{"id":2123,"date":"2025-09-24T12:10:15","date_gmt":"2025-09-24T10:10:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=2123"},"modified":"2025-11-25T23:57:38","modified_gmt":"2025-11-25T22:57:38","slug":"vol2-no-2_kissi2025","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/vol2-no-2_kissi2025\/","title":{"rendered":"L\u2019acteur politique \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb dans le discours politique ivoirien : sch\u00e9mas discursifs et enjeux"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La question de l\u2019\u00e9tranger occupe une place centrale dans les d\u00e9bats politiques contemporains, en particulier dans les soci\u00e9t\u00e9s marqu\u00e9es par des tensions identitaires et des recompositions d\u00e9mocratiques. Lors des joutes \u00e9lectorales pr\u00e9sidentielles, les acteurs politiques, en plus de justifier leur m\u00e9rite d\u2019exercer le pouvoir, doivent \u00e9galement l\u00e9gitimer leur identit\u00e9 sociale, morale, politique et id\u00e9ologique. On assiste \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un personnage dont la constance le mue, dans le champ politique africain, en instance de discours : il s\u2019agit de l\u2019acteur politique \u00e9tranger. La pr\u00e9tention \u00e0 la magistrature supr\u00eame va ainsi red\u00e9finir la question de l\u2019identit\u00e9 dans le d\u00e9bat public.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le terme acteur politique \u00e9tranger se justifie en contexte politique africain du fait des controverses identitaires. Elles sont suscit\u00e9es par les origines et\/ou nationalit\u00e9s d\u2019acteurs politiques jug\u00e9es floues, et qui sont devenues un enjeu politique important. Cette contribution analyse les m\u00e9canismes de red\u00e9finition du concept d\u2019\u00e9tranger et ses implications pour les acteurs politiques. Elle r\u00e9pond \u00e0 la question : comment la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est-elle construite et instrumentalis\u00e9e dans le discours ivoirien? Quels enjeux identitaires et politiques cette construction r\u00e9v\u00e8le-t-elle? L\u2019analyse du discours, dans ses aspects \u00e9nonciatif, argumentatif et rh\u00e9torique servira de m\u00e9thode d\u2019analyse. Il s'agit d\u2019examiner l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est construite \u00e0 partir d\u2019un jeu de strat\u00e9gies argumentatives de l\u00e9gitimation et de d\u00e9l\u00e9gitimation. Il s\u2019agit de rep\u00e9rer et examiner les sch\u00e9mas discursifs qui structurent, conditionnent et positionnent la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger en figure discursive dans le champ africain en g\u00e9n\u00e9ral et ivoirien en particulier. Pour ce faire, un corpus constitu\u00e9 du discours d\u2019Alassane Ouattara au forum de la r\u00e9conciliation nationale en 2001, et de celui de Tidjane Thiam au Bureau politique du PDCI en 2025 servira de base \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Il s\u2019agit de deux personnalit\u00e9s politiques ivoiriennes dont la probl\u00e9matique de nationalit\u00e9 a cristallis\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne en deux p\u00f4les : les pro- et anti- Ouattara et Thiam.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude est articul\u00e9e autour d\u2019un fondement th\u00e9orique et historique sur la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9tranger, puis de l\u2019analyse du corpus et des enjeux \u00e9nonciatifs et de l\u00e9gitimation qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\r\n\r\n<h2>L\u2019\u00e9tranger au prisme de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et de l\u2019identit\u00e9<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La notion d\u2019\u00e9tranger est indissociable de celles d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et d\u2019identit\u00e9. Car l\u2019\u00e9tranger est un op\u00e9rateur essentiel dans la d\u00e9finition de la communaut\u00e9 : il est un rep\u00e8re qui lui permet de tracer ses fronti\u00e8res sociales, politiques et symboliques. Ce processus de diff\u00e9renciation renvoie \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le l\u2019identit\u00e9 collective en tra\u00e7ant les contours, les fragilit\u00e9s et les strat\u00e9gies de l\u00e9gitimation de la communaut\u00e9. Questionner la figure de l\u2019\u00e9tranger \u00e0 partir de l\u2019analyse du discours permet de comprendre comment celle-ci est mobilis\u00e9e et instrumentalis\u00e9e dans l\u2019ar\u00e8ne politique.<\/p>\r\n\r\n<h3>D\u00e9finition usuelle de l\u2019\u00e9tranger<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9fini sociologiquement comme un individu n\u2019appartenant pas \u00e0 une communaut\u00e9 donn\u00e9e, l\u2019\u00e9tranger est caract\u00e9ris\u00e9 par son absence de rattachement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il se trouve. Cette absence se d\u00e9cline d\u2019un point de vue social (par le statut d\u2019immigr\u00e9) ou culturel (par les diff\u00e9rences culturelles avec la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil). Dans la conception occidentale, l\u2019\u00e9tranger se d\u00e9partit de toute repr\u00e9sentation de l\u2019enracinement en symbolisant le passage, le mouvement. L\u2019\u00e9tranger est une figure de l\u2019Autre : hors de la sph\u00e8re du connu, de la familiarit\u00e9 et de la compr\u00e9hension. Sa construction est la r\u00e9sultante de l\u2019organisation des rapports humains en termes de sup\u00e9riorit\u00e9\/inf\u00e9riorit\u00e9 et en a un revers n\u00e9gatif du fait de son instabilit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais la pens\u00e9e et la soci\u00e9t\u00e9 africaines accordent un traitement diff\u00e9rent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger selon des acceptions diachroniques et contextuelles. Sa construction linguistique induit l\u2019\u00e9laboration d\u2019un imaginaire. L\u2019\u00e9tranger est un invit\u00e9, voire un messager divin dans la cosmogonie africaine. Consid\u00e9r\u00e9 avec respect, il est source de connaissance et d\u2019enrichissement du fait de sa non-fixit\u00e9 et de son caract\u00e8re transitoire. L\u2019\u00e9tranger, dans la philosophie africaine, est le symbole d\u2019ouverture, de tol\u00e9rance et de partage. Il est un autre moi, une d\u00e9clinaison de ses possibilit\u00e9s. Dans ce contexte, la philosophie Ubuntu illustre cette pens\u00e9e : \u00ab l\u2019\u00e9tranger est un ami que tu ne connais pas encore \u00bb. Il n\u2019est pas un intrus ou une menace, mais une opportunit\u00e9 relationnelle qui enrichit l\u2019humanit\u00e9 (Ramose, 1999). L\u2019\u00e9tranger est de ce fait n\u00e9cessaire \u00e0 la construction de soi, et plus largement de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019on est donc tent\u00e9 de s\u2019interroger sur l\u2019origine de ce \u00ab shift \u00bb, ce changement radical \u00e0 l\u2019endroit de cette figure sociale. Son appr\u00e9hension actuelle est fille d\u2019un contexte historique africain qui a complexifi\u00e9 son image. Entre la colonisation, les deux guerres mondiales, les luttes inter-\u00e9tatiques et \u00e9conomiques, la perception idyllique de cette figure a \u00e9t\u00e9 largement \u00e9corn\u00e9e par des aspects n\u00e9gatifs. L\u2019\u00e9tranger inspire d\u00e9sormais la m\u00e9fiance, la suspicion, la confiance perdue, et dans des cas extr\u00eames, la trahison.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En C\u00f4te d\u2019Ivoire, et en Afrique de l\u2019Ouest francophone en g\u00e9n\u00e9ral, les alliances entre les natifs et les peuples \u00e9trangers ont cr\u00e9\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019habitant\u00b7es aux origines hybrides qui se sont ins\u00e9r\u00e9\u00b7es \u00e0 tous les niveaux, dont la politique, non sans engendrer des pol\u00e9miques et controverses majeures. La figure sociale de l\u2019\u00e9tranger est devenue une figure politique \u00e0 part enti\u00e8re. Il s\u2019agit de la mani\u00e8re dont un individu per\u00e7u comme non originaire ou ill\u00e9gitime dans un espace politique donn\u00e9 est construit dans le discours par lui-m\u00eame et par les autres (adversaires, m\u00e9dias, etc.).<\/p>\r\n\r\n<h3>Historicit\u00e9 de l\u2019\u00e9tranger dans le champ politique ivoirien<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les travaux de Yao Gnabeli (2012, p. 85-97), Pierre Kipr\u00e9 et Ousmane Demb\u00e9l\u00e9 (2003, p. 34-48), entre autres, permettent de comprendre comment la question de l\u2019\u00e9tranger s\u2019est introduite progressivement dans la sph\u00e8re politique ivoirienne et a entra\u00een\u00e9 une crise de la l\u00e9gitimit\u00e9. Deux p\u00e9riodes significatives sont \u00e0 relever.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De 1960 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, l\u2019\u00e9tranger b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un statut privil\u00e9gi\u00e9 en C\u00f4te d\u2019Ivoire. La politique d\u2019ouverture du Pr\u00e9sident Houphou\u00ebt-Boigny est favorable \u00e0 l\u2019installation des populations venant de la sous-r\u00e9gion,\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">notamment <\/span><span style=\"font-size: 1em\">dans les zones foresti\u00e8res, afin de participer \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de plantation. Il s\u2019ensuit une rh\u00e9torique d\u2019inclusion qui fa\u00e7onne le discours valorisant. Le lexique traduit cette politique d\u2019ouverture lorsque le Pr\u00e9sident Houphou\u00ebt-Boigny pr\u00e9sente la C\u00f4te d\u2019Ivoire comme une \u00ab terre d\u2019accueil \u00bb et qui \u00ab appartient \u00e0 celui qui la met en valeur \u00bb. Ce discours instaure une \u00e9galit\u00e9 de possession territoriale entre les natif\u00b7ves et ceux et celles venu\u00b7es d\u2019ailleurs. Il a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 faire de la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9tranger un enjeu social et politique r\u00e9current. En effet, les populations \u00e9trang\u00e8res avaient le droit de vote, participant ainsi de fa\u00e7on active \u00e0 la vie politique de leur pays d\u2019accueil. La C\u00f4te d\u2019Ivoire devient un exemple d\u2019int\u00e9gration sous-r\u00e9gionale. Il accueille 17 % d\u2019\u00e9trangers et d'\u00e9trang\u00e8res venant des pays limitrophes en 1965, et ce taux passe \u00e0 22 % en 1975 (Babo, 2010, p. 39-62). L\u2019attribution de la nationalit\u00e9 se fait par filiation ou par le lieu de naissance : \u00ab <\/span><em style=\"font-size: 1em\">le but vis\u00e9 dans ce code [de la nationalit\u00e9], c\u2019est pouvoir arriver \u00e0 cr\u00e9er un climat tel que les \u00e9trangers n\u2019aient pas \u00e0 souffrir, cr\u00e9er un climat de paix, un climat social, fait de confiance et de compr\u00e9hension mutuelle \u00bb[footnote]Proc\u00e8s-verbal de la commission des affaires g\u00e9n\u00e9rales et institutionnelles, s\u00e9ance du mardi 28 novembre 1961.[\/footnote]<\/em><span style=\"font-size: 1em\">. Le l\u00e9gislatif concr\u00e9tise le discours politique int\u00e9grateur, m\u00eame si l\u2019\u00e9tranger reste symboliquement ext\u00e9rieur \u00e0 la communaut\u00e9 nationale (Ban\u00e9gas, 2006).<\/span><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avec les bouleversements politiques des ann\u00e9es 1990, l\u2019\u00e9tranger est progressivement devenu une cat\u00e9gorie politique pol\u00e9mique. Le concept d\u2019\u00ab ivoirit\u00e9 \u00bb introduit en politique par le Pr\u00e9sident Henri Konan B\u00e9di\u00e9 a marqu\u00e9 un tournant. Cette notion culturelle valorisant la culture ivoirienne a \u00e9t\u00e9 progressivement d\u00e9voy\u00e9e et utilis\u00e9e comme outil d\u2019exclusion dans le champ social et politique. Le lexique politique et m\u00e9diatique a \u00e9t\u00e9 rapidement satur\u00e9 de termes restrictifs \u00e0 vis\u00e9e exclusionniste : les expressions \u00ab ivoirien de souche \u00bb, \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb inondent les discours qui tracent la fronti\u00e8re entre le \u00ab vrai ivoirien \u00bb et l\u2019\u00ab autre \u00bb. Cette rh\u00e9torique mat\u00e9rialise le changement radical de politique envers l\u2019\u00e9tranger : suppression de leur droit de vote, instauration de la carte de s\u00e9jour, r\u00e9vision du code \u00e9lectoral en 1995 et de la constitution en 2000, ce qui emp\u00eache l\u2019ex-premier ministre Alassane Ouattara de se pr\u00e9senter aux pr\u00e9sidentielles pour \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb. L\u2019\u00e9tranger devient une figure discursive de la s\u00e9paration. De m\u00eame, la citoyennet\u00e9 et l\u2019appartenance nationale deviennent des conditions d\u2019acc\u00e8s au pouvoir.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Durant la crise ivoirienne de 2002 \u00e0 2011, la figure de l\u2019\u00e9tranger s\u2019est mu\u00e9e en vecteur de polarisation entre le nord et le sud, nourrissant un climat de suspicion sur l\u2019identit\u00e9 nationale (Banegas, 2006). Malgr\u00e9 la stabilisation socio-politique du pays, la r\u00e9surgence de la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9tranger est constante : la candidature de Tidjane Thiam, Pr\u00e9sident du PDCI, \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2025 est source de pol\u00e9mique du fait de sa nationalit\u00e9 franco-ivoirienne, donc de son \u00ab alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb, ce qui a fragilis\u00e9 sa l\u00e9gitimit\u00e9. Au niveau linguistique, le discours n\u2019est plus marqu\u00e9 par la \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb, mais par la \u00ab double nationalit\u00e9 \u00bb, qui dans l\u2019imaginaire collectif induit un doute sur l\u2019appartenance \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On comprend ainsi que la probl\u00e9matique de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est le r\u00e9sultat d\u2019un glissement de la d\u00e9n\u00e9gation sociale vers le refus politique. Cette figure a plusieurs dimensions et s\u2019appuie sur trois caract\u00e9ristiques\u00a0: l\u2019hybridit\u00e9 juridique, la d\u00e9marcation id\u00e9ologique et le d\u00e9racinement social.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La caract\u00e9ristique la plus \u00e9vidente qualifiant l\u2019acteur politique \u00e9tranger est son hybridit\u00e9 juridique, r\u00e9sultant de l\u2019acquisition d\u2019au moins deux nationalit\u00e9s par ses ascendant\u00b7es. La question de la filiation devenue un enjeu \u00e9lectoral majeur est un crit\u00e8re de validation ou d\u2019ostracisme populaire. La logique sous-tendant cette attitude serait que cette hybridit\u00e9 juridique faciliterait la collusion avec l\u2019ext\u00e9rieur, donc une d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats nationaux \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. Le discours est ainsi domin\u00e9 par l\u2019usage des marqueurs symboliques de justification. L\u2019hybridit\u00e9 juridique fait de l\u2019acteur politique \u00e9tranger une figure de la limite : limite entre l\u2019inconnu et le connu, entre le familier et l\u2019intrus.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9marcation id\u00e9ologique ou \u00ab l\u2019\u00e9tranger de l\u2019int\u00e9rieur \u00bb est attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019homme ou la femme politique qui pr\u00e9sente une affiliation \u00e0 un syst\u00e8me ou une id\u00e9ologie de prolongation des int\u00e9r\u00eats imp\u00e9rialistes, contraire aux int\u00e9r\u00eats nationaux. Cette caract\u00e9ristique peut \u00eatre attribu\u00e9e concomitamment ou ind\u00e9pendamment de la nationalit\u00e9 et est li\u00e9e \u00e0 un imaginaire souverainiste, anticolonial et de repossession. Ici c\u2019est le d\u00e9salignement des valeurs, les suspicions de double loyaut\u00e9 ou d\u2019imposture qui conf\u00e8rent la qualification d\u2019\u00e9tranger \u00e0 l\u2019acteur politique. Les \u00e9lections en Afrique subsaharienne ces derni\u00e8res d\u00e9cennies ont ainsi mis en exergue l\u2019opposition \u00ab candidat de l\u2019int\u00e9rieur\/candidat de l\u2019\u00e9tranger \u00bb (B\u00e9nin, Niger, C\u00f4te d\u2019Ivoire).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9racinement social est le r\u00e9sultat du d\u00e9calage entre les pr\u00e9tentions de pouvoir de l\u2019homme ou la femme politique et sa distance avec son auditoire, sa d\u00e9connexion des r\u00e9alit\u00e9s sociopolitiques de son pays. Nombre d\u2019hommes politiques, malgr\u00e9 leur \u2018\u2018puret\u00e9\u2019\u2019 juridique et leur ancrage id\u00e9ologique sont frapp\u00e9s par ce d\u00e9racinement qui creuse l\u2019\u00e9cart avec la cible \u00e9lectorale. Cette caract\u00e9ristique peut entraver durablement la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019acteur politique lorsqu\u2019elle est suppos\u00e9e - par attribution apriorique - et non av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019historicit\u00e9 de la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger r\u00e9v\u00e8le une dynamique constante : de ressource \u00e9conomique, il est devenu un enjeu politique et identitaire. Il est une figure discursive strat\u00e9gique, une mesure de l\u00e9gitimation\/d\u00e9l\u00e9gitimation dans la vie politique ivoirienne, fa\u00e7onn\u00e9e par le contexte. Analyser les sch\u00e9mas discursifs qui structurent la parole politique sur cette figure du discours permet ainsi de comprendre ses modes de construction discursive. Cette analyse s\u2019appuie sur les th\u00e9ories et outils de l\u2019argumentation tels qu\u2019\u00e9labor\u00e9s par Amossy (2010), et ceux du discours politique en tant qu\u2019acte de communication et champ de pratiques (Charaudeau, 2014). Ils permettront de mettre en \u00e9vidence les proc\u00e9d\u00e9s argumentatifs qui construisent ou d\u00e9construisent la l\u00e9gitimit\u00e9. Ils aideront \u00e9galement \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les images que les acteurs et actrices \u00e9laborent \u00e0 partir de la question de l\u2019\u00ab \u00e9tranger \u00bb pour fragiliser l\u2019adversaire.<\/p>\r\n\r\n<h2>Construction de la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9laboration de cette figure d\u2019un point de vue discursif s\u2019op\u00e8re \u00e0 partir de trois p\u00f4les\u00a0: le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9, les dissonances narratives et le contre-discours comme strat\u00e9gie de requalification du d\u00e9bat politique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit d\u2019un vocabulaire \u00e9labor\u00e9 pour d\u00e9crire, voire d\u00e9montrer la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9tranger. Dans le corpus, Alassane Ouattara s\u2019exprime ainsi :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tour \u00e0 tour trait\u00e9 d\u2019\u00e9tranger, de faussaire, d\u2019usurpateur et d\u2019ennemi de mon pays [\u2026] j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de faux sur mes cartes nationales d\u2019identit\u00e9 de 1982 et 1990 \u00bb (discours d\u2019Alassane Ouattara au forum de la r\u00e9conciliation nationale).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par le discours indirect libre, le locuteur pr\u00e9sente le discours en circulation sur sa personne. Les lex\u00e8mes utilis\u00e9s sont connot\u00e9s n\u00e9gativement pour justifier sa posture d\u00e9fensive. Plus que de simples termes, il s\u2019agit de nominatifs, qui\u00a0\u00ab\u00a0<em>en m\u00eame temps qu\u2019[ils] cat\u00e9gorise[ent] l\u2019objet nomm\u00e9, positionne[nt] l\u2019instance nommante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce dernier<\/em> \u00bb (Siblot, 1997, p. 42). Ces lex\u00e8mes expriment le rapport de force entre l\u2019\u00e9nonciateur et le locuteur nomm\u00e9. Ils traduisent ainsi la repr\u00e9sentation d\u2019Alassane Ouattara par les autorit\u00e9s gouvernementales ivoiriennes, \u00e0 savoir une personne caract\u00e9ris\u00e9e par la duplicit\u00e9, donc indigne de confiance. Le choix des termes n\u2019est pas fortuit : il rappelle les probl\u00e9matiques juridiques, administratives et politiques li\u00e9es \u00e0 sa situation et qui sont sources de d\u00e9bat. L\u2019\u00e9num\u00e9ration progressive cr\u00e9e une gradation dramatique des lex\u00e8mes qui aboutit \u00e0 l\u2019exclusion symbolique avec le syntagme nominal \u2018\u2019ennemi de la nation\u2019\u2019. Le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9 a pour effet de d\u00e9l\u00e9gitimer le locuteur pour l\u2019exclure du d\u00e9bat politique national. Il le pr\u00e9sente d\u2019abord comme un individu indigne de confiance, puis comme une menace. Les items renforcent les oppositions binaires lui\/nous, patriote\/usurpateur et font du locuteur un anti-ethos collectif. Le locuteur s\u2019en distancie par l\u2019usage de la tournure passive \u2018\u2019j\u2019ai \u00e9t\u00e9 trait\u00e9\u2026\u2019\u2019, \u2018\u2019j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accus\u00e9\u2026\u2019\u2019 qui le positionne en posture de victime. En exposant ces accusations, il d\u00e9nonce la violence symbolique subie \u00e0 travers les mots pour invalider le propos. Le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9 est ici incisif, voire violent, et favorise la construction pour le locuteur d\u2019un ethos de victime que le discours indirect libre contribue \u00e0 fa\u00e7onner.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La strat\u00e9gie de r\u00e9futation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9futation se manifeste dans le discours lorsque l\u2019acteur politique prend appui sur une accusation identitaire pour la d\u00e9construire. Chez Alassane Ouattara, cette strat\u00e9gie se traduit par un d\u00e9calage argumentatif dans l\u2019extrait suivant:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On me reproche d'avoir utilis\u00e9 le passeport diplomatique volta\u00efque pour \u00e9tablir les actes notari\u00e9s d'achat de biens immobiliers et une fiche d'ouverture de compte bancaire. Demandez \u00e0 n'importe quel juriste, il vous expliquera que ces actes sont de nature purement commerciale et n'ont donc pas pour effet d'\u00e9tablir une nationalit\u00e9. C'est cela la v\u00e9rit\u00e9. C'est le lieu de pr\u00e9ciser que tout en \u00e9tant d\u00e9tenteur d'un passeport diplomatique de la Haute-Volta, jamais, je n'ai \u00e9t\u00e9 fonctionnaire dans l'administration publique burkinab\u00e8. Jamais, je n'ai travaill\u00e9 dans le secteur priv\u00e9 au Burkina Faso. On peut le v\u00e9rifier.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, la r\u00e9futation appara\u00eet dans la contradiction des faits reproch\u00e9s et le r\u00e9tablissement de ce que le locuteur consid\u00e8re comme la v\u00e9rit\u00e9. Il \u00e9voque d\u2019abord le reproche qui lui est pos\u00e9, \u00e0 savoir de s\u2019\u00eatre pr\u00e9valu du passeport volta\u00efque, induisant ainsi l\u2019adoption administrative d\u2019une nationalit\u00e9 autre qu\u2019ivoirienne. Alassane Ouattara corrige ce biais partir d\u2019une red\u00e9finition du cadre interpr\u00e9tatif: l\u2019acte d\u2019utiliser le passeport volta\u00efque qui peut \u00eatre per\u00e7u comme un acte politique ou identitaire est r\u00e9duit \u00e0 un acte technique et commercial. Il est donc d\u00e9politis\u00e9 et invalide le sous-entendu de la pr\u00e9valence d\u2019une nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re. Alassane Ouattara reconna\u00eet l\u2019existence de la pol\u00e9mique, mais la retourne en d\u00e9non\u00e7ant le caract\u00e8re non d\u00e9mocratique de ces accusations. Il convoque ensuite un discours expert (\u2018\u2019demandez \u00e0 n\u2019importe quel juriste ...\u2019\u2019) pour neutraliser la pol\u00e9mique et cantonner le raisonnement \u00e0 la logique technique et juridique. Le locuteur pr\u00e9sente de la sorte la vacuit\u00e9 du raisonnement adverse et oriente l\u2019auditoire vers une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente du raisonnement identitaire implicitement propos\u00e9. Par la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019adverbe \u2018\u2019jamais\u2019\u2019, le locuteur r\u00e9affirme son ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 volta\u00efque et la coh\u00e9rence dans ses propos.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La strat\u00e9gie de r\u00e9futation permet au locuteur de d\u00e9fendre son ethos de constance devant l\u2019auditoire en r\u00e9v\u00e9lant les incoh\u00e9rences de l\u2019argument adverse. Elle lui sert \u00e0 poser sa strat\u00e9gie de l\u00e9gitimation en d\u00e9cr\u00e9dibilisant le d\u00e9bat de l\u2019identit\u00e9. Il se d\u00e9fend ainsi de l\u2019image d\u2019imposteur. La r\u00e9futation n\u2019est pas seulement une strat\u00e9gie d\u00e9fensive, elle permet au locuteur de reconfigurer le r\u00e9cit pol\u00e9mique en sa faveur.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le contre-discours comme strat\u00e9gie de requalification du d\u00e9bat politique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le contre-discours constitue une strat\u00e9gie discursive par laquelle l\u2019acteur politique refuse le discours impos\u00e9 par ses adversaires. Il le requalifie et recentre ainsi le d\u00e9bat sur des enjeux qui lui sont favorables.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Faisant aussi face \u00e0 la pol\u00e9mique sur sa nationalit\u00e9, Tidjane Thiam candidat du PDCI, lors de la pr\u00e9sentation des v\u0153ux au bureau politique, s\u2019exprime dans cet extrait :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, est-ce qu'il m\u00e9rite 5 ans de plus? C'est la seule question, pas ma nationalit\u00e9. \u00c7a fait des mois qu'en premi\u00e8re page des journaux, ils ne parlent que de ma nationalit\u00e9. Qui parle de leur bilan? Qui parle de leur bilan? Quand il fait en 15 ans, m\u00e9rite-t-il 5 ans de plus? C'est la seule question, pas la nationalit\u00e9 de votre pr\u00e9sident. On essaie de transformer un d\u00e9bat pr\u00e9sidentiel en un d\u00e9bat qui n'est pas digne de notre pays.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce contre-discours s\u2019oppose \u00e0 un discours dominant sur la nationalit\u00e9 du locuteur, sous-entendue comme ill\u00e9gitime et justifiant son exclusion politique. Tidjane Thiam r\u00e9pond \u00e0 ce discours en repositionnant le d\u00e9bat dans son contexte purement politique et \u00e9lectoral. Il fait un recadrage du d\u00e9bat \u00e0 travers les phrases interrogative et affirmative. Ce faisant, il refuse le terrain identitaire qui veut lui \u00eatre impos\u00e9 et r\u00e9oriente l\u2019attention de l\u2019auditoire vers la comp\u00e9tence et le bilan d\u2019exercice du parti au pouvoir. Au lieu d\u2019enjeux personnels, ce sont plut\u00f4t des enjeux nationaux et r\u00e9publicains qui sont avanc\u00e9s. Le renversement rh\u00e9torique se poursuit \u00e0 travers la s\u00e9rie d\u2019interrogations sur le bilan politique du protagoniste. Le d\u00e9bat est requalifi\u00e9 en retournant l\u2019attention de l\u2019auditoire vers l\u2019adversaire politique qui a des comptes \u00e0 rendre \u00e0 l\u2019\u00e9lectorat. Tidjane Thiam se positionne ainsi comme le d\u00e9fenseur d\u2019un d\u00e9bat public sain et constructif par le d\u00e9placement de la charge justificative : ce n\u2019est plus \u00e0 lui de prouver son authenticit\u00e9, mais au pouvoir en place de prouver son efficacit\u00e9. Le contre-discours agit comme une strat\u00e9gie de r\u00e9sistance, qui neutralise l\u2019attaque et valorise une autre hi\u00e9rarchie des crit\u00e8res politiques ax\u00e9e sur la gouvernance et les r\u00e9sultats. Il construit un ethos de s\u00e9rieux et de responsabilit\u00e9 et est une opportunit\u00e9 de repositionnement argumentatif.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du corpus montre que les discours de Ouattara et Thiam mettent en \u0153uvre des strat\u00e9gies discursives diff\u00e9renci\u00e9es\u00a0: lexique polarisant, r\u00e9futation, contre-discours. Ces proc\u00e9d\u00e9s montrent que la figure de l\u2019\u00e9tranger n\u2019est pas objective, mais une figure discursive performative qui reconfigure le d\u00e9bat politique ivoirien.<\/p>\r\n\r\n<h2>Enjeux de la construction discursive de l\u2019acteur politique \u00e9tranger sur le discours politique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours en Afrique questionne les pratiques politiques au prisme des pratiques discursives qui les sous-tendent et\/ou les expriment (Houessou, Adou, Coulibaly, 2025) dans un contexte socio-politique parfois instable. S\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019acteur politique \u00e9tranger est en ce sens pertinente, car elle reconfigure le discours politique en contexte africain.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est, en contexte africain, d\u00e9terminante. Elle est d\u2019une importance strat\u00e9gique et symbolique car elle est un instrument de red\u00e9finition de l\u2019appartenance nationale. Elle transforme en profondeur les logiques d\u00e9mocratiques. En effet, elle cantonne le politique dans une sc\u00e8ne identitaire. Le discours politique devient un discours de validation ou d\u2019invalidation de l\u2019authenticit\u00e9 des acteurs. Cette instance discursive instaure ainsi une d\u00e9mocratie d\u2019authentification et devient une instance discursive de mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve et de reconfiguration de l\u2019acc\u00e8s au pouvoir. \u00c0 partir du corpus d\u2019\u00e9tude, il est compr\u00e9hensible que cette figure r\u00e9v\u00e8le les tensions propres aux d\u00e9mocraties africaines contemporaines, o\u00f9 le discours politique oscille entre ancrage identitaire et l\u00e9gitimation politique. Elle devient la figure d\u2019une citoyennet\u00e9 instable et en n\u00e9gociation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger a \u00e9galement un effet sur la repr\u00e9sentation car elle d\u00e9stabilise l\u2019instance politique. Puisqu\u2019il est per\u00e7u comme \u00e9tranger, le contrat d\u2019adh\u00e9sion avec l\u2019acteur politique est alt\u00e9r\u00e9, ce qui affaiblit sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 parler au nom d\u2019un \u00ab nous \u00bb national. Le contrat de communication politique est ainsi brouill\u00e9\u00a0: l\u2019\u00e9nonciation ne repose plus sur le projet politique, mais sur la personne. Ce n\u2019est plus <em>que propose-t-il?<\/em>, mais plut\u00f4t <em>qui est-il\u00a0vraiment?<\/em> Et <em>est-il autoris\u00e9 \u00e0 dire \u00ab nous \u00bb<\/em>? L\u2019acteur politique \u00e9tranger dilue la sc\u00e8ne d\u00e9mocratique en mettant en retrait les questions li\u00e9es \u00e0 la gestion de la <em>polis<\/em>. C\u2019est une figure-pivot qui peut soit affaiblir, soit renforcer l\u2019instance politique lorsque l\u2019authenticit\u00e9 sociopolitique de l\u2019acteur politique est av\u00e9r\u00e9e. Elle donne \u00e0 voir qu\u2019en contexte politique africain, l\u2019identit\u00e9 contribue d\u00e9sormais \u00e0 faire autorit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est aussi important de s\u2019int\u00e9resser aux implications juridiques que suscitent l\u2019\u00e9laboration de la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger. Le lexique employ\u00e9 pour d\u00e9signer cette instance acquiert une performativit\u00e9 institutionnelle lorsque les mots sont employ\u00e9s dans les textes de loi. Les pol\u00e9miques sur l\u2019\u00ab ivoirit\u00e9 \u00bb ont nourri des dispositifs juridiques d\u2019exclusion, qui en retour ont stabilis\u00e9 des cat\u00e9gories politiques durables. Le droit concentre la probl\u00e9matique identitaire qui l\u00e9gitime ainsi les cat\u00e9gories discursives. L\u2019acteur politique \u00e9tranger est donc \u00e0 la fois un produit discursif et le r\u00e9sultat de dispositions juridiques et institutionnelles. Ce croisement juridico-discursif montre que les d\u00e9mocraties africaines se construisent par les discours et par la mani\u00e8re dont les mots de l\u2019extran\u00e9it\u00e9 investissent les textes de loi.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019acteur politique \u00e9tranger est une figure majeure en contexte africain et une construction durable bas\u00e9e sur des fondements sociopolitiques forts. La pr\u00e9sente analyse a mis en \u00e9vidence son r\u00f4le central dans la construction et la reconfiguration du champ politique. Il est caract\u00e9ris\u00e9 par son hybridit\u00e9 juridique, sa d\u00e9marcation id\u00e9ologique et son d\u00e9racinement social qui induisent discursivement une parole de r\u00e9futation et un contre-discours r\u00e9pondant \u00e0 un lexique d\u2019extran\u00e9it\u00e9. Cette figure participe \u00e0 la mise en place d\u2019une d\u00e9mocratie d\u2019authentification, o\u00f9 la l\u00e9gitimit\u00e9 repose pour le locuteur sur sa capacit\u00e9 \u00e0 prouver son appartenance \u00ab authentique \u00bb \u00e0 la communaut\u00e9 nationale. Au-del\u00e0 du cas ivoirien, l\u2019\u00e9tranger constitue ainsi une instance structurant le discours politique africain. Il permet de comprendre comment les d\u00e9mocraties du continent se reconfigurent entre exigences identitaires et l\u00e9gitimation politique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2021. <em>L\u2019argumentation dans le discours<\/em>, Paris, Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Babo, Alfred. 2008. 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Transition et imaginaires politiques au B\u00e9nin.<\/em> Paris : Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2014. <em>Le discours politique. Les masques du pouvoir.<\/em> Limoges : Lambert-Lucas.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Demb\u00e9l\u00e9, Ousmane. 2003. C\u00f4te d\u2019Ivoire : la fracture communautaire. <em>Politique africaine<\/em>, n\u00b089, p. 34-48. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/polaf.089.0034\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/polaf.089.0034<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Houessou, Dorgel\u00e8s. 2020. La m\u00e9moire, l\u2019imaginaire et la manipulation en discours : autour de quelques mythes cl\u00e9s de la nation ivoirienne en d\u00e9bat sur les r\u00e9seaux sociaux. <em>Communication et Langage<\/em>, N\u00b0 205, p. 95-112. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/comla1.205.0095\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/comla1.205.0095<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kipr\u00e9, Pierre. 2006. Migrations et construction nationale en Afrique noire : le cas de la C\u00f4te d'Ivoire depuis le milieu du XXe si\u00e8cle. <em>Outre-Terre,<\/em> n\u00b0 17(4), p. 313-332. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/oute.017.0313\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/oute.017.0313<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kissi, Mireille Denise. 2022. Enjeux argumentatifs de la formule \u00ab\u00a0Ivoirien nouveau\u00a0\u00bb dans le discours \u00e9lectoral du candidat Alassane Ouattara aux pr\u00e9sidentielles ivoiriennes de 2015. <em>En-Qu\u00eate<\/em>, n\u00b0 35, p. 120-131.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kissi, Mireille Denise. 2022. Rh\u00e9torique de polarisation et construction de l\u2019ethos collectif dans le discours \u00e9lectoral ivoirien. <em>Revue LiLaS<\/em>, Hors S\u00e9rie, p. 56-71.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kissi, Mireille Denise. 2023. Discours, contre-discours et construction s\u00e9mantique des slogans de la pr\u00e9sidentielle ivoirienne de 2020 sur les r\u00e9seaux sociaux. <em>Graphies francophones<\/em>, Num\u00e9ro Sp\u00e9cial 5, p. 59-71.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">L\u00e9zou Koffi, Aim\u00e9e-Danielle. 2022. Quels contextes pour une Analyse du discours Africaine (ADA)? Dans SY K., LEZOU KOFFI A-D., BOHUI D. H, MBOW F 2022. <em>L\u2019Analyse du Discours en Afrique\u00a0francophone\u00a0: \u00e9tat des lieux-objets-enjeux-perspectives, <\/em>Actes des Journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes et de lancement du R2AD. M\u00e9langes offerts au Professeur Momar Ciss\u00e9. Volume 1, Num\u00e9ro sp\u00e9cial GRADIS, Universit\u00e9 Gaston Berger, St Louis, p. 8-17.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2021. <em>Discours et analyse du discours : une introduction.<\/em> 2\u1d49 \u00e9d. Paris : Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramose, Mogobe. 1999. <em>African philosophy through Ubuntu.<\/em> Harare : Mond Books.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Siblot, Paul. 1997. Nomination et production de sens : le prax\u00e8me. <em>Langages<\/em>, 31\u1d49 ann\u00e9e, n\u00b0127, p. 38-55.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yao Gnabeli, Roch. 2012. D\u00e9construction de la figure de l\u2019\u00e9tranger ouest-africain en C\u00f4te d\u2019Ivoire. <em>Migrations Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Volume 24, n\u00b0 144, p. 85-97.<\/p>\r\n\r\n<h2>Corpus<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\">- Discours d'Alassane Ouattara au Forum de la r\u00e9conciliation nationale, 1<sup>er<\/sup> D\u00e9cembre 2001, <a href=\"https:\/\/www.adolebatisseur.org\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/\">https:\/\/www.adolebatisseur.org\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">- Discours de <span style=\"font-size: 1em\">Tidjane <\/span><span style=\"text-align: initial;text-indent: -1em;font-size: 1em\">Thiam lors de la pr\u00e9sentation de v\u0153ux du personnel politique du PDCI-RDA le 25 Janvier 2025, <\/span><a href=\"https:\/\/web.facebook.com\/watch\/?v=1786030875496880\">https:\/\/web.facebook.com\/watch\/?v=1786030875496880<\/a><\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette \u00e9tude analyse le fonctionnement discursif de la figure de l\u2019\u00e9tranger dans le champ politique ivoirien. Celle-ci est le prolongement d\u2019un interdiscours bien enracin\u00e9, et qui sert \u00e0 disqualifier politiquement et symboliquement l\u2019adversaire. Comment donc est \u00e9labor\u00e9e cette figure de l\u2019acteur politique \u2018\u2018\u00e9tranger\u2019\u2019? L\u2019hypoth\u00e8se est que cette construction repose sur des strat\u00e9gies de l\u00e9gitimation et de d\u00e9ligitimation. L\u2019analyse des discours de deux acteurs politiques ivoiriens, ceux d\u2019Alassane Ouattara et de Tidjane Thiam, v\u00e9rifie cette hypoth\u00e8se. Elle permet de mettre en \u00e9vidence les modes linguistiques et argumentatifs qui construisent et conditionnent de mani\u00e8re permanente la figure de l\u2019acteur politique \u2018\u2018\u00e9tranger\u2019\u2019 dans la sph\u00e8re politique ivoirienne. L\u2019enjeu principal est l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une instance politique dont la l\u00e9gitimit\u00e9 repose sur une authentification valid\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/acteur-politique-etranger\/\">Acteur politique \u00e9tranger<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/analyse-du-discours\/\">analyse du discours<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/contexte-africain\/\">Contexte africain<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/discours-politique\/\">Discours politique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/identite\/\">Identit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/legitimation\/\">L\u00e9gitimation<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>The \u201cforeign\u201d political actor in ivorian political discourse: discursive patterns and issues<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This study analyzes the discursive functioning of the figure of the foreigner in the Ivorian political field. This is the extension of a well-rooted inter-discourse, which serves to politically and symbolically disqualify the adversary. How is this figure of the \u00ab\u00a0foreign\u00a0\u00bb political actor developed? The hypothesis is that this construction is based on strategies of legitimization and delegitimization. The analysis of the discourses of two Ivorian political actors, Alassane Ouattara and Tidjane Thiam, verifies this hypothesis. It highlights the linguistic and argumentative modes that permanently construct and condition the figure of the \u00ab\u00a0foreign\u00a0\u00bb political actor in the Ivorian political sphere. The main issue is the establishment of a political body whose legitimacy is based on validated authentication.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/african-context\/\">African context<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/discourse-analysis\/\">discourse analysis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/foreign-political-actor\/\">Foreign political actor<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/identity\/\">Identity<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/legitimation\/\">Legitimation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/political-discourse\/\">Political discourse<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (baoul\u00e9)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>Be nga be yo politiki\u2019n i nd\u025b\u2019n i vorie politiki nd\u025b\u2019n i su\u2019n: nd\u025b nga be kan\u2019n be nd\u025b\u2019n be nd\u025b\u2019n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">I s\u0254 like suanl\u025b\u2019n, \u0254 yiyi wafa nga aofu\u025b\u2019n i wafa\u2019n di junman\u2019n i nun nd\u025b kanl\u025b nun\u2019n, Ivoiri l\u0254 politiki lika\u2019n nun. I s\u0254 nz\u0254li\u025b\u2019n ti nd\u025b kanl\u025b kun m\u2019\u0254 le bo bol\u025b kpa\u2019n i sin like kun, m\u2019\u0254 ti politiki nin nz\u0254li\u025b like nun\u2019n, \u0254 yo maan be kp\u0254fu\u025b\u2019n w\u2019a kwl\u00e1 diman junman\u2019n ni\u0254n. ? \u0186 maan wafa s\u025b y\u025b be yili politiki nun sran \u00ab\u00a0nvle ufl\u025b nunfu\u025b\u00a0\u00bb i wafa s\u0254\u2019n ni\u0254n? Hypoth\u00e8se y\u025ble k\u025b sua s\u0254\u2019n i kplanl\u025b\u2019n taka strategies de l\u00e9gitimisation nin d\u00e9l\u00e9gitimisation be su. K\u025b be niannin Ivoiri l\u0254 politikifu\u025b n\u0272\u0254n m\u0254 be fl\u025b be k\u025b Alassane Ouattara nin Tidjane Thiam be nd\u025b\u2019m be nun\u2019n, be wunnin k\u025b nd\u025b s\u0254\u2019n ti nanwl\u025b. \u0186 yi ani\u025bn nin nd\u025b kanl\u025b wafa nga be kplan sran ng\u2019\u0254 ti \u201cnvle ufl\u025b nunfu\u025b\u201d i politikifu\u025b\u2019n i wafa\u2019n i nglo titi\u2019n, \u0254 nin wafa nga be siesie i\u2019n, i nglo. Akplowa cinnjin kpafu\u025b\u2019n y\u025ble k\u025b, maan be sie politiki anuannz\u025b kun m\u0254 i mmla\u2019n taka like nga be fl\u025b i k\u025b authentification valid\u00e9e su\u2019n.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (baoul\u00e9)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/mmlan-i-su-nantil%c9%9bn\/\">Mmla\u2019n i su nantil\u025b\u2019n<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/nd%c9%9b-kanl%c9%9bn-i-nun-nianl%c9%9b\/\">Nd\u025b kanl\u025b\u2019n i nun nianl\u025b<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/nvle-ufl%c9%9b-nun-politikifu%c9%9b\/\">Nvle ufl\u025b nun politikifu\u025b<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/politiki-nd%c9%9b-kanl%c9%9bn\/\">Politiki nd\u025b kanl\u025b\u2019n<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/sran-blem-be-likan\/\">Sran ble\u2019m be lika\u2019n<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/srann-i-wunmi%c9%9bnn\/\">Sran\u2019n i wunmi\u025bn\u2019n<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>1 ao\u00fbt 2025<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>23 septembre 2025<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>25 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La question de l\u2019\u00e9tranger occupe une place centrale dans les d\u00e9bats politiques contemporains, en particulier dans les soci\u00e9t\u00e9s marqu\u00e9es par des tensions identitaires et des recompositions d\u00e9mocratiques. Lors des joutes \u00e9lectorales pr\u00e9sidentielles, les acteurs politiques, en plus de justifier leur m\u00e9rite d\u2019exercer le pouvoir, doivent \u00e9galement l\u00e9gitimer leur identit\u00e9 sociale, morale, politique et id\u00e9ologique. On assiste \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un personnage dont la constance le mue, dans le champ politique africain, en instance de discours : il s\u2019agit de l\u2019acteur politique \u00e9tranger. La pr\u00e9tention \u00e0 la magistrature supr\u00eame va ainsi red\u00e9finir la question de l\u2019identit\u00e9 dans le d\u00e9bat public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le terme acteur politique \u00e9tranger se justifie en contexte politique africain du fait des controverses identitaires. Elles sont suscit\u00e9es par les origines et\/ou nationalit\u00e9s d\u2019acteurs politiques jug\u00e9es floues, et qui sont devenues un enjeu politique important. Cette contribution analyse les m\u00e9canismes de red\u00e9finition du concept d\u2019\u00e9tranger et ses implications pour les acteurs politiques. Elle r\u00e9pond \u00e0 la question : comment la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est-elle construite et instrumentalis\u00e9e dans le discours ivoirien? Quels enjeux identitaires et politiques cette construction r\u00e9v\u00e8le-t-elle? L\u2019analyse du discours, dans ses aspects \u00e9nonciatif, argumentatif et rh\u00e9torique servira de m\u00e9thode d\u2019analyse. Il s&rsquo;agit d\u2019examiner l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est construite \u00e0 partir d\u2019un jeu de strat\u00e9gies argumentatives de l\u00e9gitimation et de d\u00e9l\u00e9gitimation. Il s\u2019agit de rep\u00e9rer et examiner les sch\u00e9mas discursifs qui structurent, conditionnent et positionnent la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger en figure discursive dans le champ africain en g\u00e9n\u00e9ral et ivoirien en particulier. Pour ce faire, un corpus constitu\u00e9 du discours d\u2019Alassane Ouattara au forum de la r\u00e9conciliation nationale en 2001, et de celui de Tidjane Thiam au Bureau politique du PDCI en 2025 servira de base \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Il s\u2019agit de deux personnalit\u00e9s politiques ivoiriennes dont la probl\u00e9matique de nationalit\u00e9 a cristallis\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne en deux p\u00f4les : les pro- et anti- Ouattara et Thiam.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude est articul\u00e9e autour d\u2019un fondement th\u00e9orique et historique sur la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9tranger, puis de l\u2019analyse du corpus et des enjeux \u00e9nonciatifs et de l\u00e9gitimation qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9tranger au prisme de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et de l\u2019identit\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La notion d\u2019\u00e9tranger est indissociable de celles d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et d\u2019identit\u00e9. Car l\u2019\u00e9tranger est un op\u00e9rateur essentiel dans la d\u00e9finition de la communaut\u00e9 : il est un rep\u00e8re qui lui permet de tracer ses fronti\u00e8res sociales, politiques et symboliques. Ce processus de diff\u00e9renciation renvoie \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le l\u2019identit\u00e9 collective en tra\u00e7ant les contours, les fragilit\u00e9s et les strat\u00e9gies de l\u00e9gitimation de la communaut\u00e9. Questionner la figure de l\u2019\u00e9tranger \u00e0 partir de l\u2019analyse du discours permet de comprendre comment celle-ci est mobilis\u00e9e et instrumentalis\u00e9e dans l\u2019ar\u00e8ne politique.<\/p>\n<h3>D\u00e9finition usuelle de l\u2019\u00e9tranger<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9fini sociologiquement comme un individu n\u2019appartenant pas \u00e0 une communaut\u00e9 donn\u00e9e, l\u2019\u00e9tranger est caract\u00e9ris\u00e9 par son absence de rattachement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il se trouve. Cette absence se d\u00e9cline d\u2019un point de vue social (par le statut d\u2019immigr\u00e9) ou culturel (par les diff\u00e9rences culturelles avec la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil). Dans la conception occidentale, l\u2019\u00e9tranger se d\u00e9partit de toute repr\u00e9sentation de l\u2019enracinement en symbolisant le passage, le mouvement. L\u2019\u00e9tranger est une figure de l\u2019Autre : hors de la sph\u00e8re du connu, de la familiarit\u00e9 et de la compr\u00e9hension. Sa construction est la r\u00e9sultante de l\u2019organisation des rapports humains en termes de sup\u00e9riorit\u00e9\/inf\u00e9riorit\u00e9 et en a un revers n\u00e9gatif du fait de son instabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais la pens\u00e9e et la soci\u00e9t\u00e9 africaines accordent un traitement diff\u00e9rent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger selon des acceptions diachroniques et contextuelles. Sa construction linguistique induit l\u2019\u00e9laboration d\u2019un imaginaire. L\u2019\u00e9tranger est un invit\u00e9, voire un messager divin dans la cosmogonie africaine. Consid\u00e9r\u00e9 avec respect, il est source de connaissance et d\u2019enrichissement du fait de sa non-fixit\u00e9 et de son caract\u00e8re transitoire. L\u2019\u00e9tranger, dans la philosophie africaine, est le symbole d\u2019ouverture, de tol\u00e9rance et de partage. Il est un autre moi, une d\u00e9clinaison de ses possibilit\u00e9s. Dans ce contexte, la philosophie Ubuntu illustre cette pens\u00e9e : \u00ab l\u2019\u00e9tranger est un ami que tu ne connais pas encore \u00bb. Il n\u2019est pas un intrus ou une menace, mais une opportunit\u00e9 relationnelle qui enrichit l\u2019humanit\u00e9 (Ramose, 1999). L\u2019\u00e9tranger est de ce fait n\u00e9cessaire \u00e0 la construction de soi, et plus largement de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019on est donc tent\u00e9 de s\u2019interroger sur l\u2019origine de ce \u00ab shift \u00bb, ce changement radical \u00e0 l\u2019endroit de cette figure sociale. Son appr\u00e9hension actuelle est fille d\u2019un contexte historique africain qui a complexifi\u00e9 son image. Entre la colonisation, les deux guerres mondiales, les luttes inter-\u00e9tatiques et \u00e9conomiques, la perception idyllique de cette figure a \u00e9t\u00e9 largement \u00e9corn\u00e9e par des aspects n\u00e9gatifs. L\u2019\u00e9tranger inspire d\u00e9sormais la m\u00e9fiance, la suspicion, la confiance perdue, et dans des cas extr\u00eames, la trahison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En C\u00f4te d\u2019Ivoire, et en Afrique de l\u2019Ouest francophone en g\u00e9n\u00e9ral, les alliances entre les natifs et les peuples \u00e9trangers ont cr\u00e9\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019habitant\u00b7es aux origines hybrides qui se sont ins\u00e9r\u00e9\u00b7es \u00e0 tous les niveaux, dont la politique, non sans engendrer des pol\u00e9miques et controverses majeures. La figure sociale de l\u2019\u00e9tranger est devenue une figure politique \u00e0 part enti\u00e8re. Il s\u2019agit de la mani\u00e8re dont un individu per\u00e7u comme non originaire ou ill\u00e9gitime dans un espace politique donn\u00e9 est construit dans le discours par lui-m\u00eame et par les autres (adversaires, m\u00e9dias, etc.).<\/p>\n<h3>Historicit\u00e9 de l\u2019\u00e9tranger dans le champ politique ivoirien<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les travaux de Yao Gnabeli (2012, p. 85-97), Pierre Kipr\u00e9 et Ousmane Demb\u00e9l\u00e9 (2003, p. 34-48), entre autres, permettent de comprendre comment la question de l\u2019\u00e9tranger s\u2019est introduite progressivement dans la sph\u00e8re politique ivoirienne et a entra\u00een\u00e9 une crise de la l\u00e9gitimit\u00e9. Deux p\u00e9riodes significatives sont \u00e0 relever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De 1960 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, l\u2019\u00e9tranger b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un statut privil\u00e9gi\u00e9 en C\u00f4te d\u2019Ivoire. La politique d\u2019ouverture du Pr\u00e9sident Houphou\u00ebt-Boigny est favorable \u00e0 l\u2019installation des populations venant de la sous-r\u00e9gion,\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">notamment <\/span><span style=\"font-size: 1em\">dans les zones foresti\u00e8res, afin de participer \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de plantation. Il s\u2019ensuit une rh\u00e9torique d\u2019inclusion qui fa\u00e7onne le discours valorisant. Le lexique traduit cette politique d\u2019ouverture lorsque le Pr\u00e9sident Houphou\u00ebt-Boigny pr\u00e9sente la C\u00f4te d\u2019Ivoire comme une \u00ab terre d\u2019accueil \u00bb et qui \u00ab appartient \u00e0 celui qui la met en valeur \u00bb. Ce discours instaure une \u00e9galit\u00e9 de possession territoriale entre les natif\u00b7ves et ceux et celles venu\u00b7es d\u2019ailleurs. Il a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 faire de la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9tranger un enjeu social et politique r\u00e9current. En effet, les populations \u00e9trang\u00e8res avaient le droit de vote, participant ainsi de fa\u00e7on active \u00e0 la vie politique de leur pays d\u2019accueil. La C\u00f4te d\u2019Ivoire devient un exemple d\u2019int\u00e9gration sous-r\u00e9gionale. Il accueille 17 % d\u2019\u00e9trangers et d&rsquo;\u00e9trang\u00e8res venant des pays limitrophes en 1965, et ce taux passe \u00e0 22 % en 1975 (Babo, 2010, p. 39-62). L\u2019attribution de la nationalit\u00e9 se fait par filiation ou par le lieu de naissance : \u00ab <\/span><em style=\"font-size: 1em\">le but vis\u00e9 dans ce code [de la nationalit\u00e9], c\u2019est pouvoir arriver \u00e0 cr\u00e9er un climat tel que les \u00e9trangers n\u2019aient pas \u00e0 souffrir, cr\u00e9er un climat de paix, un climat social, fait de confiance et de compr\u00e9hension mutuelle \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Proc\u00e8s-verbal de la commission des affaires g\u00e9n\u00e9rales et institutionnelles, s\u00e9ance du mardi 28 novembre 1961.\" id=\"return-footnote-2123-1\" href=\"#footnote-2123-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a><\/em><span style=\"font-size: 1em\">. Le l\u00e9gislatif concr\u00e9tise le discours politique int\u00e9grateur, m\u00eame si l\u2019\u00e9tranger reste symboliquement ext\u00e9rieur \u00e0 la communaut\u00e9 nationale (Ban\u00e9gas, 2006).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec les bouleversements politiques des ann\u00e9es 1990, l\u2019\u00e9tranger est progressivement devenu une cat\u00e9gorie politique pol\u00e9mique. Le concept d\u2019\u00ab ivoirit\u00e9 \u00bb introduit en politique par le Pr\u00e9sident Henri Konan B\u00e9di\u00e9 a marqu\u00e9 un tournant. Cette notion culturelle valorisant la culture ivoirienne a \u00e9t\u00e9 progressivement d\u00e9voy\u00e9e et utilis\u00e9e comme outil d\u2019exclusion dans le champ social et politique. Le lexique politique et m\u00e9diatique a \u00e9t\u00e9 rapidement satur\u00e9 de termes restrictifs \u00e0 vis\u00e9e exclusionniste : les expressions \u00ab ivoirien de souche \u00bb, \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb inondent les discours qui tracent la fronti\u00e8re entre le \u00ab vrai ivoirien \u00bb et l\u2019\u00ab autre \u00bb. Cette rh\u00e9torique mat\u00e9rialise le changement radical de politique envers l\u2019\u00e9tranger : suppression de leur droit de vote, instauration de la carte de s\u00e9jour, r\u00e9vision du code \u00e9lectoral en 1995 et de la constitution en 2000, ce qui emp\u00eache l\u2019ex-premier ministre Alassane Ouattara de se pr\u00e9senter aux pr\u00e9sidentielles pour \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb. L\u2019\u00e9tranger devient une figure discursive de la s\u00e9paration. De m\u00eame, la citoyennet\u00e9 et l\u2019appartenance nationale deviennent des conditions d\u2019acc\u00e8s au pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Durant la crise ivoirienne de 2002 \u00e0 2011, la figure de l\u2019\u00e9tranger s\u2019est mu\u00e9e en vecteur de polarisation entre le nord et le sud, nourrissant un climat de suspicion sur l\u2019identit\u00e9 nationale (Banegas, 2006). Malgr\u00e9 la stabilisation socio-politique du pays, la r\u00e9surgence de la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9tranger est constante : la candidature de Tidjane Thiam, Pr\u00e9sident du PDCI, \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2025 est source de pol\u00e9mique du fait de sa nationalit\u00e9 franco-ivoirienne, donc de son \u00ab alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb, ce qui a fragilis\u00e9 sa l\u00e9gitimit\u00e9. Au niveau linguistique, le discours n\u2019est plus marqu\u00e9 par la \u00ab nationalit\u00e9 douteuse \u00bb, mais par la \u00ab double nationalit\u00e9 \u00bb, qui dans l\u2019imaginaire collectif induit un doute sur l\u2019appartenance \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On comprend ainsi que la probl\u00e9matique de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est le r\u00e9sultat d\u2019un glissement de la d\u00e9n\u00e9gation sociale vers le refus politique. Cette figure a plusieurs dimensions et s\u2019appuie sur trois caract\u00e9ristiques\u00a0: l\u2019hybridit\u00e9 juridique, la d\u00e9marcation id\u00e9ologique et le d\u00e9racinement social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La caract\u00e9ristique la plus \u00e9vidente qualifiant l\u2019acteur politique \u00e9tranger est son hybridit\u00e9 juridique, r\u00e9sultant de l\u2019acquisition d\u2019au moins deux nationalit\u00e9s par ses ascendant\u00b7es. La question de la filiation devenue un enjeu \u00e9lectoral majeur est un crit\u00e8re de validation ou d\u2019ostracisme populaire. La logique sous-tendant cette attitude serait que cette hybridit\u00e9 juridique faciliterait la collusion avec l\u2019ext\u00e9rieur, donc une d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats nationaux \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. Le discours est ainsi domin\u00e9 par l\u2019usage des marqueurs symboliques de justification. L\u2019hybridit\u00e9 juridique fait de l\u2019acteur politique \u00e9tranger une figure de la limite : limite entre l\u2019inconnu et le connu, entre le familier et l\u2019intrus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9marcation id\u00e9ologique ou \u00ab l\u2019\u00e9tranger de l\u2019int\u00e9rieur \u00bb est attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019homme ou la femme politique qui pr\u00e9sente une affiliation \u00e0 un syst\u00e8me ou une id\u00e9ologie de prolongation des int\u00e9r\u00eats imp\u00e9rialistes, contraire aux int\u00e9r\u00eats nationaux. Cette caract\u00e9ristique peut \u00eatre attribu\u00e9e concomitamment ou ind\u00e9pendamment de la nationalit\u00e9 et est li\u00e9e \u00e0 un imaginaire souverainiste, anticolonial et de repossession. Ici c\u2019est le d\u00e9salignement des valeurs, les suspicions de double loyaut\u00e9 ou d\u2019imposture qui conf\u00e8rent la qualification d\u2019\u00e9tranger \u00e0 l\u2019acteur politique. Les \u00e9lections en Afrique subsaharienne ces derni\u00e8res d\u00e9cennies ont ainsi mis en exergue l\u2019opposition \u00ab candidat de l\u2019int\u00e9rieur\/candidat de l\u2019\u00e9tranger \u00bb (B\u00e9nin, Niger, C\u00f4te d\u2019Ivoire).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9racinement social est le r\u00e9sultat du d\u00e9calage entre les pr\u00e9tentions de pouvoir de l\u2019homme ou la femme politique et sa distance avec son auditoire, sa d\u00e9connexion des r\u00e9alit\u00e9s sociopolitiques de son pays. Nombre d\u2019hommes politiques, malgr\u00e9 leur \u2018\u2018puret\u00e9\u2019\u2019 juridique et leur ancrage id\u00e9ologique sont frapp\u00e9s par ce d\u00e9racinement qui creuse l\u2019\u00e9cart avec la cible \u00e9lectorale. Cette caract\u00e9ristique peut entraver durablement la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019acteur politique lorsqu\u2019elle est suppos\u00e9e &#8211; par attribution apriorique &#8211; et non av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019historicit\u00e9 de la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger r\u00e9v\u00e8le une dynamique constante : de ressource \u00e9conomique, il est devenu un enjeu politique et identitaire. Il est une figure discursive strat\u00e9gique, une mesure de l\u00e9gitimation\/d\u00e9l\u00e9gitimation dans la vie politique ivoirienne, fa\u00e7onn\u00e9e par le contexte. Analyser les sch\u00e9mas discursifs qui structurent la parole politique sur cette figure du discours permet ainsi de comprendre ses modes de construction discursive. Cette analyse s\u2019appuie sur les th\u00e9ories et outils de l\u2019argumentation tels qu\u2019\u00e9labor\u00e9s par Amossy (2010), et ceux du discours politique en tant qu\u2019acte de communication et champ de pratiques (Charaudeau, 2014). Ils permettront de mettre en \u00e9vidence les proc\u00e9d\u00e9s argumentatifs qui construisent ou d\u00e9construisent la l\u00e9gitimit\u00e9. Ils aideront \u00e9galement \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les images que les acteurs et actrices \u00e9laborent \u00e0 partir de la question de l\u2019\u00ab \u00e9tranger \u00bb pour fragiliser l\u2019adversaire.<\/p>\n<h2>Construction de la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9laboration de cette figure d\u2019un point de vue discursif s\u2019op\u00e8re \u00e0 partir de trois p\u00f4les\u00a0: le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9, les dissonances narratives et le contre-discours comme strat\u00e9gie de requalification du d\u00e9bat politique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019agit d\u2019un vocabulaire \u00e9labor\u00e9 pour d\u00e9crire, voire d\u00e9montrer la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9tranger. Dans le corpus, Alassane Ouattara s\u2019exprime ainsi :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tour \u00e0 tour trait\u00e9 d\u2019\u00e9tranger, de faussaire, d\u2019usurpateur et d\u2019ennemi de mon pays [\u2026] j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de faux sur mes cartes nationales d\u2019identit\u00e9 de 1982 et 1990 \u00bb (discours d\u2019Alassane Ouattara au forum de la r\u00e9conciliation nationale).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Par le discours indirect libre, le locuteur pr\u00e9sente le discours en circulation sur sa personne. Les lex\u00e8mes utilis\u00e9s sont connot\u00e9s n\u00e9gativement pour justifier sa posture d\u00e9fensive. Plus que de simples termes, il s\u2019agit de nominatifs, qui\u00a0\u00ab\u00a0<em>en m\u00eame temps qu\u2019[ils] cat\u00e9gorise[ent] l\u2019objet nomm\u00e9, positionne[nt] l\u2019instance nommante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce dernier<\/em> \u00bb (Siblot, 1997, p. 42). Ces lex\u00e8mes expriment le rapport de force entre l\u2019\u00e9nonciateur et le locuteur nomm\u00e9. Ils traduisent ainsi la repr\u00e9sentation d\u2019Alassane Ouattara par les autorit\u00e9s gouvernementales ivoiriennes, \u00e0 savoir une personne caract\u00e9ris\u00e9e par la duplicit\u00e9, donc indigne de confiance. Le choix des termes n\u2019est pas fortuit : il rappelle les probl\u00e9matiques juridiques, administratives et politiques li\u00e9es \u00e0 sa situation et qui sont sources de d\u00e9bat. L\u2019\u00e9num\u00e9ration progressive cr\u00e9e une gradation dramatique des lex\u00e8mes qui aboutit \u00e0 l\u2019exclusion symbolique avec le syntagme nominal \u2018\u2019ennemi de la nation\u2019\u2019. Le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9 a pour effet de d\u00e9l\u00e9gitimer le locuteur pour l\u2019exclure du d\u00e9bat politique national. Il le pr\u00e9sente d\u2019abord comme un individu indigne de confiance, puis comme une menace. Les items renforcent les oppositions binaires lui\/nous, patriote\/usurpateur et font du locuteur un anti-ethos collectif. Le locuteur s\u2019en distancie par l\u2019usage de la tournure passive \u2018\u2019j\u2019ai \u00e9t\u00e9 trait\u00e9\u2026\u2019\u2019, \u2018\u2019j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accus\u00e9\u2026\u2019\u2019 qui le positionne en posture de victime. En exposant ces accusations, il d\u00e9nonce la violence symbolique subie \u00e0 travers les mots pour invalider le propos. Le lexique de l\u2019extran\u00e9it\u00e9 est ici incisif, voire violent, et favorise la construction pour le locuteur d\u2019un ethos de victime que le discours indirect libre contribue \u00e0 fa\u00e7onner.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La strat\u00e9gie de r\u00e9futation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9futation se manifeste dans le discours lorsque l\u2019acteur politique prend appui sur une accusation identitaire pour la d\u00e9construire. Chez Alassane Ouattara, cette strat\u00e9gie se traduit par un d\u00e9calage argumentatif dans l\u2019extrait suivant:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On me reproche d&rsquo;avoir utilis\u00e9 le passeport diplomatique volta\u00efque pour \u00e9tablir les actes notari\u00e9s d&rsquo;achat de biens immobiliers et une fiche d&rsquo;ouverture de compte bancaire. Demandez \u00e0 n&rsquo;importe quel juriste, il vous expliquera que ces actes sont de nature purement commerciale et n&rsquo;ont donc pas pour effet d&rsquo;\u00e9tablir une nationalit\u00e9. C&rsquo;est cela la v\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est le lieu de pr\u00e9ciser que tout en \u00e9tant d\u00e9tenteur d&rsquo;un passeport diplomatique de la Haute-Volta, jamais, je n&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 fonctionnaire dans l&rsquo;administration publique burkinab\u00e8. Jamais, je n&rsquo;ai travaill\u00e9 dans le secteur priv\u00e9 au Burkina Faso. On peut le v\u00e9rifier.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, la r\u00e9futation appara\u00eet dans la contradiction des faits reproch\u00e9s et le r\u00e9tablissement de ce que le locuteur consid\u00e8re comme la v\u00e9rit\u00e9. Il \u00e9voque d\u2019abord le reproche qui lui est pos\u00e9, \u00e0 savoir de s\u2019\u00eatre pr\u00e9valu du passeport volta\u00efque, induisant ainsi l\u2019adoption administrative d\u2019une nationalit\u00e9 autre qu\u2019ivoirienne. Alassane Ouattara corrige ce biais partir d\u2019une red\u00e9finition du cadre interpr\u00e9tatif: l\u2019acte d\u2019utiliser le passeport volta\u00efque qui peut \u00eatre per\u00e7u comme un acte politique ou identitaire est r\u00e9duit \u00e0 un acte technique et commercial. Il est donc d\u00e9politis\u00e9 et invalide le sous-entendu de la pr\u00e9valence d\u2019une nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re. Alassane Ouattara reconna\u00eet l\u2019existence de la pol\u00e9mique, mais la retourne en d\u00e9non\u00e7ant le caract\u00e8re non d\u00e9mocratique de ces accusations. Il convoque ensuite un discours expert (\u2018\u2019demandez \u00e0 n\u2019importe quel juriste &#8230;\u2019\u2019) pour neutraliser la pol\u00e9mique et cantonner le raisonnement \u00e0 la logique technique et juridique. Le locuteur pr\u00e9sente de la sorte la vacuit\u00e9 du raisonnement adverse et oriente l\u2019auditoire vers une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente du raisonnement identitaire implicitement propos\u00e9. Par la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019adverbe \u2018\u2019jamais\u2019\u2019, le locuteur r\u00e9affirme son ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 volta\u00efque et la coh\u00e9rence dans ses propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La strat\u00e9gie de r\u00e9futation permet au locuteur de d\u00e9fendre son ethos de constance devant l\u2019auditoire en r\u00e9v\u00e9lant les incoh\u00e9rences de l\u2019argument adverse. Elle lui sert \u00e0 poser sa strat\u00e9gie de l\u00e9gitimation en d\u00e9cr\u00e9dibilisant le d\u00e9bat de l\u2019identit\u00e9. Il se d\u00e9fend ainsi de l\u2019image d\u2019imposteur. La r\u00e9futation n\u2019est pas seulement une strat\u00e9gie d\u00e9fensive, elle permet au locuteur de reconfigurer le r\u00e9cit pol\u00e9mique en sa faveur.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le contre-discours comme strat\u00e9gie de requalification du d\u00e9bat politique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le contre-discours constitue une strat\u00e9gie discursive par laquelle l\u2019acteur politique refuse le discours impos\u00e9 par ses adversaires. Il le requalifie et recentre ainsi le d\u00e9bat sur des enjeux qui lui sont favorables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Faisant aussi face \u00e0 la pol\u00e9mique sur sa nationalit\u00e9, Tidjane Thiam candidat du PDCI, lors de la pr\u00e9sentation des v\u0153ux au bureau politique, s\u2019exprime dans cet extrait :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, est-ce qu&rsquo;il m\u00e9rite 5 ans de plus? C&rsquo;est la seule question, pas ma nationalit\u00e9. \u00c7a fait des mois qu&rsquo;en premi\u00e8re page des journaux, ils ne parlent que de ma nationalit\u00e9. Qui parle de leur bilan? Qui parle de leur bilan? Quand il fait en 15 ans, m\u00e9rite-t-il 5 ans de plus? C&rsquo;est la seule question, pas la nationalit\u00e9 de votre pr\u00e9sident. On essaie de transformer un d\u00e9bat pr\u00e9sidentiel en un d\u00e9bat qui n&rsquo;est pas digne de notre pays.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce contre-discours s\u2019oppose \u00e0 un discours dominant sur la nationalit\u00e9 du locuteur, sous-entendue comme ill\u00e9gitime et justifiant son exclusion politique. Tidjane Thiam r\u00e9pond \u00e0 ce discours en repositionnant le d\u00e9bat dans son contexte purement politique et \u00e9lectoral. Il fait un recadrage du d\u00e9bat \u00e0 travers les phrases interrogative et affirmative. Ce faisant, il refuse le terrain identitaire qui veut lui \u00eatre impos\u00e9 et r\u00e9oriente l\u2019attention de l\u2019auditoire vers la comp\u00e9tence et le bilan d\u2019exercice du parti au pouvoir. Au lieu d\u2019enjeux personnels, ce sont plut\u00f4t des enjeux nationaux et r\u00e9publicains qui sont avanc\u00e9s. Le renversement rh\u00e9torique se poursuit \u00e0 travers la s\u00e9rie d\u2019interrogations sur le bilan politique du protagoniste. Le d\u00e9bat est requalifi\u00e9 en retournant l\u2019attention de l\u2019auditoire vers l\u2019adversaire politique qui a des comptes \u00e0 rendre \u00e0 l\u2019\u00e9lectorat. Tidjane Thiam se positionne ainsi comme le d\u00e9fenseur d\u2019un d\u00e9bat public sain et constructif par le d\u00e9placement de la charge justificative : ce n\u2019est plus \u00e0 lui de prouver son authenticit\u00e9, mais au pouvoir en place de prouver son efficacit\u00e9. Le contre-discours agit comme une strat\u00e9gie de r\u00e9sistance, qui neutralise l\u2019attaque et valorise une autre hi\u00e9rarchie des crit\u00e8res politiques ax\u00e9e sur la gouvernance et les r\u00e9sultats. Il construit un ethos de s\u00e9rieux et de responsabilit\u00e9 et est une opportunit\u00e9 de repositionnement argumentatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du corpus montre que les discours de Ouattara et Thiam mettent en \u0153uvre des strat\u00e9gies discursives diff\u00e9renci\u00e9es\u00a0: lexique polarisant, r\u00e9futation, contre-discours. Ces proc\u00e9d\u00e9s montrent que la figure de l\u2019\u00e9tranger n\u2019est pas objective, mais une figure discursive performative qui reconfigure le d\u00e9bat politique ivoirien.<\/p>\n<h2>Enjeux de la construction discursive de l\u2019acteur politique \u00e9tranger sur le discours politique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours en Afrique questionne les pratiques politiques au prisme des pratiques discursives qui les sous-tendent et\/ou les expriment (Houessou, Adou, Coulibaly, 2025) dans un contexte socio-politique parfois instable. S\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019acteur politique \u00e9tranger est en ce sens pertinente, car elle reconfigure le discours politique en contexte africain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger est, en contexte africain, d\u00e9terminante. Elle est d\u2019une importance strat\u00e9gique et symbolique car elle est un instrument de red\u00e9finition de l\u2019appartenance nationale. Elle transforme en profondeur les logiques d\u00e9mocratiques. En effet, elle cantonne le politique dans une sc\u00e8ne identitaire. Le discours politique devient un discours de validation ou d\u2019invalidation de l\u2019authenticit\u00e9 des acteurs. Cette instance discursive instaure ainsi une d\u00e9mocratie d\u2019authentification et devient une instance discursive de mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve et de reconfiguration de l\u2019acc\u00e8s au pouvoir. \u00c0 partir du corpus d\u2019\u00e9tude, il est compr\u00e9hensible que cette figure r\u00e9v\u00e8le les tensions propres aux d\u00e9mocraties africaines contemporaines, o\u00f9 le discours politique oscille entre ancrage identitaire et l\u00e9gitimation politique. Elle devient la figure d\u2019une citoyennet\u00e9 instable et en n\u00e9gociation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger a \u00e9galement un effet sur la repr\u00e9sentation car elle d\u00e9stabilise l\u2019instance politique. Puisqu\u2019il est per\u00e7u comme \u00e9tranger, le contrat d\u2019adh\u00e9sion avec l\u2019acteur politique est alt\u00e9r\u00e9, ce qui affaiblit sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 parler au nom d\u2019un \u00ab nous \u00bb national. Le contrat de communication politique est ainsi brouill\u00e9\u00a0: l\u2019\u00e9nonciation ne repose plus sur le projet politique, mais sur la personne. Ce n\u2019est plus <em>que propose-t-il?<\/em>, mais plut\u00f4t <em>qui est-il\u00a0vraiment?<\/em> Et <em>est-il autoris\u00e9 \u00e0 dire \u00ab nous \u00bb<\/em>? L\u2019acteur politique \u00e9tranger dilue la sc\u00e8ne d\u00e9mocratique en mettant en retrait les questions li\u00e9es \u00e0 la gestion de la <em>polis<\/em>. C\u2019est une figure-pivot qui peut soit affaiblir, soit renforcer l\u2019instance politique lorsque l\u2019authenticit\u00e9 sociopolitique de l\u2019acteur politique est av\u00e9r\u00e9e. Elle donne \u00e0 voir qu\u2019en contexte politique africain, l\u2019identit\u00e9 contribue d\u00e9sormais \u00e0 faire autorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est aussi important de s\u2019int\u00e9resser aux implications juridiques que suscitent l\u2019\u00e9laboration de la figure de l\u2019acteur politique \u00e9tranger. Le lexique employ\u00e9 pour d\u00e9signer cette instance acquiert une performativit\u00e9 institutionnelle lorsque les mots sont employ\u00e9s dans les textes de loi. Les pol\u00e9miques sur l\u2019\u00ab ivoirit\u00e9 \u00bb ont nourri des dispositifs juridiques d\u2019exclusion, qui en retour ont stabilis\u00e9 des cat\u00e9gories politiques durables. Le droit concentre la probl\u00e9matique identitaire qui l\u00e9gitime ainsi les cat\u00e9gories discursives. L\u2019acteur politique \u00e9tranger est donc \u00e0 la fois un produit discursif et le r\u00e9sultat de dispositions juridiques et institutionnelles. Ce croisement juridico-discursif montre que les d\u00e9mocraties africaines se construisent par les discours et par la mani\u00e8re dont les mots de l\u2019extran\u00e9it\u00e9 investissent les textes de loi.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019acteur politique \u00e9tranger est une figure majeure en contexte africain et une construction durable bas\u00e9e sur des fondements sociopolitiques forts. La pr\u00e9sente analyse a mis en \u00e9vidence son r\u00f4le central dans la construction et la reconfiguration du champ politique. Il est caract\u00e9ris\u00e9 par son hybridit\u00e9 juridique, sa d\u00e9marcation id\u00e9ologique et son d\u00e9racinement social qui induisent discursivement une parole de r\u00e9futation et un contre-discours r\u00e9pondant \u00e0 un lexique d\u2019extran\u00e9it\u00e9. Cette figure participe \u00e0 la mise en place d\u2019une d\u00e9mocratie d\u2019authentification, o\u00f9 la l\u00e9gitimit\u00e9 repose pour le locuteur sur sa capacit\u00e9 \u00e0 prouver son appartenance \u00ab authentique \u00bb \u00e0 la communaut\u00e9 nationale. Au-del\u00e0 du cas ivoirien, l\u2019\u00e9tranger constitue ainsi une instance structurant le discours politique africain. Il permet de comprendre comment les d\u00e9mocraties du continent se reconfigurent entre exigences identitaires et l\u00e9gitimation politique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2021. <em>L\u2019argumentation dans le discours<\/em>, Paris, Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Babo, Alfred. 2008. Enjeux et jeux d\u2019acteurs dans la crise identitaire en C\u00f4te d\u2019Ivoire. <em>Kasa Bya Kasa<\/em>, p. 99-121.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Babo, Alfred, 2010. La politique publique de l\u2019\u00e9tranger et la crise sociopolitique en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Dans F. Akind\u00e8s (ed), <em>C\u00f4te d\u2019Ivoire : la r\u00e9invention de soi dans la violence (39-62).<\/em> CODESRIA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Babo, Alfred. 2012. L\u2019\u00e9tranger \u00e0 travers le prisme de l\u2019ivoirit\u00e9 en C\u00f4te d\u2019Ivoire : retour sur des regards nouveaux. <em>Migrations Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, Vol. 24, n\u00b0144, p. 99-120. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/migra.144.0099\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/migra.144.0099<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Banegas, Richard. 2003. <em>La d\u00e9mocratie \u00e0 pas de cam\u00e9l\u00e9on. Transition et imaginaires politiques au B\u00e9nin.<\/em> Paris : Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2014. <em>Le discours politique. Les masques du pouvoir.<\/em> Limoges : Lambert-Lucas.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Demb\u00e9l\u00e9, Ousmane. 2003. C\u00f4te d\u2019Ivoire : la fracture communautaire. <em>Politique africaine<\/em>, n\u00b089, p. 34-48. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/polaf.089.0034\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/polaf.089.0034<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Houessou, Dorgel\u00e8s. 2020. La m\u00e9moire, l\u2019imaginaire et la manipulation en discours : autour de quelques mythes cl\u00e9s de la nation ivoirienne en d\u00e9bat sur les r\u00e9seaux sociaux. <em>Communication et Langage<\/em>, N\u00b0 205, p. 95-112. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/comla1.205.0095\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/comla1.205.0095<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kipr\u00e9, Pierre. 2006. Migrations et construction nationale en Afrique noire : le cas de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire depuis le milieu du XXe si\u00e8cle. <em>Outre-Terre,<\/em> n\u00b0 17(4), p. 313-332. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/oute.017.0313\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/oute.017.0313<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kissi, Mireille Denise. 2022. Enjeux argumentatifs de la formule \u00ab\u00a0Ivoirien nouveau\u00a0\u00bb dans le discours \u00e9lectoral du candidat Alassane Ouattara aux pr\u00e9sidentielles ivoiriennes de 2015. <em>En-Qu\u00eate<\/em>, n\u00b0 35, p. 120-131.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kissi, Mireille Denise. 2022. Rh\u00e9torique de polarisation et construction de l\u2019ethos collectif dans le discours \u00e9lectoral ivoirien. <em>Revue LiLaS<\/em>, Hors S\u00e9rie, p. 56-71.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kissi, Mireille Denise. 2023. Discours, contre-discours et construction s\u00e9mantique des slogans de la pr\u00e9sidentielle ivoirienne de 2020 sur les r\u00e9seaux sociaux. <em>Graphies francophones<\/em>, Num\u00e9ro Sp\u00e9cial 5, p. 59-71.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">L\u00e9zou Koffi, Aim\u00e9e-Danielle. 2022. Quels contextes pour une Analyse du discours Africaine (ADA)? Dans SY K., LEZOU KOFFI A-D., BOHUI D. H, MBOW F 2022. <em>L\u2019Analyse du Discours en Afrique\u00a0francophone\u00a0: \u00e9tat des lieux-objets-enjeux-perspectives, <\/em>Actes des Journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes et de lancement du R2AD. M\u00e9langes offerts au Professeur Momar Ciss\u00e9. Volume 1, Num\u00e9ro sp\u00e9cial GRADIS, Universit\u00e9 Gaston Berger, St Louis, p. 8-17.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2021. <em>Discours et analyse du discours : une introduction.<\/em> 2\u1d49 \u00e9d. Paris : Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ramose, Mogobe. 1999. <em>African philosophy through Ubuntu.<\/em> Harare : Mond Books.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Siblot, Paul. 1997. Nomination et production de sens : le prax\u00e8me. <em>Langages<\/em>, 31\u1d49 ann\u00e9e, n\u00b0127, p. 38-55.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yao Gnabeli, Roch. 2012. D\u00e9construction de la figure de l\u2019\u00e9tranger ouest-africain en C\u00f4te d\u2019Ivoire. <em>Migrations Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Volume 24, n\u00b0 144, p. 85-97.<\/p>\n<h2>Corpus<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\">&#8211; Discours d&rsquo;Alassane Ouattara au Forum de la r\u00e9conciliation nationale, 1<sup>er<\/sup> D\u00e9cembre 2001, <a href=\"https:\/\/www.adolebatisseur.org\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/\">https:\/\/www.adolebatisseur.org\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/devoir-de-memoire-discours-dalassane-dramane-ouattara-au-forum-de-la-reconciliation-nationale-2001-voir-ci-dessous-le-discours-de-lex-president-en-2001\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">&#8211; Discours de <span style=\"font-size: 1em\">Tidjane <\/span><span style=\"text-align: initial;text-indent: -1em;font-size: 1em\">Thiam lors de la pr\u00e9sentation de v\u0153ux du personnel politique du PDCI-RDA le 25 Janvier 2025, <\/span><a href=\"https:\/\/web.facebook.com\/watch\/?v=1786030875496880\">https:\/\/web.facebook.com\/watch\/?v=1786030875496880<\/a><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/mireille-denise-kissi\">Mireille Denise KISSI<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;autrice est enseignante-chercheure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphouet-Boigny d\u2019Abidjan en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Sp\u00e9cialiste de l\u2019analyse du discours \u00e9lectoral, ses travaux portent essentiellement sur les questions d\u2019image et d\u2019identit\u00e9 individuelle et collective, de discours politique en contexte africain, et d\u2019argumentation. Elle est membre du Laboratoire de dynamique des langues et discours (LADYLAD) ainsi que du R\u00e9seau Africain d\u2019Analyse du Discours (R2AD).<br \/>\nContact : mireille.kissi@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-2123-1\">Proc\u00e8s-verbal de la commission des affaires g\u00e9n\u00e9rales et institutionnelles, s\u00e9ance du mardi 28 novembre 1961. <a href=\"#return-footnote-2123-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["mireille-denise-kissi"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[629],"license":[],"class_list":["post-2123","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-acteur-politique-etranger","motscles-analyse-du-discours","motscles-contexte-africain","motscles-discours-politique","motscles-identite","motscles-legitimation","keywords-african-context","keywords-discourse-analysis","keywords-foreign-political-actor","keywords-identity","keywords-legitimation","keywords-political-discourse","motscles-autre-mmlan-i-su-nantiln","motscles-autre-nd-kanln-i-nun-nianl","motscles-autre-nvle-ufl-nun-politikifu","motscles-autre-politiki-nd-kanln","motscles-autre-sran-blem-be-likan","motscles-autre-srann-i-wunminn","contributor-mireille-denise-kissi"],"part":648,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2123","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":41,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2123\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2479,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2123\/revisions\/2479"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/648"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2123\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=2123"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=2123"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=2123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}