{"id":253,"date":"2023-07-05T15:16:52","date_gmt":"2023-07-05T13:16:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=253"},"modified":"2024-12-31T15:46:46","modified_gmt":"2024-12-31T14:46:46","slug":"nanourougo2023","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/nanourougo2023\/","title":{"rendered":"L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en discours : une ressource argumentative dans le discours de campagne&nbsp;?"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9flexion qui suit est construite autour de la notion d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 prise comme la qualit\u00e9 de ce qui est autre et reconnu comme tel dans son rapport avec un point de r\u00e9f\u00e9rence. Ce point de r\u00e9f\u00e9rence peut \u00eatre culturel, racial, langagier ou discursif. Quel que soit le domaine, elle est la manifestation d\u2019une identit\u00e9 remarquable qui rompt avec une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la r\u00e9flexion pr\u00e9sente est port\u00e9 sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans un contexte discursif et plus sp\u00e9cifiquement dans le discours de campagne \u00e9lectorale en C\u00f4te d\u2019Ivoire en 2010\u00a0: celui de Laurent Gbagbo.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le corpus de travail est constitu\u00e9 du propos liminaire lors de la conf\u00e9rence de presse qu\u2019il a anim\u00e9e apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t des dossiers de candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle le 16 octobre 2009 (D1), de son adresse \u00e0 la jeunesse lors du \u00ab\u00a0giga-meeting \u00bb au complexe sportif de Yopougon tenu le 31 octobre 2009 (D2), du discours prononc\u00e9 lors de la c\u00e9r\u00e9monie de la pr\u00e9sentation de son livre programme et du comit\u00e9 d\u2019experts de la campagne le 29 d\u00e9cembre 2009 (D3) \u00e0 Abidjan et de son intervention lors du rassemblement des Houphou\u00ebtistes pour\u00a0le dialogue \u00e0 Yamoussoukro, toujours en 2009 (D4).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019article pose que l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est inscrite dans la mat\u00e9rialit\u00e9 discursive par le recours au dialogisme (Bakhtine, 1978) comme c\u2019est le cas dans les discours de l\u2019espace public, et se propose de mettre en \u00e9vidence les formes de convocation de la qualit\u00e9 de ce qui est autre dans le discours \u00e9lectoral et les finalit\u00e9s de cette convocation dans un contexte de campagne.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude entend, \u00e0 partir d\u2019un outillage issu de la rh\u00e9torique argumentative (Perelman, 1958 ; Amossy, 2010), d\u00e9montrer que Laurent Gbagbo, personnalit\u00e9 politique ivoirienne, est un adepte de la technique du recours \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive sous la forme de l\u2019interdiscours et que cet interdiscours fait appel \u00e0 la doxa. Gr\u00e2ce \u00e0 cette technique de communication, l\u2019acteur politique, dans le cadre sp\u00e9cifique du discours \u00e9lectoral, entend s\u2019adapter \u00e0 son auditoire qu\u2019il envisage de persuader. L\u2019\u00e9tude note \u00e9galement qu\u2019il s\u2019appuie sur cette ressource discursive pour se pr\u00e9senter sous les meilleurs aspects, notamment celui d\u2019homme de la situation ou de leader proche des masses et accessible, sans toutefois oublier d\u2019user de cette m\u00eame modalit\u00e9 pour disqualifier ses adversaires dans la comp\u00e9tition pour le fauteuil pr\u00e9sidentiel ivoirien lors de l\u2019\u00e9lection de 2010.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive\u00a0: quel cadre d\u2019analyse\u00a0?<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La notion d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 prise dans un contexte discursif pourrait ramener, entre autre, \u00e0 la notion de dialogisme que Mikha\u00efl Bakhtine pr\u00e9sente en ses propres termes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aucun discours de la prose litt\u00e9raire \u2014 qu\u2019il soit quotidien, rh\u00e9torique, scientifique \u2014, ne peut manquer de s\u2019orienter dans le \u00ab d\u00e9j\u00e0-dit \u00bb, le \u00ab\u00a0connu \u00bb, l\u2019\u00ab opinion publique \u00bb, etc. L\u2019orientation dialogique du discours est, naturellement, un ph\u00e9nom\u00e8ne propre \u00e0 tout discours. C\u2019est la fixation naturelle de toute parole vivante. Sur toutes ses voies vers l\u2019objet, dans toutes les directions, le discours en rencontre un autre, \u00ab \u00e9tranger \u00bb, et ne peut \u00e9viter une action vive et intense avec lui (Bakhtine, 1978, p. 102).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce \u00ab d\u00e9j\u00e0-dit \u00bb, ce \u00ab connu \u00bb, cette \u00ab opinion publique \u00bb s\u2019inscrit dans le discours du locuteur sous la forme d\u2019un discours autre que son propre discours. C\u2019est \u00e0 ce niveau que r\u00e9side l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans la mesure o\u00f9 deux discours interagissent dans le m\u00eame \u00e9nonc\u00e9. Pour aller plus loin dans la compr\u00e9hension de cette interaction de discours, on peut interroger Aleksandra Nowakowska et Jean-Marc Sarale qui proposent un dialogisme \u00e0 deux facettes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogisme, ce \u00ab dialogue interne \u00bb, pr\u00e9sente au moins deux facettes : le \u00ab dialogisme interdiscursif \u00bb \u2014 interaction des discours entre eux, au sens o\u00f9 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 interagit avec des \u00e9nonc\u00e9s imput\u00e9s \u00e0 un tiers ou \u00e0 un collectif anonyme \u2014 et le \u00ab dialogisme interlocutif \u00bb \u2014 interaction, r\u00e9troactive ou anticipative, de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 avec des \u00e9nonc\u00e9s imput\u00e9s \u00e0 l\u2019interlocuteur. Ces deux types de dialogisme sont en relation de continuit\u00e9 ; ils restent le plus souvent li\u00e9s, dans le feuilletage \u00e9nonciatif dialogique. Et, si l\u2019on convient que l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9nonciation \u00e0 travers les traces qu\u2019elle laisse dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u2019entra\u00eene nulle confusion entre l\u2019activit\u00e9 et son produit, alors l\u2019\u00e9tude du dialogisme \u00e0 travers les feuilletages \u00e9nonciatifs n\u2019implique pas de glissement de l\u2019activit\u00e9 discursive au produit de celle-ci (Nowakowska et Sarale, 2011, p. 13).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces diff\u00e9rents propos r\u00e9v\u00e8lent clairement deux variantes du dialogisme, \u00e0 savoir le dialogisme interdiscursif et le dialogisme interlocutif qui constituent l\u2019essence du dialogisme selon la pens\u00e9e de Bakhtine. En consid\u00e9rant le dialogisme comme une manifestation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive, il se pose, d\u00e8s lors, des questions relatives aux modalit\u00e9s d\u2019inscription de cette alt\u00e9rit\u00e9 dans la mat\u00e9rialit\u00e9 discursive. Sur la base de ces approches d\u00e9finitionnelles, il est possible de d\u00e9gager deux formes de dialogisme susceptibles d\u2019interagir dans un corpus. En discours, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive peut se manifester de mani\u00e8re explicite. Dans ce cas, le locuteur rapporte des propos tenus ant\u00e9rieurement par lui-m\u00eame ou par un tiers. On parle alors de discours rapport\u00e9 qui\u00a0d\u00e9signe l\u2019op\u00e9ration qui consiste \u00e0 repr\u00e9senter un discours autre et non ce discours autre lui-m\u00eame. On sera donc amen\u00e9 \u00e0 distinguer l\u2019acte (ou discours) rapportant de l\u2019acte rapport\u00e9 ou discours autre. On parlera \u00e9galement du locuteur rapportant\/rapport\u00e9 ou autre, de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 rapportant\/rapport\u00e9 ou autre, etc. (Von\u00a0M\u00fcnchow, 2004).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive peut \u00e9galement se manifester de mani\u00e8re implicite comme c\u2019est le cas avec l\u2019interdiscours. Cette notion d\u00e9crit le fait qu\u2019un discours est tributaire d\u2019un environnement dont il \u00e9pouse\/conteste les contours, les formulations ou perceptions des choses. Dans ce jeu d\u2019interactions, les repr\u00e9sentations, croyances et opinions communes sont mises en avant. On dira alors que l\u2019interdiscours ram\u00e8ne au discours ambiant qui circule dans un milieu donn\u00e9. Cela ne manque pas d\u2019appeler \u00e0 l\u2019esprit la notion de doxa qui<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">constitue une dimension intrins\u00e8que du dialogisme interdiscursif : la relation que tout \u00e9nonc\u00e9 entretient avec les \u00e9nonc\u00e9s ant\u00e9rieurs marque l\u2019all\u00e9geance de la parole \u00e0 la doxa, c\u2019est-\u00e0-dire aux repr\u00e9sentations, opinions, croyances communes... C\u2019est dire que la doxa introduit l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame de ma parole : le discours diffus et anonyme du On est en moi, il me constitue, et je peux tout au plus en prendre conscience et me d\u00e9battre avec lui sans jamais parvenir \u00e0 une utopique ext\u00e9riorit\u00e9 (comme l\u2019avaient bien vu Flaubert, et apr\u00e8s lui, Barthes). Que le d\u00e9j\u00e0-dit et le d\u00e9j\u00e0 su s\u2019inscrivent n\u00e9cessairement dans la langue ne signifie pas qu\u2019ils constituent un point de vue attribuable \u00e0 un \u00e9nonciateur : ils ne deviennent une voix que s\u2019ils sont exhib\u00e9s et donn\u00e9s \u00e0 entendre comme le discours de l\u2019autre (Amossy 2005, p. 66).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en discours se manifeste clairement, selon Ruth Amossy, \u00e0 travers la doxa. La question qui se pose est celle des marqueurs linguistiques qui l\u2019exemplifient en contexte. Amossy propose de se r\u00e9f\u00e9rer au soubassement doxique des discours. Ce soubassement doxique se manifeste dans des formes lexicales particuli\u00e8res qui soulignent la collectivit\u00e9 d\u2019une opinion. Ces expressions et formes lexicales rappellent un savoir et des \u00e9l\u00e9ments culturels partag\u00e9s par les entit\u00e9s impliqu\u00e9es dans une situation de communication. Ainsi, un locuteur donn\u00e9, en recourant \u00e0 des expressions et formes lexicales comme \u00ab\u00a0les gens disent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les gens pensent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on dit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ils croient\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tout le monde sait\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0il se dit que\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0j\u2019entends dire que\u00a0\u00bb, convoque dans son discours un \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0-dit\u00a0\u00bb qui rel\u00e8ve de la doxa. En outre, l\u2019utilisation de certains d\u00e9terminants d\u00e9finis en contexte r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un savoir que le locuteur suppose pr\u00e9sent dans l\u2019esprit de son interlocuteur. Enfin, la d\u00e9locutivit\u00e9 du discours permet au locuteur de souligner le caract\u00e8re collectif ou g\u00e9n\u00e9ral d\u2019un point de vue, d\u2019une opinion.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il nous revient, dans l\u2019analyse qui va suivre, de rechercher les traces de dialogisme pris comme manifestation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en discours et dont le discours rapport\u00e9 et l\u2019interdiscours constituent des modalit\u00e9s d\u2019expression. Ce travail se fera \u00e0 partir d\u2019un corpus de discours prononc\u00e9s par Laurent Gbagbo dans le cadre de la pr\u00e9campagne de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2010. Il faut dire que cette \u00e9lection est intervenue apr\u00e8s celle de l\u2019ann\u00e9e 2000 remport\u00e9e par Laurent Gbagbo. Aussi, l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle ivoirienne de 2010 avait-elle \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme une \u00e9lection de sortie de la crise politico-militaire d\u00e9clench\u00e9e en septembre 2002, et qui avait eu pour corollaire la partition du pays. De nombreux accords de sortie de crise avaient permis d\u2019arriver \u00e0 cette pr\u00e9campagne dans laquelle s\u2019\u00e9taient affront\u00e9s les principaux leaders politiques du pays. C\u2019\u00e9taient, outre Laurent Gbagbo, pr\u00e9sident en exercice \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Konan B\u00e9di\u00e9 et Alassane Ouattara.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Konan B\u00e9di\u00e9 est un ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny en 1993, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu en 1995, et renvers\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat militaire en d\u00e9cembre 1999. Revenu d\u2019exil, il a r\u00e9organis\u00e9 son parti, le PDCI RDA, et s\u2019est mis \u00e0 la reconqu\u00eate de la pr\u00e9sidence. Alassane Ouattara fut \u00e9galement collaborateur d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny et son unique Premier ministre. \u00c0 la mort d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny, il perd la bataille pour la succession face \u00e0 Konan B\u00e9di\u00e9. Il part travailler au FMI avant de revenir prendre la t\u00eate d\u2019un parti politique, le Rassemblement des R\u00e9publicains (RDR). Konan B\u00e9di\u00e9 et Alassane Ouattara revendiquent tous les deux l\u2019h\u00e9ritage d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny. Rest\u00e9s longtemps en conflit ouvert, ils vont finir par se rapprocher, et de ce rapprochement va na\u00eetre une alliance politique qui va se donner pour finalit\u00e9 de combattre d\u00e9mocratiquement le pr\u00e9sident en exercice, c\u2019est-\u00e0-dire Laurent Gbagbo.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce dernier, opposant historique \u00e0 Houphou\u00ebt-Boigny, a \u00e9t\u00e9 de tous les combats pour l\u2019av\u00e8nement du multipartisme en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Ancien syndicaliste, il cultive une rh\u00e9torique de lib\u00e9ration des peuples africains de l\u2019imp\u00e9rialisme occidental, choix id\u00e9ologique qui le conduira \u00e0 un leadership de proximit\u00e9 teint\u00e9 de nationalisme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On ne peut oublier Guillaume Soro, personnalit\u00e9 politique qui a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans la crise militaro-politique ivoirienne. Ancien de la F\u00e9d\u00e9ration Estudiantine et Scolaire de C\u00f4te d\u2019Ivoire dont il fut l\u2019un des plus charismatiques secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux, Guillaume Soro fut tr\u00e8s proche de Gbagbo avant de basculer dans le camp Ouattara, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. En 2002, il se signale \u00e0 la t\u00eate de la r\u00e9bellion venue du nord pour renverser Laurent Gbagbo. Mais, \u00e0 la suite de plusieurs accords entre les parties bellig\u00e9rantes, sous les auspices de divers m\u00e9diateurs, Laurent Gbagbo nomme Guillaume Soro Premier ministre en 2007, avec pour mission de sortir la C\u00f4te d\u2019Ivoire de la crise militaro-politique et cela, par l\u2019organisation d\u2019\u00e9lections justes, transparentes et inclusives. Vu l\u2019enjeu de ces \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2010, le contexte de la pr\u00e9campagne va donner lieu \u00e0 la tenue de plusieurs discours dont quelques-uns de Laurent Gbagbo constituent ici le corpus d\u2019illustration de notre propos.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le corpus<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux travaux de Bakhtine (Bakhtine 1978), l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en discours se manifeste par la pr\u00e9sence d\u2019un discours au sein d\u2019un autre discours. La repr\u00e9sentation d\u2019un discours dans le discours sous une forme explicite ou implicite se manifeste de diverses mani\u00e8res dans le corpus de cette \u00e9tude.<\/p>\r\n\r\n<h3>Les formes du discours rapport\u00e9 dans le corpus<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re manifestation explicite d\u2019un discours diff\u00e9rent de celui du locuteur est le discours rapport\u00e9 ou discours repr\u00e9sent\u00e9. La r\u00e8gle ici est qu\u2019au moins deux discours sont mis en rapport, ench\u00e2ss\u00e9s. L\u2019id\u00e9e est qu\u2019un discours tenu comprend un autre discours qui se distingue du premier par la source \u00e0 laquelle le second est attribu\u00e9. La notion de discours rapport\u00e9 recouvre plusieurs formes dont l\u2019auto-citation, la citation d\u2019un propos attribu\u00e9 \u00e0 un locuteur clairement identifi\u00e9 et la reprise, par le moyen des verbes de parole, de pens\u00e9e ou de croyances d\u2019opinion plut\u00f4t collective.<\/p>\r\n\r\n<h4>L\u2019autocitation<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019autocitation simple consiste, chez un locuteur, en la reprise explicite, dans une situation d\u2019\u00e9nonciation sp\u00e9cifique, de propos ant\u00e9rieurement \u00e9nonc\u00e9s par lui-m\u00eame. Une variante de l\u2019autocitation chez Laurent Gbagbo est la reprise de sa conversation avec des personnalit\u00e9s du champ politique ou artistique ivoirien. L\u2019extrait suivant illustre cette forme de citation\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019abord, permettez-moi de saluer des personnalit\u00e9s que je n\u2019attendais pas et qui sont l\u00e0. Il y en a que j\u2019attendais, parce que je leur ai pass\u00e9 un coup de fil. Je voudrais saluer d\u2019abord notre \u00ab\u00a0Jagger\u00a0\u00bb, Alpha Blondy. On dit d\u2019Alpha Blondy qu\u2019il est fou. Il n\u2019est pas du tout fou. Un jour, \u00e0 Yamoussoukro, mes plus proches collaborateurs m\u2019ont annonc\u00e9 ceci : \u00ab\u00a0Alpha Blondy est venu vous voir\u00a0\u00bb. J\u2019ai r\u00e9pliqu\u00e9 : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019il veut ?\u00a0\u00bb, ils m\u2019ont r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Il veut vous voir\u00a0\u00bb. Je leur ai dit\u00a0: \u00ab\u00a0Faites-le venir pour qu\u2019on discute\u00a0\u00bb. Il est venu, on a d\u00een\u00e9. Apr\u00e8s le d\u00eener, je lui ai pos\u00e9 la question suivante : \u00ab Alpha, qu\u2019est ce qui se passe ?\u00a0\u00bb Sa r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 la suivante : \u00ab\u00a0Pour mettre fin \u00e0 la crise, il faut vous lever. Il faut aller prendre Soro[footnote]Guillaume Soro, Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral des Forces Nouvelles.[\/footnote]. Vous vous enfermez dans une salle pour discuter, jusqu\u2019\u00e0 ce que vous trouviez une solution\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait apr\u00e8s qu\u2019Amani N\u2019Guessan[footnote]Ministre de la D\u00e9fense[\/footnote] m\u2019ait dit la m\u00eame chose ; mais, avant que D\u00e9sir\u00e9 Tagro[footnote]Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur[\/footnote] n\u2019ait commenc\u00e9 les n\u00e9gociations (Discours de pr\u00e9sentation du livre-programme et du comit\u00e9 d\u2019experts de la campagne, 29 d\u00e9cembre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat de l\u2019ench\u00e2ssement de plusieurs discours dans le m\u00eame propos est \u00e9vident. En m\u00eame temps qu\u2019il cite ses propos ant\u00e9rieurs (J\u2019ai r\u00e9pliqu\u00e9 : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019il veut ?\u00a0\u00bb), il fait mention de ceux de ses \u00ab\u00a0plus proches collaborateurs\u00a0\u00bb mais \u00e9galement les propos de l\u2019artiste Alpha Blondy (Sa r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 la suivante : \u00ab\u00a0Pour mettre fin \u00e0 la crise, il faut vous lever. Il faut aller prendre Soro. Vous vous enfermez dans une salle pour discuter, jusqu\u2019\u00e0 ce que vous trouviez une solution\u00a0\u00bb). Le locuteur repr\u00e9sente, dans son \u00e9nonciation, une pluralit\u00e9 de sources \u00e9nonciatives.<\/p>\r\n\r\n<h4>La citation<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le principe ici est que le locuteur cite explicitement, rapporte des propos attribu\u00e9s \u00e0 un tiers identifiable. Dans le cas sp\u00e9cifique du corpus d\u2019\u00e9tude, le locuteur Laurent Gbagbo cite des discours de personnalit\u00e9s nationales comme Houphou\u00ebt-Boigny\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je vais vous citer deux passages de deux textes d\u2019Houphou\u00ebt, deux discours. Il y a des discours dont on parle beaucoup. Je vais vous lire seulement le premier paragraphe du discours d\u2019Houphou\u00ebt \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale Fran\u00e7aise, pour la suppression du travail forc\u00e9 :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Mesdames et messieurs \u2013 c\u2019est Houphou\u00ebt qui parle le 30 mars 1946 \u2013 c\u2019est en Hommes Libres que nous entendons entrer librement dans l\u2019Union Fran\u00e7aise. Or, nous ne sommes pas tous libres. Le travail forc\u00e9, cette survivance de la corv\u00e9e autrefois si d\u00e9cri\u00e9e en France, auquel nous demeurons assujettis, fera de nous des esclaves dans l\u2019Union, s\u2019il n\u2019est pas aboli au pr\u00e9alable. Il ne saurait y avoir dans l\u2019Union Fran\u00e7aise, des Ma\u00eetres et des Esclaves. Mais, des a\u00een\u00e9s et des cadets d\u2019une m\u00eame et grande famille ; des cadets respectueux de l\u2019\u00e2ge, reconnaissants des grands, des services rendus ; des a\u00een\u00e9s soucieux de faire rattraper aux cadets, l\u2019avance prise sur eux dans le difficile chemin de la Libert\u00e9 et de la Civilisation \u00bb (Discours tenu lors du rassemblement de l\u2019Union des Houphou\u00ebtistes pour le dialogue. Yamoussoukro, 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces cas pr\u00e9cis, le locuteur Laurent Gbagbo c\u00e8de la parole au locuteur cit\u00e9 par le recours explicite au style direct. La responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative revient donc au locuteur cit\u00e9 m\u00eame si l\u2019ensemble du discours reste mis en sc\u00e8ne par le locuteur citant \u00e0 qui incombe la libert\u00e9 de choisir le segment voulu en fonction de ses attentes.<\/p>\r\n\r\n<h3>Les formes indirectes du discours rapport\u00e9 : le tiers parlant<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les formes indirectes du discours rapport\u00e9 sont ins\u00e9r\u00e9es dans les propos de Laurent Gbagbo \u00e0 travers les verbes d\u2019opinion et de pens\u00e9e. Cette variante rappelle la notion de \u00ab tiers parlant \u00bb que Marie-Anne Paveau emprunte \u00e0 Peytard et qu\u2019elle d\u00e9finit comme suit : \u00ab J'entends par \u201ctiers-parlant\u201d un ensemble ind\u00e9fini d'\u00e9nonc\u00e9s pr\u00eat\u00e9s \u00e0 des \u00e9nonciateurs, dont la trace est manifest\u00e9e par : \u201cles gens disent que..., on dit que..., on pr\u00e9tend que..., mon ami m'a dit que...\u201d). \u00c9nonc\u00e9s qui appartiennent \u00e0 la <em>masse interdiscursive<\/em>, \u00e0 laquelle empruntent les agents de l'\u00e9change verbal pour densifier leurs propos<span style=\"color: #000000\">\u00a0\u00bb (Paveau 2014, p. 113).<\/span><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces locutions introductives de paroles, de pens\u00e9es ou de croyances permettent de signaler des opinions, pens\u00e9es ou croyances attribu\u00e9es \u00e0 une collectivit\u00e9 dont le locuteur se d\u00e9marque\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est pourquoi, tous les Ivoiriens et tous ceux qui vivent en C\u00f4te d\u2019Ivoire, doivent mesurer la port\u00e9e historique de cette \u00e9lection, pas seulement pour le fait de changer les Institutions et de choisir de nouveaux hommes, mais v\u00e9ritablement, pour le fait que nous changeons d\u2019\u00e9poque. Et, il nous faut changer d\u2019\u00e9poque. Il nous faut sortir de l\u2019\u00e8re o\u00f9 on s\u2019est amus\u00e9 et o\u00f9 on a pens\u00e9 qu\u2019avec les coups d\u2019\u00c9tat, on pouvait changer des r\u00e9gimes. Non ! Les gens ont cru qu\u2019avec la mort d\u2019Houphou\u00ebt, le pouvoir \u00e9tait suffisamment fragile et faible pour armer quelques jeunes gens et venir s\u2019emparer du pouvoir et de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Je veux dire aujourd\u2019hui qu\u2019il n\u2019est pas possible que je ne me batte pas contre de telles pratiques. Et contre ceux qui croient que quelques fusils peuvent changer le cours de l\u2019histoire de la C\u00f4te d\u2019Ivoire (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le locuteur fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une opinion ou une croyance par le moyen des verbes d\u2019opinion <em>penser<\/em> et <em>croire<\/em>. La g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de cette croyance ou opinion est sugg\u00e9r\u00e9e par l\u2019expression <em>les<\/em> <em>gens<\/em> comme agent du verbal <em>penser<\/em> et le pronom <em>ceux<\/em> agent du verbal <em>croire<\/em>. Ce en quoi \u00ab\u00a0les gens croient\u00a0\u00bb ou la pens\u00e9e \u00ab\u00a0des gens\u00a0\u00bb ram\u00e8ne \u00e0 une forme de la doxa en cours. Cette opinion commun\u00e9ment admise \u00e0 un moment donn\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne signale le recours \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans le discours de Laurent Gbagbo. Dans le contexte ivoirien, les ann\u00e9es 2000 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par l\u2019irruption des armes dans la conqu\u00eate du pouvoir avec une succession de coups d\u2019\u00c9tat puis une r\u00e9bellion arm\u00e9e \u00e0 partir de 2002. Cette propension au recours aux armes est n\u00e9cessairement fond\u00e9e sur une opinion de ceux qui le font. Il s\u2019agit d\u2019une opinion sur les modalit\u00e9s de d\u00e9volution du pouvoir \u00e0 laquelle le locuteur se r\u00e9f\u00e8re.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la m\u00eame dynamique, lorsqu\u2019il utilise la construction verbale <em>entendre dire<\/em>, il fait mention d\u2019un discours, d\u2019une opinion qui circule comme mentionn\u00e9 ci-dessous\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Donc, je ne vous envoie pas en mission pour insulter les gens ; parce que c\u2019est celui qui n\u2019a rien \u00e0 dire qui insulte. Quand j\u2019entends certaines personnes dire que les gens du Gouvernement actuel volent, cela ne vous fait pas piti\u00e9 ? Est-ce que ce n\u2019est pas \u00ab\u00a0pitiant\u00a0\u00bb ? J\u2019entends certaines personnes qu\u2019on voit ici, qui disent : \u00ab\u00a0oui, les gens volent\u00a0\u00bb. C\u2019est vrai on est \u00e0 la maison, donc, on peut se taquiner ; chacun peut taquiner un peu l\u2019autre et puis chacun peut attaquer un peu l\u2019autre. Mais, quand tu es le Chef d\u2019une chose et toi tu viens me dire que je suis comme toi !!!<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chers amis, nous sommes venus discuter entre nous, mais comme la campagne approche, je voudrais dire deux mots sur des phrases que j\u2019entends ici et l\u00e0. Il y a des candidats qui disent : \u00ab\u00a0Il ne faudra pas vous laisser \u00e9liminer des listes \u00e9lectorales\u00a0\u00bb. Je voudrais r\u00e9pondre que ce n\u2019est pas moi qui ai \u00e9t\u00e9 chercher la SAGEM. Ce sont ceux qui n\u2019ont pas confiance en leur pays qui sont all\u00e9s chercher une structure priv\u00e9e \u00e9trang\u00e8re (Discours de pr\u00e9sentation du livre programme, 29 D\u00e9cembre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette cat\u00e9gorie permet au locuteur d\u2019\u00e9voquer des opinions sans faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leurs auteurs explicites. Cependant, dans le contexte ivoirien, l\u2019auditoire devine ais\u00e9ment ceux \u00e0 qui il fait allusion. Par exemple, dans la s\u00e9quence reprise ci-dessous, il aborde l\u2019opinion qui circule sur la \u00ab\u00a0trahison de Guillaume Soro\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, il y a des gens qui se l\u00e8vent et qui s\u2019attaquent \u00e0 Soro Guillaume. On l\u2019accuse d\u2019\u00eatre tra\u00eetre. Ah bon ! Qui a-t-il trahi ? Moi, apr\u00e8s l\u2019Accord de Ouagadougou que j\u2019ai sign\u00e9 avec Soro Guillaume, je lui ai propos\u00e9 le poste de Premier Ministre, il a accept\u00e9. On avait un programme, c\u2019est de ramener la paix et de faire les \u00e9lections. Certains qui n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas pr\u00e9sents en ce moment, se l\u00e8vent et disent : \u00ab Soro Guillaume est un tra\u00eetre ! \u00bb Mais qui a-t-il trahi ? Par quel contrat \u00e9tait-il li\u00e9 \u00e0 eux ? Il faut qu\u2019ils le disent (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un discours qui a fait son chemin entre 2007 et 2010. Cette p\u00e9riode marque la nomination de Guillaume Soro, alors chef rebelle, au poste de Premier Ministre par Laurent Gbagbo. Cette nomination a engendr\u00e9 des m\u00e9contentements dans les rangs de la r\u00e9bellion et de l\u2019opposition politique d\u2019alors. Et le chef rebelle a vite \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 (jamais officiellement) de trahison. Cette opinion, que le locuteur Laurent Gbagbo mentionne par le moyen du verbe de parole <em>dire<\/em> dans son propos, a circul\u00e9 dans le corps social ivoirien.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>L\u2019interdiscours dans le corpus<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interdiscours ram\u00e8ne, dans une certaine mesure, au discours ambiant admis par la communaut\u00e9 comme circulant mais non attribu\u00e9 \u00e0 un auteur identifi\u00e9. C\u2019est donc un discours tr\u00e8s souvent g\u00e9n\u00e9ral qui souligne les croyances, les opinions et autres certitudes d\u2019un groupe donn\u00e9 qu\u2019un locuteur convoque par divers moyens linguistiques. Dans le discours de Laurent Gbagbo, diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments soulignent la pr\u00e9sence de ce discours collectif qui prend plusieurs formes.<\/p>\r\n\r\n<h3>L\u2019interdiscours implicit\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En premier lieu, il faut noter une forme d\u2019interdiscours sous-jacente qui joue sur les implicites c\u2019est-\u00e0-dire des contenus susceptibles d\u2019\u00eatre d\u00e9gag\u00e9s \u00e0 partir d\u2019\u00e9nonc\u00e9s donn\u00e9s. Dans le corpus, cette forme peut \u00eatre illustr\u00e9e avec l\u2019usage de la contradiction voire de la d\u00e9n\u00e9gation dans l\u2019extrait suivant\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chers jeunes, regardez bien la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il y en a qui vont \u00e0 l\u2019\u00e9cole qui ont la Licence, le Doctorat, l\u2019Agr\u00e9gation, mais il n\u2019y a pas que cela sur la terre ! Regardez la C\u00f4te d\u2019Ivoire ! Sansan Kouao[footnote]Riche planteur.[\/footnote] n\u2019a pas le CEPE, mais il a plein d\u2019argent ! Regardez Bl\u00e9hou\u00e9 Aka d\u2019Aboisso[footnote]Riche planteur.[\/footnote]. Il a 1000 hectares d\u2019h\u00e9v\u00e9a ; 600 hectares de Cacao ; 400 hectares de Caf\u00e9. Lui, il ne demande rien \u00e0 personne. Il n\u2019emprunte rien \u00e0 aucune Banque. J\u2019ai dit Sansan Kouao, Bl\u00e9hou\u00e9 Aka ; je dis aussi Yao Fils Pascal ; Brou Adou. Regardez Singo Maniga[footnote]Riches planteurs.[\/footnote] ! Il y a partout des gens qui s\u2019enrichissent sans avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Nous allons construire des \u00e9coles pour que les jeunes sachent lire, \u00e9crire, signer, parler avec les banques. Mais il n\u2019y a pas que les dipl\u00f4mes qui donnent de l\u2019argent. Regardez Ouattara Zanga, Pr\u00e9sident du Conseil G\u00e9n\u00e9ral de Ferk\u00e9ss\u00e9dougou ! Il a un ch\u00e2teau \u00e0 Pogo. Ouattara Zanga, je l\u2019ai connu dans l\u2019arm\u00e9e. Il n\u2019est pas docteur, il n\u2019est pas agr\u00e9g\u00e9, mais il a l\u2019argent (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le retour r\u00e9gulier de la conjonction <em>mais<\/em> permet d\u2019introduire une id\u00e9e contraire \u00e0 une autre d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e\u00a0ou bien sous-entendue. Dans le discours de Gbagbo, cette conjonction marque une interaction entre son opinion (ce n\u2019est pas l\u2019\u00e9cole seulement qui assure le succ\u00e8s ou la r\u00e9ussite sociale) avec une doxa largement partag\u00e9e qui lie la fortune aux dipl\u00f4mes de l\u2019enseignement classique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a certes une doxa qui se signale dans ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments soulign\u00e9s dans le discours de Laurent Gbagbo. Incrust\u00e9e dans le discours par divers proc\u00e9d\u00e9s et outils linguistiques, cette doxa se particularise cependant par le fait qu\u2019elle n\u2019a pas l\u2019assentiment du locuteur qui s\u2019en d\u00e9marque. Cette relation de distanciation d\u2019avec cette opinion collective permet de parler d\u2019interdiscours contest\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h3>Les formes de l\u2019interdiscours reprenant les opinions collectives<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le locuteur Laurent Gbagbo a aussi recours \u00e0 une forme d\u2019interdiscours plus g\u00e9n\u00e9rale introduite, entre autre, par le pronom ind\u00e9fini <em>on<\/em>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Troisi\u00e8mement, il faut dire aux jeunes que nous avons \u00e9t\u00e9 ensemble depuis longtemps, depuis toujours. On dit que c\u2019est moi qui ai lutt\u00e9 pour la D\u00e9mocratie ; mais je n\u2019aurais pas pris les cl\u00e9s sans les jeunes ! Toutes les manifestations, toutes les marches, tous les meetings ici et ailleurs, ce sont les jeunes qui les ont men\u00e9s ! Tous les combats, en 1990, en 1992, ce sont les jeunes (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pronom ind\u00e9fini <em>on<\/em> ram\u00e8ne dans cette utilisation \u00e0 <em>tout le monde<\/em>. Il marque un effet de g\u00e9n\u00e9ralisation, signale une opinion collective qui, en g\u00e9n\u00e9ral, court dans les maximes, les dictons, les proverbes et l\u2019ensemble des locutions et expressions signalant des opinions ou croyances \u00e0 valeur de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ou \u00e9videntielle. Le pronom <em>on<\/em> constitue, dans ces cas sp\u00e9cifiques, un marqueur de la doxa dans le discours du locuteur ce qui en fait une marque de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autres ressources langagi\u00e8res signalent le discours dont le locuteur n\u2019est pas la source. On citera, entre autre, des expressions comme <em>tout le monde sait<\/em>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La deuxi\u00e8me id\u00e9e forte, c\u2019est que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 Candidat en 1990. Pour des raisons que tout le monde sait, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 Candidat en 1995 ; mais, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 Candidat en 2000. C\u2019est donc pour la troisi\u00e8me fois que je suis Candidat. Depuis 1990, je vous propose inlassablement des r\u00e9formes sociales en profondeur pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Certains adverbes comme <em>\u00e9videmment<\/em>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous allons aussi, au niveau de l\u2019\u00c9conomie, d\u00e9velopper les Mines, l\u2019Energie, etc. Nous avons beaucoup de richesses mini\u00e8res en C\u00f4te d\u2019Ivoire\u00a0; mais, \u00e9videmment, nous ne pouvons pas aller plus loin dans un pays en guerre. Nous ne pouvons pas avoir des discussions approfondies tant que ce pays est en guerre (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux verbes de modalit\u00e9s surtout la modalit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique (<em>savoir<\/em>), d\u00e9ontique (<em>devoir<\/em>), volitive (<em>pouvoir<\/em>)\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On pouvait se contenter d\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9reux et r\u00e9gler les probl\u00e8mes en 1960.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, il faut mettre en place une politique sociale hardie. C\u2019est pourquoi, entre autres choses, je vous avais propos\u00e9 la D\u00e9centralisation, l\u2019\u00c9cole Gratuite et l\u2019Assurance Maladie Universelle (AMU). \u00c0 cause de la guerre survenue en septembre 2002, nous n\u2019avons pas pu appliquer tout ce programme (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces diff\u00e9rentes s\u00e9quences, l\u2019interdiscours s\u2019incruste subtilement dans les propos du locuteur sous la forme d\u2019un savoir, d\u2019une \u00e9vidence, une donn\u00e9e ind\u00e9pendante de lui. Il s\u2019agit d\u2019une connaissance \u00e9prouv\u00e9e qui s\u2019impose d\u2019elle-m\u00eame. Ainsi, lorsqu\u2019il expose sur l\u2019accession \u00e0 la pr\u00e9sidence en disant qu\u2019\u00ab en droit, tout le monde peut \u00eatre Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ; tous les Ivoiriens sont \u00e9gaux, en droit, et peuvent donc \u00eatre Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Mais, en politique, n\u2019importe qui ne devient pas Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. En politique, n\u2019importe qui ne devient pas Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, alors qu\u2019en droit, tout le monde a les m\u00eames droits \u00bb,\u00a0il proc\u00e8de \u00e0 une d\u00e9claration \u00e9pist\u00e9mique qui s\u2019appuie non pas sur sa volont\u00e9 mais plut\u00f4t sur la r\u00e9alit\u00e9 des choses. C\u2019est donc la voie de l\u2019exp\u00e9rience collective qui fait \u00e9cho dans le propos du locuteur m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019une strat\u00e9gie pour faire accepter une opinion personnelle plac\u00e9e sous le couvert de l\u2019universalit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, il y a lieu de signaler l\u2019utilisation de l\u2019article d\u00e9fini <em>le<\/em> pour accompagner le substantif <em>combat<\/em> dans la s\u00e9quence suivante\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chers Amis, je termine en disant donc que je suis Candidat. Je suis Candidat pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Je suis Candidat pour les Ivoiriens et les Ivoiriennes. Je suis Candidat pour continuer le combat que nous avons commenc\u00e9. Je suis Candidat pour continuer le combat que nos parents ont commenc\u00e9 depuis les ann\u00e9es 40 et que certains ont abandonn\u00e9. Je suis Candidat pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Le combat a commenc\u00e9, en avant ! (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet extrait du discours de Laurent Gbagbo lors du d\u00e9p\u00f4t de sa candidature est remarquable par la r\u00e9p\u00e9tition du groupe nominal <em>le combat<\/em>. L\u2019article d\u00e9fini suppose que l\u2019auditoire conna\u00eet le combat dont il est question. Il y a donc un savoir commun qui est convoqu\u00e9. Dans le contexte ivoirien, r\u00e9f\u00e9rence est faite \u00e0 la lutte contre la colonisation mais \u00e9galement \u00e0 la lutte pour l\u2019instauration du multipartisme dont Laurent Gbagbo fut un artisan de premier niveau. La doxa qui a cours dans son propos est incontestablement celle du combat permanent pour la lib\u00e9ration de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il s\u2019agit d\u2019une opinion partag\u00e9e selon laquelle la lib\u00e9ration des pays africains n\u2019est pas effective. Ceux-ci seraient toujours domin\u00e9s par les pays Occidentaux et les anciennes puissances coloniales \u00e0 travers le n\u00e9ocolonialisme.<\/p>\r\n\r\n<h2><strong>Les implications de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive chez Laurent Gbagbo<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce travail descriptif a permis d\u2019\u00e9tablir que le discours de Laurent Gbagbo n\u2019est pas clos sur lui-m\u00eame. Mieux, il est au centre d\u2019une multitude de relations dialogiques aussi bien avec les discours des autres acteurs du champ politique qu\u2019avec le discours ambiant. Il est donc pertinent de rechercher les vis\u00e9es de cette interaction, de ce recours \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans le discours de pr\u00e9campagne domin\u00e9 par la comp\u00e9tition, la n\u00e9cessit\u00e9 de rallier l\u2019\u00e9lectorat et de discr\u00e9diter les potentiels adversaires. D\u00e8s lors, la citation, le discours rapport\u00e9 et l\u2019\u00e9vocation de l\u2019interdiscours vont au-del\u00e0 de la relation du point de vue exprim\u00e9 par la source cit\u00e9e. Ces \u00e9l\u00e9ments sont mobilis\u00e9s dans une perspective argumentative de l\u00e9gitimation de soi ou de d\u00e9l\u00e9gitimation de l\u2019autre avec le recours \u00e0 la modalit\u00e9 pol\u00e9mique. Ils servent, en outre, en tant qu\u2019argument d\u2019autorit\u00e9, \u00e0 \u00e9tablir la validit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation du journaliste.<\/p>\r\n\r\n<h3>La citation chez Laurent Gbagbo : de l\u2019argument par le mod\u00e8le \u00e0 l\u2019adaptation \u00e0 l\u2019auditoire<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019Aristote \u00e0 Ruth Amossy en passant par Cha\u00efm Perelman, il est \u00e9tabli que l\u2019entreprise de persuasion exige une adaptation \u00e0 l\u2019auditoire. Le locuteur Laurent Gbagbo ne d\u00e9roge pas \u00e0 ce principe. En t\u00e9moigne sa r\u00e9f\u00e9rence constante \u00e0 Houphou\u00ebt-Boigny qu\u2019il cite et auquel il s\u2019identifie dans l\u2019extrait suivant :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut que les Ivoiriens sachent que Houphou\u00ebt est entr\u00e9 dans la politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9 [\u2026] comme, Ferhat Abbas, en Alg\u00e9rie ; H\u00f4 Chi Minh, au Vietnam, sont entr\u00e9s en politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9, l\u2019\u00c9galit\u00e9 [\u2026].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chers amis, Houphou\u00ebt est entr\u00e9 en politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9, en r\u00e9clamant l\u2019Egalit\u00e9, entre les hommes. Je suis entr\u00e9 en politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9 et l\u2019Egalit\u00e9 ; en r\u00e9clamant pour chaque citoyen, le droit de se mettre au service de son pays, la C\u00f4te d\u2019Ivoire. C\u2019est tout. (Discours tenu lors du rassemblement de l\u2019Union des Houphou\u00ebtistes pour le dialogue, Yamoussoukro, 2009)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il convient de pr\u00e9ciser que cette citation a \u00e9t\u00e9 faite lors d\u2019une r\u00e9union publique de personnalit\u00e9s politiques se r\u00e9clamant de l\u2019h\u00e9ritage de Houphou\u00ebt-Boigny. Il faut \u00e9galement signaler qu\u2019en C\u00f4te d\u2019Ivoire, Houphou\u00ebt-Boigny constitue une figure tut\u00e9laire qui, malgr\u00e9 un long r\u00e8gne parfois controvers\u00e9, a fini par \u00eatre per\u00e7u comme une personnalit\u00e9 au-dessus de la m\u00eal\u00e9e, un mod\u00e8le d\u2019engagement pour la construction du pays. Et une frange importante de la classe politique, surtout dans la d\u00e9cennie 2000 marqu\u00e9e par des crises politiques, revendiquait son h\u00e9ritage. M\u00eame ceux qui l\u2019ont combattu de son vivant, pendant qu\u2019il \u00e9tait au pouvoir, ont fini, parfois contre toute attente, par se proclamer houphou\u00ebtistes. Devant un tel auditoire et dans le contexte ivoirien que l\u2019on conna\u00eet, lorsque le locuteur fonde son discours et son engagement politique sur la vie de Houphou\u00ebt-Boigny, mieux, lorsqu\u2019il le cite et s\u2019identifie \u00e0 lui, deux orientations, au moins peuvent se faire. Il s\u2019y per\u00e7oit, dans un premier temps, une argumentation par le mod\u00e8le. Selon Perelman, l\u2019argumentation par le mod\u00e8le, comme l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9, suppose qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une autorit\u00e9 qui, par son prestige, sert de caution \u00e0 l\u2019action envisag\u00e9e (Perelman, 2010, p. 140). Par la citation et la r\u00e9f\u00e9rence, Houphou\u00ebt-Boigny est \u00e9lev\u00e9 au rang de mod\u00e8le de combattant pour la libert\u00e9. C\u2019est une pr\u00e9misse largement partag\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne qui sert de caution au combat politique de Laurent Gbagbo. En conclusion, l\u2019action de ce dernier est donc dans la lign\u00e9e de celui qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re fondateur de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Par ailleurs, face \u00e0 cet auditoire acquis \u00e0 la cause d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny, figure tut\u00e9laire qui fait autorit\u00e9 dans le champ politique ivoirien, il y a manifestement, chez le locuteur, une volont\u00e9 d\u2019adaptation \u00e0 l\u2019auditoire avec lequel il partage la m\u00eame filiation politique. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette situation, pour Laurent Gbagbo, est d\u2019accro\u00eetre le capital d\u2019estime de l\u2019auditoire pour lui et de le disposer \u00e0 l\u2019accepter dans le contexte de comp\u00e9tition \u00e9lectorale.<\/p>\r\n\r\n<h3>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive au service de la construction d\u2019un leadership de proximit\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le maniement de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive par Laurent Gbagbo d\u00e9voile une pr\u00e9sentation de soi fond\u00e9e sur la proximit\u00e9. Cela est surtout mis en \u00e9vidence lorsque le locuteur ench\u00e2sse plusieurs discours :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Un jour, \u00e0 Yamoussoukro, mes plus proches collaborateurs m\u2019ont annonc\u00e9 ceci : \u00ab Alpha Blondy est venu vous voir \u00bb. J\u2019ai r\u00e9pliqu\u00e9 : \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il veut ? \u00bb, ils m\u2019ont r\u00e9pondu : \u00ab Il veut vous voir \u00bb. Je leur ai dit : \u00ab Faites-le venir pour qu\u2019on discute \u00bb. Il est venu, on a d\u00een\u00e9. Apr\u00e8s le d\u00eener, je lui ai pos\u00e9 la question suivante : \u00ab Alpha, qu\u2019est ce qui se passe ? \u00bb (Discours de pr\u00e9sentation du livre-programme et du comit\u00e9 d\u2019experts de la campagne, 29 d\u00e9cembre 2009)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par la nature libre et sans protocole des \u00e9changes mis en \u00e9vidence, par la facilit\u00e9 avec laquelle il d\u00e9clare avoir re\u00e7u chez lui un artiste pour discuter et d\u00eener, il est ais\u00e9 de percevoir un leader proche de ses collaborateurs, flexible sur son agenda. Le faisant, Laurent Gbagbo projette une image de soi traduisant un leadership de proximit\u00e9 qui cadre parfaitement avec son parcours politique, dans lequel il s\u2019est toujours voulu proche des couches populaires, mettant toujours ainsi en avant ses origines modestes. D\u2019ailleurs, il le dit dans l\u2019extrait suivant :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant qu\u2019on pr\u00e9parait ce meeting, vous avez d\u00e9couvert une photo que j\u2019ai prise quand j\u2019\u00e9tais au CM2, sans chaussures. C\u2019est pour vous montrer que j\u2019\u00e9tais d\u2019une famille pauvre. Et je suis fier que \u00ab Magic System \u00bb ait chant\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure. Aujourd\u2019hui, nous ne sommes plus \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on dit : \u00ab Qui est ton p\u00e8re ? Ton p\u00e8re, c\u2019est qui ? Qui sont tes parents ? \u00bb Nous, quand nous \u00e9tions jeunes et que nous allions voir certains amis, on nous demandait \u00e0 la porte : \u00ab Toi, tu es de quelle famille ? \u00bb. On r\u00e9pondait : \u00ab Je n\u2019ai pas de famille. C\u2019est moi-m\u00eame ma famille \u00bb (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En arri\u00e8re-plan \u00e0 ces propos, il y a l\u2019image du \u00ab\u00a0self made man\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9vocation du groupe musical ivoirien \u00ab\u00a0Magic System\u00a0\u00bb connu pour sa pers\u00e9v\u00e9rance et les origines modestes des artistes qui le forment, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une opinion doxique signal\u00e9e par l\u2019adverbe <em>aujourd\u2019hui <\/em>ou encore par la modalit\u00e9 d\u00e9locutive \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on dit\u00a0\u00bb, ouvrent une lucarne qui permet au locuteur de pr\u00e9ciser un changement de paradigme marqu\u00e9 par le changement du questionnement sur la filiation \u00ab\u00a0qui est ton p\u00e8re ? Ton p\u00e8re, c\u2019est qui ? Qui sont tes parents ?\u00a0\u00bb. Le leadership de proximit\u00e9 se manifeste dans le fait que le locuteur se pr\u00e9sente comme un homme ordinaire. Ce qui, dans une perspective argumentative, est susceptible d\u2019attirer la sympathie de l\u2019Ivoirien commun qui se voit li\u00e9 par une communaut\u00e9 de destin avec le leader \u00ab\u00a0sorti des couches d\u00e9favoris\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h3>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive comme strat\u00e9gie de disqualification de l\u2019autre<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de la construction d\u2019une image de soi favorable, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive se pr\u00e9sente comme un moyen de disqualification de celui dont le discours est cit\u00e9 ou \u00e9voqu\u00e9 notamment par l\u2019usage de la voix du tiers parlant dont il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment question. Dans le corpus, Laurent Gbagbo \u00e9voque les accusations de vol des deniers publics formul\u00e9es contre son syst\u00e8me. Il \u00e9voque \u00e9galement une certaine opinion qui accuse Guillaume Soro, Premier ministre, de trahison. En outre, il fait tr\u00e8s souvent r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des opinions qu\u2019il attribue \u00e0 une collectivit\u00e9 pour ensuite marquer son opposition \u00e0 ladite opinion. Ce faisant, au-del\u00e0 de l\u2019affirmation de sa position, il d\u00e9construit l\u2019opinion en question tout en attaquant par la m\u00eame occasion la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ceux qui la tiennent. Il entend ainsi retourner la situation en sa faveur. Ainsi, face aux accusations de vol, il rappelle \u00e0 ses d\u00e9tracteurs qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 pires que lui. C\u2019est dire, d\u00e8s lors, que ces derniers sont moins l\u00e9gitimes \u00e0 l\u2019accuser de pr\u00e9varication.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la m\u00eame veine, Laurent Gbagbo fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019accusation de trahison port\u00e9e contre Guillaume Soro en int\u00e9grant, dans son \u00e9nonc\u00e9, la voix du tiers : \u00ab Certains qui n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas pr\u00e9sents en ce moment, se l\u00e8vent et disent : \u201cSoro Guillaume est un tra\u00eetre !\u201d\". \u00c0 partir de cette voix, il s\u2019interroge sur les victimes et l\u2019objet de la trahison : \u00ab Mais qui a-t-il trahi ? Par quel contrat \u00e9tait-il li\u00e9 \u00e0 eux ? Il faut qu\u2019ils le disent \u00bb. Pour rappel, dans le contexte ivoirien de 2002 \u00e0 2010, Guillaume Soro \u00e9tait le chef de la r\u00e9bellion qui a attaqu\u00e9 le pouvoir de Laurent Gbagbo. Une partie de l\u2019opinion a vu, derri\u00e8re cette attaque, les mains d\u2019Alassane Ouattara dont Guillaume Soro \u00e9tait tr\u00e8s proche. \u00c0 l\u2019instar d\u2019Alassane Ouattara qui a toujours ni\u00e9 \u00eatre le p\u00e8re de la r\u00e9bellion, Guillaume Soro s\u2019est toujours d\u00e9fendu d\u2019\u00eatre \u00e0 la solde du premier des r\u00e9publicains. La nomination de Soro comme Premier ministre par Laurent Gbagbo a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme un signe de son ralliement \u00e0 ce dernier au d\u00e9triment d\u2019Alassane Ouattara. De l\u00e0, d\u00e9coule l\u2019id\u00e9e d\u2019une trahison formul\u00e9e et diffus\u00e9e insidieusement dans les milieux proches de l\u2019ancien fonctionnaire du FMI. En reprenant cette opinion et en recourant \u00e0 la modalit\u00e9 interrogative sur la trahison suppos\u00e9e, Laurent Gbagbo revient sur l\u2019accusation de collusion entre la r\u00e9bellion et Ouattara, son adversaire qu\u2019il esp\u00e8re ainsi discr\u00e9diter quand bien m\u00eame ce dernier clamerait haut et fort son attachement \u00e0 la d\u00e9mocratie dans la conqu\u00eate du pouvoir d\u2019\u00e9tat.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cette analyse de discours, il convient de retenir avant tout que l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive, consid\u00e9r\u00e9e du point de vue du dialogisme bakhtinien, \u00e9tendu par d\u2019autres th\u00e9oriciens, en termes d\u2019interdiscursivit\u00e9 et d\u2019interlocutivit\u00e9, est une propri\u00e9t\u00e9 du discours, en g\u00e9n\u00e9ral, et du discours politique, en particulier. C\u2019est pourquoi, on a pu noter clairement les traces de cette alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans des fragments de discours que Laurent Gbagbo a tenu durant la pr\u00e9campagne \u00e9lectorale de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle ivoirienne de 2010. Il n\u2019y a pas \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive est une v\u00e9ritable strat\u00e9gie de communication que l\u2019opposant historique \u00e0 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a choisi visiblement pour construire son image pr\u00e9sidentielle d\u2019homme de la situation et d\u00e9construire, c\u2019est de bonne guerre, celle des autres. \u00c0 tout prendre, notre analyse a bien montr\u00e9 que Laurent Gbagbo, en politicien aguerri, sait exploiter avec la plus grande dext\u00e9rit\u00e9 la technique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dialogique qui le m\u00eale inextricablement aux masses populaires.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth, 2005. De l'apport d'une distinction : dialogisme vs polyphonie dans l'analyse argumentative. Dans Bres, Jacques <em>et al.<\/em> (dir.)<em>,<\/em> <em>Dialogisme et polyphonie <\/em>(63-73), Paris\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/dbu.bres.2005.01.0063\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/dbu.bres.2005.01.0063<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bakhtine, Mikha\u00efl, 1978 [1934]. <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 1em\">Bres, <\/span>Jacques,\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">Haillet, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Pierre-Patrick, <\/span><span style=\"font-size: 1em\">Mellet, Sylvie<\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">, <\/span><span style=\"font-size: 1em\">Rosier, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Laurence,\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 1em\">Hennig, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Nolke (dir.), 2005. <\/span><em style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Dialogisme et polyphonie. Approches linguistiques<\/em><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">. Paris\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur.<\/span><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulibaly, Nanourougo, 2019. \u00ab\u00a0 Moi, pr\u00e9sident\u2026\u00a0 \u00bb ou la mise en sc\u00e8ne du clivage sociopolitique b\u00e9ninois. <em>Communication<\/em> 36\/2. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/communication.10850\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/communication.10850<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulibaly, Nanourougo, Gounougo, Aboubakar, 2019. Dialogisme et argumentativit\u00e9 : le cas de la \u00ab une \u00bb dans la presse \u00e9crite ivoirienne. <em>INTERSTUDIA<\/em> 26, p.\u00a0125-136.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nowakowska, Aleksandra, Sarale, Jean-Marc, 2011. Le dialogisme : histoire, m\u00e9thodologie et perspectives d\u2019une notion fortement heuristique. <em>Cahiers de prax\u00e9matique<\/em> 57, p. 9-20. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/praxematique.1749\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/praxematique.1749<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nowakowska, Aleksandra, 2005. Dialogisme, polyphonie : des textes russes de M.\u00a0Bakhtine \u00e0 la linguistique contemporaine. Dans Bres, Jacques <em>et al<\/em>., (\u00e9ds.). <em>Dialogisme et polyphonie. <\/em><em>Approches linguistiques <\/em>(19-32). Paris\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne, 2014. Les paroles ant\u00e9rieures selon Jean Peytard. Tiers-parlant et masse interdiscursive. Dans Mongi Madini, Andr\u00e9e Chauvin-Vileno, S\u00e9verine Equoy-Hutin. Jean Peytard (\u00e9ds), <em>Syntagmes et entailles<\/em> (113-125). Limoges\u00a0: Lambert-Lucas.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Perelman, Cha\u00efm, 2002. <em>L\u2019empire rh\u00e9torique. Rh\u00e9torique et argumentation<\/em>. Paris\u00a0: Librairie philosophique Vrin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Von\u00a0M\u00fcnchow, Patricia, 2004. Le discours rapport\u00e9 dans un forum de discussion sur l\u2019internet. <em>Les Carnets du Cediscor<\/em> 8, <a href=\"http:\/\/cediscor.revues.org\/702\">http:\/\/cediscor.revues.org\/702<\/a><\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9flexion qui suit est construite autour de la notion d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 prise comme la qualit\u00e9 de ce qui est autre et reconnu comme tel dans son rapport avec un point de r\u00e9f\u00e9rence. Ce point de r\u00e9f\u00e9rence peut \u00eatre culturel, racial, langagier ou discursif. Quel que soit le domaine, elle est une identit\u00e9 remarquable qui rompt avec une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la r\u00e9flexion est port\u00e9 sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans un contexte discursif et plus sp\u00e9cifiquement dans le discours de campagne \u00e9lectorale en C\u00f4te d\u2019Ivoire en 2010\u00a0: celui de Laurent Gbagbo. L\u2019\u00e9tude d\u00e9montre que l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive est une v\u00e9ritable strat\u00e9gie de communication que l\u2019opposant historique \u00e0 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, a choisi visiblement pour construire son image pr\u00e9sidentielle d\u2019homme de la situation et d\u00e9construire celle des autres.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/argumentation\/\">argumentation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/dialogisme\/\">dialogisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/gbagbo\/\">Gbagbo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/houphouet-boigny\/\">Houphou\u00ebt-Boigny<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/interdiscours\/\">interdiscours<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Otherness in discourse: an argumentative resource in campaign discourse?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The following discussion is built around the notion of otherness, understood as the quality of what is other and recognised as such in its relationship with a point of reference. This point of reference may be cultural, racial, linguistic or discursive. Whatever the field, it is a remarkable identity that breaks with a certain homogeneity. The study focuses on otherness in a discursive context, and more specifically in the discourse of Laurent Gbagbo&rsquo;s 2010 election campaign in C\u00f4te d&rsquo;Ivoire. The study shows that discursive otherness is a veritable communication strategy that the historic opponent of F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, now President of the Republic, has visibly chosen to build his presidential image as the man for the job and deconstruct that of others.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/argumentation\/\">argumentation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/dialogism\/\">dialogism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/discursive-otherness\/\">discursive otherness<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/gbagbo\/\">Gbagbo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/houphouet-boigny\/\">Houphou\u00ebt-Boigny<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/interdiscourse\/\">interdiscourse<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (s\u00e9noufo)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/cacabare\/\">cacabar\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/chi-inre-chou-ho\/\">chi inr\u00e9 chou h\u00f4<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/chin-talare\/\">chin talar\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/gbagbo\/\">Gbagbo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/houphouet-boigny\/\">Houphou\u00ebt-Boigny<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/wagbere-chi-in-re\/\">Wagb\u00e8r\u00e8 chi in r\u00e9<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>10 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9flexion qui suit est construite autour de la notion d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 prise comme la qualit\u00e9 de ce qui est autre et reconnu comme tel dans son rapport avec un point de r\u00e9f\u00e9rence. Ce point de r\u00e9f\u00e9rence peut \u00eatre culturel, racial, langagier ou discursif. Quel que soit le domaine, elle est la manifestation d\u2019une identit\u00e9 remarquable qui rompt avec une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la r\u00e9flexion pr\u00e9sente est port\u00e9 sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans un contexte discursif et plus sp\u00e9cifiquement dans le discours de campagne \u00e9lectorale en C\u00f4te d\u2019Ivoire en 2010\u00a0: celui de Laurent Gbagbo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le corpus de travail est constitu\u00e9 du propos liminaire lors de la conf\u00e9rence de presse qu\u2019il a anim\u00e9e apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t des dossiers de candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle le 16 octobre 2009 (D1), de son adresse \u00e0 la jeunesse lors du \u00ab\u00a0giga-meeting \u00bb au complexe sportif de Yopougon tenu le 31 octobre 2009 (D2), du discours prononc\u00e9 lors de la c\u00e9r\u00e9monie de la pr\u00e9sentation de son livre programme et du comit\u00e9 d\u2019experts de la campagne le 29 d\u00e9cembre 2009 (D3) \u00e0 Abidjan et de son intervention lors du rassemblement des Houphou\u00ebtistes pour\u00a0le dialogue \u00e0 Yamoussoukro, toujours en 2009 (D4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019article pose que l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est inscrite dans la mat\u00e9rialit\u00e9 discursive par le recours au dialogisme (Bakhtine, 1978) comme c\u2019est le cas dans les discours de l\u2019espace public, et se propose de mettre en \u00e9vidence les formes de convocation de la qualit\u00e9 de ce qui est autre dans le discours \u00e9lectoral et les finalit\u00e9s de cette convocation dans un contexte de campagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude entend, \u00e0 partir d\u2019un outillage issu de la rh\u00e9torique argumentative (Perelman, 1958 ; Amossy, 2010), d\u00e9montrer que Laurent Gbagbo, personnalit\u00e9 politique ivoirienne, est un adepte de la technique du recours \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive sous la forme de l\u2019interdiscours et que cet interdiscours fait appel \u00e0 la doxa. Gr\u00e2ce \u00e0 cette technique de communication, l\u2019acteur politique, dans le cadre sp\u00e9cifique du discours \u00e9lectoral, entend s\u2019adapter \u00e0 son auditoire qu\u2019il envisage de persuader. L\u2019\u00e9tude note \u00e9galement qu\u2019il s\u2019appuie sur cette ressource discursive pour se pr\u00e9senter sous les meilleurs aspects, notamment celui d\u2019homme de la situation ou de leader proche des masses et accessible, sans toutefois oublier d\u2019user de cette m\u00eame modalit\u00e9 pour disqualifier ses adversaires dans la comp\u00e9tition pour le fauteuil pr\u00e9sidentiel ivoirien lors de l\u2019\u00e9lection de 2010.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive\u00a0: quel cadre d\u2019analyse\u00a0?<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La notion d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 prise dans un contexte discursif pourrait ramener, entre autre, \u00e0 la notion de dialogisme que Mikha\u00efl Bakhtine pr\u00e9sente en ses propres termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Aucun discours de la prose litt\u00e9raire \u2014 qu\u2019il soit quotidien, rh\u00e9torique, scientifique \u2014, ne peut manquer de s\u2019orienter dans le \u00ab d\u00e9j\u00e0-dit \u00bb, le \u00ab\u00a0connu \u00bb, l\u2019\u00ab opinion publique \u00bb, etc. L\u2019orientation dialogique du discours est, naturellement, un ph\u00e9nom\u00e8ne propre \u00e0 tout discours. C\u2019est la fixation naturelle de toute parole vivante. Sur toutes ses voies vers l\u2019objet, dans toutes les directions, le discours en rencontre un autre, \u00ab \u00e9tranger \u00bb, et ne peut \u00e9viter une action vive et intense avec lui (Bakhtine, 1978, p. 102).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce \u00ab d\u00e9j\u00e0-dit \u00bb, ce \u00ab connu \u00bb, cette \u00ab opinion publique \u00bb s\u2019inscrit dans le discours du locuteur sous la forme d\u2019un discours autre que son propre discours. C\u2019est \u00e0 ce niveau que r\u00e9side l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans la mesure o\u00f9 deux discours interagissent dans le m\u00eame \u00e9nonc\u00e9. Pour aller plus loin dans la compr\u00e9hension de cette interaction de discours, on peut interroger Aleksandra Nowakowska et Jean-Marc Sarale qui proposent un dialogisme \u00e0 deux facettes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le dialogisme, ce \u00ab dialogue interne \u00bb, pr\u00e9sente au moins deux facettes : le \u00ab dialogisme interdiscursif \u00bb \u2014 interaction des discours entre eux, au sens o\u00f9 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 interagit avec des \u00e9nonc\u00e9s imput\u00e9s \u00e0 un tiers ou \u00e0 un collectif anonyme \u2014 et le \u00ab dialogisme interlocutif \u00bb \u2014 interaction, r\u00e9troactive ou anticipative, de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 avec des \u00e9nonc\u00e9s imput\u00e9s \u00e0 l\u2019interlocuteur. Ces deux types de dialogisme sont en relation de continuit\u00e9 ; ils restent le plus souvent li\u00e9s, dans le feuilletage \u00e9nonciatif dialogique. Et, si l\u2019on convient que l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9nonciation \u00e0 travers les traces qu\u2019elle laisse dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u2019entra\u00eene nulle confusion entre l\u2019activit\u00e9 et son produit, alors l\u2019\u00e9tude du dialogisme \u00e0 travers les feuilletages \u00e9nonciatifs n\u2019implique pas de glissement de l\u2019activit\u00e9 discursive au produit de celle-ci (Nowakowska et Sarale, 2011, p. 13).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces diff\u00e9rents propos r\u00e9v\u00e8lent clairement deux variantes du dialogisme, \u00e0 savoir le dialogisme interdiscursif et le dialogisme interlocutif qui constituent l\u2019essence du dialogisme selon la pens\u00e9e de Bakhtine. En consid\u00e9rant le dialogisme comme une manifestation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive, il se pose, d\u00e8s lors, des questions relatives aux modalit\u00e9s d\u2019inscription de cette alt\u00e9rit\u00e9 dans la mat\u00e9rialit\u00e9 discursive. Sur la base de ces approches d\u00e9finitionnelles, il est possible de d\u00e9gager deux formes de dialogisme susceptibles d\u2019interagir dans un corpus. En discours, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive peut se manifester de mani\u00e8re explicite. Dans ce cas, le locuteur rapporte des propos tenus ant\u00e9rieurement par lui-m\u00eame ou par un tiers. On parle alors de discours rapport\u00e9 qui\u00a0d\u00e9signe l\u2019op\u00e9ration qui consiste \u00e0 repr\u00e9senter un discours autre et non ce discours autre lui-m\u00eame. On sera donc amen\u00e9 \u00e0 distinguer l\u2019acte (ou discours) rapportant de l\u2019acte rapport\u00e9 ou discours autre. On parlera \u00e9galement du locuteur rapportant\/rapport\u00e9 ou autre, de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 rapportant\/rapport\u00e9 ou autre, etc. (Von\u00a0M\u00fcnchow, 2004).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive peut \u00e9galement se manifester de mani\u00e8re implicite comme c\u2019est le cas avec l\u2019interdiscours. Cette notion d\u00e9crit le fait qu\u2019un discours est tributaire d\u2019un environnement dont il \u00e9pouse\/conteste les contours, les formulations ou perceptions des choses. Dans ce jeu d\u2019interactions, les repr\u00e9sentations, croyances et opinions communes sont mises en avant. On dira alors que l\u2019interdiscours ram\u00e8ne au discours ambiant qui circule dans un milieu donn\u00e9. Cela ne manque pas d\u2019appeler \u00e0 l\u2019esprit la notion de doxa qui<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">constitue une dimension intrins\u00e8que du dialogisme interdiscursif : la relation que tout \u00e9nonc\u00e9 entretient avec les \u00e9nonc\u00e9s ant\u00e9rieurs marque l\u2019all\u00e9geance de la parole \u00e0 la doxa, c\u2019est-\u00e0-dire aux repr\u00e9sentations, opinions, croyances communes&#8230; C\u2019est dire que la doxa introduit l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame de ma parole : le discours diffus et anonyme du On est en moi, il me constitue, et je peux tout au plus en prendre conscience et me d\u00e9battre avec lui sans jamais parvenir \u00e0 une utopique ext\u00e9riorit\u00e9 (comme l\u2019avaient bien vu Flaubert, et apr\u00e8s lui, Barthes). Que le d\u00e9j\u00e0-dit et le d\u00e9j\u00e0 su s\u2019inscrivent n\u00e9cessairement dans la langue ne signifie pas qu\u2019ils constituent un point de vue attribuable \u00e0 un \u00e9nonciateur : ils ne deviennent une voix que s\u2019ils sont exhib\u00e9s et donn\u00e9s \u00e0 entendre comme le discours de l\u2019autre (Amossy 2005, p. 66).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en discours se manifeste clairement, selon Ruth Amossy, \u00e0 travers la doxa. La question qui se pose est celle des marqueurs linguistiques qui l\u2019exemplifient en contexte. Amossy propose de se r\u00e9f\u00e9rer au soubassement doxique des discours. Ce soubassement doxique se manifeste dans des formes lexicales particuli\u00e8res qui soulignent la collectivit\u00e9 d\u2019une opinion. Ces expressions et formes lexicales rappellent un savoir et des \u00e9l\u00e9ments culturels partag\u00e9s par les entit\u00e9s impliqu\u00e9es dans une situation de communication. Ainsi, un locuteur donn\u00e9, en recourant \u00e0 des expressions et formes lexicales comme \u00ab\u00a0les gens disent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les gens pensent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on dit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ils croient\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tout le monde sait\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0il se dit que\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0j\u2019entends dire que\u00a0\u00bb, convoque dans son discours un \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0-dit\u00a0\u00bb qui rel\u00e8ve de la doxa. En outre, l\u2019utilisation de certains d\u00e9terminants d\u00e9finis en contexte r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un savoir que le locuteur suppose pr\u00e9sent dans l\u2019esprit de son interlocuteur. Enfin, la d\u00e9locutivit\u00e9 du discours permet au locuteur de souligner le caract\u00e8re collectif ou g\u00e9n\u00e9ral d\u2019un point de vue, d\u2019une opinion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il nous revient, dans l\u2019analyse qui va suivre, de rechercher les traces de dialogisme pris comme manifestation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en discours et dont le discours rapport\u00e9 et l\u2019interdiscours constituent des modalit\u00e9s d\u2019expression. Ce travail se fera \u00e0 partir d\u2019un corpus de discours prononc\u00e9s par Laurent Gbagbo dans le cadre de la pr\u00e9campagne de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2010. Il faut dire que cette \u00e9lection est intervenue apr\u00e8s celle de l\u2019ann\u00e9e 2000 remport\u00e9e par Laurent Gbagbo. Aussi, l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle ivoirienne de 2010 avait-elle \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme une \u00e9lection de sortie de la crise politico-militaire d\u00e9clench\u00e9e en septembre 2002, et qui avait eu pour corollaire la partition du pays. De nombreux accords de sortie de crise avaient permis d\u2019arriver \u00e0 cette pr\u00e9campagne dans laquelle s\u2019\u00e9taient affront\u00e9s les principaux leaders politiques du pays. C\u2019\u00e9taient, outre Laurent Gbagbo, pr\u00e9sident en exercice \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Konan B\u00e9di\u00e9 et Alassane Ouattara.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Konan B\u00e9di\u00e9 est un ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny en 1993, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu en 1995, et renvers\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat militaire en d\u00e9cembre 1999. Revenu d\u2019exil, il a r\u00e9organis\u00e9 son parti, le PDCI RDA, et s\u2019est mis \u00e0 la reconqu\u00eate de la pr\u00e9sidence. Alassane Ouattara fut \u00e9galement collaborateur d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny et son unique Premier ministre. \u00c0 la mort d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny, il perd la bataille pour la succession face \u00e0 Konan B\u00e9di\u00e9. Il part travailler au FMI avant de revenir prendre la t\u00eate d\u2019un parti politique, le Rassemblement des R\u00e9publicains (RDR). Konan B\u00e9di\u00e9 et Alassane Ouattara revendiquent tous les deux l\u2019h\u00e9ritage d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny. Rest\u00e9s longtemps en conflit ouvert, ils vont finir par se rapprocher, et de ce rapprochement va na\u00eetre une alliance politique qui va se donner pour finalit\u00e9 de combattre d\u00e9mocratiquement le pr\u00e9sident en exercice, c\u2019est-\u00e0-dire Laurent Gbagbo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce dernier, opposant historique \u00e0 Houphou\u00ebt-Boigny, a \u00e9t\u00e9 de tous les combats pour l\u2019av\u00e8nement du multipartisme en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Ancien syndicaliste, il cultive une rh\u00e9torique de lib\u00e9ration des peuples africains de l\u2019imp\u00e9rialisme occidental, choix id\u00e9ologique qui le conduira \u00e0 un leadership de proximit\u00e9 teint\u00e9 de nationalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On ne peut oublier Guillaume Soro, personnalit\u00e9 politique qui a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans la crise militaro-politique ivoirienne. Ancien de la F\u00e9d\u00e9ration Estudiantine et Scolaire de C\u00f4te d\u2019Ivoire dont il fut l\u2019un des plus charismatiques secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux, Guillaume Soro fut tr\u00e8s proche de Gbagbo avant de basculer dans le camp Ouattara, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. En 2002, il se signale \u00e0 la t\u00eate de la r\u00e9bellion venue du nord pour renverser Laurent Gbagbo. Mais, \u00e0 la suite de plusieurs accords entre les parties bellig\u00e9rantes, sous les auspices de divers m\u00e9diateurs, Laurent Gbagbo nomme Guillaume Soro Premier ministre en 2007, avec pour mission de sortir la C\u00f4te d\u2019Ivoire de la crise militaro-politique et cela, par l\u2019organisation d\u2019\u00e9lections justes, transparentes et inclusives. Vu l\u2019enjeu de ces \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2010, le contexte de la pr\u00e9campagne va donner lieu \u00e0 la tenue de plusieurs discours dont quelques-uns de Laurent Gbagbo constituent ici le corpus d\u2019illustration de notre propos.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le corpus<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux travaux de Bakhtine (Bakhtine 1978), l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en discours se manifeste par la pr\u00e9sence d\u2019un discours au sein d\u2019un autre discours. La repr\u00e9sentation d\u2019un discours dans le discours sous une forme explicite ou implicite se manifeste de diverses mani\u00e8res dans le corpus de cette \u00e9tude.<\/p>\n<h3>Les formes du discours rapport\u00e9 dans le corpus<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re manifestation explicite d\u2019un discours diff\u00e9rent de celui du locuteur est le discours rapport\u00e9 ou discours repr\u00e9sent\u00e9. La r\u00e8gle ici est qu\u2019au moins deux discours sont mis en rapport, ench\u00e2ss\u00e9s. L\u2019id\u00e9e est qu\u2019un discours tenu comprend un autre discours qui se distingue du premier par la source \u00e0 laquelle le second est attribu\u00e9. La notion de discours rapport\u00e9 recouvre plusieurs formes dont l\u2019auto-citation, la citation d\u2019un propos attribu\u00e9 \u00e0 un locuteur clairement identifi\u00e9 et la reprise, par le moyen des verbes de parole, de pens\u00e9e ou de croyances d\u2019opinion plut\u00f4t collective.<\/p>\n<h4>L\u2019autocitation<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019autocitation simple consiste, chez un locuteur, en la reprise explicite, dans une situation d\u2019\u00e9nonciation sp\u00e9cifique, de propos ant\u00e9rieurement \u00e9nonc\u00e9s par lui-m\u00eame. Une variante de l\u2019autocitation chez Laurent Gbagbo est la reprise de sa conversation avec des personnalit\u00e9s du champ politique ou artistique ivoirien. L\u2019extrait suivant illustre cette forme de citation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019abord, permettez-moi de saluer des personnalit\u00e9s que je n\u2019attendais pas et qui sont l\u00e0. Il y en a que j\u2019attendais, parce que je leur ai pass\u00e9 un coup de fil. Je voudrais saluer d\u2019abord notre \u00ab\u00a0Jagger\u00a0\u00bb, Alpha Blondy. On dit d\u2019Alpha Blondy qu\u2019il est fou. Il n\u2019est pas du tout fou. Un jour, \u00e0 Yamoussoukro, mes plus proches collaborateurs m\u2019ont annonc\u00e9 ceci : \u00ab\u00a0Alpha Blondy est venu vous voir\u00a0\u00bb. J\u2019ai r\u00e9pliqu\u00e9 : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019il veut ?\u00a0\u00bb, ils m\u2019ont r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Il veut vous voir\u00a0\u00bb. Je leur ai dit\u00a0: \u00ab\u00a0Faites-le venir pour qu\u2019on discute\u00a0\u00bb. Il est venu, on a d\u00een\u00e9. Apr\u00e8s le d\u00eener, je lui ai pos\u00e9 la question suivante : \u00ab Alpha, qu\u2019est ce qui se passe ?\u00a0\u00bb Sa r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 la suivante : \u00ab\u00a0Pour mettre fin \u00e0 la crise, il faut vous lever. Il faut aller prendre Soro<a class=\"footnote\" title=\"Guillaume Soro, Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral des Forces Nouvelles.\" id=\"return-footnote-253-1\" href=\"#footnote-253-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Vous vous enfermez dans une salle pour discuter, jusqu\u2019\u00e0 ce que vous trouviez une solution\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait apr\u00e8s qu\u2019Amani N\u2019Guessan<a class=\"footnote\" title=\"Ministre de la D\u00e9fense\" id=\"return-footnote-253-2\" href=\"#footnote-253-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> m\u2019ait dit la m\u00eame chose ; mais, avant que D\u00e9sir\u00e9 Tagro<a class=\"footnote\" title=\"Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur\" id=\"return-footnote-253-3\" href=\"#footnote-253-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> n\u2019ait commenc\u00e9 les n\u00e9gociations (Discours de pr\u00e9sentation du livre-programme et du comit\u00e9 d\u2019experts de la campagne, 29 d\u00e9cembre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat de l\u2019ench\u00e2ssement de plusieurs discours dans le m\u00eame propos est \u00e9vident. En m\u00eame temps qu\u2019il cite ses propos ant\u00e9rieurs (J\u2019ai r\u00e9pliqu\u00e9 : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019il veut ?\u00a0\u00bb), il fait mention de ceux de ses \u00ab\u00a0plus proches collaborateurs\u00a0\u00bb mais \u00e9galement les propos de l\u2019artiste Alpha Blondy (Sa r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 la suivante : \u00ab\u00a0Pour mettre fin \u00e0 la crise, il faut vous lever. Il faut aller prendre Soro. Vous vous enfermez dans une salle pour discuter, jusqu\u2019\u00e0 ce que vous trouviez une solution\u00a0\u00bb). Le locuteur repr\u00e9sente, dans son \u00e9nonciation, une pluralit\u00e9 de sources \u00e9nonciatives.<\/p>\n<h4>La citation<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">Le principe ici est que le locuteur cite explicitement, rapporte des propos attribu\u00e9s \u00e0 un tiers identifiable. Dans le cas sp\u00e9cifique du corpus d\u2019\u00e9tude, le locuteur Laurent Gbagbo cite des discours de personnalit\u00e9s nationales comme Houphou\u00ebt-Boigny\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je vais vous citer deux passages de deux textes d\u2019Houphou\u00ebt, deux discours. Il y a des discours dont on parle beaucoup. Je vais vous lire seulement le premier paragraphe du discours d\u2019Houphou\u00ebt \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale Fran\u00e7aise, pour la suppression du travail forc\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Mesdames et messieurs \u2013 c\u2019est Houphou\u00ebt qui parle le 30 mars 1946 \u2013 c\u2019est en Hommes Libres que nous entendons entrer librement dans l\u2019Union Fran\u00e7aise. Or, nous ne sommes pas tous libres. Le travail forc\u00e9, cette survivance de la corv\u00e9e autrefois si d\u00e9cri\u00e9e en France, auquel nous demeurons assujettis, fera de nous des esclaves dans l\u2019Union, s\u2019il n\u2019est pas aboli au pr\u00e9alable. Il ne saurait y avoir dans l\u2019Union Fran\u00e7aise, des Ma\u00eetres et des Esclaves. Mais, des a\u00een\u00e9s et des cadets d\u2019une m\u00eame et grande famille ; des cadets respectueux de l\u2019\u00e2ge, reconnaissants des grands, des services rendus ; des a\u00een\u00e9s soucieux de faire rattraper aux cadets, l\u2019avance prise sur eux dans le difficile chemin de la Libert\u00e9 et de la Civilisation \u00bb (Discours tenu lors du rassemblement de l\u2019Union des Houphou\u00ebtistes pour le dialogue. Yamoussoukro, 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces cas pr\u00e9cis, le locuteur Laurent Gbagbo c\u00e8de la parole au locuteur cit\u00e9 par le recours explicite au style direct. La responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative revient donc au locuteur cit\u00e9 m\u00eame si l\u2019ensemble du discours reste mis en sc\u00e8ne par le locuteur citant \u00e0 qui incombe la libert\u00e9 de choisir le segment voulu en fonction de ses attentes.<\/p>\n<h3>Les formes indirectes du discours rapport\u00e9 : le tiers parlant<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les formes indirectes du discours rapport\u00e9 sont ins\u00e9r\u00e9es dans les propos de Laurent Gbagbo \u00e0 travers les verbes d\u2019opinion et de pens\u00e9e. Cette variante rappelle la notion de \u00ab tiers parlant \u00bb que Marie-Anne Paveau emprunte \u00e0 Peytard et qu\u2019elle d\u00e9finit comme suit : \u00ab J&rsquo;entends par \u201ctiers-parlant\u201d un ensemble ind\u00e9fini d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s pr\u00eat\u00e9s \u00e0 des \u00e9nonciateurs, dont la trace est manifest\u00e9e par : \u201cles gens disent que&#8230;, on dit que&#8230;, on pr\u00e9tend que&#8230;, mon ami m&rsquo;a dit que&#8230;\u201d). \u00c9nonc\u00e9s qui appartiennent \u00e0 la <em>masse interdiscursive<\/em>, \u00e0 laquelle empruntent les agents de l&rsquo;\u00e9change verbal pour densifier leurs propos<span style=\"color: #000000\">\u00a0\u00bb (Paveau 2014, p. 113).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces locutions introductives de paroles, de pens\u00e9es ou de croyances permettent de signaler des opinions, pens\u00e9es ou croyances attribu\u00e9es \u00e0 une collectivit\u00e9 dont le locuteur se d\u00e9marque\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est pourquoi, tous les Ivoiriens et tous ceux qui vivent en C\u00f4te d\u2019Ivoire, doivent mesurer la port\u00e9e historique de cette \u00e9lection, pas seulement pour le fait de changer les Institutions et de choisir de nouveaux hommes, mais v\u00e9ritablement, pour le fait que nous changeons d\u2019\u00e9poque. Et, il nous faut changer d\u2019\u00e9poque. Il nous faut sortir de l\u2019\u00e8re o\u00f9 on s\u2019est amus\u00e9 et o\u00f9 on a pens\u00e9 qu\u2019avec les coups d\u2019\u00c9tat, on pouvait changer des r\u00e9gimes. Non ! Les gens ont cru qu\u2019avec la mort d\u2019Houphou\u00ebt, le pouvoir \u00e9tait suffisamment fragile et faible pour armer quelques jeunes gens et venir s\u2019emparer du pouvoir et de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Je veux dire aujourd\u2019hui qu\u2019il n\u2019est pas possible que je ne me batte pas contre de telles pratiques. Et contre ceux qui croient que quelques fusils peuvent changer le cours de l\u2019histoire de la C\u00f4te d\u2019Ivoire (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le locuteur fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une opinion ou une croyance par le moyen des verbes d\u2019opinion <em>penser<\/em> et <em>croire<\/em>. La g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de cette croyance ou opinion est sugg\u00e9r\u00e9e par l\u2019expression <em>les<\/em> <em>gens<\/em> comme agent du verbal <em>penser<\/em> et le pronom <em>ceux<\/em> agent du verbal <em>croire<\/em>. Ce en quoi \u00ab\u00a0les gens croient\u00a0\u00bb ou la pens\u00e9e \u00ab\u00a0des gens\u00a0\u00bb ram\u00e8ne \u00e0 une forme de la doxa en cours. Cette opinion commun\u00e9ment admise \u00e0 un moment donn\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne signale le recours \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans le discours de Laurent Gbagbo. Dans le contexte ivoirien, les ann\u00e9es 2000 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par l\u2019irruption des armes dans la conqu\u00eate du pouvoir avec une succession de coups d\u2019\u00c9tat puis une r\u00e9bellion arm\u00e9e \u00e0 partir de 2002. Cette propension au recours aux armes est n\u00e9cessairement fond\u00e9e sur une opinion de ceux qui le font. Il s\u2019agit d\u2019une opinion sur les modalit\u00e9s de d\u00e9volution du pouvoir \u00e0 laquelle le locuteur se r\u00e9f\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la m\u00eame dynamique, lorsqu\u2019il utilise la construction verbale <em>entendre dire<\/em>, il fait mention d\u2019un discours, d\u2019une opinion qui circule comme mentionn\u00e9 ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Donc, je ne vous envoie pas en mission pour insulter les gens ; parce que c\u2019est celui qui n\u2019a rien \u00e0 dire qui insulte. Quand j\u2019entends certaines personnes dire que les gens du Gouvernement actuel volent, cela ne vous fait pas piti\u00e9 ? Est-ce que ce n\u2019est pas \u00ab\u00a0pitiant\u00a0\u00bb ? J\u2019entends certaines personnes qu\u2019on voit ici, qui disent : \u00ab\u00a0oui, les gens volent\u00a0\u00bb. C\u2019est vrai on est \u00e0 la maison, donc, on peut se taquiner ; chacun peut taquiner un peu l\u2019autre et puis chacun peut attaquer un peu l\u2019autre. Mais, quand tu es le Chef d\u2019une chose et toi tu viens me dire que je suis comme toi !!!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chers amis, nous sommes venus discuter entre nous, mais comme la campagne approche, je voudrais dire deux mots sur des phrases que j\u2019entends ici et l\u00e0. Il y a des candidats qui disent : \u00ab\u00a0Il ne faudra pas vous laisser \u00e9liminer des listes \u00e9lectorales\u00a0\u00bb. Je voudrais r\u00e9pondre que ce n\u2019est pas moi qui ai \u00e9t\u00e9 chercher la SAGEM. Ce sont ceux qui n\u2019ont pas confiance en leur pays qui sont all\u00e9s chercher une structure priv\u00e9e \u00e9trang\u00e8re (Discours de pr\u00e9sentation du livre programme, 29 D\u00e9cembre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette cat\u00e9gorie permet au locuteur d\u2019\u00e9voquer des opinions sans faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leurs auteurs explicites. Cependant, dans le contexte ivoirien, l\u2019auditoire devine ais\u00e9ment ceux \u00e0 qui il fait allusion. Par exemple, dans la s\u00e9quence reprise ci-dessous, il aborde l\u2019opinion qui circule sur la \u00ab\u00a0trahison de Guillaume Soro\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, il y a des gens qui se l\u00e8vent et qui s\u2019attaquent \u00e0 Soro Guillaume. On l\u2019accuse d\u2019\u00eatre tra\u00eetre. Ah bon ! Qui a-t-il trahi ? Moi, apr\u00e8s l\u2019Accord de Ouagadougou que j\u2019ai sign\u00e9 avec Soro Guillaume, je lui ai propos\u00e9 le poste de Premier Ministre, il a accept\u00e9. On avait un programme, c\u2019est de ramener la paix et de faire les \u00e9lections. Certains qui n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas pr\u00e9sents en ce moment, se l\u00e8vent et disent : \u00ab Soro Guillaume est un tra\u00eetre ! \u00bb Mais qui a-t-il trahi ? Par quel contrat \u00e9tait-il li\u00e9 \u00e0 eux ? Il faut qu\u2019ils le disent (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un discours qui a fait son chemin entre 2007 et 2010. Cette p\u00e9riode marque la nomination de Guillaume Soro, alors chef rebelle, au poste de Premier Ministre par Laurent Gbagbo. Cette nomination a engendr\u00e9 des m\u00e9contentements dans les rangs de la r\u00e9bellion et de l\u2019opposition politique d\u2019alors. Et le chef rebelle a vite \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 (jamais officiellement) de trahison. Cette opinion, que le locuteur Laurent Gbagbo mentionne par le moyen du verbe de parole <em>dire<\/em> dans son propos, a circul\u00e9 dans le corps social ivoirien.<\/p>\n<h2><strong>L\u2019interdiscours dans le corpus<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interdiscours ram\u00e8ne, dans une certaine mesure, au discours ambiant admis par la communaut\u00e9 comme circulant mais non attribu\u00e9 \u00e0 un auteur identifi\u00e9. C\u2019est donc un discours tr\u00e8s souvent g\u00e9n\u00e9ral qui souligne les croyances, les opinions et autres certitudes d\u2019un groupe donn\u00e9 qu\u2019un locuteur convoque par divers moyens linguistiques. Dans le discours de Laurent Gbagbo, diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments soulignent la pr\u00e9sence de ce discours collectif qui prend plusieurs formes.<\/p>\n<h3>L\u2019interdiscours implicit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En premier lieu, il faut noter une forme d\u2019interdiscours sous-jacente qui joue sur les implicites c\u2019est-\u00e0-dire des contenus susceptibles d\u2019\u00eatre d\u00e9gag\u00e9s \u00e0 partir d\u2019\u00e9nonc\u00e9s donn\u00e9s. Dans le corpus, cette forme peut \u00eatre illustr\u00e9e avec l\u2019usage de la contradiction voire de la d\u00e9n\u00e9gation dans l\u2019extrait suivant\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Chers jeunes, regardez bien la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il y en a qui vont \u00e0 l\u2019\u00e9cole qui ont la Licence, le Doctorat, l\u2019Agr\u00e9gation, mais il n\u2019y a pas que cela sur la terre ! Regardez la C\u00f4te d\u2019Ivoire ! Sansan Kouao<a class=\"footnote\" title=\"Riche planteur.\" id=\"return-footnote-253-4\" href=\"#footnote-253-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> n\u2019a pas le CEPE, mais il a plein d\u2019argent ! Regardez Bl\u00e9hou\u00e9 Aka d\u2019Aboisso<a class=\"footnote\" title=\"Riche planteur.\" id=\"return-footnote-253-5\" href=\"#footnote-253-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>. Il a 1000 hectares d\u2019h\u00e9v\u00e9a ; 600 hectares de Cacao ; 400 hectares de Caf\u00e9. Lui, il ne demande rien \u00e0 personne. Il n\u2019emprunte rien \u00e0 aucune Banque. J\u2019ai dit Sansan Kouao, Bl\u00e9hou\u00e9 Aka ; je dis aussi Yao Fils Pascal ; Brou Adou. Regardez Singo Maniga<a class=\"footnote\" title=\"Riches planteurs.\" id=\"return-footnote-253-6\" href=\"#footnote-253-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a> ! Il y a partout des gens qui s\u2019enrichissent sans avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Nous allons construire des \u00e9coles pour que les jeunes sachent lire, \u00e9crire, signer, parler avec les banques. Mais il n\u2019y a pas que les dipl\u00f4mes qui donnent de l\u2019argent. Regardez Ouattara Zanga, Pr\u00e9sident du Conseil G\u00e9n\u00e9ral de Ferk\u00e9ss\u00e9dougou ! Il a un ch\u00e2teau \u00e0 Pogo. Ouattara Zanga, je l\u2019ai connu dans l\u2019arm\u00e9e. Il n\u2019est pas docteur, il n\u2019est pas agr\u00e9g\u00e9, mais il a l\u2019argent (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le retour r\u00e9gulier de la conjonction <em>mais<\/em> permet d\u2019introduire une id\u00e9e contraire \u00e0 une autre d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e\u00a0ou bien sous-entendue. Dans le discours de Gbagbo, cette conjonction marque une interaction entre son opinion (ce n\u2019est pas l\u2019\u00e9cole seulement qui assure le succ\u00e8s ou la r\u00e9ussite sociale) avec une doxa largement partag\u00e9e qui lie la fortune aux dipl\u00f4mes de l\u2019enseignement classique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a certes une doxa qui se signale dans ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments soulign\u00e9s dans le discours de Laurent Gbagbo. Incrust\u00e9e dans le discours par divers proc\u00e9d\u00e9s et outils linguistiques, cette doxa se particularise cependant par le fait qu\u2019elle n\u2019a pas l\u2019assentiment du locuteur qui s\u2019en d\u00e9marque. Cette relation de distanciation d\u2019avec cette opinion collective permet de parler d\u2019interdiscours contest\u00e9.<\/p>\n<h3>Les formes de l\u2019interdiscours reprenant les opinions collectives<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le locuteur Laurent Gbagbo a aussi recours \u00e0 une forme d\u2019interdiscours plus g\u00e9n\u00e9rale introduite, entre autre, par le pronom ind\u00e9fini <em>on<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Troisi\u00e8mement, il faut dire aux jeunes que nous avons \u00e9t\u00e9 ensemble depuis longtemps, depuis toujours. On dit que c\u2019est moi qui ai lutt\u00e9 pour la D\u00e9mocratie ; mais je n\u2019aurais pas pris les cl\u00e9s sans les jeunes ! Toutes les manifestations, toutes les marches, tous les meetings ici et ailleurs, ce sont les jeunes qui les ont men\u00e9s ! Tous les combats, en 1990, en 1992, ce sont les jeunes (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pronom ind\u00e9fini <em>on<\/em> ram\u00e8ne dans cette utilisation \u00e0 <em>tout le monde<\/em>. Il marque un effet de g\u00e9n\u00e9ralisation, signale une opinion collective qui, en g\u00e9n\u00e9ral, court dans les maximes, les dictons, les proverbes et l\u2019ensemble des locutions et expressions signalant des opinions ou croyances \u00e0 valeur de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ou \u00e9videntielle. Le pronom <em>on<\/em> constitue, dans ces cas sp\u00e9cifiques, un marqueur de la doxa dans le discours du locuteur ce qui en fait une marque de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autres ressources langagi\u00e8res signalent le discours dont le locuteur n\u2019est pas la source. On citera, entre autre, des expressions comme <em>tout le monde sait<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La deuxi\u00e8me id\u00e9e forte, c\u2019est que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 Candidat en 1990. Pour des raisons que tout le monde sait, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 Candidat en 1995 ; mais, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 Candidat en 2000. C\u2019est donc pour la troisi\u00e8me fois que je suis Candidat. Depuis 1990, je vous propose inlassablement des r\u00e9formes sociales en profondeur pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Certains adverbes comme <em>\u00e9videmment<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous allons aussi, au niveau de l\u2019\u00c9conomie, d\u00e9velopper les Mines, l\u2019Energie, etc. Nous avons beaucoup de richesses mini\u00e8res en C\u00f4te d\u2019Ivoire\u00a0; mais, \u00e9videmment, nous ne pouvons pas aller plus loin dans un pays en guerre. Nous ne pouvons pas avoir des discussions approfondies tant que ce pays est en guerre (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le recours aux verbes de modalit\u00e9s surtout la modalit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique (<em>savoir<\/em>), d\u00e9ontique (<em>devoir<\/em>), volitive (<em>pouvoir<\/em>)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On pouvait se contenter d\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9reux et r\u00e9gler les probl\u00e8mes en 1960.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aujourd\u2019hui, il faut mettre en place une politique sociale hardie. C\u2019est pourquoi, entre autres choses, je vous avais propos\u00e9 la D\u00e9centralisation, l\u2019\u00c9cole Gratuite et l\u2019Assurance Maladie Universelle (AMU). \u00c0 cause de la guerre survenue en septembre 2002, nous n\u2019avons pas pu appliquer tout ce programme (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ces diff\u00e9rentes s\u00e9quences, l\u2019interdiscours s\u2019incruste subtilement dans les propos du locuteur sous la forme d\u2019un savoir, d\u2019une \u00e9vidence, une donn\u00e9e ind\u00e9pendante de lui. Il s\u2019agit d\u2019une connaissance \u00e9prouv\u00e9e qui s\u2019impose d\u2019elle-m\u00eame. Ainsi, lorsqu\u2019il expose sur l\u2019accession \u00e0 la pr\u00e9sidence en disant qu\u2019\u00ab en droit, tout le monde peut \u00eatre Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ; tous les Ivoiriens sont \u00e9gaux, en droit, et peuvent donc \u00eatre Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Mais, en politique, n\u2019importe qui ne devient pas Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. En politique, n\u2019importe qui ne devient pas Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, alors qu\u2019en droit, tout le monde a les m\u00eames droits \u00bb,\u00a0il proc\u00e8de \u00e0 une d\u00e9claration \u00e9pist\u00e9mique qui s\u2019appuie non pas sur sa volont\u00e9 mais plut\u00f4t sur la r\u00e9alit\u00e9 des choses. C\u2019est donc la voie de l\u2019exp\u00e9rience collective qui fait \u00e9cho dans le propos du locuteur m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019une strat\u00e9gie pour faire accepter une opinion personnelle plac\u00e9e sous le couvert de l\u2019universalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, il y a lieu de signaler l\u2019utilisation de l\u2019article d\u00e9fini <em>le<\/em> pour accompagner le substantif <em>combat<\/em> dans la s\u00e9quence suivante\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Chers Amis, je termine en disant donc que je suis Candidat. Je suis Candidat pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Je suis Candidat pour les Ivoiriens et les Ivoiriennes. Je suis Candidat pour continuer le combat que nous avons commenc\u00e9. Je suis Candidat pour continuer le combat que nos parents ont commenc\u00e9 depuis les ann\u00e9es 40 et que certains ont abandonn\u00e9. Je suis Candidat pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Le combat a commenc\u00e9, en avant ! (Propos liminaires apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t de la candidature, Abidjan, 16 octobre 2009)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet extrait du discours de Laurent Gbagbo lors du d\u00e9p\u00f4t de sa candidature est remarquable par la r\u00e9p\u00e9tition du groupe nominal <em>le combat<\/em>. L\u2019article d\u00e9fini suppose que l\u2019auditoire conna\u00eet le combat dont il est question. Il y a donc un savoir commun qui est convoqu\u00e9. Dans le contexte ivoirien, r\u00e9f\u00e9rence est faite \u00e0 la lutte contre la colonisation mais \u00e9galement \u00e0 la lutte pour l\u2019instauration du multipartisme dont Laurent Gbagbo fut un artisan de premier niveau. La doxa qui a cours dans son propos est incontestablement celle du combat permanent pour la lib\u00e9ration de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il s\u2019agit d\u2019une opinion partag\u00e9e selon laquelle la lib\u00e9ration des pays africains n\u2019est pas effective. Ceux-ci seraient toujours domin\u00e9s par les pays Occidentaux et les anciennes puissances coloniales \u00e0 travers le n\u00e9ocolonialisme.<\/p>\n<h2><strong>Les implications de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive chez Laurent Gbagbo<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce travail descriptif a permis d\u2019\u00e9tablir que le discours de Laurent Gbagbo n\u2019est pas clos sur lui-m\u00eame. Mieux, il est au centre d\u2019une multitude de relations dialogiques aussi bien avec les discours des autres acteurs du champ politique qu\u2019avec le discours ambiant. Il est donc pertinent de rechercher les vis\u00e9es de cette interaction, de ce recours \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans le discours de pr\u00e9campagne domin\u00e9 par la comp\u00e9tition, la n\u00e9cessit\u00e9 de rallier l\u2019\u00e9lectorat et de discr\u00e9diter les potentiels adversaires. D\u00e8s lors, la citation, le discours rapport\u00e9 et l\u2019\u00e9vocation de l\u2019interdiscours vont au-del\u00e0 de la relation du point de vue exprim\u00e9 par la source cit\u00e9e. Ces \u00e9l\u00e9ments sont mobilis\u00e9s dans une perspective argumentative de l\u00e9gitimation de soi ou de d\u00e9l\u00e9gitimation de l\u2019autre avec le recours \u00e0 la modalit\u00e9 pol\u00e9mique. Ils servent, en outre, en tant qu\u2019argument d\u2019autorit\u00e9, \u00e0 \u00e9tablir la validit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation du journaliste.<\/p>\n<h3>La citation chez Laurent Gbagbo : de l\u2019argument par le mod\u00e8le \u00e0 l\u2019adaptation \u00e0 l\u2019auditoire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019Aristote \u00e0 Ruth Amossy en passant par Cha\u00efm Perelman, il est \u00e9tabli que l\u2019entreprise de persuasion exige une adaptation \u00e0 l\u2019auditoire. Le locuteur Laurent Gbagbo ne d\u00e9roge pas \u00e0 ce principe. En t\u00e9moigne sa r\u00e9f\u00e9rence constante \u00e0 Houphou\u00ebt-Boigny qu\u2019il cite et auquel il s\u2019identifie dans l\u2019extrait suivant :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut que les Ivoiriens sachent que Houphou\u00ebt est entr\u00e9 dans la politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9 [\u2026] comme, Ferhat Abbas, en Alg\u00e9rie ; H\u00f4 Chi Minh, au Vietnam, sont entr\u00e9s en politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9, l\u2019\u00c9galit\u00e9 [\u2026].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chers amis, Houphou\u00ebt est entr\u00e9 en politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9, en r\u00e9clamant l\u2019Egalit\u00e9, entre les hommes. Je suis entr\u00e9 en politique en r\u00e9clamant la Libert\u00e9 et l\u2019Egalit\u00e9 ; en r\u00e9clamant pour chaque citoyen, le droit de se mettre au service de son pays, la C\u00f4te d\u2019Ivoire. C\u2019est tout. (Discours tenu lors du rassemblement de l\u2019Union des Houphou\u00ebtistes pour le dialogue, Yamoussoukro, 2009)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il convient de pr\u00e9ciser que cette citation a \u00e9t\u00e9 faite lors d\u2019une r\u00e9union publique de personnalit\u00e9s politiques se r\u00e9clamant de l\u2019h\u00e9ritage de Houphou\u00ebt-Boigny. Il faut \u00e9galement signaler qu\u2019en C\u00f4te d\u2019Ivoire, Houphou\u00ebt-Boigny constitue une figure tut\u00e9laire qui, malgr\u00e9 un long r\u00e8gne parfois controvers\u00e9, a fini par \u00eatre per\u00e7u comme une personnalit\u00e9 au-dessus de la m\u00eal\u00e9e, un mod\u00e8le d\u2019engagement pour la construction du pays. Et une frange importante de la classe politique, surtout dans la d\u00e9cennie 2000 marqu\u00e9e par des crises politiques, revendiquait son h\u00e9ritage. M\u00eame ceux qui l\u2019ont combattu de son vivant, pendant qu\u2019il \u00e9tait au pouvoir, ont fini, parfois contre toute attente, par se proclamer houphou\u00ebtistes. Devant un tel auditoire et dans le contexte ivoirien que l\u2019on conna\u00eet, lorsque le locuteur fonde son discours et son engagement politique sur la vie de Houphou\u00ebt-Boigny, mieux, lorsqu\u2019il le cite et s\u2019identifie \u00e0 lui, deux orientations, au moins peuvent se faire. Il s\u2019y per\u00e7oit, dans un premier temps, une argumentation par le mod\u00e8le. Selon Perelman, l\u2019argumentation par le mod\u00e8le, comme l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9, suppose qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une autorit\u00e9 qui, par son prestige, sert de caution \u00e0 l\u2019action envisag\u00e9e (Perelman, 2010, p. 140). Par la citation et la r\u00e9f\u00e9rence, Houphou\u00ebt-Boigny est \u00e9lev\u00e9 au rang de mod\u00e8le de combattant pour la libert\u00e9. C\u2019est une pr\u00e9misse largement partag\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 ivoirienne qui sert de caution au combat politique de Laurent Gbagbo. En conclusion, l\u2019action de ce dernier est donc dans la lign\u00e9e de celui qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re fondateur de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Par ailleurs, face \u00e0 cet auditoire acquis \u00e0 la cause d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny, figure tut\u00e9laire qui fait autorit\u00e9 dans le champ politique ivoirien, il y a manifestement, chez le locuteur, une volont\u00e9 d\u2019adaptation \u00e0 l\u2019auditoire avec lequel il partage la m\u00eame filiation politique. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette situation, pour Laurent Gbagbo, est d\u2019accro\u00eetre le capital d\u2019estime de l\u2019auditoire pour lui et de le disposer \u00e0 l\u2019accepter dans le contexte de comp\u00e9tition \u00e9lectorale.<\/p>\n<h3>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive au service de la construction d\u2019un leadership de proximit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le maniement de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive par Laurent Gbagbo d\u00e9voile une pr\u00e9sentation de soi fond\u00e9e sur la proximit\u00e9. Cela est surtout mis en \u00e9vidence lorsque le locuteur ench\u00e2sse plusieurs discours :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Un jour, \u00e0 Yamoussoukro, mes plus proches collaborateurs m\u2019ont annonc\u00e9 ceci : \u00ab Alpha Blondy est venu vous voir \u00bb. J\u2019ai r\u00e9pliqu\u00e9 : \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il veut ? \u00bb, ils m\u2019ont r\u00e9pondu : \u00ab Il veut vous voir \u00bb. Je leur ai dit : \u00ab Faites-le venir pour qu\u2019on discute \u00bb. Il est venu, on a d\u00een\u00e9. Apr\u00e8s le d\u00eener, je lui ai pos\u00e9 la question suivante : \u00ab Alpha, qu\u2019est ce qui se passe ? \u00bb (Discours de pr\u00e9sentation du livre-programme et du comit\u00e9 d\u2019experts de la campagne, 29 d\u00e9cembre 2009)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Par la nature libre et sans protocole des \u00e9changes mis en \u00e9vidence, par la facilit\u00e9 avec laquelle il d\u00e9clare avoir re\u00e7u chez lui un artiste pour discuter et d\u00eener, il est ais\u00e9 de percevoir un leader proche de ses collaborateurs, flexible sur son agenda. Le faisant, Laurent Gbagbo projette une image de soi traduisant un leadership de proximit\u00e9 qui cadre parfaitement avec son parcours politique, dans lequel il s\u2019est toujours voulu proche des couches populaires, mettant toujours ainsi en avant ses origines modestes. D\u2019ailleurs, il le dit dans l\u2019extrait suivant :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pendant qu\u2019on pr\u00e9parait ce meeting, vous avez d\u00e9couvert une photo que j\u2019ai prise quand j\u2019\u00e9tais au CM2, sans chaussures. C\u2019est pour vous montrer que j\u2019\u00e9tais d\u2019une famille pauvre. Et je suis fier que \u00ab Magic System \u00bb ait chant\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure. Aujourd\u2019hui, nous ne sommes plus \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on dit : \u00ab Qui est ton p\u00e8re ? Ton p\u00e8re, c\u2019est qui ? Qui sont tes parents ? \u00bb Nous, quand nous \u00e9tions jeunes et que nous allions voir certains amis, on nous demandait \u00e0 la porte : \u00ab Toi, tu es de quelle famille ? \u00bb. On r\u00e9pondait : \u00ab Je n\u2019ai pas de famille. C\u2019est moi-m\u00eame ma famille \u00bb (Adresse \u00e0 la jeunesse ivoirienne, Abidjan, 31 octobre 2009).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">En arri\u00e8re-plan \u00e0 ces propos, il y a l\u2019image du \u00ab\u00a0self made man\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9vocation du groupe musical ivoirien \u00ab\u00a0Magic System\u00a0\u00bb connu pour sa pers\u00e9v\u00e9rance et les origines modestes des artistes qui le forment, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une opinion doxique signal\u00e9e par l\u2019adverbe <em>aujourd\u2019hui <\/em>ou encore par la modalit\u00e9 d\u00e9locutive \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on dit\u00a0\u00bb, ouvrent une lucarne qui permet au locuteur de pr\u00e9ciser un changement de paradigme marqu\u00e9 par le changement du questionnement sur la filiation \u00ab\u00a0qui est ton p\u00e8re ? Ton p\u00e8re, c\u2019est qui ? Qui sont tes parents ?\u00a0\u00bb. Le leadership de proximit\u00e9 se manifeste dans le fait que le locuteur se pr\u00e9sente comme un homme ordinaire. Ce qui, dans une perspective argumentative, est susceptible d\u2019attirer la sympathie de l\u2019Ivoirien commun qui se voit li\u00e9 par une communaut\u00e9 de destin avec le leader \u00ab\u00a0sorti des couches d\u00e9favoris\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive comme strat\u00e9gie de disqualification de l\u2019autre<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Au-del\u00e0 de la construction d\u2019une image de soi favorable, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive se pr\u00e9sente comme un moyen de disqualification de celui dont le discours est cit\u00e9 ou \u00e9voqu\u00e9 notamment par l\u2019usage de la voix du tiers parlant dont il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment question. Dans le corpus, Laurent Gbagbo \u00e9voque les accusations de vol des deniers publics formul\u00e9es contre son syst\u00e8me. Il \u00e9voque \u00e9galement une certaine opinion qui accuse Guillaume Soro, Premier ministre, de trahison. En outre, il fait tr\u00e8s souvent r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des opinions qu\u2019il attribue \u00e0 une collectivit\u00e9 pour ensuite marquer son opposition \u00e0 ladite opinion. Ce faisant, au-del\u00e0 de l\u2019affirmation de sa position, il d\u00e9construit l\u2019opinion en question tout en attaquant par la m\u00eame occasion la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ceux qui la tiennent. Il entend ainsi retourner la situation en sa faveur. Ainsi, face aux accusations de vol, il rappelle \u00e0 ses d\u00e9tracteurs qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 pires que lui. C\u2019est dire, d\u00e8s lors, que ces derniers sont moins l\u00e9gitimes \u00e0 l\u2019accuser de pr\u00e9varication.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la m\u00eame veine, Laurent Gbagbo fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019accusation de trahison port\u00e9e contre Guillaume Soro en int\u00e9grant, dans son \u00e9nonc\u00e9, la voix du tiers : \u00ab Certains qui n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas pr\u00e9sents en ce moment, se l\u00e8vent et disent : \u201cSoro Guillaume est un tra\u00eetre !\u201d\u00a0\u00bb. \u00c0 partir de cette voix, il s\u2019interroge sur les victimes et l\u2019objet de la trahison : \u00ab Mais qui a-t-il trahi ? Par quel contrat \u00e9tait-il li\u00e9 \u00e0 eux ? Il faut qu\u2019ils le disent \u00bb. Pour rappel, dans le contexte ivoirien de 2002 \u00e0 2010, Guillaume Soro \u00e9tait le chef de la r\u00e9bellion qui a attaqu\u00e9 le pouvoir de Laurent Gbagbo. Une partie de l\u2019opinion a vu, derri\u00e8re cette attaque, les mains d\u2019Alassane Ouattara dont Guillaume Soro \u00e9tait tr\u00e8s proche. \u00c0 l\u2019instar d\u2019Alassane Ouattara qui a toujours ni\u00e9 \u00eatre le p\u00e8re de la r\u00e9bellion, Guillaume Soro s\u2019est toujours d\u00e9fendu d\u2019\u00eatre \u00e0 la solde du premier des r\u00e9publicains. La nomination de Soro comme Premier ministre par Laurent Gbagbo a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme un signe de son ralliement \u00e0 ce dernier au d\u00e9triment d\u2019Alassane Ouattara. De l\u00e0, d\u00e9coule l\u2019id\u00e9e d\u2019une trahison formul\u00e9e et diffus\u00e9e insidieusement dans les milieux proches de l\u2019ancien fonctionnaire du FMI. En reprenant cette opinion et en recourant \u00e0 la modalit\u00e9 interrogative sur la trahison suppos\u00e9e, Laurent Gbagbo revient sur l\u2019accusation de collusion entre la r\u00e9bellion et Ouattara, son adversaire qu\u2019il esp\u00e8re ainsi discr\u00e9diter quand bien m\u00eame ce dernier clamerait haut et fort son attachement \u00e0 la d\u00e9mocratie dans la conqu\u00eate du pouvoir d\u2019\u00e9tat.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de cette analyse de discours, il convient de retenir avant tout que l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive, consid\u00e9r\u00e9e du point de vue du dialogisme bakhtinien, \u00e9tendu par d\u2019autres th\u00e9oriciens, en termes d\u2019interdiscursivit\u00e9 et d\u2019interlocutivit\u00e9, est une propri\u00e9t\u00e9 du discours, en g\u00e9n\u00e9ral, et du discours politique, en particulier. C\u2019est pourquoi, on a pu noter clairement les traces de cette alt\u00e9rit\u00e9 discursive dans des fragments de discours que Laurent Gbagbo a tenu durant la pr\u00e9campagne \u00e9lectorale de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle ivoirienne de 2010. Il n\u2019y a pas \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 discursive est une v\u00e9ritable strat\u00e9gie de communication que l\u2019opposant historique \u00e0 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a choisi visiblement pour construire son image pr\u00e9sidentielle d\u2019homme de la situation et d\u00e9construire, c\u2019est de bonne guerre, celle des autres. \u00c0 tout prendre, notre analyse a bien montr\u00e9 que Laurent Gbagbo, en politicien aguerri, sait exploiter avec la plus grande dext\u00e9rit\u00e9 la technique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dialogique qui le m\u00eale inextricablement aux masses populaires.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth, 2005. De l&rsquo;apport d&rsquo;une distinction : dialogisme vs polyphonie dans l&rsquo;analyse argumentative. Dans Bres, Jacques <em>et al.<\/em> (dir.)<em>,<\/em> <em>Dialogisme et polyphonie <\/em>(63-73), Paris\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/dbu.bres.2005.01.0063\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/dbu.bres.2005.01.0063<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bakhtine, Mikha\u00efl, 1978 [1934]. <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 1em\">Bres, <\/span>Jacques,\u00a0<span style=\"font-size: 1em\">Haillet, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Pierre-Patrick, <\/span><span style=\"font-size: 1em\">Mellet, Sylvie<\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">, <\/span><span style=\"font-size: 1em\">Rosier, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Laurence,\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 1em\">Hennig, <\/span><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Nolke (dir.), 2005. <\/span><em style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">Dialogisme et polyphonie. Approches linguistiques<\/em><span style=\"text-indent: -1em;font-size: 1em\">. Paris\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulibaly, Nanourougo, 2019. \u00ab\u00a0 Moi, pr\u00e9sident\u2026\u00a0 \u00bb ou la mise en sc\u00e8ne du clivage sociopolitique b\u00e9ninois. <em>Communication<\/em> 36\/2. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/communication.10850\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/communication.10850<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulibaly, Nanourougo, Gounougo, Aboubakar, 2019. Dialogisme et argumentativit\u00e9 : le cas de la \u00ab une \u00bb dans la presse \u00e9crite ivoirienne. <em>INTERSTUDIA<\/em> 26, p.\u00a0125-136.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nowakowska, Aleksandra, Sarale, Jean-Marc, 2011. Le dialogisme : histoire, m\u00e9thodologie et perspectives d\u2019une notion fortement heuristique. <em>Cahiers de prax\u00e9matique<\/em> 57, p. 9-20. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/praxematique.1749\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/praxematique.1749<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nowakowska, Aleksandra, 2005. Dialogisme, polyphonie : des textes russes de M.\u00a0Bakhtine \u00e0 la linguistique contemporaine. Dans Bres, Jacques <em>et al<\/em>., (\u00e9ds.). <em>Dialogisme et polyphonie. <\/em><em>Approches linguistiques <\/em>(19-32). Paris\u00a0: De Boeck Sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Paveau, Marie-Anne, 2014. Les paroles ant\u00e9rieures selon Jean Peytard. Tiers-parlant et masse interdiscursive. Dans Mongi Madini, Andr\u00e9e Chauvin-Vileno, S\u00e9verine Equoy-Hutin. Jean Peytard (\u00e9ds), <em>Syntagmes et entailles<\/em> (113-125). Limoges\u00a0: Lambert-Lucas.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Perelman, Cha\u00efm, 2002. <em>L\u2019empire rh\u00e9torique. Rh\u00e9torique et argumentation<\/em>. Paris\u00a0: Librairie philosophique Vrin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Von\u00a0M\u00fcnchow, Patricia, 2004. Le discours rapport\u00e9 dans un forum de discussion sur l\u2019internet. <em>Les Carnets du Cediscor<\/em> 8, <a href=\"http:\/\/cediscor.revues.org\/702\">http:\/\/cediscor.revues.org\/702<\/a><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/nanourougo-coulibaly\">Nanourougo COULIBALY<\/a><\/strong><br \/>Enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Sp\u00e9cialiste de stylistique et rh\u00e9torique argumentative, ses travaux adressent les questions de persuasion et d\u2019argumentation dans les discours de l\u2019espace public en Afrique de l\u2019Ouest francophone. Il a particip\u00e9 \u00e0 plusieurs conf\u00e9rences internationales. Il est auteur de plusieurs publications (livres et articles scientifiques) sur le discours m\u00e9diatique, le discours \u00e9lectoral et sur la litt\u00e9rature francophone.<\/p>\n<p>Courriel : coulyna@yahoo.fr<br \/>\n<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-253-1\">Guillaume Soro, Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral des Forces Nouvelles. <a href=\"#return-footnote-253-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-253-2\">Ministre de la D\u00e9fense <a href=\"#return-footnote-253-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-253-3\">Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur <a href=\"#return-footnote-253-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-253-4\">Riche planteur. <a href=\"#return-footnote-253-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-253-5\">Riche planteur. <a href=\"#return-footnote-253-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-253-6\">Riches planteurs. <a href=\"#return-footnote-253-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":51,"menu_order":6,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["nanourougo-coulibaly"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[157],"license":[],"class_list":["post-253","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-argumentation","motscles-dialogisme","motscles-gbagbo","motscles-houphouet-boigny","motscles-interdiscours","keywords-argumentation","keywords-dialogism","keywords-discursive-otherness","keywords-gbagbo","keywords-houphouet-boigny","keywords-interdiscourse","motscles-autre-cacabare","motscles-autre-chi-inre-chou-ho","motscles-autre-chin-talare","motscles-autre-gbagbo","motscles-autre-houphouet-boigny","motscles-autre-wagbere-chi-in-re","contributor-nanourougo-coulibaly"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"version-history":[{"count":45,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/253\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":608,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/253\/revisions\/608"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/253\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=253"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=253"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=253"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}