{"id":2707,"date":"2026-06-27T02:59:26","date_gmt":"2026-06-27T00:59:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=2707"},"modified":"2026-08-14T17:22:45","modified_gmt":"2026-08-14T15:22:45","slug":"volume-3-numero-1-2026-presentation","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/volume-3-numero-1-2026-presentation\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation. Questionner les types de discours en contexte africain"},"content":{"raw":"<p style=\"text-align: justify\">Ce num\u00e9ro de la revue <em>MAGANA. L\u2019analyse du discours dans tous ses sens<\/em> s'inscrit dans une dynamique scientifique amorc\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es sur la question des conditions de possibilit\u00e9 d'une analyse du discours en contexte africain. Loin de constituer une simple d\u00e9clinaison g\u00e9ographique d'une discipline \u00e9labor\u00e9e ailleurs, cette r\u00e9flexion participe d'un projet intellectuel plus vaste visant \u00e0 interroger les cat\u00e9gories, les objets et les cadres d'analyse mobilis\u00e9s pour comprendre les r\u00e9alit\u00e9s discursives africaines. \u00c0 cet \u00e9gard, le pr\u00e9sent num\u00e9ro trouve son origine dans plusieurs espaces de r\u00e9flexion compl\u00e9mentaires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il prolonge d'abord les travaux du projet \u00ab Analyse du discours en Afrique subsaharienne. Histoire, \u00e9pist\u00e9mologies, th\u00e9ories \u00bb (ADAS), consacr\u00e9 \u00e0 l'analyse du discours en contexte africain, qui a contribu\u00e9 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 d'une contextualisation des outils th\u00e9oriques h\u00e9rit\u00e9s des traditions occidentales. Il s'inscrit \u00e9galement dans le prolongement des Journ\u00e9es d'\u00e9tudes de lancement et des congr\u00e8s du R\u00e9seau africain d'analyse du discours (R2AD), organis\u00e9s depuis 2021, ainsi que dans les r\u00e9flexions engag\u00e9es dans le num\u00e9ro 184 de la revue <em>Langage et Soci\u00e9t\u00e9<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 l'histoire et \u00e0 l'\u00e9pist\u00e9mologie de l'analyse du discours francophone en Afrique de l'Ouest. Plus r\u00e9cemment, le num\u00e9ro th\u00e9matique de MAGANA aux <em>avertisseurs communicationnels africains<\/em> a montr\u00e9 combien certaines pratiques discursives observables dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines pouvaient conduire non seulement \u00e0 enrichir les cadres th\u00e9oriques existants mais \u00e9galement \u00e0 faire \u00e9merger de nouveaux objets scientifiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 premi\u00e8re vue, la question pourrait sembler classique. Depuis Aristote (<em>Cat\u00e9gories<\/em>, 1936) jusqu'aux approches contemporaines de l'analyse du discours, la typologie des discours constitue, en effet, l'une des pr\u00e9occupations r\u00e9currentes des sciences du langage. Pourtant, d\u00e8s lors que l'on d\u00e9place le regard vers les r\u00e9alit\u00e9s africaines, cette question prend une profondeur nouvelle. Les cat\u00e9gories habituellement mobilis\u00e9es pour d\u00e9crire les discours ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es dans des contextes historiques, institutionnels et culturels sp\u00e9cifiques. Elles reposent souvent sur une conception du discours fortement li\u00e9e \u00e0 l'\u00e9crit, \u00e0 l'institution et \u00e0 des formes relativement stabilis\u00e9es de production du sens. Or les soci\u00e9t\u00e9s africaines donnent \u00e0 voir des configurations discursives dont la richesse et la complexit\u00e9 invitent \u00e0 repenser ces classifications. Le probl\u00e8me n'est donc pas seulement celui de l'identification de nouveaux types de discours. Il est plus fondamentalement celui des conditions de construction des cat\u00e9gories elles-m\u00eames. Classer les discours, c'est toujours proposer une certaine repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9 et postuler que certaines formes discursives sont l\u00e9gitimes, visibles ou centrales, tandis que d'autres demeurent p\u00e9riph\u00e9riques ou invisibilis\u00e9es. La question des typologies est ainsi indissociable d'une r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique sur la production des savoirs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tudes rassembl\u00e9es dans ce num\u00e9ro prennent acte de cette exigence. Elles montrent que les r\u00e9alit\u00e9s discursives africaines ne sauraient \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es par la simple application des mod\u00e8les existants. L'oralit\u00e9, les pratiques rituelles, les discours judiciaires traditionnels, les formes de m\u00e9diation communautaire, les hybridations linguistiques, les dispositifs num\u00e9riques \u00e9mergents ou encore les nouvelles formes de construction identitaire obligent \u00e0 d\u00e9placer les fronti\u00e8res \u00e9tablies entre genres, types et cat\u00e9gories discursives. \u00c0 travers ces diff\u00e9rents objets, une m\u00eame interrogation traverse les discours : comment construire des cat\u00e9gories analytiques capables de rendre compte de formes discursives historiquement situ\u00e9es sans les enfermer dans des mod\u00e8les \u00e9labor\u00e9s \u00e0 partir d'autres exp\u00e9riences sociales et culturelles? Autrement dit, comment penser les discours africains \u00e0 partir des r\u00e9alit\u00e9s africaines elles-m\u00eames?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette interrogation rejoint l'ambition plus g\u00e9n\u00e9rale qui anime aujourd'hui l'analyse du discours en contexte africain : faire de l'Afrique non plus seulement un terrain d'application des th\u00e9ories discursives, mais un v\u00e9ritable foyer d'intelligibilit\u00e9 \u00e0 partir duquel les sciences du langage peuvent \u00eatre enrichies, d\u00e9plac\u00e9es et parfois r\u00e9invent\u00e9es[footnote]LEZOU KOFFI Conf\u00e9rence \u00ab Analyse du discours en contexte africain : production de savoirs et r\u00e9appropriation des cadres d'analyse \u00bb, 25 Mai 2026, Grupo de Pesquisa Laborat\u00f3rio de Estudos Epistemol\u00f3gicos e de Discursividades Multimodais-LEEDIM, da Universidade Federal de S\u00e3o Carlos - UFSCar.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les articles r\u00e9unis dans ce num\u00e9ro apportent, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 cette pr\u00e9occupation. Ils t\u00e9moignent de la vitalit\u00e9 d'un champ scientifique en pleine structuration et montrent que l'Afrique ne constitue pas seulement un espace o\u00f9 s'observent des discours particuliers. Elle devient progressivement un lieu de production th\u00e9orique capable de contribuer \u00e0 une compr\u00e9hension renouvel\u00e9e du discours dans sa diversit\u00e9. Ainsi, les contributions r\u00e9unies dans ce num\u00e9ro se d\u00e9ploient selon quatre axes th\u00e9matiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re partie rassemble des travaux qui interrogent les limites des typologies discursives construites principalement \u00e0 partir de mod\u00e8les \u00e9crits. Les contributions consacr\u00e9es aux rituels gabonais (<strong>Jeannette Yolande MBONDZI<\/strong>), aux rituels maghr\u00e9bins (<strong>Moulay Mohamed TARNAOUI<\/strong>) et aux pratiques judiciaires baoul\u00e9 (<strong>Aya Audrey KOUAME<\/strong> et <strong>Noellie Bhellys ANDRE<\/strong>) montrent que les soci\u00e9t\u00e9s africaines disposent de formes discursives dont la logique ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 travers les seules cat\u00e9gories classiques du discours juridique, religieux ou politique. Ces recherches invitent \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019oralit\u00e9 non comme une survivance du pass\u00e9, mais comme une modalit\u00e9 sp\u00e9cifique d\u2019organisation du sens, de la m\u00e9moire et du lien social. Elles mettent en \u00e9vidence des formes de textualit\u00e9 communautaire o\u00f9 la parole agit, r\u00e9gule, institue et transmet. \u00c0 travers ces travaux se dessine ainsi une interrogation fondamentale : comment construire une typologie des discours qui reconnaisse pleinement les formes discursives traditionnelles sans les r\u00e9duire \u00e0 des variantes marginales des mod\u00e8les dominants?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La deuxi\u00e8me partie explore les m\u00e9canismes par lesquels les discours institutionnels participent \u00e0 la construction des repr\u00e9sentations collectives, des valeurs sociales et des identit\u00e9s nationales. \u00c0 travers l\u2019\u00e9tude des manuels scolaires ivoiriens, <strong>Brigitte HORO<\/strong> et <strong>Amenan Ad\u00e9la\u00efde KOUAKOU<\/strong> montrent que les dispositifs \u00e9ducatifs ne se limitent pas \u00e0 transmettre des connaissances. Ils produisent \u00e9galement des visions du monde, des mod\u00e8les de citoyennet\u00e9 et des imaginaires collectifs qui \u00e9voluent en fonction des contextes historiques et politiques. Dans le cas du discours de presse, l\u2019analyse de <strong>Daba DI\u00c8NE<\/strong>\u00a0d\u00e9montre que l\u2019investissement des langues locales dans la presse, au-del\u00e0 d\u2019une hybridation linguistique, constitue une strat\u00e9gie discursive au service de l\u2019identit\u00e9 culturelle et de la persuasion politique. Ces contributions rappellent ainsi que les discours didactique et de presse constituent des lieux privil\u00e9gi\u00e9s d\u2019observation des rapports entre savoir, id\u00e9ologie et pouvoir. Elles mettent en lumi\u00e8re le r\u00f4le des institutions dans la production des cat\u00e9gories de pens\u00e9e qui structurent durablement les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La troisi\u00e8me partie s\u2019int\u00e9resse aux transformations profondes introduites par les technologies num\u00e9riques dans les pratiques discursives contemporaines. Les plateformes telles que <em>Facebook<\/em> ou <em>TikTok <\/em>ne constituent plus de simples supports de diffusion. Elles deviennent de v\u00e9ritables dispositifs de production du discours o\u00f9 \u00e9mergent de nouveaux genres, de nouvelles formes d\u2019\u00e9nonciation et de nouvelles modalit\u00e9s d\u2019interaction. Vlogs (<strong>Akoua Adaye Nadia KRA<\/strong> et <strong>Mariame SOGODOGO<\/strong>), coaching en ligne (<strong>Delphine KABORE<\/strong>), commentaires-trolls (<strong>Abdoul Karim KONE<\/strong>) ou discours populistes num\u00e9riques (<strong>Jamil GHOUAIDIA<\/strong>) t\u00e9moignent d\u2019une hybridation croissante entre oralit\u00e9, \u00e9criture, image, performance et interaction. Ces formes discursives remettent en question les classifications traditionnelles et invitent l\u2019analyse du discours \u00e0 repenser ses cat\u00e9gories face aux mutations technologiques et sociales contemporaines. Ici, l\u2019espace num\u00e9rique appara\u00eet comme un observatoire privil\u00e9gi\u00e9 des recompositions discursives africaines en cours.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La derni\u00e8re partie met en \u00e9vidence la capacit\u00e9 du discours \u00e0 accompagner, traduire ou provoquer les transformations sociales. Les contributions r\u00e9unies ici analysent les discours li\u00e9s aux migrations, aux identit\u00e9s plurielles, aux rapports de genre et aux formes de r\u00e9sistance \u00e0 des normes dominantes. Elles montrent que le discours constitue un espace de n\u00e9gociation, de contestation et de red\u00e9finition des appartenances sociales. Qu\u2019il s\u2019agisse des exp\u00e9riences migratoires (<strong>Nontehe Marie Katienin COULIBALY<\/strong>) ou des voix f\u00e9minines qui d\u00e9construisent les rapports de domination (<strong>Adjoua Debora KOUAME<\/strong>), ces travaux r\u00e9v\u00e8lent l\u2019\u00e9mergence de nouvelles subjectivit\u00e9s discursives. Ils illustrent la mani\u00e8re dont les acteurs sociaux mobilisent le langage pour reconfigurer les fronti\u00e8res symboliques, culturelles et politiques qui structurent leurs existences.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pris ensemble, ces quatre parties t\u00e9moignent d\u2019un m\u00eame mouvement intellectuel : la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser les cat\u00e9gories classiques de l\u2019analyse du discours \u00e0 partir des r\u00e9alit\u00e9s africaines contemporaines. Oralit\u00e9s rituelles, discours institutionnels, espaces num\u00e9riques et dynamiques identitaires constituent autant de terrains qui r\u00e9v\u00e8lent les limites des typologies h\u00e9rit\u00e9es et ouvrent la voie \u00e0 une r\u00e9flexion renouvel\u00e9e sur les formes discursives. Plus qu\u2019un simple inventaire de nouveaux objets, ce num\u00e9ro propose ainsi une contribution \u00e0 la construction d\u2019une analyse du discours en contexte africain capable de faire \u00e9merger des cat\u00e9gories analytiques mieux adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s historiques, linguistiques, culturelles et technologiques du continent.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>\u00c9ditorial<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce num\u00e9ro de la revue <em>MAGANA. L\u2019analyse du discours dans tous ses sens<\/em> s&rsquo;inscrit dans une dynamique scientifique amorc\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es sur la question des conditions de possibilit\u00e9 d&rsquo;une analyse du discours en contexte africain. Loin de constituer une simple d\u00e9clinaison g\u00e9ographique d&rsquo;une discipline \u00e9labor\u00e9e ailleurs, cette r\u00e9flexion participe d&rsquo;un projet intellectuel plus vaste visant \u00e0 interroger les cat\u00e9gories, les objets et les cadres d&rsquo;analyse mobilis\u00e9s pour comprendre les r\u00e9alit\u00e9s discursives africaines. \u00c0 cet \u00e9gard, le pr\u00e9sent num\u00e9ro trouve son origine dans plusieurs espaces de r\u00e9flexion compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il prolonge d&rsquo;abord les travaux du projet \u00ab Analyse du discours en Afrique subsaharienne. Histoire, \u00e9pist\u00e9mologies, th\u00e9ories \u00bb (ADAS), consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;analyse du discours en contexte africain, qui a contribu\u00e9 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une contextualisation des outils th\u00e9oriques h\u00e9rit\u00e9s des traditions occidentales. Il s&rsquo;inscrit \u00e9galement dans le prolongement des Journ\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes de lancement et des congr\u00e8s du R\u00e9seau africain d&rsquo;analyse du discours (R2AD), organis\u00e9s depuis 2021, ainsi que dans les r\u00e9flexions engag\u00e9es dans le num\u00e9ro 184 de la revue <em>Langage et Soci\u00e9t\u00e9<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie de l&rsquo;analyse du discours francophone en Afrique de l&rsquo;Ouest. Plus r\u00e9cemment, le num\u00e9ro th\u00e9matique de MAGANA aux <em>avertisseurs communicationnels africains<\/em> a montr\u00e9 combien certaines pratiques discursives observables dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines pouvaient conduire non seulement \u00e0 enrichir les cadres th\u00e9oriques existants mais \u00e9galement \u00e0 faire \u00e9merger de nouveaux objets scientifiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 premi\u00e8re vue, la question pourrait sembler classique. Depuis Aristote (<em>Cat\u00e9gories<\/em>, 1936) jusqu&rsquo;aux approches contemporaines de l&rsquo;analyse du discours, la typologie des discours constitue, en effet, l&rsquo;une des pr\u00e9occupations r\u00e9currentes des sciences du langage. Pourtant, d\u00e8s lors que l&rsquo;on d\u00e9place le regard vers les r\u00e9alit\u00e9s africaines, cette question prend une profondeur nouvelle. Les cat\u00e9gories habituellement mobilis\u00e9es pour d\u00e9crire les discours ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es dans des contextes historiques, institutionnels et culturels sp\u00e9cifiques. Elles reposent souvent sur une conception du discours fortement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit, \u00e0 l&rsquo;institution et \u00e0 des formes relativement stabilis\u00e9es de production du sens. Or les soci\u00e9t\u00e9s africaines donnent \u00e0 voir des configurations discursives dont la richesse et la complexit\u00e9 invitent \u00e0 repenser ces classifications. Le probl\u00e8me n&rsquo;est donc pas seulement celui de l&rsquo;identification de nouveaux types de discours. Il est plus fondamentalement celui des conditions de construction des cat\u00e9gories elles-m\u00eames. Classer les discours, c&rsquo;est toujours proposer une certaine repr\u00e9sentation de la soci\u00e9t\u00e9 et postuler que certaines formes discursives sont l\u00e9gitimes, visibles ou centrales, tandis que d&rsquo;autres demeurent p\u00e9riph\u00e9riques ou invisibilis\u00e9es. La question des typologies est ainsi indissociable d&rsquo;une r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique sur la production des savoirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tudes rassembl\u00e9es dans ce num\u00e9ro prennent acte de cette exigence. Elles montrent que les r\u00e9alit\u00e9s discursives africaines ne sauraient \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es par la simple application des mod\u00e8les existants. L&rsquo;oralit\u00e9, les pratiques rituelles, les discours judiciaires traditionnels, les formes de m\u00e9diation communautaire, les hybridations linguistiques, les dispositifs num\u00e9riques \u00e9mergents ou encore les nouvelles formes de construction identitaire obligent \u00e0 d\u00e9placer les fronti\u00e8res \u00e9tablies entre genres, types et cat\u00e9gories discursives. \u00c0 travers ces diff\u00e9rents objets, une m\u00eame interrogation traverse les discours : comment construire des cat\u00e9gories analytiques capables de rendre compte de formes discursives historiquement situ\u00e9es sans les enfermer dans des mod\u00e8les \u00e9labor\u00e9s \u00e0 partir d&rsquo;autres exp\u00e9riences sociales et culturelles? Autrement dit, comment penser les discours africains \u00e0 partir des r\u00e9alit\u00e9s africaines elles-m\u00eames?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette interrogation rejoint l&rsquo;ambition plus g\u00e9n\u00e9rale qui anime aujourd&rsquo;hui l&rsquo;analyse du discours en contexte africain : faire de l&rsquo;Afrique non plus seulement un terrain d&rsquo;application des th\u00e9ories discursives, mais un v\u00e9ritable foyer d&rsquo;intelligibilit\u00e9 \u00e0 partir duquel les sciences du langage peuvent \u00eatre enrichies, d\u00e9plac\u00e9es et parfois r\u00e9invent\u00e9es<a class=\"footnote\" title=\"LEZOU KOFFI Conf\u00e9rence \u00ab Analyse du discours en contexte africain : production de savoirs et r\u00e9appropriation des cadres d'analyse \u00bb, 25 Mai 2026, Grupo de Pesquisa Laborat\u00f3rio de Estudos Epistemol\u00f3gicos e de Discursividades Multimodais-LEEDIM, da Universidade Federal de S\u00e3o Carlos - UFSCar.\" id=\"return-footnote-2707-1\" href=\"#footnote-2707-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les articles r\u00e9unis dans ce num\u00e9ro apportent, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 cette pr\u00e9occupation. Ils t\u00e9moignent de la vitalit\u00e9 d&rsquo;un champ scientifique en pleine structuration et montrent que l&rsquo;Afrique ne constitue pas seulement un espace o\u00f9 s&rsquo;observent des discours particuliers. Elle devient progressivement un lieu de production th\u00e9orique capable de contribuer \u00e0 une compr\u00e9hension renouvel\u00e9e du discours dans sa diversit\u00e9. Ainsi, les contributions r\u00e9unies dans ce num\u00e9ro se d\u00e9ploient selon quatre axes th\u00e9matiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re partie rassemble des travaux qui interrogent les limites des typologies discursives construites principalement \u00e0 partir de mod\u00e8les \u00e9crits. Les contributions consacr\u00e9es aux rituels gabonais (<strong>Jeannette Yolande MBONDZI<\/strong>), aux rituels maghr\u00e9bins (<strong>Moulay Mohamed TARNAOUI<\/strong>) et aux pratiques judiciaires baoul\u00e9 (<strong>Aya Audrey KOUAME<\/strong> et <strong>Noellie Bhellys ANDRE<\/strong>) montrent que les soci\u00e9t\u00e9s africaines disposent de formes discursives dont la logique ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 travers les seules cat\u00e9gories classiques du discours juridique, religieux ou politique. Ces recherches invitent \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019oralit\u00e9 non comme une survivance du pass\u00e9, mais comme une modalit\u00e9 sp\u00e9cifique d\u2019organisation du sens, de la m\u00e9moire et du lien social. Elles mettent en \u00e9vidence des formes de textualit\u00e9 communautaire o\u00f9 la parole agit, r\u00e9gule, institue et transmet. \u00c0 travers ces travaux se dessine ainsi une interrogation fondamentale : comment construire une typologie des discours qui reconnaisse pleinement les formes discursives traditionnelles sans les r\u00e9duire \u00e0 des variantes marginales des mod\u00e8les dominants?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La deuxi\u00e8me partie explore les m\u00e9canismes par lesquels les discours institutionnels participent \u00e0 la construction des repr\u00e9sentations collectives, des valeurs sociales et des identit\u00e9s nationales. \u00c0 travers l\u2019\u00e9tude des manuels scolaires ivoiriens, <strong>Brigitte HORO<\/strong> et <strong>Amenan Ad\u00e9la\u00efde KOUAKOU<\/strong> montrent que les dispositifs \u00e9ducatifs ne se limitent pas \u00e0 transmettre des connaissances. Ils produisent \u00e9galement des visions du monde, des mod\u00e8les de citoyennet\u00e9 et des imaginaires collectifs qui \u00e9voluent en fonction des contextes historiques et politiques. Dans le cas du discours de presse, l\u2019analyse de <strong>Daba DI\u00c8NE<\/strong>\u00a0d\u00e9montre que l\u2019investissement des langues locales dans la presse, au-del\u00e0 d\u2019une hybridation linguistique, constitue une strat\u00e9gie discursive au service de l\u2019identit\u00e9 culturelle et de la persuasion politique. Ces contributions rappellent ainsi que les discours didactique et de presse constituent des lieux privil\u00e9gi\u00e9s d\u2019observation des rapports entre savoir, id\u00e9ologie et pouvoir. Elles mettent en lumi\u00e8re le r\u00f4le des institutions dans la production des cat\u00e9gories de pens\u00e9e qui structurent durablement les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La troisi\u00e8me partie s\u2019int\u00e9resse aux transformations profondes introduites par les technologies num\u00e9riques dans les pratiques discursives contemporaines. Les plateformes telles que <em>Facebook<\/em> ou <em>TikTok <\/em>ne constituent plus de simples supports de diffusion. Elles deviennent de v\u00e9ritables dispositifs de production du discours o\u00f9 \u00e9mergent de nouveaux genres, de nouvelles formes d\u2019\u00e9nonciation et de nouvelles modalit\u00e9s d\u2019interaction. Vlogs (<strong>Akoua Adaye Nadia KRA<\/strong> et <strong>Mariame SOGODOGO<\/strong>), coaching en ligne (<strong>Delphine KABORE<\/strong>), commentaires-trolls (<strong>Abdoul Karim KONE<\/strong>) ou discours populistes num\u00e9riques (<strong>Jamil GHOUAIDIA<\/strong>) t\u00e9moignent d\u2019une hybridation croissante entre oralit\u00e9, \u00e9criture, image, performance et interaction. Ces formes discursives remettent en question les classifications traditionnelles et invitent l\u2019analyse du discours \u00e0 repenser ses cat\u00e9gories face aux mutations technologiques et sociales contemporaines. Ici, l\u2019espace num\u00e9rique appara\u00eet comme un observatoire privil\u00e9gi\u00e9 des recompositions discursives africaines en cours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La derni\u00e8re partie met en \u00e9vidence la capacit\u00e9 du discours \u00e0 accompagner, traduire ou provoquer les transformations sociales. Les contributions r\u00e9unies ici analysent les discours li\u00e9s aux migrations, aux identit\u00e9s plurielles, aux rapports de genre et aux formes de r\u00e9sistance \u00e0 des normes dominantes. Elles montrent que le discours constitue un espace de n\u00e9gociation, de contestation et de red\u00e9finition des appartenances sociales. Qu\u2019il s\u2019agisse des exp\u00e9riences migratoires (<strong>Nontehe Marie Katienin COULIBALY<\/strong>) ou des voix f\u00e9minines qui d\u00e9construisent les rapports de domination (<strong>Adjoua Debora KOUAME<\/strong>), ces travaux r\u00e9v\u00e8lent l\u2019\u00e9mergence de nouvelles subjectivit\u00e9s discursives. Ils illustrent la mani\u00e8re dont les acteurs sociaux mobilisent le langage pour reconfigurer les fronti\u00e8res symboliques, culturelles et politiques qui structurent leurs existences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pris ensemble, ces quatre parties t\u00e9moignent d\u2019un m\u00eame mouvement intellectuel : la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser les cat\u00e9gories classiques de l\u2019analyse du discours \u00e0 partir des r\u00e9alit\u00e9s africaines contemporaines. Oralit\u00e9s rituelles, discours institutionnels, espaces num\u00e9riques et dynamiques identitaires constituent autant de terrains qui r\u00e9v\u00e8lent les limites des typologies h\u00e9rit\u00e9es et ouvrent la voie \u00e0 une r\u00e9flexion renouvel\u00e9e sur les formes discursives. Plus qu\u2019un simple inventaire de nouveaux objets, ce num\u00e9ro propose ainsi une contribution \u00e0 la construction d\u2019une analyse du discours en contexte africain capable de faire \u00e9merger des cat\u00e9gories analytiques mieux adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s historiques, linguistiques, culturelles et technologiques du continent.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/jeannette-yolande-mbondzi\">Jeannette Yolande MBONDZI<\/a><\/strong><br \/>Ma\u00eetre de conf\u00e9rences en analyse du discours, Jeannette Yolande MBONDZI est enseignante-chercheure au D\u00e9partement des Sciences du langage de l\u2019Universit\u00e9 Omar Bongo, o\u00f9 elle exerce \u00e9galement les fonctions de cheffe de d\u00e9partement. Ses recherches portent sur les discours sociaux et les rituels communicationnels en contexte gabonais.<br \/>\nContact : jeannettembondzi@gmail.com<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/mireille-denise-kissi\">Mireille Denise KISSI<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;autrice est enseignante-chercheure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphouet-Boigny d\u2019Abidjan en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Sp\u00e9cialiste de l\u2019analyse du discours \u00e9lectoral, ses travaux portent essentiellement sur les questions d\u2019image et d\u2019identit\u00e9 individuelle et collective, de discours politique en contexte africain, et d\u2019argumentation. Elle est membre du Laboratoire de dynamique des langues et discours (LADYLAD) ainsi que du R\u00e9seau Africain d\u2019Analyse du Discours (R2AD).<br \/>\nContact : mireille.kissi@gmail.com<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/abdoul-karim-kone\">Abdoul Karim KONE<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est docteur \u00e8s lettres, option Grammaire et linguistique du fran\u00e7ais, sp\u00e9cialit\u00e9 Analyse du discours \/ discours num\u00e9rique, de l\u2019Universit\u00e9 F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny. Il a soutenu sa th\u00e8se en 2024 sous la direction de la professeure Aim\u00e9e-Danielle Lezou Koffi. Son champ de recherche porte sur les discours produits dans les environnements num\u00e9riques, en g\u00e9n\u00e9ral, et sur les r\u00e9seaux socionum\u00e9riques, en particulier. Ses travaux visent \u00e0 mettre en \u00e9vidence les mutations de la communication et des pratiques discursives dans ces nouveaux espaces. Il est sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude des commentaires num\u00e9riques, notamment du commentaire troll.<\/p>\n<p>Courriel : abdoulkone00@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-2707-1\">LEZOU KOFFI Conf\u00e9rence \u00ab Analyse du discours en contexte africain : production de savoirs et r\u00e9appropriation des cadres d'analyse \u00bb, 25 Mai 2026, Grupo de Pesquisa Laborat\u00f3rio de Estudos Epistemol\u00f3gicos e de Discursividades Multimodais-LEEDIM, da Universidade Federal de S\u00e3o Carlos - UFSCar. <a href=\"#return-footnote-2707-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":1,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["jeannette-yolande-mbondzi","mireille-denise-kissi","abdoul-karim-kone"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[198,808,629],"license":[],"class_list":["post-2707","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","contributor-abdoul-karim-kone","contributor-jeannette-yolande-mbondzi","contributor-mireille-denise-kissi"],"part":2496,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2707","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":28,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2707\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3087,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2707\/revisions\/3087"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/2496"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/2707\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2707"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=2707"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=2707"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=2707"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}