{"id":476,"date":"2022-10-13T11:25:19","date_gmt":"2022-10-13T09:25:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/?post_type=chapter&#038;p=476"},"modified":"2023-08-15T18:29:47","modified_gmt":"2023-08-15T16:29:47","slug":"nduwayo_et_nikiema2022","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/texte\/nduwayo_et_nikiema2022\/","title":{"rendered":"Quelques aspects de l\u2019interculturel dans \u00ab C\u0153ur de femme d\u2019Adamou Kantagba \u00bb et \u00ab Le Mal de peau \u00bb de Monique Ilboudo"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le monde contemporain vit au rythme des \u00e9changes, de la mondialisation, du dialogue et du transfert des \u00e9l\u00e9ments culturels. Cette mondialisation affecte les hommes, les cultures, les m\u0153urs, les modes de vie, entre autres. Ce mouvement de transferts engendre de nouvelles identit\u00e9s qui transcendent celles dites individuelles ou nationales, ce qui entra\u00eene l\u2019\u00e9mergence des identit\u00e9s hybrides, m\u00e9tisses, transnationales. Il remet en mal l\u2019existence d\u2019un \u00c9tat-nation qui suppose l\u2019existence d\u2019une communaut\u00e9 dot\u00e9e d\u2019une culture homog\u00e8ne. Dans cette optique, la notion de l\u2019unicit\u00e9 culturelle a c\u00e9d\u00e9 la place aux concepts de multiculture, de transculture et d\u2019interculture. Le dernier est celui qui nous int\u00e9resse par allusion \u00e0 interculturel.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept interculturel est compos\u00e9 du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0\u2013inter\u00a0\u00bb qui signifie entre deux ou plusieurs \u00e9l\u00e9ments. Il \u00ab\u00a0indique une mise en relation et une prise en consid\u00e9ration des interactions entre des groupes, des individus, des identit\u00e9s\u00a0\u00bb (Pretceille, 2017, p.\u00a050). L\u2019adjectif \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 la culture et le mot interculturel \u00ab\u00a0se situe par rapport \u00e0 d\u2019autres [mots] ayant le m\u00eame pr\u00e9fixe \u2013 intersubjectivit\u00e9, intercommunication, intertexte, interdiscours, interaction, international, etc. \u2013 et [\u2026] se comprend par rapport \u00e0 des mots comme biculturel, bilingue ou multiculturel\u00a0\u00bb (Semujanga, 1999, p.\u00a08). Il caract\u00e9rise une situation de rencontre et de dialogue entre les cultures.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat de la mobilit\u00e9, qui est \u00e0 l\u2019origine de la situation interculturelle, n\u2019\u00e9pargne pas la litt\u00e9rature qui, elle aussi, est un ph\u00e9nom\u00e8ne social et mondial d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre, elle est un des moyens privil\u00e9gi\u00e9s pour exprimer la rencontre et le dialogue interculturels. Si actuellement, et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, toutes les litt\u00e9ratures sont le lieu d\u2019expression des situations interculturelles, le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus manifeste chez les \u00e9crivains et \u00e9crivaines francophones. Cela tient au contexte dans lequel les litt\u00e9ratures francophones sont n\u00e9es. Elles ont \u00e9merg\u00e9 pendant la p\u00e9riode coloniale et les premiers auteurs et autrices de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, comme d\u2019ailleurs ceux et celles de la deuxi\u00e8me, se servaient de la langue du colonisateur pour \u00e9crire. De cette situation, il en r\u00e9sulte que l\u2019\u00e9crivain.e francophone se sert de la plume pour au moins <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>faire passer deux cultures dans le tamis \u00bb (Anoh, 2015, p. 54). C\u2019est ainsi que cette \u00e9criture \u00ab favorise la cohabitation de cultures diff\u00e9rentes et \u00e9trang\u00e8res l\u2019une \u00e0 l\u2019autre dans une intention d\u2019universalit\u00e9 \u00bb (<em>ibid.<\/em>). Les \u00e9crivains et \u00e9crivaines de la p\u00e9riode coloniale et postcoloniale sont des passeurs et passeuses de cultures. C\u2019est en ce sens que ceux et celles de la p\u00e9riode postcoloniale sont\u00a0d\u00e9crits comme \u00ab\u00a0des nomades \u00e9voluant entre plusieurs pays, plusieurs langues et plusieurs cultures, et c\u2019est sans complexe qu\u2019ils s\u2019installent dans l\u2019hybride nagu\u00e8re vilipend\u00e9 par l\u2019auteur de <em>L\u2019Aventure ambigu\u00eb<\/em> \u00bb (J. Chevrier, 2004, p. 100). En cons\u00e9quence, ils sont transnationaux, interculturels ou transculturels. Dans une \u0153uvre litt\u00e9raire, l\u2019interculturalit\u00e9 se manifeste par <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>la capacit\u00e9 d\u2019un espace litt\u00e9raire \u00e0 accueillir les voix venues d\u2019autres horizons \u00bb (Anoh, <em>ibid<\/em>., p.\u00a049). Cette capacit\u00e9 d\u2019accueil peut se lire au niveau th\u00e9matique par le comportement des personnages romanesques d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre, au niveau formel \u00e0 travers les pratiques d\u2019\u00e9criture. Ainsi, les romans d\u2019Adamou Kantagba (<em>C\u0153ur de femme<\/em>) et de Monique Ilboudo (<em>Le Mal de peau<\/em>) illustrent cette situation de rencontre et de cohabitation culturelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse s\u2019appuie sur l\u2019interculturalit\u00e9 en litt\u00e9rature. Elle consiste \u00e0 observer l\u2019interaction des facteurs propres aux diff\u00e9rentes cultures qui se trouvent en contact dans les productions des deux auteur-e-s, la mise en circulation et la lecture dans leurs textes. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit d\u2019examiner les raisons qui d\u00e9terminent dans un pays donn\u00e9 le recours \u00e0 tel ou tel aspect d\u2019une culture \u00e9trang\u00e8re, la mani\u00e8re dont les paradigmes culturels d\u2019accueil informent ces emprunts, qui ne sont pas de pures et simples influences. Pour ce faire, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 la juxtaposition des signes culturels et \u00e0 l\u2019\u00e9criture du fragment.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le dialogue des signes<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette section, nous voulons montrer comment les romans laissent d\u00e9couvrir une cohabitation des signes culturels du pays d\u2019origine des auteur-e-s et ceux d\u2019autres pays. Ces romans affichent une nette volont\u00e9 des auteur-e-s de remettre en cause <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>l\u2019unicit\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rents culturels et identitaires \u00bb (Chartier, 2002, p. 304) et sont le lieu d\u2019expression de plusieurs cultures qui forment un ensemble hybride.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un premier temps, <em>C\u0153ur de femme <\/em>fait allusion \u00e0 des lieux et des \u00e9l\u00e9ments hautement culturels et embl\u00e9matiques appartenant \u00e0 divers pays et n'autorise pas une lecture monoculturelle des identit\u00e9s mises en \u00e9vidence. C\u2019est le cas de l\u2019ONU (Kantagba, 2014, p.\u00a063), l\u2019UNESCO (p.\u00a089), l\u2019OUA (p.\u00a063) et le franc CFA (p.\u00a043). Les trois premiers lieux sont de grandes institutions internationales regroupant plusieurs pays qui se respectent mutuellement dans leur diversit\u00e9 culturelle et identitaire. Elles sont le symbole de l\u2019unit\u00e9 dans la diff\u00e9rence et l\u2019espace o\u00f9 l\u2019\u00e9change et le dialogue interculturels s\u2019expriment le mieux qu\u2019ailleurs. L\u2019on pourrait ajouter la Tour Eiffel (p.\u00a081), la statue de la Libert\u00e9, des gravures rupestres de Kinno, non loin du village natal d\u2019Ang\u00e8le, des ruines de Nonki, de la mare aux ca\u00efmans sacr\u00e9s (p.\u00a089) qui sont \u00e9galement des espaces hautement symboliques d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre, l\u2019\u00e9vocation des grandes villes et espaces divers, ce qui fait du roman un carrefour de cultures et de civilisations diff\u00e9rentes. Il s\u2019agit des villes et des pays comme Paris et ses a\u00e9roports (Roissy Charles de Gaulle et Bourget), Londres, Madrid, Rome (p.\u00a038), New York (p.\u00a081), Australie (p.\u00a041), Guin\u00e9e, Lib\u00e9ria (p.\u00a085), etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un second temps, une autre manifestation de la juxtaposition des signes culturels est l\u2019alternance entre les espaces narratifs dans lesquels \u00e9voluent les personnages; tant\u00f4t dans leurs pays natals, tant\u00f4t en terres \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est le cas de Boga, qui habite d\u2019abord dans son village natal, puis part en ville pour les \u00e9tudes de licence et de DEA \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Koira-Noma I. Apr\u00e8s la soutenance de son m\u00e9moire de DEA, l\u2019Universit\u00e9 de Serenne 1 lui offre une bourse de doctorat et il s\u2019embarque pour la France. Il y rencontre d\u2019autres compatriotes qui y sont arriv\u00e9s bien avant lui. Il s\u2019agit entre autres \u00ab de Mademoiselle Ang\u00e8le Kiz\u2026, Amadou et Narcisse... et leur \u00e9pouse Fran\u00e7oise et Genevi\u00e8ve \u00bb (p. 84). Pour Amadou et Narcisse, l\u2019interculturalit\u00e9 ne s\u2019exprime pas seulement dans le fait qu\u2019ils \u00e9voluent en France alors qu\u2019ils sont makyssois, mais \u00e9galement parce qu\u2019ils ont \u00e9pous\u00e9 des Fran\u00e7aises et sont devenus \u00ab citoyens fran\u00e7ais depuis quelques ann\u00e9es par la voie du mariage \u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a085). Pour Boga et Ang\u00e8le, l\u2019auteur \u00e9crit qu\u2019ils continuent de vivre les cultures de leur pays, ce qui fait d\u2019eux des m\u00e9tis culturels. Parlant de Boga, il dit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quoique loin du pays, les enseignements du terroir r\u00e9sonnaient encore en Boga. Comment saurait-il les oublier? Ces proverbes, ces devises, ces devinettes appris au clair de lune \u00e0 travers des veill\u00e9es de contes autour d\u2019un fagot de bois. Ces le\u00e7ons avaient berc\u00e9 son enfance, il se les rappellerait toute sa vie (Kantagba, 2014, p.\u00a0100).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ang\u00e8le, titulaire d\u2019une licence en management culturel, pr\u00e9pare son master dans l\u2019espoir de rentrer au pays natal pour valoriser la culture de son pays. Son ambition d\u00e9borde le cadre national pour se situer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, comme le laisse entendre le roman\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ses nuits de Paris \u00e9taient remplies de Makysso. Elle revoyait en m\u00e9moire tous ces sites qu\u2019il fallait valoriser, promouvoir en vue de leur inscription sur la liste du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO. Elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pench\u00e9e sur la question et elle savait que le crit\u00e8re principal qu\u2019exigeait cette structure des Nations unies \u00e9tait que les sites ou les monuments rev\u00eatent une importance capitale pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire que la valeur immat\u00e9rielle ou mat\u00e9rielle contenue dans ces sites est si importante qu\u2019ils n\u2019appartiennent plus \u00e0 une communaut\u00e9, \u00e0 une ethnie, \u00e0 un pays, mais au monde entier (Kantagba, 2014, p.\u00a089).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interculturalit\u00e9 op\u00e8re \u00e9galement dans la variation onomastique des personnages et dans le lexique religieux utilis\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 des personnages, nous avons Boga, Solange, Junior, Mamouna, Seydou, Nouas, Baga, Ang\u00e8le, Amadou, Narcisse, etc. qui sont des pr\u00e9noms traduisant l\u2019appartenance \u00e0 diverses cultures. On peut d\u00e9celer des pr\u00e9noms renvoyant \u00e0 la culture occidentale par l\u2019allusion \u00e0 la religion catholique (Ang\u00e8le, Solange, Narcisse, Junior\u2026) et d\u2019autres qui renvoient \u00e0 la culture africaine par leur consonance islamique (Amadou et Mamouna). De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, nous avons le recours au lexique religieux traduisant \u00e9galement cette cohabitation entre les cultures. Il s\u2019agit de\u00a0: \u00e9glise Saint-Michel (p.\u00a055), arbre de No\u00ebl (p.\u00a055), groupe de chr\u00e9tiens (p.\u00a055), croix, gros crucifix (p.\u00a055), s\u0153ur en christ (p.55), fid\u00e8les (p.\u00a055), les voix du Seigneur (p.\u00a058), Minaret (p.\u00a059), muezzin (p.\u00a059), etc. Ces personnages vivent en harmonie et s\u2019influencent forc\u00e9ment culturellement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Le mal de peau<\/em> \u00e9galement, on assiste \u00e0 l\u2019alternance des espaces narratifs dans lesquels \u00e9voluent certains personnages\u00a0: Tinga, en Afrique de l\u2019Ouest et la France. Un colonisateur blanc que les Tinganais appellent \u00ab\u00a0Miss\u00e9 le Coumandon\u00a0\u00bb (Monsieur le Commandant) quitte la France et s\u2019installe comme colonisateur \u00e0 Tinga. Il s\u2019int\u00e8gre dans la soci\u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ait, avec Sibila Madeleine, un enfant d\u00e9nomm\u00e9 Cathy. Cet enfant, r\u00e9sultat du m\u00e9tissage entre un Fran\u00e7ais et une Tinganaise, part \u00e0 son tour en France faire les \u00e9tudes d\u2019architecture.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On observe aussi l\u2019interculturalit\u00e9 dans les pr\u00e9noms des personnages. Dans le roman, il y a la pr\u00e9dominance des pr\u00e9noms d\u2019origine chr\u00e9tienne, et par-del\u00e0, ils font allusion au monde occidental, tels que Jean-Fran\u00e7ois, B\u00e9atrice, Colette, Auguste, R\u00e9gis, In\u00e8s, Jos\u00e9, Henri, Jean-Jack, Zacharie, Emmanuel, Laurent, S\u00e9bastien, Philom\u00e8ne, S\u0153ur Marie Blanche, S\u0153ur Marie Antoinette, etc. D\u2019autres pr\u00e9noms renvoient \u00e0 la culture africaine. En effet, en dehors de Sibila Madeleine qui se trouve \u00e9cartel\u00e9e entre la culture africaine dont elle souffre de certains aspects et la culture chr\u00e9tienne o\u00f9 l\u2019on rechigne \u00e0 lui accorder le bapt\u00eame, l\u2019on classe essentiellement les pr\u00e9noms comme suit\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u2013 ceux d\u2019origine purement africaine ou africanis\u00e9e\u00a0: Sibiri, Ba\u2019 Timbila, Tambi\u2026<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u2013 ceux d\u2019origine islamique\u00a0: Moussa, Abdoul S\u00e9n\u00e9\u2026<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9criture du fragment<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Fragment\u00a0\u00bb est un nom d\u00e9riv\u00e9 d\u2019un autre nom \u00ab\u00a0fragmentation\u00a0\u00bb et du verbe \u00ab\u00a0fragmenter\u00a0\u00bb. La fragmentation est l\u2019action de morceler quelque chose. <em>Le Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em> (2016 [2002],\u00a0p.\u00a0307) montre que le fragment poss\u00e8de trois significations. D\u2019apr\u00e8s la premi\u00e8re, il est ce qui reste d\u2019un ouvrage ancien, r\u00e9sidu d\u2019une totalit\u00e9 que les hasards de l\u2019histoire nous ont fait parvenir. Ensuite, c\u2019est un extrait tir\u00e9 de mani\u00e8re volontaire, d\u2019un livre, d\u2019un discours. Enfin, le terme d\u00e9signe un sous-genre litt\u00e9raire, car il s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t une esth\u00e9tique du fragment o\u00f9 celui-ci est consid\u00e9r\u00e9 pour lui-m\u00eame, sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une organisation englobante. Avec cette derni\u00e8re acception, le terme est devenu parfois le signe d\u2019une certaine modernit\u00e9. En ce sens, le fragment renferme quelque chose de discontinu, d\u2019inachev\u00e9 et de manque de cl\u00f4ture du texte. En cons\u00e9quence, la fragmentation renvoie \u00e0 ce que Joseph Par\u00e9 (1997) appelle la d\u00e9multiplication du r\u00e9cit dans son essai sur le roman africain francophone. Ce critique trouve cette pratique singuli\u00e8re\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui est singulier sur le plan de l\u2019organisation de la narration, c\u2019est que le r\u00e9cit (ou les r\u00e9cits) s\u2019actualise (nt) \u00e0 partir de diverses sources de telle sorte qu\u2019on est confront\u00e9 \u00e0 une d\u00e9multiplication des instances narratives. [\u2026]. La construction du r\u00e9cit se pr\u00e9sente, avant tout, comme la n\u00e9gation des principes constitutifs de l\u2019\u0153uvre de fiction qui suppose entre autres aspects une di\u00e9g\u00e8se, un r\u00e9cit bien organis\u00e9, des foyers narratifs bien structur\u00e9s, etc. (Par\u00e9, 1997,\u00a0p.\u00a065).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les lettres francophones, l\u2019\u00e9criture du fragment est la r\u00e9sultante des mouvements migratoires qui ont fait \u00e9clater les fronti\u00e8res \u00e9tatiques et modifi\u00e9 les modes de vie et les productions culturelles de l\u2019\u00e9poque contemporaine\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les nouvelles exigences identitaires suscit\u00e9es par les mouvements migratoires vers l\u2019Europe, l\u2019exil, les pesanteurs id\u00e9ologiques de l\u2019\u00e9poque postcoloniale et, surtout, l\u2019hybridit\u00e9 culturelle n\u00e9e de la rencontre de plus en plus ouverte avec le monde semblent apporter des modifications notoires dans le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique du roman africain (Komlan Gbanou, 2004, p.\u00a083).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pratique d\u2019\u00e9criture n\u2019affecte pas seulement les th\u00e8mes explor\u00e9s, mais \u00e9galement la structure formelle des textes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des modifications profondes dans le projet litt\u00e9raire voient le jour, qui n\u2019affectent pas seulement les probl\u00e9matiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les r\u00e9cits, mais se proposent comme une v\u00e9ritable scl\u00e9rose de la forme par des configurations tous azimuts du genre romanesque, une partition ininterrompue \u00e0 la fois de l\u2019espace textuel et du discours litt\u00e9raire, une mise \u00e0 l\u2019honneur de l\u2019exercice vingti\u00e9miste du collage, du cut up, comme s\u2019il s\u2019agissait de d\u00e9velopper une convergence esth\u00e9tique avec l\u2019\u00e9poque postmoderne du chaos, du d\u00e9sordre, de l\u2019\u00e9ternel recommencement (<em>ibid<\/em>., p.\u00a083-84).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour arriver \u00e0 l\u2019\u00e9criture du fragment, \u00ab\u00a0les \u00e9crivains pratiquent une \u00e9criture de butinage en r\u00e9coltant les mat\u00e9riaux de leurs \u0153uvres dans tous les espaces et dans toutes les cultures\u00a0\u00bb (Nduwayo, 2020,\u00a0p.\u00a0169). L\u2019\u00e9criture du fragment prend plusieurs formes et celles-ci d\u00e9pendent des cultures des auteur-e-s et de ce qu\u2019ils ou elles veulent mettre en exergue. Elle peut se pr\u00e9senter sous forme d\u2019intertextualit\u00e9, d\u2019interm\u00e9dialit\u00e9, d\u2019interg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9, de la polyphonie \u00e9nonciative, de la subdivision du texte en plusieurs parties qui sont autonomes les unes des autres, etc. Dans cette section, nous focalisons notre attention sur l\u2019intertextualit\u00e9 pour montrer comment elle participe \u00e0 la cohabitation des cultures diff\u00e9rentes. Ce concept conna\u00eet plusieurs d\u00e9finitions selon les auteurs et autrices, mais nous le convoquerons dans l\u2019acception propos\u00e9e par Sanou qui l\u2019entend comme\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">l\u2019ensemble des relations qu\u2019un texte peut entretenir avec un ou plusieurs textes, c\u2019est encore la pr\u00e9sence de plusieurs genres litt\u00e9raires dans un texte ou un genre de d\u00e9part. Elle repose sur l\u2019id\u00e9e de dialogisme c\u2019est-\u00e0-dire sur le rapport qu\u2019un \u00e9nonc\u00e9 entretient avec d\u2019autres \u00e9nonc\u00e9s; le dialogisme est une th\u00e9orie de la relation qui existe entre un \u00e9nonc\u00e9 et les autres (Sanou, 2006, p.\u00a0109).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">N\u00e9 dans le contexte de la rencontre entre l\u2019Afrique et l\u2019Occident pendant la p\u00e9riode coloniale, le roman africain est un carrefour de plusieurs cultures et de plusieurs traditions. L\u2019\u00e9crivain ou l\u2019\u00e9crivaine francophone, qui est d\u00e9j\u00e0 un (e) m\u00e9tis (se) culturel (le) parce qu\u2019il\/elle se sert de la langue de l\u2019autre, \u00e9crit un roman (qui est un genre import\u00e9 de l\u2019Occident) en se r\u00e9f\u00e9rant aux r\u00e9alit\u00e9s de sa soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 ce sujet, Mestaoui (2012, p. 212) constate : \u00ab Si le roman est un discours d\u2019importation occidentale, l\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 africaine se fait par le biais d\u2019une r\u00e9cup\u00e9ration des techniques propres \u00e0 la tradition orale \u00bb. De fait, la tradition orale occupe une place de choix dans le roman africain francophone. Dans sa pr\u00e9face \u00e0 l\u2019essai de Mestaoui (2012), D\u00e9rive \u00e9crit : \u00ab L\u2019importance de la tradition orale propre \u00e0 leur aire culturelle a \u00e9t\u00e9 maintes fois soulign\u00e9e comme une des sources privil\u00e9gi\u00e9es de l\u2019imaginaire des romanciers n\u00e9gro-africains, quelle que soit leur langue d\u2019\u00e9criture \u00bb (D\u00e9rive, cit\u00e9 par Mestaoui, 2012, p. 11) . Il ajoute que ce ph\u00e9nom\u00e8ne remonte aux origines de la litt\u00e9rature africaine \u00e9crite qui comporte des \u00ab contes, proverbes, mythes, chroniques, fragments \u00e9piques, qui viennent en quelque sorte \u2018\u2018farcir\u2019\u2019 la fiction romanesque \u00bb (<em>ibid.<\/em>). Les romans que nous \u00e9tudions suivent cette structure.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, dans <em>C\u0153ur de femme<\/em>, par exemple, Adamou Kantagba int\u00e8gre dans le roman le conte, la po\u00e9sie, les proverbes et le juron. Le conte est un genre traditionnel pratiqu\u00e9 dans la litt\u00e9rature africaine orale. Il se transmettait de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration avant l\u2019introduction de l\u2019\u00e9criture. Cette litt\u00e9rature est en opposition avec la litt\u00e9rature europ\u00e9enne qui est \u00e9crite depuis tr\u00e8s longtemps. La principale fonction du conte est didactique. Il donne au lecteur\/lectrice des informations d\u2019ordre culturel et social qui lui permettent de s\u2019int\u00e9grer dans la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est ce que fait le p\u00e8re de Boga dans le roman de Kantagba (p.\u00a021-23). Il apprend \u00e0 ce dernier comment se comporter dans la vie \u00e0 travers l\u2019histoire d\u2019un b\u00fbcheron pauvre et d\u2019un homme riche. Le second demande au premier de lui dire ce dont il a besoin et il le lui donnera jusqu\u2019\u00e0 sa mort pour le soulager de ses difficult\u00e9s. Le b\u00fbcheron lui demande de lui donner une poign\u00e9e de sable, ce qu\u2019il fait pendant une semaine. Mais apr\u00e8s, il rompt leur contrat et refuse de le lui donner; ce qui permet \u00e0 Boga de d\u00e9gager la le\u00e7on de morale suivante\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] je retiens de cette histoire qu\u2019il ne faut compter que sur soi et sur son travail. Ensuite, ajouta-t-il, compter sur autrui c\u2019est \u00eatre \u00e0 la merci de ses sautes d\u2019humeur, de ses caprices\u00a0\u00bb (p.\u00a023). On observe \u00e9galement la pr\u00e9sence de la po\u00e9sie (p.\u00a013, 37, 49, 50, 51, 52, 92, 93), des proverbes (p.\u00a021, 23, 100, etc.) et du juron (p.\u00a0115, 116).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Le Mal de peau<\/em>, il y a le mythe d\u2019Icare dans le chapitre X. Dans la mythologie grecque, Icare est le fils de D\u00e9dale. Il meurt en utilisant des inventions de son p\u00e8re sans tenir compte des avertissements de ce dernier. En effet, avec des ailes fix\u00e9es par le biais de la cire, Icare vole si pr\u00e8s du soleil que la cire fond, entra\u00eenant de ce fait la perte de ses ailes artificielles. D\u00e8s lors, Icare ne peut que tomber \u00e0 la mer et mourir. Icare est de nos jours souvent synonyme d\u2019ambitions d\u00e9mesur\u00e9es, de folie des grandeurs, de m\u00e9galomanie et de t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 insens\u00e9e. C\u2019est dans ce sens que nous pouvons faire le rapprochement avec les agissements de Cathy. En effet, d\u2019une part, Cathy et son p\u00e8re voulaient retourner \u00e0 Tinga tout comme D\u00e9dale et Icare voulaient retourner \u00e0 Ath\u00e8nes. Mais, si Cathy croyait ainsi r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel de la vie en comblant sa m\u00e8re, pour Lemercier ce p\u00e8lerinage avait les allures d\u2019un sacrifice expiatoire; d\u2019autre part, Lemercier, en d\u00e9pit des apparences, n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s favorable \u00e0 ce voyage. Cela pourrait expliquer les changements n\u00e9gatifs qui se sont produits si rapidement \u00e0 son niveau. Cela pourrait expliquer pourquoi\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Elle (Cathy) le trouvait effectivement vieilli, \u00e9tonnamment fl\u00e9tri depuis leur premi\u00e8re rencontre qui datait de quelques mois seulement. Comment avait-il pu s\u2019user en si peu de temps? \u00c0 le voir si apathique, l\u2019air soumis et l\u2019\u0153il \u00e9teint, elle avait l\u2019impression de le mener \u00e0 l\u2019abattoir. [\u2026] Elle avait certes eu l\u2019initiative du voyage, mais Henri Lemercier ne s\u2019y \u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 aucun moment. Il avait m\u00eame trouv\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une excellente id\u00e9e, le seul moyen pour lui de se racheter si cela \u00e9tait encore possible (p.\u00a0238).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 ces indices, ses propres cauchemars et l\u2019incompr\u00e9hension de R\u00e9gis, par rapport \u00e0 ce dessein subit de ramener son p\u00e8re aupr\u00e8s de sa m\u00e8re, Cathy va faire preuve d\u2019une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9fl\u00e9chie. Tout comme Icare qui avait aveugl\u00e9ment fait confiance \u00e0 la technologie la plus avanc\u00e9e de son \u00e9poque, des ailes fix\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la cire, Cathy va emprunter un avion sans jamais faire le lien entre ses cauchemars pr\u00e9monitoires et le voyage qu'elle veut entreprendre. Enfin pour Cathy, l\u2019organisation de ce voyage peut relever de la pr\u00e9tention d\u2019autant plus que, jusqu\u2019\u00e0 la page 201, pour un roman qui en compte 251, \u00ab\u00a0retrouver son p\u00e8re \u00e9tait le v\u0153u le plus cher de Cathy\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, l\u2019id\u00e9e de ramener son p\u00e8re aupr\u00e8s de sa m\u00e8re ne peut \u00eatre per\u00e7ue que comme un caprice, une ambition d\u00e9mesur\u00e9e suite \u00e0 ce qu\u2019elle consid\u00e8re elle-m\u00eame comme \u00ab\u00a0une victoire facile\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, en d\u00e9pit de ces signes concordants, nous nous gardons de vouloir faire croire \u00e0 une reproduction passive de cette mythologie. En effet, contrairement au mythe o\u00f9 seule Icare meurt, dans <em>Le Mal de peau<\/em> tous les passagers de l\u2019avion p\u00e9rissent dans le crash a\u00e9rien. D\u00e8s lors, le mythe d\u2019Icare n\u2019est qu\u2019une voie possible pour interpr\u00e9ter ce roman, entreprise \u00e0 laquelle peut aussi contribuer la trag\u00e9die classique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Le Mal de peau <\/em>pourrait \u00e9galement se lire \u00e0 la lumi\u00e8re de la trag\u00e9die classique. Il nous semble possible de retrouver des relents de la trag\u00e9die classique dans ce roman de Monique Ilboudo, par le biais de la structure, de la dimension symbolique des personnages et du d\u00e9nouement. En effet, si la trag\u00e9die s\u2019articule autour de cinq actes, <em>Le Mal de peau<\/em> lui, est r\u00e9dig\u00e9 en dix chapitres. Cependant, la ressemblance avec la structure de la trag\u00e9die est forte puisque, alternativement, quatre chapitres sont laiss\u00e9s aux faits dont Sibila Madeleine est le noyau, tandis que quatre autres chapitres sont destin\u00e9s \u00e0 pr\u00e9senter les p\u00e9rip\u00e9ties dont Cathy est le point n\u00e9vralgique. Quant au chapitre inaugural et au chapitre final, c\u2019est-\u00e0-dire la pr\u00e9sentation et le d\u00e9nouement, ils concernent aussi bien les faits se d\u00e9roulant \u00e0 Tinga que ceux se d\u00e9roulant en France. Il s\u2019agit donc d\u2019une sorte de pont jet\u00e9 par la m\u00e8re et la fille pour tenter de relier le pass\u00e9 au pr\u00e9sent, de r\u00e9concilier l\u2019Afrique et l\u2019Europe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les p\u00e9rip\u00e9ties dont Sibila Madeleine est le noyau se retrouvent aux chapitres 2, 4, 6 et 8. D\u2019ailleurs, le n\u0153ud de sa crise est atteint au chapitre 8 lorsque le narrateur dit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais \u00e9tait-ce sa faute \u00e0 elle si elle n\u2019avait pu acc\u00e9der au statut de femme honn\u00eate? Elle aurait bien voulu avoir un mari qui s\u2019occup\u00e2t d\u2019elle et de leurs enfants. Mais la naissance de Cathy avait tout compromis d\u00e8s le d\u00e9part. \u00c9tait-elle responsable de cet incident dans sa vie? Tous les hommes qui depuis s\u2019\u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 elle avaient \u00e9t\u00e9 des partis impossibles. La liste \u00e9tait longue\u2026 (p.\u00a0173).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le sommet est atteint lorsque le narrateur dit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Madeleine traversait une crise aigu\u00eb de culpabilisation, et la d\u00e9pression de l\u2019apr\u00e8s-couche n\u2019allait rien arranger \u00e0 la situation. Elle se sentait coupable d\u2019avoir mis au monde des enfants qui, socialement, allaient devoir assumer la difficile condition de \u00ab\u00a0b\u00e2tards\u00a0\u00bb. Cette culpabilit\u00e9, elle l\u2019endossait seule. \u00ab\u00a0Ma principale faute, se disait-elle, c\u2019est de n\u2019avoir pas eu le courage de dispara\u00eetre apr\u00e8s l\u2019outrage subi au bord du Talo\u00a0\u00bb. Elle se disait qu\u2019en survivant \u00e0 cette humiliation, elle avait scell\u00e9 son sort, et celui de l\u2019enfant qui en \u00e9tait n\u00e9 (p.181).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 Cathy, le n\u0153ud de sa crise est atteint au chapitre 9. \u00c0 ce propos, le narrateur raconte\u00a0: \u00ab\u00a0Henri Lemercier \u00e9tait aussi mal \u00e0 l\u2019aise que s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 surpris commettant la pire abjection, et l\u2019image n\u2019\u00e9tait pas vaine. Il se sentait aussi barbouill\u00e9 que s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 plong\u00e9 dans la fange\u00a0\u00bb (p.186). Si le p\u00e8re est embarrass\u00e9, la fille par contre semble r\u00e9aliser sa qu\u00eate. Aussi, le narrateur peut-il ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 elle avait vu M. Lemercier, le pressentiment qu\u2019elle avait depuis des semaines \u00e9tait devenu certitude\u00a0\u00bb (p.188). Et pour confirmer ce succ\u00e8s, Henri Lemercier d\u00e9clare\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Je n\u2019ai pas le front de requ\u00e9rir votre pardon. Ce serait vraiment trop facile, apr\u00e8s ce que je vous ai caus\u00e9 comme mal, de vous demander par une simple phrase, de tout effacer, de tout oublier. [\u2026] Je ne vois pas ce que je pourrai faire pour m\u00e9riter un jour de vous appeler \u00ab\u00a0ma fille!\u00a0\u00bb. Je ne le m\u00e9rite pas. [\u2026]\u00a0Naturellement, je suis pr\u00eat, si vous le d\u00e9sirez, \u00e0 engager les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour vous reconna\u00eetre. C\u2019est le moins que je puisse faire (p.\u00a0221).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais, gris\u00e9e par cette victoire, Cathy commen\u00e7a \u00e0 esquisser un projet inattendu et c\u2019est ce qui allait conduire au d\u00e9nouement tragique du chapitre X. Comme Prom\u00e9th\u00e9e qui est coupable d\u2019avoir d\u00e9rob\u00e9 le feu pour le livrer aux Hommes, Cathy ne se contente pas de retrouver son p\u00e8re, mais se donne de mani\u00e8re incompr\u00e9hensible la mission de le ramener en Afrique afin que \u00ab Miss\u00e9 le coumandon \u00bb retrouve la n\u00e9gresse anonyme qu\u2019il avait viol\u00e9e dans la p\u00e9nombre sur les bords du Talo. Et comme dans la trag\u00e9die o\u00f9 l\u2019homme s\u2019engage dans des batailles perdues d\u2019avance contre des forces obscures, le dessein na\u00eff de la jeune fille tourne au drame suite au crash cons\u00e9cutif \u00e0 l\u2019affrontement entre le commandant de bord et les pirates de l\u2019air de l\u2019UCBL.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En int\u00e9grant ces genres oraux dans les romans, les \u00e9crivain-e-s font dialoguer deux traditions et deux cultures, c\u2019est-\u00e0-dire le roman qui \u00ab\u00a0est un discours d\u2019importation occidentale\u00a0\u00bb (p.\u00a0212) et la litt\u00e9rature orale traditionnelle qui est propre \u00e0 la culture africaine. Le roman dialogue avec le mythe et la trag\u00e9die grecque, ce qui est le signe de l\u2019interculturalit\u00e9. Dans la logique de la litt\u00e9rature orale, les romans sont travers\u00e9s par des pronoms personnels de la premi\u00e8re et de la deuxi\u00e8me personne du singulier et du pluriel, qui sont les marques du discours. On assiste \u00e0 la pr\u00e9sence du couple form\u00e9 par le locuteur et l\u2019allocutaire, signe de la th\u00e9\u00e2tralisation du roman. La th\u00e9\u00e2tralisation romanesque est une caract\u00e9ristique de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire africaine\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Dans les civilisations africaines traditionnelles, la cr\u00e9ation litt\u00e9raire est, d\u2019abord, cr\u00e9ation de formes ob\u00e9issant \u00e0 leur logique propre\u00a0: la th\u00e9\u00e2tralisation. Celle-ci constitue la structure permanente de base des cultures africaines et marque les \u0153uvres de mani\u00e8re originale\u00a0\u00bb (Ngal, 1994, p.\u00a0183). En ce sens, le roman devient un m\u00e9lange de discours des personnages et le r\u00e9cit est pris en charge par un narrateur h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La culture de l\u2019autre s\u2019observe \u00e9galement \u00e0 travers les titres des chapitres du roman de Kantagba, provenant des titres des \u0153uvres des \u00e9crivain-e-s appartenant \u00e0 diverses cultures, ce qui fait \u00e9galement de ce roman un lieu de rencontre entre plusieurs cultures. Ces titres font allusion \u00e0 Semb\u00e8ne Ousmane (<em>\u00d4 pays, mon beau peuple<\/em>, p.\u00a013), Mouloud Feraoun (<em>Le fils du pauvre<\/em>, p.\u00a019), Bernadette Dao (<em>La femme de diable<\/em>, p.\u00a031), Titinga Fr\u00e9d\u00e9ric Pac\u00e9r\u00e9 (<em>\u00c7a tire sous le sahel<\/em>, p.\u00a045); Tahar Ben Jelloun (<em>Visages de femmes<\/em>, p.\u00a055); Andr\u00e9 Nyamba (<em>Avance mon peuple<\/em>, p.\u00a061); Jean-Pierre de Beaumarchais (<em>Le mariage n\u2019aura pas lieu<\/em>, p.\u00a071); Ferdinand Oyono (<em>Un n\u00e8gre \u00e0 Paris<\/em>, p.\u00a091); Mariama Ba (<em>Une si longue lettre<\/em>, p.\u00a0105), Pierre-Claver Ilboudo (<em>Le retour de Yembi<\/em>, p.\u00a0119), etc. Pour justifier pourquoi il a eu recours aux titres des autres, Kantagba \u00e9crit dans l\u2019avant-propos\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le lecteur se rendra sans doute compte au fil des chapitres que leurs titres renvoient pour l\u2019essentiel \u00e0 des ouvrages d\u2019auteurs africains. Bon nombre de ces auteurs ont fait et continuent de faire, pour ceux qui sont encore en vie, les beaux jours de la litt\u00e9rature africaine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par cet artifice, nous voulons, \u00e0 notre modeste niveau, rendre un hommage anthume\/posthume \u00e0 ces hommes et femmes de lettres talentueux dont les \u00e9crits ont berc\u00e9 notre enfance et sans lesquels nous n\u2019aurions certainement pas \u00e9crit (Kantagba, 2014, p.\u00a07).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ce que nous venons d\u2019\u00e9voquer ant\u00e9rieurement, nous pouvons ajouter, sans \u00eatre exhaustifs, la convocation des auteurs et autrices appartenant \u00e0 plusieurs cultures. Le roman fait allusion aux grands penseurs, dont Aristote avec son syllogisme (p.\u00a026), Ren\u00e9 Descartes avec son raisonnement (p.\u00a034), Darwin avec sa th\u00e9orie sur l\u2019adaptation des esp\u00e8ces (p.\u00a032), Albert Camus avec son humanisme (p.\u00a025-26), Platon et Sartre (p.\u00a068), etc.\u00a0Il fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence aux grandes figures litt\u00e9raires, dont La Fontaine (p.\u00a020), Michel de Montaigne (p.\u00a026), Lamartine et Aragon (p.\u00a051), William Shakespeare (p.\u00a047, 49), Ahmadou Kourouma (p.\u00a020, 96), etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse r\u00e9alis\u00e9e montre la pr\u00e9sence de l\u2019interculturel dans le corpus. Le roman est un genre d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par des auteur-e-s africain-e-s. Dans ce contexte, le roman \u00e9crit devient un carrefour de diverses cultures et traditions et s\u2019\u00e9carte un peu de la forme du roman occidental \u00e0 l\u2019origine. Il devient une compilation de fragments en provenance de plusieurs sources, ce qui le rend discontinu, hybride, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, polymorphe, etc. Par cons\u00e9quent, \u00ab\u00a0la notion de genre s\u2019estompe et souligne l\u2019av\u00e8nement des textes transg\u00e9n\u00e9riques fonctionnant comme des r\u00e9\u00e9valuations des genres et des \u0153uvres ant\u00e9rieurs\u00a0\u00bb (Semujanga, 1999, p.\u00a011).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse permet de confirmer l\u2019hypoth\u00e8se de d\u00e9part. Les romans que nous avons \u00e9tudi\u00e9s sont travers\u00e9s par des signes culturels divers pour illustrer leur caract\u00e8re interculturel. Par son essence m\u00eame, l\u2019\u00e9crivain-e africain-e n\u2019a pas besoin de se d\u00e9placer pour \u00e9crire un roman qui pose la probl\u00e9matique de la rencontre interculturelle. De fait, la litt\u00e9rature africaine \u00e9crite est n\u00e9e dans le contexte colonial, car elle est produite par les premier-e-s laur\u00e9at-e-s de l\u2019\u00e9cole coloniale. Cette pratique se poursuit aujourd\u2019hui apr\u00e8s les ind\u00e9pendances par des \u00e9changes qui s\u2019\u00e9tablissent \u00e0 travers le monde entier. Ces \u00e9changes se situent \u00e0 des niveaux divers et se pr\u00e9sentent sous plusieurs formes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, nous avons montr\u00e9 que, dans le corpus, il y a la juxtaposition des signes culturels. Elle se traduit par l\u2019\u00e9vocation de plusieurs lieux, symboles de la cohabitation dans la diversit\u00e9, l\u2019alternance des espaces narratifs dans lesquels \u00e9voluent les personnages, l\u2019onomastique qui renvoie tant\u00f4t \u00e0 l\u2019Occident par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la religion catholique, tant\u00f4t \u00e0 l\u2019Afrique par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la religion musulmane. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019intertextualit\u00e9 qui fait que le roman int\u00e8gre facilement les genres oraux tels que le conte, la po\u00e9sie, les proverbes et le juron. On observe \u00e9galement la convocation de la mythologie grecque et de la trag\u00e9die classique. En cela, il fait dialoguer le roman (d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re) et la litt\u00e9rature orale, propre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 africaine traditionnelle. Cette pratique d\u2019\u00e9criture \u00ab rompt avec le cloisonnement, l\u2019unicit\u00e9 culturelle et identitaire, pour privil\u00e9gier l\u2019approche interculturelle \u00bb (Anoh, 2015, p. 53). Elle engendre la perm\u00e9abilit\u00e9 des fronti\u00e8res entre les cultures et les genres litt\u00e9raires. C\u2019est \u00ab une \u00e9criture de l\u2019exc\u00e8s \u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a054). Elle vise l\u2019universalit\u00e9 des cultures, des modes de vie, de penser et d\u2019agir.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anoh, Didier Brou. 2015.\u00a0Po\u00e9tique des \u00e9critures migrantes dans <em>Le Roi de Kahel<\/em> de Tierno Mon\u00e9nembo. Dans Adama Coulibaly et Yao Louis Konan (dir.), <em>Les \u00e9critures migrantes. De l\u2019exil \u00e0 la migrance litt\u00e9raire dans le roman francophone<\/em> (p. 49-64). Paris : L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aron, Paul, Saint-Jacques, Denis et Viala, Alain (dir.). 2016. <em>Le Dictionnaire du Litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chartier, Daniel. 2002. Les origines de l\u2019\u00e9criture migrante. L\u2019immigration au Qu\u00e9bec au cours des deux derniers si\u00e8cles. <em>Voix et images<\/em>, <em>27<\/em>(2), 303-316.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevrier, Jacques. 2004.\u00a0Afrique(s) sur Seine\u00a0: autour de la notion de \u00ab\u00a0migritude\u00a0\u00bb. <em>Notre Librairie. Revue des litt\u00e9ratures du sud<\/em>, <em>155-156<\/em>, 96-100.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ilboudo, Monique. 2001. <em>Le Mal de peau<\/em>. Paris\u00a0: Le Serpent \u00e0 Plumes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kantagba, Adamou. 2014. <em>C\u0153ur de femme<\/em>. Ouagadougou\u00a0: Educ Afrique.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Komlan Gbanou, Selom. 2004. Le fragmentaire dans le roman francophone africain. <em>Tangence<\/em>, <em>75<\/em>, 83-105.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mestaoui, Lobna. 2012. <em>Tradition orale et esth\u00e9tique romanesque\u00a0: Aux sources de l\u2019imaginaire de Kourouma. Les Soleils des ind\u00e9pendances<\/em> (1968), <em>Monn\u00e8, outrages et d\u00e9fis <\/em>(1990), <em>En attendant le vote des b\u00eates sauvages<\/em> (1998). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nduwayo, Pierre. 2020. Les innovations scripturaires dans <em>C\u0153ur de femme<\/em> d\u2019Adamou Kantagba. <em>Sociotexte<\/em>, <em>7<\/em>, 162-174.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngal, Georges. 1994. <em>Cr\u00e9ation et rupture en litt\u00e9rature africaine<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Par\u00e9, Joseph. 1997. <em>\u00c9critures et discours dans le roman africain francophone post-colonial<\/em>. Ouagadougou\u00a0: Kraal.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pretceille, Martine A. 2017. <em>L\u2019\u00e9ducation interculturelle<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanou, Salaka. 2006. Senghor entre interculturalit\u00e9 et intertextualit\u00e9. Le dialogue des cultures comme fondement de sa pens\u00e9e. <em>Senghor en perspective dans le champ litt\u00e9raire et linguistique <\/em>(p.\u00a099-112), actes de la Journ\u00e9e scientifique internationale organis\u00e9e par le D\u00e9partement de Langues et Litt\u00e9ratures romanes, (Textes r\u00e9unis par Dani\u00e8le LATIN), Li\u00e8ge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Semujanga, Josias. 1999. <em>Dynamique des genres dans le roman africain. \u00c9l\u00e9ments de po\u00e9tique transculturelle<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article se propose d\u2019\u00e9tudier, \u00e0 travers les romans <em>C\u0153ur de femme<\/em> de Adamou Kantagba et <em>Le Mal de peau<\/em> de Monique Ilboudo, comment l\u2019interculturel se manifeste dans les productions litt\u00e9raires des auteurs francophones contemporains. Il a pour objectif de r\u00e9fl\u00e9chir sur la mani\u00e8re dont la culture de l\u2019autre se pr\u00e9sente dans le roman et ses r\u00e9percussions sur la structure du roman. Nous partons de l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle une \u0153uvre litt\u00e9raire \u00e9crite par un auteur ou une autrice francophone remet en cause l\u2019unicit\u00e9 culturelle de la soci\u00e9t\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence et que ce manque d\u2019unit\u00e9 se r\u00e9percute sur la structure du genre romanesque.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/culture\/\">culture<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/genre\/\">genre<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/identite\/\">identit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/interculturel\/\">interculturel<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/litterature\/\">litt\u00e9rature<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This article proposes to study, through the novels Coeur de femme by Adamou Kantagba and Le Mal de peau by Monique Ilboudo, how interculturality manifests itself in the literary productions of contemporary Francophone authors. The aim is to reflect on the way in which the culture of the other is presented in the novel and its repercussions on the structure of the novel. The hypothesis is that a literary work written by a French-speaking author challenges the cultural uniqueness of the society of reference and that this lack of unity has repercussions on the structure of the novel genre.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/culture\/\">culture<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/gender\/\">gender<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/identity\/\">identity<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/intercultural\/\">intercultural<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/literature\/\">literature<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (kiswahili)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Makala hii inalenga kufundisha kupitia Riwaya\u00a0<em>C\u0153ur de Femme<\/em> ya Adamou Kantagba na <em>Le Mal de peau<\/em> ya Monique Ilboudo, jinsi baina ya tamaduni mbalimbali zinavyojidhihirisha katika kazi za kifasihi za watunzi wa Kisasa wanaozungumza Kifaransa. Lengo lake ni kutafakari jinsi utamaduni wa mwingine unavyowasilishwa katika riwaya na athari zake katika muundo wa riwaya. Tukijikita katika Nadhariatete ya mwandishi wa kazi ya\u00a0 Fasihi Andishi ya Kifaransa inatilia shaka upekee wa kitamaduni wa jamii kama rejeleo na kwamba ukosefu huu wa umoja huathiri muundo wa utanzu wa riwaya.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (kiswahili)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/baina-ya-tamaduni\/\">Baina ya Tamaduni<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/ishara-za-kitamaduni\/\">Ishara za kitamaduni<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/mchanganyiko-wa-jinsia\/\">Mchanganyiko wa Jinsia<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/uandishi-wa-vipande\/\">Uandishi wa vipande<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/utambulisho\/\">Utambulisho<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>11 d\u00e9cembre 2021<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>13 octobre 2022<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>27 d\u00e9cembre 2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le monde contemporain vit au rythme des \u00e9changes, de la mondialisation, du dialogue et du transfert des \u00e9l\u00e9ments culturels. Cette mondialisation affecte les hommes, les cultures, les m\u0153urs, les modes de vie, entre autres. Ce mouvement de transferts engendre de nouvelles identit\u00e9s qui transcendent celles dites individuelles ou nationales, ce qui entra\u00eene l\u2019\u00e9mergence des identit\u00e9s hybrides, m\u00e9tisses, transnationales. Il remet en mal l\u2019existence d\u2019un \u00c9tat-nation qui suppose l\u2019existence d\u2019une communaut\u00e9 dot\u00e9e d\u2019une culture homog\u00e8ne. Dans cette optique, la notion de l\u2019unicit\u00e9 culturelle a c\u00e9d\u00e9 la place aux concepts de multiculture, de transculture et d\u2019interculture. Le dernier est celui qui nous int\u00e9resse par allusion \u00e0 interculturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le concept interculturel est compos\u00e9 du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0\u2013inter\u00a0\u00bb qui signifie entre deux ou plusieurs \u00e9l\u00e9ments. Il \u00ab\u00a0indique une mise en relation et une prise en consid\u00e9ration des interactions entre des groupes, des individus, des identit\u00e9s\u00a0\u00bb (Pretceille, 2017, p.\u00a050). L\u2019adjectif \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 la culture et le mot interculturel \u00ab\u00a0se situe par rapport \u00e0 d\u2019autres [mots] ayant le m\u00eame pr\u00e9fixe \u2013 intersubjectivit\u00e9, intercommunication, intertexte, interdiscours, interaction, international, etc. \u2013 et [\u2026] se comprend par rapport \u00e0 des mots comme biculturel, bilingue ou multiculturel\u00a0\u00bb (Semujanga, 1999, p.\u00a08). Il caract\u00e9rise une situation de rencontre et de dialogue entre les cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le constat de la mobilit\u00e9, qui est \u00e0 l\u2019origine de la situation interculturelle, n\u2019\u00e9pargne pas la litt\u00e9rature qui, elle aussi, est un ph\u00e9nom\u00e8ne social et mondial d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre, elle est un des moyens privil\u00e9gi\u00e9s pour exprimer la rencontre et le dialogue interculturels. Si actuellement, et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, toutes les litt\u00e9ratures sont le lieu d\u2019expression des situations interculturelles, le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus manifeste chez les \u00e9crivains et \u00e9crivaines francophones. Cela tient au contexte dans lequel les litt\u00e9ratures francophones sont n\u00e9es. Elles ont \u00e9merg\u00e9 pendant la p\u00e9riode coloniale et les premiers auteurs et autrices de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, comme d\u2019ailleurs ceux et celles de la deuxi\u00e8me, se servaient de la langue du colonisateur pour \u00e9crire. De cette situation, il en r\u00e9sulte que l\u2019\u00e9crivain.e francophone se sert de la plume pour au moins <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>faire passer deux cultures dans le tamis \u00bb (Anoh, 2015, p. 54). C\u2019est ainsi que cette \u00e9criture \u00ab favorise la cohabitation de cultures diff\u00e9rentes et \u00e9trang\u00e8res l\u2019une \u00e0 l\u2019autre dans une intention d\u2019universalit\u00e9 \u00bb (<em>ibid.<\/em>). Les \u00e9crivains et \u00e9crivaines de la p\u00e9riode coloniale et postcoloniale sont des passeurs et passeuses de cultures. C\u2019est en ce sens que ceux et celles de la p\u00e9riode postcoloniale sont\u00a0d\u00e9crits comme \u00ab\u00a0des nomades \u00e9voluant entre plusieurs pays, plusieurs langues et plusieurs cultures, et c\u2019est sans complexe qu\u2019ils s\u2019installent dans l\u2019hybride nagu\u00e8re vilipend\u00e9 par l\u2019auteur de <em>L\u2019Aventure ambigu\u00eb<\/em> \u00bb (J. Chevrier, 2004, p. 100). En cons\u00e9quence, ils sont transnationaux, interculturels ou transculturels. Dans une \u0153uvre litt\u00e9raire, l\u2019interculturalit\u00e9 se manifeste par <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>la capacit\u00e9 d\u2019un espace litt\u00e9raire \u00e0 accueillir les voix venues d\u2019autres horizons \u00bb (Anoh, <em>ibid<\/em>., p.\u00a049). Cette capacit\u00e9 d\u2019accueil peut se lire au niveau th\u00e9matique par le comportement des personnages romanesques d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre, au niveau formel \u00e0 travers les pratiques d\u2019\u00e9criture. Ainsi, les romans d\u2019Adamou Kantagba (<em>C\u0153ur de femme<\/em>) et de Monique Ilboudo (<em>Le Mal de peau<\/em>) illustrent cette situation de rencontre et de cohabitation culturelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse s\u2019appuie sur l\u2019interculturalit\u00e9 en litt\u00e9rature. Elle consiste \u00e0 observer l\u2019interaction des facteurs propres aux diff\u00e9rentes cultures qui se trouvent en contact dans les productions des deux auteur-e-s, la mise en circulation et la lecture dans leurs textes. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit d\u2019examiner les raisons qui d\u00e9terminent dans un pays donn\u00e9 le recours \u00e0 tel ou tel aspect d\u2019une culture \u00e9trang\u00e8re, la mani\u00e8re dont les paradigmes culturels d\u2019accueil informent ces emprunts, qui ne sont pas de pures et simples influences. Pour ce faire, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 la juxtaposition des signes culturels et \u00e0 l\u2019\u00e9criture du fragment.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le dialogue des signes<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette section, nous voulons montrer comment les romans laissent d\u00e9couvrir une cohabitation des signes culturels du pays d\u2019origine des auteur-e-s et ceux d\u2019autres pays. Ces romans affichent une nette volont\u00e9 des auteur-e-s de remettre en cause <strong>\u00ab\u00a0<\/strong>l\u2019unicit\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rents culturels et identitaires \u00bb (Chartier, 2002, p. 304) et sont le lieu d\u2019expression de plusieurs cultures qui forment un ensemble hybride.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un premier temps, <em>C\u0153ur de femme <\/em>fait allusion \u00e0 des lieux et des \u00e9l\u00e9ments hautement culturels et embl\u00e9matiques appartenant \u00e0 divers pays et n&rsquo;autorise pas une lecture monoculturelle des identit\u00e9s mises en \u00e9vidence. C\u2019est le cas de l\u2019ONU (Kantagba, 2014, p.\u00a063), l\u2019UNESCO (p.\u00a089), l\u2019OUA (p.\u00a063) et le franc CFA (p.\u00a043). Les trois premiers lieux sont de grandes institutions internationales regroupant plusieurs pays qui se respectent mutuellement dans leur diversit\u00e9 culturelle et identitaire. Elles sont le symbole de l\u2019unit\u00e9 dans la diff\u00e9rence et l\u2019espace o\u00f9 l\u2019\u00e9change et le dialogue interculturels s\u2019expriment le mieux qu\u2019ailleurs. L\u2019on pourrait ajouter la Tour Eiffel (p.\u00a081), la statue de la Libert\u00e9, des gravures rupestres de Kinno, non loin du village natal d\u2019Ang\u00e8le, des ruines de Nonki, de la mare aux ca\u00efmans sacr\u00e9s (p.\u00a089) qui sont \u00e9galement des espaces hautement symboliques d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre, l\u2019\u00e9vocation des grandes villes et espaces divers, ce qui fait du roman un carrefour de cultures et de civilisations diff\u00e9rentes. Il s\u2019agit des villes et des pays comme Paris et ses a\u00e9roports (Roissy Charles de Gaulle et Bourget), Londres, Madrid, Rome (p.\u00a038), New York (p.\u00a081), Australie (p.\u00a041), Guin\u00e9e, Lib\u00e9ria (p.\u00a085), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un second temps, une autre manifestation de la juxtaposition des signes culturels est l\u2019alternance entre les espaces narratifs dans lesquels \u00e9voluent les personnages; tant\u00f4t dans leurs pays natals, tant\u00f4t en terres \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est le cas de Boga, qui habite d\u2019abord dans son village natal, puis part en ville pour les \u00e9tudes de licence et de DEA \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Koira-Noma I. Apr\u00e8s la soutenance de son m\u00e9moire de DEA, l\u2019Universit\u00e9 de Serenne 1 lui offre une bourse de doctorat et il s\u2019embarque pour la France. Il y rencontre d\u2019autres compatriotes qui y sont arriv\u00e9s bien avant lui. Il s\u2019agit entre autres \u00ab de Mademoiselle Ang\u00e8le Kiz\u2026, Amadou et Narcisse&#8230; et leur \u00e9pouse Fran\u00e7oise et Genevi\u00e8ve \u00bb (p. 84). Pour Amadou et Narcisse, l\u2019interculturalit\u00e9 ne s\u2019exprime pas seulement dans le fait qu\u2019ils \u00e9voluent en France alors qu\u2019ils sont makyssois, mais \u00e9galement parce qu\u2019ils ont \u00e9pous\u00e9 des Fran\u00e7aises et sont devenus \u00ab citoyens fran\u00e7ais depuis quelques ann\u00e9es par la voie du mariage \u00bb (<em>ibid.<\/em>, p.\u00a085). Pour Boga et Ang\u00e8le, l\u2019auteur \u00e9crit qu\u2019ils continuent de vivre les cultures de leur pays, ce qui fait d\u2019eux des m\u00e9tis culturels. Parlant de Boga, il dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Quoique loin du pays, les enseignements du terroir r\u00e9sonnaient encore en Boga. Comment saurait-il les oublier? Ces proverbes, ces devises, ces devinettes appris au clair de lune \u00e0 travers des veill\u00e9es de contes autour d\u2019un fagot de bois. Ces le\u00e7ons avaient berc\u00e9 son enfance, il se les rappellerait toute sa vie (Kantagba, 2014, p.\u00a0100).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ang\u00e8le, titulaire d\u2019une licence en management culturel, pr\u00e9pare son master dans l\u2019espoir de rentrer au pays natal pour valoriser la culture de son pays. Son ambition d\u00e9borde le cadre national pour se situer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, comme le laisse entendre le roman\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ses nuits de Paris \u00e9taient remplies de Makysso. Elle revoyait en m\u00e9moire tous ces sites qu\u2019il fallait valoriser, promouvoir en vue de leur inscription sur la liste du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO. Elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pench\u00e9e sur la question et elle savait que le crit\u00e8re principal qu\u2019exigeait cette structure des Nations unies \u00e9tait que les sites ou les monuments rev\u00eatent une importance capitale pour toute l\u2019humanit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire que la valeur immat\u00e9rielle ou mat\u00e9rielle contenue dans ces sites est si importante qu\u2019ils n\u2019appartiennent plus \u00e0 une communaut\u00e9, \u00e0 une ethnie, \u00e0 un pays, mais au monde entier (Kantagba, 2014, p.\u00a089).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019interculturalit\u00e9 op\u00e8re \u00e9galement dans la variation onomastique des personnages et dans le lexique religieux utilis\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 des personnages, nous avons Boga, Solange, Junior, Mamouna, Seydou, Nouas, Baga, Ang\u00e8le, Amadou, Narcisse, etc. qui sont des pr\u00e9noms traduisant l\u2019appartenance \u00e0 diverses cultures. On peut d\u00e9celer des pr\u00e9noms renvoyant \u00e0 la culture occidentale par l\u2019allusion \u00e0 la religion catholique (Ang\u00e8le, Solange, Narcisse, Junior\u2026) et d\u2019autres qui renvoient \u00e0 la culture africaine par leur consonance islamique (Amadou et Mamouna). De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, nous avons le recours au lexique religieux traduisant \u00e9galement cette cohabitation entre les cultures. Il s\u2019agit de\u00a0: \u00e9glise Saint-Michel (p.\u00a055), arbre de No\u00ebl (p.\u00a055), groupe de chr\u00e9tiens (p.\u00a055), croix, gros crucifix (p.\u00a055), s\u0153ur en christ (p.55), fid\u00e8les (p.\u00a055), les voix du Seigneur (p.\u00a058), Minaret (p.\u00a059), muezzin (p.\u00a059), etc. Ces personnages vivent en harmonie et s\u2019influencent forc\u00e9ment culturellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Le mal de peau<\/em> \u00e9galement, on assiste \u00e0 l\u2019alternance des espaces narratifs dans lesquels \u00e9voluent certains personnages\u00a0: Tinga, en Afrique de l\u2019Ouest et la France. Un colonisateur blanc que les Tinganais appellent \u00ab\u00a0Miss\u00e9 le Coumandon\u00a0\u00bb (Monsieur le Commandant) quitte la France et s\u2019installe comme colonisateur \u00e0 Tinga. Il s\u2019int\u00e8gre dans la soci\u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ait, avec Sibila Madeleine, un enfant d\u00e9nomm\u00e9 Cathy. Cet enfant, r\u00e9sultat du m\u00e9tissage entre un Fran\u00e7ais et une Tinganaise, part \u00e0 son tour en France faire les \u00e9tudes d\u2019architecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On observe aussi l\u2019interculturalit\u00e9 dans les pr\u00e9noms des personnages. Dans le roman, il y a la pr\u00e9dominance des pr\u00e9noms d\u2019origine chr\u00e9tienne, et par-del\u00e0, ils font allusion au monde occidental, tels que Jean-Fran\u00e7ois, B\u00e9atrice, Colette, Auguste, R\u00e9gis, In\u00e8s, Jos\u00e9, Henri, Jean-Jack, Zacharie, Emmanuel, Laurent, S\u00e9bastien, Philom\u00e8ne, S\u0153ur Marie Blanche, S\u0153ur Marie Antoinette, etc. D\u2019autres pr\u00e9noms renvoient \u00e0 la culture africaine. En effet, en dehors de Sibila Madeleine qui se trouve \u00e9cartel\u00e9e entre la culture africaine dont elle souffre de certains aspects et la culture chr\u00e9tienne o\u00f9 l\u2019on rechigne \u00e0 lui accorder le bapt\u00eame, l\u2019on classe essentiellement les pr\u00e9noms comme suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u2013 ceux d\u2019origine purement africaine ou africanis\u00e9e\u00a0: Sibiri, Ba\u2019 Timbila, Tambi\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;padding-left: 40px\">\u2013 ceux d\u2019origine islamique\u00a0: Moussa, Abdoul S\u00e9n\u00e9\u2026<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9criture du fragment<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Fragment\u00a0\u00bb est un nom d\u00e9riv\u00e9 d\u2019un autre nom \u00ab\u00a0fragmentation\u00a0\u00bb et du verbe \u00ab\u00a0fragmenter\u00a0\u00bb. La fragmentation est l\u2019action de morceler quelque chose. <em>Le Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em> (2016 [2002],\u00a0p.\u00a0307) montre que le fragment poss\u00e8de trois significations. D\u2019apr\u00e8s la premi\u00e8re, il est ce qui reste d\u2019un ouvrage ancien, r\u00e9sidu d\u2019une totalit\u00e9 que les hasards de l\u2019histoire nous ont fait parvenir. Ensuite, c\u2019est un extrait tir\u00e9 de mani\u00e8re volontaire, d\u2019un livre, d\u2019un discours. Enfin, le terme d\u00e9signe un sous-genre litt\u00e9raire, car il s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t une esth\u00e9tique du fragment o\u00f9 celui-ci est consid\u00e9r\u00e9 pour lui-m\u00eame, sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une organisation englobante. Avec cette derni\u00e8re acception, le terme est devenu parfois le signe d\u2019une certaine modernit\u00e9. En ce sens, le fragment renferme quelque chose de discontinu, d\u2019inachev\u00e9 et de manque de cl\u00f4ture du texte. En cons\u00e9quence, la fragmentation renvoie \u00e0 ce que Joseph Par\u00e9 (1997) appelle la d\u00e9multiplication du r\u00e9cit dans son essai sur le roman africain francophone. Ce critique trouve cette pratique singuli\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui est singulier sur le plan de l\u2019organisation de la narration, c\u2019est que le r\u00e9cit (ou les r\u00e9cits) s\u2019actualise (nt) \u00e0 partir de diverses sources de telle sorte qu\u2019on est confront\u00e9 \u00e0 une d\u00e9multiplication des instances narratives. [\u2026]. La construction du r\u00e9cit se pr\u00e9sente, avant tout, comme la n\u00e9gation des principes constitutifs de l\u2019\u0153uvre de fiction qui suppose entre autres aspects une di\u00e9g\u00e8se, un r\u00e9cit bien organis\u00e9, des foyers narratifs bien structur\u00e9s, etc. (Par\u00e9, 1997,\u00a0p.\u00a065).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les lettres francophones, l\u2019\u00e9criture du fragment est la r\u00e9sultante des mouvements migratoires qui ont fait \u00e9clater les fronti\u00e8res \u00e9tatiques et modifi\u00e9 les modes de vie et les productions culturelles de l\u2019\u00e9poque contemporaine\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les nouvelles exigences identitaires suscit\u00e9es par les mouvements migratoires vers l\u2019Europe, l\u2019exil, les pesanteurs id\u00e9ologiques de l\u2019\u00e9poque postcoloniale et, surtout, l\u2019hybridit\u00e9 culturelle n\u00e9e de la rencontre de plus en plus ouverte avec le monde semblent apporter des modifications notoires dans le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique du roman africain (Komlan Gbanou, 2004, p.\u00a083).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pratique d\u2019\u00e9criture n\u2019affecte pas seulement les th\u00e8mes explor\u00e9s, mais \u00e9galement la structure formelle des textes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Des modifications profondes dans le projet litt\u00e9raire voient le jour, qui n\u2019affectent pas seulement les probl\u00e9matiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les r\u00e9cits, mais se proposent comme une v\u00e9ritable scl\u00e9rose de la forme par des configurations tous azimuts du genre romanesque, une partition ininterrompue \u00e0 la fois de l\u2019espace textuel et du discours litt\u00e9raire, une mise \u00e0 l\u2019honneur de l\u2019exercice vingti\u00e9miste du collage, du cut up, comme s\u2019il s\u2019agissait de d\u00e9velopper une convergence esth\u00e9tique avec l\u2019\u00e9poque postmoderne du chaos, du d\u00e9sordre, de l\u2019\u00e9ternel recommencement (<em>ibid<\/em>., p.\u00a083-84).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour arriver \u00e0 l\u2019\u00e9criture du fragment, \u00ab\u00a0les \u00e9crivains pratiquent une \u00e9criture de butinage en r\u00e9coltant les mat\u00e9riaux de leurs \u0153uvres dans tous les espaces et dans toutes les cultures\u00a0\u00bb (Nduwayo, 2020,\u00a0p.\u00a0169). L\u2019\u00e9criture du fragment prend plusieurs formes et celles-ci d\u00e9pendent des cultures des auteur-e-s et de ce qu\u2019ils ou elles veulent mettre en exergue. Elle peut se pr\u00e9senter sous forme d\u2019intertextualit\u00e9, d\u2019interm\u00e9dialit\u00e9, d\u2019interg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9, de la polyphonie \u00e9nonciative, de la subdivision du texte en plusieurs parties qui sont autonomes les unes des autres, etc. Dans cette section, nous focalisons notre attention sur l\u2019intertextualit\u00e9 pour montrer comment elle participe \u00e0 la cohabitation des cultures diff\u00e9rentes. Ce concept conna\u00eet plusieurs d\u00e9finitions selon les auteurs et autrices, mais nous le convoquerons dans l\u2019acception propos\u00e9e par Sanou qui l\u2019entend comme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">l\u2019ensemble des relations qu\u2019un texte peut entretenir avec un ou plusieurs textes, c\u2019est encore la pr\u00e9sence de plusieurs genres litt\u00e9raires dans un texte ou un genre de d\u00e9part. Elle repose sur l\u2019id\u00e9e de dialogisme c\u2019est-\u00e0-dire sur le rapport qu\u2019un \u00e9nonc\u00e9 entretient avec d\u2019autres \u00e9nonc\u00e9s; le dialogisme est une th\u00e9orie de la relation qui existe entre un \u00e9nonc\u00e9 et les autres (Sanou, 2006, p.\u00a0109).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">N\u00e9 dans le contexte de la rencontre entre l\u2019Afrique et l\u2019Occident pendant la p\u00e9riode coloniale, le roman africain est un carrefour de plusieurs cultures et de plusieurs traditions. L\u2019\u00e9crivain ou l\u2019\u00e9crivaine francophone, qui est d\u00e9j\u00e0 un (e) m\u00e9tis (se) culturel (le) parce qu\u2019il\/elle se sert de la langue de l\u2019autre, \u00e9crit un roman (qui est un genre import\u00e9 de l\u2019Occident) en se r\u00e9f\u00e9rant aux r\u00e9alit\u00e9s de sa soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 ce sujet, Mestaoui (2012, p. 212) constate : \u00ab Si le roman est un discours d\u2019importation occidentale, l\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 africaine se fait par le biais d\u2019une r\u00e9cup\u00e9ration des techniques propres \u00e0 la tradition orale \u00bb. De fait, la tradition orale occupe une place de choix dans le roman africain francophone. Dans sa pr\u00e9face \u00e0 l\u2019essai de Mestaoui (2012), D\u00e9rive \u00e9crit : \u00ab L\u2019importance de la tradition orale propre \u00e0 leur aire culturelle a \u00e9t\u00e9 maintes fois soulign\u00e9e comme une des sources privil\u00e9gi\u00e9es de l\u2019imaginaire des romanciers n\u00e9gro-africains, quelle que soit leur langue d\u2019\u00e9criture \u00bb (D\u00e9rive, cit\u00e9 par Mestaoui, 2012, p. 11) . Il ajoute que ce ph\u00e9nom\u00e8ne remonte aux origines de la litt\u00e9rature africaine \u00e9crite qui comporte des \u00ab contes, proverbes, mythes, chroniques, fragments \u00e9piques, qui viennent en quelque sorte \u2018\u2018farcir\u2019\u2019 la fiction romanesque \u00bb (<em>ibid.<\/em>). Les romans que nous \u00e9tudions suivent cette structure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, dans <em>C\u0153ur de femme<\/em>, par exemple, Adamou Kantagba int\u00e8gre dans le roman le conte, la po\u00e9sie, les proverbes et le juron. Le conte est un genre traditionnel pratiqu\u00e9 dans la litt\u00e9rature africaine orale. Il se transmettait de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration avant l\u2019introduction de l\u2019\u00e9criture. Cette litt\u00e9rature est en opposition avec la litt\u00e9rature europ\u00e9enne qui est \u00e9crite depuis tr\u00e8s longtemps. La principale fonction du conte est didactique. Il donne au lecteur\/lectrice des informations d\u2019ordre culturel et social qui lui permettent de s\u2019int\u00e9grer dans la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est ce que fait le p\u00e8re de Boga dans le roman de Kantagba (p.\u00a021-23). Il apprend \u00e0 ce dernier comment se comporter dans la vie \u00e0 travers l\u2019histoire d\u2019un b\u00fbcheron pauvre et d\u2019un homme riche. Le second demande au premier de lui dire ce dont il a besoin et il le lui donnera jusqu\u2019\u00e0 sa mort pour le soulager de ses difficult\u00e9s. Le b\u00fbcheron lui demande de lui donner une poign\u00e9e de sable, ce qu\u2019il fait pendant une semaine. Mais apr\u00e8s, il rompt leur contrat et refuse de le lui donner; ce qui permet \u00e0 Boga de d\u00e9gager la le\u00e7on de morale suivante\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] je retiens de cette histoire qu\u2019il ne faut compter que sur soi et sur son travail. Ensuite, ajouta-t-il, compter sur autrui c\u2019est \u00eatre \u00e0 la merci de ses sautes d\u2019humeur, de ses caprices\u00a0\u00bb (p.\u00a023). On observe \u00e9galement la pr\u00e9sence de la po\u00e9sie (p.\u00a013, 37, 49, 50, 51, 52, 92, 93), des proverbes (p.\u00a021, 23, 100, etc.) et du juron (p.\u00a0115, 116).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Le Mal de peau<\/em>, il y a le mythe d\u2019Icare dans le chapitre X. Dans la mythologie grecque, Icare est le fils de D\u00e9dale. Il meurt en utilisant des inventions de son p\u00e8re sans tenir compte des avertissements de ce dernier. En effet, avec des ailes fix\u00e9es par le biais de la cire, Icare vole si pr\u00e8s du soleil que la cire fond, entra\u00eenant de ce fait la perte de ses ailes artificielles. D\u00e8s lors, Icare ne peut que tomber \u00e0 la mer et mourir. Icare est de nos jours souvent synonyme d\u2019ambitions d\u00e9mesur\u00e9es, de folie des grandeurs, de m\u00e9galomanie et de t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 insens\u00e9e. C\u2019est dans ce sens que nous pouvons faire le rapprochement avec les agissements de Cathy. En effet, d\u2019une part, Cathy et son p\u00e8re voulaient retourner \u00e0 Tinga tout comme D\u00e9dale et Icare voulaient retourner \u00e0 Ath\u00e8nes. Mais, si Cathy croyait ainsi r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel de la vie en comblant sa m\u00e8re, pour Lemercier ce p\u00e8lerinage avait les allures d\u2019un sacrifice expiatoire; d\u2019autre part, Lemercier, en d\u00e9pit des apparences, n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s favorable \u00e0 ce voyage. Cela pourrait expliquer les changements n\u00e9gatifs qui se sont produits si rapidement \u00e0 son niveau. Cela pourrait expliquer pourquoi\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle (Cathy) le trouvait effectivement vieilli, \u00e9tonnamment fl\u00e9tri depuis leur premi\u00e8re rencontre qui datait de quelques mois seulement. Comment avait-il pu s\u2019user en si peu de temps? \u00c0 le voir si apathique, l\u2019air soumis et l\u2019\u0153il \u00e9teint, elle avait l\u2019impression de le mener \u00e0 l\u2019abattoir. [\u2026] Elle avait certes eu l\u2019initiative du voyage, mais Henri Lemercier ne s\u2019y \u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 aucun moment. Il avait m\u00eame trouv\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une excellente id\u00e9e, le seul moyen pour lui de se racheter si cela \u00e9tait encore possible (p.\u00a0238).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 ces indices, ses propres cauchemars et l\u2019incompr\u00e9hension de R\u00e9gis, par rapport \u00e0 ce dessein subit de ramener son p\u00e8re aupr\u00e8s de sa m\u00e8re, Cathy va faire preuve d\u2019une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9fl\u00e9chie. Tout comme Icare qui avait aveugl\u00e9ment fait confiance \u00e0 la technologie la plus avanc\u00e9e de son \u00e9poque, des ailes fix\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la cire, Cathy va emprunter un avion sans jamais faire le lien entre ses cauchemars pr\u00e9monitoires et le voyage qu&rsquo;elle veut entreprendre. Enfin pour Cathy, l\u2019organisation de ce voyage peut relever de la pr\u00e9tention d\u2019autant plus que, jusqu\u2019\u00e0 la page 201, pour un roman qui en compte 251, \u00ab\u00a0retrouver son p\u00e8re \u00e9tait le v\u0153u le plus cher de Cathy\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, l\u2019id\u00e9e de ramener son p\u00e8re aupr\u00e8s de sa m\u00e8re ne peut \u00eatre per\u00e7ue que comme un caprice, une ambition d\u00e9mesur\u00e9e suite \u00e0 ce qu\u2019elle consid\u00e8re elle-m\u00eame comme \u00ab\u00a0une victoire facile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, en d\u00e9pit de ces signes concordants, nous nous gardons de vouloir faire croire \u00e0 une reproduction passive de cette mythologie. En effet, contrairement au mythe o\u00f9 seule Icare meurt, dans <em>Le Mal de peau<\/em> tous les passagers de l\u2019avion p\u00e9rissent dans le crash a\u00e9rien. D\u00e8s lors, le mythe d\u2019Icare n\u2019est qu\u2019une voie possible pour interpr\u00e9ter ce roman, entreprise \u00e0 laquelle peut aussi contribuer la trag\u00e9die classique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Le Mal de peau <\/em>pourrait \u00e9galement se lire \u00e0 la lumi\u00e8re de la trag\u00e9die classique. Il nous semble possible de retrouver des relents de la trag\u00e9die classique dans ce roman de Monique Ilboudo, par le biais de la structure, de la dimension symbolique des personnages et du d\u00e9nouement. En effet, si la trag\u00e9die s\u2019articule autour de cinq actes, <em>Le Mal de peau<\/em> lui, est r\u00e9dig\u00e9 en dix chapitres. Cependant, la ressemblance avec la structure de la trag\u00e9die est forte puisque, alternativement, quatre chapitres sont laiss\u00e9s aux faits dont Sibila Madeleine est le noyau, tandis que quatre autres chapitres sont destin\u00e9s \u00e0 pr\u00e9senter les p\u00e9rip\u00e9ties dont Cathy est le point n\u00e9vralgique. Quant au chapitre inaugural et au chapitre final, c\u2019est-\u00e0-dire la pr\u00e9sentation et le d\u00e9nouement, ils concernent aussi bien les faits se d\u00e9roulant \u00e0 Tinga que ceux se d\u00e9roulant en France. Il s\u2019agit donc d\u2019une sorte de pont jet\u00e9 par la m\u00e8re et la fille pour tenter de relier le pass\u00e9 au pr\u00e9sent, de r\u00e9concilier l\u2019Afrique et l\u2019Europe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les p\u00e9rip\u00e9ties dont Sibila Madeleine est le noyau se retrouvent aux chapitres 2, 4, 6 et 8. D\u2019ailleurs, le n\u0153ud de sa crise est atteint au chapitre 8 lorsque le narrateur dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais \u00e9tait-ce sa faute \u00e0 elle si elle n\u2019avait pu acc\u00e9der au statut de femme honn\u00eate? Elle aurait bien voulu avoir un mari qui s\u2019occup\u00e2t d\u2019elle et de leurs enfants. Mais la naissance de Cathy avait tout compromis d\u00e8s le d\u00e9part. \u00c9tait-elle responsable de cet incident dans sa vie? Tous les hommes qui depuis s\u2019\u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 elle avaient \u00e9t\u00e9 des partis impossibles. La liste \u00e9tait longue\u2026 (p.\u00a0173).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le sommet est atteint lorsque le narrateur dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Madeleine traversait une crise aigu\u00eb de culpabilisation, et la d\u00e9pression de l\u2019apr\u00e8s-couche n\u2019allait rien arranger \u00e0 la situation. Elle se sentait coupable d\u2019avoir mis au monde des enfants qui, socialement, allaient devoir assumer la difficile condition de \u00ab\u00a0b\u00e2tards\u00a0\u00bb. Cette culpabilit\u00e9, elle l\u2019endossait seule. \u00ab\u00a0Ma principale faute, se disait-elle, c\u2019est de n\u2019avoir pas eu le courage de dispara\u00eetre apr\u00e8s l\u2019outrage subi au bord du Talo\u00a0\u00bb. Elle se disait qu\u2019en survivant \u00e0 cette humiliation, elle avait scell\u00e9 son sort, et celui de l\u2019enfant qui en \u00e9tait n\u00e9 (p.181).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant \u00e0 Cathy, le n\u0153ud de sa crise est atteint au chapitre 9. \u00c0 ce propos, le narrateur raconte\u00a0: \u00ab\u00a0Henri Lemercier \u00e9tait aussi mal \u00e0 l\u2019aise que s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 surpris commettant la pire abjection, et l\u2019image n\u2019\u00e9tait pas vaine. Il se sentait aussi barbouill\u00e9 que s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 plong\u00e9 dans la fange\u00a0\u00bb (p.186). Si le p\u00e8re est embarrass\u00e9, la fille par contre semble r\u00e9aliser sa qu\u00eate. Aussi, le narrateur peut-il ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 elle avait vu M. Lemercier, le pressentiment qu\u2019elle avait depuis des semaines \u00e9tait devenu certitude\u00a0\u00bb (p.188). Et pour confirmer ce succ\u00e8s, Henri Lemercier d\u00e9clare\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Je n\u2019ai pas le front de requ\u00e9rir votre pardon. Ce serait vraiment trop facile, apr\u00e8s ce que je vous ai caus\u00e9 comme mal, de vous demander par une simple phrase, de tout effacer, de tout oublier. [\u2026] Je ne vois pas ce que je pourrai faire pour m\u00e9riter un jour de vous appeler \u00ab\u00a0ma fille!\u00a0\u00bb. Je ne le m\u00e9rite pas. [\u2026]\u00a0Naturellement, je suis pr\u00eat, si vous le d\u00e9sirez, \u00e0 engager les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour vous reconna\u00eetre. C\u2019est le moins que je puisse faire (p.\u00a0221).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais, gris\u00e9e par cette victoire, Cathy commen\u00e7a \u00e0 esquisser un projet inattendu et c\u2019est ce qui allait conduire au d\u00e9nouement tragique du chapitre X. Comme Prom\u00e9th\u00e9e qui est coupable d\u2019avoir d\u00e9rob\u00e9 le feu pour le livrer aux Hommes, Cathy ne se contente pas de retrouver son p\u00e8re, mais se donne de mani\u00e8re incompr\u00e9hensible la mission de le ramener en Afrique afin que \u00ab Miss\u00e9 le coumandon \u00bb retrouve la n\u00e9gresse anonyme qu\u2019il avait viol\u00e9e dans la p\u00e9nombre sur les bords du Talo. Et comme dans la trag\u00e9die o\u00f9 l\u2019homme s\u2019engage dans des batailles perdues d\u2019avance contre des forces obscures, le dessein na\u00eff de la jeune fille tourne au drame suite au crash cons\u00e9cutif \u00e0 l\u2019affrontement entre le commandant de bord et les pirates de l\u2019air de l\u2019UCBL.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En int\u00e9grant ces genres oraux dans les romans, les \u00e9crivain-e-s font dialoguer deux traditions et deux cultures, c\u2019est-\u00e0-dire le roman qui \u00ab\u00a0est un discours d\u2019importation occidentale\u00a0\u00bb (p.\u00a0212) et la litt\u00e9rature orale traditionnelle qui est propre \u00e0 la culture africaine. Le roman dialogue avec le mythe et la trag\u00e9die grecque, ce qui est le signe de l\u2019interculturalit\u00e9. Dans la logique de la litt\u00e9rature orale, les romans sont travers\u00e9s par des pronoms personnels de la premi\u00e8re et de la deuxi\u00e8me personne du singulier et du pluriel, qui sont les marques du discours. On assiste \u00e0 la pr\u00e9sence du couple form\u00e9 par le locuteur et l\u2019allocutaire, signe de la th\u00e9\u00e2tralisation du roman. La th\u00e9\u00e2tralisation romanesque est une caract\u00e9ristique de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire africaine\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Dans les civilisations africaines traditionnelles, la cr\u00e9ation litt\u00e9raire est, d\u2019abord, cr\u00e9ation de formes ob\u00e9issant \u00e0 leur logique propre\u00a0: la th\u00e9\u00e2tralisation. Celle-ci constitue la structure permanente de base des cultures africaines et marque les \u0153uvres de mani\u00e8re originale\u00a0\u00bb (Ngal, 1994, p.\u00a0183). En ce sens, le roman devient un m\u00e9lange de discours des personnages et le r\u00e9cit est pris en charge par un narrateur h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La culture de l\u2019autre s\u2019observe \u00e9galement \u00e0 travers les titres des chapitres du roman de Kantagba, provenant des titres des \u0153uvres des \u00e9crivain-e-s appartenant \u00e0 diverses cultures, ce qui fait \u00e9galement de ce roman un lieu de rencontre entre plusieurs cultures. Ces titres font allusion \u00e0 Semb\u00e8ne Ousmane (<em>\u00d4 pays, mon beau peuple<\/em>, p.\u00a013), Mouloud Feraoun (<em>Le fils du pauvre<\/em>, p.\u00a019), Bernadette Dao (<em>La femme de diable<\/em>, p.\u00a031), Titinga Fr\u00e9d\u00e9ric Pac\u00e9r\u00e9 (<em>\u00c7a tire sous le sahel<\/em>, p.\u00a045); Tahar Ben Jelloun (<em>Visages de femmes<\/em>, p.\u00a055); Andr\u00e9 Nyamba (<em>Avance mon peuple<\/em>, p.\u00a061); Jean-Pierre de Beaumarchais (<em>Le mariage n\u2019aura pas lieu<\/em>, p.\u00a071); Ferdinand Oyono (<em>Un n\u00e8gre \u00e0 Paris<\/em>, p.\u00a091); Mariama Ba (<em>Une si longue lettre<\/em>, p.\u00a0105), Pierre-Claver Ilboudo (<em>Le retour de Yembi<\/em>, p.\u00a0119), etc. Pour justifier pourquoi il a eu recours aux titres des autres, Kantagba \u00e9crit dans l\u2019avant-propos\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le lecteur se rendra sans doute compte au fil des chapitres que leurs titres renvoient pour l\u2019essentiel \u00e0 des ouvrages d\u2019auteurs africains. Bon nombre de ces auteurs ont fait et continuent de faire, pour ceux qui sont encore en vie, les beaux jours de la litt\u00e9rature africaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par cet artifice, nous voulons, \u00e0 notre modeste niveau, rendre un hommage anthume\/posthume \u00e0 ces hommes et femmes de lettres talentueux dont les \u00e9crits ont berc\u00e9 notre enfance et sans lesquels nous n\u2019aurions certainement pas \u00e9crit (Kantagba, 2014, p.\u00a07).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ce que nous venons d\u2019\u00e9voquer ant\u00e9rieurement, nous pouvons ajouter, sans \u00eatre exhaustifs, la convocation des auteurs et autrices appartenant \u00e0 plusieurs cultures. Le roman fait allusion aux grands penseurs, dont Aristote avec son syllogisme (p.\u00a026), Ren\u00e9 Descartes avec son raisonnement (p.\u00a034), Darwin avec sa th\u00e9orie sur l\u2019adaptation des esp\u00e8ces (p.\u00a032), Albert Camus avec son humanisme (p.\u00a025-26), Platon et Sartre (p.\u00a068), etc.\u00a0Il fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence aux grandes figures litt\u00e9raires, dont La Fontaine (p.\u00a020), Michel de Montaigne (p.\u00a026), Lamartine et Aragon (p.\u00a051), William Shakespeare (p.\u00a047, 49), Ahmadou Kourouma (p.\u00a020, 96), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse r\u00e9alis\u00e9e montre la pr\u00e9sence de l\u2019interculturel dans le corpus. Le roman est un genre d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par des auteur-e-s africain-e-s. Dans ce contexte, le roman \u00e9crit devient un carrefour de diverses cultures et traditions et s\u2019\u00e9carte un peu de la forme du roman occidental \u00e0 l\u2019origine. Il devient une compilation de fragments en provenance de plusieurs sources, ce qui le rend discontinu, hybride, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, polymorphe, etc. Par cons\u00e9quent, \u00ab\u00a0la notion de genre s\u2019estompe et souligne l\u2019av\u00e8nement des textes transg\u00e9n\u00e9riques fonctionnant comme des r\u00e9\u00e9valuations des genres et des \u0153uvres ant\u00e9rieurs\u00a0\u00bb (Semujanga, 1999, p.\u00a011).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette analyse permet de confirmer l\u2019hypoth\u00e8se de d\u00e9part. Les romans que nous avons \u00e9tudi\u00e9s sont travers\u00e9s par des signes culturels divers pour illustrer leur caract\u00e8re interculturel. Par son essence m\u00eame, l\u2019\u00e9crivain-e africain-e n\u2019a pas besoin de se d\u00e9placer pour \u00e9crire un roman qui pose la probl\u00e9matique de la rencontre interculturelle. De fait, la litt\u00e9rature africaine \u00e9crite est n\u00e9e dans le contexte colonial, car elle est produite par les premier-e-s laur\u00e9at-e-s de l\u2019\u00e9cole coloniale. Cette pratique se poursuit aujourd\u2019hui apr\u00e8s les ind\u00e9pendances par des \u00e9changes qui s\u2019\u00e9tablissent \u00e0 travers le monde entier. Ces \u00e9changes se situent \u00e0 des niveaux divers et se pr\u00e9sentent sous plusieurs formes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce sens, nous avons montr\u00e9 que, dans le corpus, il y a la juxtaposition des signes culturels. Elle se traduit par l\u2019\u00e9vocation de plusieurs lieux, symboles de la cohabitation dans la diversit\u00e9, l\u2019alternance des espaces narratifs dans lesquels \u00e9voluent les personnages, l\u2019onomastique qui renvoie tant\u00f4t \u00e0 l\u2019Occident par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la religion catholique, tant\u00f4t \u00e0 l\u2019Afrique par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la religion musulmane. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019intertextualit\u00e9 qui fait que le roman int\u00e8gre facilement les genres oraux tels que le conte, la po\u00e9sie, les proverbes et le juron. On observe \u00e9galement la convocation de la mythologie grecque et de la trag\u00e9die classique. En cela, il fait dialoguer le roman (d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re) et la litt\u00e9rature orale, propre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 africaine traditionnelle. Cette pratique d\u2019\u00e9criture \u00ab rompt avec le cloisonnement, l\u2019unicit\u00e9 culturelle et identitaire, pour privil\u00e9gier l\u2019approche interculturelle \u00bb (Anoh, 2015, p. 53). Elle engendre la perm\u00e9abilit\u00e9 des fronti\u00e8res entre les cultures et les genres litt\u00e9raires. C\u2019est \u00ab une \u00e9criture de l\u2019exc\u00e8s \u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a054). Elle vise l\u2019universalit\u00e9 des cultures, des modes de vie, de penser et d\u2019agir.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Anoh, Didier Brou. 2015.\u00a0Po\u00e9tique des \u00e9critures migrantes dans <em>Le Roi de Kahel<\/em> de Tierno Mon\u00e9nembo. Dans Adama Coulibaly et Yao Louis Konan (dir.), <em>Les \u00e9critures migrantes. De l\u2019exil \u00e0 la migrance litt\u00e9raire dans le roman francophone<\/em> (p. 49-64). Paris : L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aron, Paul, Saint-Jacques, Denis et Viala, Alain (dir.). 2016. <em>Le Dictionnaire du Litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chartier, Daniel. 2002. Les origines de l\u2019\u00e9criture migrante. L\u2019immigration au Qu\u00e9bec au cours des deux derniers si\u00e8cles. <em>Voix et images<\/em>, <em>27<\/em>(2), 303-316.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevrier, Jacques. 2004.\u00a0Afrique(s) sur Seine\u00a0: autour de la notion de \u00ab\u00a0migritude\u00a0\u00bb. <em>Notre Librairie. Revue des litt\u00e9ratures du sud<\/em>, <em>155-156<\/em>, 96-100.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ilboudo, Monique. 2001. <em>Le Mal de peau<\/em>. Paris\u00a0: Le Serpent \u00e0 Plumes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kantagba, Adamou. 2014. <em>C\u0153ur de femme<\/em>. Ouagadougou\u00a0: Educ Afrique.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Komlan Gbanou, Selom. 2004. Le fragmentaire dans le roman francophone africain. <em>Tangence<\/em>, <em>75<\/em>, 83-105.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mestaoui, Lobna. 2012. <em>Tradition orale et esth\u00e9tique romanesque\u00a0: Aux sources de l\u2019imaginaire de Kourouma. Les Soleils des ind\u00e9pendances<\/em> (1968), <em>Monn\u00e8, outrages et d\u00e9fis <\/em>(1990), <em>En attendant le vote des b\u00eates sauvages<\/em> (1998). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nduwayo, Pierre. 2020. Les innovations scripturaires dans <em>C\u0153ur de femme<\/em> d\u2019Adamou Kantagba. <em>Sociotexte<\/em>, <em>7<\/em>, 162-174.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ngal, Georges. 1994. <em>Cr\u00e9ation et rupture en litt\u00e9rature africaine<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Par\u00e9, Joseph. 1997. <em>\u00c9critures et discours dans le roman africain francophone post-colonial<\/em>. Ouagadougou\u00a0: Kraal.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pretceille, Martine A. 2017. <em>L\u2019\u00e9ducation interculturelle<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sanou, Salaka. 2006. Senghor entre interculturalit\u00e9 et intertextualit\u00e9. Le dialogue des cultures comme fondement de sa pens\u00e9e. <em>Senghor en perspective dans le champ litt\u00e9raire et linguistique <\/em>(p.\u00a099-112), actes de la Journ\u00e9e scientifique internationale organis\u00e9e par le D\u00e9partement de Langues et Litt\u00e9ratures romanes, (Textes r\u00e9unis par Dani\u00e8le LATIN), Li\u00e8ge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Semujanga, Josias. 1999. <em>Dynamique des genres dans le roman africain. \u00c9l\u00e9ments de po\u00e9tique transculturelle<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/pierre-nduwayo\">Pierre NDUWAYO<\/a><\/strong><br \/>Titulaire d\u2019un doctorat en litt\u00e9ratures francophones apr\u00e8s une th\u00e8se soutenue en janvier 2020 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Joseph Ki-Zerbo (Ouagadougou), l&rsquo;auteur est enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure du Burundi o\u00f9 il est Charg\u00e9 de cours. Ses recherches portent sur les nouvelles \u00e9critures africaines, la litt\u00e9rature et les transferts culturels. Il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit quatre articles.<br \/>\nContact : nduwapetro1639@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/h-kader-aristide-nikiema\">H. Kader Aristide NIKIEMA<\/a><\/strong><br \/>Titulaire d&rsquo;un doctorat en litt\u00e9ratures francophones soutenu \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Joseph Ki-Zerbo en d\u00e9cembre 2020, l&rsquo;auteur travaille sur la litt\u00e9rature africaine, la culture mat\u00e9rielle et la culture immat\u00e9rielle, la chromatique, l&rsquo;iconographie, la paratextualit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9dition.<br \/>\nContact : tontonaristide@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":11,"menu_order":5,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["pierre-nduwayo","h-kader-aristide-nikiema"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[250,249],"license":[],"class_list":["post-476","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-culture","motscles-genre","motscles-identite","motscles-interculturel","motscles-litterature","keywords-culture","keywords-gender","keywords-identity","keywords-intercultural","keywords-literature","motscles-autre-baina-ya-tamaduni","motscles-autre-ishara-za-kitamaduni","motscles-autre-mchanganyiko-wa-jinsia","motscles-autre-uandishi-wa-vipande","motscles-autre-utambulisho","contributor-h-kader-aristide-nikiema","contributor-pierre-nduwayo"],"part":473,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/476","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/476\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":478,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/476\/revisions\/478"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/473"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/476\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=476"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=476"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=476"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=476"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}