{"id":187,"date":"2020-09-12T16:00:03","date_gmt":"2020-09-12T14:00:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/?post_type=chapter&#038;p=187"},"modified":"2023-04-12T13:23:02","modified_gmt":"2023-04-12T11:23:02","slug":"piebop2020","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/texte\/piebop2020\/","title":{"rendered":"Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme au Cameroun : un d\u00e9rivatif ou une aubaine?"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout a d\u00e9but\u00e9 au mois de novembre 2016 avec la gr\u00e8ve des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u2019ob\u00e9dience anglophone qui se plaignaient de l\u2019envahissement de leur sous-syst\u00e8me \u00e9ducatif par des proc\u00e9dures et des structurations calqu\u00e9es sur le sous-syst\u00e8me francophone. Ils ont pris pour exemple des Lyc\u00e9es Techniques anglophones o\u00f9 ce sont plut\u00f4t les examens francophones dont le CAP, le probatoire technique et le baccalaur\u00e9at technique qui y ont cours. Qui plus est, ces \u00e9tablissements sont rattach\u00e9s \u00e0 l\u2019organe francophone de gestion des examens, l\u2019OBC (Office du Baccalaur\u00e9at du Cameroun), et non au GCE (General Certificate of Education) Board qui s\u2019occupe des examens anglophones. Le motif de la r\u00e9bellion reposait \u00e9galement sur l\u2019affectation dans ces \u00e9tablissements anglophones d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s francophones monolingues qui sabotaient les enseignements du fait de leur m\u00e9connaissance de l\u2019anglais.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la suite du soul\u00e8vement des enseignant\u00b7e\u00b7s, les avocat\u00b7e\u00b7s ont pris le relais. Deux revendications ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es, \u00e0 savoir la version anglaise des textes OHADA et le red\u00e9ploiement des magistrat\u00b7e\u00b7s monolingues francophones vers les zones francophones. Ils ont entre autres r\u00e9clam\u00e9 le retour du d\u00e9partement de droit priv\u00e9 britannique ou \u00ab\u00a0Common Law\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019ENAM (\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure d\u2019administration et de magistrature) et en justice. Pour r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes, la version anglaise r\u00e9clam\u00e9e des textes OHADA a \u00e9t\u00e9 produite, les magistrat\u00b7e\u00b7s ont \u00e9t\u00e9 mut\u00e9\u00b7e\u00b7s, de m\u00eame que le d\u00e9partement de \u00ab\u00a0Common Law\u00a0\u00bb r\u00e9ins\u00e9r\u00e9 en justice et \u00e0 l\u2019ENAM, avec en prime une \u00e9preuve de droit priv\u00e9 britannique pour les candidat\u00b7e\u00b7s francophones et de droit civil fran\u00e7ais pour les candidat\u00b7e\u00b7s en provenance du sous-syst\u00e8me anglophone. Des dispositions ont \u00e9t\u00e9 mises en marche pour le recrutement de 2000 enseignant\u00b7e\u00b7s bilingues, de m\u00eame que la r\u00e9orientation des enseignant\u00b7e\u00b7s francophones vers leur zone d\u2019origine et des \u00e9quipes ont \u00e9t\u00e9 mises sur pied pour apporter des solutions \u00e0 tous les probl\u00e8mes pos\u00e9s. Un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur a \u00e9t\u00e9 aussi donn\u00e9 pour la pr\u00e9paration des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de l\u2019\u00e9ducation pr\u00e9vus en 2017. Comme solution ultime, le pr\u00e9sident a d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er une Commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme le 23 janvier 2017 dans l\u2019\u00ab\u00a0optique de maintenir la paix, de consolider l\u2019unit\u00e9 nationale du pays et de renforcer la volont\u00e9 et la pratique quotidienne du vivre ensemble\u00a0\u00bb (d\u00e9cret n\u00b02017\/013, p.\u00a01) de la population camerounaise tout enti\u00e8re.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Or, malgr\u00e9 ces mesures, on n\u2019a pas l\u2019impression que le probl\u00e8me est d\u00e9samorc\u00e9 puisque plus de trois ans apr\u00e8s ces r\u00e9glages, la vie n\u2019a pas toujours enti\u00e8rement repris son cours dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La moiti\u00e9 des \u00e9tablissements restent ferm\u00e9s, le retour des avocat\u00b7e\u00b7s dans les tribunaux se fait en dents de scie. Et l\u00e0, on est en droit de se demander si cette commission, vue par l\u2019\u00c9tat comme une n\u00e9cessit\u00e9, pourra r\u00e9pondre aux attentes du peuple. Est-elle efficace pour juguler le mal-\u00eatre globalis\u00e9 dont souffre non pas seulement un groupe linguistique, mais le peuple camerounais tout entier? Par ailleurs, le d\u00e9s\u00e9quilibre qui a toujours caract\u00e9ris\u00e9 la promotion du bilinguisme et des cultures camerounaises ne continuera-t-il pas \u00e0 entraver l\u2019effectivit\u00e9 des r\u00e9sultats escompt\u00e9s de cette commission? Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions d\u00e9couleront d\u2019une analyse sous-tendue par les approches descriptive et contrastive. Mais il conviendrait d\u2019abord de dresser l\u2019\u00e9tat de l\u2019existant sur le bilinguisme et le multiculturalisme qui constituent les axes de travail de cette commission.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9tat des lieux du bilinguisme<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le mot bilinguisme conna\u00eet un flou terminologique (Mackey 1997, p.\u00a061). D\u2019une part, les questions touchant \u00e0 la pratique de deux langues dans la soci\u00e9t\u00e9 et par l\u2019individu sont applicables \u00e0 trois, quatre ou plusieurs langues, et font du bilinguisme un emploi g\u00e9n\u00e9rique. D\u2019autre part, le bilinguisme peut aussi renvoyer \u00e0 l\u2019utilisation exclusive de deux langues et dans ce cas, on distingue des situations de bilinguisme, de trilinguisme, de quadrilinguisme, de plurilinguisme, etc. C\u2019est sans aucun doute cette derni\u00e8re conception du bilinguisme qui semble plus ad\u00e9quate pour les pr\u00e9sentes investigations, lorsque l\u2019on prend en ligne de compte l\u2019intitul\u00e9 de la commission distinguant d\u2019une part le bilinguisme et d\u2019autre part le multiculturalisme. En fait, il s\u2019agit du bilinguisme officiel en rapport avec le fran\u00e7ais et l\u2019anglais exclusivement. Les principes qui r\u00e9gissent ce bilinguisme sont ceux d\u2019un bilinguisme \u00e0 la fois \u00e9tatique, social et individuel. Ce choix s\u2019est op\u00e9r\u00e9 dans le dessein de garantir aussi bien l\u2019unit\u00e9 de la nation que l\u2019avenir de la jeunesse camerounaise, car l\u2019\u00c9tat a vu en l\u2019expansion du bilinguisme individuel, mais \u00e9galement en la socialisation de l\u2019anglais et du fran\u00e7ais, un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant pour la consolidation de l\u2019unit\u00e9 et l\u2019int\u00e9gration de la r\u00e9cente identit\u00e9 nationale d\u00e8s la cr\u00e9ation de la R\u00e9publique du Cameroun en 1961 (Echu[footnote]\u201cThe language question in Cameroon\u201d, in <em>Trans<\/em>, http:\/\/www.linguistik-online.de\/18_04\/echu.html[\/footnote]; Tamanji, 2008). Voil\u00e0 pourquoi Folon (1964) voyait en ce choix un id\u00e9al vu les aspirations du peuple et les nombreux avantages qu\u2019il implique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En principe, la politique linguistique du Cameroun est bas\u00e9e sur la promotion \u00e9quitable du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais tel que le stipule la loi fondamentale en son premier article de la troisi\u00e8me partie de la constitution du 18 janvier 1996\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique du Cameroun adopte le fran\u00e7ais et l\u2019anglais comme langues officielles d\u2019\u00e9gales valeurs. L\u2019\u00c9tat garantit sa promotion sur toute l\u2019\u00e9tendue du territoire\u00a0\u00bb. Mais dans les faits, le v\u00e9cu de ce bilinguisme individuel au Cameroun n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille depuis son institution le 1er octobre 1961, apr\u00e8s la r\u00e9unification du pays, ceci aussi bien en zone anglophone qu\u2019en zone francophone.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le v\u00e9cu du bilinguisme en zone francophone<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les huit r\u00e9gions qui composent la zone francophone du pays, le bilinguisme a \u00e9t\u00e9 depuis 1961 exp\u00e9riment\u00e9 avec des points positifs et des points n\u00e9gatifs. Pour ce qui des points positifs, on observe une volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de cultiver et de renforcer le bilinguisme \u00e0 travers la bilinguisation du syst\u00e8me \u00e9ducatif. L\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale du Cameroun cr\u00e9\u00e9e en 1962 (aujourd\u2019hui Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I) donna d\u2019ailleurs le ton aux autres, car en dehors de l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9, toutes les cinq autres universit\u00e9s situ\u00e9es dans la zone francophone du pays (Universit\u00e9s de Yaound\u00e9 I, Yaound\u00e9 II, Dschang, Douala, Maroua) sont bilingues. Les enseignements secondaire et primaire suivent la m\u00eame orientation avec les cr\u00e9ations de plus en plus courantes des \u00e9tablissements bilingues, tout comme la transformation de ceux qui sont monolingues en \u00e9tablissements bilingues. On remarque aussi la pr\u00e9sence des centres linguistiques pilotes dans les chefs-lieux de r\u00e9gion qui sont mis \u00e0 la disposition des personnes en qu\u00eate de bilinguisme, de m\u00eame que la mise sur pied des programmes radiophoniques d\u2019enseignement du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais. \u00c0 titre d\u2019illustration, on peut citer des \u00e9missions \u00e0 caract\u00e8re p\u00e9dagogique telles \u00ab\u00a0Op\u00e9ration bilingue\u00a0\u00bb, lanc\u00e9e en 1965 et plus tard, \u00ab\u00a0Better English pronunciation\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Conversation\u00a0\u00bb alors diffus\u00e9s sur les ondes de la radio nationale et radio Bu\u00e9a, ou encore plus r\u00e9cemment \u00ab\u00a0Better your English\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Bilingualism on move\u00a0\u00bb sur le poste national de la radio.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, le v\u00e9cu quotidien du bilinguisme camerounais en zone francophone est entach\u00e9 d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre dans la pratique du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais (Guimatsia, 2010; Takam, 2007) caus\u00e9 par la sup\u00e9riorit\u00e9 territoriale et d\u00e9mographique des francophones natif\u00b7ve\u00b7s (8 r\u00e9gions sur 10). Ce fait conf\u00e8re au fran\u00e7ais le statut de langue dominante sur l\u2019anglais. Pour cette raison, le bilinguisme individuel fran\u00e7ais\/anglais devient en g\u00e9n\u00e9ral, en zone francophone, le fardeau de la minorit\u00e9 anglophone qui y exerce dans tous les domaines de la vie. Ce qui ne manque pas de cr\u00e9er des frustrations chez celle-ci qui voit en cela une marginalisation et un glissement vers l\u2019unilinguisme francophone. Ce sentiment de domination peut \u00eatre d\u00e9celable dans cette plainte d\u2019un candidat \u00e0 un examen officiel qui faisait remarquer que toutes les questions \u00e9taient formul\u00e9es en fran\u00e7ais uniquement\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">If this is not deliberate plot, why was it that all the questions at the exams came in French?\u00a0Yes, \u2018\u2018Cameroon is bilingual\u2019\u2019 they would sing. Have the questions ever come exclusively in English? And when the unfortunate Anglophone candidates dared to plead even for some verbal translations, they were told in no uncertain terms to keep quiet. A bilingual country? Any real Anglophone who still believe in that is living in a cloud cuckoo land. Bilingualism is a euphemism for francophonising and impoverishing Anglophones. A clear one-way-traffic (Ngu, 1998, p.\u00a04).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat est le m\u00eame aussi bien dans le domaine de l\u2019administration que dans ceux de la justice, des m\u00e9dias, etc. C\u2019est d\u2019ailleurs la raison de plus qui am\u00e8ne plus tard Echu (2005, p.\u00a0647) \u00e0 assimiler le bilinguisme camerounais \u00e0 de la simple farce en stipulant que \u00ab\u00a0The spirit of bilingualism in these institutions remains essentialy limited to their name\u00a0\u00bb. Allant dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, Takam (2007, p.\u00a041) rench\u00e9rit en d\u00e9duisant que \u00ab\u00a0la pr\u00e9tendue politique de bilinguisme officiel, telle qu\u2019elle est pratiqu\u00e9e au Cameroun n\u2019est qu\u2019un instrument politique qui vise \u00e0 moyen terme \u00e0 assimiler la minorit\u00e9 anglophone et homog\u00e9n\u00e9iser le paysage linguistique en faveur du fran\u00e7ais\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il demeure vrai que ces rat\u00e9s et bien d\u2019autres ont gravement plomb\u00e9 le syst\u00e8me \u00e9ducatif du pays, il convient \u00e9galement de relever que les choses ont consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 depuis lors, et que beaucoup de ces rat\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9s avec le temps. En effet, l\u2019\u00e9ducation reste le domaine dans lequel on observe le plus le d\u00e9ploiement du bilinguisme en zone francophone. Ainsi, le caract\u00e8re obligatoire conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019anglais et au fran\u00e7ais aux examens du sous-syst\u00e8me francophone et \u00e0 certains examens du sous-syst\u00e8me anglophone par la loi n\u00b0 66C\/13\/MINEDUC\/CAB du 16 f\u00e9vrier 2001 a de plus en plus motiv\u00e9 les citoyen\u00b7ne\u00b7s \u00e0 se bilinguiser. Plusieurs francophones demeuraient oppos\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019apprentissage de l\u2019anglais parce que les enjeux ne leur paraissaient pas cruciaux. C\u2019est pourquoi prosp\u00e9rait, partout en zone francophone, la maxime selon laquelle \u00ab\u00a0c\u2019est Dieu qui donne l\u2019anglais\u00a0\u00bb. Mais l\u2019adh\u00e9sion du Cameroun comme membre \u00e0 part enti\u00e8re du Commonwealth of Nations le 16 octobre 1995, tout comme les effets, les exigences et les opportunit\u00e9s socio- professionnels et \u00e9conomiques de la mondialisation ram\u00e8nent progressivement ces francophones \u00e0 revoir leurs positions et \u00e0 s\u2019adonner \u00e0 l\u2019apprentissage et \u00e0 la ma\u00eetrise de l\u2019anglais. Pour mieux d\u00e9crire ce ph\u00e9nom\u00e8ne, Guimatsia (2010) parle fort opportun\u00e9ment de \u00ab\u00a0nouveaux arguments pour une cause ancienne\u00a0\u00bb. Cet engouement d\u00e9sormais d\u00e9bordant peut se mesurer par le choix grandissant des parents francophones de scolariser leurs enfants dans des \u00e9tablissements anglophones qui, du reste, poussent chaque jour comme des champignons dans les grandes m\u00e9tropoles du pays (Anchimbe, 2004; Tchoungui, 1983). L\u2019\u00e9volution de la situation est telle qu\u2019il est actuellement devenu difficile de d\u00e9terminer qui est francophone ou anglophone au Cameroun, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s dans la promotion du bilinguisme (Mboudjeke, 2004). Ce succ\u00e8s s\u2019explique en grande partie gr\u00e2ce au foisonnement des centres linguistiques priv\u00e9s qui volent \u00e0 la rescousse de ceux cr\u00e9\u00e9s par l\u2019\u00c9tat depuis 1989 et qui accueillent des apprenant\u00b7e\u00b7s de tout bord et de tout \u00e2ge.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le bilinguisme en zone anglophone<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La quasi-totalit\u00e9 des investigations d\u00e9non\u00e7ant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du fran\u00e7ais sur l\u2019anglais au Cameroun s\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral concentr\u00e9e sur le bilinguisme en zone francophone. C\u2019est pour cette raison que nous proposons de jeter \u00e9galement un regard la pratique du bilinguisme en zone anglophone afin de compl\u00e9ter les travaux men\u00e9s jusque-l\u00e0 sur ce sujet.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, les \u00e9tudes attestent que la minorit\u00e9 anglophone du Cameroun subit la domination culturelle et linguistique du fran\u00e7ais et des francophones (Mboudjeke, 2004; Ngu, 1998; Guimatsia, 2010; Echu 2005). Toutes sont d\u2019avis que la majorit\u00e9 francophone devrait am\u00e9nager ou c\u00e9der une place \u00e0 la minorit\u00e9 anglophone; ceci dans un esprit d\u2019inclusion, de destin et de responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. Mais c\u2019est sans compter que les anglophones qui crient pourtant \u00e0 l\u2019oppression ne sont pas irr\u00e9prochables non plus et qu\u2019ils affichent, par cons\u00e9quent, les comportements qu\u2019ils\u00b7elles fustigent chez les francophones lorsqu\u2019ils\u00b7elles se retrouvent dans leur territoire l\u00e9gitime.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout comme en zone francophone, plusieurs faits et agissements attestent des comportements anti-francophones en zone anglophone du Cameroun. Selon Piebop (2015), les comportements x\u00e9nophobes sont pr\u00e9sents dans la r\u00e9gion anglophone. Mon exp\u00e9rience de la zone en est d\u2019ailleurs une illustration. \u00c0 cause de mon appartenance au groupe linguistique francophone, j\u2019ai tr\u00e8s souvent d\u00fb faire face aux comportements haineux dans la rue, les march\u00e9s, les \u00e9tablissements priv\u00e9s, parapublics et publics, etc. depuis plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es que je r\u00e9side dans cette r\u00e9gion. Le 24 mai 2017, par exemple, une caissi\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 de distribution d\u2019eau (CAMWATER) a exig\u00e9 que je m\u2019exprime uniquement en anglais si je voulais \u00eatre servie\u00a0: \u00ab\u00a0I don\u2019t understand French. We are not in Yaounde here !\u00a0\u00bb. Ces autres propos d\u2019une coll\u00e8gue, prononc\u00e9s \u00e0 quelques jours du d\u00e9but des examens du GCE 2017\u00a0en pleine salle des professeur.e.s et devant t\u00e9moins, s\u2019inscrivent dans la m\u00eame lanc\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0You [s\u2019adressant \u00e0 moi et par ricochet \u00e0 tou\u00b7te\u00b7s les enseignant\u00b7e\u00b7s francophones du Lyc\u00e9e bilingue de Molyko] are not suppose to invigilate GCE. It\u2019s an anglophone examination.\u00a0\u00bb Paradoxalement, les anglophones sont admis\u00b7es, dans le m\u00eame \u00e9tablissement, \u00e0 surveiller et \u00eatre membres des secr\u00e9tariats d\u2019examen.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les situations pareilles qui viennent d\u2019\u00eatre d\u00e9crites sont monnaie courante, car on rencontre r\u00e9guli\u00e8rement en zone anglophone et particuli\u00e8rement \u00e0 Bu\u00e9a, zone de circonscription de la pr\u00e9sente \u00e9tude, des faits qui ne traduisent en rien le bilinguisme. C\u2019est par exemple le cas des inscriptions sur les plaques annon\u00e7ant des organismes \u00e9tatiques ou des services publics. Elles sont \u00e9crites dans la seule langue anglaise alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, ces \u00e9criteaux doivent \u00eatre \u00e0 la fois en anglais et en fran\u00e7ais, selon la Constitution. La Commission de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme a d\u2019ailleurs fort \u00e0 faire dans ce domaine et gagnerait \u00e0 recenser avec exhaustivit\u00e9 ces innombrables \u00e9crits monolingues afin de les bilinguiser. Il s\u2019agit, \u00e0 titre indicatif des enseignes du centre de sant\u00e9 de Mile Sixteen, du commissariat de Bu\u00e9a, de la sous-pr\u00e9fecture de la ville de Bu\u00e9a, du Minist\u00e8re de la femme et du d\u00e9veloppement de la famille de Bongo Square entre autres.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_192\" align=\"aligncenter\" width=\"631\"]<img class=\"wp-image-192 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-1-Gis\u00e8le.jpg\" alt=\"\" width=\"631\" height=\"267\" \/> Illustrations 1 et 2. \u00c9criteaux des administrations publiques (Bu\u00e9a)[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les en-t\u00eates de l\u2019Universit\u00e9 de Bu\u00e9a n\u2019\u00e9chappent aussi pas \u00e0 cette r\u00e8gle du monolinguisme, m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019agit, comme on peut le voir ci-dessous, de correspondance \u00e0 port\u00e9e internationale comme le recrutement de 2000 PhD ordonn\u00e9 par le chef de l\u2019\u00c9tat, ou m\u00eame les remplacements num\u00e9riques du personnel enseignant.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_193\" align=\"aligncenter\" width=\"560\"]<img class=\"wp-image-193 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-2-Gis\u00e8le.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"223\" \/> Illustration 3. Document officiel de l\u2019Universit\u00e9 de Bu\u00e9a[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Qui est donc marginalis\u00e9\u00b7e \u00e0 ce moment, le\u00b7la francophone dont on n\u2019entend pas la voix ou l\u2019anglophone qui le mart\u00e8le sur tous les toits?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il demeure clair que le d\u00e9s\u00e9quilibre para\u00eet net entre l\u2019anglais et le fran\u00e7ais en zone francophone. Pourtant, il ne faudrait pas perdre de vue que la minorit\u00e9 anglophone qui a eu ras-le-bol au point de se soulever en novembre 2016 n\u2019est pas un exemple non plus, car contrairement \u00e0 la domination \u00e0 sens unique dont s\u2019indignait Ngu (1998, p.\u00a04) en parlant du \u00ab\u00a0clear one-way-traffic\u00a0\u00bb, les investigations laissent plut\u00f4t voir autre chose. D\u00e8s lors, il serait plus appropri\u00e9 de parler d\u2019une relation de co-dominance linguistique et culturelle, chaque groupe tenant, dans un instinct de protection de soi et de repli identitaire, \u00e0 marquer son territoire pour parler comme les \u00e9thologues et Erwing Goffman pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le plan \u00e9ducatif, il appara\u00eet que les anglophones demeurent tr\u00e8s r\u00e9fractaires \u00e0 l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais dans leur zone (Piebop, 2015). Les r\u00e9sultats du GCE\/OL (General Certificate of Education Ordinary Level depuis 2004, o\u00f9 le fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 mati\u00e8re obligatoire pour tou\u00b7te\u00b7s les \u00e9l\u00e8ves, le d\u00e9montrent \u00e0 suffisance en ce qui concerne cette mati\u00e8re. Le <em>french<\/em> occupe toujours les derniers rangs en termes de classement et \u00ab\u00a0le pourcentage de r\u00e9ussite n\u2019a jamais d\u00e9pass\u00e9 25\u00a0% par ann\u00e9e\u00a0\u00bb (Piebop, 2015, p.\u00a0157). Les repr\u00e9sentations que les locuteur\u00b7trice\u00b7s se font du fran\u00e7ais dans cette zone sont tr\u00e8s souvent p\u00e9joratives, mettant en avant les r\u00e8gles difficiles \u00e0 comprendre, la culture tyrannique fran\u00e7aise et le caract\u00e8re envahissant des francophones en raison, entre autres, de leur nombre \u00e9lev\u00e9 (Mboudjeke, 2004, p.\u00a0152). On peut comprendre de ces r\u00e9actions que la politique de bilinguisme au Cameroun a amen\u00e9 les anglophones \u00e0 cr\u00e9er un sens d\u2019identit\u00e9 culturelle qui na\u00eet de leur usage commun de l\u2019anglais (Wolf, 1997). C\u2019est la raison pour laquelle ils\u00b7elles ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s soucieux\u00b7euses de prot\u00e9ger ou sauvegarder leur zone g\u00e9ographique. Pourtant, la situation de l\u2019anglais qu\u2019ils\u00b7elles voudraient voir utiliser \u00e0 parts \u00e9gales n\u2019est gu\u00e8re reluisante. Il occupe \u00e9galement les derniers rangs aux c\u00f4t\u00e9s du <em>french<\/em> \u00e0 l\u2019examen du GCE[footnote]https\u00a0: \/\/ininet.org\/cameroon-gce-results-statistics-and-analysis-part-a-pass-rate.html[\/footnote]. Cette r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 Ebot Atem (1999, p.\u00a027) qui reconna\u00eet que \u00ab\u00a0Anglophone [\u2026] students in Cameroon are not sufficiently motivated to learn English, which they consider simply as one of the several subjects they have to study in order to pass their school examinations\u00a0\u00bb. On peut donc se demander \u00e0 quoi cela sert de revendiquer quelque chose envers laquelle on n\u2019a pas d\u00e9j\u00e0 soi-m\u00eame beaucoup d\u2019\u00e9gards. Par ailleurs, l\u2019on pourrait \u00e9galement r\u00e9\u00e9quilibrer les choses en convoquant la complicit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat qui, selon les anglophones, est toujours du c\u00f4t\u00e9 des francophones. Sinon, comment comprendre que les enseignes, les documents et, bien plus encore, les attestations, les dipl\u00f4mes officiellement et m\u00eame mondialement reconnus du sous-syst\u00e8me anglophone tels que le General Certificate of Education \/Ordinary et Advanced levels (GCE\/OL et GCE\/AL), toutes mati\u00e8res confondues, ne soient produits que dans la version anglaise alors que tous ceux du sous-syst\u00e8me francophone ont les deux versions anglaise et fran\u00e7aise?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 quel niveau se trouve donc la marginalisation des anglophones? La situation n\u2019est pas diff\u00e9rente \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bu\u00e9a qui, quoiqu\u2019\u00e9tant une institution subventionn\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, produit toutes ses correspondances administratives en anglais exclusivement. Tous les documents officiels, y compris ceux du d\u00e9partement de fran\u00e7ais et de ses institutions connexes comme l\u2019unit\u00e9 de fran\u00e7ais fonctionnel ou encore le CURELF (Centre Universitaire de Recherches sur la Langue Fran\u00e7aise) comportent des en-t\u00eates en anglais uniquement. Le d\u00e9partement de fran\u00e7ais n\u2019a de fran\u00e7ais que les cours et le discours de ses enseignant\u00b7e\u00b7s et \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s. Presque tout y est anglicis\u00e9, m\u00eame lorsque les emprunts ne sont pas de n\u00e9cessit\u00e9. Les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s n\u2019ont presque pas d\u2019\u00e9gard pour le fran\u00e7ais fonctionnel qui constitue pourtant une mati\u00e8re obligatoire pour leur cursus universitaire. Par voie de cons\u00e9quence, on assiste \u00e0 un taux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 d\u2019\u00e9checs et \u00e0 une augmentation des effectifs. Le travail des enseignant\u00b7e\u00b7s est donc transform\u00e9 en un v\u00e9ritable parcours du gladiateur\u00b7trice. En effet, en plus des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s de premi\u00e8re ann\u00e9e \u00e0 qui est l\u00e9gitimement destin\u00e9 ce cours, il y en a qui le font pour la \u00e9ni\u00e8me fois parce que ne l\u2019ayant toujours valid\u00e9 pas (Piebop, 2016). Fatigu\u00e9\u00b7e\u00b7s, certain\u00b7e\u00b7s optent pour des tricheries de masse ou alors pour le recrutement des mercenaires pour composer \u00e0 leur place. Ils\u00b7elles d\u00e9signent leurs enseignant\u00b7e\u00b7s par des termes d\u00e9valorisants du genre \u00ab\u00a0that French man\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0that French madam\u00a0\u00bb et se plaisent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 justifier leurs performances m\u00e9diocres en fran\u00e7ais par le fait qu\u2019ils ne sont pas francophones et que, de ce fait, l\u2019on devrait les comprendre (Piebop, 2015).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il appara\u00eet qu\u2019un regard port\u00e9 sur la zone anglophone, qui \u00e9chappe tr\u00e8s souvent \u00e0 l\u2019attention du fait des plaintes toujours plus prononc\u00e9es de ce groupe linguistique, a laiss\u00e9 clairement voir que la critique \u00e9tait trop ais\u00e9e et l\u2019art difficile. Autrement dit, les francophones qui vivent en zone anglophone du Cameroun subissent les m\u00eames brimades que les anglophones en zone francophone. En un mot, l\u2019\u00e9tat des lieux est presque identique d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre du fleuve Mungo qui symbolise l\u2019unit\u00e9 du pays, chacun exer\u00e7ant son droit de l\u00e9gitimit\u00e9 et par cons\u00e9quent de domination sur son territoire d\u2019origine. Il revient donc \u00e0 la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme d\u2019en prendre acte et de faire son travail.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9tat des lieux du multiculturalisme camerounais<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le\u00a0multiculturalisme est un terme compos\u00e9 des morph\u00e8mes <em>multi-<\/em> r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la pluralit\u00e9, au grand nombre et \u00e0 la diversit\u00e9, et <em>-culturalisme<\/em>, terme d\u00e9riv\u00e9 de la racine culture. De l\u2019avis de Panoff et Perrin (1973, p.\u00a028), la culture renvoie \u00e0 \u00ab\u00a0L\u2019ensemble des traits distinctifs spirituels et mat\u00e9riels, intellectuels et affectifs qui caract\u00e9risent une soci\u00e9t\u00e9 ou un groupe social. Elle englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les fa\u00e7ons de vivre ensemble, les syst\u00e8mes de valeurs, les traditions et les croyances\u00a0\u00bb. Autrement dit, la culture rassemble les us et coutumes d\u2019un groupe social, les langues, les habitudes et comportements, les religions, les savoir-faire techniques, \u00e9conomiques, artistiques et environnementaux, les modes d\u2019organisation collectifs, etc., qu\u2019un peuple consid\u00e8re avoir re\u00e7u de ses anc\u00eatres et qu\u2019il est suppos\u00e9 transmettre en h\u00e9ritage de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi appr\u00e9hend\u00e9, on pourrait commencer par ouvrir une br\u00e8che sur les langues camerounaises afin de voir \u00e0 quel point elles se sont d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es depuis leur contact avec l\u2019Occident. En effet, dans le but d\u2019assimiler les Camerounais\u00b7es et les \u00e9carter des domaines g\u00e9n\u00e9rateurs de prestige et de revenus, l\u2019administration coloniale a us\u00e9 de moult strat\u00e9gies pour les d\u00e9poss\u00e9der de leur h\u00e9ritage culturel et pr\u00e9cis\u00e9ment linguistique. Allant dans ce sens, les politiques de germanisation du pays amorc\u00e9es par Von Zimmerer, puis de francisation (initi\u00e9es par Jules Cardes, alors haut-commissaire de la r\u00e9publique du Cameroun les 10 et 11 octobre 1921) et d\u2019anglicisation sous mandat et tutelle ont d\u00e9bouch\u00e9 d\u00e8s 1920 \u00e0 la fermeture de nombreuses \u00e9coles o\u00f9 les missionnaires presbyt\u00e9rien\u00b7ne\u00b7s utilisaient les langues camerounaises. Dans la m\u00eame mouvance, les 47 \u00e9coles du roi Njoya o\u00f9 la scolarisation se faisait dans la langue bamum ou bamoun avaient \u00e9t\u00e9 interdites d\u2019utilisation. M\u00eame apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, cette situation a perdur\u00e9 avec les campagnes de d\u00e9nigrement des langues nationales et des nationaux\u00b7ales, les assimilant \u00e0 des primitif\u00b7ve\u00b7s aux mentalit\u00e9s pr\u00e9logiques.\u00a0Toutes sortes de tortures psychosomatiques ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es pour les contraindre \u00e0 abandonner leurs langues, us, coutumes et traditions. C\u2019\u00e9tait par exemple le cas avec l\u2019instauration du \u00ab\u00a0symbole\u00a0\u00bb dans les \u00e9coles, qui consistait, pour quiconque parlait sa langue maternelle ou l\u2019allemand \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e0 porter contre son gr\u00e9, un objet (le pfemin, une pi\u00e8ce de monnaie) ou un instrument de supplice et \u00e0 utiliser sa journ\u00e9e de repos \u00e0 exercer de force des travaux d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (Nkoa Atenga, 2003, p.\u00a085). C\u2019est d\u2019ailleurs fort \u00e0 propos que Tadadjeu (1985, p.\u00a013) fait remarquer, en rapport avec ces traitements immondes, que \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cole coloniale a r\u00e9ussi \u00e0 nous apprendre \u00e0 m\u00e9priser nos propres valeurs culturelles et \u00e0 aspirer aux valeurs occidentales. Nos langues, faisant partie de nos valeurs culturelles, tombent logiquement dans ce m\u00e9pris.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La situation a r\u00e9cidiv\u00e9 avec le choix des langues coloniales pour en faire des langues officielles. M\u00eame la constitution de 1996 et la loi n\u00b0 98\/004 du 14 avril 1998 mentionnant et ins\u00e9rant les langues camerounaises dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif, puis l\u2019ouverture de la fili\u00e8re Langues et Cultures Camerounaises \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure de Yaound\u00e9 depuis 2008 n\u2019ont pas chang\u00e9 grand-chose \u00e0 la situation d\u00e9sastreuse dans laquelle se trouvent les langues camerounaises. Attitude qui trahit le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00e9vident de l\u2019\u00c9tat dans la promotion du patrimoine culturel camerounais (Piebop, 2018). Ce constat est d\u2019autant plus v\u00e9rifiable que Bitja\u2019a Kody explique, et ce depuis 2004, qu\u2019environ 20 langues sur les 283 langues endog\u00e8nes que compte le Cameroun sont d\u00e9j\u00e0 mortes, 78 sont en voie d\u2019extinction, 87 en grand danger de disparition et 78 en danger notable (2004, p.\u00a0512-514). L\u2019\u00e9tat de ces langues s\u2019est assur\u00e9ment davantage d\u00e9grad\u00e9 \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est. La r\u00e9alit\u00e9 lui donne raison, car un malheur ne venant jamais seul, les mariages exogamiques, les st\u00e9r\u00e9otypes et autres clich\u00e9s n\u00e9gatifs, l\u2019exode rural, entre autres, am\u00e8nent de plus en plus les Camerounais\u00b7es \u00e0 n\u00e9gliger leurs cultures et leurs langues maternelles au profit du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais \u00ab\u00a0plus aptes \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins\u00a0\u00bb (Piebop, 2018, p.\u00a0333). L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans les langues maternelles est avanc\u00e9e \u00e0 tel point que ce sont les grands-parent\u00b7e\u00b7s, en principe gardien\u00b7ne\u00b7s de ce tr\u00e9sor ancestral, qui sont contraints de se bilinguiser dans les langues officielles afin pouvoir interagir avec leurs petit\u00b7e\u00b7s fil\u00b7le\u00b7s. Une telle ali\u00e9nation linguistique ne peut qu\u2019entra\u00eener des crises de m\u0153urs, car ces langues occidentales traduisent et font forc\u00e9ment la vulgarisation d\u2019une vision du monde, des fa\u00e7ons de vivre et d\u2019autres aspects de la culture occidentale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Peu de Camerounais\u00b7es peuvent encore d\u00e9crypter le message du tam-tam, des cris des animaux, retracer leur g\u00e9n\u00e9alogie, raconter des contes, des mythes, des l\u00e9gendes tir\u00e9s du terroir ou ma\u00eetriser l\u2019art de la parole comme ce fut le cas par le pass\u00e9. Les us, et coutumes camerounaises disparaissent \u00e9galement au fil des jours, car ils ont \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s au f\u00e9tichisme par la culture jud\u00e9o-chr\u00e9tienne (Nkoa Atenga, 2003) qui leur a men\u00e9 une guerre sans merci. \u00c0 cause de cette pers\u00e9cution, rares sont les Camerounais.es qui croient encore en l\u2019existence ou la pr\u00e9sence des dieux et des anc\u00eatres mort\u00b7e\u00b7s, veillant sur les vivant\u00b7e\u00b7s, principe far de l\u2019animisme, religion originelle et traditionnelle des Bantou\u00b7e\u00b7s que Mulago d\u00e9finit comme\u00a0un<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ensemble culturel des id\u00e9es, sentiments et rites bas\u00e9 sur\u00a0: la croyance \u00e0 deux mondes, visible et invisible; la croyance au caract\u00e8re communautaire et hi\u00e9rarchique de ces deux mondes; l\u2019interaction entre les deux mondes; la transcendance du monde invisible n\u2019entravant pas son immanence; la croyance en un \u00catre supr\u00eame, Cr\u00e9ateur, P\u00e8re de tout ce qui existe (Mulago, 1980, p.\u00a08).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette religion a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par des religions \u00e9trang\u00e8res telles que le christianisme et l\u2019islam (Kpwang, 2011). Sous l\u2019effet de la vaste campagne de fain\u00e9antisation du peuple engag\u00e9e et entretenue par l\u2019Occident, ceux et celles des Camerounais\u00b7es qui pratiquent encore l\u2019animisme n\u2019osent m\u00eame pas le faire savoir de peur d\u2019\u00eatre vu\u00b7e\u00b7s comme des obscurantistes et d\u2019\u00eatre vomi\u00b7e\u00b7s ou class\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les mus\u00e9es par une soci\u00e9t\u00e9 en proie \u00e0 l\u2019occidentalisation et \u00e0 ses attraits multiformes. Chinji Kouleu (2001, p.\u00a091) d\u00e9plore justement ce fait en d\u00e9clarant que \u00ab\u00a0jusqu\u2019ici, le concept d\u2019animisme a une connotation p\u00e9jorative. Peu de gens sont capables de s\u2019affirmer animistes\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce niveau \u00e9galement, il appara\u00eet clairement qu\u2019aujourd\u2019hui encore, l\u2019\u00c9tat se rend complice de ce d\u00e9laissement organis\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritage culturel camerounais. En guise d\u2019illustration, les f\u00eates comme l\u2019ascension, l\u2019Assomption, No\u00ebl, l\u2019\u00c9piphanie, les f\u00eates de ramadan, de mouton, de p\u00e2ques, le Vendredi saint\u2026 sont institutionnalis\u00e9s et de ce fait d\u00e9clar\u00e9es f\u00e9ri\u00e9s ch\u00f4m\u00e9s alors qu\u2019il n\u2019en est rien pour les comm\u00e9morations endog\u00e8nes. M\u00eame la journ\u00e9e internationale de la langue maternelle ne fait pas l\u2019objet d\u2019une journ\u00e9e f\u00e9ri\u00e9e au Cameroun.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En peu de mots, on retient que la multitude de cultures dont regorge le Cameroun se trouve en danger d\u2019extinction du fait de la n\u00e9gligence et du m\u00e9pris dont elles font l\u2019objet sous l\u2019\u0153il passif du gouvernement qui ne fait pas grand-chose pour les valoriser. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, l\u2019on peut esp\u00e9rer que la Commission du bilinguisme et du multiculturalisme pourrait les revaloriser.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Qu\u2019attendre de la Commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme?<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De la revue de la litt\u00e9rature sur le bilinguisme et le multilinguisme camerounais qui sont les deux composantes cl\u00e9s de la Commission initi\u00e9e par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique le 23 janvier 2017, il se d\u00e9gage que la part belle a toujours \u00e9t\u00e9 faite au bilinguisme au d\u00e9triment du multiculturalisme. En effet, secouru par les organismes internationaux, l\u2019\u00c9tat consacre des efforts colossaux \u00e0 la vulgarisation du bilinguisme officiel alors qu\u2019il n\u2019en est rien du multiculturalisme camerounais. Le statut co-officiel du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais, au d\u00e9triment des langues autochtones, en est une preuve. L\u2019on peut aussi noter l\u2019octroi des bourses par la France, l\u2019Angleterre et le Canada aux Camerounais, l\u2019ouverture des \u00e9tablissements sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019application du bilinguisme fran\u00e7ais\/anglais comme le CBA (Coll\u00e8ge Bilingue d\u2019Application) devenu LBA (Lyc\u00e9e Bilingue d\u2019Application), le Lyc\u00e9e Bilingue d\u2019Essos \u00e0 Yaound\u00e9, le Lyc\u00e9e Bilingue de Molyko et de tous les autres lyc\u00e9es bilingues diss\u00e9min\u00e9s partout dans le pays. Il existe des cellules de traduction dans chaque d\u00e9partement minist\u00e9riel gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouverture de l\u2019ASTI (Advanced School for Translators and Interpreters) de m\u00eame que le r\u00e9seau des centres linguistiques pilotes avec son programme de Formation Linguistique Bilingue (FLB) dans toutes les r\u00e9gions du pays, depuis 1989, afin de former toutes les couches sociales au bilinguisme. On rel\u00e8ve aussi l\u2019imposition des deux langues officielles dans les sous-syst\u00e8mes \u00e9ducatifs anglophone et francophone, l\u2019augmentation du quota horaire de 2 \u00e0 4 heures d\u2019enseignements dans la deuxi\u00e8me langue officielle, l\u2019insertion des licences bilingues dans les universit\u00e9s du pays, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, le chapelet des r\u00e9alisations de l\u2019\u00c9tat ne para\u00eet pas aussi long \u00e0 \u00e9grainer lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019aborder la question des diverses cultures camerounaises. Ce fait est compr\u00e9hensible si l\u2019on prend en compte les politiques linguistiques et culturelles coloniales visant la purge de cerveaux, mieux l\u2019ali\u00e9nation des Camerounais\u00b7es pour en faire des Blancs \u00e0 peau noire. Pr\u00e8s d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, l\u2019\u00c9tat demeure dubitatif quant \u00e0 la promotion des cultures endog\u00e8nes. Ce qui laisse d\u2019ailleurs songeur sur ses bonnes dispositions d\u2019esprit. Par exemple, la promotion des langues endog\u00e8nes en g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e par la constitution du 18 janvier 1996 et prescrite dans les \u00e9coles par la loi n\u00b098\/004 du 14 avril 1998 portant Orientation de l\u2019\u00c9ducation au Cameroun. Paradoxalement, ce n\u2019est que 10 ans apr\u00e8s, c\u2019est-\u00e0-dire en 2008, que s\u2019est fait le recrutement de la premi\u00e8re promotion de 40 \u00e9l\u00e8ves-professeur\u00b7e\u00b7s de la fili\u00e8re Langues et Cultures Camerounaises par l\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u00b0 08\/223\/MINSUP\/DDS du 03 novembre 2008. Comble d\u2019ironie, cette fili\u00e8re ne figurait pas dans le d\u00e9cret de lancement des concours de l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s. Peut-on croire \u00e0 un oubli de la part de l\u2019\u00c9tat? L\u2019inconfort linguistique dans les langues maternelles est au point o\u00f9 m\u00eame les autres langues \u00e9trang\u00e8res telles que l\u2019allemand, l\u2019espagnol, l\u2019arabe, et r\u00e9cemment l\u2019italien et le chinois, sont plus pr\u00e9sentes dans les \u00e9coles et sont dispens\u00e9es par des enseignant\u00b7e\u00b7s form\u00e9s par l\u2019\u00c9tat camerounais. La preuve en est que la premi\u00e8re promotion de baccalaur\u00e9at sp\u00e9cialit\u00e9 chinois est livr\u00e9e en ao\u00fbt 2017. Qu\u2019en est-il de la sp\u00e9cialit\u00e9 langues et cultures nationales camerounaises? Est-ce \u00e0 dire que m\u00eame ces autres langues et cultures venues d\u2019ailleurs ont plus de valeurs que les langues et cultures identitaires?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, l\u2019\u00c9tat ne subventionne plus de recherches sur les langues et cultures nationales depuis 1990 (Bitja\u2019a Kody, 2001). De m\u00eame, la constitution et la Loi d\u2019Orientation de l\u2019\u00c9ducation au Cameroun pr\u00e9voient, dans leur troisi\u00e8me objectif, la cr\u00e9ation d\u2019organismes charg\u00e9s de \u00ab\u00a0la protection et la promotion des langues nationales\u00a0\u00bb. Or, depuis lors, il n\u2019en existe aucun et il a fallu que la communaut\u00e9 linguistique anglophone se rebelle, pour qu\u2019une Commission traitant entre autres du multiculturalisme puisse voir le jour. Mais on se demande bien quelle sera la place r\u00e9elle du multiculturalisme dans cette commission, car \u00e0 regarder de pr\u00e8s, cette commission penche d\u2019office \u00e0 l\u2019avantage du bilinguisme au pr\u00e9judice du multiculturalisme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Compte tenu de ce que les instructions officielles elles-m\u00eames voudraient former des Camerounais\u00b7es d\u2019abord enracin\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leurs cultures et ensuite aptes \u00e0 s\u2019ouvrir au monde, il aurait \u00e9t\u00e9 de bon ton de r\u00e9percuter la logique de cet objectif sur la d\u00e9nomination de la commission en intervertissant l\u2019ordre d\u2019apparition de<em> bilinguisme<\/em> et <em>multiculturalisme<\/em>. En d\u2019autres termes, elle devrait d\u2019abord participer \u00e0 la valorisation des cultures endog\u00e8nes, qui permettront aux Camerounais\u00b7es de prendre les distances n\u00e9cessaires pour mieux appr\u00e9hender et comprendre les langues \u00e9trang\u00e8res et le monde tout court, tel que le conseillent les sp\u00e9cialistes Nzess\u00e9 (2005), Chumbow (1996), Makouta-Mboukou (1973). Et m\u00eame en consid\u00e9rant le chapitre 2 du d\u00e9cret de cr\u00e9ation traitant des attributions de cette Commission, on remarque qu\u2019en dehors des six alin\u00e9as de l\u2019article 3 se rapportant tous au bilinguisme et au multiculturalisme, il existe un autre qui se d\u00e9tache du lot, parce que concernant exclusivement le bilinguisme. Il s\u2019agit de l\u2019alin\u00e9a 2 du chapitre 2 (deuxi\u00e8me tiret) qui pr\u00e9cise que la Commission est charg\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019assurer le suivi et la mise en \u0153uvre des dispositions constitutionnelles faisant de l\u2019anglais et du fran\u00e7ais deux langues officielles d\u2019\u00e9gale valeur, et notamment leur usage dans tous les services publics, les organismes parapublics ainsi que dans tout organisme recevant des subventions de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (d\u00e9cret n\u00b0 2017\/013 du 23 janvier 2017). Pourquoi ne pas \u00e9quilibrer la balance en ins\u00e9rant aussi une attribution uniquement relative aux cultures camerounaises? Cette distribution in\u00e9quitable des attributions est de nature \u00e0 laisser penser \u00e0 une attention tout aussi in\u00e9quitable dans la gestion des pr\u00e9occupations de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme. Si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 jusqu\u2019ici, la promotion du bilinguisme, qui est marqu\u00e9 \u00e0 grand trait dans le cahier de charge de ladite Commission, risque de phagocyter celle du multiculturalisme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau des actions men\u00e9es, on d\u00e9c\u00e8le \u00e9galement une disparit\u00e9 entre ces deux entit\u00e9s. En effet, l\u2019alin\u00e9a 5 de l\u2019article 3 traitant des attributions de la CNPBM dit qu\u2019elle est charg\u00e9e de \u00ab\u00a0vulgariser la r\u00e9glementation sur bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble\u00a0\u00bb. Sans doute \u00e0 cet effet, il a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9 la loi n\u00b02019\/019 du 12 d\u00e9cembre 2019, portant uniquement promotion des langues officielles au Cameroun. Cette loi vient s\u2019additionner \u00e0 la constitution et \u00e0 toute la panoplie d\u2019autres textes r\u00e9gissant d\u00e9j\u00e0 le bilinguisme fran\u00e7ais au Cameroun. Pour d\u00e9montrer \u00e0 quel point elle \u00e9tait concern\u00e9e par cette loi, la Commission a organis\u00e9, avec tout ce que cela comporte de mobilisation de ressources diverses et surtout de d\u00e9penses, tout un \u00ab\u00a0s\u00e9minaire sp\u00e9cial\u00a0\u00bb[footnote]https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events\/appropriation-de-la-nouvelle-loi-sur-les-langues-officielles-au-cameroun.html[\/footnote] \u00e0 son si\u00e8ge \u00e0 Yaound\u00e9, les 27 et 28 f\u00e9vrier 2020, afin de \u00ab\u00a0mieux cerner\u00a0\u00bb[footnote]https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events\/appropriation-de-la-nouvelle-loi-sur-les-langues-officielles-au-cameroun.html[\/footnote] les contours de cette loi sur la promotion des langues officielles. Toujours \u00e0 ce sujet, sa deuxi\u00e8me session semestrielle pour l\u2019exercice 2019 tenue le 17 d\u00e9cembre 2019 \u00e0 Yaound\u00e9 avait \u00ab\u00a0en bonne place\u00a0\u00bb de l\u2019agenda, \u00ab\u00a0les missions de suivi de la saine application des dispositions relatives \u00e0 la pratique du bilinguisme dans les entit\u00e9s publiques\u00a0\u00bb[footnote]https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events.html[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Et pendant que la commission s\u2019impr\u00e8gne, se recycle, cr\u00e9e, impl\u00e9mente et assure le suivi et la vulgarisation des textes prot\u00e9geant le bilinguisme, le multiculturalisme n\u2019est pratiquement encadr\u00e9 par aucun texte depuis 2017. On se demande alors si les \u00e9l\u00e9ments mentionn\u00e9s dans l\u2019alin\u00e9a 5 de l\u2019article 3 incluant pourtant le bilinguisme et le multiculturalisme n\u2019existent qu\u2019en th\u00e9orie et ne concernent que le bilinguisme. Si tel est le cas, il faudrait pr\u00e9ciser cette disposition pour la rendre claire pour tou\u00b7te\u00b7s. M\u00eame la br\u00e8ve mention de l\u2019article 22 de la section 3 de la loi n\u00b02004\/018 fixant les r\u00e8gles de promotion des cultures et des langues nationales dans les communes date de 2004. Et depuis lors, rien sur le multiculturalisme. L\u2019urgence n\u2019\u00e9tait-elle justement pas \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des textes r\u00e9gissant formellement ce domaine encore abstrait, plut\u00f4t que de gaspiller des ressources et de r\u00e9\u00e9diter de fa\u00e7on redondante des contenus qui sont presque un secret de polichinelle pour les citoyen\u00b7ne\u00b7s camerounais\u00b7es? Lorsqu\u2019il est question de multilinguisme, la Commission se contente, \u00e0 tout hasard, et sans aucun encadrement juridique, de quelques mesures sans r\u00e9elle port\u00e9e. On peut mentionner les tr\u00e8s critiqu\u00e9es campagnes m\u00e9diatiques de lutte contre le tribalisme et les discours haineux en 2019 ou encore les tapageuses \u00ab\u00a0missions d\u2019\u00e9coute\u00a0\u00bb aupr\u00e8s des populations du Sud-Ouest du 24 au 26 avril 2018, et du Nord-Ouest du 30 mai au 1er juin 2018, afin, disaient-ils, de d\u00e9samorcer la \u00ab\u00a0crise anglophone\u00a0\u00bb qui atteignait alors son pic et prenait des tournures inesp\u00e9r\u00e9es. Malheureusement, la crise n\u2019a pas cess\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, quoique quelque peu contenue par l\u2019actualit\u00e9 du COVID-19.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les strat\u00e9gies de cette mission d\u2019\u00e9coute qui, par ces agissements, pourraient laisser croire qu\u2019elle \u00e9tait plut\u00f4t pr\u00e9occup\u00e9e \u00e0 d\u00e9penser, dans des parades touristiques, les 700 millions de budget d\u00e9bloqu\u00e9s par le gouvernement et mis \u00e0 sa disposition pour le bon d\u00e9roulement de ses actions. Sinon, comment interpr\u00e9ter par exemple le silence de cette Commission face aux \u00e9clats de voix, aux annonces de schisme et aux recours dans les tribunaux traduisant des relents de tribalisme en mondovision qui secouent et divisent l\u2019\u00c9glise \u00e9vang\u00e9lique depuis l\u2019\u00e9lection d\u00e9mocratique de leur pasteur, le professeur Jean Samuel Hendji Toya devant Richard Priso Moungolle (avec 205 voix contre 168 pour son challenger et prot\u00e9g\u00e9 de la communaut\u00e9 Ngondo Richard Priso Moungolle) le 22 avril 217 au synode de Ngaound\u00e9r\u00e9? Une \u00e9lection ordinaire qui tourne au psychodrame micro-tribal. Quelque temps apr\u00e8s, le 26 mai 2018 pr\u00e9cis\u00e9ment, le tribalisme refaisait les choux gras des m\u00e9dias avec la destruction du monument en pleine construction du nationaliste originaire d\u2019\u00c9s\u00e9ka, Um Nyobe, par les chefs et natifs du canton Bell \u00e0 Mobile Njoh-Njoh dans la ville de Douala<em>.<\/em> Devant les m\u00e9dias, ils ont confi\u00e9 n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s avant le d\u00e9but des travaux de la Communaut\u00e9 urbaine de Douala. Auraient-ils commis de tels d\u00e9g\u00e2ts s\u2019il s\u2019\u00e9tait agi du monument de leur ascendant et martyr Douala Manga Bell par exemple? Plus proche, en octobre 2019, c\u2019\u00e9tait le tour des natifs de Sangm\u00e9lima de se mettre sous les feux des projecteurs et de la toile \u00e0 cause de la x\u00e9nophobie affich\u00e9e vis-\u00e0-vis des Bamouns et des ressortissants de la r\u00e9gion de l\u2019Ouest en g\u00e9n\u00e9ral. Les commerces et biens de ces derniers avaient alors \u00e9t\u00e9 impitoyablement pill\u00e9s, saccag\u00e9s. Dans les contextes de crise entre les communaut\u00e9s, la CNPBM est logiquement en droit d\u2019intervenir pour faire r\u00e9gner l\u2019unit\u00e9 et l\u2019int\u00e9gration comme le prescrivent ses pr\u00e9rogatives. Pourtant, il n\u2019en est rien. Les r\u00e9actions auraient s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 plus promptes s\u2019il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019une b\u00e9vue relative au respect du bilinguisme compte tenu du contexte tr\u00e8s tendu caus\u00e9 par \u00ab\u00a0la crise anglophone\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, \u00e0 comparer les termes bilinguisme et multiculturalisme, on se rend \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que le premier, \u00e0 savoir bilinguisme, est pr\u00e9cis et concis parce que r\u00e9f\u00e9rant clairement aux langues\u00a0officielles\u00a0: le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. Alors que le second, multiculturalisme, est assez globalisant, g\u00e9n\u00e9rique. En effet, compte tenu de la d\u00e9finition tr\u00e8s kal\u00e9idoscopique du terme culture, on peut se demander quel sera pr\u00e9cis\u00e9ment le champ d\u2019action de la Commission au sujet du multiculturalisme. Que va-t-elle en faire exactement? Se limitera-t-elle \u00e0 promouvoir la triple centaine de langues camerounaises? Ce qui rel\u00e8verait honn\u00eatement d\u2019une vue de l\u2019esprit. Va-t-elle \u00e0 proprement parler prendre en ligne de compte des probl\u00e8mes relatifs aux innombrables us, coutumes et traditions du terroir? S\u2019occupera-t-elle \u00e0 faire rena\u00eetre et \u00e0 revaloriser les religions camerounaises jadis foul\u00e9es au pied par les Occidentaux? Vantera-t-elle les vertus, les fa\u00e7ons de vivre ensemble ou les syst\u00e8mes des valeurs africains? Le flou au sujet des attributs de cette CNPBM, qui ne sont pas \u00e9tay\u00e9s dans le d\u00e9cret de cr\u00e9ation, est de nature \u00e0 pr\u00eater le flanc au doute quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des actions \u00e0 entreprendre dans le domaine du multiculturalisme, lui-m\u00eame mentionn\u00e9 si vaguement dans le d\u00e9cret de cr\u00e9ation. Il n\u2019est pas question de souhaiter l\u2019\u00e9chec de cette Commission, mais l\u2019on peut craindre qu\u2019elle perp\u00e9tue les \u00e9cueils du pass\u00e9. Notre \u00e9tude a donc voulu mettre en d\u00e9bat la question en appelant \u00e0 une r\u00e9orientation des missions assign\u00e9es au CNPBM.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019examen des ant\u00e9c\u00e9dents en mati\u00e8re de politique linguistique au Cameroun laisse voir que malgr\u00e9 quelques initiatives prises \u00e7\u00e0 et l\u00e0 et sans grande port\u00e9e, les langues et cultures du terroir ont toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9es depuis l\u2019\u00e9poque coloniale. Au contraire, tous les efforts ont toujours \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9s \u00e0 la protection et \u00e0 la promotion des langues \u00e9trang\u00e8res que sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais en leur accordant des privil\u00e8ges de tous genres. Pour rem\u00e9dier \u00e0 la marginalisation linguistique \u00e9voqu\u00e9e dans la zone anglophone du pays, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a mis sur pied un organisme charg\u00e9 de veiller \u00e0 la fois sur les cultures endog\u00e8nes et sur le bilinguisme fran\u00e7ais\/anglais. Mais eu \u00e9gard \u00e0 la politique linguistique d\u2019ali\u00e9nation qui a toujours pr\u00e9valu au Cameroun, la crainte est qu\u2019au lieu d\u2019\u00eatre une v\u00e9ritable aubaine pour les Camerounais\u00b7es, la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme soit plut\u00f4t un alibi pour continuer de les acculturer. Ceci en les occidentalisant progressivement et en rempla\u00e7ant d\u00e9finitivement les langues et cultures camerounaises par celles anglaise et fran\u00e7aise.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ces agissements, l\u2019\u00c9tat ne se soucie pas d\u2019aller \u00e0 l\u2019encontre de ses propres prescriptions qui commandent de former des Camerounais\u00b7es d\u2019abord enracin\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leurs sociocultures avant de songer \u00e0 l\u2019extraversion. Car comment appr\u00e9cier objectivement les langues et cultures d\u2019ailleurs si l\u2019on ne conna\u00eet pas les siennes? Pourtant, les sp\u00e9cialistes s\u2019accordent \u00e0 dire que la connaissance de l\u2019ailleurs et des langues \u00e9trang\u00e8res passe par la bonne ma\u00eetrise des langues et cultures endog\u00e8nes. Cette conception rejoint celle de Kpwang (2011) et de Njoh Mouelle (1986) pour qui le d\u00e9veloppement d\u2019un pays repose avant tout sur de solides bases socioculturelles. Ces arguments remettent \u00e0 l\u2019ordre du jour la probl\u00e9matique d\u2019un parler endog\u00e8ne commun \u00e0 tou\u00b7te\u00b7s les Camerounais\u00b7es tel que le sango en R\u00e9publique Centrafricaine ou le kinyarwanda au Rwanda.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019inqui\u00e9tude est que la CNPBM reste dans sa logique de passivit\u00e9 face aux recommandations qui ont d\u2019ailleurs toujours \u00e9t\u00e9 faites par les chercheurs et chercheuses. En effet, il y a des chances qu\u2019elle n\u2019invente aucune solution miracle dans la mesure o\u00f9 les sp\u00e9cialistes en la mati\u00e8re (Mbangwana, 2004; Echu, 2005; Tadadjeu, 1985, 1990; Bitja\u2019a Kody, 2000, 2001, 2004; Guimatsia, 2010; Takam, 2007; Piebop, 2015, 2018, etc.) ont d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat des solutions visant \u00e0 redresser la politique linguistique du Cameroun. C\u2019est d\u2019ailleurs le lieu de signaler que m\u00eame la cr\u00e9ation de cette Commission pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une trouvaille, dans la mesure o\u00f9 un organisme similaire en rapport avec la promotion du bilinguisme avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9clam\u00e9e il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es par Echu (1999, p.\u00a0220) qui concluait en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Finalement[\u2026], nous proposons la mise en place d\u2019une commission nationale pour le bilinguisme qui sera charg\u00e9e de l\u2019application du bilinguisme officiel dans tous les domaines\u00a0\u00bb. Si les instructions officielles demeurent dans leur logique, il y a de fortes chances que ladite commission devienne superflue. Il serait ainsi appr\u00e9ciable que cette commission apprenne des \u00e9checs ant\u00e9rieurs et qu\u2019elle soit un moyen pour le Cameroun de mieux asseoir sa politique linguistique et multiculturelle.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anchimbe, Eric. 2004. Anglophonism and Francophonism: The stakes of (Official) language identity in Cameroon. <em>Aliz\u00e9s. Revue Angliciste de la R\u00e9union<\/em>, <em>25-26<\/em>, 7-26.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitja\u2019a Kody, Denis, Zach\u00e9e. 2000. Attitudes et repr\u00e9sentations linguistiques \u00e0 Yaound\u00e9. <em>African Journal of Applied Linguistics<\/em>, 2, 100-124.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitja\u2019a Kody, Denis Zach\u00e9e. 2001. \u00c9mergence et survie des langues nationales au Cameroun. <em>Trans<\/em>, 11. Disponible sur\u00a0: Internet-zeitschriftf\u00fcrKulturwissenshaften, http:\/\/www.inst.at\/trans\/11Nr\/kody11.htm<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitja\u2019a Kody, Denis, Zach\u00e9e. 2004. <em>La Dynamique des langues camerounaises en contact avec le fran\u00e7ais\u00a0: Approche macrosociolinguitistique<\/em>. Th\u00e8se de doctorat 3eme cycle, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chinji Kouleu. 2001. <em>N\u00e9gritude, philosophie et mondialisation<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: \u00c9ditions CLE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chumbow, Sammy Beban. 1996. The Role of National Languages within a Comprehensive Language Policy for Cameroon. Academic Discourse presented at the University of Buea.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">D\u00e9cret n\u00b0 2017\/013 du 23 janvier 2017 portant la cr\u00e9ation de la Commission Nationale du Bilinguisme et du Multiculturalisme au Cameroun.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ebot Atem, Wilson. 1999. Attitudes of Anglophones studying English in Cameroun. G. Echu and Allan W. Grundstrom (dir.)<em>, Official Bilingualism and linguistic communication in Cameroon<\/em>, vol. 27, (p.\u00a027-36). New York\u00a0: Peter Lang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Echu, George. 2005. The immersion experience in Anglophone primary schools in Cameroon<em>. <\/em>Cohen, James, McAllister, Kara, Rolstad, Kelly et MacSwan, Jeff (dir.), <em>Proceedings on the 4th International symposium on Bilingualism<\/em> (p.\u00a0643-355)<em>. <\/em>Somerville: MA Cascarilla Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Folon Nsokika, Bernard. 1964. Pour un bilinguisme de bonne heure. <em>ABBIA<\/em>, 7, 7-49.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guimatsia Sa\u2019ah, Fran\u00e7ois. 2010.\u00a0Le Bilinguisme officiel camerounais\u00a0: un dangereux alibi ou une chance inou\u00efe? <em>Cinquante ans de bilinguisme au Cameroun. Quelles perspectives en Afrique?<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kpwang Kpwang, Robert. 2011. La Jeunesse d\u2019Afrique noire d\u2019aujourd\u2019hui et l\u2019imp\u00e9ratif de red\u00e9couverte et de la renaissance culturelles. <em>Revue internationale des arts, lettres et sciences sociales (RIALSS)<\/em>, 1(4), 339-370.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loi n\u00b0 98\/94 du 14 avril 1998 d\u2019orientation de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mackey, William F. 1997. Le Bilinguisme. Dans Moreau, Marie Louise (dir.),<em> Sociolinguistique\u00a0: concepts de base<\/em> (p.\u00a034-91)<em>.<\/em> Li\u00e8ge\u00a0: Mardaga.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Makouta Mboukou, Jean Pierre. 1973. <em>Le Fran\u00e7ais en Afrique noire.<\/em> Paris\u00a0: Bordas.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbangwana, Nkad, Paul. 2004. Cameroon Nationhood and official bilingualism juxtaposition?. <em>Revue Inte<\/em><em>rnationale des Arts, Lettres Sociales<\/em>, 1(1), 15-38.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mboudjeke, Jean Guy. 2004. Bilinguisme, politiques et attitudes linguistiques au Cameroun et au Canada. <em>Sudlangues. Revue \u00e9lectronique internationale de sciences du langage<\/em>, 8. Disponible sur <a href=\"http:\/\/www.sudlangues.sn\/spip.php?article111\">http:\/\/www.sudlangues.sn\/spip.php?article111<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mulago, Gwa, Cikala. 1980. <em>La religion traditionnelle des bantu et leur vision du monde<\/em> (2e \u00e9dition). Kinshasa\u00a0: FTC.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngu, Emma. 1998. ENS not for Anglophone Science Students. <em>The Herarld<\/em>, 679, Wednesday, October 28-29, 4-5.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Njoh Mouelle, Ebenezer. 1986. <em>Jalons III<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: CLE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nkoa Atenga, Camille. 2003. <em>Le Sorcier signe et persiste<\/em><em>. <\/em>Johannesburg\u00a0: Sherpa.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nzess\u00e9, Ladislas. 2005. Politique linguistique et \u00e9ducative au Cameroun et ins\u00e9curit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise. <em>Francophonia<\/em>, 14, 173-187.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Panoff, Michel et Perrin, Michel. 1973. <em>Dictionnaire de l\u2019ethnologie.<\/em> Paris\u00a0: Payot.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piebop, Gis\u00e8le. 2015. R\u00e9ticences des Camerounais de culture anglophone \u00e0 l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais. Dans Abossolo, Pierre Martial (dir.), <em>L\u2019Enseignement du fran\u00e7ais en zone anglophone au Cameroun<\/em> (p.\u00a0143-164). Kansas City\u00a0: Miraclaire Academic publication, in association with Ken scholars publishings.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piebop, Gis\u00e8le. 2016. The place of variation in teaching of french as second language in the university of Bu\u00e9a in Cameroon. <em>Slavonic Pedagogical Studies Journal<\/em>, 5 (2), 297-310.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piebop, Gis\u00e8le. 2018. Langues camerounaises et ins\u00e9curit\u00e9 linguistique. Dans Ebongue, Augustin Emmanuel (dir.), <em>Ins\u00e9curit\u00e9 linguistique dans les communaut\u00e9s anglophones et francophones du Cameroun<\/em> (p.\u00a0244-267)<em>.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice. 1985.\u00a0Pour une politique d\u2019int\u00e9gration camerounaise. Le trilinguisme extensif<strong>. <\/strong><em>Actes du colloque sur l\u2019identit\u00e9 culturelle camerounaise<\/em> (p.\u00a0187-201)<em>.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: MINFOC.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice(s\/dir.). 1990. <em>Le D\u00e9fi de Babel au Cameroun, <\/em>Collection PROPELCA. Universit\u00e9 de Yaound\u00e9. No 53.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Takam, Alain Flaubert. 2007. Bilinguisme officiel et promotion de la langue minoritaire en milieu scolaire\u00a0: cas du Cameroun. <em>Sudlangues. Revue \u00e9lectronique internationale de sciences du langage<\/em>, 7, 26-48.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tamanji Ngwa, Pius. 2008. A Sucess story in official bilingualism: Lessons for a mother tongue based multilingual education programme in Cameroon. <em>Revue Internationale des Arts, Lettres Sociales (RIALSS)<\/em>, 2, 151-171.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tchoungui, Gis\u00e8le. 1983. Focus on official bilingualism in Cameroun, its relationship to education. Dans Koenig <em>et al.<\/em> (eds), <em>A Sociolinguistic profile of urban centers in Cameroon<\/em> (p. 93-115). Los Angeles\u00a0: Crossroads Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wolf, Hans-Georg. 1997. Transcendence of ethnic boundaries: The case of the Anglophones in Cameroon. <em>Journal of Sociolinguistics<\/em>, 1(3), 419-426.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Cameroun vit actuellement un malaise g\u00e9n\u00e9ral du fait des conditions pr\u00e9caires dans lesquelles vivent la majorit\u00e9 des citoyen\u00b7ne\u00b7s. Dans cette mouvance, la minorit\u00e9 linguistique anglophone des r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a trouv\u00e9 en la marginalisation linguistique et culturelle, dont elle dit faire l\u2019objet, le pr\u00e9texte idoine pour se r\u00e9volter. En r\u00e9ponse \u00e0 ce probl\u00e8me d\u00e9sormais appel\u00e9 \u00ab\u00a0probl\u00e8me anglophone\u00a0\u00bb, le chef de l\u2019\u00c9tat a mis sur pied un organisme\u00a0: la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du\u00a0multiculturalisme, en abr\u00e9g\u00e9 CNPBM, pour r\u00e9sorber cette situation inconfortable. Or, malgr\u00e9 la cr\u00e9ation de cet organe, l\u2019ordre tarde \u00e0 revenir totalement dans la partie du territoire national o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019insurrection et c\u2019est la raison pour laquelle le pr\u00e9sent travail questionne ladite commission afin de savoir quelles sont ses r\u00e9elles potentialit\u00e9s. Est-elle efficace pour juguler le mal-\u00eatre globalis\u00e9 dont souffre non pas seulement un groupe linguistique, mais le peuple camerounais tout entier? Par ailleurs, le d\u00e9s\u00e9quilibre qui a toujours caract\u00e9ris\u00e9 la promotion du bilinguisme et des cultures camerounaises ne continuera-t-il pas \u00e0 entraver l\u2019effectivit\u00e9 des r\u00e9sultats escompt\u00e9s de cette commission? Ancr\u00e9es dans la pure tradition sociolinguistique, les r\u00e9ponses \u00e0 ces pr\u00e9occupations prendront appui sur une d\u00e9marche descriptive et contrastive afin de mieux cerner l\u2019objet d\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/bilinguisme\/\">bilinguisme<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/crise-anglophone\/\">crise anglophone<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/marginalisation\/\">marginalisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/minorite-linguistique\/\">minorit\u00e9 linguistique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/multiculturalisme\/\">multiculturalisme<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cameroon is currently experiencing general discomfort due to the precarious conditions in which the majority of citizens live. In this movement, the English-speaking linguistic minority in the North-West and South-West regions found in the linguistic and cultural marginalization of which it claims to be the subject, the ideal pretext for revolting. In response to this problem, now known as the \u00ab\u00a0Anglophone problem\u00a0\u00bb, the Head of State set up an organization: the National Commission for the Promotion of Bilingualism and Multiculturalism, abbreviated as CNPBM, to resolve this uncomfortable situation. However, despite the creation of this commission, order is slow to return completely to the part of the national territory where the insurgency reigns and that is the reason why the present work questions the said commission in order to know what its real potentials are. Is it effective in curbing the globalized malaise from which not only a linguistic fraction suffers, but the entire Cameroonian people? Furthermore, will the imbalance that has always characterized the promotion of bilingualism and Cameroonian cultures not continue to hinder the effectiveness of the expected results of this commission? Rooted in pure sociolinguistic tradition, the answers to these concerns will be based on a descriptive and contrasting approach in order to better define the object of study.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/anglophone-crisis\/\">anglophone crisis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/bilingualism\/\">bilingualism<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/linguistic-minority\/\">linguistic minority<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/marginalization\/\">marginalization<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/multiculturalism\/\">multiculturalism<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>29 mars 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>26 juin 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>23 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout a d\u00e9but\u00e9 au mois de novembre 2016 avec la gr\u00e8ve des enseignant\u00b7e\u00b7s d\u2019ob\u00e9dience anglophone qui se plaignaient de l\u2019envahissement de leur sous-syst\u00e8me \u00e9ducatif par des proc\u00e9dures et des structurations calqu\u00e9es sur le sous-syst\u00e8me francophone. Ils ont pris pour exemple des Lyc\u00e9es Techniques anglophones o\u00f9 ce sont plut\u00f4t les examens francophones dont le CAP, le probatoire technique et le baccalaur\u00e9at technique qui y ont cours. Qui plus est, ces \u00e9tablissements sont rattach\u00e9s \u00e0 l\u2019organe francophone de gestion des examens, l\u2019OBC (Office du Baccalaur\u00e9at du Cameroun), et non au GCE (General Certificate of Education) Board qui s\u2019occupe des examens anglophones. Le motif de la r\u00e9bellion reposait \u00e9galement sur l\u2019affectation dans ces \u00e9tablissements anglophones d\u2019enseignant\u00b7e\u00b7s francophones monolingues qui sabotaient les enseignements du fait de leur m\u00e9connaissance de l\u2019anglais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la suite du soul\u00e8vement des enseignant\u00b7e\u00b7s, les avocat\u00b7e\u00b7s ont pris le relais. Deux revendications ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es, \u00e0 savoir la version anglaise des textes OHADA et le red\u00e9ploiement des magistrat\u00b7e\u00b7s monolingues francophones vers les zones francophones. Ils ont entre autres r\u00e9clam\u00e9 le retour du d\u00e9partement de droit priv\u00e9 britannique ou \u00ab\u00a0Common Law\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019ENAM (\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure d\u2019administration et de magistrature) et en justice. Pour r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes, la version anglaise r\u00e9clam\u00e9e des textes OHADA a \u00e9t\u00e9 produite, les magistrat\u00b7e\u00b7s ont \u00e9t\u00e9 mut\u00e9\u00b7e\u00b7s, de m\u00eame que le d\u00e9partement de \u00ab\u00a0Common Law\u00a0\u00bb r\u00e9ins\u00e9r\u00e9 en justice et \u00e0 l\u2019ENAM, avec en prime une \u00e9preuve de droit priv\u00e9 britannique pour les candidat\u00b7e\u00b7s francophones et de droit civil fran\u00e7ais pour les candidat\u00b7e\u00b7s en provenance du sous-syst\u00e8me anglophone. Des dispositions ont \u00e9t\u00e9 mises en marche pour le recrutement de 2000 enseignant\u00b7e\u00b7s bilingues, de m\u00eame que la r\u00e9orientation des enseignant\u00b7e\u00b7s francophones vers leur zone d\u2019origine et des \u00e9quipes ont \u00e9t\u00e9 mises sur pied pour apporter des solutions \u00e0 tous les probl\u00e8mes pos\u00e9s. Un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur a \u00e9t\u00e9 aussi donn\u00e9 pour la pr\u00e9paration des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de l\u2019\u00e9ducation pr\u00e9vus en 2017. Comme solution ultime, le pr\u00e9sident a d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er une Commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme le 23 janvier 2017 dans l\u2019\u00ab\u00a0optique de maintenir la paix, de consolider l\u2019unit\u00e9 nationale du pays et de renforcer la volont\u00e9 et la pratique quotidienne du vivre ensemble\u00a0\u00bb (d\u00e9cret n\u00b02017\/013, p.\u00a01) de la population camerounaise tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, malgr\u00e9 ces mesures, on n\u2019a pas l\u2019impression que le probl\u00e8me est d\u00e9samorc\u00e9 puisque plus de trois ans apr\u00e8s ces r\u00e9glages, la vie n\u2019a pas toujours enti\u00e8rement repris son cours dans les r\u00e9gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La moiti\u00e9 des \u00e9tablissements restent ferm\u00e9s, le retour des avocat\u00b7e\u00b7s dans les tribunaux se fait en dents de scie. Et l\u00e0, on est en droit de se demander si cette commission, vue par l\u2019\u00c9tat comme une n\u00e9cessit\u00e9, pourra r\u00e9pondre aux attentes du peuple. Est-elle efficace pour juguler le mal-\u00eatre globalis\u00e9 dont souffre non pas seulement un groupe linguistique, mais le peuple camerounais tout entier? Par ailleurs, le d\u00e9s\u00e9quilibre qui a toujours caract\u00e9ris\u00e9 la promotion du bilinguisme et des cultures camerounaises ne continuera-t-il pas \u00e0 entraver l\u2019effectivit\u00e9 des r\u00e9sultats escompt\u00e9s de cette commission? Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions d\u00e9couleront d\u2019une analyse sous-tendue par les approches descriptive et contrastive. Mais il conviendrait d\u2019abord de dresser l\u2019\u00e9tat de l\u2019existant sur le bilinguisme et le multiculturalisme qui constituent les axes de travail de cette commission.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9tat des lieux du bilinguisme<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le mot bilinguisme conna\u00eet un flou terminologique (Mackey 1997, p.\u00a061). D\u2019une part, les questions touchant \u00e0 la pratique de deux langues dans la soci\u00e9t\u00e9 et par l\u2019individu sont applicables \u00e0 trois, quatre ou plusieurs langues, et font du bilinguisme un emploi g\u00e9n\u00e9rique. D\u2019autre part, le bilinguisme peut aussi renvoyer \u00e0 l\u2019utilisation exclusive de deux langues et dans ce cas, on distingue des situations de bilinguisme, de trilinguisme, de quadrilinguisme, de plurilinguisme, etc. C\u2019est sans aucun doute cette derni\u00e8re conception du bilinguisme qui semble plus ad\u00e9quate pour les pr\u00e9sentes investigations, lorsque l\u2019on prend en ligne de compte l\u2019intitul\u00e9 de la commission distinguant d\u2019une part le bilinguisme et d\u2019autre part le multiculturalisme. En fait, il s\u2019agit du bilinguisme officiel en rapport avec le fran\u00e7ais et l\u2019anglais exclusivement. Les principes qui r\u00e9gissent ce bilinguisme sont ceux d\u2019un bilinguisme \u00e0 la fois \u00e9tatique, social et individuel. Ce choix s\u2019est op\u00e9r\u00e9 dans le dessein de garantir aussi bien l\u2019unit\u00e9 de la nation que l\u2019avenir de la jeunesse camerounaise, car l\u2019\u00c9tat a vu en l\u2019expansion du bilinguisme individuel, mais \u00e9galement en la socialisation de l\u2019anglais et du fran\u00e7ais, un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant pour la consolidation de l\u2019unit\u00e9 et l\u2019int\u00e9gration de la r\u00e9cente identit\u00e9 nationale d\u00e8s la cr\u00e9ation de la R\u00e9publique du Cameroun en 1961 (Echu<a class=\"footnote\" title=\"\u201cThe language question in Cameroon\u201d, in Trans, http:\/\/www.linguistik-online.de\/18_04\/echu.html\" id=\"return-footnote-187-1\" href=\"#footnote-187-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>; Tamanji, 2008). Voil\u00e0 pourquoi Folon (1964) voyait en ce choix un id\u00e9al vu les aspirations du peuple et les nombreux avantages qu\u2019il implique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En principe, la politique linguistique du Cameroun est bas\u00e9e sur la promotion \u00e9quitable du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais tel que le stipule la loi fondamentale en son premier article de la troisi\u00e8me partie de la constitution du 18 janvier 1996\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9publique du Cameroun adopte le fran\u00e7ais et l\u2019anglais comme langues officielles d\u2019\u00e9gales valeurs. L\u2019\u00c9tat garantit sa promotion sur toute l\u2019\u00e9tendue du territoire\u00a0\u00bb. Mais dans les faits, le v\u00e9cu de ce bilinguisme individuel au Cameroun n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille depuis son institution le 1er octobre 1961, apr\u00e8s la r\u00e9unification du pays, ceci aussi bien en zone anglophone qu\u2019en zone francophone.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le v\u00e9cu du bilinguisme en zone francophone<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les huit r\u00e9gions qui composent la zone francophone du pays, le bilinguisme a \u00e9t\u00e9 depuis 1961 exp\u00e9riment\u00e9 avec des points positifs et des points n\u00e9gatifs. Pour ce qui des points positifs, on observe une volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de cultiver et de renforcer le bilinguisme \u00e0 travers la bilinguisation du syst\u00e8me \u00e9ducatif. L\u2019Universit\u00e9 F\u00e9d\u00e9rale du Cameroun cr\u00e9\u00e9e en 1962 (aujourd\u2019hui Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I) donna d\u2019ailleurs le ton aux autres, car en dehors de l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9, toutes les cinq autres universit\u00e9s situ\u00e9es dans la zone francophone du pays (Universit\u00e9s de Yaound\u00e9 I, Yaound\u00e9 II, Dschang, Douala, Maroua) sont bilingues. Les enseignements secondaire et primaire suivent la m\u00eame orientation avec les cr\u00e9ations de plus en plus courantes des \u00e9tablissements bilingues, tout comme la transformation de ceux qui sont monolingues en \u00e9tablissements bilingues. On remarque aussi la pr\u00e9sence des centres linguistiques pilotes dans les chefs-lieux de r\u00e9gion qui sont mis \u00e0 la disposition des personnes en qu\u00eate de bilinguisme, de m\u00eame que la mise sur pied des programmes radiophoniques d\u2019enseignement du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais. \u00c0 titre d\u2019illustration, on peut citer des \u00e9missions \u00e0 caract\u00e8re p\u00e9dagogique telles \u00ab\u00a0Op\u00e9ration bilingue\u00a0\u00bb, lanc\u00e9e en 1965 et plus tard, \u00ab\u00a0Better English pronunciation\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Conversation\u00a0\u00bb alors diffus\u00e9s sur les ondes de la radio nationale et radio Bu\u00e9a, ou encore plus r\u00e9cemment \u00ab\u00a0Better your English\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Bilingualism on move\u00a0\u00bb sur le poste national de la radio.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malheureusement, le v\u00e9cu quotidien du bilinguisme camerounais en zone francophone est entach\u00e9 d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre dans la pratique du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais (Guimatsia, 2010; Takam, 2007) caus\u00e9 par la sup\u00e9riorit\u00e9 territoriale et d\u00e9mographique des francophones natif\u00b7ve\u00b7s (8 r\u00e9gions sur 10). Ce fait conf\u00e8re au fran\u00e7ais le statut de langue dominante sur l\u2019anglais. Pour cette raison, le bilinguisme individuel fran\u00e7ais\/anglais devient en g\u00e9n\u00e9ral, en zone francophone, le fardeau de la minorit\u00e9 anglophone qui y exerce dans tous les domaines de la vie. Ce qui ne manque pas de cr\u00e9er des frustrations chez celle-ci qui voit en cela une marginalisation et un glissement vers l\u2019unilinguisme francophone. Ce sentiment de domination peut \u00eatre d\u00e9celable dans cette plainte d\u2019un candidat \u00e0 un examen officiel qui faisait remarquer que toutes les questions \u00e9taient formul\u00e9es en fran\u00e7ais uniquement\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">If this is not deliberate plot, why was it that all the questions at the exams came in French?\u00a0Yes, \u2018\u2018Cameroon is bilingual\u2019\u2019 they would sing. Have the questions ever come exclusively in English? And when the unfortunate Anglophone candidates dared to plead even for some verbal translations, they were told in no uncertain terms to keep quiet. A bilingual country? Any real Anglophone who still believe in that is living in a cloud cuckoo land. Bilingualism is a euphemism for francophonising and impoverishing Anglophones. A clear one-way-traffic (Ngu, 1998, p.\u00a04).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat est le m\u00eame aussi bien dans le domaine de l\u2019administration que dans ceux de la justice, des m\u00e9dias, etc. C\u2019est d\u2019ailleurs la raison de plus qui am\u00e8ne plus tard Echu (2005, p.\u00a0647) \u00e0 assimiler le bilinguisme camerounais \u00e0 de la simple farce en stipulant que \u00ab\u00a0The spirit of bilingualism in these institutions remains essentialy limited to their name\u00a0\u00bb. Allant dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, Takam (2007, p.\u00a041) rench\u00e9rit en d\u00e9duisant que \u00ab\u00a0la pr\u00e9tendue politique de bilinguisme officiel, telle qu\u2019elle est pratiqu\u00e9e au Cameroun n\u2019est qu\u2019un instrument politique qui vise \u00e0 moyen terme \u00e0 assimiler la minorit\u00e9 anglophone et homog\u00e9n\u00e9iser le paysage linguistique en faveur du fran\u00e7ais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S\u2019il demeure vrai que ces rat\u00e9s et bien d\u2019autres ont gravement plomb\u00e9 le syst\u00e8me \u00e9ducatif du pays, il convient \u00e9galement de relever que les choses ont consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 depuis lors, et que beaucoup de ces rat\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9s avec le temps. En effet, l\u2019\u00e9ducation reste le domaine dans lequel on observe le plus le d\u00e9ploiement du bilinguisme en zone francophone. Ainsi, le caract\u00e8re obligatoire conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019anglais et au fran\u00e7ais aux examens du sous-syst\u00e8me francophone et \u00e0 certains examens du sous-syst\u00e8me anglophone par la loi n\u00b0 66C\/13\/MINEDUC\/CAB du 16 f\u00e9vrier 2001 a de plus en plus motiv\u00e9 les citoyen\u00b7ne\u00b7s \u00e0 se bilinguiser. Plusieurs francophones demeuraient oppos\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019apprentissage de l\u2019anglais parce que les enjeux ne leur paraissaient pas cruciaux. C\u2019est pourquoi prosp\u00e9rait, partout en zone francophone, la maxime selon laquelle \u00ab\u00a0c\u2019est Dieu qui donne l\u2019anglais\u00a0\u00bb. Mais l\u2019adh\u00e9sion du Cameroun comme membre \u00e0 part enti\u00e8re du Commonwealth of Nations le 16 octobre 1995, tout comme les effets, les exigences et les opportunit\u00e9s socio- professionnels et \u00e9conomiques de la mondialisation ram\u00e8nent progressivement ces francophones \u00e0 revoir leurs positions et \u00e0 s\u2019adonner \u00e0 l\u2019apprentissage et \u00e0 la ma\u00eetrise de l\u2019anglais. Pour mieux d\u00e9crire ce ph\u00e9nom\u00e8ne, Guimatsia (2010) parle fort opportun\u00e9ment de \u00ab\u00a0nouveaux arguments pour une cause ancienne\u00a0\u00bb. Cet engouement d\u00e9sormais d\u00e9bordant peut se mesurer par le choix grandissant des parents francophones de scolariser leurs enfants dans des \u00e9tablissements anglophones qui, du reste, poussent chaque jour comme des champignons dans les grandes m\u00e9tropoles du pays (Anchimbe, 2004; Tchoungui, 1983). L\u2019\u00e9volution de la situation est telle qu\u2019il est actuellement devenu difficile de d\u00e9terminer qui est francophone ou anglophone au Cameroun, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s dans la promotion du bilinguisme (Mboudjeke, 2004). Ce succ\u00e8s s\u2019explique en grande partie gr\u00e2ce au foisonnement des centres linguistiques priv\u00e9s qui volent \u00e0 la rescousse de ceux cr\u00e9\u00e9s par l\u2019\u00c9tat depuis 1989 et qui accueillent des apprenant\u00b7e\u00b7s de tout bord et de tout \u00e2ge.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Le bilinguisme en zone anglophone<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La quasi-totalit\u00e9 des investigations d\u00e9non\u00e7ant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du fran\u00e7ais sur l\u2019anglais au Cameroun s\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral concentr\u00e9e sur le bilinguisme en zone francophone. C\u2019est pour cette raison que nous proposons de jeter \u00e9galement un regard la pratique du bilinguisme en zone anglophone afin de compl\u00e9ter les travaux men\u00e9s jusque-l\u00e0 sur ce sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, les \u00e9tudes attestent que la minorit\u00e9 anglophone du Cameroun subit la domination culturelle et linguistique du fran\u00e7ais et des francophones (Mboudjeke, 2004; Ngu, 1998; Guimatsia, 2010; Echu 2005). Toutes sont d\u2019avis que la majorit\u00e9 francophone devrait am\u00e9nager ou c\u00e9der une place \u00e0 la minorit\u00e9 anglophone; ceci dans un esprit d\u2019inclusion, de destin et de responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. Mais c\u2019est sans compter que les anglophones qui crient pourtant \u00e0 l\u2019oppression ne sont pas irr\u00e9prochables non plus et qu\u2019ils affichent, par cons\u00e9quent, les comportements qu\u2019ils\u00b7elles fustigent chez les francophones lorsqu\u2019ils\u00b7elles se retrouvent dans leur territoire l\u00e9gitime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout comme en zone francophone, plusieurs faits et agissements attestent des comportements anti-francophones en zone anglophone du Cameroun. Selon Piebop (2015), les comportements x\u00e9nophobes sont pr\u00e9sents dans la r\u00e9gion anglophone. Mon exp\u00e9rience de la zone en est d\u2019ailleurs une illustration. \u00c0 cause de mon appartenance au groupe linguistique francophone, j\u2019ai tr\u00e8s souvent d\u00fb faire face aux comportements haineux dans la rue, les march\u00e9s, les \u00e9tablissements priv\u00e9s, parapublics et publics, etc. depuis plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es que je r\u00e9side dans cette r\u00e9gion. Le 24 mai 2017, par exemple, une caissi\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 de distribution d\u2019eau (CAMWATER) a exig\u00e9 que je m\u2019exprime uniquement en anglais si je voulais \u00eatre servie\u00a0: \u00ab\u00a0I don\u2019t understand French. We are not in Yaounde here !\u00a0\u00bb. Ces autres propos d\u2019une coll\u00e8gue, prononc\u00e9s \u00e0 quelques jours du d\u00e9but des examens du GCE 2017\u00a0en pleine salle des professeur.e.s et devant t\u00e9moins, s\u2019inscrivent dans la m\u00eame lanc\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0You [s\u2019adressant \u00e0 moi et par ricochet \u00e0 tou\u00b7te\u00b7s les enseignant\u00b7e\u00b7s francophones du Lyc\u00e9e bilingue de Molyko] are not suppose to invigilate GCE. It\u2019s an anglophone examination.\u00a0\u00bb Paradoxalement, les anglophones sont admis\u00b7es, dans le m\u00eame \u00e9tablissement, \u00e0 surveiller et \u00eatre membres des secr\u00e9tariats d\u2019examen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les situations pareilles qui viennent d\u2019\u00eatre d\u00e9crites sont monnaie courante, car on rencontre r\u00e9guli\u00e8rement en zone anglophone et particuli\u00e8rement \u00e0 Bu\u00e9a, zone de circonscription de la pr\u00e9sente \u00e9tude, des faits qui ne traduisent en rien le bilinguisme. C\u2019est par exemple le cas des inscriptions sur les plaques annon\u00e7ant des organismes \u00e9tatiques ou des services publics. Elles sont \u00e9crites dans la seule langue anglaise alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, ces \u00e9criteaux doivent \u00eatre \u00e0 la fois en anglais et en fran\u00e7ais, selon la Constitution. La Commission de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme a d\u2019ailleurs fort \u00e0 faire dans ce domaine et gagnerait \u00e0 recenser avec exhaustivit\u00e9 ces innombrables \u00e9crits monolingues afin de les bilinguiser. Il s\u2019agit, \u00e0 titre indicatif des enseignes du centre de sant\u00e9 de Mile Sixteen, du commissariat de Bu\u00e9a, de la sous-pr\u00e9fecture de la ville de Bu\u00e9a, du Minist\u00e8re de la femme et du d\u00e9veloppement de la famille de Bongo Square entre autres.<\/p>\n<figure id=\"attachment_192\" aria-describedby=\"caption-attachment-192\" style=\"width: 631px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-192 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-1-Gis\u00e8le.jpg\" alt=\"\" width=\"631\" height=\"267\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-1-Gis\u00e8le.jpg 631w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-1-Gis\u00e8le-300x127.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-1-Gis\u00e8le-65x28.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-1-Gis\u00e8le-225x95.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-1-Gis\u00e8le-350x148.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 631px) 100vw, 631px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-192\" class=\"wp-caption-text\">Illustrations 1 et 2. \u00c9criteaux des administrations publiques (Bu\u00e9a)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Les en-t\u00eates de l\u2019Universit\u00e9 de Bu\u00e9a n\u2019\u00e9chappent aussi pas \u00e0 cette r\u00e8gle du monolinguisme, m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019agit, comme on peut le voir ci-dessous, de correspondance \u00e0 port\u00e9e internationale comme le recrutement de 2000 PhD ordonn\u00e9 par le chef de l\u2019\u00c9tat, ou m\u00eame les remplacements num\u00e9riques du personnel enseignant.<\/p>\n<figure id=\"attachment_193\" aria-describedby=\"caption-attachment-193\" style=\"width: 560px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-193 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-2-Gis\u00e8le.jpg\" alt=\"\" width=\"560\" height=\"223\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-2-Gis\u00e8le.jpg 560w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-2-Gis\u00e8le-300x119.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-2-Gis\u00e8le-65x26.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-2-Gis\u00e8le-225x90.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/09\/Figure-2-Gis\u00e8le-350x139.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-193\" class=\"wp-caption-text\">Illustration 3. Document officiel de l\u2019Universit\u00e9 de Bu\u00e9a<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Qui est donc marginalis\u00e9\u00b7e \u00e0 ce moment, le\u00b7la francophone dont on n\u2019entend pas la voix ou l\u2019anglophone qui le mart\u00e8le sur tous les toits?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il demeure clair que le d\u00e9s\u00e9quilibre para\u00eet net entre l\u2019anglais et le fran\u00e7ais en zone francophone. Pourtant, il ne faudrait pas perdre de vue que la minorit\u00e9 anglophone qui a eu ras-le-bol au point de se soulever en novembre 2016 n\u2019est pas un exemple non plus, car contrairement \u00e0 la domination \u00e0 sens unique dont s\u2019indignait Ngu (1998, p.\u00a04) en parlant du \u00ab\u00a0clear one-way-traffic\u00a0\u00bb, les investigations laissent plut\u00f4t voir autre chose. D\u00e8s lors, il serait plus appropri\u00e9 de parler d\u2019une relation de co-dominance linguistique et culturelle, chaque groupe tenant, dans un instinct de protection de soi et de repli identitaire, \u00e0 marquer son territoire pour parler comme les \u00e9thologues et Erwing Goffman pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur le plan \u00e9ducatif, il appara\u00eet que les anglophones demeurent tr\u00e8s r\u00e9fractaires \u00e0 l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais dans leur zone (Piebop, 2015). Les r\u00e9sultats du GCE\/OL (General Certificate of Education Ordinary Level depuis 2004, o\u00f9 le fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 mati\u00e8re obligatoire pour tou\u00b7te\u00b7s les \u00e9l\u00e8ves, le d\u00e9montrent \u00e0 suffisance en ce qui concerne cette mati\u00e8re. Le <em>french<\/em> occupe toujours les derniers rangs en termes de classement et \u00ab\u00a0le pourcentage de r\u00e9ussite n\u2019a jamais d\u00e9pass\u00e9 25\u00a0% par ann\u00e9e\u00a0\u00bb (Piebop, 2015, p.\u00a0157). Les repr\u00e9sentations que les locuteur\u00b7trice\u00b7s se font du fran\u00e7ais dans cette zone sont tr\u00e8s souvent p\u00e9joratives, mettant en avant les r\u00e8gles difficiles \u00e0 comprendre, la culture tyrannique fran\u00e7aise et le caract\u00e8re envahissant des francophones en raison, entre autres, de leur nombre \u00e9lev\u00e9 (Mboudjeke, 2004, p.\u00a0152). On peut comprendre de ces r\u00e9actions que la politique de bilinguisme au Cameroun a amen\u00e9 les anglophones \u00e0 cr\u00e9er un sens d\u2019identit\u00e9 culturelle qui na\u00eet de leur usage commun de l\u2019anglais (Wolf, 1997). C\u2019est la raison pour laquelle ils\u00b7elles ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s soucieux\u00b7euses de prot\u00e9ger ou sauvegarder leur zone g\u00e9ographique. Pourtant, la situation de l\u2019anglais qu\u2019ils\u00b7elles voudraient voir utiliser \u00e0 parts \u00e9gales n\u2019est gu\u00e8re reluisante. Il occupe \u00e9galement les derniers rangs aux c\u00f4t\u00e9s du <em>french<\/em> \u00e0 l\u2019examen du GCE<a class=\"footnote\" title=\"https\u00a0: \/\/ininet.org\/cameroon-gce-results-statistics-and-analysis-part-a-pass-rate.html\" id=\"return-footnote-187-2\" href=\"#footnote-187-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. Cette r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 Ebot Atem (1999, p.\u00a027) qui reconna\u00eet que \u00ab\u00a0Anglophone [\u2026] students in Cameroon are not sufficiently motivated to learn English, which they consider simply as one of the several subjects they have to study in order to pass their school examinations\u00a0\u00bb. On peut donc se demander \u00e0 quoi cela sert de revendiquer quelque chose envers laquelle on n\u2019a pas d\u00e9j\u00e0 soi-m\u00eame beaucoup d\u2019\u00e9gards. Par ailleurs, l\u2019on pourrait \u00e9galement r\u00e9\u00e9quilibrer les choses en convoquant la complicit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat qui, selon les anglophones, est toujours du c\u00f4t\u00e9 des francophones. Sinon, comment comprendre que les enseignes, les documents et, bien plus encore, les attestations, les dipl\u00f4mes officiellement et m\u00eame mondialement reconnus du sous-syst\u00e8me anglophone tels que le General Certificate of Education \/Ordinary et Advanced levels (GCE\/OL et GCE\/AL), toutes mati\u00e8res confondues, ne soient produits que dans la version anglaise alors que tous ceux du sous-syst\u00e8me francophone ont les deux versions anglaise et fran\u00e7aise?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 quel niveau se trouve donc la marginalisation des anglophones? La situation n\u2019est pas diff\u00e9rente \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bu\u00e9a qui, quoiqu\u2019\u00e9tant une institution subventionn\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, produit toutes ses correspondances administratives en anglais exclusivement. Tous les documents officiels, y compris ceux du d\u00e9partement de fran\u00e7ais et de ses institutions connexes comme l\u2019unit\u00e9 de fran\u00e7ais fonctionnel ou encore le CURELF (Centre Universitaire de Recherches sur la Langue Fran\u00e7aise) comportent des en-t\u00eates en anglais uniquement. Le d\u00e9partement de fran\u00e7ais n\u2019a de fran\u00e7ais que les cours et le discours de ses enseignant\u00b7e\u00b7s et \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s. Presque tout y est anglicis\u00e9, m\u00eame lorsque les emprunts ne sont pas de n\u00e9cessit\u00e9. Les \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s n\u2019ont presque pas d\u2019\u00e9gard pour le fran\u00e7ais fonctionnel qui constitue pourtant une mati\u00e8re obligatoire pour leur cursus universitaire. Par voie de cons\u00e9quence, on assiste \u00e0 un taux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 d\u2019\u00e9checs et \u00e0 une augmentation des effectifs. Le travail des enseignant\u00b7e\u00b7s est donc transform\u00e9 en un v\u00e9ritable parcours du gladiateur\u00b7trice. En effet, en plus des \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s de premi\u00e8re ann\u00e9e \u00e0 qui est l\u00e9gitimement destin\u00e9 ce cours, il y en a qui le font pour la \u00e9ni\u00e8me fois parce que ne l\u2019ayant toujours valid\u00e9 pas (Piebop, 2016). Fatigu\u00e9\u00b7e\u00b7s, certain\u00b7e\u00b7s optent pour des tricheries de masse ou alors pour le recrutement des mercenaires pour composer \u00e0 leur place. Ils\u00b7elles d\u00e9signent leurs enseignant\u00b7e\u00b7s par des termes d\u00e9valorisants du genre \u00ab\u00a0that French man\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0that French madam\u00a0\u00bb et se plaisent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 justifier leurs performances m\u00e9diocres en fran\u00e7ais par le fait qu\u2019ils ne sont pas francophones et que, de ce fait, l\u2019on devrait les comprendre (Piebop, 2015).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il appara\u00eet qu\u2019un regard port\u00e9 sur la zone anglophone, qui \u00e9chappe tr\u00e8s souvent \u00e0 l\u2019attention du fait des plaintes toujours plus prononc\u00e9es de ce groupe linguistique, a laiss\u00e9 clairement voir que la critique \u00e9tait trop ais\u00e9e et l\u2019art difficile. Autrement dit, les francophones qui vivent en zone anglophone du Cameroun subissent les m\u00eames brimades que les anglophones en zone francophone. En un mot, l\u2019\u00e9tat des lieux est presque identique d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre du fleuve Mungo qui symbolise l\u2019unit\u00e9 du pays, chacun exer\u00e7ant son droit de l\u00e9gitimit\u00e9 et par cons\u00e9quent de domination sur son territoire d\u2019origine. Il revient donc \u00e0 la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme d\u2019en prendre acte et de faire son travail.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00c9tat des lieux du multiculturalisme camerounais<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le\u00a0multiculturalisme est un terme compos\u00e9 des morph\u00e8mes <em>multi-<\/em> r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la pluralit\u00e9, au grand nombre et \u00e0 la diversit\u00e9, et <em>-culturalisme<\/em>, terme d\u00e9riv\u00e9 de la racine culture. De l\u2019avis de Panoff et Perrin (1973, p.\u00a028), la culture renvoie \u00e0 \u00ab\u00a0L\u2019ensemble des traits distinctifs spirituels et mat\u00e9riels, intellectuels et affectifs qui caract\u00e9risent une soci\u00e9t\u00e9 ou un groupe social. Elle englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les fa\u00e7ons de vivre ensemble, les syst\u00e8mes de valeurs, les traditions et les croyances\u00a0\u00bb. Autrement dit, la culture rassemble les us et coutumes d\u2019un groupe social, les langues, les habitudes et comportements, les religions, les savoir-faire techniques, \u00e9conomiques, artistiques et environnementaux, les modes d\u2019organisation collectifs, etc., qu\u2019un peuple consid\u00e8re avoir re\u00e7u de ses anc\u00eatres et qu\u2019il est suppos\u00e9 transmettre en h\u00e9ritage de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi appr\u00e9hend\u00e9, on pourrait commencer par ouvrir une br\u00e8che sur les langues camerounaises afin de voir \u00e0 quel point elles se sont d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es depuis leur contact avec l\u2019Occident. En effet, dans le but d\u2019assimiler les Camerounais\u00b7es et les \u00e9carter des domaines g\u00e9n\u00e9rateurs de prestige et de revenus, l\u2019administration coloniale a us\u00e9 de moult strat\u00e9gies pour les d\u00e9poss\u00e9der de leur h\u00e9ritage culturel et pr\u00e9cis\u00e9ment linguistique. Allant dans ce sens, les politiques de germanisation du pays amorc\u00e9es par Von Zimmerer, puis de francisation (initi\u00e9es par Jules Cardes, alors haut-commissaire de la r\u00e9publique du Cameroun les 10 et 11 octobre 1921) et d\u2019anglicisation sous mandat et tutelle ont d\u00e9bouch\u00e9 d\u00e8s 1920 \u00e0 la fermeture de nombreuses \u00e9coles o\u00f9 les missionnaires presbyt\u00e9rien\u00b7ne\u00b7s utilisaient les langues camerounaises. Dans la m\u00eame mouvance, les 47 \u00e9coles du roi Njoya o\u00f9 la scolarisation se faisait dans la langue bamum ou bamoun avaient \u00e9t\u00e9 interdites d\u2019utilisation. M\u00eame apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, cette situation a perdur\u00e9 avec les campagnes de d\u00e9nigrement des langues nationales et des nationaux\u00b7ales, les assimilant \u00e0 des primitif\u00b7ve\u00b7s aux mentalit\u00e9s pr\u00e9logiques.\u00a0Toutes sortes de tortures psychosomatiques ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es pour les contraindre \u00e0 abandonner leurs langues, us, coutumes et traditions. C\u2019\u00e9tait par exemple le cas avec l\u2019instauration du \u00ab\u00a0symbole\u00a0\u00bb dans les \u00e9coles, qui consistait, pour quiconque parlait sa langue maternelle ou l\u2019allemand \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e0 porter contre son gr\u00e9, un objet (le pfemin, une pi\u00e8ce de monnaie) ou un instrument de supplice et \u00e0 utiliser sa journ\u00e9e de repos \u00e0 exercer de force des travaux d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (Nkoa Atenga, 2003, p.\u00a085). C\u2019est d\u2019ailleurs fort \u00e0 propos que Tadadjeu (1985, p.\u00a013) fait remarquer, en rapport avec ces traitements immondes, que \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cole coloniale a r\u00e9ussi \u00e0 nous apprendre \u00e0 m\u00e9priser nos propres valeurs culturelles et \u00e0 aspirer aux valeurs occidentales. Nos langues, faisant partie de nos valeurs culturelles, tombent logiquement dans ce m\u00e9pris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La situation a r\u00e9cidiv\u00e9 avec le choix des langues coloniales pour en faire des langues officielles. M\u00eame la constitution de 1996 et la loi n\u00b0 98\/004 du 14 avril 1998 mentionnant et ins\u00e9rant les langues camerounaises dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif, puis l\u2019ouverture de la fili\u00e8re Langues et Cultures Camerounaises \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure de Yaound\u00e9 depuis 2008 n\u2019ont pas chang\u00e9 grand-chose \u00e0 la situation d\u00e9sastreuse dans laquelle se trouvent les langues camerounaises. Attitude qui trahit le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00e9vident de l\u2019\u00c9tat dans la promotion du patrimoine culturel camerounais (Piebop, 2018). Ce constat est d\u2019autant plus v\u00e9rifiable que Bitja\u2019a Kody explique, et ce depuis 2004, qu\u2019environ 20 langues sur les 283 langues endog\u00e8nes que compte le Cameroun sont d\u00e9j\u00e0 mortes, 78 sont en voie d\u2019extinction, 87 en grand danger de disparition et 78 en danger notable (2004, p.\u00a0512-514). L\u2019\u00e9tat de ces langues s\u2019est assur\u00e9ment davantage d\u00e9grad\u00e9 \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est. La r\u00e9alit\u00e9 lui donne raison, car un malheur ne venant jamais seul, les mariages exogamiques, les st\u00e9r\u00e9otypes et autres clich\u00e9s n\u00e9gatifs, l\u2019exode rural, entre autres, am\u00e8nent de plus en plus les Camerounais\u00b7es \u00e0 n\u00e9gliger leurs cultures et leurs langues maternelles au profit du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais \u00ab\u00a0plus aptes \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins\u00a0\u00bb (Piebop, 2018, p.\u00a0333). L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans les langues maternelles est avanc\u00e9e \u00e0 tel point que ce sont les grands-parent\u00b7e\u00b7s, en principe gardien\u00b7ne\u00b7s de ce tr\u00e9sor ancestral, qui sont contraints de se bilinguiser dans les langues officielles afin pouvoir interagir avec leurs petit\u00b7e\u00b7s fil\u00b7le\u00b7s. Une telle ali\u00e9nation linguistique ne peut qu\u2019entra\u00eener des crises de m\u0153urs, car ces langues occidentales traduisent et font forc\u00e9ment la vulgarisation d\u2019une vision du monde, des fa\u00e7ons de vivre et d\u2019autres aspects de la culture occidentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Peu de Camerounais\u00b7es peuvent encore d\u00e9crypter le message du tam-tam, des cris des animaux, retracer leur g\u00e9n\u00e9alogie, raconter des contes, des mythes, des l\u00e9gendes tir\u00e9s du terroir ou ma\u00eetriser l\u2019art de la parole comme ce fut le cas par le pass\u00e9. Les us, et coutumes camerounaises disparaissent \u00e9galement au fil des jours, car ils ont \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9s au f\u00e9tichisme par la culture jud\u00e9o-chr\u00e9tienne (Nkoa Atenga, 2003) qui leur a men\u00e9 une guerre sans merci. \u00c0 cause de cette pers\u00e9cution, rares sont les Camerounais.es qui croient encore en l\u2019existence ou la pr\u00e9sence des dieux et des anc\u00eatres mort\u00b7e\u00b7s, veillant sur les vivant\u00b7e\u00b7s, principe far de l\u2019animisme, religion originelle et traditionnelle des Bantou\u00b7e\u00b7s que Mulago d\u00e9finit comme\u00a0un<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ensemble culturel des id\u00e9es, sentiments et rites bas\u00e9 sur\u00a0: la croyance \u00e0 deux mondes, visible et invisible; la croyance au caract\u00e8re communautaire et hi\u00e9rarchique de ces deux mondes; l\u2019interaction entre les deux mondes; la transcendance du monde invisible n\u2019entravant pas son immanence; la croyance en un \u00catre supr\u00eame, Cr\u00e9ateur, P\u00e8re de tout ce qui existe (Mulago, 1980, p.\u00a08).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette religion a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par des religions \u00e9trang\u00e8res telles que le christianisme et l\u2019islam (Kpwang, 2011). Sous l\u2019effet de la vaste campagne de fain\u00e9antisation du peuple engag\u00e9e et entretenue par l\u2019Occident, ceux et celles des Camerounais\u00b7es qui pratiquent encore l\u2019animisme n\u2019osent m\u00eame pas le faire savoir de peur d\u2019\u00eatre vu\u00b7e\u00b7s comme des obscurantistes et d\u2019\u00eatre vomi\u00b7e\u00b7s ou class\u00e9\u00b7e\u00b7s dans les mus\u00e9es par une soci\u00e9t\u00e9 en proie \u00e0 l\u2019occidentalisation et \u00e0 ses attraits multiformes. Chinji Kouleu (2001, p.\u00a091) d\u00e9plore justement ce fait en d\u00e9clarant que \u00ab\u00a0jusqu\u2019ici, le concept d\u2019animisme a une connotation p\u00e9jorative. Peu de gens sont capables de s\u2019affirmer animistes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 ce niveau \u00e9galement, il appara\u00eet clairement qu\u2019aujourd\u2019hui encore, l\u2019\u00c9tat se rend complice de ce d\u00e9laissement organis\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritage culturel camerounais. En guise d\u2019illustration, les f\u00eates comme l\u2019ascension, l\u2019Assomption, No\u00ebl, l\u2019\u00c9piphanie, les f\u00eates de ramadan, de mouton, de p\u00e2ques, le Vendredi saint\u2026 sont institutionnalis\u00e9s et de ce fait d\u00e9clar\u00e9es f\u00e9ri\u00e9s ch\u00f4m\u00e9s alors qu\u2019il n\u2019en est rien pour les comm\u00e9morations endog\u00e8nes. M\u00eame la journ\u00e9e internationale de la langue maternelle ne fait pas l\u2019objet d\u2019une journ\u00e9e f\u00e9ri\u00e9e au Cameroun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En peu de mots, on retient que la multitude de cultures dont regorge le Cameroun se trouve en danger d\u2019extinction du fait de la n\u00e9gligence et du m\u00e9pris dont elles font l\u2019objet sous l\u2019\u0153il passif du gouvernement qui ne fait pas grand-chose pour les valoriser. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, l\u2019on peut esp\u00e9rer que la Commission du bilinguisme et du multiculturalisme pourrait les revaloriser.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Qu\u2019attendre de la Commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">De la revue de la litt\u00e9rature sur le bilinguisme et le multilinguisme camerounais qui sont les deux composantes cl\u00e9s de la Commission initi\u00e9e par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique le 23 janvier 2017, il se d\u00e9gage que la part belle a toujours \u00e9t\u00e9 faite au bilinguisme au d\u00e9triment du multiculturalisme. En effet, secouru par les organismes internationaux, l\u2019\u00c9tat consacre des efforts colossaux \u00e0 la vulgarisation du bilinguisme officiel alors qu\u2019il n\u2019en est rien du multiculturalisme camerounais. Le statut co-officiel du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais, au d\u00e9triment des langues autochtones, en est une preuve. L\u2019on peut aussi noter l\u2019octroi des bourses par la France, l\u2019Angleterre et le Canada aux Camerounais, l\u2019ouverture des \u00e9tablissements sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019application du bilinguisme fran\u00e7ais\/anglais comme le CBA (Coll\u00e8ge Bilingue d\u2019Application) devenu LBA (Lyc\u00e9e Bilingue d\u2019Application), le Lyc\u00e9e Bilingue d\u2019Essos \u00e0 Yaound\u00e9, le Lyc\u00e9e Bilingue de Molyko et de tous les autres lyc\u00e9es bilingues diss\u00e9min\u00e9s partout dans le pays. Il existe des cellules de traduction dans chaque d\u00e9partement minist\u00e9riel gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouverture de l\u2019ASTI (Advanced School for Translators and Interpreters) de m\u00eame que le r\u00e9seau des centres linguistiques pilotes avec son programme de Formation Linguistique Bilingue (FLB) dans toutes les r\u00e9gions du pays, depuis 1989, afin de former toutes les couches sociales au bilinguisme. On rel\u00e8ve aussi l\u2019imposition des deux langues officielles dans les sous-syst\u00e8mes \u00e9ducatifs anglophone et francophone, l\u2019augmentation du quota horaire de 2 \u00e0 4 heures d\u2019enseignements dans la deuxi\u00e8me langue officielle, l\u2019insertion des licences bilingues dans les universit\u00e9s du pays, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, le chapelet des r\u00e9alisations de l\u2019\u00c9tat ne para\u00eet pas aussi long \u00e0 \u00e9grainer lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019aborder la question des diverses cultures camerounaises. Ce fait est compr\u00e9hensible si l\u2019on prend en compte les politiques linguistiques et culturelles coloniales visant la purge de cerveaux, mieux l\u2019ali\u00e9nation des Camerounais\u00b7es pour en faire des Blancs \u00e0 peau noire. Pr\u00e8s d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, l\u2019\u00c9tat demeure dubitatif quant \u00e0 la promotion des cultures endog\u00e8nes. Ce qui laisse d\u2019ailleurs songeur sur ses bonnes dispositions d\u2019esprit. Par exemple, la promotion des langues endog\u00e8nes en g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e par la constitution du 18 janvier 1996 et prescrite dans les \u00e9coles par la loi n\u00b098\/004 du 14 avril 1998 portant Orientation de l\u2019\u00c9ducation au Cameroun. Paradoxalement, ce n\u2019est que 10 ans apr\u00e8s, c\u2019est-\u00e0-dire en 2008, que s\u2019est fait le recrutement de la premi\u00e8re promotion de 40 \u00e9l\u00e8ves-professeur\u00b7e\u00b7s de la fili\u00e8re Langues et Cultures Camerounaises par l\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u00b0 08\/223\/MINSUP\/DDS du 03 novembre 2008. Comble d\u2019ironie, cette fili\u00e8re ne figurait pas dans le d\u00e9cret de lancement des concours de l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s. Peut-on croire \u00e0 un oubli de la part de l\u2019\u00c9tat? L\u2019inconfort linguistique dans les langues maternelles est au point o\u00f9 m\u00eame les autres langues \u00e9trang\u00e8res telles que l\u2019allemand, l\u2019espagnol, l\u2019arabe, et r\u00e9cemment l\u2019italien et le chinois, sont plus pr\u00e9sentes dans les \u00e9coles et sont dispens\u00e9es par des enseignant\u00b7e\u00b7s form\u00e9s par l\u2019\u00c9tat camerounais. La preuve en est que la premi\u00e8re promotion de baccalaur\u00e9at sp\u00e9cialit\u00e9 chinois est livr\u00e9e en ao\u00fbt 2017. Qu\u2019en est-il de la sp\u00e9cialit\u00e9 langues et cultures nationales camerounaises? Est-ce \u00e0 dire que m\u00eame ces autres langues et cultures venues d\u2019ailleurs ont plus de valeurs que les langues et cultures identitaires?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De plus, l\u2019\u00c9tat ne subventionne plus de recherches sur les langues et cultures nationales depuis 1990 (Bitja\u2019a Kody, 2001). De m\u00eame, la constitution et la Loi d\u2019Orientation de l\u2019\u00c9ducation au Cameroun pr\u00e9voient, dans leur troisi\u00e8me objectif, la cr\u00e9ation d\u2019organismes charg\u00e9s de \u00ab\u00a0la protection et la promotion des langues nationales\u00a0\u00bb. Or, depuis lors, il n\u2019en existe aucun et il a fallu que la communaut\u00e9 linguistique anglophone se rebelle, pour qu\u2019une Commission traitant entre autres du multiculturalisme puisse voir le jour. Mais on se demande bien quelle sera la place r\u00e9elle du multiculturalisme dans cette commission, car \u00e0 regarder de pr\u00e8s, cette commission penche d\u2019office \u00e0 l\u2019avantage du bilinguisme au pr\u00e9judice du multiculturalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Compte tenu de ce que les instructions officielles elles-m\u00eames voudraient former des Camerounais\u00b7es d\u2019abord enracin\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leurs cultures et ensuite aptes \u00e0 s\u2019ouvrir au monde, il aurait \u00e9t\u00e9 de bon ton de r\u00e9percuter la logique de cet objectif sur la d\u00e9nomination de la commission en intervertissant l\u2019ordre d\u2019apparition de<em> bilinguisme<\/em> et <em>multiculturalisme<\/em>. En d\u2019autres termes, elle devrait d\u2019abord participer \u00e0 la valorisation des cultures endog\u00e8nes, qui permettront aux Camerounais\u00b7es de prendre les distances n\u00e9cessaires pour mieux appr\u00e9hender et comprendre les langues \u00e9trang\u00e8res et le monde tout court, tel que le conseillent les sp\u00e9cialistes Nzess\u00e9 (2005), Chumbow (1996), Makouta-Mboukou (1973). Et m\u00eame en consid\u00e9rant le chapitre 2 du d\u00e9cret de cr\u00e9ation traitant des attributions de cette Commission, on remarque qu\u2019en dehors des six alin\u00e9as de l\u2019article 3 se rapportant tous au bilinguisme et au multiculturalisme, il existe un autre qui se d\u00e9tache du lot, parce que concernant exclusivement le bilinguisme. Il s\u2019agit de l\u2019alin\u00e9a 2 du chapitre 2 (deuxi\u00e8me tiret) qui pr\u00e9cise que la Commission est charg\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019assurer le suivi et la mise en \u0153uvre des dispositions constitutionnelles faisant de l\u2019anglais et du fran\u00e7ais deux langues officielles d\u2019\u00e9gale valeur, et notamment leur usage dans tous les services publics, les organismes parapublics ainsi que dans tout organisme recevant des subventions de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (d\u00e9cret n\u00b0 2017\/013 du 23 janvier 2017). Pourquoi ne pas \u00e9quilibrer la balance en ins\u00e9rant aussi une attribution uniquement relative aux cultures camerounaises? Cette distribution in\u00e9quitable des attributions est de nature \u00e0 laisser penser \u00e0 une attention tout aussi in\u00e9quitable dans la gestion des pr\u00e9occupations de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme. Si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 jusqu\u2019ici, la promotion du bilinguisme, qui est marqu\u00e9 \u00e0 grand trait dans le cahier de charge de ladite Commission, risque de phagocyter celle du multiculturalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau des actions men\u00e9es, on d\u00e9c\u00e8le \u00e9galement une disparit\u00e9 entre ces deux entit\u00e9s. En effet, l\u2019alin\u00e9a 5 de l\u2019article 3 traitant des attributions de la CNPBM dit qu\u2019elle est charg\u00e9e de \u00ab\u00a0vulgariser la r\u00e9glementation sur bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble\u00a0\u00bb. Sans doute \u00e0 cet effet, il a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9 la loi n\u00b02019\/019 du 12 d\u00e9cembre 2019, portant uniquement promotion des langues officielles au Cameroun. Cette loi vient s\u2019additionner \u00e0 la constitution et \u00e0 toute la panoplie d\u2019autres textes r\u00e9gissant d\u00e9j\u00e0 le bilinguisme fran\u00e7ais au Cameroun. Pour d\u00e9montrer \u00e0 quel point elle \u00e9tait concern\u00e9e par cette loi, la Commission a organis\u00e9, avec tout ce que cela comporte de mobilisation de ressources diverses et surtout de d\u00e9penses, tout un \u00ab\u00a0s\u00e9minaire sp\u00e9cial\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events\/appropriation-de-la-nouvelle-loi-sur-les-langues-officielles-au-cameroun.html\" id=\"return-footnote-187-3\" href=\"#footnote-187-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> \u00e0 son si\u00e8ge \u00e0 Yaound\u00e9, les 27 et 28 f\u00e9vrier 2020, afin de \u00ab\u00a0mieux cerner\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events\/appropriation-de-la-nouvelle-loi-sur-les-langues-officielles-au-cameroun.html\" id=\"return-footnote-187-4\" href=\"#footnote-187-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> les contours de cette loi sur la promotion des langues officielles. Toujours \u00e0 ce sujet, sa deuxi\u00e8me session semestrielle pour l\u2019exercice 2019 tenue le 17 d\u00e9cembre 2019 \u00e0 Yaound\u00e9 avait \u00ab\u00a0en bonne place\u00a0\u00bb de l\u2019agenda, \u00ab\u00a0les missions de suivi de la saine application des dispositions relatives \u00e0 la pratique du bilinguisme dans les entit\u00e9s publiques\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events.html\" id=\"return-footnote-187-5\" href=\"#footnote-187-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et pendant que la commission s\u2019impr\u00e8gne, se recycle, cr\u00e9e, impl\u00e9mente et assure le suivi et la vulgarisation des textes prot\u00e9geant le bilinguisme, le multiculturalisme n\u2019est pratiquement encadr\u00e9 par aucun texte depuis 2017. On se demande alors si les \u00e9l\u00e9ments mentionn\u00e9s dans l\u2019alin\u00e9a 5 de l\u2019article 3 incluant pourtant le bilinguisme et le multiculturalisme n\u2019existent qu\u2019en th\u00e9orie et ne concernent que le bilinguisme. Si tel est le cas, il faudrait pr\u00e9ciser cette disposition pour la rendre claire pour tou\u00b7te\u00b7s. M\u00eame la br\u00e8ve mention de l\u2019article 22 de la section 3 de la loi n\u00b02004\/018 fixant les r\u00e8gles de promotion des cultures et des langues nationales dans les communes date de 2004. Et depuis lors, rien sur le multiculturalisme. L\u2019urgence n\u2019\u00e9tait-elle justement pas \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des textes r\u00e9gissant formellement ce domaine encore abstrait, plut\u00f4t que de gaspiller des ressources et de r\u00e9\u00e9diter de fa\u00e7on redondante des contenus qui sont presque un secret de polichinelle pour les citoyen\u00b7ne\u00b7s camerounais\u00b7es? Lorsqu\u2019il est question de multilinguisme, la Commission se contente, \u00e0 tout hasard, et sans aucun encadrement juridique, de quelques mesures sans r\u00e9elle port\u00e9e. On peut mentionner les tr\u00e8s critiqu\u00e9es campagnes m\u00e9diatiques de lutte contre le tribalisme et les discours haineux en 2019 ou encore les tapageuses \u00ab\u00a0missions d\u2019\u00e9coute\u00a0\u00bb aupr\u00e8s des populations du Sud-Ouest du 24 au 26 avril 2018, et du Nord-Ouest du 30 mai au 1er juin 2018, afin, disaient-ils, de d\u00e9samorcer la \u00ab\u00a0crise anglophone\u00a0\u00bb qui atteignait alors son pic et prenait des tournures inesp\u00e9r\u00e9es. Malheureusement, la crise n\u2019a pas cess\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, quoique quelque peu contenue par l\u2019actualit\u00e9 du COVID-19.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les strat\u00e9gies de cette mission d\u2019\u00e9coute qui, par ces agissements, pourraient laisser croire qu\u2019elle \u00e9tait plut\u00f4t pr\u00e9occup\u00e9e \u00e0 d\u00e9penser, dans des parades touristiques, les 700 millions de budget d\u00e9bloqu\u00e9s par le gouvernement et mis \u00e0 sa disposition pour le bon d\u00e9roulement de ses actions. Sinon, comment interpr\u00e9ter par exemple le silence de cette Commission face aux \u00e9clats de voix, aux annonces de schisme et aux recours dans les tribunaux traduisant des relents de tribalisme en mondovision qui secouent et divisent l\u2019\u00c9glise \u00e9vang\u00e9lique depuis l\u2019\u00e9lection d\u00e9mocratique de leur pasteur, le professeur Jean Samuel Hendji Toya devant Richard Priso Moungolle (avec 205 voix contre 168 pour son challenger et prot\u00e9g\u00e9 de la communaut\u00e9 Ngondo Richard Priso Moungolle) le 22 avril 217 au synode de Ngaound\u00e9r\u00e9? Une \u00e9lection ordinaire qui tourne au psychodrame micro-tribal. Quelque temps apr\u00e8s, le 26 mai 2018 pr\u00e9cis\u00e9ment, le tribalisme refaisait les choux gras des m\u00e9dias avec la destruction du monument en pleine construction du nationaliste originaire d\u2019\u00c9s\u00e9ka, Um Nyobe, par les chefs et natifs du canton Bell \u00e0 Mobile Njoh-Njoh dans la ville de Douala<em>.<\/em> Devant les m\u00e9dias, ils ont confi\u00e9 n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s avant le d\u00e9but des travaux de la Communaut\u00e9 urbaine de Douala. Auraient-ils commis de tels d\u00e9g\u00e2ts s\u2019il s\u2019\u00e9tait agi du monument de leur ascendant et martyr Douala Manga Bell par exemple? Plus proche, en octobre 2019, c\u2019\u00e9tait le tour des natifs de Sangm\u00e9lima de se mettre sous les feux des projecteurs et de la toile \u00e0 cause de la x\u00e9nophobie affich\u00e9e vis-\u00e0-vis des Bamouns et des ressortissants de la r\u00e9gion de l\u2019Ouest en g\u00e9n\u00e9ral. Les commerces et biens de ces derniers avaient alors \u00e9t\u00e9 impitoyablement pill\u00e9s, saccag\u00e9s. Dans les contextes de crise entre les communaut\u00e9s, la CNPBM est logiquement en droit d\u2019intervenir pour faire r\u00e9gner l\u2019unit\u00e9 et l\u2019int\u00e9gration comme le prescrivent ses pr\u00e9rogatives. Pourtant, il n\u2019en est rien. Les r\u00e9actions auraient s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 plus promptes s\u2019il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019une b\u00e9vue relative au respect du bilinguisme compte tenu du contexte tr\u00e8s tendu caus\u00e9 par \u00ab\u00a0la crise anglophone\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, \u00e0 comparer les termes bilinguisme et multiculturalisme, on se rend \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que le premier, \u00e0 savoir bilinguisme, est pr\u00e9cis et concis parce que r\u00e9f\u00e9rant clairement aux langues\u00a0officielles\u00a0: le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. Alors que le second, multiculturalisme, est assez globalisant, g\u00e9n\u00e9rique. En effet, compte tenu de la d\u00e9finition tr\u00e8s kal\u00e9idoscopique du terme culture, on peut se demander quel sera pr\u00e9cis\u00e9ment le champ d\u2019action de la Commission au sujet du multiculturalisme. Que va-t-elle en faire exactement? Se limitera-t-elle \u00e0 promouvoir la triple centaine de langues camerounaises? Ce qui rel\u00e8verait honn\u00eatement d\u2019une vue de l\u2019esprit. Va-t-elle \u00e0 proprement parler prendre en ligne de compte des probl\u00e8mes relatifs aux innombrables us, coutumes et traditions du terroir? S\u2019occupera-t-elle \u00e0 faire rena\u00eetre et \u00e0 revaloriser les religions camerounaises jadis foul\u00e9es au pied par les Occidentaux? Vantera-t-elle les vertus, les fa\u00e7ons de vivre ensemble ou les syst\u00e8mes des valeurs africains? Le flou au sujet des attributs de cette CNPBM, qui ne sont pas \u00e9tay\u00e9s dans le d\u00e9cret de cr\u00e9ation, est de nature \u00e0 pr\u00eater le flanc au doute quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 des actions \u00e0 entreprendre dans le domaine du multiculturalisme, lui-m\u00eame mentionn\u00e9 si vaguement dans le d\u00e9cret de cr\u00e9ation. Il n\u2019est pas question de souhaiter l\u2019\u00e9chec de cette Commission, mais l\u2019on peut craindre qu\u2019elle perp\u00e9tue les \u00e9cueils du pass\u00e9. Notre \u00e9tude a donc voulu mettre en d\u00e9bat la question en appelant \u00e0 une r\u00e9orientation des missions assign\u00e9es au CNPBM.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019examen des ant\u00e9c\u00e9dents en mati\u00e8re de politique linguistique au Cameroun laisse voir que malgr\u00e9 quelques initiatives prises \u00e7\u00e0 et l\u00e0 et sans grande port\u00e9e, les langues et cultures du terroir ont toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9es depuis l\u2019\u00e9poque coloniale. Au contraire, tous les efforts ont toujours \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9s \u00e0 la protection et \u00e0 la promotion des langues \u00e9trang\u00e8res que sont le fran\u00e7ais et l\u2019anglais en leur accordant des privil\u00e8ges de tous genres. Pour rem\u00e9dier \u00e0 la marginalisation linguistique \u00e9voqu\u00e9e dans la zone anglophone du pays, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a mis sur pied un organisme charg\u00e9 de veiller \u00e0 la fois sur les cultures endog\u00e8nes et sur le bilinguisme fran\u00e7ais\/anglais. Mais eu \u00e9gard \u00e0 la politique linguistique d\u2019ali\u00e9nation qui a toujours pr\u00e9valu au Cameroun, la crainte est qu\u2019au lieu d\u2019\u00eatre une v\u00e9ritable aubaine pour les Camerounais\u00b7es, la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme soit plut\u00f4t un alibi pour continuer de les acculturer. Ceci en les occidentalisant progressivement et en rempla\u00e7ant d\u00e9finitivement les langues et cultures camerounaises par celles anglaise et fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ces agissements, l\u2019\u00c9tat ne se soucie pas d\u2019aller \u00e0 l\u2019encontre de ses propres prescriptions qui commandent de former des Camerounais\u00b7es d\u2019abord enracin\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leurs sociocultures avant de songer \u00e0 l\u2019extraversion. Car comment appr\u00e9cier objectivement les langues et cultures d\u2019ailleurs si l\u2019on ne conna\u00eet pas les siennes? Pourtant, les sp\u00e9cialistes s\u2019accordent \u00e0 dire que la connaissance de l\u2019ailleurs et des langues \u00e9trang\u00e8res passe par la bonne ma\u00eetrise des langues et cultures endog\u00e8nes. Cette conception rejoint celle de Kpwang (2011) et de Njoh Mouelle (1986) pour qui le d\u00e9veloppement d\u2019un pays repose avant tout sur de solides bases socioculturelles. Ces arguments remettent \u00e0 l\u2019ordre du jour la probl\u00e9matique d\u2019un parler endog\u00e8ne commun \u00e0 tou\u00b7te\u00b7s les Camerounais\u00b7es tel que le sango en R\u00e9publique Centrafricaine ou le kinyarwanda au Rwanda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019inqui\u00e9tude est que la CNPBM reste dans sa logique de passivit\u00e9 face aux recommandations qui ont d\u2019ailleurs toujours \u00e9t\u00e9 faites par les chercheurs et chercheuses. En effet, il y a des chances qu\u2019elle n\u2019invente aucune solution miracle dans la mesure o\u00f9 les sp\u00e9cialistes en la mati\u00e8re (Mbangwana, 2004; Echu, 2005; Tadadjeu, 1985, 1990; Bitja\u2019a Kody, 2000, 2001, 2004; Guimatsia, 2010; Takam, 2007; Piebop, 2015, 2018, etc.) ont d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat des solutions visant \u00e0 redresser la politique linguistique du Cameroun. C\u2019est d\u2019ailleurs le lieu de signaler que m\u00eame la cr\u00e9ation de cette Commission pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une trouvaille, dans la mesure o\u00f9 un organisme similaire en rapport avec la promotion du bilinguisme avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9clam\u00e9e il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es par Echu (1999, p.\u00a0220) qui concluait en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Finalement[\u2026], nous proposons la mise en place d\u2019une commission nationale pour le bilinguisme qui sera charg\u00e9e de l\u2019application du bilinguisme officiel dans tous les domaines\u00a0\u00bb. Si les instructions officielles demeurent dans leur logique, il y a de fortes chances que ladite commission devienne superflue. Il serait ainsi appr\u00e9ciable que cette commission apprenne des \u00e9checs ant\u00e9rieurs et qu\u2019elle soit un moyen pour le Cameroun de mieux asseoir sa politique linguistique et multiculturelle.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anchimbe, Eric. 2004. Anglophonism and Francophonism: The stakes of (Official) language identity in Cameroon. <em>Aliz\u00e9s. Revue Angliciste de la R\u00e9union<\/em>, <em>25-26<\/em>, 7-26.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitja\u2019a Kody, Denis, Zach\u00e9e. 2000. Attitudes et repr\u00e9sentations linguistiques \u00e0 Yaound\u00e9. <em>African Journal of Applied Linguistics<\/em>, 2, 100-124.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitja\u2019a Kody, Denis Zach\u00e9e. 2001. \u00c9mergence et survie des langues nationales au Cameroun. <em>Trans<\/em>, 11. Disponible sur\u00a0: Internet-zeitschriftf\u00fcrKulturwissenshaften, http:\/\/www.inst.at\/trans\/11Nr\/kody11.htm<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitja\u2019a Kody, Denis, Zach\u00e9e. 2004. <em>La Dynamique des langues camerounaises en contact avec le fran\u00e7ais\u00a0: Approche macrosociolinguitistique<\/em>. Th\u00e8se de doctorat 3eme cycle, Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chinji Kouleu. 2001. <em>N\u00e9gritude, philosophie et mondialisation<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: \u00c9ditions CLE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chumbow, Sammy Beban. 1996. The Role of National Languages within a Comprehensive Language Policy for Cameroon. Academic Discourse presented at the University of Buea.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">D\u00e9cret n\u00b0 2017\/013 du 23 janvier 2017 portant la cr\u00e9ation de la Commission Nationale du Bilinguisme et du Multiculturalisme au Cameroun.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ebot Atem, Wilson. 1999. Attitudes of Anglophones studying English in Cameroun. G. Echu and Allan W. Grundstrom (dir.)<em>, Official Bilingualism and linguistic communication in Cameroon<\/em>, vol. 27, (p.\u00a027-36). New York\u00a0: Peter Lang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Echu, George. 2005. The immersion experience in Anglophone primary schools in Cameroon<em>. <\/em>Cohen, James, McAllister, Kara, Rolstad, Kelly et MacSwan, Jeff (dir.), <em>Proceedings on the 4th International symposium on Bilingualism<\/em> (p.\u00a0643-355)<em>. <\/em>Somerville: MA Cascarilla Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Folon Nsokika, Bernard. 1964. Pour un bilinguisme de bonne heure. <em>ABBIA<\/em>, 7, 7-49.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guimatsia Sa\u2019ah, Fran\u00e7ois. 2010.\u00a0Le Bilinguisme officiel camerounais\u00a0: un dangereux alibi ou une chance inou\u00efe? <em>Cinquante ans de bilinguisme au Cameroun. Quelles perspectives en Afrique?<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kpwang Kpwang, Robert. 2011. La Jeunesse d\u2019Afrique noire d\u2019aujourd\u2019hui et l\u2019imp\u00e9ratif de red\u00e9couverte et de la renaissance culturelles. <em>Revue internationale des arts, lettres et sciences sociales (RIALSS)<\/em>, 1(4), 339-370.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loi n\u00b0 98\/94 du 14 avril 1998 d\u2019orientation de l\u2019\u00e9ducation au Cameroun.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mackey, William F. 1997. Le Bilinguisme. Dans Moreau, Marie Louise (dir.),<em> Sociolinguistique\u00a0: concepts de base<\/em> (p.\u00a034-91)<em>.<\/em> Li\u00e8ge\u00a0: Mardaga.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Makouta Mboukou, Jean Pierre. 1973. <em>Le Fran\u00e7ais en Afrique noire.<\/em> Paris\u00a0: Bordas.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbangwana, Nkad, Paul. 2004. Cameroon Nationhood and official bilingualism juxtaposition?. <em>Revue Inte<\/em><em>rnationale des Arts, Lettres Sociales<\/em>, 1(1), 15-38.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mboudjeke, Jean Guy. 2004. Bilinguisme, politiques et attitudes linguistiques au Cameroun et au Canada. <em>Sudlangues. Revue \u00e9lectronique internationale de sciences du langage<\/em>, 8. Disponible sur <a href=\"http:\/\/www.sudlangues.sn\/spip.php?article111\">http:\/\/www.sudlangues.sn\/spip.php?article111<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mulago, Gwa, Cikala. 1980. <em>La religion traditionnelle des bantu et leur vision du monde<\/em> (2e \u00e9dition). Kinshasa\u00a0: FTC.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngu, Emma. 1998. ENS not for Anglophone Science Students. <em>The Herarld<\/em>, 679, Wednesday, October 28-29, 4-5.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Njoh Mouelle, Ebenezer. 1986. <em>Jalons III<\/em>. Yaound\u00e9\u00a0: CLE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nkoa Atenga, Camille. 2003. <em>Le Sorcier signe et persiste<\/em><em>. <\/em>Johannesburg\u00a0: Sherpa.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nzess\u00e9, Ladislas. 2005. Politique linguistique et \u00e9ducative au Cameroun et ins\u00e9curit\u00e9 de la langue fran\u00e7aise. <em>Francophonia<\/em>, 14, 173-187.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Panoff, Michel et Perrin, Michel. 1973. <em>Dictionnaire de l\u2019ethnologie.<\/em> Paris\u00a0: Payot.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piebop, Gis\u00e8le. 2015. R\u00e9ticences des Camerounais de culture anglophone \u00e0 l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais. Dans Abossolo, Pierre Martial (dir.), <em>L\u2019Enseignement du fran\u00e7ais en zone anglophone au Cameroun<\/em> (p.\u00a0143-164). Kansas City\u00a0: Miraclaire Academic publication, in association with Ken scholars publishings.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piebop, Gis\u00e8le. 2016. The place of variation in teaching of french as second language in the university of Bu\u00e9a in Cameroon. <em>Slavonic Pedagogical Studies Journal<\/em>, 5 (2), 297-310.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piebop, Gis\u00e8le. 2018. Langues camerounaises et ins\u00e9curit\u00e9 linguistique. Dans Ebongue, Augustin Emmanuel (dir.), <em>Ins\u00e9curit\u00e9 linguistique dans les communaut\u00e9s anglophones et francophones du Cameroun<\/em> (p.\u00a0244-267)<em>.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice. 1985.\u00a0Pour une politique d\u2019int\u00e9gration camerounaise. Le trilinguisme extensif<strong>. <\/strong><em>Actes du colloque sur l\u2019identit\u00e9 culturelle camerounaise<\/em> (p.\u00a0187-201)<em>.<\/em> Yaound\u00e9\u00a0: MINFOC.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tadadjeu, Maurice(s\/dir.). 1990. <em>Le D\u00e9fi de Babel au Cameroun, <\/em>Collection PROPELCA. Universit\u00e9 de Yaound\u00e9. No 53.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Takam, Alain Flaubert. 2007. Bilinguisme officiel et promotion de la langue minoritaire en milieu scolaire\u00a0: cas du Cameroun. <em>Sudlangues. Revue \u00e9lectronique internationale de sciences du langage<\/em>, 7, 26-48.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tamanji Ngwa, Pius. 2008. A Sucess story in official bilingualism: Lessons for a mother tongue based multilingual education programme in Cameroon. <em>Revue Internationale des Arts, Lettres Sociales (RIALSS)<\/em>, 2, 151-171.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tchoungui, Gis\u00e8le. 1983. Focus on official bilingualism in Cameroun, its relationship to education. Dans Koenig <em>et al.<\/em> (eds), <em>A Sociolinguistic profile of urban centers in Cameroon<\/em> (p. 93-115). Los Angeles\u00a0: Crossroads Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wolf, Hans-Georg. 1997. Transcendence of ethnic boundaries: The case of the Anglophones in Cameroon. <em>Journal of Sociolinguistics<\/em>, 1(3), 419-426.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/piebop\">C\u00e9phanie Mirabelle Gis\u00e8le PIEBOP<\/a><\/strong><br \/>C\u00e9phanie Mirabelle Gis\u00e8le Piebop a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I. Ses domaines de comp\u00e9tence sont la sociolinguistique, la didactique des langues, la litt\u00e9rature n\u00e9gro-africaine, etc.<br \/>\nPour \u00e9crire \u00e0 l\u2019autrice : gpiebop@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-187-1\">\u201cThe language question in Cameroon\u201d, in <em>Trans<\/em>, http:\/\/www.linguistik-online.de\/18_04\/echu.html <a href=\"#return-footnote-187-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-187-2\">https\u00a0: \/\/ininet.org\/cameroon-gce-results-statistics-and-analysis-part-a-pass-rate.html <a href=\"#return-footnote-187-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-187-3\">https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events\/appropriation-de-la-nouvelle-loi-sur-les-langues-officielles-au-cameroun.html <a href=\"#return-footnote-187-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-187-4\">https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events\/appropriation-de-la-nouvelle-loi-sur-les-langues-officielles-au-cameroun.html <a href=\"#return-footnote-187-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-187-5\">https:\/\/www.cnpbm.cm\/fr\/news-and-events.html <a href=\"#return-footnote-187-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["piebop"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[184],"license":[],"class_list":["post-187","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-bilinguisme","motscles-crise-anglophone","motscles-marginalisation","motscles-minorite-linguistique","motscles-multiculturalisme","keywords-anglophone-crisis","keywords-bilingualism","keywords-linguistic-minority","keywords-marginalization","keywords-multiculturalism","contributor-piebop"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":678,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187\/revisions\/678"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/187\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=187"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=187"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}