{"id":2672,"date":"2026-06-15T08:27:35","date_gmt":"2026-06-15T06:27:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=2672"},"modified":"2026-08-14T17:56:49","modified_gmt":"2026-08-14T15:56:49","slug":"kouame_et_andre-2026-3-1","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/kouame_et_andre-2026-3-1\/","title":{"rendered":"Caract\u00e9risation du discours judiciaire en contexte africain : une analyse des facettes de la pratique baoul\u00e9"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La linguistique a \u00e9largi son champ d\u2019int\u00e9r\u00eat en s\u2019int\u00e9ressant au discours. La linguistique classique d\u00e9finit le discours par rapport \u00e0 la phrase, au texte, \u00e0 la langue et \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9. On retient tout d\u2019abord que le discours est une succession de phrases qui s\u2019actualisent dans un contexte particulier. Il est ancr\u00e9 dans une situation d\u2019\u00e9nonciation et d\u00e9signe toutes les productions langagi\u00e8res verbales ou \u00e9crites. Benveniste\u00a0indique ceci : \u00ab le discours est la langue en tant qu\u2019assum\u00e9e par l\u2019homme qui parle et dans la condition d\u2019intersubjectivit\u00e9 qui seule rend possible la communication \u00bb (cit\u00e9 par Charaudeau et Maingueneau, 2002, p. 86). G\u00e9n\u00e9ralement, les discours sont analys\u00e9s \u00e0 l\u2019aide des param\u00e8tres qui d\u00e9finissent la situation d\u2019\u00e9nonciation (temps, lieu, modalit\u00e9\u2026). Dans ces situations, il est r\u00e9gi par des normes, est soumis \u00e0 des r\u00e8gles d\u2019organisation et s\u2019inscrit dans un contexte. L\u2019organisation, le fonctionnement et la vis\u00e9e du discours contribuent \u00e0 la distinction de classes typologiques qui peuvent \u00eatre homog\u00e8nes ou h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes mais organis\u00e9es. Parmi les types de discours, on retrouve le discours judiciaire qui recouvre tous les discours tenus devant un tribunal. Le discours judiciaire est l\u2019un des trois genres oratoires identifi\u00e9s par Aristote dans <em>la Rh\u00e9torique<\/em>\u00a0(1991). C\u2019est un discours qui se tient lors des proc\u00e8s et qui vise la confrontation entre deux parties (accusation et d\u00e9fense) dans le but de rendre justice et d\u2019obtenir r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice. L\u2019activit\u00e9 judiciaire convoque une diversit\u00e9 de strat\u00e9gies discursives et rh\u00e9toriques \u00e9mises devant un tribunal. Dans la justice moderne, ce tribunal est pluriel avec diff\u00e9rentes instances par \u00e9chelons.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, notamment africaines, des tribunaux entendus comme lieux de r\u00e9solution de conflits existent depuis la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale. Ces tribunaux majoritairement ethniques pr\u00e9sentent certaines similitudes avec les tribunaux officiels \u00e9tatiques. Ainsi, le discours judiciaire africain partag\u00e9 entre modernit\u00e9 et tradition pr\u00e9sente n\u00e9anmoins des formes de jugement profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans la culture de chaque communaut\u00e9 linguistique. Ceci \u00e9tant, il importe dans le cadre de ce travail de questionner le discours judiciaire en contexte africain \u00e0 l\u2019aune de certaines pratiques communautaires endog\u00e8nes. Alors, identifier les m\u00e9canismes soutenant les pratiques discursives qui s\u2019y rapportent revient \u00e0 caract\u00e9riser ce type de discours en tentant de r\u00e9pondre \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019analyse du discours en contexte africain notamment chez les Baoul\u00e9 de C\u00f4te d\u2019Ivoire. Le peuple baoul\u00e9 comptant plusieurs sous-groupes, les tribunaux choisis sont ceux de Sakassou et de B\u00e9oumi. Ce choix s\u2019explique par le fait que Sakassou abrite le si\u00e8ge du royaume Baoul\u00e9 et B\u00e9oumi est une localit\u00e9 voisine o\u00f9 se r\u00e8glent les probl\u00e8mes de canton avant qu\u2019ils ne soient transf\u00e9r\u00e9s au tribunal royal.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette analyse, l\u2019exploration du discours judiciaire africain contribuera \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les champs de l\u2019analyse du discours afin de d\u00e9couvrir et d\u2019en d\u00e9crire les r\u00e8gles de fonctionnement observables. Dans quelle situation de communication se d\u00e9roulent les audiences chez les Baoul\u00e9? Quelles sont les caract\u00e9ristiques du discours judiciaire chez ce groupe? Quelles sont les principales configurations du point de vue de la communication et de l\u2019interaction? Que r\u00e9v\u00e8le le fonctionnement discursif de ce cadre juridictionnel traditionnel? Cet article qui tente de r\u00e9pondre \u00e0 ces interrogations, vise la caract\u00e9risation du discours judiciaire en contexte africain. Son objectif est de d\u00e9crire des pratiques discursives singuli\u00e8res fond\u00e9es sur des repr\u00e9sentations collectives en relation avec l\u2019identit\u00e9 sociale et culturelle des acteurs et actrices. Nous \u00e9mettons l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle le discours judiciaire chez les Baoul\u00e9 se construit dans une situation sp\u00e9cifique de communication. En outre, le syst\u00e8me \u00e9nonciatif et discursif de r\u00e9solution de crise chez les Baoul\u00e9 d\u00e9voile des fonctionnements socio-discursifs marqu\u00e9s par des formes d\u2019oralit\u00e9 singuli\u00e8re, des cadres discursifs hybrides o\u00f9 les acteurs et les actrices se positionnent et construisent des strat\u00e9gies discursives pour l\u00e9gitimer leurs r\u00f4les. Cette \u00e9tude s\u2019appuiera sur les d\u00e9veloppements th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques de Patrick Charaudeau avec la situation de communication et de Kerbrat-Orecchioni avec l\u2019analyse de discours en interaction. L\u2019\u00e9tude pr\u00e9sentera en premier lieu l\u2019ancrage th\u00e9orique et m\u00e9thodologique qui guidera l\u2019analyse. Ensuite, nous poserons le cadre contextuel de la justice traditionnelle chez les Baoul\u00e9 et nous exposerons les configurations \u00e9nonciatives, discursives et communicationnelles du discours judiciaire traditionnel. Enfin, nous proposerons une caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne.<\/p>\r\n\r\n<h2>Contextes du discours judiciaire traditionnel<\/h2>\r\n<h3>La situation de communication<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours judiciaire est un type de discours institutionnel ob\u00e9issant \u00e0 un rituel, des codes et se d\u00e9roulant dans un espace d\u00e9di\u00e9. L\u2019analyse de ce type de discours est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 son cadre de production qui d\u00e9finit d\u00e9j\u00e0 les positions des acteurs et actrices qui y interviennent. Il importe alors dans ce travail d\u2019\u00e9tudier les interactions des locuteurs en r\u00e9f\u00e9rence au contexte de production. L\u2019\u00e9tude du discours judiciaire en pays Baoul\u00e9 prend appui, pour son cadre communicationnel, sur la situation de communication de Patrick Charaudeau (2010). La situation de communication permet d\u2019analyser aussi bien l\u2019espace de communication que les motivations de l\u2019\u00e9change et les relations discursives et \u00e9nonciatives des interactants. Ce qui favorise la d\u00e9termination du niveau de l\u00e9gitimit\u00e9 de leurs prises de parole et sert \u00e0 donner un cachet singulier au genre de discours produit. Patrick Charaudeau affirme en substance que<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On interpr\u00e8te toujours les actes de langage \u00e0 partir des \u00e9nonc\u00e9s produits et en relation avec un enjeu, ou du moins l\u2019enjeu que l\u2019on suppose \u00eatre celui de l\u2019\u00e9change, et qui correspond \u00e0 la question : \u201cqu\u2019est-ce qu\u2019il veut me dire?\u201d. D\u00e8s lors, on per\u00e7oit du non- dit, c\u2019est-\u00e0-dire un sens cach\u00e9, implicite, qui n\u2019appara\u00eet pas dans la seule combinaison des mots de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, et que l\u2019on a soi-m\u00eame construit par inf\u00e9rence (Charaudeau, 2010, p. 3).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La situation de communication favorise ainsi la d\u00e9termination du genre de discours \u00e0 partir de la prise en compte du contexte social. Cette approche donne de la valeur au contexte social dans la d\u00e9finition du genre ou encore m\u00eame du type de discours. Cela dit, le proc\u00e8s dans le domaine judiciaire Baoul\u00e9 se d\u00e9finit dans sa particularit\u00e9 d\u2019encodage \u00e0 d\u00e9crire une situation de communication sociale. Il s\u2019agit alors de comprendre non seulement les effets de la parole dans un cadre juridique, mais aussi de cerner le syst\u00e8me \u00e9nonciatif en tenant compte du statut et du r\u00f4le des acteurs. Le discours judiciaire ayant une sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation sp\u00e9cifique, les acteurs interagissent suivant une hi\u00e9rarchisation qui se justifie par l\u2019ancrage institutionnel doubl\u00e9 du contexte socio-culturel. Ce qui importe, c\u2019est la mise en sc\u00e8ne du discours de chaque acteur, l\u2019objectif \u00e9tant de capter l\u2019attention de l\u2019auditoire, de convaincre l'auditoire de l\u2019id\u00e9e d\u00e9fendue ou encore de le contraindre \u00e0 l\u2019application de la loi ou du droit coutumier. Le discours judiciaire repose sur une hi\u00e9rarchisation des r\u00f4les \u00e9nonciatifs. L\u2019interaction judiciaire est alors caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019alternance des prises de parole r\u00e9gul\u00e9e par le cadre interactionnel. Les prises de parole sont organis\u00e9es par un locuteur charg\u00e9 de g\u00e9rer l\u2019\u00e9change. Il distribue la parole et assure la dynamique de l\u2019\u00e9change. Chaque intervention constitue un bloc s\u00e9quentiel qui conf\u00e8re aux \u00e9nonc\u00e9s en plus de leur valeur illocutoire, une valeur conversationnelle dont l\u2019enchainement laisse voir les diff\u00e9rentes fonctions de l\u2019\u00e9change : \u00ab fonction initiative, r\u00e9active ou ''\u00e9valuative'' au sein de l\u2019\u00e9change; r\u00f4le d\u2019ouvreur (qui peut \u00eatre rempli par les actes divers: salutation, question sur la sant\u00e9, commentaire de site) ou de cl\u00f4turer (salutation, v\u0153u, ''projet'') au sein de l\u2019interaction; fonction de bornage ou de pr\u00e9face, etc. \u00bb (Kerbrat-Orecchioni 2005a, p. 65).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse de l\u2019interaction judiciaire convoque l\u2019appareillage m\u00e9thodologique de l\u2019analyse du discours en Interaction. Du point de vue interactionnel, le discours judiciaire est analys\u00e9 \u00e0 travers les r\u00e8gles conversationnelles comme une forme d\u2019interaction verbale institutionnalis\u00e9e, r\u00e9gie par des r\u00f4les, des normes et des rituels sp\u00e9cifiques. L\u2019interaction judiciaire est une interaction formalis\u00e9e o\u00f9 l\u2019improvisation est r\u00e9duite. Dans ce contexte interactionnel, comment sont organis\u00e9es les audiences et comment sont g\u00e9r\u00e9es les relations interpersonnelles? L\u2019interaction judiciaire suit donc un rituel discursif dont les \u00e9tapes sont marqu\u00e9es par des structures dialogiques. Dans cette perspective, tou\u00b7te\u00b7s les acteurs et les actrices sont engag\u00e9\u00b7e\u00b7s dans la gestion des faces dans le but de r\u00e9sorber ou d\u2019\u00e9viter les menaces potentielles qui peuvent perturber le syst\u00e8me interactionnel mis en place. Le discours est consid\u00e9r\u00e9 non comme un simple \u00e9nonc\u00e9, mais comme une interaction entre les interactants. Chaque prise de parole est inscrite dans une situation d\u2019interlocution et produit des effets sur chacun des interlocuteurs qui ajustent leur parole en fonction de la r\u00e9action de l\u2019autre; ce qui favorise la co-construction de l\u2019\u00e9change. En somme, c\u2019est une approche centr\u00e9e sur les dimensions relationnelles, contextuelles et fonctionnelles de l\u2019utilisation du langage. Il s\u2019agira pour nous d\u2019analyser ces proc\u00e8s comme des genres de discours judiciaire en contexte africain et de tenter une approche de configuration de ce type de discours en mettant en place des jalons pour \u00e9tablir une caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne.<\/p>\r\n\r\n<h3>La justice traditionnelle publique chez les Baoul\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019organisation politique du peuple Baoul\u00e9 \u00e9tait fond\u00e9e sur le mod\u00e8le de la chefferie centralis\u00e9e. Il y a un roi ou une reine qui d\u00e9tient le pouvoir supr\u00eame combinant l\u2019ex\u00e9cutif, le l\u00e9gislatif et le judiciaire. Sa personne est sacr\u00e9e et inviolable. Il est le garant des anc\u00eatres et des g\u00e9nies protecteurs qui veillent sur la communaut\u00e9. Dans chaque village est \u00e9tabli un chef qui est d\u2019office le juge de sa communaut\u00e9. Son r\u00f4le est indubitablement le principal de la cha\u00eene r\u00e9paratrice. Il est entour\u00e9 de notables qui font partie du jury et sont charg\u00e9s de mener les enqu\u00eates et de rendre compte au chef. La justice traditionnelle n\u2019a pas de source \u00e9crite. Elle se fait oralement. Elle tire sa source du droit coutumier qui est fonction des r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales \u00e9tablies pour l\u2019harmonie et la stabilit\u00e9 des relations sociales. Dans la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle, tout type de conflit est susceptible de passer devant le tribunal. La proc\u00e9dure publique s\u2019engage selon l\u2019importance du conflit. Toutefois, il existe des offenses pour lesquelles, il faut absolument r\u00e9unir le tribunal. G\u00e9n\u00e9ralement, quand survient une offense entre deux personnes et que celles-ci n\u2019arrivent pas \u00e0 s\u2019entendre, les familles sont convoqu\u00e9es pour trouver un terrain d\u2019entente. Si elles ne sont toujours pas satisfaites, elles ont recours \u00e0 la chefferie et donc au tribunal du village. Le tribunal traditionnel est organis\u00e9 au niveau des villages, des cantons et de la royaut\u00e9. Le tribunal royal est l\u2019instance supr\u00eame de d\u00e9cision. Il est cens\u00e9 \u00eatre l\u2019organe juridictionnel supr\u00eame. C\u2019est le dernier recours. Les d\u00e9cisions qui y sont prises sont irr\u00e9vocables car prononc\u00e9es par le roi. Ce pouvoir de contraindre accorde \u00e0 la chefferie royale, les pr\u00e9rogatives de la puissance publique et par cons\u00e9quent un pouvoir incontestable.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La constitution de notre corpus s\u2019est faite sur deux sites notamment la chefferie cantonale Kod\u00ea de B\u00e9oumi et le tribunal du royaume Baoul\u00e9 \u00e0 Sakassou. Situ\u00e9 \u00e0 l\u2019ouest de Bouak\u00e9, B\u00e9oumi abrite le sous-groupe Baoul\u00e9 Kod\u00e8. Nous avons eu acc\u00e8s \u00e0 la chefferie de B\u00e9oumi par le biais de Nanan Ago Yao Barth\u00e9l\u00e9my, chef de canton de la tribu Kod\u00e8. La plupart des r\u00e9solutions de conflits sont dirig\u00e9es par le comit\u00e9 mis en place par le chef. C\u2019est un ensemble de chefs de village et de notables des villages Kod\u00e8.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"wp-image-2971 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-152059.jpg\" alt=\"\" width=\"328\" height=\"231\" \/><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sakassou est consid\u00e9r\u00e9e comme la capitale du pays Baoul\u00e9. C'est donc \u00e0 Sakassou que si\u00e8ge le Tribunal Supr\u00eame \u00e0 l'image des Cours de cassation. La capitale du royaume baoul\u00e9 ou Oual\u00e8bo, qui signifie \u00ab sous l\u2019arbre Oual\u00e8 \u00bb ou encore \u00ab c\u2019est ici le d\u00e9but de tout \u00bb, est situ\u00e9e dans le centre de la r\u00e9gion de Bouak\u00e9. Depuis l\u2019installation du royaume Baoul\u00e9 \u00e0 Sakassou dans la moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle en C\u00f4te d\u2019Ivoire, plusieurs Reines et Rois se sont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 sa t\u00eate. Les membres du clan royal Wal\u00e8bo exercent les pouvoirs r\u00e9gionaux les plus importants. Les r\u00e9solutions de conflits se faisaient sous le grand arbre \u00e0 palabres. Cet arbre reconnu dans la philosophie des soci\u00e9t\u00e9s africaines repr\u00e9sente un espace culturel o\u00f9 se d\u00e9roulent plusieurs activit\u00e9s. L\u2019activit\u00e9 qui est la plus men\u00e9e sous cet arbre est la palabre que A. Yinda et N. Delbrassine (2020, p. 2) qualifient de \u00ab discussion juridictionnelle \u00bb. C\u2019est en rapport avec l\u2019activit\u00e9 judiciaire que pour des raisons de modernisation, l\u2019arbre a fait place \u00e0 la construction d\u2019un tribunal coutumier assez moderne, offert par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de C\u00f4te-d\u2019Ivoire Alassane Ouattara en 2013. Le tribunal est pr\u00e9sid\u00e9 par le porte-parole du roi et par diff\u00e9rents chefs. Le porte-parole du roi fait office de procureur de justice. Il prononce le verdict final.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"wp-image-2968 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623.jpg\" alt=\"\" width=\"584\" height=\"429\" \/><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La comp\u00e9tence du tribunal traditionnel s\u2019exerce au sein du grand peuple Baoul\u00e9. M\u00eame si des personnes d\u2019une autre ethnie peuvent y \u00eatre convoqu\u00e9es, ce tribunal n\u2019a pas la comp\u00e9tence pour intervenir dans un litige qui a lieu sur un autre territoire ivoirien \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019ait \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment sollicit\u00e9. La justice traditionnelle est comp\u00e9tente pour juger toutes sortes de conflits soumis \u00e0 sa juridiction. Elle peut avoir recours au tribunal moderne si les autorit\u00e9s judiciaires estiment que cela est n\u00e9cessaire. Le tribunal traditionnel tient compte de plusieurs conditions pour rendre le verdict. Cela va de la nature des liens qui unissent les concern\u00e9s, le motif m\u00eame de la discorde, les lois adopt\u00e9es unanimement par le village et le tribunal, l\u2019existence d\u2019une jurisprudence qui lie les familles impliqu\u00e9es. Lorsque le tribunal est confront\u00e9 \u00e0 une situation in\u00e9dite ou inaccoutum\u00e9e, de ce proc\u00e8s na\u00eetra une sorte de jurisprudence qui servira \u00e0 trancher tous litiges similaires.<\/p>\r\n\r\n<h2>Configurations communicationnelles, discursives et \u00e9nonciatives du discours judiciaire traditionnel<\/h2>\r\n<h3>Configurations communicationnelles du discours judiciaire traditionnel<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces configurations se retrouvent dans le marquage de la situation globale et sp\u00e9cifique de communication (SGC), celle-ci <em>\u00ab\u00a0<\/em>se d\u00e9finit conceptuellement par le nombre d\u2019instances de communication en pr\u00e9sence, ce qui les l\u00e9gitime quant \u00e0 leur r\u00f4le et statut, les types de rapport qui s\u2019instaurent entre elles, la finalit\u00e9 discursive qu\u2019elle vise et le domaine th\u00e9matique qui s\u2019y attache, le tout organis\u00e9 selon un dispositif \u00bb (Charaudeau, 2010, p. 7). Les p\u00f4les communicationnels du discours judiciaire Baoul\u00e9 mettent en sc\u00e8ne quatre instances que l\u2019on retrouve aussi dans discours judiciaire aristot\u00e9licien. Ce sont l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire (juge), l\u2019instance plaignante, l\u2019instance accus\u00e9e, l\u2019instance auditoire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire est repr\u00e9sent\u00e9e par les diff\u00e9rents chefs de village et les notables. Le tribunal de Sakassou \u00e9tant la juridiction sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres, des chefs peuvent y \u00eatre convoqu\u00e9s pour r\u00e9pondre de certains conflits engageant leur village ou les membres de leur communaut\u00e9. Ces derniers interviennent pour rappeler la loi (Mmla\u0304) de leurs villages et les principes de r\u00e9paration. Ils servent d\u2019interface entre le droit coutumier chez eux et le cas \u00e9ch\u00e9ant. Le juge est responsable du maintien de l\u2019ordre interactionnel, de la validation et de l\u2019ex\u00e9cution des sentences du verdict. Il distribue et r\u00e9gule la parole. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, se trouvent des notables qui assurent certaines t\u00e2ches et enqu\u00eates pour la fluidit\u00e9 de l\u2019interaction. A ceux-ci, s\u2019ajoute le secr\u00e9taire de s\u00e9ance. Son r\u00f4le \u00e0 lui est assimil\u00e9 \u00e0 un ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie. Il ouvre l\u2019\u00e9change en \u00e9dictant les r\u00e8gles de biens\u00e9ance. Il est le garant des cautions rituelles de d\u00e9position. L\u2019instance plaignante et l\u2019instance accus\u00e9e ont des obligations discursives sp\u00e9cifiques. La victime de l\u2019offense (le plaignant) est l\u2019initiateur du proc\u00e8s. Son r\u00f4le discursif est de construire la validit\u00e9 de sa plainte par la narration factuelle de la faute. Quant \u00e0 l\u2019accus\u00e9, son r\u00f4le principal est de se soumettre \u00e0 la proc\u00e9dure et de r\u00e9ussir l\u2019acte de r\u00e9paration s\u2019il est d\u00e9clar\u00e9 coupable. Parmi les membres de l\u2019auditoire se trouvent le public, les t\u00e9moins mais aussi et surtout, les membres de la famille dont la pr\u00e9sence est cruciale pour la validit\u00e9 et l\u2019ex\u00e9cution du verdict. Chaque groupe familial qui accompagne les parties aux conflits est le garant social de l\u2019acte de r\u00e9paration. L\u2019autorit\u00e9 judiciaire tient \u00e0 leur pr\u00e9sence physique pendant le proc\u00e8s. Les familles sont investies de r\u00f4les discursifs pendant l\u2019interaction. Elles donnent leurs versions des faits et leurs avis sur les questions relatives \u00e0 la r\u00e9paration des offenses. Elles repr\u00e9sentent la m\u00e9moire collective de l\u2019\u00e9v\u00e8nement pour elles et pour la communaut\u00e9. La famille est l\u2019instance gage de la r\u00e9paration. Les t\u00e9moins jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le d\u00e9roulement des audiences. Ils jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant car il est le garant de la v\u00e9rit\u00e9 de chaque partie. De plus, son r\u00f4le d\u00e9passe la simple narration des faits. Sa parole aide \u00e0 \u00e9tablir la v\u00e9racit\u00e9 des faits dans la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 sociale. L\u2019absence de t\u00e9moin peut \u00eatre pr\u00e9judiciable \u00e0 une partie comme l\u2019atteste l\u2019extrait du corpus suivant :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex1 : \u00ab Notable : a\u0300mu\u0301 ba\u0301 a\u0300mu\u0301 fa\u0301 te\u0300mu\u0301\u025b\u0301n. Sra\u0302n k\u0254\u0301n f\u025b\u0301 \u025b\u0304 li\u0301\u025b\u0304. me\u0301 n\u0300ga\u0300 me\u0301 ba\u0301l\u025b\u0300 me\u0301 n\u0300gba\u0301 me\u0301 l\u025b\u0301. mo\u0300n\u025b\u0301n bo\u0304 na\u0304n gna\u0301n te\u0304mu\u0301\u025b\u0301n ni\u0301\u0254\u0304n \u025b\u0300 n\u0300d\u025b\u0300 yo\u0301f\u025b\u0304<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : En venant, prenez un t\u00e9moin. Que chacun prenne son t\u00e9moin. Tous ceux qui viennent ici en ont un. La terre de monsieur Monin n\u2019a pas eu de t\u00e9moin. A-t-il eu raison?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En plus de ces instances \u00e9nonciatives classiques, il y a l\u2019instance oraculaire sacr\u00e9e. Cette instance est incarn\u00e9e par le f\u00e9ticheur ou le \u00ab sorcier \u00bb dont la parole issue d\u2019un rituel de divination constitue un des fondements ultimes de certains verdicts. Il est le garant de la v\u00e9rit\u00e9 surnaturelle. Il ne parle pas en son propre nom mais comme un canal l\u00e9gitim\u00e9 par la tradition. Son intervention est essentielle pour sceller la v\u00e9rit\u00e9 et rendre le jugement final :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Ex2\u00a0: \u00ab\u00a0chef de l\u2019audience : k\u025b\u0304 m\u0254\u0300\u0254\u0300 a\u0304mu\u0304 a\u0301 wu\u0301sa\u0304 nu\u0301, ye\u0300 li\u0300\u025b\u0300 k\u025b\u0304 yo sa\u0304 ye\u0300 yi\u0301 n\u0304zu\u0304e\u0304 wa\u0300. ye\u0300 a\u0301 kle\u0301 a\u0304mu\u0304 c\u025b\u0301n a\u0304mu\u0304 a\u0301 ku\u0304nd\u025b\u0304 a\u0304mu\u0304 n\u0304g\u0254\u0304i\u0300ma\u0304fu\u0304\u025b\u0304. be\u0300 ku\u0304nd\u025b\u0304 be\u0300 li\u0300\u025b\u0300 e\u0304 ku\u0304su\u0304 e\u0300 fa\u0301 e\u0300 li\u0300\u025b\u0300 e\u0300 a\u0301 yi\u0301 n\u0304zu\u0304e\u0304 \u00bb<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : \u00ab Comme vous n\u2019avez pas demand\u00e9 ce que c\u2019est, chez nous quand c\u2019est comme cela, nous consultons. On va vous donner une date. Vous allez venir avec un f\u00e9ticheur. Ils viendront avec un, nous \u00e9galement. Et on va consulter\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019instance oraculaire sacr\u00e9 est une voix \u00e9nonciative autonome dont la particularit\u00e9 est de r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 travers un dispositif interactionnel fond\u00e9 sur l\u2019accomplissement de certains rituels sacr\u00e9s. Si les audiences sont publiques et peuvent \u00eatre assist\u00e9es par tous, ce n\u2019est pas le cas de l\u2019ex\u00e9cution de certains rituels engageant la participation des oracles et des rituels de divination.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La finalit\u00e9 de toutes ces audiences est de faire ressortir \u00ab le juste ou l\u2019injuste \u00bb (Aristote, 1991, p. 94). Pour ce qui est de la situation sp\u00e9cifique de communication (SSC), celle-ci concerne :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des sujets participants \u00e0 l\u2019\u00e9change, ayant une identit\u00e9 sociale et des r\u00f4les communicationnels bien pr\u00e9cis. Il en est de m\u00eame de la finalit\u00e9 de l\u2019\u00e9change et du domaine th\u00e9matique qui sont pr\u00e9cis\u00e9s en fonction des \"circonstances mat\u00e9rielles\" dans lesquelles celui-ci se d\u00e9roule effectivement (Charaudeau, 2010, p. 7).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De mani\u00e8re sp\u00e9cifique, l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire est incarn\u00e9e par le chef ou par un notable qui parle en son nom. Au tribunal royal de Sakassou, le juge principal est assist\u00e9 de son porte-parole qui lui, est charg\u00e9 de reprendre ses propos ou de nommer le prochain locuteur. Dans la soci\u00e9t\u00e9 Baoul\u00e9, la prof\u00e9ration d\u2019une parole s\u00e9rieuse n\u00e9cessite un m\u00e9diateur qui va servir d\u2019interm\u00e9diaire entre les deux p\u00f4les de la communication. C\u2019est surtout que dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines, le chef ne s\u2019adresse pas directement \u00e0 ses sujets en raison de la sacralit\u00e9 de sa parole. Elle est toujours protocolaire et r\u00e9gul\u00e9e par un technicien de la parole dont le r\u00f4le est de prot\u00e9ger le prestige et la stabilit\u00e9 du chef, tout en garantissant que sa parole soit transmise efficacement et accept\u00e9e par la communaut\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les moments de r\u00e9solution de conflits sont aussi un lieu d\u2019enseignement des us, des coutumes ainsi que des proc\u00e9dures \u00e0 respecter dans le village ou dans la r\u00e9gion. En tant que soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle africaine, la finalit\u00e9 des \u00e9changes est de r\u00e9soudre les palabres qui sont survenues entre les antagonistes en vue de ramener ou de maintenir la fraternit\u00e9 et la coh\u00e9sion. Cela est important dans la mesure o\u00f9 pour A. Yinda et N. Delbrassine : \u00ab c'est une finalit\u00e9 que chacun doit garder \u00e0 l'esprit quand il parle. C'est pour cette raison qu'il est \u00e9galement interdit de mentir dans une palabre [\u2026] - car on craint les anc\u00eatres, l'au-del\u00e0 et parce que la parole favorise la solidarit\u00e9 \u00bb (2020, p. 2). Cette r\u00e9alit\u00e9 est perceptible chez les Baoul\u00e9 de B\u00e9oumi et Sakassou car c\u2019est le respect des us et coutumes, celui des anc\u00eatres et des anciens qui assurent la stabilit\u00e9 du pouvoir judiciaire puisqu\u2019il n\u2019existe pas de prison ou de maison carc\u00e9rale \u00e0 proprement parler.<\/p>\r\n\r\n<h3>Configurations discursives et \u00e9nonciatives<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces configurations se ressentent \u00e0 partir des r\u00e8gles conversationnelles. Il s\u2019agit des\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">modalit\u00e9s de l\u2019ouverture et de la cl\u00f4ture des interactions, \u00ab la machinerie \u00bb des tours de parole, l\u2019organisation globale des \u00e9changes. Mais les interactions ob\u00e9issent \u00e0 d\u2019autres types de principes r\u00e9gulateurs, comme les maximes conversationnelles [\u2026] ou les r\u00e8gles rituelles du face-work (Kerbrat-Orecchioni (2005, p. 68).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9nonciateurs ne sont pas soumis aux m\u00eames r\u00e8gles conversationnelles. Pendant que les membres de l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire ayant le pouvoir de d\u00e9cision dirigent et r\u00e9gulent les interactions, ceux des instances d'accusation et de d\u00e9fense en tant que sujets, modulent leurs interventions avec de la politesse et de la discipline.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les r\u00e8gles conversationnelles appliqu\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 judiciaire<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les audiences analys\u00e9es, les acteurs et actrices\u00a0sont r\u00e9parti\u00b7e\u00b7s selon une hi\u00e9rarchie in\u00e9galitaire qui conf\u00e8re aux juges la position dominante lors des \u00e9changes. Ceux-ci construisent leur autorit\u00e9 discursive par la gestion de l\u2019\u00e9change : l\u2019attribution des tours de parole, les proc\u00e9dures discursives de m\u00e9diation ou de plaidoyer. L\u2019attribution des tours de parole est faite par le juge traditionnel qui lorsqu\u2019il est assist\u00e9 d\u2019un porte-parole, lui d\u00e9l\u00e8gue la responsabilit\u00e9 d\u2019\u00e9quilibrer les \u00e9changes. Dans ce cas, le porte-parole tient le r\u00f4le d\u2019un agent rythmique qui est un \u00ab individu dot\u00e9 d\u2019une bonne ma\u00eetrise de la parole, capable de s\u2019exprimer en public et servant donc dans cette position d\u2019une sorte de connecteur logique entre les diverses instances du discours en cours d\u2019\u00e9laboration, c\u2019est-\u00e0-dire la parole \u00bb (Tououi Bi, 1991, p. 129). Lors des audiences, c\u2019est un membre de l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire qui ouvre la s\u00e9ance de mani\u00e8re solennelle. Au niveau m\u00eame de l\u2019audience de B\u00e9oumi, le notable qui intervient au nom du chef de canton \u00e9nonce d\u2019entr\u00e9e de jeu :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Ex3\u00a0: Nanan wa\u0300 mla\u0304 wo\u0301 wa\u0300. Y\u025b\u0304 l\u025b\u0301 k\u025b\u0304 ka\u0300nz\u025b\u0301 s\u025b\u0304 ti\u0301 a\u0301mu\u0304 u\u0301ntre\u0304 a\u0304mu\u0304 di\u0301li\u0300 a\u0304mu\u0304 di\u0301 kl\u0254\u0304 l\u0254\u0300r la\u0304a\u0304. n\u0300d\u025b\u0300 ni\u0304 si\u0304e\u0304 si\u0304e\u0304 l\u025b\u0300 y\u025b\u0304\/ ye\u0301 wo\u0301 wa\u0300 y\u025b\u0304 ye\u0301 si\u0304e\u0304 si\u0304e\u0304 ye\u0301 li\u0301\u025b\u0300 \u0254\u0300r.<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Chez les anciens ici, il y a la loi. Cela veut dire que si vous avez eu des diff\u00e9rends dans votre village autrefois, c\u2019est \u00e0 la r\u00e9solution du conflit que nous nous att\u00e8lerons\u00a0\u00e0 notre niveau\u00a0\u00bb<strong>. <\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le notable cantonal pose les balises des \u00e9changes en faisant des clarifications. Ces pr\u00e9cisions sont d\u2019ordre \u00e0 rappeler le caract\u00e8re institutionnel de l\u2019\u00e9change. Le locuteur informe l\u2019assembl\u00e9e qu\u2019ils ont \u00e0 leur niveau des moyens de r\u00e9solution du conflit non r\u00e9solu au niveau du village. Les moyens de r\u00e9solution se fondent sur le \u00ab nanan mla\u0304 \u00bb : la loi des anciens. Cette annonce marque ainsi le fondement juridique de cette activit\u00e9 judiciaire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au tribunal de Sakassou, c\u2019est le secr\u00e9taire qui ouvre la session avant l\u2019intervention du notable, mod\u00e9rateur du jugement. Cette hi\u00e9rarchisation mat\u00e9rialise un ordre protocolaire :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex4 : Secr\u00e9taire : a\u0300n\u025b\u030c ti\u0301 n\u0300d\u025b\u0301 ka\u0301nl\u025b\u0300 c\u025b\u0300n. i\u0301 ki\u0301kli\u0301 su\u0301 ye\u0301 nu\u0304a\u0304n p\u0254\u0304ta\u0304blu\u0304 mu\u0304 z\u025b\u0304 ye\u0301 si\u0300e\u0301 vi\u0304br\u025b\u0304r su\u0301. sra\u0304n n\u0304ga\u0304 be\u0301 fl\u025b\u0301 k\u025b\u0304 i\u0301 ba\u0301 flu\u0300wa\u0301 nu\u0301 be\u0301 kl\u025b\u0301 si\u0304ka\u0300 i\u0301 fa\u0301 si\u0300e\u0301 su\u0301. s\u025b\u0304 ku\u0304su\u0304 wa\u0301 ny\u025b\u0301n m\u025b\u0301n i\u0300 u\u0304fu\u0304e\u0304, n\u0304za\u0304n po\u0304 n\u0304ny\u0254\u0304n y\u025b\u0304 ye\u0301 fa\u0301 s\u025b\u0304 a\u0301 b\u0254\u0301\u0254\u0301 a\u0301 wu\u0304ka\u0301 su\u0301 ma\u0301n na\u0304nna\u0304n mu\u0304. be\u0301 yo\u0301 w\u0254\u0301 kwla\u0301. bl\u0254\u0304fu\u0304\u025b\u0304 nu\u0301 ko\u0304to\u0304ku\u0304n n\u0304ny\u0254\u0304n y\u025b\u0304 ye\u0301 fa\u0301<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Aujourd\u2019hui est un jour de r\u00e8glement de conflits. Premi\u00e8rement, \u00e9teignons ou mettons nos t\u00e9l\u00e9phones sur le mode vibreur. Que la personne qu\u2019on appelle vienne avec la somme demand\u00e9e dans la convocation. Ce sont deux pots de vin qui sont demand\u00e9s mais si toi-m\u00eame tu veux faire plaisir aux chefs, ce sera avec plaisir. Si tu n\u2019as pas eu de la boisson, nous prenons 2000 francs comme \u00e9quivalent.<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px\">Notable\u00a0: Na\u0304nna\u0304n be\u0301 n\u0300d\u025b\u0301 n\u0304ga\u0304 ti\u0300\u025b\u0301 a\u0301 fl\u025b\u0301 s\u025b\u0304fu\u0304 a\u0301 ka\u0301n na\u0304n be\u0301 bu\u0301 su\u0301 a\u0304ku\u0304nda\u0304n<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Les chefs demandent ce pourquoi tu les as convoqu\u00e9s, il faut le dire, ils vont r\u00e9fl\u00e9chir l\u00e0-dessus.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son intervention, le secr\u00e9taire fait mention des informations portant sur l\u2019objet du jour de la rencontre et le rappel des frais d\u2019ouverture du dossier mentionn\u00e9 dans les diff\u00e9rentes convocations. Cette activit\u00e9 d\u2019information correspond au r\u00f4le du greffier dans le tribunal moderne. Cet ordre diff\u00e9rent de celui du tribunal de B\u00e9oumi montre la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019instance de Sakassou. Le point commun aux interventions des deux notables, mod\u00e9rateurs des \u00e9changes, est qu\u2019ils parlent au nom d\u2019un coll\u00e8ge. Le premier \u00e9nonce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et le second \u00ab\u00a0les chefs\u00a0\u00bb. Le pronom personnel et le groupe nominal mentionnent l\u2019ensemble du jury dont ils font partie. Par ailleurs, le notable \u00e0 B\u00e9oumi investi du pouvoir de juge en chef poursuit son intervention en pr\u00e9cisant aux parties en confrontation<strong>\u00a0: <\/strong><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex5 : S\u025b\u0304 ku\u0304su\u0304 sra\u0304n n\u0300ga\u0304 ni\u0304 a\u0304mu\u0304 nya\u0301n n\u0300d\u025b\u0300 ka\u0301n n\u0300d\u025b\u0300 na\u0304n a\u0301 se\u0301 k\u025b\u0304 fa\u0301 ja\u0301yo\u0300 l\u025b\u0300 fa\u0301 wa\u0301 to\u0301 ja\u0301yo\u0300l\u025b\u0300 a\u0301 kp\u025b\u0301 na\u0300nna\u0301n n\u0300zu\u0301a\u0300 \u025b\u0301 ku\u0300ngba\u0304 ni\u0301\u0254\u0300n [\u2026 ] s\u025b\u0304 k\u025b\u0304 a\u0304mu\u0301 a\u0301 k\u025b\u0301n l\u025b\u0300 na\u0301n n\u0300zu\u0300a\u0301 t\u0254\u0301 n\u0301u.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Si celui avec qui tu as eu des probl\u00e8mes est en train de parler et tu lui dis : \u00ab quitte-l\u00e0! tu mens ou tu es un menteur! \u00bb; tu viens d\u2019insulter ainsi le chef. C\u2019est pareil. [\u2026] Qu\u2019il n\u2019y ait aucune injure au moment o\u00f9 vous allez exposer le probl\u00e8me.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des propos du notable, il ressort que toute interruption de parole chez l\u2019adversaire avec des accusations mensong\u00e8res est une offense \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019autorit\u00e9. Cela traduit l\u2019image de l\u2019autorit\u00e9 que repr\u00e9sente le chef ou son repr\u00e9sentant, celle d\u2019une personne devant laquelle il faut faire preuve de temp\u00e9rance et d\u2019honorabilit\u00e9 quelle que soit la situation. Cela traduit un respect de la \u00ab r\u00e8gle de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 : \u00e9couter l\u2019autre, donner \u00e0 l\u2019autre le temps et respecter son opinion, m\u00eame si cela blesse la sensibilit\u00e9 \u00bb (Tata, 2024, p. 261). L\u2019importance de la politesse revient dans les propos du notable. Ces indications servent \u00e0 maintenir l\u2019ordre et la discipline afin qu\u2019une \u00e9coute attentive soit accord\u00e9e \u00e0 l\u2019intervention de chacune des personnes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les r\u00e8gles conversationnelles appliqu\u00e9es par les parties en conflit<\/strong><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau des intervenants des instances accusation et d\u00e9fense, leurs prises de parole sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019actes de politesse ponctu\u00e9s par moment d\u2019avertisseurs communicationnels\u00a0africains (ACA). Ce concept en phase d\u2019\u00e9mergence rel\u00e8ve des marques communicationnelles du discours en rapport avec la pratique africaine. De mani\u00e8re conceptuelle,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Bohui (2013), les ACA d\u00e9signent des \u00e9l\u00e9ments verbaux, des tournures de phrases ou des expressions dont la fonction principale est d\u2019annoncer des contenus propositionnels plus importants. En d\u2019autres termes, ACA, au sens de leur concepteur, servent de signaux pour attirer l\u2019attention sur des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du discours figurant dans un \u00e9nonc\u00e9 ult\u00e9rieur (Lezou, 2024, p. 41).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les manifestations des ACA se pr\u00e9sentent diversement.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Ex6\u00a0: Notable\u00a0: Ya\u0304 ko\u0300fi\u0301 a\u0301 ti\u0301a\u0301 wa\u0300 a\u0300o\u0301fu\u0301\u025b\u0300<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Mr Koffi, tu n\u2019es pas un \u00e9tranger ici.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Accus\u00e9 : N\u0300 ko\u0304to\u0304 na\u0300nna\u0301n bo\u0304<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Je m\u2019agenouille devant le chef.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9j\u00e0, lorsque l\u2019accus\u00e9 \u00e9nonce \u00ab\u00a0N\u0300 ko\u0304to\u0304 na\u0300nna\u0301n bo\u0304<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>ou <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>Je m\u2019agenouille devant le chef\u00a0\u00bb, il fait remarquer qu\u2019il a cern\u00e9 le contour de la question du notable. Au lieu de r\u00e9pondre \u00e0 la question, il formule un acte illocutoire de demande de pardon. Le mis en cause s\u2019engage \u00e0 aplanir toute tension suscit\u00e9e par sa nouvelle pr\u00e9sence pour une affaire d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solue. La conscience de sa position d\u2019accus\u00e9 r\u00e9cidiviste l\u2019am\u00e8ne \u00e0 adopter une attitude oratoire d\u2019abaissement. Celle-ci contribue \u00e0 diluer les effets de son image pr\u00e9discursive n\u00e9gative chez les chefs afin d\u2019aller au c\u0153ur du probl\u00e8me. La demande de pardon de Koffi est en rapport avec des ant\u00e9c\u00e9dents. C\u2019est tout l\u2019oppos\u00e9 pour la demande de pardon du plaignant de l\u2019audience de Sakassou.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Ex7\u00a0: Le plaignant de Sakassou\u00a0: Na\u0304nna\u0304n mu\u0304 i\u0304j\u0254\u0301l\u025b\u0300 yo\u0301 ya\u0302, n\u0304ga\u0304 e\u0301 ka\u0301n na\u0304n ti m\u025b\u0304n su\u0301 a\u0304mu\u0304 ya\u0300ci\u0301<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Chers chefs, parler n\u2019est pas chose facile. En le faisant, si je vous offense, pardonnez-moi.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En guise d\u2019avant-propos, le locuteur pr\u00e9sente la faiblesse de son aptitude \u00e0 s\u2019exprimer devant une assembl\u00e9e. Cette formule est une reconnaissance de la gravit\u00e9 de l\u2019acte de parole surtout en contexte de jugement ou p\u00e8sent des menaces sur la face des acteurs et actrices. Chaque locuteur se pr\u00e9sente comme un non expert de l\u2019exercice de la parole parlant sous l\u2019autorit\u00e9 du juge doubl\u00e9 de son statut de chef. En d\u00e9butant par les vocatifs rituels : <em>chers chefs,<\/em> le locuteur ouvre symboliquement le canal de parole par la reconnaissance pr\u00e9alable des d\u00e9tenteurs de l\u2019autorit\u00e9 discursive. Cette formule constitue une marque d\u2019all\u00e9geance permettant de l\u00e9gitimer sa prise de parole dans un espace fortement hi\u00e9rarchis\u00e9. C\u2019est une marque de politesse positive qui permet de cadrer l\u2019interaction comme formelle et s\u00e9rieuse. De fa\u00e7on pragmatique, ces formules ne sont pas un aveu de faute r\u00e9elle mais un acte de politesse rituelle en contexte judiciaire coutumier. Elles ont pour fonction de d\u00e9samorcer les paroles potentiellement irrespectueuses ou insolentes sans pour autant annihiler les effets directs de ces paroles s\u00e9ance tenante. Elles ne soustraient pas le locuteur aux cons\u00e9quences de d\u00e9viations discursives. \u00ab\u00a0Parler n\u2019est pas chose facile <em>\u00bb <\/em>est une reconnaissance explicite du risque par la non ignorance du poids symbolique des mots qu\u2019on peut employer ou pas devant les juges. Cette formule nomme le danger interactionnel. Le disant, la face du locuteur est prot\u00e9g\u00e9e par anticipation. \u00ab\u00a0En le faisant, si je vous offense, pardonnez-moi <em>\u00bb<\/em> est un m\u00e9canisme de r\u00e9paration anticip\u00e9. Ce propos fonctionne comme un acte r\u00e9parateur pr\u00e9ventif qui prot\u00e8ge la face du locuteur et des juges. On peut parler d\u2019un double travail de face : prot\u00e9ger l\u2019autre pour se prot\u00e9ger soi-m\u00eame. Ainsi, les propos du locuteur apparaissent comme des contributions respectueuses au service de la paix interactionnelle. La prise de parole n\u2019est pas l\u2019\u00e9talage de la v\u00e9rit\u00e9 brute ou une confrontation troublant l\u2019ordre interactionnel mais un proc\u00e9d\u00e9 discursif assurant la gestion collective des faces, la continuit\u00e9 interactionnelle et l\u2019expression du conflit sans rupture de l\u2019ordre social. Ainsi la prise de parole est \u00e0 la fois un acte linguistique, social et symbolique.<\/p>\r\n\r\n<h2>Caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours judiciaire en pays Baoul\u00e9 comporte des marques de similitudes dans certaines actions, ritualit\u00e9s et finalit\u00e9s avec le discours judiciaire moderne. N\u00e9anmoins, la soci\u00e9t\u00e9 Baoul\u00e9 garde des pratiques qui lui sont propres dans les actes juridictionnels. Le premier point de caract\u00e9risation endog\u00e8ne est la langue. Le code communicationnel de base est le Baoul\u00e9 avec ses connotations qui ne se laissent pas toujours d\u00e9chiffrer dans une traduction litt\u00e9rale. Ces connotations se r\u00e9v\u00e8lent comme des figures de style qui, en fran\u00e7ais, sont employ\u00e9es dans le registre soutenu. Chez les Baoul\u00e9, prendre la parole en public n\u2019est pas une chose ais\u00e9e qui plus est devant des anciens. Avant toutes sollicitations du tribunal royal, il faut avoir essay\u00e9 de r\u00e9soudre l\u2019affaire au niveau des familles et de la chefferie du village dans le but de respecter les diff\u00e9rents niveaux de r\u00e9solution de conflit.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le second point notoire concerne le \u00ab mla \u00bb ou le \u00ab nanan mla \u00bb qui est la loi des anciens. Du fait de l\u2019absence d\u2019\u00e9criture, la promulgation des lois prises par les anciens se faisait oralement. Le tribunal tient compte des lois ou r\u00e8gles adopt\u00e9es unanimement par le village, de l\u2019existence d\u2019une jurisprudence qui lie les familles impliqu\u00e9es pour rendre un verdict. G\u00e9n\u00e9ralement, les juges apr\u00e8s avoir d\u00e9fendu l\u2019innocent plaident pour le coupable quand l\u2019autre partie lui exige une p\u00e9nalit\u00e9 excessive. Lorsque le tribunal est confront\u00e9 \u00e0 une situation in\u00e9dite ou inaccoutum\u00e9e, il en naitra une sorte de jurisprudence qui servira \u00e0 trancher tous litiges similaires. L\u2019application des lois peut diff\u00e9rer d\u2019un village \u00e0 un autre. L\u2019amende peut conna\u00eetre une hausse qui s\u2019explique par la volont\u00e9 de dissuader chaque habitant de commettre \u00e0 nouveau cette offense. Un chef peut d\u00e9cr\u00e9ter une loi pour une situation r\u00e9currente dans son village. Il peut la modifier ou la supprimer. Le \u00ab mla \u00bb regorge des us et coutumes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment est le \u00ab a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n \u00bb f\u00e9tiche ou \u00ab a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n di\u0301l\u025b\u0300 \u00bb qui signifie consulter le f\u00e9tiche ou jurer sur le f\u00e9tiche. Cette pratique revient dans les deux audiences analys\u00e9es en tant que le point central de l\u2019aboutissement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 comme principe de justice. \u00c0 B\u00e9oumi, le juge tranche pour le recours \u00e0 ce principe sur le conflit foncier :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex8<strong>\u00a0<\/strong>: Notable\u00a0: a\u0300nu\u0301nma\u0301n-si\u0301n ye\u0301 ka\u0301n a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n di\u0301l\u025b\u0300 li\u0301ka\u0300. a\u0301 wa\u0301n su\u0301 di\u0301a\u0301 a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n. m\u0254\u0304n a\u0301 wa\u0301n a\u0301 su\u0301 di\u0301a\u0301 a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n ni\u0304n na\u0301n a\u0301 li\u0301 \u0254\u0304r.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Avant-hier, nous avons parl\u00e9 de la consultation des f\u00e9tiches. Tu as dit que tu ne consultes pas de f\u00e9tiches. Comme tu refuses de consulter les f\u00e9tiches, c\u2019est que le champ ne t\u2019appartient pas.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le chef rappelle les r\u00e9solutions de la pr\u00e9c\u00e9dente session fond\u00e9es sur le principe du f\u00e9tiche. Le refus de l\u2019accus\u00e9 de consulter les f\u00e9tiches conduit \u00e0 la d\u00e9duction selon laquelle il a tort. Le principe du f\u00e9tiche consiste \u00e0 jurer sur la terre ou un autre \u00e9l\u00e9ment (eau, boisson, f\u00e9tiche). Cette pratique a des cons\u00e9quences graves pouvant porter atteinte \u00e0 la vie de celui qui mentirait pendant la c\u00e9r\u00e9monie. Ainsi, celui qui refuse de sacrifier \u00e0 cette tradition aurait quelque chose \u00e0 se reprocher quel que soit le motif de sa r\u00e9ticence ou son refus. \u00c0 la question du notable, l\u2019accus\u00e9 maintient sa position sur le fait que l\u2019endroit o\u00f9 il a d\u00e9broussaill\u00e9 est sa parcelle. Devant son insistance, le notable rench\u00e9rit :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex9 : Traduction : Voyez-vous comment on cherche la mort pour se donner \u00e0 soi-m\u00eame? Ceux-l\u00e0 disent c\u2019est ma terre. Vous avez parl\u00e9 de ce probl\u00e8me. Il a dit si c\u2019est comme \u00e7a, allons jurer sur les f\u00e9tiches. Tu as dit qu\u2019on ne consultera pas de f\u00e9tiches. Une chose qui est \u00e0 toi mais qui n\u2019est pas \u00e0 toi, qu\u2019est-ce qu\u2019on en fait chez les baoul\u00e9? Mais, puisque tu ne veux pas consulter les f\u00e9tiches, est-ce que cette chose-l\u00e0 t\u2019appartient? [...] Si quelqu\u2019un ne veut pas des ennuis, il ne peut pas tourner le dos au f\u00e9tiche.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses propos, le chef confirme la menace de mort qui plane sur l\u2019accus\u00e9 qui selon lui affirme une chose et son contraire; d\u2019une part il est le propri\u00e9taire du champ et d\u2019autre part il refuse le f\u00e9tiche. Cette menace est marqu\u00e9e dans l\u2019exclamation de type interrogatif \u00ab Voyez-vous comment on cherche la mort pour se donner \u00e0 soi-m\u00eame?\u00a0\u00bb. Cette exclamation du chef rel\u00e8ve l\u2019attitude impr\u00e9cise de l\u2019accus\u00e9 qui pourrait lui \u00eatre fatal.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex10\u00a0: \u00ab\u00a0Accus\u00e9\u00a0: n\u0301si\u0301 ya\u0301ci\u0300 o\u0301. Na\u0304n k\u025b\u0304 n\u0300ti\u0301 kpa\u0301 \u025b\u0301h\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Pardon oh cher p\u00e8re. Ce n\u2019est pas que je suis parfait<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notable\u00a0: Na\u0304n s\u025b\u0304 ti\u0301a\u0301 n\u0300d\u025b\u0300 ti\u0301. ni\u0301\u025b\u0300n n\u0300d\u025b\u0300 m\u0254\u0304n n\u0300ga\u0304 n\u0300k\u025b\u0301n. A\u0304 su\u0301 kwla\u0301 ma\u0301n kp\u025b\u0301a\u0301 n\u0300zu\u0301a\u0300<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction<strong>\u00a0:<\/strong> Si ce n\u2019est pas \u00e0 cause d\u2019un probl\u00e8me, le probl\u00e8me que j\u2019ai soulev\u00e9, tu n\u2019allais pas pouvoir m\u2019insulter.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Accus\u00e9\u00a0: na\u0304n na\u0300nna\u0301n ya\u0301ci\u0304 ma\u0301n kp\u025b\u0301a\u0301 n\u0300zu\u0301a\u0300<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Pardonnez-moi chef, je ne vous ai pas insult\u00e9<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Devant les d\u00e9ductions du notable, l\u2019accus\u00e9 se retrouve dans la contrainte de lui demander pardon sans en pr\u00e9ciser la raison. Le caract\u00e8re contraignant du principe du f\u00e9tiche et l\u2019attachement des anciens qui le per\u00e7oivent comme point de d\u00e9nouement du conflit en font un \u00e9l\u00e9ment capital de la r\u00e9solution des conflits chez le peuple Baoul\u00e9. Cette importance est explicitement marqu\u00e9e dans la phrase d\u00e9clarative \u00ab Chez nous les Baoul\u00e9, lorsqu\u2019une chose est pour toi, vous jurez sur le f\u00e9tiche \u00bb et dans les questions oratoires \u00ab Une chose qui est \u00e0 toi mais qui n\u2019est pas \u00e0 toi, qu\u2019est-ce qu\u2019on y fait dessus en Baoul\u00e9? Mais, puisque tu ne veux pas consulter les f\u00e9tiches, est-ce que cette chose-l\u00e0 t\u2019appartient?\u00a0\u00bb. Dans ces indices, les groupes nominaux pr\u00e9positionnels \u00ab\u00a0Chez nous les Baoul\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0en Baoul\u00e9\u00a0\u00bb montrent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une pratique reconnue et formelle du peuple Baoul\u00e9. Cette communaut\u00e9 de principe vient renforcer sa place au c\u0153ur du discours judiciaire traditionnel Baoul\u00e9. C\u2019est fort de cela que le principe \u00ab a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n\u00a0dil\u00e8\u00a0\u00bb revient aussi \u00e0 l\u2019audience de Sakassou\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ex11: Repr\u00e9sentant du Roi (chef de l\u2019audience): fa\u0301 ma\u0301n nya\u0304jo\u0304 i\u0300 n\u0300d\u025b\u0301 y\u025b\u0304 t\u0254\u0301 li\u0301\u025b\u0300 wa\u0301n m\u025b\u0301n i\u0300 a\u0304mu\u0304i\u0304n. y\u025b\u0304 di\u0301 li\u0300 \u0254\u0300<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Demande \u00e0 M. Kouadio. C\u2019est son probl\u00e8me mais pourquoi a t\u2019il jur\u00e9?<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Plaignant : k\u025b\u0304 m\u0254\u0304\u0254\u0304 be\u0301 t\u0254\u0301n mi\u0300 su\u0304i\u0300n ti\u0301 n\u0300 di\u0301 li\u0300 a\u0304mu\u0304i\u0304n w\u0254\u0301 mi\u0300 wu\u0300n<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: C\u2019est parce qu\u2019ils m\u2019ont accus\u00e9 injustement que j\u2019ai jur\u00e9 contre moi-m\u00eame.<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Repr\u00e9sentant du Roi (chef de l\u2019audience) : Fa\u0301 ma\u0301n s\u025b\u0304fu\u0304, k\u025b\u0304 m\u0254\u0304\u0254\u0304 a\u0300 t\u0254\u0301 a\u0304kplo\u0304wa\u0300 ye\u0301 a\u0301 yi\u0301 wu\u0304nnzu\u0304e\u0304 b\u0254\u0301\u0254\u0301 wa\u0300. a\u0304mu\u0304 a\u0301 fa\u0301 a\u0304mu\u0304 n\u0304g\u0254\u0304i\u0300ma\u0301n li\u0301\u025b\u0300, be\u0301 fa\u0301 be\u0301 li\u0301\u025b\u0300 e\u0301 b\u0254\u0301\u0254\u0301. e\u0301 fa\u0301 e\u0301 li\u0301\u025b\u0300 e\u0301 a\u0301 yi\u0301 wa\u0300 na\u0304n ye\u0301 a\u0301 wu\u0301n nu\u0301n n\u0300d\u025b\u0301 ye\u0301 a\u0301 ka\u0301n. n\u0304g\u0254\u0304i\u0300ma\u0301nfu\u0304\u025b\u0304 a\u0304mu\u0304 fa\u0301 sra\u0304n o\u0304fl\u025b\u0304. k\u025b\u0304 ye\u0301 a\u0301 yi\u0301 n\u0304zu\u0304e\u0304 nya\u0304i\u0304sa\u0304n i\u0300 si\u0304ka\u0300 ko\u0304to\u0304ku\u0304n a\u0304bla\u0304sa\u0304n<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Dis au chef, comme \u00e7a devient une discussion, on va reprendre la consultation des f\u00e9tiches ici. Vous allez prendre quelqu\u2019un, eux \u00e9galement et nous de m\u00eame. On va l\u2019interroger ici et apr\u00e8s on verra quoi dire. Prenez de nouvelles personnes (f\u00e9ticheurs). Quand on va le faire, M. N\u2019guessan doit amener 30 000 francs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce principe se pr\u00e9sente \u00e0 Sakassou sous deux aspects. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 le plaignant jure contre lui-m\u00eame pour montrer son innocence vis-\u00e0-vis des personnes qui l\u2019ont accus\u00e9 de poss\u00e9der un mauvais f\u00e9tiche. Par cet acte volontaire, il veut faire preuve de bonne foi devant le village. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, le repr\u00e9sentant du roi d\u00e9cide d\u2019utiliser cette pratique en reconduisant l\u2019affaire \u00e0 une session prochaine dans le but de clarifier les implications des uns et des autres. Tous ces emplois de la pratique du f\u00e9tiche en font une marque rituelle indispensable dans le discours judiciaire Baoul\u00e9. Son positionnement en note finale dans les audiences la mat\u00e9rialise comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment du dernier recours.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Analyser le discours judiciaire suivant les pratiques traditionnelles de r\u00e9solution de conflits chez les Baoul\u00e9, tel est le point central d\u00e9velopp\u00e9 dans ce travail. Il s\u2019est montr\u00e9 r\u00e9v\u00e9lateur des diff\u00e9rentes situations de communication dans lesquelles se d\u00e9ploient les interactions judiciaires de cette communaut\u00e9 ethnique ivoirienne. Un autre point capital qui s\u2019est d\u00e9gag\u00e9 de cette \u00e9tude concerne les r\u00e8gles conversationnelles qui participent \u00e0 la configuration des actes discursifs et \u00e9nonciatifs des intervenants dans les audiences dont les principaux sont l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire et les instances accusation et d\u00e9fense. Au terme de cette analyse, il ressort qu\u2019il existe des points de caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne qui prennent leur source dans des principes fondamentaux du peuple Baoul\u00e9. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments linguistiques et coutumiers qui contribuent \u00e0 singulariser l\u2019interaction judiciaire et les moyens de r\u00e9solutions des conflits.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Andr\u00e9, Noellie Bhellys. 2024. <em>La politesse lors des audiences traditionnelles de jugement chez les Baoul\u00e9 : maximisation sur la pr\u00e9servation des faces des acteurs de l\u2019interaction\u00a0\u00bb<\/em>. Magana<em>. L\u2019analyse du discours dans tous ses sens<\/em> 1(2). p. 135-161. <a href=\"https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.6\">https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.6<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aristote. (1991). <em>La Rh\u00e9torique. <\/em>Paris: coll. Les classiques de la philosophie.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2013. Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma. Dans Bohui Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire (dir.),\u00a0<em>Cr\u00e9ation, langue et discours dans l\u2019\u00e9criture d\u2019Ahmadou Kourouma,<\/em> Actes du colloque du 18, 19, 20 Septembre 2013 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny. Montr\u00e9al\u00a0: Le Graal \u00e9dition.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique. 2002. <em>Dictionnaire d\u2019Analyse du discours<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2006. Un mod\u00e8le socio-communicationnel du discours. Entre situation de communication et strat\u00e9gies d\u2019individuation<em>.<\/em> In <em>M\u00e9dias et Culture<\/em>. <em>Discours, outils de communication, pratiques : quelle(s) pragmatique (s)<\/em>?. Paris : L\u2019Harmattan. <a href=\"http:\/\/www.patrick-charaudeau.com\/Un-modele-socio-communicationnel-du-discours-Entre-situation-de-communication.html\">http:\/\/www.patrick-charaudeau.com\/Un-modele-socio-communicationnel-du-discours-Entre-situation-de-communication.html<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 2005. <em>Le discours en interaction<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lezou-Koffi, Aim\u00e9e-Danielle. 2024. Les avertisseurs communicationnels africains. Contribution \u00e0 une aventure th\u00e9orique. Magana. <em>L\u2019analyse du discours dans tous ses sens<\/em> 1(2). p. 37-69. <a href=\"https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.3\">https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.3<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tata, Gaston Gabriel. 2024. \u00ab Paradigme endog\u00e8ne de communication : palabre africaine pour la dynamique sociale \u00bb. <em>Revue Internationale D\u00f4nni,<\/em>\u00a0<em>4(<\/em>1), 260-271.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tououi, Ernest. 1991.<em> L\u2019humanisme dans la litt\u00e9rature orale\u00a0: le cas des contes populaires Gouro<\/em>. Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 de Cocody. Abidjan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yinda, Andr\u00e9\u00a0et Delbrassine, No\u00eblle. 2020. \u00ab La palabre africaine \u00bb. <em>Diotime Revue internationale de la didactique et des pratiques de la philosophie, <\/em>84. <a href=\"https:\/\/diotime.lafabriquephilosophique.be\/numeros\/084\/018\/\">https:\/\/diotime.lafabriquephilosophique.be\/numeros\/084\/018\/<\/a><\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La palabre au niveau juridictionnel est une activit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 toutes les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines pour maintenir la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me de gouvernance et la coh\u00e9sion sociale. Le peuple Baoul\u00e9 est inscrit dans cette perspective \u00e0 travers son mode de r\u00e9solution de conflits. La pr\u00e9sente analyse envisage de pr\u00e9senter une caract\u00e9risation du discours judiciaire en mettant en exergue ses facettes communicationnelles, discursives et \u00e9nonciatives. Bien plus encore, il s&rsquo;agit de mettre en lumi\u00e8re les pistes d&rsquo;une singularisation d&rsquo;un discours judiciaire africain en prenant appui sur les pratiques discursives Baoul\u00e9. En effet, ce type de discours du point de vue de l\u2019encodage et du d\u00e9codage pr\u00e9sente des activit\u00e9s et des strat\u00e9gies discursives qui sont exprim\u00e9es, interpr\u00e9t\u00e9es et appliqu\u00e9es lors des audiences traditionnelles de justice. En s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 ces interactions verbales, l&rsquo;on remarque une variabilit\u00e9 de rituels et de r\u00e8gles dans l\u2019interaction. Celles-ci r\u00e9v\u00e8lent une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de techniques discursives se rapportant \u00e0 l\u2019utilisation de principes juridiques refl\u00e9tant l\u2019imaginaire culturel.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/discours-judiciaire\/\">Discours judiciaire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/interaction\/\">interaction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/justice-traditionnelle-baoule\/\">Justice traditionnelle Baoul\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/oralite\/\">Oralit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/rituel\/\">Rituel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Characterizing judicial discourse in the african context : an analysis of the facets of baoule practice<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Palaver at the jurisdictional level is an activity inherent to all traditional African societies to maintain the stability of the governance system and social cohesion. The Baoul\u00e9 people are part of this perspective through their method of conflict resolution. This analysis intends to present a characterization of judicial discourse by highlighting its communicative, discursive and enunciative facets. Much more, it is a question of highlighting the avenues for a singularization of an African judicial discourse by drawing on Baoul\u00e9 discursive practices. Indeed, this type of discourse from the point of view of encoding and decoding presents activities and discursive strategies which are expressed, interpreted and applied during traditional court hearings. By focusing on these verbal interactions, we notice a variability of rituals and rules in the interaction. These reveal a heterogeneity of discursive techniques relating to the use of legal principles reflecting the cultural imagination.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/baoule-traditional-justice\/\">Baoul\u00e9 traditional justice<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/interaction\/\">interaction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/judicial-discourse\/\">Judicial discourse<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/orality\/\">Orality<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/ritual\/\">Ritual<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Baoul\u00e9)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>sra\u0304nble\u0304 n\u0304vle\u0300 kl\u0254\u0304 me\u0304 su\u0304 n\u0300d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n j\u0254\u0304l\u025b\u0304 nz\u0254li\u025b siel\u025b: ba\u0304wle\u0304 n\u0304vle\u0300 kl\u0254\u0304 me\u0304 su\u0301 n\u0300d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n j\u0254\u0301l\u025b\u0304 a\u0300kpa\u0304sua\u0304 me\u0304 ti\u0301 ju\u0304nma\u0330\u0304n di\u0301l\u025b\u0304<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">u\u0301tre\u0300 n\u0300de\u0304di\u0304le\u0304 ti\u0304 sra\u0304nble\u0304 n\u0300vle\u0304 kl\u0254\u0304 me\u0304 su\u0301 ju\u0330\u0304ma\u0330\u0304 ci\u0300nnji\u0301n ku\u0301n m\u0254\u0304 be\u0301 fa\u0304 sie\u0304 kl\u0254\u0304 me\u0304 f\u0254\u0304wun\u0300di\u0301 nu\u0301n \u0254\u0304ni\u0304n a\u0304klu\u0304nj\u0254\u025b\u0304 nun\u0301. ba\u0304wle\u0304 n\u0300vle\u0304 i\u0301 n\u0300d\u025b\u0304 sie\u0304sie\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n i\u0301 a\u0301ja\u0301l\u025b\u0304 wa\u0304fa\u0304 su\u0301 j\u025b\u0304 ju\u0304nma\u0304n nga\u0304 fa\u0301 i\u0301 bo\u0304 fa\u0301 bla\u0304. ju\u0304nma\u0304n nga\u0304 wo\u0301 y\u025b\u0304 i\u0301 di\u0301l\u025b\u0304 nu\u0301n \u0254\u0301 ka\u0301n k\u0254\u0304 ba\u0304wle\u0304 n\u0300d\u025b\u0304 di\u0301l\u025b\u0304 nu\u0301n i\u0304j\u0254\u0304l\u025b\u0304 mu\u0301n j\u0254\u0301l\u025b\u0304 mu\u0301n \u0254\u0304ni\u0304n n\u0300d\u025b\u0304kp\u0254\u0304l\u025b\u0304 wa\u0304fa\u0304wa\u0304fa\u0304 mu\u0301n be\u0301 li\u0304ka\u0304. \u0254\u0300ti\u0304 k\u025b\u0304 e\u0301 yi\u0301 ba\u0304wle\u0304 n\u0300vle\u0304 nu\u0301n wa\u0300 n\u0304d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n i\u0304j\u0254\u0304l\u025b\u0304 mu\u0301n j\u0254\u0301l\u025b\u0304 \u0254\u0304ni\u0304n n\u0300d\u025b\u0304kp\u0254\u0304l\u025b\u0304 s\u0254\u0301 mu\u0301n be\u0301 n\u0304z\u0254\u0304li\u025b\u0304 sie\u0304l\u025b\u0304 a\u0304ti\u0304n nglo\u0304 y\u025b\u0304 e\u0301 fa\u0301 \u0330\u025fra\u0301n sra\u0304nble\u0304 n\u0300vle\u0304 n\u0300d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n n\u0300d\u025b\u0304 mmwa\u0304n be\u0301 ya\u0304 nu\u0301n ju\u0304nma\u0304n nga\u0304 nu\u0301n. j\u0254\u0301l\u025b\u0304 wa\u0304fa\u0304 s\u0254\u0304 mu\u0301n be\u0301 n\u0304z\u0254\u0304li\u025b\u0304 sie\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n \u0254\u0304ni\u0304n be\u0301 n\u0304z\u0254\u0304li\u025b\u0304 bo\u0304tu\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n ti\u0301 ju\u0304nma\u0304n di\u0301l\u025b\u0304 \u0254\u0304ni\u0304n i\u0304j\u0254\u0304l\u025b\u0304 wa\u0304fa\u0304 nu\u0301n i\u0304j\u0254\u0304l\u025b\u0304 \u0254\u0304ni\u0304n be\u0301 nwa\u0304n nu\u0301n j\u0254\u0301l\u025b\u0304\u0301 bo\u0304tu\u0304l\u025b\u0304 \u0254\u0304ni\u0304n ni\u0304nnge\u0304 ku\u0301n m\u0254\u0304 be\u0301 \u025fra\u0304n su\u0301 fa\u0301 di\u0301 n\u0304d\u025b\u0304 sra\u0304nble\u0304 n\u0300vle\u0304 kl\u0254\u0304 me\u0304 su\u0301. k\u025b\u0304 e\u0301 nia\u0330\u0304 n\u0300d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 j\u0254\u0301l\u025b\u0304 wa\u0304fa\u0304 s\u0254\u0301 mu\u0301n be\u0301 si\u0304nn e\u0301 wu\u0304n i\u0304 k\u025b\u0304 be\u0301 yo\u0301wl\u025b\u0304 nu\u0301n \u0254\u0304ni\u0304n be\u0301 mmla\u0304 be\u0301 ti\u0301 fa\u0304nu\u0304nfa\u0304nu\u0304n. be\u0301 kle\u0301 k\u025b\u0304 sra\u0304nble\u0304 n\u0300vle\u0304 kl\u0254\u0304 me\u0304 su\u0301 n\u0300d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 nu\u0301n i\u0304j\u0254\u0304l\u025b\u0304 mu\u0301n be\u0301 a\u0304ja\u0304l\u025b\u0304 be\u0301 s\u0254\u0301nni\u0304n, be\u0301 ti\u0301 fa\u0304nu\u0304nfa\u0304nu\u0304n. be\u0301 ti\u0301 wo\u0304su\u0304 nu\u0301n mmla\u0304 a\u0304nnz\u025b\u0304 ku\u0304su\u0304 i\u0304j\u0254\u0304l\u025b\u0304 \u0254\u0304ni\u0304n a\u0304gu\u0304nnda\u0304n nu\u0301n n\u0300d\u025b\u0304.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Baoul\u00e9)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/bawle-%c7%b9vle-kl%c9%94-me-su-%c7%b9d%c9%9bdil%c9%9b-j%c9%94l%c9%9b\/\">ba\u0304wle\u0304 n\u0300vle\u0304 kl\u0254\u0304 me\u0304 su\u0301 n\u0300d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 j\u0254\u0301l\u025b\u0304<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/mmla\/\">mmla\u0304<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/nuan-nun-j%c9%94l%c9%9b\/\">nua\u0304n nu\u0301n j\u0254\u0301l\u025b\u0304<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/sranble-%c7%b9vle-kl%c9%94-me-su-%c7%b9d%c9%9bdil%c9%9b-j%c9%94l%c9%9b\/\">sra\u0304nble\u0304 n\u0300vle\u0304 kl\u0254\u0304 me\u0304 su\u0301 n\u0300d\u025b\u0304di\u0304l\u025b\u0304 j\u0254\u0301l\u025b\u0304<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/yal%c9%9b-kokol%c9%9b\/\">ya\u0301l\u025b\u0304 ko\u0304ko\u0304l\u025b\u0304<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>31 octobre 2025<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>6 juin 2026<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>10 ao\u00fbt 2026<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La linguistique a \u00e9largi son champ d\u2019int\u00e9r\u00eat en s\u2019int\u00e9ressant au discours. La linguistique classique d\u00e9finit le discours par rapport \u00e0 la phrase, au texte, \u00e0 la langue et \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9. On retient tout d\u2019abord que le discours est une succession de phrases qui s\u2019actualisent dans un contexte particulier. Il est ancr\u00e9 dans une situation d\u2019\u00e9nonciation et d\u00e9signe toutes les productions langagi\u00e8res verbales ou \u00e9crites. Benveniste\u00a0indique ceci : \u00ab le discours est la langue en tant qu\u2019assum\u00e9e par l\u2019homme qui parle et dans la condition d\u2019intersubjectivit\u00e9 qui seule rend possible la communication \u00bb (cit\u00e9 par Charaudeau et Maingueneau, 2002, p. 86). G\u00e9n\u00e9ralement, les discours sont analys\u00e9s \u00e0 l\u2019aide des param\u00e8tres qui d\u00e9finissent la situation d\u2019\u00e9nonciation (temps, lieu, modalit\u00e9\u2026). Dans ces situations, il est r\u00e9gi par des normes, est soumis \u00e0 des r\u00e8gles d\u2019organisation et s\u2019inscrit dans un contexte. L\u2019organisation, le fonctionnement et la vis\u00e9e du discours contribuent \u00e0 la distinction de classes typologiques qui peuvent \u00eatre homog\u00e8nes ou h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes mais organis\u00e9es. Parmi les types de discours, on retrouve le discours judiciaire qui recouvre tous les discours tenus devant un tribunal. Le discours judiciaire est l\u2019un des trois genres oratoires identifi\u00e9s par Aristote dans <em>la Rh\u00e9torique<\/em>\u00a0(1991). C\u2019est un discours qui se tient lors des proc\u00e8s et qui vise la confrontation entre deux parties (accusation et d\u00e9fense) dans le but de rendre justice et d\u2019obtenir r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice. L\u2019activit\u00e9 judiciaire convoque une diversit\u00e9 de strat\u00e9gies discursives et rh\u00e9toriques \u00e9mises devant un tribunal. Dans la justice moderne, ce tribunal est pluriel avec diff\u00e9rentes instances par \u00e9chelons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, notamment africaines, des tribunaux entendus comme lieux de r\u00e9solution de conflits existent depuis la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale. Ces tribunaux majoritairement ethniques pr\u00e9sentent certaines similitudes avec les tribunaux officiels \u00e9tatiques. Ainsi, le discours judiciaire africain partag\u00e9 entre modernit\u00e9 et tradition pr\u00e9sente n\u00e9anmoins des formes de jugement profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans la culture de chaque communaut\u00e9 linguistique. Ceci \u00e9tant, il importe dans le cadre de ce travail de questionner le discours judiciaire en contexte africain \u00e0 l\u2019aune de certaines pratiques communautaires endog\u00e8nes. Alors, identifier les m\u00e9canismes soutenant les pratiques discursives qui s\u2019y rapportent revient \u00e0 caract\u00e9riser ce type de discours en tentant de r\u00e9pondre \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019analyse du discours en contexte africain notamment chez les Baoul\u00e9 de C\u00f4te d\u2019Ivoire. Le peuple baoul\u00e9 comptant plusieurs sous-groupes, les tribunaux choisis sont ceux de Sakassou et de B\u00e9oumi. Ce choix s\u2019explique par le fait que Sakassou abrite le si\u00e8ge du royaume Baoul\u00e9 et B\u00e9oumi est une localit\u00e9 voisine o\u00f9 se r\u00e8glent les probl\u00e8mes de canton avant qu\u2019ils ne soient transf\u00e9r\u00e9s au tribunal royal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette analyse, l\u2019exploration du discours judiciaire africain contribuera \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les champs de l\u2019analyse du discours afin de d\u00e9couvrir et d\u2019en d\u00e9crire les r\u00e8gles de fonctionnement observables. Dans quelle situation de communication se d\u00e9roulent les audiences chez les Baoul\u00e9? Quelles sont les caract\u00e9ristiques du discours judiciaire chez ce groupe? Quelles sont les principales configurations du point de vue de la communication et de l\u2019interaction? Que r\u00e9v\u00e8le le fonctionnement discursif de ce cadre juridictionnel traditionnel? Cet article qui tente de r\u00e9pondre \u00e0 ces interrogations, vise la caract\u00e9risation du discours judiciaire en contexte africain. Son objectif est de d\u00e9crire des pratiques discursives singuli\u00e8res fond\u00e9es sur des repr\u00e9sentations collectives en relation avec l\u2019identit\u00e9 sociale et culturelle des acteurs et actrices. Nous \u00e9mettons l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle le discours judiciaire chez les Baoul\u00e9 se construit dans une situation sp\u00e9cifique de communication. En outre, le syst\u00e8me \u00e9nonciatif et discursif de r\u00e9solution de crise chez les Baoul\u00e9 d\u00e9voile des fonctionnements socio-discursifs marqu\u00e9s par des formes d\u2019oralit\u00e9 singuli\u00e8re, des cadres discursifs hybrides o\u00f9 les acteurs et les actrices se positionnent et construisent des strat\u00e9gies discursives pour l\u00e9gitimer leurs r\u00f4les. Cette \u00e9tude s\u2019appuiera sur les d\u00e9veloppements th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques de Patrick Charaudeau avec la situation de communication et de Kerbrat-Orecchioni avec l\u2019analyse de discours en interaction. L\u2019\u00e9tude pr\u00e9sentera en premier lieu l\u2019ancrage th\u00e9orique et m\u00e9thodologique qui guidera l\u2019analyse. Ensuite, nous poserons le cadre contextuel de la justice traditionnelle chez les Baoul\u00e9 et nous exposerons les configurations \u00e9nonciatives, discursives et communicationnelles du discours judiciaire traditionnel. Enfin, nous proposerons une caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne.<\/p>\n<h2>Contextes du discours judiciaire traditionnel<\/h2>\n<h3>La situation de communication<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours judiciaire est un type de discours institutionnel ob\u00e9issant \u00e0 un rituel, des codes et se d\u00e9roulant dans un espace d\u00e9di\u00e9. L\u2019analyse de ce type de discours est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 son cadre de production qui d\u00e9finit d\u00e9j\u00e0 les positions des acteurs et actrices qui y interviennent. Il importe alors dans ce travail d\u2019\u00e9tudier les interactions des locuteurs en r\u00e9f\u00e9rence au contexte de production. L\u2019\u00e9tude du discours judiciaire en pays Baoul\u00e9 prend appui, pour son cadre communicationnel, sur la situation de communication de Patrick Charaudeau (2010). La situation de communication permet d\u2019analyser aussi bien l\u2019espace de communication que les motivations de l\u2019\u00e9change et les relations discursives et \u00e9nonciatives des interactants. Ce qui favorise la d\u00e9termination du niveau de l\u00e9gitimit\u00e9 de leurs prises de parole et sert \u00e0 donner un cachet singulier au genre de discours produit. Patrick Charaudeau affirme en substance que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On interpr\u00e8te toujours les actes de langage \u00e0 partir des \u00e9nonc\u00e9s produits et en relation avec un enjeu, ou du moins l\u2019enjeu que l\u2019on suppose \u00eatre celui de l\u2019\u00e9change, et qui correspond \u00e0 la question : \u201cqu\u2019est-ce qu\u2019il veut me dire?\u201d. D\u00e8s lors, on per\u00e7oit du non- dit, c\u2019est-\u00e0-dire un sens cach\u00e9, implicite, qui n\u2019appara\u00eet pas dans la seule combinaison des mots de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, et que l\u2019on a soi-m\u00eame construit par inf\u00e9rence (Charaudeau, 2010, p. 3).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La situation de communication favorise ainsi la d\u00e9termination du genre de discours \u00e0 partir de la prise en compte du contexte social. Cette approche donne de la valeur au contexte social dans la d\u00e9finition du genre ou encore m\u00eame du type de discours. Cela dit, le proc\u00e8s dans le domaine judiciaire Baoul\u00e9 se d\u00e9finit dans sa particularit\u00e9 d\u2019encodage \u00e0 d\u00e9crire une situation de communication sociale. Il s\u2019agit alors de comprendre non seulement les effets de la parole dans un cadre juridique, mais aussi de cerner le syst\u00e8me \u00e9nonciatif en tenant compte du statut et du r\u00f4le des acteurs. Le discours judiciaire ayant une sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation sp\u00e9cifique, les acteurs interagissent suivant une hi\u00e9rarchisation qui se justifie par l\u2019ancrage institutionnel doubl\u00e9 du contexte socio-culturel. Ce qui importe, c\u2019est la mise en sc\u00e8ne du discours de chaque acteur, l\u2019objectif \u00e9tant de capter l\u2019attention de l\u2019auditoire, de convaincre l&rsquo;auditoire de l\u2019id\u00e9e d\u00e9fendue ou encore de le contraindre \u00e0 l\u2019application de la loi ou du droit coutumier. Le discours judiciaire repose sur une hi\u00e9rarchisation des r\u00f4les \u00e9nonciatifs. L\u2019interaction judiciaire est alors caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019alternance des prises de parole r\u00e9gul\u00e9e par le cadre interactionnel. Les prises de parole sont organis\u00e9es par un locuteur charg\u00e9 de g\u00e9rer l\u2019\u00e9change. Il distribue la parole et assure la dynamique de l\u2019\u00e9change. Chaque intervention constitue un bloc s\u00e9quentiel qui conf\u00e8re aux \u00e9nonc\u00e9s en plus de leur valeur illocutoire, une valeur conversationnelle dont l\u2019enchainement laisse voir les diff\u00e9rentes fonctions de l\u2019\u00e9change : \u00ab fonction initiative, r\u00e9active ou \u00a0\u00bb\u00e9valuative\u00a0\u00bb au sein de l\u2019\u00e9change; r\u00f4le d\u2019ouvreur (qui peut \u00eatre rempli par les actes divers: salutation, question sur la sant\u00e9, commentaire de site) ou de cl\u00f4turer (salutation, v\u0153u, \u00a0\u00bbprojet\u00a0\u00bb) au sein de l\u2019interaction; fonction de bornage ou de pr\u00e9face, etc. \u00bb (Kerbrat-Orecchioni 2005a, p. 65).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse de l\u2019interaction judiciaire convoque l\u2019appareillage m\u00e9thodologique de l\u2019analyse du discours en Interaction. Du point de vue interactionnel, le discours judiciaire est analys\u00e9 \u00e0 travers les r\u00e8gles conversationnelles comme une forme d\u2019interaction verbale institutionnalis\u00e9e, r\u00e9gie par des r\u00f4les, des normes et des rituels sp\u00e9cifiques. L\u2019interaction judiciaire est une interaction formalis\u00e9e o\u00f9 l\u2019improvisation est r\u00e9duite. Dans ce contexte interactionnel, comment sont organis\u00e9es les audiences et comment sont g\u00e9r\u00e9es les relations interpersonnelles? L\u2019interaction judiciaire suit donc un rituel discursif dont les \u00e9tapes sont marqu\u00e9es par des structures dialogiques. Dans cette perspective, tou\u00b7te\u00b7s les acteurs et les actrices sont engag\u00e9\u00b7e\u00b7s dans la gestion des faces dans le but de r\u00e9sorber ou d\u2019\u00e9viter les menaces potentielles qui peuvent perturber le syst\u00e8me interactionnel mis en place. Le discours est consid\u00e9r\u00e9 non comme un simple \u00e9nonc\u00e9, mais comme une interaction entre les interactants. Chaque prise de parole est inscrite dans une situation d\u2019interlocution et produit des effets sur chacun des interlocuteurs qui ajustent leur parole en fonction de la r\u00e9action de l\u2019autre; ce qui favorise la co-construction de l\u2019\u00e9change. En somme, c\u2019est une approche centr\u00e9e sur les dimensions relationnelles, contextuelles et fonctionnelles de l\u2019utilisation du langage. Il s\u2019agira pour nous d\u2019analyser ces proc\u00e8s comme des genres de discours judiciaire en contexte africain et de tenter une approche de configuration de ce type de discours en mettant en place des jalons pour \u00e9tablir une caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>La justice traditionnelle publique chez les Baoul\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019organisation politique du peuple Baoul\u00e9 \u00e9tait fond\u00e9e sur le mod\u00e8le de la chefferie centralis\u00e9e. Il y a un roi ou une reine qui d\u00e9tient le pouvoir supr\u00eame combinant l\u2019ex\u00e9cutif, le l\u00e9gislatif et le judiciaire. Sa personne est sacr\u00e9e et inviolable. Il est le garant des anc\u00eatres et des g\u00e9nies protecteurs qui veillent sur la communaut\u00e9. Dans chaque village est \u00e9tabli un chef qui est d\u2019office le juge de sa communaut\u00e9. Son r\u00f4le est indubitablement le principal de la cha\u00eene r\u00e9paratrice. Il est entour\u00e9 de notables qui font partie du jury et sont charg\u00e9s de mener les enqu\u00eates et de rendre compte au chef. La justice traditionnelle n\u2019a pas de source \u00e9crite. Elle se fait oralement. Elle tire sa source du droit coutumier qui est fonction des r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales \u00e9tablies pour l\u2019harmonie et la stabilit\u00e9 des relations sociales. Dans la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle, tout type de conflit est susceptible de passer devant le tribunal. La proc\u00e9dure publique s\u2019engage selon l\u2019importance du conflit. Toutefois, il existe des offenses pour lesquelles, il faut absolument r\u00e9unir le tribunal. G\u00e9n\u00e9ralement, quand survient une offense entre deux personnes et que celles-ci n\u2019arrivent pas \u00e0 s\u2019entendre, les familles sont convoqu\u00e9es pour trouver un terrain d\u2019entente. Si elles ne sont toujours pas satisfaites, elles ont recours \u00e0 la chefferie et donc au tribunal du village. Le tribunal traditionnel est organis\u00e9 au niveau des villages, des cantons et de la royaut\u00e9. Le tribunal royal est l\u2019instance supr\u00eame de d\u00e9cision. Il est cens\u00e9 \u00eatre l\u2019organe juridictionnel supr\u00eame. C\u2019est le dernier recours. Les d\u00e9cisions qui y sont prises sont irr\u00e9vocables car prononc\u00e9es par le roi. Ce pouvoir de contraindre accorde \u00e0 la chefferie royale, les pr\u00e9rogatives de la puissance publique et par cons\u00e9quent un pouvoir incontestable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La constitution de notre corpus s\u2019est faite sur deux sites notamment la chefferie cantonale Kod\u00ea de B\u00e9oumi et le tribunal du royaume Baoul\u00e9 \u00e0 Sakassou. Situ\u00e9 \u00e0 l\u2019ouest de Bouak\u00e9, B\u00e9oumi abrite le sous-groupe Baoul\u00e9 Kod\u00e8. Nous avons eu acc\u00e8s \u00e0 la chefferie de B\u00e9oumi par le biais de Nanan Ago Yao Barth\u00e9l\u00e9my, chef de canton de la tribu Kod\u00e8. La plupart des r\u00e9solutions de conflits sont dirig\u00e9es par le comit\u00e9 mis en place par le chef. C\u2019est un ensemble de chefs de village et de notables des villages Kod\u00e8.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2971 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-152059.jpg\" alt=\"\" width=\"328\" height=\"231\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-152059.jpg 520w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-152059-300x211.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-152059-65x46.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-152059-225x158.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-152059-350x246.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 328px) 100vw, 328px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sakassou est consid\u00e9r\u00e9e comme la capitale du pays Baoul\u00e9. C&rsquo;est donc \u00e0 Sakassou que si\u00e8ge le Tribunal Supr\u00eame \u00e0 l&rsquo;image des Cours de cassation. La capitale du royaume baoul\u00e9 ou Oual\u00e8bo, qui signifie \u00ab sous l\u2019arbre Oual\u00e8 \u00bb ou encore \u00ab c\u2019est ici le d\u00e9but de tout \u00bb, est situ\u00e9e dans le centre de la r\u00e9gion de Bouak\u00e9. Depuis l\u2019installation du royaume Baoul\u00e9 \u00e0 Sakassou dans la moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle en C\u00f4te d\u2019Ivoire, plusieurs Reines et Rois se sont succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 sa t\u00eate. Les membres du clan royal Wal\u00e8bo exercent les pouvoirs r\u00e9gionaux les plus importants. Les r\u00e9solutions de conflits se faisaient sous le grand arbre \u00e0 palabres. Cet arbre reconnu dans la philosophie des soci\u00e9t\u00e9s africaines repr\u00e9sente un espace culturel o\u00f9 se d\u00e9roulent plusieurs activit\u00e9s. L\u2019activit\u00e9 qui est la plus men\u00e9e sous cet arbre est la palabre que A. Yinda et N. Delbrassine (2020, p. 2) qualifient de \u00ab discussion juridictionnelle \u00bb. C\u2019est en rapport avec l\u2019activit\u00e9 judiciaire que pour des raisons de modernisation, l\u2019arbre a fait place \u00e0 la construction d\u2019un tribunal coutumier assez moderne, offert par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de C\u00f4te-d\u2019Ivoire Alassane Ouattara en 2013. Le tribunal est pr\u00e9sid\u00e9 par le porte-parole du roi et par diff\u00e9rents chefs. Le porte-parole du roi fait office de procureur de justice. Il prononce le verdict final.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2968 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623.jpg\" alt=\"\" width=\"584\" height=\"429\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623.jpg 841w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623-300x220.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623-768x564.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623-65x48.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623-225x165.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-150623-350x257.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La comp\u00e9tence du tribunal traditionnel s\u2019exerce au sein du grand peuple Baoul\u00e9. M\u00eame si des personnes d\u2019une autre ethnie peuvent y \u00eatre convoqu\u00e9es, ce tribunal n\u2019a pas la comp\u00e9tence pour intervenir dans un litige qui a lieu sur un autre territoire ivoirien \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019ait \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment sollicit\u00e9. La justice traditionnelle est comp\u00e9tente pour juger toutes sortes de conflits soumis \u00e0 sa juridiction. Elle peut avoir recours au tribunal moderne si les autorit\u00e9s judiciaires estiment que cela est n\u00e9cessaire. Le tribunal traditionnel tient compte de plusieurs conditions pour rendre le verdict. Cela va de la nature des liens qui unissent les concern\u00e9s, le motif m\u00eame de la discorde, les lois adopt\u00e9es unanimement par le village et le tribunal, l\u2019existence d\u2019une jurisprudence qui lie les familles impliqu\u00e9es. Lorsque le tribunal est confront\u00e9 \u00e0 une situation in\u00e9dite ou inaccoutum\u00e9e, de ce proc\u00e8s na\u00eetra une sorte de jurisprudence qui servira \u00e0 trancher tous litiges similaires.<\/p>\n<h2>Configurations communicationnelles, discursives et \u00e9nonciatives du discours judiciaire traditionnel<\/h2>\n<h3>Configurations communicationnelles du discours judiciaire traditionnel<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces configurations se retrouvent dans le marquage de la situation globale et sp\u00e9cifique de communication (SGC), celle-ci <em>\u00ab\u00a0<\/em>se d\u00e9finit conceptuellement par le nombre d\u2019instances de communication en pr\u00e9sence, ce qui les l\u00e9gitime quant \u00e0 leur r\u00f4le et statut, les types de rapport qui s\u2019instaurent entre elles, la finalit\u00e9 discursive qu\u2019elle vise et le domaine th\u00e9matique qui s\u2019y attache, le tout organis\u00e9 selon un dispositif \u00bb (Charaudeau, 2010, p. 7). Les p\u00f4les communicationnels du discours judiciaire Baoul\u00e9 mettent en sc\u00e8ne quatre instances que l\u2019on retrouve aussi dans discours judiciaire aristot\u00e9licien. Ce sont l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire (juge), l\u2019instance plaignante, l\u2019instance accus\u00e9e, l\u2019instance auditoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire est repr\u00e9sent\u00e9e par les diff\u00e9rents chefs de village et les notables. Le tribunal de Sakassou \u00e9tant la juridiction sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres, des chefs peuvent y \u00eatre convoqu\u00e9s pour r\u00e9pondre de certains conflits engageant leur village ou les membres de leur communaut\u00e9. Ces derniers interviennent pour rappeler la loi (Mmla\u0304) de leurs villages et les principes de r\u00e9paration. Ils servent d\u2019interface entre le droit coutumier chez eux et le cas \u00e9ch\u00e9ant. Le juge est responsable du maintien de l\u2019ordre interactionnel, de la validation et de l\u2019ex\u00e9cution des sentences du verdict. Il distribue et r\u00e9gule la parole. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, se trouvent des notables qui assurent certaines t\u00e2ches et enqu\u00eates pour la fluidit\u00e9 de l\u2019interaction. A ceux-ci, s\u2019ajoute le secr\u00e9taire de s\u00e9ance. Son r\u00f4le \u00e0 lui est assimil\u00e9 \u00e0 un ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie. Il ouvre l\u2019\u00e9change en \u00e9dictant les r\u00e8gles de biens\u00e9ance. Il est le garant des cautions rituelles de d\u00e9position. L\u2019instance plaignante et l\u2019instance accus\u00e9e ont des obligations discursives sp\u00e9cifiques. La victime de l\u2019offense (le plaignant) est l\u2019initiateur du proc\u00e8s. Son r\u00f4le discursif est de construire la validit\u00e9 de sa plainte par la narration factuelle de la faute. Quant \u00e0 l\u2019accus\u00e9, son r\u00f4le principal est de se soumettre \u00e0 la proc\u00e9dure et de r\u00e9ussir l\u2019acte de r\u00e9paration s\u2019il est d\u00e9clar\u00e9 coupable. Parmi les membres de l\u2019auditoire se trouvent le public, les t\u00e9moins mais aussi et surtout, les membres de la famille dont la pr\u00e9sence est cruciale pour la validit\u00e9 et l\u2019ex\u00e9cution du verdict. Chaque groupe familial qui accompagne les parties aux conflits est le garant social de l\u2019acte de r\u00e9paration. L\u2019autorit\u00e9 judiciaire tient \u00e0 leur pr\u00e9sence physique pendant le proc\u00e8s. Les familles sont investies de r\u00f4les discursifs pendant l\u2019interaction. Elles donnent leurs versions des faits et leurs avis sur les questions relatives \u00e0 la r\u00e9paration des offenses. Elles repr\u00e9sentent la m\u00e9moire collective de l\u2019\u00e9v\u00e8nement pour elles et pour la communaut\u00e9. La famille est l\u2019instance gage de la r\u00e9paration. Les t\u00e9moins jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le d\u00e9roulement des audiences. Ils jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant car il est le garant de la v\u00e9rit\u00e9 de chaque partie. De plus, son r\u00f4le d\u00e9passe la simple narration des faits. Sa parole aide \u00e0 \u00e9tablir la v\u00e9racit\u00e9 des faits dans la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 sociale. L\u2019absence de t\u00e9moin peut \u00eatre pr\u00e9judiciable \u00e0 une partie comme l\u2019atteste l\u2019extrait du corpus suivant :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex1 : \u00ab Notable : a\u0300mu\u0301 ba\u0301 a\u0300mu\u0301 fa\u0301 te\u0300mu\u0301\u025b\u0301n. Sra\u0302n k\u0254\u0301n f\u025b\u0301 \u025b\u0304 li\u0301\u025b\u0304. me\u0301 n\u0300ga\u0300 me\u0301 ba\u0301l\u025b\u0300 me\u0301 n\u0300gba\u0301 me\u0301 l\u025b\u0301. mo\u0300n\u025b\u0301n bo\u0304 na\u0304n gna\u0301n te\u0304mu\u0301\u025b\u0301n ni\u0301\u0254\u0304n \u025b\u0300 n\u0300d\u025b\u0300 yo\u0301f\u025b\u0304<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : En venant, prenez un t\u00e9moin. Que chacun prenne son t\u00e9moin. Tous ceux qui viennent ici en ont un. La terre de monsieur Monin n\u2019a pas eu de t\u00e9moin. A-t-il eu raison?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En plus de ces instances \u00e9nonciatives classiques, il y a l\u2019instance oraculaire sacr\u00e9e. Cette instance est incarn\u00e9e par le f\u00e9ticheur ou le \u00ab sorcier \u00bb dont la parole issue d\u2019un rituel de divination constitue un des fondements ultimes de certains verdicts. Il est le garant de la v\u00e9rit\u00e9 surnaturelle. Il ne parle pas en son propre nom mais comme un canal l\u00e9gitim\u00e9 par la tradition. Son intervention est essentielle pour sceller la v\u00e9rit\u00e9 et rendre le jugement final :<\/p>\n<blockquote><p>Ex2\u00a0: \u00ab\u00a0chef de l\u2019audience : k\u025b\u0304 m\u0254\u0300\u0254\u0300 a\u0304mu\u0304 a\u0301 wu\u0301sa\u0304 nu\u0301, ye\u0300 li\u0300\u025b\u0300 k\u025b\u0304 yo sa\u0304 ye\u0300 yi\u0301 n\u0304zu\u0304e\u0304 wa\u0300. ye\u0300 a\u0301 kle\u0301 a\u0304mu\u0304 c\u025b\u0301n a\u0304mu\u0304 a\u0301 ku\u0304nd\u025b\u0304 a\u0304mu\u0304 n\u0304g\u0254\u0304i\u0300ma\u0304fu\u0304\u025b\u0304. be\u0300 ku\u0304nd\u025b\u0304 be\u0300 li\u0300\u025b\u0300 e\u0304 ku\u0304su\u0304 e\u0300 fa\u0301 e\u0300 li\u0300\u025b\u0300 e\u0300 a\u0301 yi\u0301 n\u0304zu\u0304e\u0304 \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : \u00ab Comme vous n\u2019avez pas demand\u00e9 ce que c\u2019est, chez nous quand c\u2019est comme cela, nous consultons. On va vous donner une date. Vous allez venir avec un f\u00e9ticheur. Ils viendront avec un, nous \u00e9galement. Et on va consulter\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019instance oraculaire sacr\u00e9 est une voix \u00e9nonciative autonome dont la particularit\u00e9 est de r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 travers un dispositif interactionnel fond\u00e9 sur l\u2019accomplissement de certains rituels sacr\u00e9s. Si les audiences sont publiques et peuvent \u00eatre assist\u00e9es par tous, ce n\u2019est pas le cas de l\u2019ex\u00e9cution de certains rituels engageant la participation des oracles et des rituels de divination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La finalit\u00e9 de toutes ces audiences est de faire ressortir \u00ab le juste ou l\u2019injuste \u00bb (Aristote, 1991, p. 94). Pour ce qui est de la situation sp\u00e9cifique de communication (SSC), celle-ci concerne :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Des sujets participants \u00e0 l\u2019\u00e9change, ayant une identit\u00e9 sociale et des r\u00f4les communicationnels bien pr\u00e9cis. Il en est de m\u00eame de la finalit\u00e9 de l\u2019\u00e9change et du domaine th\u00e9matique qui sont pr\u00e9cis\u00e9s en fonction des \u00ab\u00a0circonstances mat\u00e9rielles\u00a0\u00bb dans lesquelles celui-ci se d\u00e9roule effectivement (Charaudeau, 2010, p. 7).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">De mani\u00e8re sp\u00e9cifique, l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire est incarn\u00e9e par le chef ou par un notable qui parle en son nom. Au tribunal royal de Sakassou, le juge principal est assist\u00e9 de son porte-parole qui lui, est charg\u00e9 de reprendre ses propos ou de nommer le prochain locuteur. Dans la soci\u00e9t\u00e9 Baoul\u00e9, la prof\u00e9ration d\u2019une parole s\u00e9rieuse n\u00e9cessite un m\u00e9diateur qui va servir d\u2019interm\u00e9diaire entre les deux p\u00f4les de la communication. C\u2019est surtout que dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines, le chef ne s\u2019adresse pas directement \u00e0 ses sujets en raison de la sacralit\u00e9 de sa parole. Elle est toujours protocolaire et r\u00e9gul\u00e9e par un technicien de la parole dont le r\u00f4le est de prot\u00e9ger le prestige et la stabilit\u00e9 du chef, tout en garantissant que sa parole soit transmise efficacement et accept\u00e9e par la communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les moments de r\u00e9solution de conflits sont aussi un lieu d\u2019enseignement des us, des coutumes ainsi que des proc\u00e9dures \u00e0 respecter dans le village ou dans la r\u00e9gion. En tant que soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle africaine, la finalit\u00e9 des \u00e9changes est de r\u00e9soudre les palabres qui sont survenues entre les antagonistes en vue de ramener ou de maintenir la fraternit\u00e9 et la coh\u00e9sion. Cela est important dans la mesure o\u00f9 pour A. Yinda et N. Delbrassine : \u00ab c&rsquo;est une finalit\u00e9 que chacun doit garder \u00e0 l&rsquo;esprit quand il parle. C&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;il est \u00e9galement interdit de mentir dans une palabre [\u2026] &#8211; car on craint les anc\u00eatres, l&rsquo;au-del\u00e0 et parce que la parole favorise la solidarit\u00e9 \u00bb (2020, p. 2). Cette r\u00e9alit\u00e9 est perceptible chez les Baoul\u00e9 de B\u00e9oumi et Sakassou car c\u2019est le respect des us et coutumes, celui des anc\u00eatres et des anciens qui assurent la stabilit\u00e9 du pouvoir judiciaire puisqu\u2019il n\u2019existe pas de prison ou de maison carc\u00e9rale \u00e0 proprement parler.<\/p>\n<h3>Configurations discursives et \u00e9nonciatives<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces configurations se ressentent \u00e0 partir des r\u00e8gles conversationnelles. Il s\u2019agit des\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">modalit\u00e9s de l\u2019ouverture et de la cl\u00f4ture des interactions, \u00ab la machinerie \u00bb des tours de parole, l\u2019organisation globale des \u00e9changes. Mais les interactions ob\u00e9issent \u00e0 d\u2019autres types de principes r\u00e9gulateurs, comme les maximes conversationnelles [\u2026] ou les r\u00e8gles rituelles du face-work (Kerbrat-Orecchioni (2005, p. 68).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9nonciateurs ne sont pas soumis aux m\u00eames r\u00e8gles conversationnelles. Pendant que les membres de l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire ayant le pouvoir de d\u00e9cision dirigent et r\u00e9gulent les interactions, ceux des instances d&rsquo;accusation et de d\u00e9fense en tant que sujets, modulent leurs interventions avec de la politesse et de la discipline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les r\u00e8gles conversationnelles appliqu\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 judiciaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les audiences analys\u00e9es, les acteurs et actrices\u00a0sont r\u00e9parti\u00b7e\u00b7s selon une hi\u00e9rarchie in\u00e9galitaire qui conf\u00e8re aux juges la position dominante lors des \u00e9changes. Ceux-ci construisent leur autorit\u00e9 discursive par la gestion de l\u2019\u00e9change : l\u2019attribution des tours de parole, les proc\u00e9dures discursives de m\u00e9diation ou de plaidoyer. L\u2019attribution des tours de parole est faite par le juge traditionnel qui lorsqu\u2019il est assist\u00e9 d\u2019un porte-parole, lui d\u00e9l\u00e8gue la responsabilit\u00e9 d\u2019\u00e9quilibrer les \u00e9changes. Dans ce cas, le porte-parole tient le r\u00f4le d\u2019un agent rythmique qui est un \u00ab individu dot\u00e9 d\u2019une bonne ma\u00eetrise de la parole, capable de s\u2019exprimer en public et servant donc dans cette position d\u2019une sorte de connecteur logique entre les diverses instances du discours en cours d\u2019\u00e9laboration, c\u2019est-\u00e0-dire la parole \u00bb (Tououi Bi, 1991, p. 129). Lors des audiences, c\u2019est un membre de l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire qui ouvre la s\u00e9ance de mani\u00e8re solennelle. Au niveau m\u00eame de l\u2019audience de B\u00e9oumi, le notable qui intervient au nom du chef de canton \u00e9nonce d\u2019entr\u00e9e de jeu :<\/p>\n<blockquote><p>Ex3\u00a0: Nanan wa\u0300 mla\u0304 wo\u0301 wa\u0300. Y\u025b\u0304 l\u025b\u0301 k\u025b\u0304 ka\u0300nz\u025b\u0301 s\u025b\u0304 ti\u0301 a\u0301mu\u0304 u\u0301ntre\u0304 a\u0304mu\u0304 di\u0301li\u0300 a\u0304mu\u0304 di\u0301 kl\u0254\u0304 l\u0254\u0300r la\u0304a\u0304. n\u0300d\u025b\u0300 ni\u0304 si\u0304e\u0304 si\u0304e\u0304 l\u025b\u0300 y\u025b\u0304\/ ye\u0301 wo\u0301 wa\u0300 y\u025b\u0304 ye\u0301 si\u0304e\u0304 si\u0304e\u0304 ye\u0301 li\u0301\u025b\u0300 \u0254\u0300r.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Chez les anciens ici, il y a la loi. Cela veut dire que si vous avez eu des diff\u00e9rends dans votre village autrefois, c\u2019est \u00e0 la r\u00e9solution du conflit que nous nous att\u00e8lerons\u00a0\u00e0 notre niveau\u00a0\u00bb<strong>. <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le notable cantonal pose les balises des \u00e9changes en faisant des clarifications. Ces pr\u00e9cisions sont d\u2019ordre \u00e0 rappeler le caract\u00e8re institutionnel de l\u2019\u00e9change. Le locuteur informe l\u2019assembl\u00e9e qu\u2019ils ont \u00e0 leur niveau des moyens de r\u00e9solution du conflit non r\u00e9solu au niveau du village. Les moyens de r\u00e9solution se fondent sur le \u00ab nanan mla\u0304 \u00bb : la loi des anciens. Cette annonce marque ainsi le fondement juridique de cette activit\u00e9 judiciaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au tribunal de Sakassou, c\u2019est le secr\u00e9taire qui ouvre la session avant l\u2019intervention du notable, mod\u00e9rateur du jugement. Cette hi\u00e9rarchisation mat\u00e9rialise un ordre protocolaire :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex4 : Secr\u00e9taire : a\u0300n\u025b\u030c ti\u0301 n\u0300d\u025b\u0301 ka\u0301nl\u025b\u0300 c\u025b\u0300n. i\u0301 ki\u0301kli\u0301 su\u0301 ye\u0301 nu\u0304a\u0304n p\u0254\u0304ta\u0304blu\u0304 mu\u0304 z\u025b\u0304 ye\u0301 si\u0300e\u0301 vi\u0304br\u025b\u0304r su\u0301. sra\u0304n n\u0304ga\u0304 be\u0301 fl\u025b\u0301 k\u025b\u0304 i\u0301 ba\u0301 flu\u0300wa\u0301 nu\u0301 be\u0301 kl\u025b\u0301 si\u0304ka\u0300 i\u0301 fa\u0301 si\u0300e\u0301 su\u0301. s\u025b\u0304 ku\u0304su\u0304 wa\u0301 ny\u025b\u0301n m\u025b\u0301n i\u0300 u\u0304fu\u0304e\u0304, n\u0304za\u0304n po\u0304 n\u0304ny\u0254\u0304n y\u025b\u0304 ye\u0301 fa\u0301 s\u025b\u0304 a\u0301 b\u0254\u0301\u0254\u0301 a\u0301 wu\u0304ka\u0301 su\u0301 ma\u0301n na\u0304nna\u0304n mu\u0304. be\u0301 yo\u0301 w\u0254\u0301 kwla\u0301. bl\u0254\u0304fu\u0304\u025b\u0304 nu\u0301 ko\u0304to\u0304ku\u0304n n\u0304ny\u0254\u0304n y\u025b\u0304 ye\u0301 fa\u0301<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Aujourd\u2019hui est un jour de r\u00e8glement de conflits. Premi\u00e8rement, \u00e9teignons ou mettons nos t\u00e9l\u00e9phones sur le mode vibreur. Que la personne qu\u2019on appelle vienne avec la somme demand\u00e9e dans la convocation. Ce sont deux pots de vin qui sont demand\u00e9s mais si toi-m\u00eame tu veux faire plaisir aux chefs, ce sera avec plaisir. Si tu n\u2019as pas eu de la boisson, nous prenons 2000 francs comme \u00e9quivalent.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px\">Notable\u00a0: Na\u0304nna\u0304n be\u0301 n\u0300d\u025b\u0301 n\u0304ga\u0304 ti\u0300\u025b\u0301 a\u0301 fl\u025b\u0301 s\u025b\u0304fu\u0304 a\u0301 ka\u0301n na\u0304n be\u0301 bu\u0301 su\u0301 a\u0304ku\u0304nda\u0304n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Les chefs demandent ce pourquoi tu les as convoqu\u00e9s, il faut le dire, ils vont r\u00e9fl\u00e9chir l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son intervention, le secr\u00e9taire fait mention des informations portant sur l\u2019objet du jour de la rencontre et le rappel des frais d\u2019ouverture du dossier mentionn\u00e9 dans les diff\u00e9rentes convocations. Cette activit\u00e9 d\u2019information correspond au r\u00f4le du greffier dans le tribunal moderne. Cet ordre diff\u00e9rent de celui du tribunal de B\u00e9oumi montre la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019instance de Sakassou. Le point commun aux interventions des deux notables, mod\u00e9rateurs des \u00e9changes, est qu\u2019ils parlent au nom d\u2019un coll\u00e8ge. Le premier \u00e9nonce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et le second \u00ab\u00a0les chefs\u00a0\u00bb. Le pronom personnel et le groupe nominal mentionnent l\u2019ensemble du jury dont ils font partie. Par ailleurs, le notable \u00e0 B\u00e9oumi investi du pouvoir de juge en chef poursuit son intervention en pr\u00e9cisant aux parties en confrontation<strong>\u00a0: <\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex5 : S\u025b\u0304 ku\u0304su\u0304 sra\u0304n n\u0300ga\u0304 ni\u0304 a\u0304mu\u0304 nya\u0301n n\u0300d\u025b\u0300 ka\u0301n n\u0300d\u025b\u0300 na\u0304n a\u0301 se\u0301 k\u025b\u0304 fa\u0301 ja\u0301yo\u0300 l\u025b\u0300 fa\u0301 wa\u0301 to\u0301 ja\u0301yo\u0300l\u025b\u0300 a\u0301 kp\u025b\u0301 na\u0300nna\u0301n n\u0300zu\u0301a\u0300 \u025b\u0301 ku\u0300ngba\u0304 ni\u0301\u0254\u0300n [\u2026 ] s\u025b\u0304 k\u025b\u0304 a\u0304mu\u0301 a\u0301 k\u025b\u0301n l\u025b\u0300 na\u0301n n\u0300zu\u0300a\u0301 t\u0254\u0301 n\u0301u.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Si celui avec qui tu as eu des probl\u00e8mes est en train de parler et tu lui dis : \u00ab quitte-l\u00e0! tu mens ou tu es un menteur! \u00bb; tu viens d\u2019insulter ainsi le chef. C\u2019est pareil. [\u2026] Qu\u2019il n\u2019y ait aucune injure au moment o\u00f9 vous allez exposer le probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des propos du notable, il ressort que toute interruption de parole chez l\u2019adversaire avec des accusations mensong\u00e8res est une offense \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019autorit\u00e9. Cela traduit l\u2019image de l\u2019autorit\u00e9 que repr\u00e9sente le chef ou son repr\u00e9sentant, celle d\u2019une personne devant laquelle il faut faire preuve de temp\u00e9rance et d\u2019honorabilit\u00e9 quelle que soit la situation. Cela traduit un respect de la \u00ab r\u00e8gle de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 : \u00e9couter l\u2019autre, donner \u00e0 l\u2019autre le temps et respecter son opinion, m\u00eame si cela blesse la sensibilit\u00e9 \u00bb (Tata, 2024, p. 261). L\u2019importance de la politesse revient dans les propos du notable. Ces indications servent \u00e0 maintenir l\u2019ordre et la discipline afin qu\u2019une \u00e9coute attentive soit accord\u00e9e \u00e0 l\u2019intervention de chacune des personnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Les r\u00e8gles conversationnelles appliqu\u00e9es par les parties en conflit<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau des intervenants des instances accusation et d\u00e9fense, leurs prises de parole sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019actes de politesse ponctu\u00e9s par moment d\u2019avertisseurs communicationnels\u00a0africains (ACA). Ce concept en phase d\u2019\u00e9mergence rel\u00e8ve des marques communicationnelles du discours en rapport avec la pratique africaine. De mani\u00e8re conceptuelle,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon Bohui (2013), les ACA d\u00e9signent des \u00e9l\u00e9ments verbaux, des tournures de phrases ou des expressions dont la fonction principale est d\u2019annoncer des contenus propositionnels plus importants. En d\u2019autres termes, ACA, au sens de leur concepteur, servent de signaux pour attirer l\u2019attention sur des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du discours figurant dans un \u00e9nonc\u00e9 ult\u00e9rieur (Lezou, 2024, p. 41).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les manifestations des ACA se pr\u00e9sentent diversement.<\/p>\n<blockquote><p>Ex6\u00a0: Notable\u00a0: Ya\u0304 ko\u0300fi\u0301 a\u0301 ti\u0301a\u0301 wa\u0300 a\u0300o\u0301fu\u0301\u025b\u0300<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Mr Koffi, tu n\u2019es pas un \u00e9tranger ici.<\/p>\n<blockquote><p>Accus\u00e9 : N\u0300 ko\u0304to\u0304 na\u0300nna\u0301n bo\u0304<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Je m\u2019agenouille devant le chef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9j\u00e0, lorsque l\u2019accus\u00e9 \u00e9nonce \u00ab\u00a0N\u0300 ko\u0304to\u0304 na\u0300nna\u0301n bo\u0304<strong>\u00a0\u00bb <\/strong>ou <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>Je m\u2019agenouille devant le chef\u00a0\u00bb, il fait remarquer qu\u2019il a cern\u00e9 le contour de la question du notable. Au lieu de r\u00e9pondre \u00e0 la question, il formule un acte illocutoire de demande de pardon. Le mis en cause s\u2019engage \u00e0 aplanir toute tension suscit\u00e9e par sa nouvelle pr\u00e9sence pour une affaire d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solue. La conscience de sa position d\u2019accus\u00e9 r\u00e9cidiviste l\u2019am\u00e8ne \u00e0 adopter une attitude oratoire d\u2019abaissement. Celle-ci contribue \u00e0 diluer les effets de son image pr\u00e9discursive n\u00e9gative chez les chefs afin d\u2019aller au c\u0153ur du probl\u00e8me. La demande de pardon de Koffi est en rapport avec des ant\u00e9c\u00e9dents. C\u2019est tout l\u2019oppos\u00e9 pour la demande de pardon du plaignant de l\u2019audience de Sakassou.<\/p>\n<blockquote><p>Ex7\u00a0: Le plaignant de Sakassou\u00a0: Na\u0304nna\u0304n mu\u0304 i\u0304j\u0254\u0301l\u025b\u0300 yo\u0301 ya\u0302, n\u0304ga\u0304 e\u0301 ka\u0301n na\u0304n ti m\u025b\u0304n su\u0301 a\u0304mu\u0304 ya\u0300ci\u0301<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Chers chefs, parler n\u2019est pas chose facile. En le faisant, si je vous offense, pardonnez-moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En guise d\u2019avant-propos, le locuteur pr\u00e9sente la faiblesse de son aptitude \u00e0 s\u2019exprimer devant une assembl\u00e9e. Cette formule est une reconnaissance de la gravit\u00e9 de l\u2019acte de parole surtout en contexte de jugement ou p\u00e8sent des menaces sur la face des acteurs et actrices. Chaque locuteur se pr\u00e9sente comme un non expert de l\u2019exercice de la parole parlant sous l\u2019autorit\u00e9 du juge doubl\u00e9 de son statut de chef. En d\u00e9butant par les vocatifs rituels : <em>chers chefs,<\/em> le locuteur ouvre symboliquement le canal de parole par la reconnaissance pr\u00e9alable des d\u00e9tenteurs de l\u2019autorit\u00e9 discursive. Cette formule constitue une marque d\u2019all\u00e9geance permettant de l\u00e9gitimer sa prise de parole dans un espace fortement hi\u00e9rarchis\u00e9. C\u2019est une marque de politesse positive qui permet de cadrer l\u2019interaction comme formelle et s\u00e9rieuse. De fa\u00e7on pragmatique, ces formules ne sont pas un aveu de faute r\u00e9elle mais un acte de politesse rituelle en contexte judiciaire coutumier. Elles ont pour fonction de d\u00e9samorcer les paroles potentiellement irrespectueuses ou insolentes sans pour autant annihiler les effets directs de ces paroles s\u00e9ance tenante. Elles ne soustraient pas le locuteur aux cons\u00e9quences de d\u00e9viations discursives. \u00ab\u00a0Parler n\u2019est pas chose facile <em>\u00bb <\/em>est une reconnaissance explicite du risque par la non ignorance du poids symbolique des mots qu\u2019on peut employer ou pas devant les juges. Cette formule nomme le danger interactionnel. Le disant, la face du locuteur est prot\u00e9g\u00e9e par anticipation. \u00ab\u00a0En le faisant, si je vous offense, pardonnez-moi <em>\u00bb<\/em> est un m\u00e9canisme de r\u00e9paration anticip\u00e9. Ce propos fonctionne comme un acte r\u00e9parateur pr\u00e9ventif qui prot\u00e8ge la face du locuteur et des juges. On peut parler d\u2019un double travail de face : prot\u00e9ger l\u2019autre pour se prot\u00e9ger soi-m\u00eame. Ainsi, les propos du locuteur apparaissent comme des contributions respectueuses au service de la paix interactionnelle. La prise de parole n\u2019est pas l\u2019\u00e9talage de la v\u00e9rit\u00e9 brute ou une confrontation troublant l\u2019ordre interactionnel mais un proc\u00e9d\u00e9 discursif assurant la gestion collective des faces, la continuit\u00e9 interactionnelle et l\u2019expression du conflit sans rupture de l\u2019ordre social. Ainsi la prise de parole est \u00e0 la fois un acte linguistique, social et symbolique.<\/p>\n<h2>Caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours judiciaire en pays Baoul\u00e9 comporte des marques de similitudes dans certaines actions, ritualit\u00e9s et finalit\u00e9s avec le discours judiciaire moderne. N\u00e9anmoins, la soci\u00e9t\u00e9 Baoul\u00e9 garde des pratiques qui lui sont propres dans les actes juridictionnels. Le premier point de caract\u00e9risation endog\u00e8ne est la langue. Le code communicationnel de base est le Baoul\u00e9 avec ses connotations qui ne se laissent pas toujours d\u00e9chiffrer dans une traduction litt\u00e9rale. Ces connotations se r\u00e9v\u00e8lent comme des figures de style qui, en fran\u00e7ais, sont employ\u00e9es dans le registre soutenu. Chez les Baoul\u00e9, prendre la parole en public n\u2019est pas une chose ais\u00e9e qui plus est devant des anciens. Avant toutes sollicitations du tribunal royal, il faut avoir essay\u00e9 de r\u00e9soudre l\u2019affaire au niveau des familles et de la chefferie du village dans le but de respecter les diff\u00e9rents niveaux de r\u00e9solution de conflit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le second point notoire concerne le \u00ab mla \u00bb ou le \u00ab nanan mla \u00bb qui est la loi des anciens. Du fait de l\u2019absence d\u2019\u00e9criture, la promulgation des lois prises par les anciens se faisait oralement. Le tribunal tient compte des lois ou r\u00e8gles adopt\u00e9es unanimement par le village, de l\u2019existence d\u2019une jurisprudence qui lie les familles impliqu\u00e9es pour rendre un verdict. G\u00e9n\u00e9ralement, les juges apr\u00e8s avoir d\u00e9fendu l\u2019innocent plaident pour le coupable quand l\u2019autre partie lui exige une p\u00e9nalit\u00e9 excessive. Lorsque le tribunal est confront\u00e9 \u00e0 une situation in\u00e9dite ou inaccoutum\u00e9e, il en naitra une sorte de jurisprudence qui servira \u00e0 trancher tous litiges similaires. L\u2019application des lois peut diff\u00e9rer d\u2019un village \u00e0 un autre. L\u2019amende peut conna\u00eetre une hausse qui s\u2019explique par la volont\u00e9 de dissuader chaque habitant de commettre \u00e0 nouveau cette offense. Un chef peut d\u00e9cr\u00e9ter une loi pour une situation r\u00e9currente dans son village. Il peut la modifier ou la supprimer. Le \u00ab mla \u00bb regorge des us et coutumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment est le \u00ab a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n \u00bb f\u00e9tiche ou \u00ab a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n di\u0301l\u025b\u0300 \u00bb qui signifie consulter le f\u00e9tiche ou jurer sur le f\u00e9tiche. Cette pratique revient dans les deux audiences analys\u00e9es en tant que le point central de l\u2019aboutissement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 comme principe de justice. \u00c0 B\u00e9oumi, le juge tranche pour le recours \u00e0 ce principe sur le conflit foncier :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex8<strong>\u00a0<\/strong>: Notable\u00a0: a\u0300nu\u0301nma\u0301n-si\u0301n ye\u0301 ka\u0301n a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n di\u0301l\u025b\u0300 li\u0301ka\u0300. a\u0301 wa\u0301n su\u0301 di\u0301a\u0301 a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n. m\u0254\u0304n a\u0301 wa\u0301n a\u0301 su\u0301 di\u0301a\u0301 a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n ni\u0304n na\u0301n a\u0301 li\u0301 \u0254\u0304r.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Avant-hier, nous avons parl\u00e9 de la consultation des f\u00e9tiches. Tu as dit que tu ne consultes pas de f\u00e9tiches. Comme tu refuses de consulter les f\u00e9tiches, c\u2019est que le champ ne t\u2019appartient pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le chef rappelle les r\u00e9solutions de la pr\u00e9c\u00e9dente session fond\u00e9es sur le principe du f\u00e9tiche. Le refus de l\u2019accus\u00e9 de consulter les f\u00e9tiches conduit \u00e0 la d\u00e9duction selon laquelle il a tort. Le principe du f\u00e9tiche consiste \u00e0 jurer sur la terre ou un autre \u00e9l\u00e9ment (eau, boisson, f\u00e9tiche). Cette pratique a des cons\u00e9quences graves pouvant porter atteinte \u00e0 la vie de celui qui mentirait pendant la c\u00e9r\u00e9monie. Ainsi, celui qui refuse de sacrifier \u00e0 cette tradition aurait quelque chose \u00e0 se reprocher quel que soit le motif de sa r\u00e9ticence ou son refus. \u00c0 la question du notable, l\u2019accus\u00e9 maintient sa position sur le fait que l\u2019endroit o\u00f9 il a d\u00e9broussaill\u00e9 est sa parcelle. Devant son insistance, le notable rench\u00e9rit :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex9 : Traduction : Voyez-vous comment on cherche la mort pour se donner \u00e0 soi-m\u00eame? Ceux-l\u00e0 disent c\u2019est ma terre. Vous avez parl\u00e9 de ce probl\u00e8me. Il a dit si c\u2019est comme \u00e7a, allons jurer sur les f\u00e9tiches. Tu as dit qu\u2019on ne consultera pas de f\u00e9tiches. Une chose qui est \u00e0 toi mais qui n\u2019est pas \u00e0 toi, qu\u2019est-ce qu\u2019on en fait chez les baoul\u00e9? Mais, puisque tu ne veux pas consulter les f\u00e9tiches, est-ce que cette chose-l\u00e0 t\u2019appartient? [&#8230;] Si quelqu\u2019un ne veut pas des ennuis, il ne peut pas tourner le dos au f\u00e9tiche.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ses propos, le chef confirme la menace de mort qui plane sur l\u2019accus\u00e9 qui selon lui affirme une chose et son contraire; d\u2019une part il est le propri\u00e9taire du champ et d\u2019autre part il refuse le f\u00e9tiche. Cette menace est marqu\u00e9e dans l\u2019exclamation de type interrogatif \u00ab Voyez-vous comment on cherche la mort pour se donner \u00e0 soi-m\u00eame?\u00a0\u00bb. Cette exclamation du chef rel\u00e8ve l\u2019attitude impr\u00e9cise de l\u2019accus\u00e9 qui pourrait lui \u00eatre fatal.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex10\u00a0: \u00ab\u00a0Accus\u00e9\u00a0: n\u0301si\u0301 ya\u0301ci\u0300 o\u0301. Na\u0304n k\u025b\u0304 n\u0300ti\u0301 kpa\u0301 \u025b\u0301h\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Pardon oh cher p\u00e8re. Ce n\u2019est pas que je suis parfait<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Notable\u00a0: Na\u0304n s\u025b\u0304 ti\u0301a\u0301 n\u0300d\u025b\u0300 ti\u0301. ni\u0301\u025b\u0300n n\u0300d\u025b\u0300 m\u0254\u0304n n\u0300ga\u0304 n\u0300k\u025b\u0301n. A\u0304 su\u0301 kwla\u0301 ma\u0301n kp\u025b\u0301a\u0301 n\u0300zu\u0301a\u0300<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction<strong>\u00a0:<\/strong> Si ce n\u2019est pas \u00e0 cause d\u2019un probl\u00e8me, le probl\u00e8me que j\u2019ai soulev\u00e9, tu n\u2019allais pas pouvoir m\u2019insulter.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Accus\u00e9\u00a0: na\u0304n na\u0300nna\u0301n ya\u0301ci\u0304 ma\u0301n kp\u025b\u0301a\u0301 n\u0300zu\u0301a\u0300<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: Pardonnez-moi chef, je ne vous ai pas insult\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Devant les d\u00e9ductions du notable, l\u2019accus\u00e9 se retrouve dans la contrainte de lui demander pardon sans en pr\u00e9ciser la raison. Le caract\u00e8re contraignant du principe du f\u00e9tiche et l\u2019attachement des anciens qui le per\u00e7oivent comme point de d\u00e9nouement du conflit en font un \u00e9l\u00e9ment capital de la r\u00e9solution des conflits chez le peuple Baoul\u00e9. Cette importance est explicitement marqu\u00e9e dans la phrase d\u00e9clarative \u00ab Chez nous les Baoul\u00e9, lorsqu\u2019une chose est pour toi, vous jurez sur le f\u00e9tiche \u00bb et dans les questions oratoires \u00ab Une chose qui est \u00e0 toi mais qui n\u2019est pas \u00e0 toi, qu\u2019est-ce qu\u2019on y fait dessus en Baoul\u00e9? Mais, puisque tu ne veux pas consulter les f\u00e9tiches, est-ce que cette chose-l\u00e0 t\u2019appartient?\u00a0\u00bb. Dans ces indices, les groupes nominaux pr\u00e9positionnels \u00ab\u00a0Chez nous les Baoul\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0en Baoul\u00e9\u00a0\u00bb montrent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une pratique reconnue et formelle du peuple Baoul\u00e9. Cette communaut\u00e9 de principe vient renforcer sa place au c\u0153ur du discours judiciaire traditionnel Baoul\u00e9. C\u2019est fort de cela que le principe \u00ab a\u0300mu\u0301\u025b\u0301n\u00a0dil\u00e8\u00a0\u00bb revient aussi \u00e0 l\u2019audience de Sakassou\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ex11: Repr\u00e9sentant du Roi (chef de l\u2019audience): fa\u0301 ma\u0301n nya\u0304jo\u0304 i\u0300 n\u0300d\u025b\u0301 y\u025b\u0304 t\u0254\u0301 li\u0301\u025b\u0300 wa\u0301n m\u025b\u0301n i\u0300 a\u0304mu\u0304i\u0304n. y\u025b\u0304 di\u0301 li\u0300 \u0254\u0300<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Demande \u00e0 M. Kouadio. C\u2019est son probl\u00e8me mais pourquoi a t\u2019il jur\u00e9?<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Plaignant : k\u025b\u0304 m\u0254\u0304\u0254\u0304 be\u0301 t\u0254\u0301n mi\u0300 su\u0304i\u0300n ti\u0301 n\u0300 di\u0301 li\u0300 a\u0304mu\u0304i\u0304n w\u0254\u0301 mi\u0300 wu\u0300n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction\u00a0: C\u2019est parce qu\u2019ils m\u2019ont accus\u00e9 injustement que j\u2019ai jur\u00e9 contre moi-m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Repr\u00e9sentant du Roi (chef de l\u2019audience) : Fa\u0301 ma\u0301n s\u025b\u0304fu\u0304, k\u025b\u0304 m\u0254\u0304\u0254\u0304 a\u0300 t\u0254\u0301 a\u0304kplo\u0304wa\u0300 ye\u0301 a\u0301 yi\u0301 wu\u0304nnzu\u0304e\u0304 b\u0254\u0301\u0254\u0301 wa\u0300. a\u0304mu\u0304 a\u0301 fa\u0301 a\u0304mu\u0304 n\u0304g\u0254\u0304i\u0300ma\u0301n li\u0301\u025b\u0300, be\u0301 fa\u0301 be\u0301 li\u0301\u025b\u0300 e\u0301 b\u0254\u0301\u0254\u0301. e\u0301 fa\u0301 e\u0301 li\u0301\u025b\u0300 e\u0301 a\u0301 yi\u0301 wa\u0300 na\u0304n ye\u0301 a\u0301 wu\u0301n nu\u0301n n\u0300d\u025b\u0301 ye\u0301 a\u0301 ka\u0301n. n\u0304g\u0254\u0304i\u0300ma\u0301nfu\u0304\u025b\u0304 a\u0304mu\u0304 fa\u0301 sra\u0304n o\u0304fl\u025b\u0304. k\u025b\u0304 ye\u0301 a\u0301 yi\u0301 n\u0304zu\u0304e\u0304 nya\u0304i\u0304sa\u0304n i\u0300 si\u0304ka\u0300 ko\u0304to\u0304ku\u0304n a\u0304bla\u0304sa\u0304n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">Traduction : Dis au chef, comme \u00e7a devient une discussion, on va reprendre la consultation des f\u00e9tiches ici. Vous allez prendre quelqu\u2019un, eux \u00e9galement et nous de m\u00eame. On va l\u2019interroger ici et apr\u00e8s on verra quoi dire. Prenez de nouvelles personnes (f\u00e9ticheurs). Quand on va le faire, M. N\u2019guessan doit amener 30 000 francs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce principe se pr\u00e9sente \u00e0 Sakassou sous deux aspects. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 le plaignant jure contre lui-m\u00eame pour montrer son innocence vis-\u00e0-vis des personnes qui l\u2019ont accus\u00e9 de poss\u00e9der un mauvais f\u00e9tiche. Par cet acte volontaire, il veut faire preuve de bonne foi devant le village. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, le repr\u00e9sentant du roi d\u00e9cide d\u2019utiliser cette pratique en reconduisant l\u2019affaire \u00e0 une session prochaine dans le but de clarifier les implications des uns et des autres. Tous ces emplois de la pratique du f\u00e9tiche en font une marque rituelle indispensable dans le discours judiciaire Baoul\u00e9. Son positionnement en note finale dans les audiences la mat\u00e9rialise comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment du dernier recours.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Analyser le discours judiciaire suivant les pratiques traditionnelles de r\u00e9solution de conflits chez les Baoul\u00e9, tel est le point central d\u00e9velopp\u00e9 dans ce travail. Il s\u2019est montr\u00e9 r\u00e9v\u00e9lateur des diff\u00e9rentes situations de communication dans lesquelles se d\u00e9ploient les interactions judiciaires de cette communaut\u00e9 ethnique ivoirienne. Un autre point capital qui s\u2019est d\u00e9gag\u00e9 de cette \u00e9tude concerne les r\u00e8gles conversationnelles qui participent \u00e0 la configuration des actes discursifs et \u00e9nonciatifs des intervenants dans les audiences dont les principaux sont l\u2019instance autorit\u00e9 judiciaire et les instances accusation et d\u00e9fense. Au terme de cette analyse, il ressort qu\u2019il existe des points de caract\u00e9risation d\u2019un discours judiciaire endog\u00e8ne qui prennent leur source dans des principes fondamentaux du peuple Baoul\u00e9. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments linguistiques et coutumiers qui contribuent \u00e0 singulariser l\u2019interaction judiciaire et les moyens de r\u00e9solutions des conflits.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Andr\u00e9, Noellie Bhellys. 2024. <em>La politesse lors des audiences traditionnelles de jugement chez les Baoul\u00e9 : maximisation sur la pr\u00e9servation des faces des acteurs de l\u2019interaction\u00a0\u00bb<\/em>. Magana<em>. L\u2019analyse du discours dans tous ses sens<\/em> 1(2). p. 135-161. <a href=\"https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.6\">https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.6<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aristote. (1991). <em>La Rh\u00e9torique. <\/em>Paris: coll. Les classiques de la philosophie.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bohui, Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire. 2013. Les avertisseurs communicationnels africains : essai d\u2019\u00e9tude pragmatique chez Kourouma. Dans Bohui Dj\u00e9dj\u00e9 Hilaire (dir.),\u00a0<em>Cr\u00e9ation, langue et discours dans l\u2019\u00e9criture d\u2019Ahmadou Kourouma,<\/em> Actes du colloque du 18, 19, 20 Septembre 2013 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny. Montr\u00e9al\u00a0: Le Graal \u00e9dition.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick et Maingueneau, Dominique. 2002. <em>Dictionnaire d\u2019Analyse du discours<\/em>. Paris : Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Charaudeau, Patrick. 2006. Un mod\u00e8le socio-communicationnel du discours. Entre situation de communication et strat\u00e9gies d\u2019individuation<em>.<\/em> In <em>M\u00e9dias et Culture<\/em>. <em>Discours, outils de communication, pratiques : quelle(s) pragmatique (s)<\/em>?. Paris : L\u2019Harmattan. <a href=\"http:\/\/www.patrick-charaudeau.com\/Un-modele-socio-communicationnel-du-discours-Entre-situation-de-communication.html\">http:\/\/www.patrick-charaudeau.com\/Un-modele-socio-communicationnel-du-discours-Entre-situation-de-communication.html<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 2005. <em>Le discours en interaction<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lezou-Koffi, Aim\u00e9e-Danielle. 2024. Les avertisseurs communicationnels africains. Contribution \u00e0 une aventure th\u00e9orique. Magana. <em>L\u2019analyse du discours dans tous ses sens<\/em> 1(2). p. 37-69. <a href=\"https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.3\">https:\/\/www.doi.org\/10.46711\/magana.2024.1.2.3<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tata, Gaston Gabriel. 2024. \u00ab Paradigme endog\u00e8ne de communication : palabre africaine pour la dynamique sociale \u00bb. <em>Revue Internationale D\u00f4nni,<\/em>\u00a0<em>4(<\/em>1), 260-271.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tououi, Ernest. 1991.<em> L\u2019humanisme dans la litt\u00e9rature orale\u00a0: le cas des contes populaires Gouro<\/em>. Th\u00e8se de doctorat. Universit\u00e9 de Cocody. Abidjan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yinda, Andr\u00e9\u00a0et Delbrassine, No\u00eblle. 2020. \u00ab La palabre africaine \u00bb. <em>Diotime Revue internationale de la didactique et des pratiques de la philosophie, <\/em>84. <a href=\"https:\/\/diotime.lafabriquephilosophique.be\/numeros\/084\/018\/\">https:\/\/diotime.lafabriquephilosophique.be\/numeros\/084\/018\/<\/a><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/aya-audrey-kouame\">Aya Audrey KOUAME<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;autrice est titulaire d\u2019un doctorat en analyse du discours. Son champ de recherche porte sur le discours judiciaire, en particulier le discours judiciaire li\u00e9 \u00e0 l\u2019action politique. Elle s\u2019int\u00e9resse aux questions de posture \u00e9nonciative et d\u2019argumentation dans ce type de discours.<br \/>\nContact : princessekme@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/noellie-bhellys-andre\">Noellie Bhellys ANDRE<\/a><\/strong><br \/>Doctorante \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Felix Houphou\u00ebt Boigny d\u2019Abidjan sous la direction de la Professeure Aim\u00e9e-Danielle Lezou Koffi, Noellie Bhellys Andre oriente ses recherches vers les rituels conversationnels manifestes lors des \u00e9changes authentiquement oraux en contexte traditionnel Baoul\u00e9, groupe ethnolinguistique du centre de la C\u00f4te-d\u2019Ivoire. Elles ont pour but de d\u00e9crire les particularit\u00e9s et le fonctionnement des pratiques conversationnelles de r\u00e9paration en C\u00f4te-d\u2019Ivoire et plus largement en Afrique. <\/p>\n<p>Courriel : bhellys03@gmail.com<br \/>\n<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":53,"menu_order":5,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["aya-audrey-kouame","noellie-bhellys-andre"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[806,410],"license":[],"class_list":["post-2672","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-discours-judiciaire","motscles-interaction","motscles-justice-traditionnelle-baoule","motscles-oralite","motscles-rituel","keywords-baoule-traditional-justice","keywords-interaction","keywords-judicial-discourse","keywords-orality","keywords-ritual","motscles-autre-bawle-vle-kl-me-su-ddil-jl","motscles-autre-mmla","motscles-autre-nuan-nun-jl","motscles-autre-sranble-vle-kl-me-su-ddil-jl","motscles-autre-yal-kokol","contributor-aya-audrey-kouame","contributor-noellie-bhellys-andre"],"part":2496,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2672","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":39,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2672\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3093,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2672\/revisions\/3093"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/2496"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2672\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2672"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=2672"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=2672"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=2672"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}