{"id":487,"date":"2022-11-09T17:34:12","date_gmt":"2022-11-09T16:34:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/?post_type=chapter&#038;p=487"},"modified":"2023-08-15T18:12:36","modified_gmt":"2023-08-15T16:12:36","slug":"ndayisaba2022","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/texte\/ndayisaba2022\/","title":{"rendered":"Les \u00ab clubs culturels \u00bb au Burundi : m\u00e9moires et revendications culturelles dans le contexte de sortie de crises identitaires"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00eatre humain est toujours confront\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vidence socio-culturelle pour faire face aux diff\u00e9rents d\u00e9fis de son temps \u00e0 travers notamment la mobilisation et la revendication artistique et culturelle. Suite aux grandes rencontres culturelles relatives au projet colonial, l\u2019Afrique est entr\u00e9e dans une nouvelle \u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par de paradigmes modernisants, m\u00ealant modernit\u00e9 et tradition, rejets et discontinuit\u00e9s. Mais, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le retour aux sources ancestrales et l\u2019engouement pour les civilisations en voie de disparation\u00a0peuvent se r\u00e9v\u00e9ler comme une alternative permettant aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations de \u00ab\u00a0r\u00e9sister\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019angoisse des temps pr\u00e9sents et \u00e0 avenir. C\u2019est ainsi que la th\u00e9matique de rencontre des mondes culturels n\u2019est pas r\u00e9cente en litt\u00e9rature ou en sciences sociales. Elle s\u2019int\u00e9resse aux questions de domination, d\u2019ali\u00e9nation, mais aussi d\u2019adaptation, de n\u00e9gociation, d\u2019articulation, de revendication, de r\u00e9silience, de cr\u00e9ativit\u00e9 voire de spiritualit\u00e9. Elle insiste sur les dynamiques internes et questionne le r\u00f4le des diasporas dans le contexte de circulations des modes et des cultures.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour le cas qui nous concerne, cette \u00e9tude s\u2019int\u00e9resse aux clubs culturels \u0153uvrant au Burundi, particuli\u00e8rement en Mairie de Bujumbura. Alors que la chanson a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments majeurs de la culture burundaise, les associations culturelles et artistiques se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es \u00e0 travers notamment la conqu\u00eate de l\u2019espace urbain. \u00c0 travers une d\u00e9marche socio-anthropologique, cet article \u00e9tudie le groupe culturel comme un foyer de socialisation, de m\u00e9moire, de revendication et de lib\u00e9ration de la parole m\u00e9morielle au moyen des cr\u00e9ations et des manifestations culturelles dans le contexte de sortie de crises identitaires[footnote]Un des groupes artistiques s\u2019appelle \u00ab\u00a0Buja Sans Tabou\u00a0\u00bb.[\/footnote]. \u00c0 ce niveau, nous voulons savoir en quoi le club constitue un objet culturel voire interculturel dans la logique de transmissions interg\u00e9n\u00e9rationnelles des valeurs culturelles (Kazoviyo, 2017) favorables \u00e0 la reconstruction et \u00e0 la r\u00e9conciliation nationales. En guise d\u2019avant- propos \u00e0 la politique culturelle du Burundi, Jean Jacques Nyenimigabo, alors Ministre de la jeunesse, des sports et de la culture en 2008, invite tout le monde \u00e0 mobiliser toutes les \u00e9nergies \u00ab pour que la culture soit aussi au c\u0153ur de la reconstruction, de la r\u00e9conciliation et de la coh\u00e9sion sociale \u00bb (R\u00e9publique du Burundi, 2007, p.\u00a03).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Notre analyse accorde donc l\u2019attention aux capacit\u00e9s de cr\u00e9ativit\u00e9, d\u2019articulation et de r\u00e9silience d\u2019une culture a priori \u00ab\u00a0domin\u00e9e\u00a0\u00bb pour une cause noble, celle de la coh\u00e9sion sociale. Cela nous permet d\u2019identifier des zones et des territoires inviolables que rec\u00e8le la m\u00e9moire culturelle. \u00c9tudier les mobilisations et les revendications culturelles \u00e0 travers le club renvoie en particulier \u00e0 la sociologie urbaine, car la vulgarisation du message r\u00e9pond \u00e0 une demande sociale des citadins et citadines en qu\u00eate de leurs rep\u00e8res culturels qu\u2019ils\/elles souhaitent perp\u00e9tuer, mais aussi \u00e0 un besoin de loisirs. Aussi, une attention particuli\u00e8re est port\u00e9e aux connections avec les mondes diasporiques, en raison de leur importance en termes d\u2019influences et de circulations des modes. Ainsi, dans le contexte global de la mondialisation, la mobilisation culturelle urbaine est comprise sous l\u2019angle d\u2019un espace-temps beaucoup plus important, comprenant le rural, l\u2019urbain et l\u2019international, car comme le pr\u00e9cise Chr\u00e9tien (2010), de nos jours, on observe une alchimie entre le local et le global qui tend \u00e0 exploser la dimension historique des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude se base, d\u2019abord, sur la documentation existante dans les domaines de litt\u00e9ratures et de sciences sociales. Ensuite, la d\u00e9marche consiste \u00e0 mener des enqu\u00eates au moyen des entretiens individuels et collectifs pour relier les trajectoires individuelles des membres \u00e0 une identit\u00e9 ou une m\u00e9moire collective. Dans ce cas, les questions li\u00e9es au genre, aux continuit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rationnelles, \u00e0 la formation, aux masses m\u00e9dias, \u2026 sont trait\u00e9es pour voir s\u2019il existe une conscience collective culturelle pour le besoin de la coh\u00e9sion sociale et de la paix. L\u2019\u00e9tude se base aussi sur l\u2019analyse des principales th\u00e9matiques d\u00e9velopp\u00e9es dans les diff\u00e9rentes chansons traditionnelles des clubs culturels, en particulier la troupe <em>Amagaba<\/em>. Le choix de cette jeune association de huit ans est guid\u00e9 par le fait qu\u2019elle est constitu\u00e9e, en grande partie, par des anciens membres des principaux clubs[footnote]Entretien avec les responsables de la troupe <em>Amagaba<\/em>, le 12 octobre 2021.[\/footnote]. En s\u2019int\u00e9ressant donc \u00e0 ce club, on recueille \u00e9galement d\u2019importantes informations sur l\u2019ensemble de ce secteur. L\u2019analyse permet, en tout, de tirer des conclusions sur les hypoth\u00e8ses de revendication m\u00e9morielles, du recouvrement de l\u2019identit\u00e9 patrimoniale et du dialogue interculturel et interg\u00e9n\u00e9rationnel, comme une approche de reconstruction et de coh\u00e9sion sociales.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Des associations culturelles dans le contexte de sortie de crises identitaires\u00a0: une histoire sociale du politique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, l\u2019engagement de la soci\u00e9t\u00e9 civile, mais aussi les initiatives priv\u00e9es ont permis l\u2019\u00e9mergence d\u2019une diversit\u00e9 d\u2019associations de diff\u00e9rentes cat\u00e9gories. Le professeur Thibon (2017) a tent\u00e9, par exemple, de donner une explication \u00e0 la mobilit\u00e9 religieuse dans le sens de sortie de crises au Burundi en mettant en \u00e9vidence le r\u00f4le des jeunes en qu\u00eate de nouveaux rep\u00e8res sociaux. Il s\u2019agit ici d\u2019\u00e9tudier le lien entre l\u2019importance des associations \u00e0 caract\u00e8re culturel traditionnel et la volont\u00e9 de sortie d\u2019un cycle de crises identitaires au Burundi.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un pass\u00e9 de drames sociopolitiques et de choc culturel<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Burundi a connu diff\u00e9rentes p\u00e9riodes de drames et de crises sociopolitiques, entra\u00eenant des ph\u00e9nom\u00e8nes de crispation et d\u00e9chirure sociales, mais aussi de d\u00e9ni d\u2019histoire et de culture. En effet, l\u2019entr\u00e9e du Burundi dans l\u2019\u00e8re coloniale constitue un choc socioculturel majeur (Mworoha, 2010). Il s\u2019agit d\u2019un moment extraordinaire dans le changement de mentalit\u00e9 de la population, \u00e0 la fois par l\u2019introduction de nouvelles valeurs, de nouveaux produits et de nouvelles id\u00e9ologies. C\u2019est d\u2019abord l\u2019apparition de nouveaux lieux culturels, \u00e0 savoir la mission et l\u2019\u00e9cole, qui introduisent les Burundais-es dans un nouvel univers de croyances et de pratiques religieuses avec la conversion massive de la population au christianisme, avec comme cons\u00e9quence l\u2019abandon du jour au lendemain du culte traditionnel. C\u2019est aussi la naissance du culte du dipl\u00f4me et de l\u2019argent qui ouvre de nouveaux horizons au d\u00e9triment du v\u00e9cu socioculturel traditionnel (Mworoha, <em>ibid<\/em>). En plus, l\u2019imaginaire racial, v\u00e9hicul\u00e9 par la litt\u00e9rature et les pratiques coloniales de division, ont nourri une profonde ali\u00e9nation culturelle (Chr\u00e9tien, 1997) qui allait profond\u00e9ment marquer l\u2019avenir du pays. L\u2019intervention coloniale provoqua un grand choc culturel par le traitement qu\u2019elle r\u00e9serve aux symboles et pratiques traditionnelles. Il s\u2019agit en fait d\u2019un r\u00e9el m\u00e9pris marqu\u00e9 par les politiques de neutralisation et de marginalisation des signes et symboles de la culture ancienne. On rel\u00e8ve ici une crise de valeurs chez les Burundais-es, car cette politique touchait et niait, en un sens, les croyances et les valeurs populaires burundaises (Mworoha, 2010), ainsi que la signification m\u00eame de l\u2019autorit\u00e9 royale. Celle-ci allait, d\u2019ailleurs, perdre progressivement son importance avant de conna\u00eetre sa chute brutale en 1966 sous le coup de l\u2019instauration de la R\u00e9publique. Ce qui fut un drame et un choc immense \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un peuple qui avait depuis longtemps cru \u00e0 la cause monarchique (Nsanze, 2004).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, les difficult\u00e9s de gestion politique du Burundi ind\u00e9pendant ont ouvert la voie \u00e0 une culture de violences identitaires, emportant les \u00e9lites avant de s\u2019\u00e9tendre \u00e0 la population enti\u00e8re. Sur le plan culturel, les crises profondes et les violences successives ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dommageables au niveau des valeurs anciennes v\u00e9cues par le monde rural o\u00f9 les paysan-ne-s se sont retrouv\u00e9-e-s en train de se massacrer, emport\u00e9-e-s par des manipulations, alors que ces personnes, appartenant aux diff\u00e9rentes cat\u00e9gories sociales, avaient v\u00e9cu l\u2019ensemble des si\u00e8cles partageant ensemble les m\u00eames valeurs. La violence a touch\u00e9 non seulement les personnes, mais concerne aussi les dommages subis par le patrimoine culturel avec la destruction des \u00e9coles, des lieux de culte et des infrastructures socio\u00e9conomiques de tout genre. Ainsi, on a assist\u00e9 au repli identitaire avec des camps de d\u00e9plac\u00e9-e-s, des sinistr\u00e9-e-s, des refugi\u00e9-e-s, des dispers\u00e9-e-s, des ghettos ethniques par quartiers en ville (Chr\u00e9tien et Mukuri, 2002), alors que les Burundais-es avaient \u00e9t\u00e9 nourri-e-s aux m\u00eames valeurs. Mworoha (2010, p.\u00a036) se demande alors comment reconstruire cette culture burundaise bless\u00e9e; comment r\u00e9animer la s\u00e8ve culturelle, regarder vers l\u2019avenir et inculquer de nouvelles valeurs, notamment aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations, car, pr\u00e9cise-t-il, \u00abl\u2019un des drames pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations burundaises et notamment de la jeunesse urbaine nourrie parfois de clich\u00e9s et l\u2019interpr\u00e9tation cat\u00e9gorielle des trag\u00e9dies du Burundi contemporain r\u00e9side souvent dans l\u2019ignorance de l\u2019histoire et de la culture populaire de leur pays\u00a0\u00bb. C\u2019est donc accorder l\u2019importance au culturel comme perspective de r\u00e9silience pour un pays, \u00e0 plusieurs reprises, d\u00e9chir\u00e9 par des crises multiformes.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Revivre en pays d\u00e9chir\u00e9\u00a0: perspective culturelle<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Comme si l\u2019histoire \u00e9tait condamn\u00e9e \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter, le peuple burundais a, plusieurs fois, rat\u00e9 les occasions de r\u00e9conciliation nationale, afin d\u2019\u00e9voluer vers un destin commun. L\u2019historien Nsanze (2004) parle des difficult\u00e9s de faire le deuil du pass\u00e9, compte tenu de l\u2019ampleur des drames qu\u2019a connu le Burundi au cours de son histoire\u00a0: les abus de la colonisation, la chute brutale de la monarchie et les crises sanglantes de la r\u00e9publique. En fait, les crises et les violences qui ont frapp\u00e9 l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 ont affect\u00e9 de mani\u00e8re profonde les faits, les croissances, les pratiques et les valeurs culturelles. Selon Mworoha, \u00ab\u00a0au Burundi, on peut parler d\u2019une crise de valeurs et d\u2019une crise d\u2019identit\u00e9 dont il faut d\u00e9celer l\u2019ampleur avant de s\u2019interroger sur le comment les ressources culturelles peuvent participer \u00e0 la reconstruction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9stabilis\u00e9e et meurtrie \u00bb (2010, p. 33).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, et pr\u00e9cis\u00e9ment apr\u00e8s les massacres g\u00e9nocidaires de 1972, on a observ\u00e9 une attention particuli\u00e8re accord\u00e9e au d\u00e9veloppement du secteur culturel illustr\u00e9 notamment par la cr\u00e9ation du Minist\u00e8re de la jeunesse, des sports et de la culture en 1976. On note le lancement d\u2019un ensemble musical traditionnel dont l\u2019ambition consistait \u00e0 devenir un v\u00e9ritable ballet national capable d\u2019assurer des repr\u00e9sentations artistiques venant de toutes les r\u00e9gions du pays. Des orchestres (Nakaranga, Mucowera, Amabano, etc.) et des clubs culturels ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s un peu partout (les \u00e9coles, les communes, la Radio-T\u00e9l\u00e9vision Nationale, etc.), port\u00e9s par une jeunesse avide de vivre et de r\u00e9ussir. Tout ce monde culturel, bien qu\u2019embryonnaire, semblait rayonnant et promettait un avenir meilleur. Il participait aux diff\u00e9rents festivals organis\u00e9s au niveau national, mais aussi sur le plan international avec des meilleures prestations souvent bien r\u00e9compens\u00e9es (R\u00e9publique du Burundi, 2007). Le message s\u2019inscrivait dans un contexte nationaliste voire panafricaniste de l\u2019unit\u00e9 et de la solidarit\u00e9. D\u2019ailleurs, le 2\u00e8me festival organis\u00e9 par le Minist\u00e8re de la Jeunesse, des Sports et de la Culture en 1978 portait sur le th\u00e8me de l\u2019\u00ab\u00a0Unit\u00e9, Ind\u00e9pendance et Solidarit\u00e9 anti-imp\u00e9rialiste\u00a0\u00bb. Il faut signaler que de 1973 \u00e0 1992, le Burundi a organis\u00e9 cinq festivals nationaux dont le mot d\u2019ordre \u00e9tait avant tout l\u2019unit\u00e9 et la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le pays est retomb\u00e9 brutalement dans le gouffre du conflit sociopolitique. Une longue guerre civile qui \u00e9clata en 1993 pour durer toute une d\u00e9cennie changea profond\u00e9ment les espoirs du vivre ensemble. Les massacres s\u2019intensifi\u00e8rent \u00e0 travers tout le territoire national. La d\u00e9chirure sociale s\u2019annon\u00e7a, cette fois-ci, totale. Dans l\u2019imaginaire collectif, c\u2019est en quelque sorte l\u2019\u00e9chec de la culture, incapable de fa\u00e7onner et de maintenir l\u2019unit\u00e9 nationale. D\u2019ailleurs, le sixi\u00e8me festival organis\u00e9 en 1997, en plein guerre civile, en \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9loquent. Il se d\u00e9roulait sous le mot d\u2019ordre suivant\u00a0: \u00ab Jeunes Barundi, unissons-nous dans l\u2019esprit de la culture nationale pour la paix et la r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb. Ses principaux objectifs tournaient autour de la paix, de l\u2019amour de la patrie, de la r\u00e9conciliation et de la reconstruction nationale \u00e0 travers la revalorisation de la culture nationale. Ces m\u00eames th\u00e8mes sont repris, presque en totalit\u00e9, au septi\u00e8me festival de 2004 parmi les pr\u00e9occupations nationales.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les ann\u00e9es 2000, \u00e0 la sortie de la guerre civile, il s\u2019est observ\u00e9 une flamb\u00e9e d\u2019associations de tout genre dont des clubs culturels et artistiques, en particulier dans la capitale Bujumbura. L\u2019\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des initiatives priv\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 des facteurs majeurs \u00e0 ce d\u00e9veloppement du secteur culturel, m\u00ealant tradition et modernit\u00e9. Des studios, des associations et des clubs musico-culturels sont n\u00e9s presqu\u2019au m\u00eame moment avec une allure beaucoup plus moderne\u00a0: celle de l\u2019industrie culturelle. La culture musicale traditionnelle a pris un r\u00e9el essor dans cette ville cosmopolite de Bujumbura. Ces associations culturelles sont, \u00e0 titre d\u2019exemples, Higa Folk As, (danses folkloriques priv\u00e9es), umudeyo (danse du Buyogoma), Club Lac aux Oiseaux \u00ab\u00a0Intashikirwa\u00a0\u00bb (danse de la r\u00e9gion Nord-Est), Club Umuhanga (danse de Bururi), la Colombe (danse traditionnelle rituelle), Rukinzo Legacy (tambour), Fondation Batimbo (tambour), Association Groupe de Jeunes Batimbo (tambour), Burundi Loisirs (tambour de Makebuko), Imberamico\u00a0: club culturel de Rusengo (danses du Buyogoma), Association Abagumyabanga (danses folkloriques vari\u00e9es), Akaranga ni ibanga (danses traditionnelles vari\u00e9es), club Abanka kurutwa, Union de jeunes artistes de Buyenzi, club Giramahoro (danses folkloriques vari\u00e9es), club Ruciteme (tambours), club Urwidengwe (danses folkloriques du Nord) (R\u00e9publique du Burundi, 2007). Cette \u00e9volution positive est due au courage et \u00e0 la d\u00e9termination de jeunes talents avides d\u2019art et de mouvement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour un pays qui a connu toute une s\u00e9rie de crises sociopolitiques entra\u00eenant des crispations importantes en termes de coh\u00e9sion sociale, cela symbolise une certaine lib\u00e9ration de la parole m\u00e9morielle, politique, sociale et culturelle. Ce qui illustre le besoin et la volont\u00e9 de \u00ab rena\u00eetre en pays d\u00e9chir\u00e9 \u00bb, pour reprendre le titre de l\u2019article de Chemla (2004, p.\u00a0331), de recoudre le tissu social \u00e0 travers la red\u00e9couverte des racines et des rep\u00e8res culturels, consid\u00e9r\u00e9s non seulement comme des valeurs \u00e0 admirer, mais comme un tr\u00e9sor \u00e0 exploiter m\u00eame pour la post-modernit\u00e9 (Ntabona, 1999, p.\u00a03), afin d\u2019\u00e9voluer vers un avenir rassurant. Les noms de certains clubs t\u00e9moignent du souci d\u2019unit\u00e9 et de stabilit\u00e9 sociopolitique. \u00c0 titre d\u2019exemples, un des premiers et principaux clubs culturels s\u2019appelle <em>Giramahoro<\/em> (Aie la paix). Un autre club culturel s\u2019appelle <em>Intatana<\/em> (ceux qui ne se quittent jamais), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019unit\u00e9 que se r\u00e9clament, d\u2019ailleurs, les Burundais-es \u00e0 travers la devise nationale\u00a0: unit\u00e9, travail, progr\u00e8s. Pour la troupe <em>Amagaba (igaba <\/em>au singulier<em>)<\/em>, le nom \u00e9voque une sorte de lance, symbole de bravoure, qui \u00e9tait donn\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9ritier le jour de la lev\u00e9e de deuil d\u00e9finitive pour son p\u00e8re[footnote]Entretien du 12 octobre 2021 avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo, les fondateurs de la troupe <em>Amagaba<\/em>.[\/footnote]. Ce besoin d\u2019h\u00e9ritage culturel transparait \u00e0 travers les diff\u00e9rentes chansons et activit\u00e9s de l\u2019ensemble des associations \u0153uvrant dans ce secteur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces formes de mobilisations culturelles ont profit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en sortie de crises pour prendre de plus en plus de place. D\u2019ailleurs, en octobre 2007, le gouvernement du Burundi a adopt\u00e9 la nouvelle politique culturelle dont l\u2019ambition \u00e9tait de mettre la culture au service de la paix et du d\u00e9veloppement. Cette politique culturelle d\u00e9finit l\u2019enjeu central, \u00e0 savoir se doter d\u2019un outil solide pour restaurer le r\u00f4le de la culture dans le d\u00e9veloppement du pays. Elle d\u00e9finit ses objectifs sp\u00e9cifiques qui sont\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">1. Mettre la culture au service de la paix, de la r\u00e9conciliation nationale et du d\u00e9veloppement;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">2. Donner au peuple burundais le sentiment de conscience de son identit\u00e9 multis\u00e9culaire gr\u00e2ce \u00e0 son patrimoine culturel riche et vari\u00e9;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">3. Amener le peuple burundais \u00e0 se r\u00e9approprier sa culture;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">4. Axer la nouvelle politique culturelle sur les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9veloppement et de d\u00e9fense de la personnalit\u00e9 culturelle du pays;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">5. Assurer le d\u00e9veloppement des arts traditionnels sur le plan juridique et pratique;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">6. Favoriser l\u2019implication et le r\u00f4le de la culture dans le d\u00e9veloppement global de la soci\u00e9t\u00e9 burundaise du XXIe si\u00e8cle;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">7. Promouvoir la coop\u00e9ration r\u00e9gionale et internationale sur le plan culturel (R\u00e9publique du Burundi, 2007, p. 56-58).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce document se pr\u00e9sente comme \u00ab une r\u00e9f\u00e9rence ad\u00e9quate pour promouvoir l\u2019ensemble des secteurs de la culture et d\u2019en faire r\u00e9ellement le moteur du d\u00e9veloppement durable, en m\u00eame temps qu\u2019instrument efficace de coop\u00e9ration culturelle entre le Burundi et ses partenaires \u00bb (R\u00e9publique du Burundi, <em>ibid<\/em>, p.\u00a03). \u00c0 ce sujet, Mworoha pr\u00e9cise\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La connaissance du syst\u00e8me culturel populaire du Burundi avec ses caract\u00e9ristiques, la culture d\u2019ijambo, la philosophie de l\u2019ubuntu, les donn\u00e9es de sagesse populaire, les modes et rites de r\u00e8glement des litiges et conflits dans l\u2019ancienne soci\u00e9t\u00e9 du Burundi s\u2019av\u00e8re \u00e0 la fois comme une n\u00e9cessit\u00e9 et une exigence pour faire partie int\u00e9grante du cursus de formation de la jeunesse (Mworoha, 2010, p. 43).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte de la stabilit\u00e9 sociopolitique retrouv\u00e9e, l\u2019offre culturelle est devenue de plus en plus croissante, en raison d\u2019une demande sociale importante. Cela a \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9 par la fr\u00e9quence des spectacles culturels avec parfois l\u2019appui de l\u2019\u00c9tat et des organismes internationaux, en termes de visibilit\u00e9 mais aussi de moyens financiers. C\u2019est le cas de la troupe <em>Amagaba<\/em> qui a des partenariats avec la Chine, la Hollande, etc. permettant des coop\u00e9rations importantes, dont le s\u00e9jour et la formation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger[footnote]Entretien du 12 octobre 2021 avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo, fondateurs de la Troupe <em>Amagaba<\/em>.[\/footnote]. Le r\u00f4le des m\u00e9dias avec des \u00e9missions culturelles, r\u00e9guli\u00e8rement suivies aussi bien en villes que dans les campagnes, a permis aux clubs culturels de renforcer leur image comme des zones de socialisation et de m\u00e9diation culturelle \u00e0 des fins de coh\u00e9sion sociale, voire de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique \u00e0 travers le retour aux sources ancestrales de plus en plus revendiqu\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00a0(Im)possible retour aux sources ancestrales et revendications m\u00e9morielles culturelles<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La soci\u00e9t\u00e9 ancienne du Burundi avait d\u00e9velopp\u00e9 une civilisation de l\u2019\u00ab enclos \u00bb et de la \u00ab\u00a0colline \u00bb fond\u00e9e notamment sur un mod\u00e8le culturel religieux, la culture d\u2019<em>ijambo<\/em> (la parole), de l\u2019<em>ubuntu <\/em>(humanisme), de l\u2019<em>ibanga<\/em> (le secret), ainsi que le primat de l\u2019arbitrage judiciaire incarn\u00e9 par l\u2019institution d\u2019<em>ubushingantahe<\/em> (instance des notables de colline).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e9matique d\u2019acculturation est largement discut\u00e9e en lettres et en sciences sociales. On sait d\u00e9j\u00e0 que, pour la plupart des cas, l\u2019individu reste conscient de la perte des \u00e9l\u00e9ments de sa culture. Nizigiyimana (2017) a montr\u00e9 par exemple comment l\u2019enseignement moderne pr\u00e9sente ses limites par rapport \u00e0 la prise en compte et l\u2019int\u00e9gration du fond culture. Ce qui se traduit par d\u2019importantes discontinuit\u00e9s culturelles de la formation familiale \u00e0 l\u2019\u00e9cole moderne. Il s\u2019agit donc de voir en quoi le club culturel se pr\u00e9sente comme une alternative en termes de retour aux sources ancestrales et de revendication culturelle pour tenter de combler le foss\u00e9 d\u2019\u00ab Entre deux mondes\u00bb que d\u00e9crit bien Kayoya (1971). En quoi donc le club se pr\u00e9sente comme un pont reliant le domestique et le professionnel dans un contexte de dialogue interg\u00e9n\u00e9rationnel ?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les th\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire et \u00e0 la culture sont \u00e9voqu\u00e9s \u00e0 travers les diff\u00e9rentes chansons. Ils mettent l\u2019acc\u00e8s sur l\u2019importance de la vache, sur le r\u00f4le social de la femme, ainsi que sur les opportunit\u00e9s patrimoniales et touristiques[footnote]Entretient du 12 octobre 2021 avec Herv\u00e9, coordinateur des activit\u00e9s \u00e0 la Troupe <em>Amagaba<\/em>.[\/footnote], etc. Cette forme de revendication culturelle est associ\u00e9e \u00e0 des objets culturels vari\u00e9s\u00a0: habits traditionnels, tambour, lance, corbeilles, paniers divers, etc[footnote]Informations livr\u00e9e par Belyse Tuyisenge, membre du Club <em>Imararungu<\/em> lors du focus group organise \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure, le 12 octobre 2021.[\/footnote]. Les hauts faits et les personnages historiques de toutes les p\u00e9riodes (Ntare Rushatsi, Ntare Rugamba, Mwezi Gisabo, Rwagasore, Ndadaye) sont \u00e9voqu\u00e9s et rem\u00e9mor\u00e9s avec fiert\u00e9 et grandeur, parfois avec nostalgie. C\u2019est le cas de la chanson <em>Burundi<\/em> de la troupe <em>Amagaba<\/em> dont les paroles sont tr\u00e8s significatives\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Iki gihugu ni ico Abarundi twese. Ntare Rushatsi yaragitaziriye, Ntare Rugamba yaguye imbibe, Mwezi Gisabo yarakirwaniye. Ni uko Ndadaye, Rwagasore , batubera incungu z\u2019akarorero.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce pays appartient \u00e0 tous les Burundais. Ntare Rushatsi l\u2019a inaugur\u00e9, Ntare Rugamba a agrandi ses fronti\u00e8res. Mwezi Gisabo l\u2019a d\u00e9fendu. Ndadaye et Rwagasore sont nos h\u00e9ros exemplaires[footnote]Voir par exemple la chanson <em>Burundi <\/em>de la troupe <em>Amagaba<\/em>, disponible sur le compte You Tube <em>Amagaba<\/em>.[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les chansons sont enrichies par des formes de po\u00e9sies telle que la po\u00e9sie pastorale (<em>ibicuba<\/em>), la po\u00e9sie de bravoure (<em>kwivuga amazina<\/em>) pour rem\u00e9morer le g\u00e9nie et l\u2019art ancestral de l\u2019<em>ijambo<\/em> (la parole) et de l\u2019\u00e9loquence (Kazoviyo, 2017).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">De m\u00eame, les th\u00e9matiques d\u00e9montrent la volont\u00e9 du retour aux origines rurales des hautes terres. Ce rural qui pr\u00e9sente une grande importance en raison de son r\u00f4le de \u00ab gardien \u00bb de la m\u00e9moire\u00a0culturelle. L\u2019aspect de la durabilit\u00e9 du rural est reconnu au Burundi. Elle participe \u00e0 l\u2019attractivit\u00e9, mais aussi \u00e0 une certaine estime de soi des r\u00e9sident-e-s. Quelques \u00e9trangers et \u00e9trang\u00e8res r\u00e9sident-e-s ou au passage dans le pays peuvent prendre le plaisir de monter sur les hauteurs de Bugarama ou d\u2019Ijenda, non pas forc\u00e9ment dans le cadre de tourisme professionnel, mais pour question de promenades et de d\u00e9tente. Quelques sites agro-industriels th\u00e9icoles, caf\u00e9icoles, \u2026 peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des destinations culturelles r\u00e9gionales incontournables. Ils sont enrichis par la dimension symbolique de l\u2019aspect naturel des hautes terres toujours verdoyantes et attrayantes, pouvant \u00e9tonner tout visiteur ou visiteuse. Dans ce petit pays des collines, l\u2019ordre rural et la nostalgie des origines (territoriales, temporelles et symboliques) se gardent et s\u00e9duisent toutes les g\u00e9n\u00e9rations confondues. Ainsi, monter \u00e0 la campagne (<em>kuduga ruguru<\/em>), \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays (<em>mu gihugu hagati<\/em>), au village, dans le Burundi profond, pour saluer quelques vieux amis d\u2019enfance et les quelques t\u00eates de b\u00e9tail qui restent (<em>kuramutsa inka<\/em>, saluer les vaches), ainsi que contempler les buissons de bananiers, de th\u00e9s et d\u2019eucalyptus, \u2026 se m\u00e9ritent, honorent et peuvent impressionner l\u2019\u00e9tranger ou l\u2019\u00e9trang\u00e8re. C\u2019est rencontrer et se rencontrer ou se r\u00e9concilier avec l\u2019\u00e2me <em>rundi <\/em>en s\u2019enivrant de son univers symbolique, d\u2019un pass\u00e9 glorifi\u00e9 d\u2019un pays imaginaire \u00ab du lait et du miel \u00bb, o\u00f9 tout se passait tr\u00e8s bien ! Cette repr\u00e9sentation est actualis\u00e9e par la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du paysage rural moderne. Cette importance accord\u00e9e au rural illustre l\u2019illusion d\u2019un retour \u00e9nigmatique \u00e0 la source ou la nostalgie de la \u00ab colline \u00bb. Les diff\u00e9rents clubs culturels se dirigent donc souvent vers la campagne pour l\u2019inspiration et la prise d\u2019images. La th\u00e9\u00e2tralisation, la mise en sc\u00e8ne solennelle et la m\u00e9diatisation de ces espaces ruraux, r\u00e9put\u00e9s gardiens de la m\u00e9moire historico-culturelle, sont des strat\u00e9gies de communication et de vulgarisation d\u2019un message favorable \u00e0 la valorisation du patrimoine culturel sous toutes ses formes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019espace urbain est aussi \u00e9voqu\u00e9 en faisant r\u00e9f\u00e9rence notamment au lac Tanganyika, mais aussi \u00e0 la femme moderne, capable de r\u00e9aliser des activit\u00e9s professionnelles qui leur \u00e9taient interdites auparavant[footnote]Informations recueillies lors du focus groupe organise \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure, le 12 octobre 2021.[\/footnote]. Cette pr\u00e9sence de la femme en g\u00e9n\u00e9ral, rel\u00e8ve notamment des ph\u00e9nom\u00e8nes de socialisation urbaine qu\u2019il faudra bien \u00e9tudier pour en trouver le lien avec la valorisation des valeurs culturelles favorables \u00e0 la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Socialisation, dialogue interculturel et interg\u00e9n\u00e9rationnel pour la coh\u00e9sion sociale<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le club culturel, en tant que groupe de personnes poursuivant des buts collectifs, se pr\u00e9sente comme un foyer de socialisation, de transmission des principales valeurs culturelles du pays\u00a0: la solidarit\u00e9, l\u2019humanit\u00e9, le bravoure, le patriotisme, etc. Dans le contexte de d\u00e9chirure du tissu social et des limites de la famille par rapport \u00e0 son r\u00f4le classique d\u2019inculquer les valeurs, le club dans le sens de fratrie, est une alternative pour transmettre les \u00e9l\u00e9ments culturels pouvant aider \u00e0 panser et cimenter le corps social. D\u2019ailleurs, Mworoha (2010) plaide pour la n\u00e9cessaire red\u00e9couverte et r\u00e9appropriation de la civilisation populaire de l\u2019 \u00ab enclos \u00bb et de la \u00ab colline\u00a0\u00bb du Burundi ancien par les jeunes g\u00e9n\u00e9rations afin de sortir de l\u2019engrainage des crises identitaires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les instruments traditionnels tels qu\u2019inanga, umuduri, ikembe, umwironge, inyagara\u2026 sont m\u00eal\u00e9s aux instruments de musique moderne[footnote]Informations de Belyse Tuyisenge, \u00e9tudiante et membre du club <em>Imararungu<\/em> lors du Focus Group du 11 octobre 2021 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure.[\/footnote]. Cela permet d\u2019effectuer un travail de m\u00e9moire culturelle marqu\u00e9e par des allers et retours incessants entre le traditionnel et le moderne, dans la logique de la modernisation culturelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les activit\u00e9s du club s\u2019accompagnent par des moments de f\u00eates. Celles-ci associent des aspects sacr\u00e9s (le recueillement, le respect, la communion, etc.) et des aspects profanes (exub\u00e9rance, divertissement, etc.), des comportements codifi\u00e9s relatifs \u00e0 la solidarit\u00e9 et \u00e0 la sociabilit\u00e9 (Guibert et Jumel, 2002). Diff\u00e9rents \u00e9pisodes de la vie collinaire ancestrale sont jou\u00e9s et film\u00e9s pour permettre au message d\u2019atteindre rapidement un public beaucoup plus large. On observe ici des liens fond\u00e9s sur les \u00e9changes matrimoniaux qui se concr\u00e9tisent par diff\u00e9rentes solidarit\u00e9s sociales. Ici le club joue le r\u00f4le auparavant d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la famille, comme cadre id\u00e9ale de base pour l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la paix, \u00e0 travers les contes, les proverbes et autres genres litt\u00e9raires (\u00e9cole du soir), les relations issues des liens de sang et des alliances matrimoniales, les pactes sociaux, les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9changes de dons, les c\u00e9l\u00e9brations de la vie comme la lev\u00e9e d\u00e9finitive de deuil (<em>ukuganduka<\/em>) qui est une occasion de r\u00e8glement d\u00e9finitif de litiges entre les membres de la famille du d\u00e9funt ou les parents et les voisins, et partant de pr\u00e9vention des conflits, par la parole sociale et les interdits (Ntahombaye et Manirakiza, 1997; Kazoviyo, 2017). \u00c0 ce niveau de solidarit\u00e9 collinaire, on insiste sur les liens de voisinage consistant en \u00e9changes de cadeaux lors des f\u00eates (<em>guterera<\/em>), en invitations collectives \u00e0 boire ensemble (<em>ubutumire<\/em>) de la bi\u00e8re au sein de la paysannerie burundaise. Tous ces \u00e9l\u00e9ments culturels sont \u00e9voqu\u00e9s en th\u00e9orie qu\u2019en pratique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En th\u00e9orie, les th\u00e9matiques des chansons insistent sur l\u2019ensemble de ces valeurs culturelles. Le spectacle se veut vivant, \u00e9mouvant et agr\u00e9able avec ses modes de festival et de chor\u00e9graphie, notamment f\u00e9minine qui ont pris une place essentielle dans la r\u00e9habilitation de la musique traditionnelle burundaise (Mworoha, 2010). En pratique, le club se veut un groupe dynamique interg\u00e9n\u00e9rationnel exemplaire, en termes de solidarit\u00e9 lors des \u00e9v\u00e9nements de circonstances\u00a0: naissance d\u2019un enfant, mariage, d\u00e9c\u00e8s, dipl\u00f4me, etc[footnote]Entretien avec Leslie Nahimana, membre de la troupe <em>Amagaba<\/em> le 20 ao\u00fbt 2021.[\/footnote]. Dans le contexte de sortie d\u2019une s\u00e9rie de crises sociopolitiques avec toutes leurs cons\u00e9quences, notamment sur la dislocation des familles, le club illustre le ph\u00e9nom\u00e8ne de parent\u00e9 fictive avec son importance en termes de solidarit\u00e9 et de sociabilit\u00e9. \u00c0 titre d\u2019exemple, un des clubs culturels s\u2019appelle <em>Imararungu<\/em> (l\u2019union contre l\u2019ennui). Les membres se consid\u00e8rent parfois comme des fr\u00e8res et s\u0153urs avec des hi\u00e9rarchies sociales bien connues dans d\u2019autres cadres sociaux dont familiaux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les clubs culturels profitent d\u2019un espace m\u00e9diatique et communicationnel de plus en plus large, amplifi\u00e9 par l\u2019importance du num\u00e9rique. Ainsi, les r\u00e9seaux sociaux favorisent la vulgarisation rapide des messages v\u00e9hicul\u00e9s par ces groupes culturels jusque dans les diasporas en Occident. Les mondes diasporiques sont plus que jamais connect\u00e9s avec le pays d\u2019origine, permettant des allers et retours et des influences r\u00e9ciproques. \u00c0 ce sujet, des groupes culturels des Burundais-es vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment au Canada, en Belgique ou en Australie, d\u00e9montrent cette continuit\u00e9 culturelle entre l\u2019ici et l\u2019ailleurs, l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s. C\u2019est le cas des groupes culturels <em>Amagaba<\/em> et <em>Imararungu<\/em> par exemple, qui re\u00e7oivent des dons de la part des Burundais-es vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger[footnote]Informations recueillies lors du Focus Group organis\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure, ainsi que l\u2019entretien avec Innocent Ntiharirizwa et Ennock Nzohabonayo (fondateurs de la troupe <em>Amagaba<\/em>), le 12 octobre 2021.[\/footnote]. D\u2019ailleurs, le club culturel <em>Ishaka<\/em> des Burundais-es qui vivent au Canada illustre bien cet aspect de rencontres, de dialogues et de circulations interculturelles. Dans la chanson <em>Ni<\/em> <em>amarame<\/em> <em>ziratashe<\/em> par exemple, le club \u00e9voque l\u2019importance socio-culturelle de la vache burundaise. Devant les drapeaux du Canada et du Burundi, des jeunes filles bondissent joyeusement \u00e0 l\u2019honneur d\u2019un public diasporique burundais, mais aussi d\u2019origine rwandaise\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nkima na Murwiza zizitashe imbere<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bihogo na Bitaho zizicagatiye<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Abavyeyi n\u2019ibibondo bazisanganiye<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nkima na Murwiza sont devant (les autres vaches)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bihogo na Bitaho se situent sur les extr\u00e9mit\u00e9s<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les parents et les enfants les attendent impatiemment<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)[footnote]Un passage de la chanson du club <em>Ishaka<\/em> fond\u00e9 par des Burundais vivant au Canada.[\/footnote].<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ici, la donne culturelle trouve sa place aussi bien au pays natal que dans le pays d\u2019accueil de l\u2019\u00e9migr\u00e9-e. Ce qui symbolise la capacit\u00e9 de r\u00e9silience des mondes diasporiques face \u00e0 un nouveau monde avec parfois de nouveaux codes de la vie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour le jeune homme ou la jeune femme \u0153uvrant au Burundi, le secteur culturel pr\u00e9sente des opportunit\u00e9s de connections avec le monde ext\u00e9rieur, pouvant garantir un capital social pour l\u2019avenir.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tous ces groupes culturels, qu\u2019ils soient du pays (Bujumbura en particulier) ou de l\u2019\u00e9tranger, sont anim\u00e9s par la volont\u00e9 de perp\u00e9tuer la culture; une culture de paix et de coh\u00e9sion sociale, dans le contexte de peur et d\u2019angoisse d\u2019ali\u00e9nation socio-culturelle. Il s\u2019agit de rompre avec la culture de la violence, celle qui enferme chacun dans la banalit\u00e9 du mal (Chemla, 2004). Les porteurs et porteuses du message tentent de sortir d\u2019un pass\u00e9 douloureux, d\u2019autant plus qu\u2019ils sont aussi hant\u00e9s par un futur brouill\u00e9 par les incertitudes du pr\u00e9sent. Cette d\u00e9marche collective de recouvrer la m\u00e9moire culturelle pour se d\u00e9couvrir soi-m\u00eame (Chemla, <em>ibid<\/em>), de lier la m\u00e9moire au devenir en termes de transmissions humanistes, rev\u00eat d\u2019importantes dimensions de m\u00e9diation culturelle et sociale voire de th\u00e9rapie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, ces acteurs sociaux veulent fa\u00e7onner une image idyllique d\u2019un pays ancien (<em>Burundi bwa Inaburunga<\/em>), d\u2019un peuple mill\u00e9naire qui a su r\u00e9sister aux diff\u00e9rents al\u00e9as \u00e0 travers les diff\u00e9rentes \u00e9poques. Ils veulent refuser l\u2019image n\u00e9gative largement v\u00e9hicul\u00e9e d\u2019un pays toujours en guerres tribales et donc vou\u00e9 \u00e0 la fracture identitaire (Chr\u00e9tien et Mukuri, 2002) et \u00e0 la mis\u00e8re.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les th\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la solidarit\u00e9, \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, au courage, etc. sont r\u00e9currents. Ils d\u00e9montrent l\u2019importance que les groupes culturels accordent \u00e0 la culture pour construire un Burundi meilleur. Dans certaines chansons, on pr\u00f4ne l\u2019oubli et le pardon pour la coh\u00e9sion sociale\u00a0: <em>Intibagira ntibana<\/em> (pour bien vivre avec ses voisins, on oublie ses erreurs), <em>ihorihori ihonya<\/em> <em>umuryango <\/em>(la vengeance finit par emporter toute la famille). Le th\u00e8me d\u2019<em>ubuntu<\/em> (humanit\u00e9), commun \u00e0 l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s de langues bantoues, revient souvent. Il qualifie une personne int\u00e8gre, se conduisant bien en soci\u00e9t\u00e9, sage et pond\u00e9r\u00e9e. Selon Mworoha (2010), le concept d\u2019<em>ubuntu<\/em> peut aussi, au Burundi, se rapprocher de celui d\u2019<em>umutima<\/em> (c\u0153ur, esprit). Avoir l\u2019<em>umutima<\/em> signifie \u00eatre courageux. La philosophie d\u2019<em>ubuntu<\/em> et d\u2019<em>umutima<\/em> constitue donc, en un sens, la base du fond culturel ancestral rundi, essentiel pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations comme un id\u00e9al de leur formation civique afin de sortir des cons\u00e9quences des drames d\u2019un pass\u00e9 difficile \u00e0 passer.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, s\u2019est cr\u00e9\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 un march\u00e9, une industrie culturelle. \u00c0 travers l\u2019importance de l\u2019audiovisuel que permettent les r\u00e9seaux sociaux et les nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication, le culturel se situe entre la tradition et la modernit\u00e9, l\u2019ancien et le nouveau, le rural collinaire, l\u2019urbain et l\u2019\u00e9tranger, etc. pour \u00e9voluer vers un tout complexe, riche et attrayant.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mais aussi, appartenir au club culturel rel\u00e8ve de la motivation et des int\u00e9r\u00eats personnels sociaux, \u00e9conomiques, etc. \u00catre membre, encore plus \u00eatre leader de l\u2019organisation, pr\u00e9sente quelques avantages de reconnaissance de visibilit\u00e9 et de promotion socio-\u00e9conomique. C\u2019est le cas des jeunes du club <em>Amagaba<\/em> qui ont pu voyager et s\u00e9journer en Chine pour une formation et des rencontres culturelles qui ont permis, d\u2019ailleurs, la fondation du centre <em>Bujumbura Amagaba<\/em> dans le district de Wutongqiao en Chine[footnote]Entretien du 12 octobre avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo qui ont s\u00e9journ\u00e9 en Chine pour une ann\u00e9e dans le cadre de la coop\u00e9ration avec la Chine.[\/footnote]. En fait, appartenir \u00e0 un club culturel dynamique se m\u00e9rite. C\u2019est en quelque sorte faire partie des hommes et des femmes de qualit\u00e9, de talents pr\u00eats \u00e0 \u0153uvrer dans la modernisation de leur pays et de leur soci\u00e9t\u00e9 en s\u2019appuyant \u00e0 la fois sur ses propres racines culturelles et en s\u2019ouvrant aux valeurs de l\u2019universel.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le Burundi est un petit pays qui a connu toute une s\u00e9rie de crises et de drames socio-culturels. Dans le contexte de sortie de crises identitaires, le retour aux origines culturelles se pr\u00e9sente comme une alternative importante \u00e0 travers les rencontres et les transmissions des valeurs culturelles de paix, d\u2019unit\u00e9, de solidarit\u00e9 et de patriotisme.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, des associations culturelles et artistiques \u00e9mergent avec la volont\u00e9 de revaloriser le culturel au service de la coh\u00e9sion sociale. Les unes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es sous l\u2019encadrement rapproch\u00e9 des pouvoirs publics dans les ann\u00e9es 1970 et 1980. Les autres se sont d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000 par des initiatives civiles, communautaires ou priv\u00e9es. Les enqu\u00eates r\u00e9v\u00e8lent que ces types d\u2019associations se pr\u00e9sentent comme des cadres sociaux des m\u00e9moires culturelles, car \u00e0 travers des transmissions interg\u00e9n\u00e9rationnelles, des continuit\u00e9s et des rencontres culturelles entre le rural, l\u2019urbain et le diasporique, le culturel se place au c\u0153ur des enjeux de la mondialisation, de l\u2019interculturalit\u00e9 et de la sortie de crises identitaires. Le club, en tant que groupe de personnes poursuivant des objectifs collectifs, se pr\u00e9sente comme un foyer de socialisation, de m\u00e9moire et de revendication culturelle sur les plans aussi bien urbain que collinaire, voire diasporique. Ici, le r\u00f4le des jeunes scolaris\u00e9s et surtout des femmes, en qu\u00eate de nouveaux rep\u00e8res sociaux dans un monde en mouvement, se r\u00e9v\u00e8le pertinent dans le sens de la m\u00e9diation culturelle.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une \u00e9tude multidisciplinaire pourrait davantage approfondir la question sous l\u2019angle de la sociolinguistique et de l\u2019analyse du discours en \u00e9tudiant les \u00e9l\u00e9ments de motivations cach\u00e9es derri\u00e8re les messages v\u00e9hicul\u00e9s par les chansons traditionnelles.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chemla, Yves. 2004. Rena\u00eetre en pays d\u00e9chir\u00e9. Dans Bonnet, Veronique (dir.), <em>Conflits de m\u00e9moire<\/em> (p.\u00a0331-345). Paris\u00a0: Kartala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chr\u00e9tien, Jean Pierre.1997. <em>Le d\u00e9fi de l\u2019ethnisme, Rwanda et Burundi 1994-1996<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chr\u00e9tien, Jean Pierre et Mukuri, Melchior. 2002. <em>Burundi fracture identitaire. Logiques de violences et certitudes ethniques <\/em><em>(<\/em><em>1993-1996<\/em><em>)<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guibert, Joel et Jumel, Guy. 2002. <em>La socio-histoire<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kayoya,\u00a0Michel.1971. <em>Entre deux mondes<\/em>. Bujumbura\u00a0: Presses Lavigerie.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kazoviyo, Gertrude. 2017. Le discours de lev\u00e9e de deuil d\u00e9finitif au Burundi\u00a0: la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle des valeurs culturelles. Dans Mukuri, Melchior, Nduwayo, Jean Marie et Bugwabari, Nicodeme (dir.), <em>Un demi-si\u00e8cle d\u2019histoire du Burundi. A Emile Mworoha, un pionnier de l\u2019histoire africaine <\/em>(p.\u00a087-98). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mworoha, Emile. 2010. Fondements et ressorts culturels dans la reconstruction du Burundi. Dans Mworoha, Emile, Ndayirukiye, Sylvestre et Mukuri, Melchior (dir.), <em>Les d\u00e9fis de la reconstruction dans l\u2019Afrique des Grands Lacs <\/em>(p.\u00a033-44). Bujumbura\u00a0: Centre de Recherche sur le D\u00e9veloppement dans les Soci\u00e9t\u00e9s en Reconstruction (CREDSR).<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nizigiyimana, Domitien. 2017. Le patrimoine culturel immat\u00e9riel\u00a0: Entre le \u00ab\u00a0<em>home-learning\u00a0<\/em>\u00bb et le \u00ab\u00a0<em>school-learning<\/em>\u00a0\u00bb. Dans Mukuri Melchior, Nduwayo Jean Marie et Bugwabari, Nicodeme (dir.), <em>Un demi-si\u00e8cle d\u2019histoire du Burundi. A Emile Mworoha, un pionnier de l\u2019histoire africaine <\/em>(p.\u00a099-117). Paris\u02f8 Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ntabona, Adrien. 1999. <em>Itin\u00e9raire de la sagesse. Les Bashingantahe, hier, aujourd\u2019hui et demain au Burundi<\/em>. Bujumbura\u00a0: Editions du CRID.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ntahombaye, Philippe et Manirakiza, Zenon. 1997. <em>La contribution des institutions et des techniques traditionnelles de r\u00e9solution pacifique des conflits \u00e0 la r\u00e9solution pacifique de crise burundaise<\/em>. Bujumbura\u00a0: UNESCO.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nsanze, Augustin.2004. Le deuil du pass\u00e9 est-il possible. <em>Cahiers d\u2019\u00e9tudes africaines<\/em>, <em>173-174<\/em>, 420-424. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/etudesafricaines.4678\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/etudesafricaines.4678<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9publique du Burundi. 2007. <em>Politique culturelle du Burundi<\/em>. Bujumbura\u00a0: RPP.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thibon, Christian. 2017. Butimage, mobilit\u00e9 religieuse et mobilit\u00e9 sociale\u00a0: anthropologie de sortie de crises au Burundi. Dans Mukuri, Melchior, Nduwayo, Jean Marie et Bugwabari (dir.), <em>Un demi-si\u00e8cle d\u2019histoire du Burundi. A Emile Mworoha, un pionnier de l\u2019histoire africaine <\/em>(p.\u00a0221-230). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du drame colonial aux crises sociopolitiques contemporaines, en passant par la chute brutale de la monarchie, le Burundi a connu des ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9chirure sociale, de r\u00e9gression des m\u0153urs, ainsi que de d\u00e9ni d\u2019histoire et de culture populaire. \u00c0 travers une approche socio-anthropologique, combinant la recherche documentaire et les entretiens individuels et collectifs, cet article analyse comment, dans le contexte de sortie de crises identitaires, le club culturel se pr\u00e9sente comme un cadre de socialisation et de revendication m\u00e9morielle culturelle au moyens des rencontres, des dialogues et des circulations interg\u00e9n\u00e9rationnelle et interculturelle des valeurs r\u00e9put\u00e9es ancestrales de paix, d\u2019unit\u00e9, de solidarit\u00e9, de coh\u00e9sion sociale et de patriotisme. Dans ce cas, les ph\u00e9nom\u00e8nes contemporains li\u00e9s \u00e0 la mondialisation, ainsi que la volont\u00e9 de rena\u00eetre et de revivre ensemble, permettent des continuit\u00e9s culturelles et se structurent entre le rural, l\u2019urbain et le diasporique.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/burundi\/\">Burundi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/crise\/\">crise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/culture\/\">culture<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/histoire\/\">histoire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/identite\/\">identit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/memoire\/\">m\u00e9moire<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/socialisation\/\">socialisation<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">From the colonial tragedy to the contemporary socio-political crises, via the brutal fall of the monarchy, Burundi has experienced phenomena of social tearing, regression of morals, as well as the denial of history and popular culture. Through a socio-anthropological approach, combining documentary research and individual and collective interviews, this article analyses how, in the context of emerging identity crises, the cultural club presents itself as a framework for socialisation and cultural memory reclamation by means of encounters, dialogues and inter-generational and intercultural circulations of the reputedly ancestral values of peace, unity, solidarity, social cohesion and patriotism. In this case, the contemporary phenomena linked to globalisation, as well as the will to be reborn and to live together again, allow cultural continuities and are structured between the rural, the urban and the diasporic.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/burundi\/\">Burundi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/crisis\/\">crisis<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/culture\/\">culture<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/history\/\">history<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/memory\/\">memory<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/socialization\/\">socialization<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (kirundi )&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Kubera intwaro ya gikoroni, itembagazwa ry\u2019intwaro ya cami n\u2019amabi y\u2019indyane, Uburundi bwaratakaje imibano myiza, imico n\u2019imigenzo myiza biratituka cane. Akahise n\u2019imico kama vyarirengagijwe. Twarisunze amategeko y \u2018itohoza muvy\u2019imibano n\u2019imigenzo, twaciye twisunga ivyanditswe, kandi twarabajije abantu umwumwe canke mu mirwi. Twogomba kwiga neza ukuntu imirwi ndangakaranga ufise uruhara mu kuvavanura n\u2019indyane n\u2019ibibazo vyo muri kahise, ikoresheje gushira imbere imico kama n\u2019imigenzo mwiza y\u2019ikirundi. Ivyo bigashoboka mukumenyesha no gukwiragiza imico myiza y\u2019amahoro, y\u2019ubumwe, yo gushigikirana, kubana neza no gukunda igihugu. Uguhanahana amakuru hirya no hino, hamwe n\u2019ishaka ry\u2019abagize imirwi ndangakarana mu kwiyunga no gushaka kubana neza n\u2019abandi, bituma imico n\u2019akaranga bishirzwa imbere ku baba ruguru, ababa mu bisagara mbere no ku Barundi baba mu bindi bihungu.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (kirundi )&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/burundi\/\">Burundi<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/imuco\/\">imuco<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/intureka\/\">intureka<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/ivyibukwa\/\">ivyibukwa<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/kahise\/\">kahise<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/kwibutsanya-imibano-mwiza\/\">kwibutsanya imibano mwiza<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>15 octobre 2021<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>5 mai 2022<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>27 d\u00e9cembre 2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00eatre humain est toujours confront\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vidence socio-culturelle pour faire face aux diff\u00e9rents d\u00e9fis de son temps \u00e0 travers notamment la mobilisation et la revendication artistique et culturelle. Suite aux grandes rencontres culturelles relatives au projet colonial, l\u2019Afrique est entr\u00e9e dans une nouvelle \u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par de paradigmes modernisants, m\u00ealant modernit\u00e9 et tradition, rejets et discontinuit\u00e9s. Mais, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le retour aux sources ancestrales et l\u2019engouement pour les civilisations en voie de disparation\u00a0peuvent se r\u00e9v\u00e9ler comme une alternative permettant aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations de \u00ab\u00a0r\u00e9sister\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019angoisse des temps pr\u00e9sents et \u00e0 avenir. C\u2019est ainsi que la th\u00e9matique de rencontre des mondes culturels n\u2019est pas r\u00e9cente en litt\u00e9rature ou en sciences sociales. Elle s\u2019int\u00e9resse aux questions de domination, d\u2019ali\u00e9nation, mais aussi d\u2019adaptation, de n\u00e9gociation, d\u2019articulation, de revendication, de r\u00e9silience, de cr\u00e9ativit\u00e9 voire de spiritualit\u00e9. Elle insiste sur les dynamiques internes et questionne le r\u00f4le des diasporas dans le contexte de circulations des modes et des cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour le cas qui nous concerne, cette \u00e9tude s\u2019int\u00e9resse aux clubs culturels \u0153uvrant au Burundi, particuli\u00e8rement en Mairie de Bujumbura. Alors que la chanson a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments majeurs de la culture burundaise, les associations culturelles et artistiques se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es \u00e0 travers notamment la conqu\u00eate de l\u2019espace urbain. \u00c0 travers une d\u00e9marche socio-anthropologique, cet article \u00e9tudie le groupe culturel comme un foyer de socialisation, de m\u00e9moire, de revendication et de lib\u00e9ration de la parole m\u00e9morielle au moyen des cr\u00e9ations et des manifestations culturelles dans le contexte de sortie de crises identitaires<a class=\"footnote\" title=\"Un des groupes artistiques s\u2019appelle \u00ab\u00a0Buja Sans Tabou\u00a0\u00bb.\" id=\"return-footnote-487-1\" href=\"#footnote-487-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. \u00c0 ce niveau, nous voulons savoir en quoi le club constitue un objet culturel voire interculturel dans la logique de transmissions interg\u00e9n\u00e9rationnelles des valeurs culturelles (Kazoviyo, 2017) favorables \u00e0 la reconstruction et \u00e0 la r\u00e9conciliation nationales. En guise d\u2019avant- propos \u00e0 la politique culturelle du Burundi, Jean Jacques Nyenimigabo, alors Ministre de la jeunesse, des sports et de la culture en 2008, invite tout le monde \u00e0 mobiliser toutes les \u00e9nergies \u00ab pour que la culture soit aussi au c\u0153ur de la reconstruction, de la r\u00e9conciliation et de la coh\u00e9sion sociale \u00bb (R\u00e9publique du Burundi, 2007, p.\u00a03).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Notre analyse accorde donc l\u2019attention aux capacit\u00e9s de cr\u00e9ativit\u00e9, d\u2019articulation et de r\u00e9silience d\u2019une culture a priori \u00ab\u00a0domin\u00e9e\u00a0\u00bb pour une cause noble, celle de la coh\u00e9sion sociale. Cela nous permet d\u2019identifier des zones et des territoires inviolables que rec\u00e8le la m\u00e9moire culturelle. \u00c9tudier les mobilisations et les revendications culturelles \u00e0 travers le club renvoie en particulier \u00e0 la sociologie urbaine, car la vulgarisation du message r\u00e9pond \u00e0 une demande sociale des citadins et citadines en qu\u00eate de leurs rep\u00e8res culturels qu\u2019ils\/elles souhaitent perp\u00e9tuer, mais aussi \u00e0 un besoin de loisirs. Aussi, une attention particuli\u00e8re est port\u00e9e aux connections avec les mondes diasporiques, en raison de leur importance en termes d\u2019influences et de circulations des modes. Ainsi, dans le contexte global de la mondialisation, la mobilisation culturelle urbaine est comprise sous l\u2019angle d\u2019un espace-temps beaucoup plus important, comprenant le rural, l\u2019urbain et l\u2019international, car comme le pr\u00e9cise Chr\u00e9tien (2010), de nos jours, on observe une alchimie entre le local et le global qui tend \u00e0 exploser la dimension historique des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude se base, d\u2019abord, sur la documentation existante dans les domaines de litt\u00e9ratures et de sciences sociales. Ensuite, la d\u00e9marche consiste \u00e0 mener des enqu\u00eates au moyen des entretiens individuels et collectifs pour relier les trajectoires individuelles des membres \u00e0 une identit\u00e9 ou une m\u00e9moire collective. Dans ce cas, les questions li\u00e9es au genre, aux continuit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rationnelles, \u00e0 la formation, aux masses m\u00e9dias, \u2026 sont trait\u00e9es pour voir s\u2019il existe une conscience collective culturelle pour le besoin de la coh\u00e9sion sociale et de la paix. L\u2019\u00e9tude se base aussi sur l\u2019analyse des principales th\u00e9matiques d\u00e9velopp\u00e9es dans les diff\u00e9rentes chansons traditionnelles des clubs culturels, en particulier la troupe <em>Amagaba<\/em>. Le choix de cette jeune association de huit ans est guid\u00e9 par le fait qu\u2019elle est constitu\u00e9e, en grande partie, par des anciens membres des principaux clubs<a class=\"footnote\" title=\"Entretien avec les responsables de la troupe Amagaba, le 12 octobre 2021.\" id=\"return-footnote-487-2\" href=\"#footnote-487-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. En s\u2019int\u00e9ressant donc \u00e0 ce club, on recueille \u00e9galement d\u2019importantes informations sur l\u2019ensemble de ce secteur. L\u2019analyse permet, en tout, de tirer des conclusions sur les hypoth\u00e8ses de revendication m\u00e9morielles, du recouvrement de l\u2019identit\u00e9 patrimoniale et du dialogue interculturel et interg\u00e9n\u00e9rationnel, comme une approche de reconstruction et de coh\u00e9sion sociales.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Des associations culturelles dans le contexte de sortie de crises identitaires\u00a0: une histoire sociale du politique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, l\u2019engagement de la soci\u00e9t\u00e9 civile, mais aussi les initiatives priv\u00e9es ont permis l\u2019\u00e9mergence d\u2019une diversit\u00e9 d\u2019associations de diff\u00e9rentes cat\u00e9gories. Le professeur Thibon (2017) a tent\u00e9, par exemple, de donner une explication \u00e0 la mobilit\u00e9 religieuse dans le sens de sortie de crises au Burundi en mettant en \u00e9vidence le r\u00f4le des jeunes en qu\u00eate de nouveaux rep\u00e8res sociaux. Il s\u2019agit ici d\u2019\u00e9tudier le lien entre l\u2019importance des associations \u00e0 caract\u00e8re culturel traditionnel et la volont\u00e9 de sortie d\u2019un cycle de crises identitaires au Burundi.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un pass\u00e9 de drames sociopolitiques et de choc culturel<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Burundi a connu diff\u00e9rentes p\u00e9riodes de drames et de crises sociopolitiques, entra\u00eenant des ph\u00e9nom\u00e8nes de crispation et d\u00e9chirure sociales, mais aussi de d\u00e9ni d\u2019histoire et de culture. En effet, l\u2019entr\u00e9e du Burundi dans l\u2019\u00e8re coloniale constitue un choc socioculturel majeur (Mworoha, 2010). Il s\u2019agit d\u2019un moment extraordinaire dans le changement de mentalit\u00e9 de la population, \u00e0 la fois par l\u2019introduction de nouvelles valeurs, de nouveaux produits et de nouvelles id\u00e9ologies. C\u2019est d\u2019abord l\u2019apparition de nouveaux lieux culturels, \u00e0 savoir la mission et l\u2019\u00e9cole, qui introduisent les Burundais-es dans un nouvel univers de croyances et de pratiques religieuses avec la conversion massive de la population au christianisme, avec comme cons\u00e9quence l\u2019abandon du jour au lendemain du culte traditionnel. C\u2019est aussi la naissance du culte du dipl\u00f4me et de l\u2019argent qui ouvre de nouveaux horizons au d\u00e9triment du v\u00e9cu socioculturel traditionnel (Mworoha, <em>ibid<\/em>). En plus, l\u2019imaginaire racial, v\u00e9hicul\u00e9 par la litt\u00e9rature et les pratiques coloniales de division, ont nourri une profonde ali\u00e9nation culturelle (Chr\u00e9tien, 1997) qui allait profond\u00e9ment marquer l\u2019avenir du pays. L\u2019intervention coloniale provoqua un grand choc culturel par le traitement qu\u2019elle r\u00e9serve aux symboles et pratiques traditionnelles. Il s\u2019agit en fait d\u2019un r\u00e9el m\u00e9pris marqu\u00e9 par les politiques de neutralisation et de marginalisation des signes et symboles de la culture ancienne. On rel\u00e8ve ici une crise de valeurs chez les Burundais-es, car cette politique touchait et niait, en un sens, les croyances et les valeurs populaires burundaises (Mworoha, 2010), ainsi que la signification m\u00eame de l\u2019autorit\u00e9 royale. Celle-ci allait, d\u2019ailleurs, perdre progressivement son importance avant de conna\u00eetre sa chute brutale en 1966 sous le coup de l\u2019instauration de la R\u00e9publique. Ce qui fut un drame et un choc immense \u00e0 l\u2019endroit d\u2019un peuple qui avait depuis longtemps cru \u00e0 la cause monarchique (Nsanze, 2004).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, les difficult\u00e9s de gestion politique du Burundi ind\u00e9pendant ont ouvert la voie \u00e0 une culture de violences identitaires, emportant les \u00e9lites avant de s\u2019\u00e9tendre \u00e0 la population enti\u00e8re. Sur le plan culturel, les crises profondes et les violences successives ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dommageables au niveau des valeurs anciennes v\u00e9cues par le monde rural o\u00f9 les paysan-ne-s se sont retrouv\u00e9-e-s en train de se massacrer, emport\u00e9-e-s par des manipulations, alors que ces personnes, appartenant aux diff\u00e9rentes cat\u00e9gories sociales, avaient v\u00e9cu l\u2019ensemble des si\u00e8cles partageant ensemble les m\u00eames valeurs. La violence a touch\u00e9 non seulement les personnes, mais concerne aussi les dommages subis par le patrimoine culturel avec la destruction des \u00e9coles, des lieux de culte et des infrastructures socio\u00e9conomiques de tout genre. Ainsi, on a assist\u00e9 au repli identitaire avec des camps de d\u00e9plac\u00e9-e-s, des sinistr\u00e9-e-s, des refugi\u00e9-e-s, des dispers\u00e9-e-s, des ghettos ethniques par quartiers en ville (Chr\u00e9tien et Mukuri, 2002), alors que les Burundais-es avaient \u00e9t\u00e9 nourri-e-s aux m\u00eames valeurs. Mworoha (2010, p.\u00a036) se demande alors comment reconstruire cette culture burundaise bless\u00e9e; comment r\u00e9animer la s\u00e8ve culturelle, regarder vers l\u2019avenir et inculquer de nouvelles valeurs, notamment aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations, car, pr\u00e9cise-t-il, \u00abl\u2019un des drames pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations burundaises et notamment de la jeunesse urbaine nourrie parfois de clich\u00e9s et l\u2019interpr\u00e9tation cat\u00e9gorielle des trag\u00e9dies du Burundi contemporain r\u00e9side souvent dans l\u2019ignorance de l\u2019histoire et de la culture populaire de leur pays\u00a0\u00bb. C\u2019est donc accorder l\u2019importance au culturel comme perspective de r\u00e9silience pour un pays, \u00e0 plusieurs reprises, d\u00e9chir\u00e9 par des crises multiformes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Revivre en pays d\u00e9chir\u00e9\u00a0: perspective culturelle<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme si l\u2019histoire \u00e9tait condamn\u00e9e \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter, le peuple burundais a, plusieurs fois, rat\u00e9 les occasions de r\u00e9conciliation nationale, afin d\u2019\u00e9voluer vers un destin commun. L\u2019historien Nsanze (2004) parle des difficult\u00e9s de faire le deuil du pass\u00e9, compte tenu de l\u2019ampleur des drames qu\u2019a connu le Burundi au cours de son histoire\u00a0: les abus de la colonisation, la chute brutale de la monarchie et les crises sanglantes de la r\u00e9publique. En fait, les crises et les violences qui ont frapp\u00e9 l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 ont affect\u00e9 de mani\u00e8re profonde les faits, les croissances, les pratiques et les valeurs culturelles. Selon Mworoha, \u00ab\u00a0au Burundi, on peut parler d\u2019une crise de valeurs et d\u2019une crise d\u2019identit\u00e9 dont il faut d\u00e9celer l\u2019ampleur avant de s\u2019interroger sur le comment les ressources culturelles peuvent participer \u00e0 la reconstruction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9stabilis\u00e9e et meurtrie \u00bb (2010, p. 33).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, et pr\u00e9cis\u00e9ment apr\u00e8s les massacres g\u00e9nocidaires de 1972, on a observ\u00e9 une attention particuli\u00e8re accord\u00e9e au d\u00e9veloppement du secteur culturel illustr\u00e9 notamment par la cr\u00e9ation du Minist\u00e8re de la jeunesse, des sports et de la culture en 1976. On note le lancement d\u2019un ensemble musical traditionnel dont l\u2019ambition consistait \u00e0 devenir un v\u00e9ritable ballet national capable d\u2019assurer des repr\u00e9sentations artistiques venant de toutes les r\u00e9gions du pays. Des orchestres (Nakaranga, Mucowera, Amabano, etc.) et des clubs culturels ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s un peu partout (les \u00e9coles, les communes, la Radio-T\u00e9l\u00e9vision Nationale, etc.), port\u00e9s par une jeunesse avide de vivre et de r\u00e9ussir. Tout ce monde culturel, bien qu\u2019embryonnaire, semblait rayonnant et promettait un avenir meilleur. Il participait aux diff\u00e9rents festivals organis\u00e9s au niveau national, mais aussi sur le plan international avec des meilleures prestations souvent bien r\u00e9compens\u00e9es (R\u00e9publique du Burundi, 2007). Le message s\u2019inscrivait dans un contexte nationaliste voire panafricaniste de l\u2019unit\u00e9 et de la solidarit\u00e9. D\u2019ailleurs, le 2\u00e8me festival organis\u00e9 par le Minist\u00e8re de la Jeunesse, des Sports et de la Culture en 1978 portait sur le th\u00e8me de l\u2019\u00ab\u00a0Unit\u00e9, Ind\u00e9pendance et Solidarit\u00e9 anti-imp\u00e9rialiste\u00a0\u00bb. Il faut signaler que de 1973 \u00e0 1992, le Burundi a organis\u00e9 cinq festivals nationaux dont le mot d\u2019ordre \u00e9tait avant tout l\u2019unit\u00e9 et la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le pays est retomb\u00e9 brutalement dans le gouffre du conflit sociopolitique. Une longue guerre civile qui \u00e9clata en 1993 pour durer toute une d\u00e9cennie changea profond\u00e9ment les espoirs du vivre ensemble. Les massacres s\u2019intensifi\u00e8rent \u00e0 travers tout le territoire national. La d\u00e9chirure sociale s\u2019annon\u00e7a, cette fois-ci, totale. Dans l\u2019imaginaire collectif, c\u2019est en quelque sorte l\u2019\u00e9chec de la culture, incapable de fa\u00e7onner et de maintenir l\u2019unit\u00e9 nationale. D\u2019ailleurs, le sixi\u00e8me festival organis\u00e9 en 1997, en plein guerre civile, en \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9loquent. Il se d\u00e9roulait sous le mot d\u2019ordre suivant\u00a0: \u00ab Jeunes Barundi, unissons-nous dans l\u2019esprit de la culture nationale pour la paix et la r\u00e9conciliation\u00a0\u00bb. Ses principaux objectifs tournaient autour de la paix, de l\u2019amour de la patrie, de la r\u00e9conciliation et de la reconstruction nationale \u00e0 travers la revalorisation de la culture nationale. Ces m\u00eames th\u00e8mes sont repris, presque en totalit\u00e9, au septi\u00e8me festival de 2004 parmi les pr\u00e9occupations nationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les ann\u00e9es 2000, \u00e0 la sortie de la guerre civile, il s\u2019est observ\u00e9 une flamb\u00e9e d\u2019associations de tout genre dont des clubs culturels et artistiques, en particulier dans la capitale Bujumbura. L\u2019\u00e9mergence de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des initiatives priv\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 des facteurs majeurs \u00e0 ce d\u00e9veloppement du secteur culturel, m\u00ealant tradition et modernit\u00e9. Des studios, des associations et des clubs musico-culturels sont n\u00e9s presqu\u2019au m\u00eame moment avec une allure beaucoup plus moderne\u00a0: celle de l\u2019industrie culturelle. La culture musicale traditionnelle a pris un r\u00e9el essor dans cette ville cosmopolite de Bujumbura. Ces associations culturelles sont, \u00e0 titre d\u2019exemples, Higa Folk As, (danses folkloriques priv\u00e9es), umudeyo (danse du Buyogoma), Club Lac aux Oiseaux \u00ab\u00a0Intashikirwa\u00a0\u00bb (danse de la r\u00e9gion Nord-Est), Club Umuhanga (danse de Bururi), la Colombe (danse traditionnelle rituelle), Rukinzo Legacy (tambour), Fondation Batimbo (tambour), Association Groupe de Jeunes Batimbo (tambour), Burundi Loisirs (tambour de Makebuko), Imberamico\u00a0: club culturel de Rusengo (danses du Buyogoma), Association Abagumyabanga (danses folkloriques vari\u00e9es), Akaranga ni ibanga (danses traditionnelles vari\u00e9es), club Abanka kurutwa, Union de jeunes artistes de Buyenzi, club Giramahoro (danses folkloriques vari\u00e9es), club Ruciteme (tambours), club Urwidengwe (danses folkloriques du Nord) (R\u00e9publique du Burundi, 2007). Cette \u00e9volution positive est due au courage et \u00e0 la d\u00e9termination de jeunes talents avides d\u2019art et de mouvement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour un pays qui a connu toute une s\u00e9rie de crises sociopolitiques entra\u00eenant des crispations importantes en termes de coh\u00e9sion sociale, cela symbolise une certaine lib\u00e9ration de la parole m\u00e9morielle, politique, sociale et culturelle. Ce qui illustre le besoin et la volont\u00e9 de \u00ab rena\u00eetre en pays d\u00e9chir\u00e9 \u00bb, pour reprendre le titre de l\u2019article de Chemla (2004, p.\u00a0331), de recoudre le tissu social \u00e0 travers la red\u00e9couverte des racines et des rep\u00e8res culturels, consid\u00e9r\u00e9s non seulement comme des valeurs \u00e0 admirer, mais comme un tr\u00e9sor \u00e0 exploiter m\u00eame pour la post-modernit\u00e9 (Ntabona, 1999, p.\u00a03), afin d\u2019\u00e9voluer vers un avenir rassurant. Les noms de certains clubs t\u00e9moignent du souci d\u2019unit\u00e9 et de stabilit\u00e9 sociopolitique. \u00c0 titre d\u2019exemples, un des premiers et principaux clubs culturels s\u2019appelle <em>Giramahoro<\/em> (Aie la paix). Un autre club culturel s\u2019appelle <em>Intatana<\/em> (ceux qui ne se quittent jamais), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019unit\u00e9 que se r\u00e9clament, d\u2019ailleurs, les Burundais-es \u00e0 travers la devise nationale\u00a0: unit\u00e9, travail, progr\u00e8s. Pour la troupe <em>Amagaba (igaba <\/em>au singulier<em>)<\/em>, le nom \u00e9voque une sorte de lance, symbole de bravoure, qui \u00e9tait donn\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9ritier le jour de la lev\u00e9e de deuil d\u00e9finitive pour son p\u00e8re<a class=\"footnote\" title=\"Entretien du 12 octobre 2021 avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo, les fondateurs de la troupe Amagaba.\" id=\"return-footnote-487-3\" href=\"#footnote-487-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>. Ce besoin d\u2019h\u00e9ritage culturel transparait \u00e0 travers les diff\u00e9rentes chansons et activit\u00e9s de l\u2019ensemble des associations \u0153uvrant dans ce secteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces formes de mobilisations culturelles ont profit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en sortie de crises pour prendre de plus en plus de place. D\u2019ailleurs, en octobre 2007, le gouvernement du Burundi a adopt\u00e9 la nouvelle politique culturelle dont l\u2019ambition \u00e9tait de mettre la culture au service de la paix et du d\u00e9veloppement. Cette politique culturelle d\u00e9finit l\u2019enjeu central, \u00e0 savoir se doter d\u2019un outil solide pour restaurer le r\u00f4le de la culture dans le d\u00e9veloppement du pays. Elle d\u00e9finit ses objectifs sp\u00e9cifiques qui sont\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">1. Mettre la culture au service de la paix, de la r\u00e9conciliation nationale et du d\u00e9veloppement;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">2. Donner au peuple burundais le sentiment de conscience de son identit\u00e9 multis\u00e9culaire gr\u00e2ce \u00e0 son patrimoine culturel riche et vari\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">3. Amener le peuple burundais \u00e0 se r\u00e9approprier sa culture;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">4. Axer la nouvelle politique culturelle sur les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9veloppement et de d\u00e9fense de la personnalit\u00e9 culturelle du pays;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">5. Assurer le d\u00e9veloppement des arts traditionnels sur le plan juridique et pratique;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">6. Favoriser l\u2019implication et le r\u00f4le de la culture dans le d\u00e9veloppement global de la soci\u00e9t\u00e9 burundaise du XXIe si\u00e8cle;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">7. Promouvoir la coop\u00e9ration r\u00e9gionale et internationale sur le plan culturel (R\u00e9publique du Burundi, 2007, p. 56-58).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce document se pr\u00e9sente comme \u00ab une r\u00e9f\u00e9rence ad\u00e9quate pour promouvoir l\u2019ensemble des secteurs de la culture et d\u2019en faire r\u00e9ellement le moteur du d\u00e9veloppement durable, en m\u00eame temps qu\u2019instrument efficace de coop\u00e9ration culturelle entre le Burundi et ses partenaires \u00bb (R\u00e9publique du Burundi, <em>ibid<\/em>, p.\u00a03). \u00c0 ce sujet, Mworoha pr\u00e9cise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La connaissance du syst\u00e8me culturel populaire du Burundi avec ses caract\u00e9ristiques, la culture d\u2019ijambo, la philosophie de l\u2019ubuntu, les donn\u00e9es de sagesse populaire, les modes et rites de r\u00e8glement des litiges et conflits dans l\u2019ancienne soci\u00e9t\u00e9 du Burundi s\u2019av\u00e8re \u00e0 la fois comme une n\u00e9cessit\u00e9 et une exigence pour faire partie int\u00e9grante du cursus de formation de la jeunesse (Mworoha, 2010, p. 43).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte de la stabilit\u00e9 sociopolitique retrouv\u00e9e, l\u2019offre culturelle est devenue de plus en plus croissante, en raison d\u2019une demande sociale importante. Cela a \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9 par la fr\u00e9quence des spectacles culturels avec parfois l\u2019appui de l\u2019\u00c9tat et des organismes internationaux, en termes de visibilit\u00e9 mais aussi de moyens financiers. C\u2019est le cas de la troupe <em>Amagaba<\/em> qui a des partenariats avec la Chine, la Hollande, etc. permettant des coop\u00e9rations importantes, dont le s\u00e9jour et la formation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<a class=\"footnote\" title=\"Entretien du 12 octobre 2021 avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo, fondateurs de la Troupe Amagaba.\" id=\"return-footnote-487-4\" href=\"#footnote-487-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>. Le r\u00f4le des m\u00e9dias avec des \u00e9missions culturelles, r\u00e9guli\u00e8rement suivies aussi bien en villes que dans les campagnes, a permis aux clubs culturels de renforcer leur image comme des zones de socialisation et de m\u00e9diation culturelle \u00e0 des fins de coh\u00e9sion sociale, voire de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique \u00e0 travers le retour aux sources ancestrales de plus en plus revendiqu\u00e9es.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00a0(Im)possible retour aux sources ancestrales et revendications m\u00e9morielles culturelles<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La soci\u00e9t\u00e9 ancienne du Burundi avait d\u00e9velopp\u00e9 une civilisation de l\u2019\u00ab enclos \u00bb et de la \u00ab\u00a0colline \u00bb fond\u00e9e notamment sur un mod\u00e8le culturel religieux, la culture d\u2019<em>ijambo<\/em> (la parole), de l\u2019<em>ubuntu <\/em>(humanisme), de l\u2019<em>ibanga<\/em> (le secret), ainsi que le primat de l\u2019arbitrage judiciaire incarn\u00e9 par l\u2019institution d\u2019<em>ubushingantahe<\/em> (instance des notables de colline).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La th\u00e9matique d\u2019acculturation est largement discut\u00e9e en lettres et en sciences sociales. On sait d\u00e9j\u00e0 que, pour la plupart des cas, l\u2019individu reste conscient de la perte des \u00e9l\u00e9ments de sa culture. Nizigiyimana (2017) a montr\u00e9 par exemple comment l\u2019enseignement moderne pr\u00e9sente ses limites par rapport \u00e0 la prise en compte et l\u2019int\u00e9gration du fond culture. Ce qui se traduit par d\u2019importantes discontinuit\u00e9s culturelles de la formation familiale \u00e0 l\u2019\u00e9cole moderne. Il s\u2019agit donc de voir en quoi le club culturel se pr\u00e9sente comme une alternative en termes de retour aux sources ancestrales et de revendication culturelle pour tenter de combler le foss\u00e9 d\u2019\u00ab Entre deux mondes\u00bb que d\u00e9crit bien Kayoya (1971). En quoi donc le club se pr\u00e9sente comme un pont reliant le domestique et le professionnel dans un contexte de dialogue interg\u00e9n\u00e9rationnel ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les th\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire et \u00e0 la culture sont \u00e9voqu\u00e9s \u00e0 travers les diff\u00e9rentes chansons. Ils mettent l\u2019acc\u00e8s sur l\u2019importance de la vache, sur le r\u00f4le social de la femme, ainsi que sur les opportunit\u00e9s patrimoniales et touristiques<a class=\"footnote\" title=\"Entretient du 12 octobre 2021 avec Herv\u00e9, coordinateur des activit\u00e9s \u00e0 la Troupe Amagaba.\" id=\"return-footnote-487-5\" href=\"#footnote-487-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>, etc. Cette forme de revendication culturelle est associ\u00e9e \u00e0 des objets culturels vari\u00e9s\u00a0: habits traditionnels, tambour, lance, corbeilles, paniers divers, etc<a class=\"footnote\" title=\"Informations livr\u00e9e par Belyse Tuyisenge, membre du Club Imararungu lors du focus group organise \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure, le 12 octobre 2021.\" id=\"return-footnote-487-6\" href=\"#footnote-487-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>. Les hauts faits et les personnages historiques de toutes les p\u00e9riodes (Ntare Rushatsi, Ntare Rugamba, Mwezi Gisabo, Rwagasore, Ndadaye) sont \u00e9voqu\u00e9s et rem\u00e9mor\u00e9s avec fiert\u00e9 et grandeur, parfois avec nostalgie. C\u2019est le cas de la chanson <em>Burundi<\/em> de la troupe <em>Amagaba<\/em> dont les paroles sont tr\u00e8s significatives\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Iki gihugu ni ico Abarundi twese. Ntare Rushatsi yaragitaziriye, Ntare Rugamba yaguye imbibe, Mwezi Gisabo yarakirwaniye. Ni uko Ndadaye, Rwagasore , batubera incungu z\u2019akarorero.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce pays appartient \u00e0 tous les Burundais. Ntare Rushatsi l\u2019a inaugur\u00e9, Ntare Rugamba a agrandi ses fronti\u00e8res. Mwezi Gisabo l\u2019a d\u00e9fendu. Ndadaye et Rwagasore sont nos h\u00e9ros exemplaires<a class=\"footnote\" title=\"Voir par exemple la chanson Burundi de la troupe Amagaba, disponible sur le compte You Tube Amagaba.\" id=\"return-footnote-487-7\" href=\"#footnote-487-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les chansons sont enrichies par des formes de po\u00e9sies telle que la po\u00e9sie pastorale (<em>ibicuba<\/em>), la po\u00e9sie de bravoure (<em>kwivuga amazina<\/em>) pour rem\u00e9morer le g\u00e9nie et l\u2019art ancestral de l\u2019<em>ijambo<\/em> (la parole) et de l\u2019\u00e9loquence (Kazoviyo, 2017).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De m\u00eame, les th\u00e9matiques d\u00e9montrent la volont\u00e9 du retour aux origines rurales des hautes terres. Ce rural qui pr\u00e9sente une grande importance en raison de son r\u00f4le de \u00ab gardien \u00bb de la m\u00e9moire\u00a0culturelle. L\u2019aspect de la durabilit\u00e9 du rural est reconnu au Burundi. Elle participe \u00e0 l\u2019attractivit\u00e9, mais aussi \u00e0 une certaine estime de soi des r\u00e9sident-e-s. Quelques \u00e9trangers et \u00e9trang\u00e8res r\u00e9sident-e-s ou au passage dans le pays peuvent prendre le plaisir de monter sur les hauteurs de Bugarama ou d\u2019Ijenda, non pas forc\u00e9ment dans le cadre de tourisme professionnel, mais pour question de promenades et de d\u00e9tente. Quelques sites agro-industriels th\u00e9icoles, caf\u00e9icoles, \u2026 peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des destinations culturelles r\u00e9gionales incontournables. Ils sont enrichis par la dimension symbolique de l\u2019aspect naturel des hautes terres toujours verdoyantes et attrayantes, pouvant \u00e9tonner tout visiteur ou visiteuse. Dans ce petit pays des collines, l\u2019ordre rural et la nostalgie des origines (territoriales, temporelles et symboliques) se gardent et s\u00e9duisent toutes les g\u00e9n\u00e9rations confondues. Ainsi, monter \u00e0 la campagne (<em>kuduga ruguru<\/em>), \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays (<em>mu gihugu hagati<\/em>), au village, dans le Burundi profond, pour saluer quelques vieux amis d\u2019enfance et les quelques t\u00eates de b\u00e9tail qui restent (<em>kuramutsa inka<\/em>, saluer les vaches), ainsi que contempler les buissons de bananiers, de th\u00e9s et d\u2019eucalyptus, \u2026 se m\u00e9ritent, honorent et peuvent impressionner l\u2019\u00e9tranger ou l\u2019\u00e9trang\u00e8re. C\u2019est rencontrer et se rencontrer ou se r\u00e9concilier avec l\u2019\u00e2me <em>rundi <\/em>en s\u2019enivrant de son univers symbolique, d\u2019un pass\u00e9 glorifi\u00e9 d\u2019un pays imaginaire \u00ab du lait et du miel \u00bb, o\u00f9 tout se passait tr\u00e8s bien ! Cette repr\u00e9sentation est actualis\u00e9e par la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du paysage rural moderne. Cette importance accord\u00e9e au rural illustre l\u2019illusion d\u2019un retour \u00e9nigmatique \u00e0 la source ou la nostalgie de la \u00ab colline \u00bb. Les diff\u00e9rents clubs culturels se dirigent donc souvent vers la campagne pour l\u2019inspiration et la prise d\u2019images. La th\u00e9\u00e2tralisation, la mise en sc\u00e8ne solennelle et la m\u00e9diatisation de ces espaces ruraux, r\u00e9put\u00e9s gardiens de la m\u00e9moire historico-culturelle, sont des strat\u00e9gies de communication et de vulgarisation d\u2019un message favorable \u00e0 la valorisation du patrimoine culturel sous toutes ses formes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019espace urbain est aussi \u00e9voqu\u00e9 en faisant r\u00e9f\u00e9rence notamment au lac Tanganyika, mais aussi \u00e0 la femme moderne, capable de r\u00e9aliser des activit\u00e9s professionnelles qui leur \u00e9taient interdites auparavant<a class=\"footnote\" title=\"Informations recueillies lors du focus groupe organise \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure, le 12 octobre 2021.\" id=\"return-footnote-487-8\" href=\"#footnote-487-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>. Cette pr\u00e9sence de la femme en g\u00e9n\u00e9ral, rel\u00e8ve notamment des ph\u00e9nom\u00e8nes de socialisation urbaine qu\u2019il faudra bien \u00e9tudier pour en trouver le lien avec la valorisation des valeurs culturelles favorables \u00e0 la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Socialisation, dialogue interculturel et interg\u00e9n\u00e9rationnel pour la coh\u00e9sion sociale<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le club culturel, en tant que groupe de personnes poursuivant des buts collectifs, se pr\u00e9sente comme un foyer de socialisation, de transmission des principales valeurs culturelles du pays\u00a0: la solidarit\u00e9, l\u2019humanit\u00e9, le bravoure, le patriotisme, etc. Dans le contexte de d\u00e9chirure du tissu social et des limites de la famille par rapport \u00e0 son r\u00f4le classique d\u2019inculquer les valeurs, le club dans le sens de fratrie, est une alternative pour transmettre les \u00e9l\u00e9ments culturels pouvant aider \u00e0 panser et cimenter le corps social. D\u2019ailleurs, Mworoha (2010) plaide pour la n\u00e9cessaire red\u00e9couverte et r\u00e9appropriation de la civilisation populaire de l\u2019 \u00ab enclos \u00bb et de la \u00ab colline\u00a0\u00bb du Burundi ancien par les jeunes g\u00e9n\u00e9rations afin de sortir de l\u2019engrainage des crises identitaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les instruments traditionnels tels qu\u2019inanga, umuduri, ikembe, umwironge, inyagara\u2026 sont m\u00eal\u00e9s aux instruments de musique moderne<a class=\"footnote\" title=\"Informations de Belyse Tuyisenge, \u00e9tudiante et membre du club Imararungu lors du Focus Group du 11 octobre 2021 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure.\" id=\"return-footnote-487-9\" href=\"#footnote-487-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>. Cela permet d\u2019effectuer un travail de m\u00e9moire culturelle marqu\u00e9e par des allers et retours incessants entre le traditionnel et le moderne, dans la logique de la modernisation culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les activit\u00e9s du club s\u2019accompagnent par des moments de f\u00eates. Celles-ci associent des aspects sacr\u00e9s (le recueillement, le respect, la communion, etc.) et des aspects profanes (exub\u00e9rance, divertissement, etc.), des comportements codifi\u00e9s relatifs \u00e0 la solidarit\u00e9 et \u00e0 la sociabilit\u00e9 (Guibert et Jumel, 2002). Diff\u00e9rents \u00e9pisodes de la vie collinaire ancestrale sont jou\u00e9s et film\u00e9s pour permettre au message d\u2019atteindre rapidement un public beaucoup plus large. On observe ici des liens fond\u00e9s sur les \u00e9changes matrimoniaux qui se concr\u00e9tisent par diff\u00e9rentes solidarit\u00e9s sociales. Ici le club joue le r\u00f4le auparavant d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la famille, comme cadre id\u00e9ale de base pour l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la paix, \u00e0 travers les contes, les proverbes et autres genres litt\u00e9raires (\u00e9cole du soir), les relations issues des liens de sang et des alliances matrimoniales, les pactes sociaux, les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9changes de dons, les c\u00e9l\u00e9brations de la vie comme la lev\u00e9e d\u00e9finitive de deuil (<em>ukuganduka<\/em>) qui est une occasion de r\u00e8glement d\u00e9finitif de litiges entre les membres de la famille du d\u00e9funt ou les parents et les voisins, et partant de pr\u00e9vention des conflits, par la parole sociale et les interdits (Ntahombaye et Manirakiza, 1997; Kazoviyo, 2017). \u00c0 ce niveau de solidarit\u00e9 collinaire, on insiste sur les liens de voisinage consistant en \u00e9changes de cadeaux lors des f\u00eates (<em>guterera<\/em>), en invitations collectives \u00e0 boire ensemble (<em>ubutumire<\/em>) de la bi\u00e8re au sein de la paysannerie burundaise. Tous ces \u00e9l\u00e9ments culturels sont \u00e9voqu\u00e9s en th\u00e9orie qu\u2019en pratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En th\u00e9orie, les th\u00e9matiques des chansons insistent sur l\u2019ensemble de ces valeurs culturelles. Le spectacle se veut vivant, \u00e9mouvant et agr\u00e9able avec ses modes de festival et de chor\u00e9graphie, notamment f\u00e9minine qui ont pris une place essentielle dans la r\u00e9habilitation de la musique traditionnelle burundaise (Mworoha, 2010). En pratique, le club se veut un groupe dynamique interg\u00e9n\u00e9rationnel exemplaire, en termes de solidarit\u00e9 lors des \u00e9v\u00e9nements de circonstances\u00a0: naissance d\u2019un enfant, mariage, d\u00e9c\u00e8s, dipl\u00f4me, etc<a class=\"footnote\" title=\"Entretien avec Leslie Nahimana, membre de la troupe Amagaba le 20 ao\u00fbt 2021.\" id=\"return-footnote-487-10\" href=\"#footnote-487-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>. Dans le contexte de sortie d\u2019une s\u00e9rie de crises sociopolitiques avec toutes leurs cons\u00e9quences, notamment sur la dislocation des familles, le club illustre le ph\u00e9nom\u00e8ne de parent\u00e9 fictive avec son importance en termes de solidarit\u00e9 et de sociabilit\u00e9. \u00c0 titre d\u2019exemple, un des clubs culturels s\u2019appelle <em>Imararungu<\/em> (l\u2019union contre l\u2019ennui). Les membres se consid\u00e8rent parfois comme des fr\u00e8res et s\u0153urs avec des hi\u00e9rarchies sociales bien connues dans d\u2019autres cadres sociaux dont familiaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les clubs culturels profitent d\u2019un espace m\u00e9diatique et communicationnel de plus en plus large, amplifi\u00e9 par l\u2019importance du num\u00e9rique. Ainsi, les r\u00e9seaux sociaux favorisent la vulgarisation rapide des messages v\u00e9hicul\u00e9s par ces groupes culturels jusque dans les diasporas en Occident. Les mondes diasporiques sont plus que jamais connect\u00e9s avec le pays d\u2019origine, permettant des allers et retours et des influences r\u00e9ciproques. \u00c0 ce sujet, des groupes culturels des Burundais-es vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, notamment au Canada, en Belgique ou en Australie, d\u00e9montrent cette continuit\u00e9 culturelle entre l\u2019ici et l\u2019ailleurs, l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s. C\u2019est le cas des groupes culturels <em>Amagaba<\/em> et <em>Imararungu<\/em> par exemple, qui re\u00e7oivent des dons de la part des Burundais-es vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<a class=\"footnote\" title=\"Informations recueillies lors du Focus Group organis\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure, ainsi que l\u2019entretien avec Innocent Ntiharirizwa et Ennock Nzohabonayo (fondateurs de la troupe Amagaba), le 12 octobre 2021.\" id=\"return-footnote-487-11\" href=\"#footnote-487-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>. D\u2019ailleurs, le club culturel <em>Ishaka<\/em> des Burundais-es qui vivent au Canada illustre bien cet aspect de rencontres, de dialogues et de circulations interculturelles. Dans la chanson <em>Ni<\/em> <em>amarame<\/em> <em>ziratashe<\/em> par exemple, le club \u00e9voque l\u2019importance socio-culturelle de la vache burundaise. Devant les drapeaux du Canada et du Burundi, des jeunes filles bondissent joyeusement \u00e0 l\u2019honneur d\u2019un public diasporique burundais, mais aussi d\u2019origine rwandaise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nkima na Murwiza zizitashe imbere<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bihogo na Bitaho zizicagatiye<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Abavyeyi n\u2019ibibondo bazisanganiye<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ni amarame ziratashe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nkima na Murwiza sont devant (les autres vaches)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bihogo na Bitaho se situent sur les extr\u00e9mit\u00e9s<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les parents et les enfants les attendent impatiemment<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est la paix qui r\u00e8gne, car les vaches rentrent (du p\u00e2turage)<a class=\"footnote\" title=\"Un passage de la chanson du club Ishaka fond\u00e9 par des Burundais vivant au Canada.\" id=\"return-footnote-487-12\" href=\"#footnote-487-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ici, la donne culturelle trouve sa place aussi bien au pays natal que dans le pays d\u2019accueil de l\u2019\u00e9migr\u00e9-e. Ce qui symbolise la capacit\u00e9 de r\u00e9silience des mondes diasporiques face \u00e0 un nouveau monde avec parfois de nouveaux codes de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour le jeune homme ou la jeune femme \u0153uvrant au Burundi, le secteur culturel pr\u00e9sente des opportunit\u00e9s de connections avec le monde ext\u00e9rieur, pouvant garantir un capital social pour l\u2019avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tous ces groupes culturels, qu\u2019ils soient du pays (Bujumbura en particulier) ou de l\u2019\u00e9tranger, sont anim\u00e9s par la volont\u00e9 de perp\u00e9tuer la culture; une culture de paix et de coh\u00e9sion sociale, dans le contexte de peur et d\u2019angoisse d\u2019ali\u00e9nation socio-culturelle. Il s\u2019agit de rompre avec la culture de la violence, celle qui enferme chacun dans la banalit\u00e9 du mal (Chemla, 2004). Les porteurs et porteuses du message tentent de sortir d\u2019un pass\u00e9 douloureux, d\u2019autant plus qu\u2019ils sont aussi hant\u00e9s par un futur brouill\u00e9 par les incertitudes du pr\u00e9sent. Cette d\u00e9marche collective de recouvrer la m\u00e9moire culturelle pour se d\u00e9couvrir soi-m\u00eame (Chemla, <em>ibid<\/em>), de lier la m\u00e9moire au devenir en termes de transmissions humanistes, rev\u00eat d\u2019importantes dimensions de m\u00e9diation culturelle et sociale voire de th\u00e9rapie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aussi, ces acteurs sociaux veulent fa\u00e7onner une image idyllique d\u2019un pays ancien (<em>Burundi bwa Inaburunga<\/em>), d\u2019un peuple mill\u00e9naire qui a su r\u00e9sister aux diff\u00e9rents al\u00e9as \u00e0 travers les diff\u00e9rentes \u00e9poques. Ils veulent refuser l\u2019image n\u00e9gative largement v\u00e9hicul\u00e9e d\u2019un pays toujours en guerres tribales et donc vou\u00e9 \u00e0 la fracture identitaire (Chr\u00e9tien et Mukuri, 2002) et \u00e0 la mis\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les th\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 la solidarit\u00e9, \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, au courage, etc. sont r\u00e9currents. Ils d\u00e9montrent l\u2019importance que les groupes culturels accordent \u00e0 la culture pour construire un Burundi meilleur. Dans certaines chansons, on pr\u00f4ne l\u2019oubli et le pardon pour la coh\u00e9sion sociale\u00a0: <em>Intibagira ntibana<\/em> (pour bien vivre avec ses voisins, on oublie ses erreurs), <em>ihorihori ihonya<\/em> <em>umuryango <\/em>(la vengeance finit par emporter toute la famille). Le th\u00e8me d\u2019<em>ubuntu<\/em> (humanit\u00e9), commun \u00e0 l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s de langues bantoues, revient souvent. Il qualifie une personne int\u00e8gre, se conduisant bien en soci\u00e9t\u00e9, sage et pond\u00e9r\u00e9e. Selon Mworoha (2010), le concept d\u2019<em>ubuntu<\/em> peut aussi, au Burundi, se rapprocher de celui d\u2019<em>umutima<\/em> (c\u0153ur, esprit). Avoir l\u2019<em>umutima<\/em> signifie \u00eatre courageux. La philosophie d\u2019<em>ubuntu<\/em> et d\u2019<em>umutima<\/em> constitue donc, en un sens, la base du fond culturel ancestral rundi, essentiel pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations comme un id\u00e9al de leur formation civique afin de sortir des cons\u00e9quences des drames d\u2019un pass\u00e9 difficile \u00e0 passer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, s\u2019est cr\u00e9\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 un march\u00e9, une industrie culturelle. \u00c0 travers l\u2019importance de l\u2019audiovisuel que permettent les r\u00e9seaux sociaux et les nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication, le culturel se situe entre la tradition et la modernit\u00e9, l\u2019ancien et le nouveau, le rural collinaire, l\u2019urbain et l\u2019\u00e9tranger, etc. pour \u00e9voluer vers un tout complexe, riche et attrayant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais aussi, appartenir au club culturel rel\u00e8ve de la motivation et des int\u00e9r\u00eats personnels sociaux, \u00e9conomiques, etc. \u00catre membre, encore plus \u00eatre leader de l\u2019organisation, pr\u00e9sente quelques avantages de reconnaissance de visibilit\u00e9 et de promotion socio-\u00e9conomique. C\u2019est le cas des jeunes du club <em>Amagaba<\/em> qui ont pu voyager et s\u00e9journer en Chine pour une formation et des rencontres culturelles qui ont permis, d\u2019ailleurs, la fondation du centre <em>Bujumbura Amagaba<\/em> dans le district de Wutongqiao en Chine<a class=\"footnote\" title=\"Entretien du 12 octobre avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo qui ont s\u00e9journ\u00e9 en Chine pour une ann\u00e9e dans le cadre de la coop\u00e9ration avec la Chine.\" id=\"return-footnote-487-13\" href=\"#footnote-487-13\" aria-label=\"Footnote 13\"><sup class=\"footnote\">[13]<\/sup><\/a>. En fait, appartenir \u00e0 un club culturel dynamique se m\u00e9rite. C\u2019est en quelque sorte faire partie des hommes et des femmes de qualit\u00e9, de talents pr\u00eats \u00e0 \u0153uvrer dans la modernisation de leur pays et de leur soci\u00e9t\u00e9 en s\u2019appuyant \u00e0 la fois sur ses propres racines culturelles et en s\u2019ouvrant aux valeurs de l\u2019universel.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Burundi est un petit pays qui a connu toute une s\u00e9rie de crises et de drames socio-culturels. Dans le contexte de sortie de crises identitaires, le retour aux origines culturelles se pr\u00e9sente comme une alternative importante \u00e0 travers les rencontres et les transmissions des valeurs culturelles de paix, d\u2019unit\u00e9, de solidarit\u00e9 et de patriotisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, des associations culturelles et artistiques \u00e9mergent avec la volont\u00e9 de revaloriser le culturel au service de la coh\u00e9sion sociale. Les unes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es sous l\u2019encadrement rapproch\u00e9 des pouvoirs publics dans les ann\u00e9es 1970 et 1980. Les autres se sont d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000 par des initiatives civiles, communautaires ou priv\u00e9es. Les enqu\u00eates r\u00e9v\u00e8lent que ces types d\u2019associations se pr\u00e9sentent comme des cadres sociaux des m\u00e9moires culturelles, car \u00e0 travers des transmissions interg\u00e9n\u00e9rationnelles, des continuit\u00e9s et des rencontres culturelles entre le rural, l\u2019urbain et le diasporique, le culturel se place au c\u0153ur des enjeux de la mondialisation, de l\u2019interculturalit\u00e9 et de la sortie de crises identitaires. Le club, en tant que groupe de personnes poursuivant des objectifs collectifs, se pr\u00e9sente comme un foyer de socialisation, de m\u00e9moire et de revendication culturelle sur les plans aussi bien urbain que collinaire, voire diasporique. Ici, le r\u00f4le des jeunes scolaris\u00e9s et surtout des femmes, en qu\u00eate de nouveaux rep\u00e8res sociaux dans un monde en mouvement, se r\u00e9v\u00e8le pertinent dans le sens de la m\u00e9diation culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une \u00e9tude multidisciplinaire pourrait davantage approfondir la question sous l\u2019angle de la sociolinguistique et de l\u2019analyse du discours en \u00e9tudiant les \u00e9l\u00e9ments de motivations cach\u00e9es derri\u00e8re les messages v\u00e9hicul\u00e9s par les chansons traditionnelles.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chemla, Yves. 2004. Rena\u00eetre en pays d\u00e9chir\u00e9. Dans Bonnet, Veronique (dir.), <em>Conflits de m\u00e9moire<\/em> (p.\u00a0331-345). Paris\u00a0: Kartala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chr\u00e9tien, Jean Pierre.1997. <em>Le d\u00e9fi de l\u2019ethnisme, Rwanda et Burundi 1994-1996<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chr\u00e9tien, Jean Pierre et Mukuri, Melchior. 2002. <em>Burundi fracture identitaire. Logiques de violences et certitudes ethniques <\/em><em>(<\/em><em>1993-1996<\/em><em>)<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Guibert, Joel et Jumel, Guy. 2002. <em>La socio-histoire<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kayoya,\u00a0Michel.1971. <em>Entre deux mondes<\/em>. Bujumbura\u00a0: Presses Lavigerie.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kazoviyo, Gertrude. 2017. Le discours de lev\u00e9e de deuil d\u00e9finitif au Burundi\u00a0: la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle des valeurs culturelles. Dans Mukuri, Melchior, Nduwayo, Jean Marie et Bugwabari, Nicodeme (dir.), <em>Un demi-si\u00e8cle d\u2019histoire du Burundi. A Emile Mworoha, un pionnier de l\u2019histoire africaine <\/em>(p.\u00a087-98). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mworoha, Emile. 2010. Fondements et ressorts culturels dans la reconstruction du Burundi. Dans Mworoha, Emile, Ndayirukiye, Sylvestre et Mukuri, Melchior (dir.), <em>Les d\u00e9fis de la reconstruction dans l\u2019Afrique des Grands Lacs <\/em>(p.\u00a033-44). Bujumbura\u00a0: Centre de Recherche sur le D\u00e9veloppement dans les Soci\u00e9t\u00e9s en Reconstruction (CREDSR).<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nizigiyimana, Domitien. 2017. Le patrimoine culturel immat\u00e9riel\u00a0: Entre le \u00ab\u00a0<em>home-learning\u00a0<\/em>\u00bb et le \u00ab\u00a0<em>school-learning<\/em>\u00a0\u00bb. Dans Mukuri Melchior, Nduwayo Jean Marie et Bugwabari, Nicodeme (dir.), <em>Un demi-si\u00e8cle d\u2019histoire du Burundi. A Emile Mworoha, un pionnier de l\u2019histoire africaine <\/em>(p.\u00a099-117). Paris\u02f8 Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ntabona, Adrien. 1999. <em>Itin\u00e9raire de la sagesse. Les Bashingantahe, hier, aujourd\u2019hui et demain au Burundi<\/em>. Bujumbura\u00a0: Editions du CRID.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ntahombaye, Philippe et Manirakiza, Zenon. 1997. <em>La contribution des institutions et des techniques traditionnelles de r\u00e9solution pacifique des conflits \u00e0 la r\u00e9solution pacifique de crise burundaise<\/em>. Bujumbura\u00a0: UNESCO.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nsanze, Augustin.2004. Le deuil du pass\u00e9 est-il possible. <em>Cahiers d\u2019\u00e9tudes africaines<\/em>, <em>173-174<\/em>, 420-424. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/etudesafricaines.4678\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/etudesafricaines.4678<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">R\u00e9publique du Burundi. 2007. <em>Politique culturelle du Burundi<\/em>. Bujumbura\u00a0: RPP.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Thibon, Christian. 2017. Butimage, mobilit\u00e9 religieuse et mobilit\u00e9 sociale\u00a0: anthropologie de sortie de crises au Burundi. Dans Mukuri, Melchior, Nduwayo, Jean Marie et Bugwabari (dir.), <em>Un demi-si\u00e8cle d\u2019histoire du Burundi. A Emile Mworoha, un pionnier de l\u2019histoire africaine <\/em>(p.\u00a0221-230). Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/eric-ndayisaba\">\u00c9ric NDAYISABA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est titulaire d&rsquo;un doctorat en histoire obtenu en 2019 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Pau et des Pays de l\u2019Adour en France. Il est, depuis juin 2021, chef du D\u00e9partement des Langues et sciences humaines \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure (Burundi). Il enseigne aussi les cours d\u2019histoire, de sociologie et d\u2019anthropologie \u00e0 l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Burundi et dans d\u2019autres universit\u00e9 priv\u00e9es. Ses travaux de recherche r\u00e9cents et en cours portent sur l\u2019histoire rurale, l\u2019histoire et m\u00e9moire, l\u2019historiographie de la r\u00e9gion de Grands Lacs Africains, ainsi que la sociologie urbaine.<br \/>\nSon contact mail: ndayisaba.eric@yahoo.fr<br \/>\nEric Ndayisaba afise urupapuro rw\u2019umutsiondo rwa doctora mu vyirwa vya kahise, yaronkeye murimw\u2019ishure kaminuza ya Pau, mu gihugu c\u2019Ubufaransa mu mwaka wa 2019. Guhera ukwezi kwa gatandatu 2021, ni umurongozi w\u2019igisata c\u2019indimi n\u2019ivyirwa vy\u2019imibano muri Kaminuza nderabigisha y\u2019i Burundi. Asanzwe kandi yigisha ibijana na Kahise, imibano n\u2019imico muri kaminuza zitandukanye z\u2019i Burundi.Ivyirwa vy\u2019ubushakashatsi amaze iminsi akora vyerkeye kahise no kzibuka ivyabaye, ivyanditwe vyerekeye Afrika y\u2019ibiyaga binini n\u2019imibano yo mu bisagara.<br \/>\nUwumukeneye yomwandikira kuri : ndayisaba.eric@yahoo.fr<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-487-1\">Un des groupes artistiques s\u2019appelle \u00ab\u00a0Buja Sans Tabou\u00a0\u00bb. <a href=\"#return-footnote-487-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-2\">Entretien avec les responsables de la troupe <em>Amagaba<\/em>, le 12 octobre 2021. <a href=\"#return-footnote-487-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-3\">Entretien du 12 octobre 2021 avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo, les fondateurs de la troupe <em>Amagaba<\/em>. <a href=\"#return-footnote-487-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-4\">Entretien du 12 octobre 2021 avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo, fondateurs de la Troupe <em>Amagaba<\/em>. <a href=\"#return-footnote-487-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-5\">Entretient du 12 octobre 2021 avec Herv\u00e9, coordinateur des activit\u00e9s \u00e0 la Troupe <em>Amagaba<\/em>. <a href=\"#return-footnote-487-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-6\">Informations livr\u00e9e par Belyse Tuyisenge, membre du Club <em>Imararungu<\/em> lors du focus group organise \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure, le 12 octobre 2021. <a href=\"#return-footnote-487-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-7\">Voir par exemple la chanson <em>Burundi <\/em>de la troupe <em>Amagaba<\/em>, disponible sur le compte You Tube <em>Amagaba<\/em>. <a href=\"#return-footnote-487-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-8\">Informations recueillies lors du focus groupe organise \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure, le 12 octobre 2021. <a href=\"#return-footnote-487-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-9\">Informations de Belyse Tuyisenge, \u00e9tudiante et membre du club <em>Imararungu<\/em> lors du Focus Group du 11 octobre 2021 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure. <a href=\"#return-footnote-487-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-10\">Entretien avec Leslie Nahimana, membre de la troupe <em>Amagaba<\/em> le 20 ao\u00fbt 2021. <a href=\"#return-footnote-487-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-11\">Informations recueillies lors du Focus Group organis\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure, ainsi que l\u2019entretien avec Innocent Ntiharirizwa et Ennock Nzohabonayo (fondateurs de la troupe <em>Amagaba<\/em>), le 12 octobre 2021. <a href=\"#return-footnote-487-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-12\">Un passage de la chanson du club <em>Ishaka<\/em> fond\u00e9 par des Burundais vivant au Canada. <a href=\"#return-footnote-487-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-487-13\">Entretien du 12 octobre avec Innocent Ntiharirizwa et Enock Nzohabonayo qui ont s\u00e9journ\u00e9 en Chine pour une ann\u00e9e dans le cadre de la coop\u00e9ration avec la Chine. <a href=\"#return-footnote-487-13\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 13\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":2,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["eric-ndayisaba"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[309],"license":[],"class_list":["post-487","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-burundi","motscles-crise","motscles-culture","motscles-histoire","motscles-identite","motscles-memoire","motscles-socialisation","keywords-burundi","keywords-crisis","keywords-culture","keywords-history","keywords-memory","keywords-socialization","motscles-autre-burundi","motscles-autre-imuco","motscles-autre-intureka","motscles-autre-ivyibukwa","motscles-autre-kahise","motscles-autre-kwibutsanya-imibano-mwiza","contributor-eric-ndayisaba"],"part":473,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/487\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":704,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/487\/revisions\/704"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/473"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/487\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=487"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=487"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}