{"id":311,"date":"2023-07-14T18:34:34","date_gmt":"2023-07-14T16:34:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=311"},"modified":"2024-12-31T15:48:32","modified_gmt":"2024-12-31T14:48:32","slug":"lezou2023","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/lezou2023\/","title":{"rendered":"Expressions et sens du genre. Une lecture de <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Discours et genre sont des constructions sociales. Le premier, mat\u00e9rialisation de la langue, contribue \u00e0 la transmission, \u00e0 la diffusion, \u00e0 l\u2019impl\u00e9mentation et \u00e0 la cristallisation des repr\u00e9sentations et st\u00e9r\u00e9otypes li\u00e9s au second, le genre. Le discours est un mode d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 pour comprendre la soci\u00e9t\u00e9, les id\u00e9ologies en circulation, les croyances, les repr\u00e9sentations. Il se pr\u00e9sente comme le lieu de l\u2019expression d\u2019une vision singuli\u00e8re du monde mais \u00e9galement comme \u00ab\u00a0la manifestation attest\u00e9e d\u2019une surd\u00e9termination collective de la parole individuelle\u00a0\u00bb (Mazi\u00e8re, 2005, p. 9). Le discours litt\u00e9raire n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette acception. En tant qu\u2019activit\u00e9 sociale, il est le produit d\u2019une imbrication entre le texte et son contexte et participe des discours sur le monde avec une sc\u00e9nographie sp\u00e9cifique (Maingueneau, 2004).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre contribution s\u2019inspire de ce postulat et envisage, \u00e0 l\u2019aune de l\u2019Analyse du Discours (d\u00e9sormais AD), d\u2019\u00e9tudier les repr\u00e9sentations du genre dans l\u2019\u0153uvre <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano[footnote]L\u00e9onora Miano, 2016. Cr\u00e9puscule du tourment. Paris : Bernard Grasset.[\/footnote]. Elle prend le pr\u00e9texte du r\u00e9cit pour initier une r\u00e9flexion sur cette probl\u00e9matique. Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre une femme\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un homme\u00a0?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une analyse bas\u00e9e sur le concept de genre, <em>gender<\/em> en anglais, confronte l\u2019homme et la femme dans une interaction verticale o\u00f9 l\u2019homme est en position dominante. L\u2019exercice consistera \u00e0 identifier les proc\u00e9d\u00e9s de mod\u00e9lisation de la domination masculine dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00ab\u00a0genr\u00e8mes\u00a0\u00bb, marques concr\u00e8tes des rapports sociaux fond\u00e9s sur les diff\u00e9rences per\u00e7ues entre les sexes dans le discours. C\u2019est une activit\u00e9 pertinente, \u00e0 notre sens, pour saisir le sens de ces rapports de pouvoir et produire un contre-discours productif. Ainsi, le genre discursif sera questionn\u00e9 du point de vue de sa pertinence dans le champ des sciences du langage au sens large, et sp\u00e9cifiquement de l\u2019AD. Puis, l\u2019analyse tentera de saisir la d\u00e9finition de la femme et de l\u2019homme dans le discours. Enfin, elle proposera une construction s\u00e9mantique du genre dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong style=\"font-size: 1em\">Le genre en linguistique : un objet d\u2019analyse pertinent ?<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une telle analyse requiert un certain nombre de pr\u00e9cisions \u00e9pist\u00e9mologiques qui constituent les r\u00e9ponses aux questions suivantes\u00a0: qu\u2019est-ce que le genre\u00a0? Quelles sont ses caract\u00e9ristiques\u00a0? Quels rapports entretient-il avec les concepts de f\u00e9minisme\u00a0et de sexe\u00a0? Et enfin, quel est l\u2019\u00e9tat de la recherche sur le genre dans les sciences du langage (Greco, 2014), en AD ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, la pr\u00e9sente section mettra en relief la dimension plurielle du genre en tant qu\u2019objet social, linguistique, discursif.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le genre, une construction sociale<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les pr\u00e9occupations d\u2019\u00e9galit\u00e9 de sexe se posent concomitamment \u00e0 celles sur les droits universels, \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Pahud, 2009, p. 31). Puis, Beauvoir (1949) fustige le f\u00e9minin et le masculin en tant que constructions sociales, inspirant le f\u00e9minisme radical dans les ann\u00e9es 1960. Pourtant, \u00ab ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 que les \u00e9tudes f\u00e9ministes prennent vraiment racine, sur le terreau du mouvement social f\u00e9ministe de la deuxi\u00e8me vague, responsable d\u2019une remise en cause globale du syst\u00e8me patriarcal \u00bb (Pahud, 2009, p. 32). Dans la m\u00eame p\u00e9riode, aux USA, le \u00ab <em>gender\u00a0<\/em>\u00bb fait son apparition dans les sciences sociales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le genre est un objet d\u2019\u00e9tude transversal qui s\u2019int\u00e9resse aux fonctions sociales des individus en relation avec leur sexe. Il remet en cause le caract\u00e8re naturel des fonctions sexu\u00e9es. Il constitue un vaste champ de recherches regroup\u00e9es sous le vocable \u00ab\u00a0<em>gender studies<\/em>\u00a0\u00bb. Le genre est une construction sociale, \u00e9labor\u00e9e dans un double mouvement vertical et horizontal. En effet, les attendus sociaux de f\u00e9minit\u00e9 et de masculinit\u00e9 sont forg\u00e9s dans un rapport dichotomique liant la compr\u00e9hension des unes \u00e0 celle des autres. La femme et l\u2019homme se construisent en tant que tels, l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre dans une relation d\u00e9ontique. En outre, l\u2019opposition entre le masculin et le f\u00e9minin s\u2019inscrit dans un rapport hi\u00e9rarchique, le masculin \u00e9tant le dominant et le f\u00e9minin, le domin\u00e9. Le genre en soi est alors oppressif.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, entre les concepts de genre et de f\u00e9minisme, le premier semble une version moins radicale du second. En effet, le f\u00e9minisme r\u00e9f\u00e8re aux luttes et revendications pour l\u2019am\u00e9lioration de la condition des femmes, pour la r\u00e9duction voire l\u2019inversion du rapport hi\u00e9rarchique jusqu\u2019ici \u00e0 l\u2019avantage des hommes. Le genre postule une prise en compte du f\u00e9minin et du masculin, inscrivant <em>de facto<\/em> la lutte f\u00e9ministe dans une dynamique collaborative. En effet, l\u2019\u00e9volution des repr\u00e9sentations sociales du f\u00e9minin ne saura ignorer le masculin car\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le f\u00e9minisme est une aventure collective, pour les hommes, et pour les autres. Une r\u00e9volution bien en marche. Une vision du monde. Un choix. Il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l\u2019air (Despentes cit\u00e9e par Pahud et Paveau, 2017, en ligne).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, une \u00e9tude du genre s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont on devient femme ou homme dans un espace donn\u00e9. Mais surtout, cela revient \u00e0 s\u2019interroger sur le sens que rev\u00eat le syntagme \u00ab \u00eatre une femme ou un homme \u00bb de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et dans un contexte sp\u00e9cifique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Analyse linguistique, discursive et genre<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En sciences du langage, les recherches sur le genre restent anecdotiques. Dans une contribution d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat des lieux des recherches linguistiques sur le genre, Greco souligne un vide de la dimension langagi\u00e8re dans ce champ, surtout dans l\u2019espace francophone. Le monde anglophone, une fois encore, est pionnier en la mati\u00e8re\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le domaine [\u2026] na\u00eet aux Etats-Unis, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berkeley en 1973, date \u00e0 laquelle la f\u00e9ministe et linguiste Lakoff publie un article pour <em>Language in Society<\/em> qui rencontrera tout de suite un accueil tr\u00e8s important, typique des textes qui marqueront une discipline et la naissance d\u2019un nouveau champ de recherche (Greco, 2014, p. 15).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce premier article inspire une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes d\u2019o\u00f9 partira un courant caract\u00e9ris\u00e9 par trois paradigmes\u00a0: \u00ab\u00a0la domination, la diff\u00e9rence et la performance\u00a0\u00bb (Greco, 2014, p. 15). Diverses approches de l\u2019appr\u00e9hension \u00e9pist\u00e9mologique du genre en d\u00e9couleront, contribuant \u00e0 nourrir \u00ab\u00a0la r\u00e9flexion autour de l\u2019articulation entre genre, langage et sexualit\u00e9 et \u00e0 rendre ce domaine extr\u00eamement polyphonique\u00a0\u00bb (Greco, 2014, p. 22). Malgr\u00e9 tout, en francophonie, des pr\u00e9occupations sur le genre grammatical, en l\u2019occurrence \u00ab\u00a0le sexage des femmes dans la langue, la f\u00e9minisation des noms des m\u00e9tiers et des titres de fonctions et sur la variation sociolinguistique\u00a0\u00bb, favorisent l\u2019int\u00e9gration de cette probl\u00e9matique dans le monde francophone (Greco, 2014, p. 12). Figure universitaire fran\u00e7aise, Houdebine s\u2019implique et facilite \u00e9galement l\u2019int\u00e9gration de la linguistique \u00e0 l\u2019institut \u00c9milie du Ch\u00e2telet cr\u00e9\u00e9 en 2006 pour le rayonnement et le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes de genre en France (Greco, 2014, p. 14).\u00a0En d\u00e9finitive, la congruence de l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00e9diatique, de la publication et de la traduction d\u2019ouvrages fondateurs, de th\u00e8ses soutenues va contribuer \u00e0 asseoir un embryon d\u2019activit\u00e9s linguistiques sur la question.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours envisage l\u2019objet discours en relation avec un champ de pratiques sociales qui le justifie. Dans ce cadre, le discours mobilise des strat\u00e9gies aussi bien linguistiques que discursives au service de sa vis\u00e9e. Malheureusement, dans ce champ sp\u00e9cifique de la linguistique, les discours et univers de discours sur les rapports de genre connaissent des traitements \u00e9pisodiques. Hormis deux num\u00e9ros de la revue <em>Mots. Les langages du politique <\/em>(Capitan et Viollet (coord.), 1996\u00a0; Desmarchelier et Rennes (coord.), 2005), \u00ab\u00a0aucune synth\u00e8se sur cette archive pourtant importante des discours de la lutte des femmes pour leurs droits en France, sans parler des autres aires g\u00e9ographiques et culturelles\u00a0\u00bb (Pahud et Paveau, 2017, en ligne). Une explication plausible de ce manque d\u2019int\u00e9r\u00eat ou angle mort serait, \u00e0 notre sens, que le genre constitue une th\u00e9matique dans nombre de discours \u00e0 la topicalit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e\u00a0qui vont l\u2019aborder et le poser en tant que probl\u00e9matique sociale\u00a0; il est donc \u00e9tudi\u00e9 par diff\u00e9rentes entit\u00e9s o\u00f9 il est un sujet parmi tant d\u2019autres et non un enjeu fondamental. Ainsi, verra-t-on le genre analys\u00e9 dans le discours politique, le discours institutionnel, le discours de l\u2019action collective\u2026<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il nous semble que la finalit\u00e9 des discours sur le genre en a noy\u00e9 l\u2019objet. Peut-\u00eatre son caract\u00e8re transversal et vaste lui a-t-il donn\u00e9 un \u00ab\u00a0air diffus\u00a0\u00bb\u00a0? Toujours est-il que les discours sur la femme et g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les activit\u00e9s f\u00e9ministes constituent <em>le point aveugle<\/em> de ce champ disciplinaire (Pahud et Paveau, 2017\u00a0; Coulomb-Gully et Rennes, 2010). Or, le rapport au genre et au f\u00e9minisme s\u2019inscrit dans une perspective \u00e9minemment interactionniste, avec l\u2019homme et la femme comme protagonistes. Dans cet \u00e9lan, le discours, vecteur des syst\u00e8mes de valeurs et des croyances en circulation, participe de l\u2019\u00e9laboration des significations socialement construites et partag\u00e9es. L\u2019on peut supputer qu\u2019il porte les traces s\u00e9mantiques du rapport entre les sexes qui rendent certains actes possibles. En effet, culturellement ancr\u00e9es, ces significations rev\u00eatent une dimension normative dans la mesure o\u00f9 elles orientent et agissent sur les repr\u00e9sentations des locuteurs\u00a0: le genre discursif devient un acte de langage performatif car il proc\u00e8de d\u2019\u00ab\u00a0une s\u00e9rie d\u2019actes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s [\u2026] qui se figent avec le temps de telle sorte qu\u2019ils finissent par produire l\u2019apparence de la substance, un genre naturel de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb (Butler, 2006, p.\u00a0109).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Et l\u2019analyse de <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> dans cette perspective trouve l\u00e0 tout son sens. La diffusion des repr\u00e9sentations du genre avec son corollaire de bicat\u00e9gorisation, de domination, de violence ne proc\u00e8de pas d\u2019une d\u00e9nonciation de plus mais participe au contraire de la d\u00e9construction d\u2019un ordre social \u00e9tabli.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong style=\"font-size: 1em\">Configurations de genre dans le corpus<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse envisage de lire un point de vue sur le genre propos\u00e9 dans une \u0153uvre litt\u00e9raire. Son enjeu n\u2019est pas esth\u00e9tique, encore moins stylistique. L\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire, discours social, est consid\u00e9r\u00e9e comme un point de vue pertinent eu \u00e9gard au th\u00e8me abord\u00e9 mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019identit\u00e9 f\u00e9ministe de son auteure. Dans une parution du <em>Monde Afrique<\/em>, Fran\u00e7oise Alexander, journaliste, pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre et son auteure en ces termes\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano, une \u0153uvre f\u00e9ministe et postcoloniale. L\u2019auteure, originaire du Cameroun croise les r\u00e9cits de quatre femmes adress\u00e9s au m\u00eame homme, o\u00f9 elles lui r\u00e9v\u00e8lent leur sexualit\u00e9 et leur qu\u00eate de f\u00e9minit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> ou qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre une femme\u00a0?<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman pose d\u2019embl\u00e9e la construction du genre comme le si\u00e8ge d\u2019une interaction entre la femme et l\u2019homme. La premi\u00e8re se construit comme telle dans son rapport au second. Les monologues \u00e0 l\u2019intention de Dio, personnage masculin, absent mais pr\u00e9texte pour dire la f\u00e9minit\u00e9, en sont l\u2019expression. \u00catre femme dans cet espace fictionnel, c\u2019est mourir \u00e0 soi pour mieux r\u00e9sister.<\/p>\r\n\r\n<h4 style=\"text-align: justify\">\u00catre femme, c\u2019est mettre \u00e0 mort son c\u0153ur\u2026<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de ces confidences-introspections\u00a0est\u2026 <em>la violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une femme<\/em>. Ixora, compagne de Dio, est molest\u00e9e puis abandonn\u00e9e sous la pluie par ce dernier. La nouvelle, comme un miroir d\u00e9formant, fait surgir des souvenirs, par bribes, et ram\u00e8ne chacune des femmes de sa vie (Madame, sa m\u00e8re\u00a0; Tiki, sa s\u0153ur ; Amandla, son ex-compagne et enfin Ixora, sa compagne) \u00e0 sa propre condition de femme. D\u2019embl\u00e9e, les r\u00e9cits sont marqu\u00e9s par la description d\u2019une atmosph\u00e8re suffocante, lourde, orageuse \u00e0 l\u2019instar du fait qui d\u00e9clenche ces confidences-introspections, la violence conjugale : \u00ab Cet orage de dingue m\u2019envoie ses javelots sur le visage, sur les bleus, les bosses, les marques de ta virilit\u00e9 [\u2026] tu m\u2019as cogn\u00e9e trop fort pour que la douleur subsiste \u00bb (p. 135). L\u2019agitation des \u00e9l\u00e9ments naturels refl\u00e8te l\u2019agitation extr\u00eame dans laquelle les femmes du r\u00e9cit sont plong\u00e9es. La tension fait ressurgir \u00ab les anciens fardeaux, ces blessures souterraines dont on ne gu\u00e9rit pas \u00bb (p. 9). Elle fait sourdre une inqui\u00e9tude angoissante : \u00ab On \u00e9touffe. L\u2019orage approche. [\u2026]. L\u2019air est si \u00e9pais qu\u2019on pourrait le d\u00e9couper en tranches [\u2026] une pens\u00e9e pour toi monte et se loge en moi comme un mauvais pressentiment \u00bb (p. 81-82). Tout un lexique de l\u2019oppression, de la violence irrigue l\u2019adresse \u00e0 un fils, \u00e0 un fr\u00e8re, \u00e0 un amoureux. L\u2019atmosph\u00e8re orageuse ouvre et cl\u00f4t chaque confidence tout comme l\u2019orage pr\u00e9c\u00e8de la pluie r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice ou destructrice. Le discours se veut ainsi f\u00e9cond, opposant voire militant. Il est acte de langage, acte pour d\u00e9noncer la violence sexiste comme mat\u00e9rialit\u00e9 extr\u00eame de la domination des hommes sur les femmes. Cet acte symbolise toutes les formes de violences faites aux femmes et que les <em>gender studies <\/em>et les textes internationaux regroupent sous le vocable <em>\u00ab\u00a0gender based violence\u00a0\u00bb<\/em>. Elles sont prot\u00e9iformes\u00a0: physiques (coups, s\u00e9vices sexuels, viols, mutilations g\u00e9nitales), verbales (injures), psychologiques (mariage et prostitution forc\u00e9s, rapts, non-acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les confidences-introspections de ces femmes-personnages ou personnages f\u00e9minins, \u00eatres de papier, trouvent leur \u00e9cho dans la vraie vie, la vie r\u00e9elle. Les institutions sociales deviennent les lieux sociaux de l\u2019accablement des femmes. Le mariage et les relations amoureuses cristallisent les st\u00e9r\u00e9otypes de domination stigmatis\u00e9s par la violence d\u00e9clin\u00e9e sous diverses formes pernicieuses et qui semblent admises par les femmes elles-m\u00eames. Ce sont l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 : \u00ab il avait dans le viseur une femme en particulier, de bonne famille c\u00f4ti\u00e8re connue pour se passer de sous-v\u00eatements \u00bb (p. 27) ; la peur du spectre de la solitude : \u00ab de me voir finir comme ma m\u00e8re, seule avec mon enfant \u00bb (p. 142) ; et du qu\u2019en dira-t-on qui induisent la fatalit\u00e9 : \u00ab une lutte d\u2019o\u00f9 les femmes ne sortaient pas victorieuses. Leur plaisir d\u00e9pendait de celui d\u2019hommes qui n\u2019\u00e9taient pas des partenaires mais des donneurs d\u2019ordres [\u2026] je venais d\u2019avoir neuf ans, j\u2019entrai dans un conflit de longue dur\u00e9e avec les hommes \u00bb (p. 214-216).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette attitude est reproduite par les gar\u00e7ons pris entre le marteau de la r\u00e9volte devant la passivit\u00e9 maternelle et l\u2019enclume de la l\u00e9gitimit\u00e9 des actes de la figure paternelle\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est moi que tu hais le plus, je crois, de n\u2019avoir pas quitt\u00e9 un homme qui me brutalisait et m\u2019humiliait d\u00e8s qu\u2019il le pouvait\u00a0\u00bb (p. 23)<em>. <\/em>Le genre n\u2019est-il pas construction sociale\u00a0? Dans cet univers de l\u2019oppression, exister en tant que femme \u00e9mane d\u2019un d\u00e9terminisme individuel inscrit dans le paradigme de la r\u00e9sistance puisque \u00ab\u00a0jamais nos a\u00een\u00e9es ne nous approch\u00e8rent pour nous montrer comment nous comporter avec les hommes [\u2026]. Le patriarcat ne s\u00e8me, de par le monde, que des m\u00e2les\u00a0\u00bb (p. 12). Le discours en devient lucide, cru, \u00e0 la limite du cynisme. Les confidences-introspections d\u00e9voilent des femmes d\u00e9cryptant sans faux-fuyant leur condition. Le proc\u00e9d\u00e9 de narration, la polyphonie\/la plurivocit\u00e9 conf\u00e8re \u00e0 leur dit un caract\u00e8re universalisant. Elles sont de conditions sociales, de situations matrimoniales, d\u2019origine et d\u2019\u00e2ge diff\u00e9rents. En somme, des femmes dans leur diversit\u00e9. Et toutes savent que les femmes \u00ab\u00a0abaiss\u00e9es au rang de servantes [\u2026] n\u2019aient plus qu\u2019\u00e0 exister qu\u2019\u00e0 travers la maternit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 13)\u00a0et que la fille est \u00ab\u00a0[\u2026] sans int\u00e9r\u00eat [\u2026] la fille n\u2019est alors qu\u2019ornementale ou utilitaire\u00a0\u00bb (p. 221). Dans un tel contexte, \u00eatre une femme rel\u00e8ve de la survie.<\/p>\r\n\r\n<h4 style=\"text-align: justify\">\u2026 Ou r\u00e9sister<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par la voix de Madame dont le r\u00e9cit ouvre les confidences, les narratrices soulignent le handicap social li\u00e9 \u00e0 l\u2019appartenance au sexe f\u00e9minin\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais nommer l\u2019\u00e9pine qui, log\u00e9e en moi depuis le plus jeune \u00e2ge, est ma torture et ma boussole\u00a0\u00bb (p. 10). La condition de la femme est inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019organisation sociale et il semble que l\u2019on ne puisse rien y faire. Les lieux de cette construction sont identifi\u00e9s. Ainsi, un interdiscours religieux est mis \u00e0 mal. Madame remet en cause le mythe du P\u00e8re cr\u00e9ateur qui fait de Dieu un m\u00e2le : \u00ab\u00a0La M\u00e8re du monde doit faire, en cet instant, quelques discrets gargarismes\u00a0\u00bb (p. 9). La d\u00e9signation <em>M\u00e8re du monde<\/em> avec la majuscule fait de ce personnage un \u00eatre transcendant \u00e0 l\u2019instar du Dieu des religions monoth\u00e9istes. Il est f\u00e9minis\u00e9 et d\u00e9sign\u00e9 par l\u2019une des fonctions sociales de la femme : la maternit\u00e9. En effet, si la fonction de reproduction de l\u2019esp\u00e8ce humaine est d\u00e9volue \u00e0 la femme, pourquoi Dieu serait-il m\u00e2le ? Les \u00c9critures le pr\u00e9sentent comme un esprit et donc asexu\u00e9. Mais l\u2019on ne saurait ignorer que sa mat\u00e9rialisation humaine, pour ce qui concerne les chr\u00e9tiens (\u00ab il a pris chair de la Vierge Marie et s\u2019est fait homme \u00bb) est repr\u00e9sent\u00e9e sous des traits masculins. Il en est de m\u00eame de son genre grammatical, le masculin. Toujours dans le registre religieux, Madame pointe le caract\u00e8re sexiste des Saintes \u00c9critures : \u00ab Dieu n\u2019avait pas eu de fille [\u2026] l\u2019Immacul\u00e9e qu\u2019une proph\u00e9tie avait rendue grosse. Elle non plus n\u2019avait pas eu de fille \u00bb (p. 14-15). Toujours, dans la d\u00e9construction d\u2019un discours l\u00e9gitimant la condition f\u00e9minine, le r\u00e9cit biblique de la Visitation est repris, d\u00e9lest\u00e9 de sa charge spirituelle et pr\u00e9sent\u00e9 comme une l\u00e9gende. La Vierge Marie y est pr\u00e9sent\u00e9e comme une ing\u00e9nue ayant us\u00e9 de subterfuges et de ruse pour prendre les devants face \u00e0 un Joseph \u00ab assis sur ses lauriers \u00bb et se laissant ravir la premi\u00e8re place par une femme \u00ab qui se divinisa, transmit sa condition \u00e0 son fils \u00bb (p.\u00a015).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Deux paradigmes \u00e9manent de cette r\u00e9\u00e9criture\u00a0: celui de la femme rusant pour survivre et celui de la m\u00e8re protectrice. Mais surtout, cette compr\u00e9hension de l\u2019attitude de Marie est programmatique de la r\u00e9sistance des femmes d\u00e9clin\u00e9e par le chapelet de verbes d\u2019action\u00a0: \u00ab\u00a0\u00catre femme, c\u2019est mettre \u00e0 mort son c\u0153ur [\u2026] le museler [\u2026] le dresser [\u2026]. \u00catre femme, en ces parages, c\u2019est \u00e9valuer, sonder, calculer, d\u00e9cider, agir et assumer\u00a0\u00bb (Madame, p. 10). La mise \u00e0 mort du c\u0153ur consiste pour Madame, par exemple, \u00e0 subir en silence la domination de son \u00e9poux et taire ses travers pour l\u2019\u00e9quilibre du foyer, celui de ses enfants et surtout pour faire socialement illusion. La femme, objet de servitude, se cramponne \u00e0 des mirages\u00a0: les enfants \u00e0 l\u2019instar de Madame et d\u2019Ixora, la culture comme le fait Amandla et enfin, au refus de relations suivies et de la maternit\u00e9. Camilla le r\u00e9sume mieux dans le <em>modus vivendi<\/em> \u00e0 l\u2019usage de la gent f\u00e9minine, ci-dessous\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les femmes doivent appara\u00eetre comme des fleurs dont rien ne g\u00e2te la d\u00e9licatesse, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. La plupart d\u00e9couvrent la vie \u00e0 travers une humiliation dont il faut se relever. Apprendre \u00e0 se redresser est la premi\u00e8re le\u00e7on \u00e0 assimiler. \u00catre femme, c\u2019est serrer les dents \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, s\u2019accrocher un sourire sur le visage. C\u2019est endurer chaque instant. Encaisser les coups du mari. Savoir qu\u2019on lui appartient sans le poss\u00e9der. Dans la chambre \u00e0 coucher, elles sont silencieuses. Celles qui braillent sont des satanes. Les femmes doivent donner du plaisir, pas en prendre. Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on leur enseigne la mesure, dans le geste, dans le ton. Ne pas marcher trop vite. Ne pas \u00e9lever la voix. Manger peu en public\u2026 (p. 232)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les consignes ci-dessus sont claires et celles qui les transgresseraient connaissent les risques encourus dans les sph\u00e8res intime et publique. L\u2019interaction entre la femme et l\u2019homme est le lieu d\u2019une souffrance l\u00e9gitim\u00e9e par les institutions sociales ainsi que les r\u00f4les sociaux qui consacrent les paradigmes de la domination et de la dimension essentialiste dans les rapports de genre. Les hommes usent et abusent de cette configuration sociale \u00e0 leur avantage, balafrant ainsi l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des femmes et d\u00e9sagr\u00e9geant par la m\u00eame occasion l\u2019image de ces derni\u00e8res devant leur prog\u00e9niture. Les ascendantes ne sont plus des mod\u00e8les pour la post\u00e9rit\u00e9 qui vit alors sa masculinit\u00e9 comme un handicap, \u00e0 l\u2019instar de Dio et sa f\u00e9minit\u00e9 comme le lieu de d\u00e9ploiement de strat\u00e9gies.<\/p>\r\n\r\n<h4 style=\"text-align: justify\">\u2026 Ou encore transgresser<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La survie de la femme dans un univers oppressif ne signifie pas r\u00e9signation. Dans ce contexte trouble, les narratrices, g\u00e9n\u00e9riquement la femme, se m\u00e9nagent un territoire propre, susceptible de leur procurer joie et bonheur ou, \u00e0 tout le moins, un territoire servant d\u2019\u00e9chappatoire \u00e0 leur condition. Pour chacune des narratrices, ce territoire est synonyme d\u2019une transgression lisible dans diff\u00e9rentes attitudes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chez Ixora, elle se manifeste par un refus, le refus d\u2019\u00e9pouser Dio apr\u00e8s avoir accept\u00e9, pour le bien de son fils et pour fuir la solitude, de le suivre dans son pays\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] j\u2019ai rompu nos fian\u00e7ailles, d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00e9pouser son fils, compris que ma vie \u00e9tait ailleurs, que je souhaitais la vivre apr\u00e8s l\u2019avoir tra\u00een\u00e9e comme un boulet (p. 136).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Leur relation est chaste\u00a0: \u00ab\u00a0Nous savions depuis le d\u00e9but, sans jamais nous le dire, quel \u00e9trange assemblage nous formions, un couple qui ne s\u2019accouple pas\u00a0\u00bb (p. 139).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour donner le change, Ixora habite le r\u00f4le de f\u00e9e du logis sous le regard m\u00e9prisant de Madame, sa belle-m\u00e8re. Ce refus d\u2019\u00e9pouser Dio constitue une transgression dans un contexte o\u00f9 le mariage semble une finalit\u00e9 pour la femme. Et la r\u00e9action est connue, Dio la bat violemment et l\u2019abandonne sous la pluie. Paradoxalement, malgr\u00e9 son \u00e9tat de d\u00e9labrement physique, Ixora en ressent une victoire et m\u00eame de la joie\u00a0: \u00ab\u00a0Le temps s\u2019y pr\u00eate peu, mais j\u2019ai envie de rire [\u2026] c\u2019est une chose idiote, d\u2019ailleurs, qui me met \u00e0 ce point en joie, je me sens libre, m\u00eame \u00e9tendue sur ce sol boueux\u2026\u00a0\u00bb (p. 135). L\u2019exercice p\u00e9rilleux de l\u2019affirmation de soi et de sa volont\u00e9 lui donne le sentiment de r\u00e9orienter sa destin\u00e9e, de prendre sa vie en main\u00a0: \u00ab\u00a0de vivre sa vie au lieu de la subir\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Madame et Tiki, la transgression se manifeste sur le plan sexuel, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019orientation sexuelle. Madame vit une exp\u00e9rience homosexuelle lors de vacances avec ses enfants. La dimension transgressive de cette exp\u00e9rience est double. D\u2019une part, elle constitue une relation adult\u00e8re, une infid\u00e9lit\u00e9 puisque Madame est mari\u00e9e. D\u2019autre part, l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme la norme par rapport \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 qui est encore per\u00e7ue comme une transgression dans plusieurs aires culturelles. Le d\u00e9part d\u2019Eshe, compagne de cette aventure, les pesanteurs sociales ont raison de cet amour transgressif et clandestin auquel Madame suppl\u00e9e la croissance du patrimoine familial\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis devenue une machine de guerre. L\u2019amour avait \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9, ce ne devait pas \u00eatre en pure perte. Je n\u2019ai plus v\u00e9cu que pour faire cro\u00eetre votre patrimoine\u00a0\u00bb (p. 78). L\u00e0 \u00e9galement, la sanction est violente quand son \u00e9poux Amos d\u00e9couvre par personne interpos\u00e9e qu\u2019elle a acquis un bien immobilier. La violence reste le dernier recours de l\u2019homme \u00e0 court d\u2019arguments. Madame est \u00ab\u00a0battue au-del\u00e0 du sens de ce mot\u00a0\u00bb (p. 78) avec des mots sentencieux qui la ram\u00e8nent \u00e0 sa v\u00e9ritable identit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Si je te tue, on ne me fera rien\u00a0\u00bb (p. 78).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Tiki, les malheurs de sa m\u00e8re la brident, surtout qu\u2019un \u00e9pisode d\u2019enfance lui donne le sentiment que sa m\u00e8re subissait la violence des assauts du p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019apparut que l\u2019acte \u00e9tait impos\u00e9 \u00e0 Madame\u00a0\u00bb (p. 216). Elle se refuse \u00e0 entretenir des relations \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb avec les hommes. L\u2019acte sexuel lui appara\u00eet comme une manifestation de la domination de l\u2019homme sur la femme. La transgression r\u00e9side ici dans la recherche du contr\u00f4le de l\u2019acte. Tiki choisit le moment de la perte de sa virginit\u00e9, choisit \u00e9galement le partenaire. Son choix n\u2019est pas guid\u00e9 par l\u2019amour encore moins par l\u2019attraction exerc\u00e9e par un corps. D\u2019ailleurs, le partenaire est pay\u00e9 et l\u2019acte est exp\u00e9ditif, douloureux sans \u00e9treinte ni \u00e9change, le partenaire n\u2019ayant pas le droit de prendre part au co\u00eft.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De toutes les narratrices, Amandla reste celle qui vit l\u2019amour. C\u2019est un personnage libre et passionn\u00e9 par la question de ses origines. Elle fait d\u2019ailleurs le choix de s\u2019installer en Afrique. Dans son attitude, la transgression est lisible dans son statut de ma\u00eetresse. En effet, elle vit une passion tumultueuse avec Mussipo, un homme mari\u00e9. La relation n\u2019est pas orthodoxe mais paradoxalement, elle appara\u00eet la plus \u00e9quilibr\u00e9e des quatre femmes\u00a0<em>: <\/em>\u00ab\u00a0S\u2019adressant \u00e0 celle dont il a le souci, l\u2019inconnu dit muto, femme. Il se pose avant tout comme un homme face \u00e0 elle, ce qui conditionne et f\u00e9conde toutes les modalit\u00e9s de leur relation\u00a0\u00bb (p. 211). Est-ce son attitude libre et ind\u00e9pendante qui lui garantit cette posture de privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0? Mussipo est-il l\u2019exception qui confirme la r\u00e8gle\u00a0? Quoi qu\u2019il en soit, ses dispositions sont porteuses d\u2019esp\u00e9rance pour la probl\u00e9matique du genre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, malgr\u00e9 la domination des hommes qui est g\u00e9n\u00e9ratrice de douleur et d\u2019humiliation, les femmes ne se vivent pas en victimes. Cette condition, elles la vivent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Elles transcendent les st\u00e9r\u00e9otypes pr\u00f4nant la d\u00e9licatesse, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et la fragilit\u00e9 de la gent f\u00e9minine. Entre strat\u00e9gies et silences, elles se r\u00e9v\u00e8lent fortes, r\u00e9sistantes, garantes d\u2019un semblant d\u2019\u00e9quilibre familial. Elles mettent \u00e0 mal l\u2019organisation patriarcale.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme, un g\u00e9ant aux pieds d\u2019argile<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aucun homme n\u2019est pr\u00e9sent dans la narration. Seuls les souvenirs des narratrices leur donnent vie. Les hommes de la vie des narratrices sont pr\u00e9texte \u00e0 convocation de diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations de l\u2019homme : le p\u00e8re, le fils, le fr\u00e8re,\u00a0le conjoint et enfin, l\u2019amant. Le r\u00e9cit fonctionne sur un mode binaire, renvoyant \u00e0 ces diff\u00e9rentes fonctions, leur pendant f\u00e9minin, confortant la construction de l\u2019un des sexes, dans un rapport \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\r\n\r\n<h4 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme\u00a0: le fr\u00e8re<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le corpus, seul le statut de fr\u00e8re donne une repr\u00e9sentation honorable du m\u00e2le. En effet, Tiki pr\u00e9sente son fr\u00e8re Dio comme un ami, un compagnon de jeu et m\u00eame un protecteur : \u00ab C\u2019est toi qui m\u2019as tir\u00e9e de cette paralysie. Tu as cri\u00e9 mon nom depuis la cuisine o\u00f9 Makalando venait de servir ses cr\u00eapes, je me suis affaiss\u00e9e. Tu m\u2019as cherch\u00e9e, trouv\u00e9e l\u00e0. Tu m\u2019as donn\u00e9 une gifle, t\u2019es assur\u00e9 que je revenais \u00e0 moi \u00bb (p. 217). Pour autant, elle reste tr\u00e8s lucide sur les faiblesses de ce dernier : \u00ab De ta part, ce comportement n\u2019a pas \u00e9tonn\u00e9 \u00bb (p. 199). Au demeurant, elle critique l\u2019\u00e9ducation sexu\u00e9e. Certaines d\u00e9rives comportementales de Dio sont analys\u00e9es avec bienveillance par Madame au motif qu\u2019elles participent \u00e0 la construction de son identit\u00e9 masculine. Tout comme l\u2019allusion \u00e0 la sexualit\u00e9 du jeune gar\u00e7on \u00e0 qui l\u2019on conc\u00e8de le droit de d\u00e9couvrir le corps f\u00e9minin par la multiplication d\u2019aventures amoureuses : \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 te permettait, si tel \u00e9tait ton v\u0153u, de p\u00e9n\u00e9trer avec pr\u00e9cocit\u00e9 dans le domaine de la sexualit\u00e9, de jouir sans entraves. \u00c0 moi, elle imposait d\u2019autres approches \u00bb (p. 212). L\u2019enfant m\u00e2le en devient un enfant roi : \u00ab La famille parfaite compte deux enfants, l\u2019a\u00een\u00e9 devant \u00eatre un fils, l\u2019h\u00e9ritier par excellence \u00bb (p. 221), se pr\u00e9parant \u00e0 son statut de dominant dans la relation avec la femme. De plus, des rites tels que celui de la circoncision viennent parachever ce statut. Le gar\u00e7on, \u00e0 l\u2019issue de ce passage initiatique habite son statut d\u2019homme, le pr\u00e9puce \u00e9tant assimil\u00e9 \u00e0 la part f\u00e9minine du masculin tout comme le clitoris chez la femme renvoie, dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, \u00e0 l\u2019aspect masculin de la femme que l\u2019on doit \u00f4ter :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tu venais d\u2019\u00eatre circoncis. Par cette op\u00e9ration, tu \u00e9tais devenu un homme, nos parents l\u2019avaient tous affirm\u00e9. Nous n\u2019avions pas obtenu de r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir comment le fait de t\u2019avoir \u00f4t\u00e9 le pr\u00e9puce te faisait passer du gar\u00e7on \u00e0 l\u2019homme, tu n\u2019avais que huit ans (p. 245).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La soci\u00e9t\u00e9 semble press\u00e9e de faire passer le gar\u00e7on \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Quelles en sont les implications pour la suite de son \u00e9ducation et dans la construction de son identit\u00e9\u00a0? En tout \u00e9tat de cause, la construction du masculin passe par des actes symboliques tels que la circoncision.<\/p>\r\n\r\n<h4 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme\u00a0: le conjoint, le compagnon, l\u2019amant<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La figure du conjoint est celle o\u00f9 l\u2019homme appara\u00eet dans toutes ses fragilit\u00e9s. Le rapport hi\u00e9rarchique y est exprim\u00e9 et exacerb\u00e9. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 du mythe de l\u2019homme puissant, responsable et protecteur s\u2019y construit un absent chez qui la violence verbale ou physique constitue le mode de communication privil\u00e9gi\u00e9. Amos, par exemple, ne manque pas une occasion d\u2019humilier son \u00e9pouse. Il multiplie les infid\u00e9lit\u00e9s, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 s\u00e9duire des femmes en sa pr\u00e9sence. Il profite sans vergogne de son aisance financi\u00e8re et des investissements :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sa nature ne le pr\u00e9disposait pas \u00e0 l\u2019effort.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019\u00e9puisait sit\u00f4t qu\u2019il avait mis en route un projet, ne trouvant d\u2019excitation que dans les commencements [\u2026] la fortune, la tranquillit\u00e9 mat\u00e9rielle, c\u2019est moi qui les ai apport\u00e9s \u00e0 mon \u00e9poux dont le talent n\u2019est pas de gagner de l\u2019argent mais de jouir (p. 26).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au contraire, Madame est violemment battue pour avoir os\u00e9 acqu\u00e9rir un bien immobilier sans se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 lui tout comme Ixora est battue lorsqu\u2019elle ose rompre ses fian\u00e7ailles. De m\u00eame, le caract\u00e8re ind\u00e9pendant d\u2019Amandla pose probl\u00e8me \u00e0 Dio qui finit par la quitter. L\u2019homme est celui qui fragilise l\u2019\u00e9quilibre familial. Dans un rapport o\u00f9 elle est \u00e9tablie dans son essence, l\u2019identit\u00e9 masculine est une fin en soi, l\u2019effort supr\u00eame se limitant \u00e0 ce chromosome Y qui d\u00e9termine la suite \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la femme dont le X appara\u00eet comme une mal\u00e9diction dont elle doit <em>ad vitam \u00e6ternam<\/em> chercher \u00e0 se d\u00e9partir. La relation entre conjoints est entrav\u00e9e par un biais\u00a0: l\u2019existence sociale du f\u00e9minin n\u2019est av\u00e9r\u00e9e qu\u2019avec l\u2019assentiment du masculin. Les fonctions fondatrices de l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine telles que pr\u00e9sent\u00e9es par le corpus \u2013 le mariage et la reproduction \u2013 ne peuvent \u00eatre tenues sans lui.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale est hypocrite dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>. Le masculin a tous les droits et m\u00eame, le droit de mort sur la femme. Malheureusement, dans une configuration dominant\/domin\u00e9, la prog\u00e9niture \u00e0 l\u2019instar de Tiki et Dio se projette dans l\u2019un ou l\u2019autre, dominant ou domin\u00e9 reproduisant l\u2019attitude de l\u2019un ou l\u2019autre parent, situation que Tiki r\u00e9sume en ces termes : \u00ab Ma sexualit\u00e9 hors norme r\u00e9sulte de la mani\u00e8re dont ma psych\u00e9 r\u00e9gurgite ce qui nous fut offert dans la grande maison. J\u2019y vois mon h\u00e9ritage, mon patrimoine trouble, et ne cherche nulle part de r\u00e9confort \u00bb (p. 279). Il en ressort une perp\u00e9tuation des sc\u00e9narios de vie dans un sch\u00e9ma qu\u2019ils r\u00e9prouvent pourtant, de m\u00eame qu\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre psychologique : \u00ab ma sexualit\u00e9 hors norme \u00bb dit Tiki. Chez Dio qui se r\u00e9v\u00e8le incapable de se prendre en charge, il subsiste comme une fl\u00e9trissure familiale, \u00ab l\u2019esp\u00e8ce de malfa\u00e7on qui suit le sang des tiens \u00bb (p. 138) qu\u2019il pense conjurer en adoptant Kabral, le fils de son ami. La relation conjugale, \u00e0 notre sens, est celle qui reste la plus marqu\u00e9e par le rapport vertical entre l\u2019homme et la femme. Elle se construit sur le paradigme de la soumission de la femme \u00e0 l\u2019homme, dans une mise sous tutelle prescrite aussi bien par les coutumes que par les religions. En tant que creuset de la s\u00e9dimentation de la domination li\u00e9e au genre, elle est celle qui g\u00e9n\u00e8re violences, souffrances et humiliations chez les femmes. Elle est distante entre le p\u00e8re et la fille et horizontale entre le fr\u00e8re et la s\u0153ur qui sont des compagnons de jeux. \u00c0 ce niveau, les diff\u00e9rences viendraient des privil\u00e8ges et libert\u00e9s que les parents conc\u00e8dent \u00e0 leur enfant de sexe masculin devant celui de sexe f\u00e9minin.<\/p>\r\n\r\n<h4 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme\u00a0: le p\u00e8re<\/h4>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, une autre image reste celle du p\u00e8re. Livia Lesel (1996) parle de p\u00e8re oblit\u00e9r\u00e9, ceux du corpus \u00e9tant absents et irresponsables. L\u2019implication du p\u00e8re dans l\u2019\u00e9ducation de ses enfants reste un chapitre peu document\u00e9 par les narratrices. L\u2019on ne mentionne pas les relations \u00e0 la prog\u00e9niture. Madame, par exemple, voue une grande admiration \u00e0 son p\u00e8re, notable sur leur c\u00f4te. Elle lui semble reconnaissante pour le rang social qu\u2019il lui transmet et pour l\u2019h\u00e9ritage. La biographie de ce dernier est narr\u00e9e avec force d\u00e9tails mais aucune mention sur la relation entretenue avec lui. Amandla et Ixora n\u2019ont pas cette chance. La premi\u00e8re n\u2019a pas connu son p\u00e8re et a de la peine \u00e0 comprendre l\u2019amour que sa m\u00e8re voue \u00e0 ce \u00ab\u00a0n\u00e8gre \u00e0 peau claire qui ravageait le c\u0153ur des femmes\u00a0\u00bb (p. 104). Sa m\u00e8re, en effet, a v\u00e9cu dans le souvenir de ce dernier, prenant soin des souvenirs abandonn\u00e9s apr\u00e8s son d\u00e9part. Amandla sera donc \u00e9duqu\u00e9e par sa m\u00e8re qui l\u2019entra\u00eenera dans sa recherche de soi, sur le parcours des esclaves africains d\u00e9port\u00e9s. Elle s\u2019installe donc sur la c\u00f4te chez Dio pour parachever cette qu\u00eate et instruire les jeunes g\u00e9n\u00e9rations sur leur vraie histoire. La situation d\u2019Ixora est diff\u00e9rente. Fruit d\u2019amours adult\u00e8res, elle conna\u00eet son p\u00e8re sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnue\u00a0: \u00ab\u00a0On ne refuse pas un enfant disait-il, sans jamais me reconna\u00eetre vraiment comme sa fille [\u2026] il avait cess\u00e9 de voir ma m\u00e8re sit\u00f4t la grossesse annonc\u00e9e, mais pas de faire le n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb (p. 145). Elle porte le manque affectif d\u2019un enfant qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9sir\u00e9 mais dont on doit s\u2019occuper. Elle semble rechercher chez un compagnon, une aptitude \u00e0 combler ce manque, puis celle \u00e0 donner \u00e0 son fils Kabral, ce p\u00e8re qu\u2019elle n\u2019aura pas eu. Le corpus donne \u00e0 lire des p\u00e8res \u00e0 la figure balafr\u00e9e, confin\u00e9s dans le statut de g\u00e9niteur. La question des p\u00e8res n\u2019est pas le centre des r\u00e9cits mais, semble-t-il, leur posture vis-\u00e0-vis de leur prog\u00e9niture n\u2019est pas sans cons\u00e9quences. Les familles \u00e9voluent dans des configurations matricentr\u00e9es ou matrifocales (p. 207), les enfants \u00e9tant \u00e0 la charge exclusive de la m\u00e8re, la confirmant et la confinant \u00e0 la gestion de la sph\u00e8re domestique. Au mieux, la fonction du p\u00e8re s\u2019arr\u00eate aux consid\u00e9rations p\u00e9cuniaires\u00a0: \u00ab\u00a0faire le n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. La r\u00e9it\u00e9ration de l\u2019\u00e9vocation du p\u00e8re dans le r\u00e9cit des femmes\u00a0: p\u00e8re int\u00e8gre mais distant pour madame, p\u00e8re inconnu pour Amandla, p\u00e8re absent pour Ixora et p\u00e8re violent pour Tiki, met en \u00e9vidence, paradoxalement, l\u2019importance de celui-ci dans la construction des enfants. Le choix d\u2019Ixora de vivre une vie chaste avec Dio en est un exemple.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, la lecture de <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> met \u00e0 mal la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019homme en tant que dominant. En effet, alors que la soci\u00e9t\u00e9 met en place un cadre d\u2019imposition de ce statut, les diff\u00e9rents personnages \u00e9voqu\u00e9s apparaissent fragiles, immatures, irresponsables\u2026 dans les diff\u00e9rentes fonctions sociales de l\u2019homme. Ce sont des conjoints violents et volages. Ce sont des p\u00e8res oblit\u00e9r\u00e9s c\u2019est-\u00e0-dire inconnus, absents et distants, en rupture avec la repr\u00e9sentation de l\u2019homme fort, puissant et protecteur.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong style=\"font-size: 1em\">Pour une approche interculturelle du genre<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le point de vue pr\u00e9sent\u00e9 par L\u00e9onora Miano se situe, sans surprise, dans la perspective de la litt\u00e9rature africaine d\u2019ob\u00e9dience f\u00e9ministe. \u00c0 l\u2019instar d\u2019auteures telle Calixthe Beyala, le discours se veut cru, voire violent. Hommes et femmes y sont d\u00e9peints et d\u00e9voil\u00e9s sans ambages dans leurs fragilit\u00e9s et leurs faiblesses. Le sexe est appr\u00e9hend\u00e9 comme un instrument d\u2019asservissement de la femme dont la libert\u00e9 passe par l\u2019\u00e9masculation symbolique des hommes. Pourtant<em>, Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>franchit un palier. Si l\u2019\u0153uvre confirme les repr\u00e9sentations de l\u2019homme et de la femme dans le roman africain f\u00e9ministe d\u2019expression fran\u00e7aise, elle initie \u00e9galement une qu\u00eate du sens de l\u2019organisation sexu\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9. Ins\u00e9rant \u00ab\u00a0la petite histoire dans la grande\u00a0\u00bb (quatri\u00e8me de couverture), elle croise la probl\u00e9matique genre avec d\u2019autres lieux d\u2019exercice du pouvoir int\u00e9grant une perspective intersectionnelle. Et la fragilit\u00e9 des hommes y trouve son sens. En effet, la capitulation de l\u2019homme africain devant les diff\u00e9rentes dominations (esclavage, colonisation et n\u00e9ocolonisation) et l\u2019abandon de valeurs traditionnelles et spirituelles semblent une piste d\u2019explication. Madame le dit mieux que nous\u00a0: \u00ab\u00a0Leurs p\u00e8res s\u2019automutil\u00e8rent en se laissant corrompre par la pauvret\u00e9 de spiritualit\u00e9s pour lesquelles la spiritualit\u00e9 \u00e9tait masculine donc incompl\u00e8te\u00a0\u00bb (p. 12). Le tourment provient d\u2019une histoire falsifi\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u2019existences qui sont des questions sans r\u00e9ponses\u00a0\u00bb (p. 14).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019homme noir appara\u00eet perdu et sans rep\u00e8res, en qu\u00eate identitaire et dans une posture d\u2019assimil\u00e9. La domination de la femme vient alors combler la \u00ab\u00a0b\u00e9ance\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0vacuit\u00e9\u00a0\u00bb de son existence comme pour la punir de sa d\u00e9fection\u00a0: \u00ab\u00a0Si les p\u00e8res de ceux qui devaient \u00eatre nos hommes se sont \u00e0 ce point \u00e9gar\u00e9s, faut-il que les femmes leur aient fait d\u00e9faut\u00a0\u00bb (p. 13).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Parvenant \u00e0 cette justification, l\u2019\u0153uvre pr\u00e9conise une <em>appr\u00e9hension interculturelle du genre.<\/em> L\u2019\u00e9galit\u00e9 entre l\u2019homme et la femme est d\u2019ordre essentialiste\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019univers s\u2019appuie sur ces deux \u00e9nergies\u00a0\u00bb (p. 13). Dans ce contexte, si le retour aux sources et aux valeurs traditionnelles africaines reste la finalit\u00e9 ultime, les identit\u00e9s \u00e9charp\u00e9es des hommes et des femmes subsument leur compl\u00e9mentarit\u00e9 et les encouragent \u00e0 se voir comme des <em>alter ego<\/em>, l\u2019autre Moi dans une qu\u00eate commune : \u00ab Sauver l\u2019avenir \u00bb par la \u00ab r\u00e9appropriation de nous-m\u00eames \u00bb (p. 84). Ces entreprises de reconstruction passent par la red\u00e9couverte mutuelle de l\u2019homme et de la femme puis de l\u2019intercompr\u00e9hension. L\u2019appr\u00e9hension de la diff\u00e9rence ne devrait pas se faire d\u2019un point de vue axiologique mais plut\u00f4t objectif de sorte que les diff\u00e9rences physiques, physiologiques et psychiques ne soient pas des pr\u00e9textes pour inscrire la relation dans un rapport vertical mais bien horizontal o\u00f9 le masculin et le f\u00e9minin sont pos\u00e9s en tant que sujets. Poser autrui comme un sujet, c\u2019est interagir avec lui de sorte que dans un rapport dialogique, \u00ab je \u00bb et \u00ab tu \u00bb se reconnaissent mutuellement. L\u2019interaction est engag\u00e9e par la prise de parole des diff\u00e9rentes femmes, celles qui sont dans la posture basse et qui revendiquent une meilleure situation. Elles le font, non frontalement, dans une confrontation mais dans la recherche d\u2019une compl\u00e9mentarit\u00e9. \u00c0 la fin des r\u00e9cits, les repr\u00e9sentations sont d\u00e9construites. L\u2019homme puissant, responsable et protecteur appara\u00eet dans toutes ses fragilit\u00e9s et la femme faible et fragile se r\u00e9v\u00e8le forte. Le discours engage un travail de d\u00e9construction\/reconstruction des imaginaires en circulation. Les textes de loi et les d\u00e9cisions institutionnelles ont contribu\u00e9 \u00e0 de grandes avanc\u00e9es, l\u2019on ne saurait le nier, sur la condition de la femme. Mais beaucoup reste \u00e0 faire. Le caract\u00e8re transgressif des actes d\u2019affranchissement des narratrices d\u00e9montre la vacuit\u00e9 de toute tentative d\u2019interversion de l\u2019ordre social en dehors du dialogue avec l\u2019homme. Pour exemple, comme le corpus le montre, ce dernier en tant que p\u00e8re et compagnon de vie participe \u00e0 fa\u00e7onner l\u2019image de soi et l\u2019identit\u00e9 de la fille tout comme celle du gar\u00e7on, tant par sa pr\u00e9sence que par son absence. Et on la per\u00e7oit bien, cette influence de l\u2019homme. D\u2019ailleurs, tous les personnages de l\u2019\u0153uvre, les narratrices aussi bien que ceux \u00e9voqu\u00e9s vivent mal l\u2019organisation \u00ab genr\u00e9e \u00bb telle qu\u2019elle y est d\u00e9crite. Le dialogue participerait de l\u2019\u00e9laboration d\u2019un contre-discours productif au sens o\u00f9, il admettrait la femme comme l\u2019\u00e9gale de l\u2019homme, l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 de cette derni\u00e8re constituant une pr\u00e9misse essentielle (Todorov, 1982) d\u2019une organisation sociale de la domination. Le dialogue implique une surd\u00e9termination individuelle et la r\u00e9demption du f\u00e9minin viendra tr\u00e8s certainement de la conjonction et de la convergence de discours issus de ces dialogues. Et l\u2019auteure, L\u00e9onora Miano, l\u2019a bien compris qui explique le monde, son monde par le r\u00e9cit au lieu de l\u2019argumentation logique. Le r\u00e9cit polyphonique est une invitation pour le lecteur ou la lectrice \u00e0 rechercher et \u00e0 red\u00e9couvrir son <em>alter ego<\/em> et enfin \u00e0 l\u2019assumer malgr\u00e9 les d\u00e9terminations sociales et culturelles. Rechercher, d\u00e9couvrir et comprendre le masculin et\/ou le f\u00e9minin et, au-del\u00e0, comprendre la diff\u00e9rence et donc l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ; la croissance de l\u2019Homme en d\u00e9pend :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On peut d\u00e9couvrir les autres en soi, se rendre compte de ce qu\u2019on n\u2019est pas une substance homog\u00e8ne, et radicalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout ce qui n\u2019est pas soi\u00a0: je est autre. Mais les autres sont des je aussi\u00a0: des sujets comme moi, que seul mon point de vue, pour lequel tous sont l\u00e0-bas et je suis seul ici, s\u00e9pare et distingue vraiment de moi\u00a0(Todorov, 1982, p. 11).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On l\u2019aura compris, <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, en croisant destins individuel et collectif au sein du paradigme de la domination, reconfigure les relations humaines, pointant la dimension sociale de l\u2019homme en sa perp\u00e9tuelle qu\u00eate de compr\u00e9hension de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, de la diff\u00e9rence et de la diversit\u00e9. Et cette qu\u00eate, pour qu\u2019elle n\u2019induise pas domination et donc destruction, n\u00e9cessite de poser \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb comme un sujet\u00a0: la rencontre n\u2019est possible qu\u2019\u00e0 ce prix.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>En guise de conclusion\u2026. <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> ou de la domination<\/strong><\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La critique a accueilli <em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>comme une \u0153uvre f\u00e9ministe, c'est-\u00e0-dire participant d\u2019un mouvement de lutte pour l\u2019am\u00e9lioration et l\u2019extension des droits de la femme. Il est clair que la situation peu enviable des narratrices pr\u00e9sent\u00e9es dans le corpus interroge. Ces derni\u00e8res posent, en effet, sur leur condition et sur celle de l\u2019homme, un regard r\u00e9aliste voire extralucide. Le sexe de l\u2019enfant gouverne les choix et les attitudes \u00e0 son endroit de m\u00eame qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re des attentes sociales. Les repr\u00e9sentations discursives de l\u2019une et de l\u2019autre se r\u00e9v\u00e8lent sans surprises dans le contexte du roman africain d\u2019expression fran\u00e7aise. Elles le sont \u00e9galement dans le contexte social africain m\u00eame si, on l\u2019aura compris, la fiction autorise la projection de visions st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et exub\u00e9rantes de cette condition. Pour autant, transcendant la vision dialectique et hi\u00e9rarchique du genre, et par extrapolation des hommes et des cultures, <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> pr\u00f4ne la rencontre\u00a0: celle de l\u2019homme et de la femme, celle des peuples, des cultures, des religions, en somme une appr\u00e9hension interculturelle des rapports humains. Dans ce sens, l\u2019Homme (masculin et f\u00e9minin) s\u2019\u00e9panouirait dans sa qu\u00eate somme toute perp\u00e9tuelle de compr\u00e9hension de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et donc d\u2019int\u00e9gration de la diff\u00e9rence.<\/p>\r\n\r\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Alexander, Fran\u00e7oise. 2016 \u00ab\u00a0\u201cCr\u00e9puscule du tourment\u201d de L\u00e9onora Miano, une \u0153uvre f\u00e9ministe et postcoloniale\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2016\/08\/24\/crepuscule-du-tourment-de-leonora-miano-une-uvre-feministe-et-postcoloniale_4987125_3212.html\">http:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2016\/08\/24\/crepuscule-du-tourment-de-leonora-miano-une-uvre-feministe-et-postcoloniale_4987125_3212.html<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beauvoir (de), Simone. 1949. <em>Le deuxi\u00e8me sexe.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Butler, Judith. 2006. <em>Trouble dans le genre. Le f\u00e9minisme et la subversion de l'identit\u00e9<\/em> (traduit de l\u2019anglais am\u00e9ricain par Cynthia Kraus). Paris\u00a0: La d\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Capitan, Colette, Viollet, Catherine (coord.). 1996. <em>Textes et sexes. Mots<\/em> 49, <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/issue\/mots_0243-6450_1996_num_49_1\">https:\/\/www.persee.fr\/issue\/mots_0243-6450_1996_num_49_1<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulomb-Gully, Marl\u00e8ne, Rennes, Juliette. 2010. \u00ab Genre, politique et analyse du discours. Une tradition \u00e9pist\u00e9mologique fran\u00e7aise gender blind \u00bb, <em>Mots. Les langages du politique<\/em> 94, p. 175-182. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.19883\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.19883<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Desmarchelier, Dominique, Rennes, Juliette (coord.). 2005. <em>Usages politiques du genre<\/em>. <em>Mots. Les langages du politique<\/em>\u00a078. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.67\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.67<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Despentes, Virginie. 2006.\u00a0<em>King Kong Th\u00e9orie<\/em>. Paris\u00a0: Le livre de poche.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Greco, Luca. 2014. \u00ab\u00a0Les recherches linguistiques sur le genre\u00a0: un \u00e9tat de l\u2019art\u00a0\u00bb, <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em> 148, p. 11-29. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/ls.148.0011\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/ls.148.0011<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lesel, Livia<em>. <\/em>1995<em>. Le p\u00e8re oblit\u00e9r\u00e9. Chronique antillaise d\u2019une illusion<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2004.\u00a0<em>Le discours litt\u00e9raire. Paratopie et sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mazi\u00e8re, Francine. 2005. <em>L\u2019analyse du discours. Histoire et pratiques<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pahud, St\u00e9phanie. 2009. <em>Variations publicitaires sur le genre. Une analyse linguistique des repr\u00e9sentations publicitaires du f\u00e9minin et du masculin<\/em>. Neuch\u00e2tel\u00a0: Arttesia.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pahud, St\u00e9phanie, Paveau, Marie-Anne. 2017. \u00ab\u00a0Nouvelles argumentations f\u00e9ministes. Donn\u00e9es empiriques et th\u00e9orisations\u00a0\u00bb, <em>Argumentation et analyse du discours <\/em>18, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.2305\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.2305<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Todorov, Tzevan. 1982. <em>La conqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique. La question de l\u2019autre<\/em>, Paris\u00a0: Seuil.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une analyse du genre met en pr\u00e9sence deux acteurs, l\u2019homme et la femme dans une interaction verticale o\u00f9 l\u2019homme est en position dominante. Dans le discours, l\u2019exercice consiste \u00e0 identifier les indices discursifs mat\u00e9rialisant les rapports sociaux de sexes. L\u2019analyse se fonde sur le postulat que le discours participe de la diss\u00e9mination et de la consolidation des repr\u00e9sentations. De l\u00e0, il constitue une voie d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9e pour la compr\u00e9hension de la soci\u00e9t\u00e9. <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de l\u2019auteure f\u00e9ministe L\u00e9onora Miano propose un kal\u00e9idoscope des diff\u00e9rentes figures qui \u00e9lucident les identit\u00e9s sociales. La diffusion des repr\u00e9sentations du genre avec son corollaire de bicat\u00e9gorisation, de domination, de violence proc\u00e8de ainsi de la d\u00e9construction d\u2019un ordre social \u00e9tabli. <em>In fine<\/em>, ces repr\u00e9sentations d\u00e9bouchent sur une appr\u00e9hension de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, dans une perspective interculturelle, finalit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/afrique\/\">Afrique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/alterite\/\">Alt\u00e9rit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/domination\/\">Domination<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/feminin\/\">F\u00e9minin<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/genre\/\">Genre<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/interculturalite\/\">Interculturalit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/masculin\/\">Masculin<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Gender analysis involves two actors, the man and the woman, in a vertical interaction in which the man is in a dominant position. In the discourse, the exercise consists in identifying the discursive indices that materialise the social relations between the sexes. The analysis is based on the premise that discourse plays a part in the dissemination and consolidation of representations. As such, it is a privileged gateway to understanding society. <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> by feminist author L\u00e9onora Miano offers a kaleidoscope of the different figures that elucidate social identities. The spread of gender representations, with their corollaries of bicategorisation, domination and violence, is part of the deconstruction of an established social order. Ultimately, these representations lead to an understanding of otherness, from an intercultural perspective, which is the aim of the work.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/africa\/\">Africa<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/domination\/\">Domination<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/female\/\">Female<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/gender\/\">Gender<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/interculturality\/\">Interculturality<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/male\/\">Male<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/otherness\/\">Otherness<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (Godie\u0301)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nglo\u0323 ya ngadi so\u0323 a la wali\u0308 mo\u0308 gbazi\u0308li\u0308 sole anyi\u0308 nylan ngadi ka o\u0323 kamane\u0323 nglo\u0323n po\u0308po\u0308 no\u0308 mli\u0308. Nglo\u0323 aya ngadi so\u0323 la mo\u0302sali\u0308 ta wlo\u0308o\u0308n. Nglo\u0323n ka ci na a yi so\u0323o\u0323 nylan nglko\u0323 o\u0323 ci la. Ngadi ma o\u0323 ka ci na, a yi so\u0323o\u0323 nylan ngadi ci la. I\u0308 sane\u0323 zo\u0323n nylan, ma so\u0323 la cili\u0308 ta ce\u0308bhlo pli\u0308. Wali\u0308ni\u0308 la mo\u0308gbazi\u0308li\u0308 sane\u0323 zo\u0323n nylan, cili\u0308 ni\u0308 mli\u0308, nyi\u0308kpo\u0323 nyi\u0308kpo\u0323 yi o\u0323 la sako\u0308da. Nglo\u0323 ka sama o\u0323 ne\u0323 la na yi\u0308 ngadi ma o\u0323 ka sama o\u0323 ne\u0323 la na. Nyi\u0308kpo\u0323 nyi\u0308kpo\u0323 yi o\u0323 la bhloon da. Mi\u0308i\u0308 ka ngli\u0308 yi\u0308 nunuli\u0308 ko\u0308 la. Leonola Mi\u0308ano\u0308 o\u0323 la bo\u0323go\u0308 a kpene la Kugbe\u0308 la klo\u0308i\u0308 ka bhi\u0308a na, o\u0308 sole anyi\u0308 nylan, a ka sako\u0308 na, a yibhe so\u0323 nylan lo\u0308lo\u0308 ka o\u0308 la paanli\u0308 po\u0308po\u0308 no\u0308 mli\u0308. Nglo\u0323n ya ngadi so\u0323 la yoku la wali\u0308 ta ko\u0308 ngo\u0308a nylan a gama ni\u0308 ko\u0308. A sansan ni\u0308 mli\u0308 aya po\u0308po\u0308 ka so\u0323o\u0323 yibhe. A ki\u0308 yo\u0323lo\u0308 ko\u0308 plan na, i\u0308 gli\u0308 wali\u0308 la ni\u0308mi\u0308 i\u0308 yi la po\u0308po\u0308n wlululuo na. Bhi\u0308e\u0323n da, Leonola Mi\u0308ano\u0308 la bo\u0323go\u0308o\u0308 sole anyi\u0308 nylan, nglo\u0323 ya ngadi so\u0323 la paan no\u0308no\u0308gbi\u0308 ngo\u0308a ko\u0308 ma ngo\u0308nngo\u0308nli\u0308 ko\u0308i\u0308 mli\u0308.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (Godie\u0301)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/kamanli%cc%88\/\">kamanli\u0308<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/ngadi\/\">ngadi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/nglo%cc%a3\/\">nglo\u0323<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/ngo%cc%88nngo%cc%88li%cc%88\/\">ngo\u0308nngo\u0308li\u0308<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/no%cc%88no%cc%88gbi%cc%88\/\">no\u0308no\u0308gbi\u0308<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>10 octobre 2023<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Discours et genre sont des constructions sociales. Le premier, mat\u00e9rialisation de la langue, contribue \u00e0 la transmission, \u00e0 la diffusion, \u00e0 l\u2019impl\u00e9mentation et \u00e0 la cristallisation des repr\u00e9sentations et st\u00e9r\u00e9otypes li\u00e9s au second, le genre. Le discours est un mode d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 pour comprendre la soci\u00e9t\u00e9, les id\u00e9ologies en circulation, les croyances, les repr\u00e9sentations. Il se pr\u00e9sente comme le lieu de l\u2019expression d\u2019une vision singuli\u00e8re du monde mais \u00e9galement comme \u00ab\u00a0la manifestation attest\u00e9e d\u2019une surd\u00e9termination collective de la parole individuelle\u00a0\u00bb (Mazi\u00e8re, 2005, p. 9). Le discours litt\u00e9raire n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette acception. En tant qu\u2019activit\u00e9 sociale, il est le produit d\u2019une imbrication entre le texte et son contexte et participe des discours sur le monde avec une sc\u00e9nographie sp\u00e9cifique (Maingueneau, 2004).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre contribution s\u2019inspire de ce postulat et envisage, \u00e0 l\u2019aune de l\u2019Analyse du Discours (d\u00e9sormais AD), d\u2019\u00e9tudier les repr\u00e9sentations du genre dans l\u2019\u0153uvre <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano<a class=\"footnote\" title=\"L\u00e9onora Miano, 2016. Cr\u00e9puscule du tourment. Paris : Bernard Grasset.\" id=\"return-footnote-311-1\" href=\"#footnote-311-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Elle prend le pr\u00e9texte du r\u00e9cit pour initier une r\u00e9flexion sur cette probl\u00e9matique. Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre une femme\u00a0? Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un homme\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une analyse bas\u00e9e sur le concept de genre, <em>gender<\/em> en anglais, confronte l\u2019homme et la femme dans une interaction verticale o\u00f9 l\u2019homme est en position dominante. L\u2019exercice consistera \u00e0 identifier les proc\u00e9d\u00e9s de mod\u00e9lisation de la domination masculine dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00ab\u00a0genr\u00e8mes\u00a0\u00bb, marques concr\u00e8tes des rapports sociaux fond\u00e9s sur les diff\u00e9rences per\u00e7ues entre les sexes dans le discours. C\u2019est une activit\u00e9 pertinente, \u00e0 notre sens, pour saisir le sens de ces rapports de pouvoir et produire un contre-discours productif. Ainsi, le genre discursif sera questionn\u00e9 du point de vue de sa pertinence dans le champ des sciences du langage au sens large, et sp\u00e9cifiquement de l\u2019AD. Puis, l\u2019analyse tentera de saisir la d\u00e9finition de la femme et de l\u2019homme dans le discours. Enfin, elle proposera une construction s\u00e9mantique du genre dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong style=\"font-size: 1em\">Le genre en linguistique : un objet d\u2019analyse pertinent ?<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Une telle analyse requiert un certain nombre de pr\u00e9cisions \u00e9pist\u00e9mologiques qui constituent les r\u00e9ponses aux questions suivantes\u00a0: qu\u2019est-ce que le genre\u00a0? Quelles sont ses caract\u00e9ristiques\u00a0? Quels rapports entretient-il avec les concepts de f\u00e9minisme\u00a0et de sexe\u00a0? Et enfin, quel est l\u2019\u00e9tat de la recherche sur le genre dans les sciences du langage (Greco, 2014), en AD ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, la pr\u00e9sente section mettra en relief la dimension plurielle du genre en tant qu\u2019objet social, linguistique, discursif.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le genre, une construction sociale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les pr\u00e9occupations d\u2019\u00e9galit\u00e9 de sexe se posent concomitamment \u00e0 celles sur les droits universels, \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Pahud, 2009, p. 31). Puis, Beauvoir (1949) fustige le f\u00e9minin et le masculin en tant que constructions sociales, inspirant le f\u00e9minisme radical dans les ann\u00e9es 1960. Pourtant, \u00ab ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 que les \u00e9tudes f\u00e9ministes prennent vraiment racine, sur le terreau du mouvement social f\u00e9ministe de la deuxi\u00e8me vague, responsable d\u2019une remise en cause globale du syst\u00e8me patriarcal \u00bb (Pahud, 2009, p. 32). Dans la m\u00eame p\u00e9riode, aux USA, le \u00ab <em>gender\u00a0<\/em>\u00bb fait son apparition dans les sciences sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le genre est un objet d\u2019\u00e9tude transversal qui s\u2019int\u00e9resse aux fonctions sociales des individus en relation avec leur sexe. Il remet en cause le caract\u00e8re naturel des fonctions sexu\u00e9es. Il constitue un vaste champ de recherches regroup\u00e9es sous le vocable \u00ab\u00a0<em>gender studies<\/em>\u00a0\u00bb. Le genre est une construction sociale, \u00e9labor\u00e9e dans un double mouvement vertical et horizontal. En effet, les attendus sociaux de f\u00e9minit\u00e9 et de masculinit\u00e9 sont forg\u00e9s dans un rapport dichotomique liant la compr\u00e9hension des unes \u00e0 celle des autres. La femme et l\u2019homme se construisent en tant que tels, l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre dans une relation d\u00e9ontique. En outre, l\u2019opposition entre le masculin et le f\u00e9minin s\u2019inscrit dans un rapport hi\u00e9rarchique, le masculin \u00e9tant le dominant et le f\u00e9minin, le domin\u00e9. Le genre en soi est alors oppressif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, entre les concepts de genre et de f\u00e9minisme, le premier semble une version moins radicale du second. En effet, le f\u00e9minisme r\u00e9f\u00e8re aux luttes et revendications pour l\u2019am\u00e9lioration de la condition des femmes, pour la r\u00e9duction voire l\u2019inversion du rapport hi\u00e9rarchique jusqu\u2019ici \u00e0 l\u2019avantage des hommes. Le genre postule une prise en compte du f\u00e9minin et du masculin, inscrivant <em>de facto<\/em> la lutte f\u00e9ministe dans une dynamique collaborative. En effet, l\u2019\u00e9volution des repr\u00e9sentations sociales du f\u00e9minin ne saura ignorer le masculin car\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le f\u00e9minisme est une aventure collective, pour les hommes, et pour les autres. Une r\u00e9volution bien en marche. Une vision du monde. Un choix. Il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l\u2019air (Despentes cit\u00e9e par Pahud et Paveau, 2017, en ligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, une \u00e9tude du genre s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont on devient femme ou homme dans un espace donn\u00e9. Mais surtout, cela revient \u00e0 s\u2019interroger sur le sens que rev\u00eat le syntagme \u00ab \u00eatre une femme ou un homme \u00bb de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et dans un contexte sp\u00e9cifique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Analyse linguistique, discursive et genre<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En sciences du langage, les recherches sur le genre restent anecdotiques. Dans une contribution d\u00e9di\u00e9e \u00e0 un \u00e9tat des lieux des recherches linguistiques sur le genre, Greco souligne un vide de la dimension langagi\u00e8re dans ce champ, surtout dans l\u2019espace francophone. Le monde anglophone, une fois encore, est pionnier en la mati\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le domaine [\u2026] na\u00eet aux Etats-Unis, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berkeley en 1973, date \u00e0 laquelle la f\u00e9ministe et linguiste Lakoff publie un article pour <em>Language in Society<\/em> qui rencontrera tout de suite un accueil tr\u00e8s important, typique des textes qui marqueront une discipline et la naissance d\u2019un nouveau champ de recherche (Greco, 2014, p. 15).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce premier article inspire une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes d\u2019o\u00f9 partira un courant caract\u00e9ris\u00e9 par trois paradigmes\u00a0: \u00ab\u00a0la domination, la diff\u00e9rence et la performance\u00a0\u00bb (Greco, 2014, p. 15). Diverses approches de l\u2019appr\u00e9hension \u00e9pist\u00e9mologique du genre en d\u00e9couleront, contribuant \u00e0 nourrir \u00ab\u00a0la r\u00e9flexion autour de l\u2019articulation entre genre, langage et sexualit\u00e9 et \u00e0 rendre ce domaine extr\u00eamement polyphonique\u00a0\u00bb (Greco, 2014, p. 22). Malgr\u00e9 tout, en francophonie, des pr\u00e9occupations sur le genre grammatical, en l\u2019occurrence \u00ab\u00a0le sexage des femmes dans la langue, la f\u00e9minisation des noms des m\u00e9tiers et des titres de fonctions et sur la variation sociolinguistique\u00a0\u00bb, favorisent l\u2019int\u00e9gration de cette probl\u00e9matique dans le monde francophone (Greco, 2014, p. 12). Figure universitaire fran\u00e7aise, Houdebine s\u2019implique et facilite \u00e9galement l\u2019int\u00e9gration de la linguistique \u00e0 l\u2019institut \u00c9milie du Ch\u00e2telet cr\u00e9\u00e9 en 2006 pour le rayonnement et le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes de genre en France (Greco, 2014, p. 14).\u00a0En d\u00e9finitive, la congruence de l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00e9diatique, de la publication et de la traduction d\u2019ouvrages fondateurs, de th\u00e8ses soutenues va contribuer \u00e0 asseoir un embryon d\u2019activit\u00e9s linguistiques sur la question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse du discours envisage l\u2019objet discours en relation avec un champ de pratiques sociales qui le justifie. Dans ce cadre, le discours mobilise des strat\u00e9gies aussi bien linguistiques que discursives au service de sa vis\u00e9e. Malheureusement, dans ce champ sp\u00e9cifique de la linguistique, les discours et univers de discours sur les rapports de genre connaissent des traitements \u00e9pisodiques. Hormis deux num\u00e9ros de la revue <em>Mots. Les langages du politique <\/em>(Capitan et Viollet (coord.), 1996\u00a0; Desmarchelier et Rennes (coord.), 2005), \u00ab\u00a0aucune synth\u00e8se sur cette archive pourtant importante des discours de la lutte des femmes pour leurs droits en France, sans parler des autres aires g\u00e9ographiques et culturelles\u00a0\u00bb (Pahud et Paveau, 2017, en ligne). Une explication plausible de ce manque d\u2019int\u00e9r\u00eat ou angle mort serait, \u00e0 notre sens, que le genre constitue une th\u00e9matique dans nombre de discours \u00e0 la topicalit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e\u00a0qui vont l\u2019aborder et le poser en tant que probl\u00e9matique sociale\u00a0; il est donc \u00e9tudi\u00e9 par diff\u00e9rentes entit\u00e9s o\u00f9 il est un sujet parmi tant d\u2019autres et non un enjeu fondamental. Ainsi, verra-t-on le genre analys\u00e9 dans le discours politique, le discours institutionnel, le discours de l\u2019action collective\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il nous semble que la finalit\u00e9 des discours sur le genre en a noy\u00e9 l\u2019objet. Peut-\u00eatre son caract\u00e8re transversal et vaste lui a-t-il donn\u00e9 un \u00ab\u00a0air diffus\u00a0\u00bb\u00a0? Toujours est-il que les discours sur la femme et g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les activit\u00e9s f\u00e9ministes constituent <em>le point aveugle<\/em> de ce champ disciplinaire (Pahud et Paveau, 2017\u00a0; Coulomb-Gully et Rennes, 2010). Or, le rapport au genre et au f\u00e9minisme s\u2019inscrit dans une perspective \u00e9minemment interactionniste, avec l\u2019homme et la femme comme protagonistes. Dans cet \u00e9lan, le discours, vecteur des syst\u00e8mes de valeurs et des croyances en circulation, participe de l\u2019\u00e9laboration des significations socialement construites et partag\u00e9es. L\u2019on peut supputer qu\u2019il porte les traces s\u00e9mantiques du rapport entre les sexes qui rendent certains actes possibles. En effet, culturellement ancr\u00e9es, ces significations rev\u00eatent une dimension normative dans la mesure o\u00f9 elles orientent et agissent sur les repr\u00e9sentations des locuteurs\u00a0: le genre discursif devient un acte de langage performatif car il proc\u00e8de d\u2019\u00ab\u00a0une s\u00e9rie d\u2019actes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s [\u2026] qui se figent avec le temps de telle sorte qu\u2019ils finissent par produire l\u2019apparence de la substance, un genre naturel de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb (Butler, 2006, p.\u00a0109).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et l\u2019analyse de <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> dans cette perspective trouve l\u00e0 tout son sens. La diffusion des repr\u00e9sentations du genre avec son corollaire de bicat\u00e9gorisation, de domination, de violence ne proc\u00e8de pas d\u2019une d\u00e9nonciation de plus mais participe au contraire de la d\u00e9construction d\u2019un ordre social \u00e9tabli.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong style=\"font-size: 1em\">Configurations de genre dans le corpus<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse envisage de lire un point de vue sur le genre propos\u00e9 dans une \u0153uvre litt\u00e9raire. Son enjeu n\u2019est pas esth\u00e9tique, encore moins stylistique. L\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire, discours social, est consid\u00e9r\u00e9e comme un point de vue pertinent eu \u00e9gard au th\u00e8me abord\u00e9 mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019identit\u00e9 f\u00e9ministe de son auteure. Dans une parution du <em>Monde Afrique<\/em>, Fran\u00e7oise Alexander, journaliste, pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre et son auteure en ces termes\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> de L\u00e9onora Miano, une \u0153uvre f\u00e9ministe et postcoloniale. L\u2019auteure, originaire du Cameroun croise les r\u00e9cits de quatre femmes adress\u00e9s au m\u00eame homme, o\u00f9 elles lui r\u00e9v\u00e8lent leur sexualit\u00e9 et leur qu\u00eate de f\u00e9minit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> ou qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre une femme\u00a0?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman pose d\u2019embl\u00e9e la construction du genre comme le si\u00e8ge d\u2019une interaction entre la femme et l\u2019homme. La premi\u00e8re se construit comme telle dans son rapport au second. Les monologues \u00e0 l\u2019intention de Dio, personnage masculin, absent mais pr\u00e9texte pour dire la f\u00e9minit\u00e9, en sont l\u2019expression. \u00catre femme dans cet espace fictionnel, c\u2019est mourir \u00e0 soi pour mieux r\u00e9sister.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">\u00catre femme, c\u2019est mettre \u00e0 mort son c\u0153ur\u2026<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de ces confidences-introspections\u00a0est\u2026 <em>la violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une femme<\/em>. Ixora, compagne de Dio, est molest\u00e9e puis abandonn\u00e9e sous la pluie par ce dernier. La nouvelle, comme un miroir d\u00e9formant, fait surgir des souvenirs, par bribes, et ram\u00e8ne chacune des femmes de sa vie (Madame, sa m\u00e8re\u00a0; Tiki, sa s\u0153ur ; Amandla, son ex-compagne et enfin Ixora, sa compagne) \u00e0 sa propre condition de femme. D\u2019embl\u00e9e, les r\u00e9cits sont marqu\u00e9s par la description d\u2019une atmosph\u00e8re suffocante, lourde, orageuse \u00e0 l\u2019instar du fait qui d\u00e9clenche ces confidences-introspections, la violence conjugale : \u00ab Cet orage de dingue m\u2019envoie ses javelots sur le visage, sur les bleus, les bosses, les marques de ta virilit\u00e9 [\u2026] tu m\u2019as cogn\u00e9e trop fort pour que la douleur subsiste \u00bb (p. 135). L\u2019agitation des \u00e9l\u00e9ments naturels refl\u00e8te l\u2019agitation extr\u00eame dans laquelle les femmes du r\u00e9cit sont plong\u00e9es. La tension fait ressurgir \u00ab les anciens fardeaux, ces blessures souterraines dont on ne gu\u00e9rit pas \u00bb (p. 9). Elle fait sourdre une inqui\u00e9tude angoissante : \u00ab On \u00e9touffe. L\u2019orage approche. [\u2026]. L\u2019air est si \u00e9pais qu\u2019on pourrait le d\u00e9couper en tranches [\u2026] une pens\u00e9e pour toi monte et se loge en moi comme un mauvais pressentiment \u00bb (p. 81-82). Tout un lexique de l\u2019oppression, de la violence irrigue l\u2019adresse \u00e0 un fils, \u00e0 un fr\u00e8re, \u00e0 un amoureux. L\u2019atmosph\u00e8re orageuse ouvre et cl\u00f4t chaque confidence tout comme l\u2019orage pr\u00e9c\u00e8de la pluie r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice ou destructrice. Le discours se veut ainsi f\u00e9cond, opposant voire militant. Il est acte de langage, acte pour d\u00e9noncer la violence sexiste comme mat\u00e9rialit\u00e9 extr\u00eame de la domination des hommes sur les femmes. Cet acte symbolise toutes les formes de violences faites aux femmes et que les <em>gender studies <\/em>et les textes internationaux regroupent sous le vocable <em>\u00ab\u00a0gender based violence\u00a0\u00bb<\/em>. Elles sont prot\u00e9iformes\u00a0: physiques (coups, s\u00e9vices sexuels, viols, mutilations g\u00e9nitales), verbales (injures), psychologiques (mariage et prostitution forc\u00e9s, rapts, non-acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les confidences-introspections de ces femmes-personnages ou personnages f\u00e9minins, \u00eatres de papier, trouvent leur \u00e9cho dans la vraie vie, la vie r\u00e9elle. Les institutions sociales deviennent les lieux sociaux de l\u2019accablement des femmes. Le mariage et les relations amoureuses cristallisent les st\u00e9r\u00e9otypes de domination stigmatis\u00e9s par la violence d\u00e9clin\u00e9e sous diverses formes pernicieuses et qui semblent admises par les femmes elles-m\u00eames. Ce sont l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 : \u00ab il avait dans le viseur une femme en particulier, de bonne famille c\u00f4ti\u00e8re connue pour se passer de sous-v\u00eatements \u00bb (p. 27) ; la peur du spectre de la solitude : \u00ab de me voir finir comme ma m\u00e8re, seule avec mon enfant \u00bb (p. 142) ; et du qu\u2019en dira-t-on qui induisent la fatalit\u00e9 : \u00ab une lutte d\u2019o\u00f9 les femmes ne sortaient pas victorieuses. Leur plaisir d\u00e9pendait de celui d\u2019hommes qui n\u2019\u00e9taient pas des partenaires mais des donneurs d\u2019ordres [\u2026] je venais d\u2019avoir neuf ans, j\u2019entrai dans un conflit de longue dur\u00e9e avec les hommes \u00bb (p. 214-216).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette attitude est reproduite par les gar\u00e7ons pris entre le marteau de la r\u00e9volte devant la passivit\u00e9 maternelle et l\u2019enclume de la l\u00e9gitimit\u00e9 des actes de la figure paternelle\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est moi que tu hais le plus, je crois, de n\u2019avoir pas quitt\u00e9 un homme qui me brutalisait et m\u2019humiliait d\u00e8s qu\u2019il le pouvait\u00a0\u00bb (p. 23)<em>. <\/em>Le genre n\u2019est-il pas construction sociale\u00a0? Dans cet univers de l\u2019oppression, exister en tant que femme \u00e9mane d\u2019un d\u00e9terminisme individuel inscrit dans le paradigme de la r\u00e9sistance puisque \u00ab\u00a0jamais nos a\u00een\u00e9es ne nous approch\u00e8rent pour nous montrer comment nous comporter avec les hommes [\u2026]. Le patriarcat ne s\u00e8me, de par le monde, que des m\u00e2les\u00a0\u00bb (p. 12). Le discours en devient lucide, cru, \u00e0 la limite du cynisme. Les confidences-introspections d\u00e9voilent des femmes d\u00e9cryptant sans faux-fuyant leur condition. Le proc\u00e9d\u00e9 de narration, la polyphonie\/la plurivocit\u00e9 conf\u00e8re \u00e0 leur dit un caract\u00e8re universalisant. Elles sont de conditions sociales, de situations matrimoniales, d\u2019origine et d\u2019\u00e2ge diff\u00e9rents. En somme, des femmes dans leur diversit\u00e9. Et toutes savent que les femmes \u00ab\u00a0abaiss\u00e9es au rang de servantes [\u2026] n\u2019aient plus qu\u2019\u00e0 exister qu\u2019\u00e0 travers la maternit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 13)\u00a0et que la fille est \u00ab\u00a0[\u2026] sans int\u00e9r\u00eat [\u2026] la fille n\u2019est alors qu\u2019ornementale ou utilitaire\u00a0\u00bb (p. 221). Dans un tel contexte, \u00eatre une femme rel\u00e8ve de la survie.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">\u2026 Ou r\u00e9sister<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">Par la voix de Madame dont le r\u00e9cit ouvre les confidences, les narratrices soulignent le handicap social li\u00e9 \u00e0 l\u2019appartenance au sexe f\u00e9minin\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais nommer l\u2019\u00e9pine qui, log\u00e9e en moi depuis le plus jeune \u00e2ge, est ma torture et ma boussole\u00a0\u00bb (p. 10). La condition de la femme est inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019organisation sociale et il semble que l\u2019on ne puisse rien y faire. Les lieux de cette construction sont identifi\u00e9s. Ainsi, un interdiscours religieux est mis \u00e0 mal. Madame remet en cause le mythe du P\u00e8re cr\u00e9ateur qui fait de Dieu un m\u00e2le : \u00ab\u00a0La M\u00e8re du monde doit faire, en cet instant, quelques discrets gargarismes\u00a0\u00bb (p. 9). La d\u00e9signation <em>M\u00e8re du monde<\/em> avec la majuscule fait de ce personnage un \u00eatre transcendant \u00e0 l\u2019instar du Dieu des religions monoth\u00e9istes. Il est f\u00e9minis\u00e9 et d\u00e9sign\u00e9 par l\u2019une des fonctions sociales de la femme : la maternit\u00e9. En effet, si la fonction de reproduction de l\u2019esp\u00e8ce humaine est d\u00e9volue \u00e0 la femme, pourquoi Dieu serait-il m\u00e2le ? Les \u00c9critures le pr\u00e9sentent comme un esprit et donc asexu\u00e9. Mais l\u2019on ne saurait ignorer que sa mat\u00e9rialisation humaine, pour ce qui concerne les chr\u00e9tiens (\u00ab il a pris chair de la Vierge Marie et s\u2019est fait homme \u00bb) est repr\u00e9sent\u00e9e sous des traits masculins. Il en est de m\u00eame de son genre grammatical, le masculin. Toujours dans le registre religieux, Madame pointe le caract\u00e8re sexiste des Saintes \u00c9critures : \u00ab Dieu n\u2019avait pas eu de fille [\u2026] l\u2019Immacul\u00e9e qu\u2019une proph\u00e9tie avait rendue grosse. Elle non plus n\u2019avait pas eu de fille \u00bb (p. 14-15). Toujours, dans la d\u00e9construction d\u2019un discours l\u00e9gitimant la condition f\u00e9minine, le r\u00e9cit biblique de la Visitation est repris, d\u00e9lest\u00e9 de sa charge spirituelle et pr\u00e9sent\u00e9 comme une l\u00e9gende. La Vierge Marie y est pr\u00e9sent\u00e9e comme une ing\u00e9nue ayant us\u00e9 de subterfuges et de ruse pour prendre les devants face \u00e0 un Joseph \u00ab assis sur ses lauriers \u00bb et se laissant ravir la premi\u00e8re place par une femme \u00ab qui se divinisa, transmit sa condition \u00e0 son fils \u00bb (p.\u00a015).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux paradigmes \u00e9manent de cette r\u00e9\u00e9criture\u00a0: celui de la femme rusant pour survivre et celui de la m\u00e8re protectrice. Mais surtout, cette compr\u00e9hension de l\u2019attitude de Marie est programmatique de la r\u00e9sistance des femmes d\u00e9clin\u00e9e par le chapelet de verbes d\u2019action\u00a0: \u00ab\u00a0\u00catre femme, c\u2019est mettre \u00e0 mort son c\u0153ur [\u2026] le museler [\u2026] le dresser [\u2026]. \u00catre femme, en ces parages, c\u2019est \u00e9valuer, sonder, calculer, d\u00e9cider, agir et assumer\u00a0\u00bb (Madame, p. 10). La mise \u00e0 mort du c\u0153ur consiste pour Madame, par exemple, \u00e0 subir en silence la domination de son \u00e9poux et taire ses travers pour l\u2019\u00e9quilibre du foyer, celui de ses enfants et surtout pour faire socialement illusion. La femme, objet de servitude, se cramponne \u00e0 des mirages\u00a0: les enfants \u00e0 l\u2019instar de Madame et d\u2019Ixora, la culture comme le fait Amandla et enfin, au refus de relations suivies et de la maternit\u00e9. Camilla le r\u00e9sume mieux dans le <em>modus vivendi<\/em> \u00e0 l\u2019usage de la gent f\u00e9minine, ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les femmes doivent appara\u00eetre comme des fleurs dont rien ne g\u00e2te la d\u00e9licatesse, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. La plupart d\u00e9couvrent la vie \u00e0 travers une humiliation dont il faut se relever. Apprendre \u00e0 se redresser est la premi\u00e8re le\u00e7on \u00e0 assimiler. \u00catre femme, c\u2019est serrer les dents \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, s\u2019accrocher un sourire sur le visage. C\u2019est endurer chaque instant. Encaisser les coups du mari. Savoir qu\u2019on lui appartient sans le poss\u00e9der. Dans la chambre \u00e0 coucher, elles sont silencieuses. Celles qui braillent sont des satanes. Les femmes doivent donner du plaisir, pas en prendre. Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on leur enseigne la mesure, dans le geste, dans le ton. Ne pas marcher trop vite. Ne pas \u00e9lever la voix. Manger peu en public\u2026 (p. 232)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les consignes ci-dessus sont claires et celles qui les transgresseraient connaissent les risques encourus dans les sph\u00e8res intime et publique. L\u2019interaction entre la femme et l\u2019homme est le lieu d\u2019une souffrance l\u00e9gitim\u00e9e par les institutions sociales ainsi que les r\u00f4les sociaux qui consacrent les paradigmes de la domination et de la dimension essentialiste dans les rapports de genre. Les hommes usent et abusent de cette configuration sociale \u00e0 leur avantage, balafrant ainsi l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des femmes et d\u00e9sagr\u00e9geant par la m\u00eame occasion l\u2019image de ces derni\u00e8res devant leur prog\u00e9niture. Les ascendantes ne sont plus des mod\u00e8les pour la post\u00e9rit\u00e9 qui vit alors sa masculinit\u00e9 comme un handicap, \u00e0 l\u2019instar de Dio et sa f\u00e9minit\u00e9 comme le lieu de d\u00e9ploiement de strat\u00e9gies.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">\u2026 Ou encore transgresser<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">La survie de la femme dans un univers oppressif ne signifie pas r\u00e9signation. Dans ce contexte trouble, les narratrices, g\u00e9n\u00e9riquement la femme, se m\u00e9nagent un territoire propre, susceptible de leur procurer joie et bonheur ou, \u00e0 tout le moins, un territoire servant d\u2019\u00e9chappatoire \u00e0 leur condition. Pour chacune des narratrices, ce territoire est synonyme d\u2019une transgression lisible dans diff\u00e9rentes attitudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chez Ixora, elle se manifeste par un refus, le refus d\u2019\u00e9pouser Dio apr\u00e8s avoir accept\u00e9, pour le bien de son fils et pour fuir la solitude, de le suivre dans son pays\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] j\u2019ai rompu nos fian\u00e7ailles, d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00e9pouser son fils, compris que ma vie \u00e9tait ailleurs, que je souhaitais la vivre apr\u00e8s l\u2019avoir tra\u00een\u00e9e comme un boulet (p. 136).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Leur relation est chaste\u00a0: \u00ab\u00a0Nous savions depuis le d\u00e9but, sans jamais nous le dire, quel \u00e9trange assemblage nous formions, un couple qui ne s\u2019accouple pas\u00a0\u00bb (p. 139).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour donner le change, Ixora habite le r\u00f4le de f\u00e9e du logis sous le regard m\u00e9prisant de Madame, sa belle-m\u00e8re. Ce refus d\u2019\u00e9pouser Dio constitue une transgression dans un contexte o\u00f9 le mariage semble une finalit\u00e9 pour la femme. Et la r\u00e9action est connue, Dio la bat violemment et l\u2019abandonne sous la pluie. Paradoxalement, malgr\u00e9 son \u00e9tat de d\u00e9labrement physique, Ixora en ressent une victoire et m\u00eame de la joie\u00a0: \u00ab\u00a0Le temps s\u2019y pr\u00eate peu, mais j\u2019ai envie de rire [\u2026] c\u2019est une chose idiote, d\u2019ailleurs, qui me met \u00e0 ce point en joie, je me sens libre, m\u00eame \u00e9tendue sur ce sol boueux\u2026\u00a0\u00bb (p. 135). L\u2019exercice p\u00e9rilleux de l\u2019affirmation de soi et de sa volont\u00e9 lui donne le sentiment de r\u00e9orienter sa destin\u00e9e, de prendre sa vie en main\u00a0: \u00ab\u00a0de vivre sa vie au lieu de la subir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Madame et Tiki, la transgression se manifeste sur le plan sexuel, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019orientation sexuelle. Madame vit une exp\u00e9rience homosexuelle lors de vacances avec ses enfants. La dimension transgressive de cette exp\u00e9rience est double. D\u2019une part, elle constitue une relation adult\u00e8re, une infid\u00e9lit\u00e9 puisque Madame est mari\u00e9e. D\u2019autre part, l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme la norme par rapport \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 qui est encore per\u00e7ue comme une transgression dans plusieurs aires culturelles. Le d\u00e9part d\u2019Eshe, compagne de cette aventure, les pesanteurs sociales ont raison de cet amour transgressif et clandestin auquel Madame suppl\u00e9e la croissance du patrimoine familial\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis devenue une machine de guerre. L\u2019amour avait \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9, ce ne devait pas \u00eatre en pure perte. Je n\u2019ai plus v\u00e9cu que pour faire cro\u00eetre votre patrimoine\u00a0\u00bb (p. 78). L\u00e0 \u00e9galement, la sanction est violente quand son \u00e9poux Amos d\u00e9couvre par personne interpos\u00e9e qu\u2019elle a acquis un bien immobilier. La violence reste le dernier recours de l\u2019homme \u00e0 court d\u2019arguments. Madame est \u00ab\u00a0battue au-del\u00e0 du sens de ce mot\u00a0\u00bb (p. 78) avec des mots sentencieux qui la ram\u00e8nent \u00e0 sa v\u00e9ritable identit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Si je te tue, on ne me fera rien\u00a0\u00bb (p. 78).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Tiki, les malheurs de sa m\u00e8re la brident, surtout qu\u2019un \u00e9pisode d\u2019enfance lui donne le sentiment que sa m\u00e8re subissait la violence des assauts du p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019apparut que l\u2019acte \u00e9tait impos\u00e9 \u00e0 Madame\u00a0\u00bb (p. 216). Elle se refuse \u00e0 entretenir des relations \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb avec les hommes. L\u2019acte sexuel lui appara\u00eet comme une manifestation de la domination de l\u2019homme sur la femme. La transgression r\u00e9side ici dans la recherche du contr\u00f4le de l\u2019acte. Tiki choisit le moment de la perte de sa virginit\u00e9, choisit \u00e9galement le partenaire. Son choix n\u2019est pas guid\u00e9 par l\u2019amour encore moins par l\u2019attraction exerc\u00e9e par un corps. D\u2019ailleurs, le partenaire est pay\u00e9 et l\u2019acte est exp\u00e9ditif, douloureux sans \u00e9treinte ni \u00e9change, le partenaire n\u2019ayant pas le droit de prendre part au co\u00eft.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De toutes les narratrices, Amandla reste celle qui vit l\u2019amour. C\u2019est un personnage libre et passionn\u00e9 par la question de ses origines. Elle fait d\u2019ailleurs le choix de s\u2019installer en Afrique. Dans son attitude, la transgression est lisible dans son statut de ma\u00eetresse. En effet, elle vit une passion tumultueuse avec Mussipo, un homme mari\u00e9. La relation n\u2019est pas orthodoxe mais paradoxalement, elle appara\u00eet la plus \u00e9quilibr\u00e9e des quatre femmes\u00a0<em>: <\/em>\u00ab\u00a0S\u2019adressant \u00e0 celle dont il a le souci, l\u2019inconnu dit muto, femme. Il se pose avant tout comme un homme face \u00e0 elle, ce qui conditionne et f\u00e9conde toutes les modalit\u00e9s de leur relation\u00a0\u00bb (p. 211). Est-ce son attitude libre et ind\u00e9pendante qui lui garantit cette posture de privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0? Mussipo est-il l\u2019exception qui confirme la r\u00e8gle\u00a0? Quoi qu\u2019il en soit, ses dispositions sont porteuses d\u2019esp\u00e9rance pour la probl\u00e9matique du genre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, malgr\u00e9 la domination des hommes qui est g\u00e9n\u00e9ratrice de douleur et d\u2019humiliation, les femmes ne se vivent pas en victimes. Cette condition, elles la vivent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Elles transcendent les st\u00e9r\u00e9otypes pr\u00f4nant la d\u00e9licatesse, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et la fragilit\u00e9 de la gent f\u00e9minine. Entre strat\u00e9gies et silences, elles se r\u00e9v\u00e8lent fortes, r\u00e9sistantes, garantes d\u2019un semblant d\u2019\u00e9quilibre familial. Elles mettent \u00e0 mal l\u2019organisation patriarcale.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme, un g\u00e9ant aux pieds d\u2019argile<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Aucun homme n\u2019est pr\u00e9sent dans la narration. Seuls les souvenirs des narratrices leur donnent vie. Les hommes de la vie des narratrices sont pr\u00e9texte \u00e0 convocation de diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations de l\u2019homme : le p\u00e8re, le fils, le fr\u00e8re,\u00a0le conjoint et enfin, l\u2019amant. Le r\u00e9cit fonctionne sur un mode binaire, renvoyant \u00e0 ces diff\u00e9rentes fonctions, leur pendant f\u00e9minin, confortant la construction de l\u2019un des sexes, dans un rapport \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme\u00a0: le fr\u00e8re<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le corpus, seul le statut de fr\u00e8re donne une repr\u00e9sentation honorable du m\u00e2le. En effet, Tiki pr\u00e9sente son fr\u00e8re Dio comme un ami, un compagnon de jeu et m\u00eame un protecteur : \u00ab C\u2019est toi qui m\u2019as tir\u00e9e de cette paralysie. Tu as cri\u00e9 mon nom depuis la cuisine o\u00f9 Makalando venait de servir ses cr\u00eapes, je me suis affaiss\u00e9e. Tu m\u2019as cherch\u00e9e, trouv\u00e9e l\u00e0. Tu m\u2019as donn\u00e9 une gifle, t\u2019es assur\u00e9 que je revenais \u00e0 moi \u00bb (p. 217). Pour autant, elle reste tr\u00e8s lucide sur les faiblesses de ce dernier : \u00ab De ta part, ce comportement n\u2019a pas \u00e9tonn\u00e9 \u00bb (p. 199). Au demeurant, elle critique l\u2019\u00e9ducation sexu\u00e9e. Certaines d\u00e9rives comportementales de Dio sont analys\u00e9es avec bienveillance par Madame au motif qu\u2019elles participent \u00e0 la construction de son identit\u00e9 masculine. Tout comme l\u2019allusion \u00e0 la sexualit\u00e9 du jeune gar\u00e7on \u00e0 qui l\u2019on conc\u00e8de le droit de d\u00e9couvrir le corps f\u00e9minin par la multiplication d\u2019aventures amoureuses : \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 te permettait, si tel \u00e9tait ton v\u0153u, de p\u00e9n\u00e9trer avec pr\u00e9cocit\u00e9 dans le domaine de la sexualit\u00e9, de jouir sans entraves. \u00c0 moi, elle imposait d\u2019autres approches \u00bb (p. 212). L\u2019enfant m\u00e2le en devient un enfant roi : \u00ab La famille parfaite compte deux enfants, l\u2019a\u00een\u00e9 devant \u00eatre un fils, l\u2019h\u00e9ritier par excellence \u00bb (p. 221), se pr\u00e9parant \u00e0 son statut de dominant dans la relation avec la femme. De plus, des rites tels que celui de la circoncision viennent parachever ce statut. Le gar\u00e7on, \u00e0 l\u2019issue de ce passage initiatique habite son statut d\u2019homme, le pr\u00e9puce \u00e9tant assimil\u00e9 \u00e0 la part f\u00e9minine du masculin tout comme le clitoris chez la femme renvoie, dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, \u00e0 l\u2019aspect masculin de la femme que l\u2019on doit \u00f4ter :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Tu venais d\u2019\u00eatre circoncis. Par cette op\u00e9ration, tu \u00e9tais devenu un homme, nos parents l\u2019avaient tous affirm\u00e9. Nous n\u2019avions pas obtenu de r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir comment le fait de t\u2019avoir \u00f4t\u00e9 le pr\u00e9puce te faisait passer du gar\u00e7on \u00e0 l\u2019homme, tu n\u2019avais que huit ans (p. 245).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La soci\u00e9t\u00e9 semble press\u00e9e de faire passer le gar\u00e7on \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Quelles en sont les implications pour la suite de son \u00e9ducation et dans la construction de son identit\u00e9\u00a0? En tout \u00e9tat de cause, la construction du masculin passe par des actes symboliques tels que la circoncision.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme\u00a0: le conjoint, le compagnon, l\u2019amant<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">La figure du conjoint est celle o\u00f9 l\u2019homme appara\u00eet dans toutes ses fragilit\u00e9s. Le rapport hi\u00e9rarchique y est exprim\u00e9 et exacerb\u00e9. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 du mythe de l\u2019homme puissant, responsable et protecteur s\u2019y construit un absent chez qui la violence verbale ou physique constitue le mode de communication privil\u00e9gi\u00e9. Amos, par exemple, ne manque pas une occasion d\u2019humilier son \u00e9pouse. Il multiplie les infid\u00e9lit\u00e9s, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 s\u00e9duire des femmes en sa pr\u00e9sence. Il profite sans vergogne de son aisance financi\u00e8re et des investissements :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Sa nature ne le pr\u00e9disposait pas \u00e0 l\u2019effort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il s\u2019\u00e9puisait sit\u00f4t qu\u2019il avait mis en route un projet, ne trouvant d\u2019excitation que dans les commencements [\u2026] la fortune, la tranquillit\u00e9 mat\u00e9rielle, c\u2019est moi qui les ai apport\u00e9s \u00e0 mon \u00e9poux dont le talent n\u2019est pas de gagner de l\u2019argent mais de jouir (p. 26).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Au contraire, Madame est violemment battue pour avoir os\u00e9 acqu\u00e9rir un bien immobilier sans se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 lui tout comme Ixora est battue lorsqu\u2019elle ose rompre ses fian\u00e7ailles. De m\u00eame, le caract\u00e8re ind\u00e9pendant d\u2019Amandla pose probl\u00e8me \u00e0 Dio qui finit par la quitter. L\u2019homme est celui qui fragilise l\u2019\u00e9quilibre familial. Dans un rapport o\u00f9 elle est \u00e9tablie dans son essence, l\u2019identit\u00e9 masculine est une fin en soi, l\u2019effort supr\u00eame se limitant \u00e0 ce chromosome Y qui d\u00e9termine la suite \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la femme dont le X appara\u00eet comme une mal\u00e9diction dont elle doit <em>ad vitam \u00e6ternam<\/em> chercher \u00e0 se d\u00e9partir. La relation entre conjoints est entrav\u00e9e par un biais\u00a0: l\u2019existence sociale du f\u00e9minin n\u2019est av\u00e9r\u00e9e qu\u2019avec l\u2019assentiment du masculin. Les fonctions fondatrices de l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine telles que pr\u00e9sent\u00e9es par le corpus \u2013 le mariage et la reproduction \u2013 ne peuvent \u00eatre tenues sans lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale est hypocrite dans <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>. Le masculin a tous les droits et m\u00eame, le droit de mort sur la femme. Malheureusement, dans une configuration dominant\/domin\u00e9, la prog\u00e9niture \u00e0 l\u2019instar de Tiki et Dio se projette dans l\u2019un ou l\u2019autre, dominant ou domin\u00e9 reproduisant l\u2019attitude de l\u2019un ou l\u2019autre parent, situation que Tiki r\u00e9sume en ces termes : \u00ab Ma sexualit\u00e9 hors norme r\u00e9sulte de la mani\u00e8re dont ma psych\u00e9 r\u00e9gurgite ce qui nous fut offert dans la grande maison. J\u2019y vois mon h\u00e9ritage, mon patrimoine trouble, et ne cherche nulle part de r\u00e9confort \u00bb (p. 279). Il en ressort une perp\u00e9tuation des sc\u00e9narios de vie dans un sch\u00e9ma qu\u2019ils r\u00e9prouvent pourtant, de m\u00eame qu\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre psychologique : \u00ab ma sexualit\u00e9 hors norme \u00bb dit Tiki. Chez Dio qui se r\u00e9v\u00e8le incapable de se prendre en charge, il subsiste comme une fl\u00e9trissure familiale, \u00ab l\u2019esp\u00e8ce de malfa\u00e7on qui suit le sang des tiens \u00bb (p. 138) qu\u2019il pense conjurer en adoptant Kabral, le fils de son ami. La relation conjugale, \u00e0 notre sens, est celle qui reste la plus marqu\u00e9e par le rapport vertical entre l\u2019homme et la femme. Elle se construit sur le paradigme de la soumission de la femme \u00e0 l\u2019homme, dans une mise sous tutelle prescrite aussi bien par les coutumes que par les religions. En tant que creuset de la s\u00e9dimentation de la domination li\u00e9e au genre, elle est celle qui g\u00e9n\u00e8re violences, souffrances et humiliations chez les femmes. Elle est distante entre le p\u00e8re et la fille et horizontale entre le fr\u00e8re et la s\u0153ur qui sont des compagnons de jeux. \u00c0 ce niveau, les diff\u00e9rences viendraient des privil\u00e8ges et libert\u00e9s que les parents conc\u00e8dent \u00e0 leur enfant de sexe masculin devant celui de sexe f\u00e9minin.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify\">L\u2019homme\u00a0: le p\u00e8re<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, une autre image reste celle du p\u00e8re. Livia Lesel (1996) parle de p\u00e8re oblit\u00e9r\u00e9, ceux du corpus \u00e9tant absents et irresponsables. L\u2019implication du p\u00e8re dans l\u2019\u00e9ducation de ses enfants reste un chapitre peu document\u00e9 par les narratrices. L\u2019on ne mentionne pas les relations \u00e0 la prog\u00e9niture. Madame, par exemple, voue une grande admiration \u00e0 son p\u00e8re, notable sur leur c\u00f4te. Elle lui semble reconnaissante pour le rang social qu\u2019il lui transmet et pour l\u2019h\u00e9ritage. La biographie de ce dernier est narr\u00e9e avec force d\u00e9tails mais aucune mention sur la relation entretenue avec lui. Amandla et Ixora n\u2019ont pas cette chance. La premi\u00e8re n\u2019a pas connu son p\u00e8re et a de la peine \u00e0 comprendre l\u2019amour que sa m\u00e8re voue \u00e0 ce \u00ab\u00a0n\u00e8gre \u00e0 peau claire qui ravageait le c\u0153ur des femmes\u00a0\u00bb (p. 104). Sa m\u00e8re, en effet, a v\u00e9cu dans le souvenir de ce dernier, prenant soin des souvenirs abandonn\u00e9s apr\u00e8s son d\u00e9part. Amandla sera donc \u00e9duqu\u00e9e par sa m\u00e8re qui l\u2019entra\u00eenera dans sa recherche de soi, sur le parcours des esclaves africains d\u00e9port\u00e9s. Elle s\u2019installe donc sur la c\u00f4te chez Dio pour parachever cette qu\u00eate et instruire les jeunes g\u00e9n\u00e9rations sur leur vraie histoire. La situation d\u2019Ixora est diff\u00e9rente. Fruit d\u2019amours adult\u00e8res, elle conna\u00eet son p\u00e8re sans avoir \u00e9t\u00e9 reconnue\u00a0: \u00ab\u00a0On ne refuse pas un enfant disait-il, sans jamais me reconna\u00eetre vraiment comme sa fille [\u2026] il avait cess\u00e9 de voir ma m\u00e8re sit\u00f4t la grossesse annonc\u00e9e, mais pas de faire le n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb (p. 145). Elle porte le manque affectif d\u2019un enfant qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9sir\u00e9 mais dont on doit s\u2019occuper. Elle semble rechercher chez un compagnon, une aptitude \u00e0 combler ce manque, puis celle \u00e0 donner \u00e0 son fils Kabral, ce p\u00e8re qu\u2019elle n\u2019aura pas eu. Le corpus donne \u00e0 lire des p\u00e8res \u00e0 la figure balafr\u00e9e, confin\u00e9s dans le statut de g\u00e9niteur. La question des p\u00e8res n\u2019est pas le centre des r\u00e9cits mais, semble-t-il, leur posture vis-\u00e0-vis de leur prog\u00e9niture n\u2019est pas sans cons\u00e9quences. Les familles \u00e9voluent dans des configurations matricentr\u00e9es ou matrifocales (p. 207), les enfants \u00e9tant \u00e0 la charge exclusive de la m\u00e8re, la confirmant et la confinant \u00e0 la gestion de la sph\u00e8re domestique. Au mieux, la fonction du p\u00e8re s\u2019arr\u00eate aux consid\u00e9rations p\u00e9cuniaires\u00a0: \u00ab\u00a0faire le n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. La r\u00e9it\u00e9ration de l\u2019\u00e9vocation du p\u00e8re dans le r\u00e9cit des femmes\u00a0: p\u00e8re int\u00e8gre mais distant pour madame, p\u00e8re inconnu pour Amandla, p\u00e8re absent pour Ixora et p\u00e8re violent pour Tiki, met en \u00e9vidence, paradoxalement, l\u2019importance de celui-ci dans la construction des enfants. Le choix d\u2019Ixora de vivre une vie chaste avec Dio en est un exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au total, la lecture de <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> met \u00e0 mal la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019homme en tant que dominant. En effet, alors que la soci\u00e9t\u00e9 met en place un cadre d\u2019imposition de ce statut, les diff\u00e9rents personnages \u00e9voqu\u00e9s apparaissent fragiles, immatures, irresponsables\u2026 dans les diff\u00e9rentes fonctions sociales de l\u2019homme. Ce sont des conjoints violents et volages. Ce sont des p\u00e8res oblit\u00e9r\u00e9s c\u2019est-\u00e0-dire inconnus, absents et distants, en rupture avec la repr\u00e9sentation de l\u2019homme fort, puissant et protecteur.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong style=\"font-size: 1em\">Pour une approche interculturelle du genre<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le point de vue pr\u00e9sent\u00e9 par L\u00e9onora Miano se situe, sans surprise, dans la perspective de la litt\u00e9rature africaine d\u2019ob\u00e9dience f\u00e9ministe. \u00c0 l\u2019instar d\u2019auteures telle Calixthe Beyala, le discours se veut cru, voire violent. Hommes et femmes y sont d\u00e9peints et d\u00e9voil\u00e9s sans ambages dans leurs fragilit\u00e9s et leurs faiblesses. Le sexe est appr\u00e9hend\u00e9 comme un instrument d\u2019asservissement de la femme dont la libert\u00e9 passe par l\u2019\u00e9masculation symbolique des hommes. Pourtant<em>, Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>franchit un palier. Si l\u2019\u0153uvre confirme les repr\u00e9sentations de l\u2019homme et de la femme dans le roman africain f\u00e9ministe d\u2019expression fran\u00e7aise, elle initie \u00e9galement une qu\u00eate du sens de l\u2019organisation sexu\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9. Ins\u00e9rant \u00ab\u00a0la petite histoire dans la grande\u00a0\u00bb (quatri\u00e8me de couverture), elle croise la probl\u00e9matique genre avec d\u2019autres lieux d\u2019exercice du pouvoir int\u00e9grant une perspective intersectionnelle. Et la fragilit\u00e9 des hommes y trouve son sens. En effet, la capitulation de l\u2019homme africain devant les diff\u00e9rentes dominations (esclavage, colonisation et n\u00e9ocolonisation) et l\u2019abandon de valeurs traditionnelles et spirituelles semblent une piste d\u2019explication. Madame le dit mieux que nous\u00a0: \u00ab\u00a0Leurs p\u00e8res s\u2019automutil\u00e8rent en se laissant corrompre par la pauvret\u00e9 de spiritualit\u00e9s pour lesquelles la spiritualit\u00e9 \u00e9tait masculine donc incompl\u00e8te\u00a0\u00bb (p. 12). Le tourment provient d\u2019une histoire falsifi\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u2019existences qui sont des questions sans r\u00e9ponses\u00a0\u00bb (p. 14).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019homme noir appara\u00eet perdu et sans rep\u00e8res, en qu\u00eate identitaire et dans une posture d\u2019assimil\u00e9. La domination de la femme vient alors combler la \u00ab\u00a0b\u00e9ance\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0vacuit\u00e9\u00a0\u00bb de son existence comme pour la punir de sa d\u00e9fection\u00a0: \u00ab\u00a0Si les p\u00e8res de ceux qui devaient \u00eatre nos hommes se sont \u00e0 ce point \u00e9gar\u00e9s, faut-il que les femmes leur aient fait d\u00e9faut\u00a0\u00bb (p. 13).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Parvenant \u00e0 cette justification, l\u2019\u0153uvre pr\u00e9conise une <em>appr\u00e9hension interculturelle du genre.<\/em> L\u2019\u00e9galit\u00e9 entre l\u2019homme et la femme est d\u2019ordre essentialiste\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019univers s\u2019appuie sur ces deux \u00e9nergies\u00a0\u00bb (p. 13). Dans ce contexte, si le retour aux sources et aux valeurs traditionnelles africaines reste la finalit\u00e9 ultime, les identit\u00e9s \u00e9charp\u00e9es des hommes et des femmes subsument leur compl\u00e9mentarit\u00e9 et les encouragent \u00e0 se voir comme des <em>alter ego<\/em>, l\u2019autre Moi dans une qu\u00eate commune : \u00ab Sauver l\u2019avenir \u00bb par la \u00ab r\u00e9appropriation de nous-m\u00eames \u00bb (p. 84). Ces entreprises de reconstruction passent par la red\u00e9couverte mutuelle de l\u2019homme et de la femme puis de l\u2019intercompr\u00e9hension. L\u2019appr\u00e9hension de la diff\u00e9rence ne devrait pas se faire d\u2019un point de vue axiologique mais plut\u00f4t objectif de sorte que les diff\u00e9rences physiques, physiologiques et psychiques ne soient pas des pr\u00e9textes pour inscrire la relation dans un rapport vertical mais bien horizontal o\u00f9 le masculin et le f\u00e9minin sont pos\u00e9s en tant que sujets. Poser autrui comme un sujet, c\u2019est interagir avec lui de sorte que dans un rapport dialogique, \u00ab je \u00bb et \u00ab tu \u00bb se reconnaissent mutuellement. L\u2019interaction est engag\u00e9e par la prise de parole des diff\u00e9rentes femmes, celles qui sont dans la posture basse et qui revendiquent une meilleure situation. Elles le font, non frontalement, dans une confrontation mais dans la recherche d\u2019une compl\u00e9mentarit\u00e9. \u00c0 la fin des r\u00e9cits, les repr\u00e9sentations sont d\u00e9construites. L\u2019homme puissant, responsable et protecteur appara\u00eet dans toutes ses fragilit\u00e9s et la femme faible et fragile se r\u00e9v\u00e8le forte. Le discours engage un travail de d\u00e9construction\/reconstruction des imaginaires en circulation. Les textes de loi et les d\u00e9cisions institutionnelles ont contribu\u00e9 \u00e0 de grandes avanc\u00e9es, l\u2019on ne saurait le nier, sur la condition de la femme. Mais beaucoup reste \u00e0 faire. Le caract\u00e8re transgressif des actes d\u2019affranchissement des narratrices d\u00e9montre la vacuit\u00e9 de toute tentative d\u2019interversion de l\u2019ordre social en dehors du dialogue avec l\u2019homme. Pour exemple, comme le corpus le montre, ce dernier en tant que p\u00e8re et compagnon de vie participe \u00e0 fa\u00e7onner l\u2019image de soi et l\u2019identit\u00e9 de la fille tout comme celle du gar\u00e7on, tant par sa pr\u00e9sence que par son absence. Et on la per\u00e7oit bien, cette influence de l\u2019homme. D\u2019ailleurs, tous les personnages de l\u2019\u0153uvre, les narratrices aussi bien que ceux \u00e9voqu\u00e9s vivent mal l\u2019organisation \u00ab genr\u00e9e \u00bb telle qu\u2019elle y est d\u00e9crite. Le dialogue participerait de l\u2019\u00e9laboration d\u2019un contre-discours productif au sens o\u00f9, il admettrait la femme comme l\u2019\u00e9gale de l\u2019homme, l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 de cette derni\u00e8re constituant une pr\u00e9misse essentielle (Todorov, 1982) d\u2019une organisation sociale de la domination. Le dialogue implique une surd\u00e9termination individuelle et la r\u00e9demption du f\u00e9minin viendra tr\u00e8s certainement de la conjonction et de la convergence de discours issus de ces dialogues. Et l\u2019auteure, L\u00e9onora Miano, l\u2019a bien compris qui explique le monde, son monde par le r\u00e9cit au lieu de l\u2019argumentation logique. Le r\u00e9cit polyphonique est une invitation pour le lecteur ou la lectrice \u00e0 rechercher et \u00e0 red\u00e9couvrir son <em>alter ego<\/em> et enfin \u00e0 l\u2019assumer malgr\u00e9 les d\u00e9terminations sociales et culturelles. Rechercher, d\u00e9couvrir et comprendre le masculin et\/ou le f\u00e9minin et, au-del\u00e0, comprendre la diff\u00e9rence et donc l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ; la croissance de l\u2019Homme en d\u00e9pend :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut d\u00e9couvrir les autres en soi, se rendre compte de ce qu\u2019on n\u2019est pas une substance homog\u00e8ne, et radicalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout ce qui n\u2019est pas soi\u00a0: je est autre. Mais les autres sont des je aussi\u00a0: des sujets comme moi, que seul mon point de vue, pour lequel tous sont l\u00e0-bas et je suis seul ici, s\u00e9pare et distingue vraiment de moi\u00a0(Todorov, 1982, p. 11).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On l\u2019aura compris, <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em>, en croisant destins individuel et collectif au sein du paradigme de la domination, reconfigure les relations humaines, pointant la dimension sociale de l\u2019homme en sa perp\u00e9tuelle qu\u00eate de compr\u00e9hension de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, de la diff\u00e9rence et de la diversit\u00e9. Et cette qu\u00eate, pour qu\u2019elle n\u2019induise pas domination et donc destruction, n\u00e9cessite de poser \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb comme un sujet\u00a0: la rencontre n\u2019est possible qu\u2019\u00e0 ce prix.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>En guise de conclusion\u2026. <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> ou de la domination<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La critique a accueilli <em>Cr\u00e9puscule du tourment <\/em>comme une \u0153uvre f\u00e9ministe, c&rsquo;est-\u00e0-dire participant d\u2019un mouvement de lutte pour l\u2019am\u00e9lioration et l\u2019extension des droits de la femme. Il est clair que la situation peu enviable des narratrices pr\u00e9sent\u00e9es dans le corpus interroge. Ces derni\u00e8res posent, en effet, sur leur condition et sur celle de l\u2019homme, un regard r\u00e9aliste voire extralucide. Le sexe de l\u2019enfant gouverne les choix et les attitudes \u00e0 son endroit de m\u00eame qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re des attentes sociales. Les repr\u00e9sentations discursives de l\u2019une et de l\u2019autre se r\u00e9v\u00e8lent sans surprises dans le contexte du roman africain d\u2019expression fran\u00e7aise. Elles le sont \u00e9galement dans le contexte social africain m\u00eame si, on l\u2019aura compris, la fiction autorise la projection de visions st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et exub\u00e9rantes de cette condition. Pour autant, transcendant la vision dialectique et hi\u00e9rarchique du genre, et par extrapolation des hommes et des cultures, <em>Cr\u00e9puscule du tourment<\/em> pr\u00f4ne la rencontre\u00a0: celle de l\u2019homme et de la femme, celle des peuples, des cultures, des religions, en somme une appr\u00e9hension interculturelle des rapports humains. Dans ce sens, l\u2019Homme (masculin et f\u00e9minin) s\u2019\u00e9panouirait dans sa qu\u00eate somme toute perp\u00e9tuelle de compr\u00e9hension de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et donc d\u2019int\u00e9gration de la diff\u00e9rence.<\/p>\n<h2 class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\">Alexander, Fran\u00e7oise. 2016 \u00ab\u00a0\u201cCr\u00e9puscule du tourment\u201d de L\u00e9onora Miano, une \u0153uvre f\u00e9ministe et postcoloniale\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2016\/08\/24\/crepuscule-du-tourment-de-leonora-miano-une-uvre-feministe-et-postcoloniale_4987125_3212.html\">http:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2016\/08\/24\/crepuscule-du-tourment-de-leonora-miano-une-uvre-feministe-et-postcoloniale_4987125_3212.html<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Beauvoir (de), Simone. 1949. <em>Le deuxi\u00e8me sexe.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Butler, Judith. 2006. <em>Trouble dans le genre. Le f\u00e9minisme et la subversion de l&rsquo;identit\u00e9<\/em> (traduit de l\u2019anglais am\u00e9ricain par Cynthia Kraus). Paris\u00a0: La d\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Capitan, Colette, Viollet, Catherine (coord.). 1996. <em>Textes et sexes. Mots<\/em> 49, <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/issue\/mots_0243-6450_1996_num_49_1\">https:\/\/www.persee.fr\/issue\/mots_0243-6450_1996_num_49_1<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coulomb-Gully, Marl\u00e8ne, Rennes, Juliette. 2010. \u00ab Genre, politique et analyse du discours. Une tradition \u00e9pist\u00e9mologique fran\u00e7aise gender blind \u00bb, <em>Mots. Les langages du politique<\/em> 94, p. 175-182. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.19883\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.19883<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Desmarchelier, Dominique, Rennes, Juliette (coord.). 2005. <em>Usages politiques du genre<\/em>. <em>Mots. Les langages du politique<\/em>\u00a078. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.67\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/mots.67<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Despentes, Virginie. 2006.\u00a0<em>King Kong Th\u00e9orie<\/em>. Paris\u00a0: Le livre de poche.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Greco, Luca. 2014. \u00ab\u00a0Les recherches linguistiques sur le genre\u00a0: un \u00e9tat de l\u2019art\u00a0\u00bb, <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em> 148, p. 11-29. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/ls.148.0011\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/ls.148.0011<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lesel, Livia<em>. <\/em>1995<em>. Le p\u00e8re oblit\u00e9r\u00e9. Chronique antillaise d\u2019une illusion<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 2004.\u00a0<em>Le discours litt\u00e9raire. Paratopie et sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mazi\u00e8re, Francine. 2005. <em>L\u2019analyse du discours. Histoire et pratiques<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pahud, St\u00e9phanie. 2009. <em>Variations publicitaires sur le genre. Une analyse linguistique des repr\u00e9sentations publicitaires du f\u00e9minin et du masculin<\/em>. Neuch\u00e2tel\u00a0: Arttesia.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pahud, St\u00e9phanie, Paveau, Marie-Anne. 2017. \u00ab\u00a0Nouvelles argumentations f\u00e9ministes. Donn\u00e9es empiriques et th\u00e9orisations\u00a0\u00bb, <em>Argumentation et analyse du discours <\/em>18, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.2305\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/aad.2305<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Todorov, Tzevan. 1982. <em>La conqu\u00eate de l\u2019Am\u00e9rique. La question de l\u2019autre<\/em>, Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/danielle-lezou-koffi\">Aim\u00e9e-Danielle LEZOU KOFFI<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteure est enseignante-chercheure au d\u00e9partement de Lettres Modernes de l\u2019Universite\u0301 Fe\u0301lix Houphoue\u0308t-Boigny. Elle est la coordinatrice du Programme The\u0301matique de Recherche : Langues, Socie\u0301te\u0301, Culture et Civilisations (PTR-LSCC) du CAMES depuis d\u00e9cembre 2021, Pr\u00e9sidente-cofondatrice du R\u00e9seau africain d\u2019Analyse du Discours, co-initiatrice du projet de recherche ADAS : Analyse du Discours en Afrique Subsaharienne. Histoire, \u00e9pist\u00e9mologie et th\u00e9ories.<\/p>\n<p>Courriel : aimee.koffi@univ-fhb.edu.ci<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-311-1\">L\u00e9onora Miano, 2016. Cr\u00e9puscule du tourment. Paris : Bernard Grasset. <a href=\"#return-footnote-311-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":53,"menu_order":10,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["danielle-lezou-koffi"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[137],"license":[],"class_list":["post-311","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-afrique","motscles-alterite","motscles-domination","motscles-feminin","motscles-genre","motscles-interculturalite","motscles-masculin","keywords-africa","keywords-domination","keywords-female","keywords-gender","keywords-interculturality","keywords-male","keywords-otherness","motscles-autre-kamanli","motscles-autre-ngadi","motscles-autre-nglo","motscles-autre-ngonngoli","motscles-autre-nonogbi","contributor-danielle-lezou-koffi"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/311","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"version-history":[{"count":37,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/311\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":635,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/311\/revisions\/635"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/311\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=311"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=311"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=311"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}