{"id":2119,"date":"2025-09-24T12:05:43","date_gmt":"2025-09-24T10:05:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=2119"},"modified":"2025-11-25T23:57:51","modified_gmt":"2025-11-25T22:57:51","slug":"vol2-no2_ayemien_coulibaly2025","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/vol2-no2_ayemien_coulibaly2025\/","title":{"rendered":"De la fonctionnalit\u00e9 des donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans le d\u00e9bat pr\u00e9sidentiel Gbagbo vs Ouattara"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les campagnes d\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle sont des p\u00e9riodes de vives confrontations discursives au cours desquelles les candidat\u00b7es et leurs \u00e9tats-majors multiplient les prises de parole et autres interventions, donnant le ton \u00e0 une dynamique discursive intense. Ce foisonnement d\u2019interventions trouve son ultime mat\u00e9rialisation dans les d\u00e9bats contradictoires qui opposent les principaux pr\u00e9tendants \u00e0 la magistrature supr\u00eame. Devenus une pratique traditionnelle dans les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, ces d\u00e9bats, bien qu\u2019ils ne garantissent pas \u00e0 eux seuls la victoire d\u2019un\u00b7e candidat\u00b7e, peuvent s\u2019av\u00e9rer d\u00e9cisifs. Une prestation ma\u00eetris\u00e9e renforce la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019un\u00b7e candidat\u00b7e; \u00e0 l\u2019inverse, une performance h\u00e9sitante ou maladroite peut entamer son capital de sympathie, voire \u00e9roder la confiance des \u00e9lecteurs et \u00e9lectrices. L\u2019histoire r\u00e9cente des d\u00e9mocraties modernes en fournit plusieurs illustrations. En France, par exemple, Fran\u00e7ois Hollande aurait pris l\u2019ascendant sur Nicolas Sarkozy lors du d\u00e9bat de l\u2019entre-deux-tours de 2012 gr\u00e2ce \u00e0 la puissance rythmique et persuasive de son anaphore \u00ab Moi, pr\u00e9sident\u2026 \u00bb (Amade, 2018). Plus r\u00e9cemment, aux \u00c9tats-Unis, la performance catastrophique de Joe Biden face \u00e0 Donald Trump, en 2024, a mis en lumi\u00e8re ses limites, contribuant ainsi \u00e0 son retrait de la course pr\u00e9sidentielle au profit de Kamala Harris (Du Cluzel, 2024). En C\u00f4te d\u2019Ivoire, on enregistre un seul d\u00e9bat contradictoire entre les deux tours de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, celui qui a oppos\u00e9 Laurent Gbagbo (d\u00e9sormais LG) \u00e0 Alassane Ouattara (d\u00e9sormais ADO) en 2010. Ce moment de confrontation directe visait, comme il est de coutume dans cet exercice, \u00e0 persuader les \u00e9lecteurs et \u00e9lectrices de la capacit\u00e9 des candidat\u00b7es-orateur\u00b7trices \u00e0 incarner la fonction pr\u00e9sidentielle. Il s\u2019est agi, pour eux, de projeter une image valorisante d\u2019eux-m\u00eames, apte \u00e0 rassurer, s\u00e9duire et l\u00e9gitimer leurs ambitions. Ce travail de persuasion mobilise naturellement des strat\u00e9gies discursives parmi lesquelles le recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude propose d\u2019analyser le r\u00f4le et la fonction de l\u2019emploi \u00e0 profusion des chiffres dans le cadre de ce d\u00e9bat pr\u00e9sidentiel. Elle s\u2019interroge sur leur port\u00e9e argumentative, en montrant que leur usage ne se limite pas \u00e0 soutenir une d\u00e9monstration rationnelle, mais participe, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 la construction de l\u2019image de soi et \u00e0 la mobilisation des affects. Autrement dit, loin de repr\u00e9senter une simple objectivation du r\u00e9el, les donn\u00e9es chiffr\u00e9es deviennent des instruments rh\u00e9toriques au service d\u2019un projet politique. Le travail s\u2019inscrit donc dans le cadre th\u00e9orique de l\u2019analyse du discours dans sa dimension communicationnelle (Barry, 2000) et de l\u2019analyse argumentative qui essaie \u00ab d\u2019explorer les \u00e9changes concrets qui se d\u00e9ploient dans un espace social et institutionnel donn\u00e9, elle s\u2019attaque \u2013 comme la rh\u00e9torique antique \u2013 aux voies globales de la persuasion. \u00bb (Amossy, 2006, p. 4) Dans cette perspective, notre souci est d\u2019appr\u00e9hender les m\u00e9canismes de persuasion en consid\u00e9rant le fait que la rh\u00e9torique saisit le langage en action, et que l\u2019argumentation doit \u00eatre per\u00e7ue aussi bien dans ses variations dans la langue que dans les actes de communication concrets. Pour ce faire, nous commencerons par pr\u00e9senter notre cadre th\u00e9orique et m\u00e9thodologique puis, nous proposerons une esquisse de typologie des donn\u00e9es chiffr\u00e9es extraites du corpus avant de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019analyse de leur impact rh\u00e9torico-argumentatif.<\/p>\r\n\r\n<h2>Cadrage th\u00e9orique et m\u00e9thodologique<\/h2>\r\n<h3>Le corpus et son cadre d\u2019analyse<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous partons du postulat que, pour appr\u00e9hender la quintessence des donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans notre corpus, il faut tenir compte des conditions de production du discours (contexte d\u2019\u00e9nonciation). Ainsi, nos analyses s\u2019inscrivent dans le cadre th\u00e9orique d\u2019une analyse du discours dans sa dimension socio-communicationnelle. \u00c0 ce sujet, Barry fait remarquer que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comprendre un discours, saisir l'intention qui s'y exprime, ce n'est pas seulement extraire ou reconstituer des informations pour les int\u00e9grer \u00e0 ce que l'on conna\u00eet d\u00e9j\u00e0. C'est plut\u00f4t identifier la fonction de cette information dans la situation de discours o\u00f9 elle est produite. (\u2026) On s'aper\u00e7oit alors que tout discours d\u00e9pend de circonstances de communication particuli\u00e8res et que chacune de ces circonstances est le produit d'un certain nombre de composantes qu'il faut inventorier. (\u2026) Le syst\u00e8me communicatif comprend les \u201ccontraintes sociales\u201d et les \u201cr\u00e8gles linguistiques\u201d; c'est un dispositif complexe d'aptitudes dans lequel les savoirs linguistiques et les savoirs socioculturels constituent un tout. C\u2019est ce qui fait de la communication langagi\u00e8re le r\u00e9sultat de l'ad\u00e9quation r\u00e9ussie d'un ensemble de comp\u00e9tences (Barry, 2000, p. 9-11).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 travers ces propos, on note que l\u2019analyse du discours (AD) prend en compte la dimension sociale de l\u2019\u00e9nonciation ainsi que le contexte global de communication. Ceci fait \u00e9cho aux dires d'Amossy qui, parlant de la tradition fran\u00e7aise d\u2019AD, \u00e9crit qu\u2019il s\u2019agit de :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une discipline rapportant la parole \u00e0 un lieu social et \u00e0 des cadres institutionnels, d\u00e9passant l\u2019opposition texte\/contexte : le statut de l\u2019orateur, les circonstances sociohistoriques dans lesquelles il prend la parole ou la plume, la nature de l\u2019auditoire vis\u00e9, la distribution pr\u00e9alable des r\u00f4les que l\u2019interaction accepte ou tente de d\u00e9jouer, les opinions et les croyances qui circulent \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sont autant de facteurs qui construisent le discours et dont l\u2019analyse interne doit tenir compte (Amossy, 2006, p. 3).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, nous nous appuyons, dans cette contribution, sur l\u2019appareillage th\u00e9orico-m\u00e9thodologique qui en d\u00e9coule. En effet, l\u2019analyse argumentative (Amossy, 2006), dont nous nous inspirons, saisit le langage en action en revenant au projet aristot\u00e9licien de la rh\u00e9torique. Dans cette \u00e9tude, nous verrons comment le contexte d\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, les ethos pr\u00e9discursifs des orateurs, etc. contribuent \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des donn\u00e9es chiffr\u00e9es lors de l\u2019interaction verbale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est le lieu de rappeler quelques \u00e9l\u00e9ments essentiels qui fondent l\u2019identit\u00e9 psychologique et sociale (Charaudeau, 1992, p. 133) de nos locuteurs. Cette notion rappelle celle d\u2019ethos pr\u00e9discursif (Amossy, 2006) en ce sens qu\u2019elle renvoie \u00e0 la position de l\u2019orateur, sa l\u00e9gitimit\u00e9 ou sa cr\u00e9dibilit\u00e9 aux yeux de l\u2019auditoire qu\u2019il cherche \u00e0 persuader, avant sa prise de parole.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notons donc que LG a \u00e9t\u00e9, pendant longtemps, la figure qui incarnait l\u2019opposition \u00e0 Houphou\u00ebt-Boigny, premier Pr\u00e9sident de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Universitaire et historien, c\u2019est un homme de terrain qui s\u2019est construit une image \u00ab d\u2019enfant du peuple \u00bb, celui qui parle le m\u00eame langage que les populations qu\u2019il dit conna\u00eetre. Il arrive au pouvoir en octobre 2000 \u00e0 la suite d\u2019une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle houleuse. Depuis son accession \u00e0 la magistrature supr\u00eame, il a \u00e9t\u00e9 continuellement confront\u00e9 \u00e0 des crises militaro-politiques dont la plus grave survient le 19 septembre 2002.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 Ouattara, il est reconnu comme un brillant \u00e9conomiste ayant occup\u00e9 de hautes fonctions dans des institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale. Houphou\u00ebt-Boigny fait appel \u00e0 lui en 1990 pour assainir les comptes de l\u2019\u00c9tat et relancer l\u2019\u00e9conomie ivoirienne. Depuis son apparition sur la sc\u00e8ne publique, sa nationalit\u00e9 ivoirienne est remise en cause par ses opposants qui l\u2019accusent d\u2019ailleurs d\u2019user de moyens anti-d\u00e9mocratiques pour arriver \u00e0 ses fins. C\u2019est en ce sens qu\u2019il est accus\u00e9 par certains d\u2019\u00eatre \u00e0 la base de la r\u00e9bellion arm\u00e9e qui divise le pays depuis le 19 septembre 2002.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la C\u00f4te d\u2019Ivoire est confront\u00e9e \u00e0 une r\u00e9bellion arm\u00e9e qui a profond\u00e9ment divis\u00e9 le pays. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les Forces Nouvelles, favorables \u00e0 ADO, contr\u00f4lent la moiti\u00e9 nord du territoire; de l\u2019autre, la partie sud reste sous l\u2019autorit\u00e9 du pr\u00e9sident LG. Apr\u00e8s plusieurs accords et de longues n\u00e9gociations, l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019octobre 2010 est organis\u00e9e dans l\u2019espoir de clore plus d\u2019une d\u00e9cennie de crises politiques et militaires. Elle se veut largement inclusive : LG, alors chef de l\u2019\u00c9tat, recourt \u00e0 l\u2019article 48 de la Constitution pour autoriser l\u2019inscription d'ADO sur la liste des candidat\u00b7es[footnote]La Constitution ivoirienne de 2000 dispose, en son article 48, que \u00ab Lorsque les Institutions de la R\u00e9publique, l'ind\u00e9pendance de la Nation, l'int\u00e9grit\u00e9 de son territoire ou l\u2019ex\u00e9cution de ses engagements internationaux sont menac\u00e9es d'une mani\u00e8re grave et imm\u00e9diate, et que le fonctionnement r\u00e9gulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique prend les mesures exceptionnelles exig\u00e9es par ces circonstances apr\u00e8s consultation obligatoire du Pr\u00e9sident de l'Assembl\u00e9e nationale et de celui du Conseil constitutionnel. \u00bb[\/footnote] qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 exclu des comp\u00e9titions \u00e9lectorales. Au premier tour, LG arrive en t\u00eate avec 38 % des suffrages, suivi d'ADO qui en obtient 32 %. Tous deux sont qualifi\u00e9s pour le second tour. Mais avant, ils s\u2019affrontent dans un d\u00e9bat contradictoire t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u2013 une premi\u00e8re dans l\u2019histoire politique ivoirienne. C\u2019est ce d\u00e9bat, retranscrit par nos soins pour les besoins de notre \u00e9tude, qui constitue la base de notre analyse : nous cherchons \u00e0 y d\u00e9crypter l\u2019usage et l\u2019impact des donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans la strat\u00e9gie argumentative des candidats.<\/p>\r\n\r\n<h3>La rh\u00e9torique et les chiffres<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans le propos r\u00e9pond \u00e0 une exigence certaine dans un d\u00e9bat contradictoire. En effet, celles-ci constituent une repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus saisissable par l\u2019esprit et l\u2019imagination par le moyen de la stratification, de la cat\u00e9gorisation, ou mieux, par une simplification ou une fragmentation de la r\u00e9alit\u00e9. Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es introduisent donc dans le discours politique une forme de rationalit\u00e9, voire une rationalisation, qui contraste avec sa tendance pr\u00e9sum\u00e9e \u00e0 mobiliser des ressorts \u00e9motionnels, voire mensongers, au d\u00e9triment d\u2019une appr\u00e9hension objective du r\u00e9el. C\u2019est en substance ce que note Koren (2009) en ces termes :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019indication chiffr\u00e9e peut certes \u00eatre controvers\u00e9e et susciter des pol\u00e9miques, mais elle b\u00e9n\u00e9ficie a priori d\u2019un prestige incontestable : le prestige des apparences objectives, de l\u2019\u00e9vidence et du discours scientifique rationaliste (p. 72-73).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, les chiffres produisent un effet de \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, l\u00e0 o\u00f9 les autres \u00e9l\u00e9ments d\u2019argumentation rel\u00e8vent tout au plus du vraisemblable. Cette dynamique renvoie \u00e0 l\u2019opposition \u2014 en grande partie factice \u2014 entre les sciences dites exactes (math\u00e9matiques, physique, m\u00e9decine), dont les fondements (axiomes et th\u00e9or\u00e8mes) et les conclusions seraient r\u00e9put\u00e9s vrais, et les sciences sociales, souvent cantonn\u00e9es au champ de l\u2019hypoth\u00e9tique et du plausible. La quantification conf\u00e8re aux discours une impression de tangibilit\u00e9, et par l\u00e0 m\u00eame, de v\u00e9rit\u00e9. Cette perception est d\u2019autant plus renforc\u00e9e que les donn\u00e9es chiffr\u00e9es sont souvent issues d\u2019\u00e9tudes, de recherches ou d\u2019analyses men\u00e9es par des institutions per\u00e7ues comme l\u00e9gitimes ou investies d\u2019une certaine autorit\u00e9 scientifique. C\u2019est cette id\u00e9e que d\u00e9veloppent Bacot <em>et al<\/em>. (2012, p. 8-9) lorsqu\u2019ils affirment :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">cette production tend, de nos jours, en raison de la sophistication et de la technicisation tr\u00e8s grande des outils math\u00e9matiques et statistiques, \u00e0 devenir le domaine exclusif des sp\u00e9cialistes, des savants. Si certains de ces \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb, fortement m\u00e9diatis\u00e9s, sont connus du grand public \u00e0 titre individuel, les sources des chiffres cit\u00e9s proviennent massivement d\u2019organismes divers\u00a0: organisations internationales, services minist\u00e9riels, agences europ\u00e9ennes, Conseil d\u2019\u00c9tat, instituts d\u2019\u00e9tudes, cabinets d\u2019audit et de conseil,\u00a0<em>think tanks<\/em>\u2026<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, la question de la qualit\u00e9 des sources peut rapidement poser probl\u00e8me. Ainsi, pour contester une donn\u00e9e chiffr\u00e9e, il est courant de chercher \u00e0 en discr\u00e9diter la source, notamment en soulignant son absence d\u2019ind\u00e9pendance ou son \u00e9ventuelle partialit\u00e9. Il est par ailleurs int\u00e9ressant de noter que, bien souvent, le producteur de la donn\u00e9e n\u2019est pas celui qui la mobilise dans le d\u00e9bat publique : ce sont d\u2019autres acteurs et actrices \u2014 journalistes, responsables politiques, militant\u00b7es \u2014 qui s\u2019en emparent. Or, une m\u00eame donn\u00e9e, issue d\u2019un champ scientifique donn\u00e9, n\u2019est \u00e0 l\u2019origine qu\u2019une information brute. Transpos\u00e9e dans le champ politique, elle peut faire l\u2019objet d\u2019interpr\u00e9tations multiples, parfois orient\u00e9es. Par exemple, affirmer que \u00ab 28\u00a0% de la population en C\u00f4te d\u2019Ivoire est \u00e9trang\u00e8re \u00bb constitue en soi une donn\u00e9e froide, une photographie statistique d\u2019un instant donn\u00e9. Prise isol\u00e9ment, elle n\u2019a pas de valeur explicative ou prescriptive; elle ne fait qu\u2019indiquer une grandeur. Mais ins\u00e9r\u00e9e dans un discours politique, elle peut \u00eatre investie de significations diverses, infl\u00e9chie dans une direction ou une autre selon l\u2019intention de celui qui la mobilise. Bacot et al. (2012, p. 10) notent \u00e0 ce propos :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aur\u00e9ol\u00e9s d\u2019un prestige scientifique d\u2019autant plus grand que les acteurs de l\u2019\u00e9nonciation ne poss\u00e8dent pas la ma\u00eetrise des disciplines dans lesquelles ils s\u2019inscrivent, les chiffres ont alors vocation \u00e0 se mettre au service de la dimension rh\u00e9torique et argumentative des discours politiques. De chiffres-grandeurs, ils acc\u00e8dent alors au statut de chiffres-valeurs.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il convient donc de dire que cette mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 reste en fait une perception de cette r\u00e9alit\u00e9 au m\u00eame titre que le regard fix\u00e9 sur un verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein. Cela r\u00e9v\u00e8le clairement que si les chiffres constituent une repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9, ils constituent une lecture ou une interpr\u00e9tation de cette derni\u00e8re. Par ailleurs, \u00e9tant entendu que les chiffres dans un discours d\u00e9coulent du propos d\u2019un sujet qui est d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019environnement culturel mais aussi par les affects individuels, il y a une tendance \u00e0 l\u2019imbrication de sa subjectivit\u00e9 dans l\u2019usage des chiffres. On parlera alors de l\u2019imbrication du sujet dans la perception chiffr\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, se pose la question de la finalit\u00e9 recherch\u00e9e par le recours aux chiffres. Cette finalit\u00e9 d\u00e9termine toujours le lexique utilis\u00e9 dans la description chiffr\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Rappelons-nous l\u2019id\u00e9e du verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein qui r\u00e9v\u00e8le les connotations appr\u00e9ciatives mises en \u00e9vidence par chacun des \u00e9nonc\u00e9s. L\u2019id\u00e9e-force de cette \u00e9tape est que les repr\u00e9sentations chiffr\u00e9es sont loin d\u2019\u00eatre faites en soi et pour soi. Elles focalisent une perception de la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019appuyant sur des positions en prise sur un certain imaginaire et destin\u00e9e \u00e0 communiquer et \u00e0 rechercher un certain impact.<\/p>\r\n\r\n<h2>Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans le corpus\u00a0: approche typologique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La confrontation discursive entre LG et ADO est \u00e9maill\u00e9e de donn\u00e9es chiffr\u00e9es allant du ph\u00e9nom\u00e8ne de datation \u00e0 l\u2019\u00e9valuation financi\u00e8re en passant par l\u2019expression de la proportion, la quantification, la p\u00e9riode, l\u2019\u00e2ge, la distance, la num\u00e9rotation, l\u2019ordre et l\u2019expression du temps. Cette large diversit\u00e9 pourrait \u00eatre cat\u00e9goris\u00e9e en quatre grands axes que nous avons construits \u00e0 partir de la forme des chiffres et de leurs fonctions argumentatives. Ainsi, chaque famille est caract\u00e9ris\u00e9e par un usage sp\u00e9cifique dans le discours et permet d\u2019analyser comment les donn\u00e9es num\u00e9riques contribuent \u00e0 la construction de l\u2019argumentation, \u00e0 la l\u00e9gitimation des positions des candidats et \u00e0 l\u2019influence exerc\u00e9e sur l\u2019auditoire.<\/p>\r\n\r\n<h3>Les chiffres de la temporalit\u00e9 dans l\u2019\u00e9change discursif<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le premier axe de notre typologie se rapporte aux chiffres qui permettent de d\u00e9signer les aspects li\u00e9s au temps \u00e0 savoir les dates, les dur\u00e9es, les p\u00e9riodes, les horizons. Les chiffres ici permettent de cadrer le r\u00e9cit ou d\u2019authentifier un \u00e9v\u00e8nement en le pr\u00e9sentant comme factuel.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 propos de la date, c\u2019est un indicateur temporel qui permet de situer un \u00e9v\u00e8nement sur l\u2019\u00e9chelle du temps. Sa forme, en g\u00e9n\u00e9ral, est compos\u00e9e d\u2019au moins un des \u00e9l\u00e9ments suivants : \u00ab jj mm aaaa \u00bb (jour mois ann\u00e9e). Elle indique un \u00e9v\u00e8nement historique ou \u00e0 venir. Dans le cadre du corpus de l\u2019\u00e9tude, la majorit\u00e9 des dates a un rapport avec un rep\u00e8re historique. C\u2019est ce qu\u2019on peut voir \u00e0 travers ces exemples :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Moi j\u2019avais annonc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part que j\u2019\u00e9tais contre les coups d\u2019\u00c9tat. Et quand j\u2019ai vu l\u2019\u00e9volution du r\u00e9gime militaire, d\u00e8s le mois de <strong>mai 2000<\/strong>, nous avons d\u00e9missionn\u00e9 du gouvernement militaire [ADO].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On a cri\u00e9 sur tous les toits au moment du premier tour que le <strong>31 octobre<\/strong> serait le d\u00e9but de la guerre tribale, ethnique, religieuse [LG].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le premier exemple renvoie \u00e0 la transition militaire du G\u00e9n\u00e9ral Gu\u00e9\u00ef. Ici la date permet au locuteur d\u2019\u00eatre pr\u00e9cis quant \u00e0 la sortie du gouvernement de son parti et donc \u00e0 la rupture d\u2019avec le r\u00e9gime militaire. On ne saurait donc lui reprocher, comme le faisait LG, d\u2019\u00eatre \u00e0 la base ou complice du coup d\u2019Etat de d\u00e9cembre 99. Quant au deuxi\u00e8me exemple, il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la p\u00e9riode \u00e9lectorale de 2010. Le locuteur montre que ses adversaires avaient pr\u00e9dit l\u2019apocalypse mais que cela n\u2019est pas arriv\u00e9, signe de sa bonne foi. En effet, il lui \u00e9tait reproch\u00e9 de vouloir s\u2019\u00e9terniser au pouvoir en organisant des crises.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce qui concerne les dates historiques, l\u2019on enregistre l\u2019\u00e9vocation des ann\u00e9es 1990, 1993, 1999, 2000, 2001, 2002, 2005, 2009, 2010, 2011. Si parfois ces dates rappellent l\u2019ann\u00e9e indiqu\u00e9e de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le plus souvent, elles sont sp\u00e9cifi\u00e9es et rendent compte d\u2019\u00e9v\u00e8nements ayant fait date dans l\u2019histoire r\u00e9cente de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il en est ainsi pour d\u00e9cembre 1999 qui marque l\u2019irruption de l\u2019arm\u00e9e dans le jeu politique \u00e0 travers le premier coup d\u2019\u00c9tat intervenu dans le pays[footnote]Le 24 d\u00e9cembre 1999, des militaires renversent le Chef de l\u2019\u00c9tat \u00e9lu Henri Konan B\u00e9di\u00e9 et installent le G\u00e9n\u00e9ral Robert Gu\u00e9\u00ef ancien Chef d\u2019\u00c9tat Major de l\u2019Arm\u00e9e ivoirienne.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne les occurrences dat\u00e9es qui s\u2019inscrivent dans la prospective dans le corpus, on peut citer les exemples ci-dessous\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s donc l\u2019ann\u00e9e prochaine, ainsi nous allons pouvoir \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e <strong>2011 ou en 2012<\/strong> aller vers une \u00e9conomie de croissance de 6 \u00e0 8 % et qui nous permet d\u2019absorber donc le ch\u00f4mage. Et de cr\u00e9er des emplois auxquels tout le monde notamment les jeunes aspirent [ADO].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je vous remercie chers compatriotes de m\u2019avoir donn\u00e9 cette opportunit\u00e9 et de faire que tout se passe bien pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire au soir du <strong>28 novembre<\/strong>\u00a0[ADO].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut aussi noter que des informations chiffr\u00e9es portent sur des p\u00e9riodes qui servent en quelque sorte de rep\u00e8res aux locuteurs dans les prises de parole. Elles se construisent g\u00e9n\u00e9ralement avec une pr\u00e9position ou une locution pr\u00e9positive \u00e0 laquelle on adjoint une date comme dans les exemples ci-dessous\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je voudrais d\u2019abord dire \u00e0 mes compatriotes que la pauvret\u00e9 n\u2019est pas une fatalit\u00e9. Ce pays \u00e9tait prosp\u00e8re, <strong>il y a 23 ou 25 ans<\/strong>. Quand j\u2019\u00e9tais Directeur Afrique du FMI <strong><span style=\"text-decoration: underline\">dans<\/span> les ann\u00e9es 80<\/strong>, nous avions une \u00e9conomie plus forte que certains pays de l\u2019Afrique du Nord [ADO].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais les phrases de ce genre am\u00e8nent l\u2019instabilit\u00e9, les coups d\u2019\u00c9tat, c\u2019est ce qui est arriv\u00e9 <strong><span style=\"text-decoration: underline\">\u00e0 partir de<\/span> 1999<\/strong>, 11 ans de turbulences, c\u2019est trop [LG].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, on apprend, et tout le monde le sait, qu\u2019il y a beaucoup de familles qui ne mangent qu\u2019une ou deux fois par jour. Ce n\u2019\u00e9tait pas la C\u00f4te d\u2019Ivoire, <span style=\"text-decoration: underline\"><strong>il y a<\/strong><\/span> <strong>20 ans <\/strong>[LG].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9j\u00e0 <span style=\"text-decoration: underline\"><strong>de<\/strong><\/span> <strong>1990 <span style=\"text-decoration: underline\">\u00e0<\/span> 1993<\/strong>, nous avons fait des efforts consid\u00e9rables pour faire baisser la fiscalit\u00e9 et \u00e7a \u00e9galement, c\u2019est un domaine sur lequel je vais m\u2019appuyer [ADO].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>Depuis<\/strong><\/span><strong> 1987<\/strong>, j\u2019\u00e9coute et je dis que le secteur priv\u00e9 est le centre et le nerf. C\u2019est le secteur priv\u00e9 qui est pourvoyeur d\u2019emplois et de richesses. Donc <strong><span style=\"text-decoration: underline\">depuis<\/span> 1987<\/strong>, je me r\u00e9p\u00e8te [LG].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En toile de fond \u00e0 ces p\u00e9riodes \u00e9voqu\u00e9es par les d\u00e9batteurs, il y a la r\u00e9f\u00e9rence des moments ayant marqu\u00e9 la conscience collective ivoirienne sur les plans politique et socio\u00e9conomique. \u00c0 ces p\u00e9riodes, l\u2019imaginaire collectif associe une signification particuli\u00e8re aux p\u00e9riodes que les locuteurs essaient de mobiliser dans leur argumentation. Ainsi, par exemple, lorsqu\u2019ADO rappelle la p\u00e9riode \u00ab <strong>de<\/strong> <strong>1990 \u00e0 1993\u00a0\u00bb<\/strong>, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 son passage aux affaires en qualit\u00e9 de Premier Ministre. Cette \u00e9poque, aux dires de ses proches, se serait caract\u00e9ris\u00e9e par une relance de l\u2019\u00e9conomie ivoirienne et des r\u00e9sultats tangibles dont le cr\u00e9dit est \u00e0 mettre \u00e0 son actif. Par contre, lorsque LG \u00e9voque la p\u00e9riode de l\u2019histoire de la C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00ab\u00a0d\u2019<strong><span style=\"text-decoration: underline\">apr\u00e8s<\/span> 1999\u00a0\u00bb<\/strong>, il met en avant les troubles sociopolitiques \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition qu\u2019une partie de l\u2019opinion attribue \u00e0 ADO.<\/p>\r\n\r\n<h3>Les chiffres financiers<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une frange importante des donn\u00e9es chiffr\u00e9es du d\u00e9bat est en rapport avec le monde de l\u2019\u00c9conomie et de la Finance. On enregistre principalement des informations li\u00e9es :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>aux investissements<\/em>:\u00a0\u00ab\u00a0Il faudra de nouveaux barrages hydro\u00e9lectriques, \u00e7a demande des <strong>centaines de millions d\u2019euros <\/strong>d\u2019investissements.\u00a0\u00bb [ADO]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>\u00e0 la dette<\/em>: \u00ab\u00a0D\u00e8s que je suis arriv\u00e9 au pouvoir, j\u2019ai trouv\u00e9 une dette de <strong>6700 milliards de francs CFA<\/strong>. Cette dette \u00e9tait assur\u00e9ment trop forte pour un petit pays comme la C\u00f4te d\u2019Ivoire, donc nous avons commenc\u00e9 \u00e0 n\u00e9gocier et \u00e7a marchait tr\u00e8s bien.\u00a0\u00bb [LG]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>\u00e0 la demande sociale<\/em>: \u00ab Moi, j\u2019envisage un investissement massif de <strong>12000 milliards<\/strong> en cinq ans, pour am\u00e9liorer les conditions de vie des Ivoiriens \u00bb [ADO].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet axe, les chiffres permettent de l\u00e9gitimer la comp\u00e9tence de l\u2019orateur. En effet, ADO montre qu\u2019il a les capacit\u00e9s d\u2019un bon \u00e9conomiste avec des pr\u00e9visions bien chiffr\u00e9es pour les investissements qui am\u00e9lioreraient la qualit\u00e9 de vie des Ivoirien\u00b7ne\u00b7s. LG quant \u00e0 lui montre ses capacit\u00e9s de bon gestionnaire qui ne dilapide pas les ressources du pays, contrairement \u00e0 ses adversaires qu\u2019il \u00e9gratigne au passage.<\/p>\r\n\r\n<h3>Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es indicateurs de quantit\u00e9s ou de proportions<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le corpus, les chiffres jouent un r\u00f4le de quantificateur dans les propos des locuteurs. Il s\u2019agit alors d\u2019\u00e9l\u00e9ments en rapport avec\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>les capacit\u00e9s de production\u00a0<\/em>: \u00ab Pour le cacao, nous sommes leader mondial; nous produisons environ <strong>1,2 million de tonnes ou 1,4 million de tonnes<\/strong> par an. Mais j\u2019ai estim\u00e9 qu\u2019il nous fallait doubler notre production sur les dix ans \u00e0 venir. Et il est possible d\u2019atteindre <strong>2 millions<\/strong> <strong>de tonnes<\/strong> en rempla\u00e7ant les plants vieux, certains ont un \u00e2ge, par de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s qui sortent des instituts de recherche ivoiriens, ghan\u00e9ens, malaisiens\u2026 Et nous tenons sur les 20 ans de r\u00e9ussir \u00e0 produire les <strong>2 millions de tonnes<\/strong>.\u00a0\u00bb [LG]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>la d\u00e9mographie\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Il faudrait parler de la r\u00e9alit\u00e9 du terrain. Aujourd\u2019hui l\u2019esp\u00e9rance de vie est tomb\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire <strong>\u00e0 46 ans<\/strong>, elle \u00e9tait<strong> \u00e0 55 ans<\/strong>, il y a quelques ann\u00e9es. La malnutrition touche <strong>un enfant sur 15<\/strong>, sur <strong>trois personnes<\/strong> d\u00e9pist\u00e9es du VIH SIDA, <strong>un<\/strong> n\u2019a pas acc\u00e8s au traitement. <strong>40000 \u00e0 60000 femmes<\/strong> meurent chaque ann\u00e9e en donnant la vie.\u00a0\u00bb [ADO]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>les infrastructures\u00a0<\/em>: \u00ab Je me souviens que quand je suis arriv\u00e9 en 90 et que j\u2019ai rencontr\u00e9 les \u00e9tudiants, leur premi\u00e8re requ\u00eate, c\u2019\u00e9tait les infrastructures. Et aussi quelque fois les professeurs, c\u2019est comme cela que j\u2019ai pris l\u2019engagement avec eux de construire de nouvelles Universit\u00e9s et en trois ans, j\u2019ai pu construire <strong>deux<\/strong> <strong>Universit\u00e9s<\/strong>\u00a0: l\u2019Universit\u00e9 Abobo-Adjam\u00e9 et Bouak\u00e9 ensuite pour d\u00e9congestionner. Donc pour le programme de cinq ans que j\u2019envisage, j\u2019ai dit, je vais construire <strong>cinq<\/strong> <strong>Universit\u00e9s<\/strong> parce qu\u2019il faut d\u00e9congestionner l\u2019Universit\u00e9.\u00a0\u00bb [ADO]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>des proportions mettant en \u00e9vidence un processus \u00e9valuatif de politiques\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Parce que quand vous avez une \u00e9conomie nationale, vous devez vous assurer qu\u2019il y a un minimum de ressources allou\u00e9es \u00e0 l\u2019investissement. Parce que c\u2019est l\u2019investissement qui permet de faire des travaux, de cr\u00e9er des emplois, et ainsi de suite. Nous avons maintenant un budget qui est consacr\u00e9 \u00e0 <strong>95%<\/strong> \u00e0 la consommation. Vous avez une maison, que vous avez achet\u00e9e et pendant dix ans, vous ne fa\u00eetes pas l\u2019entretien de la maison. Vous ne fa\u00eetes que payer vos frais d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019eau, mais \u00e0 un moment donn\u00e9, vous avez des probl\u00e8mes dans une partie de la maison. \u00bb [ADO]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>un \u00e9tat des lieux\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0En 1991, ils disent que l\u2019\u00e9cole a chut\u00e9 aujourd\u2019hui, mais en 1991, pour le CEPE et l\u2019Entr\u00e9e en 6e, on avait <strong>21\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a <strong>64\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1991, on a eu <strong>32\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>36,47\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1991, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Je vais prendre en 1994, CEPE et Entr\u00e9e en 6e, <strong>37,34\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>68,94\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1994, nous avons <strong>7,85\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>31,43\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1994, on avait <strong>13,52\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>23,71\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite \u00bb [LG].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme on peut le voir avec ces exemples, dans cet axe, les chiffres permettent aux locuteurs de faire des comparaisons entre les r\u00e9sultats obtenus lors de leurs gouvernances respectives (exemples 2 et 5) et aussi de faire la preuve, \u00e0 travers des donn\u00e9es chiffr\u00e9es, de leurs r\u00e9alisations (exemples 1, 3 et 4).<\/p>\r\n\r\n<h3>Les classements et les num\u00e9rotations<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le dernier axe de notre typologie concerne les donn\u00e9es chiffr\u00e9es qui permettent d\u2019effectuer des hi\u00e9rarchisations. On y retrouve les rangs, les ordres, les s\u00e9ries comme dans ces exemples\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La C\u00f4te d\u2019Ivoire est la <strong>premi\u00e8re<\/strong> puissance \u00e9conomique de l\u2019UEMOA et la <strong>deuxi\u00e8me<\/strong> puissance \u00e9conomique de la CEDEAO. [LG]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons parl\u00e9 d\u2019un plan de sant\u00e9. (\u2026) Nous comptons le faire, gratuitement pour les plus faibles revenus. C\u2019est important, nous comptons fournir les centres de sant\u00e9 de m\u00e9dicaments de <strong>premi\u00e8re<\/strong> n\u00e9cessit\u00e9, comme l\u2019aspirine et autres. [ADO]<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les d\u00e9clarations des uns et des autres, ce n\u2019est pas cela qui m\u2019importe mais je prends l\u2019engagement de faire la lumi\u00e8re sur ces choses. L\u2019assassinat du G\u00e9n\u00e9ral Gu\u00e9\u00ef, de Boga Doudou, \u00e7a c\u2019est la <strong>premi\u00e8re<\/strong> chose. La <strong>deuxi\u00e8me<\/strong> chose, il faudra mettre en place une commission V\u00e9rit\u00e9-R\u00e9conciliation [ADO].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Consid\u00e9rons cet autre exemple\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9cole est un probl\u00e8me majeur, je dirais que dans mon programme, les priorit\u00e9s, tout est priorit\u00e9, je dirais les <strong>premi\u00e8res<\/strong> priorit\u00e9s, c\u2019est la sant\u00e9 d\u2019abord et ensuite l\u2019\u00e9cole [ADO].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet exemple, il apparait que l\u2019objectif est d\u2019\u00e9tablir une priorisation pour justifier la politique men\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019esquisse de typologie nous a permis de rendre compte des divers usages des chiffres dans notre corpus. Ceci nous a donn\u00e9 une base m\u00e9thodologique claire pour aborder la question de leur impact et des m\u00e9canismes rh\u00e9torico-argumentatifs qu\u2019ils d\u00e9ploient.<\/p>\r\n\r\n<h2>Ce que valent les chiffres dans la confrontation discursive<\/h2>\r\n<h3>La vis\u00e9e argumentative des informations chiffr\u00e9es<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les informations chiffr\u00e9es s\u2019inscrivent dans une dynamique argumentative dans le corpus d\u2019\u00e9tude. \u00c0 ce titre, elles poss\u00e8dent deux orientations op\u00e9rantes. La premi\u00e8re est tourn\u00e9e vers l\u2019image de celui qui parle pendant que la seconde met davantage l\u2019accent sur l\u2019interlocuteur imm\u00e9diat[footnote]Nous pr\u00e9cisons la notion de \u00ab interlocuteur imm\u00e9diat \u00bb parce que le d\u00e9bat contradictoire fonctionne sur le mod\u00e8le de la double \u00e9nonciation. C'est-\u00e0-dire qu\u2019en s\u2019exprimant, le locuteur s\u2019adresse \u00e0 un interlocuteur imm\u00e9diat avec qui il interagit sur la sc\u00e8ne du d\u00e9bat. Dans le m\u00eame temps, il parle \u00e0 l\u2019auditoire qui suit le d\u00e9bat et dont il cherche \u00e0 rallier l\u2019opinion.[\/footnote]. \u00c0 ce niveau, il y a, \u00e0 la fois construction de l\u2019image de soi et d\u00e9construction de l\u2019image de l\u2019autre. Il y a en outre une relation qui se construit avec l\u2019auditoire \u00e0 qui le locuteur apporte des informations et chez qui il essaie de susciter des \u00e9motions. Aussi, on note que cet aspect a davantage une dimension didactique.<\/p>\r\n<strong>L\u2019\u00e9laboration d\u2019une image de soi<\/strong>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a lieu de dire ici que le corpus d\u2019\u00e9tude est produit dans un contexte \u00e9lectoral. Le discours produit a donc une vis\u00e9e argumentative c\u2019est-\u00e0-dire que le destinateur s\u2019exprime avec l\u2019intention affich\u00e9e d\u2019agir sur les destinataires dans le but d\u2019obtenir leur adh\u00e9sion \u00e0 ses id\u00e9es. Pour ce faire, il \u00e9labore une image de soi favorable \u00e0 m\u00eame de lui conf\u00e9rer le cr\u00e9dit et l\u2019autorit\u00e9 indispensables au ralliement des auditeurs \u00e0 la cause d\u00e9fendue. Cette approche fait appel \u00e0 la notion d\u2019<em>ethos <\/em>que Amossy (2010, p. 25) pr\u00e9sente comme<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">l\u2019image que l\u2019orateur construit de lui-m\u00eame dans son discours afin de se rendre cr\u00e9dible. Fond\u00e9 sur ce qu\u2019il montre de sa personne \u00e0 travers les modalit\u00e9s de son \u00e9nonciation, il doit assurer l\u2019efficacit\u00e9 de sa parole et sa capacit\u00e9 \u00e0 emporter l\u2019adh\u00e9sion du public.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es joue un r\u00f4le de premier plan dans ce processus de pr\u00e9sentation de soi. En effet, appuyer son propos sur des exemples chiffr\u00e9s fait la preuve de la connaissance et m\u00eame de la maitrise de la question trait\u00e9e et contribue \u00e0 mettre en \u00e9vidence l\u2019expertise de celui qui parle. Ce proc\u00e9d\u00e9 est utilis\u00e9 par chacun des orateurs. LG, d\u2019entr\u00e9e de jeu, adopte une posture discursive qui met en \u00e9vidence ce qu\u2019il veut para\u00eetre aux yeux des auditeurs et auditrices :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je voudrais aussi remercier le Premier ministre pour sa pr\u00e9sence sur ce plateau et le f\u00e9liciter. Mais avant de commencer, je voudrais que toute la C\u00f4te d\u2019Ivoire observe une minute de silence en m\u00e9moire de toutes les victimes de ces crises qui ont commenc\u00e9 en <strong>99<\/strong> et des gens qui sont morts mutil\u00e9s. Je voudrais que chacun dans son foyer, devant sa t\u00e9l\u00e9vision, se l\u00e8ve et observe une minute de silence. (Silence). Je peux maintenant r\u00e9pondre. Je suis candidat parce que c\u2019est l\u2019aboutissement d\u2019une longue lutte, parce que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 militer quand j\u2019avais <strong>18 ans<\/strong>.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette s\u00e9quence, deux informations chiffr\u00e9es sont pr\u00e9sentes. L\u2019une rappelle une date pendant que l\u2019autre informe sur l\u2019\u00e2ge de l\u2019engagement militant du locuteur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019abord, l\u2019ann\u00e9e 99 constitue, nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, une date de m\u00e9moire pour les Ivoirien\u00b7ne\u00b7s. La sollicitation adress\u00e9e \u00e0 la population afin d\u2019observer une minute de silence est la manifestation d\u2019une solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit des victimes des crises qui secouent le pays depuis l\u2019ann\u00e9e de m\u00e9moire 1999. La d\u00e9marche vise donc \u00e0 cr\u00e9er une communaut\u00e9 des victimes autour de cette date de m\u00e9moire qu\u2019est l\u2019ann\u00e9e 1999 \u00e0 laquelle il appartient et dont il partage les peines. Il cultive ainsi l\u2019image du chef attentionn\u00e9 et proche des populations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ensuite, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e2ge de son engagement militant \u00e9pouse une image de combattant historique qu\u2019il a toujours cultiv\u00e9e et qui fonde, selon une perception largement pr\u00e9sente dans l\u2019imaginaire social ivoirien, un certain soutien populaire. Son discours s\u2019inscrit dans une dynamique de renforcement d\u2019un ethos pr\u00e9alable fortement ancr\u00e9 dans une frange importante de l\u2019opinion ivoirienne.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une autre image de soi mise en jeu par LG est celle de gestionnaire irr\u00e9prochable de la chose publique. Pour ce faire, il \u00e9tablit un parall\u00e8le entre deux p\u00e9riodes. Celle d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny caract\u00e9ris\u00e9e par la gestion opaque des ressources du p\u00e9trole et celle qui commence en 2000, l\u2019ann\u00e9e de son accession au pouvoir qui a marqu\u00e9 une ouverture et une transparence dans la gestion des ressources :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je voudrais dire que sur le p\u00e9trole, Houphou\u00ebt-Boigny a pris sa premi\u00e8re coupe de champagne en <strong>1977<\/strong>, parce qu\u2019on venait de d\u00e9couvrir le p\u00e9trole. Mais c\u2019est sous Gbagbo Laurent qu\u2019on parle des ressources du p\u00e9trole. <strong>De 77 \u00e0 2000<\/strong> on n\u2019a jamais parl\u00e9 de ressources du p\u00e9trole; c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une transparence. Cela a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des satisfactions qui a permis au FMI de prendre la d\u00e9cision du FMI.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Outre l\u2019image du gestionnaire transparent cultiv\u00e9e dans cette s\u00e9quence, l\u2019on y retrouve une logique de contestation des soup\u00e7ons de fraude dans la gestion des ressources p\u00e9troli\u00e8res \u00e9voqu\u00e9s par le contradicteur. Les dates apparaissent alors comme des \u00e9l\u00e9ments qui construisent le jeu interactionnel sur lequel nous reviendrons.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son discours, ADO a aussi recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es pour se construire une certaine image. Il s\u2019agit principalement pour lui de mettre en avant ses qualit\u00e9s d\u2019experts. \u00c0 ce sujet, lisons le propos suivant :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0, il faudrait parler de la r\u00e9alit\u00e9 du terrain, aujourd\u2019hui l\u2019esp\u00e9rance de vie est tomb\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00e0 <strong>46 ans<\/strong>, elle \u00e9tait \u00e0 <strong>55 ans<\/strong>, il ya quelques ann\u00e9es. La malnutrition touche <strong>un enfant sur 15<\/strong>, <strong>sur trois personnes<\/strong> d\u00e9pist\u00e9es du VIH SIDA, <strong>un<\/strong> n\u2019a pas acc\u00e8s au traitement. <strong>40000 \u00e0 60000 femmes<\/strong> meurent chaque ann\u00e9e en donnant la vie. Ce que nous avons pr\u00e9vu dans notre plan de sant\u00e9, en plus de l\u2019assurance g\u00e9n\u00e9rale qui permettra de prendre en compte les plus d\u00e9favoris\u00e9s, il s\u2019agira de construire <strong>5 CHU<\/strong>, c'est de faire en sorte qu\u2019un certain nombre de centres de sant\u00e9 soient construits, et surtout qu\u2019aucun Ivoirien n\u2019ait \u00e0 parcourir <strong>plus de 5 km<\/strong> avant d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 un centre de sant\u00e9. Cela veut dire qu\u2019il faut r\u00e9habiliter les centres de sant\u00e9 existant et en cr\u00e9er de nouveaux. Il faut surtout les \u00e9quiper en m\u00e9dicaments de base et cela gratuitement, il faut faire en sorte qu\u2019il y ait un h\u00f4pital <strong>tous les 5 km<\/strong>.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es portent sur des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9mographiques. Les ratios qu\u2019il souligne, les chiffres d\u00e9crivant la carte sanitaire, traduisent un travail fouill\u00e9 m\u00eame si les sources ne sont jamais donn\u00e9es. Son ethos pr\u00e9discursif de brillant \u00e9conomiste lui permet d\u2019en faire l\u2019\u00e9conomie sans \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 de faux. Les promesses faites sont, quant \u00e0 elles, articul\u00e9es aux indicateurs internationaux en mati\u00e8re de planification des infrastructures hospitali\u00e8res. Cette dynamique traverse ses interventions d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Elle est davantage pr\u00e9sente dans les donn\u00e9es financi\u00e8res notamment l\u2019aspect des investissements programm\u00e9s pour les cinq ann\u00e9es \u00e0 venir. Il cultive et renforce ainsi l\u2019ethos de l\u2019\u00e9conomiste expert des questions de d\u00e9veloppement et de mobilisation des ressources financi\u00e8res.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, lorsqu\u2019il dit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">en parlant de l\u2019\u00e9cole, je me souviens que quand je suis arriv\u00e9 <strong>en 90<\/strong> et que j\u2019ai rencontr\u00e9 les \u00e9tudiants, leur premi\u00e8re requ\u00eate, c\u2019\u00e9tait les infrastructures. Et aussi quelque fois les professeurs, c\u2019est comme cela que j\u2019ai pris l\u2019engagement avec eux de construire de nouvelles Universit\u00e9s et <strong>en trois ans<\/strong>, j\u2019ai pu construire <strong>deux Universit\u00e9s<\/strong> : l\u2019Universit\u00e9 Abobo-Adjam\u00e9 et Bouak\u00e9 ensuite pour d\u00e9congestionner. Donc pour le programme de <strong>cinq ans<\/strong> que j\u2019envisage, j\u2019ai dit, je vais construire <strong>cinq Universit\u00e9s<\/strong> parce qu\u2019il faut d\u00e9congestionner l\u2019Universit\u00e9. Il faut que l\u2019Universit\u00e9 sorte de la ville d\u2019Abidjan; j\u2019ai l\u2019ambition de faire un grand campus universitaire \u00e0 Bingerville ou ailleurs ou m\u00eame \u00e0 plus de <strong>40 km<\/strong> d\u2019ici. Pour que ce soit un campus qui doit pouvoir accueillir <strong>des dizaines de milliers d\u2019\u00e9tudiants<\/strong> avec des infrastructures modernes et tout ce qui a trait avec les nouvelles technologies.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019on notera que les donn\u00e9es chiffr\u00e9es \u00e9tablissent une sorte de bilan de sa gestion des affaires publiques \u00e0 partir de 1990 avant d\u2019annoncer les perspectives de son retour aux commandes si bien entendu, il avait le suffrage qu\u2019il sollicite. C\u2019est l\u2019ethos du travailleur qui est mise en avant par ADO.<\/p>\r\n<strong>La d\u00e9construction de l\u2019image de l\u2019autre<\/strong>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9construction de l\u2019image de l\u2019autre par le moyen du propos chiffr\u00e9 est une strat\u00e9gie argumentative que les locuteurs utilisent. C\u2019est ce qui se passe dans le propos suivant de LG\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Septembre 1999<\/strong>, il a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je frapperai ce pouvoir au moment opportun et il tombera\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas une phrase \u00e0 annoncer par un d\u00e9mocrate. Et effectivement, en <strong>d\u00e9cembre<\/strong> <strong>1999<\/strong>, le r\u00e9gime du pr\u00e9sident B\u00e9di\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9. Revenu en d\u00e9cembre en C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Premier ministre Ouattara a dit \u00e0 Odienn\u00e9 : \u00ab Les Ouattara et les Ciss\u00e9 sont des hommes de parole. J\u2019avais dit que je serai candidat et que malgr\u00e9 les tracasseries, je maintiendrai ma candidature. Quand un mandat d\u2019arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9, j\u2019ai dit que je rentrerai au pays avant la fin de l\u2019ann\u00e9e. Me voici, j\u2019ai dit que je vais gagner au premier tour et je ferai, toujours, dans les citations de ce m\u00eame type, en <strong>d\u00e9cembre<\/strong> <strong>2001<\/strong>, le Premier ministre dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous n\u2019attendrons pas cinq ans pour aller aux \u00e9lections\u00a0\u00bb. <strong>En ao\u00fbt 2002<\/strong> : \u00ab\u00a0je rendrai le pays ingouvernable, s\u2019ils veulent, on va tout gnagami (m\u00e9langer, en malink\u00e9)\u00a0\u00bb. Ce sont des citations du Premier ministre, \u00e7a ne plait non pas \u00e0 Gbagbo, mais \u00e7a ne plait pas \u00e0 la d\u00e9mocratie, la paix et la s\u00e9curit\u00e9. Il a dit quelque chose tout \u00e0 l\u2019heure, c\u2019est tout \u00e0 fait juste. On ne peut faire une \u00e9conomie prosp\u00e8re si on n\u2019a pas la paix, si on n\u2019a pas la stabilit\u00e9. Mais les phrases de ce genre am\u00e8nent l\u2019instabilit\u00e9, les coups d\u2019\u00c9tat, c\u2019est ce qui est arriv\u00e9 <strong>\u00e0 partir de 1999<\/strong>, <strong>11 ans de turbulences<\/strong>, c\u2019est trop.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">LG \u00e9num\u00e8re une liste de propos avec mention du mois dans lequel le propos en question a \u00e9t\u00e9 tenu par Ado. Ces propos sont une sorte de pr\u00e9monition qui a annonc\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement les troubles sociopolitiques qui ont \u00e9maill\u00e9 l\u2019histoire de la C\u00f4te d\u2019Ivoire depuis 1999, date \u00e0 laquelle ADO a quitt\u00e9 son poste au Fonds Mon\u00e9taire International afin de s\u2019engager dans une carri\u00e8re politique. Il aurait ainsi annonc\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat de d\u00e9cembre 1999, les troubles de 2001 et la tentative de coup d\u2019\u00c9tat de septembre 2002 qui a consacr\u00e9 la partition du pays en zone rebelle et zone gouvernementale. Implicitement LG rend ADO responsable de l\u2019instabilit\u00e9 chronique qui secoue la C\u00f4te d\u2019Ivoire depuis pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie, alors qu\u2019il se dit d\u00e9mocrate et acteur de d\u00e9veloppement. Les dates sont des indicateurs factuels. Lorsqu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019\u00e9v\u00e8nements majeurs qualifiables d\u2019exp\u00e9riences collectives, elles deviennent, selon Paveau (2006, p. 99), des \u00ab lieux d\u2019inscription des rappels m\u00e9moriels \u00bb. L\u2019argumentation de LG s\u2019appuie sur cette capacit\u00e9 des dates \u00e0 rappeler les \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s. Lorsque ses souvenirs sont douloureux et que, dans une situation d\u2019interaction discursive contradictoire, un locuteur est rendu responsable, il est clair que son image en prend l\u2019ombrage que les accusations ainsi port\u00e9es soient av\u00e9r\u00e9es ou non. Les dates se pr\u00e9sentent alors comme de puissants vecteurs de d\u00e9valorisation de l\u2019autre. C\u2019est \u00e0 ce jeu de disqualification de son contradicteur, ADO que se livre LG en s\u2019appuyant sur son ethos pr\u00e9discursif d\u2019historien qui lui permet de l\u00e9gitimer son propos sur les dates.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9 par le moyen des dates, ADO y retrouve des \u00e9l\u00e9ments susceptibles de contrarier son adversaire. Ainsi, il retrace des propos dat\u00e9s de son interlocuteur afin de ternir son image\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quand le coup d\u2019\u00c9tat est arriv\u00e9 <strong>en 1999<\/strong>, il a dit que c\u2019\u00e9tait \u00ab un coup de pouce \u00e0 la d\u00e9mocratie \u00bb Et quand il est de Libreville, via Bouak\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 escort\u00e9 depuis le corridor de \u00ab Gesco \u00bb en champion, par des militaires. Mais, pour moi, cela ne veut pas dire qu\u2019il est l\u2019auteur du coup d\u2019\u00c9tat. Parce que prendre des phrases et \u00e0 partir de l\u00e0 porter des accusations, ce n\u2019est pas juste. Je pense qu\u2019il faudrait aller encore plus loin. Alors, parlons de ce fameux coup d\u2019\u00c9tat, le FPI a tout de m\u00eame accompagn\u00e9 le r\u00e9gime militaire jusqu\u2019au bout. Moi j\u2019avais annonc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part que j\u2019\u00e9tais contre les coups d\u2019\u00c9tat. Et quand j\u2019ai vu l\u2019\u00e9volution du r\u00e9gime militaire, d\u00e8s le mois <strong>de mai 2000<\/strong>, nous avons d\u00e9missionn\u00e9 du gouvernement militaire. Mais Laurent Gbagbo, lui, a continu\u00e9 avec ce gouvernement militaire. Lida Kouassi, membre du FPI, \u00e9tait m\u00eame le conseiller militaire du G\u00e9n\u00e9ral Gu\u00e9i. Gbagbo et Gu\u00e9i sont all\u00e9s aux \u00e9lections ensemble, en nous excluant, le pr\u00e9sident B\u00e9di\u00e9 et moi. Mais, vous savez, si on veut entrer dans ces choses, je crois qu\u2019on va perdre du temps. Ce qui m\u2019int\u00e9resse c\u2019est de connaitre les causes de cette crise. Il faut qu\u2019on y mette fin, parce qu\u2019il faut rappeler que Laurent Gbagbo n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lu <strong>en 2000<\/strong>.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019objet de ces propos est de fragiliser l\u2019argumentation de LG en mettant en avant l\u2019aspect pr\u00e9cipit\u00e9 des accusations formul\u00e9es sur la base de phrases ou de d\u00e9clarations de presse. Implicitement, il essaie de faire entendre que son contradicteur n\u2019est pas s\u00e9rieux dans sa m\u00e9thode : il formule des accusations sans preuve. Mieux, il va plus loin avec la date de m\u00e9moire qu\u2019est l\u2019ann\u00e9e 2000. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle qui s\u2019est tenue \u00e0 cette date, il affirme que LG n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lu. L\u2019id\u00e9e est de dire qu\u2019il a occup\u00e9 ill\u00e9gitimement la fonction de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il le pr\u00e9sente ainsi comme un usurpateur. Ce qui ne manque de susciter une r\u00e9action de LG. On retient ainsi qu\u2019il y a, dans cette approche crois\u00e9e de l\u2019utilisation des dates par les deux d\u00e9batteurs, une sorte de r\u00e9ponse du berger \u00e0 la berg\u00e8re. Les dates deviennent ainsi une dynamique de l\u2019\u00e9change verbal parce qu\u2019elles sont un facteur de relance de la confrontation.<\/p>\r\n\r\n<h3>Donn\u00e9es chiffr\u00e9es comme moyen de construction discursive des \u00e9motions<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une \u00e9motion est la r\u00e9action provoqu\u00e9e par la confrontation \u00e0 une situation donn\u00e9e ou par l\u2019interpr\u00e9tation de la r\u00e9alit\u00e9. Celle-ci (la r\u00e9action) peut \u00eatre physique ou psychologique. Sur le plan du discours, les \u00e9motions se construisent par le moyen d\u2019un ensemble de ressources verbales parmi lesquelles on compte les chiffres et les nombres. La litt\u00e9rature sur les \u00e9motions permet de distinguer deux types d\u2019\u00e9motions. Les \u00e9motions \u00e9prouv\u00e9es d\u2019une part et les \u00e9motions marqu\u00e9es ou construites par le discours d\u2019autre part (Micheli, 2008). Notre propos s\u2019inscrit exclusivement dans le cadre des \u00e9motions construites par le discours. Dans ce paradigme, l\u2019on \u00e9tablit encore une distinction entre l\u2019\u00e9motion d\u00e9not\u00e9e qui est mise en \u00e9vidence directement parce qu\u2019\u00e9tant objet du discours du locuteur et l\u2019\u00e9motion connot\u00e9e pour laquelle le locuteur n\u2019a pas recours au lexique des \u00e9motions mais plut\u00f4t qu\u2019il laisse entendre ou d\u00e9couvrir par le biais de traits stylistiques. L\u2019on note \u00e9galement l\u2019\u00e9motion vis\u00e9e. Il s\u2019agit de la situation o\u00f9 \u00ab les locuteurs ne se contentent pas d\u2019\u00ab exprimer \u00bb des \u00e9motions, mais peuvent \u00e9galement viser \u00e0 provoquer des \u00e9motions chez leur(s) allocutaire(s) ou, de fa\u00e7on plus abstraite, \u00e0 fonder la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une \u00e9motion \u00bb (Micheli, 2008). Il s\u2019agit donc de chercher \u00e0 d\u00e9terminer dans notre corpus les \u00e9l\u00e9ments dont l\u2019\u00e9nonciation est susceptible de d\u00e9clencher chez l\u2019auditoire un \u00e9tat \u00e9motionnel pouvant \u00eatre de l\u2019ordre de la joie, la tristesse, l\u2019indignation, la peur, la col\u00e8re, le m\u00e9pris ou tout autre sentiment. \u00c0 ce niveau, chacun des locuteurs choisit des axes cens\u00e9s provoquer une r\u00e9action \u00e9motionnelle. L\u2019axe de la menace est ainsi mobilis\u00e9 par LG dans le propos qui suit :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis un peu d\u00e9sol\u00e9, parce que je vois que des d\u00e9rapages se dessinent. Aujourd\u2019hui m\u00eame \u00e0 Daloa la gendarmerie m\u2019a signal\u00e9 qu\u2019on a arr\u00eat\u00e9 <strong>21 personnes<\/strong> avec des camions pleins de cartouches, on a arr\u00eat\u00e9 des sacs pleins de machettes, je n\u2019accuse pas quelqu\u2019un encore sur ces points [LG].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ici c\u2019est la quantit\u00e9 qui fonde m\u00eame l\u2019\u00e9motion. En effet, \u00e9chaud\u00e9 par plus d\u2019une d\u00e9cennie de conflits politiques travers\u00e9s par des s\u00e9quences de violences extr\u00eames, l\u2019\u00e9vocation d\u2019un grand nombre de personnes arr\u00eat\u00e9es d\u00e9tentrices d\u2019armes blanches et de munitions d\u2019armes de guerre est de nature \u00e0 r\u00e9veiller les sentiments de peur chez l\u2019auditoire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chez ADO, on notera une nette volont\u00e9 de susciter espoir et joie par le moyen des chiffres qui mentionnent les perspectives d\u2019embellies que pourraient g\u00e9n\u00e9rer son \u00e9lection\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Vous savez que les Ivoiriens d\u00e9tiennent plus de <strong>trois milliards<\/strong> de dollars dans leurs comptes bancaires \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Pourquoi? [ADO].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le chiffre (trois milliards de dollars) indicateur de la capacit\u00e9 financi\u00e8re des Ivoirien\u00b7ne\u00b7s hors du pays est destin\u00e9 \u00e0 susciter l\u2019\u00e9tonnement chez l\u2019auditoire sid\u00e9r\u00e9 de ce qu\u2019une telle manne financi\u00e8re soit maintenue \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pendant qu\u2019il est possible d\u2019investir en C\u00f4te d\u2019Ivoire ce qui cr\u00e9erait sans aucun doute des emplois pour les milliers de ch\u00f4meurs et de sans-emplois. Par ailleurs, lorsqu\u2019il annonce :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Moi, j\u2019envisage, un investissement massif de <strong>12000 milliards<\/strong> en <strong>cinq ans<\/strong>, pour am\u00e9liorer les conditions de vies des Ivoiriens en investissant l\u2019eau, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, mais en am\u00e9liorant \u00e9galement les conditions d\u2019emploi des jeunes [ADO].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout le long du d\u00e9bat, les tirades et prises de parole d'ADO sont rythm\u00e9es par les donn\u00e9es chiffr\u00e9es financi\u00e8res en rapport soit avec une perspective d\u2019investissement ou avec sa capacit\u00e9 intrins\u00e8que de mobilisation de ressources financi\u00e8res. L\u2019id\u00e9e est, certainement, de susciter l\u2019esp\u00e9rance chez l\u2019auditoire ce qui l\u2019emm\u00e8nerait \u00e0 conforter sa ligne de conduite \u00e9lectorale ou \u00e0 la modifier si n\u00e9cessaire. La vis\u00e9e persuasive est donc clairement affich\u00e9e dans l\u2019usage des chiffres chez ADO.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019axe de la souffrance et des difficiles conditions de vie des populations est largement \u00e9voqu\u00e9 dans les interventions des deux protagonistes. Chez LG on lit :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Vous ne pouvez pas savoir <strong>combien<\/strong> de personnes frappent \u00e0 la porte de la Pr\u00e9sidence pour se faire soigner, pour se faire op\u00e9rer, pour se faire ceci, pour se faire cela. \u00c7a co\u00fbte cher \u00e0 la Pr\u00e9sidence. La Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique est devenue le plus grand centre social du pays. C\u2019est pourquoi j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il faut qu\u2019on cr\u00e9e l\u2019Assurance Maladie Universelle. C'est-\u00e0-dire, c\u2019est une Assurance, mais ce n\u2019est pas une Assurance priv\u00e9e. C\u2019est une Assurance, chacun cotise et une fois qu\u2019il a cotis\u00e9, il a un papier, une carte \u00e0 partir de laquelle on peut le soigner gratuitement.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant que chez ADO on a\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est important, nous comptons fournir les centres de sant\u00e9 de m\u00e9dicaments de premi\u00e8res n\u00e9cessit\u00e9s, comme l\u2019aspirine et autre. Au-del\u00e0, il faudrait parler de la r\u00e9alit\u00e9 du terrain, aujourd\u2019hui l\u2019esp\u00e9rance de vie est tomb\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00e0 <strong>46 ans<\/strong>, elle \u00e9tait \u00e0 <strong>55 ans<\/strong>, il y a quelques ann\u00e9es. La malnutrition touche <strong>un enfant sur 15<\/strong>, sur <strong>trois (3) personnes<\/strong> d\u00e9pist\u00e9es du VIH SIDA, <strong>un (1)<\/strong> n\u2019a pas acc\u00e8s au traitement. <strong>40000<\/strong> \u00e0 <strong>60000<\/strong> femmes meurent chaque ann\u00e9e en donnant la vie.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La crainte du lendemain, la piti\u00e9 pour les populations vivant dans les conditions d\u00e9crites sont les sentiments que les orateurs mobilisent dans ces s\u00e9quences par le moyen de la quantification aussi importante qu\u2019indicible chez LG et par le biais des proportions que r\u00e9v\u00e8le ADO.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet usage de l\u2019\u00e9motion argument\u00e9e par les deux locuteurs en confrontation ob\u00e9it clairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle \u00ab la construction argumentative des \u00e9motions passe par la repr\u00e9sentation discursive d\u2019une situation \u00e0 laquelle le locuteur associe typiquement le d\u00e9clenchement d\u2019une \u00e9motion particuli\u00e8re, ce qui suppose en garantir la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb (Guilhaumou, 2011, p. 177). Il est ainsi parce que chaque recours \u00e0 l\u2019\u00e9motion trouve un ancrage dans la situation v\u00e9cue par les populations ivoiriennes et dont les caract\u00e9ristiques sont l\u2019extr\u00eame paup\u00e9risation, l\u2019exasp\u00e9ration par un conflit interminable et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une relance \u00e9conomique pour une meilleure redistribution des richesses nationales.<\/p>\r\n\r\n<h3>La valeur didactique des chiffres<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Outre le jeu sur l\u2019image, la fr\u00e9quence des chiffres permet de faire appel \u00e0 la capacit\u00e9 de discernement des auditeurs \u00e0 qui l\u2019\u00e9change est adress\u00e9. Dans ce cas sp\u00e9cifique, les locuteurs informent les auditeurs sur ce qu\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 des choses. ADO table ainsi sur la capacit\u00e9 de financement propre des Ivoirien\u00b7ne\u00b7s :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Vous savez que les Ivoiriens d\u00e9tiennent plus de <strong>trois milliards<\/strong> de dollars dans leurs comptes bancaires \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Pourquoi? Parce que beaucoup n\u2019ont pas confiance. Ils gardent cet argent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ils vont le ramener quand on aura une \u00e9lection apais\u00e9e et que nous serons tous d\u2019accord que cette \u00e9lection se sera bien pass\u00e9e.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ou encore sur les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019investissements impliqu\u00e9s par la d\u00e9mographie dans le secteur de l'\u00e9ducation :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Vous savez, il y a <strong>70000 <\/strong>naissances en C\u00f4te d\u2019Ivoire chaque ann\u00e9e, c\u2019est pratiquement autant en France. Quand vous faites le calcul, il faut recruter des <strong>dizaines<\/strong> <strong>de<\/strong> <strong>milliers<\/strong> d\u2019instituteurs sur les <strong>cinq<\/strong> ans. Vous voyez, quand je dis <strong>60000<\/strong> instituteurs, c\u2019est parce que la d\u00e9mographie l\u2019exige. Donc, nous avons un investissement massif \u00e0 faire \u00e9galement dans l\u2019\u00e9cole, nous devons construire des infrastructures, recruter des professeurs, des instituteurs et devons faire en sorte que la strat\u00e9gie globale soit r\u00e9vis\u00e9e par ceux dont c\u2019est le m\u00e9tier.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant ce temps, LG essaie de faire comprendre aux Ivoirien\u00b7ne\u00b7s la v\u00e9rit\u00e9 sur les r\u00e9sultats scolaires en C\u00f4te d\u2019Ivoire :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut que je rel\u00e8ve certaines choses parce que les Ivoiriens sont vraiment dans l\u2019\u00e9motion plus dans les faits. En 1991, ils disent que l\u2019\u00e9cole a chut\u00e9 aujourd\u2019hui, mais en 1991, pour le CEPE et l\u2019Entr\u00e9e en 6e, on avait <strong>21\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite en 1991. En 2002, on a <strong>64\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1991, on a eu <strong>32\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>36,47\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1991, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Je vais prendre en 1994, CEPE et Entr\u00e9e en 6e, <strong>37,34\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>68,94\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1994, nous avons <strong>7,85\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>31,43\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1994, on avait <strong>13,52\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>23,71\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Donc les Ivoiriens sont dans l\u2019\u00e9motion actuelle, ils ne regardent pas les chiffres. Nous faisons mieux aujourd\u2019hui qu\u2019il y a vingt ans.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces diff\u00e9rentes informations t\u00e9moignent de plusieurs orientations du discours, toutes ayant cependant un lien avec la relation que le locuteur \u00e9tablit avec l\u2019auditoire. La premi\u00e8re des choses est qu\u2019il s\u2019adresse principalement \u00e0 la facult\u00e9 de discernement de ce dernier et non plus \u00e0 l\u2019\u00e9motion. Ce qui trahit l\u2019image qu\u2019il se fait du public qui l\u2019\u00e9coute. C\u2019est un public qui a besoin de l\u2019information exacte afin de mieux comprendre les choses plut\u00f4t que de structurer ses opinions autour de l\u2019\u00e9motion. En clair, il faut sortir les Ivoirien\u00b7ne\u00b7s du mode de raisonnement par l\u2019\u00e9motion qui pr\u00e9vaut. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019affirme LG dans son propos. La relation est donc didactique. Les locuteurs (LG et ADO) ont la science infuse. L\u2019auditoire a besoin d\u2019\u00eatre inform\u00e9 par les leaders dont c\u2019est la responsabilit\u00e9. C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8le l\u2019interpellation (\u00ab vous savez \u00bb) qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019occurrence des donn\u00e9es financi\u00e8res lanc\u00e9e \u00e0 son endroit dans les s\u00e9quences discursives d'ADO.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Finalement, on retiendra, de cette analyse des donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans la confrontation discursive d\u2019entre-deux-tours qui a oppos\u00e9 LG \u00e0 ADO lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019octobre 2010, que ces derni\u00e8res constituent un facteur essentiel de la dynamique ou de la progression de l\u2019\u00e9change discursif. Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es apparaissent \u00e9galement comme \u00e9l\u00e9ment structurant de la strat\u00e9gie d\u2019argumentation des d\u00e9batteurs en ce sens que chacun y recherche et retrouve les moyens et ressources verbales lui permettant de se b\u00e2tir une image susceptible de persuader l\u2019auditoire ou de d\u00e9cr\u00e9dibiliser l\u2019interlocuteur, pour construire un raisonnement logique et s\u2019adresser ainsi \u00e0 la facult\u00e9 de discernement de l\u2019auditoire ou encore de faire agir le pathos toujours dans la logique d\u2019orienter le comportement \u00e9lectoral de l\u2019auditoire. En d\u00e9finitive, on rel\u00e8vera les constats suivants\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Premi\u00e8rement, les chiffres assurent un cadrage discursif. En effet, en traduisant des enjeux complexes en indicateurs m\u00e9morisables (taux, ratios, s\u00e9ries temporelles), ils dessinent des fronti\u00e8res interpr\u00e9tatives et fixent les termes de ce qui peut \u00eatre vu, dit ou contest\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Deuxi\u00e8mement, les chiffres conf\u00e8rent une autorit\u00e9 au locuteur. Ils participent \u00e0 la construction d\u2019un ethos de comp\u00e9tence (Amossy, 2006). Cette autorit\u00e9 se consolide par l\u2019adossement \u00e0 des sources \u2014 explicites ou implicites \u2014 et \u00e0 un ethos pr\u00e9discursif et par la r\u00e9gularit\u00e9 d\u2019un style chiffr\u00e9 (promesses quantifi\u00e9es, projections prospectives, comparaisons s\u00e9rielles).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Troisi\u00e8mement, les chiffres nourrissent la dimension pol\u00e9mique de l\u2019\u00e9change (Amossy, 2014). En effet, une m\u00eame donn\u00e9e peut \u00eatre r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e selon les positions : rappel de rep\u00e8res traumatiques pour disqualifier l\u2019adversaire, ou contre-lecture destin\u00e9e \u00e0 renverser la causalit\u00e9 all\u00e9gu\u00e9e. Ce m\u00e9canisme illustre la transformation des chiffres-grandeurs (mesures) en chiffres-valeurs (arguments) (Bacot et al., 2012). Ainsi, on peut affirmer que la puissance argumentative du nombre ne tient pas \u00e0 sa nature, mais \u00e0 sa mise en discours (s\u00e9lection, cadrage temporel, hi\u00e9rarchisation).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quatri\u00e8mement, les chiffres contribuent \u00e0 rationaliser le d\u00e9bat, sans pour autant l\u2019assainir m\u00e9caniquement. Ils coexistent avec des dimensions affectives telles que la peur, l\u2019espoir ou l\u2019indignation. En ce sens, ils renforcent les \u00e9motions que le locuteur cherche \u00e0 provoquer en leur conf\u00e9rant une \u00e9paisseur de preuve cr\u00e9dible.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amade, Jos\u00e9 Sarzi. 2018. \u00ab \u201cMoi Pr\u00e9sident De La R\u00e9publique\u201d : L\u2019art Du Flatus Vocis En Anaphore\u00a0\u00bb. <em>Latinoture Magazine<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.ju.edu\/spanish\/latinoture\/moi-president-de-la-republique.php\">https:\/\/www.ju.edu\/spanish\/latinoture\/moi-president-de-la-republique.php<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2006. <em>L\u2019argumentation dans le discours<\/em>. Paris : Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2010. <em>La pr\u00e9sentation de soi ethos et identit\u00e9 verbale<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2015. <em>Apologie de la pol\u00e9mique<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ay\u00e9mien, Mian G\u00e9rard. 2011. <em>Analyse de la rh\u00e9torique dans les discours politiques en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/em> Lille\u00a0: ARNT<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bacot, Paul, Desmarchelier, Dominique et R\u00e9mi-Giraud, Sylvianne. 2012. \u00ab Chiffres et nombres dans l\u2019argumentation politique \u00bb. <em>Mots. Les langages du politique<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.20807\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.20807<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barry, Alpha. 2000. <em>Les bases th\u00e9oriques en analyse du discours<\/em>. Publications de la Chaire de recherche du Canada en Mondialisation, Citoyennet\u00e9 et D\u00e9mocratie. <a href=\"https:\/\/depot.erudit.org\/id\/002331dd\">https:\/\/depot.erudit.org\/id\/002331dd<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick <em>et al<\/em>. 2001. <em>Dictionnaire d\u2019analyse de discours<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 1992. <em>Grammaire du sens et de l\u2019expression<\/em>. Paris : Hachette.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2005. <em>Le discours politique. Les masques du pouvoir<\/em>. Paris\u00a0: Vuibert.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Desrosi\u00e8res, Alain. 2010. <em>La politique des grands nombres : Histoire de la raison statistique<\/em>. La D\u00e9couverte. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/dec.desro.2010.01\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/dec.desro.2010.01<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Du Cluzel, C\u00f4me. 2024. \u00ab D\u00e9bat Trump vs Biden : Biden vaincu par KO? \u00bb. <em>Conflits \u2013 Revue de g\u00e9opolitique<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.revueconflits.com\/debat-trump-vs-biden-biden-vaincu-par-ko\/\">https:\/\/www.revueconflits.com\/debat-trump-vs-biden-biden-vaincu-par-ko\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand, Jacques. 1970. \u00ab\u00a0Rh\u00e9torique du nombre\u00a0\u00bb. <em>Communications, 16. Recherches rh\u00e9toriques<\/em>. pp. 125-132. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/comm.1970.123\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/comm.1970.123<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guilhaumou, Jacques. 2011. \u00ab Rapha\u00ebl Micheli, L\u2019\u00e9motion argument\u00e9e. L\u2019abolition de la peine de mort dans le d\u00e9bat parlementaire fran\u00e7ais \u00bb. <em>Semen <\/em>32. <a href=\"http:\/\/semen.revues.org\/9409\">http:\/\/semen.revues.org\/9409<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koren, Roselyne. 2009. \u00ab\u00a0Le r\u00e9cit de chiffres : enjeux argumentatifs de la \u201cnarrativisation\u201d des chiffres dans un corpus de presse \u00e9crite contemporain\u00a0\u00bb. <em>A contrario<\/em>, n\u00b0 12, 2009. p.66-84. CAIRN.INFO. <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-a-contrario-2009-2-page-66?lang=fr&amp;tab=texte-integral\">https:\/\/shs.cairn.info\/revue-a-contrario-2009-2-page-66?lang=fr&amp;tab=texte-integral<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Labb\u00e9, Cyril et Labb\u00e9, Dominique. 2013. Le chiffre dans le discours politique fran\u00e7ais contemporain. La quantification dans le texte de sp\u00e9cialit\u00e9, Nov, Brest, France. hal-00949594.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Micheli, Rapha\u00ebl. 2008. \u00ab L\u2019analyse argumentative en diachronie : le pathos dans les d\u00e9bats parlementaires sur l\u2019abolition de la peine de mort \u00bb, <em>Argumentation et Analyse du Discours<\/em>. <a href=\"http:\/\/aad.revues.org\/482\">http:\/\/aad.revues.org\/482<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne. 2006. <em>Les pr\u00e9discours. Sens, m\u00e9moire, cognition<\/em>. Paris\u00a0: Sorbonne Nouvelle.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un fait notable dans les d\u00e9bats politiques est la fr\u00e9quence du recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es par les d\u00e9batteurs. Cette strat\u00e9gie dans un \u00e9change appartenant au champ politique qui a, a priori, comme cadre de r\u00e9f\u00e9rence des valeurs id\u00e9ologiques, sociales ou morales n\u2019est pas sans attirer et captiver l\u2019attention de l\u2019allocutaire mais aussi de l\u2019analyste qui est tent\u00e9 de s\u2019interroger sur la fonctionnalit\u00e9 de telles informations. L\u2019objet du pr\u00e9sent article est de mettre en \u00e9vidence la port\u00e9e argumentative des donn\u00e9es chiffr\u00e9es qui s\u2019av\u00e8rent op\u00e9ratoires surtout au niveau de l\u2019ethos et du pathos dans le d\u00e9bat contradictoire de l\u2019entre-deux-tours de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2010 en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Les investigations men\u00e9es dans une perspective d\u2019analyse du discours prennent appui sur l\u2019argumentation dans le discours et r\u00e9v\u00e8lent la dimension argumentative des donn\u00e9es chiffr\u00e9es, qu\u2019il s\u2019agisse de la construction d\u2019une image de soi valorisante, de la d\u00e9construction de l\u2019image de l\u2019autre ou encore de la mobilisation des \u00e9motions. Elles permettent en outre d\u2019en interroger la port\u00e9e didactique.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/analyse-du-discours\/\">analyse du discours<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/argumentation\/\">argumentation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/debat-presidentiel\/\">D\u00e9bat pr\u00e9sidentiel<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/donnees-chiffrees\/\">Donn\u00e9es chiffr\u00e9es<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/ethos\/\">ethos<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/pathos\/\">pathos<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>The Role of numerical Data in the Gbagbo vs Ouattara Presidential Debate<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A notable fact in political debates is the frequent use of numerical data by the debaters. This strategy, within exchanges that belong to the political sphere and are a priori framed by ideological, social, or moral values, not only attracts and captivates the attention of the addressee but also that of the analyst, who is led to question the functionality of such information. The aim of the present article is to highlight the argumentative scope of numerical data, which proves to be particularly effective at the level of <em>ethos<\/em> and <em>pathos<\/em> in the adversarial debate of the 2010 presidential runoff in C\u00f4te d\u2019Ivoire. Conducted from a discourse analysis perspective, this investigation draws on argumentation in discourse and reveals the argumentative dimension of numerical data, whether it involves the construction of a valorizing self-image, the deconstruction of the opponent\u2019s image, or the mobilization of emotions. It also makes it possible to explore their didactic potential.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/argumentation\/\">argumentation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/discourse-analysis\/\">discourse analysis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/ethos\/\">ethos<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/numerical-data\/\">Numerical data<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/pathos\/\">pathos<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/presidential-debate\/\">Presidential debate<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (swahili)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>Kuhusu matumizi ya takwimu za nambari katika mjadala wa urais kati ya Gbagbo na Ouattara<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Makala hii inachunguza matumizi ya mara kwa mara ya takwimu katika mijadala ya kisiasa, kwa kuzingatia duru ya pili ya uchaguzi wa urais wa mwaka 2010 nchini C\u00f4te d\u2019Ivoire. Ingawa hotuba za kisiasa kwa kawaida hujikita katika thamani za kiitikadi, kijamii au kimaadili, takwimu hutumika kimkakati kujenga taswira chanya ya nafsi, kudhoofisha mpinzani na kuamsha hisia. Kwa kutumia uchambuzi wa hotuba na nadharia ya hoja, utafiti huu unaangazia nafasi ya hoja za takwimu, hasa zinazohusiana na <em>ethos<\/em> na <em>pathos<\/em>, na unajadili umuhimu wake katika muktadha wa kielimu.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (swahili)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/data-za-nambari\/\">Data za nambari<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/mjadala-wa-urais\/\">Mjadala wa urais<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/uchambuzi-wa-hotuba\/\">Uchambuzi wa hotuba<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/uwasilishaji-wa-hoja\/\">Uwasilishaji wa hoja<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/vadharia-ya-mawasiliano\/\">Vadharia ya mawasiliano<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/vivyo-hivyo\/\">Vivyo hivyo<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>20 juillet 2025<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>29 septembre 2025<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>25 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les campagnes d\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle sont des p\u00e9riodes de vives confrontations discursives au cours desquelles les candidat\u00b7es et leurs \u00e9tats-majors multiplient les prises de parole et autres interventions, donnant le ton \u00e0 une dynamique discursive intense. Ce foisonnement d\u2019interventions trouve son ultime mat\u00e9rialisation dans les d\u00e9bats contradictoires qui opposent les principaux pr\u00e9tendants \u00e0 la magistrature supr\u00eame. Devenus une pratique traditionnelle dans les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, ces d\u00e9bats, bien qu\u2019ils ne garantissent pas \u00e0 eux seuls la victoire d\u2019un\u00b7e candidat\u00b7e, peuvent s\u2019av\u00e9rer d\u00e9cisifs. Une prestation ma\u00eetris\u00e9e renforce la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019un\u00b7e candidat\u00b7e; \u00e0 l\u2019inverse, une performance h\u00e9sitante ou maladroite peut entamer son capital de sympathie, voire \u00e9roder la confiance des \u00e9lecteurs et \u00e9lectrices. L\u2019histoire r\u00e9cente des d\u00e9mocraties modernes en fournit plusieurs illustrations. En France, par exemple, Fran\u00e7ois Hollande aurait pris l\u2019ascendant sur Nicolas Sarkozy lors du d\u00e9bat de l\u2019entre-deux-tours de 2012 gr\u00e2ce \u00e0 la puissance rythmique et persuasive de son anaphore \u00ab Moi, pr\u00e9sident\u2026 \u00bb (Amade, 2018). Plus r\u00e9cemment, aux \u00c9tats-Unis, la performance catastrophique de Joe Biden face \u00e0 Donald Trump, en 2024, a mis en lumi\u00e8re ses limites, contribuant ainsi \u00e0 son retrait de la course pr\u00e9sidentielle au profit de Kamala Harris (Du Cluzel, 2024). En C\u00f4te d\u2019Ivoire, on enregistre un seul d\u00e9bat contradictoire entre les deux tours de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, celui qui a oppos\u00e9 Laurent Gbagbo (d\u00e9sormais LG) \u00e0 Alassane Ouattara (d\u00e9sormais ADO) en 2010. Ce moment de confrontation directe visait, comme il est de coutume dans cet exercice, \u00e0 persuader les \u00e9lecteurs et \u00e9lectrices de la capacit\u00e9 des candidat\u00b7es-orateur\u00b7trices \u00e0 incarner la fonction pr\u00e9sidentielle. Il s\u2019est agi, pour eux, de projeter une image valorisante d\u2019eux-m\u00eames, apte \u00e0 rassurer, s\u00e9duire et l\u00e9gitimer leurs ambitions. Ce travail de persuasion mobilise naturellement des strat\u00e9gies discursives parmi lesquelles le recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La pr\u00e9sente \u00e9tude propose d\u2019analyser le r\u00f4le et la fonction de l\u2019emploi \u00e0 profusion des chiffres dans le cadre de ce d\u00e9bat pr\u00e9sidentiel. Elle s\u2019interroge sur leur port\u00e9e argumentative, en montrant que leur usage ne se limite pas \u00e0 soutenir une d\u00e9monstration rationnelle, mais participe, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 la construction de l\u2019image de soi et \u00e0 la mobilisation des affects. Autrement dit, loin de repr\u00e9senter une simple objectivation du r\u00e9el, les donn\u00e9es chiffr\u00e9es deviennent des instruments rh\u00e9toriques au service d\u2019un projet politique. Le travail s\u2019inscrit donc dans le cadre th\u00e9orique de l\u2019analyse du discours dans sa dimension communicationnelle (Barry, 2000) et de l\u2019analyse argumentative qui essaie \u00ab d\u2019explorer les \u00e9changes concrets qui se d\u00e9ploient dans un espace social et institutionnel donn\u00e9, elle s\u2019attaque \u2013 comme la rh\u00e9torique antique \u2013 aux voies globales de la persuasion. \u00bb (Amossy, 2006, p. 4) Dans cette perspective, notre souci est d\u2019appr\u00e9hender les m\u00e9canismes de persuasion en consid\u00e9rant le fait que la rh\u00e9torique saisit le langage en action, et que l\u2019argumentation doit \u00eatre per\u00e7ue aussi bien dans ses variations dans la langue que dans les actes de communication concrets. Pour ce faire, nous commencerons par pr\u00e9senter notre cadre th\u00e9orique et m\u00e9thodologique puis, nous proposerons une esquisse de typologie des donn\u00e9es chiffr\u00e9es extraites du corpus avant de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019analyse de leur impact rh\u00e9torico-argumentatif.<\/p>\n<h2>Cadrage th\u00e9orique et m\u00e9thodologique<\/h2>\n<h3>Le corpus et son cadre d\u2019analyse<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous partons du postulat que, pour appr\u00e9hender la quintessence des donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans notre corpus, il faut tenir compte des conditions de production du discours (contexte d\u2019\u00e9nonciation). Ainsi, nos analyses s\u2019inscrivent dans le cadre th\u00e9orique d\u2019une analyse du discours dans sa dimension socio-communicationnelle. \u00c0 ce sujet, Barry fait remarquer que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Comprendre un discours, saisir l&rsquo;intention qui s&rsquo;y exprime, ce n&rsquo;est pas seulement extraire ou reconstituer des informations pour les int\u00e9grer \u00e0 ce que l&rsquo;on conna\u00eet d\u00e9j\u00e0. C&rsquo;est plut\u00f4t identifier la fonction de cette information dans la situation de discours o\u00f9 elle est produite. (\u2026) On s&rsquo;aper\u00e7oit alors que tout discours d\u00e9pend de circonstances de communication particuli\u00e8res et que chacune de ces circonstances est le produit d&rsquo;un certain nombre de composantes qu&rsquo;il faut inventorier. (\u2026) Le syst\u00e8me communicatif comprend les \u201ccontraintes sociales\u201d et les \u201cr\u00e8gles linguistiques\u201d; c&rsquo;est un dispositif complexe d&rsquo;aptitudes dans lequel les savoirs linguistiques et les savoirs socioculturels constituent un tout. C\u2019est ce qui fait de la communication langagi\u00e8re le r\u00e9sultat de l&rsquo;ad\u00e9quation r\u00e9ussie d&rsquo;un ensemble de comp\u00e9tences (Barry, 2000, p. 9-11).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 travers ces propos, on note que l\u2019analyse du discours (AD) prend en compte la dimension sociale de l\u2019\u00e9nonciation ainsi que le contexte global de communication. Ceci fait \u00e9cho aux dires d&rsquo;Amossy qui, parlant de la tradition fran\u00e7aise d\u2019AD, \u00e9crit qu\u2019il s\u2019agit de :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Une discipline rapportant la parole \u00e0 un lieu social et \u00e0 des cadres institutionnels, d\u00e9passant l\u2019opposition texte\/contexte : le statut de l\u2019orateur, les circonstances sociohistoriques dans lesquelles il prend la parole ou la plume, la nature de l\u2019auditoire vis\u00e9, la distribution pr\u00e9alable des r\u00f4les que l\u2019interaction accepte ou tente de d\u00e9jouer, les opinions et les croyances qui circulent \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sont autant de facteurs qui construisent le discours et dont l\u2019analyse interne doit tenir compte (Amossy, 2006, p. 3).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, nous nous appuyons, dans cette contribution, sur l\u2019appareillage th\u00e9orico-m\u00e9thodologique qui en d\u00e9coule. En effet, l\u2019analyse argumentative (Amossy, 2006), dont nous nous inspirons, saisit le langage en action en revenant au projet aristot\u00e9licien de la rh\u00e9torique. Dans cette \u00e9tude, nous verrons comment le contexte d\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, les ethos pr\u00e9discursifs des orateurs, etc. contribuent \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des donn\u00e9es chiffr\u00e9es lors de l\u2019interaction verbale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est le lieu de rappeler quelques \u00e9l\u00e9ments essentiels qui fondent l\u2019identit\u00e9 psychologique et sociale (Charaudeau, 1992, p. 133) de nos locuteurs. Cette notion rappelle celle d\u2019ethos pr\u00e9discursif (Amossy, 2006) en ce sens qu\u2019elle renvoie \u00e0 la position de l\u2019orateur, sa l\u00e9gitimit\u00e9 ou sa cr\u00e9dibilit\u00e9 aux yeux de l\u2019auditoire qu\u2019il cherche \u00e0 persuader, avant sa prise de parole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notons donc que LG a \u00e9t\u00e9, pendant longtemps, la figure qui incarnait l\u2019opposition \u00e0 Houphou\u00ebt-Boigny, premier Pr\u00e9sident de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Universitaire et historien, c\u2019est un homme de terrain qui s\u2019est construit une image \u00ab d\u2019enfant du peuple \u00bb, celui qui parle le m\u00eame langage que les populations qu\u2019il dit conna\u00eetre. Il arrive au pouvoir en octobre 2000 \u00e0 la suite d\u2019une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle houleuse. Depuis son accession \u00e0 la magistrature supr\u00eame, il a \u00e9t\u00e9 continuellement confront\u00e9 \u00e0 des crises militaro-politiques dont la plus grave survient le 19 septembre 2002.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 Ouattara, il est reconnu comme un brillant \u00e9conomiste ayant occup\u00e9 de hautes fonctions dans des institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale. Houphou\u00ebt-Boigny fait appel \u00e0 lui en 1990 pour assainir les comptes de l\u2019\u00c9tat et relancer l\u2019\u00e9conomie ivoirienne. Depuis son apparition sur la sc\u00e8ne publique, sa nationalit\u00e9 ivoirienne est remise en cause par ses opposants qui l\u2019accusent d\u2019ailleurs d\u2019user de moyens anti-d\u00e9mocratiques pour arriver \u00e0 ses fins. C\u2019est en ce sens qu\u2019il est accus\u00e9 par certains d\u2019\u00eatre \u00e0 la base de la r\u00e9bellion arm\u00e9e qui divise le pays depuis le 19 septembre 2002.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la C\u00f4te d\u2019Ivoire est confront\u00e9e \u00e0 une r\u00e9bellion arm\u00e9e qui a profond\u00e9ment divis\u00e9 le pays. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les Forces Nouvelles, favorables \u00e0 ADO, contr\u00f4lent la moiti\u00e9 nord du territoire; de l\u2019autre, la partie sud reste sous l\u2019autorit\u00e9 du pr\u00e9sident LG. Apr\u00e8s plusieurs accords et de longues n\u00e9gociations, l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019octobre 2010 est organis\u00e9e dans l\u2019espoir de clore plus d\u2019une d\u00e9cennie de crises politiques et militaires. Elle se veut largement inclusive : LG, alors chef de l\u2019\u00c9tat, recourt \u00e0 l\u2019article 48 de la Constitution pour autoriser l\u2019inscription d&rsquo;ADO sur la liste des candidat\u00b7es<a class=\"footnote\" title=\"La Constitution ivoirienne de 2000 dispose, en son article 48, que \u00ab Lorsque les Institutions de la R\u00e9publique, l'ind\u00e9pendance de la Nation, l'int\u00e9grit\u00e9 de son territoire ou l\u2019ex\u00e9cution de ses engagements internationaux sont menac\u00e9es d'une mani\u00e8re grave et imm\u00e9diate, et que le fonctionnement r\u00e9gulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique prend les mesures exceptionnelles exig\u00e9es par ces circonstances apr\u00e8s consultation obligatoire du Pr\u00e9sident de l'Assembl\u00e9e nationale et de celui du Conseil constitutionnel. \u00bb\" id=\"return-footnote-2119-1\" href=\"#footnote-2119-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 exclu des comp\u00e9titions \u00e9lectorales. Au premier tour, LG arrive en t\u00eate avec 38 % des suffrages, suivi d&rsquo;ADO qui en obtient 32 %. Tous deux sont qualifi\u00e9s pour le second tour. Mais avant, ils s\u2019affrontent dans un d\u00e9bat contradictoire t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u2013 une premi\u00e8re dans l\u2019histoire politique ivoirienne. C\u2019est ce d\u00e9bat, retranscrit par nos soins pour les besoins de notre \u00e9tude, qui constitue la base de notre analyse : nous cherchons \u00e0 y d\u00e9crypter l\u2019usage et l\u2019impact des donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans la strat\u00e9gie argumentative des candidats.<\/p>\n<h3>La rh\u00e9torique et les chiffres<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans le propos r\u00e9pond \u00e0 une exigence certaine dans un d\u00e9bat contradictoire. En effet, celles-ci constituent une repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus saisissable par l\u2019esprit et l\u2019imagination par le moyen de la stratification, de la cat\u00e9gorisation, ou mieux, par une simplification ou une fragmentation de la r\u00e9alit\u00e9. Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es introduisent donc dans le discours politique une forme de rationalit\u00e9, voire une rationalisation, qui contraste avec sa tendance pr\u00e9sum\u00e9e \u00e0 mobiliser des ressorts \u00e9motionnels, voire mensongers, au d\u00e9triment d\u2019une appr\u00e9hension objective du r\u00e9el. C\u2019est en substance ce que note Koren (2009) en ces termes :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019indication chiffr\u00e9e peut certes \u00eatre controvers\u00e9e et susciter des pol\u00e9miques, mais elle b\u00e9n\u00e9ficie a priori d\u2019un prestige incontestable : le prestige des apparences objectives, de l\u2019\u00e9vidence et du discours scientifique rationaliste (p. 72-73).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, les chiffres produisent un effet de \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, l\u00e0 o\u00f9 les autres \u00e9l\u00e9ments d\u2019argumentation rel\u00e8vent tout au plus du vraisemblable. Cette dynamique renvoie \u00e0 l\u2019opposition \u2014 en grande partie factice \u2014 entre les sciences dites exactes (math\u00e9matiques, physique, m\u00e9decine), dont les fondements (axiomes et th\u00e9or\u00e8mes) et les conclusions seraient r\u00e9put\u00e9s vrais, et les sciences sociales, souvent cantonn\u00e9es au champ de l\u2019hypoth\u00e9tique et du plausible. La quantification conf\u00e8re aux discours une impression de tangibilit\u00e9, et par l\u00e0 m\u00eame, de v\u00e9rit\u00e9. Cette perception est d\u2019autant plus renforc\u00e9e que les donn\u00e9es chiffr\u00e9es sont souvent issues d\u2019\u00e9tudes, de recherches ou d\u2019analyses men\u00e9es par des institutions per\u00e7ues comme l\u00e9gitimes ou investies d\u2019une certaine autorit\u00e9 scientifique. C\u2019est cette id\u00e9e que d\u00e9veloppent Bacot <em>et al<\/em>. (2012, p. 8-9) lorsqu\u2019ils affirment :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">cette production tend, de nos jours, en raison de la sophistication et de la technicisation tr\u00e8s grande des outils math\u00e9matiques et statistiques, \u00e0 devenir le domaine exclusif des sp\u00e9cialistes, des savants. Si certains de ces \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb, fortement m\u00e9diatis\u00e9s, sont connus du grand public \u00e0 titre individuel, les sources des chiffres cit\u00e9s proviennent massivement d\u2019organismes divers\u00a0: organisations internationales, services minist\u00e9riels, agences europ\u00e9ennes, Conseil d\u2019\u00c9tat, instituts d\u2019\u00e9tudes, cabinets d\u2019audit et de conseil,\u00a0<em>think tanks<\/em>\u2026<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, la question de la qualit\u00e9 des sources peut rapidement poser probl\u00e8me. Ainsi, pour contester une donn\u00e9e chiffr\u00e9e, il est courant de chercher \u00e0 en discr\u00e9diter la source, notamment en soulignant son absence d\u2019ind\u00e9pendance ou son \u00e9ventuelle partialit\u00e9. Il est par ailleurs int\u00e9ressant de noter que, bien souvent, le producteur de la donn\u00e9e n\u2019est pas celui qui la mobilise dans le d\u00e9bat publique : ce sont d\u2019autres acteurs et actrices \u2014 journalistes, responsables politiques, militant\u00b7es \u2014 qui s\u2019en emparent. Or, une m\u00eame donn\u00e9e, issue d\u2019un champ scientifique donn\u00e9, n\u2019est \u00e0 l\u2019origine qu\u2019une information brute. Transpos\u00e9e dans le champ politique, elle peut faire l\u2019objet d\u2019interpr\u00e9tations multiples, parfois orient\u00e9es. Par exemple, affirmer que \u00ab 28\u00a0% de la population en C\u00f4te d\u2019Ivoire est \u00e9trang\u00e8re \u00bb constitue en soi une donn\u00e9e froide, une photographie statistique d\u2019un instant donn\u00e9. Prise isol\u00e9ment, elle n\u2019a pas de valeur explicative ou prescriptive; elle ne fait qu\u2019indiquer une grandeur. Mais ins\u00e9r\u00e9e dans un discours politique, elle peut \u00eatre investie de significations diverses, infl\u00e9chie dans une direction ou une autre selon l\u2019intention de celui qui la mobilise. Bacot et al. (2012, p. 10) notent \u00e0 ce propos :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Aur\u00e9ol\u00e9s d\u2019un prestige scientifique d\u2019autant plus grand que les acteurs de l\u2019\u00e9nonciation ne poss\u00e8dent pas la ma\u00eetrise des disciplines dans lesquelles ils s\u2019inscrivent, les chiffres ont alors vocation \u00e0 se mettre au service de la dimension rh\u00e9torique et argumentative des discours politiques. De chiffres-grandeurs, ils acc\u00e8dent alors au statut de chiffres-valeurs.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il convient donc de dire que cette mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 reste en fait une perception de cette r\u00e9alit\u00e9 au m\u00eame titre que le regard fix\u00e9 sur un verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein. Cela r\u00e9v\u00e8le clairement que si les chiffres constituent une repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9, ils constituent une lecture ou une interpr\u00e9tation de cette derni\u00e8re. Par ailleurs, \u00e9tant entendu que les chiffres dans un discours d\u00e9coulent du propos d\u2019un sujet qui est d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019environnement culturel mais aussi par les affects individuels, il y a une tendance \u00e0 l\u2019imbrication de sa subjectivit\u00e9 dans l\u2019usage des chiffres. On parlera alors de l\u2019imbrication du sujet dans la perception chiffr\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, se pose la question de la finalit\u00e9 recherch\u00e9e par le recours aux chiffres. Cette finalit\u00e9 d\u00e9termine toujours le lexique utilis\u00e9 dans la description chiffr\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Rappelons-nous l\u2019id\u00e9e du verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein qui r\u00e9v\u00e8le les connotations appr\u00e9ciatives mises en \u00e9vidence par chacun des \u00e9nonc\u00e9s. L\u2019id\u00e9e-force de cette \u00e9tape est que les repr\u00e9sentations chiffr\u00e9es sont loin d\u2019\u00eatre faites en soi et pour soi. Elles focalisent une perception de la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019appuyant sur des positions en prise sur un certain imaginaire et destin\u00e9e \u00e0 communiquer et \u00e0 rechercher un certain impact.<\/p>\n<h2>Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans le corpus\u00a0: approche typologique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La confrontation discursive entre LG et ADO est \u00e9maill\u00e9e de donn\u00e9es chiffr\u00e9es allant du ph\u00e9nom\u00e8ne de datation \u00e0 l\u2019\u00e9valuation financi\u00e8re en passant par l\u2019expression de la proportion, la quantification, la p\u00e9riode, l\u2019\u00e2ge, la distance, la num\u00e9rotation, l\u2019ordre et l\u2019expression du temps. Cette large diversit\u00e9 pourrait \u00eatre cat\u00e9goris\u00e9e en quatre grands axes que nous avons construits \u00e0 partir de la forme des chiffres et de leurs fonctions argumentatives. Ainsi, chaque famille est caract\u00e9ris\u00e9e par un usage sp\u00e9cifique dans le discours et permet d\u2019analyser comment les donn\u00e9es num\u00e9riques contribuent \u00e0 la construction de l\u2019argumentation, \u00e0 la l\u00e9gitimation des positions des candidats et \u00e0 l\u2019influence exerc\u00e9e sur l\u2019auditoire.<\/p>\n<h3>Les chiffres de la temporalit\u00e9 dans l\u2019\u00e9change discursif<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le premier axe de notre typologie se rapporte aux chiffres qui permettent de d\u00e9signer les aspects li\u00e9s au temps \u00e0 savoir les dates, les dur\u00e9es, les p\u00e9riodes, les horizons. Les chiffres ici permettent de cadrer le r\u00e9cit ou d\u2019authentifier un \u00e9v\u00e8nement en le pr\u00e9sentant comme factuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 propos de la date, c\u2019est un indicateur temporel qui permet de situer un \u00e9v\u00e8nement sur l\u2019\u00e9chelle du temps. Sa forme, en g\u00e9n\u00e9ral, est compos\u00e9e d\u2019au moins un des \u00e9l\u00e9ments suivants : \u00ab jj mm aaaa \u00bb (jour mois ann\u00e9e). Elle indique un \u00e9v\u00e8nement historique ou \u00e0 venir. Dans le cadre du corpus de l\u2019\u00e9tude, la majorit\u00e9 des dates a un rapport avec un rep\u00e8re historique. C\u2019est ce qu\u2019on peut voir \u00e0 travers ces exemples :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Moi j\u2019avais annonc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part que j\u2019\u00e9tais contre les coups d\u2019\u00c9tat. Et quand j\u2019ai vu l\u2019\u00e9volution du r\u00e9gime militaire, d\u00e8s le mois de <strong>mai 2000<\/strong>, nous avons d\u00e9missionn\u00e9 du gouvernement militaire [ADO].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On a cri\u00e9 sur tous les toits au moment du premier tour que le <strong>31 octobre<\/strong> serait le d\u00e9but de la guerre tribale, ethnique, religieuse [LG].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le premier exemple renvoie \u00e0 la transition militaire du G\u00e9n\u00e9ral Gu\u00e9\u00ef. Ici la date permet au locuteur d\u2019\u00eatre pr\u00e9cis quant \u00e0 la sortie du gouvernement de son parti et donc \u00e0 la rupture d\u2019avec le r\u00e9gime militaire. On ne saurait donc lui reprocher, comme le faisait LG, d\u2019\u00eatre \u00e0 la base ou complice du coup d\u2019Etat de d\u00e9cembre 99. Quant au deuxi\u00e8me exemple, il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la p\u00e9riode \u00e9lectorale de 2010. Le locuteur montre que ses adversaires avaient pr\u00e9dit l\u2019apocalypse mais que cela n\u2019est pas arriv\u00e9, signe de sa bonne foi. En effet, il lui \u00e9tait reproch\u00e9 de vouloir s\u2019\u00e9terniser au pouvoir en organisant des crises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour ce qui concerne les dates historiques, l\u2019on enregistre l\u2019\u00e9vocation des ann\u00e9es 1990, 1993, 1999, 2000, 2001, 2002, 2005, 2009, 2010, 2011. Si parfois ces dates rappellent l\u2019ann\u00e9e indiqu\u00e9e de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le plus souvent, elles sont sp\u00e9cifi\u00e9es et rendent compte d\u2019\u00e9v\u00e8nements ayant fait date dans l\u2019histoire r\u00e9cente de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il en est ainsi pour d\u00e9cembre 1999 qui marque l\u2019irruption de l\u2019arm\u00e9e dans le jeu politique \u00e0 travers le premier coup d\u2019\u00c9tat intervenu dans le pays<a class=\"footnote\" title=\"Le 24 d\u00e9cembre 1999, des militaires renversent le Chef de l\u2019\u00c9tat \u00e9lu Henri Konan B\u00e9di\u00e9 et installent le G\u00e9n\u00e9ral Robert Gu\u00e9\u00ef ancien Chef d\u2019\u00c9tat Major de l\u2019Arm\u00e9e ivoirienne.\" id=\"return-footnote-2119-2\" href=\"#footnote-2119-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce qui concerne les occurrences dat\u00e9es qui s\u2019inscrivent dans la prospective dans le corpus, on peut citer les exemples ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s donc l\u2019ann\u00e9e prochaine, ainsi nous allons pouvoir \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e <strong>2011 ou en 2012<\/strong> aller vers une \u00e9conomie de croissance de 6 \u00e0 8 % et qui nous permet d\u2019absorber donc le ch\u00f4mage. Et de cr\u00e9er des emplois auxquels tout le monde notamment les jeunes aspirent [ADO].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je vous remercie chers compatriotes de m\u2019avoir donn\u00e9 cette opportunit\u00e9 et de faire que tout se passe bien pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire au soir du <strong>28 novembre<\/strong>\u00a0[ADO].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut aussi noter que des informations chiffr\u00e9es portent sur des p\u00e9riodes qui servent en quelque sorte de rep\u00e8res aux locuteurs dans les prises de parole. Elles se construisent g\u00e9n\u00e9ralement avec une pr\u00e9position ou une locution pr\u00e9positive \u00e0 laquelle on adjoint une date comme dans les exemples ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je voudrais d\u2019abord dire \u00e0 mes compatriotes que la pauvret\u00e9 n\u2019est pas une fatalit\u00e9. Ce pays \u00e9tait prosp\u00e8re, <strong>il y a 23 ou 25 ans<\/strong>. Quand j\u2019\u00e9tais Directeur Afrique du FMI <strong><span style=\"text-decoration: underline\">dans<\/span> les ann\u00e9es 80<\/strong>, nous avions une \u00e9conomie plus forte que certains pays de l\u2019Afrique du Nord [ADO].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais les phrases de ce genre am\u00e8nent l\u2019instabilit\u00e9, les coups d\u2019\u00c9tat, c\u2019est ce qui est arriv\u00e9 <strong><span style=\"text-decoration: underline\">\u00e0 partir de<\/span> 1999<\/strong>, 11 ans de turbulences, c\u2019est trop [LG].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, on apprend, et tout le monde le sait, qu\u2019il y a beaucoup de familles qui ne mangent qu\u2019une ou deux fois par jour. Ce n\u2019\u00e9tait pas la C\u00f4te d\u2019Ivoire, <span style=\"text-decoration: underline\"><strong>il y a<\/strong><\/span> <strong>20 ans <\/strong>[LG].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9j\u00e0 <span style=\"text-decoration: underline\"><strong>de<\/strong><\/span> <strong>1990 <span style=\"text-decoration: underline\">\u00e0<\/span> 1993<\/strong>, nous avons fait des efforts consid\u00e9rables pour faire baisser la fiscalit\u00e9 et \u00e7a \u00e9galement, c\u2019est un domaine sur lequel je vais m\u2019appuyer [ADO].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>Depuis<\/strong><\/span><strong> 1987<\/strong>, j\u2019\u00e9coute et je dis que le secteur priv\u00e9 est le centre et le nerf. C\u2019est le secteur priv\u00e9 qui est pourvoyeur d\u2019emplois et de richesses. Donc <strong><span style=\"text-decoration: underline\">depuis<\/span> 1987<\/strong>, je me r\u00e9p\u00e8te [LG].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En toile de fond \u00e0 ces p\u00e9riodes \u00e9voqu\u00e9es par les d\u00e9batteurs, il y a la r\u00e9f\u00e9rence des moments ayant marqu\u00e9 la conscience collective ivoirienne sur les plans politique et socio\u00e9conomique. \u00c0 ces p\u00e9riodes, l\u2019imaginaire collectif associe une signification particuli\u00e8re aux p\u00e9riodes que les locuteurs essaient de mobiliser dans leur argumentation. Ainsi, par exemple, lorsqu\u2019ADO rappelle la p\u00e9riode \u00ab <strong>de<\/strong> <strong>1990 \u00e0 1993\u00a0\u00bb<\/strong>, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 son passage aux affaires en qualit\u00e9 de Premier Ministre. Cette \u00e9poque, aux dires de ses proches, se serait caract\u00e9ris\u00e9e par une relance de l\u2019\u00e9conomie ivoirienne et des r\u00e9sultats tangibles dont le cr\u00e9dit est \u00e0 mettre \u00e0 son actif. Par contre, lorsque LG \u00e9voque la p\u00e9riode de l\u2019histoire de la C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00ab\u00a0d\u2019<strong><span style=\"text-decoration: underline\">apr\u00e8s<\/span> 1999\u00a0\u00bb<\/strong>, il met en avant les troubles sociopolitiques \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition qu\u2019une partie de l\u2019opinion attribue \u00e0 ADO.<\/p>\n<h3>Les chiffres financiers<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Une frange importante des donn\u00e9es chiffr\u00e9es du d\u00e9bat est en rapport avec le monde de l\u2019\u00c9conomie et de la Finance. On enregistre principalement des informations li\u00e9es :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>aux investissements<\/em>:\u00a0\u00ab\u00a0Il faudra de nouveaux barrages hydro\u00e9lectriques, \u00e7a demande des <strong>centaines de millions d\u2019euros <\/strong>d\u2019investissements.\u00a0\u00bb [ADO]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>\u00e0 la dette<\/em>: \u00ab\u00a0D\u00e8s que je suis arriv\u00e9 au pouvoir, j\u2019ai trouv\u00e9 une dette de <strong>6700 milliards de francs CFA<\/strong>. Cette dette \u00e9tait assur\u00e9ment trop forte pour un petit pays comme la C\u00f4te d\u2019Ivoire, donc nous avons commenc\u00e9 \u00e0 n\u00e9gocier et \u00e7a marchait tr\u00e8s bien.\u00a0\u00bb [LG]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>\u00e0 la demande sociale<\/em>: \u00ab Moi, j\u2019envisage un investissement massif de <strong>12000 milliards<\/strong> en cinq ans, pour am\u00e9liorer les conditions de vie des Ivoiriens \u00bb [ADO].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet axe, les chiffres permettent de l\u00e9gitimer la comp\u00e9tence de l\u2019orateur. En effet, ADO montre qu\u2019il a les capacit\u00e9s d\u2019un bon \u00e9conomiste avec des pr\u00e9visions bien chiffr\u00e9es pour les investissements qui am\u00e9lioreraient la qualit\u00e9 de vie des Ivoirien\u00b7ne\u00b7s. LG quant \u00e0 lui montre ses capacit\u00e9s de bon gestionnaire qui ne dilapide pas les ressources du pays, contrairement \u00e0 ses adversaires qu\u2019il \u00e9gratigne au passage.<\/p>\n<h3>Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es indicateurs de quantit\u00e9s ou de proportions<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le corpus, les chiffres jouent un r\u00f4le de quantificateur dans les propos des locuteurs. Il s\u2019agit alors d\u2019\u00e9l\u00e9ments en rapport avec\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>les capacit\u00e9s de production\u00a0<\/em>: \u00ab Pour le cacao, nous sommes leader mondial; nous produisons environ <strong>1,2 million de tonnes ou 1,4 million de tonnes<\/strong> par an. Mais j\u2019ai estim\u00e9 qu\u2019il nous fallait doubler notre production sur les dix ans \u00e0 venir. Et il est possible d\u2019atteindre <strong>2 millions<\/strong> <strong>de tonnes<\/strong> en rempla\u00e7ant les plants vieux, certains ont un \u00e2ge, par de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s qui sortent des instituts de recherche ivoiriens, ghan\u00e9ens, malaisiens\u2026 Et nous tenons sur les 20 ans de r\u00e9ussir \u00e0 produire les <strong>2 millions de tonnes<\/strong>.\u00a0\u00bb [LG]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>la d\u00e9mographie\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Il faudrait parler de la r\u00e9alit\u00e9 du terrain. Aujourd\u2019hui l\u2019esp\u00e9rance de vie est tomb\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire <strong>\u00e0 46 ans<\/strong>, elle \u00e9tait<strong> \u00e0 55 ans<\/strong>, il y a quelques ann\u00e9es. La malnutrition touche <strong>un enfant sur 15<\/strong>, sur <strong>trois personnes<\/strong> d\u00e9pist\u00e9es du VIH SIDA, <strong>un<\/strong> n\u2019a pas acc\u00e8s au traitement. <strong>40000 \u00e0 60000 femmes<\/strong> meurent chaque ann\u00e9e en donnant la vie.\u00a0\u00bb [ADO]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>les infrastructures\u00a0<\/em>: \u00ab Je me souviens que quand je suis arriv\u00e9 en 90 et que j\u2019ai rencontr\u00e9 les \u00e9tudiants, leur premi\u00e8re requ\u00eate, c\u2019\u00e9tait les infrastructures. Et aussi quelque fois les professeurs, c\u2019est comme cela que j\u2019ai pris l\u2019engagement avec eux de construire de nouvelles Universit\u00e9s et en trois ans, j\u2019ai pu construire <strong>deux<\/strong> <strong>Universit\u00e9s<\/strong>\u00a0: l\u2019Universit\u00e9 Abobo-Adjam\u00e9 et Bouak\u00e9 ensuite pour d\u00e9congestionner. Donc pour le programme de cinq ans que j\u2019envisage, j\u2019ai dit, je vais construire <strong>cinq<\/strong> <strong>Universit\u00e9s<\/strong> parce qu\u2019il faut d\u00e9congestionner l\u2019Universit\u00e9.\u00a0\u00bb [ADO]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>des proportions mettant en \u00e9vidence un processus \u00e9valuatif de politiques\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Parce que quand vous avez une \u00e9conomie nationale, vous devez vous assurer qu\u2019il y a un minimum de ressources allou\u00e9es \u00e0 l\u2019investissement. Parce que c\u2019est l\u2019investissement qui permet de faire des travaux, de cr\u00e9er des emplois, et ainsi de suite. Nous avons maintenant un budget qui est consacr\u00e9 \u00e0 <strong>95%<\/strong> \u00e0 la consommation. Vous avez une maison, que vous avez achet\u00e9e et pendant dix ans, vous ne fa\u00eetes pas l\u2019entretien de la maison. Vous ne fa\u00eetes que payer vos frais d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019eau, mais \u00e0 un moment donn\u00e9, vous avez des probl\u00e8mes dans une partie de la maison. \u00bb [ADO]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u2212 <em>un \u00e9tat des lieux\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0En 1991, ils disent que l\u2019\u00e9cole a chut\u00e9 aujourd\u2019hui, mais en 1991, pour le CEPE et l\u2019Entr\u00e9e en 6e, on avait <strong>21\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a <strong>64\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1991, on a eu <strong>32\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>36,47\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1991, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Je vais prendre en 1994, CEPE et Entr\u00e9e en 6e, <strong>37,34\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>68,94\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1994, nous avons <strong>7,85\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>31,43\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1994, on avait <strong>13,52\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>23,71\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite \u00bb [LG].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme on peut le voir avec ces exemples, dans cet axe, les chiffres permettent aux locuteurs de faire des comparaisons entre les r\u00e9sultats obtenus lors de leurs gouvernances respectives (exemples 2 et 5) et aussi de faire la preuve, \u00e0 travers des donn\u00e9es chiffr\u00e9es, de leurs r\u00e9alisations (exemples 1, 3 et 4).<\/p>\n<h3>Les classements et les num\u00e9rotations<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le dernier axe de notre typologie concerne les donn\u00e9es chiffr\u00e9es qui permettent d\u2019effectuer des hi\u00e9rarchisations. On y retrouve les rangs, les ordres, les s\u00e9ries comme dans ces exemples\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La C\u00f4te d\u2019Ivoire est la <strong>premi\u00e8re<\/strong> puissance \u00e9conomique de l\u2019UEMOA et la <strong>deuxi\u00e8me<\/strong> puissance \u00e9conomique de la CEDEAO. [LG]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons parl\u00e9 d\u2019un plan de sant\u00e9. (\u2026) Nous comptons le faire, gratuitement pour les plus faibles revenus. C\u2019est important, nous comptons fournir les centres de sant\u00e9 de m\u00e9dicaments de <strong>premi\u00e8re<\/strong> n\u00e9cessit\u00e9, comme l\u2019aspirine et autres. [ADO]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les d\u00e9clarations des uns et des autres, ce n\u2019est pas cela qui m\u2019importe mais je prends l\u2019engagement de faire la lumi\u00e8re sur ces choses. L\u2019assassinat du G\u00e9n\u00e9ral Gu\u00e9\u00ef, de Boga Doudou, \u00e7a c\u2019est la <strong>premi\u00e8re<\/strong> chose. La <strong>deuxi\u00e8me<\/strong> chose, il faudra mettre en place une commission V\u00e9rit\u00e9-R\u00e9conciliation [ADO].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Consid\u00e9rons cet autre exemple\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9cole est un probl\u00e8me majeur, je dirais que dans mon programme, les priorit\u00e9s, tout est priorit\u00e9, je dirais les <strong>premi\u00e8res<\/strong> priorit\u00e9s, c\u2019est la sant\u00e9 d\u2019abord et ensuite l\u2019\u00e9cole [ADO].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet exemple, il apparait que l\u2019objectif est d\u2019\u00e9tablir une priorisation pour justifier la politique men\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019esquisse de typologie nous a permis de rendre compte des divers usages des chiffres dans notre corpus. Ceci nous a donn\u00e9 une base m\u00e9thodologique claire pour aborder la question de leur impact et des m\u00e9canismes rh\u00e9torico-argumentatifs qu\u2019ils d\u00e9ploient.<\/p>\n<h2>Ce que valent les chiffres dans la confrontation discursive<\/h2>\n<h3>La vis\u00e9e argumentative des informations chiffr\u00e9es<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les informations chiffr\u00e9es s\u2019inscrivent dans une dynamique argumentative dans le corpus d\u2019\u00e9tude. \u00c0 ce titre, elles poss\u00e8dent deux orientations op\u00e9rantes. La premi\u00e8re est tourn\u00e9e vers l\u2019image de celui qui parle pendant que la seconde met davantage l\u2019accent sur l\u2019interlocuteur imm\u00e9diat<a class=\"footnote\" title=\"Nous pr\u00e9cisons la notion de \u00ab interlocuteur imm\u00e9diat \u00bb parce que le d\u00e9bat contradictoire fonctionne sur le mod\u00e8le de la double \u00e9nonciation. C'est-\u00e0-dire qu\u2019en s\u2019exprimant, le locuteur s\u2019adresse \u00e0 un interlocuteur imm\u00e9diat avec qui il interagit sur la sc\u00e8ne du d\u00e9bat. Dans le m\u00eame temps, il parle \u00e0 l\u2019auditoire qui suit le d\u00e9bat et dont il cherche \u00e0 rallier l\u2019opinion.\" id=\"return-footnote-2119-3\" href=\"#footnote-2119-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>. \u00c0 ce niveau, il y a, \u00e0 la fois construction de l\u2019image de soi et d\u00e9construction de l\u2019image de l\u2019autre. Il y a en outre une relation qui se construit avec l\u2019auditoire \u00e0 qui le locuteur apporte des informations et chez qui il essaie de susciter des \u00e9motions. Aussi, on note que cet aspect a davantage une dimension didactique.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9laboration d\u2019une image de soi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a lieu de dire ici que le corpus d\u2019\u00e9tude est produit dans un contexte \u00e9lectoral. Le discours produit a donc une vis\u00e9e argumentative c\u2019est-\u00e0-dire que le destinateur s\u2019exprime avec l\u2019intention affich\u00e9e d\u2019agir sur les destinataires dans le but d\u2019obtenir leur adh\u00e9sion \u00e0 ses id\u00e9es. Pour ce faire, il \u00e9labore une image de soi favorable \u00e0 m\u00eame de lui conf\u00e9rer le cr\u00e9dit et l\u2019autorit\u00e9 indispensables au ralliement des auditeurs \u00e0 la cause d\u00e9fendue. Cette approche fait appel \u00e0 la notion d\u2019<em>ethos <\/em>que Amossy (2010, p. 25) pr\u00e9sente comme<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">l\u2019image que l\u2019orateur construit de lui-m\u00eame dans son discours afin de se rendre cr\u00e9dible. Fond\u00e9 sur ce qu\u2019il montre de sa personne \u00e0 travers les modalit\u00e9s de son \u00e9nonciation, il doit assurer l\u2019efficacit\u00e9 de sa parole et sa capacit\u00e9 \u00e0 emporter l\u2019adh\u00e9sion du public.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es joue un r\u00f4le de premier plan dans ce processus de pr\u00e9sentation de soi. En effet, appuyer son propos sur des exemples chiffr\u00e9s fait la preuve de la connaissance et m\u00eame de la maitrise de la question trait\u00e9e et contribue \u00e0 mettre en \u00e9vidence l\u2019expertise de celui qui parle. Ce proc\u00e9d\u00e9 est utilis\u00e9 par chacun des orateurs. LG, d\u2019entr\u00e9e de jeu, adopte une posture discursive qui met en \u00e9vidence ce qu\u2019il veut para\u00eetre aux yeux des auditeurs et auditrices :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je voudrais aussi remercier le Premier ministre pour sa pr\u00e9sence sur ce plateau et le f\u00e9liciter. Mais avant de commencer, je voudrais que toute la C\u00f4te d\u2019Ivoire observe une minute de silence en m\u00e9moire de toutes les victimes de ces crises qui ont commenc\u00e9 en <strong>99<\/strong> et des gens qui sont morts mutil\u00e9s. Je voudrais que chacun dans son foyer, devant sa t\u00e9l\u00e9vision, se l\u00e8ve et observe une minute de silence. (Silence). Je peux maintenant r\u00e9pondre. Je suis candidat parce que c\u2019est l\u2019aboutissement d\u2019une longue lutte, parce que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 militer quand j\u2019avais <strong>18 ans<\/strong>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette s\u00e9quence, deux informations chiffr\u00e9es sont pr\u00e9sentes. L\u2019une rappelle une date pendant que l\u2019autre informe sur l\u2019\u00e2ge de l\u2019engagement militant du locuteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019abord, l\u2019ann\u00e9e 99 constitue, nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, une date de m\u00e9moire pour les Ivoirien\u00b7ne\u00b7s. La sollicitation adress\u00e9e \u00e0 la population afin d\u2019observer une minute de silence est la manifestation d\u2019une solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit des victimes des crises qui secouent le pays depuis l\u2019ann\u00e9e de m\u00e9moire 1999. La d\u00e9marche vise donc \u00e0 cr\u00e9er une communaut\u00e9 des victimes autour de cette date de m\u00e9moire qu\u2019est l\u2019ann\u00e9e 1999 \u00e0 laquelle il appartient et dont il partage les peines. Il cultive ainsi l\u2019image du chef attentionn\u00e9 et proche des populations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ensuite, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e2ge de son engagement militant \u00e9pouse une image de combattant historique qu\u2019il a toujours cultiv\u00e9e et qui fonde, selon une perception largement pr\u00e9sente dans l\u2019imaginaire social ivoirien, un certain soutien populaire. Son discours s\u2019inscrit dans une dynamique de renforcement d\u2019un ethos pr\u00e9alable fortement ancr\u00e9 dans une frange importante de l\u2019opinion ivoirienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une autre image de soi mise en jeu par LG est celle de gestionnaire irr\u00e9prochable de la chose publique. Pour ce faire, il \u00e9tablit un parall\u00e8le entre deux p\u00e9riodes. Celle d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny caract\u00e9ris\u00e9e par la gestion opaque des ressources du p\u00e9trole et celle qui commence en 2000, l\u2019ann\u00e9e de son accession au pouvoir qui a marqu\u00e9 une ouverture et une transparence dans la gestion des ressources :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je voudrais dire que sur le p\u00e9trole, Houphou\u00ebt-Boigny a pris sa premi\u00e8re coupe de champagne en <strong>1977<\/strong>, parce qu\u2019on venait de d\u00e9couvrir le p\u00e9trole. Mais c\u2019est sous Gbagbo Laurent qu\u2019on parle des ressources du p\u00e9trole. <strong>De 77 \u00e0 2000<\/strong> on n\u2019a jamais parl\u00e9 de ressources du p\u00e9trole; c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une transparence. Cela a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des satisfactions qui a permis au FMI de prendre la d\u00e9cision du FMI.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Outre l\u2019image du gestionnaire transparent cultiv\u00e9e dans cette s\u00e9quence, l\u2019on y retrouve une logique de contestation des soup\u00e7ons de fraude dans la gestion des ressources p\u00e9troli\u00e8res \u00e9voqu\u00e9s par le contradicteur. Les dates apparaissent alors comme des \u00e9l\u00e9ments qui construisent le jeu interactionnel sur lequel nous reviendrons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son discours, ADO a aussi recours aux donn\u00e9es chiffr\u00e9es pour se construire une certaine image. Il s\u2019agit principalement pour lui de mettre en avant ses qualit\u00e9s d\u2019experts. \u00c0 ce sujet, lisons le propos suivant :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0, il faudrait parler de la r\u00e9alit\u00e9 du terrain, aujourd\u2019hui l\u2019esp\u00e9rance de vie est tomb\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00e0 <strong>46 ans<\/strong>, elle \u00e9tait \u00e0 <strong>55 ans<\/strong>, il ya quelques ann\u00e9es. La malnutrition touche <strong>un enfant sur 15<\/strong>, <strong>sur trois personnes<\/strong> d\u00e9pist\u00e9es du VIH SIDA, <strong>un<\/strong> n\u2019a pas acc\u00e8s au traitement. <strong>40000 \u00e0 60000 femmes<\/strong> meurent chaque ann\u00e9e en donnant la vie. Ce que nous avons pr\u00e9vu dans notre plan de sant\u00e9, en plus de l\u2019assurance g\u00e9n\u00e9rale qui permettra de prendre en compte les plus d\u00e9favoris\u00e9s, il s\u2019agira de construire <strong>5 CHU<\/strong>, c&rsquo;est de faire en sorte qu\u2019un certain nombre de centres de sant\u00e9 soient construits, et surtout qu\u2019aucun Ivoirien n\u2019ait \u00e0 parcourir <strong>plus de 5 km<\/strong> avant d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 un centre de sant\u00e9. Cela veut dire qu\u2019il faut r\u00e9habiliter les centres de sant\u00e9 existant et en cr\u00e9er de nouveaux. Il faut surtout les \u00e9quiper en m\u00e9dicaments de base et cela gratuitement, il faut faire en sorte qu\u2019il y ait un h\u00f4pital <strong>tous les 5 km<\/strong>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es portent sur des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9mographiques. Les ratios qu\u2019il souligne, les chiffres d\u00e9crivant la carte sanitaire, traduisent un travail fouill\u00e9 m\u00eame si les sources ne sont jamais donn\u00e9es. Son ethos pr\u00e9discursif de brillant \u00e9conomiste lui permet d\u2019en faire l\u2019\u00e9conomie sans \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 de faux. Les promesses faites sont, quant \u00e0 elles, articul\u00e9es aux indicateurs internationaux en mati\u00e8re de planification des infrastructures hospitali\u00e8res. Cette dynamique traverse ses interventions d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Elle est davantage pr\u00e9sente dans les donn\u00e9es financi\u00e8res notamment l\u2019aspect des investissements programm\u00e9s pour les cinq ann\u00e9es \u00e0 venir. Il cultive et renforce ainsi l\u2019ethos de l\u2019\u00e9conomiste expert des questions de d\u00e9veloppement et de mobilisation des ressources financi\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, lorsqu\u2019il dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">en parlant de l\u2019\u00e9cole, je me souviens que quand je suis arriv\u00e9 <strong>en 90<\/strong> et que j\u2019ai rencontr\u00e9 les \u00e9tudiants, leur premi\u00e8re requ\u00eate, c\u2019\u00e9tait les infrastructures. Et aussi quelque fois les professeurs, c\u2019est comme cela que j\u2019ai pris l\u2019engagement avec eux de construire de nouvelles Universit\u00e9s et <strong>en trois ans<\/strong>, j\u2019ai pu construire <strong>deux Universit\u00e9s<\/strong> : l\u2019Universit\u00e9 Abobo-Adjam\u00e9 et Bouak\u00e9 ensuite pour d\u00e9congestionner. Donc pour le programme de <strong>cinq ans<\/strong> que j\u2019envisage, j\u2019ai dit, je vais construire <strong>cinq Universit\u00e9s<\/strong> parce qu\u2019il faut d\u00e9congestionner l\u2019Universit\u00e9. Il faut que l\u2019Universit\u00e9 sorte de la ville d\u2019Abidjan; j\u2019ai l\u2019ambition de faire un grand campus universitaire \u00e0 Bingerville ou ailleurs ou m\u00eame \u00e0 plus de <strong>40 km<\/strong> d\u2019ici. Pour que ce soit un campus qui doit pouvoir accueillir <strong>des dizaines de milliers d\u2019\u00e9tudiants<\/strong> avec des infrastructures modernes et tout ce qui a trait avec les nouvelles technologies.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019on notera que les donn\u00e9es chiffr\u00e9es \u00e9tablissent une sorte de bilan de sa gestion des affaires publiques \u00e0 partir de 1990 avant d\u2019annoncer les perspectives de son retour aux commandes si bien entendu, il avait le suffrage qu\u2019il sollicite. C\u2019est l\u2019ethos du travailleur qui est mise en avant par ADO.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9construction de l\u2019image de l\u2019autre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9construction de l\u2019image de l\u2019autre par le moyen du propos chiffr\u00e9 est une strat\u00e9gie argumentative que les locuteurs utilisent. C\u2019est ce qui se passe dans le propos suivant de LG\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Septembre 1999<\/strong>, il a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je frapperai ce pouvoir au moment opportun et il tombera\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas une phrase \u00e0 annoncer par un d\u00e9mocrate. Et effectivement, en <strong>d\u00e9cembre<\/strong> <strong>1999<\/strong>, le r\u00e9gime du pr\u00e9sident B\u00e9di\u00e9 s\u2019est \u00e9croul\u00e9. Revenu en d\u00e9cembre en C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Premier ministre Ouattara a dit \u00e0 Odienn\u00e9 : \u00ab Les Ouattara et les Ciss\u00e9 sont des hommes de parole. J\u2019avais dit que je serai candidat et que malgr\u00e9 les tracasseries, je maintiendrai ma candidature. Quand un mandat d\u2019arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9, j\u2019ai dit que je rentrerai au pays avant la fin de l\u2019ann\u00e9e. Me voici, j\u2019ai dit que je vais gagner au premier tour et je ferai, toujours, dans les citations de ce m\u00eame type, en <strong>d\u00e9cembre<\/strong> <strong>2001<\/strong>, le Premier ministre dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous n\u2019attendrons pas cinq ans pour aller aux \u00e9lections\u00a0\u00bb. <strong>En ao\u00fbt 2002<\/strong> : \u00ab\u00a0je rendrai le pays ingouvernable, s\u2019ils veulent, on va tout gnagami (m\u00e9langer, en malink\u00e9)\u00a0\u00bb. Ce sont des citations du Premier ministre, \u00e7a ne plait non pas \u00e0 Gbagbo, mais \u00e7a ne plait pas \u00e0 la d\u00e9mocratie, la paix et la s\u00e9curit\u00e9. Il a dit quelque chose tout \u00e0 l\u2019heure, c\u2019est tout \u00e0 fait juste. On ne peut faire une \u00e9conomie prosp\u00e8re si on n\u2019a pas la paix, si on n\u2019a pas la stabilit\u00e9. Mais les phrases de ce genre am\u00e8nent l\u2019instabilit\u00e9, les coups d\u2019\u00c9tat, c\u2019est ce qui est arriv\u00e9 <strong>\u00e0 partir de 1999<\/strong>, <strong>11 ans de turbulences<\/strong>, c\u2019est trop.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">LG \u00e9num\u00e8re une liste de propos avec mention du mois dans lequel le propos en question a \u00e9t\u00e9 tenu par Ado. Ces propos sont une sorte de pr\u00e9monition qui a annonc\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement les troubles sociopolitiques qui ont \u00e9maill\u00e9 l\u2019histoire de la C\u00f4te d\u2019Ivoire depuis 1999, date \u00e0 laquelle ADO a quitt\u00e9 son poste au Fonds Mon\u00e9taire International afin de s\u2019engager dans une carri\u00e8re politique. Il aurait ainsi annonc\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat de d\u00e9cembre 1999, les troubles de 2001 et la tentative de coup d\u2019\u00c9tat de septembre 2002 qui a consacr\u00e9 la partition du pays en zone rebelle et zone gouvernementale. Implicitement LG rend ADO responsable de l\u2019instabilit\u00e9 chronique qui secoue la C\u00f4te d\u2019Ivoire depuis pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie, alors qu\u2019il se dit d\u00e9mocrate et acteur de d\u00e9veloppement. Les dates sont des indicateurs factuels. Lorsqu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019\u00e9v\u00e8nements majeurs qualifiables d\u2019exp\u00e9riences collectives, elles deviennent, selon Paveau (2006, p. 99), des \u00ab lieux d\u2019inscription des rappels m\u00e9moriels \u00bb. L\u2019argumentation de LG s\u2019appuie sur cette capacit\u00e9 des dates \u00e0 rappeler les \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s. Lorsque ses souvenirs sont douloureux et que, dans une situation d\u2019interaction discursive contradictoire, un locuteur est rendu responsable, il est clair que son image en prend l\u2019ombrage que les accusations ainsi port\u00e9es soient av\u00e9r\u00e9es ou non. Les dates se pr\u00e9sentent alors comme de puissants vecteurs de d\u00e9valorisation de l\u2019autre. C\u2019est \u00e0 ce jeu de disqualification de son contradicteur, ADO que se livre LG en s\u2019appuyant sur son ethos pr\u00e9discursif d\u2019historien qui lui permet de l\u00e9gitimer son propos sur les dates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9 par le moyen des dates, ADO y retrouve des \u00e9l\u00e9ments susceptibles de contrarier son adversaire. Ainsi, il retrace des propos dat\u00e9s de son interlocuteur afin de ternir son image\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Quand le coup d\u2019\u00c9tat est arriv\u00e9 <strong>en 1999<\/strong>, il a dit que c\u2019\u00e9tait \u00ab un coup de pouce \u00e0 la d\u00e9mocratie \u00bb Et quand il est de Libreville, via Bouak\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 escort\u00e9 depuis le corridor de \u00ab Gesco \u00bb en champion, par des militaires. Mais, pour moi, cela ne veut pas dire qu\u2019il est l\u2019auteur du coup d\u2019\u00c9tat. Parce que prendre des phrases et \u00e0 partir de l\u00e0 porter des accusations, ce n\u2019est pas juste. Je pense qu\u2019il faudrait aller encore plus loin. Alors, parlons de ce fameux coup d\u2019\u00c9tat, le FPI a tout de m\u00eame accompagn\u00e9 le r\u00e9gime militaire jusqu\u2019au bout. Moi j\u2019avais annonc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part que j\u2019\u00e9tais contre les coups d\u2019\u00c9tat. Et quand j\u2019ai vu l\u2019\u00e9volution du r\u00e9gime militaire, d\u00e8s le mois <strong>de mai 2000<\/strong>, nous avons d\u00e9missionn\u00e9 du gouvernement militaire. Mais Laurent Gbagbo, lui, a continu\u00e9 avec ce gouvernement militaire. Lida Kouassi, membre du FPI, \u00e9tait m\u00eame le conseiller militaire du G\u00e9n\u00e9ral Gu\u00e9i. Gbagbo et Gu\u00e9i sont all\u00e9s aux \u00e9lections ensemble, en nous excluant, le pr\u00e9sident B\u00e9di\u00e9 et moi. Mais, vous savez, si on veut entrer dans ces choses, je crois qu\u2019on va perdre du temps. Ce qui m\u2019int\u00e9resse c\u2019est de connaitre les causes de cette crise. Il faut qu\u2019on y mette fin, parce qu\u2019il faut rappeler que Laurent Gbagbo n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lu <strong>en 2000<\/strong>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019objet de ces propos est de fragiliser l\u2019argumentation de LG en mettant en avant l\u2019aspect pr\u00e9cipit\u00e9 des accusations formul\u00e9es sur la base de phrases ou de d\u00e9clarations de presse. Implicitement, il essaie de faire entendre que son contradicteur n\u2019est pas s\u00e9rieux dans sa m\u00e9thode : il formule des accusations sans preuve. Mieux, il va plus loin avec la date de m\u00e9moire qu\u2019est l\u2019ann\u00e9e 2000. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle qui s\u2019est tenue \u00e0 cette date, il affirme que LG n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lu. L\u2019id\u00e9e est de dire qu\u2019il a occup\u00e9 ill\u00e9gitimement la fonction de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il le pr\u00e9sente ainsi comme un usurpateur. Ce qui ne manque de susciter une r\u00e9action de LG. On retient ainsi qu\u2019il y a, dans cette approche crois\u00e9e de l\u2019utilisation des dates par les deux d\u00e9batteurs, une sorte de r\u00e9ponse du berger \u00e0 la berg\u00e8re. Les dates deviennent ainsi une dynamique de l\u2019\u00e9change verbal parce qu\u2019elles sont un facteur de relance de la confrontation.<\/p>\n<h3>Donn\u00e9es chiffr\u00e9es comme moyen de construction discursive des \u00e9motions<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Une \u00e9motion est la r\u00e9action provoqu\u00e9e par la confrontation \u00e0 une situation donn\u00e9e ou par l\u2019interpr\u00e9tation de la r\u00e9alit\u00e9. Celle-ci (la r\u00e9action) peut \u00eatre physique ou psychologique. Sur le plan du discours, les \u00e9motions se construisent par le moyen d\u2019un ensemble de ressources verbales parmi lesquelles on compte les chiffres et les nombres. La litt\u00e9rature sur les \u00e9motions permet de distinguer deux types d\u2019\u00e9motions. Les \u00e9motions \u00e9prouv\u00e9es d\u2019une part et les \u00e9motions marqu\u00e9es ou construites par le discours d\u2019autre part (Micheli, 2008). Notre propos s\u2019inscrit exclusivement dans le cadre des \u00e9motions construites par le discours. Dans ce paradigme, l\u2019on \u00e9tablit encore une distinction entre l\u2019\u00e9motion d\u00e9not\u00e9e qui est mise en \u00e9vidence directement parce qu\u2019\u00e9tant objet du discours du locuteur et l\u2019\u00e9motion connot\u00e9e pour laquelle le locuteur n\u2019a pas recours au lexique des \u00e9motions mais plut\u00f4t qu\u2019il laisse entendre ou d\u00e9couvrir par le biais de traits stylistiques. L\u2019on note \u00e9galement l\u2019\u00e9motion vis\u00e9e. Il s\u2019agit de la situation o\u00f9 \u00ab les locuteurs ne se contentent pas d\u2019\u00ab exprimer \u00bb des \u00e9motions, mais peuvent \u00e9galement viser \u00e0 provoquer des \u00e9motions chez leur(s) allocutaire(s) ou, de fa\u00e7on plus abstraite, \u00e0 fonder la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une \u00e9motion \u00bb (Micheli, 2008). Il s\u2019agit donc de chercher \u00e0 d\u00e9terminer dans notre corpus les \u00e9l\u00e9ments dont l\u2019\u00e9nonciation est susceptible de d\u00e9clencher chez l\u2019auditoire un \u00e9tat \u00e9motionnel pouvant \u00eatre de l\u2019ordre de la joie, la tristesse, l\u2019indignation, la peur, la col\u00e8re, le m\u00e9pris ou tout autre sentiment. \u00c0 ce niveau, chacun des locuteurs choisit des axes cens\u00e9s provoquer une r\u00e9action \u00e9motionnelle. L\u2019axe de la menace est ainsi mobilis\u00e9 par LG dans le propos qui suit :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis un peu d\u00e9sol\u00e9, parce que je vois que des d\u00e9rapages se dessinent. Aujourd\u2019hui m\u00eame \u00e0 Daloa la gendarmerie m\u2019a signal\u00e9 qu\u2019on a arr\u00eat\u00e9 <strong>21 personnes<\/strong> avec des camions pleins de cartouches, on a arr\u00eat\u00e9 des sacs pleins de machettes, je n\u2019accuse pas quelqu\u2019un encore sur ces points [LG].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ici c\u2019est la quantit\u00e9 qui fonde m\u00eame l\u2019\u00e9motion. En effet, \u00e9chaud\u00e9 par plus d\u2019une d\u00e9cennie de conflits politiques travers\u00e9s par des s\u00e9quences de violences extr\u00eames, l\u2019\u00e9vocation d\u2019un grand nombre de personnes arr\u00eat\u00e9es d\u00e9tentrices d\u2019armes blanches et de munitions d\u2019armes de guerre est de nature \u00e0 r\u00e9veiller les sentiments de peur chez l\u2019auditoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chez ADO, on notera une nette volont\u00e9 de susciter espoir et joie par le moyen des chiffres qui mentionnent les perspectives d\u2019embellies que pourraient g\u00e9n\u00e9rer son \u00e9lection\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Vous savez que les Ivoiriens d\u00e9tiennent plus de <strong>trois milliards<\/strong> de dollars dans leurs comptes bancaires \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Pourquoi? [ADO].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le chiffre (trois milliards de dollars) indicateur de la capacit\u00e9 financi\u00e8re des Ivoirien\u00b7ne\u00b7s hors du pays est destin\u00e9 \u00e0 susciter l\u2019\u00e9tonnement chez l\u2019auditoire sid\u00e9r\u00e9 de ce qu\u2019une telle manne financi\u00e8re soit maintenue \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pendant qu\u2019il est possible d\u2019investir en C\u00f4te d\u2019Ivoire ce qui cr\u00e9erait sans aucun doute des emplois pour les milliers de ch\u00f4meurs et de sans-emplois. Par ailleurs, lorsqu\u2019il annonce :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Moi, j\u2019envisage, un investissement massif de <strong>12000 milliards<\/strong> en <strong>cinq ans<\/strong>, pour am\u00e9liorer les conditions de vies des Ivoiriens en investissant l\u2019eau, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, mais en am\u00e9liorant \u00e9galement les conditions d\u2019emploi des jeunes [ADO].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout le long du d\u00e9bat, les tirades et prises de parole d&rsquo;ADO sont rythm\u00e9es par les donn\u00e9es chiffr\u00e9es financi\u00e8res en rapport soit avec une perspective d\u2019investissement ou avec sa capacit\u00e9 intrins\u00e8que de mobilisation de ressources financi\u00e8res. L\u2019id\u00e9e est, certainement, de susciter l\u2019esp\u00e9rance chez l\u2019auditoire ce qui l\u2019emm\u00e8nerait \u00e0 conforter sa ligne de conduite \u00e9lectorale ou \u00e0 la modifier si n\u00e9cessaire. La vis\u00e9e persuasive est donc clairement affich\u00e9e dans l\u2019usage des chiffres chez ADO.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019axe de la souffrance et des difficiles conditions de vie des populations est largement \u00e9voqu\u00e9 dans les interventions des deux protagonistes. Chez LG on lit :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Vous ne pouvez pas savoir <strong>combien<\/strong> de personnes frappent \u00e0 la porte de la Pr\u00e9sidence pour se faire soigner, pour se faire op\u00e9rer, pour se faire ceci, pour se faire cela. \u00c7a co\u00fbte cher \u00e0 la Pr\u00e9sidence. La Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique est devenue le plus grand centre social du pays. C\u2019est pourquoi j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il faut qu\u2019on cr\u00e9e l\u2019Assurance Maladie Universelle. C&rsquo;est-\u00e0-dire, c\u2019est une Assurance, mais ce n\u2019est pas une Assurance priv\u00e9e. C\u2019est une Assurance, chacun cotise et une fois qu\u2019il a cotis\u00e9, il a un papier, une carte \u00e0 partir de laquelle on peut le soigner gratuitement.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant que chez ADO on a\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est important, nous comptons fournir les centres de sant\u00e9 de m\u00e9dicaments de premi\u00e8res n\u00e9cessit\u00e9s, comme l\u2019aspirine et autre. Au-del\u00e0, il faudrait parler de la r\u00e9alit\u00e9 du terrain, aujourd\u2019hui l\u2019esp\u00e9rance de vie est tomb\u00e9e en C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00e0 <strong>46 ans<\/strong>, elle \u00e9tait \u00e0 <strong>55 ans<\/strong>, il y a quelques ann\u00e9es. La malnutrition touche <strong>un enfant sur 15<\/strong>, sur <strong>trois (3) personnes<\/strong> d\u00e9pist\u00e9es du VIH SIDA, <strong>un (1)<\/strong> n\u2019a pas acc\u00e8s au traitement. <strong>40000<\/strong> \u00e0 <strong>60000<\/strong> femmes meurent chaque ann\u00e9e en donnant la vie.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La crainte du lendemain, la piti\u00e9 pour les populations vivant dans les conditions d\u00e9crites sont les sentiments que les orateurs mobilisent dans ces s\u00e9quences par le moyen de la quantification aussi importante qu\u2019indicible chez LG et par le biais des proportions que r\u00e9v\u00e8le ADO.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet usage de l\u2019\u00e9motion argument\u00e9e par les deux locuteurs en confrontation ob\u00e9it clairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle \u00ab la construction argumentative des \u00e9motions passe par la repr\u00e9sentation discursive d\u2019une situation \u00e0 laquelle le locuteur associe typiquement le d\u00e9clenchement d\u2019une \u00e9motion particuli\u00e8re, ce qui suppose en garantir la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb (Guilhaumou, 2011, p. 177). Il est ainsi parce que chaque recours \u00e0 l\u2019\u00e9motion trouve un ancrage dans la situation v\u00e9cue par les populations ivoiriennes et dont les caract\u00e9ristiques sont l\u2019extr\u00eame paup\u00e9risation, l\u2019exasp\u00e9ration par un conflit interminable et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une relance \u00e9conomique pour une meilleure redistribution des richesses nationales.<\/p>\n<h3>La valeur didactique des chiffres<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Outre le jeu sur l\u2019image, la fr\u00e9quence des chiffres permet de faire appel \u00e0 la capacit\u00e9 de discernement des auditeurs \u00e0 qui l\u2019\u00e9change est adress\u00e9. Dans ce cas sp\u00e9cifique, les locuteurs informent les auditeurs sur ce qu\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 des choses. ADO table ainsi sur la capacit\u00e9 de financement propre des Ivoirien\u00b7ne\u00b7s :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Vous savez que les Ivoiriens d\u00e9tiennent plus de <strong>trois milliards<\/strong> de dollars dans leurs comptes bancaires \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Pourquoi? Parce que beaucoup n\u2019ont pas confiance. Ils gardent cet argent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, ils vont le ramener quand on aura une \u00e9lection apais\u00e9e et que nous serons tous d\u2019accord que cette \u00e9lection se sera bien pass\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ou encore sur les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019investissements impliqu\u00e9s par la d\u00e9mographie dans le secteur de l&rsquo;\u00e9ducation :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Vous savez, il y a <strong>70000 <\/strong>naissances en C\u00f4te d\u2019Ivoire chaque ann\u00e9e, c\u2019est pratiquement autant en France. Quand vous faites le calcul, il faut recruter des <strong>dizaines<\/strong> <strong>de<\/strong> <strong>milliers<\/strong> d\u2019instituteurs sur les <strong>cinq<\/strong> ans. Vous voyez, quand je dis <strong>60000<\/strong> instituteurs, c\u2019est parce que la d\u00e9mographie l\u2019exige. Donc, nous avons un investissement massif \u00e0 faire \u00e9galement dans l\u2019\u00e9cole, nous devons construire des infrastructures, recruter des professeurs, des instituteurs et devons faire en sorte que la strat\u00e9gie globale soit r\u00e9vis\u00e9e par ceux dont c\u2019est le m\u00e9tier.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant ce temps, LG essaie de faire comprendre aux Ivoirien\u00b7ne\u00b7s la v\u00e9rit\u00e9 sur les r\u00e9sultats scolaires en C\u00f4te d\u2019Ivoire :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut que je rel\u00e8ve certaines choses parce que les Ivoiriens sont vraiment dans l\u2019\u00e9motion plus dans les faits. En 1991, ils disent que l\u2019\u00e9cole a chut\u00e9 aujourd\u2019hui, mais en 1991, pour le CEPE et l\u2019Entr\u00e9e en 6e, on avait <strong>21\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite en 1991. En 2002, on a <strong>64\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1991, on a eu <strong>32\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>36,47\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1991, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2002, on a eu <strong>27,25\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Je vais prendre en 1994, CEPE et Entr\u00e9e en 6e, <strong>37,34\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>68,94\u00a0%<\/strong>\u00a0de r\u00e9ussite. Au BEPC, en 1994, nous avons <strong>7,85\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>31,43\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Au Baccalaur\u00e9at en 1994, on avait <strong>13,52\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. En 2004, nous avons <strong>23,71\u00a0%<\/strong> de r\u00e9ussite. Donc les Ivoiriens sont dans l\u2019\u00e9motion actuelle, ils ne regardent pas les chiffres. Nous faisons mieux aujourd\u2019hui qu\u2019il y a vingt ans.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces diff\u00e9rentes informations t\u00e9moignent de plusieurs orientations du discours, toutes ayant cependant un lien avec la relation que le locuteur \u00e9tablit avec l\u2019auditoire. La premi\u00e8re des choses est qu\u2019il s\u2019adresse principalement \u00e0 la facult\u00e9 de discernement de ce dernier et non plus \u00e0 l\u2019\u00e9motion. Ce qui trahit l\u2019image qu\u2019il se fait du public qui l\u2019\u00e9coute. C\u2019est un public qui a besoin de l\u2019information exacte afin de mieux comprendre les choses plut\u00f4t que de structurer ses opinions autour de l\u2019\u00e9motion. En clair, il faut sortir les Ivoirien\u00b7ne\u00b7s du mode de raisonnement par l\u2019\u00e9motion qui pr\u00e9vaut. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019affirme LG dans son propos. La relation est donc didactique. Les locuteurs (LG et ADO) ont la science infuse. L\u2019auditoire a besoin d\u2019\u00eatre inform\u00e9 par les leaders dont c\u2019est la responsabilit\u00e9. C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8le l\u2019interpellation (\u00ab vous savez \u00bb) qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019occurrence des donn\u00e9es financi\u00e8res lanc\u00e9e \u00e0 son endroit dans les s\u00e9quences discursives d&rsquo;ADO.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Finalement, on retiendra, de cette analyse des donn\u00e9es chiffr\u00e9es dans la confrontation discursive d\u2019entre-deux-tours qui a oppos\u00e9 LG \u00e0 ADO lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d\u2019octobre 2010, que ces derni\u00e8res constituent un facteur essentiel de la dynamique ou de la progression de l\u2019\u00e9change discursif. Les donn\u00e9es chiffr\u00e9es apparaissent \u00e9galement comme \u00e9l\u00e9ment structurant de la strat\u00e9gie d\u2019argumentation des d\u00e9batteurs en ce sens que chacun y recherche et retrouve les moyens et ressources verbales lui permettant de se b\u00e2tir une image susceptible de persuader l\u2019auditoire ou de d\u00e9cr\u00e9dibiliser l\u2019interlocuteur, pour construire un raisonnement logique et s\u2019adresser ainsi \u00e0 la facult\u00e9 de discernement de l\u2019auditoire ou encore de faire agir le pathos toujours dans la logique d\u2019orienter le comportement \u00e9lectoral de l\u2019auditoire. En d\u00e9finitive, on rel\u00e8vera les constats suivants\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Premi\u00e8rement, les chiffres assurent un cadrage discursif. En effet, en traduisant des enjeux complexes en indicateurs m\u00e9morisables (taux, ratios, s\u00e9ries temporelles), ils dessinent des fronti\u00e8res interpr\u00e9tatives et fixent les termes de ce qui peut \u00eatre vu, dit ou contest\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Deuxi\u00e8mement, les chiffres conf\u00e8rent une autorit\u00e9 au locuteur. Ils participent \u00e0 la construction d\u2019un ethos de comp\u00e9tence (Amossy, 2006). Cette autorit\u00e9 se consolide par l\u2019adossement \u00e0 des sources \u2014 explicites ou implicites \u2014 et \u00e0 un ethos pr\u00e9discursif et par la r\u00e9gularit\u00e9 d\u2019un style chiffr\u00e9 (promesses quantifi\u00e9es, projections prospectives, comparaisons s\u00e9rielles).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Troisi\u00e8mement, les chiffres nourrissent la dimension pol\u00e9mique de l\u2019\u00e9change (Amossy, 2014). En effet, une m\u00eame donn\u00e9e peut \u00eatre r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e selon les positions : rappel de rep\u00e8res traumatiques pour disqualifier l\u2019adversaire, ou contre-lecture destin\u00e9e \u00e0 renverser la causalit\u00e9 all\u00e9gu\u00e9e. Ce m\u00e9canisme illustre la transformation des chiffres-grandeurs (mesures) en chiffres-valeurs (arguments) (Bacot et al., 2012). Ainsi, on peut affirmer que la puissance argumentative du nombre ne tient pas \u00e0 sa nature, mais \u00e0 sa mise en discours (s\u00e9lection, cadrage temporel, hi\u00e9rarchisation).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quatri\u00e8mement, les chiffres contribuent \u00e0 rationaliser le d\u00e9bat, sans pour autant l\u2019assainir m\u00e9caniquement. Ils coexistent avec des dimensions affectives telles que la peur, l\u2019espoir ou l\u2019indignation. En ce sens, ils renforcent les \u00e9motions que le locuteur cherche \u00e0 provoquer en leur conf\u00e9rant une \u00e9paisseur de preuve cr\u00e9dible.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amade, Jos\u00e9 Sarzi. 2018. \u00ab \u201cMoi Pr\u00e9sident De La R\u00e9publique\u201d : L\u2019art Du Flatus Vocis En Anaphore\u00a0\u00bb. <em>Latinoture Magazine<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.ju.edu\/spanish\/latinoture\/moi-president-de-la-republique.php\">https:\/\/www.ju.edu\/spanish\/latinoture\/moi-president-de-la-republique.php<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2006. <em>L\u2019argumentation dans le discours<\/em>. Paris : Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2010. <em>La pr\u00e9sentation de soi ethos et identit\u00e9 verbale<\/em>. 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La D\u00e9couverte. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/dec.desro.2010.01\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/dec.desro.2010.01<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Du Cluzel, C\u00f4me. 2024. \u00ab D\u00e9bat Trump vs Biden : Biden vaincu par KO? \u00bb. <em>Conflits \u2013 Revue de g\u00e9opolitique<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.revueconflits.com\/debat-trump-vs-biden-biden-vaincu-par-ko\/\">https:\/\/www.revueconflits.com\/debat-trump-vs-biden-biden-vaincu-par-ko\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Durand, Jacques. 1970. \u00ab\u00a0Rh\u00e9torique du nombre\u00a0\u00bb. <em>Communications, 16. Recherches rh\u00e9toriques<\/em>. pp. 125-132. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/comm.1970.123\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/comm.1970.123<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guilhaumou, Jacques. 2011. \u00ab Rapha\u00ebl Micheli, L\u2019\u00e9motion argument\u00e9e. L\u2019abolition de la peine de mort dans le d\u00e9bat parlementaire fran\u00e7ais \u00bb. <em>Semen <\/em>32. <a href=\"http:\/\/semen.revues.org\/9409\">http:\/\/semen.revues.org\/9409<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Koren, Roselyne. 2009. \u00ab\u00a0Le r\u00e9cit de chiffres : enjeux argumentatifs de la \u201cnarrativisation\u201d des chiffres dans un corpus de presse \u00e9crite contemporain\u00a0\u00bb. <em>A contrario<\/em>, n\u00b0 12, 2009. p.66-84. CAIRN.INFO. <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-a-contrario-2009-2-page-66?lang=fr&amp;tab=texte-integral\">https:\/\/shs.cairn.info\/revue-a-contrario-2009-2-page-66?lang=fr&amp;tab=texte-integral<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Labb\u00e9, Cyril et Labb\u00e9, Dominique. 2013. Le chiffre dans le discours politique fran\u00e7ais contemporain. La quantification dans le texte de sp\u00e9cialit\u00e9, Nov, Brest, France. hal-00949594.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Micheli, Rapha\u00ebl. 2008. \u00ab L\u2019analyse argumentative en diachronie : le pathos dans les d\u00e9bats parlementaires sur l\u2019abolition de la peine de mort \u00bb, <em>Argumentation et Analyse du Discours<\/em>. <a href=\"http:\/\/aad.revues.org\/482\">http:\/\/aad.revues.org\/482<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne. 2006. <em>Les pr\u00e9discours. Sens, m\u00e9moire, cognition<\/em>. Paris\u00a0: Sorbonne Nouvelle.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/mian-gerard-ayemien\">Mian G\u00e9rard AY\u00c9MIEN<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny (Abidjan, C\u00f4te d\u2019Ivoire). Sp\u00e9cialiste d\u2019analyse du discours, de rh\u00e9torique et d\u2019argumentation, il s\u2019int\u00e9resse aux m\u00e9canismes qui fondent l\u2019efficacit\u00e9 des pratiques discursives. Ses derni\u00e8res recherches portent notamment sur les strat\u00e9gies de persuasion mises en \u0153uvre dans les contextes institutionnels, m\u00e9diatiques et politiques africains.<br \/>\nContact : ayemien@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/nanourougo-coulibaly\">Nanourougo COULIBALY<\/a><\/strong><br \/>Enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Sp\u00e9cialiste de stylistique et rh\u00e9torique argumentative, ses travaux adressent les questions de persuasion et d\u2019argumentation dans les discours de l\u2019espace public en Afrique de l\u2019Ouest francophone. Il a particip\u00e9 \u00e0 plusieurs conf\u00e9rences internationales. Il est auteur de plusieurs publications (livres et articles scientifiques) sur le discours m\u00e9diatique, le discours \u00e9lectoral et sur la litt\u00e9rature francophone.<\/p>\n<p>Courriel : coulyna@yahoo.fr<br \/>\n<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-2119-1\">La Constitution ivoirienne de 2000 dispose, en son article 48, que \u00ab Lorsque les Institutions de la R\u00e9publique, l'ind\u00e9pendance de la Nation, l'int\u00e9grit\u00e9 de son territoire ou l\u2019ex\u00e9cution de ses engagements internationaux sont menac\u00e9es d'une mani\u00e8re grave et imm\u00e9diate, et que le fonctionnement r\u00e9gulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique prend les mesures exceptionnelles exig\u00e9es par ces circonstances apr\u00e8s consultation obligatoire du Pr\u00e9sident de l'Assembl\u00e9e nationale et de celui du Conseil constitutionnel. \u00bb <a href=\"#return-footnote-2119-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2119-2\">Le 24 d\u00e9cembre 1999, des militaires renversent le Chef de l\u2019\u00c9tat \u00e9lu Henri Konan B\u00e9di\u00e9 et installent le G\u00e9n\u00e9ral Robert Gu\u00e9\u00ef ancien Chef d\u2019\u00c9tat Major de l\u2019Arm\u00e9e ivoirienne. <a href=\"#return-footnote-2119-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2119-3\">Nous pr\u00e9cisons la notion de \u00ab interlocuteur imm\u00e9diat \u00bb parce que le d\u00e9bat contradictoire fonctionne sur le mod\u00e8le de la double \u00e9nonciation. C'est-\u00e0-dire qu\u2019en s\u2019exprimant, le locuteur s\u2019adresse \u00e0 un interlocuteur imm\u00e9diat avec qui il interagit sur la sc\u00e8ne du d\u00e9bat. Dans le m\u00eame temps, il parle \u00e0 l\u2019auditoire qui suit le d\u00e9bat et dont il cherche \u00e0 rallier l\u2019opinion. <a href=\"#return-footnote-2119-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":10,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["mian-gerard-ayemien","nanourougo-coulibaly"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[636,157],"license":[],"class_list":["post-2119","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-analyse-du-discours","motscles-argumentation","motscles-debat-presidentiel","motscles-donnees-chiffrees","motscles-ethos","motscles-pathos","keywords-argumentation","keywords-discourse-analysis","keywords-ethos","keywords-numerical-data","keywords-pathos","keywords-presidential-debate","motscles-autre-data-za-nambari","motscles-autre-mjadala-wa-urais","motscles-autre-uchambuzi-wa-hotuba","motscles-autre-uwasilishaji-wa-hoja","motscles-autre-vadharia-ya-mawasiliano","motscles-autre-vivyo-hivyo","contributor-mian-gerard-ayemien","contributor-nanourougo-coulibaly"],"part":648,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2119\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2491,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2119\/revisions\/2491"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/648"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2119\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=2119"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=2119"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=2119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}