{"id":200,"date":"2020-09-14T22:50:02","date_gmt":"2020-09-14T20:50:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/?post_type=chapter&#038;p=200"},"modified":"2023-04-12T13:35:56","modified_gmt":"2023-04-12T11:35:56","slug":"fanta2020","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/texte\/fanta2020\/","title":{"rendered":"La m\u00e9moire familiale, un ancrage \u00e0 l\u2019histoire : entre t\u00e9moignage et h\u00e9ritage dans \u00ab\u00a0Le Fou\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Les Cigognes sont immortelles\u00a0\u00bb d\u2019Alain Mabanckou et \u00ab\u00a0Empreinte de crabe\u00a0\u00bb de Patrice Nganang"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les questions en rapport \u00e0 la filiation sont devenues, depuis quelques ann\u00e9es, une constante dans la litt\u00e9rature contemporaine. Dominique Viart (1999) en d\u00e9montrait l\u2019importance dans son article \u00ab\u00a0Filiations litt\u00e9raires\u00a0\u00bb. Annie Ernaux (1983), Pierre Michon (1984), Pierre Bergounioux (1992) ou encore Patrice Modiano (2005) en ont fait l\u2019incontestable mati\u00e8re de leur cr\u00e9ation romanesque. La reconstitution du pass\u00e9 trouve pour ainsi dire sa pl\u00e9nitude lorsqu\u2019elle se rapporte aux histoires peu communes. Entre biofiction, autofiction et fiction historique, le roman francophone se nourrit aujourd\u2019hui de la \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb dans le but de peaufiner la grande. De ce fait, la qu\u00eate de l\u2019ascendance s\u2019impose comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment majeur. Mahi Binebine, Alain Mabanckou et Patrice Nganang fictionnalisent l\u2019exp\u00e9rience de leurs diff\u00e9rentes familles sous le poids des forces politiques d\u00e9raisonnables.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle ou familiale permet de mettre en relation les destins individuels et les crises de l\u2019Histoire. \u00c0 cet effet, les r\u00e9cits sur la m\u00e9moire permettent\u00a0\u00ab\u00a0de briser le joug du mutisme par leur expression, se fixant le devoir d\u2019\u00e9crire la m\u00e9moire-v\u00e9rit\u00e9 qui tend \u00e0 honorer les soci\u00e9t\u00e9s viol\u00e9es et \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans les caveaux machiav\u00e9liques de l\u2019Histoire broyeuse des peuples\u00a0\u00bb (Fellah, 2013, en ligne). Nous montrerons ainsi comment l\u2019\u00e9crivain dans sa posture de t\u00e9moin ou d\u2019h\u00e9ritier devient, gr\u00e2ce au d\u00e9tour de l\u2019histoire familiale, passeur d\u2019un h\u00e9ritage historique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les figures de la filiation\u00a0: mat\u00e9riaux et construction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Envisager une \u00e9tude sur la m\u00e9moire familiale impose de s\u2019attarder sur les figures de celle-ci. Les trois romans illustratifs de cette \u00e9tude ont en partage l\u2019usage des ascendant\u00b7e\u00b7s dans la fiction. Ces r\u00e9cits testimoniaux mettent en sc\u00e8ne des personnages issus de l\u2019univers familial des auteurs, \u00e0 l\u2019exception du roman de Nganang o\u00f9 on retrouve plut\u00f4t une famille fictive. La reconstruction de la figure paternelle est bas\u00e9e sur les souvenirs des narrateurs ou sur des traces \u00e9crites laiss\u00e9es par les ascendant\u00b7e\u00b7s et destin\u00e9es \u00e0 transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations futures les connaissances sur le pass\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective, Laurent Demanze a observ\u00e9 dans le r\u00e9cit de filiation la r\u00e9surgence des figures du pass\u00e9 qui hante les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. Les descendant\u00b7e\u00b7s sont toujours comme marqu\u00e9\u00b7e\u00b7s d\u2019un sceau par l\u2019histoire de ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, au point d\u2019en devenir parfois obs\u00e9d\u00e9s. Th\u00e9oris\u00e9 par Dominique Viart d\u00e8s 1999, le r\u00e9cit de filiation est d\u00e9fini comme une forme litt\u00e9raire qui<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">a pour originalit\u00e9 de substituer au r\u00e9cit plus ou moins chronologique de soi qu\u2019autofiction et autobiographie ont en partage, une enqu\u00eate sur l\u2019ascendance du sujet. Tout se passe en effet comme si [\u2026] les \u00e9crivains rempla\u00e7aient l\u2019investigation de leur int\u00e9riorit\u00e9 par celle de leur ant\u00e9riorit\u00e9 familiale. L\u2019un des enjeux ultimes est une meilleure connaissance du narrateur de lui-m\u00eame \u00e0 travers ceux dont il h\u00e9rite (Viart, 2009, p.\u00a096).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Le Fou du roi <\/em>raconte le parcours d\u2019un bouffon qui aura \u00e9t\u00e9 au service de Sa Majest\u00e9 le roi Hassan II pendant 35 ans. Appel\u00e9 encore le fiqh Mohammed, ce bouffon n\u2019est nul autre que le p\u00e8re de l\u2019auteur m\u00eame. Il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019exhumation du pass\u00e9 de la famille Binebine marqu\u00e9e par l\u2019emprisonnement d\u2019Abel (Aziz Binebine), le fils a\u00een\u00e9 du bouffon pour avoir particip\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat de Shirat contre le roi Hassan II le 10 juillet 1970. En donnant la voix \u00e0 son p\u00e8re, Binebine r\u00e9investit l\u2019histoire trouble de sa famille. Le roman est construit autour de la figure du p\u00e8re \u00e0 qui l\u2019auteur rend un vibrant hommage, car, affirme-t-il, \u00ab\u00a0je suis tomb\u00e9 amoureux de mon p\u00e8re\u00a0\u00bb (Daoudi, 2017, en ligne). Par ce moyen, l\u2019auteur cherche \u00e0 comprendre les d\u00e9cisions, les contraintes et les supplices du bouffon qui a eu \u00e0 bannir son fils, dans le but de sauver sa famille et sa tribu et non pour maintenir ses privil\u00e8ges aupr\u00e8s du roi comme certaines personnes l\u2019avaient pens\u00e9, y compris ses proches\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019avais conscience que ma position en haut de la pyramide me mettait d\u2019embl\u00e9e dans le secret des dieux, mais comment se fait-il qu\u2019aucun de vous n\u2019ait pens\u00e9 un instant que dans ma position, celle d\u2019un p\u00e8re dont le fils a attent\u00e9 \u00e0 la vie du roi, je n\u2019avais aucune marge de man\u0153uvre? (Binebine, 2017, p.\u00a0109).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le fiqh contourne l\u2019histoire douloureuse de son fils et raconte diverses anecdotes en rapport avec sa vie de courtisan. Il montre comment la disgr\u00e2ce r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant m\u00eame les plus intimes au roi. Le fiqh est comme emmur\u00e9 dans un sentiment de souffrance permanente pour avoir reni\u00e9 son fils; reniement qui a occasionn\u00e9 la rupture des liens familiaux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bien que fictionnelle, la figure paternelle dans <em>Empreinte de crabe<\/em> permet de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019histoire familiale entach\u00e9e par la d\u00e9raison politique. L\u2019histoire est celle de Nithap, un sexag\u00e9naire qui se rend aux \u00c9tats-Unis pour des raisons de sant\u00e9, mais sa visite prend une autre tournure apr\u00e8s son accident. La reconstitution de l\u2019histoire r\u00e9v\u00e8le que Nithap est en r\u00e9alit\u00e9 un ancien maquisard. Il a enfoui les secrets de la guerre civile \u00e0 laquelle il a pris part au Cameroun, au plus profond de son esprit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait le monde du silence, ce silence qui fabriquait toute sorte de subterfuges, jusqu\u2019aux proverbes pour justifier son Lock nshou\u00a0\u00bb (Nganang, 2018, p.\u00a033).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le rapprochement de Nithap avec son fils permet la r\u00e9ouverture d\u2019une histoire ensevelie sous les d\u00e9combres de la guerre. L\u2019intrigue est ainsi construite autour de la figure du p\u00e8re \u00e0 qui le narrateur consacre la quasi-totalit\u00e9 du roman. Jeune infirmier pendant la guerre civile, Nithap est enlev\u00e9 par les hommes du commandant Singap Martin. D\u00e8s lors, sa vie ne sera plus la m\u00eame parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de complicit\u00e9 avec les rebelles. Pour sauver sa vie apr\u00e8s l\u2019assassinat du Docteur Broussoux, chef de la station de Bangwa, Nithap rejoint d\u00e9finitivement le maquis. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019il fait la rencontre d\u2019Ernest Ouandi\u00e9, une figure importante de l\u2019Histoire du Cameroun. La m\u00eame configuration historique est rep\u00e9rable dans le roman d\u2019Alain Mabanckou o\u00f9 papa Roger repr\u00e9sente la figure du p\u00e8re. Bien que p\u00e8re adoptif du petit Michel, Papa Roger entretient un lien ind\u00e9fectible avec celui-ci.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Michel pr\u00e9sente Papa Roger comme son initiateur \u00e0 la politique au bas du grand manguier de la parcelle de Maman Pauline. Ce qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0l\u2019arbre \u00e0 palabre\u00a0\u00bb est aussi une autre forme d\u2019\u00e9cole\u00a0: \u00ab\u00a0Cet arbre est un peu mon autre \u00e9cole, et mon p\u00e8re s\u2019amuse parfois \u00e0 l\u2019appeler \u2018\u2018l\u2019arbre \u00e0 palabres\u2019\u2019\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2018, p.\u00a043). La fracture familiale que Michel raconte a pour cause le brutal assassinat du capitaine Kimbouala-Nkyaya le fr\u00e8re de Maman Pauline apr\u00e8s celui de Marien Ngouabi.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La mus\u00e9ification de l\u2019h\u00e9ritage familial<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Lapointe et Demanze d\u00e9finissent l\u2019h\u00e9ritier comme \u00ab\u00a0le survivant qui a subi et se r\u00e9approprie le legs des ascendants\u00a0\u00bb (2009, p.\u00a06). Cette id\u00e9e rejoint celle de Paul Ricoeur (2000, p.\u00a0108) qui assimile le concept d\u2019h\u00e9ritage \u00e0 celui de dette, car nous sommes redevables \u00e0 ceux et celles qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00b7e\u00b7s. Il adjoint par cons\u00e9quent la dette \u00e0 l\u2019id\u00e9e de charge et de fardeau.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, ces \u00e9crivains qui mettent en sc\u00e8ne leurs histoires familiales sont pour ainsi dire des h\u00e9ritiers, puisque l\u2019histoire familiale constitue la mati\u00e8re de leur cr\u00e9ation romanesque. L\u2019intrigue dans les romans est orient\u00e9e soit sur la qu\u00eate d\u2019un h\u00e9ritage familial, soit sur la r\u00e9appropriation de cet h\u00e9ritage. Le choix de mettre en sc\u00e8ne les personnages plus au moins fictifs en rapport avec la filiation n\u2019est pas anodin. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces traces du pass\u00e9 que les diff\u00e9rents auteurs r\u00e9affirment leur identit\u00e9. Le roman devient alors comme une sorte de mus\u00e9e conservatoire de l\u2019histoire familiale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Binebine s\u2019est servi des vid\u00e9os cassettes enregistr\u00e9es par son demi-fr\u00e8re chaque fois que le fiqh rentrait du palais. Dans ces vid\u00e9os, le bouffon raconte ses journ\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019Hassan II. L\u2019auteur met en sc\u00e8ne la d\u00e9chirure de sa famille suite au coup d\u2019\u00c9tat de Shirat. Il montre comment les siens ont v\u00e9cu l\u2019absence d\u2019Abel pendant 18 ans, comment Mina, sa m\u00e8re, s\u2019enfon\u00e7ait chaque jour en attendant le retour de son fils. Sorti du bagne de Tazmamart, Abel est un homme bris\u00e9 qui trouve difficilement ses rep\u00e8res, mais qui parvient \u00e0 pardonner, car, dit-il, \u00ab\u00a0le pardon est un rem\u00e8de [\u2026]. Sur les trente d\u00e9tenus du b\u00e2timent B, nous sommes quatre \u00e0 avoir surv\u00e9cu [\u2026] parce que nous avons su recracher le poison de haine\u00a0\u00bb (Binebine, 2017, p.\u00a0163). <em>Le Fou du roi<\/em>, que l\u2019auteur qualifie lui-m\u00eame de livre du pardon, est une passerelle qui lui permet de reconstruire le lien entre lui et son g\u00e9niteur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tanou dans <em>Empreinte de crabe<\/em> est un Camerounais install\u00e9 aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il enseigne dans une prestigieuse universit\u00e9. \u00c0 l\u2019aide du t\u00e9moignage de Nithap son p\u00e8re, ancien maquisard, ainsi que des cahiers laiss\u00e9s par le pasteur Tbongo, son grand-p\u00e8re maternel, il parvient \u00e0 recomposer l\u2019histoire de sa famille\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Miracle qu\u2019ils n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits! Que ces documents cornus, crasseux, puant le pesticide, aient surv\u00e9cu \u00e0 son d\u00e9m\u00e9nagement am\u00e9ricain \u00e9tait un v\u00e9ritable miracle! Ces cahiers ont fait de lui le narrateur de ce r\u00e9cit aujourd\u2019hui, car ce sont ces cahiers du pasteur qu\u2019il emplit ici d\u2019histoires, petites et grandes, improbables et r\u00e9elles, nou et tcho, tcho et toli, pour composer l\u2019histoire de sa famille (Nganang, 2018, p.\u00a0145).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le contenu des cahiers du pasteur Tbongo repr\u00e9sente un patrimoine certain pour Tanou qui s\u2019en sert pour reconstituer et transmettre l\u2019histoire de sa famille et de son pays\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">il fallait dire \u00e0 ce monde distrait qu\u2019un tr\u00e9sor \u00e9tait cach\u00e9 dans le fond de ces sous-quartiers dans les miasmes de son existence blafarde. La meilleure mani\u00e8re de le faire \u00e9tait de liguer les jeunes, de les mettre au pas s\u2019il le fallait, de leur montrer le chemin de cette archive qui se cachait en dessous des kaba ngondo d\u2019une maman au fond des cantines d\u2019un vieux, et dans les signes en forme d\u2019arabesque. Il fallait illuminer ces griffonnements que des \u00e9tourdis ignoraient (Nganang, 2018, p.\u00a062).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit se caract\u00e9rise par des allers et retours incessants entre le g\u00e9n\u00e9ral et le particulier, entre histoire collective et histoire familiale, entre blessures collectives et \u00e9preuves individuelles, racontant par l\u00e0 l\u2019histoire des familles an\u00e9anties par les turpitudes de l\u2019histoire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Chez Mabanckou, c\u2019est le personnage Michel qui raconte l\u2019histoire de sa famille face aux troubles sociopolitiques ayant suivi l\u2019assassinat de Marien Ngouabi. Sudiste et proche du Capitaine Kimbouala-Nkyaya (ex-opposant au r\u00e9gime Ngouabi), la famille de Michel est oblig\u00e9e de nier toute parent\u00e9 avec le capitaine, pour pouvoir se pr\u00e9server des repr\u00e9sailles. La crise politique occasionn\u00e9e par le coup d\u2019\u00c9tat engendre une traque orient\u00e9e vers les membres sudistes du gouvernement ainsi que celle de leurs proches. Les oncles de Michel, Jean-Pierre Kinana et Martin Moub\u00e9ri, respectivement conseiller aupr\u00e8s du ministre de l\u2019\u00e9conomie rurale et chef du personnel de la caisse de pr\u00e9voyance sociale, quittent Brazzaville pour Pointe-Noire dans le but de fuir les conflits tribaux en cours. Malheureusement, la situation se complique lorsque Maman Pauline poignarde une commer\u00e7ante nordiste pour une histoire d\u2019argent.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On peut donc dire que les auteurs mettent en service un savoir qui leur permet d\u2019ajuster l\u2019histoire muette de leur famille \u00e0 l\u2019histoire collective, mais aussi de redonner vie \u00e0 leurs ascendant\u00b7e\u00b7s. Ils r\u00e9affirment par cette occasion leur propre identit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. En fictionnalisant leur propre exp\u00e9rience et celle de leurs familles, ils proposent des versions m\u00e9connues et ignor\u00e9es de l\u2019Histoire.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Entre dette et r\u00e9cit<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La notion de dette implique ici ce que nous avons en rapport avec le pass\u00e9. Sans l\u2019ombre d\u2019un doute, la combinaison autofiction et m\u00e9moire sur l\u2019ascendance et l\u2019Histoire engage les \u00e9crivains dans la restitution de la dette. Le roman devient le lieu de croisade interg\u00e9n\u00e9rationnelle o\u00f9 les \u00e9crivains donnent comme une offrande \u00e0 l\u2019ascendance en m\u00eame temps qu\u2019ils prennent la posture d\u2019interm\u00e9diaire pour passer la m\u00e9moire. Les d\u00e9dicaces des romans sont assez repr\u00e9sentatives quant \u00e0 cette id\u00e9e de restitution de la dette ou de la transmission d\u2019un h\u00e9ritage. Parlant du paratexte, Genette retient ceci\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le paratexte est [\u2026] pour nous ce par quoi un texte se fait livre et se propose comme tel \u00e0 ses lecteurs, et plus g\u00e9n\u00e9ralement au public. Plus que d\u2019une limite ou d\u2019une fronti\u00e8re, il s\u2019agit ici d\u2019un seuil ou [\u2026] d\u2019un \u00ab vestibule \u00bb qui offre \u00e0 tout un chacun la possibilit\u00e9 d\u2019entrer ou de rebrousser chemin (Genette, 1987, p.\u00a07).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 s\u2019en tenir \u00e0 la notion de seuil ou de vestibule, la d\u00e9dicace est, dans les diff\u00e9rents romans, le moyen par lequel l\u2019\u00e9crivain rend explicite son intention vis-\u00e0-vis du lectorat. Pr\u00e9cis\u00e9ment, les d\u00e9dicaces de Binebine\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 papa\u00a0\u00bb, de Mabanckou\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e0 la m\u00e9moire de ma m\u00e8re Pauline Kengu\u00e9, de mon p\u00e8re Roger Kimangou\u00a0\u00bb et de Nganang\u00a0\u00ab\u00a0ce roman est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Nomsa, ma Bwonda\u2019\u00a0\u00bb mettent le\u00b7la lecteur\u00b7trice sur les pistes de la restitution de la dette.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Binebine, le besoin de restituer une dette est exprim\u00e9 en ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je n\u2019ai jamais voulu \u00e9crire sur le sujet au vu de son extr\u00eame sensibilit\u00e9, mais c\u2019est le moment d\u2019\u00e9crire sur le pardon, sur la r\u00e9conciliation. Il est temps pour moi de donner la parole \u00e0 mon p\u00e8re que j\u2019ai longtemps condamn\u00e9\u00a0\u00bb (La tribune de Marrakech, 2017, p.\u00a02). Ou encore lorsqu\u2019il ajoute \u00ab\u00a0Oui, je me suis r\u00e9concili\u00e9 avec mon p\u00e8re. Et par extension, avec notre histoire. Je me sens en paix avec moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Chez les trois auteurs, la conscience de la transmission est enclench\u00e9e dans le but de passer le t\u00e9moin aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Si l\u2019exploration et la r\u00e9actualisation de la m\u00e9moire familiale contribuent \u00e0 restituer la dette \u00e0 l\u2019ascendance, elles participent aussi \u00e0 rendre compte par ce d\u00e9tour de l\u2019Histoire gel\u00e9e dans le mutisme.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">De l\u2019\u00e9criture testimoniale \u00e0 l\u2019\u00e9criture du testament historique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A priori<\/em>, on peut distinguer deux pratiques scripturales\u00a0: il existe une r\u00e9elle diff\u00e9rence entre une \u00e9criture qui prend en charge les faits historiques et une autre qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des faits personnels. En effet, la premi\u00e8re interroge les sources et tente d\u2019\u00e9tablir les faits; elle relate les \u00e9v\u00e9nements historiques en interaction avec le devenir des acteurs; la seconde rel\u00e8ve au contraire d\u2019un projet plus intime, bien distant de la \u00ab\u00a0grande histoire\u00a0\u00bb. Toutefois, il arrive que les deux projets d\u2019\u00e9criture se croisent parce que l\u00b4histoire individuelle est en r\u00e9alit\u00e9 indissociable de l\u2019Histoire. La rencontre entre la grande et la petite histoire constitue l\u2019\u00e9l\u00e9ment commun chez les trois romanciers. Ainsi, cette d\u00e9marche simultan\u00e9e de plus en plus pr\u00e9sente dans le roman francophone est symptomatique d\u2019une qu\u00eate de rep\u00e8res par le moyen de la r\u00e9\u00e9criture de l\u2019Histoire. Par cons\u00e9quent, le roman francophone contemporain s\u2019impose comme un testament.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 cet effet, la r\u00e9\u00e9criture des \u00e9v\u00e8nements historiques sur la base de l\u2019histoire familiale engage les auteurs comme testateurs et les lecteur\u00b7trice\u00b7s comme l\u00e9gataires. Les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s pactisent pour la transmission de la m\u00e9moire, d\u2019un h\u00e9ritage marqu\u00e9 par la d\u00e9raison politique. Le d\u00e9tour par la filiation permet non seulement de transmettre les faits, mais davantage le v\u00e9cu des acteur\u00b7trice\u00b7s. La pratique testimoniale \u00e9tant devenue un imp\u00e9ratif pour les soci\u00e9t\u00e9s en mutation, le roman francophone se nourrit en cons\u00e9quence de l\u2019exp\u00e9rience. C\u2019est dans ce sens qu\u2019Annette Wieviorka estime que le t\u00e9moignage litt\u00e9raire renferme \u00ab\u00a0la rencontre avec une voix humaine qui a travers\u00e9 l\u2019histoire, et de fa\u00e7on oblique, la v\u00e9rit\u00e9 non des faits, mais celle plus subtile mais aussi indispensable d\u2019une \u00e9poque et d\u2019une exp\u00e9rience\u00a0\u00bb (Wieviorka, 1998, p.\u00a0168).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa fabrique de signes et de sens, l\u2019\u00e9crivain\u00b7e cr\u00e9e des possibilit\u00e9s litt\u00e9raires qui garantissent la transmission de la m\u00e9moire. Les techniques narratives et les choix stylistiques ont pour but d\u2019impacter la psychologie du lecteur ou de la lectrice et de graver dans sa m\u00e9moire les diff\u00e9rents moments historiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les g\u00e9n\u00e9rations sont en perte de rep\u00e8res, s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la question de l\u2019h\u00e9ritage dans la production francophone du roman historique se veut un imp\u00e9ratif de survie. Les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s de cette nouvelle \u00e8re semblent en effet brandir l\u2019\u00e9tendard d\u2019une qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 historique devenue obsessionnelle pour certain\u00b7e\u00b7s. Par ailleurs, le fait de revenir \u00e0 l\u2019essentiel comme le mart\u00e8le Mabanckou apr\u00e8s la publication des\u00a0<em>Cigognes sont immortelles<\/em> semble \u00eatre une pr\u00e9occupation commune de ces \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s encore prisonnier\u00b7e\u00b7s du pass\u00e9 sanglant du continent. Un soup\u00e7on de manipulation de l\u2019Histoire pesant sur la m\u00e9moire collective, le\u00b7la romancier\u00b7e francophone devient arch\u00e9ologue exhumant les pages troubles de l\u2019Histoire. Cette entreprise se refl\u00e8te cons\u00e9quemment dans les usages narratifs et stylistiques parce que \u00ab\u00a0la dimension litt\u00e9raire du t\u00e9moignage est due [\u2026] \u00e0 l\u2019emploi de diff\u00e9rentes strat\u00e9gies narratives et stylistiques qui rapprochent le discours du t\u00e9moin au langage litt\u00e9raire et le d\u00e9place ainsi de son acceptation documentaire\u00a0\u00bb (Ghachem, 2018, p.\u00a068).<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019auteur-narrateur-testateur\u00a0: le passeur de m\u00e9moire<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous ne saurions parler dans le cas de ce texte d\u2019entreprise testimoniale ou d\u2019enjeu testamentaire sans relever la part autobiographique ou autofictionnel des diff\u00e9rents romans. Lejeune d\u00e9finit le pacte autobiographique comme\u00a0\u00ab\u00a0un pacte moral de sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0: il se traduit souvent par un pacte implicite de l\u2019auteur avec le lecteur \u00bb (Lejeune, cit\u00e9 par Ghachem, 2018, p.\u00a070). Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, Lejeune revient sur sa conception du pacte autobiographique et le pr\u00e9sente comme\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019affirmation dans le texte de cette identit\u00e9 renvoyant au nom de l\u2019auteur sur la couverture\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Ainsi, pour qu\u2019il y ait autobiographie, il faut que le nom propre de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e co\u00efncide avec le nom du personnage dans le texte. N\u00e9anmoins, d\u2019autres indices peuvent influencer le processus de lecture et pousser le\u00b7la lecteur\u00b7trice \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019\u0153uvre sous l\u2019angle autobiographique. Les mentions du genre, du titre ou l\u2019utilisation du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et du temps du pass\u00e9, la r\u00e9trospection, sont des exemples patents qui peuvent jouer un r\u00f4le important dans la cristallisation du pacte autobiographique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage du\u00b7de\u00b7la narrateur\u00b7trice dit homodi\u00e9g\u00e9tique (narrateur\u00b7trice personnage) dans l\u2019\u0153uvre de fiction est la strat\u00e9gie narrative ad\u00e9quate pour la transmission de la m\u00e9moire. Personnage et narrateur, Michel, dans <em>Les cigognes sont immortelles<\/em>, remplit fort bien la fonction du double de l\u2019auteur. Il r\u00e9unit tous les crit\u00e8res qui am\u00e8nent le\u00b7la lecteur\u00b7trice \u00e0 penser qu\u2019il coexiste aux c\u00f4t\u00e9s de Mabanckou lui-m\u00eame. L\u2019auteur met en sc\u00e8ne une p\u00e9riode de son enfance marqu\u00e9e par l\u2019assassinat du camarade pr\u00e9sident Marien Ngouabi. Il utilise comme personnage narrateur un enfant \u00e0 l\u2019apparence na\u00efve. Fran\u00e7oise Dolto permet de comprendre ce transfert de comp\u00e9tence narrative entre l\u2019auteur\u00b7trice-adulte et le\u00b7la narrateur\u00b7trice-enfant lorsqu\u2019elle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la litt\u00e9rature du souvenir, dans les ouvrages de m\u00e9moire, l\u2019enfant n\u2019est que projection de l\u2019adulte\u00a0\u00bb (Dolto, 1985, p.\u00a049). Cet usage du personnage enfant garantit l\u2019exposition des v\u00e9rit\u00e9s qui sont tr\u00e8s souvent des tabous.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Narrateur homodi\u00e9g\u00e9tique, Michel raconte d\u2019un point de vue interne. Ce qu\u2019il raconte, il le tient de son v\u00e9cu, des enseignements de Papa Roger ou des informations officielles. Le choix de ce personnage est bien ancr\u00e9 dans la po\u00e9tique de la transmission. Le narrateur ne prive alors le\u00b7la lecteur\u00b7trice d\u2019aucune information. Loin d\u2019une vis\u00e9e essentiellement \u00e9thique, le choix du\u00b7de\u00b7la narrateur\u00b7trice enfant pr\u00e9dispose \u00e0 une esth\u00e9tique particuli\u00e8re.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par cons\u00e9quent, l\u2019inqui\u00e9tude qui fonde toute d\u00e9marche cr\u00e9atrice est masqu\u00e9e dans un ton humoristique d\u00e9voilant les pr\u00e9occupations de l\u2019auteur. \u00c0 cet effet, Mabanckou d\u00e9clarait en pr\u00e9sentant son opus qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e0 travers <em>Les cigognes sont immortelles<\/em>, je reviens \u00e0 ce qui est essentiel \u00e0 moi. Je ressens de plus en plus le besoin de dire ce qu\u2019est mon continent et de montrer pourquoi le continent est aujourd\u2019hui \u00e0 la d\u00e9rive\u00a0\u00bb. Ce besoin de parler de l\u2019Afrique aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9crivain le ressent comme une urgence; d\u2019o\u00f9 sa propension \u00e0 transmettre une m\u00e9moire hant\u00e9e par la d\u00e9raison politique. Le choix du narrateur enfant ainsi que la perspective narrative interne sont, selon l\u2019auteur, le moyen idoine pour assurer le passage interg\u00e9n\u00e9rationnel de la m\u00e9moire.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019appropriation de l\u2019exp\u00e9rience paternelle\u00a0: l\u2019illusion autobiographique.<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Le Fou du roi<\/em> et <em>Empreinte de crabe<\/em>, l\u2019identit\u00e9 du narrateur demeure ambigu\u00eb. En r\u00e9alit\u00e9, il y a comme une bivocalit\u00e9, l\u2019une imbriqu\u00e9e dans l\u2019autre. Binebine met en sc\u00e8ne son p\u00e8re, bouffon du roi pendant 35 ans. Curieusement, il donne la parole au bouffon qui s\u2019exprime \u00e0 la premi\u00e8re personne. Or, chez Nganang, l\u2019histoire de\u00a0Nithap, ex-infirmier maquisard, est racont\u00e9e \u00e0 la troisi\u00e8me personne par un narrateur omniscient qui d\u00e9tient toutes les informations possibles. Gr\u00e2ce \u00e0 certains \u00e9l\u00e9ments textuels, on se rend compte qu\u2019il est possible d\u2019\u00e9tablir des rapports entre ces diff\u00e9rents narrateurs et la personne de l\u2019\u00e9crivain m\u00eame. Binebine explique par ailleurs cette bivocalit\u00e9 en affirmant que\u00a0\u00ab\u00a0la schizophr\u00e9nie est le propre de l\u2019\u00e9crivain\u00a0\u00bb (Heminway et Libert, 2017, en ligne).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, pour lever l\u2019\u00e9quivoque sur l\u2019identit\u00e9 du \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb dans <em>Le Fou du roi<\/em>, il faut non seulement se pencher sur son contexte de publication, mais \u00e9galement sur des d\u00e9tails qui y sont subtilement introduits. Mahi Binebine r\u00e9v\u00e8le lors des entretiens que la fracture qu\u2019a subie sa famille, apr\u00e8s l\u2019incarc\u00e9ration de son fr\u00e8re Aziz Binebine, a creus\u00e9 un foss\u00e9 entre son p\u00e8re et lui. Il conclut que son ouvrage est un \u00ab\u00a0livre du pardon\u00a0\u00bb. Ceci permet donc de comprendre le jeu et l\u2019enjeu du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dans ce roman.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pareillement, chez Nganang, on per\u00e7oit cette superposition de voix narratives. Certes l\u2019histoire est celle de Nithap, mais le narrateur qui assume l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la narration poss\u00e8de \u00e0 la fois les qualit\u00e9s d\u2019un narrateur homodi\u00e9g\u00e9tique et h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique. Cette strat\u00e9gie narrative laisse \u00e0 premi\u00e8re vue penser \u00e0 un brouillage narratif. Mais derri\u00e8re ce flou, transpara\u00eet un choix de narrateur ad\u00e9quat pour construire et transmettre la m\u00e9moire. Le narrateur est comme d\u00e9multipli\u00e9 puisqu\u2019il a la capacit\u00e9 de rev\u00eatir en m\u00eame temps la peau d\u2019un personnage et d\u2019avoir un regard global sur les \u00e9v\u00e9nements et leur d\u00e9roul\u00e9, un regard omniscient. La subjectivit\u00e9 se trouve alors enfouie au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019objectivit\u00e9. Toutefois, si l\u2019on octroie la charge narrative du r\u00e9cit \u00e0 Tanou, on est amen\u00e9e \u00e0 penser \u00e0 un dialogue interg\u00e9n\u00e9rationnel. Car si Nithap le p\u00e8re a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 son fils les tourments de la guerre civile camerounaise, Tanou ressent cette envie \u00e0 son tour de la transmettre \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration future dont fait partie sa fille Marie. C\u2019est cette posture d\u2019h\u00e9ritier courroie entre hier et demain, entre la g\u00e9n\u00e9ration pass\u00e9e et la g\u00e9n\u00e9ration interm\u00e9diaire \u00e0 venir, qui pousse Tanou \u00e0 raconter de cette fa\u00e7on. Les cahiers remplis des histoires laiss\u00e9s par son grand-p\u00e8re maternel, le pasteur Tbongo, ainsi que l\u2019histoire de Nithap, font de lui l\u2019h\u00e9ritier par excellence de cette m\u00e9moire, mais aussi un passeur ad\u00e9quat. Pr\u00e9sent, mais effac\u00e9, il semble r\u00e9gir le r\u00e9cit sans s\u2019y m\u00ealer directement; bien que la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne mette en \u00e9vidence le caract\u00e8re ambigu de l\u2019identit\u00e9 narrative.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, Nganang a comme gliss\u00e9 consciemment dans son roman des \u00e9l\u00e9ments qui am\u00e8nent \u00e0 une illusion autobiographique. En effet, on assimile Tanou \u00e0 Nganang dans la mesure o\u00f9 ce personnage entretient des liens \u00e9troits avec la personne de l\u2019\u00e9crivain m\u00eame\u00a0: Camerounais d\u2019origine bamil\u00e9k\u00e9 vivant et enseignant aux \u00c9tats-Unis. \u00c0 la question de savoir si le personnage de Tanou est son <em>alter ego<\/em>, Patrice Ngnang r\u00e9pond\u00a0lors d\u2019un entretien\u00a0: \u00ab\u00a0Mon nom d\u2019\u00e9loge est quand m\u00eame Tanou, et j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 tout autour une th\u00e9orie de l\u2019histoire qui rend mon roman, ainsi que ceux qui le pr\u00e9c\u00e8dent significatifs, car Tanou veut dire le \u2018\u2018p\u00e8re de l\u2019histoire\u2019\u2019\u00a0\u00bb\u00a0(Mladenovic, 2018, en ligne).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce n\u2019est donc pas un hasard si chacun des \u00e9crivains utilise des narrateurs qui empruntent et \u00e9pousent leurs propres traits. Car dans leur intention de transmettre la m\u00e9moire il faut absolument donner de la cr\u00e9dibilit\u00e9 au r\u00e9cit pour pouvoir s\u00e9duire continuellement son\u00b7sa lecteur\u00b7trice. En effet, comme le soulignent Dornier et Dulong, \u00ab\u00a0le narrateur par ses propres d\u00e9clarations ou un certain dispositif \u00e9ditorial s\u2019engage sur l\u2019authenticit\u00e9 ou \u00e0 tout le moins sur la sinc\u00e9rit\u00e9 de son r\u00e9cit, ce qui impose un registre de lecture d\u00e9fini\u00a0\u00bb (Dornier et Dulong, 2005, p.\u00a0102). Gr\u00e2ce \u00e0 leur dispositif temporel et narratif, les auteurs incitent \u00e0 une lecture \u00ab\u00a0indicielle\u00a0\u00bb. Ils pr\u00e9disposent le\u00b7la lecteur\u00b7trice \u00e0 recevoir ce qu\u2019ils ont eux-m\u00eames re\u00e7u comme h\u00e9ritage. Pour cela, ils l\u2019impliquent dans la construction du sens. Du paratexte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du texte, les auteurs cherchent \u00e0 maintenir l\u2019attention de celui-ci ou celle-ci. Ils ne se limitent pas au pacte de lecture, mais ils l\u2019instrumentalisent dans leur intention cr\u00e9ative. Lorsque celui-ci ou celle-ci r\u00e9sout le puzzle relatif \u00e0 la question \u00ab\u00a0qui parle?\u00a0\u00bb il\u00b7elle parvient \u00e0 comprendre l\u2019artifice testamentaire \u00e0 lui destin\u00e9. De m\u00eame, le t\u00e9moin introduit dans son discours une v\u00e9rit\u00e9 historique qui demande \u00e0 \u00eatre transmise. Pour que cela advienne, le\u00b7la lecteur\u00b7trice doit croire ce qu\u2019il\u00b7elle lit comme v\u00e9rit\u00e9 historique. Une telle croyance ne se limite donc pas au moment de la lecture, mais elle est appel\u00e9e \u00e0 d\u00e9passer ce contexte pour devenir v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est ce qu\u2019explique Marta Cichocka dans son effort d\u2019interpr\u00e9tation du fait historique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du roman \u00ab\u00a0Chaque lecture est un acte de d\u00e9chiffrement et de cr\u00e9ation\u00a0\u00bb (Cichocka, 2007, p.\u00a0386).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la pratique testamentaire s\u2019inscrit dans ce maillage \u00e9troit de l\u2019histoire familiale et de la \u00ab\u00a0grande Histoire\u00a0\u00bb. Cette fa\u00e7on consciente d\u2019\u00e9crire le souvenir en le reliant \u00e0 sa propre exp\u00e9rience ou \u00e0 celle de son ascendance s\u2019impose, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, comme le moyen ad\u00e9quat de reconstituer le pass\u00e9. Entre t\u00e9moignage et appropriation de l\u2019exp\u00e9rience familiale, le roman historique francophone actuel enracine les fondements d\u2019une \u00e9criture ritualis\u00e9e autour de laquelle \u00e9crivain\u00b7e et lecteur\u00b7trice, chacun\u00b7e dans son r\u00f4le, parach\u00e8verait l\u2019acte testamentaire. Autant dire avec Catherine Coquio que \u00ab\u00a0l\u2019art transforme le langage en geste et cr\u00e9e ses propres rites, s\u2019engage \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 produire la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb (Coquio, 2015, p.\u00a0184).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Travailler sur la litt\u00e9rature contemporaine, c\u2019est un effort arch\u00e9ologique ou g\u00e9n\u00e9alogique \u00bb, affirme Laurent Demanze (2019. p.\u00a0291). Les romancier\u00b7e\u00b7s francophones contemporain\u00b7e\u00b7s, notamment ceux dont nous avons abord\u00e9 les \u0153uvres dans ce texte se pr\u00eatent \u00e0 cette id\u00e9e en exhumant simultan\u00e9ment leur h\u00e9ritage familial et historique. T\u00e9moins et enqu\u00eateurs du pass\u00e9, ils se font inconditionnellement passeurs d\u2019h\u00e9ritage. Enqu\u00eater sur le pass\u00e9 devient le projet commun des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s francophones de cette derni\u00e8re d\u00e9cennie parce que la compr\u00e9hension du pass\u00e9 permet de mieux appr\u00e9hender le pr\u00e9sent (voire le futur) et de tirer les le\u00e7ons des exp\u00e9riences ant\u00e9rieures. Il faut pour ceux-ci ou celles-ci \u00ab\u00a0revenir \u00e0 l\u2019essentiel\u00a0\u00bb\u00a0en s\u2019impliquant dans la transmission de la m\u00e9moire. Car, comme le remarquait Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00ab\u00a0un peuple sans m\u00e9moire est un peuple sans avenir\u00a0\u00bb (C\u00e9saire, cit\u00e9 par Roch, 2018, en ligne). Ainsi, le roman francophone devient alors un espace de n\u00e9gociation o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain\u00b7e dans son travail d\u2019\u00e9criture va continuellement \u00e0 la conqu\u00eate de son\u00b7sa lecteur\u00b7trice dans le but de tisser l\u2019incontournable passerelle de la transmission de la m\u00e9moire et, par cons\u00e9quent, de l\u2019h\u00e9ritage.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bergounioux, Pierre. 1992. <em>L\u2019Orphelin<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binebine, Mahi. 2017. <em>Le Fou du roi<\/em>. Paris\u00a0: Stock.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cichocka, Marta. 2007. <em>Entre la nouvelle histoire et le nouveau roman historique (r\u00e9inventions, relectures, \u00e9critures<\/em>). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coquio, Catherine. 2015. <em>La Litt\u00e9rature en suspens<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Arachn\u00e9en.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daoudi, Hasna. 2017. Mahi Binebine\u00a0: Mon roman <em>Le fou du roi<\/em> est un livre de pardon et d\u2019une vraie r\u00e9conciliation avec mon p\u00e8re. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse\u00a0: <a href=\"http:\/\/atlasinfo.frmahibinebine\">http:\/\/atlasinfo.frmahibinebine<\/a>. Consult\u00e9 le 21 juillet 2020.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Demanze, Laurent. 2019. <em>Un nouvel \u00e2ge de l\u2019enqu\u00eateur\u00a0: portrait de l\u2019\u00e9crivain contemporain en enqu\u00eateur<\/em>. Paris\u00a0:<em>\u00a0<\/em>Jos\u00e9 Corti.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dolto, Fran\u00e7oise. 1985. <em>La Cause des enfants. En respectant, on respecte l\u2019\u00eatre humain<\/em>. Paris\u00a0: Robert Laffont.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dornier, Carole et Dulong, Renaud. 2005. <em>Esth\u00e9tique du t\u00e9moignage<\/em>. Paris\u00a0: Maison des Sciences de l\u2019Homme.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ernaux, Annie. 1983. <em>La Place<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fellah, Habiba Jemmali. 2013. La Litt\u00e9rature francophone postcoloniale\u00a0: entre d\u00e9saveu social et reconstruction identitaire. La probl\u00e9matique micro-identitaire dans les \u00e9critures et expressions francophones. <em>Les Cahiers du GRELCEF<\/em>, 4. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"http:\/\/www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers_intro.htm\">www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers_intro.htm<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Genette, G\u00e9rard. 1987. <em>Seuils<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ghachem, B\u00e9chir. 2018. <em>Genre,<\/em> <em>m\u00e9moire, t\u00e9moignage. De la violence carc\u00e9rale de genre dans les ann\u00e9es de plomb au Maroc \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture testimoniale de Fatna El Bouih<\/em>. M\u00e9moire de master en \u00e9tudes sur le genre, Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon II. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/dumas.ccsd.cnrs.fr\/-01839954\">http:\/\/dumas.ccsd.cnrs.fr\/-01839954<\/a>. Consult\u00e9 le 07 mai 2020.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Heminway, Annie et Libert, Alain. 2017. Entretien\u00a0: Mahi Binebien. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.lindaleith.com\">www.lindaleith.com<\/a>. Consult\u00e9 le 09 mai 2020.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">La tribune de Marrakech. 2017. \u00ab\u00a0Le fou du roi\u00a0\u00bb par Mahi Binebine. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"http:\/\/www.latribunedemarrakech.com\">www.latribunedemarrakech.com<\/a>. Consult\u00e9 le 04 avril 2020.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lapointe, Martine-Emmanuelle et Demanze. 2009. Pr\u00e9sentation. Figures de l\u2019h\u00e9ritier dans le roman contemporain. <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, <em>45<\/em> (3), 5-9. https:\/\/doi.org\/10.7202\/038825ar<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2018. <em>Les Cigognes sont immortelles<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Michon, Pierre. 1984. <em>Vies minuscules<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mladenovic, Velimir. 2018. Une histoire du Cameroun. Entretien avec Nganang. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.nouvelle-quainzaine-litt\u00e9raire.fr\">http:\/\/www.nouvelle-quainzaine-litt\u00e9raire.fr<\/a>. Consult\u00e9 le 30 juillet 2020.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Modiano, Patrick. 2005. <em>Un Pedigree<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nganang, Patrice. 2018. <em>Empreinte de crabe<\/em>. Paris\u00a0: JC Latt\u00e8s.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch Alexandra. 2018. Au-del\u00e0 de la francophonie\u00a0: enjeux m\u00e9moriels postcoloniaux dans <em>La Mati\u00e8re de l\u2019absence<\/em> de Patrick Chamoiseau. Le texte francophone et ses lectures critiques. <em>Les Cahiers du GRELCEF<\/em>, 10. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers-intro.htm\">www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers-intro.htm<\/a>. Consult\u00e9 le 07 mai 2020.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viart, Dominique. 1999. Filiations litt\u00e9raires. <em>\u00c9critures contemporaines<\/em>, <em>2<\/em>, 115-137<em>.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viart, Dominique. 2009. Le silence des p\u00e8res au principe du \u00ab\u00a0r\u00e9cit de filiation\u00a0\u00bb. <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, <em>45<\/em> (3), 95-102. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/038860ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/038860ar<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Annette. 1998. <em>L\u2019\u00c8re du t\u00e9moin<\/em>. Paris\u00a0: Plon.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce texte examine comment la m\u00e9moire familiale constitue un ancrage \u00e0 l\u2019histoire dans la production du roman historique francophone. Dans un contexte de crise g\u00e9n\u00e9rale, retrouver et marquer ses rep\u00e8res devient un imp\u00e9ratif pour les \u00e9crivains francophones de cette derni\u00e8re d\u00e9cennie. Les romans de Mahi Binebine (<em>Le Fou du roi<\/em>), Alain Mabanckou (<em>Les Cigognes sont immortelles<\/em>) et Patrice Nganang (<em>Empreinte de crabe<\/em>) posent avec acuit\u00e9 la probl\u00e9matique d\u2019un h\u00e9ritage \u00e0 la fois familial et historique. Ces trois auteurs actualisent leur histoire familiale heurt\u00e9e aux crises de l\u2019Histoire. Par ce proc\u00e9d\u00e9, ils proposent une fa\u00e7on singuli\u00e8re d\u2019envisager le pass\u00e9 et ils se font passeurs de m\u00e9moire.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/crise\/\">crise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/famille\/\">famille<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/heritage\/\">h\u00e9ritage<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/histoire\/\">histoire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/memoire\/\">m\u00e9moire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/temoignage\/\">t\u00e9moignage<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This article intends to high light in a contemporary francophone production lierary production. In a context of general crisis, finding and making one&rsquo;s bearing has become an imperative for french-speaaking writers of past decade. The novels of Mahi Binebine (<em>Le Fou du roi<\/em>) of Alain Mabanckou (<em>Les Cigognes sont immortelles<\/em>) and Patice Nganang (<em>Empreinte de crabe<\/em>) acutely raise the question of family and historical heritage simultaneously. These three authorsupdate their family stories tit by the crisis ofhistory. Throuh this process they offer a unique way of looking at the past and make themselves the passers by of memory.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/crisis\/\">crisis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/family\/\">family<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/heritage\/\">heritage<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/history\/\">history<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/memory\/\">memory<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/story\/\">story<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/testimony\/\">testimony<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (moundang)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u018aerewol mai &lsquo;yah ka mgai mor \u0431\u04d9 \u014b\u04d9 fan za zah&rsquo;nan mana tenah ko. Mor\u00a0 na ga ne cole gab camcam z\u04d9z\u04d9\u04d9 ko, kye\u0183 mor kpak kal defuu ma ge p\u04d9ta\u00e3 ye \u0183efoo za \u014bw\u04d9\u04d9 fan ma za fr\u00e3sc mo p\u04d9 syu jemma mai mo p\u04d9\u04d9 gin z\u04d9\u04d9 ko, ge \u0183layna doole. \u018aerewol mai mo \u014bw\u04d9\u04d9 ka\u00a0 kee mor \u0183\u04d9 cee deffu(roman) ma Mahi Binebine(Le fou du roi) ma Alain Mabanckou(Les cigognes sont immortelles) ma Patrice Nganang(Empreinte de crabe)p\u04d9\u04d9 gin lal ne \u0183efoo fan mai pa man lii mo sobra \u0183o nyiwee \u0183\u04d9 p\u04d9zyil kpiieelnekal ma mo p\u04d9\u04d9 kal be. Za \u014bw\u04d9\u04d9 fan mai mora sainyeno tz jinra ge ne \u0183\u04d9 kal kpiicl \u0183\u04d9 mata\u00e3 n\u04d9 ga\u0183 mo yea g\u014b da\u014b. Ne fahlii fan \u014bw\u04d9\u04d9 \u0183\u04d9\u04d9ra, t\u04d9 foora ne \u0431\u04d9 cuu ka defuu mo e\u0207 kal na \u0183aabe ne fahlii maki ahcam. Jo\u014bra suu \u0183\u04d9 na zah cuu \u0183\u04d9 kal zata\u00e3.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (moundang)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/kal-zataan\/\">kal zata\u00e3n<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/zaa-da-beii\/\">zaa da beii<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>31 mai 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>31 juillet 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>23 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Note de recherche<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les questions en rapport \u00e0 la filiation sont devenues, depuis quelques ann\u00e9es, une constante dans la litt\u00e9rature contemporaine. Dominique Viart (1999) en d\u00e9montrait l\u2019importance dans son article \u00ab\u00a0Filiations litt\u00e9raires\u00a0\u00bb. Annie Ernaux (1983), Pierre Michon (1984), Pierre Bergounioux (1992) ou encore Patrice Modiano (2005) en ont fait l\u2019incontestable mati\u00e8re de leur cr\u00e9ation romanesque. La reconstitution du pass\u00e9 trouve pour ainsi dire sa pl\u00e9nitude lorsqu\u2019elle se rapporte aux histoires peu communes. Entre biofiction, autofiction et fiction historique, le roman francophone se nourrit aujourd\u2019hui de la \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb dans le but de peaufiner la grande. De ce fait, la qu\u00eate de l\u2019ascendance s\u2019impose comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment majeur. Mahi Binebine, Alain Mabanckou et Patrice Nganang fictionnalisent l\u2019exp\u00e9rience de leurs diff\u00e9rentes familles sous le poids des forces politiques d\u00e9raisonnables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle ou familiale permet de mettre en relation les destins individuels et les crises de l\u2019Histoire. \u00c0 cet effet, les r\u00e9cits sur la m\u00e9moire permettent\u00a0\u00ab\u00a0de briser le joug du mutisme par leur expression, se fixant le devoir d\u2019\u00e9crire la m\u00e9moire-v\u00e9rit\u00e9 qui tend \u00e0 honorer les soci\u00e9t\u00e9s viol\u00e9es et \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans les caveaux machiav\u00e9liques de l\u2019Histoire broyeuse des peuples\u00a0\u00bb (Fellah, 2013, en ligne). Nous montrerons ainsi comment l\u2019\u00e9crivain dans sa posture de t\u00e9moin ou d\u2019h\u00e9ritier devient, gr\u00e2ce au d\u00e9tour de l\u2019histoire familiale, passeur d\u2019un h\u00e9ritage historique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les figures de la filiation\u00a0: mat\u00e9riaux et construction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Envisager une \u00e9tude sur la m\u00e9moire familiale impose de s\u2019attarder sur les figures de celle-ci. Les trois romans illustratifs de cette \u00e9tude ont en partage l\u2019usage des ascendant\u00b7e\u00b7s dans la fiction. Ces r\u00e9cits testimoniaux mettent en sc\u00e8ne des personnages issus de l\u2019univers familial des auteurs, \u00e0 l\u2019exception du roman de Nganang o\u00f9 on retrouve plut\u00f4t une famille fictive. La reconstruction de la figure paternelle est bas\u00e9e sur les souvenirs des narrateurs ou sur des traces \u00e9crites laiss\u00e9es par les ascendant\u00b7e\u00b7s et destin\u00e9es \u00e0 transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations futures les connaissances sur le pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette perspective, Laurent Demanze a observ\u00e9 dans le r\u00e9cit de filiation la r\u00e9surgence des figures du pass\u00e9 qui hante les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. Les descendant\u00b7e\u00b7s sont toujours comme marqu\u00e9\u00b7e\u00b7s d\u2019un sceau par l\u2019histoire de ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, au point d\u2019en devenir parfois obs\u00e9d\u00e9s. Th\u00e9oris\u00e9 par Dominique Viart d\u00e8s 1999, le r\u00e9cit de filiation est d\u00e9fini comme une forme litt\u00e9raire qui<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">a pour originalit\u00e9 de substituer au r\u00e9cit plus ou moins chronologique de soi qu\u2019autofiction et autobiographie ont en partage, une enqu\u00eate sur l\u2019ascendance du sujet. Tout se passe en effet comme si [\u2026] les \u00e9crivains rempla\u00e7aient l\u2019investigation de leur int\u00e9riorit\u00e9 par celle de leur ant\u00e9riorit\u00e9 familiale. L\u2019un des enjeux ultimes est une meilleure connaissance du narrateur de lui-m\u00eame \u00e0 travers ceux dont il h\u00e9rite (Viart, 2009, p.\u00a096).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Le Fou du roi <\/em>raconte le parcours d\u2019un bouffon qui aura \u00e9t\u00e9 au service de Sa Majest\u00e9 le roi Hassan II pendant 35 ans. Appel\u00e9 encore le fiqh Mohammed, ce bouffon n\u2019est nul autre que le p\u00e8re de l\u2019auteur m\u00eame. Il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019exhumation du pass\u00e9 de la famille Binebine marqu\u00e9e par l\u2019emprisonnement d\u2019Abel (Aziz Binebine), le fils a\u00een\u00e9 du bouffon pour avoir particip\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat de Shirat contre le roi Hassan II le 10 juillet 1970. En donnant la voix \u00e0 son p\u00e8re, Binebine r\u00e9investit l\u2019histoire trouble de sa famille. Le roman est construit autour de la figure du p\u00e8re \u00e0 qui l\u2019auteur rend un vibrant hommage, car, affirme-t-il, \u00ab\u00a0je suis tomb\u00e9 amoureux de mon p\u00e8re\u00a0\u00bb (Daoudi, 2017, en ligne). Par ce moyen, l\u2019auteur cherche \u00e0 comprendre les d\u00e9cisions, les contraintes et les supplices du bouffon qui a eu \u00e0 bannir son fils, dans le but de sauver sa famille et sa tribu et non pour maintenir ses privil\u00e8ges aupr\u00e8s du roi comme certaines personnes l\u2019avaient pens\u00e9, y compris ses proches\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">J\u2019avais conscience que ma position en haut de la pyramide me mettait d\u2019embl\u00e9e dans le secret des dieux, mais comment se fait-il qu\u2019aucun de vous n\u2019ait pens\u00e9 un instant que dans ma position, celle d\u2019un p\u00e8re dont le fils a attent\u00e9 \u00e0 la vie du roi, je n\u2019avais aucune marge de man\u0153uvre? (Binebine, 2017, p.\u00a0109).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le fiqh contourne l\u2019histoire douloureuse de son fils et raconte diverses anecdotes en rapport avec sa vie de courtisan. Il montre comment la disgr\u00e2ce r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant m\u00eame les plus intimes au roi. Le fiqh est comme emmur\u00e9 dans un sentiment de souffrance permanente pour avoir reni\u00e9 son fils; reniement qui a occasionn\u00e9 la rupture des liens familiaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien que fictionnelle, la figure paternelle dans <em>Empreinte de crabe<\/em> permet de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019histoire familiale entach\u00e9e par la d\u00e9raison politique. L\u2019histoire est celle de Nithap, un sexag\u00e9naire qui se rend aux \u00c9tats-Unis pour des raisons de sant\u00e9, mais sa visite prend une autre tournure apr\u00e8s son accident. La reconstitution de l\u2019histoire r\u00e9v\u00e8le que Nithap est en r\u00e9alit\u00e9 un ancien maquisard. Il a enfoui les secrets de la guerre civile \u00e0 laquelle il a pris part au Cameroun, au plus profond de son esprit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait le monde du silence, ce silence qui fabriquait toute sorte de subterfuges, jusqu\u2019aux proverbes pour justifier son Lock nshou\u00a0\u00bb (Nganang, 2018, p.\u00a033).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le rapprochement de Nithap avec son fils permet la r\u00e9ouverture d\u2019une histoire ensevelie sous les d\u00e9combres de la guerre. L\u2019intrigue est ainsi construite autour de la figure du p\u00e8re \u00e0 qui le narrateur consacre la quasi-totalit\u00e9 du roman. Jeune infirmier pendant la guerre civile, Nithap est enlev\u00e9 par les hommes du commandant Singap Martin. D\u00e8s lors, sa vie ne sera plus la m\u00eame parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de complicit\u00e9 avec les rebelles. Pour sauver sa vie apr\u00e8s l\u2019assassinat du Docteur Broussoux, chef de la station de Bangwa, Nithap rejoint d\u00e9finitivement le maquis. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019il fait la rencontre d\u2019Ernest Ouandi\u00e9, une figure importante de l\u2019Histoire du Cameroun. La m\u00eame configuration historique est rep\u00e9rable dans le roman d\u2019Alain Mabanckou o\u00f9 papa Roger repr\u00e9sente la figure du p\u00e8re. Bien que p\u00e8re adoptif du petit Michel, Papa Roger entretient un lien ind\u00e9fectible avec celui-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Michel pr\u00e9sente Papa Roger comme son initiateur \u00e0 la politique au bas du grand manguier de la parcelle de Maman Pauline. Ce qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0l\u2019arbre \u00e0 palabre\u00a0\u00bb est aussi une autre forme d\u2019\u00e9cole\u00a0: \u00ab\u00a0Cet arbre est un peu mon autre \u00e9cole, et mon p\u00e8re s\u2019amuse parfois \u00e0 l\u2019appeler \u2018\u2018l\u2019arbre \u00e0 palabres\u2019\u2019\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2018, p.\u00a043). La fracture familiale que Michel raconte a pour cause le brutal assassinat du capitaine Kimbouala-Nkyaya le fr\u00e8re de Maman Pauline apr\u00e8s celui de Marien Ngouabi.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La mus\u00e9ification de l\u2019h\u00e9ritage familial<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Lapointe et Demanze d\u00e9finissent l\u2019h\u00e9ritier comme \u00ab\u00a0le survivant qui a subi et se r\u00e9approprie le legs des ascendants\u00a0\u00bb (2009, p.\u00a06). Cette id\u00e9e rejoint celle de Paul Ricoeur (2000, p.\u00a0108) qui assimile le concept d\u2019h\u00e9ritage \u00e0 celui de dette, car nous sommes redevables \u00e0 ceux et celles qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00b7e\u00b7s. Il adjoint par cons\u00e9quent la dette \u00e0 l\u2019id\u00e9e de charge et de fardeau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, ces \u00e9crivains qui mettent en sc\u00e8ne leurs histoires familiales sont pour ainsi dire des h\u00e9ritiers, puisque l\u2019histoire familiale constitue la mati\u00e8re de leur cr\u00e9ation romanesque. L\u2019intrigue dans les romans est orient\u00e9e soit sur la qu\u00eate d\u2019un h\u00e9ritage familial, soit sur la r\u00e9appropriation de cet h\u00e9ritage. Le choix de mettre en sc\u00e8ne les personnages plus au moins fictifs en rapport avec la filiation n\u2019est pas anodin. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces traces du pass\u00e9 que les diff\u00e9rents auteurs r\u00e9affirment leur identit\u00e9. Le roman devient alors comme une sorte de mus\u00e9e conservatoire de l\u2019histoire familiale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Binebine s\u2019est servi des vid\u00e9os cassettes enregistr\u00e9es par son demi-fr\u00e8re chaque fois que le fiqh rentrait du palais. Dans ces vid\u00e9os, le bouffon raconte ses journ\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019Hassan II. L\u2019auteur met en sc\u00e8ne la d\u00e9chirure de sa famille suite au coup d\u2019\u00c9tat de Shirat. Il montre comment les siens ont v\u00e9cu l\u2019absence d\u2019Abel pendant 18 ans, comment Mina, sa m\u00e8re, s\u2019enfon\u00e7ait chaque jour en attendant le retour de son fils. Sorti du bagne de Tazmamart, Abel est un homme bris\u00e9 qui trouve difficilement ses rep\u00e8res, mais qui parvient \u00e0 pardonner, car, dit-il, \u00ab\u00a0le pardon est un rem\u00e8de [\u2026]. Sur les trente d\u00e9tenus du b\u00e2timent B, nous sommes quatre \u00e0 avoir surv\u00e9cu [\u2026] parce que nous avons su recracher le poison de haine\u00a0\u00bb (Binebine, 2017, p.\u00a0163). <em>Le Fou du roi<\/em>, que l\u2019auteur qualifie lui-m\u00eame de livre du pardon, est une passerelle qui lui permet de reconstruire le lien entre lui et son g\u00e9niteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tanou dans <em>Empreinte de crabe<\/em> est un Camerounais install\u00e9 aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il enseigne dans une prestigieuse universit\u00e9. \u00c0 l\u2019aide du t\u00e9moignage de Nithap son p\u00e8re, ancien maquisard, ainsi que des cahiers laiss\u00e9s par le pasteur Tbongo, son grand-p\u00e8re maternel, il parvient \u00e0 recomposer l\u2019histoire de sa famille\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Miracle qu\u2019ils n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits! Que ces documents cornus, crasseux, puant le pesticide, aient surv\u00e9cu \u00e0 son d\u00e9m\u00e9nagement am\u00e9ricain \u00e9tait un v\u00e9ritable miracle! Ces cahiers ont fait de lui le narrateur de ce r\u00e9cit aujourd\u2019hui, car ce sont ces cahiers du pasteur qu\u2019il emplit ici d\u2019histoires, petites et grandes, improbables et r\u00e9elles, nou et tcho, tcho et toli, pour composer l\u2019histoire de sa famille (Nganang, 2018, p.\u00a0145).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le contenu des cahiers du pasteur Tbongo repr\u00e9sente un patrimoine certain pour Tanou qui s\u2019en sert pour reconstituer et transmettre l\u2019histoire de sa famille et de son pays\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">il fallait dire \u00e0 ce monde distrait qu\u2019un tr\u00e9sor \u00e9tait cach\u00e9 dans le fond de ces sous-quartiers dans les miasmes de son existence blafarde. La meilleure mani\u00e8re de le faire \u00e9tait de liguer les jeunes, de les mettre au pas s\u2019il le fallait, de leur montrer le chemin de cette archive qui se cachait en dessous des kaba ngondo d\u2019une maman au fond des cantines d\u2019un vieux, et dans les signes en forme d\u2019arabesque. Il fallait illuminer ces griffonnements que des \u00e9tourdis ignoraient (Nganang, 2018, p.\u00a062).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit se caract\u00e9rise par des allers et retours incessants entre le g\u00e9n\u00e9ral et le particulier, entre histoire collective et histoire familiale, entre blessures collectives et \u00e9preuves individuelles, racontant par l\u00e0 l\u2019histoire des familles an\u00e9anties par les turpitudes de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chez Mabanckou, c\u2019est le personnage Michel qui raconte l\u2019histoire de sa famille face aux troubles sociopolitiques ayant suivi l\u2019assassinat de Marien Ngouabi. Sudiste et proche du Capitaine Kimbouala-Nkyaya (ex-opposant au r\u00e9gime Ngouabi), la famille de Michel est oblig\u00e9e de nier toute parent\u00e9 avec le capitaine, pour pouvoir se pr\u00e9server des repr\u00e9sailles. La crise politique occasionn\u00e9e par le coup d\u2019\u00c9tat engendre une traque orient\u00e9e vers les membres sudistes du gouvernement ainsi que celle de leurs proches. Les oncles de Michel, Jean-Pierre Kinana et Martin Moub\u00e9ri, respectivement conseiller aupr\u00e8s du ministre de l\u2019\u00e9conomie rurale et chef du personnel de la caisse de pr\u00e9voyance sociale, quittent Brazzaville pour Pointe-Noire dans le but de fuir les conflits tribaux en cours. Malheureusement, la situation se complique lorsque Maman Pauline poignarde une commer\u00e7ante nordiste pour une histoire d\u2019argent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut donc dire que les auteurs mettent en service un savoir qui leur permet d\u2019ajuster l\u2019histoire muette de leur famille \u00e0 l\u2019histoire collective, mais aussi de redonner vie \u00e0 leurs ascendant\u00b7e\u00b7s. Ils r\u00e9affirment par cette occasion leur propre identit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. En fictionnalisant leur propre exp\u00e9rience et celle de leurs familles, ils proposent des versions m\u00e9connues et ignor\u00e9es de l\u2019Histoire.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Entre dette et r\u00e9cit<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La notion de dette implique ici ce que nous avons en rapport avec le pass\u00e9. Sans l\u2019ombre d\u2019un doute, la combinaison autofiction et m\u00e9moire sur l\u2019ascendance et l\u2019Histoire engage les \u00e9crivains dans la restitution de la dette. Le roman devient le lieu de croisade interg\u00e9n\u00e9rationnelle o\u00f9 les \u00e9crivains donnent comme une offrande \u00e0 l\u2019ascendance en m\u00eame temps qu\u2019ils prennent la posture d\u2019interm\u00e9diaire pour passer la m\u00e9moire. Les d\u00e9dicaces des romans sont assez repr\u00e9sentatives quant \u00e0 cette id\u00e9e de restitution de la dette ou de la transmission d\u2019un h\u00e9ritage. Parlant du paratexte, Genette retient ceci\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le paratexte est [\u2026] pour nous ce par quoi un texte se fait livre et se propose comme tel \u00e0 ses lecteurs, et plus g\u00e9n\u00e9ralement au public. Plus que d\u2019une limite ou d\u2019une fronti\u00e8re, il s\u2019agit ici d\u2019un seuil ou [\u2026] d\u2019un \u00ab vestibule \u00bb qui offre \u00e0 tout un chacun la possibilit\u00e9 d\u2019entrer ou de rebrousser chemin (Genette, 1987, p.\u00a07).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 s\u2019en tenir \u00e0 la notion de seuil ou de vestibule, la d\u00e9dicace est, dans les diff\u00e9rents romans, le moyen par lequel l\u2019\u00e9crivain rend explicite son intention vis-\u00e0-vis du lectorat. Pr\u00e9cis\u00e9ment, les d\u00e9dicaces de Binebine\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 papa\u00a0\u00bb, de Mabanckou\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e0 la m\u00e9moire de ma m\u00e8re Pauline Kengu\u00e9, de mon p\u00e8re Roger Kimangou\u00a0\u00bb et de Nganang\u00a0\u00ab\u00a0ce roman est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Nomsa, ma Bwonda\u2019\u00a0\u00bb mettent le\u00b7la lecteur\u00b7trice sur les pistes de la restitution de la dette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour Binebine, le besoin de restituer une dette est exprim\u00e9 en ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je n\u2019ai jamais voulu \u00e9crire sur le sujet au vu de son extr\u00eame sensibilit\u00e9, mais c\u2019est le moment d\u2019\u00e9crire sur le pardon, sur la r\u00e9conciliation. Il est temps pour moi de donner la parole \u00e0 mon p\u00e8re que j\u2019ai longtemps condamn\u00e9\u00a0\u00bb (La tribune de Marrakech, 2017, p.\u00a02). Ou encore lorsqu\u2019il ajoute \u00ab\u00a0Oui, je me suis r\u00e9concili\u00e9 avec mon p\u00e8re. Et par extension, avec notre histoire. Je me sens en paix avec moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Chez les trois auteurs, la conscience de la transmission est enclench\u00e9e dans le but de passer le t\u00e9moin aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Si l\u2019exploration et la r\u00e9actualisation de la m\u00e9moire familiale contribuent \u00e0 restituer la dette \u00e0 l\u2019ascendance, elles participent aussi \u00e0 rendre compte par ce d\u00e9tour de l\u2019Histoire gel\u00e9e dans le mutisme.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">De l\u2019\u00e9criture testimoniale \u00e0 l\u2019\u00e9criture du testament historique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>A priori<\/em>, on peut distinguer deux pratiques scripturales\u00a0: il existe une r\u00e9elle diff\u00e9rence entre une \u00e9criture qui prend en charge les faits historiques et une autre qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des faits personnels. En effet, la premi\u00e8re interroge les sources et tente d\u2019\u00e9tablir les faits; elle relate les \u00e9v\u00e9nements historiques en interaction avec le devenir des acteurs; la seconde rel\u00e8ve au contraire d\u2019un projet plus intime, bien distant de la \u00ab\u00a0grande histoire\u00a0\u00bb. Toutefois, il arrive que les deux projets d\u2019\u00e9criture se croisent parce que l\u00b4histoire individuelle est en r\u00e9alit\u00e9 indissociable de l\u2019Histoire. La rencontre entre la grande et la petite histoire constitue l\u2019\u00e9l\u00e9ment commun chez les trois romanciers. Ainsi, cette d\u00e9marche simultan\u00e9e de plus en plus pr\u00e9sente dans le roman francophone est symptomatique d\u2019une qu\u00eate de rep\u00e8res par le moyen de la r\u00e9\u00e9criture de l\u2019Histoire. Par cons\u00e9quent, le roman francophone contemporain s\u2019impose comme un testament.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 cet effet, la r\u00e9\u00e9criture des \u00e9v\u00e8nements historiques sur la base de l\u2019histoire familiale engage les auteurs comme testateurs et les lecteur\u00b7trice\u00b7s comme l\u00e9gataires. Les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s pactisent pour la transmission de la m\u00e9moire, d\u2019un h\u00e9ritage marqu\u00e9 par la d\u00e9raison politique. Le d\u00e9tour par la filiation permet non seulement de transmettre les faits, mais davantage le v\u00e9cu des acteur\u00b7trice\u00b7s. La pratique testimoniale \u00e9tant devenue un imp\u00e9ratif pour les soci\u00e9t\u00e9s en mutation, le roman francophone se nourrit en cons\u00e9quence de l\u2019exp\u00e9rience. C\u2019est dans ce sens qu\u2019Annette Wieviorka estime que le t\u00e9moignage litt\u00e9raire renferme \u00ab\u00a0la rencontre avec une voix humaine qui a travers\u00e9 l\u2019histoire, et de fa\u00e7on oblique, la v\u00e9rit\u00e9 non des faits, mais celle plus subtile mais aussi indispensable d\u2019une \u00e9poque et d\u2019une exp\u00e9rience\u00a0\u00bb (Wieviorka, 1998, p.\u00a0168).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans sa fabrique de signes et de sens, l\u2019\u00e9crivain\u00b7e cr\u00e9e des possibilit\u00e9s litt\u00e9raires qui garantissent la transmission de la m\u00e9moire. Les techniques narratives et les choix stylistiques ont pour but d\u2019impacter la psychologie du lecteur ou de la lectrice et de graver dans sa m\u00e9moire les diff\u00e9rents moments historiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les g\u00e9n\u00e9rations sont en perte de rep\u00e8res, s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la question de l\u2019h\u00e9ritage dans la production francophone du roman historique se veut un imp\u00e9ratif de survie. Les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s de cette nouvelle \u00e8re semblent en effet brandir l\u2019\u00e9tendard d\u2019une qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 historique devenue obsessionnelle pour certain\u00b7e\u00b7s. Par ailleurs, le fait de revenir \u00e0 l\u2019essentiel comme le mart\u00e8le Mabanckou apr\u00e8s la publication des\u00a0<em>Cigognes sont immortelles<\/em> semble \u00eatre une pr\u00e9occupation commune de ces \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s encore prisonnier\u00b7e\u00b7s du pass\u00e9 sanglant du continent. Un soup\u00e7on de manipulation de l\u2019Histoire pesant sur la m\u00e9moire collective, le\u00b7la romancier\u00b7e francophone devient arch\u00e9ologue exhumant les pages troubles de l\u2019Histoire. Cette entreprise se refl\u00e8te cons\u00e9quemment dans les usages narratifs et stylistiques parce que \u00ab\u00a0la dimension litt\u00e9raire du t\u00e9moignage est due [\u2026] \u00e0 l\u2019emploi de diff\u00e9rentes strat\u00e9gies narratives et stylistiques qui rapprochent le discours du t\u00e9moin au langage litt\u00e9raire et le d\u00e9place ainsi de son acceptation documentaire\u00a0\u00bb (Ghachem, 2018, p.\u00a068).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019auteur-narrateur-testateur\u00a0: le passeur de m\u00e9moire<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous ne saurions parler dans le cas de ce texte d\u2019entreprise testimoniale ou d\u2019enjeu testamentaire sans relever la part autobiographique ou autofictionnel des diff\u00e9rents romans. Lejeune d\u00e9finit le pacte autobiographique comme\u00a0\u00ab\u00a0un pacte moral de sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0: il se traduit souvent par un pacte implicite de l\u2019auteur avec le lecteur \u00bb (Lejeune, cit\u00e9 par Ghachem, 2018, p.\u00a070). Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, Lejeune revient sur sa conception du pacte autobiographique et le pr\u00e9sente comme\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019affirmation dans le texte de cette identit\u00e9 renvoyant au nom de l\u2019auteur sur la couverture\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>.). Ainsi, pour qu\u2019il y ait autobiographie, il faut que le nom propre de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e co\u00efncide avec le nom du personnage dans le texte. N\u00e9anmoins, d\u2019autres indices peuvent influencer le processus de lecture et pousser le\u00b7la lecteur\u00b7trice \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019\u0153uvre sous l\u2019angle autobiographique. Les mentions du genre, du titre ou l\u2019utilisation du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et du temps du pass\u00e9, la r\u00e9trospection, sont des exemples patents qui peuvent jouer un r\u00f4le important dans la cristallisation du pacte autobiographique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019usage du\u00b7de\u00b7la narrateur\u00b7trice dit homodi\u00e9g\u00e9tique (narrateur\u00b7trice personnage) dans l\u2019\u0153uvre de fiction est la strat\u00e9gie narrative ad\u00e9quate pour la transmission de la m\u00e9moire. Personnage et narrateur, Michel, dans <em>Les cigognes sont immortelles<\/em>, remplit fort bien la fonction du double de l\u2019auteur. Il r\u00e9unit tous les crit\u00e8res qui am\u00e8nent le\u00b7la lecteur\u00b7trice \u00e0 penser qu\u2019il coexiste aux c\u00f4t\u00e9s de Mabanckou lui-m\u00eame. L\u2019auteur met en sc\u00e8ne une p\u00e9riode de son enfance marqu\u00e9e par l\u2019assassinat du camarade pr\u00e9sident Marien Ngouabi. Il utilise comme personnage narrateur un enfant \u00e0 l\u2019apparence na\u00efve. Fran\u00e7oise Dolto permet de comprendre ce transfert de comp\u00e9tence narrative entre l\u2019auteur\u00b7trice-adulte et le\u00b7la narrateur\u00b7trice-enfant lorsqu\u2019elle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la litt\u00e9rature du souvenir, dans les ouvrages de m\u00e9moire, l\u2019enfant n\u2019est que projection de l\u2019adulte\u00a0\u00bb (Dolto, 1985, p.\u00a049). Cet usage du personnage enfant garantit l\u2019exposition des v\u00e9rit\u00e9s qui sont tr\u00e8s souvent des tabous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Narrateur homodi\u00e9g\u00e9tique, Michel raconte d\u2019un point de vue interne. Ce qu\u2019il raconte, il le tient de son v\u00e9cu, des enseignements de Papa Roger ou des informations officielles. Le choix de ce personnage est bien ancr\u00e9 dans la po\u00e9tique de la transmission. Le narrateur ne prive alors le\u00b7la lecteur\u00b7trice d\u2019aucune information. Loin d\u2019une vis\u00e9e essentiellement \u00e9thique, le choix du\u00b7de\u00b7la narrateur\u00b7trice enfant pr\u00e9dispose \u00e0 une esth\u00e9tique particuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par cons\u00e9quent, l\u2019inqui\u00e9tude qui fonde toute d\u00e9marche cr\u00e9atrice est masqu\u00e9e dans un ton humoristique d\u00e9voilant les pr\u00e9occupations de l\u2019auteur. \u00c0 cet effet, Mabanckou d\u00e9clarait en pr\u00e9sentant son opus qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e0 travers <em>Les cigognes sont immortelles<\/em>, je reviens \u00e0 ce qui est essentiel \u00e0 moi. Je ressens de plus en plus le besoin de dire ce qu\u2019est mon continent et de montrer pourquoi le continent est aujourd\u2019hui \u00e0 la d\u00e9rive\u00a0\u00bb. Ce besoin de parler de l\u2019Afrique aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9crivain le ressent comme une urgence; d\u2019o\u00f9 sa propension \u00e0 transmettre une m\u00e9moire hant\u00e9e par la d\u00e9raison politique. Le choix du narrateur enfant ainsi que la perspective narrative interne sont, selon l\u2019auteur, le moyen idoine pour assurer le passage interg\u00e9n\u00e9rationnel de la m\u00e9moire.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019appropriation de l\u2019exp\u00e9rience paternelle\u00a0: l\u2019illusion autobiographique.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Le Fou du roi<\/em> et <em>Empreinte de crabe<\/em>, l\u2019identit\u00e9 du narrateur demeure ambigu\u00eb. En r\u00e9alit\u00e9, il y a comme une bivocalit\u00e9, l\u2019une imbriqu\u00e9e dans l\u2019autre. Binebine met en sc\u00e8ne son p\u00e8re, bouffon du roi pendant 35 ans. Curieusement, il donne la parole au bouffon qui s\u2019exprime \u00e0 la premi\u00e8re personne. Or, chez Nganang, l\u2019histoire de\u00a0Nithap, ex-infirmier maquisard, est racont\u00e9e \u00e0 la troisi\u00e8me personne par un narrateur omniscient qui d\u00e9tient toutes les informations possibles. Gr\u00e2ce \u00e0 certains \u00e9l\u00e9ments textuels, on se rend compte qu\u2019il est possible d\u2019\u00e9tablir des rapports entre ces diff\u00e9rents narrateurs et la personne de l\u2019\u00e9crivain m\u00eame. Binebine explique par ailleurs cette bivocalit\u00e9 en affirmant que\u00a0\u00ab\u00a0la schizophr\u00e9nie est le propre de l\u2019\u00e9crivain\u00a0\u00bb (Heminway et Libert, 2017, en ligne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, pour lever l\u2019\u00e9quivoque sur l\u2019identit\u00e9 du \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb dans <em>Le Fou du roi<\/em>, il faut non seulement se pencher sur son contexte de publication, mais \u00e9galement sur des d\u00e9tails qui y sont subtilement introduits. Mahi Binebine r\u00e9v\u00e8le lors des entretiens que la fracture qu\u2019a subie sa famille, apr\u00e8s l\u2019incarc\u00e9ration de son fr\u00e8re Aziz Binebine, a creus\u00e9 un foss\u00e9 entre son p\u00e8re et lui. Il conclut que son ouvrage est un \u00ab\u00a0livre du pardon\u00a0\u00bb. Ceci permet donc de comprendre le jeu et l\u2019enjeu du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dans ce roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pareillement, chez Nganang, on per\u00e7oit cette superposition de voix narratives. Certes l\u2019histoire est celle de Nithap, mais le narrateur qui assume l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la narration poss\u00e8de \u00e0 la fois les qualit\u00e9s d\u2019un narrateur homodi\u00e9g\u00e9tique et h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique. Cette strat\u00e9gie narrative laisse \u00e0 premi\u00e8re vue penser \u00e0 un brouillage narratif. Mais derri\u00e8re ce flou, transpara\u00eet un choix de narrateur ad\u00e9quat pour construire et transmettre la m\u00e9moire. Le narrateur est comme d\u00e9multipli\u00e9 puisqu\u2019il a la capacit\u00e9 de rev\u00eatir en m\u00eame temps la peau d\u2019un personnage et d\u2019avoir un regard global sur les \u00e9v\u00e9nements et leur d\u00e9roul\u00e9, un regard omniscient. La subjectivit\u00e9 se trouve alors enfouie au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019objectivit\u00e9. Toutefois, si l\u2019on octroie la charge narrative du r\u00e9cit \u00e0 Tanou, on est amen\u00e9e \u00e0 penser \u00e0 un dialogue interg\u00e9n\u00e9rationnel. Car si Nithap le p\u00e8re a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 son fils les tourments de la guerre civile camerounaise, Tanou ressent cette envie \u00e0 son tour de la transmettre \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration future dont fait partie sa fille Marie. C\u2019est cette posture d\u2019h\u00e9ritier courroie entre hier et demain, entre la g\u00e9n\u00e9ration pass\u00e9e et la g\u00e9n\u00e9ration interm\u00e9diaire \u00e0 venir, qui pousse Tanou \u00e0 raconter de cette fa\u00e7on. Les cahiers remplis des histoires laiss\u00e9s par son grand-p\u00e8re maternel, le pasteur Tbongo, ainsi que l\u2019histoire de Nithap, font de lui l\u2019h\u00e9ritier par excellence de cette m\u00e9moire, mais aussi un passeur ad\u00e9quat. Pr\u00e9sent, mais effac\u00e9, il semble r\u00e9gir le r\u00e9cit sans s\u2019y m\u00ealer directement; bien que la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne mette en \u00e9vidence le caract\u00e8re ambigu de l\u2019identit\u00e9 narrative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En revanche, Nganang a comme gliss\u00e9 consciemment dans son roman des \u00e9l\u00e9ments qui am\u00e8nent \u00e0 une illusion autobiographique. En effet, on assimile Tanou \u00e0 Nganang dans la mesure o\u00f9 ce personnage entretient des liens \u00e9troits avec la personne de l\u2019\u00e9crivain m\u00eame\u00a0: Camerounais d\u2019origine bamil\u00e9k\u00e9 vivant et enseignant aux \u00c9tats-Unis. \u00c0 la question de savoir si le personnage de Tanou est son <em>alter ego<\/em>, Patrice Ngnang r\u00e9pond\u00a0lors d\u2019un entretien\u00a0: \u00ab\u00a0Mon nom d\u2019\u00e9loge est quand m\u00eame Tanou, et j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 tout autour une th\u00e9orie de l\u2019histoire qui rend mon roman, ainsi que ceux qui le pr\u00e9c\u00e8dent significatifs, car Tanou veut dire le \u2018\u2018p\u00e8re de l\u2019histoire\u2019\u2019\u00a0\u00bb\u00a0(Mladenovic, 2018, en ligne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce n\u2019est donc pas un hasard si chacun des \u00e9crivains utilise des narrateurs qui empruntent et \u00e9pousent leurs propres traits. Car dans leur intention de transmettre la m\u00e9moire il faut absolument donner de la cr\u00e9dibilit\u00e9 au r\u00e9cit pour pouvoir s\u00e9duire continuellement son\u00b7sa lecteur\u00b7trice. En effet, comme le soulignent Dornier et Dulong, \u00ab\u00a0le narrateur par ses propres d\u00e9clarations ou un certain dispositif \u00e9ditorial s\u2019engage sur l\u2019authenticit\u00e9 ou \u00e0 tout le moins sur la sinc\u00e9rit\u00e9 de son r\u00e9cit, ce qui impose un registre de lecture d\u00e9fini\u00a0\u00bb (Dornier et Dulong, 2005, p.\u00a0102). Gr\u00e2ce \u00e0 leur dispositif temporel et narratif, les auteurs incitent \u00e0 une lecture \u00ab\u00a0indicielle\u00a0\u00bb. Ils pr\u00e9disposent le\u00b7la lecteur\u00b7trice \u00e0 recevoir ce qu\u2019ils ont eux-m\u00eames re\u00e7u comme h\u00e9ritage. Pour cela, ils l\u2019impliquent dans la construction du sens. Du paratexte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du texte, les auteurs cherchent \u00e0 maintenir l\u2019attention de celui-ci ou celle-ci. Ils ne se limitent pas au pacte de lecture, mais ils l\u2019instrumentalisent dans leur intention cr\u00e9ative. Lorsque celui-ci ou celle-ci r\u00e9sout le puzzle relatif \u00e0 la question \u00ab\u00a0qui parle?\u00a0\u00bb il\u00b7elle parvient \u00e0 comprendre l\u2019artifice testamentaire \u00e0 lui destin\u00e9. De m\u00eame, le t\u00e9moin introduit dans son discours une v\u00e9rit\u00e9 historique qui demande \u00e0 \u00eatre transmise. Pour que cela advienne, le\u00b7la lecteur\u00b7trice doit croire ce qu\u2019il\u00b7elle lit comme v\u00e9rit\u00e9 historique. Une telle croyance ne se limite donc pas au moment de la lecture, mais elle est appel\u00e9e \u00e0 d\u00e9passer ce contexte pour devenir v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est ce qu\u2019explique Marta Cichocka dans son effort d\u2019interpr\u00e9tation du fait historique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du roman \u00ab\u00a0Chaque lecture est un acte de d\u00e9chiffrement et de cr\u00e9ation\u00a0\u00bb (Cichocka, 2007, p.\u00a0386).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, la pratique testamentaire s\u2019inscrit dans ce maillage \u00e9troit de l\u2019histoire familiale et de la \u00ab\u00a0grande Histoire\u00a0\u00bb. Cette fa\u00e7on consciente d\u2019\u00e9crire le souvenir en le reliant \u00e0 sa propre exp\u00e9rience ou \u00e0 celle de son ascendance s\u2019impose, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, comme le moyen ad\u00e9quat de reconstituer le pass\u00e9. Entre t\u00e9moignage et appropriation de l\u2019exp\u00e9rience familiale, le roman historique francophone actuel enracine les fondements d\u2019une \u00e9criture ritualis\u00e9e autour de laquelle \u00e9crivain\u00b7e et lecteur\u00b7trice, chacun\u00b7e dans son r\u00f4le, parach\u00e8verait l\u2019acte testamentaire. Autant dire avec Catherine Coquio que \u00ab\u00a0l\u2019art transforme le langage en geste et cr\u00e9e ses propres rites, s\u2019engage \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 produire la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb (Coquio, 2015, p.\u00a0184).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Travailler sur la litt\u00e9rature contemporaine, c\u2019est un effort arch\u00e9ologique ou g\u00e9n\u00e9alogique \u00bb, affirme Laurent Demanze (2019. p.\u00a0291). Les romancier\u00b7e\u00b7s francophones contemporain\u00b7e\u00b7s, notamment ceux dont nous avons abord\u00e9 les \u0153uvres dans ce texte se pr\u00eatent \u00e0 cette id\u00e9e en exhumant simultan\u00e9ment leur h\u00e9ritage familial et historique. T\u00e9moins et enqu\u00eateurs du pass\u00e9, ils se font inconditionnellement passeurs d\u2019h\u00e9ritage. Enqu\u00eater sur le pass\u00e9 devient le projet commun des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s francophones de cette derni\u00e8re d\u00e9cennie parce que la compr\u00e9hension du pass\u00e9 permet de mieux appr\u00e9hender le pr\u00e9sent (voire le futur) et de tirer les le\u00e7ons des exp\u00e9riences ant\u00e9rieures. Il faut pour ceux-ci ou celles-ci \u00ab\u00a0revenir \u00e0 l\u2019essentiel\u00a0\u00bb\u00a0en s\u2019impliquant dans la transmission de la m\u00e9moire. Car, comme le remarquait Aim\u00e9 C\u00e9saire, \u00ab\u00a0un peuple sans m\u00e9moire est un peuple sans avenir\u00a0\u00bb (C\u00e9saire, cit\u00e9 par Roch, 2018, en ligne). Ainsi, le roman francophone devient alors un espace de n\u00e9gociation o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain\u00b7e dans son travail d\u2019\u00e9criture va continuellement \u00e0 la conqu\u00eate de son\u00b7sa lecteur\u00b7trice dans le but de tisser l\u2019incontournable passerelle de la transmission de la m\u00e9moire et, par cons\u00e9quent, de l\u2019h\u00e9ritage.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bergounioux, Pierre. 1992. <em>L\u2019Orphelin<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Binebine, Mahi. 2017. <em>Le Fou du roi<\/em>. Paris\u00a0: Stock.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cichocka, Marta. 2007. <em>Entre la nouvelle histoire et le nouveau roman historique (r\u00e9inventions, relectures, \u00e9critures<\/em>). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coquio, Catherine. 2015. <em>La Litt\u00e9rature en suspens<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Arachn\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Daoudi, Hasna. 2017. Mahi Binebine\u00a0: Mon roman <em>Le fou du roi<\/em> est un livre de pardon et d\u2019une vraie r\u00e9conciliation avec mon p\u00e8re. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse\u00a0: <a href=\"http:\/\/atlasinfo.frmahibinebine\">http:\/\/atlasinfo.frmahibinebine<\/a>. Consult\u00e9 le 21 juillet 2020.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Demanze, Laurent. 2019. <em>Un nouvel \u00e2ge de l\u2019enqu\u00eateur\u00a0: portrait de l\u2019\u00e9crivain contemporain en enqu\u00eateur<\/em>. Paris\u00a0:<em>\u00a0<\/em>Jos\u00e9 Corti.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dolto, Fran\u00e7oise. 1985. <em>La Cause des enfants. En respectant, on respecte l\u2019\u00eatre humain<\/em>. Paris\u00a0: Robert Laffont.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dornier, Carole et Dulong, Renaud. 2005. <em>Esth\u00e9tique du t\u00e9moignage<\/em>. Paris\u00a0: Maison des Sciences de l\u2019Homme.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ernaux, Annie. 1983. <em>La Place<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fellah, Habiba Jemmali. 2013. La Litt\u00e9rature francophone postcoloniale\u00a0: entre d\u00e9saveu social et reconstruction identitaire. La probl\u00e9matique micro-identitaire dans les \u00e9critures et expressions francophones. <em>Les Cahiers du GRELCEF<\/em>, 4. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"http:\/\/www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers_intro.htm\">www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers_intro.htm<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Genette, G\u00e9rard. 1987. <em>Seuils<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ghachem, B\u00e9chir. 2018. <em>Genre,<\/em> <em>m\u00e9moire, t\u00e9moignage. De la violence carc\u00e9rale de genre dans les ann\u00e9es de plomb au Maroc \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture testimoniale de Fatna El Bouih<\/em>. M\u00e9moire de master en \u00e9tudes sur le genre, Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon II. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/dumas.ccsd.cnrs.fr\/-01839954\">http:\/\/dumas.ccsd.cnrs.fr\/-01839954<\/a>. Consult\u00e9 le 07 mai 2020.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Heminway, Annie et Libert, Alain. 2017. Entretien\u00a0: Mahi Binebien. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.lindaleith.com\">www.lindaleith.com<\/a>. Consult\u00e9 le 09 mai 2020.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">La tribune de Marrakech. 2017. \u00ab\u00a0Le fou du roi\u00a0\u00bb par Mahi Binebine. Disponible en ligne \u00e0 l\u2019adresse <a href=\"http:\/\/www.latribunedemarrakech.com\">www.latribunedemarrakech.com<\/a>. Consult\u00e9 le 04 avril 2020.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lapointe, Martine-Emmanuelle et Demanze. 2009. Pr\u00e9sentation. Figures de l\u2019h\u00e9ritier dans le roman contemporain. <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, <em>45<\/em> (3), 5-9. https:\/\/doi.org\/10.7202\/038825ar<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2018. <em>Les Cigognes sont immortelles<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Michon, Pierre. 1984. <em>Vies minuscules<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mladenovic, Velimir. 2018. Une histoire du Cameroun. Entretien avec Nganang. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.nouvelle-quainzaine-litt\u00e9raire.fr\">http:\/\/www.nouvelle-quainzaine-litt\u00e9raire.fr<\/a>. Consult\u00e9 le 30 juillet 2020.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Modiano, Patrick. 2005. <em>Un Pedigree<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nganang, Patrice. 2018. <em>Empreinte de crabe<\/em>. Paris\u00a0: JC Latt\u00e8s.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Roch Alexandra. 2018. Au-del\u00e0 de la francophonie\u00a0: enjeux m\u00e9moriels postcoloniaux dans <em>La Mati\u00e8re de l\u2019absence<\/em> de Patrick Chamoiseau. Le texte francophone et ses lectures critiques. <em>Les Cahiers du GRELCEF<\/em>, 10. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers-intro.htm\">www.uwo.ca\/french\/grelcef\/cahiers-intro.htm<\/a>. Consult\u00e9 le 07 mai 2020.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viart, Dominique. 1999. Filiations litt\u00e9raires. <em>\u00c9critures contemporaines<\/em>, <em>2<\/em>, 115-137<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Viart, Dominique. 2009. Le silence des p\u00e8res au principe du \u00ab\u00a0r\u00e9cit de filiation\u00a0\u00bb. <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, <em>45<\/em> (3), 95-102. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/038860ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/038860ar<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wieviorka, Annette. 1998. <em>L\u2019\u00c8re du t\u00e9moin<\/em>. Paris\u00a0: Plon.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/fanta\">Jacqueline FANTA<\/a><\/strong><br \/>Jacqueline Fanta est doctorante \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9. Son champ d&rsquo;\u00e9tude couvre les litt\u00e9ratures n\u00e9gro-africaine et maghr\u00e9bine. Elle s\u2019int\u00e9resse en particulier aux questions li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de la m\u00e9moire et de l&rsquo;Histoire.<br \/>\nPour contacter l&rsquo;autrice : samuelafanta@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":11,"menu_order":11,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["fanta"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[185],"license":[],"class_list":["post-200","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-crise","motscles-famille","motscles-heritage","motscles-histoire","motscles-memoire","motscles-temoignage","keywords-crisis","keywords-family","keywords-heritage","keywords-history","keywords-memory","keywords-story","keywords-testimony","motscles-autre-kal-zataan","motscles-autre-zaa-da-beii","contributor-fanta"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/200","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/200\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":690,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/200\/revisions\/690"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/200\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=200"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=200"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=200"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=200"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}