{"id":218,"date":"2020-09-18T23:51:50","date_gmt":"2020-09-18T21:51:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/?post_type=chapter&#038;p=218"},"modified":"2023-04-12T13:36:52","modified_gmt":"2023-04-12T11:36:52","slug":"nsengiyumva2020","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/texte\/nsengiyumva2020\/","title":{"rendered":"Notes sur l\u2019itin\u00e9raire douloureux de Bardamu, personnage central du roman \u00ab\u00a0Voyage au bout de la nuit\u00a0\u00bb de Louis-Ferdinand C\u00e9line"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> de Louis-Ferdinand C\u00e9line \u00e9voque le mouvement, le bouger. C\u2019est un livre qui bouge et change de perspective chaque fois que le personnage Bardamu se d\u00e9place, se met en mouvement. Le personnage tourne en rond et il est constamment en mouvement. D\u2019ailleurs, dans le nom de ce personnage se lit le verbe \u00ab\u00a0mouvoir\u00a0\u00bb\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0mu\u00a0\u00bb accompagn\u00e9 de \u00ab\u00a0barda\u00a0\u00bb qui est le sac avec lequel le militaire se d\u00e9place en allant dans un combat\u00a0; donc son nom signifie \u00ab\u00a0barda mis en mouvement\u00a0\u00bb. Il va de ville en ville, de continent en continent. Il est chass\u00e9 de partout s\u2019il ne s\u2019enfuit pas avant d\u2019\u00eatre chass\u00e9. Il relate des aventures qui se succ\u00e8dent au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il se d\u00e9place. Dans cette note de recherche, il s\u2019agira de se demander comment le h\u00e9ros se d\u00e9place pendant la nuit. Ici, la nuit sera consid\u00e9r\u00e9e comme un r\u00e9f\u00e9rent mat\u00e9riel \u00e0 interpr\u00e9ter au sens figur\u00e9 comme le caract\u00e8re sombre de l\u2019existence. Dans le titre du roman <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>, \u00ab\u00a0au bout de\u00a0\u00bb peut signifier qu\u2019il faut aller le plus loin possible. Partout o\u00f9 le h\u00e9ros va, il ne rencontre que du malheur. Il suit une route qui le m\u00e8ne vers la mort.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019itin\u00e9rance de Bardamu<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le point que nous entamons concerne la d\u00e9couverte de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019horreur et l\u2019\u00e9ternel voyage \u00e0 travers les continents. En effet, Bardamu se prom\u00e8ne pendant la nuit, lorsque l\u2019obscurit\u00e9 emp\u00eache toute orientation. Tout au long de ses aventures, il retrouve chaque fois son ami Robinson. La lecture de ce roman nous donne \u00e0 d\u00e9couvrir que le personnage principal est itin\u00e9rant. Le point de d\u00e9part de son voyage d\u00e9bute \u00e0 la Place Clichy et s\u2019ach\u00e8ve fort pr\u00e8s de l\u00e0, comme un retour au point de d\u00e9part apr\u00e8s une longue errance. \u00c0 partir de Paris, il quitte l\u2019Europe pour aller en Afrique, en Am\u00e9rique puis \u00e0 nouveau en Europe. Ce voyage correspond en outre \u00e0 un d\u00e9sir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment exprim\u00e9 de voyager, de partir, de bouger et de quitter. Ce qui d\u00e9montre cette force de voyage est le champ lexical du d\u00e9placement qui est tr\u00e8s largement illustr\u00e9. \u00a0Dans l\u2019\u0153uvre, on recense \u00e0 peu pr\u00e8s 282 occurrences du verbe <em>arriver<\/em>, 1998 pour le verbe <em>partir<\/em> et 1100 pour le verbe <em>voyager<\/em>.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Bardamu en Afrique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s son s\u00e9jour en Europe, Bardamu se dirige vers l\u2019Afrique. L\u2019objectif de son voyage n\u2019est pas v\u00e9ritablement d\u2019aller en Afrique, mais d\u2019\u00e9chapper aux dangers les plus pressants comme la guerre et la mis\u00e8re qui se trouvent dans les villes. Selon C\u00e9line (1932, p. 250), ce voyage est justifi\u00e9 par le fait que d\u2019\u00ab o\u00f9 qu\u2019on se trouve, d\u00e8s qu\u2019on attire sur soi l\u2019attention des autorit\u00e9s, le mieux est de dispara\u00eetre et en vitesse<em>\u00a0<\/em>\u00bb. Quand il arrive en Afrique, Bardamu se heurte aux conditions atmosph\u00e9riques tr\u00e8s insupportables qui causent plusieurs maladies comme la malaria.\u00a0 Le h\u00e9ros de ce roman croyait qu\u2019il allait y mener une vie ais\u00e9e, mais les choses se mirent \u00e0 se d\u00e9grader. Il lui a \u00e9t\u00e9 impossible d\u2019avoir de l\u2019argent sous la main. Alors, un vil d\u00e9sespoir s\u2019abattit sur lui. Son agitation \u00e9tait tr\u00e8s fr\u00e9n\u00e9tique. Nous le voyons tant\u00f4t \u00e0 pied, tant\u00f4t \u00e0 cheval ou en bateau.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Partout o\u00f9 il va, il rencontre des difficult\u00e9s, une situation qui lui fait peur. Prenons par exemple sa premi\u00e8re escale \u00e0 Bambola, o\u00f9 sa case a \u00e9t\u00e9 pill\u00e9e par son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Un autre exemple du m\u00eame roman est le passage o\u00f9 Bardamu affirme ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0nous f\u00fbmes arr\u00eat\u00e9s au croisement de deux routes \u00e0 mi-hauteur d\u2019une \u00e9l\u00e9vation, par un groupe de tirailleurs indig\u00e8nes qui discutaient aupr\u00e8s d\u2019un cercueil par terre\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0172). C\u2019\u00e9tait un mort de l\u2019h\u00f4pital que les porteurs ne savaient pas tr\u00e8s bien o\u00f9 enterrer. Ils d\u00e9cid\u00e8rent de l\u2019enterrer dans un cimeti\u00e8re situ\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Pendant la nuit, Bardamu et son guide passent une nuit difficile \u00e0 cause de\u00a0mille diligents moustiques qui prennent sans d\u00e9lai possession de ses cuisses.\u00a0 Cette situation a pouss\u00e9 Bardamu \u00e0 passer une nuit sans sommeil car il n\u2019osait m\u00eame pas remettre le pied sur le sol.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage central du roman a rencontr\u00e9 tant de difficult\u00e9s dans le continent africain. Il passe souvent toute la nuit dans des cauchemars. Il est poursuivi par le personnage Robinson qui est son ancien ami avec qui il a cherch\u00e9 un trou pour \u00e9chapper \u00e0 la guerre. Nous le voyons en train de saluer Robinson, mais en r\u00e9alit\u00e9 ce dernier n\u2019est pas pr\u00e9sent. Ce n\u2019est qu\u2019un r\u00eave\u00a0\u00e0 propos duquel C\u00e9line (1932, p.\u00a0172) \u00e9crit ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0Robinson\u00a0! Robinson\u00a0! appelai-je, gaillard, comme pour lui annoncer une bonne nouvelle\u00a0\u00bb. Il ajoute\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0H\u00e9 mon vieux\u00a0! H\u00e9 Robinson\u00a0! Aucune r\u00e9ponse\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0172). Tout au long de la nuit, son c\u0153ur continuait \u00e0 battre tr\u00e8s fort. Et Bardamu se r\u00e9veilla pour s\u2019appr\u00eater \u00e0 faire un sale coup. Il se d\u00e9cide alors \u00e0 d\u00e9gager pour essayer de s\u2019installer \u00e0 New York o\u00f9 il esp\u00e8re mener une vie meilleure et stable.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Bardamu en Am\u00e9rique<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s le tour de quelques villes africaines, nous retrouvons Ferdinand Bardamu aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il est engag\u00e9 dans les usines de Ford. Tout au long de son p\u00e9riple, il rencontre un personnage qui le suit comme une ombre, celui de Robinson qui lui appara\u00eet comme le spectre d\u2019un f\u00e2cheux. Il le retrouve toujours sur ses pas comme une ombre malsaine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9part de Bardamu devient pour lui la solution apparente aux probl\u00e8mes imm\u00e9diats de son existence auxquels il veut \u00e9chapper. Pour lui, rester trop longtemps \u00e0 un endroit est n\u00e9faste\u00a0; il faut donc partir. Ce personnage nous rappelle \u00e0 ce sujet le personnage Candide de Voltaire (1759). Dans sa chasse du paradis terrestre, il subissait parce qu\u2019il embrassait Cun\u00e9gonde.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au cours d\u2019une promenade, Bardamu rencontra encore une foi L\u00e9on Robinson retrouv\u00e9 en Afrique, mais qui avait tout \u00e0 coup disparu. Nous remarquons ainsi que Bardamu et Robinson sont des amis. Robinson est le seul ami de Bardamu, le seul \u00e0 lui ressembler (en pire)\u00a0; toutefois il le fuit toujours. Pendant cette errance se manifeste le moment de loisir. C\u2019est pour cette raison que nous le retrouvons dans des bistrots cherchant le meilleur endroit o\u00f9 s\u2019installer d\u00e9finitivement. Ainsi, Bardamu ne sait pas toujours d\u2019o\u00f9 il part et ne sait jamais o\u00f9 il va. D\u2019ailleurs, la destination lui importe peu. Son probl\u00e8me est h\u00e9las la tendance \u00e0 se fourvoyer. Il prend ses marques au d\u00e9but, ses d\u00e9cisions de d\u00e9part et peu \u00e0 peu sa trajectoire est directement d\u00e9vi\u00e9e. Il doit improviser devant l\u2019\u00e9chec de ses intentions. Sa d\u00e9rive \u00e0 lui consiste \u00e0 voyager \u00e0 reculons, sans d\u00e9sir d\u2019aller vers l\u2019avant.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aux \u00c9tats-Unis, Ferdinand Bardamu est vivement marqu\u00e9 par l\u2019injustice des Am\u00e9ricain\u00b7e\u00b7s. Les \u00e9migr\u00e9\u00b7e\u00b7s ne peuvent pas s\u2019enrichir. Ils et elles se heurtent \u00e0 une vie marginale et souterraine ainsi qu\u2019\u00e0 un statut d\u2019esclave dans la pr\u00e9tendue prosp\u00e9rit\u00e9 am\u00e9ricaine. Il trouve \u00e9galement que les travailleur\u00b7euse\u00b7s de nuit sont exploit\u00e9s alors que les autres se reposent ou s\u2019amusent. Ainsi, il constate encore une fois la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019en aller ailleurs, car, disait-il, \u00ab\u00a0toute cette Am\u00e9rique venait me tracasser, me poser d\u2019\u00e9normes questions\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0254). Il quitta alors l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Bardamu en Europe<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Arriv\u00e9 en France, il s\u2019installa dans un dispensaire de banlieue o\u00f9 il comptait exercer le m\u00e9tier de m\u00e9decin. L\u00e0 aussi, comme ailleurs, il fut confront\u00e9 au tout-venant sordide de la mis\u00e8re en m\u00eame temps qu\u2019il rencontra des \u00eatres sublimes de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de d\u00e9licatesse infinie. Dans ce roman de C\u00e9line, le voyage ne manque ni de dr\u00f4lerie ni de personnages fringants, de beaut\u00e9s f\u00e9minines comme la jeune fille Molly que Ferdinand a crois\u00e9e dans la rue. Mais, le h\u00e9ros ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 cette jeune fille, quoiqu\u2019elle r\u00e9clame son amour r\u00e9ciproque. \u00c0 Toulouse, Bardamu occupa un poste de m\u00e9decin dans un dispensaire \u00e0 huit cents francs par mois. Mais cela ne l\u2019emp\u00eacha pas de songer de nouveau \u00e0 un nouveau d\u00e9part, une nouvelle rupture, une nouvelle descente. \u00a0C\u2019est ainsi qu\u2019il se pr\u00e9para pour aller en Tarapout o\u00f9 il retrouvera un chercheur rat\u00e9 du nom de Parapine. Ce dernier s\u2019appr\u00eatait \u00e0 son tour au d\u00e9part.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bardamu prendra la route de Toulouse apr\u00e8s un d\u00e9tour \u00e0 Rancy. Il quittera ensuite cette ville. C\u00e9line (1932, p. 438) \u00e9crit ce d\u00e9part en ces termes : \u00ab Je filerais tout doucement et on ne me reverrait plus jamais \u00e0 la Garenne-Rancy \u00bb. Ces d\u00e9placements \u00e0 travers les villes se transforment en voyages circulaires autour de la Place Clichy, le point de d\u00e9part du voyage, avec des fugues comme il le dit lui-m\u00eame : \u00ab J\u2019\u00e9tais parti \u00e0 Rancy depuis le matin fallait y retourner \u00bb (C\u00e9line, 1932, p. 338). Dans cet esprit du d\u00e9part, il poursuit : \u00ab Quand la b\u00eate \u00e0 mis\u00e8re, puante, vous traque. pourquoi discuter ? C\u2019est rien dire et puis foutre le camp qu\u2019est malin \u00bb (C\u00e9line, 1932, p. 368).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ferdinand d\u00e9couvre am\u00e8rement la profession de m\u00e9decin \u00e0 Rancy et d\u00e9cide de l\u2019abandonner en disant ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on habite \u00e0 Rancy, on se rend m\u00eame plus compte qu\u2019on est devenu triste. On a plus envie de faire grand-chose, voil\u00e0 tout, t\u00e9moigne-t-il\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0308). Nous remarquons en fin de compte que le personnage central comprend tr\u00e8s bien que c\u2019est le petit d\u00e9lai o\u00f9 on est inconnu dans chaque endroit nouveau qui est le plus agr\u00e9able. La meilleure fa\u00e7on d\u2019agir, d\u2019apr\u00e8s lui, est de s\u00e9journer pas trop longtemps dans un lieu. Pour lui, tout humain a le droit de se d\u00e9fendre contre le destin, comme le malade change de c\u00f4t\u00e9 dans son lit.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019agonie<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le point qui nous int\u00e9resse ici est le probl\u00e8me de l\u2019agonie des malades se trouvant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. En effet, les malades hospitalis\u00e9\u00b7e\u00b7s souffrent gravement. Certain\u00b7e\u00b7s ont le cancer, d\u2019autres se heurtent au probl\u00e8me de l\u2019accouchement. Cette situation d\u00e9sastreuse suscite une grande \u00e9pouvante pour les autres patient\u00b7e\u00b7s des environs. Certain\u00b7e\u00b7s parmi eux\u00b7elles ne sont pas capables de payer leurs soins de sant\u00e9, n\u2019attendaient que la mort. Les m\u00e9decins et les gardes-malades passent des nuits blanches pour essayer de sauver la situation, mais en vain. Il y a beaucoup de morts dans une m\u00eame nuit.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le roman de C\u00e9line, nous remarquons la douleur dont souffre une femme hospitalis\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Rancy. Elle souffre de constipation et de cancer. Une autre chose que nous constatons est que le fait de se procurer de l\u2019argent pour devenir riche n\u2019est pas la finalit\u00e9 premi\u00e8re du travail du personnage. Ferdinand Bardamu n\u2019accepte pas d\u2019\u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 par les malades qui, eux aussi, se trouvent dans des conditions tr\u00e8s insupportables.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce comportement est tout \u00e0 fait contraire aux habitudes sociales, car la soci\u00e9t\u00e9 exige de payer un service accompli ou rendu. Cette attitude du personnage peut susciter l\u2019incompr\u00e9hension chez beaucoup de gens, mais Bardamu reste convaincu qu\u2019il ne faut pas ajouter le drame au drame. Louis-Ferdinand C\u00e9line consid\u00e8re que toute personne qui se fait honorer par le pauvre est un voleur purement et simplement. Les pauvres n\u2019ont pas de quoi mettre sous la dent, faut-il encore leur prendre de l\u2019argent pour des honoraires\u00a0? La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l\u2019humain r\u00e9side dans le d\u00e9laissement de la r\u00e9mun\u00e9ration. C\u2019est pourquoi Bardamu rejette cat\u00e9goriquement la somme d\u2019argent qu\u2019il doit recevoir pour les services m\u00e9dicaux rendus aux malades. La seule satisfaction que tire Bardamu devant les malades est de les servir b\u00e9n\u00e9volement.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La mort<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La mort in\u00e9luctable est toujours pr\u00e9sente dans cette \u0153uvre et l\u2019auteur la pr\u00e9sente comme la pi\u00e8ce ma\u00eetresse du jeu qui fait tomber les forces vitales des \u00eatres vivants. La mort oblige l\u2019humain \u00e0 se cr\u00e9er des raisons de vivre en d\u00e9pit d\u2019une existence pr\u00e9caire. Ce faisant, l\u2019humain ne d\u00e9tient nullement les clefs du myst\u00e8re de la mort qui est aussi bien le myst\u00e8re de la vie. Toutefois, la mort n\u2019est pas ce qui fait l\u2019\u00e9chec, elle est ce qui fait surgir la vie. Apr\u00e8s la mort, C\u00e9line (1932, p.\u00a0479) souligne que la vie continue\u00a0: \u00ab<em>\u00a0<\/em>Le bonheur sur terre \u00e7a serait mourir avec plaisir le reste c\u2019est rien du tout, c\u2019est de la peur qu\u2019on n\u2019ose pas avouer.\u00a0\u00bb Le romancier accentue finalement cette vision dramatique de la mort. Il l\u2019inscrit dans une conception fantastique et apocalyptique du monde. Le roman \u00e9voque des souffrances d\u2019une humanit\u00e9 crucifi\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019image de la mort renvoie \u00e0 l\u2019image du gouffre, \u00e0 la sensation d\u2019une angoisse t\u00e9n\u00e9breuse. Ce roman connote la mort infernale dont le narrateur a pu avoir connaissance lors de la guerre, au front, \u00e0 l\u2019abattoir. De toute fa\u00e7on, l\u2019auteur critique la m\u00e9diocrit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque et proclame l\u2019absurdit\u00e9 de la vie. Il d\u00e9nonce sans complaisance l\u2019hypocrisie universelle. Aussi sommes-nous en droit d\u2019affirmer que Louis-Ferdinand C\u00e9line raille la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise o\u00f9 il voit l\u2019incarnation du mal. Il comprend que la mort ne concerne pas uniquement les humains. La culture peut aussi dispara\u00eetre. Cette mort se fait de plus en plus sentir chez l\u2019humain. Le passage suivant du personnage central marque cette \u00e9pouvante\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais mourir\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0471).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La mort menace les civilisations au-del\u00e0 de toutes les formules politiques. Elle est inscrite dans les ressorts du subconscient. Palmelas (1992, p.\u00a098) dira alors que \u00ab\u00a0la rue des hommes a un sens unique, la mort tient tous les caf\u00e9s. C\u2019est la belote au sang qui nous attire et nous garde\u00a0\u00bb. Le roman de C\u00e9line fait \u00e9cho au roman <em>La mort de Sylvestre<\/em> de Pierre Loti qui relate l\u2019histoire de Sylvestre, un jeune Breton qui a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 et est mort sur le chemin de l\u2019h\u00f4pital. Il rappelle aussi le personnage Elie Faure d\u2019\u00c9mile Zola. L\u2019auteur de <em>Germinal <\/em>propose une peinture du nihilisme et de la mort\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne peut croire \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9, son pessimisme transcendant le rejette sur le vrai monde dont l\u2019horreur le renvoie \u00e0 la mort, toujours \u00e0 la mort\u00a0\u00bb (1885, p.\u00a068).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette exp\u00e9rience de la mort, la pr\u00e9pond\u00e9rance de l\u2019angoisse existentielle reste tr\u00e8s visible. Jean Lacroix (1956, p.\u00a080) souligne que la mort est l\u2019expression radicale de l\u2019\u00e9chec\u00a0: \u00ab\u00a0en elle [la mort] s\u2019identifient l\u2019absolu de l\u2019\u00e9chec subjectif et l\u2019absolu de l\u2019\u00e9chec objectif\u00a0\u00bb. C\u2019est donc cette hantise de la mort qui suscite chez Bardamu le mythe de l\u2019\u00e9ternel d\u00e9part.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette note retrace les d\u00e9placements perp\u00e9tuels de Bardamu. Ces d\u00e9placements se r\u00e9alisent dans un contexte de guerre, en Afrique, en Am\u00e9rique et en Europe. L\u2019auteur revient, avec sa plume path\u00e9tique, sur l\u2019errance et l\u2019absurdit\u00e9 du personnage principal. L\u2019incendie de sa case africaine est la marque d\u2019un d\u00e9sespoir et de l\u2019envie pressante de repartir. L\u00e0 o\u00f9 il va, il ne choisit pas d\u2019y rester tr\u00e8s longtemps. Il repart encore. Ce retour \u00e9ternel vers les lieux des origines est le signe d\u2019une vie douloureuse.\u00a0 Demeurer au m\u00eame endroit fait na\u00eetre une sorte d\u2019angoisse pour \u00a0Bardamu. Dans le roman c\u00e9linien, il n\u2019y a pas d\u2019amiti\u00e9 et les amours sont pr\u00e9caires. Devant la menace du fort, des faibles se sentent solidaires, ils \u00e9prouvent cette solidarit\u00e9 et sympathisent. Ils n\u2019ont pas choisi de se rencontrer et ils se quitteront un jour. Mais, ils ne savent ni l\u2019heure ni le jour.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Almelas, Palmelas.\u00a0 1992. <em>Les Id\u00e9es de C\u00e9line<\/em>. Paris\u00a0: Berg international.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">C\u00e9line, Louis- Ferdinand. 1932. <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lacroix, Jean. 1965. <em>L\u2019<\/em><em>\u00c9<\/em><em>chec.<\/em> Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zola, \u00c9mile. 1885. <em>Germinal.<\/em> Paris\u00a0: Hatier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Voltaire.\u00a01759.\u00a0 <em>Candide ou l\u2019optimisme<\/em>.\u00a0 Gen\u00e8ve\u00a0: Cramer.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce texte d\u00e9crit l\u2019itin\u00e9raire douloureux du voyageur Bardamu. Selon les cas, le voyage lui donne le loisir d\u2019observer et de s\u2019enrichir de ses exp\u00e9riences qui le font progresser dans la connaissance de lui-m\u00eame. Au retour du voyage, sa vie est marqu\u00e9e de visions nouvelles provoqu\u00e9es par le d\u00e9paysement. Le roman <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> se structure comme une succession de d\u00e9placements.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/bardamu\/\">Bardamu<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/itineraire\/\">itin\u00e9raire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/louis-ferdinand-celine\/\">Louis-Ferdinand C\u00e9line<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/recit-de-voyage\/\">r\u00e9cit de voyage<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This text describes the painful journey of the traveller Bardamu. Depending on the case, the journey gives him the opportunity to observe and to be enriched by his experiences, which help him to progress in his self-knowledge. On returning from the journey, his life is marked by new visions caused by the change of scenery. The novel <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> is structured as a succession of journeys.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/bardamu\/\">Bardamu<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/itinerary\/\">itinerary<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/louis-ferdinand-celine\/\">Louis-Ferdinand C\u00e9line<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/travel-story\/\">travel story<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>30 avril 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>28 ao\u00fbt 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>23 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Question de recherche<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> de Louis-Ferdinand C\u00e9line \u00e9voque le mouvement, le bouger. C\u2019est un livre qui bouge et change de perspective chaque fois que le personnage Bardamu se d\u00e9place, se met en mouvement. Le personnage tourne en rond et il est constamment en mouvement. D\u2019ailleurs, dans le nom de ce personnage se lit le verbe \u00ab\u00a0mouvoir\u00a0\u00bb\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0mu\u00a0\u00bb accompagn\u00e9 de \u00ab\u00a0barda\u00a0\u00bb qui est le sac avec lequel le militaire se d\u00e9place en allant dans un combat\u00a0; donc son nom signifie \u00ab\u00a0barda mis en mouvement\u00a0\u00bb. Il va de ville en ville, de continent en continent. Il est chass\u00e9 de partout s\u2019il ne s\u2019enfuit pas avant d\u2019\u00eatre chass\u00e9. Il relate des aventures qui se succ\u00e8dent au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il se d\u00e9place. Dans cette note de recherche, il s\u2019agira de se demander comment le h\u00e9ros se d\u00e9place pendant la nuit. Ici, la nuit sera consid\u00e9r\u00e9e comme un r\u00e9f\u00e9rent mat\u00e9riel \u00e0 interpr\u00e9ter au sens figur\u00e9 comme le caract\u00e8re sombre de l\u2019existence. Dans le titre du roman <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>, \u00ab\u00a0au bout de\u00a0\u00bb peut signifier qu\u2019il faut aller le plus loin possible. Partout o\u00f9 le h\u00e9ros va, il ne rencontre que du malheur. Il suit une route qui le m\u00e8ne vers la mort.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019itin\u00e9rance de Bardamu<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le point que nous entamons concerne la d\u00e9couverte de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019horreur et l\u2019\u00e9ternel voyage \u00e0 travers les continents. En effet, Bardamu se prom\u00e8ne pendant la nuit, lorsque l\u2019obscurit\u00e9 emp\u00eache toute orientation. Tout au long de ses aventures, il retrouve chaque fois son ami Robinson. La lecture de ce roman nous donne \u00e0 d\u00e9couvrir que le personnage principal est itin\u00e9rant. Le point de d\u00e9part de son voyage d\u00e9bute \u00e0 la Place Clichy et s\u2019ach\u00e8ve fort pr\u00e8s de l\u00e0, comme un retour au point de d\u00e9part apr\u00e8s une longue errance. \u00c0 partir de Paris, il quitte l\u2019Europe pour aller en Afrique, en Am\u00e9rique puis \u00e0 nouveau en Europe. Ce voyage correspond en outre \u00e0 un d\u00e9sir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment exprim\u00e9 de voyager, de partir, de bouger et de quitter. Ce qui d\u00e9montre cette force de voyage est le champ lexical du d\u00e9placement qui est tr\u00e8s largement illustr\u00e9. \u00a0Dans l\u2019\u0153uvre, on recense \u00e0 peu pr\u00e8s 282 occurrences du verbe <em>arriver<\/em>, 1998 pour le verbe <em>partir<\/em> et 1100 pour le verbe <em>voyager<\/em>.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Bardamu en Afrique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s son s\u00e9jour en Europe, Bardamu se dirige vers l\u2019Afrique. L\u2019objectif de son voyage n\u2019est pas v\u00e9ritablement d\u2019aller en Afrique, mais d\u2019\u00e9chapper aux dangers les plus pressants comme la guerre et la mis\u00e8re qui se trouvent dans les villes. Selon C\u00e9line (1932, p. 250), ce voyage est justifi\u00e9 par le fait que d\u2019\u00ab o\u00f9 qu\u2019on se trouve, d\u00e8s qu\u2019on attire sur soi l\u2019attention des autorit\u00e9s, le mieux est de dispara\u00eetre et en vitesse<em>\u00a0<\/em>\u00bb. Quand il arrive en Afrique, Bardamu se heurte aux conditions atmosph\u00e9riques tr\u00e8s insupportables qui causent plusieurs maladies comme la malaria.\u00a0 Le h\u00e9ros de ce roman croyait qu\u2019il allait y mener une vie ais\u00e9e, mais les choses se mirent \u00e0 se d\u00e9grader. Il lui a \u00e9t\u00e9 impossible d\u2019avoir de l\u2019argent sous la main. Alors, un vil d\u00e9sespoir s\u2019abattit sur lui. Son agitation \u00e9tait tr\u00e8s fr\u00e9n\u00e9tique. Nous le voyons tant\u00f4t \u00e0 pied, tant\u00f4t \u00e0 cheval ou en bateau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Partout o\u00f9 il va, il rencontre des difficult\u00e9s, une situation qui lui fait peur. Prenons par exemple sa premi\u00e8re escale \u00e0 Bambola, o\u00f9 sa case a \u00e9t\u00e9 pill\u00e9e par son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Un autre exemple du m\u00eame roman est le passage o\u00f9 Bardamu affirme ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0nous f\u00fbmes arr\u00eat\u00e9s au croisement de deux routes \u00e0 mi-hauteur d\u2019une \u00e9l\u00e9vation, par un groupe de tirailleurs indig\u00e8nes qui discutaient aupr\u00e8s d\u2019un cercueil par terre\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0172). C\u2019\u00e9tait un mort de l\u2019h\u00f4pital que les porteurs ne savaient pas tr\u00e8s bien o\u00f9 enterrer. Ils d\u00e9cid\u00e8rent de l\u2019enterrer dans un cimeti\u00e8re situ\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Pendant la nuit, Bardamu et son guide passent une nuit difficile \u00e0 cause de\u00a0mille diligents moustiques qui prennent sans d\u00e9lai possession de ses cuisses.\u00a0 Cette situation a pouss\u00e9 Bardamu \u00e0 passer une nuit sans sommeil car il n\u2019osait m\u00eame pas remettre le pied sur le sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le personnage central du roman a rencontr\u00e9 tant de difficult\u00e9s dans le continent africain. Il passe souvent toute la nuit dans des cauchemars. Il est poursuivi par le personnage Robinson qui est son ancien ami avec qui il a cherch\u00e9 un trou pour \u00e9chapper \u00e0 la guerre. Nous le voyons en train de saluer Robinson, mais en r\u00e9alit\u00e9 ce dernier n\u2019est pas pr\u00e9sent. Ce n\u2019est qu\u2019un r\u00eave\u00a0\u00e0 propos duquel C\u00e9line (1932, p.\u00a0172) \u00e9crit ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0Robinson\u00a0! Robinson\u00a0! appelai-je, gaillard, comme pour lui annoncer une bonne nouvelle\u00a0\u00bb. Il ajoute\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0H\u00e9 mon vieux\u00a0! H\u00e9 Robinson\u00a0! Aucune r\u00e9ponse\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0172). Tout au long de la nuit, son c\u0153ur continuait \u00e0 battre tr\u00e8s fort. Et Bardamu se r\u00e9veilla pour s\u2019appr\u00eater \u00e0 faire un sale coup. Il se d\u00e9cide alors \u00e0 d\u00e9gager pour essayer de s\u2019installer \u00e0 New York o\u00f9 il esp\u00e8re mener une vie meilleure et stable.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Bardamu en Am\u00e9rique<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s le tour de quelques villes africaines, nous retrouvons Ferdinand Bardamu aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 il est engag\u00e9 dans les usines de Ford. Tout au long de son p\u00e9riple, il rencontre un personnage qui le suit comme une ombre, celui de Robinson qui lui appara\u00eet comme le spectre d\u2019un f\u00e2cheux. Il le retrouve toujours sur ses pas comme une ombre malsaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9part de Bardamu devient pour lui la solution apparente aux probl\u00e8mes imm\u00e9diats de son existence auxquels il veut \u00e9chapper. Pour lui, rester trop longtemps \u00e0 un endroit est n\u00e9faste\u00a0; il faut donc partir. Ce personnage nous rappelle \u00e0 ce sujet le personnage Candide de Voltaire (1759). Dans sa chasse du paradis terrestre, il subissait parce qu\u2019il embrassait Cun\u00e9gonde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au cours d\u2019une promenade, Bardamu rencontra encore une foi L\u00e9on Robinson retrouv\u00e9 en Afrique, mais qui avait tout \u00e0 coup disparu. Nous remarquons ainsi que Bardamu et Robinson sont des amis. Robinson est le seul ami de Bardamu, le seul \u00e0 lui ressembler (en pire)\u00a0; toutefois il le fuit toujours. Pendant cette errance se manifeste le moment de loisir. C\u2019est pour cette raison que nous le retrouvons dans des bistrots cherchant le meilleur endroit o\u00f9 s\u2019installer d\u00e9finitivement. Ainsi, Bardamu ne sait pas toujours d\u2019o\u00f9 il part et ne sait jamais o\u00f9 il va. D\u2019ailleurs, la destination lui importe peu. Son probl\u00e8me est h\u00e9las la tendance \u00e0 se fourvoyer. Il prend ses marques au d\u00e9but, ses d\u00e9cisions de d\u00e9part et peu \u00e0 peu sa trajectoire est directement d\u00e9vi\u00e9e. Il doit improviser devant l\u2019\u00e9chec de ses intentions. Sa d\u00e9rive \u00e0 lui consiste \u00e0 voyager \u00e0 reculons, sans d\u00e9sir d\u2019aller vers l\u2019avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aux \u00c9tats-Unis, Ferdinand Bardamu est vivement marqu\u00e9 par l\u2019injustice des Am\u00e9ricain\u00b7e\u00b7s. Les \u00e9migr\u00e9\u00b7e\u00b7s ne peuvent pas s\u2019enrichir. Ils et elles se heurtent \u00e0 une vie marginale et souterraine ainsi qu\u2019\u00e0 un statut d\u2019esclave dans la pr\u00e9tendue prosp\u00e9rit\u00e9 am\u00e9ricaine. Il trouve \u00e9galement que les travailleur\u00b7euse\u00b7s de nuit sont exploit\u00e9s alors que les autres se reposent ou s\u2019amusent. Ainsi, il constate encore une fois la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019en aller ailleurs, car, disait-il, \u00ab\u00a0toute cette Am\u00e9rique venait me tracasser, me poser d\u2019\u00e9normes questions\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0254). Il quitta alors l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Bardamu en Europe<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Arriv\u00e9 en France, il s\u2019installa dans un dispensaire de banlieue o\u00f9 il comptait exercer le m\u00e9tier de m\u00e9decin. L\u00e0 aussi, comme ailleurs, il fut confront\u00e9 au tout-venant sordide de la mis\u00e8re en m\u00eame temps qu\u2019il rencontra des \u00eatres sublimes de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de d\u00e9licatesse infinie. Dans ce roman de C\u00e9line, le voyage ne manque ni de dr\u00f4lerie ni de personnages fringants, de beaut\u00e9s f\u00e9minines comme la jeune fille Molly que Ferdinand a crois\u00e9e dans la rue. Mais, le h\u00e9ros ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 cette jeune fille, quoiqu\u2019elle r\u00e9clame son amour r\u00e9ciproque. \u00c0 Toulouse, Bardamu occupa un poste de m\u00e9decin dans un dispensaire \u00e0 huit cents francs par mois. Mais cela ne l\u2019emp\u00eacha pas de songer de nouveau \u00e0 un nouveau d\u00e9part, une nouvelle rupture, une nouvelle descente. \u00a0C\u2019est ainsi qu\u2019il se pr\u00e9para pour aller en Tarapout o\u00f9 il retrouvera un chercheur rat\u00e9 du nom de Parapine. Ce dernier s\u2019appr\u00eatait \u00e0 son tour au d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bardamu prendra la route de Toulouse apr\u00e8s un d\u00e9tour \u00e0 Rancy. Il quittera ensuite cette ville. C\u00e9line (1932, p. 438) \u00e9crit ce d\u00e9part en ces termes : \u00ab Je filerais tout doucement et on ne me reverrait plus jamais \u00e0 la Garenne-Rancy \u00bb. Ces d\u00e9placements \u00e0 travers les villes se transforment en voyages circulaires autour de la Place Clichy, le point de d\u00e9part du voyage, avec des fugues comme il le dit lui-m\u00eame : \u00ab J\u2019\u00e9tais parti \u00e0 Rancy depuis le matin fallait y retourner \u00bb (C\u00e9line, 1932, p. 338). Dans cet esprit du d\u00e9part, il poursuit : \u00ab Quand la b\u00eate \u00e0 mis\u00e8re, puante, vous traque. pourquoi discuter ? C\u2019est rien dire et puis foutre le camp qu\u2019est malin \u00bb (C\u00e9line, 1932, p. 368).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ferdinand d\u00e9couvre am\u00e8rement la profession de m\u00e9decin \u00e0 Rancy et d\u00e9cide de l\u2019abandonner en disant ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on habite \u00e0 Rancy, on se rend m\u00eame plus compte qu\u2019on est devenu triste. On a plus envie de faire grand-chose, voil\u00e0 tout, t\u00e9moigne-t-il\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0308). Nous remarquons en fin de compte que le personnage central comprend tr\u00e8s bien que c\u2019est le petit d\u00e9lai o\u00f9 on est inconnu dans chaque endroit nouveau qui est le plus agr\u00e9able. La meilleure fa\u00e7on d\u2019agir, d\u2019apr\u00e8s lui, est de s\u00e9journer pas trop longtemps dans un lieu. Pour lui, tout humain a le droit de se d\u00e9fendre contre le destin, comme le malade change de c\u00f4t\u00e9 dans son lit.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019agonie<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le point qui nous int\u00e9resse ici est le probl\u00e8me de l\u2019agonie des malades se trouvant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. En effet, les malades hospitalis\u00e9\u00b7e\u00b7s souffrent gravement. Certain\u00b7e\u00b7s ont le cancer, d\u2019autres se heurtent au probl\u00e8me de l\u2019accouchement. Cette situation d\u00e9sastreuse suscite une grande \u00e9pouvante pour les autres patient\u00b7e\u00b7s des environs. Certain\u00b7e\u00b7s parmi eux\u00b7elles ne sont pas capables de payer leurs soins de sant\u00e9, n\u2019attendaient que la mort. Les m\u00e9decins et les gardes-malades passent des nuits blanches pour essayer de sauver la situation, mais en vain. Il y a beaucoup de morts dans une m\u00eame nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le roman de C\u00e9line, nous remarquons la douleur dont souffre une femme hospitalis\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Rancy. Elle souffre de constipation et de cancer. Une autre chose que nous constatons est que le fait de se procurer de l\u2019argent pour devenir riche n\u2019est pas la finalit\u00e9 premi\u00e8re du travail du personnage. Ferdinand Bardamu n\u2019accepte pas d\u2019\u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 par les malades qui, eux aussi, se trouvent dans des conditions tr\u00e8s insupportables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce comportement est tout \u00e0 fait contraire aux habitudes sociales, car la soci\u00e9t\u00e9 exige de payer un service accompli ou rendu. Cette attitude du personnage peut susciter l\u2019incompr\u00e9hension chez beaucoup de gens, mais Bardamu reste convaincu qu\u2019il ne faut pas ajouter le drame au drame. Louis-Ferdinand C\u00e9line consid\u00e8re que toute personne qui se fait honorer par le pauvre est un voleur purement et simplement. Les pauvres n\u2019ont pas de quoi mettre sous la dent, faut-il encore leur prendre de l\u2019argent pour des honoraires\u00a0? La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l\u2019humain r\u00e9side dans le d\u00e9laissement de la r\u00e9mun\u00e9ration. C\u2019est pourquoi Bardamu rejette cat\u00e9goriquement la somme d\u2019argent qu\u2019il doit recevoir pour les services m\u00e9dicaux rendus aux malades. La seule satisfaction que tire Bardamu devant les malades est de les servir b\u00e9n\u00e9volement.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La mort<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La mort in\u00e9luctable est toujours pr\u00e9sente dans cette \u0153uvre et l\u2019auteur la pr\u00e9sente comme la pi\u00e8ce ma\u00eetresse du jeu qui fait tomber les forces vitales des \u00eatres vivants. La mort oblige l\u2019humain \u00e0 se cr\u00e9er des raisons de vivre en d\u00e9pit d\u2019une existence pr\u00e9caire. Ce faisant, l\u2019humain ne d\u00e9tient nullement les clefs du myst\u00e8re de la mort qui est aussi bien le myst\u00e8re de la vie. Toutefois, la mort n\u2019est pas ce qui fait l\u2019\u00e9chec, elle est ce qui fait surgir la vie. Apr\u00e8s la mort, C\u00e9line (1932, p.\u00a0479) souligne que la vie continue\u00a0: \u00ab<em>\u00a0<\/em>Le bonheur sur terre \u00e7a serait mourir avec plaisir le reste c\u2019est rien du tout, c\u2019est de la peur qu\u2019on n\u2019ose pas avouer.\u00a0\u00bb Le romancier accentue finalement cette vision dramatique de la mort. Il l\u2019inscrit dans une conception fantastique et apocalyptique du monde. Le roman \u00e9voque des souffrances d\u2019une humanit\u00e9 crucifi\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019image de la mort renvoie \u00e0 l\u2019image du gouffre, \u00e0 la sensation d\u2019une angoisse t\u00e9n\u00e9breuse. Ce roman connote la mort infernale dont le narrateur a pu avoir connaissance lors de la guerre, au front, \u00e0 l\u2019abattoir. De toute fa\u00e7on, l\u2019auteur critique la m\u00e9diocrit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque et proclame l\u2019absurdit\u00e9 de la vie. Il d\u00e9nonce sans complaisance l\u2019hypocrisie universelle. Aussi sommes-nous en droit d\u2019affirmer que Louis-Ferdinand C\u00e9line raille la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise o\u00f9 il voit l\u2019incarnation du mal. Il comprend que la mort ne concerne pas uniquement les humains. La culture peut aussi dispara\u00eetre. Cette mort se fait de plus en plus sentir chez l\u2019humain. Le passage suivant du personnage central marque cette \u00e9pouvante\u00a0: \u00ab\u00a0Je vais mourir\u00a0\u00bb (C\u00e9line, 1932, p.\u00a0471).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La mort menace les civilisations au-del\u00e0 de toutes les formules politiques. Elle est inscrite dans les ressorts du subconscient. Palmelas (1992, p.\u00a098) dira alors que \u00ab\u00a0la rue des hommes a un sens unique, la mort tient tous les caf\u00e9s. C\u2019est la belote au sang qui nous attire et nous garde\u00a0\u00bb. Le roman de C\u00e9line fait \u00e9cho au roman <em>La mort de Sylvestre<\/em> de Pierre Loti qui relate l\u2019histoire de Sylvestre, un jeune Breton qui a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 et est mort sur le chemin de l\u2019h\u00f4pital. Il rappelle aussi le personnage Elie Faure d\u2019\u00c9mile Zola. L\u2019auteur de <em>Germinal <\/em>propose une peinture du nihilisme et de la mort\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne peut croire \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9, son pessimisme transcendant le rejette sur le vrai monde dont l\u2019horreur le renvoie \u00e0 la mort, toujours \u00e0 la mort\u00a0\u00bb (1885, p.\u00a068).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette exp\u00e9rience de la mort, la pr\u00e9pond\u00e9rance de l\u2019angoisse existentielle reste tr\u00e8s visible. Jean Lacroix (1956, p.\u00a080) souligne que la mort est l\u2019expression radicale de l\u2019\u00e9chec\u00a0: \u00ab\u00a0en elle [la mort] s\u2019identifient l\u2019absolu de l\u2019\u00e9chec subjectif et l\u2019absolu de l\u2019\u00e9chec objectif\u00a0\u00bb. C\u2019est donc cette hantise de la mort qui suscite chez Bardamu le mythe de l\u2019\u00e9ternel d\u00e9part.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette note retrace les d\u00e9placements perp\u00e9tuels de Bardamu. Ces d\u00e9placements se r\u00e9alisent dans un contexte de guerre, en Afrique, en Am\u00e9rique et en Europe. L\u2019auteur revient, avec sa plume path\u00e9tique, sur l\u2019errance et l\u2019absurdit\u00e9 du personnage principal. L\u2019incendie de sa case africaine est la marque d\u2019un d\u00e9sespoir et de l\u2019envie pressante de repartir. L\u00e0 o\u00f9 il va, il ne choisit pas d\u2019y rester tr\u00e8s longtemps. Il repart encore. Ce retour \u00e9ternel vers les lieux des origines est le signe d\u2019une vie douloureuse.\u00a0 Demeurer au m\u00eame endroit fait na\u00eetre une sorte d\u2019angoisse pour \u00a0Bardamu. Dans le roman c\u00e9linien, il n\u2019y a pas d\u2019amiti\u00e9 et les amours sont pr\u00e9caires. Devant la menace du fort, des faibles se sentent solidaires, ils \u00e9prouvent cette solidarit\u00e9 et sympathisent. Ils n\u2019ont pas choisi de se rencontrer et ils se quitteront un jour. Mais, ils ne savent ni l\u2019heure ni le jour.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Almelas, Palmelas.\u00a0 1992. <em>Les Id\u00e9es de C\u00e9line<\/em>. Paris\u00a0: Berg international.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">C\u00e9line, Louis- Ferdinand. 1932. <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lacroix, Jean. 1965. <em>L\u2019<\/em><em>\u00c9<\/em><em>chec.<\/em> Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Zola, \u00c9mile. 1885. <em>Germinal.<\/em> Paris\u00a0: Hatier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Voltaire.\u00a01759.\u00a0 <em>Candide ou l\u2019optimisme<\/em>.\u00a0 Gen\u00e8ve\u00a0: Cramer.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/nsengiyumva\">R\u00e9my NSENGIYUMVA<\/a><\/strong><br \/>R\u00e9my NSENGIYUMVA est enseignant-chercheur attach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure du Burundi depuis 2009. Il a d\u00e9but\u00e9 sa vie professionnelle par une formation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Burundi et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar o\u00f9 il a soutenu sa th\u00e8se en novembre 2015 sur la didactique des langues. Il est auteur de plusieurs communications pr\u00e9sent\u00e9es dans des rencontres scientifiques, des articles publi\u00e9s dans des revues scientifiques internationales et des ouvrages collectifs sur les savoirs locaux. Il est aussi chercheur au sein de l&rsquo;unit\u00e9 de recherche UReLDS de l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure du Burundi. R\u00e9my Nsengiyumva  est responsable de la revue Mashamba.<br \/>\nPour contacter l&rsquo;auteur : nsengiremy15@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":11,"menu_order":12,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["nsengiyumva"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[221],"license":[],"class_list":["post-218","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-bardamu","motscles-itineraire","motscles-louis-ferdinand-celine","motscles-recit-de-voyage","keywords-bardamu","keywords-itinerary","keywords-louis-ferdinand-celine","keywords-travel-story","contributor-nsengiyumva"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/218\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":692,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/218\/revisions\/692"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/218\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=218"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=218"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}