{"id":2558,"date":"2026-06-08T05:53:50","date_gmt":"2026-06-08T03:53:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=2558"},"modified":"2026-08-14T20:47:47","modified_gmt":"2026-08-14T18:47:47","slug":"kouame-2026-3-1","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/kouame-2026-3-1\/","title":{"rendered":"Ixora ou la d\u00e9construction des normes sociales dans le discours litt\u00e9raire f\u00e9minin d\u2019Afrique francophone"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la litt\u00e9rature africaine f\u00e9minine d\u2019Afrique francophone, les figures f\u00e9minines se trouvent souvent au carrefour des traditions, des h\u00e9ritages coloniaux et des dynamiques de genre. \u00c0 travers ces personnages, les \u00e9crivaines contemporaines questionnent la place des femmes dans des soci\u00e9t\u00e9s en mutation. L\u00e9onora Miano, auteure franco-camerounaise, explore ces tensions dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, o\u00f9 le personnage d\u2019Ixora incarne une voix singuli\u00e8re, puissante et transgressive. Par son discours libre, son rapport assum\u00e9 au d\u00e9sir et son refus des injonctions patriarcales, Ixora remet en cause les normes sociales qui d\u00e9finissent la f\u00e9minit\u00e9 en contexte africain. L\u2019\u00e9tude d\u2019un tel personnage permet de mettre en lumi\u00e8re les formes de r\u00e9sistance face aux normes \u00e9tablies. Comment Ixora d\u00e9construit-elle les normes sociales dans le discours litt\u00e9raire francophone? En quoi participe-t-elle \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture des figures f\u00e9minines dans la litt\u00e9rature africaine d\u2019expression fran\u00e7aise? Comment L\u00e9onora Miano utilise-t-elle Ixora pour critiquer les normes de genre?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette \u00e9tude a pour objectif de mettre en lumi\u00e8re les formes de r\u00e9sistance face aux normes \u00e9tablies. Il s\u2019agira d\u2019analyser, \u00e0 travers le personnage d\u2019Ixora, la mani\u00e8re dont les normes sociales li\u00e9es au genre et \u00e0 la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine sont d\u00e9construites. Et comment le discours litt\u00e9raire, dans un contexte africain, devient un outil de critique sociale et politique, un lieu o\u00f9 les oppressions sont d\u00e9construites, et o\u00f9 de nouveaux r\u00e9cits f\u00e9minins peuvent \u00e9merger.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 1em\">Cadre conceptuel<\/span><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le cadre conceptuel pr\u00e9sente les principales notions qui permettent de comprendre et d\u2019analyser cette \u00e9tude. Il s\u2019agit ici du discours litt\u00e9raire, des normes sociales et du discours patriarcal, ainsi que les concepts d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le discours litt\u00e9raire<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours litt\u00e9raire est un concept introduit dans les ann\u00e9es 1990 par Dominique Maingueneau dans <em>Pragmatique pour le discours litt\u00e9raire <\/em>(1990). Il appara\u00eet dans un contexte marqu\u00e9 par la fin du structuralisme et par le d\u00e9veloppement de l\u2019analyse du discours et des th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation. On assiste alors \u00e0 une nouvelle mani\u00e8re de comprendre le fait litt\u00e9raire, \u00ab o\u00f9 le dit et le dire, le texte et son contexte sont indissociables \u00bb (Maingueneau, 2004, p. 5)<em>. <\/em>Le fait litt\u00e9raire est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme discours, au-del\u00e0 de sa forme textuelle et implique des conditions d\u2019\u00e9nonciation pr\u00e9cises. Chaque texte mobilise ainsi une sc\u00e9nographie particuli\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire les conditions de production de l\u2019\u0153uvre. Une topographie (l\u2019espace) et une chronographie (le temps) \u00e0 partir desquels se d\u00e9veloppe l\u2019\u00e9nonciation. Un autre aspect du discours litt\u00e9raire est son caract\u00e8re paratopique : \u00ab celui qui \u00e9nonce \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un discours constituant ne peut se placer ni \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ni \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 : il est vou\u00e9 \u00e0 nourrir son \u0153uvre du caract\u00e8re radicalement probl\u00e9matique de sa propre appartenance \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 \u00bb (Maingueneau, 2004, p. 52).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective, le discours litt\u00e9raire renvoie \u00e0 la mani\u00e8re dont une \u0153uvre mobilise le langage pour transmettre des id\u00e9es, des valeurs et des visions du monde. Dans<em> Cr\u00e9puscule du<\/em> <em>tourment<\/em>, cela se voit \u00e0 travers les diff\u00e9rentes voix f\u00e9minines et la mani\u00e8re dont le r\u00e9cit questionne les normes sociales et les rapports entre les hommes et les femmes.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">\u00a0Le discours patriarcal<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le <em>Dictionnaire <\/em><em>Libre et Cr\u00e9atif du F\u00e9minisme Africain<\/em>, \u00ab\u00a0le patriarcat est un syst\u00e8me social qui donne tous les privil\u00e8ges aux hommes, et qui impose des codes aux femmes, en bafouant leurs libert\u00e9s individuelles\u00a0\u00bb <em>(Le Dictionnaire libre et cr\u00e9atif du f\u00e9minisme africain<\/em>, p. 93)<em>.<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours patriarcal se r\u00e9f\u00e8re alors \u00e0 un syst\u00e8me de pens\u00e9e, de valeurs et de repr\u00e9sentations qui l\u00e9gitime et perp\u00e9tue la domination des hommes sur les femmes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cela veut dire que les femmes sont habit\u00e9es par des normes qui structurent un care, un prendre soin, compulsif, et que les hommes sont appel\u00e9s \u00e0 abandonner les comportements de care. Le patriarcat se maintient car la culture nous am\u00e8ne \u00e0 nous y conformer au nom de la normalit\u00e9, et nous incite \u00e0 consentir activement aux relations ainsi r\u00e9it\u00e9r\u00e9es tous les jours et partout dans le monde (Brug\u00e8re, 2020, p. 194).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi le discours patriarcal se manifeste par des id\u00e9es, des attitudes et des pratiques qui attribuent aux hommes un pouvoir, un statut sup\u00e9rieur et une autorit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9, au d\u00e9triment des femmes et des autres genres marginalis\u00e9s. Le patriarcat se per\u00e7oit non seulement dans les comportements individuels, mais aussi dans les structures sociales, \u00e9conomiques et politiques. Il y affleure sous forme de normes sociales. En effet, le patriarcat, en tant que syst\u00e8me de domination s\u2019impose comme une norme sociale dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s, dictant les r\u00f4les et comportements appropri\u00e9s pour chaque genre. Ainsi, les attentes de la soci\u00e9t\u00e9 concernant les r\u00f4les des hommes et des femmes (comme la femme devant rester \u00e0 la maison et l\u2019homme devant travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur) font partie des normes sociales patriarcales. Dans la litt\u00e9rature, les normes sociales patriarcales sont souvent critiqu\u00e9es et d\u00e9construites par des \u00e9crivains et \u00e9crivaines. Par exemple, dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano, le personnage d\u2019Ixora remet en question ces normes patriarcales qui cherchent \u00e0 la contraindre dans des r\u00f4les traditionnels de femme soumise et d\u00e9vou\u00e9e. Son discours devient un acte de r\u00e9bellion contre la norme sociale patriarcale.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Discours litt\u00e9raire et normes sociales<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours est \u00ab une voie d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la compr\u00e9hension du monde. Il reste un mode d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 pour comprendre la soci\u00e9t\u00e9, les id\u00e9ologies en circulation, les croyances, les repr\u00e9sentations et se pr\u00e9sente comme le lieu de l\u2019expression d\u2019une vision singuli\u00e8re du monde \u00bb (Lezou Koffi, 2018, p. 139).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours litt\u00e9raire ne refl\u00e8te pas seulement les normes sociales, il peut aussi les questionner, les remettre en question, gr\u00e2ce \u00e0 la mani\u00e8re dont le r\u00e9cit est construit et racont\u00e9. En effet, par le choix des personnages et des histoires racont\u00e9es, l\u2019auteur\u00b7e peut pr\u00e9senter les tensions, les contradictions, les rapports de pouvoir qui organisent la soci\u00e9t\u00e9. Le discours litt\u00e9raire devient un espace o\u00f9 les normes sociales sont pr\u00e9sent\u00e9es, remises en question et o\u00f9 d\u2019autres fa\u00e7ons de comprendre le monde sont propos\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Concepts mobilis\u00e9s dans cette \u00e9tude<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour mener \u00e0 bien cette \u00e9tude, nous mobiliserons les concepts d'intersectionnalit\u00e9 et d'agentivit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Sirma Bilge\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019intersectionnalit\u00e9 renvoie \u00e0 une th\u00e9orie transdisciplinaire visant \u00e0 appr\u00e9hender la complexit\u00e9 des identit\u00e9s et des in\u00e9galit\u00e9s sociales par une approche int\u00e9gr\u00e9e. Elle r\u00e9fute le cloisonnement et la hi\u00e9rarchisation des grands axes de la diff\u00e9renciation sociale que sont les cat\u00e9gories de sexe\/genre, classe, race, ethnicit\u00e9, \u00e2ge, handicap et orientation sexuelle (Bilge, 2009, p. 70).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'intersectionnalit\u00e9 est donc une approche th\u00e9orique qui permet d'analyser la mani\u00e8re dont diff\u00e9rentes formes de domination et de discrimination s'articulent et se renforcent mutuellement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette \u00e9tude, ce concept nous permettra de comprendre comment les rapports de genre s'entrecroisent avec les r\u00e9alit\u00e9s culturelles et sociales qui fa\u00e7onnent l'exp\u00e9rience d'Ixora.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept d'agentivit\u00e9 ou l\u2019\u00ab agency concerne donc l\u2019humain, sa capacit\u00e9 \u00e0 agir par-del\u00e0 les d\u00e9terminismes [\u2026] sa capacit\u00e9 \u00e0 se conformer certes, mais \u00e9galement celle de r\u00e9sister, de jouer et d\u00e9jouer, de transformer \u00bb (Haicault, 2012, p. 12). L'agentivit\u00e9 ne renvoie pas uniquement \u00e0 l'action, mais \u00e9galement \u00e0 la possibilit\u00e9 de contester, de transformer ou de subvertir les normes \u00e9tablies.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous nous int\u00e9resserons \u00e9galement \u00e0 la notion d'agentivit\u00e9 sexuelle, qui d\u00e9signe la capacit\u00e9 d'un individu \u00e0 disposer librement de son corps, \u00e0 exprimer ses d\u00e9sirs et \u00e0 exercer sa sexualit\u00e9 de mani\u00e8re autonome. Ce concept nous permettra d'analyser la mani\u00e8re dont Ixora construit son rapport au corps et \u00e0 la sexualit\u00e9 tout en remettant en question certaines normes patriarcales.<\/p>\r\n\r\n<h2>Cadre m\u00e9thodologique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette section pr\u00e9sente le cadre m\u00e9thodologique qui oriente l\u2019analyse du personnage d\u2019Ixora dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>de L\u00e9onora Miano. Elle pr\u00e9cise le corpus \u00e9tudi\u00e9 ainsi que les concepts th\u00e9oriques mobilis\u00e9s pour \u00e9clairer notre r\u00e9flexion. Il s\u2019agit de montrer en quoi les notions d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9 permettent de comprendre les rapports de pouvoir, les formes de domination et les strat\u00e9gies de r\u00e9sistance pr\u00e9sentes dans le texte.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9sentation du corpus<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre corpus est le roman <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano. Cette \u0153uvre met en sc\u00e8ne plusieurs voix f\u00e9minines qui interrogent les rapports de pouvoir, la sexualit\u00e9, le mariage, la maternit\u00e9 et les normes sociales dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines contemporaines.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage d'Ixora occupe une place importante dans cette r\u00e9flexion. Femme africaine, consciente de sa valeur, elle refuse de se conformer aux attentes sociales impos\u00e9es aux femmes. \u00c0 travers ses prises de position, ses choix amoureux et sa mani\u00e8re d'assumer sa sexualit\u00e9, elle remet en question les normes patriarcales qui cherchent \u00e0 contr\u00f4ler le corps et les d\u00e9sirs f\u00e9minins. Ixora est un personnage confront\u00e9 \u00e0 diverses formes de domination, mais qui se d\u00e9marque par une volont\u00e9 d'affirmation de soi. Son exp\u00e9rience montre les tensions entre h\u00e9ritage culturel, libert\u00e9 individuelle et qu\u00eate d'autonomie<strong>.<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour l\u2019analyse du personnage d\u2019Ixora dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, nous nous appuierons sur les concepts d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9. Le premier permettra de comprendre comment diff\u00e9rentes formes de rapports de pouvoir se croisent dans l\u2019exp\u00e9rience du personnage, car elle n\u2019est pas seulement confront\u00e9e aux contraintes li\u00e9es \u00e0 son statut de femme. Son parcours est \u00e9galement influenc\u00e9 par des r\u00e9alit\u00e9s culturelles et sociales qui participent \u00e0 la construction de son identit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept d\u2019agentivit\u00e9 est tout aussi important dans cette \u00e9tude, dans la mesure o\u00f9 il met l\u2019accent sur la capacit\u00e9 des individus \u00e0 agir malgr\u00e9 les contraintes qui p\u00e8sent sur eux. \u00c0 travers ses prises de position et ses choix, Ixora appara\u00eet comme un personnage qui ne se contente pas de subir les normes sociales. Elle les questionne, les contourne et les transgresse. Nous analyserons \u00e9galement sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019approprier son corps, \u00e0 exprimer ses d\u00e9sirs et \u00e0 exercer sa libert\u00e9 sexuelle en dehors des cadres traditionnellement impos\u00e9s aux femmes.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La mat\u00e9rialit\u00e9 linguistique et discursive des normes<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'analyse portera sur la mani\u00e8re dont les normes apparaissent dans le roman \u00e0 travers le langage. Il s'agira d'examiner les proc\u00e9d\u00e9s linguistiques \u00e0 travers lesquels les normes de genre sont construites, reproduites ou contest\u00e9es. Nous nous int\u00e9resserons donc aux choix lexicaux, aux modalit\u00e9s \u00e9nonciatives, ainsi qu'aux discours portant sur le corps, la sexualit\u00e9, le mariage et la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'objectif est d'identifier les discours normatifs qui encadrent les comportements f\u00e9minins et d'analyser la mani\u00e8re dont Ixora les n\u00e9gocie, les d\u00e9tourne ou les subvertit. Cette approche permettra de mettre en \u00e9vidence son agentivit\u00e9 et les strat\u00e9gies discursives par lesquelles elle participe \u00e0 la d\u00e9construction des normes patriarcales.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Analyse des normes sociales dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, les normes sociales structurent la vie des personnages et orientent leurs comportements, en particulier ceux des femmes.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La norme du patriarcat li\u00e9e au mariage et \u00e0 la maternit\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, le mariage est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une injonction sociale qui enferme les individus, surtout les femmes, dans des r\u00f4les codifi\u00e9s. Les personnages, notamment f\u00e9minins, sont confront\u00e9s \u00e0 des attentes sociales strictes : rester mari\u00e9e malgr\u00e9 les violences, ob\u00e9ir aux anciens, pr\u00e9server l\u2019honneur de la famille. Le personnage de Madame affirme en ce sens que : \u00ab Tu m\u2019aurais trouv\u00e9e plus digne si j\u2019avais pli\u00e9 bagage, exig\u00e9 que votre garde me soit confi\u00e9e. Hum, fils. Dans une soci\u00e9t\u00e9 telle que celle-ci, cette dignit\u00e9-l\u00e0 ne vaut pas grand-chose \u00bb <em>(Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 61<em>).<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La parole est adress\u00e9e par une m\u00e8re \u00e0 son fils, dans un cadre d\u2019intimit\u00e9. Elle revient sur un moment o\u00f9 elle aurait pu affirmer une autorit\u00e9 ou une ind\u00e9pendance plus visible. L\u2019usage du conditionnel pass\u00e9 \u00ab tu m\u2019aurais trouv\u00e9 \u00bb traduit un \u00e9cart entre ce qu\u2019attendait l\u2019interlocuteur et ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme sens\u00e9 dans un contexte soci\u00e9tal pr\u00e9cis. Madame, \u00e0 travers la phrase \u00ab si j\u2019avais pli\u00e9 bagage, exig\u00e9 que votre garde me soit confi\u00e9e \u00bb, rejette une forme de dignit\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 l\u2019action de partir et de r\u00e9clamer la garde des enfants au profit d\u2019une strat\u00e9gie plus contextualis\u00e9e et r\u00e9aliste. Elle \u00e9voque les normes du mariage dans la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle vit et dont elle ma\u00eetrise les rouages quand elle affirme, \u00ab dans cette soci\u00e9t\u00e9 telle que celle-ci \u00bb o\u00f9 l\u2019expression de la dignit\u00e9 f\u00e9minine est minor\u00e9e, voire discr\u00e9dit\u00e9e : \u00ab cette dignit\u00e9-l\u00e0 ne vaut pas grand-chose \u00bb. Elle affirme ensuite : \u00ab Ce que j\u2019ai v\u00e9cu dans cette maison est une atrocit\u00e9. Sans l\u2019avoir voulue, je l\u2019ai suscit\u00e9e, puis entretenue. Oui j\u2019aurais pu m\u2019en aller. Et vivre. M\u00eame sans mari. La soci\u00e9t\u00e9 ne m\u2019aurait pas tout \u00e0 fait rejet\u00e9e : j\u2019\u00e9tais devenue m\u00e8re. Mon honneur \u00e9tait sauf \u00bb<em> (Cr\u00e9puscule du Tourment<\/em>, p. 70<em>).<\/em><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Toujours dans une posture introspective, Madame parle de son exp\u00e9rience conjugale en affirmant \u00ab ce que j\u2019ai v\u00e9cu dans cette maison \u00bb. La maison suppos\u00e9e \u00eatre un cadre de la norme familiale, un refuge, un espace libre, est devenue un lieu de violence extr\u00eame per\u00e7u \u00e0 travers l\u2019emploi du mot \u00ab atrocit\u00e9 \u00bb. Ce terme renvoie \u00e0 une souffrance extr\u00eame, voire inhumaine li\u00e9e \u00e0 la violence domestique dont Madame fut victime dans son foyer. Une violence \u00e0 laquelle elle aurait pu \u00e9chapper, elle le reconnait. Mais, le conditionnel pass\u00e9 utilis\u00e9 dans les phrases \u00ab Oui j\u2019aurais pu m\u2019en aller \u00bb, \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 ne m\u2019aurait pas tout \u00e0 fait rejet\u00e9e \u00bb introduit successivement une action non r\u00e9alis\u00e9e et une hypoth\u00e8se. En effet, partir de la maison du mari \u00ab Et vivre. Sans mari \u00bb auraient certes, suscit\u00e9 le rejet de la soci\u00e9t\u00e9, mais par la maternit\u00e9 ce rejet aurait \u00e9t\u00e9 partiel. L\u2019adverbe \u00ab tout \u00e0 fait \u00bb nuance la port\u00e9e du rejet et une certaine acceptation restait possible.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, le mariage et la maternit\u00e9 se posent comme normes sociales. Madame craint le rejet social, elle mesure son acceptabilit\u00e9 en fonction de son statut marital et maternel. La maternit\u00e9 appara\u00eet tout de m\u00eame comme un rempart, elle sauve la femme du rejet total et devient un \u00e9l\u00e9ment de l\u00e9gitimation sociale.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La norme du silence et de la soumission f\u00e9minine<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le silence et la soumission f\u00e9minine apparaissent comme un principe enracin\u00e9 dans l\u2019\u00e9ducation des femmes. Elles doivent se taire, supporter et int\u00e9rioriser la douleur. Laquelle est consid\u00e9r\u00e9e comme constitutive de leur condition. Le silence devient outil de survie dans un monde patriarcal o\u00f9 la parole f\u00e9minine est ignor\u00e9e. Cette norme se r\u00e9sume dans le passage suivant :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00catre femme, c\u2019est serrer les dents \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, s\u2019accrocher un sourire sur le visage. C\u2019est endurer chaque instant. Encaisser les coups du mari. Savoir qu\u2019on lui appartient sans le poss\u00e9der. [\u2026] Les femmes doivent donner du plaisir, pas en prendre. Ce n\u2019est pour rien qu\u2019on leur enseigne la mesure, dans le geste, dans le ton. Ne pas marcher trop vite. Ne pas \u00e9lever la voix. Manger peu en public (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 239).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le passage est rapport\u00e9 en discours indirect libre; la parole attribu\u00e9e \u00e0 une femme, Camilla, qui transmet \u00e0 sa fille une conception normative du f\u00e9minin. Le champ lexical de la souffrance et de la ma\u00eetrise de soi (serrer les dents, s\u2019accrocher, encaisser, endurer) illustre la soumission et le silence attendus de la femme. Elle doit \u00eatre objet de plaisir \u00ab donner du plaisir, pas en prendre \u00bb et r\u00e9primer ses \u00e9lans vitaux \u00ab Ne pas marcher trop vite \u00bb, \u00ab ne pas \u00e9lever la voix \u00bb, \u00ab manger peu en public \u00bb. Camilla parle comme une initi\u00e9e qui sait ce que signifie \u00eatre femme. Le ton normatif \u00e0 travers le verbe \u00ab doivent \u00bb traduit une injonction int\u00e9rioris\u00e9e : le discours n\u2019est pas simplement descriptif, il prescrit des conduites. En plus, l'utilisation du pr\u00e9sent de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale installe des v\u00e9rit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es comme immuables. Cet extrait de <em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>met en sc\u00e8ne un discours patriarcal int\u00e9rioris\u00e9 transmis de m\u00e8re \u00e0 fille, dans une perspective de reproduction des normes de genre. Madame, l\u2019a tr\u00e8s bien compris pour l\u2019avoir appliqu\u00e9 \u00e0 son tour\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il n\u2019y a pas de place pour la romance, pour les mi\u00e8vreries, dans la vie des femmes d\u2019ici. Sous ces latitudes o\u00f9 le ciel n\u2019est ni un abri, ni un recours, \u00eatre femme, c\u2019est mettre \u00e0 mort son c\u0153ur. Si l\u2019on n\u2019y parvient pas il faut au moins le museler. Qu\u2019il se taise. Le tenir en laisse. Qu\u2019il ne nous entraine pas o\u00f9 bon lui semble. Le dresser \u00e0 n\u2019ob\u00e9ir qu\u2019\u00e0 la raison (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 10).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce discours du personnage de Madame s\u2019inscrit \u00e9galement dans un registre normatif et contraignant. L\u2019expression \u00ab Sous ces latitudes o\u00f9 le ciel n\u2019est ni un abri, ni un recours \u00bb pr\u00e9sente le contexte social et g\u00e9ographique dans lequel \u00e9voluent les femmes. Le terme \u00ab latitudes \u00bb renvoie \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019absence de protection, car \u00ab le ciel \u00bb, souvent associ\u00e9 \u00e0 Dieu, \u00e0 la providence est d\u00e9sacralis\u00e9 et vid\u00e9 de sa fonction de protection et de refuge, il \u00ab n\u2019est ni un abri, ni un recours \u00bb. L\u2019extrait pr\u00e9sente un environnement o\u00f9 la femme ne peut compter ni sur les institutions sociales ni sur une puissance sup\u00e9rieure. Et pour survivre dans une telle soci\u00e9t\u00e9, la femme doit \u00ab mettre \u00e0 mort son c\u0153ur \u00bb, neutraliser ses \u00e9motions, ses souffrances, son int\u00e9riorit\u00e9 pour correspondre \u00e0 l\u2019image attendue. L\u2019encha\u00eenement des expressions (le museler, qu\u2019il se taise, le tenir en laisse, le dresser) illustre la discipline \u00e9motionnelle qu\u2019on demande aux femmes. Celles-ci sont ainsi assimil\u00e9es aux animaux sauvages qu\u2019il faut domestiquer. Le narrateur montre que, dans cette soci\u00e9t\u00e9, on attend des femmes qu\u2019elles \u00e9touffent leurs \u00e9motions pour survivre. En m\u00eame temps, il fait sentir que cette exigence est dure et injuste, en montrant \u00e0 quel point elle les oblige \u00e0 se renier.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La norme sexuelle h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9e<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> met en lumi\u00e8re la pr\u00e9gnance d\u2019une norme sexuelle h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9e qui structure les rapports de genre et la sexualit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9; l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 qui est consid\u00e9r\u00e9e comme la norme, la seule orientation l\u00e9gitime o\u00f9 la femme est cens\u00e9e satisfaire les d\u00e9sirs de l\u2019homme sans en avoir elle-m\u00eame : \u00ab C\u2019est un homme et lui seul me touche. Lui seul me p\u00e9n\u00e8tre. M\u2019entend g\u00e9mir puis crier son nom. Lui seul me voit mourir et renaitre. J\u2019ai besoin de donner ce qu\u2019il souhaite recevoir. C\u2019est l\u2019union id\u00e9ale \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 99).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019extrait est structur\u00e9 par l\u2019anaphore \u00ab Lui seul \u00bb qui insiste sur l\u2019exclusivit\u00e9 du lien entre Amandla, la locutrice et cet homme, son amant. Cette r\u00e9p\u00e9tition rythme l\u2019extrait et renforce l\u2019id\u00e9e du d\u00e9vouement total de la femme \u00e0 l\u2019homme. Le fait que ce soit \u00ab un homme et lui seul \u00bb montre une vision h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9e de la sexualit\u00e9 o\u00f9 le plaisir et l\u2019\u00e9panouissement de la femme n\u2019existent qu\u2019\u00e0 travers le corps masculin. Le champ lexical du corps et de la sexualit\u00e9 (touche, p\u00e9n\u00e8tre, g\u00e9mir, crier, mourir et renaitre) r\u00e9v\u00e8le une exp\u00e9rience sexuelle intense qui va au-del\u00e0 du moment intime et \u00e9rotique pour atteindre une forme de transformation existentielle per\u00e7ue par le fait de \u00ab mourir et de renaitre \u00bb. La phrase \u00ab J\u2019ai besoin de donner ce qu\u2019il souhaite recevoir \u00bb montre que la femme fait passer les d\u00e9sirs de l\u2019homme avant les siens. Sa propre volont\u00e9 d\u00e9pend de ce que l\u2019homme attend d\u2019elle. Ce qui parait \u00eatre selon Amandla \u00ab l\u2019union id\u00e9ale \u00bb o\u00f9 la femme se r\u00e9alise en donnant du plaisir \u00e0 l\u2019homme, non en en recevant. Et o\u00f9 toute autre pratique sexuelle, en dehors de celle-ci, est consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9viance. L\u2019extrait suivant : \u00ab En compagnie des anciennes de Vieux Pays, la nganga avait c\u00e9l\u00e9br\u00e9 des unions entre femmes, des abominations \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 12) pr\u00e9sente \u00ab les unions entre femmes \u00bb comme \u00ab des abominations \u00bb, ce qui refl\u00e8te une norme h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019id\u00e9e selon laquelle seules les relations entre un homme et une femme sont naturelles et acceptables. Le mot \u00ab abominations \u00bb montre que ces unions entre personnes de m\u00eame sexe sont rejet\u00e9es, vues comme contre-nature, interdites et honteuses par la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par les personnages f\u00e9minins de <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>. La mention des mots \u00ab\u00a0anciennes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la nganga\u00a0\u00bb soulignent que ces pratiques existaient, m\u00eame si elles sont marginalis\u00e9es. Cela montre que d\u2019autres formes de sexualit\u00e9 ont exist\u00e9 mais sont effac\u00e9es ou diabolis\u00e9es par la norme dominante, qui valorise l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 comme seule voie l\u00e9gitime, renfor\u00e7ant ainsi la domination d\u2019un mod\u00e8le patriarcal et normatif.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>expose les normes sociales qui p\u00e8sent sur les femmes, les enfermant dans des r\u00f4les pr\u00e9d\u00e9finis et souvent ali\u00e9nants. Pourtant, face \u00e0 ces r\u00e8gles, certaines figures f\u00e9minines s\u2019\u00e9l\u00e8vent en contre-mod\u00e8le. C\u2019est le cas d\u2019Ixora, l\u2019un des personnages f\u00e9minins du corpus, qui incarne une forme de r\u00e9sistance active. Par ses choix de vie, sa parole libre et sa sexualit\u00e9 assum\u00e9e. Ixora d\u00e9construit progressivement les normes qui fondent l\u2019ordre patriarcal.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La d\u00e9construction des normes sociales<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 l\u2019emprise des normes sociales qui r\u00e9gissent les rapports de genre, <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> donne aussi \u00e0 voir des trajectoires f\u00e9minines qui s\u2019\u00e9cartent de l\u2019ordre \u00e9tabli. La d\u00e9construction des normes devient non seulement un acte de survie, mais aussi une revendication de libert\u00e9. \u00c0 travers Ixora, le\u2219la lecteur\u2219rice explore les moyens par lesquels les femmes r\u00e9sistent, subvertissent les r\u00f4les attendus, et affirment leur subjectivit\u00e9. Cette section s\u2019int\u00e9resse donc aux strat\u00e9gies discursives par lesquelles Ixora se r\u00e9approprie sa parole, son corps et sa capacit\u00e9 d\u2019agir.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La remise en question des normes patriarcales<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage d\u2019Ixora dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> conteste l\u2019ordre patriarcal qui structure les relations sociales et conjugales. Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la femme est traditionnellement per\u00e7ue comme \u00e9pouse soumise et gardienne de l\u2019honneur familial, Ixora refuse les injonctions impos\u00e9es. Le personnage conteste l\u2019id\u00e9ologie du patriarcat, elle ne se soumet pas aux attentes genr\u00e9es impos\u00e9es aux femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je me demande ce que dirait ta m\u00e8re en apprenant que j\u2019ai rompu nos fian\u00e7ailles, d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00e9pouser son fils, compris que ma vie \u00e9tait ailleurs, que je souhaitais la vivre apr\u00e8s l\u2019avoir train\u00e9e comme un boulet, c\u2019\u00e9tait n\u2019importe quoi de toute fa\u00e7on, l\u2019histoire de notre couple, nous les avions l\u2019un et l\u2019autre mais bon, on \u00e9tait des \u00eatres \u00e0 la d\u00e9rive, on allait au moins faire cela, se cramponner l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, devenir le radeau de l\u2019un et l\u2019autre, cela n\u2019aurait pas emp\u00eacher quoi que ce soit, c\u2019\u00e9tait simplement un peu moins triste de n\u2019\u00eatre pas seul face au d\u00e9sastre\u2026 (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 140).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s l\u2019entame de l\u2019extrait, \u00ab Je me demande ce que dirait ta m\u00e8re \u00bb, Ixora pr\u00e9sente le rapport au regard social (la m\u00e8re). Elle souligne la pression sociale et familiale sur la femme, \u00e0 travers le regard maternel, souvent complice du patriarcat. Mais cette interrogation indirecte est vite balay\u00e9e par la d\u00e9termination de la locutrice \u00e0 s\u2019\u00e9manciper. Elle refuse de se conformer au sch\u00e9ma conjugal normatif \u00ab j\u2019ai rompu nos fian\u00e7ailles, d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00e9pouser son fils \u00bb. L\u2019\u00e9nonciatrice pose un acte de refus \u00e0 travers le verbe \u00ab j\u2019ai rompu \u00bb, ce qui constitue une transgression de la norme \u00ab h\u00e9t\u00e9ro-conjugale \u00bb, attendue de la femme dans l\u2019ordre patriarcal. Ixora s\u2019exprime librement, elle est engag\u00e9e, et pose une action pour sa lib\u00e9ration, ce qui marque l\u2019agentivit\u00e9 f\u00e9minine, \u00ab j\u2019ai compris que ma vie \u00e9tait ailleurs, que je souhaitais la vivre apr\u00e8s l\u2019avoir train\u00e9e comme un boulet \u00bb. Par l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation, elle affirme son droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination. Il s\u2019agit d\u2019un discours de lib\u00e9ration : une lib\u00e9ration du poids de la vie, d\u2019une relation subie, assimil\u00e9e \u00e0 \u00ab un boulet \u00bb et d\u00e9sormais rejet\u00e9e. Cette rupture ne devient pas seulement synonyme de renaissance individuelle, mais aussi une d\u00e9nonciation d\u2019un mod\u00e8le relationnel factice \u00ab c\u2019\u00e9tait n\u2019importe quoi de toute fa\u00e7on, l\u2019histoire de notre couple \u00bb, Ixora d\u00e9monte l\u2019id\u00e9alisation du couple comme refuge. Elle montre que l\u2019union, loin d\u2019\u00eatre un choix libre, \u00e9tait une strat\u00e9gie de survie sociale, impos\u00e9e plus que d\u00e9sir\u00e9e. Contrairement au personnage de Madame, Ixora refuse le r\u00f4le de l\u2019\u00e9pouse ou de la m\u00e8re sacrificielle. Cet extrait illustre une posture discursive de lucidit\u00e9, de rupture et de r\u00e9sistance face aux normes sociales li\u00e9es au couple, \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 f\u00e9minine et \u00e0 la soumission affective.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La maternit\u00e9 revisit\u00e9e<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, la maternit\u00e9 est interrog\u00e9e, r\u00e9\u00e9valu\u00e9e et parfois m\u00eame d\u00e9tourn\u00e9e de sa repr\u00e9sentation traditionnelle. Ixora r\u00e9cuse le mod\u00e8le de la m\u00e8re sacrificielle. Elle refuse d\u2019\u00eatre r\u00e9duite \u00e0 ce r\u00f4le, \u00e0 cette fonction maternelle, au d\u00e9triment de son individualit\u00e9. Elle dit par exemple : \u00ab le d\u00e9sir d\u2019\u00e9treindre Masasi me vienne, encore plus imp\u00e9rieux, faut-il craindre de l\u2019avouer, que celui d\u2019embrasser Kabral, mon fils rest\u00e9 chez Madame, l\u2019enfant que tu as adopt\u00e9, celui que tu voulais voir grandir pour devenir, toi-m\u00eame, un homme \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 185-186).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La phrase \u00ab\u00a0le d\u00e9sir d\u2019\u00e9treindre Masasi me vienne, encore plus imp\u00e9rieux, faut-il craindre de l\u2019avouer, que celui d\u2019embrasser Kabral\u00a0\u00bb hi\u00e9rarchise deux \u00e9lans\u00a0: l\u2019amour maternel et le d\u00e9sir charnel. Et le d\u00e9sir charnel plac\u00e9 en premier par l\u2019usage du superlatif relatif de sup\u00e9riorit\u00e9, \u00ab<em> plus imp\u00e9rieux \u00bb,<\/em> qui souligne la force du d\u00e9sir d\u2019Ixora pour Masasi, son amante, montre une rupture avec l\u2019id\u00e9e que la m\u00e8re doit toujours prioriser son enfant. Elle compare ce d\u00e9sir \u00e0 celui, maternel, bravant un tabou majeur : celui de l\u2019ordre affectif sacralis\u00e9 entre m\u00e8re et enfant. Elle ne renie pas l\u2019amour maternel, mais affirme une priorit\u00e9 du d\u00e9sir de soi en tant que femme. Le passage \u00ab Kabral, mon fils rest\u00e9 chez Madame \u00bb, montre que la maternit\u00e9 peut \u00eatre d\u00e9lest\u00e9e de l\u2019id\u00e9e de possession ou d\u2019abn\u00e9gation totale, car une autre femme, en l\u2019occurrence Madame, dans cet extrait, pourrait s\u2019en occuper. Ixora valorise un d\u00e9sir sexuel et d\u00e9nonce indirectement l\u2019injonction faite aux femmes de renoncer \u00e0 elles-m\u00eames une fois m\u00e8re. Elle red\u00e9finit la maternit\u00e9\u00a0: elle est m\u00e8re, mais elle est aussi amante, femme libre.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La r\u00e9appropriation du corps et de la sexualit\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte social o\u00f9 la sexualit\u00e9 f\u00e9minine est souvent contr\u00f4l\u00e9e, tue ou r\u00e9duite au devoir conjugal, Ixora reprend possession de son corps et de son d\u00e9sir. Elle affirme : \u00ab Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, tol\u00e9r\u00e9 l\u2019intromission en moi d\u2019un p\u00e9nis \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 187). Cette phrase souligne le refus d\u2019Ixora face \u00e0 une sexualit\u00e9 centr\u00e9e sur la p\u00e9n\u00e9tration. La n\u00e9gation dans la phrase \u00ab je n\u2019ai jamais aim\u00e9 \u00bb montre que cette sexualit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas choisie mais subie, v\u00e9cue sans d\u00e9sir ni plaisir. L\u2019expression \u00ab tol\u00e9r\u00e9 l\u2019intromission \u00bb souligne la violence per\u00e7ue de l\u2019acte, une violence endur\u00e9e lors de l\u2019acte. \u00c0 travers cette prise de parole, Ixora ne se d\u00e9finit plus par les normes sociales li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9, elle se r\u00e9approprie son corps, ses d\u00e9sirs et passe d\u2019une sexualit\u00e9 subie \u00e0 une sexualit\u00e9 choisie et lib\u00e9r\u00e9e avec Masasi. Dans l\u2019extrait suivant : \u00ab On dira ce que l\u2019on voudra sur mon passage, je traverserai la ville enti\u00e8re et j\u2019irai la trouver [\u2026] il sera tard quand je me glisserai dans ses bras pour y trouver l\u2019apaisement et tout le reste \u00bb<em> (Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 167<em>), <\/em>Ixora affirme son intention de traverser l\u2019espace public sans se soucier du qu\u2019en-dira-t-on : \u00ab On dira ce que l\u2019on voudra \u00bb Ici, elle montre une prise de distance vis-\u00e0-vis du jugement collectif. Elle est pr\u00eate \u00e0 assumer ses actes, m\u00eame si cela suscite des murmures et des critiques. L\u2019occurrence du futur et la volition pr\u00e9sente dans cet extrait : \u00ab Je traverserai la ville enti\u00e8re \u00bb traduisent non seulement un d\u00e9placement symbolique, mais \u00e9galement la volont\u00e9 d\u2019Ixora \u00e0 prendre son destin en main. Cette mobilit\u00e9 montre la qu\u00eate du d\u00e9sir, du r\u00e9confort dans une relation choisie, \u00ab je me glisserai dans ses bras pour y trouver l\u2019apaisement et tout le reste \u00bb, cette phrase \u00e9voque \u00e0 la fois la tendresse et le d\u00e9sir. Il s\u2019agit d\u2019un choix personnel assum\u00e9 en dehors des conventions, o\u00f9 Ixora trouve \u00ab l\u2019apaisement et tout le reste \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un soulagement \u00e9motionnel, la pl\u00e9nitude affective et \u00e9motionnelle. Le pronom personnel sujet je, dans les phrases suivantes \u00ab je traverserai, j\u2019irai, je me glisserai \u00bb souligne une subjectivit\u00e9 active. Ixora devient le sujet de son d\u00e9sir, renversant les r\u00f4les traditionnels passifs attribu\u00e9s \u00e0 la femme. Elle transgresse ainsi les normes \u00e9tablies relatives \u00e0 la sexualit\u00e9 en revendiquant son droit \u00e0 op\u00e9rer ses propres choix, en parcourant la ville enti\u00e8re pour vivre un amour consid\u00e9r\u00e9 comme une d\u00e9viance, aux yeux de tous et sans honte. Cela correspond bien \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une performativit\u00e9 du genre telle qu\u2019envisag\u00e9e par Judith Butler dans <em>Trouble dans le genre (<\/em>Butler, 2005). Ces extraits proposent une d\u00e9construction radicale des normes sexuelles patriarcales par une voix f\u00e9minine introspective et critique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>d\u00e9peint une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les femmes sont enferm\u00e9es dans des normes sociales rigides. Elles doivent \u00eatre soumises, silencieuses, h\u00e9t\u00e9rosexuelles et m\u00e8res honorables et vivre m\u00eame dans la douleur. Ces normes sont pr\u00e9sent\u00e9es comme naturelles, mais elles sont en r\u00e9alit\u00e9 construites et impos\u00e9es par une culture patriarcale. \u00c0 travers le r\u00e9cit d\u2019Ixora, l\u2019auteure montre que ces r\u00e8gles peuvent \u00eatre refus\u00e9es, d\u00e9tourn\u00e9es, transform\u00e9es. Ixora ne se contente pas d\u2019exister dans le cadre fix\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, elle pense, agit, ressent, et s\u2019affirme en dehors de ce que l\u2019on attend d\u2019elle. Elle remet en cause la domination masculine et la sexualit\u00e9 impos\u00e9e. L\u2019\u0153uvre donne ainsi la parole aux femmes qui r\u00e9sistent et reconstruisent leur identit\u00e9. En s\u2019appuyant sur les concepts de genre, d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9, cette \u00e9tude a permis de mieux comprendre comment Ixora, dans ce roman, prend en main sa vie, brise le silence et explore d\u2019autres possibles. L\u00e9onora Miano est une voix importante de la litt\u00e9rature f\u00e9minine contemporaine et \u00e0 l\u2019instar de plusieurs autres \u00e9crivaines, elle met ses \u0153uvres au service de la d\u00e9construction des normes sociales. Ce qui rapproche ce roman d\u2019un discours f\u00e9ministe.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"PDq2pG_selectionAnchorContainer hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"79\" data-end=\"210\">Bilge, Sirma. 2009. Th\u00e9orisations f\u00e9ministes de l\u2019intersectionnalit\u00e9. <em data-start=\"149\" data-end=\"158\">Diog\u00e8ne<\/em>, 225, 70-88. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/dio.225.0070\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"174\" data-end=\"210\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/dio.225.0070<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"212\" data-end=\"359\">Brug\u00e8re, Fabienne. 2020. La persistance du patriarcat. <em data-start=\"267\" data-end=\"279\">Multitudes<\/em>, 79, 193-198. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-multitudes-2020-2-page-193?lang=fr\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"296\" data-end=\"359\">https:\/\/shs.cairn.info\/revue-multitudes-2020-2-page-193?lang=fr<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"361\" data-end=\"430\">Butler, Judith. 2005. <em data-start=\"383\" data-end=\"406\">Trouble dans le genre<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"432\" data-end=\"608\">Haicault, Monique. 2012. Autour d\u2019<em data-start=\"466\" data-end=\"474\">agency<\/em>. Un nouveau paradigme pour les recherches de genre. <em data-start=\"527\" data-end=\"551\">Rives m\u00e9diterran\u00e9ennes<\/em>, 41, 11-24. <a class=\"decorated-link\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/rives\/4105\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"566\" data-end=\"608\">http:\/\/journals.openedition.org\/rives\/4105<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"610\" data-end=\"783\">Lezou Koffi, Aim\u00e9e-Danielle. 2018. Expressions et sens du genre. Une lecture de <em data-start=\"690\" data-end=\"714\">Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano. Dans <em data-start=\"738\" data-end=\"772\">La travers\u00e9e culturelle du genre<\/em> (139-160).<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"785\" data-end=\"873\">Maingueneau, Dominique. 1990. <em data-start=\"815\" data-end=\"856\">Pragmatique pour le discours litt\u00e9raire<\/em>. Paris : Bordas.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"875\" data-end=\"986\">Maingueneau, Dominique. 2004. <em data-start=\"905\" data-end=\"963\">Le discours litt\u00e9raire. Paratopie et sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation<\/em>. Paris : Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"988\" data-end=\"1052\">Miano, L\u00e9onora. 2016. <em data-start=\"1010\" data-end=\"1034\">Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>. Paris : Grasset.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette \u00e9tude propose d\u2019\u00e9tudier la d\u00e9construction des normes sociales dans le roman <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano. \u00c0 travers l\u2019Analyse du Discours intersectionnel et la notion d\u2019agentivit\u00e9, elle pr\u00e9sente d\u2019une part les normes patriarcales, h\u00e9ritage perp\u00e9tu\u00e9 par certains personnages f\u00e9minins et d\u2019autre part la d\u00e9construction de ces normes par le personnage d\u2019Ixora, personnage confront\u00e9 \u00e0 de multiples oppressions. L\u2019\u00e9tude interroge donc la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9criture romanesque donne la voix aux femmes marginalis\u00e9es, d\u00e9construit les normes sociales et les rapports de pouvoir, red\u00e9finit les r\u00f4les sociaux et inscrit de nouveaux mod\u00e8les de genre.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/agentivite\/\">Agentivit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/deconstruction\/\">D\u00e9construction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/discours-litteraire\/\">Discours litt\u00e9raire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/intersectionnalite\/\">Intersectionnalit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/leonora-miano\/\">L\u00e9onora Miano<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/norme-sociale\/\">norme sociale<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Ixora or the deconstruction of social norms in francophone african women\u2019s literary discourse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This study examines the deconstruction of social norms in L\u00e9onora Miano&rsquo;s novel <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>. Through intersectional discourse analysis and the concept of agency, it presents, on the one hand, patriarchal norms a legacy perpetuated by certain female characters and, on the other hand, the deconstruction of these norms by the character of Ixora, a character confronted with multiple forms of oppression. The study thus explores how the novel gives voice to marginalized women, deconstructs social norms and power relations, redefines social roles, and establishes new gender models.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/agency\/\">Agency<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/deconstruction\/\">Deconstruction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/intersectionality\/\">Intersectionality<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/leonora-miano\/\">L\u00e9onora Miano<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/literary-discourse\/\">Literary Discourse<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/social-norms\/\">Social Norms<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Baoul\u00e9)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Ixora ou lalafou\u00e8 nigu\u00e9 nga b\u00e9 yo li b\u00e9 mun, b\u00e9 yo min koun, fluwa nga b\u00f4 bla m\u00f4 b\u00e8 kl\u00e8, kl\u00f4 nga b\u00e8 kan franse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lik\u00e9 nga ti mon \u00e9 sou di djouman nga, y\u00e8 l\u00e8 k\u00e8 lalafou\u00e8 nigu\u00e9 nga b\u00e9 yo li b\u00e9 mun, b\u00e9 yo min koun. I s\u00f4 nd\u00e8 y\u00e8 Leonora Miano \u00f4 kin-hin i fluwa nga b\u00e8 fl\u00e8 k\u00e8 <em>Crepuscule du tourment<\/em> i nouhon. Dj\u00f4l\u00e8 sin boul\u00e8 \u00f4 ni lik\u00e8 nga sran klwa y\u00f4, i sou y\u00e8, \u00e9 djran \u00e9 di djouman so nion. \u00c9 wunk\u00e8 Leonora Miano, bou\u00e8 koun sou \u00f4 yi lalafou\u00e8 nigu\u00e9 b\u00e9 nwl\u00f4. Bou\u00e9 ofl\u00e8 sou, Ixora sran bla mon aff\u00e8 dan \u00f4 w\u00f4 isou, b\u00f4 b\u00e9 kan i deh fluwa s\u00f4 nou, w\u00f4 bouman nigu\u00e9 s\u00f4 b\u00e9 wi\u00e9, w\u00f4 bouman be like fi. w\u00f4 tik\u00e9 fluwa nga b\u00e9fl\u00e8 roman ikl\u00e8l\u00e8 nou, Miano \u00f4 man bla nga b\u00e9 bou man b\u00e9 sran b\u00e9 ati k\u00e8, b\u00e8 woudjo, fluwa s\u00f4 \u00f4 bouman lalafou\u00e8 nigu\u00e9 mou b\u00e9 likefi, \u00f4 kp\u00e8 ni nigu\u00e9 oufl\u00e8 b\u00e9ba.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Baoul\u00e9)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/awlo-ni-ngbanan\/\">awlo ni n\u2019gbanan<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/kasa-a-w%cd%bb-nwoma-mu\/\">kasa a w\u037b nwoma mu<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/lalafoue-nigue-nga-be-yo-li-be-mun-be-yo-min-koun\/\">lalafou\u00e8 nigu\u00e9 nga b\u00e9 yo li b\u00e9 mun b\u00e9 yo min koun<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/leonora-miano\/\">Leonora Miano<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/nigue-bo-be-yo-klo-nou\/\">nigu\u00e9 b\u00f4 b\u00e9 y\u00f4 kl\u00f4 nou<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/nya-bebree-ahyiahyia\/\">nya bebree ahyiahyia<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>31 octobre 2025<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>31 mai 2026<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>10 ao\u00fbt 2026<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la litt\u00e9rature africaine f\u00e9minine d\u2019Afrique francophone, les figures f\u00e9minines se trouvent souvent au carrefour des traditions, des h\u00e9ritages coloniaux et des dynamiques de genre. \u00c0 travers ces personnages, les \u00e9crivaines contemporaines questionnent la place des femmes dans des soci\u00e9t\u00e9s en mutation. L\u00e9onora Miano, auteure franco-camerounaise, explore ces tensions dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, o\u00f9 le personnage d\u2019Ixora incarne une voix singuli\u00e8re, puissante et transgressive. Par son discours libre, son rapport assum\u00e9 au d\u00e9sir et son refus des injonctions patriarcales, Ixora remet en cause les normes sociales qui d\u00e9finissent la f\u00e9minit\u00e9 en contexte africain. L\u2019\u00e9tude d\u2019un tel personnage permet de mettre en lumi\u00e8re les formes de r\u00e9sistance face aux normes \u00e9tablies. Comment Ixora d\u00e9construit-elle les normes sociales dans le discours litt\u00e9raire francophone? En quoi participe-t-elle \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture des figures f\u00e9minines dans la litt\u00e9rature africaine d\u2019expression fran\u00e7aise? Comment L\u00e9onora Miano utilise-t-elle Ixora pour critiquer les normes de genre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette \u00e9tude a pour objectif de mettre en lumi\u00e8re les formes de r\u00e9sistance face aux normes \u00e9tablies. Il s\u2019agira d\u2019analyser, \u00e0 travers le personnage d\u2019Ixora, la mani\u00e8re dont les normes sociales li\u00e9es au genre et \u00e0 la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine sont d\u00e9construites. Et comment le discours litt\u00e9raire, dans un contexte africain, devient un outil de critique sociale et politique, un lieu o\u00f9 les oppressions sont d\u00e9construites, et o\u00f9 de nouveaux r\u00e9cits f\u00e9minins peuvent \u00e9merger.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 1em\">Cadre conceptuel<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le cadre conceptuel pr\u00e9sente les principales notions qui permettent de comprendre et d\u2019analyser cette \u00e9tude. Il s\u2019agit ici du discours litt\u00e9raire, des normes sociales et du discours patriarcal, ainsi que les concepts d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le discours litt\u00e9raire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours litt\u00e9raire est un concept introduit dans les ann\u00e9es 1990 par Dominique Maingueneau dans <em>Pragmatique pour le discours litt\u00e9raire <\/em>(1990). Il appara\u00eet dans un contexte marqu\u00e9 par la fin du structuralisme et par le d\u00e9veloppement de l\u2019analyse du discours et des th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation. On assiste alors \u00e0 une nouvelle mani\u00e8re de comprendre le fait litt\u00e9raire, \u00ab o\u00f9 le dit et le dire, le texte et son contexte sont indissociables \u00bb (Maingueneau, 2004, p. 5)<em>. <\/em>Le fait litt\u00e9raire est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme discours, au-del\u00e0 de sa forme textuelle et implique des conditions d\u2019\u00e9nonciation pr\u00e9cises. Chaque texte mobilise ainsi une sc\u00e9nographie particuli\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire les conditions de production de l\u2019\u0153uvre. Une topographie (l\u2019espace) et une chronographie (le temps) \u00e0 partir desquels se d\u00e9veloppe l\u2019\u00e9nonciation. Un autre aspect du discours litt\u00e9raire est son caract\u00e8re paratopique : \u00ab celui qui \u00e9nonce \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un discours constituant ne peut se placer ni \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ni \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 : il est vou\u00e9 \u00e0 nourrir son \u0153uvre du caract\u00e8re radicalement probl\u00e9matique de sa propre appartenance \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 \u00bb (Maingueneau, 2004, p. 52).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective, le discours litt\u00e9raire renvoie \u00e0 la mani\u00e8re dont une \u0153uvre mobilise le langage pour transmettre des id\u00e9es, des valeurs et des visions du monde. Dans<em> Cr\u00e9puscule du<\/em> <em>tourment<\/em>, cela se voit \u00e0 travers les diff\u00e9rentes voix f\u00e9minines et la mani\u00e8re dont le r\u00e9cit questionne les normes sociales et les rapports entre les hommes et les femmes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">\u00a0Le discours patriarcal<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le <em>Dictionnaire <\/em><em>Libre et Cr\u00e9atif du F\u00e9minisme Africain<\/em>, \u00ab\u00a0le patriarcat est un syst\u00e8me social qui donne tous les privil\u00e8ges aux hommes, et qui impose des codes aux femmes, en bafouant leurs libert\u00e9s individuelles\u00a0\u00bb <em>(Le Dictionnaire libre et cr\u00e9atif du f\u00e9minisme africain<\/em>, p. 93)<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours patriarcal se r\u00e9f\u00e8re alors \u00e0 un syst\u00e8me de pens\u00e9e, de valeurs et de repr\u00e9sentations qui l\u00e9gitime et perp\u00e9tue la domination des hommes sur les femmes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cela veut dire que les femmes sont habit\u00e9es par des normes qui structurent un care, un prendre soin, compulsif, et que les hommes sont appel\u00e9s \u00e0 abandonner les comportements de care. Le patriarcat se maintient car la culture nous am\u00e8ne \u00e0 nous y conformer au nom de la normalit\u00e9, et nous incite \u00e0 consentir activement aux relations ainsi r\u00e9it\u00e9r\u00e9es tous les jours et partout dans le monde (Brug\u00e8re, 2020, p. 194).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi le discours patriarcal se manifeste par des id\u00e9es, des attitudes et des pratiques qui attribuent aux hommes un pouvoir, un statut sup\u00e9rieur et une autorit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9, au d\u00e9triment des femmes et des autres genres marginalis\u00e9s. Le patriarcat se per\u00e7oit non seulement dans les comportements individuels, mais aussi dans les structures sociales, \u00e9conomiques et politiques. Il y affleure sous forme de normes sociales. En effet, le patriarcat, en tant que syst\u00e8me de domination s\u2019impose comme une norme sociale dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s, dictant les r\u00f4les et comportements appropri\u00e9s pour chaque genre. Ainsi, les attentes de la soci\u00e9t\u00e9 concernant les r\u00f4les des hommes et des femmes (comme la femme devant rester \u00e0 la maison et l\u2019homme devant travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur) font partie des normes sociales patriarcales. Dans la litt\u00e9rature, les normes sociales patriarcales sont souvent critiqu\u00e9es et d\u00e9construites par des \u00e9crivains et \u00e9crivaines. Par exemple, dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano, le personnage d\u2019Ixora remet en question ces normes patriarcales qui cherchent \u00e0 la contraindre dans des r\u00f4les traditionnels de femme soumise et d\u00e9vou\u00e9e. Son discours devient un acte de r\u00e9bellion contre la norme sociale patriarcale.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Discours litt\u00e9raire et normes sociales<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours est \u00ab une voie d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la compr\u00e9hension du monde. Il reste un mode d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 pour comprendre la soci\u00e9t\u00e9, les id\u00e9ologies en circulation, les croyances, les repr\u00e9sentations et se pr\u00e9sente comme le lieu de l\u2019expression d\u2019une vision singuli\u00e8re du monde \u00bb (Lezou Koffi, 2018, p. 139).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours litt\u00e9raire ne refl\u00e8te pas seulement les normes sociales, il peut aussi les questionner, les remettre en question, gr\u00e2ce \u00e0 la mani\u00e8re dont le r\u00e9cit est construit et racont\u00e9. En effet, par le choix des personnages et des histoires racont\u00e9es, l\u2019auteur\u00b7e peut pr\u00e9senter les tensions, les contradictions, les rapports de pouvoir qui organisent la soci\u00e9t\u00e9. Le discours litt\u00e9raire devient un espace o\u00f9 les normes sociales sont pr\u00e9sent\u00e9es, remises en question et o\u00f9 d\u2019autres fa\u00e7ons de comprendre le monde sont propos\u00e9es.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Concepts mobilis\u00e9s dans cette \u00e9tude<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour mener \u00e0 bien cette \u00e9tude, nous mobiliserons les concepts d&rsquo;intersectionnalit\u00e9 et d&rsquo;agentivit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Sirma Bilge\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019intersectionnalit\u00e9 renvoie \u00e0 une th\u00e9orie transdisciplinaire visant \u00e0 appr\u00e9hender la complexit\u00e9 des identit\u00e9s et des in\u00e9galit\u00e9s sociales par une approche int\u00e9gr\u00e9e. Elle r\u00e9fute le cloisonnement et la hi\u00e9rarchisation des grands axes de la diff\u00e9renciation sociale que sont les cat\u00e9gories de sexe\/genre, classe, race, ethnicit\u00e9, \u00e2ge, handicap et orientation sexuelle (Bilge, 2009, p. 70).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;intersectionnalit\u00e9 est donc une approche th\u00e9orique qui permet d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont diff\u00e9rentes formes de domination et de discrimination s&rsquo;articulent et se renforcent mutuellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette \u00e9tude, ce concept nous permettra de comprendre comment les rapports de genre s&rsquo;entrecroisent avec les r\u00e9alit\u00e9s culturelles et sociales qui fa\u00e7onnent l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;Ixora.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept d&rsquo;agentivit\u00e9 ou l\u2019\u00ab agency concerne donc l\u2019humain, sa capacit\u00e9 \u00e0 agir par-del\u00e0 les d\u00e9terminismes [\u2026] sa capacit\u00e9 \u00e0 se conformer certes, mais \u00e9galement celle de r\u00e9sister, de jouer et d\u00e9jouer, de transformer \u00bb (Haicault, 2012, p. 12). L&rsquo;agentivit\u00e9 ne renvoie pas uniquement \u00e0 l&rsquo;action, mais \u00e9galement \u00e0 la possibilit\u00e9 de contester, de transformer ou de subvertir les normes \u00e9tablies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous nous int\u00e9resserons \u00e9galement \u00e0 la notion d&rsquo;agentivit\u00e9 sexuelle, qui d\u00e9signe la capacit\u00e9 d&rsquo;un individu \u00e0 disposer librement de son corps, \u00e0 exprimer ses d\u00e9sirs et \u00e0 exercer sa sexualit\u00e9 de mani\u00e8re autonome. Ce concept nous permettra d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont Ixora construit son rapport au corps et \u00e0 la sexualit\u00e9 tout en remettant en question certaines normes patriarcales.<\/p>\n<h2>Cadre m\u00e9thodologique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette section pr\u00e9sente le cadre m\u00e9thodologique qui oriente l\u2019analyse du personnage d\u2019Ixora dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>de L\u00e9onora Miano. Elle pr\u00e9cise le corpus \u00e9tudi\u00e9 ainsi que les concepts th\u00e9oriques mobilis\u00e9s pour \u00e9clairer notre r\u00e9flexion. Il s\u2019agit de montrer en quoi les notions d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9 permettent de comprendre les rapports de pouvoir, les formes de domination et les strat\u00e9gies de r\u00e9sistance pr\u00e9sentes dans le texte.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9sentation du corpus<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre corpus est le roman <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano. Cette \u0153uvre met en sc\u00e8ne plusieurs voix f\u00e9minines qui interrogent les rapports de pouvoir, la sexualit\u00e9, le mariage, la maternit\u00e9 et les normes sociales dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines contemporaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage d&rsquo;Ixora occupe une place importante dans cette r\u00e9flexion. Femme africaine, consciente de sa valeur, elle refuse de se conformer aux attentes sociales impos\u00e9es aux femmes. \u00c0 travers ses prises de position, ses choix amoureux et sa mani\u00e8re d&rsquo;assumer sa sexualit\u00e9, elle remet en question les normes patriarcales qui cherchent \u00e0 contr\u00f4ler le corps et les d\u00e9sirs f\u00e9minins. Ixora est un personnage confront\u00e9 \u00e0 diverses formes de domination, mais qui se d\u00e9marque par une volont\u00e9 d&rsquo;affirmation de soi. Son exp\u00e9rience montre les tensions entre h\u00e9ritage culturel, libert\u00e9 individuelle et qu\u00eate d&rsquo;autonomie<strong>.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour l\u2019analyse du personnage d\u2019Ixora dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, nous nous appuierons sur les concepts d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9. Le premier permettra de comprendre comment diff\u00e9rentes formes de rapports de pouvoir se croisent dans l\u2019exp\u00e9rience du personnage, car elle n\u2019est pas seulement confront\u00e9e aux contraintes li\u00e9es \u00e0 son statut de femme. Son parcours est \u00e9galement influenc\u00e9 par des r\u00e9alit\u00e9s culturelles et sociales qui participent \u00e0 la construction de son identit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept d\u2019agentivit\u00e9 est tout aussi important dans cette \u00e9tude, dans la mesure o\u00f9 il met l\u2019accent sur la capacit\u00e9 des individus \u00e0 agir malgr\u00e9 les contraintes qui p\u00e8sent sur eux. \u00c0 travers ses prises de position et ses choix, Ixora appara\u00eet comme un personnage qui ne se contente pas de subir les normes sociales. Elle les questionne, les contourne et les transgresse. Nous analyserons \u00e9galement sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019approprier son corps, \u00e0 exprimer ses d\u00e9sirs et \u00e0 exercer sa libert\u00e9 sexuelle en dehors des cadres traditionnellement impos\u00e9s aux femmes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La mat\u00e9rialit\u00e9 linguistique et discursive des normes<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;analyse portera sur la mani\u00e8re dont les normes apparaissent dans le roman \u00e0 travers le langage. Il s&rsquo;agira d&rsquo;examiner les proc\u00e9d\u00e9s linguistiques \u00e0 travers lesquels les normes de genre sont construites, reproduites ou contest\u00e9es. Nous nous int\u00e9resserons donc aux choix lexicaux, aux modalit\u00e9s \u00e9nonciatives, ainsi qu&rsquo;aux discours portant sur le corps, la sexualit\u00e9, le mariage et la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;objectif est d&rsquo;identifier les discours normatifs qui encadrent les comportements f\u00e9minins et d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont Ixora les n\u00e9gocie, les d\u00e9tourne ou les subvertit. Cette approche permettra de mettre en \u00e9vidence son agentivit\u00e9 et les strat\u00e9gies discursives par lesquelles elle participe \u00e0 la d\u00e9construction des normes patriarcales.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Analyse des normes sociales dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, les normes sociales structurent la vie des personnages et orientent leurs comportements, en particulier ceux des femmes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La norme du patriarcat li\u00e9e au mariage et \u00e0 la maternit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, le mariage est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une injonction sociale qui enferme les individus, surtout les femmes, dans des r\u00f4les codifi\u00e9s. Les personnages, notamment f\u00e9minins, sont confront\u00e9s \u00e0 des attentes sociales strictes : rester mari\u00e9e malgr\u00e9 les violences, ob\u00e9ir aux anciens, pr\u00e9server l\u2019honneur de la famille. Le personnage de Madame affirme en ce sens que : \u00ab Tu m\u2019aurais trouv\u00e9e plus digne si j\u2019avais pli\u00e9 bagage, exig\u00e9 que votre garde me soit confi\u00e9e. Hum, fils. Dans une soci\u00e9t\u00e9 telle que celle-ci, cette dignit\u00e9-l\u00e0 ne vaut pas grand-chose \u00bb <em>(Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 61<em>).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La parole est adress\u00e9e par une m\u00e8re \u00e0 son fils, dans un cadre d\u2019intimit\u00e9. Elle revient sur un moment o\u00f9 elle aurait pu affirmer une autorit\u00e9 ou une ind\u00e9pendance plus visible. L\u2019usage du conditionnel pass\u00e9 \u00ab tu m\u2019aurais trouv\u00e9 \u00bb traduit un \u00e9cart entre ce qu\u2019attendait l\u2019interlocuteur et ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme sens\u00e9 dans un contexte soci\u00e9tal pr\u00e9cis. Madame, \u00e0 travers la phrase \u00ab si j\u2019avais pli\u00e9 bagage, exig\u00e9 que votre garde me soit confi\u00e9e \u00bb, rejette une forme de dignit\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 l\u2019action de partir et de r\u00e9clamer la garde des enfants au profit d\u2019une strat\u00e9gie plus contextualis\u00e9e et r\u00e9aliste. Elle \u00e9voque les normes du mariage dans la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle vit et dont elle ma\u00eetrise les rouages quand elle affirme, \u00ab dans cette soci\u00e9t\u00e9 telle que celle-ci \u00bb o\u00f9 l\u2019expression de la dignit\u00e9 f\u00e9minine est minor\u00e9e, voire discr\u00e9dit\u00e9e : \u00ab cette dignit\u00e9-l\u00e0 ne vaut pas grand-chose \u00bb. Elle affirme ensuite : \u00ab Ce que j\u2019ai v\u00e9cu dans cette maison est une atrocit\u00e9. Sans l\u2019avoir voulue, je l\u2019ai suscit\u00e9e, puis entretenue. Oui j\u2019aurais pu m\u2019en aller. Et vivre. M\u00eame sans mari. La soci\u00e9t\u00e9 ne m\u2019aurait pas tout \u00e0 fait rejet\u00e9e : j\u2019\u00e9tais devenue m\u00e8re. Mon honneur \u00e9tait sauf \u00bb<em> (Cr\u00e9puscule du Tourment<\/em>, p. 70<em>).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toujours dans une posture introspective, Madame parle de son exp\u00e9rience conjugale en affirmant \u00ab ce que j\u2019ai v\u00e9cu dans cette maison \u00bb. La maison suppos\u00e9e \u00eatre un cadre de la norme familiale, un refuge, un espace libre, est devenue un lieu de violence extr\u00eame per\u00e7u \u00e0 travers l\u2019emploi du mot \u00ab atrocit\u00e9 \u00bb. Ce terme renvoie \u00e0 une souffrance extr\u00eame, voire inhumaine li\u00e9e \u00e0 la violence domestique dont Madame fut victime dans son foyer. Une violence \u00e0 laquelle elle aurait pu \u00e9chapper, elle le reconnait. Mais, le conditionnel pass\u00e9 utilis\u00e9 dans les phrases \u00ab Oui j\u2019aurais pu m\u2019en aller \u00bb, \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 ne m\u2019aurait pas tout \u00e0 fait rejet\u00e9e \u00bb introduit successivement une action non r\u00e9alis\u00e9e et une hypoth\u00e8se. En effet, partir de la maison du mari \u00ab Et vivre. Sans mari \u00bb auraient certes, suscit\u00e9 le rejet de la soci\u00e9t\u00e9, mais par la maternit\u00e9 ce rejet aurait \u00e9t\u00e9 partiel. L\u2019adverbe \u00ab tout \u00e0 fait \u00bb nuance la port\u00e9e du rejet et une certaine acceptation restait possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, le mariage et la maternit\u00e9 se posent comme normes sociales. Madame craint le rejet social, elle mesure son acceptabilit\u00e9 en fonction de son statut marital et maternel. La maternit\u00e9 appara\u00eet tout de m\u00eame comme un rempart, elle sauve la femme du rejet total et devient un \u00e9l\u00e9ment de l\u00e9gitimation sociale.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La norme du silence et de la soumission f\u00e9minine<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le silence et la soumission f\u00e9minine apparaissent comme un principe enracin\u00e9 dans l\u2019\u00e9ducation des femmes. Elles doivent se taire, supporter et int\u00e9rioriser la douleur. Laquelle est consid\u00e9r\u00e9e comme constitutive de leur condition. Le silence devient outil de survie dans un monde patriarcal o\u00f9 la parole f\u00e9minine est ignor\u00e9e. Cette norme se r\u00e9sume dans le passage suivant :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00catre femme, c\u2019est serrer les dents \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, s\u2019accrocher un sourire sur le visage. C\u2019est endurer chaque instant. Encaisser les coups du mari. Savoir qu\u2019on lui appartient sans le poss\u00e9der. [\u2026] Les femmes doivent donner du plaisir, pas en prendre. Ce n\u2019est pour rien qu\u2019on leur enseigne la mesure, dans le geste, dans le ton. Ne pas marcher trop vite. Ne pas \u00e9lever la voix. Manger peu en public (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 239).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le passage est rapport\u00e9 en discours indirect libre; la parole attribu\u00e9e \u00e0 une femme, Camilla, qui transmet \u00e0 sa fille une conception normative du f\u00e9minin. Le champ lexical de la souffrance et de la ma\u00eetrise de soi (serrer les dents, s\u2019accrocher, encaisser, endurer) illustre la soumission et le silence attendus de la femme. Elle doit \u00eatre objet de plaisir \u00ab donner du plaisir, pas en prendre \u00bb et r\u00e9primer ses \u00e9lans vitaux \u00ab Ne pas marcher trop vite \u00bb, \u00ab ne pas \u00e9lever la voix \u00bb, \u00ab manger peu en public \u00bb. Camilla parle comme une initi\u00e9e qui sait ce que signifie \u00eatre femme. Le ton normatif \u00e0 travers le verbe \u00ab doivent \u00bb traduit une injonction int\u00e9rioris\u00e9e : le discours n\u2019est pas simplement descriptif, il prescrit des conduites. En plus, l&rsquo;utilisation du pr\u00e9sent de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale installe des v\u00e9rit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es comme immuables. Cet extrait de <em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>met en sc\u00e8ne un discours patriarcal int\u00e9rioris\u00e9 transmis de m\u00e8re \u00e0 fille, dans une perspective de reproduction des normes de genre. Madame, l\u2019a tr\u00e8s bien compris pour l\u2019avoir appliqu\u00e9 \u00e0 son tour\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il n\u2019y a pas de place pour la romance, pour les mi\u00e8vreries, dans la vie des femmes d\u2019ici. Sous ces latitudes o\u00f9 le ciel n\u2019est ni un abri, ni un recours, \u00eatre femme, c\u2019est mettre \u00e0 mort son c\u0153ur. Si l\u2019on n\u2019y parvient pas il faut au moins le museler. Qu\u2019il se taise. Le tenir en laisse. Qu\u2019il ne nous entraine pas o\u00f9 bon lui semble. Le dresser \u00e0 n\u2019ob\u00e9ir qu\u2019\u00e0 la raison (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 10).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce discours du personnage de Madame s\u2019inscrit \u00e9galement dans un registre normatif et contraignant. L\u2019expression \u00ab Sous ces latitudes o\u00f9 le ciel n\u2019est ni un abri, ni un recours \u00bb pr\u00e9sente le contexte social et g\u00e9ographique dans lequel \u00e9voluent les femmes. Le terme \u00ab latitudes \u00bb renvoie \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l\u2019indiff\u00e9rence et l\u2019absence de protection, car \u00ab le ciel \u00bb, souvent associ\u00e9 \u00e0 Dieu, \u00e0 la providence est d\u00e9sacralis\u00e9 et vid\u00e9 de sa fonction de protection et de refuge, il \u00ab n\u2019est ni un abri, ni un recours \u00bb. L\u2019extrait pr\u00e9sente un environnement o\u00f9 la femme ne peut compter ni sur les institutions sociales ni sur une puissance sup\u00e9rieure. Et pour survivre dans une telle soci\u00e9t\u00e9, la femme doit \u00ab mettre \u00e0 mort son c\u0153ur \u00bb, neutraliser ses \u00e9motions, ses souffrances, son int\u00e9riorit\u00e9 pour correspondre \u00e0 l\u2019image attendue. L\u2019encha\u00eenement des expressions (le museler, qu\u2019il se taise, le tenir en laisse, le dresser) illustre la discipline \u00e9motionnelle qu\u2019on demande aux femmes. Celles-ci sont ainsi assimil\u00e9es aux animaux sauvages qu\u2019il faut domestiquer. Le narrateur montre que, dans cette soci\u00e9t\u00e9, on attend des femmes qu\u2019elles \u00e9touffent leurs \u00e9motions pour survivre. En m\u00eame temps, il fait sentir que cette exigence est dure et injuste, en montrant \u00e0 quel point elle les oblige \u00e0 se renier.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La norme sexuelle h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9e<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> met en lumi\u00e8re la pr\u00e9gnance d\u2019une norme sexuelle h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9e qui structure les rapports de genre et la sexualit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9; l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 qui est consid\u00e9r\u00e9e comme la norme, la seule orientation l\u00e9gitime o\u00f9 la femme est cens\u00e9e satisfaire les d\u00e9sirs de l\u2019homme sans en avoir elle-m\u00eame : \u00ab C\u2019est un homme et lui seul me touche. Lui seul me p\u00e9n\u00e8tre. M\u2019entend g\u00e9mir puis crier son nom. Lui seul me voit mourir et renaitre. J\u2019ai besoin de donner ce qu\u2019il souhaite recevoir. C\u2019est l\u2019union id\u00e9ale \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 99).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019extrait est structur\u00e9 par l\u2019anaphore \u00ab Lui seul \u00bb qui insiste sur l\u2019exclusivit\u00e9 du lien entre Amandla, la locutrice et cet homme, son amant. Cette r\u00e9p\u00e9tition rythme l\u2019extrait et renforce l\u2019id\u00e9e du d\u00e9vouement total de la femme \u00e0 l\u2019homme. Le fait que ce soit \u00ab un homme et lui seul \u00bb montre une vision h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9e de la sexualit\u00e9 o\u00f9 le plaisir et l\u2019\u00e9panouissement de la femme n\u2019existent qu\u2019\u00e0 travers le corps masculin. Le champ lexical du corps et de la sexualit\u00e9 (touche, p\u00e9n\u00e8tre, g\u00e9mir, crier, mourir et renaitre) r\u00e9v\u00e8le une exp\u00e9rience sexuelle intense qui va au-del\u00e0 du moment intime et \u00e9rotique pour atteindre une forme de transformation existentielle per\u00e7ue par le fait de \u00ab mourir et de renaitre \u00bb. La phrase \u00ab J\u2019ai besoin de donner ce qu\u2019il souhaite recevoir \u00bb montre que la femme fait passer les d\u00e9sirs de l\u2019homme avant les siens. Sa propre volont\u00e9 d\u00e9pend de ce que l\u2019homme attend d\u2019elle. Ce qui parait \u00eatre selon Amandla \u00ab l\u2019union id\u00e9ale \u00bb o\u00f9 la femme se r\u00e9alise en donnant du plaisir \u00e0 l\u2019homme, non en en recevant. Et o\u00f9 toute autre pratique sexuelle, en dehors de celle-ci, est consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9viance. L\u2019extrait suivant : \u00ab En compagnie des anciennes de Vieux Pays, la nganga avait c\u00e9l\u00e9br\u00e9 des unions entre femmes, des abominations \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 12) pr\u00e9sente \u00ab les unions entre femmes \u00bb comme \u00ab des abominations \u00bb, ce qui refl\u00e8te une norme h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019id\u00e9e selon laquelle seules les relations entre un homme et une femme sont naturelles et acceptables. Le mot \u00ab abominations \u00bb montre que ces unions entre personnes de m\u00eame sexe sont rejet\u00e9es, vues comme contre-nature, interdites et honteuses par la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par les personnages f\u00e9minins de <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>. La mention des mots \u00ab\u00a0anciennes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la nganga\u00a0\u00bb soulignent que ces pratiques existaient, m\u00eame si elles sont marginalis\u00e9es. Cela montre que d\u2019autres formes de sexualit\u00e9 ont exist\u00e9 mais sont effac\u00e9es ou diabolis\u00e9es par la norme dominante, qui valorise l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 comme seule voie l\u00e9gitime, renfor\u00e7ant ainsi la domination d\u2019un mod\u00e8le patriarcal et normatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>expose les normes sociales qui p\u00e8sent sur les femmes, les enfermant dans des r\u00f4les pr\u00e9d\u00e9finis et souvent ali\u00e9nants. Pourtant, face \u00e0 ces r\u00e8gles, certaines figures f\u00e9minines s\u2019\u00e9l\u00e8vent en contre-mod\u00e8le. C\u2019est le cas d\u2019Ixora, l\u2019un des personnages f\u00e9minins du corpus, qui incarne une forme de r\u00e9sistance active. Par ses choix de vie, sa parole libre et sa sexualit\u00e9 assum\u00e9e. Ixora d\u00e9construit progressivement les normes qui fondent l\u2019ordre patriarcal.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La d\u00e9construction des normes sociales<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 l\u2019emprise des normes sociales qui r\u00e9gissent les rapports de genre, <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> donne aussi \u00e0 voir des trajectoires f\u00e9minines qui s\u2019\u00e9cartent de l\u2019ordre \u00e9tabli. La d\u00e9construction des normes devient non seulement un acte de survie, mais aussi une revendication de libert\u00e9. \u00c0 travers Ixora, le\u2219la lecteur\u2219rice explore les moyens par lesquels les femmes r\u00e9sistent, subvertissent les r\u00f4les attendus, et affirment leur subjectivit\u00e9. Cette section s\u2019int\u00e9resse donc aux strat\u00e9gies discursives par lesquelles Ixora se r\u00e9approprie sa parole, son corps et sa capacit\u00e9 d\u2019agir.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La remise en question des normes patriarcales<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage d\u2019Ixora dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> conteste l\u2019ordre patriarcal qui structure les relations sociales et conjugales. Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la femme est traditionnellement per\u00e7ue comme \u00e9pouse soumise et gardienne de l\u2019honneur familial, Ixora refuse les injonctions impos\u00e9es. Le personnage conteste l\u2019id\u00e9ologie du patriarcat, elle ne se soumet pas aux attentes genr\u00e9es impos\u00e9es aux femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je me demande ce que dirait ta m\u00e8re en apprenant que j\u2019ai rompu nos fian\u00e7ailles, d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00e9pouser son fils, compris que ma vie \u00e9tait ailleurs, que je souhaitais la vivre apr\u00e8s l\u2019avoir train\u00e9e comme un boulet, c\u2019\u00e9tait n\u2019importe quoi de toute fa\u00e7on, l\u2019histoire de notre couple, nous les avions l\u2019un et l\u2019autre mais bon, on \u00e9tait des \u00eatres \u00e0 la d\u00e9rive, on allait au moins faire cela, se cramponner l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, devenir le radeau de l\u2019un et l\u2019autre, cela n\u2019aurait pas emp\u00eacher quoi que ce soit, c\u2019\u00e9tait simplement un peu moins triste de n\u2019\u00eatre pas seul face au d\u00e9sastre\u2026 (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 140).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s l\u2019entame de l\u2019extrait, \u00ab Je me demande ce que dirait ta m\u00e8re \u00bb, Ixora pr\u00e9sente le rapport au regard social (la m\u00e8re). Elle souligne la pression sociale et familiale sur la femme, \u00e0 travers le regard maternel, souvent complice du patriarcat. Mais cette interrogation indirecte est vite balay\u00e9e par la d\u00e9termination de la locutrice \u00e0 s\u2019\u00e9manciper. Elle refuse de se conformer au sch\u00e9ma conjugal normatif \u00ab j\u2019ai rompu nos fian\u00e7ailles, d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00e9pouser son fils \u00bb. L\u2019\u00e9nonciatrice pose un acte de refus \u00e0 travers le verbe \u00ab j\u2019ai rompu \u00bb, ce qui constitue une transgression de la norme \u00ab h\u00e9t\u00e9ro-conjugale \u00bb, attendue de la femme dans l\u2019ordre patriarcal. Ixora s\u2019exprime librement, elle est engag\u00e9e, et pose une action pour sa lib\u00e9ration, ce qui marque l\u2019agentivit\u00e9 f\u00e9minine, \u00ab j\u2019ai compris que ma vie \u00e9tait ailleurs, que je souhaitais la vivre apr\u00e8s l\u2019avoir train\u00e9e comme un boulet \u00bb. Par l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation, elle affirme son droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination. Il s\u2019agit d\u2019un discours de lib\u00e9ration : une lib\u00e9ration du poids de la vie, d\u2019une relation subie, assimil\u00e9e \u00e0 \u00ab un boulet \u00bb et d\u00e9sormais rejet\u00e9e. Cette rupture ne devient pas seulement synonyme de renaissance individuelle, mais aussi une d\u00e9nonciation d\u2019un mod\u00e8le relationnel factice \u00ab c\u2019\u00e9tait n\u2019importe quoi de toute fa\u00e7on, l\u2019histoire de notre couple \u00bb, Ixora d\u00e9monte l\u2019id\u00e9alisation du couple comme refuge. Elle montre que l\u2019union, loin d\u2019\u00eatre un choix libre, \u00e9tait une strat\u00e9gie de survie sociale, impos\u00e9e plus que d\u00e9sir\u00e9e. Contrairement au personnage de Madame, Ixora refuse le r\u00f4le de l\u2019\u00e9pouse ou de la m\u00e8re sacrificielle. Cet extrait illustre une posture discursive de lucidit\u00e9, de rupture et de r\u00e9sistance face aux normes sociales li\u00e9es au couple, \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 f\u00e9minine et \u00e0 la soumission affective.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La maternit\u00e9 revisit\u00e9e<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, la maternit\u00e9 est interrog\u00e9e, r\u00e9\u00e9valu\u00e9e et parfois m\u00eame d\u00e9tourn\u00e9e de sa repr\u00e9sentation traditionnelle. Ixora r\u00e9cuse le mod\u00e8le de la m\u00e8re sacrificielle. Elle refuse d\u2019\u00eatre r\u00e9duite \u00e0 ce r\u00f4le, \u00e0 cette fonction maternelle, au d\u00e9triment de son individualit\u00e9. Elle dit par exemple : \u00ab le d\u00e9sir d\u2019\u00e9treindre Masasi me vienne, encore plus imp\u00e9rieux, faut-il craindre de l\u2019avouer, que celui d\u2019embrasser Kabral, mon fils rest\u00e9 chez Madame, l\u2019enfant que tu as adopt\u00e9, celui que tu voulais voir grandir pour devenir, toi-m\u00eame, un homme \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 185-186).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La phrase \u00ab\u00a0le d\u00e9sir d\u2019\u00e9treindre Masasi me vienne, encore plus imp\u00e9rieux, faut-il craindre de l\u2019avouer, que celui d\u2019embrasser Kabral\u00a0\u00bb hi\u00e9rarchise deux \u00e9lans\u00a0: l\u2019amour maternel et le d\u00e9sir charnel. Et le d\u00e9sir charnel plac\u00e9 en premier par l\u2019usage du superlatif relatif de sup\u00e9riorit\u00e9, \u00ab<em> plus imp\u00e9rieux \u00bb,<\/em> qui souligne la force du d\u00e9sir d\u2019Ixora pour Masasi, son amante, montre une rupture avec l\u2019id\u00e9e que la m\u00e8re doit toujours prioriser son enfant. Elle compare ce d\u00e9sir \u00e0 celui, maternel, bravant un tabou majeur : celui de l\u2019ordre affectif sacralis\u00e9 entre m\u00e8re et enfant. Elle ne renie pas l\u2019amour maternel, mais affirme une priorit\u00e9 du d\u00e9sir de soi en tant que femme. Le passage \u00ab Kabral, mon fils rest\u00e9 chez Madame \u00bb, montre que la maternit\u00e9 peut \u00eatre d\u00e9lest\u00e9e de l\u2019id\u00e9e de possession ou d\u2019abn\u00e9gation totale, car une autre femme, en l\u2019occurrence Madame, dans cet extrait, pourrait s\u2019en occuper. Ixora valorise un d\u00e9sir sexuel et d\u00e9nonce indirectement l\u2019injonction faite aux femmes de renoncer \u00e0 elles-m\u00eames une fois m\u00e8re. Elle red\u00e9finit la maternit\u00e9\u00a0: elle est m\u00e8re, mais elle est aussi amante, femme libre.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La r\u00e9appropriation du corps et de la sexualit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte social o\u00f9 la sexualit\u00e9 f\u00e9minine est souvent contr\u00f4l\u00e9e, tue ou r\u00e9duite au devoir conjugal, Ixora reprend possession de son corps et de son d\u00e9sir. Elle affirme : \u00ab Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, tol\u00e9r\u00e9 l\u2019intromission en moi d\u2019un p\u00e9nis \u00bb (<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 187). Cette phrase souligne le refus d\u2019Ixora face \u00e0 une sexualit\u00e9 centr\u00e9e sur la p\u00e9n\u00e9tration. La n\u00e9gation dans la phrase \u00ab je n\u2019ai jamais aim\u00e9 \u00bb montre que cette sexualit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas choisie mais subie, v\u00e9cue sans d\u00e9sir ni plaisir. L\u2019expression \u00ab tol\u00e9r\u00e9 l\u2019intromission \u00bb souligne la violence per\u00e7ue de l\u2019acte, une violence endur\u00e9e lors de l\u2019acte. \u00c0 travers cette prise de parole, Ixora ne se d\u00e9finit plus par les normes sociales li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9, elle se r\u00e9approprie son corps, ses d\u00e9sirs et passe d\u2019une sexualit\u00e9 subie \u00e0 une sexualit\u00e9 choisie et lib\u00e9r\u00e9e avec Masasi. Dans l\u2019extrait suivant : \u00ab On dira ce que l\u2019on voudra sur mon passage, je traverserai la ville enti\u00e8re et j\u2019irai la trouver [\u2026] il sera tard quand je me glisserai dans ses bras pour y trouver l\u2019apaisement et tout le reste \u00bb<em> (Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, p. 167<em>), <\/em>Ixora affirme son intention de traverser l\u2019espace public sans se soucier du qu\u2019en-dira-t-on : \u00ab On dira ce que l\u2019on voudra \u00bb Ici, elle montre une prise de distance vis-\u00e0-vis du jugement collectif. Elle est pr\u00eate \u00e0 assumer ses actes, m\u00eame si cela suscite des murmures et des critiques. L\u2019occurrence du futur et la volition pr\u00e9sente dans cet extrait : \u00ab Je traverserai la ville enti\u00e8re \u00bb traduisent non seulement un d\u00e9placement symbolique, mais \u00e9galement la volont\u00e9 d\u2019Ixora \u00e0 prendre son destin en main. Cette mobilit\u00e9 montre la qu\u00eate du d\u00e9sir, du r\u00e9confort dans une relation choisie, \u00ab je me glisserai dans ses bras pour y trouver l\u2019apaisement et tout le reste \u00bb, cette phrase \u00e9voque \u00e0 la fois la tendresse et le d\u00e9sir. Il s\u2019agit d\u2019un choix personnel assum\u00e9 en dehors des conventions, o\u00f9 Ixora trouve \u00ab l\u2019apaisement et tout le reste \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un soulagement \u00e9motionnel, la pl\u00e9nitude affective et \u00e9motionnelle. Le pronom personnel sujet je, dans les phrases suivantes \u00ab je traverserai, j\u2019irai, je me glisserai \u00bb souligne une subjectivit\u00e9 active. Ixora devient le sujet de son d\u00e9sir, renversant les r\u00f4les traditionnels passifs attribu\u00e9s \u00e0 la femme. Elle transgresse ainsi les normes \u00e9tablies relatives \u00e0 la sexualit\u00e9 en revendiquant son droit \u00e0 op\u00e9rer ses propres choix, en parcourant la ville enti\u00e8re pour vivre un amour consid\u00e9r\u00e9 comme une d\u00e9viance, aux yeux de tous et sans honte. Cela correspond bien \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une performativit\u00e9 du genre telle qu\u2019envisag\u00e9e par Judith Butler dans <em>Trouble dans le genre (<\/em>Butler, 2005). Ces extraits proposent une d\u00e9construction radicale des normes sexuelles patriarcales par une voix f\u00e9minine introspective et critique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>d\u00e9peint une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les femmes sont enferm\u00e9es dans des normes sociales rigides. Elles doivent \u00eatre soumises, silencieuses, h\u00e9t\u00e9rosexuelles et m\u00e8res honorables et vivre m\u00eame dans la douleur. Ces normes sont pr\u00e9sent\u00e9es comme naturelles, mais elles sont en r\u00e9alit\u00e9 construites et impos\u00e9es par une culture patriarcale. \u00c0 travers le r\u00e9cit d\u2019Ixora, l\u2019auteure montre que ces r\u00e8gles peuvent \u00eatre refus\u00e9es, d\u00e9tourn\u00e9es, transform\u00e9es. Ixora ne se contente pas d\u2019exister dans le cadre fix\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, elle pense, agit, ressent, et s\u2019affirme en dehors de ce que l\u2019on attend d\u2019elle. Elle remet en cause la domination masculine et la sexualit\u00e9 impos\u00e9e. L\u2019\u0153uvre donne ainsi la parole aux femmes qui r\u00e9sistent et reconstruisent leur identit\u00e9. En s\u2019appuyant sur les concepts de genre, d\u2019intersectionnalit\u00e9 et d\u2019agentivit\u00e9, cette \u00e9tude a permis de mieux comprendre comment Ixora, dans ce roman, prend en main sa vie, brise le silence et explore d\u2019autres possibles. L\u00e9onora Miano est une voix importante de la litt\u00e9rature f\u00e9minine contemporaine et \u00e0 l\u2019instar de plusieurs autres \u00e9crivaines, elle met ses \u0153uvres au service de la d\u00e9construction des normes sociales. Ce qui rapproche ce roman d\u2019un discours f\u00e9ministe.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"PDq2pG_selectionAnchorContainer hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"79\" data-end=\"210\">Bilge, Sirma. 2009. Th\u00e9orisations f\u00e9ministes de l\u2019intersectionnalit\u00e9. <em data-start=\"149\" data-end=\"158\">Diog\u00e8ne<\/em>, 225, 70-88. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/dio.225.0070\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"174\" data-end=\"210\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/dio.225.0070<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"212\" data-end=\"359\">Brug\u00e8re, Fabienne. 2020. La persistance du patriarcat. <em data-start=\"267\" data-end=\"279\">Multitudes<\/em>, 79, 193-198. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-multitudes-2020-2-page-193?lang=fr\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"296\" data-end=\"359\">https:\/\/shs.cairn.info\/revue-multitudes-2020-2-page-193?lang=fr<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"361\" data-end=\"430\">Butler, Judith. 2005. <em data-start=\"383\" data-end=\"406\">Trouble dans le genre<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"432\" data-end=\"608\">Haicault, Monique. 2012. Autour d\u2019<em data-start=\"466\" data-end=\"474\">agency<\/em>. Un nouveau paradigme pour les recherches de genre. <em data-start=\"527\" data-end=\"551\">Rives m\u00e9diterran\u00e9ennes<\/em>, 41, 11-24. <a class=\"decorated-link\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/rives\/4105\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"566\" data-end=\"608\">http:\/\/journals.openedition.org\/rives\/4105<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"610\" data-end=\"783\">Lezou Koffi, Aim\u00e9e-Danielle. 2018. Expressions et sens du genre. Une lecture de <em data-start=\"690\" data-end=\"714\">Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano. Dans <em data-start=\"738\" data-end=\"772\">La travers\u00e9e culturelle du genre<\/em> (139-160).<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"785\" data-end=\"873\">Maingueneau, Dominique. 1990. <em data-start=\"815\" data-end=\"856\">Pragmatique pour le discours litt\u00e9raire<\/em>. Paris : Bordas.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"875\" data-end=\"986\">Maingueneau, Dominique. 2004. <em data-start=\"905\" data-end=\"963\">Le discours litt\u00e9raire. Paratopie et sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation<\/em>. Paris : Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"988\" data-end=\"1052\">Miano, L\u00e9onora. 2016. <em data-start=\"1010\" data-end=\"1034\">Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>. Paris : Grasset.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/adjoua-debora-kouame\">Adjoua Debora KOUAME<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;autrice est docteure en grammaire et linguistique, sp\u00e9cialiste de l\u2019analyse du discours. Ses travaux de recherche portent sur l\u2019\u00e9tude discursive des repr\u00e9sentations du genre dans la litt\u00e9rature africaine contemporaine. Elle est membre du R\u00e9seau africain d\u2019analyse du discours (R2AD).<br \/>\nContact : kouameadjouadebora@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":53,"menu_order":17,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["adjoua-debora-kouame"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[813],"license":[],"class_list":["post-2558","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-agentivite","motscles-deconstruction","motscles-discours-litteraire","motscles-intersectionnalite","motscles-leonora-miano","motscles-norme-sociale","keywords-agency","keywords-deconstruction","keywords-intersectionality","keywords-leonora-miano","keywords-literary-discourse","keywords-social-norms","motscles-autre-awlo-ni-ngbanan","motscles-autre-kasa-a-w-nwoma-mu","motscles-autre-lalafoue-nigue-nga-be-yo-li-be-mun-be-yo-min-koun","motscles-autre-leonora-miano","motscles-autre-nigue-bo-be-yo-klo-nou","motscles-autre-nya-bebree-ahyiahyia","contributor-adjoua-debora-kouame"],"part":2496,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2558","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2558\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3111,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2558\/revisions\/3111"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/2496"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2558\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2558"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=2558"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=2558"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=2558"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}