. Ce groupe avait pour principe politique d\u2019ouvrir un espace pour la libre expression d\u2019individus ayant des difficult\u00e9s \u00e0 se reconna\u00eetre et \u00eatre reconnus dans leur choix de pratiques sexuelles. Voil\u00e0, je dirais, mon histoire publique avant de devenir enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00eame si mes propositions d\u2019analyse \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 mon propre processus de formation dans le domaine de l\u2019analyse du discours, mon engagement pour la cause de l\u2019affirmation sexuelle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9. Pendant tout le temps o\u00f9 j\u2019ai fait mon doctorat \u00e0 l\u2019IEL\/UNICAMP, le chercheur, c\u2019\u00e9tait aussi moi, un activiste du Groupe Somos. Cela m\u2019a demand\u00e9 des efforts consid\u00e9rables, aussi bien sur le plan universitaire que politique. Je semais ainsi les graines de mon parcours professionnel, au cours duquel j\u2019ai fait des activit\u00e9s militaires une pratique d\u2019intervention.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Parle-nous de ton entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et de ta rencontre avec l\u2019analyse du discours.<\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Vous voyez donc que mon entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0, disons, mon militantisme, dans le sens des choix que j\u2019ai faits aussi bien sur le plan de l\u2019enseignement que dans le domaine de la recherche. Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de Santa Catarina, en mars 1995, j\u2019\u00e9tais encore li\u00e9 \u00e0 deux groupes de recherche. Le premier groupe s\u2019est form\u00e9 autour du projet Capes\/Cofecub \u00ab Histoire des id\u00e9es linguistiques \u00bb, un grand projet de recherche r\u00e9unissant des chercheurs de l\u2019Institut des \u00e9tudes du langage de l\u2019Unicamp, du D\u00e9partement de langue portugaise de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo et du Centre de recherche sur l\u2019histoire des id\u00e9es linguistiques, de l\u2019Universit\u00e9 Paris VII, en France. Eni Orlandi et Sylvain Auroux coordonnaient le projet, repr\u00e9sentant respectivement le Br\u00e9sil et la France.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me groupe de recherche auquel je participais, lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 ma carri\u00e8re \u00e0 l\u2019UFSC, \u00e9tait rattach\u00e9 au Laboratoire d\u2019\u00e9tudes urbaines de l\u2019Unicamp, centre que j\u2019ai contribu\u00e9 \u00e0 fonder, avec les coll\u00e8gues Jos\u00e9 Horta Nunes et Maria Onice Payer. Coordonn\u00e9 par Eni Orlandi, le premier projet de ce centre s\u2019intitulait \u00ab Les sens du public dans l\u2019espace urbain \u00bb. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une autre occasion pour moi d\u2019aborder mes questions subjectives. Dans ce cas-l\u00e0, j\u2019ai travaill\u00e9 sur le probl\u00e8me de l\u2019installation de grilles dans tous les lieux publics de S\u00e3o Paulo. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019enqu\u00eater \u00e0 la fois sur le processus discursif et sur le syst\u00e8me d\u2019exclusion dans l\u2019espace urbain. Les deux projets que je viens de citer font donc partie int\u00e9grante d\u2019une esp\u00e8ce de trousseau que j\u2019apportais, au moment o\u00f9 je suis devenu ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019UFSC, dans le bagage de mes exp\u00e9riences ant\u00e9rieures.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais mon rapprochement avec le domaine de l\u2019analyse du discours s\u2019est \u00e9tendu \u00e0 des partenariats et des contacts avec les chercheurs fran\u00e7ais, et ce gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019opportunit\u00e9 offerte par le r\u00e9seau de contacts qu\u2019Eni Orlandi partageait avec tous ses anciens \u00e9tudiants dans tout le Br\u00e9sil. Je me souviens \u00e0 quel point il a \u00e9t\u00e9 plaisant et significatif de participer au XVI<sup>e<\/sup> Congr\u00e8s international de linguistes, en 1997. La m\u00eame semaine, alors que j\u2019\u00e9tais \u00e0 Paris, j\u2019ai aussi particip\u00e9 en tant qu\u2019invit\u00e9 et mod\u00e9rateur au colloque \u00ab Le discours en analyse : histoire, conflits et exp\u00e9rimentations \u00bb, qui s\u2019est tenu dans la ville de Cerisy-la-Salle. En cinq sessions de s\u00e9minaires, j\u2019ai eu l\u2019opportunit\u00e9 de me mettre \u00e0 jour sur la situation de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise d\u2019analyse du discours et ses rapports avec les autres sciences humaines, notamment l\u2019histoire, du tournant des ann\u00e9es 1980 aux ann\u00e9es 1990.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour un professeur comme moi, tout juste sorti de sa p\u00e9riode probatoire, \u00e7a a donc \u00e9t\u00e9 un voyage tr\u00e8s fructueux. J\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9tendre mes contacts avec les coll\u00e8gues \u00e9trangers et d\u2019\u00e9changer des exp\u00e9riences qui m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 me situer plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le domaine de l\u2019analyse du discours, domaine largement ouvert, ayant la possibilit\u00e9 de relier le ph\u00e9nom\u00e8ne multiforme du langage \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 presque ind\u00e9termin\u00e9e de th\u00e8mes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cela s\u2019explique par le fait que, d\u00e8s le d\u00e9part, apr\u00e8s avoir assur\u00e9 le cours d\u2019analyse de discours pour le master et le doctorat en linguistique et dans le D\u00e9partement de langue et litt\u00e9rature vernaculaires, j\u2019ai accept\u00e9 l\u2019invitation de travailler \u00e9galement dans les formations de master et doctorat en litt\u00e9rature. Il m\u2019est apparu plus clairement que je voulais poursuivre la recherche sur la question du sujet constitu\u00e9 dans les discours. L\u2019\u00e9tablissement de l\u2019analyse du discours comme cours obligatoire de la licence a \u00e9t\u00e9 pour moi providentiel et m\u2019a donn\u00e9 pour responsabilit\u00e9 d\u2019insuffler chez les \u00e9tudiants une nouvelle fa\u00e7on de penser et de pratiquer les \u00e9tudes du langage.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>En parcourant ta production, nous remarquons que les questions de genre et de sexualit\u00e9 occupent un espace important, qui culmine dans ta th\u00e8se de doctorat, r\u00e9f\u00e9rence dans le domaine. En m\u00eame temps, nous voyons appara\u00eetre des travaux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la racialit\u00e9, des recherches pionni\u00e8res dans l\u2019analyse du discours. Ton texte \u00ab A boa nova da mem\u00f3ria anunciada: o discurso fundador da afirma\u00e7\u00e3o do negro no Brasil \u00bb [N.T. : \u00ab La bonne nouvelle de la m\u00e9moire annonc\u00e9e : le discours fondateur de l\u2019affirmation des personnes noires au Br\u00e9sil \u00bb], sorti dans le recueil Discurso fundador, organis\u00e9 par Eni Orlandi, est le premier dans notre domaine \u00e0 aborder la question de la racialit\u00e9 br\u00e9silienne. Nous aimerions t\u2019entendre un peu plus sur la mani\u00e8re dont cette th\u00e9matique dialogue avec ta trajectoire en analyse du discours.<\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je dois de nouveau revenir aux premi\u00e8res ann\u00e9es de mes prises de fonction \u00e0 l\u2019UFSC. Alors que j\u2019\u00e9tais d\u00e9finitivement \u00e9tabli dans le monde universitaire, je me souviens qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019entendais de la part de coll\u00e8gues professeurs et chercheurs que mon engagement dans certains types d\u2019activismes leur semblait \u00e9trange, voire d\u00e9plac\u00e9. En plus de \u00e7a, je choisissais comme objet d\u2019analyse discursive des questions qui s\u2019inscrivaient davantage dans les int\u00e9r\u00eats de chercheurs d\u2019autres domaines des sciences humaines (sociologie, psychologie, assistance sociale).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais il se trouve que ce qui diff\u00e9rencie l\u2019analyse du discours, c\u2019est l\u2019observation du fait que le langage, une fois converti en discours, convertit les hommes et les contextes qui les entourent. Pour cela, il ne m\u2019a pas \u00e9t\u00e9 difficile de concilier mon regard sur le social et mon regard sur l\u2019acte individuel qui le compose et est compos\u00e9 par lui en tant qu\u2019effet de discours. Avec cela, j\u2019ai petit \u00e0 petit continu\u00e9 \u00e0 apprendre et \u00e0 approfondir mes connaissances \u00e0 ce sujet, jusqu\u2019\u00e0 ce que je d\u00e9veloppe une conviction pour un dispositif analytique et d\u2019intervention. Bien s\u00fbr, je ne couvre pas tout ce qu\u2019il y a \u00e0 couvrir en termes historiques et sociaux. De par ma personne, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9, depuis mon adolescence, \u00e0 observer la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers ce que j\u2019entendais les gens dire. Avant, j\u2019avais l\u2019illusion qu\u2019il suffisait d\u2019\u00e9couter et de comprendre litt\u00e9ralement les mots. Mais ce n\u2019est pas comme \u00e7a. Plus tard, en traversant les diff\u00e9rentes th\u00e9ories du langage, j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 ma curiosit\u00e9 et ma m\u00e9fiance. Je me suis mis \u00e0 utiliser des connaissances d\u2019une certaine th\u00e9orie du langage, li\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse du discours \u2013 je parle ici surtout de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9nonciation \u2013 qui nous transmet que la langue et la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle elle se r\u00e9f\u00e8re n\u2019existent que dans les hommes qui parlent, qui produisent des univers avec les mots. Quand je couvrais les assembl\u00e9es agit\u00e9es du mouvement de gr\u00e8ve en 1980, ce qui m\u2019impressionnait \u00e9tait la mani\u00e8re dont Lula parlait et se produisait lui-m\u00eame comme leader syndical, en s\u2019adressant \u00e0 toute son audience pr\u00e9sente en face de la tribune et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contre laquelle luttaient les travailleurs constitu\u00e9s dans le discours m\u00eame qui leur \u00e9tait adress\u00e9. Cela a \u00e0 voir avec ce qu\u2019Althusser a dit sur le discours comme op\u00e9rateur qui intervient entre l\u2019individu et ses conditions d\u2019existence. J\u2019ai fini par le retrouver aussi chez Michel Foucault, quand il a soulign\u00e9 qu\u2019il ne s\u2019agissait pas du discours comme constituant du discours, mais plut\u00f4t du processus discursif qui le constitue. Ainsi, il ne s\u2019agit pas pour l\u2019analyste de produire une analyse de la position du parti pris \u2013 contre ou pour, vrai ou faux \u2013 mais plut\u00f4t de la perspective des mots \u00e9mis en situation, apportant dans son acte analytique les conditions dans lesquelles le discours produit des effets de sens ou des valeurs de v\u00e9racit\u00e9 ou de fausset\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est pour cela qu\u2019aujourd\u2019hui, les actions \u00e0 caract\u00e8re politique me poussent toujours \u00e0 d\u00e9crire plus pr\u00e9cis\u00e9ment le type de vocation \u00e0 laquelle je me destinais en choisissant le domaine de l\u2019analyse du discours comme espace de professionnalisation dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et dans la recherche. Dans les choix intermittents que j\u2019ai faits dans la vie, il n\u2019y avait pas de distance entre le travail que j\u2019\u00e9tais appel\u00e9 \u00e0 faire, et consid\u00e9r\u00e9 comme relevant de ma comp\u00e9tence, et mon engagement subjectivement n\u00e9cessaire, comme je l\u2019ai dit auparavant, pour montrer la mani\u00e8re dont j\u2019entrais dans chacun de ces domaines, qui d\u00e9finissent non seulement le choix d\u2019un secteur professionnel, mais aussi une mani\u00e8re de vivre. Oui, lorsque j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire un master et un doctorat, j\u2019ai pris en compte mes exp\u00e9riences v\u00e9cues en tant que militant sur des questions sociales tr\u00e8s stimulantes et impliquant des pratiques de libert\u00e9. J\u2019ai toujours voulu que mon travail soit une contribution permettant de penser les probl\u00e8mes que mes projets et mes cours abordaient.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par exemple, pendant mon doctorat, j\u2019ai poursuivi encore plus radicalement la recherche sur les dynamiques entre langage et activisme social. Je dis \u00ab radical \u00bb dans le sens o\u00f9 je me suis profond\u00e9ment impliqu\u00e9 dans la probl\u00e9matique de la subjectivation, que ce soit en ce qui concerne l\u2019orientation sexuelle ou la question de la n\u00e9gritude. Dans ma th\u00e8se, qui est ensuite devenue un livre, j\u2019ai examin\u00e9 le probl\u00e8me de l\u2019expression du sujet homosexuel dans le contexte du mouvement gay \u00e9mergent entre 1978 et 1984. J\u2019ai analys\u00e9 des lettres personnelles envoy\u00e9es au Groupe Somos de Afirma\u00e7\u00e3o Homossexual, principale organisation de militants qui a \u0153uvr\u00e9 pour la lib\u00e9ration et l\u2019affirmation des expressions homosexuelles \u00e0 S\u00e3o Paulo et \u00e0 Rio de Janeiro. Il s\u2019agissait de montrer que, face au champ \u00e9nonciatif historique de la mise sous silence fondatrice de l\u2019homosexualit\u00e9, la lettre, en tant que r\u00e9gime \u00e9pistolaire de confidence de soi adress\u00e9e \u00e0 une organisation politique, devient un espace discursif de r\u00e9sistance, un champ d\u2019\u00e9nonciation fuyant les espaces r\u00e9pressifs de la sexualit\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je me suis orient\u00e9 de mani\u00e8re plus passionn\u00e9e et d\u00e9cid\u00e9e vers la pens\u00e9e de Michel Foucault.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais il faut que je vous r\u00e9v\u00e8le une exception concernant la transformation de mon engagement militant en question de r\u00e9flexion et de recherche. Concernant la probl\u00e9matique du racisme, je m\u2019y suis toujours int\u00e9ress\u00e9, mais en restant toutefois \u00e0 distance de l\u2019activisme antiraciste naissant au Br\u00e9sil \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. \u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019avais une implication tr\u00e8s personnelle, sans entrer dans mes probl\u00e8mes particuliers, envers l\u2019exc\u00e8s d\u2019identitarisme qui a marqu\u00e9 les mouvements sociaux minoritaires au Br\u00e9sil. Sans aucune possibilit\u00e9 d\u2019autocritique, chaque personne ayant choisi son lieu d\u2019action et de parole devait porter un t-shirt, un cachet d\u2019identification. C\u2019\u00e9tait ainsi pour les femmes dans le mouvement f\u00e9ministe, pour les gays dans le mouvement homosexuel. Subjectivement, participer au mouvement noir unifi\u00e9 me mettait mal \u00e0 l\u2019aise, car on y trouvait une certaine g\u00eane \u00e0 donner un acc\u00e8s libre et la parole aux hommes noirs gays. Mon probl\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas de m\u2019exposer en tant que Noir, cela \u00e9tait \u00e9vident sur ma peau et sur mon ph\u00e9notype. Mon probl\u00e8me \u00e9tait que je n\u2019acceptais pas cela et que ce type de discrimination voil\u00e9e dans le mouvement noir unifi\u00e9 me mettait mal \u00e0 l\u2019aise. Bien s\u00fbr, tout a chang\u00e9 aujourd\u2019hui, et les gays, les lesbiennes, les travestis et les transsexuels peuvent librement participer \u00e0 toutes les formes de lutte antiraciste.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, je n\u2019ai pas cess\u00e9 de toucher \u00e0 la question de la n\u00e9gritude, en m\u2019adressant principalement au milieu universitaire. On ne pouvait pas y parler de racisme contre les personnes noires. La difficult\u00e9 r\u00e9sidait surtout dans le fait que le porteur de cette posture critique, c\u2019est-\u00e0-dire moi, \u00e9tait lui-m\u00eame noir. Je me souviens d\u2019une certaine g\u00eane quand j\u2019exposais mes travaux. On me demandait m\u00eame si je n\u2019\u00e9tais pas en train de propager un racisme de Noirs contre les Blancs, ou de ne pas mettre en perspective le discours raciste que j\u2019analysais et dont j\u2019entendais prendre mes distances. Lorsque j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9, dans un groupe de travail d\u2019analyse du discours, un article sur la n\u00e9gritude et l\u2019estime de soi, la r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 g\u00eanante, pointant que l\u2019acte discriminatoire n\u2019existait qu\u2019en raison de la position d\u2019o\u00f9 parlait la personne noire. Je reconnais que la ligne d\u2019analyse que j\u2019avais adopt\u00e9e dans mon texte avait ouvert la porte \u00e0 cette r\u00e9action. Je ne crois pas que les discussions sur l\u2019antiracisme aient suffisamment avanc\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 aujourd\u2019hui, mais au moins l\u2019espace est ouvert.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Maintenant, si on parle de rapports de genre, bien que je ne sois pas associ\u00e9 aux domaines de recherche pourtant sur les rapports de genre, les r\u00e9sultats de la premi\u00e8re \u00e9tape de ma recherche sur la voix chez les chanteuses de la radio ont de fortes r\u00e9percussions dans les \u00e9tudes f\u00e9ministes. Cela m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 des tables rondes du principal \u00e9v\u00e9nement de ce domaine, <em>Fazendo G\u00eanero[footnote]N.T. : \u00ab faire le genre \u00bb[\/footnote]<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 tous les trois ans \u00e0 l\u2019UFSC. C\u2019est que les analyses m\u2019ont permis de faire voir le sujet f\u00e9minin en train de se constituer, \u00e0 travers ses \u00e9nonciations chant\u00e9es, par le recours aux propri\u00e9t\u00e9s mat\u00e9rielles de la voix d\u2019o\u00f9 \u00e9mergeait sa subjectivit\u00e9 de chanteuse en devenir.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Un autre de tes actes pionniers a \u00e9t\u00e9 d\u2019introduire dans les \u00e9tudes discursives la voix en tant que mat\u00e9rialit\u00e9 signifiante. Tout au long de ton travail, le concept de voix s\u2019articule \u00e0 celui de corps et celui de sujet. Peux-tu nous dire comment cela se produit? <\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bon, vous venez de mettre le doigt sur ma plus grande passion. Donc n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 m\u2019interrompre si je m\u2019\u00e9tale trop. En 2006, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier la voix chant\u00e9e en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel de l\u2019\u00e9nonciation qui, travers\u00e9 par une discursivit\u00e9, indiquait un \u00e9v\u00e9nement de subjectivation en cours dans l\u2019acte d\u2019\u00e9mettre une parole chant\u00e9e ou parl\u00e9e. Avec Michel Foucault, j\u2019avais remarqu\u00e9 que les modulations vocales n\u2019\u00e9taient pas seulement des indices de soumission au discours interpos\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation, mais qu\u2019elles \u00e9taient \u00e9galement un vestige de r\u00e9sistance qui sous-entendait que le sujet allait vers une autre direction que celle qu\u2019il \u00e9tait ponctuellement amen\u00e9 \u00e0 \u00e9noncer.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00eame si cela peut sembler digressif, je voudrais \u00e9voquer ce passage o\u00f9 je me suis litt\u00e9ralement vu happ\u00e9 par la pens\u00e9e et l\u2019approche de Michel Foucault et ce moment o\u00f9 je me suis livr\u00e9 \u00e0 ce mouvement soudain de transformer une passion personnelle en objet de recherche. En cela, Michel Foucault est, de mani\u00e8re \u00e9vidente, mon mentor et inspirateur suppos\u00e9. Je fais allusion \u00e0 son int\u00e9r\u00eat pour des \u00e9v\u00e9nements dits mineurs, sans importance, comme les cas singuliers qu\u2019il a rassembl\u00e9s dans l\u2019\u0153uvre <em>Les vies des hommes inf\u00e2mes<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette id\u00e9e de montrer le singulier dans la mani\u00e8re dont les individus deviennent sujets dans l\u2019histoire, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des analyses centr\u00e9es sur les chanteuses de radio. Je me suis alors mis \u00e0 d\u00e9crire l\u2019ordre discursif qui traverse le sujet souhaitant se constituer par le chant \u00e0 l\u2019\u00e8re de la radio. Je me suis principalement concentr\u00e9 sur les chanteuses, m\u00eame si j\u2019ai accord\u00e9 une certaine place aux rois de la voix, comme Orlando Silva, Nelson Gon\u00e7alves et Cauby Peixoto. Suivant Michel Foucault, j\u2019ai repris le concept de soci\u00e9t\u00e9 discursive pour l\u2019appliquer au r\u00e9gime de formation des chanteuses de l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la radio. Le r\u00e9gime concernait ce qui devait l\u00e9gif\u00e9rer sur la juste mani\u00e8re de faire acc\u00e9der le sujet \u00e0 la sc\u00e8ne d\u2019une certaine activit\u00e9 artistique. Dans cette perspective, j\u2019ai formul\u00e9 un projet qui abordait les femmes qui, dans les ann\u00e9es 1940, cherchaient \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la caste des grandes interpr\u00e8tes de la chanson populaire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis donc parti de l\u2019hypoth\u00e8se que les chanteuses de radio ne devenaient pas seulement c\u00e9l\u00e8bres en raison des chagrins d\u2019amour qu\u2019\u00e9voquaient les paroles de leurs chansons, mais surtout par la mani\u00e8re dont elles les entonnaient. Je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 montrer comment, par l\u2019\u00e9nonciation chant\u00e9e, les chanteuses de radio agissaient vocalement pour devenir, le temps de la chanson, une autre personne, diff\u00e9rente d\u2019elles-m\u00eames. Il s\u2019agissait de penser le sujet dans une forme de rapport \u00e0 soi o\u00f9 l\u2019important n\u2019est pas de communiquer des informations personnelles, mais de montrer le soi se repr\u00e9sentant dans l\u2019acte de dire et de chanter.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De cette mani\u00e8re, les r\u00e9sultats de mes recherches ont apport\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments pour l\u2019analyse de la performance vocale. L\u2019analyse partait du pr\u00e9suppos\u00e9 que le trait prosodique \u2013 celui auquel l\u2019\u00e9nonciation de la parole chant\u00e9e est li\u00e9e \u2013 pouvait montrer la mani\u00e8re dont apparaissait le sujet, par la fa\u00e7on dont il se place vocalement dans l\u2019\u00e9nonciation. Dans ce cas, la subjectivation concerne le processus \u00e9nonciatif qui, dans l\u2019acte de chanter, tient la voix pour subsidiaire de la production de soi. Voil\u00e0 donc le cadre dans lequel je me suis attach\u00e9 \u00e0 formuler un probl\u00e8me de discours, c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont se constitue le sujet \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 il chante, travers\u00e9 par un certain ordre discursif : celui qui d\u00e9termine, dans une activit\u00e9 artistique, qui doit \u00eatre celui qui s\u2019\u00e9nonce lui-m\u00eame, non par le contenu de ce qu\u2019il dit en chantant, mais par la mani\u00e8re dont il le dit en chantant.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s avoir analys\u00e9, dans cette premi\u00e8re \u00e9tape, la mani\u00e8re dont les chanteuses traditionnelles passaient de femmes ordinaires \u00e0 sujets qui chantent, j\u2019ai ensuite fait le lien avec la mani\u00e8re dont se construisent subjectivement les chanteuses contemporaines par rapport aux chanteuses traditionnelles. Pour cela, j\u2019ai pris l\u2019absence de drame dans leur voix comme \u00e9v\u00e9nement de l\u2019\u00e9nonciation qui marque une diff\u00e9rence entre l\u2019\u00e9poque du chant f\u00e9minin contemporain et celle de la tradition de l\u2019\u00e8re de radio. En d\u2019autres termes, j\u2019ai essay\u00e9 de poser la probl\u00e9matique du style vocal des chanteuses actuelles, dans leurs diff\u00e9rences en termes de performance vocale, dans la tranche historique allant des ann\u00e9es 1940 aux ann\u00e9es 1960.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De cette fa\u00e7on, j\u2019ai appliqu\u00e9 \u00e0 la voix un point d\u2019\u00e9lucidation de ce myst\u00e8re, qui faisait que la chanteuse se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 elle-m\u00eame en \u00e9tant d\u00e9tach\u00e9e des discours qui, s\u2019interposant \u00e0 son chant, l\u2019assujettiraient. L\u2019incidence du discours de Get\u00falio Vargas, qui a forg\u00e9 l\u2019embl\u00e8me des chanteuses de radio ber\u00e7ant les r\u00eaves d\u2019un Br\u00e9sil ufaniste, n\u2019est pas minimis\u00e9e dans cette perspective analytique. Ce que j\u2019ai fait ici, c\u2019est \u00e9lucider la mat\u00e9rialit\u00e9 du discours qui est soutenu par la qualit\u00e9 vocale des femmes qui chantaient dans l\u2019\u00e8re de la radio.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En tout cas, il ne s\u2019est jamais agi d\u2019\u00e9tablir des strat\u00e9gies analytiques ne portant que directement sur la mat\u00e9rialit\u00e9 de la voix. Bien au contraire, cette mat\u00e9rialit\u00e9 n\u2019a d\u2019int\u00e9r\u00eat que dans la mesure o\u00f9 on l\u2019aborde \u00e0 partir des discours qui la traversent et lui donnent sens. Ma question a toujours \u00e9t\u00e9 de savoir quels \u00e9taient ces discours et de quelle mani\u00e8re ils influen\u00e7aient l\u2019\u00e9nonciation chant\u00e9e, donnant \u00e0 voir une forme historique de sujet s\u2019\u00e9rigeant dans la voix chant\u00e9e. Cela est d\u00fb au fait que les analyses r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 cette \u00e9tape se sont concentr\u00e9es sur le croisement entre la sp\u00e9cificit\u00e9 mat\u00e9rielle de la voix comme objet d\u2019\u00e9tude, du point de vue acoustique, et son statut dans l\u2019\u00e9nonciation chant\u00e9e. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il \u00e9tait clair pour moi qu\u2019il ne s\u2019agissait pas de bien identifier l\u2019articulation ou non d\u2019un son linguistique, reprenant alors une certaine forme id\u00e9ale de sujet parlant dans une langue donn\u00e9e. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il ne s\u2019agissait pas non plus de pr\u00e9ciser la forme id\u00e9ale du sujet chantant dans le domaine discursif de l\u2019art de chanter. Cela ne m\u2019int\u00e9ressait pas d\u2019entrer dans la querelle de savoir comment la voix, par la mani\u00e8re dont elle sonne, peut constituer en soi une diff\u00e9rence entre un bon et un mauvais chanteur, entre celui qui chante et celui qui ne chante pas.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne le rapport entre la performance vocale et le corps de la chanteuse, l\u2019objectif de la recherche \u00e9tait d\u2019\u00e9tudier la mani\u00e8re dont des proc\u00e9d\u00e9s oraux, qui influent sur l\u2019inflexion m\u00e9lodique, le rythme et la prononciation de certains phon\u00e8mes, sont des dispositifs qui soumettent le corps \u00e0 une certaine discipline au moment o\u00f9 la chanteuse s\u2019abandonne au pouvoir de la voix. En d\u2019autres termes, comment le chanteur, la chanteuse devrait s\u2019approprier l\u2019appareil d\u2019\u00e9nonciation propre au chant. Tout se passait comme si la chanteuse ne pouvait pas ne pas \u00eatre affect\u00e9e par l\u2019existence d\u2019un ordre de discours travers\u00e9 par l\u2019acte de chanter.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e8me de la voix n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre une de mes obsessions. Non que j\u2019aie souhait\u00e9 en devenir un sp\u00e9cialiste. Je voulais seulement transformer en plaisir de la recherche mon go\u00fbt pour l\u2019\u00e9coute spontan\u00e9e, qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 celle d\u2019un critique musical ou m\u00eame d\u2019un musicologue qui chante et joue d\u2019un instrument. Cela m\u2019est venu de la r\u00e9miniscence du petit gar\u00e7on aux oreilles coll\u00e9es \u00e0 la radio. Il y a l\u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019arch\u00e9ologie de mon propre go\u00fbt musical, orient\u00e9 par l\u2019\u00e9coute profane qui commence dans l\u2019enfance et se poursuit \u00e0 l\u2019adolescence, me faisant prendre conscience que mes oreilles sont le point d\u2019ancrage d\u2019une m\u00e9moire qui se sert de la singularit\u00e9 de ma propre histoire de sujet. Pour cela, ce n\u2019est donc pas sans prendre en compte les d\u00e9calages et les scansions que j\u2019ai de plus en plus insist\u00e9 sur l\u2019\u00e9coute de la voix f\u00e9minine dans la musique populaire contemporaine. J\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 \u00e9couter des chanteurs et des chanteuses contemporains, en attirant l\u2019attention sur le cri des divas qui se sont transform\u00e9s en murmure dans un style \u00ab cool \u00bb de chant. Et, il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier \u00c9mile Benveniste et sa th\u00e9orie de l\u2019\u00e9nonciation pour, au moins, bien r\u00e9pondre aux objections selon lesquelles mon travail n\u2019avait sa place ni dans les th\u00e9ories linguistiques, ni dans les th\u00e9ories litt\u00e9raires, notamment au sein de leurs deux sous-domaines respectifs : l\u2019analyse du discours et les \u00e9tudes culturelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est donc sur ce mode \u00e9nonciatif m\u00ealant paroles et chants que je propose un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019analyse qui vise \u00e0 saisir la voix comme \u00e9l\u00e9ment qui ressort et plane comme objet, expos\u00e9 aussi bien au sujet qui l\u2019\u00e9met qu\u2019\u00e0 l\u2019autre qui l\u2019\u00e9coute. Le leitmotiv de l\u2019analyse influe donc sur le processus discursif qui permet d\u2019\u00e9couter, \u00e0 chaque \u00e9mission, une voix chantante alors qu\u2019elle se manifeste chez le sujet qui chante. Pour cela m\u00eame, le proc\u00e9d\u00e9 analytique doit toujours \u00eatre guid\u00e9 par le positionnement des s\u00e9ries d\u2019\u00e9nonciation encadr\u00e9es par le discours sur la musique populaire br\u00e9silienne. C\u2019est par rapport \u00e0 cette discursivit\u00e9 que chaque \u00e9mission doit \u00eatre \u00e9cout\u00e9e. C\u2019est seulement de cette mani\u00e8re qu\u2019on peut isoler la voix qui se pr\u00e9sente dans les actes \u00e9nonciatifs successifs et qui constituent le sujet chantant en lien avec la musique comme pratique culturelle inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, je continue sur la voie de consid\u00e9rer que le processus subjectivant de la m\u00e9moire de la Musique Populaire Br\u00e9silienne (MPB) trouve son terrain d\u2019ancrage dans la voix, je continue \u00e0 occuper mon \u00e9coute dans l\u2019acte d\u2019\u00e9couter des chanteurs et des chanteuses. Mais dans la mesure o\u00f9 j\u2019avais affin\u00e9 mon acte analytique appliqu\u00e9 \u00e0 la voix, j\u2019ai maintenant \u00e9tudi\u00e9 comment la musicalit\u00e9 de la voix est inscrite dans la chanson. Sans perdre de vue la voix et l\u2019\u00e9nonciation, j\u2019apporte dans le domaine des variantes linguistiques du portugais du Br\u00e9sil la sp\u00e9cificit\u00e9 du trait musical inh\u00e9rent \u00e0 une certaine mani\u00e8re de parler. Quand j\u2019\u00e9coute des chansons de compositeurs comme Dorival Caymmi, je suis interpell\u00e9 par le fait que quelque chose de la voix, qui ne vient pas seulement du chanteur, rend la langue parl\u00e9e dans sa singularit\u00e9 pr\u00e9sente \u00e0 chaque situation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>En parall\u00e8le, tu es \u00e9galement une r\u00e9f\u00e9rence dans les \u00e9tudes discursives pour ceux qui s\u2019appuient sur P\u00eacheux et pour ceux qui se basent sur Foucault. La pr\u00e9sence de ces auteurs dans ton parcours th\u00e9orique est transitoire, intervallaire, qu\u2019est-ce que cela signifie? <\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, je suis aujourd\u2019hui tellement impliqu\u00e9 dans la pens\u00e9e de Michel Foucault que j\u2019ai des difficult\u00e9s \u00e0 associer Michel Foucault et Michel P\u00eacheux dans mes recherches. Il est vrai que la question du sujet est, sans aucun doute, le point commun des r\u00e9flexions des deux auteurs. Ceux qui lisent mes textes depuis mon doctorat peuvent remarquer qu\u2019il y a un univers de probl\u00e9matisations que je ne pourrais d\u00e9velopper que dans le domaine foucaldien. Pas tellement \u00e0 cause du contenu des questions, mais en raison des principes analytiques qui d\u00e9limitent la m\u00e9thode. Bien s\u00fbr que des concepts comme la formation discursive et l\u2019\u00e9nonciation sont pr\u00e9sentes chez les deux. Mais la perspective de l\u2019id\u00e9ologie, si fondamentale pour P\u00eacheux, est laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 par Michel Foucault. Et cela justement pour se d\u00e9tacher de l\u2019horizon du sens comme effet d\u00e9j\u00e0 historiquement donn\u00e9, et contre lequel ou pour lequel on lutte. Au lieu de cela, Michel Foucault pr\u00e9f\u00e8re radicaliser l\u2019incertain, l\u2019impr\u00e9visible. Ce qu\u2019il y a d\u2019id\u00e9ologiquement pr\u00e9visible chez Foucault dispara\u00eet pour faire place \u00e0 la mani\u00e8re dont une autre chose se passe au-del\u00e0 et au m\u00e9pris de l\u2019id\u00e9ologie. Mais tout cela est trop complexe pour en parler en passant, surtout devant vous, jeunes continuateurs de P\u00eacheux dont j\u2019admire beaucoup le travail. Dans cette conversation, en r\u00e9pondant de mani\u00e8re maladroite \u00e0 la r\u00e9ponse que vous venez de me poser, j\u2019ai touch\u00e9 \u00e0 un point qui me passe toujours \u00e0 l\u2019esprit lorsqu\u2019il s\u2019agit de comparer ou diff\u00e9rencier P\u00eacheux et Foucault. Dans mon cas cependant, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 utiliser P\u00eacheux chaque fois que je consid\u00e8re que c\u2019est important pour l\u2019analyse, surtout avec les travaux d\u2019Eni Orlandi, vue non seulement comme la continuatrice de P\u00eacheux, mais comme celle qui s\u2019inspire de ce penseur fran\u00e7ais pour proposer au Br\u00e9sil une analyse du discours qui ne se r\u00e9duise pas au champ de P\u00eacheux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Dans notre appel \u00e0 contribution pour cette \u00e9dition de la revue Magana, nous avons pos\u00e9 la question d\u2019un possible tournant afro dans l\u2019analyse du discours au Br\u00e9sil, compte tenu de l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant pour les questions de racialit\u00e9 dans notre domaine. Pourrais-tu nous en dire un mot, ainsi que sur le rapport n\u00e9gritude-africanit\u00e9? <\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Voyez-vous, ce n\u2019est pas un th\u00e8me que je ma\u00eetrise, que ce soit par mes lectures ou par mes choix th\u00e9matiques pour mes travaux ou ceux que j\u2019accepte de diriger. C\u2019est plut\u00f4t un sujet que je rencontre. Maintenant, par exemple, en tant que professeur invit\u00e9 \u00e0 l\u2019UERJ, je travaille sur le th\u00e8me du discours et du mus\u00e9e, et la question appara\u00eet. Ou plut\u00f4t, je la rencontre. \u00c0 un moment o\u00f9 je consid\u00e8re que le mus\u00e9e est un espace fondamental pour construire la m\u00e9moire du Br\u00e9sil, il n\u2019est pas possible de fermer les yeux sur la mani\u00e8re dont ce rapport n\u00e9gritude-africanit\u00e9 est \u00e9vident dans les installations mus\u00e9ales. Il suffit de mentionner l\u2019ensemble m\u00e9moriel des mus\u00e9es situ\u00e9s dans la r\u00e9gion de Pequena \u00c1frica (\u00ab petite Afrique \u00bb) dans le centre de Rio de Janeiro. Ce qui est rest\u00e9 dans le r\u00e9pertoire de la m\u00e9moire met en sc\u00e8ne la lutte des Noirs. On pourrait citer beaucoup d\u2019autres exemples. Il existe d\u2019ailleurs des mus\u00e9es qui sont cr\u00e9\u00e9s dans et depuis les favelas. Tout cela est travers\u00e9 par un fil conducteur qui m\u00e8ne toujours aux formes ardues de r\u00e9sistance dans cet affrontement entre le Br\u00e9sil et l\u2019Afrique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Maintenant, du point de vue des approches, si ce n\u2019est par l\u2019important travail que vous r\u00e9alisez \u2013 et je ne dis pas cela parce que je suis en ta pr\u00e9sence, Rog\u00e9rio. Le proc\u00e9d\u00e9 analytique que vous pratiquez, toi et tes partenaires de projet, doit sans aucun doute beaucoup \u00e0 l\u2019analyse du discours. Mais vu de loin, il y a une excellente perspective interdisciplinaire qui fait valoir des concepts venus de diff\u00e9rentes branches, y compris de l\u2019anthropologie. C\u2019est tout ce que je peux en dire pour le moment.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Quels sont tes int\u00e9r\u00eats actuels de recherche et o\u00f9 veux-tu arriver? <\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019ai ador\u00e9 les questions que vous m\u2019avez pos\u00e9es jusque-l\u00e0. Mais je dois tout particuli\u00e8rement vous remercier pour celle-ci. Cela car je peux montrer le foucaldien inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 que je suis devenu. Foucault disait toujours qu\u2019il ne savait jamais o\u00f9 il allait arriver quand il commen\u00e7ait un travail. C\u2019est de cette mani\u00e8re que je me vois impliqu\u00e9 dans mes recherches actuelles. Je suis arriv\u00e9e \u00e0 Rio de Janeiro enthousiasm\u00e9 de m\u2019impliquer dans cette ville \u00e0 travers un projet qui aborde ses mus\u00e9es discursivement. J\u2019ai m\u00eame organis\u00e9, avec Bruno Deusdara, Davi Pessoa et des coll\u00e8gues fran\u00e7ais invit\u00e9s, une journ\u00e9e pour discuter, non pas des mus\u00e9es, mais des discours qui les constituent institutionnellement. Pour ma part, j\u2019observe cela par la mani\u00e8re dont les visites guid\u00e9es ouvrent les mus\u00e9es \u00e0 ses visiteurs. Quelle m\u00e9moire la parole du guide rend pr\u00e9sente dans le parcours entre un objet du fonds et un autre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je veux continuer, mais je me trouve cependant embarqu\u00e9 vers un autre chemin, que je n\u2019avais pas pr\u00e9vu. Le d\u00e9but de ce projet me semble maintenant tr\u00e8s acad\u00e9mique. Mais en m\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la mus\u00e9ologie sociale, non comme th\u00e9orie, mais comme pratique, je me vois d\u00e9barquer \u00e0 un endroit qui me ram\u00e8ne vers un certain militantisme : celui qui participe \u00e0 une lutte pour l\u2019affirmation et pour la place de la culture populaire. En parall\u00e8le, je n\u2019oublie pas ma passion pour la voix. Dans mon projet soutenu par le CNPq, \u00e0 force d\u2019\u00e9couter obsessionnellement la musicalit\u00e9 de la parole dans les chansons, je m\u2019aper\u00e7ois que je tombe encore dans ce qu\u2019il y a de parl\u00e9 dans la voix qui chante une chanson, et qui peut \u00eatre observ\u00e9 en dehors de la forme ou de la partition m\u00e9lodique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Vous voyez comme je me perds, pas tellement parce que je ne sais pas o\u00f9 je vais, mais parce que je me laisse guider par cet esprit digressif qui vient de moi-m\u00eame dans mes int\u00e9r\u00eats de recherche.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Enfin, nous souhaiterions te remercier chaleureusement, non seulement de nous avoir accord\u00e9 cet entretien, mais aussi d\u2019\u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence en tant qu\u2019intellectuel et ami.<\/strong><\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est moi qui vous remercie de votre affection, qui me lie aux coll\u00e8gues et amis si importants que vous \u00eates pour moi, Phellipe et Rog\u00e9rio.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Chronologie biographique<\/strong><\/h2>\r\n<img class=\"wp-image-1817 alignleft\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-25-a-09.47.16.png\" alt=\"\" width=\"124\" height=\"163\" \/>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pedro de Souza, enseignant et chercheur en analyse du discours, est connu pour ses analyses centr\u00e9es sur la subjectivit\u00e9 dans divers contextes et mat\u00e9rialit\u00e9s langagi\u00e8res, ancr\u00e9es dans les pratiques culturelles et politiques. Sa vie et sa carri\u00e8re en cours se caract\u00e9risent par un engagement permanent dans des travaux non seulement acad\u00e9miques, mais aussi militants, critiquant les diff\u00e9rences qui se transforment syst\u00e9matiquement en in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Premi\u00e8res ann\u00e9es : <\/strong>N\u00e9 le 28 juin 1951 \u00e0 S\u00e3o Paulo, il y a v\u00e9cu les dix premi\u00e8res ann\u00e9es de son enfance et a commenc\u00e9 son apprentissage de la lecture et de l\u2019\u00e9criture dans une \u00e9cole publique. Fils de Joaquim de Souza, m\u00e9tallurgiste, et de Nirva de Souza, cuisini\u00e8re professionnelle, il a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Santo Andr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 10 ans avec ses parents et son fr\u00e8re cadet d\u2019un an.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1963-1973 :<\/strong> Dans cette ville de la r\u00e9gion ABC de S\u00e3o Paulo, il a termin\u00e9 ses \u00e9tudes primaires et secondaires et a commenc\u00e9 l\u2019universit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ses 22 ans. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9 socialement au sein d\u2019une communaut\u00e9 de jeunes catholiques organis\u00e9e par les franciscains de l\u2019Ordre des Fr\u00e8res Mineurs Conventuels, ce qui l\u2019a conduit \u00e0 une exp\u00e9rience existentielle et politique marqu\u00e9e par la Th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1973 :<\/strong> Il a pass\u00e9 le concours d\u2019entr\u00e9e en lettres \u00e0 la Fondation Universitaire de Santo Andr\u00e9 (FSA), l\u2019une des plus anciennes institutions d\u2019enseignement sup\u00e9rieur de la r\u00e9gion, fond\u00e9e en 1962. La m\u00eame ann\u00e9e, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 dans un magasin d\u2019\u00e9lectrom\u00e9nager (Lojas Arapu\u00e3) puis comme employ\u00e9 de bureau \u00e0 la Banque Mercantile de S\u00e3o Paulo, il a obtenu un troisi\u00e8me emploi comme reporter dans un hebdomadaire de Santo Andr\u00e9, <em>O Rep\u00f3rter<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 ses talents d\u2019\u00e9criture et d\u2019enqu\u00eate.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1974 :<\/strong> Il a d\u00e9missionn\u00e9 du journal, suspendu son inscription en lettres et rejoint la vie religieuse chez les Fr\u00e8res Mineurs Conventuels, s\u2019installant au s\u00e9minaire de Curitiba (Campo Comprido). Il a pass\u00e9 un nouveau concours pour \u00e9tudier la philosophie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique du Paran\u00e1.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1975 :<\/strong> Il a accompli son noviciat \u00e0 Ca\u00e7apava (S\u00e3o Paulo), devenant fr\u00e8re franciscain sous le statut de v\u0153ux temporaires pour trois ans.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1976 :<\/strong> En tant que religieux franciscain, il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Rio de Janeiro, vivant en communaut\u00e9 avec des fr\u00e8res li\u00e9s \u00e0 la Province des \u00c9tats-Unis, en partenariat avec la province de Padoue (Italie), \u00e0 laquelle son ordre appartenait. Il a r\u00e9sid\u00e9 au couvent et \u00e0 la paroisse S\u00e3o Francisco, dans le quartier de Rio Comprido. \u00c0 Rio, il a repris ses \u00e9tudes universitaires, suivant des cours de lettres \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Santa \u00darsula et de philosophie au Monast\u00e8re S\u00e3o Bento. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il s\u2019est passionn\u00e9 pour la linguistique et a d\u00e9couvert le philosophe qui deviendra sa principale r\u00e9f\u00e9rence : Michel Foucault.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1977 :<\/strong> Transf\u00e9r\u00e9 du couvent de Rio de Janeiro \u00e0 celui de l\u2019\u00c9glise du Bonfim \u00e0 Santo Andr\u00e9, il a, sur demande de ses sup\u00e9rieurs (ayant choisi de ne pas devenir pr\u00eatre mais de rester fr\u00e8re), int\u00e9gr\u00e9 le cursus de Communication Sociale \u00e0 l\u2019Institut M\u00e9thodiste d\u2019Enseignement Sup\u00e9rieur, o\u00f9 il a obtenu son dipl\u00f4me de journalisme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1978-1979 :<\/strong> Pendant ses \u00e9tudes en journalisme, il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9diteurs de la revue O Mensageiro de Santo Ant\u00f4nio (bas\u00e9e \u00e0 Padoue) et a collabor\u00e9 activement comme reporter pour <em>O S\u00e3o Paulo<\/em>, journal dirig\u00e9 par Dom Paulo Evaristo Arns, archev\u00eaque de S\u00e3o Paulo. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par son engagement dans les luttes sociales contre la dictature, couvrant les rencontres des communaut\u00e9s eccl\u00e9siales de base et des mouvements li\u00e9s aux occupations ill\u00e9gales en p\u00e9riph\u00e9rie de S\u00e3o Paulo. Il a beaucoup appris en participant aux r\u00e9unions de r\u00e9daction d\u2019<em>O S\u00e3o Paulo<\/em>, o\u00f9 il a c\u00f4toy\u00e9 des intellectuels luttant contre le r\u00e9gime militaire instaur\u00e9 en 1964.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1980 :<\/strong> Il a quitt\u00e9 la vie religieuse mais a continu\u00e9 \u00e0 travailler comme journaliste freelance pour <em>O S\u00e3o Paulo<\/em>. Recrut\u00e9 par Dom Cl\u00e1udio Hummes, archev\u00eaque de la r\u00e9gion ABC, comme attach\u00e9 de presse, il a cofond\u00e9 le journal communautaire A Folha da Diocese, couvrant les luttes sociales des travailleurs de la r\u00e9gion sous l\u2019angle de la Th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration. Il a r\u00e9alis\u00e9 des reportages importants sur les assembl\u00e9es historiques des gr\u00e8ves des m\u00e9tallurgistes dirig\u00e9es par Luiz In\u00e1cio Lula da Silva. Son m\u00e9moire de master a port\u00e9 sur le langage et l\u2019id\u00e9ologie dans les discours de Lula, sous la direction de Mara Sofia Zanoto Paschoal, sp\u00e9cialiste en linguistique textuelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1981-1994 :<\/strong> Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 sans succ\u00e8s de percer dans la grande presse (allant jusqu\u2019\u00e0 travailler comme attach\u00e9 de presse pour des partis de droite par n\u00e9cessit\u00e9 financi\u00e8re), il a repris ses \u00e9tudes acad\u00e9miques en linguistique, obtenant un master en Langue Portugaise (PUC-SP) et un doctorat en Linguistique (UNICAMP). Il a partag\u00e9 son temps entre recherche et militantisme, \u00e9tant membre actif du Groupe Somos (affirmation homosexuelle) et du Groupe pela VIDDA\/SP (lutte contre le sida). Sa th\u00e8se (1993), dirig\u00e9e par Eni Orlandi (pionni\u00e8re de l\u2019analyse du discours au Br\u00e9sil), a analys\u00e9 les processus de subjectivation homosexuelle \u00e0 travers les lettres envoy\u00e9es au Groupe Somos.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1994 :<\/strong> Apr\u00e8s avoir enseign\u00e9 \u00e0 la PUC-SP, il a r\u00e9ussi le concours pour un poste de professeur en linguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Santa Catarina (UFSC). Avant de s\u2019installer \u00e0 Florian\u00f3polis, il a effectu\u00e9 un premier stage de recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris VII (oct. 1994 - mars 1995).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1995-2022 :<\/strong> \u00c0 Florian\u00f3polis, il a men\u00e9 la phase la plus intense de son travail \u00e0 l\u2019UFSC, enseignant et encadrant des recherches sur la construction du sujet \u00e0 travers le langage. Ses travaux ont inclus des projets sur la n\u00e9gritude invisible \u00e0 Santa Catarina et les in\u00e9galit\u00e9s urbaines \u00e0 Florian\u00f3polis. Gr\u00e2ce \u00e0 des s\u00e9jours postdoctoraux intermittents \u00e0 Paris, il a approfondi l\u2019\u00e9tude de Michel Foucault, dont il a diffus\u00e9 l\u2019\u0153uvre au Br\u00e9sil. Ses recherches ont couvert divers domaines culturels : chanson populaire, cin\u00e9ma, th\u00e9\u00e2tre, litt\u00e9rature, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Depuis 2022 :<\/strong> Bien que retrait\u00e9, il reste actif, collaborant avec l\u2019UFSC, l\u2019UERJ, la FAPERJ et le CNPq. Install\u00e9 \u00e0 Rio de Janeiro, il travaille sur la mus\u00e9ologie sociale, mettant en lumi\u00e8re les m\u00e9moires marginalis\u00e9es de la culture populaire. Il s\u2019est \u00e9galement form\u00e9 comme psychanalyste, approfondissant son \u00e9coute des sujets \u00e0 travers la masse des discours. Ainsi se poursuit la vie de cet homme qui avance tant qu\u2019il lui reste du souffle.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences de l<\/strong><strong>\u2019<\/strong><strong>entretien<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Foucault, M. (2006). A vida dos homens infames. In <em>Ditos e escritos IV: Estrat\u00e9gias, poder-saber<\/em> (2a ed., p. 203-222). Forense.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (1993). A boa nova da mem\u00f3ria anunciada: o discurso fundador da afirma\u00e7\u00e3o do negro no Brasil. In E. Orlandi (Org.), <em>Discurso fundador: A forma\u00e7\u00e3o do pa\u00eds e a constru\u00e7\u00e3o da identidade nacional<\/em> (59-68). Campinas: Editora da Unicamp.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Quelques r\u00e9f\u00e9rences importantes<\/strong> <strong>de Pedro de Souza<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (1997). <em>Confid\u00eancias da carne: O p\u00fablico e o privado na enuncia\u00e7\u00e3o da sexualidade<\/em>. Campinas: Editora da Unicamp.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2000). Rasgos de negritude no sistema de beleza branco. <em>Rua (UNICAMP), 1<\/em>(6), p. 62-75.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2000). Os suprasegmentos como \u00edndices da subjetiva\u00e7\u00e3o na enuncia\u00e7\u00e3o oral. <em>Revista da ANPOLL, 1<\/em>(8), <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.18309\/anp.v1i9.371\">https:\/\/doi.org\/10.18309\/anp.v1i9.371<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2009). <em>Michel Foucault: O trajeto da voz na ordem do discurso<\/em>. S\u00e3o Paulo: Editora RG.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2011). Gritos e sussurros: Rasgos vocais em discurso. In E. A. Rodrigues, G. L. dos Santos &amp; L. K. A. Castello Branco (Orgs.), <em>An\u00e1lise de Discurso no Brasil: Pensando o impensado sempre \u2013 Uma homenagem a Eni Orlandi<\/em> (87-106). S\u00e3o Paulo: Editora RG.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2014). Corpo e voz em descontinuidade: Homoerotismo esquivo no canto de Maria Gad\u00fa. In\u00a0<em>M\u00eddia, exclus\u00e3o e ensino: Dilemas e desafios na contemporaneidade<\/em>(1\u00aa ed., Vol. 1, pp. 39\u201350). Campinas: Pontes Editores.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2021). La puissance du vuln\u00e9rable chez Amy Winehouse: Des plans des mise en abyme d\u2019une narration cin\u00e9-biographique.\u00a0<em>T\u00e9trade \u2013 Revue du Centre de Recherche en Arts et Esth\u00e9tique<\/em>,\u00a0<em>8<\/em>, 58\u201368.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2023). Uma dom\u00e9stica fala sendo sil\u00eancio na sala de estar: O vulner\u00e1vel do sujeito nas cordas vocais. In\u00a0<em>Vidas prec\u00e1rias, vidas inventadas<\/em>\u00a0(301\u2013316). Campinas: Editora Pontes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2024). Observando o singular projeto educativo do Museu do Pontal, no Rio de Janeiro.\u00a0<em>Revista Museu<\/em>, p. 1-4.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2025). A arte do encontro entre diferentes numa discursividade fascista.\u00a0<em>Acta Semi\u00f3tica et Lingvistica<\/em>,\u00a0<em>32<\/em>, p. 7-20.<\/p>\r\n\r\n<div class=\"textbox textbox--sidebar shaded\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 traduit du portugais du Br\u00e9sil par Nina Rioult.<\/div>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>22 novembre 2024<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>21 f\u00e9vrier 2025<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>6 ao\u00fbt 2025<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Entretien<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Entretien avec\u00a0Pedro de Souza<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Pedro, nous aimerions que tu \u00e9voques un peu ta trajectoire personnelle avant d\u2019entrer dans la vie universitaire. Veux-tu souligner quelque chose en particulier?<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Eh bien, pour parler de ma trajectoire avant d\u2019entrer dans la vie universitaire, je mettrais modestement en avant mon engagement dans les mouvements sociaux urbains. Tout d\u2019abord, ma participation en tant que journaliste au soutien de l\u2019activisme pour ce qu\u2019on a appel\u00e9 la lutte de la population p\u00e9riph\u00e9rique de la ville de S\u00e3o Paulo, autour du probl\u00e8me des lotissements clandestins \u00e0 la mi-1978. Mon r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 de pr\u00eater mes comp\u00e9tences de reporter dans la couverture des actions de ce mouvement. Il est clair que l\u2019importance de mon engagement devait beaucoup \u00e0 la visibilit\u00e9 du journal <em>O S\u00e3o Paulo<\/em>, \u00e0 l\u2019\u00e9poque un des rares m\u00e9dias alternatifs qui donnait toute sa place \u00e0 tout ce qui se passait dans le domaine des luttes contre tout ce qui s\u2019imposait comme censure et restriction pendant les \u00ab ann\u00e9es de plomb \u00bb de la dictature militaire. Je faisais seulement partie, parmi tant d\u2019autres, de la main d\u2019\u0153uvre journalistique qui contribuait \u00e0 amener au public lecteur la voix des victimes de l\u2019exploitation urbaine. <em>O S\u00e3o Paulo<\/em> leur a donn\u00e9, dans ses pages, son espace vide ou celui rempli dans les autres journaux imprim\u00e9s par de la po\u00e9sie que la censure ordonnait de mettre \u00e0 la place des reportages qui critiquaient le syst\u00e8me de la dictature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la m\u00eame veine, alors que j\u2019\u00e9tais charg\u00e9 de communication du dioc\u00e8se de Santo Andr\u00e9, alors dirig\u00e9 par l\u2019\u00e9v\u00eaque Claudio Hummes, j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 avec un groupe de coll\u00e8gues journalistes un bulletin intitul\u00e9 <em>A folha do diocese<\/em>. C\u2019est dans ce modeste hebdomadaire que j\u2019ai couvert les mouvements locaux de la r\u00e9gion de l\u2019ABC, y compris celui des fameuses gr\u00e8ves promues par le leader du syndicat des m\u00e9tallurgistes \u00e0 S\u00e3o Bernardo de Campo de cette \u00e9poque, Luiz In\u00e1cio Lula da Silva. J\u2019ai couvert de pr\u00e8s, du haut des tribunes, les principaux mouvements de gr\u00e8ve : 1978, 1979 et 1980.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Puis \u00e0 partir de 1981, \u00e9tant d\u00e9j\u00e0, d\u2019une certaine mani\u00e8re, plus libre dans mon orientation sexuelle, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019avant j\u2019avais \u00e9t\u00e9 fr\u00e8re de l\u2019ordre franciscain des fr\u00e8res mineurs conventuels, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019engager dans le Groupe Somos de Afirma\u00e7\u00e3o Homossexual<a class=\"footnote\" title=\"N.T. : \u00ab Nous sommes d\u2019affirmation homosexuelle \u00bb.\" id=\"return-footnote-1695-1\" href=\"#footnote-1695-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Ce groupe avait pour principe politique d\u2019ouvrir un espace pour la libre expression d\u2019individus ayant des difficult\u00e9s \u00e0 se reconna\u00eetre et \u00eatre reconnus dans leur choix de pratiques sexuelles. Voil\u00e0, je dirais, mon histoire publique avant de devenir enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00eame si mes propositions d\u2019analyse \u00e9taient li\u00e9es \u00e0 mon propre processus de formation dans le domaine de l\u2019analyse du discours, mon engagement pour la cause de l\u2019affirmation sexuelle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9. Pendant tout le temps o\u00f9 j\u2019ai fait mon doctorat \u00e0 l\u2019IEL\/UNICAMP, le chercheur, c\u2019\u00e9tait aussi moi, un activiste du Groupe Somos. Cela m\u2019a demand\u00e9 des efforts consid\u00e9rables, aussi bien sur le plan universitaire que politique. Je semais ainsi les graines de mon parcours professionnel, au cours duquel j\u2019ai fait des activit\u00e9s militaires une pratique d\u2019intervention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Parle-nous de ton entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et de ta rencontre avec l\u2019analyse du discours.<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vous voyez donc que mon entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0, disons, mon militantisme, dans le sens des choix que j\u2019ai faits aussi bien sur le plan de l\u2019enseignement que dans le domaine de la recherche. Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de Santa Catarina, en mars 1995, j\u2019\u00e9tais encore li\u00e9 \u00e0 deux groupes de recherche. Le premier groupe s\u2019est form\u00e9 autour du projet Capes\/Cofecub \u00ab Histoire des id\u00e9es linguistiques \u00bb, un grand projet de recherche r\u00e9unissant des chercheurs de l\u2019Institut des \u00e9tudes du langage de l\u2019Unicamp, du D\u00e9partement de langue portugaise de l\u2019Universit\u00e9 de S\u00e3o Paulo et du Centre de recherche sur l\u2019histoire des id\u00e9es linguistiques, de l\u2019Universit\u00e9 Paris VII, en France. Eni Orlandi et Sylvain Auroux coordonnaient le projet, repr\u00e9sentant respectivement le Br\u00e9sil et la France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me groupe de recherche auquel je participais, lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 ma carri\u00e8re \u00e0 l\u2019UFSC, \u00e9tait rattach\u00e9 au Laboratoire d\u2019\u00e9tudes urbaines de l\u2019Unicamp, centre que j\u2019ai contribu\u00e9 \u00e0 fonder, avec les coll\u00e8gues Jos\u00e9 Horta Nunes et Maria Onice Payer. Coordonn\u00e9 par Eni Orlandi, le premier projet de ce centre s\u2019intitulait \u00ab Les sens du public dans l\u2019espace urbain \u00bb. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une autre occasion pour moi d\u2019aborder mes questions subjectives. Dans ce cas-l\u00e0, j\u2019ai travaill\u00e9 sur le probl\u00e8me de l\u2019installation de grilles dans tous les lieux publics de S\u00e3o Paulo. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019enqu\u00eater \u00e0 la fois sur le processus discursif et sur le syst\u00e8me d\u2019exclusion dans l\u2019espace urbain. Les deux projets que je viens de citer font donc partie int\u00e9grante d\u2019une esp\u00e8ce de trousseau que j\u2019apportais, au moment o\u00f9 je suis devenu ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019UFSC, dans le bagage de mes exp\u00e9riences ant\u00e9rieures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais mon rapprochement avec le domaine de l\u2019analyse du discours s\u2019est \u00e9tendu \u00e0 des partenariats et des contacts avec les chercheurs fran\u00e7ais, et ce gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019opportunit\u00e9 offerte par le r\u00e9seau de contacts qu\u2019Eni Orlandi partageait avec tous ses anciens \u00e9tudiants dans tout le Br\u00e9sil. Je me souviens \u00e0 quel point il a \u00e9t\u00e9 plaisant et significatif de participer au XVI<sup>e<\/sup> Congr\u00e8s international de linguistes, en 1997. La m\u00eame semaine, alors que j\u2019\u00e9tais \u00e0 Paris, j\u2019ai aussi particip\u00e9 en tant qu\u2019invit\u00e9 et mod\u00e9rateur au colloque \u00ab Le discours en analyse : histoire, conflits et exp\u00e9rimentations \u00bb, qui s\u2019est tenu dans la ville de Cerisy-la-Salle. En cinq sessions de s\u00e9minaires, j\u2019ai eu l\u2019opportunit\u00e9 de me mettre \u00e0 jour sur la situation de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise d\u2019analyse du discours et ses rapports avec les autres sciences humaines, notamment l\u2019histoire, du tournant des ann\u00e9es 1980 aux ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour un professeur comme moi, tout juste sorti de sa p\u00e9riode probatoire, \u00e7a a donc \u00e9t\u00e9 un voyage tr\u00e8s fructueux. J\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9tendre mes contacts avec les coll\u00e8gues \u00e9trangers et d\u2019\u00e9changer des exp\u00e9riences qui m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 me situer plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le domaine de l\u2019analyse du discours, domaine largement ouvert, ayant la possibilit\u00e9 de relier le ph\u00e9nom\u00e8ne multiforme du langage \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 presque ind\u00e9termin\u00e9e de th\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cela s\u2019explique par le fait que, d\u00e8s le d\u00e9part, apr\u00e8s avoir assur\u00e9 le cours d\u2019analyse de discours pour le master et le doctorat en linguistique et dans le D\u00e9partement de langue et litt\u00e9rature vernaculaires, j\u2019ai accept\u00e9 l\u2019invitation de travailler \u00e9galement dans les formations de master et doctorat en litt\u00e9rature. Il m\u2019est apparu plus clairement que je voulais poursuivre la recherche sur la question du sujet constitu\u00e9 dans les discours. L\u2019\u00e9tablissement de l\u2019analyse du discours comme cours obligatoire de la licence a \u00e9t\u00e9 pour moi providentiel et m\u2019a donn\u00e9 pour responsabilit\u00e9 d\u2019insuffler chez les \u00e9tudiants une nouvelle fa\u00e7on de penser et de pratiquer les \u00e9tudes du langage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>En parcourant ta production, nous remarquons que les questions de genre et de sexualit\u00e9 occupent un espace important, qui culmine dans ta th\u00e8se de doctorat, r\u00e9f\u00e9rence dans le domaine. En m\u00eame temps, nous voyons appara\u00eetre des travaux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la racialit\u00e9, des recherches pionni\u00e8res dans l\u2019analyse du discours. Ton texte \u00ab A boa nova da mem\u00f3ria anunciada: o discurso fundador da afirma\u00e7\u00e3o do negro no Brasil \u00bb [N.T. : \u00ab La bonne nouvelle de la m\u00e9moire annonc\u00e9e : le discours fondateur de l\u2019affirmation des personnes noires au Br\u00e9sil \u00bb], sorti dans le recueil Discurso fundador, organis\u00e9 par Eni Orlandi, est le premier dans notre domaine \u00e0 aborder la question de la racialit\u00e9 br\u00e9silienne. Nous aimerions t\u2019entendre un peu plus sur la mani\u00e8re dont cette th\u00e9matique dialogue avec ta trajectoire en analyse du discours.<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je dois de nouveau revenir aux premi\u00e8res ann\u00e9es de mes prises de fonction \u00e0 l\u2019UFSC. Alors que j\u2019\u00e9tais d\u00e9finitivement \u00e9tabli dans le monde universitaire, je me souviens qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019entendais de la part de coll\u00e8gues professeurs et chercheurs que mon engagement dans certains types d\u2019activismes leur semblait \u00e9trange, voire d\u00e9plac\u00e9. En plus de \u00e7a, je choisissais comme objet d\u2019analyse discursive des questions qui s\u2019inscrivaient davantage dans les int\u00e9r\u00eats de chercheurs d\u2019autres domaines des sciences humaines (sociologie, psychologie, assistance sociale).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais il se trouve que ce qui diff\u00e9rencie l\u2019analyse du discours, c\u2019est l\u2019observation du fait que le langage, une fois converti en discours, convertit les hommes et les contextes qui les entourent. Pour cela, il ne m\u2019a pas \u00e9t\u00e9 difficile de concilier mon regard sur le social et mon regard sur l\u2019acte individuel qui le compose et est compos\u00e9 par lui en tant qu\u2019effet de discours. Avec cela, j\u2019ai petit \u00e0 petit continu\u00e9 \u00e0 apprendre et \u00e0 approfondir mes connaissances \u00e0 ce sujet, jusqu\u2019\u00e0 ce que je d\u00e9veloppe une conviction pour un dispositif analytique et d\u2019intervention. Bien s\u00fbr, je ne couvre pas tout ce qu\u2019il y a \u00e0 couvrir en termes historiques et sociaux. De par ma personne, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9, depuis mon adolescence, \u00e0 observer la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers ce que j\u2019entendais les gens dire. Avant, j\u2019avais l\u2019illusion qu\u2019il suffisait d\u2019\u00e9couter et de comprendre litt\u00e9ralement les mots. Mais ce n\u2019est pas comme \u00e7a. Plus tard, en traversant les diff\u00e9rentes th\u00e9ories du langage, j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 ma curiosit\u00e9 et ma m\u00e9fiance. Je me suis mis \u00e0 utiliser des connaissances d\u2019une certaine th\u00e9orie du langage, li\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse du discours \u2013 je parle ici surtout de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9nonciation \u2013 qui nous transmet que la langue et la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle elle se r\u00e9f\u00e8re n\u2019existent que dans les hommes qui parlent, qui produisent des univers avec les mots. Quand je couvrais les assembl\u00e9es agit\u00e9es du mouvement de gr\u00e8ve en 1980, ce qui m\u2019impressionnait \u00e9tait la mani\u00e8re dont Lula parlait et se produisait lui-m\u00eame comme leader syndical, en s\u2019adressant \u00e0 toute son audience pr\u00e9sente en face de la tribune et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contre laquelle luttaient les travailleurs constitu\u00e9s dans le discours m\u00eame qui leur \u00e9tait adress\u00e9. Cela a \u00e0 voir avec ce qu\u2019Althusser a dit sur le discours comme op\u00e9rateur qui intervient entre l\u2019individu et ses conditions d\u2019existence. J\u2019ai fini par le retrouver aussi chez Michel Foucault, quand il a soulign\u00e9 qu\u2019il ne s\u2019agissait pas du discours comme constituant du discours, mais plut\u00f4t du processus discursif qui le constitue. Ainsi, il ne s\u2019agit pas pour l\u2019analyste de produire une analyse de la position du parti pris \u2013 contre ou pour, vrai ou faux \u2013 mais plut\u00f4t de la perspective des mots \u00e9mis en situation, apportant dans son acte analytique les conditions dans lesquelles le discours produit des effets de sens ou des valeurs de v\u00e9racit\u00e9 ou de fausset\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est pour cela qu\u2019aujourd\u2019hui, les actions \u00e0 caract\u00e8re politique me poussent toujours \u00e0 d\u00e9crire plus pr\u00e9cis\u00e9ment le type de vocation \u00e0 laquelle je me destinais en choisissant le domaine de l\u2019analyse du discours comme espace de professionnalisation dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et dans la recherche. Dans les choix intermittents que j\u2019ai faits dans la vie, il n\u2019y avait pas de distance entre le travail que j\u2019\u00e9tais appel\u00e9 \u00e0 faire, et consid\u00e9r\u00e9 comme relevant de ma comp\u00e9tence, et mon engagement subjectivement n\u00e9cessaire, comme je l\u2019ai dit auparavant, pour montrer la mani\u00e8re dont j\u2019entrais dans chacun de ces domaines, qui d\u00e9finissent non seulement le choix d\u2019un secteur professionnel, mais aussi une mani\u00e8re de vivre. Oui, lorsque j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire un master et un doctorat, j\u2019ai pris en compte mes exp\u00e9riences v\u00e9cues en tant que militant sur des questions sociales tr\u00e8s stimulantes et impliquant des pratiques de libert\u00e9. J\u2019ai toujours voulu que mon travail soit une contribution permettant de penser les probl\u00e8mes que mes projets et mes cours abordaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par exemple, pendant mon doctorat, j\u2019ai poursuivi encore plus radicalement la recherche sur les dynamiques entre langage et activisme social. Je dis \u00ab radical \u00bb dans le sens o\u00f9 je me suis profond\u00e9ment impliqu\u00e9 dans la probl\u00e9matique de la subjectivation, que ce soit en ce qui concerne l\u2019orientation sexuelle ou la question de la n\u00e9gritude. Dans ma th\u00e8se, qui est ensuite devenue un livre, j\u2019ai examin\u00e9 le probl\u00e8me de l\u2019expression du sujet homosexuel dans le contexte du mouvement gay \u00e9mergent entre 1978 et 1984. J\u2019ai analys\u00e9 des lettres personnelles envoy\u00e9es au Groupe Somos de Afirma\u00e7\u00e3o Homossexual, principale organisation de militants qui a \u0153uvr\u00e9 pour la lib\u00e9ration et l\u2019affirmation des expressions homosexuelles \u00e0 S\u00e3o Paulo et \u00e0 Rio de Janeiro. Il s\u2019agissait de montrer que, face au champ \u00e9nonciatif historique de la mise sous silence fondatrice de l\u2019homosexualit\u00e9, la lettre, en tant que r\u00e9gime \u00e9pistolaire de confidence de soi adress\u00e9e \u00e0 une organisation politique, devient un espace discursif de r\u00e9sistance, un champ d\u2019\u00e9nonciation fuyant les espaces r\u00e9pressifs de la sexualit\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je me suis orient\u00e9 de mani\u00e8re plus passionn\u00e9e et d\u00e9cid\u00e9e vers la pens\u00e9e de Michel Foucault.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais il faut que je vous r\u00e9v\u00e8le une exception concernant la transformation de mon engagement militant en question de r\u00e9flexion et de recherche. Concernant la probl\u00e9matique du racisme, je m\u2019y suis toujours int\u00e9ress\u00e9, mais en restant toutefois \u00e0 distance de l\u2019activisme antiraciste naissant au Br\u00e9sil \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. \u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019avais une implication tr\u00e8s personnelle, sans entrer dans mes probl\u00e8mes particuliers, envers l\u2019exc\u00e8s d\u2019identitarisme qui a marqu\u00e9 les mouvements sociaux minoritaires au Br\u00e9sil. Sans aucune possibilit\u00e9 d\u2019autocritique, chaque personne ayant choisi son lieu d\u2019action et de parole devait porter un t-shirt, un cachet d\u2019identification. C\u2019\u00e9tait ainsi pour les femmes dans le mouvement f\u00e9ministe, pour les gays dans le mouvement homosexuel. Subjectivement, participer au mouvement noir unifi\u00e9 me mettait mal \u00e0 l\u2019aise, car on y trouvait une certaine g\u00eane \u00e0 donner un acc\u00e8s libre et la parole aux hommes noirs gays. Mon probl\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas de m\u2019exposer en tant que Noir, cela \u00e9tait \u00e9vident sur ma peau et sur mon ph\u00e9notype. Mon probl\u00e8me \u00e9tait que je n\u2019acceptais pas cela et que ce type de discrimination voil\u00e9e dans le mouvement noir unifi\u00e9 me mettait mal \u00e0 l\u2019aise. Bien s\u00fbr, tout a chang\u00e9 aujourd\u2019hui, et les gays, les lesbiennes, les travestis et les transsexuels peuvent librement participer \u00e0 toutes les formes de lutte antiraciste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutefois, je n\u2019ai pas cess\u00e9 de toucher \u00e0 la question de la n\u00e9gritude, en m\u2019adressant principalement au milieu universitaire. On ne pouvait pas y parler de racisme contre les personnes noires. La difficult\u00e9 r\u00e9sidait surtout dans le fait que le porteur de cette posture critique, c\u2019est-\u00e0-dire moi, \u00e9tait lui-m\u00eame noir. Je me souviens d\u2019une certaine g\u00eane quand j\u2019exposais mes travaux. On me demandait m\u00eame si je n\u2019\u00e9tais pas en train de propager un racisme de Noirs contre les Blancs, ou de ne pas mettre en perspective le discours raciste que j\u2019analysais et dont j\u2019entendais prendre mes distances. Lorsque j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9, dans un groupe de travail d\u2019analyse du discours, un article sur la n\u00e9gritude et l\u2019estime de soi, la r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 g\u00eanante, pointant que l\u2019acte discriminatoire n\u2019existait qu\u2019en raison de la position d\u2019o\u00f9 parlait la personne noire. Je reconnais que la ligne d\u2019analyse que j\u2019avais adopt\u00e9e dans mon texte avait ouvert la porte \u00e0 cette r\u00e9action. Je ne crois pas que les discussions sur l\u2019antiracisme aient suffisamment avanc\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 aujourd\u2019hui, mais au moins l\u2019espace est ouvert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Maintenant, si on parle de rapports de genre, bien que je ne sois pas associ\u00e9 aux domaines de recherche pourtant sur les rapports de genre, les r\u00e9sultats de la premi\u00e8re \u00e9tape de ma recherche sur la voix chez les chanteuses de la radio ont de fortes r\u00e9percussions dans les \u00e9tudes f\u00e9ministes. Cela m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 des tables rondes du principal \u00e9v\u00e9nement de ce domaine, <em>Fazendo G\u00eanero<a class=\"footnote\" title=\"N.T. : \u00ab faire le genre \u00bb\" id=\"return-footnote-1695-2\" href=\"#footnote-1695-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a><\/em>, r\u00e9alis\u00e9 tous les trois ans \u00e0 l\u2019UFSC. C\u2019est que les analyses m\u2019ont permis de faire voir le sujet f\u00e9minin en train de se constituer, \u00e0 travers ses \u00e9nonciations chant\u00e9es, par le recours aux propri\u00e9t\u00e9s mat\u00e9rielles de la voix d\u2019o\u00f9 \u00e9mergeait sa subjectivit\u00e9 de chanteuse en devenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Un autre de tes actes pionniers a \u00e9t\u00e9 d\u2019introduire dans les \u00e9tudes discursives la voix en tant que mat\u00e9rialit\u00e9 signifiante. Tout au long de ton travail, le concept de voix s\u2019articule \u00e0 celui de corps et celui de sujet. Peux-tu nous dire comment cela se produit? <\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bon, vous venez de mettre le doigt sur ma plus grande passion. Donc n\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 m\u2019interrompre si je m\u2019\u00e9tale trop. En 2006, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier la voix chant\u00e9e en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment mat\u00e9riel de l\u2019\u00e9nonciation qui, travers\u00e9 par une discursivit\u00e9, indiquait un \u00e9v\u00e9nement de subjectivation en cours dans l\u2019acte d\u2019\u00e9mettre une parole chant\u00e9e ou parl\u00e9e. Avec Michel Foucault, j\u2019avais remarqu\u00e9 que les modulations vocales n\u2019\u00e9taient pas seulement des indices de soumission au discours interpos\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation, mais qu\u2019elles \u00e9taient \u00e9galement un vestige de r\u00e9sistance qui sous-entendait que le sujet allait vers une autre direction que celle qu\u2019il \u00e9tait ponctuellement amen\u00e9 \u00e0 \u00e9noncer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00eame si cela peut sembler digressif, je voudrais \u00e9voquer ce passage o\u00f9 je me suis litt\u00e9ralement vu happ\u00e9 par la pens\u00e9e et l\u2019approche de Michel Foucault et ce moment o\u00f9 je me suis livr\u00e9 \u00e0 ce mouvement soudain de transformer une passion personnelle en objet de recherche. En cela, Michel Foucault est, de mani\u00e8re \u00e9vidente, mon mentor et inspirateur suppos\u00e9. Je fais allusion \u00e0 son int\u00e9r\u00eat pour des \u00e9v\u00e9nements dits mineurs, sans importance, comme les cas singuliers qu\u2019il a rassembl\u00e9s dans l\u2019\u0153uvre <em>Les vies des hommes inf\u00e2mes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette id\u00e9e de montrer le singulier dans la mani\u00e8re dont les individus deviennent sujets dans l\u2019histoire, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des analyses centr\u00e9es sur les chanteuses de radio. Je me suis alors mis \u00e0 d\u00e9crire l\u2019ordre discursif qui traverse le sujet souhaitant se constituer par le chant \u00e0 l\u2019\u00e8re de la radio. Je me suis principalement concentr\u00e9 sur les chanteuses, m\u00eame si j\u2019ai accord\u00e9 une certaine place aux rois de la voix, comme Orlando Silva, Nelson Gon\u00e7alves et Cauby Peixoto. Suivant Michel Foucault, j\u2019ai repris le concept de soci\u00e9t\u00e9 discursive pour l\u2019appliquer au r\u00e9gime de formation des chanteuses de l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la radio. Le r\u00e9gime concernait ce qui devait l\u00e9gif\u00e9rer sur la juste mani\u00e8re de faire acc\u00e9der le sujet \u00e0 la sc\u00e8ne d\u2019une certaine activit\u00e9 artistique. Dans cette perspective, j\u2019ai formul\u00e9 un projet qui abordait les femmes qui, dans les ann\u00e9es 1940, cherchaient \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la caste des grandes interpr\u00e8tes de la chanson populaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis donc parti de l\u2019hypoth\u00e8se que les chanteuses de radio ne devenaient pas seulement c\u00e9l\u00e8bres en raison des chagrins d\u2019amour qu\u2019\u00e9voquaient les paroles de leurs chansons, mais surtout par la mani\u00e8re dont elles les entonnaient. Je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 montrer comment, par l\u2019\u00e9nonciation chant\u00e9e, les chanteuses de radio agissaient vocalement pour devenir, le temps de la chanson, une autre personne, diff\u00e9rente d\u2019elles-m\u00eames. Il s\u2019agissait de penser le sujet dans une forme de rapport \u00e0 soi o\u00f9 l\u2019important n\u2019est pas de communiquer des informations personnelles, mais de montrer le soi se repr\u00e9sentant dans l\u2019acte de dire et de chanter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De cette mani\u00e8re, les r\u00e9sultats de mes recherches ont apport\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments pour l\u2019analyse de la performance vocale. L\u2019analyse partait du pr\u00e9suppos\u00e9 que le trait prosodique \u2013 celui auquel l\u2019\u00e9nonciation de la parole chant\u00e9e est li\u00e9e \u2013 pouvait montrer la mani\u00e8re dont apparaissait le sujet, par la fa\u00e7on dont il se place vocalement dans l\u2019\u00e9nonciation. Dans ce cas, la subjectivation concerne le processus \u00e9nonciatif qui, dans l\u2019acte de chanter, tient la voix pour subsidiaire de la production de soi. Voil\u00e0 donc le cadre dans lequel je me suis attach\u00e9 \u00e0 formuler un probl\u00e8me de discours, c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont se constitue le sujet \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 il chante, travers\u00e9 par un certain ordre discursif : celui qui d\u00e9termine, dans une activit\u00e9 artistique, qui doit \u00eatre celui qui s\u2019\u00e9nonce lui-m\u00eame, non par le contenu de ce qu\u2019il dit en chantant, mais par la mani\u00e8re dont il le dit en chantant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s avoir analys\u00e9, dans cette premi\u00e8re \u00e9tape, la mani\u00e8re dont les chanteuses traditionnelles passaient de femmes ordinaires \u00e0 sujets qui chantent, j\u2019ai ensuite fait le lien avec la mani\u00e8re dont se construisent subjectivement les chanteuses contemporaines par rapport aux chanteuses traditionnelles. Pour cela, j\u2019ai pris l\u2019absence de drame dans leur voix comme \u00e9v\u00e9nement de l\u2019\u00e9nonciation qui marque une diff\u00e9rence entre l\u2019\u00e9poque du chant f\u00e9minin contemporain et celle de la tradition de l\u2019\u00e8re de radio. En d\u2019autres termes, j\u2019ai essay\u00e9 de poser la probl\u00e9matique du style vocal des chanteuses actuelles, dans leurs diff\u00e9rences en termes de performance vocale, dans la tranche historique allant des ann\u00e9es 1940 aux ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De cette fa\u00e7on, j\u2019ai appliqu\u00e9 \u00e0 la voix un point d\u2019\u00e9lucidation de ce myst\u00e8re, qui faisait que la chanteuse se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 elle-m\u00eame en \u00e9tant d\u00e9tach\u00e9e des discours qui, s\u2019interposant \u00e0 son chant, l\u2019assujettiraient. L\u2019incidence du discours de Get\u00falio Vargas, qui a forg\u00e9 l\u2019embl\u00e8me des chanteuses de radio ber\u00e7ant les r\u00eaves d\u2019un Br\u00e9sil ufaniste, n\u2019est pas minimis\u00e9e dans cette perspective analytique. Ce que j\u2019ai fait ici, c\u2019est \u00e9lucider la mat\u00e9rialit\u00e9 du discours qui est soutenu par la qualit\u00e9 vocale des femmes qui chantaient dans l\u2019\u00e8re de la radio.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En tout cas, il ne s\u2019est jamais agi d\u2019\u00e9tablir des strat\u00e9gies analytiques ne portant que directement sur la mat\u00e9rialit\u00e9 de la voix. Bien au contraire, cette mat\u00e9rialit\u00e9 n\u2019a d\u2019int\u00e9r\u00eat que dans la mesure o\u00f9 on l\u2019aborde \u00e0 partir des discours qui la traversent et lui donnent sens. Ma question a toujours \u00e9t\u00e9 de savoir quels \u00e9taient ces discours et de quelle mani\u00e8re ils influen\u00e7aient l\u2019\u00e9nonciation chant\u00e9e, donnant \u00e0 voir une forme historique de sujet s\u2019\u00e9rigeant dans la voix chant\u00e9e. Cela est d\u00fb au fait que les analyses r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 cette \u00e9tape se sont concentr\u00e9es sur le croisement entre la sp\u00e9cificit\u00e9 mat\u00e9rielle de la voix comme objet d\u2019\u00e9tude, du point de vue acoustique, et son statut dans l\u2019\u00e9nonciation chant\u00e9e. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il \u00e9tait clair pour moi qu\u2019il ne s\u2019agissait pas de bien identifier l\u2019articulation ou non d\u2019un son linguistique, reprenant alors une certaine forme id\u00e9ale de sujet parlant dans une langue donn\u00e9e. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il ne s\u2019agissait pas non plus de pr\u00e9ciser la forme id\u00e9ale du sujet chantant dans le domaine discursif de l\u2019art de chanter. Cela ne m\u2019int\u00e9ressait pas d\u2019entrer dans la querelle de savoir comment la voix, par la mani\u00e8re dont elle sonne, peut constituer en soi une diff\u00e9rence entre un bon et un mauvais chanteur, entre celui qui chante et celui qui ne chante pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne le rapport entre la performance vocale et le corps de la chanteuse, l\u2019objectif de la recherche \u00e9tait d\u2019\u00e9tudier la mani\u00e8re dont des proc\u00e9d\u00e9s oraux, qui influent sur l\u2019inflexion m\u00e9lodique, le rythme et la prononciation de certains phon\u00e8mes, sont des dispositifs qui soumettent le corps \u00e0 une certaine discipline au moment o\u00f9 la chanteuse s\u2019abandonne au pouvoir de la voix. En d\u2019autres termes, comment le chanteur, la chanteuse devrait s\u2019approprier l\u2019appareil d\u2019\u00e9nonciation propre au chant. Tout se passait comme si la chanteuse ne pouvait pas ne pas \u00eatre affect\u00e9e par l\u2019existence d\u2019un ordre de discours travers\u00e9 par l\u2019acte de chanter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le th\u00e8me de la voix n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre une de mes obsessions. Non que j\u2019aie souhait\u00e9 en devenir un sp\u00e9cialiste. Je voulais seulement transformer en plaisir de la recherche mon go\u00fbt pour l\u2019\u00e9coute spontan\u00e9e, qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 celle d\u2019un critique musical ou m\u00eame d\u2019un musicologue qui chante et joue d\u2019un instrument. Cela m\u2019est venu de la r\u00e9miniscence du petit gar\u00e7on aux oreilles coll\u00e9es \u00e0 la radio. Il y a l\u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019arch\u00e9ologie de mon propre go\u00fbt musical, orient\u00e9 par l\u2019\u00e9coute profane qui commence dans l\u2019enfance et se poursuit \u00e0 l\u2019adolescence, me faisant prendre conscience que mes oreilles sont le point d\u2019ancrage d\u2019une m\u00e9moire qui se sert de la singularit\u00e9 de ma propre histoire de sujet. Pour cela, ce n\u2019est donc pas sans prendre en compte les d\u00e9calages et les scansions que j\u2019ai de plus en plus insist\u00e9 sur l\u2019\u00e9coute de la voix f\u00e9minine dans la musique populaire contemporaine. J\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 \u00e9couter des chanteurs et des chanteuses contemporains, en attirant l\u2019attention sur le cri des divas qui se sont transform\u00e9s en murmure dans un style \u00ab cool \u00bb de chant. Et, il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier \u00c9mile Benveniste et sa th\u00e9orie de l\u2019\u00e9nonciation pour, au moins, bien r\u00e9pondre aux objections selon lesquelles mon travail n\u2019avait sa place ni dans les th\u00e9ories linguistiques, ni dans les th\u00e9ories litt\u00e9raires, notamment au sein de leurs deux sous-domaines respectifs : l\u2019analyse du discours et les \u00e9tudes culturelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est donc sur ce mode \u00e9nonciatif m\u00ealant paroles et chants que je propose un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019analyse qui vise \u00e0 saisir la voix comme \u00e9l\u00e9ment qui ressort et plane comme objet, expos\u00e9 aussi bien au sujet qui l\u2019\u00e9met qu\u2019\u00e0 l\u2019autre qui l\u2019\u00e9coute. Le leitmotiv de l\u2019analyse influe donc sur le processus discursif qui permet d\u2019\u00e9couter, \u00e0 chaque \u00e9mission, une voix chantante alors qu\u2019elle se manifeste chez le sujet qui chante. Pour cela m\u00eame, le proc\u00e9d\u00e9 analytique doit toujours \u00eatre guid\u00e9 par le positionnement des s\u00e9ries d\u2019\u00e9nonciation encadr\u00e9es par le discours sur la musique populaire br\u00e9silienne. C\u2019est par rapport \u00e0 cette discursivit\u00e9 que chaque \u00e9mission doit \u00eatre \u00e9cout\u00e9e. C\u2019est seulement de cette mani\u00e8re qu\u2019on peut isoler la voix qui se pr\u00e9sente dans les actes \u00e9nonciatifs successifs et qui constituent le sujet chantant en lien avec la musique comme pratique culturelle inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, je continue sur la voie de consid\u00e9rer que le processus subjectivant de la m\u00e9moire de la Musique Populaire Br\u00e9silienne (MPB) trouve son terrain d\u2019ancrage dans la voix, je continue \u00e0 occuper mon \u00e9coute dans l\u2019acte d\u2019\u00e9couter des chanteurs et des chanteuses. Mais dans la mesure o\u00f9 j\u2019avais affin\u00e9 mon acte analytique appliqu\u00e9 \u00e0 la voix, j\u2019ai maintenant \u00e9tudi\u00e9 comment la musicalit\u00e9 de la voix est inscrite dans la chanson. Sans perdre de vue la voix et l\u2019\u00e9nonciation, j\u2019apporte dans le domaine des variantes linguistiques du portugais du Br\u00e9sil la sp\u00e9cificit\u00e9 du trait musical inh\u00e9rent \u00e0 une certaine mani\u00e8re de parler. Quand j\u2019\u00e9coute des chansons de compositeurs comme Dorival Caymmi, je suis interpell\u00e9 par le fait que quelque chose de la voix, qui ne vient pas seulement du chanteur, rend la langue parl\u00e9e dans sa singularit\u00e9 pr\u00e9sente \u00e0 chaque situation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>En parall\u00e8le, tu es \u00e9galement une r\u00e9f\u00e9rence dans les \u00e9tudes discursives pour ceux qui s\u2019appuient sur P\u00eacheux et pour ceux qui se basent sur Foucault. La pr\u00e9sence de ces auteurs dans ton parcours th\u00e9orique est transitoire, intervallaire, qu\u2019est-ce que cela signifie? <\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, je suis aujourd\u2019hui tellement impliqu\u00e9 dans la pens\u00e9e de Michel Foucault que j\u2019ai des difficult\u00e9s \u00e0 associer Michel Foucault et Michel P\u00eacheux dans mes recherches. Il est vrai que la question du sujet est, sans aucun doute, le point commun des r\u00e9flexions des deux auteurs. Ceux qui lisent mes textes depuis mon doctorat peuvent remarquer qu\u2019il y a un univers de probl\u00e9matisations que je ne pourrais d\u00e9velopper que dans le domaine foucaldien. Pas tellement \u00e0 cause du contenu des questions, mais en raison des principes analytiques qui d\u00e9limitent la m\u00e9thode. Bien s\u00fbr que des concepts comme la formation discursive et l\u2019\u00e9nonciation sont pr\u00e9sentes chez les deux. Mais la perspective de l\u2019id\u00e9ologie, si fondamentale pour P\u00eacheux, est laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 par Michel Foucault. Et cela justement pour se d\u00e9tacher de l\u2019horizon du sens comme effet d\u00e9j\u00e0 historiquement donn\u00e9, et contre lequel ou pour lequel on lutte. Au lieu de cela, Michel Foucault pr\u00e9f\u00e8re radicaliser l\u2019incertain, l\u2019impr\u00e9visible. Ce qu\u2019il y a d\u2019id\u00e9ologiquement pr\u00e9visible chez Foucault dispara\u00eet pour faire place \u00e0 la mani\u00e8re dont une autre chose se passe au-del\u00e0 et au m\u00e9pris de l\u2019id\u00e9ologie. Mais tout cela est trop complexe pour en parler en passant, surtout devant vous, jeunes continuateurs de P\u00eacheux dont j\u2019admire beaucoup le travail. Dans cette conversation, en r\u00e9pondant de mani\u00e8re maladroite \u00e0 la r\u00e9ponse que vous venez de me poser, j\u2019ai touch\u00e9 \u00e0 un point qui me passe toujours \u00e0 l\u2019esprit lorsqu\u2019il s\u2019agit de comparer ou diff\u00e9rencier P\u00eacheux et Foucault. Dans mon cas cependant, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 utiliser P\u00eacheux chaque fois que je consid\u00e8re que c\u2019est important pour l\u2019analyse, surtout avec les travaux d\u2019Eni Orlandi, vue non seulement comme la continuatrice de P\u00eacheux, mais comme celle qui s\u2019inspire de ce penseur fran\u00e7ais pour proposer au Br\u00e9sil une analyse du discours qui ne se r\u00e9duise pas au champ de P\u00eacheux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Dans notre appel \u00e0 contribution pour cette \u00e9dition de la revue Magana, nous avons pos\u00e9 la question d\u2019un possible tournant afro dans l\u2019analyse du discours au Br\u00e9sil, compte tenu de l\u2019int\u00e9r\u00eat croissant pour les questions de racialit\u00e9 dans notre domaine. Pourrais-tu nous en dire un mot, ainsi que sur le rapport n\u00e9gritude-africanit\u00e9? <\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Voyez-vous, ce n\u2019est pas un th\u00e8me que je ma\u00eetrise, que ce soit par mes lectures ou par mes choix th\u00e9matiques pour mes travaux ou ceux que j\u2019accepte de diriger. C\u2019est plut\u00f4t un sujet que je rencontre. Maintenant, par exemple, en tant que professeur invit\u00e9 \u00e0 l\u2019UERJ, je travaille sur le th\u00e8me du discours et du mus\u00e9e, et la question appara\u00eet. Ou plut\u00f4t, je la rencontre. \u00c0 un moment o\u00f9 je consid\u00e8re que le mus\u00e9e est un espace fondamental pour construire la m\u00e9moire du Br\u00e9sil, il n\u2019est pas possible de fermer les yeux sur la mani\u00e8re dont ce rapport n\u00e9gritude-africanit\u00e9 est \u00e9vident dans les installations mus\u00e9ales. Il suffit de mentionner l\u2019ensemble m\u00e9moriel des mus\u00e9es situ\u00e9s dans la r\u00e9gion de Pequena \u00c1frica (\u00ab petite Afrique \u00bb) dans le centre de Rio de Janeiro. Ce qui est rest\u00e9 dans le r\u00e9pertoire de la m\u00e9moire met en sc\u00e8ne la lutte des Noirs. On pourrait citer beaucoup d\u2019autres exemples. Il existe d\u2019ailleurs des mus\u00e9es qui sont cr\u00e9\u00e9s dans et depuis les favelas. Tout cela est travers\u00e9 par un fil conducteur qui m\u00e8ne toujours aux formes ardues de r\u00e9sistance dans cet affrontement entre le Br\u00e9sil et l\u2019Afrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Maintenant, du point de vue des approches, si ce n\u2019est par l\u2019important travail que vous r\u00e9alisez \u2013 et je ne dis pas cela parce que je suis en ta pr\u00e9sence, Rog\u00e9rio. Le proc\u00e9d\u00e9 analytique que vous pratiquez, toi et tes partenaires de projet, doit sans aucun doute beaucoup \u00e0 l\u2019analyse du discours. Mais vu de loin, il y a une excellente perspective interdisciplinaire qui fait valoir des concepts venus de diff\u00e9rentes branches, y compris de l\u2019anthropologie. C\u2019est tout ce que je peux en dire pour le moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Quels sont tes int\u00e9r\u00eats actuels de recherche et o\u00f9 veux-tu arriver? <\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019ai ador\u00e9 les questions que vous m\u2019avez pos\u00e9es jusque-l\u00e0. Mais je dois tout particuli\u00e8rement vous remercier pour celle-ci. Cela car je peux montrer le foucaldien inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 que je suis devenu. Foucault disait toujours qu\u2019il ne savait jamais o\u00f9 il allait arriver quand il commen\u00e7ait un travail. C\u2019est de cette mani\u00e8re que je me vois impliqu\u00e9 dans mes recherches actuelles. Je suis arriv\u00e9e \u00e0 Rio de Janeiro enthousiasm\u00e9 de m\u2019impliquer dans cette ville \u00e0 travers un projet qui aborde ses mus\u00e9es discursivement. J\u2019ai m\u00eame organis\u00e9, avec Bruno Deusdara, Davi Pessoa et des coll\u00e8gues fran\u00e7ais invit\u00e9s, une journ\u00e9e pour discuter, non pas des mus\u00e9es, mais des discours qui les constituent institutionnellement. Pour ma part, j\u2019observe cela par la mani\u00e8re dont les visites guid\u00e9es ouvrent les mus\u00e9es \u00e0 ses visiteurs. Quelle m\u00e9moire la parole du guide rend pr\u00e9sente dans le parcours entre un objet du fonds et un autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je veux continuer, mais je me trouve cependant embarqu\u00e9 vers un autre chemin, que je n\u2019avais pas pr\u00e9vu. Le d\u00e9but de ce projet me semble maintenant tr\u00e8s acad\u00e9mique. Mais en m\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la mus\u00e9ologie sociale, non comme th\u00e9orie, mais comme pratique, je me vois d\u00e9barquer \u00e0 un endroit qui me ram\u00e8ne vers un certain militantisme : celui qui participe \u00e0 une lutte pour l\u2019affirmation et pour la place de la culture populaire. En parall\u00e8le, je n\u2019oublie pas ma passion pour la voix. Dans mon projet soutenu par le CNPq, \u00e0 force d\u2019\u00e9couter obsessionnellement la musicalit\u00e9 de la parole dans les chansons, je m\u2019aper\u00e7ois que je tombe encore dans ce qu\u2019il y a de parl\u00e9 dans la voix qui chante une chanson, et qui peut \u00eatre observ\u00e9 en dehors de la forme ou de la partition m\u00e9lodique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vous voyez comme je me perds, pas tellement parce que je ne sais pas o\u00f9 je vais, mais parce que je me laisse guider par cet esprit digressif qui vient de moi-m\u00eame dans mes int\u00e9r\u00eats de recherche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>Enfin, nous souhaiterions te remercier chaleureusement, non seulement de nous avoir accord\u00e9 cet entretien, mais aussi d\u2019\u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence en tant qu\u2019intellectuel et ami.<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est moi qui vous remercie de votre affection, qui me lie aux coll\u00e8gues et amis si importants que vous \u00eates pour moi, Phellipe et Rog\u00e9rio.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Chronologie biographique<\/strong><\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1817 alignleft\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-25-a-09.47.16.png\" alt=\"\" width=\"124\" height=\"163\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-25-a-09.47.16.png 718w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-25-a-09.47.16-228x300.png 228w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-25-a-09.47.16-65x86.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-25-a-09.47.16-225x296.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2025\/05\/Capture-decran-2025-06-25-a-09.47.16-350x461.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 124px) 100vw, 124px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pedro de Souza, enseignant et chercheur en analyse du discours, est connu pour ses analyses centr\u00e9es sur la subjectivit\u00e9 dans divers contextes et mat\u00e9rialit\u00e9s langagi\u00e8res, ancr\u00e9es dans les pratiques culturelles et politiques. Sa vie et sa carri\u00e8re en cours se caract\u00e9risent par un engagement permanent dans des travaux non seulement acad\u00e9miques, mais aussi militants, critiquant les diff\u00e9rences qui se transforment syst\u00e9matiquement en in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Premi\u00e8res ann\u00e9es : <\/strong>N\u00e9 le 28 juin 1951 \u00e0 S\u00e3o Paulo, il y a v\u00e9cu les dix premi\u00e8res ann\u00e9es de son enfance et a commenc\u00e9 son apprentissage de la lecture et de l\u2019\u00e9criture dans une \u00e9cole publique. Fils de Joaquim de Souza, m\u00e9tallurgiste, et de Nirva de Souza, cuisini\u00e8re professionnelle, il a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Santo Andr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 10 ans avec ses parents et son fr\u00e8re cadet d\u2019un an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1963-1973 :<\/strong> Dans cette ville de la r\u00e9gion ABC de S\u00e3o Paulo, il a termin\u00e9 ses \u00e9tudes primaires et secondaires et a commenc\u00e9 l\u2019universit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ses 22 ans. C\u2019est l\u00e0 aussi qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9 socialement au sein d\u2019une communaut\u00e9 de jeunes catholiques organis\u00e9e par les franciscains de l\u2019Ordre des Fr\u00e8res Mineurs Conventuels, ce qui l\u2019a conduit \u00e0 une exp\u00e9rience existentielle et politique marqu\u00e9e par la Th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1973 :<\/strong> Il a pass\u00e9 le concours d\u2019entr\u00e9e en lettres \u00e0 la Fondation Universitaire de Santo Andr\u00e9 (FSA), l\u2019une des plus anciennes institutions d\u2019enseignement sup\u00e9rieur de la r\u00e9gion, fond\u00e9e en 1962. La m\u00eame ann\u00e9e, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 dans un magasin d\u2019\u00e9lectrom\u00e9nager (Lojas Arapu\u00e3) puis comme employ\u00e9 de bureau \u00e0 la Banque Mercantile de S\u00e3o Paulo, il a obtenu un troisi\u00e8me emploi comme reporter dans un hebdomadaire de Santo Andr\u00e9, <em>O Rep\u00f3rter<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 ses talents d\u2019\u00e9criture et d\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1974 :<\/strong> Il a d\u00e9missionn\u00e9 du journal, suspendu son inscription en lettres et rejoint la vie religieuse chez les Fr\u00e8res Mineurs Conventuels, s\u2019installant au s\u00e9minaire de Curitiba (Campo Comprido). Il a pass\u00e9 un nouveau concours pour \u00e9tudier la philosophie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Catholique du Paran\u00e1.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1975 :<\/strong> Il a accompli son noviciat \u00e0 Ca\u00e7apava (S\u00e3o Paulo), devenant fr\u00e8re franciscain sous le statut de v\u0153ux temporaires pour trois ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1976 :<\/strong> En tant que religieux franciscain, il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Rio de Janeiro, vivant en communaut\u00e9 avec des fr\u00e8res li\u00e9s \u00e0 la Province des \u00c9tats-Unis, en partenariat avec la province de Padoue (Italie), \u00e0 laquelle son ordre appartenait. Il a r\u00e9sid\u00e9 au couvent et \u00e0 la paroisse S\u00e3o Francisco, dans le quartier de Rio Comprido. \u00c0 Rio, il a repris ses \u00e9tudes universitaires, suivant des cours de lettres \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Santa \u00darsula et de philosophie au Monast\u00e8re S\u00e3o Bento. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il s\u2019est passionn\u00e9 pour la linguistique et a d\u00e9couvert le philosophe qui deviendra sa principale r\u00e9f\u00e9rence : Michel Foucault.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1977 :<\/strong> Transf\u00e9r\u00e9 du couvent de Rio de Janeiro \u00e0 celui de l\u2019\u00c9glise du Bonfim \u00e0 Santo Andr\u00e9, il a, sur demande de ses sup\u00e9rieurs (ayant choisi de ne pas devenir pr\u00eatre mais de rester fr\u00e8re), int\u00e9gr\u00e9 le cursus de Communication Sociale \u00e0 l\u2019Institut M\u00e9thodiste d\u2019Enseignement Sup\u00e9rieur, o\u00f9 il a obtenu son dipl\u00f4me de journalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1978-1979 :<\/strong> Pendant ses \u00e9tudes en journalisme, il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9diteurs de la revue O Mensageiro de Santo Ant\u00f4nio (bas\u00e9e \u00e0 Padoue) et a collabor\u00e9 activement comme reporter pour <em>O S\u00e3o Paulo<\/em>, journal dirig\u00e9 par Dom Paulo Evaristo Arns, archev\u00eaque de S\u00e3o Paulo. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par son engagement dans les luttes sociales contre la dictature, couvrant les rencontres des communaut\u00e9s eccl\u00e9siales de base et des mouvements li\u00e9s aux occupations ill\u00e9gales en p\u00e9riph\u00e9rie de S\u00e3o Paulo. Il a beaucoup appris en participant aux r\u00e9unions de r\u00e9daction d\u2019<em>O S\u00e3o Paulo<\/em>, o\u00f9 il a c\u00f4toy\u00e9 des intellectuels luttant contre le r\u00e9gime militaire instaur\u00e9 en 1964.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1980 :<\/strong> Il a quitt\u00e9 la vie religieuse mais a continu\u00e9 \u00e0 travailler comme journaliste freelance pour <em>O S\u00e3o Paulo<\/em>. Recrut\u00e9 par Dom Cl\u00e1udio Hummes, archev\u00eaque de la r\u00e9gion ABC, comme attach\u00e9 de presse, il a cofond\u00e9 le journal communautaire A Folha da Diocese, couvrant les luttes sociales des travailleurs de la r\u00e9gion sous l\u2019angle de la Th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration. Il a r\u00e9alis\u00e9 des reportages importants sur les assembl\u00e9es historiques des gr\u00e8ves des m\u00e9tallurgistes dirig\u00e9es par Luiz In\u00e1cio Lula da Silva. Son m\u00e9moire de master a port\u00e9 sur le langage et l\u2019id\u00e9ologie dans les discours de Lula, sous la direction de Mara Sofia Zanoto Paschoal, sp\u00e9cialiste en linguistique textuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1981-1994 :<\/strong> Apr\u00e8s avoir tent\u00e9 sans succ\u00e8s de percer dans la grande presse (allant jusqu\u2019\u00e0 travailler comme attach\u00e9 de presse pour des partis de droite par n\u00e9cessit\u00e9 financi\u00e8re), il a repris ses \u00e9tudes acad\u00e9miques en linguistique, obtenant un master en Langue Portugaise (PUC-SP) et un doctorat en Linguistique (UNICAMP). Il a partag\u00e9 son temps entre recherche et militantisme, \u00e9tant membre actif du Groupe Somos (affirmation homosexuelle) et du Groupe pela VIDDA\/SP (lutte contre le sida). Sa th\u00e8se (1993), dirig\u00e9e par Eni Orlandi (pionni\u00e8re de l\u2019analyse du discours au Br\u00e9sil), a analys\u00e9 les processus de subjectivation homosexuelle \u00e0 travers les lettres envoy\u00e9es au Groupe Somos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1994 :<\/strong> Apr\u00e8s avoir enseign\u00e9 \u00e0 la PUC-SP, il a r\u00e9ussi le concours pour un poste de professeur en linguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Santa Catarina (UFSC). Avant de s\u2019installer \u00e0 Florian\u00f3polis, il a effectu\u00e9 un premier stage de recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris VII (oct. 1994 &#8211; mars 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>1995-2022 :<\/strong> \u00c0 Florian\u00f3polis, il a men\u00e9 la phase la plus intense de son travail \u00e0 l\u2019UFSC, enseignant et encadrant des recherches sur la construction du sujet \u00e0 travers le langage. Ses travaux ont inclus des projets sur la n\u00e9gritude invisible \u00e0 Santa Catarina et les in\u00e9galit\u00e9s urbaines \u00e0 Florian\u00f3polis. Gr\u00e2ce \u00e0 des s\u00e9jours postdoctoraux intermittents \u00e0 Paris, il a approfondi l\u2019\u00e9tude de Michel Foucault, dont il a diffus\u00e9 l\u2019\u0153uvre au Br\u00e9sil. Ses recherches ont couvert divers domaines culturels : chanson populaire, cin\u00e9ma, th\u00e9\u00e2tre, litt\u00e9rature, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Depuis 2022 :<\/strong> Bien que retrait\u00e9, il reste actif, collaborant avec l\u2019UFSC, l\u2019UERJ, la FAPERJ et le CNPq. Install\u00e9 \u00e0 Rio de Janeiro, il travaille sur la mus\u00e9ologie sociale, mettant en lumi\u00e8re les m\u00e9moires marginalis\u00e9es de la culture populaire. Il s\u2019est \u00e9galement form\u00e9 comme psychanalyste, approfondissant son \u00e9coute des sujets \u00e0 travers la masse des discours. Ainsi se poursuit la vie de cet homme qui avance tant qu\u2019il lui reste du souffle.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences de l<\/strong><strong>\u2019<\/strong><strong>entretien<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Foucault, M. (2006). A vida dos homens infames. In <em>Ditos e escritos IV: Estrat\u00e9gias, poder-saber<\/em> (2a ed., p. 203-222). Forense.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (1993). A boa nova da mem\u00f3ria anunciada: o discurso fundador da afirma\u00e7\u00e3o do negro no Brasil. In E. Orlandi (Org.), <em>Discurso fundador: A forma\u00e7\u00e3o do pa\u00eds e a constru\u00e7\u00e3o da identidade nacional<\/em> (59-68). Campinas: Editora da Unicamp.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Quelques r\u00e9f\u00e9rences importantes<\/strong> <strong>de Pedro de Souza<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (1997). <em>Confid\u00eancias da carne: O p\u00fablico e o privado na enuncia\u00e7\u00e3o da sexualidade<\/em>. Campinas: Editora da Unicamp.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2000). Rasgos de negritude no sistema de beleza branco. <em>Rua (UNICAMP), 1<\/em>(6), p. 62-75.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2000). Os suprasegmentos como \u00edndices da subjetiva\u00e7\u00e3o na enuncia\u00e7\u00e3o oral. <em>Revista da ANPOLL, 1<\/em>(8), <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.18309\/anp.v1i9.371\">https:\/\/doi.org\/10.18309\/anp.v1i9.371<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2009). <em>Michel Foucault: O trajeto da voz na ordem do discurso<\/em>. S\u00e3o Paulo: Editora RG.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2011). Gritos e sussurros: Rasgos vocais em discurso. In E. A. Rodrigues, G. L. dos Santos &amp; L. K. A. Castello Branco (Orgs.), <em>An\u00e1lise de Discurso no Brasil: Pensando o impensado sempre \u2013 Uma homenagem a Eni Orlandi<\/em> (87-106). S\u00e3o Paulo: Editora RG.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2014). Corpo e voz em descontinuidade: Homoerotismo esquivo no canto de Maria Gad\u00fa. In\u00a0<em>M\u00eddia, exclus\u00e3o e ensino: Dilemas e desafios na contemporaneidade<\/em>(1\u00aa ed., Vol. 1, pp. 39\u201350). Campinas: Pontes Editores.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2021). La puissance du vuln\u00e9rable chez Amy Winehouse: Des plans des mise en abyme d\u2019une narration cin\u00e9-biographique.\u00a0<em>T\u00e9trade \u2013 Revue du Centre de Recherche en Arts et Esth\u00e9tique<\/em>,\u00a0<em>8<\/em>, 58\u201368.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2023). Uma dom\u00e9stica fala sendo sil\u00eancio na sala de estar: O vulner\u00e1vel do sujeito nas cordas vocais. In\u00a0<em>Vidas prec\u00e1rias, vidas inventadas<\/em>\u00a0(301\u2013316). Campinas: Editora Pontes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2024). Observando o singular projeto educativo do Museu do Pontal, no Rio de Janeiro.\u00a0<em>Revista Museu<\/em>, p. 1-4.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Souza, P. (2025). A arte do encontro entre diferentes numa discursividade fascista.\u00a0<em>Acta Semi\u00f3tica et Lingvistica<\/em>,\u00a0<em>32<\/em>, p. 7-20.<\/p>\n<div class=\"textbox textbox--sidebar shaded\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 traduit du portugais du Br\u00e9sil par Nina Rioult.<\/div>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/pedro-de-souza\">Pedro de SOUZA<\/a><\/strong><br \/>Docteur en Linguistique de l\u2019Universit\u00e9 \u00c9tatique de Campinas (1993). En 2007, il a effectu\u00e9 un post-doctorat \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure de Lyon, portant sur la performance vocale dans les discours et \u00e9crits de Michel Foucault. Actuellement, il est chercheur actif du CNPq\/1D et professeur titulaire\/collaborateur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Santa Catarina. Il occupe \u00e9galement un poste de chercheur visiteur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de Rio de Janeiro, avec le soutien de la FAPERJ et du CNPq. <\/p>\n<p>Courriel : pedesou@gmail.com<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/phellipe-marcel-da-silva-esteves\">Phellipe MARCEL DA SILVA ESTEVES<\/a><\/strong><br \/>Professeur de linguistique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale Fluminense. Journaliste (UFRJ), ma\u00eetrise en lettres (langue portugaise \u2014 UERJ) et doctorat en \u00e9tudes linguistiques (UFF, avec un \u00e9tage doctoral \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Sorbonne Paris Nord). Dipl\u00f4m\u00e9 du programme de r\u00e9sidence de recherche de la Biblioth\u00e8que nationale. Vice-coordinateur du programme de troisi\u00e8me cycle en \u00e9tudes linguistiques \u00e0 l\u2019UFF. Boursier du programme Jeune Scientifique de notre \u00c9tat de la FAPERJ, qui finance \u00e9galement cette production. Ses domaines d\u2019int\u00e9r\u00eat sont l\u2019histoire des id\u00e9es linguistiques, l\u2019analyse du discours et l\u2019histoire du livre. <\/p>\n<p>Courriel : phellipemarcel@id.uff.br<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/rogerio-modesto\">Rog\u00e9rio MODESTO<\/a><\/strong><br \/>Professeur de langue portugaise et de linguistique au d\u00e9partement des lettres et des arts de l\u2019Universit\u00e9 \u00c9tatique de Santa Cruz \u2014 UESC, o\u00f9 il travaille sur le dipl\u00f4me de premier cycle et le programme de troisi\u00e8me cycle en lettres : langues et repr\u00e9sentations. Il est titulair d\u2019une licence et d\u2019une licence en langues vernaculaires de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale de Bahia \u2014 UFBA (2010) ; d\u2019une ma\u00eetrise (2014) et d\u2019un doctorat (2018) en linguistique de l\u2019Universit\u00e9 \u00c9tatique de Campinas \u2014 UNICAMP. Il effectue actuellement un stage postdoctoral en \u00e9tudes linguistiques \u00e0 l\u2019Universidade Federal Fluminense \u2014 UFF. Il dirige le projet DTeR \u2014 Discours et tensions raciales (DLA\/UESC). Il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019analyse du discours, \u00e0 l\u2019histoire des id\u00e9es linguistiques, \u00e0 la langue et \u00e0 la racialit\u00e9.<\/p>\n<p>Courriel : rlmsantos@uesc.br<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-1695-1\">N.T. : \u00ab Nous sommes d\u2019affirmation homosexuelle \u00bb. <a href=\"#return-footnote-1695-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-1695-2\">N.T. : \u00ab faire le genre \u00bb <a href=\"#return-footnote-1695-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":51,"menu_order":9,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["pedro-de-souza","phellipe-marcel-da-silva-esteves","rogerio-modesto"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[423,414,415],"license":[],"class_list":["post-1695","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","contributor-pedro-de-souza","contributor-phellipe-marcel-da-silva-esteves","contributor-rogerio-modesto"],"part":645,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1695","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"version-history":[{"count":40,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1695\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2111,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1695\/revisions\/2111"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/645"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/1695\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1695"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=1695"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=1695"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=1695"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}