{"id":2687,"date":"2026-06-27T02:28:58","date_gmt":"2026-06-27T00:28:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=2687"},"modified":"2026-08-14T19:00:16","modified_gmt":"2026-08-14T17:00:16","slug":"diene-2026-3-1","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/diene-2026-3-1\/","title":{"rendered":"Les langues locales dans la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise d\u2019expression fran\u00e7aise : entre appropriation linguistique et enjeux identitaires"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le paysage m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais se caract\u00e9rise par une dynamique linguistique complexe o\u00f9 le fran\u00e7ais, langue d'\u00c9tat, coexiste avec diverses langues nationales. Comme le souligne Mamadou Ciss\u00e9, \u00ab le S\u00e9n\u00e9gal est un carrefour g\u00e9ographique et humain o\u00f9 coexistent et interf\u00e8rent trois civilisations : une n\u00e9gro-africaine, une arabo-musulmane et une occidentale \u00bb (Ciss\u00e9, 2005, p. 100). Ainsi, les langues nationales, en particulier le wolof, occupent une place pr\u00e9pond\u00e9rante non plus seulement comme langues vernaculaires, mais en tant que v\u00e9ritables outils de communication de masse \u00e0 travers les m\u00e9dias, l\u2019enseignement et l\u2019espace politique. En outre, \u00e0 la lumi\u00e8re de cette affirmation de Jean-Louis Calvet, nous concevons donc qu\u2019il y a au S\u00e9n\u00e9gal, du point de vue juridique, une langue \"officielle\", le fran\u00e7ais, six langues \u201cnationales\u201d (le wolof, le pulaar, le manding, le serer, le diola et le sonink\u00e9) et une quinzaine d'autres langues sans statut juridique. En outre, lorsque l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la pr\u00e9sence des langues dans l\u2019environnement graphique, on se rend compte que trois langues seulement apparaissent sur les murs, les enseignes, les affiches ou les cars rapides : le fran\u00e7ais, le wolof, l\u2019arabe (Calvet, 1994, p. 91). Caract\u00e9ris\u00e9 par un multilinguisme remarquable, le S\u00e9n\u00e9gal est habit\u00e9 d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de langues o\u00f9 les langues \u00e9trang\u00e8res c\u00f4toient les langues nationales dans les communications ethniques, interethniques et officielles. Il s\u2019agit d\u2019un environnement o\u00f9 l\u2019anglais et l\u2019arabe sont aussi pr\u00e9sents. Le fran\u00e7ais demeure, donc, la langue officielle. Cependant, l\u2019\u00e2ge d\u2019or du fran\u00e7ais standard semble bien r\u00e9volu. Comme le rappelle Massamba Gueye (2003) dans un article du <em>journal 2 L\u2019Afrique<\/em>, une observation des espaces publics s\u00e9n\u00e9galais (rues, salles d'attente d'h\u00f4pitaux ou de banques) ainsi que l'\u00e9coute des programmes radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuels suffisent \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la pr\u00e9dominance du wolof au d\u00e9triment de la langue fran\u00e7aise standard.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Historiquement confin\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re coloniale, le fran\u00e7ais est devenu la langue de l\u2019administration et des institutions. Pourtant, malgr\u00e9 ce statut officiel, il demeure minoritaire dans l'usage quotidien. Les donn\u00e9es du cinqui\u00e8me Recensement G\u00e9n\u00e9ral de la Population et de l'Habitat (RGPH-5, 2024, p. 8.) confirment cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociolinguistique : 97,6 % de la population parle et comprend les langues locales \u2014 le wolof dominant avec 53,7 %, suivi du pulaar (26,2 %), du sereer (9,6 %) et du joola (2,9 %) \u2014, tandis que le fran\u00e7ais n'est parl\u00e9 de fa\u00e7on exclusive que par une infime minorit\u00e9 (0,6 %). Cette configuration engendre des ph\u00e9nom\u00e8nes d'influence et d'interf\u00e9rence r\u00e9ciproques. Si ce contact linguistique innerve l'ensemble des \u00e9changes communicationnels, le wolof s'impose comme la langue la plus fr\u00e9quente au sein m\u00eame des productions m\u00e9diatiques d\u2019expression fran\u00e7aise. Face \u00e0 un public dont la majorit\u00e9 ne ma\u00eetrise pas pleinement la norme officielle, les scripteurs de la presse \u00e9crite ont d\u00e9velopp\u00e9 une forme d'appropriation linguistique. En int\u00e9grant des \u00e9l\u00e9ments endog\u00e8nes, ils transforment le fran\u00e7ais en un outil contextualis\u00e9, faisant de cette langue seconde une variante s\u00e9n\u00e9galaise adapt\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Ces formes d'hybridation (emprunts, alternances codiques, calques) ne constituent pas des erreurs de langage, mais des choix discursifs d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s visant \u00e0 ancrer le r\u00e9cit journalistique dans l'espace sociopolitique national.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, cette \u00e9tude se propose d'explorer la dimension persuasive et argumentative de ces particularit\u00e9s langagi\u00e8res au sein d'un univers de lecteurs et lectrices h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. \u00c0 travers le prisme de la pragmatique int\u00e9gr\u00e9e d'Oswald Ducrot et de l'approche \u00e9nonciative de Mikha\u00efl Bakhtine, nous allons examiner notre corpus. L'analyse s\u00e9mantico-pragmatique portera sur la mani\u00e8re dont ces sp\u00e9cificit\u00e9s lexicales et les m\u00e9canismes de l'implicite (pr\u00e9suppos\u00e9s, sous-entendus, allusions) r\u00e9duisent la distance cognitive avec le lectorat, facilitent la transmission de l'information et optimisent l'impact du discours sur l'opinion publique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La structure de notre argumentation suivra trois axes principaux. Dans un premier temps, nous d\u00e9finirons les fondements th\u00e9oriques et le contexte favorisant cette hybridation textuelle. Nous d\u00e9taillerons ensuite notre d\u00e9marche m\u00e9thodologique, en \u00e9tablissant une nomenclature des proc\u00e9d\u00e9s observ\u00e9s. Pour finir, nous \u00e9valuerons la port\u00e9e pragmatique de ces usages afin de comprendre comment ils participent \u00e0 la d\u00e9finition des identit\u00e9s et \u00e0 la production du sens au sein de l'espace public s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Cadre Th\u00e9orique et M\u00e9thodologique<\/h2>\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9sentation du Corpus<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours de la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise requiert une d\u00e9limitation empirique rigoureuse. Nous avons proc\u00e9d\u00e9 d\u2019abord \u00e0 une collecte d\u2019articles de journaux, qui constitue notre corpus de travail. Il regroupe un ensemble de 300 articles de journaux issus des principaux quotidiens nationaux, parus durant les mois de janvier et f\u00e9vrier 2019. Cette temporalit\u00e9 co\u00efncide avec la campagne \u00e9lectorale pour l'\u00e9lection pr\u00e9sidentielle s\u00e9n\u00e9galaise, p\u00e9riode de forte effervescence discursive o\u00f9 les strat\u00e9gies de persuasion, de cadrage et d'influence atteignent leur paroxysme dans l'espace public. Nous avons port\u00e9 un int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce type de corpus pour pouvoir d\u00e9celer les diff\u00e9rents m\u00e9canismes de l\u2019implicite ainsi que l'ensemble des strat\u00e9gies communicationnelles adopt\u00e9es dans ce type de contexte. Dans cette logique, notre s\u00e9lection s'est concentr\u00e9e sur les productions textuelles traitant des dynamiques politiques, des candidats en lice et des enjeux de la campagne. Le paysage m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais se caract\u00e9rise par une grande pluralit\u00e9 de titres. Pour cette \u00e9tude, nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 un \u00e9chantillon de six quotidiens nationaux repr\u00e9sentatifs des forces \u00e9ditoriales en pr\u00e9sence : <em>Le Soleil<\/em> (quotidien national de service public), <em>L\u2019Observateur<\/em>, <em>Le Quotidien<\/em>, <em>EnQu\u00eate <\/em>et <em>Walf Quotidien<\/em> (titres phares de la presse priv\u00e9e).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces journaux se distinguent par leur grande capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser des m\u00e9canismes discursifs efficaces, notamment par l'emploi d'implicites et d'allusions; ce qui fait d\u2019eux des \u00e9l\u00e9ments riches et primordiaux pour une analyse s\u00e9mantico-pragmatique du discours de la presse \u00e9crite. Nous \u00e9valuons cette efficacit\u00e9 selon une double perspective, \u00e0 la fois \u00e9nonciative et argumentative. En parlant d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nonciative, nous mettons l\u2019accent sur la subtilit\u00e9 des journalistes \u00e0 int\u00e9grer des particularit\u00e9s linguistiques et des expressions issues du wolof au sein d'une matrice syntaxique fran\u00e7aise. Cette hybridation permet de r\u00e9duire la distance cognitive et culturelle avec le lectorat, rendant le message accessible et maximisant son impact dans un contexte de faible litt\u00e9ratie en fran\u00e7ais standard. Du point de vue argumentatif, nous faisons r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la dimension persuasive des contenus inf\u00e9rentiels d\u00e9ploy\u00e9s (pr\u00e9suppos\u00e9s, sous-entendus, allusions). En p\u00e9riode \u00e9lectorale, cette gestion de l'implicite est une strat\u00e9gie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e : elle permet aux journalistes d'orienter l'opinion publique et de v\u00e9hiculer des jugements de valeur ou des critiques politiques complexes, tout en pr\u00e9servant une forme d'objectivit\u00e9 journalistique apparente et en contournant la responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative directe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce corpus d'\u00e9tude offre donc un cadre d'observation id\u00e9al pour analyser la mani\u00e8re dont l'usage de m\u00e9canismes linguistiques locaux et de techniques d'implicite agit comme un levier d'influence pragmatique sur le lectorat.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cadre th\u00e9orique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En consid\u00e9rant la langue comme un fait social, retenons qu\u2019elle ne doit pas \u00eatre envisag\u00e9e en dehors du contexte social o\u00f9 vivent ses locuteurs. L\u2019environnement sociolinguistique est pris en compte. Les interlocuteurs ont besoin d\u2019une langue de communication pour se faire comprendre. Entre autres, les langues n\u2019existeraient pas sans les gens qui les parlent et l\u2019histoire d\u2019une langue est intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de ses locuteurs. Dans le cadre de la presse \u00e9crite, le journaliste, en adoptant la langue de l\u2019administration, aurait besoin d\u2019un style linguistique d\u2019\u00e9criture appropri\u00e9 \u00e0 celui de son interlocuteur, \u00e0 son cadre social, pour une bonne transmission de l\u2019information, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019utilisation d\u2019un code linguistique adapt\u00e9 au contexte et \u00e0 la circonstance de communication. En reprenant la position de Mikha\u00efl Bakhtine, nous soutenons donc que \u00ab les domaines de l\u2019activit\u00e9 humaine, aussi vari\u00e9s soient-ils, se rattachent toujours \u00e0 l\u2019utilisation du langage. Quoi d\u2019\u00e9tonnant si le caract\u00e8re et le mode de cette utilisation soient aussi vari\u00e9s que les domaines eux-m\u00eames de l\u2019activit\u00e9 humaine, ce qui n\u2019est pas en contradiction avec l\u2019unit\u00e9 nationale d\u2019une langue. L\u2019utilisation de la langue s\u2019effectue sous forme d\u2019\u00e9nonc\u00e9s concrets uniques (oraux et \u00e9crits) qui \u00e9manent des repr\u00e9sentants de tel ou tel domaine de l\u2019activit\u00e9 humaine. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 refl\u00e8te les conditions sp\u00e9cifiques et les finalit\u00e9s de chacun de ces domaines, non seulement par son contenu (th\u00e9matique) et son style de langue, autrement dit par la s\u00e9lection op\u00e9r\u00e9e dans les moyens de la langue \u2013 moyens lexicaux, phras\u00e9ologiques et grammaticaux\u2013, mais aussi et surtout par sa structure compositionnelle \u00bb (Bakhtine, 1984, p. 293). En d\u2019autres termes, le langage remplit une fonction de communication dans son usage courant, ce qui le lie intrins\u00e8quement \u00e0 l\u2019ensemble des activit\u00e9s humaines. Il se manifeste de mani\u00e8re unique et sp\u00e9cifique \u00e0 travers chaque mode d\u2019appropriation linguistique. Ainsi, chaque secteur d\u2019activit\u00e9 se distingue par des formes d\u2019\u00e9nonc\u00e9s qui lui sont propres, traduisant les conditions particuli\u00e8res de sa production discursive. Cette perspective bakhtinienne, lorsqu\u2019elle est appliqu\u00e9e au domaine de la presse \u00e9crite, nous am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019\u00e9criture journalistique est r\u00e9gie par des imp\u00e9ratifs de production et des objectifs de lisibilit\u00e9. Ces contraintes obligent le discours m\u00e9diatique \u00e0 s\u2019\u00e9loigner, de fa\u00e7on parfois intentionnelle, des conventions du fran\u00e7ais standard.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce sens, il est imp\u00e9ratif d\u2019\u00e9tudier l\u2019\u00e9laboration du langage dans ce domaine. C\u2019est ce que nous appelons dans cette \u00e9tude, les particularit\u00e9s linguistiques qui permettront de faciliter la compr\u00e9hension des textes journalistiques. Elles d\u00e9signent, au niveau lexical, des r\u00e9alisations singuli\u00e8res propres au fran\u00e7ais utilis\u00e9es par les journalistes s\u00e9n\u00e9galais dans leurs productions journalistiques. D\u00e8s lors que le locuteur poss\u00e8de toutes les connaissances linguistiques n\u00e9cessaires pour se conformer \u00e0 la norme du fran\u00e7ais (norme standard), nous pouvons bien consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence d\u2019un certain style d\u2019\u00e9criture aurait pour but de cr\u00e9er des effets particuliers sur son interlocuteur. C'est dans ce contexte que l'on observe une hybridation linguistique croissante : l'insertion syst\u00e9matique de termes, d'expressions et de m\u00e9canismes du Wolof (ou d'autres langues locales) dans le discours de la presse \u00e9crite.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Afin de mieux cerner notre sujet, cette \u00e9tude met en lumi\u00e8re deux concepts fondamentaux dont l'acception m\u00e9rite d'\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9e : l'appropriation linguistique et les enjeux identitaires. En effet, l'appropriation linguistique n'est pas une simple erreur d'interf\u00e9rence. C'est l'acte strat\u00e9gique par lequel les journalistes tirent le fran\u00e7ais vers le wolof (par l'alternance codique, les emprunts, les calques s\u00e9mantiques) pour le rendre plus efficace et plus pertinent dans le d\u00e9bat public local. Quant aux enjeux identitaires, ils se r\u00e9f\u00e8rent aux motivations profondes (l\u00e9gitimit\u00e9, appartenance, reconnaissance culturelle) qui poussent les m\u00e9dias \u00e0 se diff\u00e9rencier, \u00e0 s'ancrer dans l'authenticit\u00e9 culturelle s\u00e9n\u00e9galaise et \u00e0 cr\u00e9er un lien de connivence avec leur public.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, pour une \u00e9tude de la pr\u00e9sence et du fonctionnement des langues locales dans la production journalistique s\u00e9n\u00e9galaise, notre d\u00e9marche s\u2019ancre r\u00e9solument \u00e0 la crois\u00e9e de la s\u00e9mantique (qui s\u2019occupe du sens des phrases, celle qui concerne la notion de v\u00e9rit\u00e9 et la valeur informative) et de la pragmatique qui s\u2019occupe de l\u2019utilisation de la phrase, \u00e0 travers le mod\u00e8le de la pragmatique int\u00e9gr\u00e9e d\u2019Oswald Ducrot (1984). Ainsi l\u2019analyse de ce type de discours ne pourrait pas se faire avec l\u2019\u00e9conomie de l\u2019\u00e9tude de son caract\u00e8re implicite. Il s\u2019int\u00e9resse des effets produits par l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et de l\u2019influence pragmatique que le discours poss\u00e8de. Le sens de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 r\u00e9sulte, donc, de la conjonction d\u2019informations linguistiques appartenant aux composants linguistiques de la phrase (unit\u00e9s lexicales, la relation syntaxique des mots de la phrase etc.) qui livrent la signification de la phrase et les informations extralinguistiques appartenant au composant pragmatique voire rh\u00e9torique int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la s\u00e9mantique. Pour ce qui est de la dimension s\u00e9mantique du discours, nous comptons aller plus loin que Paul Grice, 1975, qui dans sa conception du sens de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, distingue deux parties du sens v\u00e9hicul\u00e9 par un \u00e9nonc\u00e9 : le dit et les implicatures. Il utilise une notion vague de ce que dit le locuteur c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019information v\u00e9hicul\u00e9e (le sens du dit et le sens des inf\u00e9rences et le pourquoi de leur utilisation dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9 par l\u2019\u00e9nonc\u00e9). Ainsi nous distinguerons deux \u00e9l\u00e9ments dans la construction du discours : le processus de production et de compr\u00e9hension. En ce sens, nous allons d\u00e9celer les diff\u00e9rents m\u00e9canismes strat\u00e9giques d\u00e9ploy\u00e9s dans la reproduction des faits relat\u00e9s par le journaliste pour atteindre sa finalit\u00e9 facilitant la compr\u00e9hension de l\u2019information v\u00e9hicul\u00e9e et aussi les \u00e9l\u00e9ments informationnels auxquels le lectorat fait appel pour comprendre le message v\u00e9hicul\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En adoptant, ici, la perspective d\u2019Oswald Ducrot, nous consid\u00e9rons que les composants linguistiques (lexique, syntaxe, alternance codique) ne d\u00e9livrent pas seulement une signification informative ou descriptive, mais portent en eux-m\u00eames une force argumentative et des instructions pragmatiques. Le sens de l'\u00e9nonc\u00e9 journalistique r\u00e9sulte donc d'une symbiose entre le composant s\u00e9mantique structural et un composant pragmatique (ou rh\u00e9torique) int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la langue. Cette approche nous permet de d\u00e9passer la simple description sociolinguistique du contact de langues pour mod\u00e9liser le double processus de production et de r\u00e9ception : d'une part, le d\u00e9ploiement de m\u00e9canismes strat\u00e9giques par le journaliste pour optimiser la saillance de son message; d'autre part, la mani\u00e8re dont le lectorat mobilise des comp\u00e9tences extralinguistiques et des pr\u00e9suppos\u00e9s culturels pour d\u00e9coder l'effet pragmatique vis\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Approche m\u00e9thodologique adopt\u00e9e<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour exploiter notre corpus de 100 articles, nous adoptons une m\u00e9thode d'analyse qualitative et interpr\u00e9tative ancr\u00e9e dans l\u2019analyse du discours journalistique. Cette m\u00e9thode consiste en une lecture outill\u00e9e et critique des textes, visant \u00e0 d\u00e9celer et \u00e0 \u00e9tudier les diff\u00e9rentes particularit\u00e9s linguistiques, non comme de simples \u00e9carts linguistiques, mais plut\u00f4t comme des pivots dans la construction du sens et de l\u2019orientation discursive du style journalistique. En ce sens, nous allons adopter une m\u00e9thode d\u2019analyse interpr\u00e9tative qui nous permettra de mettre l\u2019accent sur leur caract\u00e8re strat\u00e9gique dans le style journalistique. Ainsi, nous adopterons, dans cette \u00e9tude, une conception qui d\u00e9finit l\u2019appropriation linguistique \u00e0 cet ensemble de m\u00e9canismes linguistiques qui wolofisent le fran\u00e7ais. En effet, le journaliste, dans son r\u00f4le de reproducteur de l'actualit\u00e9 en langue fran\u00e7aise dans un milieu o\u00f9 0,6 % de la population parle cette langue, aurait besoin d\u2019une langue fran\u00e7aise qui serait adapt\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociolinguistique s\u00e9n\u00e9galaise. Rappelons que dans la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise d\u2019expression fran\u00e7aise, la langue d\u2019\u00e9criture n\u2019est pas la langue maternelle des S\u00e9n\u00e9galais, elle est une langue \u00e9trang\u00e8re mais officielle. En ce sens, il recourt \u00e0 un mode de discours wolofolis\u00e9. Ce mode de discours hybride r\u00e9pond \u00e0 une exigence pragmatique d'accessibilit\u00e9 et d'efficacit\u00e9 communicationnelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le plan op\u00e9rationnel, notre d\u00e9marche s\u2019inscrit sur deux phases compl\u00e9mentaires. Il consiste dans un premier temps \u00e0 faire un rep\u00e9rage et une cat\u00e9gorisation des faits de langue. Nous allons extraire du corpus les occurrences manifestes de ce contact de langues. L\u2019\u00e9tude de ces m\u00e9canismes d\u2019\u00e9criture rel\u00e8ve de la sociolinguistique et nous permettra de mieux comprendre comment la langue \u00e9volue et refl\u00e8te les dynamiques sociales, culturelles et politiques du pays. Dans notre corpus, nous pouvons bien souligner la pr\u00e9sence d\u2019alternance codique, d\u2019emprunts, d\u2019interf\u00e9rence. Nous allons, \u00e0 partir de l\u00e0, de d\u00e9celer les niveaux de langage qui interviennent dans la production de l'\u00e9nonc\u00e9 et les types d'inf\u00e9rences auxquels il fait appel. Dans un second temps, nous adopterons une approche \u00e9nonciative et pragmatique qui vise, au-del\u00e0 d\u2019un simple fait de recension descriptive, \u00e0 s\u2019interroger sur la dimension fonctionnelle et strat\u00e9gique de ces proc\u00e9d\u00e9s. En mobilisant les outils de la pragmatique int\u00e9gr\u00e9e, notre analyse vise \u00e0 expliciter la position \u00e9nonciative du journaliste (la posture que le journaliste adopte vis-\u00e0-vis de son propre \u00e9nonc\u00e9); le caract\u00e8re pragmatique du discours reproduit, en analysant les inf\u00e9rences et les pr\u00e9suppos\u00e9s culturels que ces particularit\u00e9s activent chez le lectorat; et \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019effet perlocutoire recherch\u00e9 (cr\u00e9ation d\u2019une connivence, l\u00e9gitimation du propos, dramatisation ou ironie politique).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette d\u00e9marche herm\u00e9neutique vise \u00e0 clarifier non seulement les modalit\u00e9s de cette hybridation journalistique, mais surtout les motivations sous-jacentes \u00e0 son instrumentalisation au sein de la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise actuelle. Il s\u2019agit d\u2019une perspective d\u2019analyse du discours orient\u00e9e vers l\u2019\u00e9tude de l\u2019impact produit sur le lectorat ainsi que sur les finalit\u00e9s de tels usages. Notre analyse cherchera \u00e9galement \u00e0 d\u00e9terminer si ces pratiques rel\u00e8vent d\u2019une v\u00e9ritable dimension strat\u00e9gique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Analyse des particularit\u00e9s linguistiques dans la production journalistique \u00e9crite<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pouvons admettre que lors de l\u2019usage de la langue fran\u00e7aise, le journaliste subit l\u2019influence des langues locales comme le wolof qui est la langue la plus parl\u00e9e. Ce qui caract\u00e9rise le statut bilingue de la production journalistique. Un fait qui a toujours exist\u00e9 dans le monde m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais. D\u00e8s lors que le locuteur poss\u00e8de toutes les connaissances linguistiques n\u00e9cessaires pour se conformer \u00e0 la norme du fran\u00e7ais (norme standard), nous pouvons bien consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence d\u2019un certain style d\u2019\u00e9criture aurait pour but de cr\u00e9er des effets particuliers sur son interlocuteur. Cette partie examine la mani\u00e8re dont les journalistes font usage des termes locaux, en particulier ceux de la langue wolof, afin de d\u00e9terminer leur valeur fonctionnelle au sein du texte journalistique. Ces particularit\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent l'intention perlocutoire du locuteur-journaliste \u00e0 d\u2019inscrire le discours m\u00e9diatique dans une dynamique socio-culturelle et religieuse du pays. Dans cette perspective, nous postulons que l'int\u00e9gration de ces sp\u00e9cificit\u00e9s langagi\u00e8res endog\u00e8nes garantit la pl\u00e9nitude s\u00e9mantique du message en nommant des r\u00e9alit\u00e9s culturelles ancr\u00e9es dans le contexte s\u00e9n\u00e9galais, tout en renfor\u00e7ant la cr\u00e9dibilit\u00e9 du scripteur. Enfin, nous analyserons comment l'alternance codique et l'hybridation textuelle fonctionnent comme des outils de proximit\u00e9 sociale et d'efficacit\u00e9 argumentative, favorisant \u00e0 la fois la connivence avec le lectorat et la cr\u00e9ation stylistique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019emprunt : une strat\u00e9gie de l\u2019ancrage et de l\u2019authenticit\u00e9<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019emprunt occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la production journalistique. Ce concept d\u00e9signe l'int\u00e9gration, dans une langue r\u00e9ceptrice (ici, le fran\u00e7ais), d\u2019une unit\u00e9 lexicale provenant d\u2019une langue source (le wolof). Si l'emprunt s'av\u00e8re parfois n\u00e9cessaire pour combler une lacune r\u00e9f\u00e9rentielle et d\u00e9crire des r\u00e9alit\u00e9s endog\u00e8nes sans \u00e9quivalents stricts dans la langue officielle, son usage d\u00e9passe largement le simple besoin de d\u00e9nomination. Les emprunts constituent une composante strat\u00e9gique essentielle du discours journalistique au S\u00e9n\u00e9gal, refl\u00e9tant l\u2019interaction dynamique entre les langues en contact. Dans le cadre de cette analyse, il s'agira de mettre en lumi\u00e8re leurs modalit\u00e9s d\u2019insertion textuelle, leur port\u00e9e argumentative, ainsi que la signification implicite qu\u2019ils v\u00e9hiculent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"alignnone wp-image-2991\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540.jpg\" alt=\"\" width=\"467\" height=\"273\" \/><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(1) Idrissa Seck promet des mesures pour accompagner les \u00ab daaras \u00bb.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage du terme wolof \u00ab daaras \u00bb, renvoyant aux institutions d'enseignement coranique traditionnel au S\u00e9n\u00e9gal, constitue un pivot discursif essentiel. Ces structures, d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l'apprentissage du Coran et des pr\u00e9ceptes de l'Islam, sont au c\u0153ur de la transmission identitaire et spirituelle nationale. L\u2019incorporation de ce lex\u00e8me issu de la langue v\u00e9hiculaire dominante t\u00e9moigne de l'\u00e9troite interf\u00e9rence entre les idiomes locaux et la langue d'\u00c9tat. Ce choix d'appropriation linguistique, loin d'\u00eatre anodin, conf\u00e8re au r\u00e9cit journalistique une authenticit\u00e9 culturelle et un ancrage sociopolitique profond. En ins\u00e9rant ce vocable au sein d'une matrice syntaxique fran\u00e7aise, le scripteur mobilise des m\u00e9canismes de l'implicite et r\u00e9duit la distance cognitive avec son lectorat. Ainsi, l'emploi du mot \u00ab daaras \u00bb, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment soulign\u00e9 par des guillemets, s'\u00e9tablit comme le point n\u00e9vralgique de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, optimisant l'impact pragmatique du discours dans l'espace public s\u00e9n\u00e9galais. En privil\u00e9giant cet emprunt lexical au d\u00e9triment d\u2019une traduction litt\u00e9rale ou d\u2019une p\u00e9riphrase en fran\u00e7ais telle que \u00ab \u00e9tablissements d'enseignement traditionnel \u00bb, l\u2019auteur mobilise instantan\u00e9ment un pr\u00e9suppos\u00e9 culturel. Cette strat\u00e9gie produit un impact pragmatique binaire : elle assure d\u2019abord une densit\u00e9 s\u00e9mantique totale en renvoyant \u00e0 une institution socioreligieuse propre au S\u00e9n\u00e9gal, dont l\u2019essence se dissoudrait dans une traduction standard. Simultan\u00e9ment, elle r\u00e9active chez le lectorat tout le contexte des controverses li\u00e9es \u00e0 la modernisation et \u00e0 la situation de ces centres d\u2019enseignement. Ainsi, l\u2019emprunt agit comme un catalyseur de connivence et d\u2019arri\u00e8re-plan partag\u00e9, \u00e9l\u00e9ment capital pour l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019interaction communicative. En analysant sa structure polyphonique et son cadrage discursif, nous soulignons que l\u2019utilisation du verbe de d\u00e9claration<em> \u00ab\u00a0promettre \u00bb<\/em> r\u00e9v\u00e8le une organisation polyphonique complexe. Cette structure fait interagir deux instances distinctes : le journaliste, en tant que locuteur g\u00e9rant la narration, et le candidat Idrissa Seck, d\u00e9sign\u00e9 comme l'\u00e9nonciateur responsable de l'engagement. Selon la perspective de Ducrot, cette mise en discours de la parole politique s'articule autour de deux strates s\u00e9mantiques : la dimension pos\u00e9e qui correspond au contenu explicite de l'\u00e9nonc\u00e9, \u00e0 savoir l'intention affich\u00e9e du candidat de d\u00e9ployer un plan d'accompagnement; la dimension pr\u00e9suppos\u00e9e, quant \u00e0 elle introduit une assertion implicite soustraite \u00e0 la contradiction, postulant que la situation de pr\u00e9carit\u00e9 des <em>daaras<\/em> impose une action r\u00e9galienne de l'\u00c9tat. En rel\u00e9guant ce constat au rang de pr\u00e9suppos\u00e9, le scripteur l'\u00e9tablit comme une v\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e, orientant le d\u00e9bat vers une critique de l'inefficacit\u00e9 des politiques publiques actuelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L'adoption de cette architecture hybride sert un objectif argumentatif voil\u00e9, s'apparentant \u00e0 un sous-entendu \u00e9lectoral. L'enjeu est de fa\u00e7onner l'ethos du candidat pour le d\u00e9peindre comme un leader attentif aux pr\u00e9occupations traditionnelles et religieuses. La vis\u00e9e perlocutoire est ainsi de s'attirer la sympathie d'un public attach\u00e9 aux Serigne daaras et \u00e0 la communaut\u00e9 des disciples. Le journaliste montre une reconnaissance de l\u2019importance culturelle et religieuse de ces institutions. Ce terme dans le discours journalistique d\u00e9crit la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise sur les efforts fournis pour concilier les traditions \u00e9ducatives religieuses avec les exigences de l\u2019\u00e9ducation moderne fran\u00e7aise. Ce fait refl\u00e8te un \u00e9quilibre entre la pr\u00e9servation des traditions et l\u2019adaptation aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s \u00e9ducatives et sociales. Le journaliste cherche donc \u00e0 attirer l\u2019attention du lectorat sur les besoins et les d\u00e9fis des \u00ab daaras \u00bb favorisant des initiatives de soutien et de modernisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"alignnone wp-image-2992\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015.jpg\" alt=\"\" width=\"471\" height=\"297\" \/><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(2) La Gambie entame son \u00ab ndeup \u00bb national (<em>L\u2019EnQu\u00eate<\/em>, n\u00b02253, mardi 8 janvier 2019, p. 4).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9nonc\u00e9, nous avons le mot \u00ab ndeup \u00bb (sic), nd\u00ebp, terme qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie traditionnelle propre \u00e0 la communaut\u00e9 \u00ab Lebu \u00bb du S\u00e9n\u00e9gal, un rituel de gu\u00e9rison traditionnel souvent associ\u00e9 \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies de possession et de purification. Dans cet \u00e9nonc\u00e9, le mot est pris dans son usage m\u00e9taphorique. La situation de la Gambie est d\u00e9crite dans un cadre culturel familier aux lectrices et lecteurs s\u00e9n\u00e9galais et gambiens. Dans ce titre, le r\u00e9dacteur met l'accent sur le statut de l'unit\u00e9 lexicale \u00ab ndeup \u00bb (nd\u00ebp) en tant qu'emprunt conceptuel et m\u00e9taphorique. Il rel\u00e8ve d\u2019une particularit\u00e9 suggestive et captivante. Il v\u00e9hicule un contenu implicite, insinuant que la Gambie est en train de prendre des mesures pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes nationaux, que ce soient des r\u00e9formes politiques, \u00e9conomiques, ou sociales. Le journaliste met en \u00e9vidence, en ce sens, l\u2019enracinement du discours journalistique dans les pratiques culturelles locales pour illustrer des concepts politiques et sociaux complexes. Et surtout, cet usage montre comment ces pratiques sont int\u00e9gr\u00e9es dans les discours contemporains et comment elles peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour symboliser des processus modernes de changement. Dans sa vis\u00e9e captivante, avec ce terme wolophone charg\u00e9 culturellement peut attirer l\u2019attention du lectorat par rapport aux changements en cours dans le pays, la Gambie. L\u2019usage de l\u2019alternance, elle est ici, conversationnelle. Le locuteur essaye de s\u2019adapter \u00e0 son interlocuteur en faisant usage des langues qu\u2019ils partagent. Chose qui facilite la cr\u00e9ation d\u2019un climat d\u2019\u00e9tablissement du contact communicationnel, qui facilite et cr\u00e9e une relation de coop\u00e9ration avec l\u2019interlocuteur. Cette variation linguistique s'affirme comme une v\u00e9ritable tactique de convergence textuelle. Le r\u00e9dacteur-journalistique module son expression selon les sch\u00e8mes cognitifs de son public plurilingue, mobilisant les codes partag\u00e9s pour instaurer une connivence absolue. Ce dispositif d'hybridation optimise la r\u00e9ception du message en ancrant l'information dans un imaginaire socioculturel commun, transformant le r\u00e9cit journalistique en un espace de repr\u00e9sentations v\u00e9cues.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble de ces emprunts, nous montre la volont\u00e9 des journalistes qui se veulent compr\u00e9hensibles dans les textes qu\u2019ils produisent. Avec le fait qu\u2019ils traduisent les r\u00e9alit\u00e9s, transforment les faits sociaux en discours, ils s\u2019adaptent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout en utilisant un langage qui d\u00e9crit ces m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s. Tout en laissant appara\u00eetre des implications qui livrent des sens dont seule une lecture de l\u2019article et un travail d\u2019interpr\u00e8te permettraient de d\u00e9celer ce contenu implicite. Force est de constater que l\u2019usage de ces emprunts dans le texte fran\u00e7ais participe \u00e0 l\u2019enrichissement du vocabulaire fran\u00e7ais s\u00e9n\u00e9galais en int\u00e9grant des concepts sp\u00e9cifiques \u00e0 la culture et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise. Cela montre la capacit\u00e9 du fran\u00e7ais \u00e0 s\u2019adapter et \u00e0 int\u00e9grer des \u00e9l\u00e9ments des langues locales. Par ailleurs, retenons que l'\u00e9l\u00e9ment central de ce dispositif demeure toutefois la position du journaliste. En articulant la neutralit\u00e9 de l'emprunt lexical \u00e0 la distanciation propre au verbe d'attribution, le professionnel s'efface derri\u00e8re le r\u00e9cit. La pragmatique int\u00e9gr\u00e9e souligne comment ce dernier guide l'opinion vers un jugement axiologique sans endosser directement la responsabilit\u00e9 de la v\u00e9racit\u00e9 ou de la viabilit\u00e9 des promesses \u00e9lectorales. Le recours \u00e0 l'implicite discursif assure ainsi une apparence d'objectivit\u00e9 tout en garantissant une force persuasive majeure.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019alternance codique : une tactique de la connivence et de la mobilisation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est question d'\u00e9tudier, ici, les m\u00e9canismes qui permettent et facilitent au journaliste l'int\u00e9gration des langues au-del\u00e0 de l'ancrage culturel. Au-del\u00e0 de l'emprunt lexical isol\u00e9, le contact des langues au sein du discours journalistique se manifeste de mani\u00e8re plus fluide \u00e0 travers le ph\u00e9nom\u00e8ne de l'alternance codique (code-switching). Ainsi, le journaliste se trouve dans le besoin de faire usage des \u00e9l\u00e9ments linguistiques de la langue de la majorit\u00e9 de son lectorat. En ce sens, il fait usage de l\u2019alternance codique. En effet, il est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9fini comme le fait qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une m\u00eame interaction verbale, le locuteur emploie deux langues, deux idiomes linguistiques. Selon Brassart, \u00ab l\u2019alternance codique est l\u2019usage fluide de deux langues ou plus au cours de la m\u00eame conversation par un ou plusieurs locuteurs bilingues \u00bb (Brassart, 2013, p. 2). Autrement dit, parler de l\u2019alternance codique, c\u2019est faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 langagi\u00e8re du discours. Elle est couramment pr\u00e9sente dans le discours plurilingue et peut \u00eatre particuli\u00e8rement int\u00e9ressante \u00e0 analyser dans le contexte de la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise. Ce sont donc, ces particularit\u00e9s de langue permettant d\u2019alterner deux langues dans un m\u00eame \u00e9nonc\u00e9. Quand on parle de la question de l\u2019alternance codique, cela suppose une cohabitation entre deux langues. Pour paraphraser Gumperz, elle serait donc la \u00ab juxtaposition \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame \u00e9change verbal de passage o\u00f9 le discours appartient \u00e0 deux syst\u00e8mes grammaticaux diff\u00e9rents \u00bb (Gumperz, 1989, p. 57). Cette conception met en exergue le caract\u00e8re linguistique de l\u2019\u00e9change verbal et surtout que l\u2019usage de l\u2019alternance codique se produit dans le discours. Dans notre corpus, nous soulignons la pr\u00e9sence des deux langues : le fran\u00e7ais langue officielle, langue d\u2019\u00e9criture et le wolof qui est une langue locale, la plus parl\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"alignnone wp-image-2993\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241.jpg\" alt=\"\" width=\"441\" height=\"300\" \/><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(3) \u00ab Xaal yoon \u00bb pour baliser la voie \u00e0 Macky Sall<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En musique comme en politique, quand Youssou entre en sc\u00e8ne, c\u2019est toujours pour faire sensation. Pour donner le meilleur de lui-m\u00eame. Un des artisans de la d\u00e9faite de Me Wade en 2012 avec le fameux concept \u00ab Weur Ndombo \u00bb, revoil\u00e0 le leader de \u00ab Fekke Ma Ci Bol\u00e9 \u00bb qui revient avec Xaal Yoon. Un concept tout neuf pour baliser la voie de la r\u00e9\u00e9lection au chef de l\u2019Etat Macky Sall, qu\u2019il compte installer confortablement sur le fauteuil pr\u00e9sidentiel.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, focalis\u00e9e sur la stature de Youssou Ndour durant les joutes \u00e9lectorales de 2019, souligne avec acuit\u00e9 l'interaction entre l'alternance codique et les m\u00e9canismes de l'implicite. Ces proc\u00e9d\u00e9s discursifs s'articulent pour forger une rh\u00e9torique d'adh\u00e9sion et de ralliement politique au sein de l'espace public. En parlant de code-switching, nous avons relev\u00e9 dans ce passage, les expressions wolofones suivant : \u00ab Weur Ndombo \u00bb (sic) pour une bonne orthographe nous aurons \u00ab W\u00ebr Ndombo \u00bb : [w\u0259rnd\u0254 : mb\u0254] v.t. Ceinturer; encercler \u00bb. Pris dans un contexte politique, elle d\u00e9signe un concept populaire introduit par le c\u00e9l\u00e8bre chanteur Youssou Ndour en 2012 pour un changement politique. \u00ab Fekke Ma Ci Boole \u00bb, d\u00e9signant le mouvement politique fond\u00e9 par Youssou Ndour, terme qui signifie au sens litt\u00e9ral en fran\u00e7ais \u00ab je suis l\u00e0 donc j\u2019en fais partie \u00bb. \u00ab Xaal Yoon \u00bb, Nouveau slogan pour soutenir et assurer la r\u00e9\u00e9lection de Macky Sall, signifiant : \u00ab baliser la voie de la r\u00e9\u00e9lection du pr\u00e9sident Macky Sall pour son deuxi\u00e8me mandat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle \u00bb. L'int\u00e9gration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de s\u00e9quences en wolof au sein de la matrice textuelle s'impose comme le principal levier pragmatique du discours journalistique. Loin de constituer de simples ornements de style, ces insertions agissent comme des vecteurs de cristallisation m\u00e9morielle et id\u00e9ologique, ancrant le r\u00e9cit dans un imaginaire socioculturel partag\u00e9. \u00ab Weur Ndombo \u00bb (la technique d\u2019encerclement par la lutte) : par la r\u00e9miniscence de cette expression embl\u00e9matique de la chute d\u2019Abdoulaye Wade en 2012, le scripteur d\u00e9passe le simple rappel historique pour convoquer l'imaginaire de l\u2019ar\u00e8ne traditionnelle et des tactiques d'\u00e9touffement politique. Ce glissement vers le wolof r\u00e9active ainsi une m\u00e9moire collective de la rupture d\u00e9mocratique chez le destinataire. \u00ab Fekke Ma Ci Bol\u00e9 \u00bb (en \u00eatre t\u00e9moin pour s\u2019impliquer) et \u00ab Xaal Yoon \u00bb (tracer ou baliser le chemin) : l'usage de la langue nationale autorise ici la d\u00e9signation de slogans et de mouvements avec une densit\u00e9 affective et une force performative que la norme fran\u00e7aise ne saurait traduire. L\u2019expression \u00ab Xaal Yoon \u00bb d\u00e9ploie une m\u00e9taphore de l\u2019\u00e9claireur, \u00e9rigeant le leader en figure tut\u00e9laire qui s\u00e9curise la trajectoire du candidat Macky Sall.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En outre, nous notons une mise en sc\u00e8ne d\u2019une pluralit\u00e9 de voix au sein de cet extrait. Nous distinguons ici plusieurs niveaux de signification. D\u2019abord, le pos\u00e9, qui renvoie \u00e0 l\u2019implication affirm\u00e9e de Youssou Ndour dans la d\u00e9fense de la continuit\u00e9 du pouvoir de Macky Sall, s\u2019exprime \u00e0 travers une construction \u00e0 la fois s\u00e9mantique et strat\u00e9gique. Ensuite, le pr\u00e9suppos\u00e9 : l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab quand Youssou entre en sc\u00e8ne, c\u2019est toujours pour faire sensation \u00bb instaure l\u2019id\u00e9e d\u2019une efficacit\u00e9 quasi syst\u00e9matique de son intervention. Le discours pr\u00e9sente ainsi la capacit\u00e9 d\u2019action de l\u2019artiste comme une \u00e9vidence allant de soi, \u00e9chappant \u00e0 toute contestation ou discussion. Quant au sous-entendu, qui rel\u00e8ve de l\u2019efficience persuasive, il se construit \u00e0 partir du rapprochement entre la rupture politique de 2012, symbolis\u00e9e par Weur Ndombo, et la dynamique de 2019 incarn\u00e9e par Xaal Yoon. Cette mise en parall\u00e8le sugg\u00e8re implicitement un lien de causalit\u00e9 entre les prises de position de l\u2019artiste et les \u00e9volutions du champ politique. L\u2019ethos de Youssou Ndour est d\u00e8s lors celui d\u2019un acteur capable d\u2019influer sur le destin national, dont le soutien appara\u00eet comme un facteur d\u00e9terminant, voire d\u00e9cisif, dans l\u2019issue du scrutin.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue pragmatique, nous notons que l'efficacit\u00e9 \u00e9nonciative de ce texte repose sur l'adoption d'un style journalistique calqu\u00e9 sur les codes du spectacle et de la culture populaire s\u00e9n\u00e9galaise (<em>\u00ab entrer en sc\u00e8ne \u00bb<\/em>, <em>\u00ab faire sensation \u00bb<\/em>, <em>\u00ab installer confortablement sur le fauteuil \u00bb<\/em>). Ce dispositif discursif g\u00e9n\u00e8re un effet de ralliement et de cons\u00e9cration. En articulant la rigueur de la grammaire fran\u00e7aise \u00e0 la charge \u00e9vocatrice de l'oralit\u00e9 nationale, le scripteur parvient \u00e0 effacer la neutralit\u00e9 de l'analyse institutionnelle. Cette strat\u00e9gie instaure une connivence imm\u00e9diate avec le public, sugg\u00e9rant comme une \u00e9vidence le succ\u00e8s politique imminent \u00e0 travers les codes d'un simple r\u00e9cit m\u00e9diatique. Au-del\u00e0 de cette complicit\u00e9, l'effet pragmatique d'ensemble se d\u00e9finit comme un effet d'entra\u00eenement et de l\u00e9gitimation. Le journaliste r\u00e9duit la distance propre \u00e0 l'analyse politique standard en mariant la syntaxe fran\u00e7aise \u00e0 la force percutante des formules wolof. Il immerge ainsi le lectorat dans une atmosph\u00e8re de ferveur et d'assurance militante, orientant subtilement l'opinion vers le caract\u00e8re in\u00e9luctable de la victoire du candidat de la mouvance pr\u00e9sidentielle, tout en feignant de n'exposer que le retour sur sc\u00e8ne d'une ic\u00f4ne nationale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"alignnone wp-image-2994\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547.jpg\" alt=\"\" width=\"383\" height=\"253\" \/><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(4) \u00ab Travailler pour Macky, c'est trahir la communaut\u00e9 mouride \u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab En effet Sidiki Kaba s\u2019est transform\u00e9 en \u00ab amuseur public \u00bb chez lui \u00e0 Tambacounda. Sa campagne de proximit\u00e9 est assez originale. Tant\u00f4t on le voit jouant au Bingo, entour\u00e9 de jeunes et criant \u00e0 tue-t\u00eate \u00ab kou ngen andaal \u00bb? Ndir, avec qui \u00eates-vous? Et son public amus\u00e9 r\u00e9pond \u00ab Macky \u00bb.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Reprenons l\u2019expression \u00ab kou ngen andaal? \u00bb (sic), selon l\u2019orthographe norm\u00e9e nous avons \u00ab ku ngen andaal? \u00bb. Une expression du wolof, elle signifie \u00ab avec qui \u00eates-vous \u00bb? Et le terme \u00ab Ndir \u00bb suivi de la traduction litt\u00e9rale en fran\u00e7ais de la phrase wolofone \u00ab kou ngen andaal?\u00bb. Le journaliste veut \u00eatre explicite et compr\u00e9hensif dans son discours, avec la question en wolof, discours propre \u00e0 l\u2019\u00e9nonciateur sources, suivie de la traduction, qui clarifie en quelque sorte l\u2019interaction pour les lecteurs et lectrices et met en \u00e9vidence la participation active du public. Il pr\u00e9sente l\u2019\u00e9nonciateur-source comme acteur qui engage directement avec son interlocuteur en utilisant leur langue maternelle, rendant l\u2019interaction plus personnelle et engageante. En effet, l\u2019insertion directe de l\u2019interpellation en wolof \u00ab ku ngen andaal? \u00bb constitue le pivot pragmatique du texte. En choisissant d\u2019adopter une transcription litt\u00e9rale du discours source plut\u00f4t que de choisir une reproduction dans la norme hexagonale, le r\u00e9dacteur, d\u00e9ploie un double m\u00e9canisme s\u00e9mantico-pragmatique. Nous notons, ainsi, une restriction de l\u2019authenticit\u00e9 discursive, \u00e0 travers l\u2019orientation vers le wolof qui permet d\u2019immortaliser la cadence rythmique des rassemblements politiques locaux, structur\u00e9e par la dynamique de l\u2019appel et de la r\u00e9ponse. Ce proc\u00e9d\u00e9 ancre le texte dans une r\u00e9alit\u00e9 sonore et performative identifiable par le public. En plus, il y a une mat\u00e9rialisation d\u2019un ethos de proximit\u00e9. L'alternance codique met en sc\u00e8ne l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique d\u00e9laissant la solennit\u00e9 du fran\u00e7ais institutionnel au profit de la langue v\u00e9hiculaire. L\u2019emploi du terme \u00ab andaal \u00bb (signifiant cheminer ensemble) transcende la simple intention de vote pour mobiliser un imaginaire de la fid\u00e9lit\u00e9 et du compagnonnage solidaire, renfor\u00e7ant la connivence entre le leader et sa base.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, nous notons une port\u00e9e argumentative du contenu sous-entendu dans l\u2019extrait. En effet, malgr\u00e9 l\u2019apparente d\u00e9rision du discours, marqu\u00e9 par une tonalit\u00e9 satirique pointant les ressorts ludiques et les exclamations du rassemblement, l\u2019\u00e9nonciation d\u00e9ploie un sous-entendu d\u2019une redoutable efficacit\u00e9 pragmatique. Le scripteur met en exergue l'habilet\u00e9 du candidat \u00e0 instrumentaliser les codes de l'espace urbain afin de susciter une adh\u00e9sion imm\u00e9diate et quasi- r\u00e9flexe de la part de la jeunesse, cristallis\u00e9e par l\u2019invocation rythmique du nom \u00ab Macky \u00bb. La port\u00e9e argumentative sugg\u00e8re ici que cette pr\u00e9tendue \u00ab originalit\u00e9 \u00bb rel\u00e8ve d'une strat\u00e9gie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de captation \u00e9lectorale, visant \u00e0 substituer l'\u00e9motion et le divertissement \u00e0 la rigueur du d\u00e9bat programmatique. Renons ainsi que cette pr\u00e9tendue \u00ab originalit\u00e9 \u00bb s\u2019inscrit en r\u00e9alit\u00e9 dans une man\u0153uvre calcul\u00e9e de s\u00e9duction \u00e9lectorale. L\u2019objectif est ici de supplanter la profondeur des enjeux programmatiques par le prisme de l\u2019\u00e9motion et du spectacle. Le journaliste-r\u00e9dacteur ne se contente pas d\u2019une simple narration politique factuelle; il plonge v\u00e9ritablement le lectorat dans l\u2019atmosph\u00e8re palpable de Tambacounda. En fusionnant la rigueur de l\u2019analyse institutionnelle francophone avec la puissance de la charge affective du wolof, le discours journalistique reproduit fid\u00e8lement la strat\u00e9gie de terrain du candidat. Ce processus d\u2019hybridation textuelle forge un message \u00e0 la fois m\u00e9morisable et incisif, garantissant une port\u00e9e pragmatique foudroyante dans le d\u00e9bat citoyen.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, dans ces \u00e9nonc\u00e9s ci-dessus, nous soulignons une alternance entre le fran\u00e7ais, langue d\u2019\u00e9criture de la presse \u00e9crite et le wolof peu pr\u00e9sent dans le texte mais son usage joue un r\u00f4le crucial dans la communication journalistique, car la majorit\u00e9 de la communaut\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise parle le wolof. Ce choix est donc strat\u00e9gique, favorisant le d\u00e9clenchement de l\u2019\u00e9change interactionnel. Le journaliste chercherait l\u2019accessibilit\u00e9 et l\u2019inclusion, avec l\u2019usage du wolof, le discours devient plus accessible \u00e0 une plus grande partie de la population s\u00e9n\u00e9galaise, incluant ceux qui sont plus \u00e0 l\u2019aise en langue locale qu\u2019avec la langue fran\u00e7aise. Elle participe au renforcement de l\u2019identit\u00e9 culturelle, ces figures locales traduisent l\u2019importance de la culture et des traditions s\u00e9n\u00e9galaise dans les \u00e9v\u00e8nements nationaux. Nous retenons, ainsi que l'alternance codique constitue un puissant levier d'efficacit\u00e9 communicationnelle, transformant la contrainte linguistique en une strat\u00e9gie d'ancrage social et identitaire pour la presse.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">La strat\u00e9gie de l\u2019interf\u00e9rence dans le discours journalistique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le contact s\u00e9culaire entre la langue fran\u00e7aise et le wolof au sein de l'espace national ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 de simples occurrences lexicales isol\u00e9es comme les emprunts ou les alternances codiques; il innerve en profondeur le discours \u00e0 travers des m\u00e9canismes d'interf\u00e9rence. Loin d\u2019\u00eatre per\u00e7ues comme des erreurs de langage ou des calques passifs r\u00e9sultant de l'ascendant m\u00e9canique de la langue premi\u00e8re (<em>L1<\/em>) sur la langue seconde (<em>L2<\/em>), ces interf\u00e9rences constituent le fruit d\u2019une restructuration bidirectionnelle. Ce processus t\u00e9moigne d\u2019une rencontre fertile entre les sch\u00e8mes morphosyntaxiques, phon\u00e9tiques et s\u00e9mantiques des locuteurs bilingues s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Afin de transcender les approches purement descriptives qui n'y voient qu'une \u00ab utilisation des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une langue quand on parle ou on d\u00e9crit une autre langue. C\u2019est une caract\u00e9ristique du discours et non du code. Elle varie qualitativement de bilingue \u00e0 bilingue et de temps en temps, elle varie aussi chez un m\u00eame individu. Cela peut aller de la variation stylistique presque imperceptible au m\u00e9lange de langue \u00e9vident \u00bb (Medane, 2015), linguistique du contact de langues appr\u00e9hende l'interf\u00e9rence comme une hybridation des sous-syst\u00e8mes. Elle se manifeste par l'int\u00e9gration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d'\u00e9l\u00e9ments endog\u00e8nes au sein des structures phonologiques, lexicales ou syntaxiques de la langue cible, participant ainsi \u00e0 la contextualisation du discours. Le locuteur avec l\u2019utilisation d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re, dans ces productions \u00e9crites ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 ce fait de langage. \u00ab Le langage en interf\u00e9rences constitue une infraction \u00e0 toutes les r\u00e8gles qui programment l\u2019utilisation. Le m\u00e9tissage culturel se traduit en autant de pratique langagi\u00e8re mettant \u00e0 contribution une connaissance d\u2019autres langues et visant \u00e0 faire du commun une mani\u00e8re d\u2019interagir au sein d\u2019une m\u00eame communaut\u00e9 linguistique \u00bb (Medane, 2015). Dans les contacts de langue, nous pouvons, dans le cas de l\u2019espace sociolinguistique s\u00e9n\u00e9galais, consid\u00e9rer l\u2019interf\u00e9rence comme \u00e9tant un m\u00e9canisme qui permet au journaliste d\u2019attirer l\u2019attention de son lectorat, pour pouvoir faciliter la compr\u00e9hension de ses textes. En effet, ils r\u00e9f\u00e8rent aux influences et m\u00e9langes de plusieurs langues dans le discours \u00e9crit ou oral des journalistes. Dans le contexte s\u00e9n\u00e9galais, o\u00f9 le fran\u00e7ais coexiste avec des langues locales comme le wolof, ainsi qu\u2019avec d\u2019autres langues \u00e9trang\u00e8res, ces interf\u00e9rences linguistiques sont particuli\u00e8rement courantes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"alignnone wp-image-2995\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913.jpg\" alt=\"\" width=\"395\" height=\"265\" \/><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(5) Le village de Bamba Thial\u00e9, La pri\u00e8re de \u00ab Timis \u00bb et le fauteuil pr\u00e9sidentiel.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse de cet \u00e9nonc\u00e9 implique de mettre l\u2019accent sur les \u00e9l\u00e9ments culturels, linguistiques et contextuels qui forment l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et surtout les relations qu\u2019ils entretiennent dans cette construction et qui favorise la construction de sens nouveaux. Nous avons, ici, des interf\u00e9rences \u00e0 caract\u00e8re culturel et contextuel. Le terme \u00ab Timis \u00bb, d\u2019origine locale est souvent utilis\u00e9 dans le contexte religieux musulman en Afrique de l\u2019Ouest pour d\u00e9signer la pri\u00e8re du coucher du soleil (Maghrib). Son inclusion dans cet \u00e9nonc\u00e9 en fran\u00e7ais montre comment des termes religieux et culturels sp\u00e9cifiques peuvent s\u2019ins\u00e9rer dans le discours quotidien. Le locuteur d\u00e9crit la spiritualit\u00e9 et la routine quotidienne de la population de \u00ab Bamba Thial\u00e9 \u00bb et indique l\u2019ambiance de pi\u00e9t\u00e9 et de tradition. En effet, la juxtaposition de ces termes \u00ab Bamba Thial\u00e9 \u00bb, \u00ab timis \u00bb et surtout de \u00ab fauteuil pr\u00e9sidentiel \u00bb enrichit le texte en ajoutant des significations et \u00e9voque des images qui sugg\u00e8rent une sc\u00e8ne sp\u00e9cifique ou ces \u00e9l\u00e9ments convergent, peut-\u00eatre une c\u00e9r\u00e9monie ou une situation o\u00f9 les leaders traditionnels et politiques se rencontrent que seule une lecture de l'article pourrait donner d\u2019informations explicites. Il offre une illustration remarquable de la porosit\u00e9 s\u00e9mantique entre le fran\u00e7ais et le wolof.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le pivot de ce m\u00e9canisme d\u2019interf\u00e9rence s\u2019articule autour de l\u2019insertion du vocable wolof \u00ab Timis \u00bb, renvoyant \u00e0 la pri\u00e8re sacr\u00e9e du cr\u00e9puscule (Maghrib). Dans le cadre strict de la norme fran\u00e7aise, la corr\u00e9lation entre une temporalit\u00e9 rituelle et l\u2019ambition politique (\u00ab le fauteuil pr\u00e9sidentiel \u00bb) pourrait sembler s\u00e9mantiquement d\u00e9connect\u00e9e ou d\u00e9pourvue de relief argumentatif. N\u00e9anmoins, par le prisme de l\u2019interf\u00e9rence s\u00e9mantico-culturelle, le journaliste mobilise la densit\u00e9 symbolique du terme Timis au sein de l\u2019imaginaire national. Dans la m\u00e9moire collective, le cr\u00e9puscule transcende le simple rep\u00e8re temporel pour devenir un moment charni\u00e8re, satur\u00e9 de r\u00e9sonances mystiques et spirituelles li\u00e9es aux protections divines et aux mutations de destin. En fusionnant Bamba Thial\u00e9 (symbole de l\u2019ancrage maraboutique), Timis (l\u2019instant sacr\u00e9) et l\u2019accession au pouvoir supr\u00eame, l\u2019interf\u00e9rence instaure une causalit\u00e9 imm\u00e9diate pour le destinataire bilingue. Le discours journalistique s\u2019affranchit alors de la narration factuelle pour s\u2019\u00e9riger en r\u00e9cit d\u2019une v\u00e9ritable qu\u00eate mystico-politique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En p\u00e9riode \u00e9lectorale, rapporter cette sc\u00e8ne comporte une forte charge argumentative. Le sous-entendu sugg\u00e8re que le candidat qui s'impose la discipline de la pri\u00e8re de <em>Timis<\/em> \u00e0 Bamba Thial\u00e9 cherche \u00e0 capter l'onction mystique du lieu et la b\u00e9n\u00e9diction divine. Le titre construit ainsi l'<em>ethos<\/em> d'un candidat ancr\u00e9 dans les valeurs religieuses du pays, condition per\u00e7ue comme indispensable pour m\u00e9riter la magistrature supr\u00eame. Ainsi, dans un contexte s\u00e9n\u00e9galais, le journaliste chercherait \u00e0 inciter le lectorat \u00e0 une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont les diff\u00e9rentes dimensions de la vie spirituelle, sociale et politique se confrontent. Nous avons, ici, des interf\u00e9rences qui enrichissent l\u2019\u00e9nonc\u00e9 en apportant des connotations culturelles sp\u00e9cifiques et refl\u00e8tent des dynamiques complexes entre politique et religion dans un pays comme le S\u00e9n\u00e9gal. La force \u00e9nonciative de ce m\u00e9canisme d\u2019interf\u00e9rence s'\u00e9tablit sur sa facult\u00e9 \u00e0 cristalliser une narration exhaustive \u00e0 travers trois lexicaux majeurs. La vis\u00e9e perlocutoire ainsi d\u00e9ploy\u00e9e tend vers l'instauration d'une connivence absolue avec le public.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En adaptant la trame informative du r\u00e9cit journalistique aux repr\u00e9sentations socioculturelles de l'\u00e9lectorat national, le scripteur garantit une r\u00e9ception du message transcendant le simple fait de campagne pour s'\u00e9riger en enjeu de souverainet\u00e9 capitale. Cette hybridation textuelle autorise l'activation d'un r\u00e9seau de significations implicites d'une rare densit\u00e9 m\u00ealant foi, tradition et mysticisme, tout en pr\u00e9servant une posture de neutralit\u00e9 factuelle. Ce dispositif permet au professionnel de l'information de se distancier de toute responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative directe concernant l'efficience r\u00e9elle des rituels spirituels sur l'issue du scrutin pr\u00e9sidentiel.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\"><img class=\"alignnone wp-image-2996\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233.jpg\" alt=\"\" width=\"359\" height=\"240\" \/><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">(6) \u00ab Taxawu Senegaal toujours dans l\u2019attente d\u2019un \u00ab ndigel \u00bb.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9nonc\u00e9 constitue un paroxysme discursif au sein de notre corpus de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2019. L'analyse s\u00e9mantico-pragmatique de ce titre met en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont l'insertion d'un lex\u00e8me endog\u00e8ne non traduit r\u00e9organise l'ordre politique national sous les lois de l'implicite et de la d\u00e9pendance spirituelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons relev\u00e9 l\u2019expression \u00ab Taxawu Senegaal \u00bb (sic), un slogan politique et le terme \u00ab Ndigel \u00bb. Pour ce qui est de \u00ab Taxawu S\u00e9n\u00e9gal \u00bb, nous avons le mot wolof \u00ab Taxawu \u00bb qui signifie litt\u00e9ralement en fran\u00e7ais \u00ab servir \u00bb, par combinaison avec le mot \u00ab Senegaal \u00bb (sic) du fran\u00e7ais S\u00e9n\u00e9gal, cr\u00e9e une expression qui peut \u00eatre traduite par \u00ab soutien au S\u00e9n\u00e9gal \u00bb. En effet, cette expression \u00e9voque dans cet \u00e9nonc\u00e9 une coalition politique qui cherche \u00e0 soutenir et \u00e0 promouvoir les int\u00e9r\u00eats du S\u00e9n\u00e9gal. En ce qui concerne le terme \u00ab ndigel \u00bb(ndig\u00ebl), il est un mot de la langue wolof qui signifie une directive \u00e9mise par une autorit\u00e9 religieuse ou morale. Maintenu entre guillemets par le scripteur, d\u00e9passe le simple besoin de combler une lacune r\u00e9f\u00e9rentielle. Si le fran\u00e7ais dispose du mot \u00ab consigne \u00bb, le choix de l'emprunt au wolof est une n\u00e9cessit\u00e9 pragmatique visant \u00e0 garantir la pl\u00e9nitude s\u00e9mantique du texte. Son usage dans cet \u00e9nonc\u00e9 r\u00e9v\u00e8le l\u2019autorit\u00e9 des chefs religieux s\u00e9n\u00e9galais, qui jouent un r\u00f4le crucial dans la vie sociopolitique s\u00e9n\u00e9galaise. L\u2019attente d\u00e9crite par le journaliste sugg\u00e8re que les actions de cette coalition ont \u00e9t\u00e9 suspendues en attendant l\u2019approbation. Il illustre, ainsi, l'interf\u00e9rence entre la politique et la religion et surtout en mettant l\u2019accent sur le r\u00f4le important et l\u2019influence significative qu'ont les figures religieuses au S\u00e9n\u00e9gal sur les d\u00e9cisions politiques et sociales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue s\u00e9mantique, le titre met en sc\u00e8ne une confrontation s\u00e9mantique implicite particuli\u00e8rement ironique entre le nom de la coalition et l'emprunt. Ainsi, si nous prenons le slogan<em> Taxawu Senegaal (<\/em>\u00ab Se lever pour le S\u00e9n\u00e9gal \u00bb), nous retenons que le journaliste \u00e9voque une posture d'action, d'autonomie et de souverainet\u00e9 citoyenne. Or, l'\u00e9nonc\u00e9 lie cette entit\u00e9 \u00e0 l'adverbe <em>\u00ab toujours \u00bb<\/em> et au syntagme substantival <em>\u00ab dans l'attente d'un \u00ab ndigel \u00bb \u00bb<\/em>, basculant la coalition de l'action souveraine vers une posture de passivit\u00e9 et de d\u00e9pendance. Par ailleurs, nous soulignons, une charge critique r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par l'usage des guillemets autour du mot <em>ndigel<\/em> et l'emploi de l'adverbe <em>toujours<\/em> v\u00e9hiculent un sous-entendu d'essoufflement ou de d\u00e9pendance strat\u00e9gique. Le journaliste sugg\u00e8re implicitement que l'autonomie politique de la coalition s'efface devant le calcul \u00e9lectoraliste visant \u00e0 capter le vote confessionnel, pointant du doigt les paradoxes du jeu d\u00e9mocratique s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La force performative de ce titre journalistique s'\u00e9tablit sur sa facult\u00e9 \u00e0 cristalliser les tensions inh\u00e9rentes aux interactions entre l'appareil \u00e9tatique, les formations partisanes et les autorit\u00e9s confr\u00e9riques au S\u00e9n\u00e9gal. La vis\u00e9e perlocutoire ainsi d\u00e9ploy\u00e9e tend vers une orientation subtile de l'opinion publique. Dans ce dispositif, le vocable <em>\u00ab ndigel \u00bb<\/em> (consigne de vote religieuse) op\u00e8re comme un v\u00e9ritable catalyseur de suspens et de dramatisation discursive. Pour le scripteur, cette architecture linguistique s'affirme comme un levier d'objectivit\u00e9 apparente. En restituant l'attente sociale sous un prisme descriptif et en mobilisant la terminologie endog\u00e8ne du champ politique, le professionnel de l'information instaure une distance strat\u00e9gique par le recours aux marques de citation. Ce proc\u00e9d\u00e9 lui permet d'orienter la r\u00e9flexion sur les enjeux de la\u00efcit\u00e9 et d'autonomie des acteurs tout en se d\u00e9gageant de toute responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative directe. Le m\u00e9canisme de l'implicite autorise ainsi une critique voil\u00e9e de l'assujettissement des \u00e9lites, pr\u00e9servant la posture du simple rapporteur des faits.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous retenons ainsi que l\u2019utilisation de ces interf\u00e9rences offre au discours une perception sp\u00e9cifique en apportant des connotations culturelles et contextuelles sp\u00e9cifiques. Elles \u00e9voquent des images qui traduisent la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise \u00e0 savoir la solidarit\u00e9, le soutien communautaire, l'esprit d\u2019autorit\u00e9 et du respect envers les chefs religieux. Nous avons, ici, des interf\u00e9rences qui enrichissent l\u2019\u00e9nonc\u00e9 en apportant des connotations culturelles sp\u00e9cifiques et refl\u00e8tent des dynamiques complexes entre politique et religion dans un pays comme le S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le journaliste adopte une certaine litt\u00e9ralit\u00e9 dans la reproduction des informations et des faits actuels, particuli\u00e8rement dans le cas des reportages. Nous pouvons admettre que lors de l\u2019usage de la langue fran\u00e7aise, le journaliste subit l\u2019influence des langues locales comme le wolof qui est la langue la plus parl\u00e9e. Ce qui caract\u00e9rise le statut bilingue de la production journalistique. Un fait qui a toujours exist\u00e9 dans le monde m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais. D\u00e8s lors que le locuteur poss\u00e8de toutes les connaissances linguistiques n\u00e9cessaires pour se conformer \u00e0 la norme du fran\u00e7ais (norme standard), nous pouvons bien consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence d\u2019un certain style d\u2019\u00e9criture aurait pour but de cr\u00e9er des effets particuliers, comme l\u2019influence de la perception du point de vue de son interlocuteur.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude des m\u00e9canismes langagiers, l\u2019emprunt, l\u2019alternance codique, l\u2019inf\u00e9rence dans la production journalistique cr\u00e9e une certaine relation avec son locuteur. En l\u2019impr\u00e9gnant dans son espace socio-culturel, le journaliste \u00e9prouve le besoin d\u2019\u00eatre plus proche de son lectorat. Cet usage d\u00e9montre une accessibilit\u00e9 aux \u00e9crits des journalistes qui se veulent compr\u00e9hensibles. Avec le fait qu\u2019ils traduisent les r\u00e9alit\u00e9s sociales en discours, ils s\u2019adaptent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout en utilisant un langage qui d\u00e9crit ces m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s. Les journalistes utilisent ces proc\u00e9d\u00e9s pour rendre les faits rapport\u00e9s comiques et attirants. En mettant l\u2019accent sur la valeur informative des faits rapport\u00e9s, nous soulignons une vis\u00e9e persuasive inavou\u00e9e du contenu pos\u00e9. Dans ces \u00e9nonc\u00e9s, nous notons que les actes sont aussi informatifs qu\u2019incitatifs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le journaliste met ici en lumi\u00e8re l\u2019interconnexion entre les dynamiques sociales, politiques et religieuses au S\u00e9n\u00e9gal. Elle montre comment les d\u00e9cisions politiques peuvent \u00eatre influenc\u00e9es par des directives religieuses, soulignant l\u2019importance de la religion dans la vie publique s\u00e9n\u00e9galaise. L\u2019utilisation de ces termes locaux donne de l\u2019authenticit\u00e9 au discours et participe au renforcement de l\u2019engagement et de l\u2019identification du lectorat. Ce qui d\u00e9termine que le journaliste s\u2019appuie sur les r\u00e9alit\u00e9s socio-culturelles pour attirer l\u2019attention du lectorat. Les journalistes introduisent ces fragments de la langue wolof dans leurs textes dans le but d\u2019\u00eatre plus compr\u00e9hensibles. Ces termes, qui sont familiers au lectorat, leur permettent d\u2019\u00e9tablir un certain contact entre eux pour faciliter la compr\u00e9hension de l\u2019article. C\u2019est un moyen pour le journaliste d\u2019attirer son lectorat. En outre, nous notons que le locuteur-journaliste, en raison de sa vis\u00e9e communicative li\u00e9e \u00e0 la qu\u00eate d\u2019accessibilit\u00e9 de l\u2019information traduite dans ses textes, se permet d\u2019utiliser un style d\u2019\u00e9criture sp\u00e9cifique. Cherchant \u00e0 inciter son lectorat, il use de ces particularit\u00e9s linguistiques \u00e9tudi\u00e9es ci-dessus pour faciliter l\u2019interaction avec son lectorat. L\u2019analyse polyphonique d\u00e9ploy\u00e9e d\u00e9montre avec acuit\u00e9 comment des termes comme le \u00ab ndeup \u00bb (nd\u00ebp), le \u00ab ndigel \u00bb (ndig\u00ebl) ou le \u00ab taxawu \u00bb agissent comme des vecteurs de cristallisation m\u00e9morielle et des leviers de manipulation de l\u2019implicite. En instaurant des pr\u00e9suppos\u00e9s id\u00e9ologiques sous le couvert d'une objectivit\u00e9 de fa\u00e7ade, la presse \u00e9crite participe activement \u00e0 la th\u00e9\u00e2tralisation de l\u2019espace public. La question d\u2019appropriation des deux codes serait donc \u00e0 consid\u00e9rer au-del\u00e0 d'un simple choix non marqu\u00e9 mais serait attribu\u00e9e \u00e0 la question stylistique et strat\u00e9gique. N\u00e9anmoins, cette \u00e9tude ouvre des perspectives importantes. Si l'efficacit\u00e9 de ces m\u00e9canismes \u00e9tudi\u00e9s est attest\u00e9e sur le plan scriptural, il s'av\u00e8re judicieux d'interroger la r\u00e9ception effective de ces implicites par le lectorat. De surcro\u00eet, l'extension de ce corpus aux espaces de discussion num\u00e9rique permettrait d'analyser comment ces m\u00e9canismes de m\u00e9tissage se d\u00e9mocratisent lorsque la parole est directement adress\u00e9e au lectorat.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"454\" data-end=\"558\">Agence nationale de la statistique et de la d\u00e9mographie (ANSD). 2023. <em data-start=\"1915\" data-end=\"1981\">5\u1d49 Recensement g\u00e9n\u00e9ral de la population et de l\u2019habitat (RGPH-5)<\/em>. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/www.ansd.sn\/\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1985\" data-end=\"2005\">https:\/\/www.ansd.sn\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"PDq2pG_selectionAnchorContainer hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"454\" data-end=\"558\">Bakhtine, Mikha\u00efl. 1984. <em data-start=\"479\" data-end=\"514\">Esth\u00e9tique de la cr\u00e9ation verbale<\/em> (A. Aucouturier, trad.). Paris : Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"560\" data-end=\"735\">Brassart, Charles. 2013. Corpus et alternance codique : que peut nous apprendre une approche comparative ? <em data-start=\"667\" data-end=\"675\">Corela<\/em>, HS-13, 1-12. <a class=\"decorated-link\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/corela\/3042\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"692\" data-end=\"735\">http:\/\/journals.openedition.org\/corela\/3042<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"737\" data-end=\"921\">Calvet, Jean-Louis. 1994. Quel mod\u00e8le sociolinguistique pour le S\u00e9n\u00e9gal ? Ou il n'y a pas que la v\u00e9hiculante. <em data-start=\"847\" data-end=\"867\">Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 68, 89-107. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/lsoc.1994.2658\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"883\" data-end=\"921\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/lsoc.1994.2658<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"923\" data-end=\"1060\">Ciss\u00e9, Mamadou. 2005. Langues, \u00c9tat et soci\u00e9t\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal. <em data-start=\"982\" data-end=\"994\">Sudlangues<\/em>, 5, 99-133. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/au-senegal.com\/IMG\/pdf\/doc-109pdf-33f96.pdf\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1009\" data-end=\"1060\">https:\/\/au-senegal.com\/IMG\/pdf\/doc-109pdf-33f96.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1062\" data-end=\"1136\">Ducrot, Oswald. 1985. <em data-start=\"1084\" data-end=\"1103\">Le Dire et le Dit<\/em>. Paris : Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1138\" data-end=\"1355\">Grice, Paul. 1975. Logic and Conversation. Dans Cole, Peter et Morgan, Jerry L. (dir.), <em data-start=\"1226\" data-end=\"1248\">Syntax and Semantics<\/em>, vol. 3 (41-58). New York: Academic Press. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/www.sfu.ca\/~jeffpell\/Cogs300\/GriceLogicConvers75.pdf\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1295\" data-end=\"1355\">https:\/\/www.sfu.ca\/~jeffpell\/Cogs300\/GriceLogicConvers75.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1357\" data-end=\"1526\">Gueye, Massamba. 2022. Recul du fran\u00e7ais au S\u00e9n\u00e9gal : de l'h\u00e9g\u00e9monie officielle \u00e0 la date d'\u00e9ch\u00e9ance. <em data-start=\"1459\" data-end=\"1484\">The Conversation France<\/em>. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.64628\/AAJ.5fnynpmar\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1488\" data-end=\"1526\">https:\/\/doi.org\/10.64628\/AAJ.5fnynpmar<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1528\" data-end=\"1637\">Gumperz, John. 1989. <em data-start=\"1549\" data-end=\"1615\">Sociolinguistique interactionnelle : une approche interpr\u00e9tative<\/em>. Paris : L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1639\" data-end=\"1843\">Medane, Hadjira. 2015. L\u2019interf\u00e9rence comme particularit\u00e9 du \u00ab fran\u00e7ais cass\u00e9 \u00bb en Alg\u00e9rie. <em data-start=\"1731\" data-end=\"1788\">Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage<\/em>, 31, 1-27. <a class=\"decorated-link\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/tipa\/1394\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1802\" data-end=\"1843\">http:\/\/journals.openedition.org\/tipa\/1394<\/a><\/p>\r\n\r\n<h2 class=\"PDq2pG_selectionAnchorContainer\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"93\" data-end=\"113\">Corpus de presse<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"115\" data-end=\"171\"><em data-start=\"115\" data-end=\"126\">Le Soleil<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"173\" data-end=\"233\"><em data-start=\"173\" data-end=\"188\">L\u2019Observateur<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"235\" data-end=\"291\"><em data-start=\"235\" data-end=\"246\">L\u2019Enqu\u00eate<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"293\" data-end=\"352\"><em data-start=\"293\" data-end=\"307\">Le Quotidien<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"354\" data-end=\"414\"><em data-start=\"354\" data-end=\"369\">WalfQuotidien<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les langues locales gagnent une place importante dans la production journalistique au S\u00e9n\u00e9gal, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la langue officielle qui est le fran\u00e7ais. Cette cohabitation soul\u00e8ve une question centrale : comment une presse \u00e9crite francophone subsiste-t-elle et se r\u00e9invente-t-elle dans un espace o\u00f9 seule une minorit\u00e9 ma\u00eetrise sa langue d&rsquo;\u00e9criture? Pour rester accessible dans ces \u00e9crits, le journaliste op\u00e8re une appropriation particuli\u00e8re, voire sp\u00e9cifique, de cette langue, faisant ainsi d\u2019elle une langue s\u00e9n\u00e9galaise utilisable dans toutes les situations de communication. Cette recherche \u00e9value l&rsquo;influence des langues locales, particuli\u00e8rement le wolof, sur la production journalistique, ainsi que leur position dans le paysage m\u00e9diatique. Elle met en lumi\u00e8re les m\u00e9canismes linguistiques par lesquels, au-del\u00e0 d\u2019un simple contact entre le fran\u00e7ais et les langues locales, se traduit une strat\u00e9gie discursive adapt\u00e9e aux dynamiques culturelles, sociales et politiques du S\u00e9n\u00e9gal. En nous appuyant sur un corpus constitu\u00e9 de 260 articles de presse \u00e9crite des quotidiens nationaux, nous identifions des proc\u00e9d\u00e9s linguistiques r\u00e9currents : l\u2019alternance codique, les emprunts, les interf\u00e9rences. En analysant leurs particularit\u00e9s et l\u2019effet qu\u2019ils produisent chez le lectorat, nous nous sommes appuy\u00e9s sur la th\u00e9orie pragmatique d\u2019Oswald Ducrot. Ces pratiques discursives contribuent \u00e0 enrichir le m\u00e9diatique tout en soulevant des interrogations cruciales concernant la normativit\u00e9, l&rsquo;identit\u00e9 linguistique et l&rsquo;interpr\u00e9tation du message. D\u00e8s lors se pose donc la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de l&rsquo;inclusion des langues locales dans le domaine journalistique.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/discours-journalistique\/\">Discours journalistique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/enjeux-identitaires\/\">Enjeux identitaires<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/hybridation-linguistique\/\">Hybridation linguistique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/implicite\/\">Implicite<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/langue\/\">Langue<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/particularites-lexicales\/\">Particularit\u00e9s lexicales<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Local languages in the French-language Senegalese press: between linguistic appropriation and identity issues<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Local languages are gaining significant ground in Senegalese journalistic production, alongside the official language, French. This coexistence raises a central question: how does a Francophone press survive and reinvent itself in a space where only a minority are proficient in its language of writing? To remain accessible in their writing, journalists adopt a particular, even specific, appropriation of this language, thus making it a Senegalese language usable in all communication situations. This research assesses the influence of local languages, particularly Wolof, on journalistic production, as well as their position in the media landscape. It highlights the linguistic mechanisms by which, beyond simple contact between French and local languages, a discursive strategy adapted to the cultural, social, and political dynamics of Senegal is expressed. Based on a corpus of 260 articles from national daily newspapers, we identify recurring linguistic processes: code-switching, borrowing, and interference. By analyzing their specific characteristics and the effect they produce on the reader, we relied on Oswald Ducrot&rsquo;s pragmatic theory. These discursive practices contribute to enriching the media landscape while raising crucial questions about normativity, linguistic identity, and message interpretation. This, in turn, raises the question of the legitimacy and inclusion of local languages in the journalistic field.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/identity-issues\/\">Identity issues<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/implicit\/\">Implicit<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/journalistic-discourse\/\">Journalistic discourse<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/language\/\">Language<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/lexical-peculiarities\/\">Lexical peculiarities<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/linguistic-hybridization\/\">Linguistic hybridization<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Wolof)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>L\u00e0kki d\u00ebkk yi ci biir x\u00ebti xibaar yu \u00f1u bind ci fara\u00f1se ci Senegaal : diggante moomal l\u00e0kk yi ak mbiri identite yi j\u00ebm ci w\u00e0llu l\u00e0kk.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u00e0kk yi \u00f1u l\u00e0kk ci r\u00e9ew mi da\u00f1uy g\u00ebn a am palaas bu r\u00eby ci y\u00e9enekaay yi ci Senegaal, ci wetu l\u00e0kku ofisiyelu r\u00e9ew mi, di fara\u00f1se. Loolu nag moo tax \u00f1u samp ub laaj bu am solo : naka la x\u00ebt wi \u00f1u bindee fara\u00f1se di dunde ci b\u00e9r\u00ebb bo xamni nukoy j\u00ebfandiko b\u00ebr\u00ebwunu? Loolu taxna ba taskatu yibar bi j\u00ebl lak woowu di faranse di ko j\u00e9m\u00eb meng\u00ebl\u00e9 ak sunuy lakk ngir yombalal d\u00e9g wi. Gestu bi nu fas y\u00e9n\u00e9 def j\u00e0ng wi moy nakala sunuy l\u00e0kk, rawatina wolof, di jokkoo ci mbindum xibaar yi ci Senegaal, ak lakk wi di faranse. Jang wi dina f\u00ebsel tamit nakala woowu jokko ci ding\u00ebnt\u00e9 lakk yi di f\u00ebs\u00e9 ci sunu waxin, rawatina si wallum politic, ci bir rew mi. Ngir def g\u00ebstu gi, nu ngi sukkandiku ci korpus bu \u00ebmb 260 atikel yu j\u00f3ge ci yeenekay yu r\u00e9ew mi. Ci seetlu gi, nu ngi gis ay pexe yu bari ci anam yi \u00f1uy j\u00ebfandikoo l\u00e0kk wi, yu mel ni coppite l\u00e0kk (alternance codique), ay bat yu nu ab (emprunts) ak ay baat yu \u00f1u j\u00ebl ci yeneen l\u00e0kk yi te dugal leen ci l\u00e0kku y\u00e9enekaay di fara\u00f1se (Interf\u00e9rences). J\u00ebf yooyu \u00f1uy waxtaane da\u00f1uy g\u00ebna am doole ci w\u00e0llu mejaa yi, ci noonu la\u00f1uy indi laaj yu am solo ci w\u00e0llu normativite, d\u00e0ntite linguistic, ak tekki mesaas. Loolu nag moo tax nu samp ub laaj bu am solo ci palaasu l\u00e0kk yi \u00f1u s\u00e0kk ci r\u00e9ew mi ci w\u00e0llu xibaar.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Wolof)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/ay-lakk-yu-jaxasoo\/\">ay l\u00e0kk yu jaxasoo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/ay-xeeti-waxiin\/\">ay xeeti waxiin<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/lu-nebbu\/\">lu n\u00ebbbu<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/waxu-yeenekaay-yi\/\">waxu y\u00e9enekaay yi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/xalaat-yu-jem-ci-li-nuy-wax\/\">xalaat yu j\u00ebm ci li \u00f1uy wax<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>29 d\u00e9cembre 2025<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>24 juin 2026<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>10 ao\u00fbt 2026<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le paysage m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais se caract\u00e9rise par une dynamique linguistique complexe o\u00f9 le fran\u00e7ais, langue d&rsquo;\u00c9tat, coexiste avec diverses langues nationales. Comme le souligne Mamadou Ciss\u00e9, \u00ab le S\u00e9n\u00e9gal est un carrefour g\u00e9ographique et humain o\u00f9 coexistent et interf\u00e8rent trois civilisations : une n\u00e9gro-africaine, une arabo-musulmane et une occidentale \u00bb (Ciss\u00e9, 2005, p. 100). Ainsi, les langues nationales, en particulier le wolof, occupent une place pr\u00e9pond\u00e9rante non plus seulement comme langues vernaculaires, mais en tant que v\u00e9ritables outils de communication de masse \u00e0 travers les m\u00e9dias, l\u2019enseignement et l\u2019espace politique. En outre, \u00e0 la lumi\u00e8re de cette affirmation de Jean-Louis Calvet, nous concevons donc qu\u2019il y a au S\u00e9n\u00e9gal, du point de vue juridique, une langue \u00ab\u00a0officielle\u00a0\u00bb, le fran\u00e7ais, six langues \u201cnationales\u201d (le wolof, le pulaar, le manding, le serer, le diola et le sonink\u00e9) et une quinzaine d&rsquo;autres langues sans statut juridique. En outre, lorsque l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la pr\u00e9sence des langues dans l\u2019environnement graphique, on se rend compte que trois langues seulement apparaissent sur les murs, les enseignes, les affiches ou les cars rapides : le fran\u00e7ais, le wolof, l\u2019arabe (Calvet, 1994, p. 91). Caract\u00e9ris\u00e9 par un multilinguisme remarquable, le S\u00e9n\u00e9gal est habit\u00e9 d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de langues o\u00f9 les langues \u00e9trang\u00e8res c\u00f4toient les langues nationales dans les communications ethniques, interethniques et officielles. Il s\u2019agit d\u2019un environnement o\u00f9 l\u2019anglais et l\u2019arabe sont aussi pr\u00e9sents. Le fran\u00e7ais demeure, donc, la langue officielle. Cependant, l\u2019\u00e2ge d\u2019or du fran\u00e7ais standard semble bien r\u00e9volu. Comme le rappelle Massamba Gueye (2003) dans un article du <em>journal 2 L\u2019Afrique<\/em>, une observation des espaces publics s\u00e9n\u00e9galais (rues, salles d&rsquo;attente d&rsquo;h\u00f4pitaux ou de banques) ainsi que l&rsquo;\u00e9coute des programmes radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuels suffisent \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la pr\u00e9dominance du wolof au d\u00e9triment de la langue fran\u00e7aise standard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Historiquement confin\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re coloniale, le fran\u00e7ais est devenu la langue de l\u2019administration et des institutions. Pourtant, malgr\u00e9 ce statut officiel, il demeure minoritaire dans l&rsquo;usage quotidien. Les donn\u00e9es du cinqui\u00e8me Recensement G\u00e9n\u00e9ral de la Population et de l&rsquo;Habitat (RGPH-5, 2024, p. 8.) confirment cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociolinguistique : 97,6 % de la population parle et comprend les langues locales \u2014 le wolof dominant avec 53,7 %, suivi du pulaar (26,2 %), du sereer (9,6 %) et du joola (2,9 %) \u2014, tandis que le fran\u00e7ais n&rsquo;est parl\u00e9 de fa\u00e7on exclusive que par une infime minorit\u00e9 (0,6 %). Cette configuration engendre des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;influence et d&rsquo;interf\u00e9rence r\u00e9ciproques. Si ce contact linguistique innerve l&rsquo;ensemble des \u00e9changes communicationnels, le wolof s&rsquo;impose comme la langue la plus fr\u00e9quente au sein m\u00eame des productions m\u00e9diatiques d\u2019expression fran\u00e7aise. Face \u00e0 un public dont la majorit\u00e9 ne ma\u00eetrise pas pleinement la norme officielle, les scripteurs de la presse \u00e9crite ont d\u00e9velopp\u00e9 une forme d&rsquo;appropriation linguistique. En int\u00e9grant des \u00e9l\u00e9ments endog\u00e8nes, ils transforment le fran\u00e7ais en un outil contextualis\u00e9, faisant de cette langue seconde une variante s\u00e9n\u00e9galaise adapt\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Ces formes d&rsquo;hybridation (emprunts, alternances codiques, calques) ne constituent pas des erreurs de langage, mais des choix discursifs d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s visant \u00e0 ancrer le r\u00e9cit journalistique dans l&rsquo;espace sociopolitique national.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e8s lors, cette \u00e9tude se propose d&rsquo;explorer la dimension persuasive et argumentative de ces particularit\u00e9s langagi\u00e8res au sein d&rsquo;un univers de lecteurs et lectrices h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. \u00c0 travers le prisme de la pragmatique int\u00e9gr\u00e9e d&rsquo;Oswald Ducrot et de l&rsquo;approche \u00e9nonciative de Mikha\u00efl Bakhtine, nous allons examiner notre corpus. L&rsquo;analyse s\u00e9mantico-pragmatique portera sur la mani\u00e8re dont ces sp\u00e9cificit\u00e9s lexicales et les m\u00e9canismes de l&rsquo;implicite (pr\u00e9suppos\u00e9s, sous-entendus, allusions) r\u00e9duisent la distance cognitive avec le lectorat, facilitent la transmission de l&rsquo;information et optimisent l&rsquo;impact du discours sur l&rsquo;opinion publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La structure de notre argumentation suivra trois axes principaux. Dans un premier temps, nous d\u00e9finirons les fondements th\u00e9oriques et le contexte favorisant cette hybridation textuelle. Nous d\u00e9taillerons ensuite notre d\u00e9marche m\u00e9thodologique, en \u00e9tablissant une nomenclature des proc\u00e9d\u00e9s observ\u00e9s. Pour finir, nous \u00e9valuerons la port\u00e9e pragmatique de ces usages afin de comprendre comment ils participent \u00e0 la d\u00e9finition des identit\u00e9s et \u00e0 la production du sens au sein de l&rsquo;espace public s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Cadre Th\u00e9orique et M\u00e9thodologique<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pr\u00e9sentation du Corpus<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours de la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise requiert une d\u00e9limitation empirique rigoureuse. Nous avons proc\u00e9d\u00e9 d\u2019abord \u00e0 une collecte d\u2019articles de journaux, qui constitue notre corpus de travail. Il regroupe un ensemble de 300 articles de journaux issus des principaux quotidiens nationaux, parus durant les mois de janvier et f\u00e9vrier 2019. Cette temporalit\u00e9 co\u00efncide avec la campagne \u00e9lectorale pour l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle s\u00e9n\u00e9galaise, p\u00e9riode de forte effervescence discursive o\u00f9 les strat\u00e9gies de persuasion, de cadrage et d&rsquo;influence atteignent leur paroxysme dans l&rsquo;espace public. Nous avons port\u00e9 un int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce type de corpus pour pouvoir d\u00e9celer les diff\u00e9rents m\u00e9canismes de l\u2019implicite ainsi que l&rsquo;ensemble des strat\u00e9gies communicationnelles adopt\u00e9es dans ce type de contexte. Dans cette logique, notre s\u00e9lection s&rsquo;est concentr\u00e9e sur les productions textuelles traitant des dynamiques politiques, des candidats en lice et des enjeux de la campagne. Le paysage m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais se caract\u00e9rise par une grande pluralit\u00e9 de titres. Pour cette \u00e9tude, nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 un \u00e9chantillon de six quotidiens nationaux repr\u00e9sentatifs des forces \u00e9ditoriales en pr\u00e9sence : <em>Le Soleil<\/em> (quotidien national de service public), <em>L\u2019Observateur<\/em>, <em>Le Quotidien<\/em>, <em>EnQu\u00eate <\/em>et <em>Walf Quotidien<\/em> (titres phares de la presse priv\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces journaux se distinguent par leur grande capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser des m\u00e9canismes discursifs efficaces, notamment par l&#8217;emploi d&rsquo;implicites et d&rsquo;allusions; ce qui fait d\u2019eux des \u00e9l\u00e9ments riches et primordiaux pour une analyse s\u00e9mantico-pragmatique du discours de la presse \u00e9crite. Nous \u00e9valuons cette efficacit\u00e9 selon une double perspective, \u00e0 la fois \u00e9nonciative et argumentative. En parlant d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nonciative, nous mettons l\u2019accent sur la subtilit\u00e9 des journalistes \u00e0 int\u00e9grer des particularit\u00e9s linguistiques et des expressions issues du wolof au sein d&rsquo;une matrice syntaxique fran\u00e7aise. Cette hybridation permet de r\u00e9duire la distance cognitive et culturelle avec le lectorat, rendant le message accessible et maximisant son impact dans un contexte de faible litt\u00e9ratie en fran\u00e7ais standard. Du point de vue argumentatif, nous faisons r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la dimension persuasive des contenus inf\u00e9rentiels d\u00e9ploy\u00e9s (pr\u00e9suppos\u00e9s, sous-entendus, allusions). En p\u00e9riode \u00e9lectorale, cette gestion de l&rsquo;implicite est une strat\u00e9gie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e : elle permet aux journalistes d&rsquo;orienter l&rsquo;opinion publique et de v\u00e9hiculer des jugements de valeur ou des critiques politiques complexes, tout en pr\u00e9servant une forme d&rsquo;objectivit\u00e9 journalistique apparente et en contournant la responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative directe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce corpus d&rsquo;\u00e9tude offre donc un cadre d&rsquo;observation id\u00e9al pour analyser la mani\u00e8re dont l&rsquo;usage de m\u00e9canismes linguistiques locaux et de techniques d&rsquo;implicite agit comme un levier d&rsquo;influence pragmatique sur le lectorat.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Cadre th\u00e9orique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En consid\u00e9rant la langue comme un fait social, retenons qu\u2019elle ne doit pas \u00eatre envisag\u00e9e en dehors du contexte social o\u00f9 vivent ses locuteurs. L\u2019environnement sociolinguistique est pris en compte. Les interlocuteurs ont besoin d\u2019une langue de communication pour se faire comprendre. Entre autres, les langues n\u2019existeraient pas sans les gens qui les parlent et l\u2019histoire d\u2019une langue est intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de ses locuteurs. Dans le cadre de la presse \u00e9crite, le journaliste, en adoptant la langue de l\u2019administration, aurait besoin d\u2019un style linguistique d\u2019\u00e9criture appropri\u00e9 \u00e0 celui de son interlocuteur, \u00e0 son cadre social, pour une bonne transmission de l\u2019information, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019utilisation d\u2019un code linguistique adapt\u00e9 au contexte et \u00e0 la circonstance de communication. En reprenant la position de Mikha\u00efl Bakhtine, nous soutenons donc que \u00ab les domaines de l\u2019activit\u00e9 humaine, aussi vari\u00e9s soient-ils, se rattachent toujours \u00e0 l\u2019utilisation du langage. Quoi d\u2019\u00e9tonnant si le caract\u00e8re et le mode de cette utilisation soient aussi vari\u00e9s que les domaines eux-m\u00eames de l\u2019activit\u00e9 humaine, ce qui n\u2019est pas en contradiction avec l\u2019unit\u00e9 nationale d\u2019une langue. L\u2019utilisation de la langue s\u2019effectue sous forme d\u2019\u00e9nonc\u00e9s concrets uniques (oraux et \u00e9crits) qui \u00e9manent des repr\u00e9sentants de tel ou tel domaine de l\u2019activit\u00e9 humaine. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 refl\u00e8te les conditions sp\u00e9cifiques et les finalit\u00e9s de chacun de ces domaines, non seulement par son contenu (th\u00e9matique) et son style de langue, autrement dit par la s\u00e9lection op\u00e9r\u00e9e dans les moyens de la langue \u2013 moyens lexicaux, phras\u00e9ologiques et grammaticaux\u2013, mais aussi et surtout par sa structure compositionnelle \u00bb (Bakhtine, 1984, p. 293). En d\u2019autres termes, le langage remplit une fonction de communication dans son usage courant, ce qui le lie intrins\u00e8quement \u00e0 l\u2019ensemble des activit\u00e9s humaines. Il se manifeste de mani\u00e8re unique et sp\u00e9cifique \u00e0 travers chaque mode d\u2019appropriation linguistique. Ainsi, chaque secteur d\u2019activit\u00e9 se distingue par des formes d\u2019\u00e9nonc\u00e9s qui lui sont propres, traduisant les conditions particuli\u00e8res de sa production discursive. Cette perspective bakhtinienne, lorsqu\u2019elle est appliqu\u00e9e au domaine de la presse \u00e9crite, nous am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019\u00e9criture journalistique est r\u00e9gie par des imp\u00e9ratifs de production et des objectifs de lisibilit\u00e9. Ces contraintes obligent le discours m\u00e9diatique \u00e0 s\u2019\u00e9loigner, de fa\u00e7on parfois intentionnelle, des conventions du fran\u00e7ais standard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans ce sens, il est imp\u00e9ratif d\u2019\u00e9tudier l\u2019\u00e9laboration du langage dans ce domaine. C\u2019est ce que nous appelons dans cette \u00e9tude, les particularit\u00e9s linguistiques qui permettront de faciliter la compr\u00e9hension des textes journalistiques. Elles d\u00e9signent, au niveau lexical, des r\u00e9alisations singuli\u00e8res propres au fran\u00e7ais utilis\u00e9es par les journalistes s\u00e9n\u00e9galais dans leurs productions journalistiques. D\u00e8s lors que le locuteur poss\u00e8de toutes les connaissances linguistiques n\u00e9cessaires pour se conformer \u00e0 la norme du fran\u00e7ais (norme standard), nous pouvons bien consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence d\u2019un certain style d\u2019\u00e9criture aurait pour but de cr\u00e9er des effets particuliers sur son interlocuteur. C&rsquo;est dans ce contexte que l&rsquo;on observe une hybridation linguistique croissante : l&rsquo;insertion syst\u00e9matique de termes, d&rsquo;expressions et de m\u00e9canismes du Wolof (ou d&rsquo;autres langues locales) dans le discours de la presse \u00e9crite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Afin de mieux cerner notre sujet, cette \u00e9tude met en lumi\u00e8re deux concepts fondamentaux dont l&rsquo;acception m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9e : l&rsquo;appropriation linguistique et les enjeux identitaires. En effet, l&rsquo;appropriation linguistique n&rsquo;est pas une simple erreur d&rsquo;interf\u00e9rence. C&rsquo;est l&rsquo;acte strat\u00e9gique par lequel les journalistes tirent le fran\u00e7ais vers le wolof (par l&rsquo;alternance codique, les emprunts, les calques s\u00e9mantiques) pour le rendre plus efficace et plus pertinent dans le d\u00e9bat public local. Quant aux enjeux identitaires, ils se r\u00e9f\u00e8rent aux motivations profondes (l\u00e9gitimit\u00e9, appartenance, reconnaissance culturelle) qui poussent les m\u00e9dias \u00e0 se diff\u00e9rencier, \u00e0 s&rsquo;ancrer dans l&rsquo;authenticit\u00e9 culturelle s\u00e9n\u00e9galaise et \u00e0 cr\u00e9er un lien de connivence avec leur public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, pour une \u00e9tude de la pr\u00e9sence et du fonctionnement des langues locales dans la production journalistique s\u00e9n\u00e9galaise, notre d\u00e9marche s\u2019ancre r\u00e9solument \u00e0 la crois\u00e9e de la s\u00e9mantique (qui s\u2019occupe du sens des phrases, celle qui concerne la notion de v\u00e9rit\u00e9 et la valeur informative) et de la pragmatique qui s\u2019occupe de l\u2019utilisation de la phrase, \u00e0 travers le mod\u00e8le de la pragmatique int\u00e9gr\u00e9e d\u2019Oswald Ducrot (1984). Ainsi l\u2019analyse de ce type de discours ne pourrait pas se faire avec l\u2019\u00e9conomie de l\u2019\u00e9tude de son caract\u00e8re implicite. Il s\u2019int\u00e9resse des effets produits par l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et de l\u2019influence pragmatique que le discours poss\u00e8de. Le sens de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 r\u00e9sulte, donc, de la conjonction d\u2019informations linguistiques appartenant aux composants linguistiques de la phrase (unit\u00e9s lexicales, la relation syntaxique des mots de la phrase etc.) qui livrent la signification de la phrase et les informations extralinguistiques appartenant au composant pragmatique voire rh\u00e9torique int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la s\u00e9mantique. Pour ce qui est de la dimension s\u00e9mantique du discours, nous comptons aller plus loin que Paul Grice, 1975, qui dans sa conception du sens de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, distingue deux parties du sens v\u00e9hicul\u00e9 par un \u00e9nonc\u00e9 : le dit et les implicatures. Il utilise une notion vague de ce que dit le locuteur c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019information v\u00e9hicul\u00e9e (le sens du dit et le sens des inf\u00e9rences et le pourquoi de leur utilisation dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9 par l\u2019\u00e9nonc\u00e9). Ainsi nous distinguerons deux \u00e9l\u00e9ments dans la construction du discours : le processus de production et de compr\u00e9hension. En ce sens, nous allons d\u00e9celer les diff\u00e9rents m\u00e9canismes strat\u00e9giques d\u00e9ploy\u00e9s dans la reproduction des faits relat\u00e9s par le journaliste pour atteindre sa finalit\u00e9 facilitant la compr\u00e9hension de l\u2019information v\u00e9hicul\u00e9e et aussi les \u00e9l\u00e9ments informationnels auxquels le lectorat fait appel pour comprendre le message v\u00e9hicul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En adoptant, ici, la perspective d\u2019Oswald Ducrot, nous consid\u00e9rons que les composants linguistiques (lexique, syntaxe, alternance codique) ne d\u00e9livrent pas seulement une signification informative ou descriptive, mais portent en eux-m\u00eames une force argumentative et des instructions pragmatiques. Le sens de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 journalistique r\u00e9sulte donc d&rsquo;une symbiose entre le composant s\u00e9mantique structural et un composant pragmatique (ou rh\u00e9torique) int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la langue. Cette approche nous permet de d\u00e9passer la simple description sociolinguistique du contact de langues pour mod\u00e9liser le double processus de production et de r\u00e9ception : d&rsquo;une part, le d\u00e9ploiement de m\u00e9canismes strat\u00e9giques par le journaliste pour optimiser la saillance de son message; d&rsquo;autre part, la mani\u00e8re dont le lectorat mobilise des comp\u00e9tences extralinguistiques et des pr\u00e9suppos\u00e9s culturels pour d\u00e9coder l&rsquo;effet pragmatique vis\u00e9.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Approche m\u00e9thodologique adopt\u00e9e<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour exploiter notre corpus de 100 articles, nous adoptons une m\u00e9thode d&rsquo;analyse qualitative et interpr\u00e9tative ancr\u00e9e dans l\u2019analyse du discours journalistique. Cette m\u00e9thode consiste en une lecture outill\u00e9e et critique des textes, visant \u00e0 d\u00e9celer et \u00e0 \u00e9tudier les diff\u00e9rentes particularit\u00e9s linguistiques, non comme de simples \u00e9carts linguistiques, mais plut\u00f4t comme des pivots dans la construction du sens et de l\u2019orientation discursive du style journalistique. En ce sens, nous allons adopter une m\u00e9thode d\u2019analyse interpr\u00e9tative qui nous permettra de mettre l\u2019accent sur leur caract\u00e8re strat\u00e9gique dans le style journalistique. Ainsi, nous adopterons, dans cette \u00e9tude, une conception qui d\u00e9finit l\u2019appropriation linguistique \u00e0 cet ensemble de m\u00e9canismes linguistiques qui wolofisent le fran\u00e7ais. En effet, le journaliste, dans son r\u00f4le de reproducteur de l&rsquo;actualit\u00e9 en langue fran\u00e7aise dans un milieu o\u00f9 0,6 % de la population parle cette langue, aurait besoin d\u2019une langue fran\u00e7aise qui serait adapt\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociolinguistique s\u00e9n\u00e9galaise. Rappelons que dans la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise d\u2019expression fran\u00e7aise, la langue d\u2019\u00e9criture n\u2019est pas la langue maternelle des S\u00e9n\u00e9galais, elle est une langue \u00e9trang\u00e8re mais officielle. En ce sens, il recourt \u00e0 un mode de discours wolofolis\u00e9. Ce mode de discours hybride r\u00e9pond \u00e0 une exigence pragmatique d&rsquo;accessibilit\u00e9 et d&rsquo;efficacit\u00e9 communicationnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le plan op\u00e9rationnel, notre d\u00e9marche s\u2019inscrit sur deux phases compl\u00e9mentaires. Il consiste dans un premier temps \u00e0 faire un rep\u00e9rage et une cat\u00e9gorisation des faits de langue. Nous allons extraire du corpus les occurrences manifestes de ce contact de langues. L\u2019\u00e9tude de ces m\u00e9canismes d\u2019\u00e9criture rel\u00e8ve de la sociolinguistique et nous permettra de mieux comprendre comment la langue \u00e9volue et refl\u00e8te les dynamiques sociales, culturelles et politiques du pays. Dans notre corpus, nous pouvons bien souligner la pr\u00e9sence d\u2019alternance codique, d\u2019emprunts, d\u2019interf\u00e9rence. Nous allons, \u00e0 partir de l\u00e0, de d\u00e9celer les niveaux de langage qui interviennent dans la production de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 et les types d&rsquo;inf\u00e9rences auxquels il fait appel. Dans un second temps, nous adopterons une approche \u00e9nonciative et pragmatique qui vise, au-del\u00e0 d\u2019un simple fait de recension descriptive, \u00e0 s\u2019interroger sur la dimension fonctionnelle et strat\u00e9gique de ces proc\u00e9d\u00e9s. En mobilisant les outils de la pragmatique int\u00e9gr\u00e9e, notre analyse vise \u00e0 expliciter la position \u00e9nonciative du journaliste (la posture que le journaliste adopte vis-\u00e0-vis de son propre \u00e9nonc\u00e9); le caract\u00e8re pragmatique du discours reproduit, en analysant les inf\u00e9rences et les pr\u00e9suppos\u00e9s culturels que ces particularit\u00e9s activent chez le lectorat; et \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019effet perlocutoire recherch\u00e9 (cr\u00e9ation d\u2019une connivence, l\u00e9gitimation du propos, dramatisation ou ironie politique).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette d\u00e9marche herm\u00e9neutique vise \u00e0 clarifier non seulement les modalit\u00e9s de cette hybridation journalistique, mais surtout les motivations sous-jacentes \u00e0 son instrumentalisation au sein de la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise actuelle. Il s\u2019agit d\u2019une perspective d\u2019analyse du discours orient\u00e9e vers l\u2019\u00e9tude de l\u2019impact produit sur le lectorat ainsi que sur les finalit\u00e9s de tels usages. Notre analyse cherchera \u00e9galement \u00e0 d\u00e9terminer si ces pratiques rel\u00e8vent d\u2019une v\u00e9ritable dimension strat\u00e9gique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Analyse des particularit\u00e9s linguistiques dans la production journalistique \u00e9crite<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pouvons admettre que lors de l\u2019usage de la langue fran\u00e7aise, le journaliste subit l\u2019influence des langues locales comme le wolof qui est la langue la plus parl\u00e9e. Ce qui caract\u00e9rise le statut bilingue de la production journalistique. Un fait qui a toujours exist\u00e9 dans le monde m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais. D\u00e8s lors que le locuteur poss\u00e8de toutes les connaissances linguistiques n\u00e9cessaires pour se conformer \u00e0 la norme du fran\u00e7ais (norme standard), nous pouvons bien consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence d\u2019un certain style d\u2019\u00e9criture aurait pour but de cr\u00e9er des effets particuliers sur son interlocuteur. Cette partie examine la mani\u00e8re dont les journalistes font usage des termes locaux, en particulier ceux de la langue wolof, afin de d\u00e9terminer leur valeur fonctionnelle au sein du texte journalistique. Ces particularit\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;intention perlocutoire du locuteur-journaliste \u00e0 d\u2019inscrire le discours m\u00e9diatique dans une dynamique socio-culturelle et religieuse du pays. Dans cette perspective, nous postulons que l&rsquo;int\u00e9gration de ces sp\u00e9cificit\u00e9s langagi\u00e8res endog\u00e8nes garantit la pl\u00e9nitude s\u00e9mantique du message en nommant des r\u00e9alit\u00e9s culturelles ancr\u00e9es dans le contexte s\u00e9n\u00e9galais, tout en renfor\u00e7ant la cr\u00e9dibilit\u00e9 du scripteur. Enfin, nous analyserons comment l&rsquo;alternance codique et l&rsquo;hybridation textuelle fonctionnent comme des outils de proximit\u00e9 sociale et d&rsquo;efficacit\u00e9 argumentative, favorisant \u00e0 la fois la connivence avec le lectorat et la cr\u00e9ation stylistique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019emprunt : une strat\u00e9gie de l\u2019ancrage et de l\u2019authenticit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019emprunt occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la production journalistique. Ce concept d\u00e9signe l&rsquo;int\u00e9gration, dans une langue r\u00e9ceptrice (ici, le fran\u00e7ais), d\u2019une unit\u00e9 lexicale provenant d\u2019une langue source (le wolof). Si l&#8217;emprunt s&rsquo;av\u00e8re parfois n\u00e9cessaire pour combler une lacune r\u00e9f\u00e9rentielle et d\u00e9crire des r\u00e9alit\u00e9s endog\u00e8nes sans \u00e9quivalents stricts dans la langue officielle, son usage d\u00e9passe largement le simple besoin de d\u00e9nomination. Les emprunts constituent une composante strat\u00e9gique essentielle du discours journalistique au S\u00e9n\u00e9gal, refl\u00e9tant l\u2019interaction dynamique entre les langues en contact. Dans le cadre de cette analyse, il s&rsquo;agira de mettre en lumi\u00e8re leurs modalit\u00e9s d\u2019insertion textuelle, leur port\u00e9e argumentative, ainsi que la signification implicite qu\u2019ils v\u00e9hiculent.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2991\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540.jpg\" alt=\"\" width=\"467\" height=\"273\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540.jpg 910w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540-300x175.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540-768x448.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540-65x38.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540-225x131.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-193540-350x204.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 467px) 100vw, 467px\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(1) Idrissa Seck promet des mesures pour accompagner les \u00ab daaras \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage du terme wolof \u00ab daaras \u00bb, renvoyant aux institutions d&rsquo;enseignement coranique traditionnel au S\u00e9n\u00e9gal, constitue un pivot discursif essentiel. Ces structures, d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l&rsquo;apprentissage du Coran et des pr\u00e9ceptes de l&rsquo;Islam, sont au c\u0153ur de la transmission identitaire et spirituelle nationale. L\u2019incorporation de ce lex\u00e8me issu de la langue v\u00e9hiculaire dominante t\u00e9moigne de l&rsquo;\u00e9troite interf\u00e9rence entre les idiomes locaux et la langue d&rsquo;\u00c9tat. Ce choix d&rsquo;appropriation linguistique, loin d&rsquo;\u00eatre anodin, conf\u00e8re au r\u00e9cit journalistique une authenticit\u00e9 culturelle et un ancrage sociopolitique profond. En ins\u00e9rant ce vocable au sein d&rsquo;une matrice syntaxique fran\u00e7aise, le scripteur mobilise des m\u00e9canismes de l&rsquo;implicite et r\u00e9duit la distance cognitive avec son lectorat. Ainsi, l&#8217;emploi du mot \u00ab daaras \u00bb, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment soulign\u00e9 par des guillemets, s&rsquo;\u00e9tablit comme le point n\u00e9vralgique de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, optimisant l&rsquo;impact pragmatique du discours dans l&rsquo;espace public s\u00e9n\u00e9galais. En privil\u00e9giant cet emprunt lexical au d\u00e9triment d\u2019une traduction litt\u00e9rale ou d\u2019une p\u00e9riphrase en fran\u00e7ais telle que \u00ab \u00e9tablissements d&rsquo;enseignement traditionnel \u00bb, l\u2019auteur mobilise instantan\u00e9ment un pr\u00e9suppos\u00e9 culturel. Cette strat\u00e9gie produit un impact pragmatique binaire : elle assure d\u2019abord une densit\u00e9 s\u00e9mantique totale en renvoyant \u00e0 une institution socioreligieuse propre au S\u00e9n\u00e9gal, dont l\u2019essence se dissoudrait dans une traduction standard. Simultan\u00e9ment, elle r\u00e9active chez le lectorat tout le contexte des controverses li\u00e9es \u00e0 la modernisation et \u00e0 la situation de ces centres d\u2019enseignement. Ainsi, l\u2019emprunt agit comme un catalyseur de connivence et d\u2019arri\u00e8re-plan partag\u00e9, \u00e9l\u00e9ment capital pour l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019interaction communicative. En analysant sa structure polyphonique et son cadrage discursif, nous soulignons que l\u2019utilisation du verbe de d\u00e9claration<em> \u00ab\u00a0promettre \u00bb<\/em> r\u00e9v\u00e8le une organisation polyphonique complexe. Cette structure fait interagir deux instances distinctes : le journaliste, en tant que locuteur g\u00e9rant la narration, et le candidat Idrissa Seck, d\u00e9sign\u00e9 comme l&rsquo;\u00e9nonciateur responsable de l&rsquo;engagement. Selon la perspective de Ducrot, cette mise en discours de la parole politique s&rsquo;articule autour de deux strates s\u00e9mantiques : la dimension pos\u00e9e qui correspond au contenu explicite de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9, \u00e0 savoir l&rsquo;intention affich\u00e9e du candidat de d\u00e9ployer un plan d&rsquo;accompagnement; la dimension pr\u00e9suppos\u00e9e, quant \u00e0 elle introduit une assertion implicite soustraite \u00e0 la contradiction, postulant que la situation de pr\u00e9carit\u00e9 des <em>daaras<\/em> impose une action r\u00e9galienne de l&rsquo;\u00c9tat. En rel\u00e9guant ce constat au rang de pr\u00e9suppos\u00e9, le scripteur l&rsquo;\u00e9tablit comme une v\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e, orientant le d\u00e9bat vers une critique de l&rsquo;inefficacit\u00e9 des politiques publiques actuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;adoption de cette architecture hybride sert un objectif argumentatif voil\u00e9, s&rsquo;apparentant \u00e0 un sous-entendu \u00e9lectoral. L&rsquo;enjeu est de fa\u00e7onner l&rsquo;ethos du candidat pour le d\u00e9peindre comme un leader attentif aux pr\u00e9occupations traditionnelles et religieuses. La vis\u00e9e perlocutoire est ainsi de s&rsquo;attirer la sympathie d&rsquo;un public attach\u00e9 aux Serigne daaras et \u00e0 la communaut\u00e9 des disciples. Le journaliste montre une reconnaissance de l\u2019importance culturelle et religieuse de ces institutions. Ce terme dans le discours journalistique d\u00e9crit la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise sur les efforts fournis pour concilier les traditions \u00e9ducatives religieuses avec les exigences de l\u2019\u00e9ducation moderne fran\u00e7aise. Ce fait refl\u00e8te un \u00e9quilibre entre la pr\u00e9servation des traditions et l\u2019adaptation aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s \u00e9ducatives et sociales. Le journaliste cherche donc \u00e0 attirer l\u2019attention du lectorat sur les besoins et les d\u00e9fis des \u00ab daaras \u00bb favorisant des initiatives de soutien et de modernisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2992\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015.jpg\" alt=\"\" width=\"471\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015.jpg 991w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015-300x189.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015-768x484.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015-65x41.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015-225x142.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194015-350x221.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 471px) 100vw, 471px\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(2) La Gambie entame son \u00ab ndeup \u00bb national (<em>L\u2019EnQu\u00eate<\/em>, n\u00b02253, mardi 8 janvier 2019, p. 4).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet \u00e9nonc\u00e9, nous avons le mot \u00ab ndeup \u00bb (sic), nd\u00ebp, terme qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie traditionnelle propre \u00e0 la communaut\u00e9 \u00ab Lebu \u00bb du S\u00e9n\u00e9gal, un rituel de gu\u00e9rison traditionnel souvent associ\u00e9 \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies de possession et de purification. Dans cet \u00e9nonc\u00e9, le mot est pris dans son usage m\u00e9taphorique. La situation de la Gambie est d\u00e9crite dans un cadre culturel familier aux lectrices et lecteurs s\u00e9n\u00e9galais et gambiens. Dans ce titre, le r\u00e9dacteur met l&rsquo;accent sur le statut de l&rsquo;unit\u00e9 lexicale \u00ab ndeup \u00bb (nd\u00ebp) en tant qu&#8217;emprunt conceptuel et m\u00e9taphorique. Il rel\u00e8ve d\u2019une particularit\u00e9 suggestive et captivante. Il v\u00e9hicule un contenu implicite, insinuant que la Gambie est en train de prendre des mesures pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes nationaux, que ce soient des r\u00e9formes politiques, \u00e9conomiques, ou sociales. Le journaliste met en \u00e9vidence, en ce sens, l\u2019enracinement du discours journalistique dans les pratiques culturelles locales pour illustrer des concepts politiques et sociaux complexes. Et surtout, cet usage montre comment ces pratiques sont int\u00e9gr\u00e9es dans les discours contemporains et comment elles peuvent \u00eatre utilis\u00e9es pour symboliser des processus modernes de changement. Dans sa vis\u00e9e captivante, avec ce terme wolophone charg\u00e9 culturellement peut attirer l\u2019attention du lectorat par rapport aux changements en cours dans le pays, la Gambie. L\u2019usage de l\u2019alternance, elle est ici, conversationnelle. Le locuteur essaye de s\u2019adapter \u00e0 son interlocuteur en faisant usage des langues qu\u2019ils partagent. Chose qui facilite la cr\u00e9ation d\u2019un climat d\u2019\u00e9tablissement du contact communicationnel, qui facilite et cr\u00e9e une relation de coop\u00e9ration avec l\u2019interlocuteur. Cette variation linguistique s&rsquo;affirme comme une v\u00e9ritable tactique de convergence textuelle. Le r\u00e9dacteur-journalistique module son expression selon les sch\u00e8mes cognitifs de son public plurilingue, mobilisant les codes partag\u00e9s pour instaurer une connivence absolue. Ce dispositif d&rsquo;hybridation optimise la r\u00e9ception du message en ancrant l&rsquo;information dans un imaginaire socioculturel commun, transformant le r\u00e9cit journalistique en un espace de repr\u00e9sentations v\u00e9cues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble de ces emprunts, nous montre la volont\u00e9 des journalistes qui se veulent compr\u00e9hensibles dans les textes qu\u2019ils produisent. Avec le fait qu\u2019ils traduisent les r\u00e9alit\u00e9s, transforment les faits sociaux en discours, ils s\u2019adaptent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout en utilisant un langage qui d\u00e9crit ces m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s. Tout en laissant appara\u00eetre des implications qui livrent des sens dont seule une lecture de l\u2019article et un travail d\u2019interpr\u00e8te permettraient de d\u00e9celer ce contenu implicite. Force est de constater que l\u2019usage de ces emprunts dans le texte fran\u00e7ais participe \u00e0 l\u2019enrichissement du vocabulaire fran\u00e7ais s\u00e9n\u00e9galais en int\u00e9grant des concepts sp\u00e9cifiques \u00e0 la culture et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise. Cela montre la capacit\u00e9 du fran\u00e7ais \u00e0 s\u2019adapter et \u00e0 int\u00e9grer des \u00e9l\u00e9ments des langues locales. Par ailleurs, retenons que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment central de ce dispositif demeure toutefois la position du journaliste. En articulant la neutralit\u00e9 de l&#8217;emprunt lexical \u00e0 la distanciation propre au verbe d&rsquo;attribution, le professionnel s&rsquo;efface derri\u00e8re le r\u00e9cit. La pragmatique int\u00e9gr\u00e9e souligne comment ce dernier guide l&rsquo;opinion vers un jugement axiologique sans endosser directement la responsabilit\u00e9 de la v\u00e9racit\u00e9 ou de la viabilit\u00e9 des promesses \u00e9lectorales. Le recours \u00e0 l&rsquo;implicite discursif assure ainsi une apparence d&rsquo;objectivit\u00e9 tout en garantissant une force persuasive majeure.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019alternance codique : une tactique de la connivence et de la mobilisation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est question d&rsquo;\u00e9tudier, ici, les m\u00e9canismes qui permettent et facilitent au journaliste l&rsquo;int\u00e9gration des langues au-del\u00e0 de l&rsquo;ancrage culturel. Au-del\u00e0 de l&#8217;emprunt lexical isol\u00e9, le contact des langues au sein du discours journalistique se manifeste de mani\u00e8re plus fluide \u00e0 travers le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;alternance codique (code-switching). Ainsi, le journaliste se trouve dans le besoin de faire usage des \u00e9l\u00e9ments linguistiques de la langue de la majorit\u00e9 de son lectorat. En ce sens, il fait usage de l\u2019alternance codique. En effet, il est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9fini comme le fait qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une m\u00eame interaction verbale, le locuteur emploie deux langues, deux idiomes linguistiques. Selon Brassart, \u00ab l\u2019alternance codique est l\u2019usage fluide de deux langues ou plus au cours de la m\u00eame conversation par un ou plusieurs locuteurs bilingues \u00bb (Brassart, 2013, p. 2). Autrement dit, parler de l\u2019alternance codique, c\u2019est faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 langagi\u00e8re du discours. Elle est couramment pr\u00e9sente dans le discours plurilingue et peut \u00eatre particuli\u00e8rement int\u00e9ressante \u00e0 analyser dans le contexte de la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise. Ce sont donc, ces particularit\u00e9s de langue permettant d\u2019alterner deux langues dans un m\u00eame \u00e9nonc\u00e9. Quand on parle de la question de l\u2019alternance codique, cela suppose une cohabitation entre deux langues. Pour paraphraser Gumperz, elle serait donc la \u00ab juxtaposition \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame \u00e9change verbal de passage o\u00f9 le discours appartient \u00e0 deux syst\u00e8mes grammaticaux diff\u00e9rents \u00bb (Gumperz, 1989, p. 57). Cette conception met en exergue le caract\u00e8re linguistique de l\u2019\u00e9change verbal et surtout que l\u2019usage de l\u2019alternance codique se produit dans le discours. Dans notre corpus, nous soulignons la pr\u00e9sence des deux langues : le fran\u00e7ais langue officielle, langue d\u2019\u00e9criture et le wolof qui est une langue locale, la plus parl\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2993\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241.jpg\" alt=\"\" width=\"441\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241.jpg 961w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241-300x204.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241-768x523.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241-65x44.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241-225x153.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194241-350x238.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 441px) 100vw, 441px\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(3) \u00ab Xaal yoon \u00bb pour baliser la voie \u00e0 Macky Sall<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En musique comme en politique, quand Youssou entre en sc\u00e8ne, c\u2019est toujours pour faire sensation. Pour donner le meilleur de lui-m\u00eame. Un des artisans de la d\u00e9faite de Me Wade en 2012 avec le fameux concept \u00ab Weur Ndombo \u00bb, revoil\u00e0 le leader de \u00ab Fekke Ma Ci Bol\u00e9 \u00bb qui revient avec Xaal Yoon. Un concept tout neuf pour baliser la voie de la r\u00e9\u00e9lection au chef de l\u2019Etat Macky Sall, qu\u2019il compte installer confortablement sur le fauteuil pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet extrait, focalis\u00e9e sur la stature de Youssou Ndour durant les joutes \u00e9lectorales de 2019, souligne avec acuit\u00e9 l&rsquo;interaction entre l&rsquo;alternance codique et les m\u00e9canismes de l&rsquo;implicite. Ces proc\u00e9d\u00e9s discursifs s&rsquo;articulent pour forger une rh\u00e9torique d&rsquo;adh\u00e9sion et de ralliement politique au sein de l&rsquo;espace public. En parlant de code-switching, nous avons relev\u00e9 dans ce passage, les expressions wolofones suivant : \u00ab Weur Ndombo \u00bb (sic) pour une bonne orthographe nous aurons \u00ab W\u00ebr Ndombo \u00bb : [w\u0259rnd\u0254 : mb\u0254] v.t. Ceinturer; encercler \u00bb. Pris dans un contexte politique, elle d\u00e9signe un concept populaire introduit par le c\u00e9l\u00e8bre chanteur Youssou Ndour en 2012 pour un changement politique. \u00ab Fekke Ma Ci Boole \u00bb, d\u00e9signant le mouvement politique fond\u00e9 par Youssou Ndour, terme qui signifie au sens litt\u00e9ral en fran\u00e7ais \u00ab je suis l\u00e0 donc j\u2019en fais partie \u00bb. \u00ab Xaal Yoon \u00bb, Nouveau slogan pour soutenir et assurer la r\u00e9\u00e9lection de Macky Sall, signifiant : \u00ab baliser la voie de la r\u00e9\u00e9lection du pr\u00e9sident Macky Sall pour son deuxi\u00e8me mandat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle \u00bb. L&rsquo;int\u00e9gration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de s\u00e9quences en wolof au sein de la matrice textuelle s&rsquo;impose comme le principal levier pragmatique du discours journalistique. Loin de constituer de simples ornements de style, ces insertions agissent comme des vecteurs de cristallisation m\u00e9morielle et id\u00e9ologique, ancrant le r\u00e9cit dans un imaginaire socioculturel partag\u00e9. \u00ab Weur Ndombo \u00bb (la technique d\u2019encerclement par la lutte) : par la r\u00e9miniscence de cette expression embl\u00e9matique de la chute d\u2019Abdoulaye Wade en 2012, le scripteur d\u00e9passe le simple rappel historique pour convoquer l&rsquo;imaginaire de l\u2019ar\u00e8ne traditionnelle et des tactiques d&rsquo;\u00e9touffement politique. Ce glissement vers le wolof r\u00e9active ainsi une m\u00e9moire collective de la rupture d\u00e9mocratique chez le destinataire. \u00ab Fekke Ma Ci Bol\u00e9 \u00bb (en \u00eatre t\u00e9moin pour s\u2019impliquer) et \u00ab Xaal Yoon \u00bb (tracer ou baliser le chemin) : l&rsquo;usage de la langue nationale autorise ici la d\u00e9signation de slogans et de mouvements avec une densit\u00e9 affective et une force performative que la norme fran\u00e7aise ne saurait traduire. L\u2019expression \u00ab Xaal Yoon \u00bb d\u00e9ploie une m\u00e9taphore de l\u2019\u00e9claireur, \u00e9rigeant le leader en figure tut\u00e9laire qui s\u00e9curise la trajectoire du candidat Macky Sall.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En outre, nous notons une mise en sc\u00e8ne d\u2019une pluralit\u00e9 de voix au sein de cet extrait. Nous distinguons ici plusieurs niveaux de signification. D\u2019abord, le pos\u00e9, qui renvoie \u00e0 l\u2019implication affirm\u00e9e de Youssou Ndour dans la d\u00e9fense de la continuit\u00e9 du pouvoir de Macky Sall, s\u2019exprime \u00e0 travers une construction \u00e0 la fois s\u00e9mantique et strat\u00e9gique. Ensuite, le pr\u00e9suppos\u00e9 : l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab quand Youssou entre en sc\u00e8ne, c\u2019est toujours pour faire sensation \u00bb instaure l\u2019id\u00e9e d\u2019une efficacit\u00e9 quasi syst\u00e9matique de son intervention. Le discours pr\u00e9sente ainsi la capacit\u00e9 d\u2019action de l\u2019artiste comme une \u00e9vidence allant de soi, \u00e9chappant \u00e0 toute contestation ou discussion. Quant au sous-entendu, qui rel\u00e8ve de l\u2019efficience persuasive, il se construit \u00e0 partir du rapprochement entre la rupture politique de 2012, symbolis\u00e9e par Weur Ndombo, et la dynamique de 2019 incarn\u00e9e par Xaal Yoon. Cette mise en parall\u00e8le sugg\u00e8re implicitement un lien de causalit\u00e9 entre les prises de position de l\u2019artiste et les \u00e9volutions du champ politique. L\u2019ethos de Youssou Ndour est d\u00e8s lors celui d\u2019un acteur capable d\u2019influer sur le destin national, dont le soutien appara\u00eet comme un facteur d\u00e9terminant, voire d\u00e9cisif, dans l\u2019issue du scrutin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue pragmatique, nous notons que l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9nonciative de ce texte repose sur l&rsquo;adoption d&rsquo;un style journalistique calqu\u00e9 sur les codes du spectacle et de la culture populaire s\u00e9n\u00e9galaise (<em>\u00ab entrer en sc\u00e8ne \u00bb<\/em>, <em>\u00ab faire sensation \u00bb<\/em>, <em>\u00ab installer confortablement sur le fauteuil \u00bb<\/em>). Ce dispositif discursif g\u00e9n\u00e8re un effet de ralliement et de cons\u00e9cration. En articulant la rigueur de la grammaire fran\u00e7aise \u00e0 la charge \u00e9vocatrice de l&rsquo;oralit\u00e9 nationale, le scripteur parvient \u00e0 effacer la neutralit\u00e9 de l&rsquo;analyse institutionnelle. Cette strat\u00e9gie instaure une connivence imm\u00e9diate avec le public, sugg\u00e9rant comme une \u00e9vidence le succ\u00e8s politique imminent \u00e0 travers les codes d&rsquo;un simple r\u00e9cit m\u00e9diatique. Au-del\u00e0 de cette complicit\u00e9, l&rsquo;effet pragmatique d&rsquo;ensemble se d\u00e9finit comme un effet d&rsquo;entra\u00eenement et de l\u00e9gitimation. Le journaliste r\u00e9duit la distance propre \u00e0 l&rsquo;analyse politique standard en mariant la syntaxe fran\u00e7aise \u00e0 la force percutante des formules wolof. Il immerge ainsi le lectorat dans une atmosph\u00e8re de ferveur et d&rsquo;assurance militante, orientant subtilement l&rsquo;opinion vers le caract\u00e8re in\u00e9luctable de la victoire du candidat de la mouvance pr\u00e9sidentielle, tout en feignant de n&rsquo;exposer que le retour sur sc\u00e8ne d&rsquo;une ic\u00f4ne nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2994\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547.jpg\" alt=\"\" width=\"383\" height=\"253\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547.jpg 946w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547-300x198.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547-768x507.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547-65x43.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547-225x149.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194547-350x231.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 383px) 100vw, 383px\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(4) \u00ab Travailler pour Macky, c&rsquo;est trahir la communaut\u00e9 mouride \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab En effet Sidiki Kaba s\u2019est transform\u00e9 en \u00ab amuseur public \u00bb chez lui \u00e0 Tambacounda. Sa campagne de proximit\u00e9 est assez originale. Tant\u00f4t on le voit jouant au Bingo, entour\u00e9 de jeunes et criant \u00e0 tue-t\u00eate \u00ab kou ngen andaal \u00bb? Ndir, avec qui \u00eates-vous? Et son public amus\u00e9 r\u00e9pond \u00ab Macky \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Reprenons l\u2019expression \u00ab kou ngen andaal? \u00bb (sic), selon l\u2019orthographe norm\u00e9e nous avons \u00ab ku ngen andaal? \u00bb. Une expression du wolof, elle signifie \u00ab avec qui \u00eates-vous \u00bb? Et le terme \u00ab Ndir \u00bb suivi de la traduction litt\u00e9rale en fran\u00e7ais de la phrase wolofone \u00ab kou ngen andaal?\u00bb. Le journaliste veut \u00eatre explicite et compr\u00e9hensif dans son discours, avec la question en wolof, discours propre \u00e0 l\u2019\u00e9nonciateur sources, suivie de la traduction, qui clarifie en quelque sorte l\u2019interaction pour les lecteurs et lectrices et met en \u00e9vidence la participation active du public. Il pr\u00e9sente l\u2019\u00e9nonciateur-source comme acteur qui engage directement avec son interlocuteur en utilisant leur langue maternelle, rendant l\u2019interaction plus personnelle et engageante. En effet, l\u2019insertion directe de l\u2019interpellation en wolof \u00ab ku ngen andaal? \u00bb constitue le pivot pragmatique du texte. En choisissant d\u2019adopter une transcription litt\u00e9rale du discours source plut\u00f4t que de choisir une reproduction dans la norme hexagonale, le r\u00e9dacteur, d\u00e9ploie un double m\u00e9canisme s\u00e9mantico-pragmatique. Nous notons, ainsi, une restriction de l\u2019authenticit\u00e9 discursive, \u00e0 travers l\u2019orientation vers le wolof qui permet d\u2019immortaliser la cadence rythmique des rassemblements politiques locaux, structur\u00e9e par la dynamique de l\u2019appel et de la r\u00e9ponse. Ce proc\u00e9d\u00e9 ancre le texte dans une r\u00e9alit\u00e9 sonore et performative identifiable par le public. En plus, il y a une mat\u00e9rialisation d\u2019un ethos de proximit\u00e9. L&rsquo;alternance codique met en sc\u00e8ne l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique d\u00e9laissant la solennit\u00e9 du fran\u00e7ais institutionnel au profit de la langue v\u00e9hiculaire. L\u2019emploi du terme \u00ab andaal \u00bb (signifiant cheminer ensemble) transcende la simple intention de vote pour mobiliser un imaginaire de la fid\u00e9lit\u00e9 et du compagnonnage solidaire, renfor\u00e7ant la connivence entre le leader et sa base.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, nous notons une port\u00e9e argumentative du contenu sous-entendu dans l\u2019extrait. En effet, malgr\u00e9 l\u2019apparente d\u00e9rision du discours, marqu\u00e9 par une tonalit\u00e9 satirique pointant les ressorts ludiques et les exclamations du rassemblement, l\u2019\u00e9nonciation d\u00e9ploie un sous-entendu d\u2019une redoutable efficacit\u00e9 pragmatique. Le scripteur met en exergue l&rsquo;habilet\u00e9 du candidat \u00e0 instrumentaliser les codes de l&rsquo;espace urbain afin de susciter une adh\u00e9sion imm\u00e9diate et quasi- r\u00e9flexe de la part de la jeunesse, cristallis\u00e9e par l\u2019invocation rythmique du nom \u00ab Macky \u00bb. La port\u00e9e argumentative sugg\u00e8re ici que cette pr\u00e9tendue \u00ab originalit\u00e9 \u00bb rel\u00e8ve d&rsquo;une strat\u00e9gie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de captation \u00e9lectorale, visant \u00e0 substituer l&rsquo;\u00e9motion et le divertissement \u00e0 la rigueur du d\u00e9bat programmatique. Renons ainsi que cette pr\u00e9tendue \u00ab originalit\u00e9 \u00bb s\u2019inscrit en r\u00e9alit\u00e9 dans une man\u0153uvre calcul\u00e9e de s\u00e9duction \u00e9lectorale. L\u2019objectif est ici de supplanter la profondeur des enjeux programmatiques par le prisme de l\u2019\u00e9motion et du spectacle. Le journaliste-r\u00e9dacteur ne se contente pas d\u2019une simple narration politique factuelle; il plonge v\u00e9ritablement le lectorat dans l\u2019atmosph\u00e8re palpable de Tambacounda. En fusionnant la rigueur de l\u2019analyse institutionnelle francophone avec la puissance de la charge affective du wolof, le discours journalistique reproduit fid\u00e8lement la strat\u00e9gie de terrain du candidat. Ce processus d\u2019hybridation textuelle forge un message \u00e0 la fois m\u00e9morisable et incisif, garantissant une port\u00e9e pragmatique foudroyante dans le d\u00e9bat citoyen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, dans ces \u00e9nonc\u00e9s ci-dessus, nous soulignons une alternance entre le fran\u00e7ais, langue d\u2019\u00e9criture de la presse \u00e9crite et le wolof peu pr\u00e9sent dans le texte mais son usage joue un r\u00f4le crucial dans la communication journalistique, car la majorit\u00e9 de la communaut\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise parle le wolof. Ce choix est donc strat\u00e9gique, favorisant le d\u00e9clenchement de l\u2019\u00e9change interactionnel. Le journaliste chercherait l\u2019accessibilit\u00e9 et l\u2019inclusion, avec l\u2019usage du wolof, le discours devient plus accessible \u00e0 une plus grande partie de la population s\u00e9n\u00e9galaise, incluant ceux qui sont plus \u00e0 l\u2019aise en langue locale qu\u2019avec la langue fran\u00e7aise. Elle participe au renforcement de l\u2019identit\u00e9 culturelle, ces figures locales traduisent l\u2019importance de la culture et des traditions s\u00e9n\u00e9galaise dans les \u00e9v\u00e8nements nationaux. Nous retenons, ainsi que l&rsquo;alternance codique constitue un puissant levier d&rsquo;efficacit\u00e9 communicationnelle, transformant la contrainte linguistique en une strat\u00e9gie d&rsquo;ancrage social et identitaire pour la presse.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">La strat\u00e9gie de l\u2019interf\u00e9rence dans le discours journalistique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le contact s\u00e9culaire entre la langue fran\u00e7aise et le wolof au sein de l&rsquo;espace national ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 de simples occurrences lexicales isol\u00e9es comme les emprunts ou les alternances codiques; il innerve en profondeur le discours \u00e0 travers des m\u00e9canismes d&rsquo;interf\u00e9rence. Loin d\u2019\u00eatre per\u00e7ues comme des erreurs de langage ou des calques passifs r\u00e9sultant de l&rsquo;ascendant m\u00e9canique de la langue premi\u00e8re (<em>L1<\/em>) sur la langue seconde (<em>L2<\/em>), ces interf\u00e9rences constituent le fruit d\u2019une restructuration bidirectionnelle. Ce processus t\u00e9moigne d\u2019une rencontre fertile entre les sch\u00e8mes morphosyntaxiques, phon\u00e9tiques et s\u00e9mantiques des locuteurs bilingues s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Afin de transcender les approches purement descriptives qui n&rsquo;y voient qu&rsquo;une \u00ab utilisation des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une langue quand on parle ou on d\u00e9crit une autre langue. C\u2019est une caract\u00e9ristique du discours et non du code. Elle varie qualitativement de bilingue \u00e0 bilingue et de temps en temps, elle varie aussi chez un m\u00eame individu. Cela peut aller de la variation stylistique presque imperceptible au m\u00e9lange de langue \u00e9vident \u00bb (Medane, 2015), linguistique du contact de langues appr\u00e9hende l&rsquo;interf\u00e9rence comme une hybridation des sous-syst\u00e8mes. Elle se manifeste par l&rsquo;int\u00e9gration d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments endog\u00e8nes au sein des structures phonologiques, lexicales ou syntaxiques de la langue cible, participant ainsi \u00e0 la contextualisation du discours. Le locuteur avec l\u2019utilisation d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re, dans ces productions \u00e9crites ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 ce fait de langage. \u00ab Le langage en interf\u00e9rences constitue une infraction \u00e0 toutes les r\u00e8gles qui programment l\u2019utilisation. Le m\u00e9tissage culturel se traduit en autant de pratique langagi\u00e8re mettant \u00e0 contribution une connaissance d\u2019autres langues et visant \u00e0 faire du commun une mani\u00e8re d\u2019interagir au sein d\u2019une m\u00eame communaut\u00e9 linguistique \u00bb (Medane, 2015). Dans les contacts de langue, nous pouvons, dans le cas de l\u2019espace sociolinguistique s\u00e9n\u00e9galais, consid\u00e9rer l\u2019interf\u00e9rence comme \u00e9tant un m\u00e9canisme qui permet au journaliste d\u2019attirer l\u2019attention de son lectorat, pour pouvoir faciliter la compr\u00e9hension de ses textes. En effet, ils r\u00e9f\u00e8rent aux influences et m\u00e9langes de plusieurs langues dans le discours \u00e9crit ou oral des journalistes. Dans le contexte s\u00e9n\u00e9galais, o\u00f9 le fran\u00e7ais coexiste avec des langues locales comme le wolof, ainsi qu\u2019avec d\u2019autres langues \u00e9trang\u00e8res, ces interf\u00e9rences linguistiques sont particuli\u00e8rement courantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2995\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913.jpg\" alt=\"\" width=\"395\" height=\"265\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913.jpg 912w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913-300x201.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913-768x515.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913-65x44.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913-225x151.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-194913-350x235.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 395px) 100vw, 395px\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(5) Le village de Bamba Thial\u00e9, La pri\u00e8re de \u00ab Timis \u00bb et le fauteuil pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse de cet \u00e9nonc\u00e9 implique de mettre l\u2019accent sur les \u00e9l\u00e9ments culturels, linguistiques et contextuels qui forment l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et surtout les relations qu\u2019ils entretiennent dans cette construction et qui favorise la construction de sens nouveaux. Nous avons, ici, des interf\u00e9rences \u00e0 caract\u00e8re culturel et contextuel. Le terme \u00ab Timis \u00bb, d\u2019origine locale est souvent utilis\u00e9 dans le contexte religieux musulman en Afrique de l\u2019Ouest pour d\u00e9signer la pri\u00e8re du coucher du soleil (Maghrib). Son inclusion dans cet \u00e9nonc\u00e9 en fran\u00e7ais montre comment des termes religieux et culturels sp\u00e9cifiques peuvent s\u2019ins\u00e9rer dans le discours quotidien. Le locuteur d\u00e9crit la spiritualit\u00e9 et la routine quotidienne de la population de \u00ab Bamba Thial\u00e9 \u00bb et indique l\u2019ambiance de pi\u00e9t\u00e9 et de tradition. En effet, la juxtaposition de ces termes \u00ab Bamba Thial\u00e9 \u00bb, \u00ab timis \u00bb et surtout de \u00ab fauteuil pr\u00e9sidentiel \u00bb enrichit le texte en ajoutant des significations et \u00e9voque des images qui sugg\u00e8rent une sc\u00e8ne sp\u00e9cifique ou ces \u00e9l\u00e9ments convergent, peut-\u00eatre une c\u00e9r\u00e9monie ou une situation o\u00f9 les leaders traditionnels et politiques se rencontrent que seule une lecture de l&rsquo;article pourrait donner d\u2019informations explicites. Il offre une illustration remarquable de la porosit\u00e9 s\u00e9mantique entre le fran\u00e7ais et le wolof.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le pivot de ce m\u00e9canisme d\u2019interf\u00e9rence s\u2019articule autour de l\u2019insertion du vocable wolof \u00ab Timis \u00bb, renvoyant \u00e0 la pri\u00e8re sacr\u00e9e du cr\u00e9puscule (Maghrib). Dans le cadre strict de la norme fran\u00e7aise, la corr\u00e9lation entre une temporalit\u00e9 rituelle et l\u2019ambition politique (\u00ab le fauteuil pr\u00e9sidentiel \u00bb) pourrait sembler s\u00e9mantiquement d\u00e9connect\u00e9e ou d\u00e9pourvue de relief argumentatif. N\u00e9anmoins, par le prisme de l\u2019interf\u00e9rence s\u00e9mantico-culturelle, le journaliste mobilise la densit\u00e9 symbolique du terme Timis au sein de l\u2019imaginaire national. Dans la m\u00e9moire collective, le cr\u00e9puscule transcende le simple rep\u00e8re temporel pour devenir un moment charni\u00e8re, satur\u00e9 de r\u00e9sonances mystiques et spirituelles li\u00e9es aux protections divines et aux mutations de destin. En fusionnant Bamba Thial\u00e9 (symbole de l\u2019ancrage maraboutique), Timis (l\u2019instant sacr\u00e9) et l\u2019accession au pouvoir supr\u00eame, l\u2019interf\u00e9rence instaure une causalit\u00e9 imm\u00e9diate pour le destinataire bilingue. Le discours journalistique s\u2019affranchit alors de la narration factuelle pour s\u2019\u00e9riger en r\u00e9cit d\u2019une v\u00e9ritable qu\u00eate mystico-politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En p\u00e9riode \u00e9lectorale, rapporter cette sc\u00e8ne comporte une forte charge argumentative. Le sous-entendu sugg\u00e8re que le candidat qui s&rsquo;impose la discipline de la pri\u00e8re de <em>Timis<\/em> \u00e0 Bamba Thial\u00e9 cherche \u00e0 capter l&rsquo;onction mystique du lieu et la b\u00e9n\u00e9diction divine. Le titre construit ainsi l&rsquo;<em>ethos<\/em> d&rsquo;un candidat ancr\u00e9 dans les valeurs religieuses du pays, condition per\u00e7ue comme indispensable pour m\u00e9riter la magistrature supr\u00eame. Ainsi, dans un contexte s\u00e9n\u00e9galais, le journaliste chercherait \u00e0 inciter le lectorat \u00e0 une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont les diff\u00e9rentes dimensions de la vie spirituelle, sociale et politique se confrontent. Nous avons, ici, des interf\u00e9rences qui enrichissent l\u2019\u00e9nonc\u00e9 en apportant des connotations culturelles sp\u00e9cifiques et refl\u00e8tent des dynamiques complexes entre politique et religion dans un pays comme le S\u00e9n\u00e9gal. La force \u00e9nonciative de ce m\u00e9canisme d\u2019interf\u00e9rence s&rsquo;\u00e9tablit sur sa facult\u00e9 \u00e0 cristalliser une narration exhaustive \u00e0 travers trois lexicaux majeurs. La vis\u00e9e perlocutoire ainsi d\u00e9ploy\u00e9e tend vers l&rsquo;instauration d&rsquo;une connivence absolue avec le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En adaptant la trame informative du r\u00e9cit journalistique aux repr\u00e9sentations socioculturelles de l&rsquo;\u00e9lectorat national, le scripteur garantit une r\u00e9ception du message transcendant le simple fait de campagne pour s&rsquo;\u00e9riger en enjeu de souverainet\u00e9 capitale. Cette hybridation textuelle autorise l&rsquo;activation d&rsquo;un r\u00e9seau de significations implicites d&rsquo;une rare densit\u00e9 m\u00ealant foi, tradition et mysticisme, tout en pr\u00e9servant une posture de neutralit\u00e9 factuelle. Ce dispositif permet au professionnel de l&rsquo;information de se distancier de toute responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative directe concernant l&rsquo;efficience r\u00e9elle des rituels spirituels sur l&rsquo;issue du scrutin pr\u00e9sidentiel.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-2996\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233.jpg\" alt=\"\" width=\"359\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233.jpg 940w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233-768x513.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233-65x43.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233-225x150.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-content\/uploads\/sites\/24\/2026\/06\/Capture-decran-2026-08-10-195233-350x234.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 359px) 100vw, 359px\" \/><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">(6) \u00ab Taxawu Senegaal toujours dans l\u2019attente d\u2019un \u00ab ndigel \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9nonc\u00e9 constitue un paroxysme discursif au sein de notre corpus de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2019. L&rsquo;analyse s\u00e9mantico-pragmatique de ce titre met en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont l&rsquo;insertion d&rsquo;un lex\u00e8me endog\u00e8ne non traduit r\u00e9organise l&rsquo;ordre politique national sous les lois de l&rsquo;implicite et de la d\u00e9pendance spirituelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avons relev\u00e9 l\u2019expression \u00ab Taxawu Senegaal \u00bb (sic), un slogan politique et le terme \u00ab Ndigel \u00bb. Pour ce qui est de \u00ab Taxawu S\u00e9n\u00e9gal \u00bb, nous avons le mot wolof \u00ab Taxawu \u00bb qui signifie litt\u00e9ralement en fran\u00e7ais \u00ab servir \u00bb, par combinaison avec le mot \u00ab Senegaal \u00bb (sic) du fran\u00e7ais S\u00e9n\u00e9gal, cr\u00e9e une expression qui peut \u00eatre traduite par \u00ab soutien au S\u00e9n\u00e9gal \u00bb. En effet, cette expression \u00e9voque dans cet \u00e9nonc\u00e9 une coalition politique qui cherche \u00e0 soutenir et \u00e0 promouvoir les int\u00e9r\u00eats du S\u00e9n\u00e9gal. En ce qui concerne le terme \u00ab ndigel \u00bb(ndig\u00ebl), il est un mot de la langue wolof qui signifie une directive \u00e9mise par une autorit\u00e9 religieuse ou morale. Maintenu entre guillemets par le scripteur, d\u00e9passe le simple besoin de combler une lacune r\u00e9f\u00e9rentielle. Si le fran\u00e7ais dispose du mot \u00ab consigne \u00bb, le choix de l&#8217;emprunt au wolof est une n\u00e9cessit\u00e9 pragmatique visant \u00e0 garantir la pl\u00e9nitude s\u00e9mantique du texte. Son usage dans cet \u00e9nonc\u00e9 r\u00e9v\u00e8le l\u2019autorit\u00e9 des chefs religieux s\u00e9n\u00e9galais, qui jouent un r\u00f4le crucial dans la vie sociopolitique s\u00e9n\u00e9galaise. L\u2019attente d\u00e9crite par le journaliste sugg\u00e8re que les actions de cette coalition ont \u00e9t\u00e9 suspendues en attendant l\u2019approbation. Il illustre, ainsi, l&rsquo;interf\u00e9rence entre la politique et la religion et surtout en mettant l\u2019accent sur le r\u00f4le important et l\u2019influence significative qu&rsquo;ont les figures religieuses au S\u00e9n\u00e9gal sur les d\u00e9cisions politiques et sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de vue s\u00e9mantique, le titre met en sc\u00e8ne une confrontation s\u00e9mantique implicite particuli\u00e8rement ironique entre le nom de la coalition et l&#8217;emprunt. Ainsi, si nous prenons le slogan<em> Taxawu Senegaal (<\/em>\u00ab Se lever pour le S\u00e9n\u00e9gal \u00bb), nous retenons que le journaliste \u00e9voque une posture d&rsquo;action, d&rsquo;autonomie et de souverainet\u00e9 citoyenne. Or, l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 lie cette entit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;adverbe <em>\u00ab toujours \u00bb<\/em> et au syntagme substantival <em>\u00ab dans l&rsquo;attente d&rsquo;un \u00ab ndigel \u00bb \u00bb<\/em>, basculant la coalition de l&rsquo;action souveraine vers une posture de passivit\u00e9 et de d\u00e9pendance. Par ailleurs, nous soulignons, une charge critique r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par l&rsquo;usage des guillemets autour du mot <em>ndigel<\/em> et l&#8217;emploi de l&rsquo;adverbe <em>toujours<\/em> v\u00e9hiculent un sous-entendu d&rsquo;essoufflement ou de d\u00e9pendance strat\u00e9gique. Le journaliste sugg\u00e8re implicitement que l&rsquo;autonomie politique de la coalition s&rsquo;efface devant le calcul \u00e9lectoraliste visant \u00e0 capter le vote confessionnel, pointant du doigt les paradoxes du jeu d\u00e9mocratique s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La force performative de ce titre journalistique s&rsquo;\u00e9tablit sur sa facult\u00e9 \u00e0 cristalliser les tensions inh\u00e9rentes aux interactions entre l&rsquo;appareil \u00e9tatique, les formations partisanes et les autorit\u00e9s confr\u00e9riques au S\u00e9n\u00e9gal. La vis\u00e9e perlocutoire ainsi d\u00e9ploy\u00e9e tend vers une orientation subtile de l&rsquo;opinion publique. Dans ce dispositif, le vocable <em>\u00ab ndigel \u00bb<\/em> (consigne de vote religieuse) op\u00e8re comme un v\u00e9ritable catalyseur de suspens et de dramatisation discursive. Pour le scripteur, cette architecture linguistique s&rsquo;affirme comme un levier d&rsquo;objectivit\u00e9 apparente. En restituant l&rsquo;attente sociale sous un prisme descriptif et en mobilisant la terminologie endog\u00e8ne du champ politique, le professionnel de l&rsquo;information instaure une distance strat\u00e9gique par le recours aux marques de citation. Ce proc\u00e9d\u00e9 lui permet d&rsquo;orienter la r\u00e9flexion sur les enjeux de la\u00efcit\u00e9 et d&rsquo;autonomie des acteurs tout en se d\u00e9gageant de toute responsabilit\u00e9 \u00e9nonciative directe. Le m\u00e9canisme de l&rsquo;implicite autorise ainsi une critique voil\u00e9e de l&rsquo;assujettissement des \u00e9lites, pr\u00e9servant la posture du simple rapporteur des faits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous retenons ainsi que l\u2019utilisation de ces interf\u00e9rences offre au discours une perception sp\u00e9cifique en apportant des connotations culturelles et contextuelles sp\u00e9cifiques. Elles \u00e9voquent des images qui traduisent la r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise \u00e0 savoir la solidarit\u00e9, le soutien communautaire, l&rsquo;esprit d\u2019autorit\u00e9 et du respect envers les chefs religieux. Nous avons, ici, des interf\u00e9rences qui enrichissent l\u2019\u00e9nonc\u00e9 en apportant des connotations culturelles sp\u00e9cifiques et refl\u00e8tent des dynamiques complexes entre politique et religion dans un pays comme le S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le journaliste adopte une certaine litt\u00e9ralit\u00e9 dans la reproduction des informations et des faits actuels, particuli\u00e8rement dans le cas des reportages. Nous pouvons admettre que lors de l\u2019usage de la langue fran\u00e7aise, le journaliste subit l\u2019influence des langues locales comme le wolof qui est la langue la plus parl\u00e9e. Ce qui caract\u00e9rise le statut bilingue de la production journalistique. Un fait qui a toujours exist\u00e9 dans le monde m\u00e9diatique s\u00e9n\u00e9galais. D\u00e8s lors que le locuteur poss\u00e8de toutes les connaissances linguistiques n\u00e9cessaires pour se conformer \u00e0 la norme du fran\u00e7ais (norme standard), nous pouvons bien consid\u00e9rer que la pr\u00e9sence d\u2019un certain style d\u2019\u00e9criture aurait pour but de cr\u00e9er des effets particuliers, comme l\u2019influence de la perception du point de vue de son interlocuteur.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude des m\u00e9canismes langagiers, l\u2019emprunt, l\u2019alternance codique, l\u2019inf\u00e9rence dans la production journalistique cr\u00e9e une certaine relation avec son locuteur. En l\u2019impr\u00e9gnant dans son espace socio-culturel, le journaliste \u00e9prouve le besoin d\u2019\u00eatre plus proche de son lectorat. Cet usage d\u00e9montre une accessibilit\u00e9 aux \u00e9crits des journalistes qui se veulent compr\u00e9hensibles. Avec le fait qu\u2019ils traduisent les r\u00e9alit\u00e9s sociales en discours, ils s\u2019adaptent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 tout en utilisant un langage qui d\u00e9crit ces m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s. Les journalistes utilisent ces proc\u00e9d\u00e9s pour rendre les faits rapport\u00e9s comiques et attirants. En mettant l\u2019accent sur la valeur informative des faits rapport\u00e9s, nous soulignons une vis\u00e9e persuasive inavou\u00e9e du contenu pos\u00e9. Dans ces \u00e9nonc\u00e9s, nous notons que les actes sont aussi informatifs qu\u2019incitatifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, le journaliste met ici en lumi\u00e8re l\u2019interconnexion entre les dynamiques sociales, politiques et religieuses au S\u00e9n\u00e9gal. Elle montre comment les d\u00e9cisions politiques peuvent \u00eatre influenc\u00e9es par des directives religieuses, soulignant l\u2019importance de la religion dans la vie publique s\u00e9n\u00e9galaise. L\u2019utilisation de ces termes locaux donne de l\u2019authenticit\u00e9 au discours et participe au renforcement de l\u2019engagement et de l\u2019identification du lectorat. Ce qui d\u00e9termine que le journaliste s\u2019appuie sur les r\u00e9alit\u00e9s socio-culturelles pour attirer l\u2019attention du lectorat. Les journalistes introduisent ces fragments de la langue wolof dans leurs textes dans le but d\u2019\u00eatre plus compr\u00e9hensibles. Ces termes, qui sont familiers au lectorat, leur permettent d\u2019\u00e9tablir un certain contact entre eux pour faciliter la compr\u00e9hension de l\u2019article. C\u2019est un moyen pour le journaliste d\u2019attirer son lectorat. En outre, nous notons que le locuteur-journaliste, en raison de sa vis\u00e9e communicative li\u00e9e \u00e0 la qu\u00eate d\u2019accessibilit\u00e9 de l\u2019information traduite dans ses textes, se permet d\u2019utiliser un style d\u2019\u00e9criture sp\u00e9cifique. Cherchant \u00e0 inciter son lectorat, il use de ces particularit\u00e9s linguistiques \u00e9tudi\u00e9es ci-dessus pour faciliter l\u2019interaction avec son lectorat. L\u2019analyse polyphonique d\u00e9ploy\u00e9e d\u00e9montre avec acuit\u00e9 comment des termes comme le \u00ab ndeup \u00bb (nd\u00ebp), le \u00ab ndigel \u00bb (ndig\u00ebl) ou le \u00ab taxawu \u00bb agissent comme des vecteurs de cristallisation m\u00e9morielle et des leviers de manipulation de l\u2019implicite. En instaurant des pr\u00e9suppos\u00e9s id\u00e9ologiques sous le couvert d&rsquo;une objectivit\u00e9 de fa\u00e7ade, la presse \u00e9crite participe activement \u00e0 la th\u00e9\u00e2tralisation de l\u2019espace public. La question d\u2019appropriation des deux codes serait donc \u00e0 consid\u00e9rer au-del\u00e0 d&rsquo;un simple choix non marqu\u00e9 mais serait attribu\u00e9e \u00e0 la question stylistique et strat\u00e9gique. N\u00e9anmoins, cette \u00e9tude ouvre des perspectives importantes. Si l&rsquo;efficacit\u00e9 de ces m\u00e9canismes \u00e9tudi\u00e9s est attest\u00e9e sur le plan scriptural, il s&rsquo;av\u00e8re judicieux d&rsquo;interroger la r\u00e9ception effective de ces implicites par le lectorat. De surcro\u00eet, l&rsquo;extension de ce corpus aux espaces de discussion num\u00e9rique permettrait d&rsquo;analyser comment ces m\u00e9canismes de m\u00e9tissage se d\u00e9mocratisent lorsque la parole est directement adress\u00e9e au lectorat.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"454\" data-end=\"558\">Agence nationale de la statistique et de la d\u00e9mographie (ANSD). 2023. <em data-start=\"1915\" data-end=\"1981\">5\u1d49 Recensement g\u00e9n\u00e9ral de la population et de l\u2019habitat (RGPH-5)<\/em>. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/www.ansd.sn\/\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1985\" data-end=\"2005\">https:\/\/www.ansd.sn\/<\/a><\/p>\n<p class=\"PDq2pG_selectionAnchorContainer hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"454\" data-end=\"558\">Bakhtine, Mikha\u00efl. 1984. <em data-start=\"479\" data-end=\"514\">Esth\u00e9tique de la cr\u00e9ation verbale<\/em> (A. Aucouturier, trad.). Paris : Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"560\" data-end=\"735\">Brassart, Charles. 2013. Corpus et alternance codique : que peut nous apprendre une approche comparative ? <em data-start=\"667\" data-end=\"675\">Corela<\/em>, HS-13, 1-12. <a class=\"decorated-link\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/corela\/3042\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"692\" data-end=\"735\">http:\/\/journals.openedition.org\/corela\/3042<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"737\" data-end=\"921\">Calvet, Jean-Louis. 1994. Quel mod\u00e8le sociolinguistique pour le S\u00e9n\u00e9gal ? Ou il n&rsquo;y a pas que la v\u00e9hiculante. <em data-start=\"847\" data-end=\"867\">Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 68, 89-107. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/lsoc.1994.2658\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"883\" data-end=\"921\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/lsoc.1994.2658<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"923\" data-end=\"1060\">Ciss\u00e9, Mamadou. 2005. Langues, \u00c9tat et soci\u00e9t\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal. <em data-start=\"982\" data-end=\"994\">Sudlangues<\/em>, 5, 99-133. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/au-senegal.com\/IMG\/pdf\/doc-109pdf-33f96.pdf\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1009\" data-end=\"1060\">https:\/\/au-senegal.com\/IMG\/pdf\/doc-109pdf-33f96.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1062\" data-end=\"1136\">Ducrot, Oswald. 1985. <em data-start=\"1084\" data-end=\"1103\">Le Dire et le Dit<\/em>. Paris : Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1138\" data-end=\"1355\">Grice, Paul. 1975. Logic and Conversation. Dans Cole, Peter et Morgan, Jerry L. (dir.), <em data-start=\"1226\" data-end=\"1248\">Syntax and Semantics<\/em>, vol. 3 (41-58). New York: Academic Press. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/www.sfu.ca\/~jeffpell\/Cogs300\/GriceLogicConvers75.pdf\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1295\" data-end=\"1355\">https:\/\/www.sfu.ca\/~jeffpell\/Cogs300\/GriceLogicConvers75.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1357\" data-end=\"1526\">Gueye, Massamba. 2022. Recul du fran\u00e7ais au S\u00e9n\u00e9gal : de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie officielle \u00e0 la date d&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance. <em data-start=\"1459\" data-end=\"1484\">The Conversation France<\/em>. <a class=\"decorated-link\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.64628\/AAJ.5fnynpmar\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1488\" data-end=\"1526\">https:\/\/doi.org\/10.64628\/AAJ.5fnynpmar<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1528\" data-end=\"1637\">Gumperz, John. 1989. <em data-start=\"1549\" data-end=\"1615\">Sociolinguistique interactionnelle : une approche interpr\u00e9tative<\/em>. Paris : L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"1639\" data-end=\"1843\">Medane, Hadjira. 2015. L\u2019interf\u00e9rence comme particularit\u00e9 du \u00ab fran\u00e7ais cass\u00e9 \u00bb en Alg\u00e9rie. <em data-start=\"1731\" data-end=\"1788\">Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage<\/em>, 31, 1-27. <a class=\"decorated-link\" href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/tipa\/1394\" target=\"_new\" rel=\"noopener\" data-start=\"1802\" data-end=\"1843\">http:\/\/journals.openedition.org\/tipa\/1394<\/a><\/p>\n<h2 class=\"PDq2pG_selectionAnchorContainer\" style=\"text-align: justify\" data-start=\"93\" data-end=\"113\">Corpus de presse<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"115\" data-end=\"171\"><em data-start=\"115\" data-end=\"126\">Le Soleil<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"173\" data-end=\"233\"><em data-start=\"173\" data-end=\"188\">L\u2019Observateur<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"235\" data-end=\"291\"><em data-start=\"235\" data-end=\"246\">L\u2019Enqu\u00eate<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"293\" data-end=\"352\"><em data-start=\"293\" data-end=\"307\">Le Quotidien<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" data-start=\"354\" data-end=\"414\"><em data-start=\"354\" data-end=\"369\">WalfQuotidien<\/em>. Articles du 1\u1d49\u02b3 janvier au 27 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/daba-diene\">Daba DI\u00c8NE<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;autrice est doctorante en sciences du langage au sein du Laboratoire de sociolinguistique, de linguistique et de didactique des langues, rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole doctorale Arts, cultures et civilisations (ARCIV) de l\u2019Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar (S\u00e9n\u00e9gal). Ses travaux s\u2019inscrivent dans les champs de la sociolinguistique, de la s\u00e9mantique, de la pragmatique et de l\u2019analyse du discours. Ses recherches doctorales portent plus particuli\u00e8rement sur l\u2019analyse s\u00e9mantico-pragmatique des m\u00e9canismes de l\u2019implicite et des strat\u00e9gies d\u2019hybridation textuelle entre le fran\u00e7ais et le wolof dans le discours de la presse \u00e9crite s\u00e9n\u00e9galaise.<br \/>\nContact : dabadiene94@gmail.com<br \/>\n<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":53,"menu_order":9,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["daba-diene"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[810],"license":[],"class_list":["post-2687","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-discours-journalistique","motscles-enjeux-identitaires","motscles-hybridation-linguistique","motscles-implicite","motscles-langue","motscles-particularites-lexicales","keywords-identity-issues","keywords-implicit","keywords-journalistic-discourse","keywords-language","keywords-lexical-peculiarities","keywords-linguistic-hybridization","motscles-autre-ay-lakk-yu-jaxasoo","motscles-autre-ay-xeeti-waxiin","motscles-autre-lu-nebbu","motscles-autre-waxu-yeenekaay-yi","motscles-autre-xalaat-yu-jem-ci-li-nuy-wax","contributor-daba-diene"],"part":2496,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2687","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":38,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2687\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3099,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2687\/revisions\/3099"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/2496"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2687\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2687"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=2687"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=2687"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=2687"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}