{"id":2193,"date":"2025-10-03T10:42:21","date_gmt":"2025-10-03T08:42:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=2193"},"modified":"2025-11-25T23:57:39","modified_gmt":"2025-11-25T22:57:39","slug":"vol2-no2_kengne-gatsing2025","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/vol2-no2_kengne-gatsing2025\/","title":{"rendered":"Discours politique et politique du discours en contexte de r\u00e9sistance postcoloniale : entre colonialit\u00e9 du pouvoir et positionnement id\u00e9ologique"},"content":{"raw":"<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La soci\u00e9t\u00e9 doit d\u00e9finir son identit\u00e9, son articulation, le monde, ses rapports \u00e0 lui et aux objets qu\u2019il contient, ses besoins et ses d\u00e9sirs. Le r\u00f4le des significations imaginaires est de fournir une r\u00e9ponse de toute \u00e9vidence, que ni la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb ni la \u00ab rationalit\u00e9 \u00bb ne peuvent fournir (Cornelius Castoriadis, 1975, p. 2).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Marasme \u00e9conomique, sous-d\u00e9veloppement, terrorisme international, ins\u00e9curit\u00e9 galopante, soci\u00e9t\u00e9 africaine en pleine d\u00e9liquescence et h\u00e9t\u00e9ronomie politique constituent quelques prismes de regard des pays africains subsahariens \u00e0 l\u2019\u00e8re de la contemporan\u00e9it\u00e9. Les ind\u00e9pendances africaines s\u2019essoufflent ainsi sur des r\u00e9alit\u00e9s caustiques r\u00e9v\u00e9lant des contradictions sanglantes entre l\u2019acte de parole prometteur et la praxis sociale. Analysant l\u2019ouvrage au titre th\u00e9matique et incisif d'Yves Benot, <em>Les ind\u00e9pendances africaines <\/em>(1975), Martin Denis rel\u00e8ve \u00e0 juste titre le tableau macabre de ces institutions politiques\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les ind\u00e9pendances africaines\u2026 que de mythes ne se sont-ils pas greff\u00e9s sur cet arbre qui commen\u00e7a \u00e0 pousser \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es 1960! La prise en main du pouvoir - de tous les pouvoirs - par les Africains eux-m\u00eames, le d\u00e9veloppement, le d\u00e9collage en une d\u00e9cennie, la construction nationale et l\u2019unit\u00e9 continentale. Quinze ans plus tard, les r\u00eaves semblent s\u2019\u00eatre \u00e9croul\u00e9s et les mythes se projettent, cette fois, en n\u00e9gatif : irr\u00e9alit\u00e9 et inutilit\u00e9 des ind\u00e9pendances, d\u00e9veloppement du sous-d\u00e9veloppement, unit\u00e9 africaine digne de l\u2019op\u00e9ra bouffe (Denis, 1976, p. 983).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette dysphorie en son temps, un quart de si\u00e8cle seulement apr\u00e8s le \u00ab carnaval des ind\u00e9pendances africaines \u00bb (Ahmadou Kourouma, 1968, p. 10), croise aujourd\u2019hui d\u00e9ceptions et d\u00e9senchantement des peuples africains r\u00e9solument d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 \u00ab sortir de la grande nuit \u00bb (Mbembe, 2010). Entre leurre et d\u00e9sillusions, des voix discordantes s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans une posture de contestation et de r\u00e9appropriation. Contestation de l\u2019ordre colonial toujours en place \u00e0 travers des structures et ramifications diverses et parfois obscures (Verschave, 1999, 2000, 2004; Hepke, 2003, 2006; Pha\u00ebton, 2009; Kengne Gatsing, 2017, 2022; Pigeaud et Ndongo Samba, 2018). La posture de r\u00e9appropriation s\u2019inscrivant dans le paradigme de la reconqu\u00eate du bien-\u00eatre commun et de la justice sociale en proie \u00e0 la pr\u00e9sence h\u00e9g\u00e9monique permanente occidentale en postcolonie (Mbembe, 2000; Thimonier, 2008) met en lumi\u00e8re \u00ab la colonialit\u00e9 du pouvoir \u00bb (Quijano, 2007, p. 111). Dans ce contexte d\u2019influence paternaliste o\u00f9 m\u00eame la d\u00e9mocratie mue en un objet de pouvoir et de domination dans \u00ab les p\u00e9riph\u00e9ries postcoloniales \u00bb (Petitcorps et Desille, 2020, p. 17), un contre-pouvoir sur fond discursif s\u2019institue comme un dispositif strat\u00e9gique de riposte aux attaques et violences plurielles et un tremplin \u00e0 l\u2019accession \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 l\u2019autonomie v\u00e9ritables. Les discours d\u2019Ibrahim Traor\u00e9[footnote]Son discours du 6 juillet 2024 \u00e0 Niamey, \u00e0 l\u2019ouverture du 1er Sommet des Chefs d\u2019\u00c9tat des pays membres de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel.[\/footnote] du Burkina Faso, d\u2019Abdoulaye Maiga[footnote]Son discours du 28 septembre 2024 \u00e0 New York \u00e0 l\u2019occasion du D\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral de la 79<sup>e<\/sup> session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies.[\/footnote], porte-parole du gouvernement du Mali et celui d\u2019Abdourahamane Tiani[footnote]. Son discours du 18 d\u00e9cembre 2024 \u00e0 l\u2019occasion du 66e anniversaire de la proclamation de la R\u00e9publique du Niger.[\/footnote] du Niger, en tant que discours officiels, institutionnels et ritualis\u00e9s, passent pour des espaces de construction de la l\u00e9gitimit\u00e9, le th\u00e9\u00e2tre de monstration des d\u00e9r\u00e8glements sociaux sous l\u2019impact des violences internationales et, en dernier ressort, le lieu de manifestation publique d\u2019une vision lib\u00e9ratrice. Comment la rh\u00e9torique politique de ces locuteurs met-elle en mots leur l\u00e9gitimit\u00e9 et leur cr\u00e9dibilit\u00e9? Quel est le r\u00e9gime de verbalisation du r\u00e9el social enclin aux violences dans leurs productions discursives respectives? Quels en sont les enjeux? Cette r\u00e9flexion a pour objectif de montrer comment, en contexte de diplomatie \u00e9trangl\u00e9e, de tensions politiques sous-r\u00e9gionales et internationales, les orateurs politiques construisent leur l\u00e9gitimit\u00e9 et s\u2019affirment comme guides-bergers, acteurs et auteurs du bien-\u00eatre, de la justice, de la souverainet\u00e9 et du d\u00e9veloppement de leurs pays. Autrement dit il est question de montrer que la parole politique de I. Traor\u00e9[footnote]Dans la suite du raisonnement, les noms de ces locuteurs politiques seront abr\u00e9g\u00e9s entre parenth\u00e8ses comme suit : Ibrahim Traor\u00e9 = IT; Abdoulaye Maiga = AM et Abdourahamane = AT, apr\u00e8s les exemples illustratifs.[\/footnote], A. Maiga et A. Tiani est programmatique. \u00c9tant donn\u00e9 que \u00ab la parole politique existe en relation organique avec son contexte \u00bb (Gingras, 2003, p. 71), l\u2019analyse s\u2019inscrit dans les cadres th\u00e9oriques de l\u2019analyse du discours politique (Charaudeau, 2005) et du postcolonialisme (Said, 1978). Aussi convoque-t-elle l\u2019\u00e9nonciation (Kerbrat-Orecchioni, 1980 ; Benveniste, 1970), la pragmatique (Austin, 1970; Armengaud, 1999; Jaubert, 1990), l\u2019argumentation (Amossy, 1999, 2000; Perelman et Olbrechts-Tyteca, 2008) et la m\u00e9moire discursive (Paveau, 2006) comme approches. Ce dispositif heuristique favorise le d\u00e9chiffrement des ph\u00e9nom\u00e8nes langagiers afin de rendre compte des donn\u00e9es complexes de discursivisation des faits sociaux en rapport avec la sublimation de soi, la d\u00e9n\u00e9gation de l\u2019instance alt\u00e9ritaire adversaire, la relation de pouvoir, l\u2019expression du dissensus, le rapport de force ou encore le consensus entre les instances politiques et les instances citoyennes. Trois moments structurent cette r\u00e9flexion : d\u2019abord le contexte socio-discursif crisog\u00e8ne favorable \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des locuteurs politiques revendiquant leur cr\u00e9dibilit\u00e9, ensuite la s\u00e9miotisation du r\u00e9el social sous l\u2019emprise des violences multiformes et, enfin, la figuration de la parole politique comme cr\u00e9atrice des mythes et imaginaires de justice et de salvation. Les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e8lent que malgr\u00e9 le contexte socio-politique conflictuel, I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani se montrent comme des locuteurs politiques l\u00e9gitimes et cr\u00e9dibles, d\u00e9fenseurs de la justice sociale et garants de la souverainet\u00e9 de leurs peuples.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Contexte socio-discursif crisog\u00e8ne et parole politique situ\u00e9e\u00a0: entre l\u00e9gitimit\u00e9 des locuteurs politiques et d\u00e9l\u00e9gitimation de l\u2019instance adversaire<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019intensification des syst\u00e8mes de gouvernance autocratiques, le d\u00e9clin de la d\u00e9mocratie et la r\u00e9manence des sch\u00e8mes coloniaux en contexte postcolonial ressuscitent les d\u00e9bats sur la crise socio-politique en Afrique noire et dans le Sahel. La s\u00e9rie des coups d\u2019\u00c9tat militaires enregistr\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es au Mali (18 ao\u00fbt 2020), en Guin\u00e9e Conakry (5 septembre 2021), au Burkina Faso (30 septembre 2022) et au Niger (26 juillet 2023) revendiqu\u00e9s par leurs auteurs respectifs semble annonciatrice d\u2019une \u00e8re nouvelle o\u00f9 l\u2019accession \u00e0 la magistrature supr\u00eame par la force s\u2019impose comme voie de lib\u00e9ration des peuples de \u00ab la nasse \u00bb (Fabien Kange Ewane, 2000, p. 112) des puissances occidentales. Achille Mbembe (2023, en ligne) regarde dans la m\u00eame direction et postule que \u00ab Les putschs en Afrique de l\u2019Ouest annoncent la fin d\u2019un cycle qui aura dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle \u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malencontreusement, cette posture est sujette \u00e0 de vives pol\u00e9miques nourries de discours et contre-discours. Pourtant, la discursivisation de la politique chez I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani dans un contexte de crise semble \u00e0 la fois porteuse de signification et d\u2019espoir. Ces pratiques politiques mises en mots dans le macro-texte discursif sont d\u00e9chiffrables \u00e0 partir des signifiants linguistiques r\u00e9v\u00e9lateurs du contexte situationnel et socio-discursif pertinents en rapport avec la prise de parole politique. La qu\u00eate de la significativit\u00e9 du discours politique des instances institutionnelles sous \u00e9tude s\u2019inscrit dans la perspective cognitive de Gilles Bourque et Jules Duchastel (1988, p.\u00a010) qui per\u00e7oivent le discours politique comme \u00ab la repr\u00e9sentation de l\u2019espace, de la communaut\u00e9, des rapports sociaux et du rapport de l\u2019individu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 (l\u2019\u00e9thique). Le discours politique prend part ainsi aux diff\u00e9rents proc\u00e8s d\u2019institutionnalisation de la soci\u00e9t\u00e9 et contribue \u00e0 la formation des blocs sociaux particuliers \u00bb. Les composantes spatiale et actoriale qui fusionnent avec la dimension temporelle constituent ainsi des seuils discursifs de d\u00e9voilement du sens latent des \u00e9nonc\u00e9s politiques assert\u00e9s.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Contexte socio-discursif ritualis\u00e9 et parole politique l\u00e9gitim\u00e9e<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les discours d'I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani sont encadr\u00e9s par des institutions politiques ritualis\u00e9es satisfaisant \u00e0 \u00ab l\u2019ordre du discours \u00bb (Foucault, 1970). En effet, les traceurs de la spatialisation et la temporalisation sont r\u00e9v\u00e9lateurs des cadres discursivo-politiques institutionnalis\u00e9s. Les occurrences ci-dessous le d\u00e9montrent :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[1] DISCOURS DE S.E LE CAPITAINE IBRAHIM TRAOR\u00c9, PR\u00c9SIDENT DU FASO, CHEF DE L\u2019\u00c9TAT. Prononc\u00e9 le samedi 6 juillet 2024 \u00e0 Niamey, \u00e0 l\u2019ouverture du 1er Sommet des Chefs d\u2019\u00c9tat des pays membres de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel. (IT, 2024, p. 1)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[2] C\u2019est un immense plaisir et un honneur pour nous de nous retrouver \u00e0 Niamey aujourd\u2019hui 6 juillet 2024, un jour b\u00e9ni, une date m\u00e9morable. (IT, 2024, p.\u00a01)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[3] Discours du Colonel Abdoulaye MAIGA, Ministre d\u2019\u00c9tat, Ministre de l\u2019Administration territoriale et de la D\u00e9centralisation, Porte-Parole du Gouvernement de la R\u00e9publique du Mali, \u00e0 l\u2019occasion du D\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral de la 79\u00e8me session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies. New York, le 28 septembre 2024 (AM, 2024, p.\u00a01)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[4] Demain 18 d\u00e9cembre 2024, par la gr\u00e2ce d\u2019Allah, le Cl\u00e9ment et le mis\u00e9ricordieux, nous c\u00e9l\u00e9brerons le 66\u00e8me anniversaire de la R\u00e9publique du Niger. Il est de tradition en cette occasion qui co\u00efncide avec la fin de l\u2019ann\u00e9e, de faire un rappel des principales r\u00e9alisations accomplies par le Gouvernement et d\u2019exposer les perspectives qui s\u2019offrent \u00e0 nous (AT, 2024, p.\u00a01).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces extraits font \u00e9tat des propos d\u2019escorte, des seuils paradiscursifs qui situent ces productions dans leurs contextes socio-historiques de production, voire d\u2019interpr\u00e9tation. Les titres en [1] et [3] tels que pr\u00e9sent\u00e9s par les sites officiels des pr\u00e9sidences du Faso et du Mali font la captation sur la nature des propos, la qualit\u00e9 des sujets discoureurs et les contextes officiels de la prise de parole par ces orateurs politiques. Cette plantation de d\u00e9cor r\u00e9f\u00e9rentiel est compl\u00e9t\u00e9e par les propos ouvroirs des pr\u00e9\u00e9minences institutionnelles du Burkina Faso et du Niger en [2] et [4] qui situent leurs auditoires sur l\u2019objet de leurs discours, lequel est assorti des caract\u00e9risations spatiales et temporelles r\u00e9elles et v\u00e9rifiables qui s\u2019ins\u00e8rent, selon, dans une tradition nationale ou historico-diplomatique. Le discours de I. Traor\u00e9 \u00e0 Niamey est donc le geste inaugural d\u2019une diplomatie de crise postcoloniale \u00e0 trois constituants, trois \u00c9tats, ce qui convient d\u2019appeler d\u00e9sormais l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel. Ce regroupement s\u00e9lectif au sein d\u2019un \u00ab r\u00e9gionalisme coop\u00e9ratif \u00bb (Sahouegnon, 2025) rappelle la gen\u00e8se et les attentes de l\u2019ONU \u00e0 sa cr\u00e9ation en 1945, actualis\u00e9es par A.\u00a0Maiga \u00e0 l\u2019entame de ses propos \u00e0 la tribune de la 79<sup>\u00e8me<\/sup> session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Monsieur le Pr\u00e9sident, le 2 juin 1945, en signant la Charte des Nations Unies, \u00e0 San Francisco, les peuples se sont r\u00e9solument engag\u00e9s \u00ab \u00e0 pr\u00e9server les g\u00e9n\u00e9rations futures du fl\u00e9au de la guerre qui deux fois en l\u2019espace d\u2019une vie humaine a inflig\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019indicibles souffrances \u00bb. Aujourd\u2019hui, l\u2019occasion nous est offerte de nous prononcer sur le th\u00e8me suivant : \u00ab Ne laisser personne de c\u00f4t\u00e9 : Agir ensemble pour la promotion de la paix, du d\u00e9veloppement durable et de la dignit\u00e9 humaine pour les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et futures \u00bb. Le choix de ce th\u00e8me, qui intervient 79 ans apr\u00e8s la signature de la Charte des Nations Unies, est-il un pur hasard ou le r\u00e9sultat d\u2019une construction mentale? Nous l\u2019ignorons. Cependant, force est de constater, malheureusement, que se pose, encore, avec forte acuit\u00e9, la probl\u00e9matique de la pr\u00e9servation des g\u00e9n\u00e9rations : non seulement celles du future, mais \u00e9galement la n\u00f4tre (AM, 2024, p.\u00a02).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bien qu\u2019incisifs, mais empreints de registre analogique, ces propos, tout en donnant une orientation globale au ton et au sens de sa prise de parole, r\u00e9v\u00e8lent en filigrane la l\u00e9galit\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une organisation de d\u00e9fense des droits des peuples opprim\u00e9s durement r\u00e9prim\u00e9e tant dans la sous-r\u00e9gion qu\u2019\u00e0 l\u2019international. Par parall\u00e9lisme de fond et de forme, l\u2019AES cr\u00e9\u00e9e et d\u00e9fendue par I. Traor\u00e9, A. Go\u00efta (repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019ONU par A. Maiga) et A. Tiani est donc, comme l\u2019ONU, l\u00e9gale et l\u00e9gitime. Mais dans un environnement crisog\u00e8ne, ponctu\u00e9 de \u00ab l\u2019accroissement du d\u00e9sordre et de l\u2019incertitude \u00bb (Morin, 2016, p. 17), cette l\u00e9galit\u00e9 et cette l\u00e9gitimit\u00e9 sont davantage renforc\u00e9es par des actions diplomatiques (la tenue du 1er sommet de l\u2019AES) et des inf\u00e9rences emphatiques intradiscursives d\u00e9notant et connotant la nouvelle organisation sous r\u00e9gionale chez A. Maiga et A. Tiani. Ces cadres r\u00e9glementaires de la prise de parole l\u00e9gitiment le discours et les auteurs du discours qui se mettent en sc\u00e8ne dans la posture des voix autoris\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Prise de parole politique et adresse l\u00e9gitimante<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 en croire Chaim Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca (2008, p. 426), \u00ab le discours est une manifestation, par excellence, de la personne \u00bb. L\u2019un des lieux de monstration de la mise en sc\u00e8ne de soi est bien le discours politique qui offre la possibilit\u00e9 aux locuteurs politiques en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9 de se d\u00e9ployer afin de faire valoir leur cr\u00e9dibilit\u00e9. Les discours de I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani sont un creuset de la construction de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de la cr\u00e9dibilit\u00e9. Leurs actes de parole assum\u00e9s \u00e0 travers l\u2019\u00e9nonciation \u00e9locutive participent de leur autol\u00e9gitimation et consacre \u00ab la l\u00e9gitimation du r\u00f4le et la l\u00e9gitimation du titulaire du r\u00f4le \u00bb (Le Bart, 1998, p. 79-81). En tant que personnes, militaires et chefs d\u2019\u00c9tat, leurs diff\u00e9rents statuts et r\u00f4les sont pris en charge par des signifiants linguistiques affect\u00e9s du sceau de la subjectivit\u00e9. Les subjectiv\u00e8mes s\u00e9ri\u00e9s dans leurs discours sont symptomatiques d\u2019une charge \u00e9nonciative caract\u00e9ristique des postures individuelle et collective. Les marqueurs de la subjectivit\u00e9 individuelle, notamment les d\u00e9ictiques de premi\u00e8re personne du singulier (\u00ab je \u00bb \/ \u00ab me \u00bb \/ \u00ab moi \u00bb \/ \u00ab mes \u00bb) sont quasi inexistants chez I. Traor\u00e9 mais pr\u00e9gnants et en co-usage avec les adjectifs d\u00e9terminatifs exprimant la pluralit\u00e9 (\u00ab notre \u00bb \/ \u00ab nos \u00bb) au niveau de l\u2019attaque et dans le corps du texte des discours de A. Maiga et A.\u00a0Tiani :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[5] \u00c0 l\u2019entame de mes propos, je voudrais vous adresser les chaleureuses salutations de son excellence Le Colonel Assimi GOITA, Pr\u00e9sident de la Transition, Chef de l\u2019\u00c9tat, celles du gouvernement et du Peuple Maliens; Je voudrais ensuite vous adresser, Monsieur le Pr\u00e9sident, les chaleureuses f\u00e9licitations de la d\u00e9l\u00e9gation Malienne pour votre brillante \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la 79\u00e8me session de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale; Enfin permettez-moi de r\u00e9it\u00e9rer \u00e0 M. le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, M. Antonio GUTERRES, nos encouragements \u00e0 poursuivre les efforts pour la r\u00e9alisation des nobles objectifs de notre Organisation commune (AM, 2024, p. 2)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[6] J\u2019aimerais ici vous dire que je sais ce que vous \u00eates en train d\u2019endurer, en termes de privation et de vie ch\u00e8re; Je mesure les sacrifices que vous \u00eates en train de consentir pour notre dignit\u00e9 retrouv\u00e9e, pour la souverainet\u00e9 de notre patrie et pour notre cher pays, le Niger, reste debout dans l\u2019ind\u00e9pendance; Je salue votre r\u00e9silience, votre courage dans l\u2019\u00e9preuve, votre patriotisme et votre sens de l\u2019histoire; Je tiens \u00e0 vous assurer que votre engagement et vos efforts commencent \u00e0 porter leurs fruits : celui de la dignit\u00e9 et de la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9es d\u2019un Niger nouveau dans lequel les Nig\u00e9riens sont ma\u00eetres de leur destin (AT, 2024, p.\u00a04).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces occurrences ont en commun les traces de l\u2019\u00e9nonciation individuelle mais avec une nuance cognitive. Le locuteur politique dans [5] s\u2019exprime \u00e0 la premi\u00e8re personne. Cependant, il compl\u00e8te son \u00e9nonciation avec la charge du mandat par procuration dont il jouit en tant que porte-parole de gouvernement de la R\u00e9publique du Mali. Par contre, dans [6], l\u2019orateur assume son r\u00f4le politique de chef de l\u2019\u00c9tat, garant du bien-\u00eatre de son peuple dont il b\u00e9n\u00e9ficie de la loyaut\u00e9. La rencontre entre loyaut\u00e9 du peuple et cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019instance discursive construit la l\u00e9gitimit\u00e9 de A. Tiani tandis que celle de A. Maiga est tributaire de son pouvoir par mandatement. En tant que repr\u00e9sentants de leurs peuples aux diff\u00e9rentes instances de la prise de parole, les trois hommes politiques s\u2019identifient \u00e0 ces derniers pour verbaliser leur degr\u00e9 de fusion, de coh\u00e9sion et de partage. Les actualisateurs du lien fusionnel sont l\u00e9gion et perceptibles dans l\u2019emploi it\u00e9ratif des d\u00e9ictiques de la premi\u00e8re personne du pluriel tant\u00f4t pour r\u00e9v\u00e9ler la profondeur du cordon familial transnational entre les trois nations [7], tant\u00f4t pour mettre en perspective leur objet de qu\u00eate c\u2019est-\u00e0-dire la v\u00e9ritable souverainet\u00e9 et le d\u00e9veloppement de leurs pays [8] et [9] :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[7] C\u2019est un immense plaisir et un honneur pour nous, de nous retrouver \u00e0 Niamey aujourd\u2019hui 6 juillet 2024; Dans nos veines coule le sang de ces vaillants guerriers qui ont combattu et qui nous ont l\u00e9gu\u00e9 ces terres que nous appelons le Mali, le Burkina Faso et le Niger; Dans nos veines coule le sang de ces vaillants guerriers qui ont aid\u00e9 le monde entier \u00e0 se d\u00e9barrasser du nazisme et bien d\u2019autres fl\u00e9aux ; Dans nos veines coule le sang d\u2019hommes dignes, d\u2019hommes robustes, d\u2019hommes forts. Et pour cela, soyons fiers d\u2019\u00eatre des ressortissants de l\u2019espace AES (IT, 2024, p. 1)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[8] La voie m\u00e9diane promue par le Mali consiste \u00e0 r\u00e9aliser notre d\u00e9veloppement en empruntant un chemin plus vertueux : veiller au respect de notre souverainet\u00e9 tout en respectant celles des autres; refuser l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie tout en refusant de nous ing\u00e9rer dans les affaires int\u00e9rieures des autres (AM, 2024, p. 4)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[9] Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est renvoyer de notre pays, sans haine, ni violence, les forces qui entravaient notre souverainet\u00e9 et emp\u00eachaient v\u00e9ritablement \u00e0 nos FDS de monter en puissance pour accomplir efficacement leurs missions (AT, 2024, p.\u00a06).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme cela se voit, dans sa forme plurielle, le pronom personnel, en emploi conjoint avec le d\u00e9terminatif possessif tel qu\u2019illustr\u00e9 plus haut, construit la subjectivit\u00e9 collective d\u2019un peuple fr\u00e8re li\u00e9 par le m\u00eame destin, ayant connu les m\u00eames tribulations et conjecturant le m\u00eame avenir. Dans leur style r\u00e9publicain, appelant constamment le peuple \u00e0 t\u00e9moin des actions ant\u00e9rieures et prospectives, mais aussi en tant qu\u2019acteurs essentiels de la construction nationale et sous-r\u00e9gionale, I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani remplissent davantage leur compte de cr\u00e9dibilit\u00e9 et passent pour des sujets orateurs-politiques autoris\u00e9s, sources du vrai discours au sens o\u00f9 l\u2019entend Foucault :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours vrai - au sens fort et valoris\u00e9 du mot - le discours vrai pour lequel on avait respect et terreur, celui auquel il fallait bien se soumettre, parce qu\u2019il r\u00e9gnait, c\u2019\u00e9tait le discours prononc\u00e9 par qui de droit et selon le rituel requis; c\u2019\u00e9tait le discours qui disait la justice et attribuait \u00e0 chacun sa part; c\u2019\u00e9tait le discours qui, proph\u00e9tisant l\u2019avenir, non seulement annon\u00e7ait ce qui allait se passer, mais contribuait \u00e0 sa r\u00e9alisation, emportait avec soi l\u2019adh\u00e9sion des hommes et se tramait ainsi avec le destin (Foucault, 1970, p. 8).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur cette base principielle, fond\u00e9e sur la relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre l\u2019instance politique et l\u2019instance citoyenne, les discours de A. Tiani, A. Maiga et I. Traor\u00e9 envoient des signaux qui satisfont aux trois conditions de cr\u00e9dibilit\u00e9, \u00e0 savoir la condition de sinc\u00e9rit\u00e9, la condition de performance et la condition d\u2019efficacit\u00e9 :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[10] C\u2019est pourquoi nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous r\u00e9volter et de prendre le destin de nos \u00c9tats en main\u2026 Nous sommes venus briser la cha\u00eene, et c\u2019est inconcevable pour eux. Ils nous ont approch\u00e9s et nous ont demand\u00e9 de rentrer dans les rangs pour faire partie de l\u2019\u00e9lite qui doit diriger l\u2019Afrique, parce qu\u2019ils ont une \u00e9lite form\u00e9e et format\u00e9e pour suivre leur logique, qui est incrust\u00e9e dans leur cha\u00eene. Nous avons refus\u00e9 de rejoindre leurs rangs. Et d\u00e8s lors les hostilit\u00e9s ont commenc\u00e9. Ils ont envoy\u00e9 dans nos zones plusieurs mercenaires, des formateurs, des agents dans le Sahel pour mener des attaques barbares et l\u00e2ches contre nos populations, dans l\u2019espoir de les r\u00e9volter. \u00c0 ces attaques sur le terrain s\u2019ajoutent la guerre de communication, la manipulation et la d\u00e9sinformation (IT, 2024, p.\u00a04).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[11] Sur le plan de la lutte contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, depuis que les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 maliennes ont lanc\u00e9 des actions offensives, de mani\u00e8re autonome, de nombreux succ\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 remport\u00e9s sur le terrain de la lutte contre le terrorisme, toutes les r\u00e9gions ont \u00e9t\u00e9 reprises des mains des groupes terroristes, notamment la r\u00e9gion de Kidal, le 14 novembre 2023, \u00e0 la suite d\u2019une op\u00e9ration militaire m\u00e9morable\u2026 Aujourd\u2019hui, les groupes terroristes ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement affaiblis, les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 sont d\u00e9ploy\u00e9es sur l\u2019ensemble du territoire national. En outre, les actions offensives de nos forces se poursuivent, pour d\u00e9manteler les r\u00e9seaux terroristes r\u00e9siduels (AM, 2024, p. 5).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[12] La c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019anniversaire de la proclamation de notre R\u00e9publique intervient, cette ann\u00e9e, dans un contexte particulier marqu\u00e9 par l\u2019affirmation par le peuple nig\u00e9rien de sa souverainet\u00e9 suite \u00e0 la prise de pouvoir par les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 regroup\u00e9es au sein du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP). Depuis lors, comme vous le savez, notre pays fait face \u00e0 une adversit\u00e9 totale d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de la part de tous les acteurs externes qui voudraient nous voir revenir dans leur giron; et de l\u2019autre, des tra\u00eetres internes qui se sont compromis avec les int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers et se sont adonn\u00e9s \u00e0 l\u2019accaparement frauduleux de nos ressources publiques (AT, 2024, p. 2).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces extraits, la franchise des propos et la transparence des informations communiqu\u00e9es sur l\u2019impasse s\u00e9curitaire dans les trois pays en crise justifient la solution militaire impl\u00e9ment\u00e9e et valident la condition de sinc\u00e9rit\u00e9 de ces orateurs. En outre, la volont\u00e9 de rupture des liens de d\u00e9pendance et la reconqu\u00eate de la souverainet\u00e9 du peuple ne se limite pas aux effets d\u2019annonce. Elle coule dans le moule de la performativit\u00e9, faisant ainsi valoir l\u2019implicature pragmatique entre le dire et le faire. La congruence entre la praxis linguistique d\u2019annonce et la mise en \u0153uvre des pratiques sociales cons\u00e9quentes valide la condition de performance. En contexte de lutte de souverainet\u00e9, les actions r\u00e9ussies agissent comme de v\u00e9ritables stimuli qui poussent l\u2019instance adversaire \u00e0 la r\u00e9action. Comme le montrent les s\u00e9quences discursives ci-dessus, lesdites r\u00e9actions sont parfois frapp\u00e9es de violences in\u00e9dites. Dans cette veine, le dit et le fait suscitant de violentes r\u00e9actions offensives confirment la condition d\u2019efficacit\u00e9. Les actions d\u00e9fensives des victimes situent le lecteur au c\u0153ur de la pragmatique o\u00f9 l\u2019entrem\u00ealement des actes locutoires, illocutoires et perlocutoires construisent la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ces locuteurs politiques, renforcent leur autorit\u00e9 intra-discursive tout en fa\u00e7onnant leur ethos de chef. Cette image de grandeur et d\u2019honn\u00eatet\u00e9, celle qui \u00ab n\u2019admet pas qu\u2019on trompe le peuple \u00bb (Charaudeau 2005, p. 135), est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans la triple figure de guide, de souverain et de commandeur. En tant que guides, les trois locuteurs politiques sont issus du m\u00eame groupe social qu\u2019ils mobilisent et tentent d\u2019assurer la survie et le bien-\u00eatre. Dans leur \u00e9tiquette de chefs-souverains, ils se montrent garants des valeurs de paix, de justice sociale, de l\u2019identit\u00e9 nationale et de la souverainet\u00e9 totale de leur peuple. Sous leur manteau de commandeurs, les discours de I. Traor\u00e9, A. Tiani, A.\u00a0Maiga donnent \u00e0 voir des acteurs politiques prompts \u00e0 l\u2019action, voire \u00e0 la violence l\u00e9gitime de l\u2019\u00c9tat, comme le d\u00e9montrent ces propos sentencieux :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[13] Vous me donnez l\u2019occasion d\u2019une part, de vous r\u00e9it\u00e9rer que nul ne peut aimer le Mali, plus que les Maliens et d\u2019autre part, de vous rappeler que le Mali et son peuple ne seront pas les spectateurs face aux assauts et l\u2019adversit\u00e9 : pour chaque mot employ\u00e9 de travers, nous r\u00e9agirons par r\u00e9ciprocit\u00e9, pour chaque balle tir\u00e9e contre nous, nous r\u00e9agirons par r\u00e9ciprocit\u00e9. \u00c0 bon entendeur, tant pis! (AM, 2024, p.\u00a08).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les actes de langage potentiellement mena\u00e7ants dans cet extrait sont symptomatiques du rapport de force entre les entit\u00e9s oppositionnelles et augurent l\u2019\u00e9quilibre de la terreur en situation de trouble. Dans leur posture de leaders charismatiques, de combattants et du rejet de l\u2019adversaire, l\u2019ethos de chef de ces derniers croise une alt\u00e9rit\u00e9 binaris\u00e9e verbalis\u00e9e selon une classification antith\u00e9tique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Binarisation alt\u00e9ritaire sous le prisme de la construction antinomique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En contexte de production discursive qui appelle les interlocuteurs du type \u00ab pr\u00e9sent + non-loquent \u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1980, p. 34), les allocutaires directs et indirects sont textualis\u00e9s sous deux paradigmes oppositionnels : l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 constitutive et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 adversative. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 constitutive ou int\u00e9grative, l\u2019autre Moi des orateurs politiques-militaires, form\u00e9e de leurs compatriotes loyaux et de la fratrie recompos\u00e9e, est marqu\u00e9e du sceau de la positivit\u00e9. Les pronoms d\u2019adresse et leurs allomorphes, les termes g\u00e9n\u00e9riques assortis des axiologiques m\u00e9lioratifs affectifs illustrent la connivence entre l\u2019instance politique et l\u2019instance citoyenne. Les s\u00e9quences ci-dessous en sont une illustration :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[14] Vous \u00eates plus que des amis, vous \u00eates plus que des voisins, vous \u00eates nos fr\u00e8res, vous \u00eates nos s\u0153urs; hommes dignes; hommes robustes; ressortissants de l\u2019espace AES; populations de l\u2019AES; peuples de l\u2019AES; vaillants guerriers; Maliens; peuple malien; vaillantes Forces de D\u00e9fense de S\u00e9curit\u00e9 maliennes; Nig\u00e9riens; Nig\u00e9riennes; peuple nig\u00e9rien; notre grand peuple, soutenu par ses fr\u00e8res du Burkina et du Mali; pays amis et fr\u00e8res; chers compatriotes; nos autres deux pays fr\u00e8res, le Burkina Faso et le Mali; nos concitoyens de la Conf\u00e9d\u00e9ration AES (IT; AM et AT, 2024).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage gratifiant de ces marqueurs de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 fusionnelle, preuve de la r\u00e9ciprocit\u00e9 politique, contraste, dans le m\u00eame espace discursif, avec le syst\u00e8me de d\u00e9signation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 adversative. En effet, dans un contexte de crise, la prise de parole des locuteurs politiques est au service de la bataille symbolique ou non. Symboliquement, l\u2019affront verbal emprunte au s\u00e9mantisme de la guerre pour construire une isotopie lexicale frapp\u00e9e du sceau de la disqualification de l\u2019instance alt\u00e9ritaire. Ces \u00e9valuatifs axiologiques minoratifs le montrent :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[15] imp\u00e9rialistes; valets locaux; esclaves de salon; des individus qui n\u2019ont aucune dignit\u00e9, qui n\u2019ont aucune morale, qui n\u2019ont aucune personnalit\u00e9. Mais le ma\u00eetre des esclaves a toujours su identifier ces individus; \u00e9lites form\u00e9es et format\u00e9e pour suivre leur logique; mercenaires; provocateurs; groupes criminels; sponsors \u00e9tatiques \u00e9trangers; terroristes; groupes arm\u00e9s; saigneurs de la guerre et du chaos; entit\u00e9s imp\u00e9rialistes et n\u00e9ocoloniales; puissances n\u00e9ocoloniales; nos ennemis; Africains ren\u00e9gats; organisations mafieuses; certains responsables de la CEDEAO (IT, AM et AT, 2024).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019observation, l\u2019artifice rh\u00e9torique construit sur le mod\u00e8le de l\u2019\u00e9valuation n\u00e9gative, avec un emploi vigoureux des axiologiques d\u00e9pr\u00e9ciatifs, d\u00e9voile deux composantes actoriales, internes et externes. Au regard de leurs actions conjugu\u00e9es et de l\u2019impact sur les structures sociales, il va sans dire que l\u2019ultime objectif de leur collaboration est la d\u00e9stabilisation, la d\u00e9sint\u00e9gration, la paup\u00e9risation et l\u2019exploitation \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 des peuples postcolonis\u00e9s. Ce syst\u00e8me de caract\u00e9risation \u00e0 dominance n\u00e9gative atteste que dans le duel symbolique pris en charge par la parole, \u00ab les mots sont des bombes et des balles \u00bb (Roth cit\u00e9 par Kerbrat-Orecchioni, 1980, p. 74). Au demeurant, le regard critique sur l\u2019adversaire, dans ses aspects les plus pervers, renforce l\u2019intention des discoureurs politiques dont l\u2019une des vis\u00e9es est la caract\u00e9risation du r\u00e9el social postcolonial car \u00ab le discours politique est une pratique sociale qui permet aux id\u00e9es et aux opinions de circuler dans un espace public o\u00f9 se confrontent divers acteurs qui doivent respecter certaines r\u00e8gles du dispositif de communication \u00bb (Charaudeau, 2005, p.\u00a042).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Discours politique et figuration du r\u00e9el\u00a0social : une triangulation imp\u00e9rative<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les prises de parole de I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani charrient les stigmates d\u2019une conjoncture politique ponctu\u00e9e de crises plurielles. Dans leur posture de guides supr\u00eames, ces locuteurs politiques entendent conjurer cette r\u00e9alit\u00e9 sociale et insuffler une dynamique prometteuse. Sur cette trajectoire, leur rh\u00e9torique politique s\u2019inscrit dans la conceptualisation de Charaudeau puisque<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours politique, qui cherche \u00e0 faire adh\u00e9rer le public \u00e0 un projet ou \u00e0 une action, ou \u00e0 le dissuader de suivre un projet adverse, insiste plus particuli\u00e8rement sur le <em>d\u00e9sordre social<\/em> dont est victime le citoyen, sur la <em>source du mal<\/em> qui s\u2019incarne dans un adversaire ou un ennemi, et sur la <em>solution salvatrice<\/em> qui s\u2019incarne dans un homme politique qui tient le discours (Charaudeau, 2005, p.\u00a070).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019analyse, <em>d\u00e9sordre social<\/em> et <em>source du mal<\/em> structurent la trame discursive des acteurs politiques susmentionn\u00e9s. Dans la perspective de son inflexion positive, la r\u00e9alit\u00e9 sociale au Burkina Faso, au Mali et au Niger est portraitur\u00e9e sous les aspects les plus abjects.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un pr\u00e9sent abject sous l\u2019emprise des instances oppressives\u00a0: entre souffrance, crises s\u00e9curitaires et violence internationale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tat du social d\u00e9peint dans les discours politiques \u00e9tudi\u00e9s est r\u00e9v\u00e9lateur des clich\u00e9s et lieux communs caract\u00e9ristiques de la narration eurocentriste. Le poncif de l\u2019Afrique, continent de malheur et de mis\u00e8re, le <em>No Man\u2019s Land<\/em> est rappel\u00e9 dans des tours sarcastiques. Souffrances, crises, violences et interventionnisme construisent le s\u00e9mantisme du supplice imput\u00e9 \u00e0 l\u2019instance adversaire. De fa\u00e7on m\u00e9thodique, I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani s\u2019accordent les violons de la description :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[16] Permettez-moi \u00e9galement de rendre hommage au peuple nig\u00e9rien, ce peuple qui a tant souffert depuis l\u2019av\u00e8nement du CNSP, \u00e0 cause des sanctions de la CEDEAO mais qui continue de rester debout\u2026 L\u2019Afrique est ce continent qui a tant souffert, et qui continue de souffrir, du fait des imp\u00e9rialistes. Ces imp\u00e9rialistes n\u2019ont qu\u2019un seul clich\u00e9 dans la t\u00eate. L\u2019Afrique est le continent des esclaves; c\u2019est ainsi qu\u2019ils voient l\u2019Afrique. Ils n\u2019ont jamais pu changer de logiciel jusqu\u2019aujourd\u2019hui et c\u2019est d\u00e9plorable (IT, 2024, p. 2).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[17] Le drame du Mali remonte \u00e0 l\u2019all\u00e9geance \u00e0 AL-Qaida du Groupe Salafiste pour la Pr\u00e9dication et le Combat\u2026 Fort de cette exp\u00e9rience et r\u00e9alisant que le p\u00e9ril malien ne r\u00e9sultait que de l\u2019\u00e9tat de nature\u2026 (AM, 2024, p. 3).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[18] Le moment est certainement venu de vous entretenir solennellement de la strat\u00e9gie cynique mise en place par nos ennemis pour mettre notre pays \u00e0 genoux et le soumettre\u2026 D\u2019abord, sous le coup de la surprise et de la col\u00e8re, nos ennemis, comme vous le savez, ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019un embargo in\u00e9dit et inhumain contre le peuple nig\u00e9rien pour donner \u00e0 leur agression militaire contre notre pays toutes les chances de r\u00e9ussir (AT, 2024, p. 2).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Entre discours direct et psycho-r\u00e9cit, les mots et leurs expressions m\u00e9taboliques s\u00e9miotisent les maux africains et en identifient les auteurs. Dans leurs propos liminaires, ces acteurs politiques constatent le niveau d\u2019indigence des peuples puis remontent l\u2019origine \u00e0 un pass\u00e9 \u00e0 la fois lointain et proche. La charge historique est marqu\u00e9e par le lexique qui rappelle les soubresauts de l\u2019histoire coloniale de la France en Afrique, mais \u00e9galement les nouvelles formes de domination des peuples victimis\u00e9s. L\u2019articulation du pass\u00e9 douloureux au pr\u00e9sent aust\u00e8re passe par la convocation des cadres pr\u00e9discursifs collectifs avec emphase sur le r\u00e9alisme exp\u00e9rientiel. Dans ce cadre, l\u2019\u00ab appel aux pr\u00e9discours \u00bb (Paveau, 2006, p. 127) consolide les savoirs partag\u00e9s et l\u2019exp\u00e9rientialit\u00e9 des discoureurs dont la trame textuelle renvoie les signaux d\u2019un malaise social constant et de l\u2019oppression permanente. La textualisation des strat\u00e9gies actuelles de domination est r\u00e9alis\u00e9e selon la sensibilit\u00e9 linguistique et la charge \u00e9motionnelle des locuteurs :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[19] L\u2019Afrique est le continent des esclaves; c\u2019est ainsi qu\u2019ils voient l\u2019Afrique. Ils n\u2019ont jamais pu changer de logiciel jusqu\u2019aujourd\u2019hui et c\u2019est d\u00e9plorable. Mais comment proc\u00e8dent-ils? C\u2019est malheureusement depuis les ann\u00e9es 60, lorsque ces simulacres d\u2019ind\u00e9pendances ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s \u00e0 l\u2019Afrique. Ils n\u2019ont juste fait que placer des valets locaux \u00e0 la t\u00eate, selon eux, de leurs sous-pr\u00e9fectures, pour pouvoir continuer \u00e0 les alimenter\u2026 Ces valets locaux, que nous allons qualifier aujourd\u2019hui d\u2019esclaves de salon, n\u2019ont d\u2019autre rep\u00e8re que chercher \u00e0 vivre comme le ma\u00eetre, et faire tout ce que le ma\u00eetre leur dicte. Ils volent, ils pillent nos \u00c9tats et apportent tout chez le ma\u00eetre, et leur richesse est conserv\u00e9e chez le ma\u00eetre. Ils font tout pour vivre comme le ma\u00eetre et toujours le satisfaire. Lorsque le Ma\u00eetre commande ils ex\u00e9cutent\u2026. Ils sont toujours pr\u00eats \u00e0 trahir leurs fr\u00e8res pour satisfaire le ma\u00eetre. Ils nous ont trahis depuis les ind\u00e9pendances, et d\u2019autres continuent jusqu\u2019aujourd\u2019hui de nous trahir au profit de leur ma\u00eetre (IT, 2024, p.\u00a02).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[20] Soit dit en passant, qu\u2019il me soit permis de rappeler que ce nouvel envoi de lettre intervient, pendant que le Mali attend encore la suite r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une pr\u00e9c\u00e9dente lettre de saisine du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies, en date du 15 ao\u00fbt 2022, afin d\u2019exposer les actes d\u2019agression fran\u00e7ais \u00e0 son encontre ainsi que leur implication dans la promotion de trois formes de terrorisme au Sahel : terrorisme arm\u00e9, terrorisme \u00e9conomique et terrorisme m\u00e9diatique\u2026 Curieusement, depuis la cr\u00e9ation de l\u2019AES, nous avons \u00e9t\u00e9 surpris par l\u2019hostilit\u00e9 farouche avec laquelle elle a \u00e9t\u00e9 accueillie, en particulier par certains responsables de la CEDEAO aux ordres d\u2019entit\u00e9s imp\u00e9rialistes et n\u00e9ocoloniales (AM, 2024, p. 6).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[21] Face \u00e0 leur \u00e9chec, au lieu de s\u2019inscrire dans la marche de l\u2019histoire en cours au Sahel, en prenant notamment acte de notre choix politique, nos ennemis, nostalgiques de leur position de puissance n\u00e9ocolonialiste et d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, ont \u00e9labor\u00e9 avec la complicit\u00e9 de certains Nig\u00e9riens et Africains ren\u00e9gats, une nouvelle approche m\u00e9thodologiquement articul\u00e9e autour des actions suivantes : une cabale m\u00e9diatique organis\u00e9e contre le Niger; une approche machiav\u00e9lique pour saper la coh\u00e9sion entre les membres du CNSP; une campagne diplomatique pour diaboliser et isoler notre pays ; une guerre financi\u00e8re et \u00e9conomique pour \u00e9touffer notre pays; des d\u00e9marches pour diviser notre peuple, l\u2019installation des bases militaires, d\u2019unit\u00e9 mixte de d\u00e9stabilisation\u2026 (AT, 2024, p.\u00a03).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les contenus ci-dessus font l\u2019\u00e9tat des lieux d\u2019un espace sah\u00e9lien crisog\u00e8ne resserr\u00e9 dans l\u2019\u00e9tau d\u2019une volont\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique sous-tendue par des forces externes et internes. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger \u00e9tant le th\u00e9\u00e2tre de la domination postcoloniale tous azimuts, les formes les plus saillantes sont clairement \u00e9nonc\u00e9es. Alors que I.\u00a0Traor\u00e9 d\u00e9voile le fonctionnement du colonialisme par procuration fond\u00e9 sur le mythe de l\u2019identification \u00e0 l\u2019agresseur [19], A.\u00a0Maiga et A.\u00a0Tiani d\u00e9mant\u00e8lent le dispositif oppressif multisectoriel et syst\u00e9mique consubstantiel \u00e0 la Fran\u00e7afrique [20] et [21]. Une Fran\u00e7afrique d\u00e9complex\u00e9e dont les pratiques explicitement exprim\u00e9es actualisent le \u00ab\u00a0pacte n\u00e9ocolonial qui ne sert ni l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique des pays africains, maintenus dans une \u00e9conomie de traite, ni l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie de la masse des populations \u00bb (Pha\u00ebton, 2009, p.\u00a012). Dans cette veine, la parodie d\u2019ind\u00e9pendances, les d\u00e9mocraties tronqu\u00e9es sous le poids des fraudes \u00e9lectorales, la complicit\u00e9 entre les \u00c9tats et l\u2019instrumentalisation des peuples, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 galopante et les interventions militaires \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et d\u2019autres formes de violence sont autant de chefs d\u2019accusation qui l\u00e9gitiment et revitalisent le sens du combat des pr\u00e9sidents de l\u2019AES.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Rh\u00e9torique politique et rapport de force\u00a0: l\u2019imp\u00e9ratif de survie<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En contexte de r\u00e9sistance postcoloniale, le ressassement des miasmes coloniaux en cours nourrit l\u2019id\u00e9e de la revanche. Inscrite dans la relation de pouvoir, la compensation recherch\u00e9e se situe \u00e0 la lisi\u00e8re de l\u2019intra- et de l\u2019extra-discours. La correction extra-discursive se manifeste par des actions concr\u00e8tes men\u00e9es dans la perspective de redorer l\u2019image des \u00c9tats et des autorit\u00e9s inculp\u00e9es. La r\u00e9pression intra-discursive proc\u00e8de de la rh\u00e9torique de la controverse pour tourner en d\u00e9rision les valeurs occidentalis\u00e9es et, par ricochet, la colonialit\u00e9 du pouvoir. Cette double posture corrobore l\u2019id\u00e9e selon laquelle \u00ab le discours est une forme d\u2019\u2018\u2018agir\u2019\u2019 qui a d\u2019ailleurs un caract\u00e8re forc\u00e9ment agoniste, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il agit dans un champ marqu\u00e9 d\u2019oppositions. Chaque discours politique valorise une position, d\u00e9fend certaines valeurs, appuie une personne plut\u00f4t qu\u2019une autre \u00bb (Gingras, 2003, p. 71). Les discours d\u2019I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani sont travers\u00e9s par ces consid\u00e9rations qui participent de leur positionnement en situation de dissension et de tensions diplomatiques. Leurs actions majeures se situent \u00e0 l\u2019entre-deux de la protection s\u00e9curitaire et la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 de leurs \u00c9tats. Malgr\u00e9 leur longueur, ces extraits m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre cit\u00e9s :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[22] Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous assumer. C\u2019est pourquoi un 26 juillet 2023, alors que le Niger d\u00e9cidait de tourner la page, les esclaves de salon et leurs ma\u00eetres sont mont\u00e9s sur leurs grands chevaux. Ils ont mis en avant leurs valets locaux et ils ont d\u00e9cid\u00e9 de mener une guerre contre le peuple nig\u00e9rien. Nous avons donc dit que quiconque oserait s\u2019en prendre au Niger nous aura en face, parce que nous m\u00e8nerons une guerre sans piti\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte de sang pour quiconque oserait s\u2019attaquer \u00e0 nos \u00c9tats. Cette d\u00e9cision que nous avons prise hier, est d\u2019actualit\u00e9 aujourd\u2019hui et le sera demain et pour toujours. Ainsi naquit l\u2019AES le 16 septembre 2023 dans une architecture de d\u00e9fense mutuelle (IT, 2024, p.\u00a04).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[23] Sur le plan de la lutte contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, depuis que les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 maliennes ont lanc\u00e9 des actions offensives, de mani\u00e8re autonome, de nombreux succ\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 remport\u00e9s sur le terrain de la lutte contre le terrorisme, toutes les r\u00e9gions ont \u00e9t\u00e9 reprises des mains des groupes terroristes, notamment la r\u00e9gion de Kidal, le 14 novembre 2023, \u00e0 la suite d\u2019une op\u00e9ration militaire m\u00e9morable\u2026 Au regard de la complexit\u00e9 de la situation au Sahel et motiv\u00e9s par leur seul d\u00e9sir de prendre le destin de leurs pays en main, leurs excellences Le Capitaine Ibrahim TRAORE, Pr\u00e9sident du Faso, Chef de l\u2019\u00c9tat du Burkina, Le Colonel Assimi GOITA, Pr\u00e9sident de la Transition, Chef de l\u2019\u00c9tat du Mali et Le G\u00e9n\u00e9ral de Brigade Abdourahamane TIANI, Pr\u00e9sident du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie, Chef de l\u2019\u00c9tat du Niger, ont dans un premier temps institu\u00e9 l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel : une architecture de d\u00e9fense collective et d\u2019assistance mutuelle dans la lutte contre le terrorisme, en signant la Charte du Liptako-Gourma, le 16 septembre 2023 (AM, 2024, p. 4-5).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[24] Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est de renvoyer de notre pays, sans haine ni violence, les forces qui entravaient notre souverainet\u00e9 et emp\u00eachaient v\u00e9ritablement \u00e0 nos FDS de monter en puissance pour accomplir leurs missions. Ce que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 faire c\u2019est de d\u00e9noncer tous les contrats, textes l\u00e9gislatifs, trait\u00e9s et conventions injustes qui ne vont pas dans le sens de l\u2019int\u00e9r\u00eat du Niger. Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est prouver que le Niger peut tenir debout, faire face courageusement et avec succ\u00e8s au terrorisme, payer ses fonctionnaires, assurer ses d\u00e9penses de souverainet\u00e9 de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, bref, vivre, sans la pr\u00e9tendue assistance \u00e9trang\u00e8re souvent utilis\u00e9e pour menacer ou humilier les Nig\u00e9riens. Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est que pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de notre pays, les d\u00e9cisions qui engagent le Niger et son peuple sont prises au Niger, par des Nig\u00e9riens et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du Niger et nulle part ailleurs (AT, 2024, p. 6).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Trois contextes, trois militaires, trois hommes politiques, trois discours mais articul\u00e9s et entrem\u00eal\u00e9s les uns sur les autres avec pour finalit\u00e9 la communication sur leurs actions politiques et l\u2019impact sur le quotidien des citoyen\u00b7nes. Dans leur strat\u00e9gie communicationnelle, les actes de langage performatifs et les structures pr\u00e9suppositionnelles verbalisent les actions sociales, \u00e9conomiques et strat\u00e9giques r\u00e9elles, visibles et palpables qui restaurent la confiance, la coh\u00e9sion et la s\u00e9curit\u00e9 des peuples victimis\u00e9s soucieux de la r\u00e9appropriation de leurs entit\u00e9s territoriales. Par ailleurs, dans un ton acerbe, par le biais des constructions \u00e0 la fois figuratives et anaphoriques, lesdites actions consolident la fracture entre un pass\u00e9 affligeant toujours pr\u00e9sent et un pr\u00e9sent en cours de transformation aux attentes radieuses fond\u00e9es sur la participation citoyenne des peuples. Cette passerelle temporelle est assur\u00e9e par des d\u00e9ictiques et les temps subjectifs qui se conjuguent pour inscrire lesdites actions dans l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9, la simultan\u00e9it\u00e9 et la post\u00e9riorit\u00e9 en rapport avec le bien commun et les aspirations du peuple. Dans leur style r\u00e9aliste, ces locuteurs politiques r\u00e9ussissent \u00e0 mettre en lumi\u00e8re les contradictions entre l\u2019intention et l\u2019action, le dire et le faire, le dit et le fait contraire et\/ou approximatif des pr\u00e9\u00e9minences internationales. Les paradoxes pragmatiques ainsi relev\u00e9s accentuent la rupture du pacte colonial et autres formes de liens de servitude en contexte postcolonial. En outre, des actions diplomatiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, mais dont l\u2019impact a une r\u00e9sonance internationale, constituent l\u2019\u00e9tymon du combat discursif de ces orateurs politiques. La mise en place du dispositif de contre-offensive s\u00e9curitaire fiable pour la protection des \u00c9tats sous les menaces et invasions ext\u00e9rieures structurent leur d\u00e9monstration. Au 1<sup>er<\/sup> sommet de l\u2019AES, \u00e0 la 79<sup>e<\/sup> Session de l\u2019ONU et pendant son adresse \u00e0 la nation, la sublimation de l\u2019AES comme alternative \u00e0 la violence internationale devient une constance discursive tout comme le rejet de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie et la c\u00e9l\u00e9bration de la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9e. Mais un \u00e9tat de dignit\u00e9 et de souverainet\u00e9 qui s\u2019adosse sur quelques imaginaires de v\u00e9rit\u00e9 dans une perspective de p\u00e9rennisation des acquis et de l\u2019ouverture critique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Parole politique et perspective diff\u00e9rentielle de la pratique politique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En situation de rivalit\u00e9 id\u00e9ologique, la parole politique des trois chefs d\u2019\u00c9tat s\u2019offre comme un espace symbolique de r\u00e9glage conflictuel et de positionnement. Si par essence l\u2019\u00ab\u00a0id\u00e9ologie est une repr\u00e9sentation du monde social et politique qui justifie des relations de pouvoir \u00bb (Gingras, 2003, p.\u00a078), I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani la per\u00e7oivent diff\u00e9remment. La strate textuelle de leurs discours est travers\u00e9e par des id\u00e9ogrammes lexicaux caract\u00e9ristiques des croyances des peuples dont ils ont la charge. Libert\u00e9, dignit\u00e9, souverainet\u00e9, justice, s\u00e9curit\u00e9 et bien-\u00eatre sont des id\u00e9ogrammes dominants qui participent des valeurs cardinales \u00e0 impl\u00e9menter \u00e0 travers des actions politiques cons\u00e9quentes. Deux orientations compl\u00e9mentaires se montrent comme condition <em>sine qua non<\/em> de r\u00e9alisation de ce mythe politique en situation de domination postcoloniale.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Imaginaire de la tradition et renforcement de la fraternit\u00e9 transnationale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La fragmentation comme outil de domination des peuples africains par les puissances imp\u00e9ratrices au moment du partage historique de l\u2019Afrique est de plus en plus per\u00e7ue par les instances victimaires comme un h\u00e9ritage d\u00e9moniaque. Les fronti\u00e8res artificielles issues de la colonisation, sources de tensions internes et des conflits r\u00e9gionaux, alimentent les d\u00e9bats et structurent les discours contemporains qui mettent en toile de fond les identit\u00e9s politiques d\u00e9sincarn\u00e9es. C\u2019est dans cette perspective que Joseph-Roger de Benoist (2013, p. 5) r\u00e9\u00e9value \u00ab\u00a0les d\u00e9g\u00e2ts corr\u00e9l\u00e9s au maintien des solidarit\u00e9s forg\u00e9es par la colonisation et les ferments de division \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019Ouest africain fran\u00e7aise \u00bb. Dans une double posture d\u2019\u00e9vocation de ce s\u00e9isme culturel et de reconstitution des identit\u00e9s fragment\u00e9es, les locuteurs politiques garants du ciment social l\u2019\u00c9tat se positionnent. Sur les sentiers de la d\u00e9balkanisation \u00e0 petite \u00e9chelle, les orateurs politico-militaires convoquent l\u2019imaginaire de la tradition qui s\u2019appuie sur la qu\u00eate de l\u2019origine afin de restaurer le patrimoine ant\u00e9rieur d\u00e9structur\u00e9 dans la mesure o\u00f9<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019imaginaire de la \u00ab tradition \u00bb est port\u00e9e par des discours qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 un monde \u00e9loign\u00e9 dans le temps, un monde dans lequel les individus auraient connu un \u00e9tat de puret\u00e9. Ce monde est \u00e9voqu\u00e9 comme un paradis perdu (l\u2019Eden d\u2019or de l\u2019antiquit\u00e9, l\u2019Eden de la Bible) vers lequel il faudrait remonter pour retrouver une origine source d\u2019authenticit\u00e9. Est alors d\u00e9crite une histoire de la communaut\u00e9 concern\u00e9e, une histoire parfois invent\u00e9e mais n\u00e9cessaire pour \u00e9tablir une filiation avec les anc\u00eatres, un territoire, une langue. Les descendants en seraient les h\u00e9ritiers, ce qui leur imposerait un devoir de \u00ab ressourcement \u00bb, de r\u00e9cup\u00e9ration de l\u2019origine identitaire (Charaudeau, 2005, p. 163).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019authenticit\u00e9 recherch\u00e9e par les pr\u00e9sidents de l\u2019AES \u00e9tant consubstantielle \u00e0 leur prise de parole, les marqueurs de l\u2019ancestralit\u00e9 dans ses dimensions culturelle, sociale et politique y sont foisonnants. Les s\u00e9quences discursives ci-dessous font l\u2019\u00e9conomie des traceurs du ressourcement :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[25] \u00c0 cette vision, s\u2019ajoute une orientation du Chef de l\u2019\u00c9tat qui appelle les Maliens, dans le cadre de la Refondation, \u00e0 \u00ab redevenir eux-m\u00eames \u00bb. En effet, le Chef de l\u2019\u00c9tat a proc\u00e9d\u00e9, le 23 avril 2024, au lancement du Programme National d\u2019Education aux Valeurs (PNEV) qui vise \u00ab Un retour aux sources, sans lesquelles, il serait difficile d\u2019envisager un avenir radieux pour notre pays, dans sa qu\u00eate l\u00e9gitime de souverainet\u00e9 \u00bb. L\u2019invitation \u00e0 redevenir nous-m\u00eames, ne saurait faire l\u2019\u00e9conomie de la question de savoir qui nous sommes. La r\u00e9ponse imm\u00e9diate \u00e0 cette interrogation est donn\u00e9e par la devise du Mali : Un peuple : grande famille, nation cosmopolite, un But : magnifier la diversit\u00e9 dans l\u2019unit\u00e9, uni pour b\u00e2tir le bien commun, une Foi : la foi \u00e0 ce que Dieu a donn\u00e9 comme ressource pour la r\u00e9alisation de la prosp\u00e9rit\u00e9 (AM, 2024, p.\u00a03-4).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[26] Nous avons cr\u00e9\u00e9 une alliance avec les pays avec lesquels nous avons la m\u00eame histoire, la m\u00eame trajectoire, les m\u00eames d\u00e9fis, les m\u00eames peuples et les m\u00eames aspirations : l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel qui nous unit au Burkina Faso et au Mali, deux pays fr\u00e8res qui sont r\u00e9solument \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s\u2026 Enfin, je voudrais, en ce moment o\u00f9 le regard des Nig\u00e9riens est tourn\u00e9 vers les comp\u00e9titions de notre lutte traditionnelle qui est \u00e0 sa 45\u00e8me \u00e9dition, souhaiter une belle KOKOWAR GARGAJIYA \u00e0 tous : que le meilleur gagne et que les Nig\u00e9riens fraternisent dans leur diversit\u00e9 culturelle et la s\u00e9curit\u00e9 (AT, 2024, p.\u00a07-11).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La qu\u00eate de l\u2019origine et de la souverainet\u00e9 sacr\u00e9e sont les traits caract\u00e9ristiques des deux occurrences ci-dessus. Aux Nations Unies, entre autres sujets abord\u00e9s, le porte-parole du gouvernement malien rappelle, dans des structures emphatiques, les vertus ancestrales et la port\u00e9e des valeurs culturelles et identitaires red\u00e9finies dans la r\u00e9solution interne de leurs diff\u00e9rends [25]. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il s\u2019agit des identit\u00e9s socialement et communautairement reconstitu\u00e9es sur le socle de la souverainet\u00e9 ancestrale d\u00e9cloisonn\u00e9e [26]. Un d\u00e9cloisonnement identitaire mat\u00e9rialis\u00e9 dans la fraternit\u00e9 transnationale autant exalt\u00e9e que la comm\u00e9moration d\u2019un \u00e9v\u00e8nement culturel renfor\u00e7ant la fibre identitaire. En outre, l\u2019\u00e9vocation du rassemblement comm\u00e9moratif sportif, marqu\u00e9 d\u2019empreinte nationale en langue locale, raffermit le sentiment de l\u2019appartenance \u00e0 une culture d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e en voie de revalorisation. L\u2019alternance codique fran\u00e7ais-haoussa, avec mention sp\u00e9ciale sur le Championnat National de la Lutte Traditionnelle, \u00ab KOKOWAR GARGAJIYA \u00bb, intensifie le sentiment national et la promotion des valeurs culturelles endog\u00e8nes. La reconqu\u00eate de la souverainet\u00e9 nationale \u00e0 travers l\u2019usage de la langue locale trouve \u00e9cho dans le slogan patriotique \u00ab LAABU SANNI NO ZANCEN KASA NE \u00bb signifiant \u00ab La Patrie d\u2019abord, la Partie ensuite, la Patrie enfin \u00bb employ\u00e9 en usage et en mention dont la connotation autonomique dans le discours de A. Tiani magnifie les prouesses r\u00e9alis\u00e9es et \u00e0 venir. Ces expressions culturellement marqu\u00e9es s\u2019int\u00e8grent dans la verbalisation des pr\u00e9discours patrimoniaux, traceurs de l\u2019h\u00e9ritage collectif des peuples du Sahel. Ce retour aux sources corrobore le D\u00e9cret[footnote]Il s\u2019agit du D\u00e9cret no2024-0500\/PRES-TRANS\/PM\/MATDS\/MFPTPS\/MCCAT du 06 mai 2024 du gouvernement du Burkina Faso qui consacre la date du 15 mai de chaque ann\u00e9e comme la Journ\u00e9e des Coutumes et Traditions (JCT).[\/footnote] du pr\u00e9sident I. Traor\u00e9 sur l\u2019\u00e9rection de la Journ\u00e9e des coutumes et traditions au Burkina Faso.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pratique politique et h\u00e9t\u00e9ronomie responsable\u00a0: du conditionnement postcolonial \u00e0 l\u2019ouverture choisie<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le ressassement des frasques coloniales qui participent du conditionnement des postcolonis\u00e9\u00b7es et la communication publique sur les actions de sauvetage entreprises en contexte de violence plurielle accr\u00e9ditent le compte des acteurs politiques militaires d\u2019un quotient de responsabilit\u00e9 et de cr\u00e9dibilit\u00e9. Leur degr\u00e9 d\u2019attachement \u00e0 leur socle national, assorti de leur pugnacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9former leurs nations, fait d\u2019eux des leaders charismatiques aux allures de guides-bergers et de guides-proph\u00e8tes \u00e0 la recherche du souverain bien. Cependant, cette id\u00e9alit\u00e9 sociale n\u2019est r\u00e9alisable qu\u2019\u00e0 travers l\u2019impl\u00e9mentation d\u2019une philosophie politique qui s\u2019adosse sur le v\u00e9cu des citoyen\u00b7nes. Le geste r\u00e9parateur s\u2019articule entre la fracture id\u00e9ologique ant\u00e9rieure et l\u2019ouverture critique. Dans les structures textuelles des discours \u00e9tudi\u00e9s, les signaux de la rupture sont pris en charge par l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u00e9gatif et les d\u00e9ictiques temporels en lien avec la post\u00e9riorit\u00e9 :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[27] \u00c0 ces attaques sur le terrain s\u2019ajoutent la guerre de communication, la manipulation, la d\u00e9sinformation. Mais les peuples du Sahel ont compris et ils ne pourront plus jamais les manipuler. Ils savent d\u2019o\u00f9 ils viennent, ce qu\u2019ils font et o\u00f9 ils vont. Nous ne permettrons plus cela; les peuples sont \u00e9veill\u00e9s. Et nous nous battons aujourd\u2019hui, non pas pour nous-m\u00eames, mais pour les g\u00e9n\u00e9rations futures. Nous ne tremblerons pas. Nous allons affronter ; nous nous battrons pour une v\u00e9ritable ind\u00e9pendance, pour notre libert\u00e9 (AT, 2024, p. 3).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[28] Depuis la fin de l\u2019Accord d\u2019Alger le 25 janvier 2024, les Maliens n\u2019expriment qu\u2019un seul v\u0153u le concernant : que son \u00e2me repose en paix! M. Le Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, l\u2019accord est bel et bien mort, vos incantations ne serviront pas \u00e0 le ressusciter. Vous me donnez l\u2019occasion d\u2019une part, de vous r\u00e9it\u00e9rer que nul ne peut aimer le Mali, plus que les Maliens et d\u2019autre part, de rappeler que le Mali et son peuple ne se seront pas des spectateurs face aux assauts de l\u2019adversit\u00e9 : pour chaque mot employ\u00e9 de travers, nous r\u00e9agirons par r\u00e9ciprocit\u00e9. \u00c0 bon entendeur, tant pis! (AM, 2024, p. 8).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[29] Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est l\u2019unit\u00e9 de notre peuple sur des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat national. D\u00e9sormais, tous les Nig\u00e9riens regardent dans la m\u00eame direction; celle qui pr\u00e9serve les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de notre pays : <strong>Labou Sanni No. Zanchin Kassa n\u00e9<\/strong>\u00a0(AT, 2024, p. 6).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans leurs diff\u00e9rents propos, ces locuteurs politiques font figure de guides-souverains issus de leurs communaut\u00e9s terrifi\u00e9es et dont la vision est de les conduire vers la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 totales. Pour y parvenir, ils proc\u00e8dent par la mise en opposition de deux temporalit\u00e9s contrast\u00e9es : le pass\u00e9 et le l\u2019avenir. Un pass\u00e9 ignoble qui se conjugue avec un pr\u00e9sent aust\u00e8re \u00e0 partir duquel se projette un avenir sublim\u00e9, d\u2019o\u00f9 la triple articulation des temps d\u00e9ictiques : pass\u00e9 compos\u00e9-pr\u00e9sent-futur. Dans ce processus, la conjonction entre les marqueurs de l\u2019\u00e9nonciation d\u00e9locutive (\u00ab ils \u00bb, \u00ab les peuples \u00bb, \u00ab les Maliens \u00bb, \u00ab les Nig\u00e9riens \u00bb) et ceux de l\u2019\u00e9nonciation \u00e9locutive (\u00ab Nous \u00bb, \u00ab notre \u00bb) met en toile de fond la position id\u00e9ologique commune des instances politique et citoyenne : la rupture. Explicitement exprim\u00e9e dans les structures textuelles, la rupture est act\u00e9e par l\u2019usage it\u00e9ratif de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u00e9gatif sous ses multiples variances. Dans la figuration s\u00e9miotique de cette fracture, une valeur ajout\u00e9e est accord\u00e9e \u00e0 la forme tonique \u00ab ne\u2026 plus \u00bb, marqueur grammatical de l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 des d\u00e9cisions prises, amplifi\u00e9 par les adverbes de temps \u00ab jamais \u00bb et \u00ab d\u00e9sormais \u00bb, accomplissant la m\u00eame fonction cognitivo-syntaxique. En tant que leaders investis d\u2019un capital culturel \u00e9lev\u00e9, leur attitude proactive participe d\u2019un basculement irr\u00e9vocable dans l\u2019avenir. Ce qui subsume un choix strat\u00e9gique et op\u00e9rationnel en contexte de diplomatie pr\u00e9f\u00e9rentielle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur cette voie, ces acteurs politiques remettent en question le partenariat exclusif de la puissance fran\u00e7aise dans ses anciennes colonies, mettant ainsi \u00e0 mal le pr\u00e9-carr\u00e9 fran\u00e7ais en Afrique. D\u2019apr\u00e8s la philosophie politique des pr\u00e9sidents des \u00c9tats membres de la Conf\u00e9d\u00e9ration des \u00c9tats du Sahel, leurs pays ne sauraient \u00eatre la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un quelconque \u00c9tat f\u00fbt-il de la m\u00e9tropole hexagonale. C\u2019est pourquoi, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, ces locuteurs politiques rejettent l\u2019h\u00e9g\u00e9monie sempiternelle de la France sur toutes ses formes et pr\u00f4nent l\u2019ouverture critique aux autres\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[30] Pour effrayer les populations de l\u2019AES, ces individus n\u2019ont que trois termes \u00e0 la bouche : d\u00e9mocratie, libert\u00e9, droits humains. Bien entendu, leurs valets locaux ne sont \u00e9lus que dans le cadre d\u2019un processus d\u00e9mocratique, libre et transparent, selon eux et leurs valeurs. Quoi de plus normal pour eux; mais qu\u2019on veuille nous imposer cela, parce que ce sont eux qui \u00e9dictent les r\u00e8gles, nous ne l\u2019accepterons pas (IT, 2024, p. 3-4).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[31] La voie m\u00e9diane promue par le Mali consiste \u00e0 r\u00e9aliser notre d\u00e9veloppement en empruntant un chemin plus vertueux : veiller au respect de notre souverainet\u00e9 tout en respectant celle des autres; refuser l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie tout en refusant de nous ing\u00e9rer dans les affaires int\u00e9rieures des autres; \u00eatre ouvert \u00e0 tous les partenariats sur une base gagnant-gagnant. Aussi, il est important de relever que ces principes et valeurs caract\u00e9risent, mutatis mutandis, les peuples fr\u00e8res du Burkina Faso et de la R\u00e9publique du Niger (AM, 2024, p. 4).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[32] Ensuite nous avons d\u00e9cid\u00e9 de diversifier nos partenaires et d\u2019inscrire d\u00e9sormais nos relations diplomatiques dans le principe de respect mutuel, d\u2019\u00e9galit\u00e9 souveraine et d\u2019un partenariat sinc\u00e8re, \u00e9quilibr\u00e9 et gagnant-gagnant qui prend en compte les int\u00e9r\u00eats de notre pays\u2026 Aussi, j\u2019invite chaque Nig\u00e9rien \u00e0 se forger l\u2019intime conviction que le Niger est notre bien commun. Il nous appartient et non \u00e0 une quelconque puissance \u00e9trang\u00e8re ou \u00e0 une quelconque organisation r\u00e9gionale ou internationale (AT, 2024, p. 7-10).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses tours sarcastiques, I.\u00b7Traor\u00e9 tourne en d\u00e9rision les valeurs d\u00e9fendues par la R\u00e9publique fran\u00e7aise dont l\u2019application en postcolonie demeure querell\u00e9e. Les marqueurs de la distance \u00e9nonciative (\u00ab selon eux \u00bb, \u00ab leurs valeurs \u00bb, \u00ab pour eux \u00bb), corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 la d\u00e9signation minorative de l\u2019adversaire (\u00ab ces individus \u00bb), ac\u00e8rent les angles de la critique des mauvaises pratiques des us occidentaux en Afrique. Il y a donc chez cet homme d\u2019\u00c9tat une volont\u00e9 de d\u00e9sacralisation des id\u00e9aux politiques de l\u2019Ailleurs par l\u2019op\u00e9ration de d\u00e9s\u00e9mantisation du patrimoine discursif id\u00e9ologique ant\u00e9rieur. Les contenus des notions telles que la d\u00e9mocratie, la libert\u00e9 et les droits de l\u2019humain semblent g\u00e9ographiquement instables. La pol\u00e9mique qui en d\u00e9coule est davantage perceptible dans la distance \u00e9nonciative textualis\u00e9e dans la construction antinomique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 puissante et de l\u2019identit\u00e9 opprim\u00e9e [30]. Dans la m\u00eame veine, A.\u00a0Maiga et A.\u00a0Tiani prennent position sur le sens du protectionnisme de leurs \u00c9tats en capitalisant sur la qualit\u00e9 du partenariat et la pluralit\u00e9 des partenaires g\u00e9ostrat\u00e9giques. La double caract\u00e9risation par le nom, r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019attelage du d\u00e9terminant sp\u00e9cifique et du d\u00e9terminant compl\u00e9mentaire exprimant la totalit\u00e9 dans l\u2019expression \u00ab \u00eatre ouvert \u00e0 tous les partenariats \u00bb [31] est symptomatique de la fracture postcoloniale et de la pluriversalit\u00e9 id\u00e9ologique aux multiples vertus. Bien qu\u2019encore au stade inaugural, les retomb\u00e9es des accords[footnote]. Coop\u00e9ration Burkina Chine. [En ligne] Quotidien Sidwaya URL <a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\">https:\/\/www.sidwaya.info<\/a> (consult\u00e9 le 25 septembre 2O25); Accords Russie et Burkina. [En ligne] Scribd URL <a href=\"https:\/\/fr.scribd.com\">https:\/\/fr.scribd.com<\/a> (consult\u00e9 le 25 septembre 2O25)[\/footnote] avec la Russie et la Chine sur leurs structures sociales semblent all\u00e9chantes.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard des analyses ci-dessus men\u00e9es, la parole politique des orateurs-pr\u00e9sidents de la Conf\u00e9d\u00e9ration de l\u2019AES est un acte de langage complexe \u00e0 trois variables sociologiques\u00a0: le constat, l\u2019action et la vision. Sur la base de la r\u00e9alit\u00e9 sociale marqu\u00e9e de tensions et de violences prot\u00e9iformes, des actions concr\u00e8tes cons\u00e9quentes r\u00e9pondent en \u00e9cho, illustrant un environnement conflictuel o\u00f9 le rapport de place et l\u2019\u00e9quilibre de la terreur sont en vigueur. Dans leur posture d\u2019acteurs politiques r\u00e9publicains, ces hommes d\u2019\u00c9tat s\u2019entourent du manteau de guide-souverain pour \u00e9clairer leurs peuples et les conduire sur les chemins de la libert\u00e9, moyennant courage et abn\u00e9gation. En d\u00e9finitive, en contexte de controverse id\u00e9ologique et de l\u00e9gitime d\u00e9fense, le discours politique des militaires-pr\u00e9sidents devient un acte de foi r\u00e9publicain. Seulement, afin que les m\u00eames causes ne produisent les m\u00eames effets dans les m\u00eames circonstances, ces meneurs d\u2019hommes en qu\u00eate de souverainet\u00e9 devront faire preuve de sinc\u00e9rit\u00e9 et d\u2019honn\u00eatet\u00e9 dans leurs strat\u00e9gies manag\u00e9riales pour \u00e9viter un \u00e9ternel recommencement. Aussi et surtout, en portant la voix d\u2019une Afrique en qu\u00eate de dignit\u00e9 et de souverainet\u00e9, ces locuteurs et acteurs politiques devront \u00eatre pr\u00e9cautionneux sur la nature des accords avec les nouveaux partenaires. Une d\u00e9marche g\u00e9ostrat\u00e9gique avis\u00e9e avec la Russie et la Chine \u00e9viterait que, comme hier, l\u2019Afrique assiste, impuissante, \u00e0 un nouveau dispositif de domination sous les labels <em>Russeafrique<\/em> et\/ou <em>Chineafique<\/em>.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 1999. <em>Images de soi dans le discours<\/em>. Paris : D\u00e9lachaux et Niestl\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2000<em>. L\u2019argumentation dans le discours.<\/em> Paris : Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Armengaud, Fran\u00e7oise. 1999. <em>La pragmatique<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 1em\">Austin, John Langshaw. 1970.\u00a0<\/span><em style=\"font-size: 1em\">Quand dire c\u2019est faire (<\/em><span style=\"font-size: 1em\">traduit de l\u2019anglais <\/span><em style=\"font-size: 1em\">How to do things with words <\/em><span style=\"font-size: 1em\">par Gilles LANE). Paris : \u00c9ditions du Seuil.<\/span><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bart (Le), Christian. 1998. <em>Le discours politique<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benoist (De), Joseph-Roger. 2013. <em>La balkanisation de l\u2019Afrique Occidentale Fran\u00e7aise<\/em>. Dakar : Nouvelles \u00c9ditions Africaines du S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benot, Yves. 1975. <em>Les<\/em> <em>ind\u00e9pendances africaines. Id\u00e9ologies et r\u00e9alit\u00e9s<\/em> I. Paris : Fran\u00e7ois, Maspero.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benot, Yves. 1975. <em>Les ind\u00e9pendances africaines. Id\u00e9ologies et r\u00e9alit\u00e9s<\/em> II. Paris : Fran\u00e7ois Maspero.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benveniste, \u00c9mile. 1970. \u00ab\u00a0L\u2019appareil formel de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb, <em>Langages<\/em>, 17, p. 12-18. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\">https:\/\/www.persee.fr<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourque, Gilles et Duchastel, Jules. 1988. <em>Restons traditionnels et progressifs. Pour une analyse du discours politique. Le cas du r\u00e9gime Duplessis au Qu\u00e9bec<\/em>. Montr\u00e9al : Bor\u00e9al.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Castoriadis, Cornelius. 1975.\u00a0<em>L\u2019institution imaginaire de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2005. <em>Le discours politique. Les masques du pouvoir<\/em>. Paris : Vuibert.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">D\u00e9cret no 2024-0500\/PRES-TRANS\/PM\/MATDS\/MFPTPS\/MCCAT du 06 mai 2024 du gouvernement du Burkina Faso qui consacre la date du 15 mai de chaque ann\u00e9e comme la Journ\u00e9e des Coutumes et Traditions (JCT). <a href=\"https:\/\/www.centrecitoyen.org\">https:\/\/www.centrecitoyen.org<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Denis, Martin. 1976. \u00ab\u00a0Benot (Yves) \u2013 Les ind\u00e9pendances africaines. Id\u00e9ologies et r\u00e9alit\u00e9s<em>\u00a0<\/em>\u00bb [compte rendu]. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, 26-5, p. 983-986. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\">https:\/\/www.persee.fr<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Foucault, Michel. 1970. <em>L\u2019ordre du discours<\/em>. Paris: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gingras, Anna-Marie. 2003. <em>La communication politique\u00a0: \u00c9tat des savoirs, enjeux et perspectives<\/em>. Qu\u00e9bec : Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hepke, Jutta. 2003. <em>Derni\u00e8res nouvelles de la Fran\u00e7afrique<\/em>. Paris : Vents d\u2019ailleurs.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hepke, Jutta et Colleu, Gilles. 2006. <em>Derni\u00e8res nouvelles du colonialisme<\/em>. Paris : Vents d\u2019ailleurs.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jaubert, Anna 1990. <em>La lecture pragmatique<\/em>, Paris : HACHETTE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kange Ewane, Fabien. 2000. <em>D\u00e9fi aux africains du IIIe mill\u00e9naire<\/em>, Yaound\u00e9 : \u00c9ditions Cl\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine 1980. <em>L\u2019\u00e9nonciation. De la subjectivit\u00e9 dans le langage<\/em>, Paris : Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kengne, Lucie. 2017. <em>Lecture Pragmatique du Discours H\u00e9g\u00e9monique sur l\u2019Afrique : Le cas du Discours Colonial dans l\u2019espace Francophone<\/em>, th\u00e8se de doctorat soutenue le 17\/11\/2017 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kengne Gatsing, Lucie. 2022. Discours h\u00e9g\u00e9monique et relent colonial : les tribunes de La Baule (1990) et de Dakar (2007) ou la Fran\u00e7afrique discursiv\u00e9e. <em>Voix Plurielles<\/em>, Vol. 19, N\u00b0<sup>\u00a0<\/sup>1, p. 62-76.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kourouma, Ahmadou. 1968. <em>Les Soleils des ind\u00e9pendances.<\/em>\u00a0Montr\u00e9al : Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2000. <em>De la postcolonie. Essai sur l\u2019imaginaire politique dans l\u2019Afrique contemporaine.<\/em> Paris : \u00c9ditions KARTHALA.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2010. <em>Sortir de la grande nuit.<\/em> Paris : \u00c9ditions La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2023. \u00ab Les putschs en Afrique de l\u2019Ouest annoncent la fin d\u2019un cycle qui aura dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle \u00bb. <em>Le Monde<\/em>. [En ligne] disponible sur<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2023\/08\/04\/achille-mbembe-en-afrique-la-stabilite-passera-par-une-demilitarisation-effective-de-tous-les-domaines-de-la-vie-politique-economique-et-sociale_6184430_3232.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2023\/08\/04\/achille-mbembe-en-afrique-la-stabilite-passera-par-une-demilitarisation-effective-de-tous-les-domaines-de-la-vie-politique-economique-et-sociale_6184430_3232.html<\/a> (Consult\u00e9 le 20 juin 2025).<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Morin, Edgar. 2016. <em>Pour une crisologie.<\/em>\u00a0Paris : l\u2019Herne.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne. 2006. <em>Les pr\u00e9discours. Sens, m\u00e9moire, cognition.<\/em> Paris : Presses Sorbonne Nouvelle.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Perelman, Chaim et Olbrechts-Tyteca, Lucie. 2008. <em>Trait\u00e9 de l\u2019argumentation.<\/em> Bruxelles : \u00c9ditions de l\u2019Universit\u00e9 de Bruxelles.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Petitcorps, Colette (Le) et Desille, Amandine. 2020. La colonialit\u00e9 du pouvoir aujourd\u2019hui : approche par l\u2019\u00e9tude des migrations. <em>Migrations et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Vol. 4, N\u00b0 182, p. 17-28.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pigeaud Fanny et Ndongo Samba Sylla. 2018. <em>L\u2019ARME INVISIBLE DE LA FRAN\u00c7AFRIQUE. Une histoire du Franc CFA<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pha\u00ebton, Alexandra. 2009. <em>France-Afrique\u00a0: Diplomatie, Business et Dictatures<\/em>. Paris : Survie.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quijano An\u00edbal. 2007. \u00ab Race \u00bb et colonialit\u00e9 du pouvoir. <em>Mouvements, <\/em>3(51), p.\u00a0111-118. <a href=\"https:\/\/www.caim.info\/revue-mouvements-2007-3-111\">https:\/\/www.caim.info\/revue-mouvements-2007-3-111-htm<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Said, Edward. 1978. <em>Orientalisme<\/em>. Paris : \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sahouegnon, Mathias Raoul. 2025. <em>Le r\u00e9gionalisme coop\u00e9ratif comme mod\u00e8le de pacification\u00a0: le cas de la Conf\u00e9d\u00e9ration de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel (AES)<\/em>, th\u00e8se de Doctorat (in\u00e9dit), Universit\u00e9 Ponctificale Saint Thomas d\u2019Aquin (Agelicum), Rome. <a href=\"https:\/\/recowanews.com\">https:\/\/recowanews.com<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thimonier, Olivier. 2008. <em>La France coloniale d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.<\/em>\u00a0Paris : Survie.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verschave, Fran\u00e7ois-Xavier. 1999. <em>La Fran\u00e7afrique<\/em>. <em>Le plus long scandale de la R\u00e9publique.<\/em>\u00a0Paris : \u00c9ditions Stock.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verschave, Fran\u00e7ois-Xavier. 2000.<em> Noir silence : Qui arr\u00eatera la Fran\u00e7afrique?<\/em> Paris : \u00c9ditions des Ar\u00e8nes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verschave, Fran\u00e7ois-Xavier. 2004.<em> De la Fran\u00e7afrique \u00e0 la Mafiafrique.<\/em> Bruxelles : \u00c9ditions Tribord.<\/p>\r\n\r\n<div>\r\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Corpus<\/h2>\r\n<ol style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>Discours de S.E. Le Capitaine Ibrahim TRAOR\u00c9, Pr\u00e9sident du Faso, Chef de l\u2019\u00c9tat, prononc\u00e9 le samedi 6 juillet 2024 \u00e0 Niamey, \u00e0 l\u2019ouverture du 1er Sommet des Chefs d\u2019Etat des pays membres de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel. <a href=\"https:\/\/www.presidencedufaso.com\">https:\/\/www.presidencedufaso.com<\/a><\/li>\r\n \t<li>Discours du Colonel Abdoulaye MAIGA, Ministre d\u2019\u00c9tat, Ministre de l\u2019Administration territoriale et de la D\u00e9centralisation, Porte-Parole du Gouvernement de la R\u00e9publique du Mali, \u00e0 l\u2019occasion du D\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral de la 79e session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies. New York, le 28 septembre 2024. <a href=\"http:\/\/www.gadebate.org\">www.gadebate.org<\/a><\/li>\r\n \t<li>Message \u00e0 la Nation du Pr\u00e9sident du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), Chef de l\u2019\u00c9tat, le G\u00e9n\u00e9ral de brigade Abdourahamane TIANI \/ 66<sup>\u00e8<\/sup> anniversaire de la proclamation de la R\u00e9publique du Niger, le 18 d\u00e9cembre 2024. <a href=\"https:\/\/www.actuniger.com\">https:\/\/www.actuniger.com<\/a><\/li>\r\n<\/ol>\r\n<\/div>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les structures sociales et politiques des \u00c9tats africains postcoloniaux encore sous influence des puissances occidentales d\u00e9montrent un essoufflement conjoncturel tous azimuts. Mal gouvernance, ins\u00e9curit\u00e9 galopante, violences plurielles, troncation de l\u2019id\u00e9al d\u00e9mocratique, long\u00e9vit\u00e9 au pouvoir et coups d\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition en sont les formes les plus voyantes. Dans cette situation de confusion, entre paternalisme postcolonial anesth\u00e9siant et aspiration \u00e0 la r\u00e9elle souverainet\u00e9, des voix discordantes s\u2019\u00e9l\u00e8vent. Les militaires investissent l\u2019espace public et se saisissent du discours politique qui, en situation de conflit, devient une arme redoutable de combat et de l\u00e9gitime d\u00e9fense. Cette r\u00e9flexion montre comment la parole politique des locuteurs-militaires-pr\u00e9sidents des \u00c9tats du Sahel est programmatique et a une fonction r\u00e9gulatrice. L\u2019\u00e9tude convoque les outils th\u00e9oriques de l\u2019analyse du discours politique et du postcolonialisme qui s\u2019op\u00e9rationnalisent dans les approches pragmatique et argumentative et dans la m\u00e9moire discursive pour mettre en relief le r\u00e9gime de verbalisation du r\u00e9el social, la l\u00e9gitimation des instances politiques et la d\u00e9l\u00e9gitimation de l\u2019instance adversaire dans une perspective de reconstruction. Les r\u00e9sultats d\u00e9voilent qu\u2019en contexte socio-politique crisog\u00e8ne<a class=\"footnote\" title=\"Nous empruntons cette expression \u00e0 Edgar Morin, th\u00e9oricien de la crisologie qui a commis plusieurs ouvrages dans le domaine parmi lesquels Pour une crisologie publi\u00e9 en 2016.\" id=\"return-footnote-2193-1\" href=\"#footnote-2193-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, la rh\u00e9torique politique d\u2019I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani<a class=\"footnote\" title=\"Ces acteurs politiques ne sont pas choisis au hasard. En effet, l\u2019actualit\u00e9 politique en Afrique de l\u2019Ouest depuis 2021 est domin\u00e9e par des coups d\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition revendiqu\u00e9s par des militaires port\u00e9s \u00e0 la magistrature supr\u00eame de leurs \u00c9tats. Dans leurs postures de militaires-pr\u00e9sidents, ils tiennent des contre-discours porteurs d\u2019un imaginaire de souverainet\u00e9 et de justice sociale. Dans ce contexte de crise s\u00e9curitaire, d\u2019agressions ext\u00e9rieures multiformes, de tension avec la CEDEAO et autres formes d\u2019ing\u00e9rence, \u00e9merge une rh\u00e9torique de la rupture structur\u00e9e autour de la l\u00e9gitimation des acteurs politico-militaires et de la reconfiguration id\u00e9ologique. De ce fait, les productions discursives analys\u00e9es sont des discours institutionnels ritualis\u00e9s, prononc\u00e9s (par deux militaires-Pr\u00e9sidents (le Capitaine Ibrahim Traor\u00e9 et le G\u00e9n\u00e9ral Abdourahamane Tiani) et un porte-parole d\u2019un gouvernement militaire (Abdoulaye Maiga, en lieu et place du Colonel Asimi Goita)) \u00e0 des moments d\u00e9terminants de la vie d\u2019une nation (1er Sommet de l\u2019AES; 79\u00e8 Session de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU et le 66\u00e8 anniversaire de la proclamation de la R\u00e9publique). \u00c9tant donn\u00e9 que les trois discours des trois hommes d\u2019\u00c9tat sont des discours politiques, qu\u2019ils sont ancr\u00e9s dans une temporalit\u00e9 commune (2024) et une spatialit\u00e9 homog\u00e8ne (\u00c9tats du Sahel), alors ils satisfont aux trois crit\u00e8res de pertinence d\u2019un corpus notamment : la repr\u00e9sentativit\u00e9, l\u2019exhaustivit\u00e9 et l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Par ailleurs, en tant que discours officiels, ils sont l\u2019\u00e9manation des transcriptions officielles issues des sites officiels de la pr\u00e9sidence de chacun des pays (Burkina Faso, Mali, Niger).\" id=\"return-footnote-2193-2\" href=\"#footnote-2193-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> les hisse au fa\u00eete des leaders politiques charismatiques l\u00e9gitimes et cr\u00e9dibles garants du bien-\u00eatre social et de la souverainet\u00e9 des peuples.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/afrique\/\">Afrique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/discours-politique\/\">Discours politique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/positionnement\/\">positionnement<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/postcolonie\/\">Postcolonie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/resistance\/\">R\u00e9sistance<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>Political discourse and discourse policy in the postcolonial resistance context: coloniality of power and ideological positioning<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The social and political structures of postcolonial African States under Western influence portray a complete cyclical decline. Poor governance, staggering insecurity, the truncation of the democratic ideal and longevity in power are the most visible forms. In such political confusion where the ambition for true sovereignty clashes with the postcolonial paternalism, protestation rises up. This reflection attempts to show how the political discourse of the military-presidents of the Sahel States plays a regulatory role in social life. The study falls under the framework of political discourse analysis and postcolonialism theories, and contextualized by the pragmatic, argumentative and discursive memory approaches, to highlight the depiction of gloomy social reality, the legitimization of political actors and the delegitimization of the opponents for a regulatory prospect. The results reveal that in such crisis-prone context, the political rhetoric of I. Traor\u00e9, A. Maiga and A. Tiani makes them legitimate and credible political speakers, guarantors of the social well-being and the sovereignty of the people.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/africa\/\">Africa<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/political-discourse\/\">Political discourse<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/positioning\/\">Positioning<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/postcolony\/\">Postcolony<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/resistance\/\">Resistance<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (nguemba)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>Negha pe sa\u2019a-la pe ne sa\u2019a la\u2019 pwa negha thoum teu\u2019tche ne lu\u2019u nno n\u00e9 ne pin nteu\u2019\u00a0: n\u00e9 ne bha\u2019a pe ttchenteu\u2019 la ne sa\u2019a kwo\u2019o la pwa wwi ne sang la\u2019<\/strong><a class=\"footnote\" title=\"Cette langue d\u2019expression est le Nguemba. Elle est parl\u00e9e par la communaut\u00e9 linguistique r\u00e9partie dans quatre d\u00e9partements de la r\u00e9gion de l\u2019Ouest au Cameroun, notamment : Bamendjou et Bam\u00e9ka (dans les Hauts-Plateaux), Bansoa (dans la Menoua), Bamougoum (dans la Mifi) et Bafounda (dans les Bamboutos).\" id=\"return-footnote-2193-3\" href=\"#footnote-2193-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"text-align: justify;font-size: 1em\">Me kaala\u2019 pwa pe sa\u2019a la\u2019 tchetchi me pack-ngw\u00f2ng pe pinteu\u2019 thoum Afrika nddi\u00e9\u2019\u00e9 pe ttchenteu\u2019 le gni kwo\u2019 mbbo po la, la\u2019tche nd\u00f2ng ne peck n\u00e9 jop ntti ne sa\u2019a la\u2019. Ne tak tche sa\u2019a la\u2019 ndeng-ndeng, ne ttchwe thoum lu\u2019nel\u00f2k, ne nang-e n\u00e9 kw\u00f2\u2019\u00f2 tche ndek\u2019ne, ssi mbe ntti me lo\u2019 m\u00e9 peho h\u00e8t ndjo a. A nttaha n\u00e9 ja ntti ne sa\u2019a-la\u2019 te pe bhe ho hontche j\u00e9 ntti ne sa\u2019\u00e9 pe ttchenteu\u2019 le gni mbbo po te ngo la. Me gha ho kw\u00e9 pack pack thoum kaala\u2019. W\u00e9 wa ne sang ho nttotche jjw\u00e9 a ho te pe t\u2019ttchenteu pin mbo nga ne ne bha\u2019a peu gho ne sa\u2019la\u2019a. Me chchwong-wa\u2019ne ma me fa\u2019a mou la ho traa ne k\u00e9\u2019netsong-n\u00e9 ne bha pe fit ne ho ta weu sa\u2019a la\u2019 bhe pep\u00f2ng bha\u2019a aa ne hongtche la. Pe li\u2019i m\u00e8ne ndjo nge n\u00e9 ntti ne sa\u2019a-la\u2019 thoum me pakne, neffo ne ghw\u00e9 ngwong \u00e9 p\u00f2 bha\u2019a pe I. Traor\u00e9, A. Maiga pwa A. Tiani ghw\u00e9 la ng-a\u2019a wop ndjap n\u00e9 nkang mp\u00f2 mp\u00e8 pe fit ne tchine mpphiye ghgha-la nga negha pep\u00f2ng ta pe jwou\u2019la.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (nguemba)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/afrika\/\">Afrika<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/me-gha-de-sala-la\/\">Me gha de sa\u2019la-la\u2019<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/ndjum-ne-ttchenteu\/\">Ndjum ne ttchenteu<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/ne-llo-tsu\/\">Ne ll\u00f2 tsu\u2019<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/netang-e\/\">Netang-e<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>20 juillet 2025<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>30 septembre 2025<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>25 novembre 2025<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La soci\u00e9t\u00e9 doit d\u00e9finir son identit\u00e9, son articulation, le monde, ses rapports \u00e0 lui et aux objets qu\u2019il contient, ses besoins et ses d\u00e9sirs. Le r\u00f4le des significations imaginaires est de fournir une r\u00e9ponse de toute \u00e9vidence, que ni la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb ni la \u00ab rationalit\u00e9 \u00bb ne peuvent fournir (Cornelius Castoriadis, 1975, p. 2).<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Marasme \u00e9conomique, sous-d\u00e9veloppement, terrorisme international, ins\u00e9curit\u00e9 galopante, soci\u00e9t\u00e9 africaine en pleine d\u00e9liquescence et h\u00e9t\u00e9ronomie politique constituent quelques prismes de regard des pays africains subsahariens \u00e0 l\u2019\u00e8re de la contemporan\u00e9it\u00e9. Les ind\u00e9pendances africaines s\u2019essoufflent ainsi sur des r\u00e9alit\u00e9s caustiques r\u00e9v\u00e9lant des contradictions sanglantes entre l\u2019acte de parole prometteur et la praxis sociale. Analysant l\u2019ouvrage au titre th\u00e9matique et incisif d&rsquo;Yves Benot, <em>Les ind\u00e9pendances africaines <\/em>(1975), Martin Denis rel\u00e8ve \u00e0 juste titre le tableau macabre de ces institutions politiques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les ind\u00e9pendances africaines\u2026 que de mythes ne se sont-ils pas greff\u00e9s sur cet arbre qui commen\u00e7a \u00e0 pousser \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es 1960! La prise en main du pouvoir &#8211; de tous les pouvoirs &#8211; par les Africains eux-m\u00eames, le d\u00e9veloppement, le d\u00e9collage en une d\u00e9cennie, la construction nationale et l\u2019unit\u00e9 continentale. Quinze ans plus tard, les r\u00eaves semblent s\u2019\u00eatre \u00e9croul\u00e9s et les mythes se projettent, cette fois, en n\u00e9gatif : irr\u00e9alit\u00e9 et inutilit\u00e9 des ind\u00e9pendances, d\u00e9veloppement du sous-d\u00e9veloppement, unit\u00e9 africaine digne de l\u2019op\u00e9ra bouffe (Denis, 1976, p. 983).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette dysphorie en son temps, un quart de si\u00e8cle seulement apr\u00e8s le \u00ab carnaval des ind\u00e9pendances africaines \u00bb (Ahmadou Kourouma, 1968, p. 10), croise aujourd\u2019hui d\u00e9ceptions et d\u00e9senchantement des peuples africains r\u00e9solument d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 \u00ab sortir de la grande nuit \u00bb (Mbembe, 2010). Entre leurre et d\u00e9sillusions, des voix discordantes s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans une posture de contestation et de r\u00e9appropriation. Contestation de l\u2019ordre colonial toujours en place \u00e0 travers des structures et ramifications diverses et parfois obscures (Verschave, 1999, 2000, 2004; Hepke, 2003, 2006; Pha\u00ebton, 2009; Kengne Gatsing, 2017, 2022; Pigeaud et Ndongo Samba, 2018). La posture de r\u00e9appropriation s\u2019inscrivant dans le paradigme de la reconqu\u00eate du bien-\u00eatre commun et de la justice sociale en proie \u00e0 la pr\u00e9sence h\u00e9g\u00e9monique permanente occidentale en postcolonie (Mbembe, 2000; Thimonier, 2008) met en lumi\u00e8re \u00ab la colonialit\u00e9 du pouvoir \u00bb (Quijano, 2007, p. 111). Dans ce contexte d\u2019influence paternaliste o\u00f9 m\u00eame la d\u00e9mocratie mue en un objet de pouvoir et de domination dans \u00ab les p\u00e9riph\u00e9ries postcoloniales \u00bb (Petitcorps et Desille, 2020, p. 17), un contre-pouvoir sur fond discursif s\u2019institue comme un dispositif strat\u00e9gique de riposte aux attaques et violences plurielles et un tremplin \u00e0 l\u2019accession \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 l\u2019autonomie v\u00e9ritables. Les discours d\u2019Ibrahim Traor\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Son discours du 6 juillet 2024 \u00e0 Niamey, \u00e0 l\u2019ouverture du 1er Sommet des Chefs d\u2019\u00c9tat des pays membres de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel.\" id=\"return-footnote-2193-4\" href=\"#footnote-2193-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> du Burkina Faso, d\u2019Abdoulaye Maiga<a class=\"footnote\" title=\"Son discours du 28 septembre 2024 \u00e0 New York \u00e0 l\u2019occasion du D\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral de la 79e session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies.\" id=\"return-footnote-2193-5\" href=\"#footnote-2193-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>, porte-parole du gouvernement du Mali et celui d\u2019Abdourahamane Tiani<a class=\"footnote\" title=\". Son discours du 18 d\u00e9cembre 2024 \u00e0 l\u2019occasion du 66e anniversaire de la proclamation de la R\u00e9publique du Niger.\" id=\"return-footnote-2193-6\" href=\"#footnote-2193-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a> du Niger, en tant que discours officiels, institutionnels et ritualis\u00e9s, passent pour des espaces de construction de la l\u00e9gitimit\u00e9, le th\u00e9\u00e2tre de monstration des d\u00e9r\u00e8glements sociaux sous l\u2019impact des violences internationales et, en dernier ressort, le lieu de manifestation publique d\u2019une vision lib\u00e9ratrice. Comment la rh\u00e9torique politique de ces locuteurs met-elle en mots leur l\u00e9gitimit\u00e9 et leur cr\u00e9dibilit\u00e9? Quel est le r\u00e9gime de verbalisation du r\u00e9el social enclin aux violences dans leurs productions discursives respectives? Quels en sont les enjeux? Cette r\u00e9flexion a pour objectif de montrer comment, en contexte de diplomatie \u00e9trangl\u00e9e, de tensions politiques sous-r\u00e9gionales et internationales, les orateurs politiques construisent leur l\u00e9gitimit\u00e9 et s\u2019affirment comme guides-bergers, acteurs et auteurs du bien-\u00eatre, de la justice, de la souverainet\u00e9 et du d\u00e9veloppement de leurs pays. Autrement dit il est question de montrer que la parole politique de I. Traor\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Dans la suite du raisonnement, les noms de ces locuteurs politiques seront abr\u00e9g\u00e9s entre parenth\u00e8ses comme suit : Ibrahim Traor\u00e9 = IT; Abdoulaye Maiga = AM et Abdourahamane = AT, apr\u00e8s les exemples illustratifs.\" id=\"return-footnote-2193-7\" href=\"#footnote-2193-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>, A. Maiga et A. Tiani est programmatique. \u00c9tant donn\u00e9 que \u00ab la parole politique existe en relation organique avec son contexte \u00bb (Gingras, 2003, p. 71), l\u2019analyse s\u2019inscrit dans les cadres th\u00e9oriques de l\u2019analyse du discours politique (Charaudeau, 2005) et du postcolonialisme (Said, 1978). Aussi convoque-t-elle l\u2019\u00e9nonciation (Kerbrat-Orecchioni, 1980 ; Benveniste, 1970), la pragmatique (Austin, 1970; Armengaud, 1999; Jaubert, 1990), l\u2019argumentation (Amossy, 1999, 2000; Perelman et Olbrechts-Tyteca, 2008) et la m\u00e9moire discursive (Paveau, 2006) comme approches. Ce dispositif heuristique favorise le d\u00e9chiffrement des ph\u00e9nom\u00e8nes langagiers afin de rendre compte des donn\u00e9es complexes de discursivisation des faits sociaux en rapport avec la sublimation de soi, la d\u00e9n\u00e9gation de l\u2019instance alt\u00e9ritaire adversaire, la relation de pouvoir, l\u2019expression du dissensus, le rapport de force ou encore le consensus entre les instances politiques et les instances citoyennes. Trois moments structurent cette r\u00e9flexion : d\u2019abord le contexte socio-discursif crisog\u00e8ne favorable \u00e0 la mise en sc\u00e8ne des locuteurs politiques revendiquant leur cr\u00e9dibilit\u00e9, ensuite la s\u00e9miotisation du r\u00e9el social sous l\u2019emprise des violences multiformes et, enfin, la figuration de la parole politique comme cr\u00e9atrice des mythes et imaginaires de justice et de salvation. Les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e8lent que malgr\u00e9 le contexte socio-politique conflictuel, I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani se montrent comme des locuteurs politiques l\u00e9gitimes et cr\u00e9dibles, d\u00e9fenseurs de la justice sociale et garants de la souverainet\u00e9 de leurs peuples.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Contexte socio-discursif crisog\u00e8ne et parole politique situ\u00e9e\u00a0: entre l\u00e9gitimit\u00e9 des locuteurs politiques et d\u00e9l\u00e9gitimation de l\u2019instance adversaire<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019intensification des syst\u00e8mes de gouvernance autocratiques, le d\u00e9clin de la d\u00e9mocratie et la r\u00e9manence des sch\u00e8mes coloniaux en contexte postcolonial ressuscitent les d\u00e9bats sur la crise socio-politique en Afrique noire et dans le Sahel. La s\u00e9rie des coups d\u2019\u00c9tat militaires enregistr\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es au Mali (18 ao\u00fbt 2020), en Guin\u00e9e Conakry (5 septembre 2021), au Burkina Faso (30 septembre 2022) et au Niger (26 juillet 2023) revendiqu\u00e9s par leurs auteurs respectifs semble annonciatrice d\u2019une \u00e8re nouvelle o\u00f9 l\u2019accession \u00e0 la magistrature supr\u00eame par la force s\u2019impose comme voie de lib\u00e9ration des peuples de \u00ab la nasse \u00bb (Fabien Kange Ewane, 2000, p. 112) des puissances occidentales. Achille Mbembe (2023, en ligne) regarde dans la m\u00eame direction et postule que \u00ab Les putschs en Afrique de l\u2019Ouest annoncent la fin d\u2019un cycle qui aura dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malencontreusement, cette posture est sujette \u00e0 de vives pol\u00e9miques nourries de discours et contre-discours. Pourtant, la discursivisation de la politique chez I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani dans un contexte de crise semble \u00e0 la fois porteuse de signification et d\u2019espoir. Ces pratiques politiques mises en mots dans le macro-texte discursif sont d\u00e9chiffrables \u00e0 partir des signifiants linguistiques r\u00e9v\u00e9lateurs du contexte situationnel et socio-discursif pertinents en rapport avec la prise de parole politique. La qu\u00eate de la significativit\u00e9 du discours politique des instances institutionnelles sous \u00e9tude s\u2019inscrit dans la perspective cognitive de Gilles Bourque et Jules Duchastel (1988, p.\u00a010) qui per\u00e7oivent le discours politique comme \u00ab la repr\u00e9sentation de l\u2019espace, de la communaut\u00e9, des rapports sociaux et du rapport de l\u2019individu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 (l\u2019\u00e9thique). Le discours politique prend part ainsi aux diff\u00e9rents proc\u00e8s d\u2019institutionnalisation de la soci\u00e9t\u00e9 et contribue \u00e0 la formation des blocs sociaux particuliers \u00bb. Les composantes spatiale et actoriale qui fusionnent avec la dimension temporelle constituent ainsi des seuils discursifs de d\u00e9voilement du sens latent des \u00e9nonc\u00e9s politiques assert\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Contexte socio-discursif ritualis\u00e9 et parole politique l\u00e9gitim\u00e9e<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les discours d&rsquo;I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani sont encadr\u00e9s par des institutions politiques ritualis\u00e9es satisfaisant \u00e0 \u00ab l\u2019ordre du discours \u00bb (Foucault, 1970). En effet, les traceurs de la spatialisation et la temporalisation sont r\u00e9v\u00e9lateurs des cadres discursivo-politiques institutionnalis\u00e9s. Les occurrences ci-dessous le d\u00e9montrent :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[1] DISCOURS DE S.E LE CAPITAINE IBRAHIM TRAOR\u00c9, PR\u00c9SIDENT DU FASO, CHEF DE L\u2019\u00c9TAT. Prononc\u00e9 le samedi 6 juillet 2024 \u00e0 Niamey, \u00e0 l\u2019ouverture du 1er Sommet des Chefs d\u2019\u00c9tat des pays membres de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel. (IT, 2024, p. 1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[2] C\u2019est un immense plaisir et un honneur pour nous de nous retrouver \u00e0 Niamey aujourd\u2019hui 6 juillet 2024, un jour b\u00e9ni, une date m\u00e9morable. (IT, 2024, p.\u00a01)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[3] Discours du Colonel Abdoulaye MAIGA, Ministre d\u2019\u00c9tat, Ministre de l\u2019Administration territoriale et de la D\u00e9centralisation, Porte-Parole du Gouvernement de la R\u00e9publique du Mali, \u00e0 l\u2019occasion du D\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral de la 79\u00e8me session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies. New York, le 28 septembre 2024 (AM, 2024, p.\u00a01)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[4] Demain 18 d\u00e9cembre 2024, par la gr\u00e2ce d\u2019Allah, le Cl\u00e9ment et le mis\u00e9ricordieux, nous c\u00e9l\u00e9brerons le 66\u00e8me anniversaire de la R\u00e9publique du Niger. Il est de tradition en cette occasion qui co\u00efncide avec la fin de l\u2019ann\u00e9e, de faire un rappel des principales r\u00e9alisations accomplies par le Gouvernement et d\u2019exposer les perspectives qui s\u2019offrent \u00e0 nous (AT, 2024, p.\u00a01).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces extraits font \u00e9tat des propos d\u2019escorte, des seuils paradiscursifs qui situent ces productions dans leurs contextes socio-historiques de production, voire d\u2019interpr\u00e9tation. Les titres en [1] et [3] tels que pr\u00e9sent\u00e9s par les sites officiels des pr\u00e9sidences du Faso et du Mali font la captation sur la nature des propos, la qualit\u00e9 des sujets discoureurs et les contextes officiels de la prise de parole par ces orateurs politiques. Cette plantation de d\u00e9cor r\u00e9f\u00e9rentiel est compl\u00e9t\u00e9e par les propos ouvroirs des pr\u00e9\u00e9minences institutionnelles du Burkina Faso et du Niger en [2] et [4] qui situent leurs auditoires sur l\u2019objet de leurs discours, lequel est assorti des caract\u00e9risations spatiales et temporelles r\u00e9elles et v\u00e9rifiables qui s\u2019ins\u00e8rent, selon, dans une tradition nationale ou historico-diplomatique. Le discours de I. Traor\u00e9 \u00e0 Niamey est donc le geste inaugural d\u2019une diplomatie de crise postcoloniale \u00e0 trois constituants, trois \u00c9tats, ce qui convient d\u2019appeler d\u00e9sormais l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel. Ce regroupement s\u00e9lectif au sein d\u2019un \u00ab r\u00e9gionalisme coop\u00e9ratif \u00bb (Sahouegnon, 2025) rappelle la gen\u00e8se et les attentes de l\u2019ONU \u00e0 sa cr\u00e9ation en 1945, actualis\u00e9es par A.\u00a0Maiga \u00e0 l\u2019entame de ses propos \u00e0 la tribune de la 79<sup>\u00e8me<\/sup> session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Monsieur le Pr\u00e9sident, le 2 juin 1945, en signant la Charte des Nations Unies, \u00e0 San Francisco, les peuples se sont r\u00e9solument engag\u00e9s \u00ab \u00e0 pr\u00e9server les g\u00e9n\u00e9rations futures du fl\u00e9au de la guerre qui deux fois en l\u2019espace d\u2019une vie humaine a inflig\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019indicibles souffrances \u00bb. Aujourd\u2019hui, l\u2019occasion nous est offerte de nous prononcer sur le th\u00e8me suivant : \u00ab Ne laisser personne de c\u00f4t\u00e9 : Agir ensemble pour la promotion de la paix, du d\u00e9veloppement durable et de la dignit\u00e9 humaine pour les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et futures \u00bb. Le choix de ce th\u00e8me, qui intervient 79 ans apr\u00e8s la signature de la Charte des Nations Unies, est-il un pur hasard ou le r\u00e9sultat d\u2019une construction mentale? Nous l\u2019ignorons. Cependant, force est de constater, malheureusement, que se pose, encore, avec forte acuit\u00e9, la probl\u00e9matique de la pr\u00e9servation des g\u00e9n\u00e9rations : non seulement celles du future, mais \u00e9galement la n\u00f4tre (AM, 2024, p.\u00a02).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien qu\u2019incisifs, mais empreints de registre analogique, ces propos, tout en donnant une orientation globale au ton et au sens de sa prise de parole, r\u00e9v\u00e8lent en filigrane la l\u00e9galit\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une organisation de d\u00e9fense des droits des peuples opprim\u00e9s durement r\u00e9prim\u00e9e tant dans la sous-r\u00e9gion qu\u2019\u00e0 l\u2019international. Par parall\u00e9lisme de fond et de forme, l\u2019AES cr\u00e9\u00e9e et d\u00e9fendue par I. Traor\u00e9, A. Go\u00efta (repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019ONU par A. Maiga) et A. Tiani est donc, comme l\u2019ONU, l\u00e9gale et l\u00e9gitime. Mais dans un environnement crisog\u00e8ne, ponctu\u00e9 de \u00ab l\u2019accroissement du d\u00e9sordre et de l\u2019incertitude \u00bb (Morin, 2016, p. 17), cette l\u00e9galit\u00e9 et cette l\u00e9gitimit\u00e9 sont davantage renforc\u00e9es par des actions diplomatiques (la tenue du 1er sommet de l\u2019AES) et des inf\u00e9rences emphatiques intradiscursives d\u00e9notant et connotant la nouvelle organisation sous r\u00e9gionale chez A. Maiga et A. Tiani. Ces cadres r\u00e9glementaires de la prise de parole l\u00e9gitiment le discours et les auteurs du discours qui se mettent en sc\u00e8ne dans la posture des voix autoris\u00e9es.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Prise de parole politique et adresse l\u00e9gitimante<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 en croire Chaim Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca (2008, p. 426), \u00ab le discours est une manifestation, par excellence, de la personne \u00bb. L\u2019un des lieux de monstration de la mise en sc\u00e8ne de soi est bien le discours politique qui offre la possibilit\u00e9 aux locuteurs politiques en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9 de se d\u00e9ployer afin de faire valoir leur cr\u00e9dibilit\u00e9. Les discours de I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani sont un creuset de la construction de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de la cr\u00e9dibilit\u00e9. Leurs actes de parole assum\u00e9s \u00e0 travers l\u2019\u00e9nonciation \u00e9locutive participent de leur autol\u00e9gitimation et consacre \u00ab la l\u00e9gitimation du r\u00f4le et la l\u00e9gitimation du titulaire du r\u00f4le \u00bb (Le Bart, 1998, p. 79-81). En tant que personnes, militaires et chefs d\u2019\u00c9tat, leurs diff\u00e9rents statuts et r\u00f4les sont pris en charge par des signifiants linguistiques affect\u00e9s du sceau de la subjectivit\u00e9. Les subjectiv\u00e8mes s\u00e9ri\u00e9s dans leurs discours sont symptomatiques d\u2019une charge \u00e9nonciative caract\u00e9ristique des postures individuelle et collective. Les marqueurs de la subjectivit\u00e9 individuelle, notamment les d\u00e9ictiques de premi\u00e8re personne du singulier (\u00ab je \u00bb \/ \u00ab me \u00bb \/ \u00ab moi \u00bb \/ \u00ab mes \u00bb) sont quasi inexistants chez I. Traor\u00e9 mais pr\u00e9gnants et en co-usage avec les adjectifs d\u00e9terminatifs exprimant la pluralit\u00e9 (\u00ab notre \u00bb \/ \u00ab nos \u00bb) au niveau de l\u2019attaque et dans le corps du texte des discours de A. Maiga et A.\u00a0Tiani :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[5] \u00c0 l\u2019entame de mes propos, je voudrais vous adresser les chaleureuses salutations de son excellence Le Colonel Assimi GOITA, Pr\u00e9sident de la Transition, Chef de l\u2019\u00c9tat, celles du gouvernement et du Peuple Maliens; Je voudrais ensuite vous adresser, Monsieur le Pr\u00e9sident, les chaleureuses f\u00e9licitations de la d\u00e9l\u00e9gation Malienne pour votre brillante \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la 79\u00e8me session de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale; Enfin permettez-moi de r\u00e9it\u00e9rer \u00e0 M. le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, M. Antonio GUTERRES, nos encouragements \u00e0 poursuivre les efforts pour la r\u00e9alisation des nobles objectifs de notre Organisation commune (AM, 2024, p. 2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[6] J\u2019aimerais ici vous dire que je sais ce que vous \u00eates en train d\u2019endurer, en termes de privation et de vie ch\u00e8re; Je mesure les sacrifices que vous \u00eates en train de consentir pour notre dignit\u00e9 retrouv\u00e9e, pour la souverainet\u00e9 de notre patrie et pour notre cher pays, le Niger, reste debout dans l\u2019ind\u00e9pendance; Je salue votre r\u00e9silience, votre courage dans l\u2019\u00e9preuve, votre patriotisme et votre sens de l\u2019histoire; Je tiens \u00e0 vous assurer que votre engagement et vos efforts commencent \u00e0 porter leurs fruits : celui de la dignit\u00e9 et de la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9es d\u2019un Niger nouveau dans lequel les Nig\u00e9riens sont ma\u00eetres de leur destin (AT, 2024, p.\u00a04).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces occurrences ont en commun les traces de l\u2019\u00e9nonciation individuelle mais avec une nuance cognitive. Le locuteur politique dans [5] s\u2019exprime \u00e0 la premi\u00e8re personne. Cependant, il compl\u00e8te son \u00e9nonciation avec la charge du mandat par procuration dont il jouit en tant que porte-parole de gouvernement de la R\u00e9publique du Mali. Par contre, dans [6], l\u2019orateur assume son r\u00f4le politique de chef de l\u2019\u00c9tat, garant du bien-\u00eatre de son peuple dont il b\u00e9n\u00e9ficie de la loyaut\u00e9. La rencontre entre loyaut\u00e9 du peuple et cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019instance discursive construit la l\u00e9gitimit\u00e9 de A. Tiani tandis que celle de A. Maiga est tributaire de son pouvoir par mandatement. En tant que repr\u00e9sentants de leurs peuples aux diff\u00e9rentes instances de la prise de parole, les trois hommes politiques s\u2019identifient \u00e0 ces derniers pour verbaliser leur degr\u00e9 de fusion, de coh\u00e9sion et de partage. Les actualisateurs du lien fusionnel sont l\u00e9gion et perceptibles dans l\u2019emploi it\u00e9ratif des d\u00e9ictiques de la premi\u00e8re personne du pluriel tant\u00f4t pour r\u00e9v\u00e9ler la profondeur du cordon familial transnational entre les trois nations [7], tant\u00f4t pour mettre en perspective leur objet de qu\u00eate c\u2019est-\u00e0-dire la v\u00e9ritable souverainet\u00e9 et le d\u00e9veloppement de leurs pays [8] et [9] :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[7] C\u2019est un immense plaisir et un honneur pour nous, de nous retrouver \u00e0 Niamey aujourd\u2019hui 6 juillet 2024; Dans nos veines coule le sang de ces vaillants guerriers qui ont combattu et qui nous ont l\u00e9gu\u00e9 ces terres que nous appelons le Mali, le Burkina Faso et le Niger; Dans nos veines coule le sang de ces vaillants guerriers qui ont aid\u00e9 le monde entier \u00e0 se d\u00e9barrasser du nazisme et bien d\u2019autres fl\u00e9aux ; Dans nos veines coule le sang d\u2019hommes dignes, d\u2019hommes robustes, d\u2019hommes forts. Et pour cela, soyons fiers d\u2019\u00eatre des ressortissants de l\u2019espace AES (IT, 2024, p. 1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[8] La voie m\u00e9diane promue par le Mali consiste \u00e0 r\u00e9aliser notre d\u00e9veloppement en empruntant un chemin plus vertueux : veiller au respect de notre souverainet\u00e9 tout en respectant celles des autres; refuser l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie tout en refusant de nous ing\u00e9rer dans les affaires int\u00e9rieures des autres (AM, 2024, p. 4)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[9] Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est renvoyer de notre pays, sans haine, ni violence, les forces qui entravaient notre souverainet\u00e9 et emp\u00eachaient v\u00e9ritablement \u00e0 nos FDS de monter en puissance pour accomplir efficacement leurs missions (AT, 2024, p.\u00a06).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme cela se voit, dans sa forme plurielle, le pronom personnel, en emploi conjoint avec le d\u00e9terminatif possessif tel qu\u2019illustr\u00e9 plus haut, construit la subjectivit\u00e9 collective d\u2019un peuple fr\u00e8re li\u00e9 par le m\u00eame destin, ayant connu les m\u00eames tribulations et conjecturant le m\u00eame avenir. Dans leur style r\u00e9publicain, appelant constamment le peuple \u00e0 t\u00e9moin des actions ant\u00e9rieures et prospectives, mais aussi en tant qu\u2019acteurs essentiels de la construction nationale et sous-r\u00e9gionale, I. Traor\u00e9, A. Maiga et A. Tiani remplissent davantage leur compte de cr\u00e9dibilit\u00e9 et passent pour des sujets orateurs-politiques autoris\u00e9s, sources du vrai discours au sens o\u00f9 l\u2019entend Foucault :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours vrai &#8211; au sens fort et valoris\u00e9 du mot &#8211; le discours vrai pour lequel on avait respect et terreur, celui auquel il fallait bien se soumettre, parce qu\u2019il r\u00e9gnait, c\u2019\u00e9tait le discours prononc\u00e9 par qui de droit et selon le rituel requis; c\u2019\u00e9tait le discours qui disait la justice et attribuait \u00e0 chacun sa part; c\u2019\u00e9tait le discours qui, proph\u00e9tisant l\u2019avenir, non seulement annon\u00e7ait ce qui allait se passer, mais contribuait \u00e0 sa r\u00e9alisation, emportait avec soi l\u2019adh\u00e9sion des hommes et se tramait ainsi avec le destin (Foucault, 1970, p. 8).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur cette base principielle, fond\u00e9e sur la relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre l\u2019instance politique et l\u2019instance citoyenne, les discours de A. Tiani, A. Maiga et I. Traor\u00e9 envoient des signaux qui satisfont aux trois conditions de cr\u00e9dibilit\u00e9, \u00e0 savoir la condition de sinc\u00e9rit\u00e9, la condition de performance et la condition d\u2019efficacit\u00e9 :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[10] C\u2019est pourquoi nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous r\u00e9volter et de prendre le destin de nos \u00c9tats en main\u2026 Nous sommes venus briser la cha\u00eene, et c\u2019est inconcevable pour eux. Ils nous ont approch\u00e9s et nous ont demand\u00e9 de rentrer dans les rangs pour faire partie de l\u2019\u00e9lite qui doit diriger l\u2019Afrique, parce qu\u2019ils ont une \u00e9lite form\u00e9e et format\u00e9e pour suivre leur logique, qui est incrust\u00e9e dans leur cha\u00eene. Nous avons refus\u00e9 de rejoindre leurs rangs. Et d\u00e8s lors les hostilit\u00e9s ont commenc\u00e9. Ils ont envoy\u00e9 dans nos zones plusieurs mercenaires, des formateurs, des agents dans le Sahel pour mener des attaques barbares et l\u00e2ches contre nos populations, dans l\u2019espoir de les r\u00e9volter. \u00c0 ces attaques sur le terrain s\u2019ajoutent la guerre de communication, la manipulation et la d\u00e9sinformation (IT, 2024, p.\u00a04).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[11] Sur le plan de la lutte contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, depuis que les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 maliennes ont lanc\u00e9 des actions offensives, de mani\u00e8re autonome, de nombreux succ\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 remport\u00e9s sur le terrain de la lutte contre le terrorisme, toutes les r\u00e9gions ont \u00e9t\u00e9 reprises des mains des groupes terroristes, notamment la r\u00e9gion de Kidal, le 14 novembre 2023, \u00e0 la suite d\u2019une op\u00e9ration militaire m\u00e9morable\u2026 Aujourd\u2019hui, les groupes terroristes ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement affaiblis, les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 sont d\u00e9ploy\u00e9es sur l\u2019ensemble du territoire national. En outre, les actions offensives de nos forces se poursuivent, pour d\u00e9manteler les r\u00e9seaux terroristes r\u00e9siduels (AM, 2024, p. 5).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[12] La c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019anniversaire de la proclamation de notre R\u00e9publique intervient, cette ann\u00e9e, dans un contexte particulier marqu\u00e9 par l\u2019affirmation par le peuple nig\u00e9rien de sa souverainet\u00e9 suite \u00e0 la prise de pouvoir par les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 regroup\u00e9es au sein du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP). Depuis lors, comme vous le savez, notre pays fait face \u00e0 une adversit\u00e9 totale d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de la part de tous les acteurs externes qui voudraient nous voir revenir dans leur giron; et de l\u2019autre, des tra\u00eetres internes qui se sont compromis avec les int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers et se sont adonn\u00e9s \u00e0 l\u2019accaparement frauduleux de nos ressources publiques (AT, 2024, p. 2).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces extraits, la franchise des propos et la transparence des informations communiqu\u00e9es sur l\u2019impasse s\u00e9curitaire dans les trois pays en crise justifient la solution militaire impl\u00e9ment\u00e9e et valident la condition de sinc\u00e9rit\u00e9 de ces orateurs. En outre, la volont\u00e9 de rupture des liens de d\u00e9pendance et la reconqu\u00eate de la souverainet\u00e9 du peuple ne se limite pas aux effets d\u2019annonce. Elle coule dans le moule de la performativit\u00e9, faisant ainsi valoir l\u2019implicature pragmatique entre le dire et le faire. La congruence entre la praxis linguistique d\u2019annonce et la mise en \u0153uvre des pratiques sociales cons\u00e9quentes valide la condition de performance. En contexte de lutte de souverainet\u00e9, les actions r\u00e9ussies agissent comme de v\u00e9ritables stimuli qui poussent l\u2019instance adversaire \u00e0 la r\u00e9action. Comme le montrent les s\u00e9quences discursives ci-dessus, lesdites r\u00e9actions sont parfois frapp\u00e9es de violences in\u00e9dites. Dans cette veine, le dit et le fait suscitant de violentes r\u00e9actions offensives confirment la condition d\u2019efficacit\u00e9. Les actions d\u00e9fensives des victimes situent le lecteur au c\u0153ur de la pragmatique o\u00f9 l\u2019entrem\u00ealement des actes locutoires, illocutoires et perlocutoires construisent la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ces locuteurs politiques, renforcent leur autorit\u00e9 intra-discursive tout en fa\u00e7onnant leur ethos de chef. Cette image de grandeur et d\u2019honn\u00eatet\u00e9, celle qui \u00ab n\u2019admet pas qu\u2019on trompe le peuple \u00bb (Charaudeau 2005, p. 135), est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans la triple figure de guide, de souverain et de commandeur. En tant que guides, les trois locuteurs politiques sont issus du m\u00eame groupe social qu\u2019ils mobilisent et tentent d\u2019assurer la survie et le bien-\u00eatre. Dans leur \u00e9tiquette de chefs-souverains, ils se montrent garants des valeurs de paix, de justice sociale, de l\u2019identit\u00e9 nationale et de la souverainet\u00e9 totale de leur peuple. Sous leur manteau de commandeurs, les discours de I. Traor\u00e9, A. Tiani, A.\u00a0Maiga donnent \u00e0 voir des acteurs politiques prompts \u00e0 l\u2019action, voire \u00e0 la violence l\u00e9gitime de l\u2019\u00c9tat, comme le d\u00e9montrent ces propos sentencieux :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[13] Vous me donnez l\u2019occasion d\u2019une part, de vous r\u00e9it\u00e9rer que nul ne peut aimer le Mali, plus que les Maliens et d\u2019autre part, de vous rappeler que le Mali et son peuple ne seront pas les spectateurs face aux assauts et l\u2019adversit\u00e9 : pour chaque mot employ\u00e9 de travers, nous r\u00e9agirons par r\u00e9ciprocit\u00e9, pour chaque balle tir\u00e9e contre nous, nous r\u00e9agirons par r\u00e9ciprocit\u00e9. \u00c0 bon entendeur, tant pis! (AM, 2024, p.\u00a08).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les actes de langage potentiellement mena\u00e7ants dans cet extrait sont symptomatiques du rapport de force entre les entit\u00e9s oppositionnelles et augurent l\u2019\u00e9quilibre de la terreur en situation de trouble. Dans leur posture de leaders charismatiques, de combattants et du rejet de l\u2019adversaire, l\u2019ethos de chef de ces derniers croise une alt\u00e9rit\u00e9 binaris\u00e9e verbalis\u00e9e selon une classification antith\u00e9tique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Binarisation alt\u00e9ritaire sous le prisme de la construction antinomique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En contexte de production discursive qui appelle les interlocuteurs du type \u00ab pr\u00e9sent + non-loquent \u00bb (Kerbrat-Orecchioni, 1980, p. 34), les allocutaires directs et indirects sont textualis\u00e9s sous deux paradigmes oppositionnels : l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 constitutive et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 adversative. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 constitutive ou int\u00e9grative, l\u2019autre Moi des orateurs politiques-militaires, form\u00e9e de leurs compatriotes loyaux et de la fratrie recompos\u00e9e, est marqu\u00e9e du sceau de la positivit\u00e9. Les pronoms d\u2019adresse et leurs allomorphes, les termes g\u00e9n\u00e9riques assortis des axiologiques m\u00e9lioratifs affectifs illustrent la connivence entre l\u2019instance politique et l\u2019instance citoyenne. Les s\u00e9quences ci-dessous en sont une illustration :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[14] Vous \u00eates plus que des amis, vous \u00eates plus que des voisins, vous \u00eates nos fr\u00e8res, vous \u00eates nos s\u0153urs; hommes dignes; hommes robustes; ressortissants de l\u2019espace AES; populations de l\u2019AES; peuples de l\u2019AES; vaillants guerriers; Maliens; peuple malien; vaillantes Forces de D\u00e9fense de S\u00e9curit\u00e9 maliennes; Nig\u00e9riens; Nig\u00e9riennes; peuple nig\u00e9rien; notre grand peuple, soutenu par ses fr\u00e8res du Burkina et du Mali; pays amis et fr\u00e8res; chers compatriotes; nos autres deux pays fr\u00e8res, le Burkina Faso et le Mali; nos concitoyens de la Conf\u00e9d\u00e9ration AES (IT; AM et AT, 2024).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage gratifiant de ces marqueurs de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 fusionnelle, preuve de la r\u00e9ciprocit\u00e9 politique, contraste, dans le m\u00eame espace discursif, avec le syst\u00e8me de d\u00e9signation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 adversative. En effet, dans un contexte de crise, la prise de parole des locuteurs politiques est au service de la bataille symbolique ou non. Symboliquement, l\u2019affront verbal emprunte au s\u00e9mantisme de la guerre pour construire une isotopie lexicale frapp\u00e9e du sceau de la disqualification de l\u2019instance alt\u00e9ritaire. Ces \u00e9valuatifs axiologiques minoratifs le montrent :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[15] imp\u00e9rialistes; valets locaux; esclaves de salon; des individus qui n\u2019ont aucune dignit\u00e9, qui n\u2019ont aucune morale, qui n\u2019ont aucune personnalit\u00e9. Mais le ma\u00eetre des esclaves a toujours su identifier ces individus; \u00e9lites form\u00e9es et format\u00e9e pour suivre leur logique; mercenaires; provocateurs; groupes criminels; sponsors \u00e9tatiques \u00e9trangers; terroristes; groupes arm\u00e9s; saigneurs de la guerre et du chaos; entit\u00e9s imp\u00e9rialistes et n\u00e9ocoloniales; puissances n\u00e9ocoloniales; nos ennemis; Africains ren\u00e9gats; organisations mafieuses; certains responsables de la CEDEAO (IT, AM et AT, 2024).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019observation, l\u2019artifice rh\u00e9torique construit sur le mod\u00e8le de l\u2019\u00e9valuation n\u00e9gative, avec un emploi vigoureux des axiologiques d\u00e9pr\u00e9ciatifs, d\u00e9voile deux composantes actoriales, internes et externes. Au regard de leurs actions conjugu\u00e9es et de l\u2019impact sur les structures sociales, il va sans dire que l\u2019ultime objectif de leur collaboration est la d\u00e9stabilisation, la d\u00e9sint\u00e9gration, la paup\u00e9risation et l\u2019exploitation \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 des peuples postcolonis\u00e9s. Ce syst\u00e8me de caract\u00e9risation \u00e0 dominance n\u00e9gative atteste que dans le duel symbolique pris en charge par la parole, \u00ab les mots sont des bombes et des balles \u00bb (Roth cit\u00e9 par Kerbrat-Orecchioni, 1980, p. 74). Au demeurant, le regard critique sur l\u2019adversaire, dans ses aspects les plus pervers, renforce l\u2019intention des discoureurs politiques dont l\u2019une des vis\u00e9es est la caract\u00e9risation du r\u00e9el social postcolonial car \u00ab le discours politique est une pratique sociale qui permet aux id\u00e9es et aux opinions de circuler dans un espace public o\u00f9 se confrontent divers acteurs qui doivent respecter certaines r\u00e8gles du dispositif de communication \u00bb (Charaudeau, 2005, p.\u00a042).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Discours politique et figuration du r\u00e9el\u00a0social : une triangulation imp\u00e9rative<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les prises de parole de I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani charrient les stigmates d\u2019une conjoncture politique ponctu\u00e9e de crises plurielles. Dans leur posture de guides supr\u00eames, ces locuteurs politiques entendent conjurer cette r\u00e9alit\u00e9 sociale et insuffler une dynamique prometteuse. Sur cette trajectoire, leur rh\u00e9torique politique s\u2019inscrit dans la conceptualisation de Charaudeau puisque<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours politique, qui cherche \u00e0 faire adh\u00e9rer le public \u00e0 un projet ou \u00e0 une action, ou \u00e0 le dissuader de suivre un projet adverse, insiste plus particuli\u00e8rement sur le <em>d\u00e9sordre social<\/em> dont est victime le citoyen, sur la <em>source du mal<\/em> qui s\u2019incarne dans un adversaire ou un ennemi, et sur la <em>solution salvatrice<\/em> qui s\u2019incarne dans un homme politique qui tient le discours (Charaudeau, 2005, p.\u00a070).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019analyse, <em>d\u00e9sordre social<\/em> et <em>source du mal<\/em> structurent la trame discursive des acteurs politiques susmentionn\u00e9s. Dans la perspective de son inflexion positive, la r\u00e9alit\u00e9 sociale au Burkina Faso, au Mali et au Niger est portraitur\u00e9e sous les aspects les plus abjects.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un pr\u00e9sent abject sous l\u2019emprise des instances oppressives\u00a0: entre souffrance, crises s\u00e9curitaires et violence internationale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tat du social d\u00e9peint dans les discours politiques \u00e9tudi\u00e9s est r\u00e9v\u00e9lateur des clich\u00e9s et lieux communs caract\u00e9ristiques de la narration eurocentriste. Le poncif de l\u2019Afrique, continent de malheur et de mis\u00e8re, le <em>No Man\u2019s Land<\/em> est rappel\u00e9 dans des tours sarcastiques. Souffrances, crises, violences et interventionnisme construisent le s\u00e9mantisme du supplice imput\u00e9 \u00e0 l\u2019instance adversaire. De fa\u00e7on m\u00e9thodique, I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani s\u2019accordent les violons de la description :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[16] Permettez-moi \u00e9galement de rendre hommage au peuple nig\u00e9rien, ce peuple qui a tant souffert depuis l\u2019av\u00e8nement du CNSP, \u00e0 cause des sanctions de la CEDEAO mais qui continue de rester debout\u2026 L\u2019Afrique est ce continent qui a tant souffert, et qui continue de souffrir, du fait des imp\u00e9rialistes. Ces imp\u00e9rialistes n\u2019ont qu\u2019un seul clich\u00e9 dans la t\u00eate. L\u2019Afrique est le continent des esclaves; c\u2019est ainsi qu\u2019ils voient l\u2019Afrique. Ils n\u2019ont jamais pu changer de logiciel jusqu\u2019aujourd\u2019hui et c\u2019est d\u00e9plorable (IT, 2024, p. 2).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[17] Le drame du Mali remonte \u00e0 l\u2019all\u00e9geance \u00e0 AL-Qaida du Groupe Salafiste pour la Pr\u00e9dication et le Combat\u2026 Fort de cette exp\u00e9rience et r\u00e9alisant que le p\u00e9ril malien ne r\u00e9sultait que de l\u2019\u00e9tat de nature\u2026 (AM, 2024, p. 3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[18] Le moment est certainement venu de vous entretenir solennellement de la strat\u00e9gie cynique mise en place par nos ennemis pour mettre notre pays \u00e0 genoux et le soumettre\u2026 D\u2019abord, sous le coup de la surprise et de la col\u00e8re, nos ennemis, comme vous le savez, ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019un embargo in\u00e9dit et inhumain contre le peuple nig\u00e9rien pour donner \u00e0 leur agression militaire contre notre pays toutes les chances de r\u00e9ussir (AT, 2024, p. 2).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Entre discours direct et psycho-r\u00e9cit, les mots et leurs expressions m\u00e9taboliques s\u00e9miotisent les maux africains et en identifient les auteurs. Dans leurs propos liminaires, ces acteurs politiques constatent le niveau d\u2019indigence des peuples puis remontent l\u2019origine \u00e0 un pass\u00e9 \u00e0 la fois lointain et proche. La charge historique est marqu\u00e9e par le lexique qui rappelle les soubresauts de l\u2019histoire coloniale de la France en Afrique, mais \u00e9galement les nouvelles formes de domination des peuples victimis\u00e9s. L\u2019articulation du pass\u00e9 douloureux au pr\u00e9sent aust\u00e8re passe par la convocation des cadres pr\u00e9discursifs collectifs avec emphase sur le r\u00e9alisme exp\u00e9rientiel. Dans ce cadre, l\u2019\u00ab appel aux pr\u00e9discours \u00bb (Paveau, 2006, p. 127) consolide les savoirs partag\u00e9s et l\u2019exp\u00e9rientialit\u00e9 des discoureurs dont la trame textuelle renvoie les signaux d\u2019un malaise social constant et de l\u2019oppression permanente. La textualisation des strat\u00e9gies actuelles de domination est r\u00e9alis\u00e9e selon la sensibilit\u00e9 linguistique et la charge \u00e9motionnelle des locuteurs :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[19] L\u2019Afrique est le continent des esclaves; c\u2019est ainsi qu\u2019ils voient l\u2019Afrique. Ils n\u2019ont jamais pu changer de logiciel jusqu\u2019aujourd\u2019hui et c\u2019est d\u00e9plorable. Mais comment proc\u00e8dent-ils? C\u2019est malheureusement depuis les ann\u00e9es 60, lorsque ces simulacres d\u2019ind\u00e9pendances ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s \u00e0 l\u2019Afrique. Ils n\u2019ont juste fait que placer des valets locaux \u00e0 la t\u00eate, selon eux, de leurs sous-pr\u00e9fectures, pour pouvoir continuer \u00e0 les alimenter\u2026 Ces valets locaux, que nous allons qualifier aujourd\u2019hui d\u2019esclaves de salon, n\u2019ont d\u2019autre rep\u00e8re que chercher \u00e0 vivre comme le ma\u00eetre, et faire tout ce que le ma\u00eetre leur dicte. Ils volent, ils pillent nos \u00c9tats et apportent tout chez le ma\u00eetre, et leur richesse est conserv\u00e9e chez le ma\u00eetre. Ils font tout pour vivre comme le ma\u00eetre et toujours le satisfaire. Lorsque le Ma\u00eetre commande ils ex\u00e9cutent\u2026. Ils sont toujours pr\u00eats \u00e0 trahir leurs fr\u00e8res pour satisfaire le ma\u00eetre. Ils nous ont trahis depuis les ind\u00e9pendances, et d\u2019autres continuent jusqu\u2019aujourd\u2019hui de nous trahir au profit de leur ma\u00eetre (IT, 2024, p.\u00a02).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[20] Soit dit en passant, qu\u2019il me soit permis de rappeler que ce nouvel envoi de lettre intervient, pendant que le Mali attend encore la suite r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une pr\u00e9c\u00e9dente lettre de saisine du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies, en date du 15 ao\u00fbt 2022, afin d\u2019exposer les actes d\u2019agression fran\u00e7ais \u00e0 son encontre ainsi que leur implication dans la promotion de trois formes de terrorisme au Sahel : terrorisme arm\u00e9, terrorisme \u00e9conomique et terrorisme m\u00e9diatique\u2026 Curieusement, depuis la cr\u00e9ation de l\u2019AES, nous avons \u00e9t\u00e9 surpris par l\u2019hostilit\u00e9 farouche avec laquelle elle a \u00e9t\u00e9 accueillie, en particulier par certains responsables de la CEDEAO aux ordres d\u2019entit\u00e9s imp\u00e9rialistes et n\u00e9ocoloniales (AM, 2024, p. 6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[21] Face \u00e0 leur \u00e9chec, au lieu de s\u2019inscrire dans la marche de l\u2019histoire en cours au Sahel, en prenant notamment acte de notre choix politique, nos ennemis, nostalgiques de leur position de puissance n\u00e9ocolonialiste et d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, ont \u00e9labor\u00e9 avec la complicit\u00e9 de certains Nig\u00e9riens et Africains ren\u00e9gats, une nouvelle approche m\u00e9thodologiquement articul\u00e9e autour des actions suivantes : une cabale m\u00e9diatique organis\u00e9e contre le Niger; une approche machiav\u00e9lique pour saper la coh\u00e9sion entre les membres du CNSP; une campagne diplomatique pour diaboliser et isoler notre pays ; une guerre financi\u00e8re et \u00e9conomique pour \u00e9touffer notre pays; des d\u00e9marches pour diviser notre peuple, l\u2019installation des bases militaires, d\u2019unit\u00e9 mixte de d\u00e9stabilisation\u2026 (AT, 2024, p.\u00a03).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les contenus ci-dessus font l\u2019\u00e9tat des lieux d\u2019un espace sah\u00e9lien crisog\u00e8ne resserr\u00e9 dans l\u2019\u00e9tau d\u2019une volont\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique sous-tendue par des forces externes et internes. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger \u00e9tant le th\u00e9\u00e2tre de la domination postcoloniale tous azimuts, les formes les plus saillantes sont clairement \u00e9nonc\u00e9es. Alors que I.\u00a0Traor\u00e9 d\u00e9voile le fonctionnement du colonialisme par procuration fond\u00e9 sur le mythe de l\u2019identification \u00e0 l\u2019agresseur [19], A.\u00a0Maiga et A.\u00a0Tiani d\u00e9mant\u00e8lent le dispositif oppressif multisectoriel et syst\u00e9mique consubstantiel \u00e0 la Fran\u00e7afrique [20] et [21]. Une Fran\u00e7afrique d\u00e9complex\u00e9e dont les pratiques explicitement exprim\u00e9es actualisent le \u00ab\u00a0pacte n\u00e9ocolonial qui ne sert ni l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique des pays africains, maintenus dans une \u00e9conomie de traite, ni l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie de la masse des populations \u00bb (Pha\u00ebton, 2009, p.\u00a012). Dans cette veine, la parodie d\u2019ind\u00e9pendances, les d\u00e9mocraties tronqu\u00e9es sous le poids des fraudes \u00e9lectorales, la complicit\u00e9 entre les \u00c9tats et l\u2019instrumentalisation des peuples, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 galopante et les interventions militaires \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et d\u2019autres formes de violence sont autant de chefs d\u2019accusation qui l\u00e9gitiment et revitalisent le sens du combat des pr\u00e9sidents de l\u2019AES.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Rh\u00e9torique politique et rapport de force\u00a0: l\u2019imp\u00e9ratif de survie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En contexte de r\u00e9sistance postcoloniale, le ressassement des miasmes coloniaux en cours nourrit l\u2019id\u00e9e de la revanche. Inscrite dans la relation de pouvoir, la compensation recherch\u00e9e se situe \u00e0 la lisi\u00e8re de l\u2019intra- et de l\u2019extra-discours. La correction extra-discursive se manifeste par des actions concr\u00e8tes men\u00e9es dans la perspective de redorer l\u2019image des \u00c9tats et des autorit\u00e9s inculp\u00e9es. La r\u00e9pression intra-discursive proc\u00e8de de la rh\u00e9torique de la controverse pour tourner en d\u00e9rision les valeurs occidentalis\u00e9es et, par ricochet, la colonialit\u00e9 du pouvoir. Cette double posture corrobore l\u2019id\u00e9e selon laquelle \u00ab le discours est une forme d\u2019\u2018\u2018agir\u2019\u2019 qui a d\u2019ailleurs un caract\u00e8re forc\u00e9ment agoniste, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il agit dans un champ marqu\u00e9 d\u2019oppositions. Chaque discours politique valorise une position, d\u00e9fend certaines valeurs, appuie une personne plut\u00f4t qu\u2019une autre \u00bb (Gingras, 2003, p. 71). Les discours d\u2019I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani sont travers\u00e9s par ces consid\u00e9rations qui participent de leur positionnement en situation de dissension et de tensions diplomatiques. Leurs actions majeures se situent \u00e0 l\u2019entre-deux de la protection s\u00e9curitaire et la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 de leurs \u00c9tats. Malgr\u00e9 leur longueur, ces extraits m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre cit\u00e9s :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[22] Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous assumer. C\u2019est pourquoi un 26 juillet 2023, alors que le Niger d\u00e9cidait de tourner la page, les esclaves de salon et leurs ma\u00eetres sont mont\u00e9s sur leurs grands chevaux. Ils ont mis en avant leurs valets locaux et ils ont d\u00e9cid\u00e9 de mener une guerre contre le peuple nig\u00e9rien. Nous avons donc dit que quiconque oserait s\u2019en prendre au Niger nous aura en face, parce que nous m\u00e8nerons une guerre sans piti\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte de sang pour quiconque oserait s\u2019attaquer \u00e0 nos \u00c9tats. Cette d\u00e9cision que nous avons prise hier, est d\u2019actualit\u00e9 aujourd\u2019hui et le sera demain et pour toujours. Ainsi naquit l\u2019AES le 16 septembre 2023 dans une architecture de d\u00e9fense mutuelle (IT, 2024, p.\u00a04).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[23] Sur le plan de la lutte contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, depuis que les Forces de D\u00e9fense et de S\u00e9curit\u00e9 maliennes ont lanc\u00e9 des actions offensives, de mani\u00e8re autonome, de nombreux succ\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 remport\u00e9s sur le terrain de la lutte contre le terrorisme, toutes les r\u00e9gions ont \u00e9t\u00e9 reprises des mains des groupes terroristes, notamment la r\u00e9gion de Kidal, le 14 novembre 2023, \u00e0 la suite d\u2019une op\u00e9ration militaire m\u00e9morable\u2026 Au regard de la complexit\u00e9 de la situation au Sahel et motiv\u00e9s par leur seul d\u00e9sir de prendre le destin de leurs pays en main, leurs excellences Le Capitaine Ibrahim TRAORE, Pr\u00e9sident du Faso, Chef de l\u2019\u00c9tat du Burkina, Le Colonel Assimi GOITA, Pr\u00e9sident de la Transition, Chef de l\u2019\u00c9tat du Mali et Le G\u00e9n\u00e9ral de Brigade Abdourahamane TIANI, Pr\u00e9sident du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie, Chef de l\u2019\u00c9tat du Niger, ont dans un premier temps institu\u00e9 l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel : une architecture de d\u00e9fense collective et d\u2019assistance mutuelle dans la lutte contre le terrorisme, en signant la Charte du Liptako-Gourma, le 16 septembre 2023 (AM, 2024, p. 4-5).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[24] Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est de renvoyer de notre pays, sans haine ni violence, les forces qui entravaient notre souverainet\u00e9 et emp\u00eachaient v\u00e9ritablement \u00e0 nos FDS de monter en puissance pour accomplir leurs missions. Ce que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 faire c\u2019est de d\u00e9noncer tous les contrats, textes l\u00e9gislatifs, trait\u00e9s et conventions injustes qui ne vont pas dans le sens de l\u2019int\u00e9r\u00eat du Niger. Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est prouver que le Niger peut tenir debout, faire face courageusement et avec succ\u00e8s au terrorisme, payer ses fonctionnaires, assurer ses d\u00e9penses de souverainet\u00e9 de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, bref, vivre, sans la pr\u00e9tendue assistance \u00e9trang\u00e8re souvent utilis\u00e9e pour menacer ou humilier les Nig\u00e9riens. Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est que pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de notre pays, les d\u00e9cisions qui engagent le Niger et son peuple sont prises au Niger, par des Nig\u00e9riens et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du Niger et nulle part ailleurs (AT, 2024, p. 6).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Trois contextes, trois militaires, trois hommes politiques, trois discours mais articul\u00e9s et entrem\u00eal\u00e9s les uns sur les autres avec pour finalit\u00e9 la communication sur leurs actions politiques et l\u2019impact sur le quotidien des citoyen\u00b7nes. Dans leur strat\u00e9gie communicationnelle, les actes de langage performatifs et les structures pr\u00e9suppositionnelles verbalisent les actions sociales, \u00e9conomiques et strat\u00e9giques r\u00e9elles, visibles et palpables qui restaurent la confiance, la coh\u00e9sion et la s\u00e9curit\u00e9 des peuples victimis\u00e9s soucieux de la r\u00e9appropriation de leurs entit\u00e9s territoriales. Par ailleurs, dans un ton acerbe, par le biais des constructions \u00e0 la fois figuratives et anaphoriques, lesdites actions consolident la fracture entre un pass\u00e9 affligeant toujours pr\u00e9sent et un pr\u00e9sent en cours de transformation aux attentes radieuses fond\u00e9es sur la participation citoyenne des peuples. Cette passerelle temporelle est assur\u00e9e par des d\u00e9ictiques et les temps subjectifs qui se conjuguent pour inscrire lesdites actions dans l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9, la simultan\u00e9it\u00e9 et la post\u00e9riorit\u00e9 en rapport avec le bien commun et les aspirations du peuple. Dans leur style r\u00e9aliste, ces locuteurs politiques r\u00e9ussissent \u00e0 mettre en lumi\u00e8re les contradictions entre l\u2019intention et l\u2019action, le dire et le faire, le dit et le fait contraire et\/ou approximatif des pr\u00e9\u00e9minences internationales. Les paradoxes pragmatiques ainsi relev\u00e9s accentuent la rupture du pacte colonial et autres formes de liens de servitude en contexte postcolonial. En outre, des actions diplomatiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, mais dont l\u2019impact a une r\u00e9sonance internationale, constituent l\u2019\u00e9tymon du combat discursif de ces orateurs politiques. La mise en place du dispositif de contre-offensive s\u00e9curitaire fiable pour la protection des \u00c9tats sous les menaces et invasions ext\u00e9rieures structurent leur d\u00e9monstration. Au 1<sup>er<\/sup> sommet de l\u2019AES, \u00e0 la 79<sup>e<\/sup> Session de l\u2019ONU et pendant son adresse \u00e0 la nation, la sublimation de l\u2019AES comme alternative \u00e0 la violence internationale devient une constance discursive tout comme le rejet de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie et la c\u00e9l\u00e9bration de la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9e. Mais un \u00e9tat de dignit\u00e9 et de souverainet\u00e9 qui s\u2019adosse sur quelques imaginaires de v\u00e9rit\u00e9 dans une perspective de p\u00e9rennisation des acquis et de l\u2019ouverture critique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Parole politique et perspective diff\u00e9rentielle de la pratique politique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">En situation de rivalit\u00e9 id\u00e9ologique, la parole politique des trois chefs d\u2019\u00c9tat s\u2019offre comme un espace symbolique de r\u00e9glage conflictuel et de positionnement. Si par essence l\u2019\u00ab\u00a0id\u00e9ologie est une repr\u00e9sentation du monde social et politique qui justifie des relations de pouvoir \u00bb (Gingras, 2003, p.\u00a078), I. Traor\u00e9, A. Maiga et A.\u00a0Tiani la per\u00e7oivent diff\u00e9remment. La strate textuelle de leurs discours est travers\u00e9e par des id\u00e9ogrammes lexicaux caract\u00e9ristiques des croyances des peuples dont ils ont la charge. Libert\u00e9, dignit\u00e9, souverainet\u00e9, justice, s\u00e9curit\u00e9 et bien-\u00eatre sont des id\u00e9ogrammes dominants qui participent des valeurs cardinales \u00e0 impl\u00e9menter \u00e0 travers des actions politiques cons\u00e9quentes. Deux orientations compl\u00e9mentaires se montrent comme condition <em>sine qua non<\/em> de r\u00e9alisation de ce mythe politique en situation de domination postcoloniale.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Imaginaire de la tradition et renforcement de la fraternit\u00e9 transnationale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La fragmentation comme outil de domination des peuples africains par les puissances imp\u00e9ratrices au moment du partage historique de l\u2019Afrique est de plus en plus per\u00e7ue par les instances victimaires comme un h\u00e9ritage d\u00e9moniaque. Les fronti\u00e8res artificielles issues de la colonisation, sources de tensions internes et des conflits r\u00e9gionaux, alimentent les d\u00e9bats et structurent les discours contemporains qui mettent en toile de fond les identit\u00e9s politiques d\u00e9sincarn\u00e9es. C\u2019est dans cette perspective que Joseph-Roger de Benoist (2013, p. 5) r\u00e9\u00e9value \u00ab\u00a0les d\u00e9g\u00e2ts corr\u00e9l\u00e9s au maintien des solidarit\u00e9s forg\u00e9es par la colonisation et les ferments de division \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019Ouest africain fran\u00e7aise \u00bb. Dans une double posture d\u2019\u00e9vocation de ce s\u00e9isme culturel et de reconstitution des identit\u00e9s fragment\u00e9es, les locuteurs politiques garants du ciment social l\u2019\u00c9tat se positionnent. Sur les sentiers de la d\u00e9balkanisation \u00e0 petite \u00e9chelle, les orateurs politico-militaires convoquent l\u2019imaginaire de la tradition qui s\u2019appuie sur la qu\u00eate de l\u2019origine afin de restaurer le patrimoine ant\u00e9rieur d\u00e9structur\u00e9 dans la mesure o\u00f9<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019imaginaire de la \u00ab tradition \u00bb est port\u00e9e par des discours qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 un monde \u00e9loign\u00e9 dans le temps, un monde dans lequel les individus auraient connu un \u00e9tat de puret\u00e9. Ce monde est \u00e9voqu\u00e9 comme un paradis perdu (l\u2019Eden d\u2019or de l\u2019antiquit\u00e9, l\u2019Eden de la Bible) vers lequel il faudrait remonter pour retrouver une origine source d\u2019authenticit\u00e9. Est alors d\u00e9crite une histoire de la communaut\u00e9 concern\u00e9e, une histoire parfois invent\u00e9e mais n\u00e9cessaire pour \u00e9tablir une filiation avec les anc\u00eatres, un territoire, une langue. Les descendants en seraient les h\u00e9ritiers, ce qui leur imposerait un devoir de \u00ab ressourcement \u00bb, de r\u00e9cup\u00e9ration de l\u2019origine identitaire (Charaudeau, 2005, p. 163).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019authenticit\u00e9 recherch\u00e9e par les pr\u00e9sidents de l\u2019AES \u00e9tant consubstantielle \u00e0 leur prise de parole, les marqueurs de l\u2019ancestralit\u00e9 dans ses dimensions culturelle, sociale et politique y sont foisonnants. Les s\u00e9quences discursives ci-dessous font l\u2019\u00e9conomie des traceurs du ressourcement :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[25] \u00c0 cette vision, s\u2019ajoute une orientation du Chef de l\u2019\u00c9tat qui appelle les Maliens, dans le cadre de la Refondation, \u00e0 \u00ab redevenir eux-m\u00eames \u00bb. En effet, le Chef de l\u2019\u00c9tat a proc\u00e9d\u00e9, le 23 avril 2024, au lancement du Programme National d\u2019Education aux Valeurs (PNEV) qui vise \u00ab Un retour aux sources, sans lesquelles, il serait difficile d\u2019envisager un avenir radieux pour notre pays, dans sa qu\u00eate l\u00e9gitime de souverainet\u00e9 \u00bb. L\u2019invitation \u00e0 redevenir nous-m\u00eames, ne saurait faire l\u2019\u00e9conomie de la question de savoir qui nous sommes. La r\u00e9ponse imm\u00e9diate \u00e0 cette interrogation est donn\u00e9e par la devise du Mali : Un peuple : grande famille, nation cosmopolite, un But : magnifier la diversit\u00e9 dans l\u2019unit\u00e9, uni pour b\u00e2tir le bien commun, une Foi : la foi \u00e0 ce que Dieu a donn\u00e9 comme ressource pour la r\u00e9alisation de la prosp\u00e9rit\u00e9 (AM, 2024, p.\u00a03-4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[26] Nous avons cr\u00e9\u00e9 une alliance avec les pays avec lesquels nous avons la m\u00eame histoire, la m\u00eame trajectoire, les m\u00eames d\u00e9fis, les m\u00eames peuples et les m\u00eames aspirations : l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel qui nous unit au Burkina Faso et au Mali, deux pays fr\u00e8res qui sont r\u00e9solument \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s\u2026 Enfin, je voudrais, en ce moment o\u00f9 le regard des Nig\u00e9riens est tourn\u00e9 vers les comp\u00e9titions de notre lutte traditionnelle qui est \u00e0 sa 45\u00e8me \u00e9dition, souhaiter une belle KOKOWAR GARGAJIYA \u00e0 tous : que le meilleur gagne et que les Nig\u00e9riens fraternisent dans leur diversit\u00e9 culturelle et la s\u00e9curit\u00e9 (AT, 2024, p.\u00a07-11).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La qu\u00eate de l\u2019origine et de la souverainet\u00e9 sacr\u00e9e sont les traits caract\u00e9ristiques des deux occurrences ci-dessus. Aux Nations Unies, entre autres sujets abord\u00e9s, le porte-parole du gouvernement malien rappelle, dans des structures emphatiques, les vertus ancestrales et la port\u00e9e des valeurs culturelles et identitaires red\u00e9finies dans la r\u00e9solution interne de leurs diff\u00e9rends [25]. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il s\u2019agit des identit\u00e9s socialement et communautairement reconstitu\u00e9es sur le socle de la souverainet\u00e9 ancestrale d\u00e9cloisonn\u00e9e [26]. Un d\u00e9cloisonnement identitaire mat\u00e9rialis\u00e9 dans la fraternit\u00e9 transnationale autant exalt\u00e9e que la comm\u00e9moration d\u2019un \u00e9v\u00e8nement culturel renfor\u00e7ant la fibre identitaire. En outre, l\u2019\u00e9vocation du rassemblement comm\u00e9moratif sportif, marqu\u00e9 d\u2019empreinte nationale en langue locale, raffermit le sentiment de l\u2019appartenance \u00e0 une culture d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e en voie de revalorisation. L\u2019alternance codique fran\u00e7ais-haoussa, avec mention sp\u00e9ciale sur le Championnat National de la Lutte Traditionnelle, \u00ab KOKOWAR GARGAJIYA \u00bb, intensifie le sentiment national et la promotion des valeurs culturelles endog\u00e8nes. La reconqu\u00eate de la souverainet\u00e9 nationale \u00e0 travers l\u2019usage de la langue locale trouve \u00e9cho dans le slogan patriotique \u00ab LAABU SANNI NO ZANCEN KASA NE \u00bb signifiant \u00ab La Patrie d\u2019abord, la Partie ensuite, la Patrie enfin \u00bb employ\u00e9 en usage et en mention dont la connotation autonomique dans le discours de A. Tiani magnifie les prouesses r\u00e9alis\u00e9es et \u00e0 venir. Ces expressions culturellement marqu\u00e9es s\u2019int\u00e8grent dans la verbalisation des pr\u00e9discours patrimoniaux, traceurs de l\u2019h\u00e9ritage collectif des peuples du Sahel. Ce retour aux sources corrobore le D\u00e9cret<a class=\"footnote\" title=\"Il s\u2019agit du D\u00e9cret no2024-0500\/PRES-TRANS\/PM\/MATDS\/MFPTPS\/MCCAT du 06 mai 2024 du gouvernement du Burkina Faso qui consacre la date du 15 mai de chaque ann\u00e9e comme la Journ\u00e9e des Coutumes et Traditions (JCT).\" id=\"return-footnote-2193-8\" href=\"#footnote-2193-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a> du pr\u00e9sident I. Traor\u00e9 sur l\u2019\u00e9rection de la Journ\u00e9e des coutumes et traditions au Burkina Faso.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pratique politique et h\u00e9t\u00e9ronomie responsable\u00a0: du conditionnement postcolonial \u00e0 l\u2019ouverture choisie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le ressassement des frasques coloniales qui participent du conditionnement des postcolonis\u00e9\u00b7es et la communication publique sur les actions de sauvetage entreprises en contexte de violence plurielle accr\u00e9ditent le compte des acteurs politiques militaires d\u2019un quotient de responsabilit\u00e9 et de cr\u00e9dibilit\u00e9. Leur degr\u00e9 d\u2019attachement \u00e0 leur socle national, assorti de leur pugnacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9former leurs nations, fait d\u2019eux des leaders charismatiques aux allures de guides-bergers et de guides-proph\u00e8tes \u00e0 la recherche du souverain bien. Cependant, cette id\u00e9alit\u00e9 sociale n\u2019est r\u00e9alisable qu\u2019\u00e0 travers l\u2019impl\u00e9mentation d\u2019une philosophie politique qui s\u2019adosse sur le v\u00e9cu des citoyen\u00b7nes. Le geste r\u00e9parateur s\u2019articule entre la fracture id\u00e9ologique ant\u00e9rieure et l\u2019ouverture critique. Dans les structures textuelles des discours \u00e9tudi\u00e9s, les signaux de la rupture sont pris en charge par l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u00e9gatif et les d\u00e9ictiques temporels en lien avec la post\u00e9riorit\u00e9 :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[27] \u00c0 ces attaques sur le terrain s\u2019ajoutent la guerre de communication, la manipulation, la d\u00e9sinformation. Mais les peuples du Sahel ont compris et ils ne pourront plus jamais les manipuler. Ils savent d\u2019o\u00f9 ils viennent, ce qu\u2019ils font et o\u00f9 ils vont. Nous ne permettrons plus cela; les peuples sont \u00e9veill\u00e9s. Et nous nous battons aujourd\u2019hui, non pas pour nous-m\u00eames, mais pour les g\u00e9n\u00e9rations futures. Nous ne tremblerons pas. Nous allons affronter ; nous nous battrons pour une v\u00e9ritable ind\u00e9pendance, pour notre libert\u00e9 (AT, 2024, p. 3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[28] Depuis la fin de l\u2019Accord d\u2019Alger le 25 janvier 2024, les Maliens n\u2019expriment qu\u2019un seul v\u0153u le concernant : que son \u00e2me repose en paix! M. Le Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, l\u2019accord est bel et bien mort, vos incantations ne serviront pas \u00e0 le ressusciter. Vous me donnez l\u2019occasion d\u2019une part, de vous r\u00e9it\u00e9rer que nul ne peut aimer le Mali, plus que les Maliens et d\u2019autre part, de rappeler que le Mali et son peuple ne se seront pas des spectateurs face aux assauts de l\u2019adversit\u00e9 : pour chaque mot employ\u00e9 de travers, nous r\u00e9agirons par r\u00e9ciprocit\u00e9. \u00c0 bon entendeur, tant pis! (AM, 2024, p. 8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[29] Ce que nous avons r\u00e9ussi, c\u2019est l\u2019unit\u00e9 de notre peuple sur des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat national. D\u00e9sormais, tous les Nig\u00e9riens regardent dans la m\u00eame direction; celle qui pr\u00e9serve les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de notre pays : <strong>Labou Sanni No. Zanchin Kassa n\u00e9<\/strong>\u00a0(AT, 2024, p. 6).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans leurs diff\u00e9rents propos, ces locuteurs politiques font figure de guides-souverains issus de leurs communaut\u00e9s terrifi\u00e9es et dont la vision est de les conduire vers la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 totales. Pour y parvenir, ils proc\u00e8dent par la mise en opposition de deux temporalit\u00e9s contrast\u00e9es : le pass\u00e9 et le l\u2019avenir. Un pass\u00e9 ignoble qui se conjugue avec un pr\u00e9sent aust\u00e8re \u00e0 partir duquel se projette un avenir sublim\u00e9, d\u2019o\u00f9 la triple articulation des temps d\u00e9ictiques : pass\u00e9 compos\u00e9-pr\u00e9sent-futur. Dans ce processus, la conjonction entre les marqueurs de l\u2019\u00e9nonciation d\u00e9locutive (\u00ab ils \u00bb, \u00ab les peuples \u00bb, \u00ab les Maliens \u00bb, \u00ab les Nig\u00e9riens \u00bb) et ceux de l\u2019\u00e9nonciation \u00e9locutive (\u00ab Nous \u00bb, \u00ab notre \u00bb) met en toile de fond la position id\u00e9ologique commune des instances politique et citoyenne : la rupture. Explicitement exprim\u00e9e dans les structures textuelles, la rupture est act\u00e9e par l\u2019usage it\u00e9ratif de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u00e9gatif sous ses multiples variances. Dans la figuration s\u00e9miotique de cette fracture, une valeur ajout\u00e9e est accord\u00e9e \u00e0 la forme tonique \u00ab ne\u2026 plus \u00bb, marqueur grammatical de l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 des d\u00e9cisions prises, amplifi\u00e9 par les adverbes de temps \u00ab jamais \u00bb et \u00ab d\u00e9sormais \u00bb, accomplissant la m\u00eame fonction cognitivo-syntaxique. En tant que leaders investis d\u2019un capital culturel \u00e9lev\u00e9, leur attitude proactive participe d\u2019un basculement irr\u00e9vocable dans l\u2019avenir. Ce qui subsume un choix strat\u00e9gique et op\u00e9rationnel en contexte de diplomatie pr\u00e9f\u00e9rentielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur cette voie, ces acteurs politiques remettent en question le partenariat exclusif de la puissance fran\u00e7aise dans ses anciennes colonies, mettant ainsi \u00e0 mal le pr\u00e9-carr\u00e9 fran\u00e7ais en Afrique. D\u2019apr\u00e8s la philosophie politique des pr\u00e9sidents des \u00c9tats membres de la Conf\u00e9d\u00e9ration des \u00c9tats du Sahel, leurs pays ne sauraient \u00eatre la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un quelconque \u00c9tat f\u00fbt-il de la m\u00e9tropole hexagonale. C\u2019est pourquoi, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, ces locuteurs politiques rejettent l\u2019h\u00e9g\u00e9monie sempiternelle de la France sur toutes ses formes et pr\u00f4nent l\u2019ouverture critique aux autres\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[30] Pour effrayer les populations de l\u2019AES, ces individus n\u2019ont que trois termes \u00e0 la bouche : d\u00e9mocratie, libert\u00e9, droits humains. Bien entendu, leurs valets locaux ne sont \u00e9lus que dans le cadre d\u2019un processus d\u00e9mocratique, libre et transparent, selon eux et leurs valeurs. Quoi de plus normal pour eux; mais qu\u2019on veuille nous imposer cela, parce que ce sont eux qui \u00e9dictent les r\u00e8gles, nous ne l\u2019accepterons pas (IT, 2024, p. 3-4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[31] La voie m\u00e9diane promue par le Mali consiste \u00e0 r\u00e9aliser notre d\u00e9veloppement en empruntant un chemin plus vertueux : veiller au respect de notre souverainet\u00e9 tout en respectant celle des autres; refuser l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie tout en refusant de nous ing\u00e9rer dans les affaires int\u00e9rieures des autres; \u00eatre ouvert \u00e0 tous les partenariats sur une base gagnant-gagnant. Aussi, il est important de relever que ces principes et valeurs caract\u00e9risent, mutatis mutandis, les peuples fr\u00e8res du Burkina Faso et de la R\u00e9publique du Niger (AM, 2024, p. 4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[32] Ensuite nous avons d\u00e9cid\u00e9 de diversifier nos partenaires et d\u2019inscrire d\u00e9sormais nos relations diplomatiques dans le principe de respect mutuel, d\u2019\u00e9galit\u00e9 souveraine et d\u2019un partenariat sinc\u00e8re, \u00e9quilibr\u00e9 et gagnant-gagnant qui prend en compte les int\u00e9r\u00eats de notre pays\u2026 Aussi, j\u2019invite chaque Nig\u00e9rien \u00e0 se forger l\u2019intime conviction que le Niger est notre bien commun. Il nous appartient et non \u00e0 une quelconque puissance \u00e9trang\u00e8re ou \u00e0 une quelconque organisation r\u00e9gionale ou internationale (AT, 2024, p. 7-10).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses tours sarcastiques, I.\u00b7Traor\u00e9 tourne en d\u00e9rision les valeurs d\u00e9fendues par la R\u00e9publique fran\u00e7aise dont l\u2019application en postcolonie demeure querell\u00e9e. Les marqueurs de la distance \u00e9nonciative (\u00ab selon eux \u00bb, \u00ab leurs valeurs \u00bb, \u00ab pour eux \u00bb), corr\u00e9l\u00e9s \u00e0 la d\u00e9signation minorative de l\u2019adversaire (\u00ab ces individus \u00bb), ac\u00e8rent les angles de la critique des mauvaises pratiques des us occidentaux en Afrique. Il y a donc chez cet homme d\u2019\u00c9tat une volont\u00e9 de d\u00e9sacralisation des id\u00e9aux politiques de l\u2019Ailleurs par l\u2019op\u00e9ration de d\u00e9s\u00e9mantisation du patrimoine discursif id\u00e9ologique ant\u00e9rieur. Les contenus des notions telles que la d\u00e9mocratie, la libert\u00e9 et les droits de l\u2019humain semblent g\u00e9ographiquement instables. La pol\u00e9mique qui en d\u00e9coule est davantage perceptible dans la distance \u00e9nonciative textualis\u00e9e dans la construction antinomique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 puissante et de l\u2019identit\u00e9 opprim\u00e9e [30]. Dans la m\u00eame veine, A.\u00a0Maiga et A.\u00a0Tiani prennent position sur le sens du protectionnisme de leurs \u00c9tats en capitalisant sur la qualit\u00e9 du partenariat et la pluralit\u00e9 des partenaires g\u00e9ostrat\u00e9giques. La double caract\u00e9risation par le nom, r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019attelage du d\u00e9terminant sp\u00e9cifique et du d\u00e9terminant compl\u00e9mentaire exprimant la totalit\u00e9 dans l\u2019expression \u00ab \u00eatre ouvert \u00e0 tous les partenariats \u00bb [31] est symptomatique de la fracture postcoloniale et de la pluriversalit\u00e9 id\u00e9ologique aux multiples vertus. Bien qu\u2019encore au stade inaugural, les retomb\u00e9es des accords<a class=\"footnote\" title=\". Coop\u00e9ration Burkina Chine. [En ligne] Quotidien Sidwaya URL https:\/\/www.sidwaya.info (consult\u00e9 le 25 septembre 2O25); Accords Russie et Burkina. [En ligne] Scribd URL https:\/\/fr.scribd.com (consult\u00e9 le 25 septembre 2O25)\" id=\"return-footnote-2193-9\" href=\"#footnote-2193-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a> avec la Russie et la Chine sur leurs structures sociales semblent all\u00e9chantes.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au regard des analyses ci-dessus men\u00e9es, la parole politique des orateurs-pr\u00e9sidents de la Conf\u00e9d\u00e9ration de l\u2019AES est un acte de langage complexe \u00e0 trois variables sociologiques\u00a0: le constat, l\u2019action et la vision. Sur la base de la r\u00e9alit\u00e9 sociale marqu\u00e9e de tensions et de violences prot\u00e9iformes, des actions concr\u00e8tes cons\u00e9quentes r\u00e9pondent en \u00e9cho, illustrant un environnement conflictuel o\u00f9 le rapport de place et l\u2019\u00e9quilibre de la terreur sont en vigueur. Dans leur posture d\u2019acteurs politiques r\u00e9publicains, ces hommes d\u2019\u00c9tat s\u2019entourent du manteau de guide-souverain pour \u00e9clairer leurs peuples et les conduire sur les chemins de la libert\u00e9, moyennant courage et abn\u00e9gation. En d\u00e9finitive, en contexte de controverse id\u00e9ologique et de l\u00e9gitime d\u00e9fense, le discours politique des militaires-pr\u00e9sidents devient un acte de foi r\u00e9publicain. Seulement, afin que les m\u00eames causes ne produisent les m\u00eames effets dans les m\u00eames circonstances, ces meneurs d\u2019hommes en qu\u00eate de souverainet\u00e9 devront faire preuve de sinc\u00e9rit\u00e9 et d\u2019honn\u00eatet\u00e9 dans leurs strat\u00e9gies manag\u00e9riales pour \u00e9viter un \u00e9ternel recommencement. Aussi et surtout, en portant la voix d\u2019une Afrique en qu\u00eate de dignit\u00e9 et de souverainet\u00e9, ces locuteurs et acteurs politiques devront \u00eatre pr\u00e9cautionneux sur la nature des accords avec les nouveaux partenaires. Une d\u00e9marche g\u00e9ostrat\u00e9gique avis\u00e9e avec la Russie et la Chine \u00e9viterait que, comme hier, l\u2019Afrique assiste, impuissante, \u00e0 un nouveau dispositif de domination sous les labels <em>Russeafrique<\/em> et\/ou <em>Chineafique<\/em>.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 1999. <em>Images de soi dans le discours<\/em>. Paris : D\u00e9lachaux et Niestl\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2000<em>. L\u2019argumentation dans le discours.<\/em> Paris : Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00a0Armengaud, Fran\u00e7oise. 1999. <em>La pragmatique<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 1em\">Austin, John Langshaw. 1970.\u00a0<\/span><em style=\"font-size: 1em\">Quand dire c\u2019est faire (<\/em><span style=\"font-size: 1em\">traduit de l\u2019anglais <\/span><em style=\"font-size: 1em\">How to do things with words <\/em><span style=\"font-size: 1em\">par Gilles LANE). Paris : \u00c9ditions du Seuil.<\/span><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bart (Le), Christian. 1998. <em>Le discours politique<\/em>. Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benoist (De), Joseph-Roger. 2013. <em>La balkanisation de l\u2019Afrique Occidentale Fran\u00e7aise<\/em>. Dakar : Nouvelles \u00c9ditions Africaines du S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benot, Yves. 1975. <em>Les<\/em> <em>ind\u00e9pendances africaines. Id\u00e9ologies et r\u00e9alit\u00e9s<\/em> I. Paris : Fran\u00e7ois, Maspero.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benot, Yves. 1975. <em>Les ind\u00e9pendances africaines. Id\u00e9ologies et r\u00e9alit\u00e9s<\/em> II. Paris : Fran\u00e7ois Maspero.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Benveniste, \u00c9mile. 1970. \u00ab\u00a0L\u2019appareil formel de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb, <em>Langages<\/em>, 17, p. 12-18. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\">https:\/\/www.persee.fr<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bourque, Gilles et Duchastel, Jules. 1988. <em>Restons traditionnels et progressifs. Pour une analyse du discours politique. Le cas du r\u00e9gime Duplessis au Qu\u00e9bec<\/em>. Montr\u00e9al : Bor\u00e9al.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Castoriadis, Cornelius. 1975.\u00a0<em>L\u2019institution imaginaire de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2005. <em>Le discours politique. Les masques du pouvoir<\/em>. Paris : Vuibert.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">D\u00e9cret no 2024-0500\/PRES-TRANS\/PM\/MATDS\/MFPTPS\/MCCAT du 06 mai 2024 du gouvernement du Burkina Faso qui consacre la date du 15 mai de chaque ann\u00e9e comme la Journ\u00e9e des Coutumes et Traditions (JCT). <a href=\"https:\/\/www.centrecitoyen.org\">https:\/\/www.centrecitoyen.org<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Denis, Martin. 1976. \u00ab\u00a0Benot (Yves) \u2013 Les ind\u00e9pendances africaines. Id\u00e9ologies et r\u00e9alit\u00e9s<em>\u00a0<\/em>\u00bb [compte rendu]. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, 26-5, p. 983-986. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\">https:\/\/www.persee.fr<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Foucault, Michel. 1970. <em>L\u2019ordre du discours<\/em>. Paris: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gingras, Anna-Marie. 2003. <em>La communication politique\u00a0: \u00c9tat des savoirs, enjeux et perspectives<\/em>. Qu\u00e9bec : Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hepke, Jutta. 2003. <em>Derni\u00e8res nouvelles de la Fran\u00e7afrique<\/em>. Paris : Vents d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hepke, Jutta et Colleu, Gilles. 2006. <em>Derni\u00e8res nouvelles du colonialisme<\/em>. Paris : Vents d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jaubert, Anna 1990. <em>La lecture pragmatique<\/em>, Paris : HACHETTE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kange Ewane, Fabien. 2000. <em>D\u00e9fi aux africains du IIIe mill\u00e9naire<\/em>, Yaound\u00e9 : \u00c9ditions Cl\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine 1980. <em>L\u2019\u00e9nonciation. De la subjectivit\u00e9 dans le langage<\/em>, Paris : Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kengne, Lucie. 2017. <em>Lecture Pragmatique du Discours H\u00e9g\u00e9monique sur l\u2019Afrique : Le cas du Discours Colonial dans l\u2019espace Francophone<\/em>, th\u00e8se de doctorat soutenue le 17\/11\/2017 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kengne Gatsing, Lucie. 2022. Discours h\u00e9g\u00e9monique et relent colonial : les tribunes de La Baule (1990) et de Dakar (2007) ou la Fran\u00e7afrique discursiv\u00e9e. <em>Voix Plurielles<\/em>, Vol. 19, N\u00b0<sup>\u00a0<\/sup>1, p. 62-76.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kourouma, Ahmadou. 1968. <em>Les Soleils des ind\u00e9pendances.<\/em>\u00a0Montr\u00e9al : Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2000. <em>De la postcolonie. Essai sur l\u2019imaginaire politique dans l\u2019Afrique contemporaine.<\/em> Paris : \u00c9ditions KARTHALA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2010. <em>Sortir de la grande nuit.<\/em> Paris : \u00c9ditions La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille. 2023. \u00ab Les putschs en Afrique de l\u2019Ouest annoncent la fin d\u2019un cycle qui aura dur\u00e9 pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle \u00bb. <em>Le Monde<\/em>. [En ligne] disponible sur<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2023\/08\/04\/achille-mbembe-en-afrique-la-stabilite-passera-par-une-demilitarisation-effective-de-tous-les-domaines-de-la-vie-politique-economique-et-sociale_6184430_3232.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2023\/08\/04\/achille-mbembe-en-afrique-la-stabilite-passera-par-une-demilitarisation-effective-de-tous-les-domaines-de-la-vie-politique-economique-et-sociale_6184430_3232.html<\/a> (Consult\u00e9 le 20 juin 2025).<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Morin, Edgar. 2016. <em>Pour une crisologie.<\/em>\u00a0Paris : l\u2019Herne.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne. 2006. <em>Les pr\u00e9discours. Sens, m\u00e9moire, cognition.<\/em> Paris : Presses Sorbonne Nouvelle.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Perelman, Chaim et Olbrechts-Tyteca, Lucie. 2008. <em>Trait\u00e9 de l\u2019argumentation.<\/em> Bruxelles : \u00c9ditions de l\u2019Universit\u00e9 de Bruxelles.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Petitcorps, Colette (Le) et Desille, Amandine. 2020. La colonialit\u00e9 du pouvoir aujourd\u2019hui : approche par l\u2019\u00e9tude des migrations. <em>Migrations et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Vol. 4, N\u00b0 182, p. 17-28.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pigeaud Fanny et Ndongo Samba Sylla. 2018. <em>L\u2019ARME INVISIBLE DE LA FRAN\u00c7AFRIQUE. Une histoire du Franc CFA<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pha\u00ebton, Alexandra. 2009. <em>France-Afrique\u00a0: Diplomatie, Business et Dictatures<\/em>. Paris : Survie.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quijano An\u00edbal. 2007. \u00ab Race \u00bb et colonialit\u00e9 du pouvoir. <em>Mouvements, <\/em>3(51), p.\u00a0111-118. <a href=\"https:\/\/www.caim.info\/revue-mouvements-2007-3-111\">https:\/\/www.caim.info\/revue-mouvements-2007-3-111-htm<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Said, Edward. 1978. <em>Orientalisme<\/em>. Paris : \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sahouegnon, Mathias Raoul. 2025. <em>Le r\u00e9gionalisme coop\u00e9ratif comme mod\u00e8le de pacification\u00a0: le cas de la Conf\u00e9d\u00e9ration de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel (AES)<\/em>, th\u00e8se de Doctorat (in\u00e9dit), Universit\u00e9 Ponctificale Saint Thomas d\u2019Aquin (Agelicum), Rome. <a href=\"https:\/\/recowanews.com\">https:\/\/recowanews.com<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thimonier, Olivier. 2008. <em>La France coloniale d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.<\/em>\u00a0Paris : Survie.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verschave, Fran\u00e7ois-Xavier. 1999. <em>La Fran\u00e7afrique<\/em>. <em>Le plus long scandale de la R\u00e9publique.<\/em>\u00a0Paris : \u00c9ditions Stock.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verschave, Fran\u00e7ois-Xavier. 2000.<em> Noir silence : Qui arr\u00eatera la Fran\u00e7afrique?<\/em> Paris : \u00c9ditions des Ar\u00e8nes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Verschave, Fran\u00e7ois-Xavier. 2004.<em> De la Fran\u00e7afrique \u00e0 la Mafiafrique.<\/em> Bruxelles : \u00c9ditions Tribord.<\/p>\n<div>\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Corpus<\/h2>\n<ol style=\"text-align: justify\">\n<li>Discours de S.E. Le Capitaine Ibrahim TRAOR\u00c9, Pr\u00e9sident du Faso, Chef de l\u2019\u00c9tat, prononc\u00e9 le samedi 6 juillet 2024 \u00e0 Niamey, \u00e0 l\u2019ouverture du 1er Sommet des Chefs d\u2019Etat des pays membres de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel. <a href=\"https:\/\/www.presidencedufaso.com\">https:\/\/www.presidencedufaso.com<\/a><\/li>\n<li>Discours du Colonel Abdoulaye MAIGA, Ministre d\u2019\u00c9tat, Ministre de l\u2019Administration territoriale et de la D\u00e9centralisation, Porte-Parole du Gouvernement de la R\u00e9publique du Mali, \u00e0 l\u2019occasion du D\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral de la 79e session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies. New York, le 28 septembre 2024. <a href=\"http:\/\/www.gadebate.org\">www.gadebate.org<\/a><\/li>\n<li>Message \u00e0 la Nation du Pr\u00e9sident du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), Chef de l\u2019\u00c9tat, le G\u00e9n\u00e9ral de brigade Abdourahamane TIANI \/ 66<sup>\u00e8<\/sup> anniversaire de la proclamation de la R\u00e9publique du Niger, le 18 d\u00e9cembre 2024. <a href=\"https:\/\/www.actuniger.com\">https:\/\/www.actuniger.com<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/lucie-kengne-gatsing\">Lucie KENGNE GATSING<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;autrice est titulaire d\u2019un Doctorat\/PhD en Sciences du Langage, Litt\u00e9ratures et Cultures, sp\u00e9cialit\u00e9 Langue et Linguistique Fran\u00e7aises. Elle est Charg\u00e9e de cours au D\u00e9partement des Langues \u00c9trang\u00e8res Appliqu\u00e9es de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang, Cameroun. Elle est sp\u00e9cialiste d&rsquo;Analyse de discours et s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 la pragmatique. Elle a une passion pour l\u2019analyse du discours politique et le discours h\u00e9g\u00e9monique sur toutes ses formes en Afrique.  Elle est auteure de plusieurs articles scientifiques et des chapitres de livre. Elle participe r\u00e9guli\u00e8rement aux conf\u00e9rences nationales et internationales et autres rencontres scientifiques o\u00f9 la qu\u00eate du savoir est mobilis\u00e9e. Elle est membre des \u00e9quipes de recherche et des soci\u00e9t\u00e9s savantes notamment : Centre d\u2019\u00c9tudes et de Recherches en Espaces, Arts et Humanit\u00e9s (CEREAH) ; \u00c9quipe de Recherche sur les Arts et les Discours (ERADIS) ; Unit\u00e9 de Recherche, d\u2019\u00c9tudes Africaines et de la Diaspora (UREAD) ; African Pragmatics Association (APrA) ; Groupe d\u2019\u00c9tude et de Recherche sur la Colonisation et les Formes de Domination en Afrique (GERCO) ; R\u00e9seau Africain de Sociolinguistique (RAS) ; R\u00e9seau Africain d\u2019Analyse du Discours (RA2D).<br \/>\nContact : luciekengne76@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-2193-1\">Nous empruntons cette expression \u00e0 Edgar Morin, th\u00e9oricien de la crisologie qui a commis plusieurs ouvrages dans le domaine parmi lesquels <em>Pour une crisologie<\/em> publi\u00e9 en 2016. <a href=\"#return-footnote-2193-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-2\">Ces acteurs politiques ne sont pas choisis au hasard. En effet, l\u2019actualit\u00e9 politique en Afrique de l\u2019Ouest depuis 2021 est domin\u00e9e par des coups d\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition revendiqu\u00e9s par des militaires port\u00e9s \u00e0 la magistrature supr\u00eame de leurs \u00c9tats. Dans leurs postures de militaires-pr\u00e9sidents, ils tiennent des contre-discours porteurs d\u2019un imaginaire de souverainet\u00e9 et de justice sociale. Dans ce contexte de crise s\u00e9curitaire, d\u2019agressions ext\u00e9rieures multiformes, de tension avec la CEDEAO et autres formes d\u2019ing\u00e9rence, \u00e9merge une rh\u00e9torique de la rupture structur\u00e9e autour de la l\u00e9gitimation des acteurs politico-militaires et de la reconfiguration id\u00e9ologique. De ce fait, les productions discursives analys\u00e9es sont des discours institutionnels ritualis\u00e9s, prononc\u00e9s (par deux militaires-Pr\u00e9sidents (le Capitaine Ibrahim Traor\u00e9 et le G\u00e9n\u00e9ral Abdourahamane Tiani) et un porte-parole d\u2019un gouvernement militaire (Abdoulaye Maiga, en lieu et place du Colonel Asimi Goita)) \u00e0 des moments d\u00e9terminants de la vie d\u2019une nation (1er Sommet de l\u2019AES; 79\u00e8 Session de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU et le 66\u00e8 anniversaire de la proclamation de la R\u00e9publique). \u00c9tant donn\u00e9 que les trois discours des trois hommes d\u2019\u00c9tat sont des discours politiques, qu\u2019ils sont ancr\u00e9s dans une temporalit\u00e9 commune (2024) et une spatialit\u00e9 homog\u00e8ne (\u00c9tats du Sahel), alors ils satisfont aux trois crit\u00e8res de pertinence d\u2019un corpus notamment : la repr\u00e9sentativit\u00e9, l\u2019exhaustivit\u00e9 et l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Par ailleurs, en tant que discours officiels, ils sont l\u2019\u00e9manation des transcriptions officielles issues des sites officiels de la pr\u00e9sidence de chacun des pays (Burkina Faso, Mali, Niger). <a href=\"#return-footnote-2193-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-3\">Cette langue d\u2019expression est le Nguemba. Elle est parl\u00e9e par la communaut\u00e9 linguistique r\u00e9partie dans quatre d\u00e9partements de la r\u00e9gion de l\u2019Ouest au Cameroun, notamment : Bamendjou et Bam\u00e9ka (dans les Hauts-Plateaux), Bansoa (dans la Menoua), Bamougoum (dans la Mifi) et Bafounda (dans les Bamboutos). <a href=\"#return-footnote-2193-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-4\">Son discours du 6 juillet 2024 \u00e0 Niamey, \u00e0 l\u2019ouverture du 1er Sommet des Chefs d\u2019\u00c9tat des pays membres de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel. <a href=\"#return-footnote-2193-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-5\">Son discours du 28 septembre 2024 \u00e0 New York \u00e0 l\u2019occasion du D\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral de la 79<sup>e<\/sup> session ordinaire de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies. <a href=\"#return-footnote-2193-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-6\">. Son discours du 18 d\u00e9cembre 2024 \u00e0 l\u2019occasion du 66e anniversaire de la proclamation de la R\u00e9publique du Niger. <a href=\"#return-footnote-2193-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-7\">Dans la suite du raisonnement, les noms de ces locuteurs politiques seront abr\u00e9g\u00e9s entre parenth\u00e8ses comme suit : Ibrahim Traor\u00e9 = IT; Abdoulaye Maiga = AM et Abdourahamane = AT, apr\u00e8s les exemples illustratifs. <a href=\"#return-footnote-2193-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-8\">Il s\u2019agit du D\u00e9cret no2024-0500\/PRES-TRANS\/PM\/MATDS\/MFPTPS\/MCCAT du 06 mai 2024 du gouvernement du Burkina Faso qui consacre la date du 15 mai de chaque ann\u00e9e comme la Journ\u00e9e des Coutumes et Traditions (JCT). <a href=\"#return-footnote-2193-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-2193-9\">. Coop\u00e9ration Burkina Chine. [En ligne] Quotidien Sidwaya URL <a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\">https:\/\/www.sidwaya.info<\/a> (consult\u00e9 le 25 septembre 2O25); Accords Russie et Burkina. [En ligne] Scribd URL <a href=\"https:\/\/fr.scribd.com\">https:\/\/fr.scribd.com<\/a> (consult\u00e9 le 25 septembre 2O25) <a href=\"#return-footnote-2193-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["lucie-kengne-gatsing"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[630],"license":[],"class_list":["post-2193","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-afrique","motscles-discours-politique","motscles-positionnement","motscles-postcolonie","motscles-resistance","keywords-africa","keywords-political-discourse","keywords-positioning","keywords-postcolony","keywords-resistance","motscles-autre-afrika","motscles-autre-me-gha-de-sala-la","motscles-autre-ndjum-ne-ttchenteu","motscles-autre-ne-llo-tsu","motscles-autre-netang-e","contributor-lucie-kengne-gatsing"],"part":648,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2193","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":44,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2193\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2481,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2193\/revisions\/2481"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/648"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2193\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2193"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=2193"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=2193"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=2193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}