{"id":670,"date":"2024-04-25T12:32:14","date_gmt":"2024-04-25T10:32:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/?post_type=chapter&#038;p=670"},"modified":"2024-12-31T15:43:39","modified_gmt":"2024-12-31T14:43:39","slug":"coulibaly2024","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/texte\/coulibaly2024\/","title":{"rendered":"Analyse stylistico-rh\u00e9torique de l\u2019ethos discursif dans <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons<\/em> de Maxime N\u2019Debeka"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En tant que science du bien dire (<em>bene discendi scientia<\/em>, voir Quintilien, 2003, p. 45), la rh\u00e9torique s\u2019est progressivement int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 tous les genres de discours et s\u2019est impos\u00e9e comme \u00ab une v\u00e9ritable th\u00e9orie litt\u00e9raire \u00bb (Jarrety, 2003, p. 28). Comme art de bien dire, elle a propos\u00e9 une technique qui s\u2019apparente \u00e0 un protocole de composition des \u0153uvres et de r\u00e9daction des discours : l'<em>inventio<\/em>, qui concerne la recherche des id\u00e9es, est l\u2019\u00e9tape initiale (Jarrety, 2003, p. 28). Elle s\u2019appuie sur les lieux communs (<em>topo\u00ef)<\/em> lesquels constituent le sch\u00e9ma argumentatif de divers raisonnements. \u00c0 cette phase succ\u00e8de la hi\u00e9rarchisation des id\u00e9es, <em>dispositio,<\/em> qui va de l\u2019exorde \u00e0 la p\u00e9roraison en passant par la narration, la confrontation et la r\u00e9futation. La troisi\u00e8me \u00e9tape, <em>elocutio<\/em>, englobe \u00e0 la fois l\u2019\u00e9criture et le style. Ses marqueurs sont la correction, la clart\u00e9, la convenance et l\u2019ornementation dont les leviers de commande sont les figures de style. Apr\u00e8s les trois \u00e9tapes qui rel\u00e8vent du style et de la litt\u00e9rarisation interviennent les deux \u00e9tapes consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9loquence. Elle concerne la d\u00e9clamation, <em>actio<\/em>, et l\u2019effort d\u2019apprentissage, <em>memoria<\/em>. Ce br\u00e9viaire qui a pendant longtemps servi de patron \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire fran\u00e7aise fut contest\u00e9 et exclu de l\u2019enseignement au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Compagnon, 1998, p. 201). De nos jours, la rh\u00e9torique a pour qu\u00eate principale l\u2019esth\u00e9tique et l\u2019\u00e9loquence \u00e0 travers la triade logos, ethos et pathos. Ici, l\u2019\u00e9loquence est indissociable des finalit\u00e9s de la rh\u00e9torique (instruire, plaire et \u00e9mouvoir). E. Bury est plus pr\u00e9cis lorsqu\u2019il \u00e9crit : \u00ab le terme d\u00e9signe \u00e0 la fois l\u2019art rh\u00e9torique lui-m\u00eame, et surtout son efficacit\u00e9 \u00bb (2001, p. 154). Convaincre l\u2019auditoire n\u00e9cessite l\u2019arrangement des arguments valides pour mener \u00e0 bien une d\u00e9monstration (logos) et pour qu\u2019elle plaise, cette d\u00e9monstration doit int\u00e9grer le caract\u00e8re du sujet parlant (ethos) (Jarrety, 2003, p. 29). Enfin, pour \u00e9mouvoir l\u2019auditoire, le pathos renvoie aux \u00e9motions que l\u2019orateur\u00b7trice s\u2019efforce de susciter chez certains interlocuteurs \u00e0 travers ces mouvements corporels. En interaction avec le logos et le pathos, l\u2019ethos valorise des mani\u00e8res de faire et d\u2019\u00eatre susceptibles de servir de mod\u00e8le. Il accorde le primat \u00e0 l\u2019exemplarit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9thique dans le comportement. R. Amossy propose, de fa\u00e7on chronologique, une d\u00e9finition de l\u2019ethos qui met en \u00e9vidence le caract\u00e8re du locuteur sur l\u2019image qu\u2019il projette dans son discours :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019orateur doit trouver des arguments raisonnables et les avancer honn\u00eatement, tout en se montrant dispos\u00e9 \u00e0 agir pour le bien de ses auditeurs. L\u2019ethos est donc l\u2019image que le locuteur construit de lui-m\u00eame dans son discours, et non la repr\u00e9sentation pr\u00e9alable que le public se fait de sa personne. Dans la rh\u00e9torique romaine, l\u2019accent est mis davantage sur le statut social de l\u2019orateur, si bien que son autorit\u00e9 d\u00e9pend en grande partie de donn\u00e9es ext\u00e9rieures \u00e0 sa parole, comme son appartenance familiale, ses fonctions, sa r\u00e9putation\u2026 \u00c0 l\u2019\u00e2ge classique, l\u2019ethos reste une partie int\u00e9grante de la rh\u00e9torique, qui accorde une grande importance aussi bien \u00e0 l\u2019image produite dans le discours qu\u2019a la conduite de l\u2019orateur, l\u2019une devant refl\u00e9ter l\u2019autre (Amossy, 2002, p. 258-259).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces valeurs et principes qui conf\u00e8rent \u00e0 l\u2019orateur\u00b7trice des arguments d\u2019autorit\u00e9 lui permettant de persuader son auditoire int\u00e9ressent la stylistique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette science a \u00e9t\u00e9 la courroie de transmission entre la rh\u00e9torique en d\u00e9clin et la linguistique (Compagnon, 1998). Elle a \u00e9volu\u00e9 avec l\u2019h\u00e9ritage de la premi\u00e8re en se positionnant comme une critique des proc\u00e9d\u00e9s langagiers et esth\u00e9tiques mobilis\u00e9s par l\u2019auteur\u00b7trice pour agir sur le lecteur ou la lectrice en termes d\u2019adh\u00e9sion ou de satisfaction. De ce fait, la stylistique explore la valeur illocutoire du discours litt\u00e9raire. Elle est comp\u00e9tente, en cons\u00e9quence, pour d\u00e9crypter l\u2019ethos dans <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>de Maxime N\u2019Debeka. C\u2019est pourquoi la pr\u00e9sente recherche tente de r\u00e9pondre aux questions suivantes\u00a0: en quoi la stylistique est-elle comp\u00e9tente pour d\u00e9crypter l\u2019ethos dans <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>de Maxime N\u2019Debeka? Comment, dans une perspective interactionnelle, les repr\u00e9sentations du moi ou les diff\u00e9rents ethos s\u2019articulent-ils et se clivent-ils tout en exer\u00e7ant des influences mutuelles l\u2019un sur l\u2019autre? Enfin, par quels proc\u00e9d\u00e9s th\u00e9orico-m\u00e9thodologiques la stylistique de l\u2019ethos s\u2019appuie-t-elle sur les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation, de la pragmatique et la rh\u00e9torique traditionnelle? L\u2019option m\u00e9thodologique se justifie par le fait que cette \u0153uvre qui a \u00e9clos de l\u2019univers carc\u00e9ral et des ruines de la r\u00e9volution congolaise de 1969 incarne de toute force le caract\u00e8re et l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019auteur. La r\u00e9flexion compte trois parties principales. La premi\u00e8re balise le champ de l\u2019ethos dans les sciences du langage. La deuxi\u00e8me partie est, quant \u00e0 elle, d\u00e9volue au traitement stylistique et rh\u00e9torique de l\u2019ethos. La derni\u00e8re aborde l\u2019ethos de l\u2019amoureux et le path\u00e9tique de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019Ethos\u00a0discursif : de la rh\u00e9torique aristot\u00e9licienne aux th\u00e9ories discursives et stylistique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si la rh\u00e9torique a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par les Grecs anciens pour instruire (<em>docere<\/em>), plaire (<em>placere<\/em>) et \u00e9mouvoir (<em>movere<\/em>), le constat est que sa mise en pratique langagi\u00e8re dans l\u2019analyse stylistique du litt\u00e9raire r\u00e9side dans la triade logos, ethos et pathos. Dans ce triptyque, le logos d\u00e9signe le p\u00f4le du discours, le pathos celui de l\u2019auditoire et l'ethos celui de l\u2019orateur\u00b7trice. Ce dernier correspond \u00e0 l\u2019image de soi que doit construire le locuteur qui veut agir sur son auditoire par la force de sa parole :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On persuade par le caract\u00e8re, quand le discours est de nature \u00e0 rendre l\u2019orateur digne de foi, car les honn\u00eates gens nous inspirent confiance la plus grande et plus prompte sur toutes les questions en g\u00e9n\u00e9ral, et confiance enti\u00e8re sur celles qui ne comportent point de certitude, et laissent une place au doute (Aristote, 1991, p. 22-23, I, 1356 a).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re construit et projet\u00e9 conf\u00e8re au locuteur une cr\u00e9dibilit\u00e9 qui lui permet d\u2019agir sur son auditoire par la sinc\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il inspire \u00e0 son auditoire. Sous cet angle, l\u2019ethos appara\u00eet comme le cadre de d\u00e9ploiement de la sc\u00e8ne \u00e9nonciative. Il peut se d\u00e9finir comme la mise en sc\u00e8ne de la parole. Le texte litt\u00e9raire n\u2019est pas qu\u2019un amas de signes graphiques. Il commande les strat\u00e9gies \u00e9nonciatives d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019orateur\u00b7trice pour gagner l\u2019adh\u00e9sion compl\u00e8te de l\u2019auditoire, \u00e0 travers l\u2019ethos. L\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ethos, dans les sciences du langage, rel\u00e8ve, aujourd\u2019hui, de sa dimension \u00e9nonciative. Ce regain d\u2019int\u00e9r\u00eat consacre la renaissance de la rh\u00e9torique tomb\u00e9e en d\u00e9su\u00e9tude au cours des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents (Bury, 2001, p. 360-361). De la rh\u00e9torique aristot\u00e9licienne, les travaux sur l\u2019ethos ont migr\u00e9 vers la linguistique discursive. Ils sont enr\u00f4l\u00e9s par la pragmatique, l\u2019\u00e9nonciation, les th\u00e9ories conversationnelles et l\u2019argumentation. L\u2019attention que la stylistique lui accorde est li\u00e9e \u00e0 sa filiation avec la rh\u00e9torique et les th\u00e9ories postructuralistes. G. Molini\u00e9 r\u00e9sume ainsi la filiation entre stylistique, rh\u00e9torique et linguistique :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La stylistique a \u00e9t\u00e9 un temps occult\u00e9e par le succ\u00e8s de la linguistique structurale; puis, \u00e0 la fin du si\u00e8cle, elle a fait un retour au premier plan mais en modifiant ses protocoles pour revenir \u00e0 ce que les propositions initiales de Bally pouvaient offrir d\u2019ouverture les plus larges. Logique, car Bally, \u00e9l\u00e8ve de Saussure \u2013 il fut l\u2019un des \u00e9diteurs du <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em> \u2013 \u00e9tait plut\u00f4t parti d\u2019une r\u00e9flexion sur le langage en g\u00e9n\u00e9ral. Dans cette perspective, la stylistique a repris en charge le vaste domaine que consid\u00e9rait traditionnellement la rh\u00e9torique. De la sorte, elle envisage, bien au-del\u00e0 des figures [\u2026] la topique, les sch\u00e9mas d\u2019argumentation et l\u2019action par la parole (orale ou \u00e9crite), donc la pragmatique. Celle-ci offre une connexion avec les sciences du langage, notamment avec la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation, dans le sillage des travaux d\u2019\u00c9. Benveniste (Molini\u00e9, 2002, p. 740).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la stylistique a modifi\u00e9 sa feuille de route en reprenant \u00e0 son compte la rh\u00e9torique des anciens. En plus de l\u2019<em>inventio<\/em>, de la <em>dispositio<\/em> et de l\u2019<em>elocutio<\/em>, la stylistique embrasse l\u2019\u00e9loquence (l\u2019ex\u00e9cution du discours) via la <em>memoria<\/em> et l\u2019<em>actio<\/em> (Molini\u00e9, 2002). Or, on ne peut consid\u00e9rer la rh\u00e9torique comme art de bien parler sans tenir compte de ce quintette solidaire de la triade logos, ethos et pathos. Par cons\u00e9quent, la stylistique fait de la topique, des sch\u00e9mas argumentatifs et de l\u2019action de la parole sur l\u2019auditoire l\u2019un de ses objets privil\u00e9gi\u00e9s. Dans cette perspective, elle rencontre la pragmatique et les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation dont les protocoles int\u00e8grent l\u2019ethos comme catalyseur de l\u2019argument rh\u00e9torique (Amossy, 2002, p. 259). Cette op\u00e9ration \u00e9mane de la stylistique ballyenne ainsi r\u00e9sum\u00e9e : \u00ab La stylistique \u00e9tudie donc les faits d\u2019expression du langage organis\u00e9s du point de vue de leur contenu affectif c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019expression des faits de la sensibilit\u00e9 par le langage et l\u2019action des faits de langage sur la sensibilit\u00e9 \u00bb (Bally, 1952, p. 221). Cette citation qui fonde la stylistique de C. Bally repose sur le pathos, l\u2019ethos et le logos en ce qu\u2019elle accorde une place importante au sujet parlant et \u00e0 l\u2019action des faits de langage sur la sensibilit\u00e9 du couple \u00e9metteur-r\u00e9cepteur :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis quelques ann\u00e9es, la relecture de Bally a permis de rendre justice \u00e0 cet autre versant de la stylistique, en faisant appara\u00eetre Bally comme un pr\u00e9curseur de la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation et de la pragmatique, par le r\u00f4le central qu\u2019il accorde au sujet dans la langue et \u00e0 l\u2019action du langage. Bally serait en cela le continuateur de cette linguistique de la parole \u00e0 laquelle Saussure appelait de tous ses v\u0153ux, avant les travaux de Benveniste sur la subjectivit\u00e9 dans le langage. L\u2019id\u00e9e d\u2019un langage subjectif devrait \u00e9galement \u00eatre mise en relation avec les th\u00e8mes de Karl B\u00fchler et, surtout, de Jakobson sur la fonction \u00e9motive, qui s\u2019inscrivent dans le m\u00eame contexte scientifique et philosophique (Combe, 2006, p. 62).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La stylistique de Bally qui est une r\u00e9flexion sur le langage n\u2019avait pas retenu l\u2019attention de la critique, alors qu'elle offrait de larges perspectives \u00e0 la stylistique et \u00e0 son \u00e9pist\u00e9mologie. \u00c0 cette \u00e9poque, la critique \u00e9tait plut\u00f4t int\u00e9ress\u00e9e par la notion d\u2019\u00e9cart, gage de la litt\u00e9rarit\u00e9, donc d\u2019originalit\u00e9 litt\u00e9raire et les traits discursifs de grand\u00b7es \u00e9crivain\u00b7es. Cette restriction aux \u0153uvres et aux figures de style l\u2019a \u00e9clips\u00e9e derri\u00e8re la philologie et le structuralisme pendant une longue p\u00e9riode. En effet, lorsqu\u2019elle succ\u00e8de \u00e0 la rh\u00e9torique, dans l\u2019\u00e9tude du style, la stylistique conna\u00eet diverses fortunes qui l\u2019ont doublement restreinte \u00e0 une discipline ancillaire. Son retour s\u2019est effectu\u00e9 avec la th\u00e8se d\u00e9fendue par Bally. Si l\u2019on part du principe que la stylistique dans son \u00e9volution a pris en charge le domaine de la rh\u00e9torique (Molini\u00e9, 2002, p. 740) et que Bally est l\u2019un des pr\u00e9curseurs de la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation et de la pragmatique (Combe, 2006, p. 62), il ne peut qu\u2019y avoir une collusion entre les th\u00e8ses de C. Bally et l\u2019ethos. Le concept est avant tout l\u2019un des moteurs de la rh\u00e9torique. En tant que discipline, la stylistique a plus \u00e9volu\u00e9 par strate additive que par des ruptures, \u00ab du moins, quand ruptures il y a eu, \u00e9taient-elles progression dans un sens coh\u00e9rent \u00bb (Stolz, 2006, p. 17-18). L\u2019analyse stylistique de l\u2019ethos s\u2019inscrit dans une perspective pragmatique. Elle vise l\u2019esth\u00e9tique \u00e0 travers laquelle l\u2019\u00e9nonciateur projette dans son discours l\u2019image de soi afin d\u2019influer sur l\u2019opinion du lecteur ou de la lectrice. Cette \u00ab stylistique pragmatique [\u2026] envisage les strat\u00e9gies mises en \u0153uvres dans les \u00e9nonc\u00e9s et les effets escompt\u00e9s sur les destinataires (en mati\u00e8re de registres esth\u00e9tiques notamment) \u00bb (Molini\u00e9, 2002, p. 741). Elle s\u2019appuie sur l\u2019\u00e9nonciation et la pragmatique pour d\u00e9crire l\u2019\u00e9loquence qui donne \u00e0 la parole de l\u2019\u00e9nonciateur la force d\u2019exercer son action sur le destinataire. Dans les \u00e9tudes linguistiques et pragmatiques qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9nonciation, l\u2019\u00e9loquence se traduit par la mani\u00e8re dont le sujet parlant s\u2019implante par les modalit\u00e9s de sa parole, du statut de son \u00e9nonc\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui donne au dire sa force illocutoire (son efficacit\u00e9), de l\u2019influence que les interactants exercent les uns sur les autres. Citons quelques lignes de R. Amossy :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tudes linguistiques qui s\u2019attachent \u00e0 la question de l\u2019\u00e9nonciation (la fa\u00e7on dont le locuteur se manifeste par les modalit\u00e9s de son dire), de la force illocutoire (qui donne \u00e0 la parole sa capacit\u00e9 d\u2019agir) et de l\u2019interaction, ont remis en honneur la question de la pr\u00e9sentation de soi dans le discours. L\u2019expansion, dans les sciences du langage, de l\u2019analyse de la conversation et en particulier des ph\u00e9nom\u00e8nes de politesse a \u00e9galement amen\u00e9 la prise en compte de l\u2019ethos dans un autre sens : il y d\u00e9signe l\u2019ensemble des normes implicites qui, en modelant des mani\u00e8res d\u2019\u00eatres, manifestent le syst\u00e8me de valeurs en vigueur dans une communaut\u00e9 (Amossy, 2002, p. 259).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9tant donn\u00e9 que la stylistique est une discipline qui appr\u00e9hende le texte litt\u00e9raire comme une forme-sens et qu\u2019elle vise une analyse linguistique de l\u2019esth\u00e9tique verbale, il est normal qu\u2019elle emprunte ses outils de scrutation du texte \u00e0 la linguistique et \u00e0 divers domaines du champ litt\u00e9raire.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Exploration stylistique de l\u2019ethos r\u00e9volutionnaire dans <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>de Maxime N\u2019Debeka<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exploration stylistique de l\u2019ethos discursif dans la cr\u00e9ation textuelle de Maxime N\u2019Debeka implique que le d\u00e9cryptage immanent de la structure des \u00e9nonc\u00e9s soit corr\u00e9l\u00e9 avec le contexte sociohistorique congolais de 1969. Ainsi, la sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation (Maingueneau, 2013) est li\u00e9e aux \u00e9v\u00e9nements politiques qui ont boulevers\u00e9 la R\u00e9publique du Congo entre 1963 et 1969. Trois ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, le Congo-Brazzaville conna\u00eet une insurrection populaire qui effondre le r\u00e9gime en place. La soci\u00e9t\u00e9 civile d\u00e9finira l\u2019orientation de la transition, la mise en place du parti unique et l\u2019adoption du socialisme comme doctrine officielle. L\u2019affirmation de la soci\u00e9t\u00e9 civile sur l\u2019\u00e9chiquier politique a \u00e9branl\u00e9 les \u00e9quilibres qui existaient depuis la colonisation. La constitution de 1969 qui laissait poindre \u00e0 l\u2019horizon une lueur d\u2019espoir a laiss\u00e9 la place au d\u00e9senchantement :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: left\">Qu\u2019est-il rest\u00e9 des caillots de mots de l\u2019ann\u00e9e 69\r\nBondissant sur la rage de l\u2019oc\u00e9an\r\nTels des marchandes de cacahu\u00e8tes\r\nLe po\u00e8te a fabriqu\u00e9 des cornets\r\nPour recueillir le silence de la rue\r\nL\u2019homme s\u2019en est servi\r\nPour vendre des graines de rien\r\nMalgr\u00e9 1969 et l\u2019hymne \u00e0 la terre\r\nMalgr\u00e9 1969 et 980 000\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Hymne \u00e0 la terre\r\nCamarades\r\nVous demandez-vous peut-\u00eatre\r\nPourquoi \u00e0 nouveau se tendent\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 les muscles de ma voix\r\nPourquoi \u00e0 nouveau s\u2019ouvrent\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0les robinets de mes doigts\r\nPourquoi \u00e0 nouveau surgissent\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 de mes d\u00e9serts quelques oasis\r\nAlors que des grillons se frisent\r\nAu long des soirs leurs moustaches\r\nAlors que les rues des villes ne sont\r\nplus que des salons de th\u00e9\r\nAlors que dans les villes le peuple mort\r\nse dess\u00e8che sous le feu de nos di\u00e8ses d\u00e9lac\u00e9r\u00e9s\r\nAlors que les enfants se d\u00e9capent\r\nSous les rasoirs de nos manteaux\r\nDe \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb vieillis\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0amoch\u00e9s\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0amput\u00e9s\u00a0(N\u2019Debaka, 1975, p. 21-22).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis \u00c9. Benveniste, l\u2019on sait que toute parole \u00e9crite \u00e9mane d\u2019un \u00e9nonciateur incarn\u00e9 (Maingueneau, 2012, p. 86). Ce faisant, l\u2019analyse stylistique de l\u2019ethos n\u00e9cessite un examen de la sc\u00e8ne de parole et de la voix de l\u2019\u00e9nonciateur qui anime le texte. Celle-ci \u00e9mane d\u2019un sujet au-del\u00e0 du texte. \u00c0 travers l\u2019appellatif <em>Camarade<\/em>, cet extrait po\u00e9tique incarne les propri\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019attitude des militant\u00b7es de gauche. Le ton sur lequel le locuteur \u00e9voque les promesses non tenues qui suscitent l\u2019adh\u00e9sion des oubli\u00e9\u00b7es de la r\u00e9volution. En \u00e9non\u00e7ant sa d\u00e9sillusion par la proposition interrogatoire : \u00ab Qu\u2019est-il rest\u00e9 des callots de mots de 69 \u00bb, le po\u00e8te se positionne comme un militant engag\u00e9. Les vers : \u00ab Le po\u00e8te a fabriqu\u00e9 des cornets \u00bb, \u00ab Pour recueillir le silence de la rue \u00bb sont illustratifs. Ces phrases au pass\u00e9 compos\u00e9 et \u00e0 l\u2019infinitif l\u2019\u00e9l\u00e8vent au rang de porte-voix du peuple, parce qu\u2019elles fixent dans l\u2019\u00e9nonciation l\u2019ethos dit<em>.<\/em> Son d\u00e9sappointement est r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 anaphoriquement par les syntagmes pr\u00e9positionnels : \u00ab Malgr\u00e9 1969 et l\u2019hymne \u00e0 la terre \u00bb, \u00ab Malgr\u00e9 1969 et 980 000 \u00bb. Le recours \u00e0 l\u2019adjectif num\u00e9ral cardinal <em>1969<\/em> pour r\u00e9f\u00e9rencer la r\u00e9volution confirme son affectivit\u00e9, de m\u00eame que l\u2019adjectif num\u00e9ral cardinal <em>980 000<\/em> qui d\u00e9signe m\u00e9tonymiquement le peuple. Cette date historique traduit l\u2019espoir que le po\u00e8te avait plac\u00e9 dans la r\u00e9volution. De toute \u00e9vidence, les indices stylistico-linguistiques r\u00e9v\u00e8lent chez l\u2019\u00e9nonciateur une comp\u00e9tence oratoire \u00e0 partir de laquelle se d\u00e9ploie l\u2019ethos d\u2019un progressiste. Le po\u00e8te pr\u00f4ne un changement par rapport aux r\u00e9solutions de l\u2019ann\u00e9e 1969.\u00a0 Maingueneau \u00e9voque les strat\u00e9gies du locuteur pour projeter son image dans sa discursivit\u00e9\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que l\u2019orateur pr\u00e9tend <em>\u00eatre<\/em>, il le donne \u00e0 entendre et \u00e0 voir\u00a0: il ne <em>dit<\/em> pas qu\u2019il est simple et honn\u00eate, il le <em>montre<\/em> \u00e0 travers sa mani\u00e8re de s\u2019exprimer. L\u2019ethos est ainsi attach\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de la parole, au r\u00f4le qui correspond \u00e0 son discours, et non \u00e0 l\u2019individu \u00ab r\u00e9el \u00bb, appr\u00e9hend\u00e9 ind\u00e9pendamment de sa prestation oratoire (Maingueneau, 1993, p. 138).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos du po\u00e8te est attach\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne \u00e9nonciative d\u2019un patriote qui fait admettre ses id\u00e9es progressistes. Il explique son engagement via l\u2019\u00e9panaphore.\u00a0En rh\u00e9torique, elle se traduit par la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un mot ou d\u2019un groupe de mots au commencement des phrases ou de membres de phrase se suivant : \u00ab\u00a0Pourquoi \u00e0 nouveau\u00a0se tendent les muscles de ma voix \u00bb, \u00ab\u00a0Pourquoi \u00e0 nouveau\u00a0s\u2019ouvrent les robinets de mes doigts\u00a0\u00bb, \u00ab Pourquoi \u00e0 nouveau surgissent de mes d\u00e9serts quelques oasis\u00a0\u00bb. Cette figure manifeste doublement l\u2019ethos montr\u00e9 et l\u2019ethos dit du locuteur.\u00a0Le \u00ab peuple mort\u00a0\u00bb et le d\u00e9capage des \u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Sous les rasoirs de nos mentaux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0De r\u00e9volutionnaire vieillis\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amoch\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amput\u00e9s\u00a0\u00bb sont les raisons justifiant la lutte du sujet \u00e9non\u00e7ant. Les adjectifs qualificatifs \u00e9pith\u00e8tes postpos\u00e9s, <em>vieillis<\/em>, <em>amoch\u00e9s<\/em>, <em>amput\u00e9s<\/em> que renferme la clausule soulignent la surannation de la r\u00e9volution de 1969. L\u2019ethos dit transpara\u00eet dans les possessifs <em>ma<\/em>, <em>nos<\/em>, <em>mes<\/em>. Ils marquent le degr\u00e9 d\u2019implication du locuteur dans son \u00e9nonc\u00e9. L\u2019auteur appelle \u00e0 une nouvelle r\u00e9volution dans le po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0980 000\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9tude s\u2019int\u00e9resse, par ailleurs, au proc\u00e9d\u00e9 par lequel l\u2019\u00e9nonciation d\u00e9ploie une instance subjective dont le caract\u00e8re et le corps convainc le destinataire \u00e0 une adh\u00e9sion au projet de l\u2019auteur.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Caract\u00e8re et corporalit\u00e9 du garant dans l\u2019ethos discursif<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les notions de caract\u00e8re et de corporalit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 introduites par D. Maingueneau dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019ethos. La premi\u00e8re porte sur les traits psychologiques qui d\u00e9terminent le garant. Quant \u00e0 la seconde, elle correspond \u00e0 la discipline du corps \u00e0 travers laquelle s\u2019appr\u00e9hende le comportement global que valorise la repr\u00e9sentation sociale sur laquelle se fonde l\u2019\u00e9nonciation. Au-del\u00e0 de la rh\u00e9torique traditionnelle, l\u2019ethos tel qu\u2019appr\u00e9hend\u00e9 par Maingueneau est centr\u00e9 sur le processus \u00e0 travers lequel le locuteur d\u00e9clenche chez l\u2019auditoire son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019opinion d\u00e9fendue. Ce passage de son essai \u00e9taie cette assertion : \u00ab\u00a0La notion d\u2019ethos permet aussi de r\u00e9fl\u00e9chir sur le processus plus g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019adh\u00e9sion des sujets au point de vue d\u00e9fendu par un discours \u00bb (Maingueneau, 2013, p. 207). Sur le plan discursif, les concepts de vocalit\u00e9, de garant, de ton et d\u2019incorporation facilitent la saisie des st\u00e9r\u00e9otypes des mondes \u00e9thiques (Maingueneau, 2013, p. 208) que l\u2019\u00e9nonciation valorise ou transforme. L\u2019analyse du po\u00e8me VII, intitul\u00e9 \u00ab 980 000 \u00bb, met au jour l\u2019\u00e9chec de 1969. Le po\u00e8te appelle \u00e0 une nouvelle r\u00e9volution :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Osera-t-on demander au soleil\r\nPourquoi sa route est moins longue\r\nOsera-t-on demander \u00e0 la lune\r\nSi les couloirs de la nuit sont d\u00e9serts\r\nOsera-t-on se demander\r\nPourquoi les seins des femmes sont secs\r\nPourquoi les fleuves ont tari\r\nPourquoi les greniers de la terre suintent\r\nPourquoi les r\u00e9servoirs du ciel sont vides\r\nPourquoi la vie diminue\r\nPourquoi la vie diminue ici et\r\nPourquoi elle s\u2019allonge l\u00e0\r\n\r\nUn c\u00f4t\u00e9 ne nourrit-il pas un autre\r\nQui osera \u2013 Qui osera \u2013 Qui osera\r\n\r\nNous oserons\r\n\r\n980 000 nous sommes\r\n980 000 affam\u00e9s\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 bris\u00e9s\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0abrutis\r\n\r\n(N\u2019Debeka, 1975, p. 25-26).<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte est un hymne \u00e0 la r\u00e9volution qui s\u2019ouvre avec une s\u00e9rie d\u2019interrogations oratoires ant\u00e9piphoriques\u00a0: \u00ab\u00a0Osera-t-on demander au soleil\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Osera-t-on demander \u00e0 la lune\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Osera-t-on demander\u00a0\u00bb. La figure consiste \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la m\u00eame formule au d\u00e9but et \u00e0 la fin d\u2019un ensemble syntaxique ou d\u2019une strophe en l\u2019occurrence les vers (1), (3) et (4). Elle encadre certains vers \u00e0 travers une rythmique identique au refrain. L\u2019ant\u00e9piphore est relay\u00e9e par l\u2019\u00e9panaphore. Il s\u2019agit d\u2019une forme de r\u00e9p\u00e9tition. Selon G. Molini\u00e9,\u00a0 \u00ab\u00a0elle consiste en la reprise exacte, en la m\u00eame place syntagmatique absolument initiale, des m\u00eames \u00e9l\u00e9ments\u00a0\u00bb (1992, p. 136). L\u2019adverbe interrogatif <em>Pourquoi<\/em> est repris verticalement de mani\u00e8re initiale. Ces proc\u00e9d\u00e9s justifient les prises de position et l\u2019indignation du po\u00e8te. Au niveau de l\u2019expressivit\u00e9, elle se consolide par l\u2019it\u00e9ration du verbe <em>oser<\/em> conjugu\u00e9 \u00e0 la 3e personne du singulier avec la modalit\u00e9 verbale du futur simple sous la forme d\u2019un questionnement\u00a0oratoire\u00a0: \u00ab\u00a0Qui osera \u2013 Qui osera \u2013 Qui osera\u00a0\u00bb. S\u00e9mantiquement, cet usage illumine la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 du scripteur \u00e0 d\u00e9noncer sans langue de bois la mauvaise gouvernance. L\u2019ethos discursif est donc indissociable des embrayeurs de personne et de la sc\u00e9nographie qui donnent \u00e0 voir le monde \u00e9voqu\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation. Dans la phrase \u00ab\u00a0Nous oserons\u00a0\u00bb, le mouvement \u00e9nonciatif souligne que le pronom personnel <em>Nous<\/em> s\u2019offre comme un sujet collectif avec une pr\u00e9dominance du <em>Je<\/em> \u00e9non\u00e7ant. Dans une \u00e9tude consacr\u00e9e aux embrayeurs <em>nous<\/em> et <em>vous<\/em>, D. Maingueneau (1994, p. 20) a montr\u00e9 que<em> je<\/em> et <em>tu<\/em> transcendent la collectivit\u00e9. En po\u00e9sie lyrique, le locuteur (je) peut s\u2019associer \u00e0 plusieurs personnes de mani\u00e8re extensive. Il se mat\u00e9rialise par les \u00e9nonc\u00e9s : \u00ab 980 000 nous sommes \u00bb, \u00ab 980 000 affam\u00e9s \u00bb, \u00ab bris\u00e9s \u00bb, \u00ab abrutis \u00bb. Au c\u0153ur de ces propositions embray\u00e9es, l\u2019ant\u00e9position de l\u2019adjectif num\u00e9ral cardinal est un marquage stylistique qui connote dens\u00e9ment la discursivit\u00e9. Cette affirmation proc\u00e8de de l\u2019analyse stylistique de l\u2019organisation phrastique. En effet, l\u2019analyse stylistique de la phrase s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019ordre des mots selon deux principes : l\u2019ordre intrasyntagmatique et l\u2019ordre suprasyntagmatique. Le premier ordre (intrasyntagmatique) scrute la place des mots dans le groupe adjectif-nom et dans le groupe verbal. Le second porte sur les formes et les types de phrase. L\u2019\u00e9tude est restreinte \u00e0 l\u2019ordre des mots dans le syntagme nominal. En fran\u00e7ais, l\u2019ordre stylistique non marqu\u00e9 de ce type de syntagme nominal se caract\u00e9rise par la postposition de l\u2019adjectif en fonction de la r\u00e8gle de la s\u00e9quence progressive (ordre compl\u00e9t\u00e9-compl\u00e9ment). Cependant, la loi de la s\u00e9quence progressive est souvent entrav\u00e9e par la r\u00e8gle de la cadence majeure parce que \u00ab le fran\u00e7ais pr\u00e9f\u00e8re disposer les mots par ordre de masse croissante \u00bb (Stolz, 2006, p. 168-169). Suivant cette perspective, un adjectif bref sera ant\u00e9pos\u00e9 au substantif dont il est rattach\u00e9 comme \u00e9pith\u00e8te sans que l\u2019ordre des mots ne soit marqu\u00e9 stylistiquement. Le po\u00e8te devait dire : \u00ab nous sommes 980 000 \/ affam\u00e9s \/ bris\u00e9s \/ abrutis. \u00bb Ces adjectifs d\u00e9signent les marginaux et les marginales de la r\u00e9volution. Au niveau thymique, les adjectifs qualificatifs <em>affam\u00e9s<\/em>, <em>bris\u00e9s<\/em>, <em>abrutis<\/em> sont support\u00e9s par une thymie dysphorique. Le ton de l\u2019\u00e9nonciateur exalte ses traits de caract\u00e8re et conf\u00e8re une autorit\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il dit. La vis\u00e9e illocutoire en po\u00e9sie lyrique implique que l\u2019\u00e9metteur soit \u00e0 la fois le r\u00e9cepteur et l\u2019objet de son message. Le co-\u00e9nonciateur qui n\u2019est rien d\u2019autre que le lecteur ou la lectrice obvie l\u2019incorpore \u00e0 travers une repr\u00e9sentation subjective qui lui donne un corps diff\u00e9rent de celui de l\u2019auteur effectif. Maingueneau d\u00e9clare :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le garant, dont le lecteur doit construire la figure \u00e0 partir d\u2019indices textuels de divers ordres, se voit ainsi affecter un caract\u00e8re et une corporalit\u00e9, dont le degr\u00e9 de pr\u00e9cision varie selon les textes. Le \u00ab caract\u00e8re \u00bb correspond \u00e0 un faisceau de traits psychologiques. Quant \u00e0 la \u00ab corporalit\u00e9 \u00bb, elle est associ\u00e9e \u00e0 une complexion corporelle mais aussi \u00e0 une mani\u00e8re de s\u2019habiller et de se mouvoir dans l\u2019espace social. [\u2026] Caract\u00e8re et corporalit\u00e9 du garant proviennent donc d\u2019un ensemble diffus de repr\u00e9sentations sociales valoris\u00e9es ou d\u00e9valoris\u00e9es, sur lesquelles l\u2019\u00e9nonciation s\u2019appuie et qu\u2019elle contribue en retour \u00e0 conforter ou \u00e0 transformer (Maingueneau, 2012, p. 90).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans<em> L\u2019Oseille\/Les Citrons, <\/em>le garant auquel le lecteur affecte un caract\u00e8re et une corporalit\u00e9 est inh\u00e9rent \u00e0 la figure du po\u00e8te. Durant la co-\u00e9nonciation, la lecture fait ainsi para\u00eetre une instance subjective qui assume ce qui est \u00e9nonc\u00e9. L\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019ethos du locuteur tient au fait qu\u2019il enveloppe tacitement sa production verbale\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Nous venons des usines\r\nNous venons des for\u00eats\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 des campagnes\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des rues\r\nAvec des feux dans la gorge\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des crampes dans l\u2019estomac\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des trous b\u00e9ants dans les yeux\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des varices le long du corps\r\nEt des bras durs\r\nEt des mains calleuses\r\nEt des pieds comme du roc\r\n980 000 Nous sommes\r\n980 000 Ouvriers\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 ch\u00f4meurs\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 et quelques \u00e9tudiants\r\nQui n\u2019ont plus droit qu\u2019\u00e0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 une fraction de vie\r\nL\u2019usine produit\r\nLa terre est fertile\r\nDeux plus deux, c\u2019est bien\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0quatre pourtant (N\u2019Debeka, 1975, p. 26).<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9num\u00e9ration de la frange active de la population (Ouvriers) et du potentiel de d\u00e9veloppement que constitue les \u00ab ch\u00f4meurs \u00bb et les \u00ab \u00e9tudiants \u00bb atteste que le po\u00e8te a connaissance des probl\u00e8mes sociaux. L\u2019incrimination s\u2019op\u00e8re dans les constructions embray\u00e9es : \u00ab Nous venons des usines \u00bb, \u00ab Nous venons des for\u00eats \u00bb, \u00ab des campagnes \u00bb, \u00ab des rues \u00bb, \u00ab Avec des feux dans la gorge \u00bb, \u00ab des crampes dans l\u2019estomac \u00bb. Elles sont renforc\u00e9es par les vers \u00e9panaphoriques : \u00ab Et des bras durs \u00bb, \u00ab Et des mains calleuses \u00bb, \u00ab Et des pieds comme du roc \u00bb. D\u2019autres indices textuels r\u00e9v\u00e8lent assur\u00e9ment que leur labeur accro\u00eet le PIB. Ils sont perceptibles dans les \u00e9nonc\u00e9s : \u00ab l\u2019usine produit \u00bb, \u00ab la terre est fertile \u00bb, \u00ab Deux plus deux, c\u2019est bien quatre pourtant \u00bb, \u00ab Ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e \u00bb, (N\u2019Debeka, 1975, p. 26), \u00ab Un milliard de plus \u00bb (N\u2019Debeka, 1975, p. 26). Ces occurrences lexicales traduisent par leur contenu s\u00e9mantique l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s. Elles indiquent un taux de croissance \u00e9conomique en constante \u00e9volution. La suite de l\u2019\u00e9tude s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion du co-\u00e9nonciateur au point de vue d\u00e9fendu par le po\u00e8te. Dans la co-\u00e9nonciation, la vision que le locuteur a du monde ne se r\u00e9alise qu\u2019\u00e0 travers son d\u00e9codage par le lecteur ou la lectrice. Maingueneau explique le processus en ces termes : \u00ab Le narrateur d\u2019un texte \u00e9crit n\u2019est pas le substitut d\u2019un locuteur en chair en os, mais une instance qui ne soutient l\u2019acte de narrer que si un lecteur le met en mouvement. En un sens, c\u2019est le lecteur qui \u00e9nonce, \u00e0 partir des indications dont le r\u00e9seau total constitue le texte de l\u2019\u0153uvre \u00bb (2015, p. 44). L\u2019acte de lecture comme \u00e9nonciation vise le processus d\u2019interaction et l\u2019activit\u00e9 de construction du sens du texte.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos dans la co-\u00e9nonciation : l\u2019incorporation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019incorporation est l\u2019action de l\u2019ethos sur le co-\u00e9nonciateur (Maingueneau, 2012, p.\u00a090). Elle s\u2019effectue \u00e0 travers un garant suscit\u00e9 par l\u2019ethos auquel le co-\u00e9nonciateur donne corps par le biais de l\u2019\u00e9nonciation. Ensuite, le co-\u00e9nonciateur int\u00e8gre ses sch\u00e8mes qui se rapportent \u00e0 la mani\u00e8re particuli\u00e8re dont le po\u00e8te se positionne dans le monde. La somme de ces diff\u00e9rentes incorporations constitue un corps de communaut\u00e9 qui communient \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion du discours po\u00e9tique. L\u2019incorporation rattache l\u2019\u00e9nonciation \u00e0 la vocalit\u00e9 et \u00e9claire la personnalit\u00e9 (physique et psychologique) de l\u2019\u00e9nonciateur par une repr\u00e9sentation collective qui se rapporte \u00e0 la figure de l\u2019auteur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Maxime N\u2019Debeka a pendant longtemps milit\u00e9 dans la J. M. N. R. (Jeunesse du Mouvement National de la R\u00e9volution), avant d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9. Ce capital qui fait office de garant doit \u00eatre pris en compte dans l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u0153uvre. Le caract\u00e8re de l\u2019\u00e9nonciateur qui en d\u00e9coule inspire confiance au lecteur et \u00e0 la lectrice. Dans les \u00e9tudes consacr\u00e9es \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 auctoriale, l\u2019embrayage paratopique montre qu\u2019il n\u2019y a pas de scission entre la <em>personne<\/em>, l\u2019<em>\u00e9crivain<\/em> et l\u2019<em>inscripteur<\/em>, ces trois instances interagissant en m\u00eame temps dans le discours \u00e0 travers le <em>n\u0153ud borrom\u00e9en<\/em>. Elles participent \u00e0 la construction de l\u2019identit\u00e9 \u00e9nonciative de l\u2019auteur\u00b7trice et \u00e0 son positionnement dans l\u2019espace litt\u00e9raire. R. E. Reinton \u00e9voque cette complexit\u00e9 lorsqu\u2019il soutient :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciateur est sa complexit\u00e9. Non pas une mais trois instances s\u2019expriment en m\u00eame temps dans le discours. La personne est l\u2019\u00eatre biographique dans le monde, l\u2019\u00e9crivain est l\u2019acteur dans l\u2019espace litt\u00e9raire et l\u2019inscripteur est l\u2019\u00e9nonciateur du texte, celui qui g\u00e8re la sc\u00e9nographie langagi\u00e8re et qui se r\u00e9v\u00e8le dans le style, la th\u00e9matique, la ma\u00eetrise litt\u00e9raire et la mani\u00e8re dont l\u2019auteur et la personne sont int\u00e9gr\u00e9s au texte. [\u2026] ce qui est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur se trouve aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, car la personne et l\u2019auteur s\u2019expriment au travers de l\u2019inscripteur, et sa sc\u00e9nographie produit des images \u00e0 la fois de l\u2019auteur et de la personne. C\u2019est particuli\u00e8rement dans les textes du r\u00e9gime \u00e9locutif que l\u2019inscripteur, l\u2019auteur et la personne s\u2019associent (Reinton, 2013, p. 90).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le lecteur ou la lectrice conjugue ethos pr\u00e9discursif, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019image que celui-ci a construit hors du texte, et ethos discursif (ethos montr\u00e9) et forg\u00e9 <span style=\"font-size: 1em\">(ethos dit) <\/span><span style=\"font-size: 1em\">dans d\u2019autres textes, par l\u2019impact de l\u2019auteur\u00b7trice sur l\u2019espace public. Ces <\/span><em style=\"font-size: 1em\">\u00e8th\u00e8<\/em><span style=\"font-size: 1em\"> concourent \u00e0 l\u2019ethos effectif de l\u2019auteur\u00b7trice qui repose sur la jonction de l\u2019ethos pr\u00e9discursif et de l\u2019ethos discursif s\u2019appuient sur divers \u00e9l\u00e9ments et une multiplicit\u00e9 de mises en sc\u00e8ne discursive. Voici comment E. Danblon qualifie cette hybridation :<\/span><\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos de la rh\u00e9torique contemporaine est donc le m\u00e9lange complexe de la personne r\u00e9elle, de l\u2019image qu\u2019elle offre au public, de sa r\u00e9putation, de son charisme, du r\u00f4le qu\u2019elle occupe au sein de l\u2019institution, et de la palette infinie des mises en sc\u00e8ne qu\u2019elle peut produire en jouant avec les r\u00e8gles et les normes sous-jacentes \u00e0 toutes situations rh\u00e9toriques (Danblon, 2005, p. 132).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture pragmatique de l\u2019ethos discursif d\u00e9coule de l\u2019interaction de l\u2019ethos montr\u00e9 et de l\u2019ethos dit. Le genre de discours \u00e0 partir duquel l\u2019\u00e9nonciateur expose sa vis\u00e9e illocutoire est la po\u00e9sie lyrique. Or, le discours lyrique est r\u00e9flexif, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019\u00e9metteur est \u00e0 la fois le r\u00e9cepteur et l\u2019objet de son message. G. Molini\u00e9 le confirme : \u00ab L\u2019expression lyrique est d\u2019abord une expression de soi \u00e0 soi sur soi \u00bb (2005, p. 158). L\u2019\u0153uvre que le po\u00e8te offre au lecteur ou \u00e0 la lectrice ne peut s\u2019appr\u00e9hender qu\u2019avec une repr\u00e9sentation sociale pr\u00e9alable de sa figure. L\u2019\u00e9nonciateur fait le sombre constat qu\u2019une minorit\u00e9 \u00e0 confisquer le pouvoir pour s\u2019emparer des richesses du pays :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Nous venons \u00e0 980 000\r\nNous entrons sans frapper\r\nEt paraissent 20 000\r\n20 000 proph\u00e8tes\r\n20 000 qui font des miracles\r\nMerc\u00e9d\u00e8s dans leurs pieds\r\nLa soif d\u00e9salt\u00e8re\r\nLa faim nourrit bien\r\nDes greniers bourr\u00e9s\r\nPendent au bas du ventre\r\nJolis, jolis bien jolis miracles\r\nMais nous ferons nous-m\u00eames\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0nos miracles\r\nNous ferons nous-m\u00eames\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pour nous-m\u00eames\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 nos miracles\r\nFinis les jours raccourcis\r\nNous ne voulons plus de mise \u00e0 sac\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de caste\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de proph\u00e8tes\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus d\u2019ombres noires\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de couloirs obscurs\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de fonction publique gloutonne (N\u2019Debeka, 1975, p. 27-28).<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les ma\u00eetres\u00b7ses et possesseur\u00b7es des biens du peuple sont d\u00e9sign\u00e9\u00b7es par le syntagme nominal <em>20\u00a0000\u00a0proph\u00e8tes<\/em>. Le locuteur invite \u00e0 les d\u00e9poss\u00e9der de ces biens qu\u2019ils et elles se sont injustement accapar\u00e9\u00b7es : \u00ab Nous ferons nous-m\u00eames \/ Pour nous-m\u00eames \/ Nos miracles \u00bb. L\u2019\u00e9v\u00e9nement s\u2019annonce sous de meilleurs auspices : \u00ab Finis les jours raccourcis \u00bb. Les phrases \u00e0 la forme n\u00e9gative via la locution adverbiale <em>ne\u2026 plus<\/em> signent de mani\u00e8re \u00e9panaphorique les r\u00e9solutions qui ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es par le po\u00e8te. La doctrine privil\u00e9gie l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral au d\u00e9triment des int\u00e9r\u00eats particuliers. Les \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 modalit\u00e9 assertive : \u00ab\u00a0Nous allons briser tous les murs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Nous allons briser tous les couloirs o\u00f9 20 000 se terrent o\u00f9 les greniers de la terre\u00a0\u00bb, montrent que le locuteur n\u2019exclut pas le recours \u00e0 des moyens violents. Cette id\u00e9e se signale dans la chute du po\u00e8me\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Venez, venez vous tous\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Paysans ouvriers\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Ch\u00f4meurs \u00e9tudiants\r\nLa terre est pour tous\r\n20 000 s\u2019en sont empar\u00e9s\r\nMais nos t\u00eates ras\u00e9es\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 enfum\u00e9es\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 calcin\u00e9es\r\nSaisissent tous de m\u00eame\r\nAujourd\u2019hui les math\u00e9matiques\r\nUn million moins 20 000\r\nNous sommes 980 000\r\nNous sommes les plus forts\r\nArrachons notre part (N\u2019Debeka, 1975, p. 28).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La modalit\u00e9 jussive somme la mobilisation dans les vers\u00a0: \u00ab\u00a0venez, venez vous tous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Paysans\u00a0ouvriers \u00bb, \u00ab\u00a0Ch\u00f4meurs \u00e9tudiants\u00a0\u00bb. Selon les statistiques, sur une population d\u2019un \u00ab\u00a0million\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a020 000\u00a0\u00bb profitent sur les richesses du pays. Les \u00ab\u00a0980 000\u00a0\u00bb doivent s\u2019engager parce que l\u2019union fait la force\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes 980 000\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Nous sommes les plus forts\u00a0\u00bb. L\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re et la libert\u00e9 ne s\u2019octroient pas. Elles ne se conqui\u00e8rent qu\u2019aux prix de plusieurs efforts, d\u2019o\u00f9 le jussif\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachons notre part\u00a0\u00bb. Cependant, certains po\u00e8mes indiquent que le po\u00e8te fait preuve de r\u00e9silience. \u00c0 l\u2019ethos d\u2019homme politique r\u00e9volutionnaire d\u00e9velopp\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre succ\u00e8de la m\u00e9lancolie.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">De l\u2019ethos r\u00e9volutionnaire \u00e0 la m\u00e9lancolie : \u00e9tude de l\u2019ethos effectif dans la cr\u00e9ation po\u00e9tique de Maxime N\u2019Debeka<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos \u00e9manant de la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re du po\u00e8te Maxime N\u2019Debeka ne se r\u00e9duit pas \u00e0 sa dimension r\u00e9volutionnaire. <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>s\u2019offre au lecteur et \u00e0 la lectrice comme un chant teint\u00e9 d\u2019amour et d\u2019attendrissement. Son exploitation montre que certains po\u00e8mes excitent la commis\u00e9ration de l\u2019auteur, par leur ton path\u00e9tique. De ce fait, ils induisent un examen psychologique de l\u2019\u00e9nonciateur. La pr\u00e9face de S. N\u2019Tary \u00e9tablit la relation de l\u2019\u0153uvre avec la vie de l\u2019auteur lorsqu\u2019il \u00e9crit : \u00ab Ce recueil de po\u00e8mes est aussi un path\u00e9tique Chant d\u2019Amour. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 personnellement boulevers\u00e9 par les pages que le po\u00e8te a consacr\u00e9es aux \u00eatres qui lui sont le plus chers au monde, et la pudeur m\u2019interdit d\u2019en dire plus \u00e0 ce sujet. Par ailleurs, le po\u00e8te, qui a \u00e9t\u00e9 au seuil du tombeau, n\u2019oublie pas de rendre visite au grand village des disparus \u00bb (N\u2019Tary, 1975, p. 10-11). Les po\u00e8mes qui traduisent cette douloureuse exp\u00e9rience ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits en prison. L\u2019exploration de l\u2019extrait po\u00e9tique atteste que le sujet parlant est plong\u00e9 dans un \u00e9tat pathologique, de profonde tristesse, caract\u00e9ris\u00e9 par une vision pessimiste de telle mani\u00e8re qu\u2019il inhibe toutes les conduites de cr\u00e9ation et progr\u00e8s. Dans une telle situation, l\u2019\u00e9tat d\u2019abattement physique et moral succ\u00e8de \u00e0 l\u2019affliction puis \u00e0 la m\u00e9lancolie. La th\u00e9matique m\u00e9lancolique a partie li\u00e9e avec l\u2019univers carc\u00e9ral. Apr\u00e8s son arrestation, le 22 f\u00e9vrier 1972, l\u2019auteur est condamn\u00e9 \u00e0 mort puis incarc\u00e9r\u00e9. Priv\u00e9 de l\u2019affection des siens et de libert\u00e9, le po\u00e8te sera habit\u00e9 par <em>Thanatos<\/em> comme en t\u00e9moignent ces lignes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Venu le temps enfin\r\nEnfin le temps de Partir\r\nTemps d\u2019enfin Partir\r\nPartir pour dormir\r\n\r\nPartir d\u2019enfin dormir\r\nDu sommeil des si\u00e8cles\r\nDans un lit sans horloge (N\u2019Debeka, 1975, p. 33).<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La structure de ce po\u00e8me IX r\u00e9v\u00e8le une \u00e9nonciation caract\u00e9ris\u00e9e par des pulsions de mort. Le septain qui se pr\u00e9sente comme un calembour combine plusieurs figures microstructurales de r\u00e9p\u00e9tition. L\u2019anadiplose est perceptible dans le premier quatrain : \u00ab Venu le temps enfin \u00bb, \u00ab Enfin le temps de Partir\u00a0\u00bb. La lexie <em>enfin<\/em> qui se trouve \u00e0 la fin du vers est reprise au d\u00e9but du vers suivant. Cette strophe est doubl\u00e9e d\u2019une \u00e9piphore. Le ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019observe dans les vers (2) et (3) du quatrain : \u00ab Enfin le temps de partir\u00a0\u00bb, \u00ab Temps d\u2019enfin Partir \u00bb. Il s\u2019observe \u00e9galement dans les \u00e9nonc\u00e9s versifi\u00e9s (4) et (5) : \u00ab Partir pour dormir \u00bb. La figure se sp\u00e9cifie par la reprise d\u2019un mot ou d\u2019un groupe de mots \u00e0 la fin de phrases ou de membre de vers. Dans les constructions : \u00ab Partir pour dormir \u00bb, \u00ab Partir d\u2019enfin dormir \u00bb, l\u2019emplacement des verbes \u00ab Partir \u00bb et \u00ab dormir \u00bb \u00e0 la fin du quatrain et \u00e0 l\u2019ouverture du tercet renforce la sonorit\u00e9 du po\u00e8me \u00e0 travers l\u2019\u00e9panaphore. Elles consolident, par la m\u00eame occasion, l\u2019assise de l\u2019\u00e9piphore. Cette derni\u00e8re amplifie l\u2019intensit\u00e9 sonore par sa disposition \u00e0 la fin des vers. En d\u00e9pit de leur caract\u00e8re euphonique, les lexies \u00ab Partir \u00bb, \u00ab Enfin \u00bb, \u00ab Temps \u00bb et \u00ab dormir \u00bb impr\u00e8gnent le discours de l\u2019esprit de mort. L\u2019id\u00e9e se confirme dans le tercet avec les syntagmes nominaux expans\u00e9s traduisant le repos \u00e9ternel : \u00ab Du sommeil des si\u00e8cles \u00bb, \u00ab Dans un lit sans horloge \u00bb.\u00a0 Par ailleurs, l\u2019\u00e9criture sert d\u2019exutoire \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u00e9pressif de l\u2019auteur. Cette affirmation se justifie par le fait que les conditions de d\u00e9tention sont difficiles et les syntagmes nominaux susmentionn\u00e9s le montrent. Elle lui permet de communiquer avec les siens et de renouer avec <em>Eros<\/em> (les pulsions de vie). La po\u00e9sie qui est, par essence, l\u2019art des \u00e9panchements du c\u0153ur devient une th\u00e9rapie. Elle l\u2019aide \u00e0 supporter ces conditions de d\u00e9tention. Les figures de style qui surgissent du d\u00e9chiffrement du po\u00e8me le prouvent\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>O Mad\u00e9 mon amour Mon amour\r\nLes ailes g\u00e9antes de ton amour\r\nM\u2019emp\u00eachent de partir Mon amour\r\nL\u00e0 o\u00f9 mon \u0153il s\u2019\u00e9vanouit\r\nTu balaies de ta lumi\u00e8re\r\nComme le phare dans le port\r\nTu couds les toiles du voilier\r\nEt le vent de ton amour souffle\r\nPour toi pour moi <span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">Pour nous deux (N\u2019Debeka, 1975, p. 33).<\/span><\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re interlocutif est mis en relief par le <em>O<\/em> vocatif. Par cette tournure, le po\u00e8te s\u2019adresse directement \u00e0 sa bien-aim\u00e9e \u00ab Mad\u00e9 \u00bb. Son affection se mat\u00e9rialise po\u00e9tiquement par une extension sonore du syntagme nominal : \u00ab mon amour \u00bb, \u00ab Mon amour \u00bb. Elle est la figure de la r\u00e9sistance passive parce que, par son attachement, elle donne de l\u2019espoir au prisonnier. Cet espoir qui illumine sa vie, l\u2019emp\u00eache de sombrer comme le confirme les phrases versifi\u00e9es : \u00ab Les ailes g\u00e9antes de ton amour \u00bb, \u00ab M\u2019emp\u00eachent de partir Mon amour \u00bb, \u00ab L\u00e0 o\u00f9 mon \u0153il s\u2019\u00e9vanouit \u00bb, \u00ab Tu balaies de ta lumi\u00e8re \u00bb, \u00ab Comme le phare dans le port \u00bb. Ces vers m\u00e9taphoris\u00e9s et comparatifs d\u00e9notent de son soutien dans cette difficile \u00e9preuve. Ils se prolongent dans les \u00e9nonc\u00e9s \u00ab Tu couds les toiles du voilier \u00bb, \u00ab Et le vent de ton amour souffle \u00bb, \u00ab Pour toi pour moi Pour nous deux \u00bb. Ces constructions plongent le co-\u00e9nonciateur dans l\u2019idylle du po\u00e8te. Elles suscitent la compassion du lecteur et de la lectrice qui n\u2019est pas insensible \u00e0 l\u2019environnement carc\u00e9ral. La m\u00e9lancolie enveloppe la discursivit\u00e9 de telle sorte que l\u2019ethos qui y surgit renvoie \u00e0 la figure de l\u2019auteur qui devient le garant tonal des sc\u00e8nes de parole. L\u2019image que le po\u00e8te donne \u00e0 voir dans le texte am\u00e8ne le lecteur et la lectrice \u00e0 s\u2019identifier au prisonnier pour peu qu\u2019il et elle se r\u00e9f\u00e8rent au contexte d\u2019\u00e9nonciation :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019univers de sens que d\u00e9livre le discours s\u2019impose par l\u2019ethos comme par les id\u00e9es qu\u2019il transmet [\u2026]. Le texte n\u2019est pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre contempl\u00e9, il est \u00e9nonciation tendue vers un co-\u00e9nonciateur qu\u2019il faut mobiliser, faire adh\u00e9rer physiquement \u00e0 un certain univers de sens. Le pouvoir de persuasion d\u2019un discours tient pour une part au fait qu\u2019il am\u00e8ne le lecteur \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 la mise en mouvement d\u2019un corps investi de valeurs socialement sp\u00e9cifi\u00e9es. La qualit\u00e9 de l\u2019ethos renvoie en effet \u00e0 la figure de ce garant qui \u00e0 travers sa parole se donne une identit\u00e9 \u00e0 la mesure du monde qu\u2019il est cens\u00e9 faire surgir dans son \u00e9nonc\u00e9. [\u2026] C\u2019est \u00e0 travers son propre \u00e9nonc\u00e9 que le garant doit l\u00e9gitimer sa mani\u00e8re de dire. Cette prise en compte de l\u2019ethos permet \u00e0 nouveau de prendre ses distances \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une conception du discours selon laquelle les \u00ab contenus \u00bb des \u00e9nonc\u00e9s seraient ind\u00e9pendants de la sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation qui les prend en charge. En fait, on ne peut dissocier l\u2019organisation des contenus et la l\u00e9gitimation de la sc\u00e8ne de parole (Maingueneau, 2012, p. 90).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours po\u00e9tique int\u00e8gre des valeurs sociales qui am\u00e8nent le co-\u00e9nonciateur \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 la vision de l\u2019\u00e9nonciateur qui partage ses d\u00e9boires. Dans la p\u00e9nibilit\u00e9 de la d\u00e9tention, l\u2019amour ind\u00e9fectible de \u00ab Mad\u00e9 \u00bb appara\u00eet comme une lueur d\u2019espoir :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">O Mad\u00e9 mon amour Mon amour\r\nLe plus beau joyau cisel\u00e9\r\nPar mon c\u0153ur je te le donne\r\nLumi\u00e8re ma lumi\u00e8re\r\nEspoir Mon seul espoir (N\u2019Debeka, 1975, p. 34).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce quintil qui s\u2019ouvre par l\u2019exclamatif \u00ab O Mad\u00e9 mon amour Mon amour \u00bb a valeur d\u2019ant\u00e9piphore. L\u2019aura de \u00ab Mad\u00e9 \u00bb flotte autour du d\u00e9tenu qui lui voue son \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb. Les syntagmes nominaux \u00ab Lumi\u00e8re ma lumi\u00e8re \u00bb, \u00ab Espoir Mon seul espoir \u00bb, marquent l\u2019esp\u00e9rance en des lendemains meilleurs. Cette conviction s\u2019exprime \u00e0 travers la m\u00e9taphore <em>in absentia\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Lumi\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Espoir\u00a0\u00bb. Aux yeux de l\u2019auteur, \u00ab\u00a0Mad\u00e9\u00a0\u00bb incarne, \u00e0 elle seule, \u00ab\u00a0la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019espoir\u00a0\u00bb. Nous en voulons pour preuve le tercet tir\u00e9 du po\u00e8me X\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>Amour mon amour je n\u2019ai plus que toi. Toi seule\r\nmaintenant que je doute de la capacit\u00e9 de l\u2019homme de se\r\nd\u00e9barrasser de son impur, de son n\u00e9gatif (N\u2019Debeka, 1975, p. 46).<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La fragilit\u00e9 des choses humaines a transform\u00e9 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du po\u00e8te qui d\u00e9sormais ne jure que par sa bien-aim\u00e9e : sa muse. Le vers inaugural du tercet l\u2019exprime \u00e9loquemment : \u00ab Amour mon amour je n\u2019ai plus que toi. Toi seule \u00bb. De nombreux \u00e9l\u00e9ments verbo-textuels \u00e9clairent son attachement \u00e0 sa ch\u00e8re bien-aim\u00e9e. Outre l\u2019anaphore, l\u2019emploi de la phrase de forme n\u00e9gative doubl\u00e9 du pronom tonique \u00ab\u00a0toi \u00bb a valeur d\u2019insistance. Cette valeur se raffermit lorsqu\u2019on y adjoint la locution pronominale \u00ab\u00a0Toi seule\u00a0\u00bb en position de rejet. Il conf\u00e8re \u00e0 la discursivit\u00e9 l\u2019\u00e9clat qui consacre le talent du po\u00e8te.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de l\u2019\u00e9tude de <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons<\/em>, il appert que l\u2019analyse stylistique de l\u2019ethos s\u2019appuie sur les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation, la pragmatique et la rh\u00e9torique traditionnelle. Ces approches sont solidaires de l\u2019appr\u00e9hension de l\u2019ethos par D.\u00a0Maingueneau. L\u2019int\u00e9r\u00eat de ces sciences pour l\u2019ethos tient \u00e0 son caract\u00e8re \u00e9nonciatif et \u00e0 son impact sur l\u2019instance de r\u00e9ception. L\u2019application de l\u2019ethos discursif \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 verbale de Maxime N\u2019Debeka a mis en exergue deux dimensions. L\u2019\u00e9tude montre qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019image r\u00e9volutionnaire que projette la verve acerbe du po\u00e8te se cache la fragilit\u00e9 d\u2019un \u00eatre affect\u00e9 par l\u2019absence de sa bien-aim\u00e9e.\u00a0 La premi\u00e8re qui est attach\u00e9e au caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire incite le peuple \u00e0 une s\u00e9dition populaire pour arracher \u00e0 la minorit\u00e9 les terres arables dont elles ont \u00e9t\u00e9 injustement expropri\u00e9es. La radicalisation de son discours fait suite \u00e0 l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9volution de 1969. La seconde met en lumi\u00e8re la fragilit\u00e9 d\u2019un r\u00e9volutionnaire qui se trouve priv\u00e9 de sa libert\u00e9 et de l\u2019affection des siens. L\u2019ethos qui en d\u00e9coule exhibe toute la m\u00e9lancolie qui envahit une partie de l\u2019\u0153uvre. Cet isolement l\u2019a plong\u00e9 dans un \u00e9tat d\u00e9pressif. La mort lui est apparue comme la seule \u00e9chappatoire. Cependant, l\u2019\u00e9criture et l\u2019amour de sa bien-aim\u00e9e lui ont permis de braver cette \u00e9preuve et d\u2019appr\u00e9hender la vie avec plus d\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rence de l\u2019ouvrage \u00e9tudi\u00e9<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">N\u2019Debeka, Maxime. 1975. <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons<\/em>. Paris\u00a0: Pierre Jean Oswald.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2002. \u00a0Ethos. Dans Aron Paul, Saint-Jacques Denis, Viala Alain (dir.), <em>Le dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em> (p. 258-260). Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aristote. 1991. <em>Rh\u00e9torique. <\/em>Paris\u00a0: Livre de poche.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bally, Charles. 1952. <em>Trait\u00e9 de stylistique fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Klincksieck.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bury, Emmanuel. 2001. \u00c9loquence. Dans Jarrety, Michel (dir.), <em>Lexique des termes litt\u00e9raires<\/em> (p. 154). Paris : Le Livre de poche.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bury, Emmanuel. 2001.\u00a0Rh\u00e9torique. Dans Jarrety, Michel (dir.), <em>Lexique des termes litt\u00e9raires<\/em> (p. 358-361). Paris : Le Livre de poche.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Combe, Dominique. 2006.\u00a0Situation de Charles Bally. Linguistique, philosophie, psychologie, sociologie, anthropologie. Dans Chiss, Jean-Louis (dir.), <em>Charles Bally (1865-1947). Historicit\u00e9 des d\u00e9bats linguistiques et didactiques. Stylistique, \u00e9nonciation et crise du fran\u00e7ais<\/em> (p. 55-66). Louvain- Paris : \u00c9ditions Peeters.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Compagnon, Antoine. 1998. <em>Le d\u00e9mon de la th\u00e9orie. Litt\u00e9rature et sens commun<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Danblon, Emmanuelle. 2005. <em>La fonction persuasive. Anthropologie du discours rh\u00e9torique\u00a0: origine et actualit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jarrety, Michel. 2003. <em>La Po\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maingueneau, Dominique. 1993. <em>Le contexte de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire<\/em>. 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Paris\u00a0: Le Livre de poche.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Molini\u00e9, Georges. 2002. Stylistique. Dans Aron Paul, Saint-Jacques Denis, Viala Alain (dir.), <em>Le dictionnaire du litt\u00e9raire <\/em>(p. 740-741). Paris : Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Molini\u00e9, Georges. 2005. <em>\u00c9l\u00e9ments de stylistique fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">N\u2019Tary, Simon. 1975. En guise de pr\u00e9face. Dans N\u2019Debeka, Maxime <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>(p. 7-11). Paris : Pierre Jean Oswald.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quintilien. 2003. <em>Institution oratoire.<\/em> Paris\u00a0: Les Belles Lettres.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reinton Evang, Ragnhild. 2013.\u00a0\u00ab\u00a0Enfance berlinoise\u00a0\u00bb de Walter Benjamin et la probl\u00e9matique des discours constituants. Dans Delormas Pascale, Maingueneau Dominique, \u00d8stenstad Inger (dir.), <em>Se dire \u00e9crivain. Pratique discursive de la mise en sc\u00e8ne de soi<\/em> (p. 83-98). Paris : Lambert-Lucas.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Stolz, Claire. 2006.\u00a0 <em>Initiation \u00e0 la stylistique<\/em>. Paris\u00a0: Ellipses.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse stylistique de l\u2019ethos discursif s\u2019appuie sur les th\u00e9ories \u00e9nonciatives et la pragmatique. Elle int\u00e8gre les outils de la rh\u00e9torique traditionnelle. <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons<\/em> incite le peuple \u00e0 une r\u00e9volution. Le ton acerbe sur lequel le po\u00e8te engage les populations \u00e0 s\u2019accaparer les biens dont elles ont \u00e9t\u00e9 expropri\u00e9s offre prise \u00e0 l\u2019ethos r\u00e9volutionnaire. Cependant, la lecture des po\u00e8mes montre que l\u2019ethos n\u2019est pas que r\u00e9volutionnaire, car l\u2019\u00e9nonciation porte les vestiges de la prison. Par cons\u00e9quent, \u00e0 l\u2019ethos r\u00e9volutionnaire succ\u00e8de l\u2019ethos de l\u2019amoureux. La sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation de l\u2019ethos effectif se d\u00e9ploie \u00e0 travers un garant dont le caract\u00e8re et le corps am\u00e8nent le destinataire \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 la vis\u00e9e illocutoire de l\u2019auteur.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/enonciation\/\">\u00e9nonciation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/ethos-discursif\/\">ethos discursif<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/pragmatique\/\">pragmatique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/rhetorique\/\">rh\u00e9torique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles\/stylistique\/\">stylistique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>Stylistic-rhetorical analysis of discursive ethos in <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons<\/em> by Maxime N\u2019Debeka<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Stylistic analysis of discursive ethos draws on enunciative theories and pragmatics. It integrates the tools of traditional rhetoric. <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>incites the people to a revolution. The tone in which the poet urges the people to seize the assets that have been expropriated from them offers a grip on the revolutionary ethos. However, the reading of the poems shows that the ethos is not only revolutionary, because the enunciation carries the vestiges of the prison. Consequently, the revolutionary ethos is succeeded by the melancholic ethos. The scene of enunciation of the effective ethos unfolds through a guarantor whose character and body leads the addressee to adhere to the author&rsquo;s illocutionary aim.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/discursive-ethos\/\">discursive ethos<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/enunciation\/\">enunciation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/pragmatics\/\">pragmatics<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/rhetoric\/\">rhetoric<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/keywords\/stylistics\/\">stylistics<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (S\u00e9noufo)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u0286<\/strong><strong>i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300r\u025b\u0330\u0300juogama\u0330\u0300 keregele Maxime N\u2019Debeka lomurusabani<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u0286i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300r\u025b\u0330\u0300juogama\u0330\u0300 tamana keregele a sielii juof\u0254w ni weeni wee juni ni \u0272a\u0330\u0300 bee j\u028b\u0330\u0300niseni keregele na\u0330\u0300. Kambele ni juolemikeregele wiri. Lomurusaba caa \u0286i\u025b\u0330\u0300bele pi\u00e9 \u0272i\u025b\u0330\u0300nina\u0330\u0300. Y\u00e9kpol\u00e9 \u0286i\u025b\u0330\u0300rijuof\u0254l\u0254 waalee \u0272i\u025b\u0330\u0300 y\u00e9kpolo l\u00e9ni a gba\u0330\u0300bi \u0286i\u025b\u0330\u0300n\u025b\u0330\u0300yayuriw \u0286i\u0254\u0300, tehebele \u0272i\u025b\u0330\u0300 m\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300bele yalipi\u00e9 \u0272i\u025b\u0330\u0300nina\u0330\u0300. Kissi i, \u0286i\u025b\u0330\u0300rikalim\u025b\u0330\u0300 n\u2019giit\u00e8\u00e8 \u0286i\u025b\u0330\u0300rimi\u025b\u0330\u0300 o j\u028b\u0330\u0300 \u0272i\u025b\u0330\u0300nina\u0330\u0300 ii, gebele n\u2019git\u00e8\u00e8 \u0286i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300r\u025b\u0330\u0300juro a gba\u0330\u0300a\u0330\u0300 u lee kassoni. Gebelena\u0330\u0300, \u0272i\u025b\u0330\u0300ni \u0286i\u025b\u0330\u0300ri n\u2019ti\u00e8gi ya\u0241a f\u028b\u0330\u0301da\u0330\u0300\u0241a\u0330\u0300ri \u0286i\u025b\u0330\u0300r\u025b\u0330\u0300 na\u0330\u0300. \u0286i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300rjuro t\u00e8\u00e8 i \u0272ia\u0330\u0300 f\u00e8\u00e8na\u0330\u0300. \u0286i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300ri t\u00e8\u00e8 juo a pi\u00e9 f\u00e8\u00e8f\u00e9liga g\u00e9\u00e9 ka gba\u0330\u0300 lo\u0241of\u0254w kan u t\u00e0\u0241a juof\u0254w \u0286i\u025b\u0330\u0300r\u025b\u0330\u0300 na\u0330\u0300.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (S\u00e9noufo)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/juogami\/\">juogami<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/juolemi\/\">juol\u00e8mi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%ca%86i%c9%94%cc%b0-%ca%86i%c9%9b%cc%b0r%c9%9b%cc%b0juo\/\">\u0286i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300r\u025b\u0330\u0300juo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%ca%86i%c9%94%cc%b0-%ca%86i%c9%9b%cc%b0r%c9%9b%cc%b0juogama%cc%b0\/\">\u0286i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300r\u025b\u0330\u0300juogama\u0330\u0300<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/motscles-autre\/%ca%86i%c9%94%cc%b0-%ca%86i%c9%9b%cc%b0ri\/\">\u0286i\u0254\u0330\u0300 \u0286i\u025b\u0330\u0300ri<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>15 octobre 2023<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>18 d\u00e9cembre 2023<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>15 juillet 2024<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">En tant que science du bien dire (<em>bene discendi scientia<\/em>, voir Quintilien, 2003, p. 45), la rh\u00e9torique s\u2019est progressivement int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 tous les genres de discours et s\u2019est impos\u00e9e comme \u00ab une v\u00e9ritable th\u00e9orie litt\u00e9raire \u00bb (Jarrety, 2003, p. 28). Comme art de bien dire, elle a propos\u00e9 une technique qui s\u2019apparente \u00e0 un protocole de composition des \u0153uvres et de r\u00e9daction des discours : l&rsquo;<em>inventio<\/em>, qui concerne la recherche des id\u00e9es, est l\u2019\u00e9tape initiale (Jarrety, 2003, p. 28). Elle s\u2019appuie sur les lieux communs (<em>topo\u00ef)<\/em> lesquels constituent le sch\u00e9ma argumentatif de divers raisonnements. \u00c0 cette phase succ\u00e8de la hi\u00e9rarchisation des id\u00e9es, <em>dispositio,<\/em> qui va de l\u2019exorde \u00e0 la p\u00e9roraison en passant par la narration, la confrontation et la r\u00e9futation. La troisi\u00e8me \u00e9tape, <em>elocutio<\/em>, englobe \u00e0 la fois l\u2019\u00e9criture et le style. Ses marqueurs sont la correction, la clart\u00e9, la convenance et l\u2019ornementation dont les leviers de commande sont les figures de style. Apr\u00e8s les trois \u00e9tapes qui rel\u00e8vent du style et de la litt\u00e9rarisation interviennent les deux \u00e9tapes consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9loquence. Elle concerne la d\u00e9clamation, <em>actio<\/em>, et l\u2019effort d\u2019apprentissage, <em>memoria<\/em>. Ce br\u00e9viaire qui a pendant longtemps servi de patron \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire fran\u00e7aise fut contest\u00e9 et exclu de l\u2019enseignement au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Compagnon, 1998, p. 201). De nos jours, la rh\u00e9torique a pour qu\u00eate principale l\u2019esth\u00e9tique et l\u2019\u00e9loquence \u00e0 travers la triade logos, ethos et pathos. Ici, l\u2019\u00e9loquence est indissociable des finalit\u00e9s de la rh\u00e9torique (instruire, plaire et \u00e9mouvoir). E. Bury est plus pr\u00e9cis lorsqu\u2019il \u00e9crit : \u00ab le terme d\u00e9signe \u00e0 la fois l\u2019art rh\u00e9torique lui-m\u00eame, et surtout son efficacit\u00e9 \u00bb (2001, p. 154). Convaincre l\u2019auditoire n\u00e9cessite l\u2019arrangement des arguments valides pour mener \u00e0 bien une d\u00e9monstration (logos) et pour qu\u2019elle plaise, cette d\u00e9monstration doit int\u00e9grer le caract\u00e8re du sujet parlant (ethos) (Jarrety, 2003, p. 29). Enfin, pour \u00e9mouvoir l\u2019auditoire, le pathos renvoie aux \u00e9motions que l\u2019orateur\u00b7trice s\u2019efforce de susciter chez certains interlocuteurs \u00e0 travers ces mouvements corporels. En interaction avec le logos et le pathos, l\u2019ethos valorise des mani\u00e8res de faire et d\u2019\u00eatre susceptibles de servir de mod\u00e8le. Il accorde le primat \u00e0 l\u2019exemplarit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9thique dans le comportement. R. Amossy propose, de fa\u00e7on chronologique, une d\u00e9finition de l\u2019ethos qui met en \u00e9vidence le caract\u00e8re du locuteur sur l\u2019image qu\u2019il projette dans son discours :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019orateur doit trouver des arguments raisonnables et les avancer honn\u00eatement, tout en se montrant dispos\u00e9 \u00e0 agir pour le bien de ses auditeurs. L\u2019ethos est donc l\u2019image que le locuteur construit de lui-m\u00eame dans son discours, et non la repr\u00e9sentation pr\u00e9alable que le public se fait de sa personne. Dans la rh\u00e9torique romaine, l\u2019accent est mis davantage sur le statut social de l\u2019orateur, si bien que son autorit\u00e9 d\u00e9pend en grande partie de donn\u00e9es ext\u00e9rieures \u00e0 sa parole, comme son appartenance familiale, ses fonctions, sa r\u00e9putation\u2026 \u00c0 l\u2019\u00e2ge classique, l\u2019ethos reste une partie int\u00e9grante de la rh\u00e9torique, qui accorde une grande importance aussi bien \u00e0 l\u2019image produite dans le discours qu\u2019a la conduite de l\u2019orateur, l\u2019une devant refl\u00e9ter l\u2019autre (Amossy, 2002, p. 258-259).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces valeurs et principes qui conf\u00e8rent \u00e0 l\u2019orateur\u00b7trice des arguments d\u2019autorit\u00e9 lui permettant de persuader son auditoire int\u00e9ressent la stylistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette science a \u00e9t\u00e9 la courroie de transmission entre la rh\u00e9torique en d\u00e9clin et la linguistique (Compagnon, 1998). Elle a \u00e9volu\u00e9 avec l\u2019h\u00e9ritage de la premi\u00e8re en se positionnant comme une critique des proc\u00e9d\u00e9s langagiers et esth\u00e9tiques mobilis\u00e9s par l\u2019auteur\u00b7trice pour agir sur le lecteur ou la lectrice en termes d\u2019adh\u00e9sion ou de satisfaction. De ce fait, la stylistique explore la valeur illocutoire du discours litt\u00e9raire. Elle est comp\u00e9tente, en cons\u00e9quence, pour d\u00e9crypter l\u2019ethos dans <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>de Maxime N\u2019Debeka. C\u2019est pourquoi la pr\u00e9sente recherche tente de r\u00e9pondre aux questions suivantes\u00a0: en quoi la stylistique est-elle comp\u00e9tente pour d\u00e9crypter l\u2019ethos dans <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>de Maxime N\u2019Debeka? Comment, dans une perspective interactionnelle, les repr\u00e9sentations du moi ou les diff\u00e9rents ethos s\u2019articulent-ils et se clivent-ils tout en exer\u00e7ant des influences mutuelles l\u2019un sur l\u2019autre? Enfin, par quels proc\u00e9d\u00e9s th\u00e9orico-m\u00e9thodologiques la stylistique de l\u2019ethos s\u2019appuie-t-elle sur les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation, de la pragmatique et la rh\u00e9torique traditionnelle? L\u2019option m\u00e9thodologique se justifie par le fait que cette \u0153uvre qui a \u00e9clos de l\u2019univers carc\u00e9ral et des ruines de la r\u00e9volution congolaise de 1969 incarne de toute force le caract\u00e8re et l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019auteur. La r\u00e9flexion compte trois parties principales. La premi\u00e8re balise le champ de l\u2019ethos dans les sciences du langage. La deuxi\u00e8me partie est, quant \u00e0 elle, d\u00e9volue au traitement stylistique et rh\u00e9torique de l\u2019ethos. La derni\u00e8re aborde l\u2019ethos de l\u2019amoureux et le path\u00e9tique de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019Ethos\u00a0discursif : de la rh\u00e9torique aristot\u00e9licienne aux th\u00e9ories discursives et stylistique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la rh\u00e9torique a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par les Grecs anciens pour instruire (<em>docere<\/em>), plaire (<em>placere<\/em>) et \u00e9mouvoir (<em>movere<\/em>), le constat est que sa mise en pratique langagi\u00e8re dans l\u2019analyse stylistique du litt\u00e9raire r\u00e9side dans la triade logos, ethos et pathos. Dans ce triptyque, le logos d\u00e9signe le p\u00f4le du discours, le pathos celui de l\u2019auditoire et l&rsquo;ethos celui de l\u2019orateur\u00b7trice. Ce dernier correspond \u00e0 l\u2019image de soi que doit construire le locuteur qui veut agir sur son auditoire par la force de sa parole :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On persuade par le caract\u00e8re, quand le discours est de nature \u00e0 rendre l\u2019orateur digne de foi, car les honn\u00eates gens nous inspirent confiance la plus grande et plus prompte sur toutes les questions en g\u00e9n\u00e9ral, et confiance enti\u00e8re sur celles qui ne comportent point de certitude, et laissent une place au doute (Aristote, 1991, p. 22-23, I, 1356 a).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re construit et projet\u00e9 conf\u00e8re au locuteur une cr\u00e9dibilit\u00e9 qui lui permet d\u2019agir sur son auditoire par la sinc\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il inspire \u00e0 son auditoire. Sous cet angle, l\u2019ethos appara\u00eet comme le cadre de d\u00e9ploiement de la sc\u00e8ne \u00e9nonciative. Il peut se d\u00e9finir comme la mise en sc\u00e8ne de la parole. Le texte litt\u00e9raire n\u2019est pas qu\u2019un amas de signes graphiques. Il commande les strat\u00e9gies \u00e9nonciatives d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019orateur\u00b7trice pour gagner l\u2019adh\u00e9sion compl\u00e8te de l\u2019auditoire, \u00e0 travers l\u2019ethos. L\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ethos, dans les sciences du langage, rel\u00e8ve, aujourd\u2019hui, de sa dimension \u00e9nonciative. Ce regain d\u2019int\u00e9r\u00eat consacre la renaissance de la rh\u00e9torique tomb\u00e9e en d\u00e9su\u00e9tude au cours des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents (Bury, 2001, p. 360-361). De la rh\u00e9torique aristot\u00e9licienne, les travaux sur l\u2019ethos ont migr\u00e9 vers la linguistique discursive. Ils sont enr\u00f4l\u00e9s par la pragmatique, l\u2019\u00e9nonciation, les th\u00e9ories conversationnelles et l\u2019argumentation. L\u2019attention que la stylistique lui accorde est li\u00e9e \u00e0 sa filiation avec la rh\u00e9torique et les th\u00e9ories postructuralistes. G. Molini\u00e9 r\u00e9sume ainsi la filiation entre stylistique, rh\u00e9torique et linguistique :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La stylistique a \u00e9t\u00e9 un temps occult\u00e9e par le succ\u00e8s de la linguistique structurale; puis, \u00e0 la fin du si\u00e8cle, elle a fait un retour au premier plan mais en modifiant ses protocoles pour revenir \u00e0 ce que les propositions initiales de Bally pouvaient offrir d\u2019ouverture les plus larges. Logique, car Bally, \u00e9l\u00e8ve de Saussure \u2013 il fut l\u2019un des \u00e9diteurs du <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em> \u2013 \u00e9tait plut\u00f4t parti d\u2019une r\u00e9flexion sur le langage en g\u00e9n\u00e9ral. Dans cette perspective, la stylistique a repris en charge le vaste domaine que consid\u00e9rait traditionnellement la rh\u00e9torique. De la sorte, elle envisage, bien au-del\u00e0 des figures [\u2026] la topique, les sch\u00e9mas d\u2019argumentation et l\u2019action par la parole (orale ou \u00e9crite), donc la pragmatique. Celle-ci offre une connexion avec les sciences du langage, notamment avec la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation, dans le sillage des travaux d\u2019\u00c9. Benveniste (Molini\u00e9, 2002, p. 740).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la stylistique a modifi\u00e9 sa feuille de route en reprenant \u00e0 son compte la rh\u00e9torique des anciens. En plus de l\u2019<em>inventio<\/em>, de la <em>dispositio<\/em> et de l\u2019<em>elocutio<\/em>, la stylistique embrasse l\u2019\u00e9loquence (l\u2019ex\u00e9cution du discours) via la <em>memoria<\/em> et l\u2019<em>actio<\/em> (Molini\u00e9, 2002). Or, on ne peut consid\u00e9rer la rh\u00e9torique comme art de bien parler sans tenir compte de ce quintette solidaire de la triade logos, ethos et pathos. Par cons\u00e9quent, la stylistique fait de la topique, des sch\u00e9mas argumentatifs et de l\u2019action de la parole sur l\u2019auditoire l\u2019un de ses objets privil\u00e9gi\u00e9s. Dans cette perspective, elle rencontre la pragmatique et les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation dont les protocoles int\u00e8grent l\u2019ethos comme catalyseur de l\u2019argument rh\u00e9torique (Amossy, 2002, p. 259). Cette op\u00e9ration \u00e9mane de la stylistique ballyenne ainsi r\u00e9sum\u00e9e : \u00ab La stylistique \u00e9tudie donc les faits d\u2019expression du langage organis\u00e9s du point de vue de leur contenu affectif c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019expression des faits de la sensibilit\u00e9 par le langage et l\u2019action des faits de langage sur la sensibilit\u00e9 \u00bb (Bally, 1952, p. 221). Cette citation qui fonde la stylistique de C. Bally repose sur le pathos, l\u2019ethos et le logos en ce qu\u2019elle accorde une place importante au sujet parlant et \u00e0 l\u2019action des faits de langage sur la sensibilit\u00e9 du couple \u00e9metteur-r\u00e9cepteur :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis quelques ann\u00e9es, la relecture de Bally a permis de rendre justice \u00e0 cet autre versant de la stylistique, en faisant appara\u00eetre Bally comme un pr\u00e9curseur de la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation et de la pragmatique, par le r\u00f4le central qu\u2019il accorde au sujet dans la langue et \u00e0 l\u2019action du langage. Bally serait en cela le continuateur de cette linguistique de la parole \u00e0 laquelle Saussure appelait de tous ses v\u0153ux, avant les travaux de Benveniste sur la subjectivit\u00e9 dans le langage. L\u2019id\u00e9e d\u2019un langage subjectif devrait \u00e9galement \u00eatre mise en relation avec les th\u00e8mes de Karl B\u00fchler et, surtout, de Jakobson sur la fonction \u00e9motive, qui s\u2019inscrivent dans le m\u00eame contexte scientifique et philosophique (Combe, 2006, p. 62).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La stylistique de Bally qui est une r\u00e9flexion sur le langage n\u2019avait pas retenu l\u2019attention de la critique, alors qu&rsquo;elle offrait de larges perspectives \u00e0 la stylistique et \u00e0 son \u00e9pist\u00e9mologie. \u00c0 cette \u00e9poque, la critique \u00e9tait plut\u00f4t int\u00e9ress\u00e9e par la notion d\u2019\u00e9cart, gage de la litt\u00e9rarit\u00e9, donc d\u2019originalit\u00e9 litt\u00e9raire et les traits discursifs de grand\u00b7es \u00e9crivain\u00b7es. Cette restriction aux \u0153uvres et aux figures de style l\u2019a \u00e9clips\u00e9e derri\u00e8re la philologie et le structuralisme pendant une longue p\u00e9riode. En effet, lorsqu\u2019elle succ\u00e8de \u00e0 la rh\u00e9torique, dans l\u2019\u00e9tude du style, la stylistique conna\u00eet diverses fortunes qui l\u2019ont doublement restreinte \u00e0 une discipline ancillaire. Son retour s\u2019est effectu\u00e9 avec la th\u00e8se d\u00e9fendue par Bally. Si l\u2019on part du principe que la stylistique dans son \u00e9volution a pris en charge le domaine de la rh\u00e9torique (Molini\u00e9, 2002, p. 740) et que Bally est l\u2019un des pr\u00e9curseurs de la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation et de la pragmatique (Combe, 2006, p. 62), il ne peut qu\u2019y avoir une collusion entre les th\u00e8ses de C. Bally et l\u2019ethos. Le concept est avant tout l\u2019un des moteurs de la rh\u00e9torique. En tant que discipline, la stylistique a plus \u00e9volu\u00e9 par strate additive que par des ruptures, \u00ab du moins, quand ruptures il y a eu, \u00e9taient-elles progression dans un sens coh\u00e9rent \u00bb (Stolz, 2006, p. 17-18). L\u2019analyse stylistique de l\u2019ethos s\u2019inscrit dans une perspective pragmatique. Elle vise l\u2019esth\u00e9tique \u00e0 travers laquelle l\u2019\u00e9nonciateur projette dans son discours l\u2019image de soi afin d\u2019influer sur l\u2019opinion du lecteur ou de la lectrice. Cette \u00ab stylistique pragmatique [\u2026] envisage les strat\u00e9gies mises en \u0153uvres dans les \u00e9nonc\u00e9s et les effets escompt\u00e9s sur les destinataires (en mati\u00e8re de registres esth\u00e9tiques notamment) \u00bb (Molini\u00e9, 2002, p. 741). Elle s\u2019appuie sur l\u2019\u00e9nonciation et la pragmatique pour d\u00e9crire l\u2019\u00e9loquence qui donne \u00e0 la parole de l\u2019\u00e9nonciateur la force d\u2019exercer son action sur le destinataire. Dans les \u00e9tudes linguistiques et pragmatiques qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9nonciation, l\u2019\u00e9loquence se traduit par la mani\u00e8re dont le sujet parlant s\u2019implante par les modalit\u00e9s de sa parole, du statut de son \u00e9nonc\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui donne au dire sa force illocutoire (son efficacit\u00e9), de l\u2019influence que les interactants exercent les uns sur les autres. Citons quelques lignes de R. Amossy :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00e9tudes linguistiques qui s\u2019attachent \u00e0 la question de l\u2019\u00e9nonciation (la fa\u00e7on dont le locuteur se manifeste par les modalit\u00e9s de son dire), de la force illocutoire (qui donne \u00e0 la parole sa capacit\u00e9 d\u2019agir) et de l\u2019interaction, ont remis en honneur la question de la pr\u00e9sentation de soi dans le discours. L\u2019expansion, dans les sciences du langage, de l\u2019analyse de la conversation et en particulier des ph\u00e9nom\u00e8nes de politesse a \u00e9galement amen\u00e9 la prise en compte de l\u2019ethos dans un autre sens : il y d\u00e9signe l\u2019ensemble des normes implicites qui, en modelant des mani\u00e8res d\u2019\u00eatres, manifestent le syst\u00e8me de valeurs en vigueur dans une communaut\u00e9 (Amossy, 2002, p. 259).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9tant donn\u00e9 que la stylistique est une discipline qui appr\u00e9hende le texte litt\u00e9raire comme une forme-sens et qu\u2019elle vise une analyse linguistique de l\u2019esth\u00e9tique verbale, il est normal qu\u2019elle emprunte ses outils de scrutation du texte \u00e0 la linguistique et \u00e0 divers domaines du champ litt\u00e9raire.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Exploration stylistique de l\u2019ethos r\u00e9volutionnaire dans <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>de Maxime N\u2019Debeka<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019exploration stylistique de l\u2019ethos discursif dans la cr\u00e9ation textuelle de Maxime N\u2019Debeka implique que le d\u00e9cryptage immanent de la structure des \u00e9nonc\u00e9s soit corr\u00e9l\u00e9 avec le contexte sociohistorique congolais de 1969. Ainsi, la sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation (Maingueneau, 2013) est li\u00e9e aux \u00e9v\u00e9nements politiques qui ont boulevers\u00e9 la R\u00e9publique du Congo entre 1963 et 1969. Trois ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, le Congo-Brazzaville conna\u00eet une insurrection populaire qui effondre le r\u00e9gime en place. La soci\u00e9t\u00e9 civile d\u00e9finira l\u2019orientation de la transition, la mise en place du parti unique et l\u2019adoption du socialisme comme doctrine officielle. L\u2019affirmation de la soci\u00e9t\u00e9 civile sur l\u2019\u00e9chiquier politique a \u00e9branl\u00e9 les \u00e9quilibres qui existaient depuis la colonisation. La constitution de 1969 qui laissait poindre \u00e0 l\u2019horizon une lueur d\u2019espoir a laiss\u00e9 la place au d\u00e9senchantement :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left\">Qu\u2019est-il rest\u00e9 des caillots de mots de l\u2019ann\u00e9e 69<br \/>\nBondissant sur la rage de l\u2019oc\u00e9an<br \/>\nTels des marchandes de cacahu\u00e8tes<br \/>\nLe po\u00e8te a fabriqu\u00e9 des cornets<br \/>\nPour recueillir le silence de la rue<br \/>\nL\u2019homme s\u2019en est servi<br \/>\nPour vendre des graines de rien<br \/>\nMalgr\u00e9 1969 et l\u2019hymne \u00e0 la terre<br \/>\nMalgr\u00e9 1969 et 980 000\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Hymne \u00e0 la terre<br \/>\nCamarades<br \/>\nVous demandez-vous peut-\u00eatre<br \/>\nPourquoi \u00e0 nouveau se tendent\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 les muscles de ma voix<br \/>\nPourquoi \u00e0 nouveau s\u2019ouvrent\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0les robinets de mes doigts<br \/>\nPourquoi \u00e0 nouveau surgissent\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 de mes d\u00e9serts quelques oasis<br \/>\nAlors que des grillons se frisent<br \/>\nAu long des soirs leurs moustaches<br \/>\nAlors que les rues des villes ne sont<br \/>\nplus que des salons de th\u00e9<br \/>\nAlors que dans les villes le peuple mort<br \/>\nse dess\u00e8che sous le feu de nos di\u00e8ses d\u00e9lac\u00e9r\u00e9s<br \/>\nAlors que les enfants se d\u00e9capent<br \/>\nSous les rasoirs de nos manteaux<br \/>\nDe \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb vieillis\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0amoch\u00e9s\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0amput\u00e9s\u00a0(N\u2019Debaka, 1975, p. 21-22).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis \u00c9. Benveniste, l\u2019on sait que toute parole \u00e9crite \u00e9mane d\u2019un \u00e9nonciateur incarn\u00e9 (Maingueneau, 2012, p. 86). Ce faisant, l\u2019analyse stylistique de l\u2019ethos n\u00e9cessite un examen de la sc\u00e8ne de parole et de la voix de l\u2019\u00e9nonciateur qui anime le texte. Celle-ci \u00e9mane d\u2019un sujet au-del\u00e0 du texte. \u00c0 travers l\u2019appellatif <em>Camarade<\/em>, cet extrait po\u00e9tique incarne les propri\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019attitude des militant\u00b7es de gauche. Le ton sur lequel le locuteur \u00e9voque les promesses non tenues qui suscitent l\u2019adh\u00e9sion des oubli\u00e9\u00b7es de la r\u00e9volution. En \u00e9non\u00e7ant sa d\u00e9sillusion par la proposition interrogatoire : \u00ab Qu\u2019est-il rest\u00e9 des callots de mots de 69 \u00bb, le po\u00e8te se positionne comme un militant engag\u00e9. Les vers : \u00ab Le po\u00e8te a fabriqu\u00e9 des cornets \u00bb, \u00ab Pour recueillir le silence de la rue \u00bb sont illustratifs. Ces phrases au pass\u00e9 compos\u00e9 et \u00e0 l\u2019infinitif l\u2019\u00e9l\u00e8vent au rang de porte-voix du peuple, parce qu\u2019elles fixent dans l\u2019\u00e9nonciation l\u2019ethos dit<em>.<\/em> Son d\u00e9sappointement est r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 anaphoriquement par les syntagmes pr\u00e9positionnels : \u00ab Malgr\u00e9 1969 et l\u2019hymne \u00e0 la terre \u00bb, \u00ab Malgr\u00e9 1969 et 980 000 \u00bb. Le recours \u00e0 l\u2019adjectif num\u00e9ral cardinal <em>1969<\/em> pour r\u00e9f\u00e9rencer la r\u00e9volution confirme son affectivit\u00e9, de m\u00eame que l\u2019adjectif num\u00e9ral cardinal <em>980 000<\/em> qui d\u00e9signe m\u00e9tonymiquement le peuple. Cette date historique traduit l\u2019espoir que le po\u00e8te avait plac\u00e9 dans la r\u00e9volution. De toute \u00e9vidence, les indices stylistico-linguistiques r\u00e9v\u00e8lent chez l\u2019\u00e9nonciateur une comp\u00e9tence oratoire \u00e0 partir de laquelle se d\u00e9ploie l\u2019ethos d\u2019un progressiste. Le po\u00e8te pr\u00f4ne un changement par rapport aux r\u00e9solutions de l\u2019ann\u00e9e 1969.\u00a0 Maingueneau \u00e9voque les strat\u00e9gies du locuteur pour projeter son image dans sa discursivit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce que l\u2019orateur pr\u00e9tend <em>\u00eatre<\/em>, il le donne \u00e0 entendre et \u00e0 voir\u00a0: il ne <em>dit<\/em> pas qu\u2019il est simple et honn\u00eate, il le <em>montre<\/em> \u00e0 travers sa mani\u00e8re de s\u2019exprimer. L\u2019ethos est ainsi attach\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de la parole, au r\u00f4le qui correspond \u00e0 son discours, et non \u00e0 l\u2019individu \u00ab r\u00e9el \u00bb, appr\u00e9hend\u00e9 ind\u00e9pendamment de sa prestation oratoire (Maingueneau, 1993, p. 138).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos du po\u00e8te est attach\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne \u00e9nonciative d\u2019un patriote qui fait admettre ses id\u00e9es progressistes. Il explique son engagement via l\u2019\u00e9panaphore.\u00a0En rh\u00e9torique, elle se traduit par la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un mot ou d\u2019un groupe de mots au commencement des phrases ou de membres de phrase se suivant : \u00ab\u00a0Pourquoi \u00e0 nouveau\u00a0se tendent les muscles de ma voix \u00bb, \u00ab\u00a0Pourquoi \u00e0 nouveau\u00a0s\u2019ouvrent les robinets de mes doigts\u00a0\u00bb, \u00ab Pourquoi \u00e0 nouveau surgissent de mes d\u00e9serts quelques oasis\u00a0\u00bb. Cette figure manifeste doublement l\u2019ethos montr\u00e9 et l\u2019ethos dit du locuteur.\u00a0Le \u00ab peuple mort\u00a0\u00bb et le d\u00e9capage des \u00ab\u00a0enfants\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Sous les rasoirs de nos mentaux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0De r\u00e9volutionnaire vieillis\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amoch\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amput\u00e9s\u00a0\u00bb sont les raisons justifiant la lutte du sujet \u00e9non\u00e7ant. Les adjectifs qualificatifs \u00e9pith\u00e8tes postpos\u00e9s, <em>vieillis<\/em>, <em>amoch\u00e9s<\/em>, <em>amput\u00e9s<\/em> que renferme la clausule soulignent la surannation de la r\u00e9volution de 1969. L\u2019ethos dit transpara\u00eet dans les possessifs <em>ma<\/em>, <em>nos<\/em>, <em>mes<\/em>. Ils marquent le degr\u00e9 d\u2019implication du locuteur dans son \u00e9nonc\u00e9. L\u2019auteur appelle \u00e0 une nouvelle r\u00e9volution dans le po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0980 000\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9tude s\u2019int\u00e9resse, par ailleurs, au proc\u00e9d\u00e9 par lequel l\u2019\u00e9nonciation d\u00e9ploie une instance subjective dont le caract\u00e8re et le corps convainc le destinataire \u00e0 une adh\u00e9sion au projet de l\u2019auteur.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Caract\u00e8re et corporalit\u00e9 du garant dans l\u2019ethos discursif<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Les notions de caract\u00e8re et de corporalit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 introduites par D. Maingueneau dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019ethos. La premi\u00e8re porte sur les traits psychologiques qui d\u00e9terminent le garant. Quant \u00e0 la seconde, elle correspond \u00e0 la discipline du corps \u00e0 travers laquelle s\u2019appr\u00e9hende le comportement global que valorise la repr\u00e9sentation sociale sur laquelle se fonde l\u2019\u00e9nonciation. Au-del\u00e0 de la rh\u00e9torique traditionnelle, l\u2019ethos tel qu\u2019appr\u00e9hend\u00e9 par Maingueneau est centr\u00e9 sur le processus \u00e0 travers lequel le locuteur d\u00e9clenche chez l\u2019auditoire son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019opinion d\u00e9fendue. Ce passage de son essai \u00e9taie cette assertion : \u00ab\u00a0La notion d\u2019ethos permet aussi de r\u00e9fl\u00e9chir sur le processus plus g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019adh\u00e9sion des sujets au point de vue d\u00e9fendu par un discours \u00bb (Maingueneau, 2013, p. 207). Sur le plan discursif, les concepts de vocalit\u00e9, de garant, de ton et d\u2019incorporation facilitent la saisie des st\u00e9r\u00e9otypes des mondes \u00e9thiques (Maingueneau, 2013, p. 208) que l\u2019\u00e9nonciation valorise ou transforme. L\u2019analyse du po\u00e8me VII, intitul\u00e9 \u00ab 980 000 \u00bb, met au jour l\u2019\u00e9chec de 1969. Le po\u00e8te appelle \u00e0 une nouvelle r\u00e9volution :<\/p>\n<blockquote><p>Osera-t-on demander au soleil<br \/>\nPourquoi sa route est moins longue<br \/>\nOsera-t-on demander \u00e0 la lune<br \/>\nSi les couloirs de la nuit sont d\u00e9serts<br \/>\nOsera-t-on se demander<br \/>\nPourquoi les seins des femmes sont secs<br \/>\nPourquoi les fleuves ont tari<br \/>\nPourquoi les greniers de la terre suintent<br \/>\nPourquoi les r\u00e9servoirs du ciel sont vides<br \/>\nPourquoi la vie diminue<br \/>\nPourquoi la vie diminue ici et<br \/>\nPourquoi elle s\u2019allonge l\u00e0<\/p>\n<p>Un c\u00f4t\u00e9 ne nourrit-il pas un autre<br \/>\nQui osera \u2013 Qui osera \u2013 Qui osera<\/p>\n<p>Nous oserons<\/p>\n<p>980 000 nous sommes<br \/>\n980 000 affam\u00e9s\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 bris\u00e9s\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0abrutis<\/p>\n<p>(N\u2019Debeka, 1975, p. 25-26).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte est un hymne \u00e0 la r\u00e9volution qui s\u2019ouvre avec une s\u00e9rie d\u2019interrogations oratoires ant\u00e9piphoriques\u00a0: \u00ab\u00a0Osera-t-on demander au soleil\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Osera-t-on demander \u00e0 la lune\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Osera-t-on demander\u00a0\u00bb. La figure consiste \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la m\u00eame formule au d\u00e9but et \u00e0 la fin d\u2019un ensemble syntaxique ou d\u2019une strophe en l\u2019occurrence les vers (1), (3) et (4). Elle encadre certains vers \u00e0 travers une rythmique identique au refrain. L\u2019ant\u00e9piphore est relay\u00e9e par l\u2019\u00e9panaphore. Il s\u2019agit d\u2019une forme de r\u00e9p\u00e9tition. Selon G. Molini\u00e9,\u00a0 \u00ab\u00a0elle consiste en la reprise exacte, en la m\u00eame place syntagmatique absolument initiale, des m\u00eames \u00e9l\u00e9ments\u00a0\u00bb (1992, p. 136). L\u2019adverbe interrogatif <em>Pourquoi<\/em> est repris verticalement de mani\u00e8re initiale. Ces proc\u00e9d\u00e9s justifient les prises de position et l\u2019indignation du po\u00e8te. Au niveau de l\u2019expressivit\u00e9, elle se consolide par l\u2019it\u00e9ration du verbe <em>oser<\/em> conjugu\u00e9 \u00e0 la 3e personne du singulier avec la modalit\u00e9 verbale du futur simple sous la forme d\u2019un questionnement\u00a0oratoire\u00a0: \u00ab\u00a0Qui osera \u2013 Qui osera \u2013 Qui osera\u00a0\u00bb. S\u00e9mantiquement, cet usage illumine la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 du scripteur \u00e0 d\u00e9noncer sans langue de bois la mauvaise gouvernance. L\u2019ethos discursif est donc indissociable des embrayeurs de personne et de la sc\u00e9nographie qui donnent \u00e0 voir le monde \u00e9voqu\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation. Dans la phrase \u00ab\u00a0Nous oserons\u00a0\u00bb, le mouvement \u00e9nonciatif souligne que le pronom personnel <em>Nous<\/em> s\u2019offre comme un sujet collectif avec une pr\u00e9dominance du <em>Je<\/em> \u00e9non\u00e7ant. Dans une \u00e9tude consacr\u00e9e aux embrayeurs <em>nous<\/em> et <em>vous<\/em>, D. Maingueneau (1994, p. 20) a montr\u00e9 que<em> je<\/em> et <em>tu<\/em> transcendent la collectivit\u00e9. En po\u00e9sie lyrique, le locuteur (je) peut s\u2019associer \u00e0 plusieurs personnes de mani\u00e8re extensive. Il se mat\u00e9rialise par les \u00e9nonc\u00e9s : \u00ab 980 000 nous sommes \u00bb, \u00ab 980 000 affam\u00e9s \u00bb, \u00ab bris\u00e9s \u00bb, \u00ab abrutis \u00bb. Au c\u0153ur de ces propositions embray\u00e9es, l\u2019ant\u00e9position de l\u2019adjectif num\u00e9ral cardinal est un marquage stylistique qui connote dens\u00e9ment la discursivit\u00e9. Cette affirmation proc\u00e8de de l\u2019analyse stylistique de l\u2019organisation phrastique. En effet, l\u2019analyse stylistique de la phrase s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019ordre des mots selon deux principes : l\u2019ordre intrasyntagmatique et l\u2019ordre suprasyntagmatique. Le premier ordre (intrasyntagmatique) scrute la place des mots dans le groupe adjectif-nom et dans le groupe verbal. Le second porte sur les formes et les types de phrase. L\u2019\u00e9tude est restreinte \u00e0 l\u2019ordre des mots dans le syntagme nominal. En fran\u00e7ais, l\u2019ordre stylistique non marqu\u00e9 de ce type de syntagme nominal se caract\u00e9rise par la postposition de l\u2019adjectif en fonction de la r\u00e8gle de la s\u00e9quence progressive (ordre compl\u00e9t\u00e9-compl\u00e9ment). Cependant, la loi de la s\u00e9quence progressive est souvent entrav\u00e9e par la r\u00e8gle de la cadence majeure parce que \u00ab le fran\u00e7ais pr\u00e9f\u00e8re disposer les mots par ordre de masse croissante \u00bb (Stolz, 2006, p. 168-169). Suivant cette perspective, un adjectif bref sera ant\u00e9pos\u00e9 au substantif dont il est rattach\u00e9 comme \u00e9pith\u00e8te sans que l\u2019ordre des mots ne soit marqu\u00e9 stylistiquement. Le po\u00e8te devait dire : \u00ab nous sommes 980 000 \/ affam\u00e9s \/ bris\u00e9s \/ abrutis. \u00bb Ces adjectifs d\u00e9signent les marginaux et les marginales de la r\u00e9volution. Au niveau thymique, les adjectifs qualificatifs <em>affam\u00e9s<\/em>, <em>bris\u00e9s<\/em>, <em>abrutis<\/em> sont support\u00e9s par une thymie dysphorique. Le ton de l\u2019\u00e9nonciateur exalte ses traits de caract\u00e8re et conf\u00e8re une autorit\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il dit. La vis\u00e9e illocutoire en po\u00e9sie lyrique implique que l\u2019\u00e9metteur soit \u00e0 la fois le r\u00e9cepteur et l\u2019objet de son message. Le co-\u00e9nonciateur qui n\u2019est rien d\u2019autre que le lecteur ou la lectrice obvie l\u2019incorpore \u00e0 travers une repr\u00e9sentation subjective qui lui donne un corps diff\u00e9rent de celui de l\u2019auteur effectif. Maingueneau d\u00e9clare :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le garant, dont le lecteur doit construire la figure \u00e0 partir d\u2019indices textuels de divers ordres, se voit ainsi affecter un caract\u00e8re et une corporalit\u00e9, dont le degr\u00e9 de pr\u00e9cision varie selon les textes. Le \u00ab caract\u00e8re \u00bb correspond \u00e0 un faisceau de traits psychologiques. Quant \u00e0 la \u00ab corporalit\u00e9 \u00bb, elle est associ\u00e9e \u00e0 une complexion corporelle mais aussi \u00e0 une mani\u00e8re de s\u2019habiller et de se mouvoir dans l\u2019espace social. [\u2026] Caract\u00e8re et corporalit\u00e9 du garant proviennent donc d\u2019un ensemble diffus de repr\u00e9sentations sociales valoris\u00e9es ou d\u00e9valoris\u00e9es, sur lesquelles l\u2019\u00e9nonciation s\u2019appuie et qu\u2019elle contribue en retour \u00e0 conforter ou \u00e0 transformer (Maingueneau, 2012, p. 90).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans<em> L\u2019Oseille\/Les Citrons, <\/em>le garant auquel le lecteur affecte un caract\u00e8re et une corporalit\u00e9 est inh\u00e9rent \u00e0 la figure du po\u00e8te. Durant la co-\u00e9nonciation, la lecture fait ainsi para\u00eetre une instance subjective qui assume ce qui est \u00e9nonc\u00e9. L\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019ethos du locuteur tient au fait qu\u2019il enveloppe tacitement sa production verbale\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Nous venons des usines<br \/>\nNous venons des for\u00eats\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 des campagnes\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des rues<br \/>\nAvec des feux dans la gorge\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des crampes dans l\u2019estomac\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des trous b\u00e9ants dans les yeux\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0des varices le long du corps<br \/>\nEt des bras durs<br \/>\nEt des mains calleuses<br \/>\nEt des pieds comme du roc<br \/>\n980 000 Nous sommes<br \/>\n980 000 Ouvriers\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 ch\u00f4meurs\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 et quelques \u00e9tudiants<br \/>\nQui n\u2019ont plus droit qu\u2019\u00e0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 une fraction de vie<br \/>\nL\u2019usine produit<br \/>\nLa terre est fertile<br \/>\nDeux plus deux, c\u2019est bien\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0quatre pourtant (N\u2019Debeka, 1975, p. 26).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9num\u00e9ration de la frange active de la population (Ouvriers) et du potentiel de d\u00e9veloppement que constitue les \u00ab ch\u00f4meurs \u00bb et les \u00ab \u00e9tudiants \u00bb atteste que le po\u00e8te a connaissance des probl\u00e8mes sociaux. L\u2019incrimination s\u2019op\u00e8re dans les constructions embray\u00e9es : \u00ab Nous venons des usines \u00bb, \u00ab Nous venons des for\u00eats \u00bb, \u00ab des campagnes \u00bb, \u00ab des rues \u00bb, \u00ab Avec des feux dans la gorge \u00bb, \u00ab des crampes dans l\u2019estomac \u00bb. Elles sont renforc\u00e9es par les vers \u00e9panaphoriques : \u00ab Et des bras durs \u00bb, \u00ab Et des mains calleuses \u00bb, \u00ab Et des pieds comme du roc \u00bb. D\u2019autres indices textuels r\u00e9v\u00e8lent assur\u00e9ment que leur labeur accro\u00eet le PIB. Ils sont perceptibles dans les \u00e9nonc\u00e9s : \u00ab l\u2019usine produit \u00bb, \u00ab la terre est fertile \u00bb, \u00ab Deux plus deux, c\u2019est bien quatre pourtant \u00bb, \u00ab Ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e \u00bb, (N\u2019Debeka, 1975, p. 26), \u00ab Un milliard de plus \u00bb (N\u2019Debeka, 1975, p. 26). Ces occurrences lexicales traduisent par leur contenu s\u00e9mantique l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s. Elles indiquent un taux de croissance \u00e9conomique en constante \u00e9volution. La suite de l\u2019\u00e9tude s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion du co-\u00e9nonciateur au point de vue d\u00e9fendu par le po\u00e8te. Dans la co-\u00e9nonciation, la vision que le locuteur a du monde ne se r\u00e9alise qu\u2019\u00e0 travers son d\u00e9codage par le lecteur ou la lectrice. Maingueneau explique le processus en ces termes : \u00ab Le narrateur d\u2019un texte \u00e9crit n\u2019est pas le substitut d\u2019un locuteur en chair en os, mais une instance qui ne soutient l\u2019acte de narrer que si un lecteur le met en mouvement. En un sens, c\u2019est le lecteur qui \u00e9nonce, \u00e0 partir des indications dont le r\u00e9seau total constitue le texte de l\u2019\u0153uvre \u00bb (2015, p. 44). L\u2019acte de lecture comme \u00e9nonciation vise le processus d\u2019interaction et l\u2019activit\u00e9 de construction du sens du texte.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos dans la co-\u00e9nonciation : l\u2019incorporation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019incorporation est l\u2019action de l\u2019ethos sur le co-\u00e9nonciateur (Maingueneau, 2012, p.\u00a090). Elle s\u2019effectue \u00e0 travers un garant suscit\u00e9 par l\u2019ethos auquel le co-\u00e9nonciateur donne corps par le biais de l\u2019\u00e9nonciation. Ensuite, le co-\u00e9nonciateur int\u00e8gre ses sch\u00e8mes qui se rapportent \u00e0 la mani\u00e8re particuli\u00e8re dont le po\u00e8te se positionne dans le monde. La somme de ces diff\u00e9rentes incorporations constitue un corps de communaut\u00e9 qui communient \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion du discours po\u00e9tique. L\u2019incorporation rattache l\u2019\u00e9nonciation \u00e0 la vocalit\u00e9 et \u00e9claire la personnalit\u00e9 (physique et psychologique) de l\u2019\u00e9nonciateur par une repr\u00e9sentation collective qui se rapporte \u00e0 la figure de l\u2019auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Maxime N\u2019Debeka a pendant longtemps milit\u00e9 dans la J. M. N. R. (Jeunesse du Mouvement National de la R\u00e9volution), avant d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9. Ce capital qui fait office de garant doit \u00eatre pris en compte dans l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u0153uvre. Le caract\u00e8re de l\u2019\u00e9nonciateur qui en d\u00e9coule inspire confiance au lecteur et \u00e0 la lectrice. Dans les \u00e9tudes consacr\u00e9es \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 auctoriale, l\u2019embrayage paratopique montre qu\u2019il n\u2019y a pas de scission entre la <em>personne<\/em>, l\u2019<em>\u00e9crivain<\/em> et l\u2019<em>inscripteur<\/em>, ces trois instances interagissant en m\u00eame temps dans le discours \u00e0 travers le <em>n\u0153ud borrom\u00e9en<\/em>. Elles participent \u00e0 la construction de l\u2019identit\u00e9 \u00e9nonciative de l\u2019auteur\u00b7trice et \u00e0 son positionnement dans l\u2019espace litt\u00e9raire. R. E. Reinton \u00e9voque cette complexit\u00e9 lorsqu\u2019il soutient :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciateur est sa complexit\u00e9. Non pas une mais trois instances s\u2019expriment en m\u00eame temps dans le discours. La personne est l\u2019\u00eatre biographique dans le monde, l\u2019\u00e9crivain est l\u2019acteur dans l\u2019espace litt\u00e9raire et l\u2019inscripteur est l\u2019\u00e9nonciateur du texte, celui qui g\u00e8re la sc\u00e9nographie langagi\u00e8re et qui se r\u00e9v\u00e8le dans le style, la th\u00e9matique, la ma\u00eetrise litt\u00e9raire et la mani\u00e8re dont l\u2019auteur et la personne sont int\u00e9gr\u00e9s au texte. [\u2026] ce qui est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur se trouve aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, car la personne et l\u2019auteur s\u2019expriment au travers de l\u2019inscripteur, et sa sc\u00e9nographie produit des images \u00e0 la fois de l\u2019auteur et de la personne. C\u2019est particuli\u00e8rement dans les textes du r\u00e9gime \u00e9locutif que l\u2019inscripteur, l\u2019auteur et la personne s\u2019associent (Reinton, 2013, p. 90).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le lecteur ou la lectrice conjugue ethos pr\u00e9discursif, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019image que celui-ci a construit hors du texte, et ethos discursif (ethos montr\u00e9) et forg\u00e9 <span style=\"font-size: 1em\">(ethos dit) <\/span><span style=\"font-size: 1em\">dans d\u2019autres textes, par l\u2019impact de l\u2019auteur\u00b7trice sur l\u2019espace public. Ces <\/span><em style=\"font-size: 1em\">\u00e8th\u00e8<\/em><span style=\"font-size: 1em\"> concourent \u00e0 l\u2019ethos effectif de l\u2019auteur\u00b7trice qui repose sur la jonction de l\u2019ethos pr\u00e9discursif et de l\u2019ethos discursif s\u2019appuient sur divers \u00e9l\u00e9ments et une multiplicit\u00e9 de mises en sc\u00e8ne discursive. Voici comment E. Danblon qualifie cette hybridation :<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos de la rh\u00e9torique contemporaine est donc le m\u00e9lange complexe de la personne r\u00e9elle, de l\u2019image qu\u2019elle offre au public, de sa r\u00e9putation, de son charisme, du r\u00f4le qu\u2019elle occupe au sein de l\u2019institution, et de la palette infinie des mises en sc\u00e8ne qu\u2019elle peut produire en jouant avec les r\u00e8gles et les normes sous-jacentes \u00e0 toutes situations rh\u00e9toriques (Danblon, 2005, p. 132).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture pragmatique de l\u2019ethos discursif d\u00e9coule de l\u2019interaction de l\u2019ethos montr\u00e9 et de l\u2019ethos dit. Le genre de discours \u00e0 partir duquel l\u2019\u00e9nonciateur expose sa vis\u00e9e illocutoire est la po\u00e9sie lyrique. Or, le discours lyrique est r\u00e9flexif, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019\u00e9metteur est \u00e0 la fois le r\u00e9cepteur et l\u2019objet de son message. G. Molini\u00e9 le confirme : \u00ab L\u2019expression lyrique est d\u2019abord une expression de soi \u00e0 soi sur soi \u00bb (2005, p. 158). L\u2019\u0153uvre que le po\u00e8te offre au lecteur ou \u00e0 la lectrice ne peut s\u2019appr\u00e9hender qu\u2019avec une repr\u00e9sentation sociale pr\u00e9alable de sa figure. L\u2019\u00e9nonciateur fait le sombre constat qu\u2019une minorit\u00e9 \u00e0 confisquer le pouvoir pour s\u2019emparer des richesses du pays :<\/p>\n<blockquote><p>Nous venons \u00e0 980 000<br \/>\nNous entrons sans frapper<br \/>\nEt paraissent 20 000<br \/>\n20 000 proph\u00e8tes<br \/>\n20 000 qui font des miracles<br \/>\nMerc\u00e9d\u00e8s dans leurs pieds<br \/>\nLa soif d\u00e9salt\u00e8re<br \/>\nLa faim nourrit bien<br \/>\nDes greniers bourr\u00e9s<br \/>\nPendent au bas du ventre<br \/>\nJolis, jolis bien jolis miracles<br \/>\nMais nous ferons nous-m\u00eames\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0nos miracles<br \/>\nNous ferons nous-m\u00eames\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Pour nous-m\u00eames\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 nos miracles<br \/>\nFinis les jours raccourcis<br \/>\nNous ne voulons plus de mise \u00e0 sac\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de caste\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de proph\u00e8tes\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus d\u2019ombres noires\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de couloirs obscurs\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 plus de fonction publique gloutonne (N\u2019Debeka, 1975, p. 27-28).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les ma\u00eetres\u00b7ses et possesseur\u00b7es des biens du peuple sont d\u00e9sign\u00e9\u00b7es par le syntagme nominal <em>20\u00a0000\u00a0proph\u00e8tes<\/em>. Le locuteur invite \u00e0 les d\u00e9poss\u00e9der de ces biens qu\u2019ils et elles se sont injustement accapar\u00e9\u00b7es : \u00ab Nous ferons nous-m\u00eames \/ Pour nous-m\u00eames \/ Nos miracles \u00bb. L\u2019\u00e9v\u00e9nement s\u2019annonce sous de meilleurs auspices : \u00ab Finis les jours raccourcis \u00bb. Les phrases \u00e0 la forme n\u00e9gative via la locution adverbiale <em>ne\u2026 plus<\/em> signent de mani\u00e8re \u00e9panaphorique les r\u00e9solutions qui ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es par le po\u00e8te. La doctrine privil\u00e9gie l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral au d\u00e9triment des int\u00e9r\u00eats particuliers. Les \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 modalit\u00e9 assertive : \u00ab\u00a0Nous allons briser tous les murs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Nous allons briser tous les couloirs o\u00f9 20 000 se terrent o\u00f9 les greniers de la terre\u00a0\u00bb, montrent que le locuteur n\u2019exclut pas le recours \u00e0 des moyens violents. Cette id\u00e9e se signale dans la chute du po\u00e8me\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Venez, venez vous tous\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Paysans ouvriers\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Ch\u00f4meurs \u00e9tudiants<br \/>\nLa terre est pour tous<br \/>\n20 000 s\u2019en sont empar\u00e9s<br \/>\nMais nos t\u00eates ras\u00e9es\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 enfum\u00e9es\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 calcin\u00e9es<br \/>\nSaisissent tous de m\u00eame<br \/>\nAujourd\u2019hui les math\u00e9matiques<br \/>\nUn million moins 20 000<br \/>\nNous sommes 980 000<br \/>\nNous sommes les plus forts<br \/>\nArrachons notre part (N\u2019Debeka, 1975, p. 28).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La modalit\u00e9 jussive somme la mobilisation dans les vers\u00a0: \u00ab\u00a0venez, venez vous tous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Paysans\u00a0ouvriers \u00bb, \u00ab\u00a0Ch\u00f4meurs \u00e9tudiants\u00a0\u00bb. Selon les statistiques, sur une population d\u2019un \u00ab\u00a0million\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a020 000\u00a0\u00bb profitent sur les richesses du pays. Les \u00ab\u00a0980 000\u00a0\u00bb doivent s\u2019engager parce que l\u2019union fait la force\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes 980 000\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Nous sommes les plus forts\u00a0\u00bb. L\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re et la libert\u00e9 ne s\u2019octroient pas. Elles ne se conqui\u00e8rent qu\u2019aux prix de plusieurs efforts, d\u2019o\u00f9 le jussif\u00a0: \u00ab\u00a0Arrachons notre part\u00a0\u00bb. Cependant, certains po\u00e8mes indiquent que le po\u00e8te fait preuve de r\u00e9silience. \u00c0 l\u2019ethos d\u2019homme politique r\u00e9volutionnaire d\u00e9velopp\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre succ\u00e8de la m\u00e9lancolie.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">De l\u2019ethos r\u00e9volutionnaire \u00e0 la m\u00e9lancolie : \u00e9tude de l\u2019ethos effectif dans la cr\u00e9ation po\u00e9tique de Maxime N\u2019Debeka<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ethos \u00e9manant de la cr\u00e9ativit\u00e9 langagi\u00e8re du po\u00e8te Maxime N\u2019Debeka ne se r\u00e9duit pas \u00e0 sa dimension r\u00e9volutionnaire. <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons <\/em>s\u2019offre au lecteur et \u00e0 la lectrice comme un chant teint\u00e9 d\u2019amour et d\u2019attendrissement. Son exploitation montre que certains po\u00e8mes excitent la commis\u00e9ration de l\u2019auteur, par leur ton path\u00e9tique. De ce fait, ils induisent un examen psychologique de l\u2019\u00e9nonciateur. La pr\u00e9face de S. N\u2019Tary \u00e9tablit la relation de l\u2019\u0153uvre avec la vie de l\u2019auteur lorsqu\u2019il \u00e9crit : \u00ab Ce recueil de po\u00e8mes est aussi un path\u00e9tique Chant d\u2019Amour. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 personnellement boulevers\u00e9 par les pages que le po\u00e8te a consacr\u00e9es aux \u00eatres qui lui sont le plus chers au monde, et la pudeur m\u2019interdit d\u2019en dire plus \u00e0 ce sujet. Par ailleurs, le po\u00e8te, qui a \u00e9t\u00e9 au seuil du tombeau, n\u2019oublie pas de rendre visite au grand village des disparus \u00bb (N\u2019Tary, 1975, p. 10-11). Les po\u00e8mes qui traduisent cette douloureuse exp\u00e9rience ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits en prison. L\u2019exploration de l\u2019extrait po\u00e9tique atteste que le sujet parlant est plong\u00e9 dans un \u00e9tat pathologique, de profonde tristesse, caract\u00e9ris\u00e9 par une vision pessimiste de telle mani\u00e8re qu\u2019il inhibe toutes les conduites de cr\u00e9ation et progr\u00e8s. Dans une telle situation, l\u2019\u00e9tat d\u2019abattement physique et moral succ\u00e8de \u00e0 l\u2019affliction puis \u00e0 la m\u00e9lancolie. La th\u00e9matique m\u00e9lancolique a partie li\u00e9e avec l\u2019univers carc\u00e9ral. Apr\u00e8s son arrestation, le 22 f\u00e9vrier 1972, l\u2019auteur est condamn\u00e9 \u00e0 mort puis incarc\u00e9r\u00e9. Priv\u00e9 de l\u2019affection des siens et de libert\u00e9, le po\u00e8te sera habit\u00e9 par <em>Thanatos<\/em> comme en t\u00e9moignent ces lignes\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Venu le temps enfin<br \/>\nEnfin le temps de Partir<br \/>\nTemps d\u2019enfin Partir<br \/>\nPartir pour dormir<\/p>\n<p>Partir d\u2019enfin dormir<br \/>\nDu sommeil des si\u00e8cles<br \/>\nDans un lit sans horloge (N\u2019Debeka, 1975, p. 33).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La structure de ce po\u00e8me IX r\u00e9v\u00e8le une \u00e9nonciation caract\u00e9ris\u00e9e par des pulsions de mort. Le septain qui se pr\u00e9sente comme un calembour combine plusieurs figures microstructurales de r\u00e9p\u00e9tition. L\u2019anadiplose est perceptible dans le premier quatrain : \u00ab Venu le temps enfin \u00bb, \u00ab Enfin le temps de Partir\u00a0\u00bb. La lexie <em>enfin<\/em> qui se trouve \u00e0 la fin du vers est reprise au d\u00e9but du vers suivant. Cette strophe est doubl\u00e9e d\u2019une \u00e9piphore. Le ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019observe dans les vers (2) et (3) du quatrain : \u00ab Enfin le temps de partir\u00a0\u00bb, \u00ab Temps d\u2019enfin Partir \u00bb. Il s\u2019observe \u00e9galement dans les \u00e9nonc\u00e9s versifi\u00e9s (4) et (5) : \u00ab Partir pour dormir \u00bb. La figure se sp\u00e9cifie par la reprise d\u2019un mot ou d\u2019un groupe de mots \u00e0 la fin de phrases ou de membre de vers. Dans les constructions : \u00ab Partir pour dormir \u00bb, \u00ab Partir d\u2019enfin dormir \u00bb, l\u2019emplacement des verbes \u00ab Partir \u00bb et \u00ab dormir \u00bb \u00e0 la fin du quatrain et \u00e0 l\u2019ouverture du tercet renforce la sonorit\u00e9 du po\u00e8me \u00e0 travers l\u2019\u00e9panaphore. Elles consolident, par la m\u00eame occasion, l\u2019assise de l\u2019\u00e9piphore. Cette derni\u00e8re amplifie l\u2019intensit\u00e9 sonore par sa disposition \u00e0 la fin des vers. En d\u00e9pit de leur caract\u00e8re euphonique, les lexies \u00ab Partir \u00bb, \u00ab Enfin \u00bb, \u00ab Temps \u00bb et \u00ab dormir \u00bb impr\u00e8gnent le discours de l\u2019esprit de mort. L\u2019id\u00e9e se confirme dans le tercet avec les syntagmes nominaux expans\u00e9s traduisant le repos \u00e9ternel : \u00ab Du sommeil des si\u00e8cles \u00bb, \u00ab Dans un lit sans horloge \u00bb.\u00a0 Par ailleurs, l\u2019\u00e9criture sert d\u2019exutoire \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u00e9pressif de l\u2019auteur. Cette affirmation se justifie par le fait que les conditions de d\u00e9tention sont difficiles et les syntagmes nominaux susmentionn\u00e9s le montrent. Elle lui permet de communiquer avec les siens et de renouer avec <em>Eros<\/em> (les pulsions de vie). La po\u00e9sie qui est, par essence, l\u2019art des \u00e9panchements du c\u0153ur devient une th\u00e9rapie. Elle l\u2019aide \u00e0 supporter ces conditions de d\u00e9tention. Les figures de style qui surgissent du d\u00e9chiffrement du po\u00e8me le prouvent\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>O Mad\u00e9 mon amour Mon amour<br \/>\nLes ailes g\u00e9antes de ton amour<br \/>\nM\u2019emp\u00eachent de partir Mon amour<br \/>\nL\u00e0 o\u00f9 mon \u0153il s\u2019\u00e9vanouit<br \/>\nTu balaies de ta lumi\u00e8re<br \/>\nComme le phare dans le port<br \/>\nTu couds les toiles du voilier<br \/>\nEt le vent de ton amour souffle<br \/>\nPour toi pour moi <span style=\"text-align: initial;font-size: 1em\">Pour nous deux (N\u2019Debeka, 1975, p. 33).<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re interlocutif est mis en relief par le <em>O<\/em> vocatif. Par cette tournure, le po\u00e8te s\u2019adresse directement \u00e0 sa bien-aim\u00e9e \u00ab Mad\u00e9 \u00bb. Son affection se mat\u00e9rialise po\u00e9tiquement par une extension sonore du syntagme nominal : \u00ab mon amour \u00bb, \u00ab Mon amour \u00bb. Elle est la figure de la r\u00e9sistance passive parce que, par son attachement, elle donne de l\u2019espoir au prisonnier. Cet espoir qui illumine sa vie, l\u2019emp\u00eache de sombrer comme le confirme les phrases versifi\u00e9es : \u00ab Les ailes g\u00e9antes de ton amour \u00bb, \u00ab M\u2019emp\u00eachent de partir Mon amour \u00bb, \u00ab L\u00e0 o\u00f9 mon \u0153il s\u2019\u00e9vanouit \u00bb, \u00ab Tu balaies de ta lumi\u00e8re \u00bb, \u00ab Comme le phare dans le port \u00bb. Ces vers m\u00e9taphoris\u00e9s et comparatifs d\u00e9notent de son soutien dans cette difficile \u00e9preuve. Ils se prolongent dans les \u00e9nonc\u00e9s \u00ab Tu couds les toiles du voilier \u00bb, \u00ab Et le vent de ton amour souffle \u00bb, \u00ab Pour toi pour moi Pour nous deux \u00bb. Ces constructions plongent le co-\u00e9nonciateur dans l\u2019idylle du po\u00e8te. Elles suscitent la compassion du lecteur et de la lectrice qui n\u2019est pas insensible \u00e0 l\u2019environnement carc\u00e9ral. La m\u00e9lancolie enveloppe la discursivit\u00e9 de telle sorte que l\u2019ethos qui y surgit renvoie \u00e0 la figure de l\u2019auteur qui devient le garant tonal des sc\u00e8nes de parole. L\u2019image que le po\u00e8te donne \u00e0 voir dans le texte am\u00e8ne le lecteur et la lectrice \u00e0 s\u2019identifier au prisonnier pour peu qu\u2019il et elle se r\u00e9f\u00e8rent au contexte d\u2019\u00e9nonciation :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019univers de sens que d\u00e9livre le discours s\u2019impose par l\u2019ethos comme par les id\u00e9es qu\u2019il transmet [\u2026]. Le texte n\u2019est pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre contempl\u00e9, il est \u00e9nonciation tendue vers un co-\u00e9nonciateur qu\u2019il faut mobiliser, faire adh\u00e9rer physiquement \u00e0 un certain univers de sens. Le pouvoir de persuasion d\u2019un discours tient pour une part au fait qu\u2019il am\u00e8ne le lecteur \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 la mise en mouvement d\u2019un corps investi de valeurs socialement sp\u00e9cifi\u00e9es. La qualit\u00e9 de l\u2019ethos renvoie en effet \u00e0 la figure de ce garant qui \u00e0 travers sa parole se donne une identit\u00e9 \u00e0 la mesure du monde qu\u2019il est cens\u00e9 faire surgir dans son \u00e9nonc\u00e9. [\u2026] C\u2019est \u00e0 travers son propre \u00e9nonc\u00e9 que le garant doit l\u00e9gitimer sa mani\u00e8re de dire. Cette prise en compte de l\u2019ethos permet \u00e0 nouveau de prendre ses distances \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une conception du discours selon laquelle les \u00ab contenus \u00bb des \u00e9nonc\u00e9s seraient ind\u00e9pendants de la sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation qui les prend en charge. En fait, on ne peut dissocier l\u2019organisation des contenus et la l\u00e9gitimation de la sc\u00e8ne de parole (Maingueneau, 2012, p. 90).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le discours po\u00e9tique int\u00e8gre des valeurs sociales qui am\u00e8nent le co-\u00e9nonciateur \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 la vision de l\u2019\u00e9nonciateur qui partage ses d\u00e9boires. Dans la p\u00e9nibilit\u00e9 de la d\u00e9tention, l\u2019amour ind\u00e9fectible de \u00ab Mad\u00e9 \u00bb appara\u00eet comme une lueur d\u2019espoir :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">O Mad\u00e9 mon amour Mon amour<br \/>\nLe plus beau joyau cisel\u00e9<br \/>\nPar mon c\u0153ur je te le donne<br \/>\nLumi\u00e8re ma lumi\u00e8re<br \/>\nEspoir Mon seul espoir (N\u2019Debeka, 1975, p. 34).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce quintil qui s\u2019ouvre par l\u2019exclamatif \u00ab O Mad\u00e9 mon amour Mon amour \u00bb a valeur d\u2019ant\u00e9piphore. L\u2019aura de \u00ab Mad\u00e9 \u00bb flotte autour du d\u00e9tenu qui lui voue son \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb. Les syntagmes nominaux \u00ab Lumi\u00e8re ma lumi\u00e8re \u00bb, \u00ab Espoir Mon seul espoir \u00bb, marquent l\u2019esp\u00e9rance en des lendemains meilleurs. Cette conviction s\u2019exprime \u00e0 travers la m\u00e9taphore <em>in absentia\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Lumi\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Espoir\u00a0\u00bb. Aux yeux de l\u2019auteur, \u00ab\u00a0Mad\u00e9\u00a0\u00bb incarne, \u00e0 elle seule, \u00ab\u00a0la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019espoir\u00a0\u00bb. Nous en voulons pour preuve le tercet tir\u00e9 du po\u00e8me X\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Amour mon amour je n\u2019ai plus que toi. Toi seule<br \/>\nmaintenant que je doute de la capacit\u00e9 de l\u2019homme de se<br \/>\nd\u00e9barrasser de son impur, de son n\u00e9gatif (N\u2019Debeka, 1975, p. 46).<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La fragilit\u00e9 des choses humaines a transform\u00e9 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du po\u00e8te qui d\u00e9sormais ne jure que par sa bien-aim\u00e9e : sa muse. Le vers inaugural du tercet l\u2019exprime \u00e9loquemment : \u00ab Amour mon amour je n\u2019ai plus que toi. Toi seule \u00bb. De nombreux \u00e9l\u00e9ments verbo-textuels \u00e9clairent son attachement \u00e0 sa ch\u00e8re bien-aim\u00e9e. Outre l\u2019anaphore, l\u2019emploi de la phrase de forme n\u00e9gative doubl\u00e9 du pronom tonique \u00ab\u00a0toi \u00bb a valeur d\u2019insistance. Cette valeur se raffermit lorsqu\u2019on y adjoint la locution pronominale \u00ab\u00a0Toi seule\u00a0\u00bb en position de rejet. Il conf\u00e8re \u00e0 la discursivit\u00e9 l\u2019\u00e9clat qui consacre le talent du po\u00e8te.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de l\u2019\u00e9tude de <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons<\/em>, il appert que l\u2019analyse stylistique de l\u2019ethos s\u2019appuie sur les th\u00e9ories de l\u2019\u00e9nonciation, la pragmatique et la rh\u00e9torique traditionnelle. Ces approches sont solidaires de l\u2019appr\u00e9hension de l\u2019ethos par D.\u00a0Maingueneau. L\u2019int\u00e9r\u00eat de ces sciences pour l\u2019ethos tient \u00e0 son caract\u00e8re \u00e9nonciatif et \u00e0 son impact sur l\u2019instance de r\u00e9ception. L\u2019application de l\u2019ethos discursif \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 verbale de Maxime N\u2019Debeka a mis en exergue deux dimensions. L\u2019\u00e9tude montre qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019image r\u00e9volutionnaire que projette la verve acerbe du po\u00e8te se cache la fragilit\u00e9 d\u2019un \u00eatre affect\u00e9 par l\u2019absence de sa bien-aim\u00e9e.\u00a0 La premi\u00e8re qui est attach\u00e9e au caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire incite le peuple \u00e0 une s\u00e9dition populaire pour arracher \u00e0 la minorit\u00e9 les terres arables dont elles ont \u00e9t\u00e9 injustement expropri\u00e9es. La radicalisation de son discours fait suite \u00e0 l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9volution de 1969. La seconde met en lumi\u00e8re la fragilit\u00e9 d\u2019un r\u00e9volutionnaire qui se trouve priv\u00e9 de sa libert\u00e9 et de l\u2019affection des siens. L\u2019ethos qui en d\u00e9coule exhibe toute la m\u00e9lancolie qui envahit une partie de l\u2019\u0153uvre. Cet isolement l\u2019a plong\u00e9 dans un \u00e9tat d\u00e9pressif. La mort lui est apparue comme la seule \u00e9chappatoire. Cependant, l\u2019\u00e9criture et l\u2019amour de sa bien-aim\u00e9e lui ont permis de braver cette \u00e9preuve et d\u2019appr\u00e9hender la vie avec plus d\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rence de l\u2019ouvrage \u00e9tudi\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">N\u2019Debeka, Maxime. 1975. <em>L\u2019Oseille\/Les Citrons<\/em>. Paris\u00a0: Pierre Jean Oswald.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Amossy, Ruth. 2002. \u00a0Ethos. Dans Aron Paul, Saint-Jacques Denis, Viala Alain (dir.), <em>Le dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em> (p. 258-260). 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Paris : Pierre Jean Oswald.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quintilien. 2003. <em>Institution oratoire.<\/em> Paris\u00a0: Les Belles Lettres.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Reinton Evang, Ragnhild. 2013.\u00a0\u00ab\u00a0Enfance berlinoise\u00a0\u00bb de Walter Benjamin et la probl\u00e9matique des discours constituants. Dans Delormas Pascale, Maingueneau Dominique, \u00d8stenstad Inger (dir.), <em>Se dire \u00e9crivain. Pratique discursive de la mise en sc\u00e8ne de soi<\/em> (p. 83-98). Paris : Lambert-Lucas.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Stolz, Claire. 2006.\u00a0 <em>Initiation \u00e0 la stylistique<\/em>. Paris\u00a0: Ellipses.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/contributors\/daouda-coulibaly\">Daouda COULIBALY<\/a><\/strong><br \/>Daouda Coulibaly est enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Peleforo Gon Coulibaly (C\u00f4te d\u2019Ivoire). Ses travaux de recherche portent sur la relation que la stylistique entretient avec les th\u00e9ories \u00e9nonciatives, la pragmatique textuelle, l\u2019analyse du discours et les modalit\u00e9s intertextuelles qui pr\u00e9sident \u00e0 la cr\u00e9ation des textes litt\u00e9raires africains francophones. \t<\/p>\n<p>Courriel : d.coulibaly09@yahoo.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":51,"menu_order":8,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["daouda-coulibaly"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[204],"license":[],"class_list":["post-670","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-enonciation","motscles-ethos-discursif","motscles-pragmatique","motscles-rhetorique","motscles-stylistique","keywords-discursive-ethos","keywords-enunciation","keywords-pragmatics","keywords-rhetoric","keywords-stylistics","motscles-autre-juogami","motscles-autre-juolemi","motscles-autre-i-irjuo","motscles-autre-i-irjuogama","motscles-autre-i-iri","contributor-daouda-coulibaly"],"part":51,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/670","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"version-history":[{"count":55,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/670\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1377,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/670\/revisions\/1377"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/51"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/670\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=670"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=670"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=670"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/magana\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=670"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}