{"id":493,"date":"2022-11-10T14:18:52","date_gmt":"2022-11-10T13:18:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/?post_type=chapter&#038;p=493"},"modified":"2023-08-15T18:18:55","modified_gmt":"2023-08-15T16:18:55","slug":"babena2022","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/texte\/babena2022\/","title":{"rendered":"Geste et corruption : aspects transculturels de la repr\u00e9sentation d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les approches r\u00e9flexives de la corruption sont tr\u00e8s souvent superficielles, en raison de l\u2019enjeu \u00e9conomique, sur son ancrage dans le maillage culturel. La prise en compte de ce facteur vise alors \u00e0 combler les lacunes des explications tout math\u00e9matiques. Or, l\u2019acceptation par les \u00c9tats des cadres juridiques communs, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019OCDE[footnote]Organisation de Coop\u00e9ration et de D\u00e9veloppement \u00c9conomique.[\/footnote] (2006, 2011) ou de l\u2019ONU[footnote]Organisation des Nations Unies.[\/footnote] (2004), est la reconnaissance implicite de l\u2019existence d\u2019un partage de valeurs culturelles; valeurs qui, tout au moins, se d\u00e9finissent par rapport \u00e0 une philosophie de l\u2019\u00e9change. Sur la question, la litt\u00e9rature d\u2019inspiration sociologique n\u2019a pas manqu\u00e9 de se prononcer quoiqu\u2019on observe encore un mutisme \u2013 \u00e0 l\u2019exception de quelques textes (M\u00e9tangmo-Tatou, 2001; Gafitescu, 2003; Tandia Mouaffou, 2011; Tio Babena (2014, 2016, 2017, 2021) \u2013 sur un \u00e9l\u00e9ment essentiel de l\u2019expression du culturel\u00a0: le langage. De l\u2019avis de Jean-Fran\u00e7ois M\u00e9dard (1993, p.\u00a0687), le crit\u00e9rium mon\u00e9taire est d\u00e9sormais insuffisant pour cerner les m\u00e9andres de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, car \u00ab\u00a0la corruption moderne, plus raffin\u00e9e et \u00e9labor\u00e9e, se confondrait avec l\u2019\u00e9change social et [\u2026] est, par l\u00e0, plus visible\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0La notion d\u2019\u00e9change social, poursuit-il dans sa sagacit\u00e9 explicative<em>,<\/em> correspond \u00e0 celle d\u2019\u00e9change interpersonnel, donc d\u2019un \u00e9change o\u00f9 la relation sociale elle-m\u00eame, combin\u00e9e \u00e0 celle d\u2019\u00e9change symbolique, constitue l\u2019enjeu ou l\u2019un des enjeux\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>). La corruption op\u00e8re \u00e0 cet effet dans une interaction en situation de corruption, d\u00e9sormais ISC.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re chim\u00e9rique de l\u2019\u00e9tat de nature renforce l\u2019inn\u00e9isme de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de droit\u00a0\u00bb. L\u2019esp\u00e8ce humaine se d\u00e9finit en majeure partie par des codes culturels tels que les arts de la table, de la salutation, de la politesse, etc. \u00c0 chacune de ces pratiques correspond une activit\u00e9 langagi\u00e8re, laquelle d\u00e9termine la relation sociale des partenaires qui y sont engag\u00e9s. Cependant, \u00ab\u00a0Si toutes les cultures savent distinguer des activit\u00e9s telles que bavarder, discuter et faire une conf\u00e9rence, chaque culture poss\u00e8de en revanche ses propres contraintes qui s\u2019exercent non seulement sur le contenu, mais aussi sur les mani\u00e8res dont les activit\u00e9s sont effectu\u00e9es et signal\u00e9es\u00a0\u00bb (Gumperz, 1989, p.\u00a071). Il serait ainsi absurde de nier ou de refuser \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une activit\u00e9 transgressive de type \u00ab\u00a0corrompre quelqu\u2019un\u00a0\u00bb. Les pratiques corruptives peuvent certes varier en fonction de la norme (ou de la valeur) soumise \u00e0 la n\u00e9gociation, mais elles se rejoignent n\u00e9anmoins sur le consensus que la transgression fonde l\u2019acte de corruption. C\u2019est donc aux confins des th\u00e9ories relativiste et universaliste (Lucchini, 1995) qu\u2019il faut aller chercher une d\u00e9finition de cette pratique sociale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la premi\u00e8re approche tend \u00e0 circonscrire la corruption aux param\u00e8tres spatio-temporels. Elle invite \u00e0 appr\u00e9cier contextuellement tout comportement qui semble aller en contradiction, pour un observateur ou une observatrice exog\u00e8ne \u00e0 la culture dans laquelle il se produit, avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une morale absolue. L\u2019analyse de ce fait social, dans cette perspective, fait \u00e9clore les malentendus interculturels qui surviennent lors des transactions, rituels et autres types d\u2019\u00e9change o\u00f9 chacun apporte son capital culturel. Ce serait un crime de l\u00e8se-majest\u00e9 que de taire l\u2019histoire de cette universitaire que nous avons baptis\u00e9e \u00ab\u00a0les chocolats du malentendu\u00a0\u00bb. Arriv\u00e9e \u00e0 Strasbourg pour s\u2019enqu\u00e9rir des performances scolaires de sa fille, la chercheuse camerounaise s\u2019est souvenue qu\u2019elle a oubli\u00e9 de faire un pr\u00e9sent de voyage \u00e0 la principale de l\u2019\u00e9tablissement. Soucieuse de rectifier ce qui pouvait implicitement appara\u00eetre comme une offense faite \u00e0 l\u2019h\u00f4te, elle s\u2019est empress\u00e9e de faire emballer des tablettes de chocolat dans une boutique du coin. La g\u00eane, mal d\u00e9guis\u00e9e, de la responsable du lyc\u00e9e a astreint la parente d\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 se confondre en explications sur l\u2019origine strasbourgeoise du cadeau. Heureusement que <em>tout<\/em> <em>le monde<\/em> aime le chocolat \u2013 voil\u00e0 un aphorisme digne d\u2019un questionnement interculturel \u2013, surtout si l\u2019offreur ou l\u2019offreuse nous explique que son geste est d\u00e9nu\u00e9 d\u2019une intention de corruption! Et ce n\u2019est pas la dirigeante d\u2019un lyc\u00e9e qui ferait exception.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Revenons \u00e0 notre sujet pour souligner deux faits frappants. La corruption peut se servir des ressorts culturels pour \u00eatre communiqu\u00e9e tout comme nous pouvons nous faire amadouer en croyant avoir \u00e9t\u00e9 coh\u00e9rent avec nos valeurs socioculturelles. Cette remarque fait \u00e9clore les limites d\u2019un certain relativisme culturel dont la tendance est au cloisonnement radical dans la consid\u00e9ration de la corruption. \u00c0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, la th\u00e8se fonctionnaliste, qui trouve en la corruption une dimension utilitaire fondamentale au fonctionnement des institutions, s\u2019enracine dans ces failles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pensons avec Ricardo Lucchini (1995, p.\u00a0234) que \u00ab\u00a0Seule une approche universaliste de la corruption semble permettre une \u00e9tude appropri\u00e9e de celle-ci, \u00e0 la condition toutefois d\u2019inclure une \u00e9tude comparative des diff\u00e9rentes rationalit\u00e9s culturelles \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb. Elle a le m\u00e9rite de ne pas exclure les particularit\u00e9s culturelles tout en posant un cadre d\u2019analyse transculturelle dont les principaux observables se r\u00e9sument \u00e0 la nature de la valeur (humaine ou mat\u00e9rielle) alt\u00e9r\u00e9e, les agents impliqu\u00e9s dans la transaction, le code normatif et les sanctions. Ces empreintes, identifiables dans le mat\u00e9riau langagier, nous ont conduit \u00e0 postuler ailleurs (Tio Babena, 2016) l\u2019existence d\u2019une pens\u00e9e corruptrice, d\u00e9sormais PC, partant du consensus que la corruption est un \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne universel et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0\u00bb (Cartier-Bresson, 2000, p.\u00a014). Dans une ISC, ce n\u2019est plus le ph\u00e9nom\u00e8ne social qui est communiqu\u00e9, mais plut\u00f4t la PC\u00a0\u2013 per\u00e7ue \u00e9galement comme un syst\u00e8me communicatif dans lequel les participants se livrent \u00e0 une repr\u00e9sentation, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la \u00ab\u00a0mise en sc\u00e8ne d\u2019une routine particuli\u00e8re\u00a0\u00bb (Goffman, 1973, p.\u00a081). Pour une description d\u00e9taill\u00e9e de cette activit\u00e9, nous renvoyons le lectorat \u00e0 nos travaux cit\u00e9s en amont. C\u00e9ans, contentons-nous de rappeler que les valeurs de l\u2019<em>\u00e9quipe corrompue<\/em> sont oppos\u00e9es \u00e0 celles de l\u2019<em>\u00e9quipe sociale<\/em> dans la mesure o\u00f9 les secondes condamnent les premi\u00e8res.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019approche universaliste de la corruption am\u00e8ne \u00e0 voir en la formule de Cartier-Bresson (<em>supra<\/em>) la traduction d\u2019une exp\u00e9rience (trans)culturelle virtuellement pr\u00e9sente en l\u2019individu \u2013 du fait de son attachement au syst\u00e8me de valeurs du groupe \u00e0 partir duquel il est (se) d\u00e9fini(t) en tant qu\u2019entit\u00e9 \u2013 et potentiellement communicable \u00e0 une \u00e9chelle culturelle endog\u00e8ne aussi bien qu\u2019exog\u00e8ne. On prendra la notion de transculturel au sens largement r\u00e9pandu (Peeters, 2003; Forestal, 2008; Lefranc, 2008; Yuste Fr\u00edas, 2014) d\u2019une d\u00e9marche heuristique dont le but est l\u2019investigation d\u2019un socle r\u00e9v\u00e9lant le commun, le semblable \u2013 et quelquefois le compl\u00e9mentaire, les terrains de l\u2019intercompr\u00e9hension ou du malentendu \u2013 entre des cultures <em>diff\u00e9rentes;<\/em> la diff\u00e9rence devenant elle-m\u00eame relative. C\u2019est, pour ainsi dire, la qu\u00eate d\u2019une \u00ab\u00a0identit\u00e9 sup\u00e9rieure commune, trans-cendante aux diff\u00e9rences des \u00eatres\u00a0\u00bb (Demorgon, cit\u00e9 par Jos\u00e9 Yuste Fr\u00edas, 2014, p.\u00a0106). Ainsi par exemple, la repr\u00e9sentation d\u2019un geste effectuant discr\u00e8tement une op\u00e9ration auto- ou allocensur\u00e9e est pr\u00e9sum\u00e9e \u00eatre l\u2019image conceptuelle tapie derri\u00e8re l\u2019expression figur\u00e9e \u00ab\u00a0dessous-de-table\u00a0\u00bb. Sans forc\u00e9ment chercher les \u00e9quivalents structurels de celui-ci, le postulat que chaque culture reconna\u00eet au moins que faire tel geste dans tel contexte revient \u00e0 communiquer une intention de corruption s\u2019impose intrins\u00e8quement.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Faire un geste\u00a0\u00bb\u00a0: vers une (trans)culturalit\u00e9 des pratiques gestuelles dans les ISC?<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est difficile de traiter de la corruption dans son rapport au langage tout en mettant de c\u00f4t\u00e9 les consid\u00e9rations d\u2019ordre socioculturel. Ce point de passage obligatoire, pour qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la corruption dans ce sillage, est une contrainte inh\u00e9rente \u00e0 la langue qui, comme on le sait, est un fait social. Pour chaque communaut\u00e9 linguistique, il existera \u00e0 cet effet une culture langagi\u00e8re de la corruption qui lui est propre. Les pratiques corruptives sont ainsi d\u00e9sign\u00e9es par des termes, g\u00e9n\u00e9ralement des tropes, qui r\u00e9v\u00e8lent les colorations socioculturelles participant d\u2019une certaine mani\u00e8re \u00e0 leur codification. Si l\u2019on suppose que l\u2019expression \u00ab\u00a0donner un pot-de-vin\u00a0\u00bb sera aussi bien comprise d\u2019un Fran\u00e7ais que d\u2019un Camerounais du fait du partage de la <em>m\u00eame<\/em> langue, il serait cependant difficile pour le premier de comprendre le topolecte franco-camerounais \u00ab\u00a0donner la cola\u00a0\u00bb. Toutefois, il faut admettre qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 des suppositions coup\u00e9es d\u2019une situation r\u00e9elle de communication, car on voit tr\u00e8s bien qu\u2019il y a une \u00e9quivalence structurelle entre les deux expressions. Une compl\u00e9mentation plus sp\u00e9cifique du verbe \u00ab\u00a0donner\u00a0\u00bb[footnote]Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0donner la cola (un pot-de-vin) pour passer le contr\u00f4le douanier\u00a0\u00bb.[\/footnote] et d\u2019autres informations contextuelles seraient de nature \u00e0 faciliter la communication entre les deux protagonistes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La possibilit\u00e9 d\u2019une intercompr\u00e9hension entre notre Fran\u00e7ais et notre Camerounais montre que les fronti\u00e8res culturelles mises en relief par la langue peuvent \u00eatre frapp\u00e9es de porosit\u00e9. En d\u2019autres termes, la barri\u00e8re linguistique n\u2019entra\u00eene pas n\u00e9cessairement un cloisonnement radical des pratiques culturelles; toute chose qui pousse \u00e0 croire que la corruption est un ph\u00e9nom\u00e8ne transculturel qui, m\u00eame s\u2019il change de visage d\u2019une culture \u00e0 une autre, garde un certain nombre de constances. Il est \u00e9vident qu\u2019en mati\u00e8re de corruption <em>on fait toujours quelque chose qui va \u00e0 l\u2019encontre du syst\u00e8me normatif<\/em> que la critique endog\u00e8ne appr\u00e9ciera comme \u00e9tant un acte de corruption. Le mon\u00e9tarisme auquel a adh\u00e9r\u00e9 le concert des nations fait de l\u2019\u00e9change p\u00e9cuniaire l\u2019image la plus simpliste qui \u00e9pouse le mieux ce <em>faire<\/em>. Le constat de M\u00e9tangmo-Tatou est clair \u00e0 ce sujet\u00a0:<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans des syst\u00e8mes o\u00f9 chaque citoyen se pr\u00e9occupe \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de faire comme on dit couramment \u2018\u2018avancer un dossier\u2019\u2019, l\u2019argent repr\u00e9sente, [sic] alors un agent facilitateur quasiment incontournable du transit du dossier d\u2019un service \u00e0 un autre. Cela explique la fr\u00e9quence de ces tropes m\u00e9caniques (<em>m\u00e9canique <\/em>entendu comme relatif au mouvement et \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des corps) (M\u00e9tangmo-Tatou, 2001, p.\u00a0178-179).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00eame si partout ailleurs cette pratique n\u2019est pas d\u00e9sign\u00e9e \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb comme au Cameroun, il reste tout de m\u00eame vrai qu\u2019ailleurs on <em>fait<\/em> aussi <em>un geste<\/em>. Les r\u00e9sultats de l\u2019exp\u00e9rience men\u00e9e par Calbris (<em>in <\/em>Calbris et Porcher, 1989, 1990) aupr\u00e8s des Fran\u00e7ais, Hongrois et Japonais montrent par exemple que l\u2019association du signifi\u00e9 \u00ab\u00a0palper des billets\u00a0\u00bb au signifiant gestuel du pouce palpant l\u2019index et le majeur est quasi identique dans ces soci\u00e9t\u00e9s du fait de leur appartenance \u00e0 une culture dans laquelle circulent les billets de banque. \u00ab\u00a0Faire un geste\u00a0\u00bb connote au minimum le fait de donner ou de recevoir un matabiche. Subs\u00e9quemment, l\u2019expression tropique renvoie au geste physique consistant \u00e0 passer quelque chose d\u2019une main \u00e0 une autre. Si ce mouvement ordinaire est commun aux pratiques corruptives, alors il y a lieu de penser que l\u2019on pourrait retrouver quelques faits transculturels dans les pratiques gestuelles en mati\u00e8re de corruption. Commen\u00e7ons par la pr\u00e9sentation de deux regards crois\u00e9s sur le trope \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb avant que de d\u00e9gager leurs implications dans la compr\u00e9hension des ISC.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son analyse du fragment discursif \u00ab\u00a0fais un geste\u00a0\u00bb, Tandia Mouafou fait remarquer que \u00ab\u00a0m\u00eame si l\u2019ordre donn\u00e9 venait \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9, cela ne rel\u00e8verait nullement de l\u2019actualisation d\u2019une quelconque comp\u00e9tence linguistique ou kin\u00e9sique de la part du r\u00e9cepteur\u00a0\u00bb (2011, p.\u00a071). Pour lui, la r\u00e9action du co-parleur[footnote]Les mots \u00ab\u00a0parleur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0destinateur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0destinataire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0locuteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0interlocuteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0gesteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0corrupteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0corrompu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non-corrompu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0instigateur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0participant\u00a0\u00bb sont employ\u00e9s ici comme des concepts, raison pour laquelle nous ne les f\u00e9miniserons pas pour \u00e9viter des confusions avec le sens courant.[\/footnote] du corrupteur n\u2019est ni un faire linguistique ni un faire non linguistique. Qu\u2019est-ce que le destinataire de ce directif <em>ex\u00e9cute<\/em> donc, s\u2019interrogerait-on, si ce n\u2019est pas ce qui lui a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 par le corrupteur? Dans une telle situation, on imaginerait bien un cas o\u00f9 ce co-participant promet de verser ou verse une contrepartie pour voir son dossier avancer. La premi\u00e8re option rel\u00e8ve du linguistique tandis que la seconde est bel et bien une r\u00e9action kin\u00e9sique. L\u2019incongruit\u00e9 dans le point de vue de l\u2019auteur vient, d\u2019une part, de ce que l\u2019avis est tranch\u00e9 par l\u2019usage de l\u2019adverbe <em>nullement<\/em> et, d\u2019autre part, par un emploi non sp\u00e9cifi\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration d\u2019<em>actualisation<\/em>[footnote]L\u2019usage qui en est fait n\u2019est pas celui de mise en discours d\u2019un item de la langue.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019explication qu\u2019il convient de donner \u00e0 \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb est pragmatique; c\u2019est pour cette raison que M\u00e9tangmo-Tatou dira plus t\u00f4t que \u00ab\u00a0Le sens de <em>\u2018\u2018fais un geste!\u2019\u2019 <\/em>n\u2019est pas donn\u00e9 : il se construit \u00e0 partir des interactions en jeu entre les protagonistes de la communication, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 tel qu\u2019il est produit et les circonstances de sa production\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0172). C\u2019est donc v\u00e9ritablement le contexte qui permet de qualifier avec pr\u00e9cision la r\u00e9action de celui \u00e0 qui est adress\u00e9 cet \u00e9nonc\u00e9. Dans tous les cas, le trope \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb est m\u00e9canique comme le remarque l\u2019auteure. M\u00eame en excluant tous les emplois m\u00e9taphoriques, la r\u00e9action du destinateur, qu\u2019il s\u2019agisse du <em>dire<\/em> ou du <em>faire<\/em>, disposera toujours du s\u00e8me inh\u00e9rent \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, comment peut-on aborder l\u2019\u00e9tude du geste coverbal de telle sorte qu\u2019on puisse apprendre davantage sur le comportement des participants ou des participantes \u00e0 une ISC?<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans des travaux pr\u00e9c\u00e9dents (Tio Babena 2016, 2014, 2018), nous avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 distinguer le couple corrupteur\/corrompu \u00e0 partir de l\u2019analyse linguistique. Il nous est apparu que la langue offrait ses propres cl\u00e9s pour lever l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qui frappe cette paire. Pour des raisons d\u2019espace, nous nous limiterons \u00e0 pr\u00e9senter bri\u00e8vement le principe de l\u2019ench\u00e2ssement actionnel, v\u00e9ritable centre organisateur de toute transaction de corruption. L\u2019analyse du verbe <em>corrompre<\/em> indique que les deux principaux actants du syst\u00e8me communicatif de la PC sont li\u00e9s par une relation de factivit\u00e9 traduite par l\u2019expression \u00ab\u00a0X pousse\/engage Y \u00e0 agir par Z\u00a0\u00bb o\u00f9 X d\u00e9signe le corrupteur, Y le corrompu et Z la compensation. La contrepartie Z que le corrupteur apporte dans la transaction est une condition d\u2019existence \u2013 parfois latente, mais substantielle \u2013 d\u00e9finissant le faire du corrompu\u00a0: \u00ab\u00a0si <em>P [X pousse\/engage par Z] <\/em>alors <em>Q [Y agira]\u00a0<\/em>\u00bb. Cons\u00e9quemment, \u00ab\u00a0<em>non-P\u00a0<\/em>\u00bb donnera lieu \u00e0 \u00ab\u00a0<em>non-Q\u00a0<\/em>\u00bb. Ces savoirs sont des int\u00e9grants du code rituel des ISC. Pendant la communication de la PC, les participant-e-s conjuguent les comp\u00e9tences situationnelle, discursive, s\u00e9mantique et linguistique pour r\u00e9ciproquement d\u00e9terminer leurs identit\u00e9s. De la m\u00eame mani\u00e8re que le discours contribue \u00e0 construire une identit\u00e9 au sein de l\u2019ISC, les gestes deviennent un \u00e9l\u00e9ment distinctif \u00e0 partir duquel il sera dit d\u2019un participant qu\u2019il est corrupteur, corrompu ou non corrompu, car \u00ab\u00a0Tout se passe [\u2026] comme si le geste visait \u00e0 conf\u00e9rer, \u00e0 celui qui l\u2019accomplit, une identit\u00e9 distinctive\u00a0\u00bb (Porcher, 1989, p.\u00a035). Concr\u00e8tement, il convient d\u2019appr\u00e9hender le code gestuel d\u2019une ISC comme une culture au sens que lui donne Louis Porcher :<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">pour comprendre une culture gestuelle, il faut la p\u00e9n\u00e9trer comme <em>ensemble syst\u00e9mique<\/em>, dans lequel un geste quelconque ne peut s\u2019entendre que par rapport \u00e0 tous les autres non pas consid\u00e9r\u00e9s un \u00e0 un mais comme \u00e9l\u00e9ments fonctionnels d\u2019un syst\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire comme ensemble de rouages, de positions, de fonctions, dans un tout (Porcher, 1989, p.\u00a038).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dissertons un tant soit peu sur le mat\u00e9riau et le cadre th\u00e9orique susceptibles de d\u00e9voiler le comportement gestuel des participants d\u2019une ISC au moment de l\u2019\u00e9change de la compensation.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Corpus et cadre th\u00e9orique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les s\u00e9quences filmiques \u2013 \u00e0 travers lesquelles une qu\u00eate illustr\u00e9e du transculturel dans la gestuelle sera envisag\u00e9e <em>infra<\/em> \u2013 sont extraites du corpus \u00ab\u00a0Interactions en Situation de Corruption\u00a0\u00bb. Compos\u00e9 des conversations filmiques et r\u00e9elles, le corpus ISC a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 dans le cadre d\u2019une recherche sur la corruption dans les interactions verbales. L\u2019exclusion des donn\u00e9es r\u00e9elles dans cette \u00e9tude tient \u00e0 la non-utilisation des cam\u00e9ras lors de notre observation participante dont il serait superflu de pr\u00e9ciser les conditions ici. Rappelons n\u00e9anmoins que les cadres juridique et d\u00e9ontologique, de m\u00eame que les sensibilit\u00e9s d\u2019ordre moral intrins\u00e8ques \u00e0 la corruption, ne sont pas de nature \u00e0 motiver la collaboration sociale. Par cons\u00e9quent, dans ce contexte de tension et de m\u00e9fiance, le recours aux films, pour une approche culturo-gestuelle, se trouve l\u00e9gitim\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9unies dans une m\u00eame assiette, les s\u00e9quences des sept films[footnote]Voir la filmographie <em>infra<\/em>.[\/footnote] utilis\u00e9s comme mati\u00e8re d\u2019analyse brillent par leur diversit\u00e9. L\u2019id\u00e9e de cette pluralit\u00e9 s\u2019appuie sur l\u2019argument que chaque film met \u00e0 peu pr\u00e8s en sc\u00e8ne la corruption selon les pratiques sociocommunicatives de l\u2019aire g\u00e9oculturelle \u00e0 laquelle il appartient, mais surtout selon les sensibilit\u00e9s artistiques de son r\u00e9alisateur. En d\u2019autres termes, chaque ISC filmique propose une repr\u00e9sentation \u2013 consid\u00e9r\u00e9e cette fois-ci par rapport \u00e0 l\u2019opposition g\u00e9n\u00e9rique fiction <em>vs<\/em> non-fiction \u2013 de la perception auctoriale d\u2019une <em>culture de la corruption<\/em> inspir\u00e9e du (ou cens\u00e9e repr\u00e9sent\u00e9 le) social. L\u2019\u0153uvre d\u2019art appara\u00eet ainsi comme l\u2019ext\u00e9riorisation d\u2019une exp\u00e9rience ou d\u2019un fantasme log\u00e9 quelque part dans le subconscient du sujet qui voit, vit et repr\u00e9sente le monde. Peut-on par exemple trouver des invariants gestuels dans l\u2019appr\u00e9hension filmique de Reem Kherici (2013, <em>Paris \u00e0 tout prix<\/em>), d\u2019origine marocaine, et celle du Camerounais Gervais Djimeli Lepka (2007, <em>Clandos<\/em>)? La repr\u00e9sentation d\u2019une ISC dans le film fran\u00e7ais \u2013 \u00e0 l\u2019instar d\u2019<em>Erreur de la banque en votre faveur<\/em> (Bitton et Munz, 2009) \u2013 recoupe-t-elle celles propos\u00e9es par les films ayant pour sc\u00e8ne sociale les USA (Straiton, 2012, <em>La Firme S01E17<\/em>; Megaton 2011, <em>Colombiana;<\/em> Hegeland 1998, <em>Payback<\/em>), le Mexique (Kormahur, 2010, <em>Inhale<\/em>), le Maroc (Kherici, <em>op. cit<\/em>.) ou le Cameroun (Djimeli Lepka, <em>op. cit<\/em>.)[footnote]Certains films de notre corpus sont des adaptions fran\u00e7aises des versions anglaises. Mais au fond, cela ne pose <em>a priori<\/em> aucun probl\u00e8me puisque le jeu d\u2019acteur ne subit pas d\u2019alt\u00e9ration. Dans la mesure o\u00f9 le geste est consid\u00e9r\u00e9 ici comme un coverbal, nous nous devons n\u00e9anmoins de dire un mot sur la traduction des dialogues. En effet, nous pensons comme Marianne Lederer (1994, p.\u00a0123) que cette op\u00e9ration proc\u00e8de d\u2019un transfert culturel, car \u00ab\u00a0Le traducteur, bilingue, est aussi bi-culturel [\u2026]. Capable de voir le monde \u00e9tranger, il est capable de l\u2019exprimer et de le faire voir \u00e0 ceux qui l\u2019ignorent\u00a0\u00bb. On retrouvera \u00e9galement cette posture chez Jos\u00e9 Yuste Fr\u00edas (2014, p.\u00a096-98).[\/footnote]? Si, tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 en amont, la PC est universelle et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, peut-on pour autant penser que la conscience de la transgression chez les partenaires de l\u2019ISC motive inconsciemment leur attitude gestuelle? Bien \u00e9videmment, cette inconscience, la gesticulation et l\u2019impression de spontan\u00e9it\u00e9 corr\u00e9l\u00e9es ne sont que des constructions fictionnelles d\u2019une pratique sociale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En confrontant les ISC filmiques, les descriptions ci-dessous visent \u00e0 faire dialoguer les rationalit\u00e9s culturelles en mati\u00e8re de corruption par le truchement d\u2019une analyse compar\u00e9e de l\u2019imaginaire artistique \u2013 entendu comme le regard du r\u00e9alisateur, per\u00e7u au travers du film, sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9. Pour ce faire, il convient de d\u00e9crire les attitudes gestuelles d\u2019une s\u00e9quence pendant la transaction de corruption dans l\u2019optique du principe de l\u2019ench\u00e2ssement actionnel. Les observations faites \u00e0 partir du mat\u00e9riau d\u00e9crit seront ensuite compar\u00e9es aux situations des autres s\u00e9quences filmiques. Par cette d\u00e9marche, nous esp\u00e9rons ainsi d\u00e9terminer les identit\u00e9s des participant-e-s des ISC \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tude du fait gestuel. La pragmatique gestuelle \u2013 esquiss\u00e9e par Louis Porcher dans les ann\u00e9es 80 pour une didactique du FLE et qui n\u2019est pas r\u00e9ellement une nouveaut\u00e9, parce que d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9e en pragmatique conversationnelle \u2013 semble offrir un cadre ad\u00e9quat pour une telle d\u00e9marche.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Tout geste, \u00e9crit l\u2019auteur, s\u2019adresse \u00e0 un interlocuteur consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9changiste, susceptible d\u2019\u00e9changer des biens, de n\u00e9gocier. C\u2019est donc comme cela qu\u2019il convient de l\u2019identifier d\u2019abord, en termes pragmatiques\u00a0: si tel \u00e9nonciateur fait tel geste de telle mani\u00e8re \u00e0 tel moment dans telle situation et \u00e0 destination de tel partenaire, cela signifie qu\u2019il escompte tel r\u00e9sultat, c\u2019est-\u00e0-dire produire tel effet. On se trouve ainsi dot\u00e9 d\u2019une grille d\u2019analyse des gestes, de description et d\u2019interpr\u00e9tation (Porcher, 1989, p.\u00a034).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour sonder le geste qui se veut un trait distinctif de la cat\u00e9gorisation des participant-e-s en corrupteur\/corruptrice, corrompu-e ou non corrompu-e, nous posons \u2013 sur le mod\u00e8le du mot cl\u00e9 que l\u2019on retrouve chez Bert Peeters (2003, paragr.\u00a027-30) \u2013 l\u2019existence des gestes cl\u00e9s. Alors que Georges Mator\u00e9, apr\u00e8s plus de trois d\u00e9cennies d\u2019exercice, abandonne la notion de mot cl\u00e9 qui a fond\u00e9 une partie de sa tradition lexicologique, Peeters (<em>ibid<\/em>., paragr.\u00a030) reconceptualise la notion en la concevant comme un mot dot\u00e9 d\u2019une charge culturelle importante, par rapport aux autres, en ce sens qu\u2019il assure le partage et r\u00e9v\u00e8le les particularit\u00e9s d\u2019une culture. Nous pensons qu\u2019une compr\u00e9hension efficiente du ph\u00e9nom\u00e8ne culturel n\u00e9cessite que l\u2019on conc\u00e8de au geste la m\u00eame vitalit\u00e9 dans l\u2019interface geste\/parole particuli\u00e8re \u00e0 la communication humaine. Les conditions d\u2019une \u00ab\u00a0pragmatique transculturelle\u00a0\u00bb du geste, consistant \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9tudier des valeurs culturelles et \u00e0 \u00e9tablir des reflets au niveau des normes communicatives et\/ou des mots cl\u00e9s [ou gestes cl\u00e9s]\u00a0\u00bb (Peeters, <em>ibid<\/em>., paragr.\u00a034), r\u00e9sident en grande partie dans cette consid\u00e9ration. Car, \u00ab\u00a0vous \u00eates class\u00e9 par un geste que vous faites, on vous attribue une appartenance sur l\u2019\u00e9chiquier social, une position dans l\u2019\u00e9chelle. On inf\u00e8re du geste \u00e0 l\u2019auteur du geste. Dis-moi quels gestes tu fais (dans quelles circonstances, o\u00f9, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de qui, etc.) et je te dirai qui tu es\u00a0\u00bb (Porcher, <em>ibid<\/em>., p.\u00a028).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019investigation rationnelle de l\u2019identit\u00e9 des participant-e-s des ISC ne peut pas prendre en compte tous les segments corporels. Ceci \u00e9tant, nous ne retenons que, dans le parcours tripartite ci-dessous, la main donneuse de la compensation et le regard indicateur du d\u00e9roulement d\u2019une activit\u00e9 ill\u00e9gale.<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">a) Que nous apprennent les gestes du regard (et de la main) du corrupteur et de son co-parleur lorsqu\u2019ils sont en pleine n\u00e9gociation de la transgression dans les espaces ouverts et clos? Avant de r\u00e9pondre \u00e0 cette question centrale, il est important de transiter par les questions (b) et (c).<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">b) \u00c0 quel moment de l\u2019interaction la gesticulation de la t\u00eate \u2013 organe porteur des yeux \u2013 et de la main (segment donneur ou receveur de la compensation mat\u00e9rielle) commence-t-elle chez ces deux participants? La reformulation possible de cette question serait la suivante\u00a0: qu\u2019est-ce qui, dans le flux verbal et dans l\u2019attitude gestuelle du co-parleur, motive ces mouvements? La motivation \u00e0 laquelle nous faisons allusion est psychologique. Elle renvoie en quelque sorte au stimulus. Elle n\u2019est donc pas \u00e0 prendre au sens s\u00e9miologique (Calbris, 1990) puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas de faire une analogie entre l\u2019aspect physique et la signification du geste[footnote]Exemple\u00a0: lorsque l\u2019index vrille la tempe pour signifier \u00ab\u00a0il est fou\u00a0\u00bb, on dit de la t\u00eate qu\u2019elle est la motivation de ce geste puisqu\u2019elle est consid\u00e9r\u00e9e comme le si\u00e8ge de la raison.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">c) Que regardent le gesteur corrupteur et son co-parleur? L\u2019examen du cadre spatial sera sous-jacent \u00e0 cette interrogation si ceux-ci regardent autour d\u2019eux. Si le regard est port\u00e9 cependant sur l\u2019interlocuteur, c\u2019est plut\u00f4t la dimension interlocutive qui sera concern\u00e9e. Dans tous les cas, ces trois questions motrices permettront de d\u00e9gager les effets de sens en s\u2019arc-boutant sur les deux coverbaux que nous avons retenus.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La relation \u00ab\u00a0(Y \u0336\u00a0\u00a0 \u0336 &gt;) X \u2192 Z\u00a0\u00bb dans les ISC\u00a0: donner la compensation<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le but de cette section est d\u2019\u00e9tudier les conditions d\u2019\u00e9mergence du geste consistant \u00e0 donner la compensation repr\u00e9sent\u00e9e par la relation \u00ab (Y \u0336\u00a0\u00a0 \u0336 &gt;) X \u2192 Z \u00bb. \u00c0 cet effet, le rapport des partenaires de l\u2019ISC \u00e0 la compensation Z s\u2019av\u00e8re fondamental dans la d\u00e9termination de leur identit\u00e9. En fait, le corrupteur X est le participant qui se propose d\u2019acheter un service. Quelquefois, la d\u00e9cision de corrompre n\u2019est prise qu\u2019apr\u00e8s des signaux que celui-ci ou celle-l\u00e0 per\u00e7oit ou semble avoir per\u00e7u dans le champ interdiscursif de l\u2019ISC. Si le signe interpr\u00e9t\u00e9 par le corrupteur ou la corruptrice correspond effectivement \u00e0 l\u2019intention de son co-parleur, alors ce dernier devient un instigateur qui, apr\u00e8s le pacte de corruption, passera de la cat\u00e9gorie \u00ab instigateur \u00bb (Y instigateur) \u00e0 celle de \u00ab corrompu \u00bb (Y corrompu). L\u2019acte de corruption est alors communiqu\u00e9 en deux moments. Le premier moment est une pr\u00e9misse \u00e0 l\u2019\u00e9change de la compensation qu\u2019on traduit par la relation Y\u00a0 \u0336\u00a0 \u0336 &gt; X. Le second, quant \u00e0 lui, \u00e9quivaut \u00e0 la transaction \u00e0 proprement parler : X \u2192 Z \u2192 Y. Ce changement cat\u00e9goriel est une transcat\u00e9gorisation, op\u00e9ration qui est d\u00e9velopp\u00e9e dans Tio Babena (2018, p. 6). Par ailleurs, lorsque l\u2019interpr\u00e9tation du signal est erron\u00e9e, la communication de la PC conna\u00eet un \u00e9chec \u2013 compris dans le sens du refus. Dans ce cas, l\u2019interlocuteur du corrupteur, qui n\u2019est alors qu\u2019un non-corrompu (Y non corrompu), peut refuser sans d\u00e9tour la proposition qui lui est faite. En tout \u00e9tat de cause, l\u2019attitude des participant-e-s pendant la n\u00e9gociation est soumise aux contraintes du <span style=\"font-size: 1em\">cadre spatio-participatif\u00a0 tel qu\u2019indiqu\u00e9 par le graphe conceptuel ci-dessous (figure 1)<\/span>[footnote]Voir les conventions en annexe.[\/footnote]<span style=\"font-size: 1em\">.<\/span><\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_524\" align=\"aligncenter\" width=\"972\"]<img class=\"wp-image-524 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"972\" height=\"323\" \/> Figure 1. N\u00e9gociation et construction des identit\u00e9s dans les ISC[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\"><img class=\"size-full wp-image-525 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"1235\" height=\"255\" \/><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, il convient de distinguer deux cas de figure dans la n\u00e9gociation de la transgression\u00a0: (1) l\u2019ISC peut se d\u00e9rouler dans un cadre spatial ouvert aux intrus-es l\u00e9gitim\u00e9-e-s (overhearers), c\u2019est-\u00e0-dire que ceux-ci ou celles-ci sont connu-e-s des partenaires de l\u2019ISC, ou aux \u00e9pieurs ou \u00e9pieuses (eavesdroppers) dont la caract\u00e9ristique est que les n\u00e9gociateurs ou n\u00e9gociatrices ignorent leur pr\u00e9sence; (2) le cadre spatial offre une s\u00e9curit\u00e9 relative \u00e0 la n\u00e9gociation et l\u2019on pr\u00e9supposera que les partenaires engag\u00e9-e-s se font <em>mutuellement<\/em> confiance. Pour des participant-e-s n\u2019ayant jamais collabor\u00e9 dans le cadre d\u2019une ISC, une observation attentive du mat\u00e9riau filmique am\u00e8ne d\u2019embl\u00e9e \u00e0 constater que la\u00a0 d\u00e9cision de proposer la compensation \u2013 que l\u2019on soit dans la situation 1 ou 2 \u2013 na\u00eet de la difficult\u00e9 \u00e0 satisfaire une requ\u00eate avec ou sans justification, parfois prestement. La derni\u00e8re motivation est celle de la participante MAY qui voudrait obtenir rapidement un visa pour la France (Kherici, 2013, <em>Paris \u00e0 tout prix<\/em>).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9ponse 3-4 et l\u2019absence (le refus?) du contact visuel de GUI (voir la transcription verbo-gestuelle 1) ne sont pas forc\u00e9ment \u00e0 prendre comme un appel \u00e0 la corruption quoiqu\u2019elles puissent remplir cette fonction. Cela laisse n\u00e9anmoins penser que le pourvoyeur ou la pourvoyeuse de service a la possibilit\u00e9 d\u2019adopter une attitude capable de faire germer une id\u00e9e transgressive chez le demandeur ou la demandeuse de service. Si la r\u00e9ponse <em>n\u00e9gative<\/em> est effectivement celle d\u2019un instigateur, on peut alors envisager l\u2019hypoth\u00e8se que celui-ci ou celle-l\u00e0 exprime son intention de corruption par des moyens moins implicites. Interrog\u00e9 par le d\u00e9tective priv\u00e9 REY \u2013 sur Kevin Stag, un habitant de l\u2019immeuble dont il est portier \u2013, le participant LEP donne une r\u00e9ponse qui s\u2019inscrit dans ce sillage\u00a0: \u00ab\u00a0=beaucoup de gens posent des questions\/ sur lui\/ je vais pas pouvoir\/ faire grand-chose pour vous (0.9) enfin\/ \u00e7a d\u00e9pend aussi de qui pose les questions\u00a0\u00bb (Straiton, 2012, <em>La Firme S01E17<\/em>). Il est int\u00e9ressant de signaler que LEP jette un regard \u00e0 gauche pendant la pause silencieuse avant d\u2019apporter la nuance qui vise pour l\u2019essentiel \u00e0 sonder l\u2019identit\u00e9 du questionneur. Le silence, exploit\u00e9 \u00e9galement chez Gervais Djimeli Lepka (2007) dans la sc\u00e8ne de contr\u00f4le du taxi de brousse, peut donc \u00eatre le signalement qu\u2019il est temps de <em>faire un geste<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour r\u00e9sumer, l\u2019incapacit\u00e9 de satisfaire une demande, l\u2019absence (ou le refus) du contact visuel avec le co-parleur, les regards lat\u00e9raux et le silence \u2013 parfois pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une r\u00e9ponse insatisfaisante \u2013 sont quelques indices que le corrupteur ou la corruptrice est susceptible d\u2019interpr\u00e9ter comme une motivation \u00ab Y\u00a0 \u0336 \u00a0\u00a0\u0336 &gt; X\u00a0\u00bb \u00e0 poser l\u2019action \u00ab\u00a0X \u2192 Z\u00a0\u00bb. Ce profil comportemental, s\u2019il est conforme aux intentions de leur \u00e9metteur, correspond \u00e0 celui d\u2019un corrompu instigateur. Si les indices verbaux (la r\u00e9ponse insatisfaisante) ou paraverbaux (le silence) sont quelque peu ambigus, la gesticulation du regard produite apr\u00e8s la demande d\u2019un service est, quant \u00e0 elle, un geste d\u2019initi\u00e9-e[footnote]L\u2019appr\u00e9ciation de ce geste est en \u00e9troite relation avec la notion goffmanienne de \u00ab\u00a0secrets d\u2019initi\u00e9\u00a0\u00bb (Goffman, 1973, p.\u00a0138). Voir Tio Babena (2017) pour une description de leur fonctionnement dans les ISC.[\/footnote] \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il fait\u00a0r\u00e9solument partie du m\u00e9talangage de la corruption en ceci qu\u2019il sugg\u00e8re la PC. L\u2019expression \u00ab\u00a0parle(r) bien\u00a0\u00bb, r\u00e9pertori\u00e9e par Val\u00e8re Nkelzok Komtsindi (2004, p.\u00a0100), en usage au Cameroun dans le jargon de la corruption, pourrait bien \u00eatre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 rempla\u00e7ant ce regard. Dans le fran\u00e7ais standard, puisque le geste rempla\u00e7ant un \u00e9nonc\u00e9 est une invite faite \u00e0 l\u2019interlocuteur \u00e0 partager la \u00ab\u00a0m\u00eame langue\u00a0\u00bb (Calbris, 1985, p.\u00a067), il est plus probant de dire que le regard de LEP remplace d\u2019une certaine mani\u00e8re l\u2019expression \u00ab\u00a0suivre le regard de quelqu\u2019un\u00a0\u00bb (Calbris, <em>ibid<\/em>.). Le film <em>Playback<\/em> comporte un exemple explicite d\u2019un trope, se rapportant \u00e0 la langue, qui insinue la communication de la PC\u00a0: le participant MIC (barman) produit un \u00e9nonc\u00e9 laissant penser qu\u2019il ne saurait satisfaire POR, lequel est imm\u00e9diatement suivi d\u2019un trope\u00a0 signalant une intention de corruption (lignes 3-4).<\/p>\r\n<img class=\"alignnone size-full wp-image-526\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"1241\" height=\"288\" \/>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Venons-en \u00e0 la relation \u00ab\u00a0X \u2192 Z\u00a0\u00bb qui, comme il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9 en amont, est d\u00e9finie par les param\u00e8tres de la situation 1 ou 2. Dans les espaces ouverts, les corrupteurs v\u00e9rifient d\u2019abord la s\u00fbret\u00e9 du cadre spatio-participatif avant de proposer les billets de banque ou d\u2019\u00e9noncer leur demande de corruption. Les regards de sentinelle pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019\u00e9nonciation de l\u2019acte de corruption (ou la passation de la compensation) font donc partie des traits distinctifs de ce type de participant comme l\u2019illustre la gestualit\u00e9 de MAY face \u00e0 GUI (illustration 1). La m\u00eame attitude gestuelle est adopt\u00e9e par les corrupteurs GIL \u2013 qui voudrait proposer \u00e0 son patron de couvrir ses transactions bancaires frauduleuses (illustration 2) \u2013 et REY (illustration 3).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><img class=\"size-full wp-image-527 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription3_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"716\" height=\"460\" \/><\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de la transgression appara\u00eet ainsi comme le principal \u00e9l\u00e9ment qui incite les participant-e-s corrupteurs ou corruptrices \u00e0 v\u00e9rifier le cadre situationnel. Cependant, l\u2019on ne saurait conf\u00e9rer la valeur de contr\u00f4le aux regards du corrupteur ou de la corruptrice r\u00e9alis\u00e9s dans les espaces clos. Pour ce-tte participant-e, il n\u2019est plus question de veiller \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019environnement spatio-participatif, mais d\u2019afficher une certaine g\u00eane pour signifier probablement qu\u2019il est d\u00e9sol\u00e9 de devoir en arriver \u00e0 ce niveau. En outre, l\u2019on peut soup\u00e7onner que le d\u00e9tour du regard est une mani\u00e8re d\u2019att\u00e9nuer la menace que constitue par exemple une compensation qui n\u2019a ni \u00e9t\u00e9 demand\u00e9e explicitement ni appel\u00e9e par quelque signal. Ces deux explications s\u2019appliquent par exemple au regard d\u00e9tourn\u00e9 de la sc\u00e8ne de l\u2019inscription au coll\u00e8ge dans le film d\u2019Olivier Megaton (2011, <em>Colombiana<\/em>). Par ce geste, le gangster \u00c9milio (EMI) exprime, peut-on penser, son malaise vis-\u00e0-vis de la principale (PRI) du coll\u00e8ge et de sa ni\u00e8ce Cataleya qu\u2019il tente d\u2019inscrire par des proc\u00e9d\u00e9s anti-normatifs (illustration 4).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><img class=\"size-full wp-image-528 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription4_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"712\" height=\"244\" \/><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les relations \u00ab\u00a0Z \u2192 Y\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Z --- Y\u00a0\u00bb dans les ISC\u00a0: r\u00e9ception de la compensation<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les relations \u00ab\u00a0Z \u2192 Y\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Z --- Y\u00a0\u00bb \u00e9quivalent \u00e0 deux attitudes distinctes \u2013 vis-\u00e0-vis de Z \u2013 du co-n\u00e9gociateur du corrupteur, donc \u00e0 deux identit\u00e9s. La premi\u00e8re indique que ce co-participant accepte la compensation tandis que la seconde traduit plut\u00f4t l\u2019\u00e9chec de la ratification du pacte de corruption. De la premi\u00e8re \u00e0 la seconde situation, la coh\u00e9rence dans l\u2019attitude comportementale est un fait constant dans le mat\u00e9riau filmique. Autrement dit, pour une premi\u00e8re collaboration dans une ISC, l\u2019empreinte gestuelle d\u2019un participant Y corrompu et d\u2019un Y non corrompu, qu\u2019ils soient dans des cadres ouvert ou clos, r\u00e9v\u00e8le respectivement une certaine suspicion et un d\u00e9tachement de Z.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La relation \u00ab\u00a0Z \u2192 Y\u00a0\u00bb donne \u00e0 voir une intersynchronisation comportementale en situation de face-\u00e0-face (voir le tableau 1). Avant de prendre la compensation, le co-parleur du corrupteur n\u2019est alors qu\u2019un potentiel corrompu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il marque symboliquement son accord pour le projet de transgression qui lui est propos\u00e9. Entre la proposition de Z et le geste physique d\u2019acceptation, il s\u2019\u00e9coule g\u00e9n\u00e9ralement un laps de temps durant lequel on supposera que le pourvoyeur ou la pourvoyeuse de service analyse les contours du deal et de la situation. L\u2019intervalle de temps situ\u00e9 entre le rel\u00e8vement de t\u00eate (illustration 1, img. 1c) et le sourire de GUI (illustration 5, img. 5b) correspond \u00e0 cette \u00e9tape. La passation de Z par le corrupteur MAY est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un regard de sentinelle et accompagn\u00e9e d\u2019un sourire tout comme sa r\u00e9ception par le corrompu GUI[footnote]Voir l\u2019illustration 5 et l\u2019analyse qui est associ\u00e9e (cf. tableau 1).[\/footnote]. Lorsque le corrupteur feint la g\u00eane, le corrompu r\u00e9pond \u00e9galement par la g\u00eane (Colombiana, img. 4c et img. 7); s\u2019il glisse le billet dans le dossier de son v\u00e9hicule, le corrompu doit le prendre discr\u00e8tement (<em>Clandos<\/em>\u00a0: illustration 6); si les deux partenaires se passent la compensation en pleine rue, ils doivent s\u2019assurer qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 vus (<em>The four state<\/em>, illustration 8). D\u00e9cid\u00e9ment, la discr\u00e9tion est une r\u00e8gle d\u2019or \u00e0 observer dans les pratiques corruptives. Le participant MIC (illustration 9) du film <em>Payback<\/em> de Brian Hegeland ne manque pas de le rappeler \u00e0 POR qui a pos\u00e9 ostensiblement des dollars sur le comptoir : \u00ab\u00a0d\u2019ordinaire\/ ces affaires se traitent avec\/ plus de discr\u00e9tion\\ \u00bb[footnote]Cf. ligne 5 de la transcription s\u00e9lective ci-dessus.[\/footnote].<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019effet de discr\u00e9tion mis en exergue par la gestualit\u00e9 est la preuve tangible que les valeurs de l\u2019\u00e9quipe corrupteur\/corrompu sont oppos\u00e9es au syst\u00e8me de valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle a lieu cette repr\u00e9sentation. La remarque du participant MIC ent\u00e9rine l\u2019id\u00e9e d\u2019un code gestuel par lequel la d\u00e9finition des identit\u00e9s participatives op\u00e8re. Tout geste indiscret aurait, par cons\u00e9quent, un impact n\u00e9gatif sur le cours ou l\u2019issue de la n\u00e9gociation, car, comme l\u2019\u00e9crit Porcher (1989, p.\u00a029), \u00ab\u00a0Un groupe d\u2019appartenance a tendance \u00e0 consid\u00e9rer sa propre gestualit\u00e9 comme la gestualit\u00e9 normale, c\u2019est-\u00e0-dire comme la norme de toute gestualit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<img class=\"size-full wp-image-529 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription5_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"744\" height=\"442\" \/>\r\n\r\n[caption id=\"attachment_533\" align=\"aligncenter\" width=\"759\"]<img class=\"wp-image-533 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Tableau-1_Babena-1.jpg\" alt=\"\" width=\"759\" height=\"450\" \/> Tableau 1. Synchronisation comportementale du couple corrupteur\/corrompu[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">La distinction discr\u00e9tion <em>vs<\/em> indiscr\u00e9tion est par ailleurs un point de d\u00e9part fructueux pour dresser l\u2019identit\u00e9 gestuelle du participant Y non corrompu dans la relation \u00ab\u00a0Z --- Y\u00a0\u00bb. En effet, le comportement du non corrompu est conforme au syst\u00e8me de valeurs de r\u00e9f\u00e9rence. Il n\u2019a, comme on dirait, rien \u00e0 cacher et son regard est soit frontal lorsqu\u2019il assure une fonction phatique, soit l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9vi\u00e9 lorsqu\u2019il est pris dans le rythme de la parole. Il n\u2019est pas exclu que la mimique de celui-ci trahisse une certaine g\u00eane (c\u2019est un cas absent dans notre corpus), mais il y a fort \u00e0 estimer que cette attitude diff\u00e9rera de celle d\u2019un corrompu, tout au moins au niveau du contenu du dire. Les regards de sentinelle sont donc quasi absents puisqu\u2019il n\u2019est pas m\u00fb par une intention corruptive. Au contraire, il cherche \u00e0 d\u00e9voiler ce qui est dissimul\u00e9. L\u2019ISC que nous avons extraite du film <em>Inhale<\/em> illustre parfaitement cette propension \u00e0 l\u2019indiscr\u00e9tion. Rendu au Mexique pour une transplantation ill\u00e9gale d\u2019un rein \u00e0 sa fille malade, le participant PAU tente de soudoyer une r\u00e9ceptionniste (REC) du Centre M\u00e9dico Especialidades \u2013 en lui filant un bout de papier contenant un billet de banque \u2013 afin d\u2019obtenir le num\u00e9ro d\u2019un certain Dr Navarro. REC va tout simplement garder le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone et remettre le billet \u00e0 son propri\u00e9taire (illustration 10). Un autre exemple qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre cit\u00e9 est la suite logique de la s\u00e9quence de demande du visa (<em>Paris \u00e0 tout prix<\/em>).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, apr\u00e8s moult justifications infructueuses pour le renouvellement de son visa, MAY voit en le refus du consul de France au Maroc (CON) une invitation \u00e0 payer le service demand\u00e9. Face au matabiche, la r\u00e9action de CON est sans \u00e9quivoque\u00a0: le visage renfrogn\u00e9 et \u00e9berlu\u00e9 (illustration 11, img. 11c &amp; 11d) met en \u00e9vidence son \u00e9tonnement et son d\u00e9tachement vis-\u00e0-vis des valeurs de son co-parleur. En rapprochant le comportement de CON de celui de REC de la s\u00e9quence \u00ab\u00a0Inhale\u00a0\u00bb, l\u2019on ne peut que conclure que les r\u00e9alisateurs font de l\u2019intransigeance un trait de caract\u00e8re fondamental de l\u2019<em>homme int\u00e8gre<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><img class=\"size-full wp-image-531 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription6_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"667\" height=\"389\" \/><\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une approche (trans)culturelle d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne tel que la corruption commande qu\u2019il soit appr\u00e9hend\u00e9 comme un fait social, donc comme un fait langagier. Les pratiques corruptives sont certes marqu\u00e9es par des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles, mais elles doivent principalement leur universalit\u00e9 au fait qu\u2019elles s\u2019opposent \u00e0 un syst\u00e8me de valeurs qui les condamnent. Le d\u00e9veloppement ci-dessus visait \u00e0 sonder l\u2019expression gestuelle de cette conscience de la transgression dans le mat\u00e9riau filmique. Il a concr\u00e8tement \u00e9t\u00e9 question d\u2019investiguer comparativement l\u2019imaginaire artistique au travers des repr\u00e9sentations filmiques d\u2019aires et de sensibilit\u00e9s artistico-culturelles diff\u00e9rentes. Le recours \u00e0 ce type de donn\u00e9es se justifie par des raisons juridico-d\u00e9ontologiques qui fragilisent tout projet visant \u00e0 mener une v\u00e9ritable activit\u00e9 de terrain. Le film appara\u00eet cons\u00e9quemment comme une carte donnant acc\u00e8s \u00e0 la connaissance du territoire. Pour en saisir les cl\u00e9s de lecture, il a fallu pr\u00e9ciser les contours de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la culture de la corruption. C\u2019est \u00e0 partir de cette base qu\u2019il devient possible de prolonger la r\u00e9flexion sur les terrains du transculturel. En d\u00e9pit de la diversit\u00e9 des cultures et regards, le corps se veut un int\u00e9grant essentiel de la mise en sc\u00e8ne du langage de la corruption. Il participe, \u00e0 sa mani\u00e8re, \u00e0 la d\u00e9termination des identit\u00e9s participatives dans les interactions en situation de corruption. Face \u00e0 la compensation mat\u00e9rielle, les participants d\u2019une ISC se d\u00e9finissent et affirment ainsi leur penchant pour (ou leur d\u00e9tachement) des valeurs anti-normatives.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La corruption est ill\u00e9gale et les personnes qui la pratiquent veulent se soustraire au regard social; par cons\u00e9quent, les participants gesticulent pour v\u00e9rifier qu\u2019ils ne sont pas vus. Les descriptions des s\u00e9quences filmiques, que nous avons faites dans les deux derni\u00e8res articulations, r\u00e9v\u00e8lent que la pens\u00e9e corruptrice peut \u00eatre sugg\u00e9r\u00e9e par l\u2019insatisfaction d\u2019une requ\u00eate, l\u2019absence ou le refus de consid\u00e9rer le demandeur ou la demandeuse de service, les regards lat\u00e9raux ou le silence. En situation de communication, cette attitude correspond \u00e0 celle de l\u2019instigateur qui deviendra un corrompu si la transaction aboutit \u00e0 la signature d\u2019un pacte de corruption. Le comportement de celui-ci, de m\u00eame que celui du corrupteur, est tributaire de la constitution de l\u2019environnement spatio-participatif. Dans les espaces ouverts aux intrus-es, l\u2019on note une intense activit\u00e9 du regard. Les gestes sont discrets et la violation de cette r\u00e8gle a un effet n\u00e9gatif sur le d\u00e9roulement de l\u2019ISC. Soustraits aux intrusions spatiales, le corrupteur et le corrompu n\u2019effectuent pas de gesticulation lat\u00e9rale, sauf s\u2019ils veulent plut\u00f4t <em>feindre<\/em> la g\u00eane. Ces attitudes sont absentes chez le participant non corrompu. C\u2019est un-e <em>int\u00e8gre<\/em> dont les r\u00e9actions sont d\u00e9pourvues d\u2019h\u00e9sitation\u00a0: le regard est tr\u00e8s souvent frontal; le refus du pacte de corruption et la manipulation de la compensation s\u2019effectuent sans discr\u00e9tion. Une analyse essentiellement centr\u00e9e sur la dimension verbale de la n\u00e9gociation permettrait probablement de renforcer ces r\u00e9sultats en pr\u00e9cisant davantage les positions des participants des ISC dans ce jeu de la r\u00e9gulation.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calbris, Genevi\u00e8ve. 1985. Geste et parole. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>68<\/em>, 66-84.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calbris, Genevi\u00e8ve. 1990. <em>The Semiotics of French Gestures<\/em>, translated by Owen Doyle. Indiana: Indiana University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calbris, Genevi\u00e8ve et Porcher, Louis. 1989.\u00a0 <em>Geste et communication<\/em>. Paris\u00a0: Hatier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cartier-Bresson, Jean. 2000. Corruption, lib\u00e9ration et d\u00e9mocratisation. <em>Tiers-Monde<\/em>, <em>161<\/em>, tome 41, 9-22.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Forestal, Chantal. 2008. L\u2019approche transculturelle en didactique des langues-cultures\u00a0: une d\u00e9marche discutable ou qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre discut\u00e9e? <em>\u00c9tudes de linguistique appliqu\u00e9e<\/em>, <em>152<\/em>, 393-410.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gafitescu, Mihaela. 2003. Le discours public sur la corruption en Roumanie. Hypoth\u00e8ses de travail pour une approche pragmatique et conversationnelle. Communication pr\u00e9sent\u00e9e au X\u00e8me colloque bilat\u00e9ral franco-roumain, CIFSIC Universit\u00e9 de Bucarest, 28 juin\u00a0 \u2013 3 juillet. &lt;sic_00000682&gt;.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne<\/em>.<em> Pr\u00e9sentation de soi<\/em>, tome 1 (trad. Alain Accardo). Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gumperz, John. 1989.<em> Engager la conversation. Introduction \u00e0 la sociolinguistique interactionnelle<\/em> (trad. Michel Dartevelle, Martine Gilbert et Isaac Joseph). Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lederer, Marianne. 1994. <em>La Traduction aujourd\u2019hui. Le mod\u00e8le interpr\u00e9tatif<\/em>. Paris\u00a0: Hachette Livre.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lefranc, Yannick. 2008. Discuter librement en FLE-FLS\u00a0: un dispositif transculturel donc politique\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes de linguistique appliqu\u00e9e<\/em>, <em>152<\/em>, 493-504.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lucchini, Ricardo. 1995. Entre relativisme et universalisme. R\u00e9flexions sociologiques sur la corruption. <em>D\u00e9viance et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>19<\/em>(3), 219-236.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9dard, Jean-Fran\u00e7ois. 1993. De la corruption comme objet d\u2019\u00e9tude. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, <em>4<\/em>, 690-697.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2001. Lorsque la cola n\u2019est plus le fruit du colatier. Cryptonymie et \u00e9volution diachronique du lexique de la corruption au Cameroun. <em>Le Fran\u00e7ais en Afrique<\/em>, <em>15<\/em>, 169-182.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nkelzok Komtsindi, Val\u00e8re. 2004. <em>La Corruption. Une lecture syst\u00e9mique<\/em>. Chennevi\u00e8res-sur-Marne\u00a0: Diano\u00efa.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCDE. 2006. <em>L\u2019OCDE lutte contre la corruption<\/em>. Paris\u00a0: OCDE Publications.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCDE. 2011. <em>Convention sur la lutte contre la corruption d\u2019agents publics \u00e9trangers dans les transactions commerciales internationales et documents connexes<\/em>. Paris\u00a0: OCDE publications.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ONU. 2004. <em>Convention des Nations Unies contre la corruption<\/em>. New York\u00a0: Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (Vienne), Nations Unies.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Peeters, Bert. 2003.\u00a0Le transculturel\u00a0: S\u00e9mantique, Pragmatique et Axiologique. <em>La Linguistique<\/em>, <em>39<\/em>(1), en ligne. DOI : <a href=\"http:\/\/dx.doi.org\/10.3917\/ling.391.0119\">10.3917\/ling.391.0119<\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tandia Mouafou, J. J. Rousseau. 2011. Enjeux sociodiscursifs de la corruption au Cameroun. Dans Jean-Beno\u00eet Tsofack et Valentin Feussi (dir.), <em>Langues et discours en contextes urbains au Cameroun. (D\u00e9)constructions \u2013 complexit\u00e9s<\/em> (63-81). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2014. \u00c0 propos des ambigu\u00eft\u00e9s usuelles du verbe <em>corrompre <\/em>et du d\u00e9riv\u00e9 <em>corrompu<\/em>. Dans Jacques Evouna et Louis Martin Ongu\u00e9n\u00e9 Essono (dir.), \u00a0<em>Mosa\u00efques<\/em>. <em>Au c\u0153ur du verbe. Syntaxe, discours et didactique<\/em> (39-49). Paris\u00a0: \u00c9ditions des Archives Contemporaines.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2016. Pens\u00e9e corruptrice\u00a0: guerre des places ou guerre des voix? Dans Ghislaine Rolland-Lozachmeur (dir.), <em>Les Mots en guerre. Les discours pol\u00e9miques\u00a0: aspects s\u00e9mantiques, stylistiques, \u00e9nonciatifs et argumentatifs<\/em> (135-154). Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2017.\u00a0Offense et r\u00e9paration dans la communication de la corruption. Laurentiu B\u0103l\u0103 (dir.), <em>Analyse de discours et d\u2019\u0153uvres \u00e0 la crois\u00e9e des disciplines<\/em> (171-192). Saarbr\u00fccken\u00a0: \u00c9ditions Universitaires Europ\u00e9ennes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2018. Corruption et morale. Penser un mod\u00e8le linguistique holistique. <em>Interstudia<\/em>, <em>23<\/em>, 62-75.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2021. Ouverture et cl\u00f4ture des interactions en situation de corruption\u00a0: strat\u00e9gies et enjeux dans le r\u00e9el et le fictionnel.<em> Recherches en langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>2<\/em>(3), 261-293.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yuste Fr\u00edas, Jos\u00e9 2014. Interculturalit\u00e9, multiculturalit\u00e9 et transculturalit\u00e9 dans la Traduction et l\u2019Interpr\u00e9tation en Milieu Social. <em>Monograf\u00edas de \u00c7\u00e9dille<\/em>,<em> 4<\/em>, 91-111.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Filmographie<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitton, G\u00e9rard et Munz, Michel. 2009. <em>Erreur de la banque en votre faveur <\/em>[Fiction]. Charles Gassot et WILD BUNCH.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Djimeli Lepka, Gervais. 2007. <em>Clandos<\/em> [Fiction]. DLG Films.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hegeland, Brian. 1998. <em>Payback<\/em> [Ficiton]. Icon Productions.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kherici, Reem. 2013. <em>Paris \u00e0 tout prix <\/em>[Ficiton]. Mandarin Cin\u00e9ma.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kormahur, Baltasar. 2010. <em>Inhale <\/em>[Ficiton]. 26 Films.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Megaton, Olivier. 2011. <em>Colombiana <\/em>[Ficiton]. EuropaCorp et AJOZ Films.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Straiton, David. 2012. \u00c9pisode 17 de la saison 01 de la s\u00e9rie <em>La Firme <\/em>[Ficiton]. Entertainment One.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Annexe\u00a0: conventions de transcription<\/strong><\/h2>\r\n<div style=\"text-align: justify\" align=\"center\">\r\n<table style=\"width: 785px\">\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">:<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Allongement d'un son<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">:::<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Allongement important d\u2019un son<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">[<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Chevauchement, lorsque deux participants parlent en m\u00eame temps<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">]<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Fin du chevauchement<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">=<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Encha\u00eenement imm\u00e9diat entre deux tours de parole<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">(ASP)<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Aspiration<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">(BAS) \u2026<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Caract\u00e9ristique vocale marquant le d\u00e9but d\u2019un ton tr\u00e8s bas, la fin est marqu\u00e9e par le signe<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">(1.81)<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Pause en seconde, sup\u00e9rieure ou \u00e9gale \u00e0 0.2 seconde<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">(.)<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Micropause, inf\u00e9rieure \u00e0 0.2 seconde<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">A<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">La majuscule indique une emphase tr\u00e8s importante (expression, ton, voix, geste)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">\/<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Intonation l\u00e9g\u00e8rement montante<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">\\<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Intonation l\u00e9g\u00e8rement descendante<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">(<strong><em>geste, attitude, commentaire<\/em><\/strong>)<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Les actes non verbaux et paraverbaux sont not\u00e9s en italiques entre parenth\u00e8ses<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">&gt;&gt;<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">Le geste d\u00e9crit a commenc\u00e9 avant le d\u00e9but de l\u2019extrait<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">\u263a<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">La frimousse repr\u00e9sente la t\u00eate<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td style=\"width: 204.965px\">---&gt;&gt;<\/td>\r\n<td style=\"width: 550.799px\">continuation du geste jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019extrait<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<\/div>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">Le pr\u00e9sent article se propose de mettre en exergue, sur la base d\u2019un corpus culturellement composite, les traits gestuels communs \u00e0 la repr\u00e9sentation filmique de la corruption. Une discussion th\u00e9orique de la (trans)culturalit\u00e9 d\u2019un tel ph\u00e9nom\u00e8ne \u2013 aussi complexe que polymorphe \u2013 s\u2019av\u00e8re alors un d\u00e9tour in\u00e9luctable dont l\u2019objectif est de rendre saisissables les sch\u00e8mes r\u00e9gissant le fonctionnement de l\u2019objet d\u2019\u00e9tude. Les mises en sc\u00e8ne de la corruption peuvent-elles se pr\u00eater \u00e0 une lecture transculturelle si tant est que toutes les soci\u00e9t\u00e9s connaissent des transgressions relevant de ce paradigme ? Les r\u00e9currences observ\u00e9es au niveau gestuel, dans la n\u00e9gociation de ces violations normatives, s\u2019interpr\u00e9teraient ainsi comme un langage transcendantal et transversal des sensibilit\u00e9s artistiques \u2013 en d\u00e9pit des variations diatopique et diaphasique dues aux donn\u00e9es g\u00e9oculturelles et situationnelles.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/corruption\/\">corruption<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/geste\/\">geste<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/representation-filmique\/\">repr\u00e9sentation filmique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/transculturel\/\">transculturel<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p class=\"moz-quote-pre\" style=\"text-align: justify\">The aim of this paper is to emphasize, based on a culturally composite corpus, upon features of gestures common to the filmic representation of corruption. A theoretical discussion about the transcultural aspects of such a phenomenon \u2013 both complex and polymorphic \u2013 will be conducted here in a bid to clarify the schemes driving the functioning of our object of study. Can the staging of bribery allow a transcultural reading, considering the fact that every society witnesses corrupt practices? The recurrences observed at the level gestures in the process leading to such practices could be understood as a transcendental and transverse language of artistic feelings \u2013 despite variations related to time and space, and due to geo-cultural and situational parameters.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/corruption\/\">corruption<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/filmic-representation\/\">filmic representation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/gesture\/\">gesture<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/transcultural\/\">transcultural<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>1 d\u00e9cembre 2021<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>6 septembre 2022<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>27 d\u00e9cembre 2022<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les approches r\u00e9flexives de la corruption sont tr\u00e8s souvent superficielles, en raison de l\u2019enjeu \u00e9conomique, sur son ancrage dans le maillage culturel. La prise en compte de ce facteur vise alors \u00e0 combler les lacunes des explications tout math\u00e9matiques. Or, l\u2019acceptation par les \u00c9tats des cadres juridiques communs, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019OCDE<a class=\"footnote\" title=\"Organisation de Coop\u00e9ration et de D\u00e9veloppement \u00c9conomique.\" id=\"return-footnote-493-1\" href=\"#footnote-493-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> (2006, 2011) ou de l\u2019ONU<a class=\"footnote\" title=\"Organisation des Nations Unies.\" id=\"return-footnote-493-2\" href=\"#footnote-493-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> (2004), est la reconnaissance implicite de l\u2019existence d\u2019un partage de valeurs culturelles; valeurs qui, tout au moins, se d\u00e9finissent par rapport \u00e0 une philosophie de l\u2019\u00e9change. Sur la question, la litt\u00e9rature d\u2019inspiration sociologique n\u2019a pas manqu\u00e9 de se prononcer quoiqu\u2019on observe encore un mutisme \u2013 \u00e0 l\u2019exception de quelques textes (M\u00e9tangmo-Tatou, 2001; Gafitescu, 2003; Tandia Mouaffou, 2011; Tio Babena (2014, 2016, 2017, 2021) \u2013 sur un \u00e9l\u00e9ment essentiel de l\u2019expression du culturel\u00a0: le langage. De l\u2019avis de Jean-Fran\u00e7ois M\u00e9dard (1993, p.\u00a0687), le crit\u00e9rium mon\u00e9taire est d\u00e9sormais insuffisant pour cerner les m\u00e9andres de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, car \u00ab\u00a0la corruption moderne, plus raffin\u00e9e et \u00e9labor\u00e9e, se confondrait avec l\u2019\u00e9change social et [\u2026] est, par l\u00e0, plus visible\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0La notion d\u2019\u00e9change social, poursuit-il dans sa sagacit\u00e9 explicative<em>,<\/em> correspond \u00e0 celle d\u2019\u00e9change interpersonnel, donc d\u2019un \u00e9change o\u00f9 la relation sociale elle-m\u00eame, combin\u00e9e \u00e0 celle d\u2019\u00e9change symbolique, constitue l\u2019enjeu ou l\u2019un des enjeux\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>). La corruption op\u00e8re \u00e0 cet effet dans une interaction en situation de corruption, d\u00e9sormais ISC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le caract\u00e8re chim\u00e9rique de l\u2019\u00e9tat de nature renforce l\u2019inn\u00e9isme de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de droit\u00a0\u00bb. L\u2019esp\u00e8ce humaine se d\u00e9finit en majeure partie par des codes culturels tels que les arts de la table, de la salutation, de la politesse, etc. \u00c0 chacune de ces pratiques correspond une activit\u00e9 langagi\u00e8re, laquelle d\u00e9termine la relation sociale des partenaires qui y sont engag\u00e9s. Cependant, \u00ab\u00a0Si toutes les cultures savent distinguer des activit\u00e9s telles que bavarder, discuter et faire une conf\u00e9rence, chaque culture poss\u00e8de en revanche ses propres contraintes qui s\u2019exercent non seulement sur le contenu, mais aussi sur les mani\u00e8res dont les activit\u00e9s sont effectu\u00e9es et signal\u00e9es\u00a0\u00bb (Gumperz, 1989, p.\u00a071). Il serait ainsi absurde de nier ou de refuser \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une activit\u00e9 transgressive de type \u00ab\u00a0corrompre quelqu\u2019un\u00a0\u00bb. Les pratiques corruptives peuvent certes varier en fonction de la norme (ou de la valeur) soumise \u00e0 la n\u00e9gociation, mais elles se rejoignent n\u00e9anmoins sur le consensus que la transgression fonde l\u2019acte de corruption. C\u2019est donc aux confins des th\u00e9ories relativiste et universaliste (Lucchini, 1995) qu\u2019il faut aller chercher une d\u00e9finition de cette pratique sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la premi\u00e8re approche tend \u00e0 circonscrire la corruption aux param\u00e8tres spatio-temporels. Elle invite \u00e0 appr\u00e9cier contextuellement tout comportement qui semble aller en contradiction, pour un observateur ou une observatrice exog\u00e8ne \u00e0 la culture dans laquelle il se produit, avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une morale absolue. L\u2019analyse de ce fait social, dans cette perspective, fait \u00e9clore les malentendus interculturels qui surviennent lors des transactions, rituels et autres types d\u2019\u00e9change o\u00f9 chacun apporte son capital culturel. Ce serait un crime de l\u00e8se-majest\u00e9 que de taire l\u2019histoire de cette universitaire que nous avons baptis\u00e9e \u00ab\u00a0les chocolats du malentendu\u00a0\u00bb. Arriv\u00e9e \u00e0 Strasbourg pour s\u2019enqu\u00e9rir des performances scolaires de sa fille, la chercheuse camerounaise s\u2019est souvenue qu\u2019elle a oubli\u00e9 de faire un pr\u00e9sent de voyage \u00e0 la principale de l\u2019\u00e9tablissement. Soucieuse de rectifier ce qui pouvait implicitement appara\u00eetre comme une offense faite \u00e0 l\u2019h\u00f4te, elle s\u2019est empress\u00e9e de faire emballer des tablettes de chocolat dans une boutique du coin. La g\u00eane, mal d\u00e9guis\u00e9e, de la responsable du lyc\u00e9e a astreint la parente d\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 se confondre en explications sur l\u2019origine strasbourgeoise du cadeau. Heureusement que <em>tout<\/em> <em>le monde<\/em> aime le chocolat \u2013 voil\u00e0 un aphorisme digne d\u2019un questionnement interculturel \u2013, surtout si l\u2019offreur ou l\u2019offreuse nous explique que son geste est d\u00e9nu\u00e9 d\u2019une intention de corruption! Et ce n\u2019est pas la dirigeante d\u2019un lyc\u00e9e qui ferait exception.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Revenons \u00e0 notre sujet pour souligner deux faits frappants. La corruption peut se servir des ressorts culturels pour \u00eatre communiqu\u00e9e tout comme nous pouvons nous faire amadouer en croyant avoir \u00e9t\u00e9 coh\u00e9rent avec nos valeurs socioculturelles. Cette remarque fait \u00e9clore les limites d\u2019un certain relativisme culturel dont la tendance est au cloisonnement radical dans la consid\u00e9ration de la corruption. \u00c0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, la th\u00e8se fonctionnaliste, qui trouve en la corruption une dimension utilitaire fondamentale au fonctionnement des institutions, s\u2019enracine dans ces failles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pensons avec Ricardo Lucchini (1995, p.\u00a0234) que \u00ab\u00a0Seule une approche universaliste de la corruption semble permettre une \u00e9tude appropri\u00e9e de celle-ci, \u00e0 la condition toutefois d\u2019inclure une \u00e9tude comparative des diff\u00e9rentes rationalit\u00e9s culturelles \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb. Elle a le m\u00e9rite de ne pas exclure les particularit\u00e9s culturelles tout en posant un cadre d\u2019analyse transculturelle dont les principaux observables se r\u00e9sument \u00e0 la nature de la valeur (humaine ou mat\u00e9rielle) alt\u00e9r\u00e9e, les agents impliqu\u00e9s dans la transaction, le code normatif et les sanctions. Ces empreintes, identifiables dans le mat\u00e9riau langagier, nous ont conduit \u00e0 postuler ailleurs (Tio Babena, 2016) l\u2019existence d\u2019une pens\u00e9e corruptrice, d\u00e9sormais PC, partant du consensus que la corruption est un \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne universel et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0\u00bb (Cartier-Bresson, 2000, p.\u00a014). Dans une ISC, ce n\u2019est plus le ph\u00e9nom\u00e8ne social qui est communiqu\u00e9, mais plut\u00f4t la PC\u00a0\u2013 per\u00e7ue \u00e9galement comme un syst\u00e8me communicatif dans lequel les participants se livrent \u00e0 une repr\u00e9sentation, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la \u00ab\u00a0mise en sc\u00e8ne d\u2019une routine particuli\u00e8re\u00a0\u00bb (Goffman, 1973, p.\u00a081). Pour une description d\u00e9taill\u00e9e de cette activit\u00e9, nous renvoyons le lectorat \u00e0 nos travaux cit\u00e9s en amont. C\u00e9ans, contentons-nous de rappeler que les valeurs de l\u2019<em>\u00e9quipe corrompue<\/em> sont oppos\u00e9es \u00e0 celles de l\u2019<em>\u00e9quipe sociale<\/em> dans la mesure o\u00f9 les secondes condamnent les premi\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par ailleurs, l\u2019approche universaliste de la corruption am\u00e8ne \u00e0 voir en la formule de Cartier-Bresson (<em>supra<\/em>) la traduction d\u2019une exp\u00e9rience (trans)culturelle virtuellement pr\u00e9sente en l\u2019individu \u2013 du fait de son attachement au syst\u00e8me de valeurs du groupe \u00e0 partir duquel il est (se) d\u00e9fini(t) en tant qu\u2019entit\u00e9 \u2013 et potentiellement communicable \u00e0 une \u00e9chelle culturelle endog\u00e8ne aussi bien qu\u2019exog\u00e8ne. On prendra la notion de transculturel au sens largement r\u00e9pandu (Peeters, 2003; Forestal, 2008; Lefranc, 2008; Yuste Fr\u00edas, 2014) d\u2019une d\u00e9marche heuristique dont le but est l\u2019investigation d\u2019un socle r\u00e9v\u00e9lant le commun, le semblable \u2013 et quelquefois le compl\u00e9mentaire, les terrains de l\u2019intercompr\u00e9hension ou du malentendu \u2013 entre des cultures <em>diff\u00e9rentes;<\/em> la diff\u00e9rence devenant elle-m\u00eame relative. C\u2019est, pour ainsi dire, la qu\u00eate d\u2019une \u00ab\u00a0identit\u00e9 sup\u00e9rieure commune, trans-cendante aux diff\u00e9rences des \u00eatres\u00a0\u00bb (Demorgon, cit\u00e9 par Jos\u00e9 Yuste Fr\u00edas, 2014, p.\u00a0106). Ainsi par exemple, la repr\u00e9sentation d\u2019un geste effectuant discr\u00e8tement une op\u00e9ration auto- ou allocensur\u00e9e est pr\u00e9sum\u00e9e \u00eatre l\u2019image conceptuelle tapie derri\u00e8re l\u2019expression figur\u00e9e \u00ab\u00a0dessous-de-table\u00a0\u00bb. Sans forc\u00e9ment chercher les \u00e9quivalents structurels de celui-ci, le postulat que chaque culture reconna\u00eet au moins que faire tel geste dans tel contexte revient \u00e0 communiquer une intention de corruption s\u2019impose intrins\u00e8quement.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Faire un geste\u00a0\u00bb\u00a0: vers une (trans)culturalit\u00e9 des pratiques gestuelles dans les ISC?<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est difficile de traiter de la corruption dans son rapport au langage tout en mettant de c\u00f4t\u00e9 les consid\u00e9rations d\u2019ordre socioculturel. Ce point de passage obligatoire, pour qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la corruption dans ce sillage, est une contrainte inh\u00e9rente \u00e0 la langue qui, comme on le sait, est un fait social. Pour chaque communaut\u00e9 linguistique, il existera \u00e0 cet effet une culture langagi\u00e8re de la corruption qui lui est propre. Les pratiques corruptives sont ainsi d\u00e9sign\u00e9es par des termes, g\u00e9n\u00e9ralement des tropes, qui r\u00e9v\u00e8lent les colorations socioculturelles participant d\u2019une certaine mani\u00e8re \u00e0 leur codification. Si l\u2019on suppose que l\u2019expression \u00ab\u00a0donner un pot-de-vin\u00a0\u00bb sera aussi bien comprise d\u2019un Fran\u00e7ais que d\u2019un Camerounais du fait du partage de la <em>m\u00eame<\/em> langue, il serait cependant difficile pour le premier de comprendre le topolecte franco-camerounais \u00ab\u00a0donner la cola\u00a0\u00bb. Toutefois, il faut admettre qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 des suppositions coup\u00e9es d\u2019une situation r\u00e9elle de communication, car on voit tr\u00e8s bien qu\u2019il y a une \u00e9quivalence structurelle entre les deux expressions. Une compl\u00e9mentation plus sp\u00e9cifique du verbe \u00ab\u00a0donner\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0donner la cola (un pot-de-vin) pour passer le contr\u00f4le douanier\u00a0\u00bb.\" id=\"return-footnote-493-3\" href=\"#footnote-493-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> et d\u2019autres informations contextuelles seraient de nature \u00e0 faciliter la communication entre les deux protagonistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La possibilit\u00e9 d\u2019une intercompr\u00e9hension entre notre Fran\u00e7ais et notre Camerounais montre que les fronti\u00e8res culturelles mises en relief par la langue peuvent \u00eatre frapp\u00e9es de porosit\u00e9. En d\u2019autres termes, la barri\u00e8re linguistique n\u2019entra\u00eene pas n\u00e9cessairement un cloisonnement radical des pratiques culturelles; toute chose qui pousse \u00e0 croire que la corruption est un ph\u00e9nom\u00e8ne transculturel qui, m\u00eame s\u2019il change de visage d\u2019une culture \u00e0 une autre, garde un certain nombre de constances. Il est \u00e9vident qu\u2019en mati\u00e8re de corruption <em>on fait toujours quelque chose qui va \u00e0 l\u2019encontre du syst\u00e8me normatif<\/em> que la critique endog\u00e8ne appr\u00e9ciera comme \u00e9tant un acte de corruption. Le mon\u00e9tarisme auquel a adh\u00e9r\u00e9 le concert des nations fait de l\u2019\u00e9change p\u00e9cuniaire l\u2019image la plus simpliste qui \u00e9pouse le mieux ce <em>faire<\/em>. Le constat de M\u00e9tangmo-Tatou est clair \u00e0 ce sujet\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans des syst\u00e8mes o\u00f9 chaque citoyen se pr\u00e9occupe \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de faire comme on dit couramment \u2018\u2018avancer un dossier\u2019\u2019, l\u2019argent repr\u00e9sente, [sic] alors un agent facilitateur quasiment incontournable du transit du dossier d\u2019un service \u00e0 un autre. Cela explique la fr\u00e9quence de ces tropes m\u00e9caniques (<em>m\u00e9canique <\/em>entendu comme relatif au mouvement et \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des corps) (M\u00e9tangmo-Tatou, 2001, p.\u00a0178-179).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00eame si partout ailleurs cette pratique n\u2019est pas d\u00e9sign\u00e9e \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb comme au Cameroun, il reste tout de m\u00eame vrai qu\u2019ailleurs on <em>fait<\/em> aussi <em>un geste<\/em>. Les r\u00e9sultats de l\u2019exp\u00e9rience men\u00e9e par Calbris (<em>in <\/em>Calbris et Porcher, 1989, 1990) aupr\u00e8s des Fran\u00e7ais, Hongrois et Japonais montrent par exemple que l\u2019association du signifi\u00e9 \u00ab\u00a0palper des billets\u00a0\u00bb au signifiant gestuel du pouce palpant l\u2019index et le majeur est quasi identique dans ces soci\u00e9t\u00e9s du fait de leur appartenance \u00e0 une culture dans laquelle circulent les billets de banque. \u00ab\u00a0Faire un geste\u00a0\u00bb connote au minimum le fait de donner ou de recevoir un matabiche. Subs\u00e9quemment, l\u2019expression tropique renvoie au geste physique consistant \u00e0 passer quelque chose d\u2019une main \u00e0 une autre. Si ce mouvement ordinaire est commun aux pratiques corruptives, alors il y a lieu de penser que l\u2019on pourrait retrouver quelques faits transculturels dans les pratiques gestuelles en mati\u00e8re de corruption. Commen\u00e7ons par la pr\u00e9sentation de deux regards crois\u00e9s sur le trope \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb avant que de d\u00e9gager leurs implications dans la compr\u00e9hension des ISC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans son analyse du fragment discursif \u00ab\u00a0fais un geste\u00a0\u00bb, Tandia Mouafou fait remarquer que \u00ab\u00a0m\u00eame si l\u2019ordre donn\u00e9 venait \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9, cela ne rel\u00e8verait nullement de l\u2019actualisation d\u2019une quelconque comp\u00e9tence linguistique ou kin\u00e9sique de la part du r\u00e9cepteur\u00a0\u00bb (2011, p.\u00a071). Pour lui, la r\u00e9action du co-parleur<a class=\"footnote\" title=\"Les mots \u00ab\u00a0parleur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0destinateur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0destinataire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0locuteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0interlocuteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0gesteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0corrupteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0corrompu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non-corrompu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0instigateur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0participant\u00a0\u00bb sont employ\u00e9s ici comme des concepts, raison pour laquelle nous ne les f\u00e9miniserons pas pour \u00e9viter des confusions avec le sens courant.\" id=\"return-footnote-493-4\" href=\"#footnote-493-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> du corrupteur n\u2019est ni un faire linguistique ni un faire non linguistique. Qu\u2019est-ce que le destinataire de ce directif <em>ex\u00e9cute<\/em> donc, s\u2019interrogerait-on, si ce n\u2019est pas ce qui lui a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 par le corrupteur? Dans une telle situation, on imaginerait bien un cas o\u00f9 ce co-participant promet de verser ou verse une contrepartie pour voir son dossier avancer. La premi\u00e8re option rel\u00e8ve du linguistique tandis que la seconde est bel et bien une r\u00e9action kin\u00e9sique. L\u2019incongruit\u00e9 dans le point de vue de l\u2019auteur vient, d\u2019une part, de ce que l\u2019avis est tranch\u00e9 par l\u2019usage de l\u2019adverbe <em>nullement<\/em> et, d\u2019autre part, par un emploi non sp\u00e9cifi\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration d\u2019<em>actualisation<\/em><a class=\"footnote\" title=\"L\u2019usage qui en est fait n\u2019est pas celui de mise en discours d\u2019un item de la langue.\" id=\"return-footnote-493-5\" href=\"#footnote-493-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019explication qu\u2019il convient de donner \u00e0 \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb est pragmatique; c\u2019est pour cette raison que M\u00e9tangmo-Tatou dira plus t\u00f4t que \u00ab\u00a0Le sens de <em>\u2018\u2018fais un geste!\u2019\u2019 <\/em>n\u2019est pas donn\u00e9 : il se construit \u00e0 partir des interactions en jeu entre les protagonistes de la communication, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 tel qu\u2019il est produit et les circonstances de sa production\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em>., p.\u00a0172). C\u2019est donc v\u00e9ritablement le contexte qui permet de qualifier avec pr\u00e9cision la r\u00e9action de celui \u00e0 qui est adress\u00e9 cet \u00e9nonc\u00e9. Dans tous les cas, le trope \u00ab\u00a0faire un geste\u00a0\u00bb est m\u00e9canique comme le remarque l\u2019auteure. M\u00eame en excluant tous les emplois m\u00e9taphoriques, la r\u00e9action du destinateur, qu\u2019il s\u2019agisse du <em>dire<\/em> ou du <em>faire<\/em>, disposera toujours du s\u00e8me inh\u00e9rent \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, comment peut-on aborder l\u2019\u00e9tude du geste coverbal de telle sorte qu\u2019on puisse apprendre davantage sur le comportement des participants ou des participantes \u00e0 une ISC?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans des travaux pr\u00e9c\u00e9dents (Tio Babena 2016, 2014, 2018), nous avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 distinguer le couple corrupteur\/corrompu \u00e0 partir de l\u2019analyse linguistique. Il nous est apparu que la langue offrait ses propres cl\u00e9s pour lever l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qui frappe cette paire. Pour des raisons d\u2019espace, nous nous limiterons \u00e0 pr\u00e9senter bri\u00e8vement le principe de l\u2019ench\u00e2ssement actionnel, v\u00e9ritable centre organisateur de toute transaction de corruption. L\u2019analyse du verbe <em>corrompre<\/em> indique que les deux principaux actants du syst\u00e8me communicatif de la PC sont li\u00e9s par une relation de factivit\u00e9 traduite par l\u2019expression \u00ab\u00a0X pousse\/engage Y \u00e0 agir par Z\u00a0\u00bb o\u00f9 X d\u00e9signe le corrupteur, Y le corrompu et Z la compensation. La contrepartie Z que le corrupteur apporte dans la transaction est une condition d\u2019existence \u2013 parfois latente, mais substantielle \u2013 d\u00e9finissant le faire du corrompu\u00a0: \u00ab\u00a0si <em>P [X pousse\/engage par Z] <\/em>alors <em>Q [Y agira]\u00a0<\/em>\u00bb. Cons\u00e9quemment, \u00ab\u00a0<em>non-P\u00a0<\/em>\u00bb donnera lieu \u00e0 \u00ab\u00a0<em>non-Q\u00a0<\/em>\u00bb. Ces savoirs sont des int\u00e9grants du code rituel des ISC. Pendant la communication de la PC, les participant-e-s conjuguent les comp\u00e9tences situationnelle, discursive, s\u00e9mantique et linguistique pour r\u00e9ciproquement d\u00e9terminer leurs identit\u00e9s. De la m\u00eame mani\u00e8re que le discours contribue \u00e0 construire une identit\u00e9 au sein de l\u2019ISC, les gestes deviennent un \u00e9l\u00e9ment distinctif \u00e0 partir duquel il sera dit d\u2019un participant qu\u2019il est corrupteur, corrompu ou non corrompu, car \u00ab\u00a0Tout se passe [\u2026] comme si le geste visait \u00e0 conf\u00e9rer, \u00e0 celui qui l\u2019accomplit, une identit\u00e9 distinctive\u00a0\u00bb (Porcher, 1989, p.\u00a035). Concr\u00e8tement, il convient d\u2019appr\u00e9hender le code gestuel d\u2019une ISC comme une culture au sens que lui donne Louis Porcher :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">pour comprendre une culture gestuelle, il faut la p\u00e9n\u00e9trer comme <em>ensemble syst\u00e9mique<\/em>, dans lequel un geste quelconque ne peut s\u2019entendre que par rapport \u00e0 tous les autres non pas consid\u00e9r\u00e9s un \u00e0 un mais comme \u00e9l\u00e9ments fonctionnels d\u2019un syst\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire comme ensemble de rouages, de positions, de fonctions, dans un tout (Porcher, 1989, p.\u00a038).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dissertons un tant soit peu sur le mat\u00e9riau et le cadre th\u00e9orique susceptibles de d\u00e9voiler le comportement gestuel des participants d\u2019une ISC au moment de l\u2019\u00e9change de la compensation.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Corpus et cadre th\u00e9orique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les s\u00e9quences filmiques \u2013 \u00e0 travers lesquelles une qu\u00eate illustr\u00e9e du transculturel dans la gestuelle sera envisag\u00e9e <em>infra<\/em> \u2013 sont extraites du corpus \u00ab\u00a0Interactions en Situation de Corruption\u00a0\u00bb. Compos\u00e9 des conversations filmiques et r\u00e9elles, le corpus ISC a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 dans le cadre d\u2019une recherche sur la corruption dans les interactions verbales. L\u2019exclusion des donn\u00e9es r\u00e9elles dans cette \u00e9tude tient \u00e0 la non-utilisation des cam\u00e9ras lors de notre observation participante dont il serait superflu de pr\u00e9ciser les conditions ici. Rappelons n\u00e9anmoins que les cadres juridique et d\u00e9ontologique, de m\u00eame que les sensibilit\u00e9s d\u2019ordre moral intrins\u00e8ques \u00e0 la corruption, ne sont pas de nature \u00e0 motiver la collaboration sociale. Par cons\u00e9quent, dans ce contexte de tension et de m\u00e9fiance, le recours aux films, pour une approche culturo-gestuelle, se trouve l\u00e9gitim\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">R\u00e9unies dans une m\u00eame assiette, les s\u00e9quences des sept films<a class=\"footnote\" title=\"Voir la filmographie infra.\" id=\"return-footnote-493-6\" href=\"#footnote-493-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a> utilis\u00e9s comme mati\u00e8re d\u2019analyse brillent par leur diversit\u00e9. L\u2019id\u00e9e de cette pluralit\u00e9 s\u2019appuie sur l\u2019argument que chaque film met \u00e0 peu pr\u00e8s en sc\u00e8ne la corruption selon les pratiques sociocommunicatives de l\u2019aire g\u00e9oculturelle \u00e0 laquelle il appartient, mais surtout selon les sensibilit\u00e9s artistiques de son r\u00e9alisateur. En d\u2019autres termes, chaque ISC filmique propose une repr\u00e9sentation \u2013 consid\u00e9r\u00e9e cette fois-ci par rapport \u00e0 l\u2019opposition g\u00e9n\u00e9rique fiction <em>vs<\/em> non-fiction \u2013 de la perception auctoriale d\u2019une <em>culture de la corruption<\/em> inspir\u00e9e du (ou cens\u00e9e repr\u00e9sent\u00e9 le) social. L\u2019\u0153uvre d\u2019art appara\u00eet ainsi comme l\u2019ext\u00e9riorisation d\u2019une exp\u00e9rience ou d\u2019un fantasme log\u00e9 quelque part dans le subconscient du sujet qui voit, vit et repr\u00e9sente le monde. Peut-on par exemple trouver des invariants gestuels dans l\u2019appr\u00e9hension filmique de Reem Kherici (2013, <em>Paris \u00e0 tout prix<\/em>), d\u2019origine marocaine, et celle du Camerounais Gervais Djimeli Lepka (2007, <em>Clandos<\/em>)? La repr\u00e9sentation d\u2019une ISC dans le film fran\u00e7ais \u2013 \u00e0 l\u2019instar d\u2019<em>Erreur de la banque en votre faveur<\/em> (Bitton et Munz, 2009) \u2013 recoupe-t-elle celles propos\u00e9es par les films ayant pour sc\u00e8ne sociale les USA (Straiton, 2012, <em>La Firme S01E17<\/em>; Megaton 2011, <em>Colombiana;<\/em> Hegeland 1998, <em>Payback<\/em>), le Mexique (Kormahur, 2010, <em>Inhale<\/em>), le Maroc (Kherici, <em>op. cit<\/em>.) ou le Cameroun (Djimeli Lepka, <em>op. cit<\/em>.)<a class=\"footnote\" title=\"Certains films de notre corpus sont des adaptions fran\u00e7aises des versions anglaises. Mais au fond, cela ne pose a priori aucun probl\u00e8me puisque le jeu d\u2019acteur ne subit pas d\u2019alt\u00e9ration. Dans la mesure o\u00f9 le geste est consid\u00e9r\u00e9 ici comme un coverbal, nous nous devons n\u00e9anmoins de dire un mot sur la traduction des dialogues. En effet, nous pensons comme Marianne Lederer (1994, p.\u00a0123) que cette op\u00e9ration proc\u00e8de d\u2019un transfert culturel, car \u00ab\u00a0Le traducteur, bilingue, est aussi bi-culturel [\u2026]. Capable de voir le monde \u00e9tranger, il est capable de l\u2019exprimer et de le faire voir \u00e0 ceux qui l\u2019ignorent\u00a0\u00bb. On retrouvera \u00e9galement cette posture chez Jos\u00e9 Yuste Fr\u00edas (2014, p.\u00a096-98).\" id=\"return-footnote-493-7\" href=\"#footnote-493-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>? Si, tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 en amont, la PC est universelle et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, peut-on pour autant penser que la conscience de la transgression chez les partenaires de l\u2019ISC motive inconsciemment leur attitude gestuelle? Bien \u00e9videmment, cette inconscience, la gesticulation et l\u2019impression de spontan\u00e9it\u00e9 corr\u00e9l\u00e9es ne sont que des constructions fictionnelles d\u2019une pratique sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En confrontant les ISC filmiques, les descriptions ci-dessous visent \u00e0 faire dialoguer les rationalit\u00e9s culturelles en mati\u00e8re de corruption par le truchement d\u2019une analyse compar\u00e9e de l\u2019imaginaire artistique \u2013 entendu comme le regard du r\u00e9alisateur, per\u00e7u au travers du film, sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9. Pour ce faire, il convient de d\u00e9crire les attitudes gestuelles d\u2019une s\u00e9quence pendant la transaction de corruption dans l\u2019optique du principe de l\u2019ench\u00e2ssement actionnel. Les observations faites \u00e0 partir du mat\u00e9riau d\u00e9crit seront ensuite compar\u00e9es aux situations des autres s\u00e9quences filmiques. Par cette d\u00e9marche, nous esp\u00e9rons ainsi d\u00e9terminer les identit\u00e9s des participant-e-s des ISC \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tude du fait gestuel. La pragmatique gestuelle \u2013 esquiss\u00e9e par Louis Porcher dans les ann\u00e9es 80 pour une didactique du FLE et qui n\u2019est pas r\u00e9ellement une nouveaut\u00e9, parce que d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9r\u00e9e en pragmatique conversationnelle \u2013 semble offrir un cadre ad\u00e9quat pour une telle d\u00e9marche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout geste, \u00e9crit l\u2019auteur, s\u2019adresse \u00e0 un interlocuteur consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9changiste, susceptible d\u2019\u00e9changer des biens, de n\u00e9gocier. C\u2019est donc comme cela qu\u2019il convient de l\u2019identifier d\u2019abord, en termes pragmatiques\u00a0: si tel \u00e9nonciateur fait tel geste de telle mani\u00e8re \u00e0 tel moment dans telle situation et \u00e0 destination de tel partenaire, cela signifie qu\u2019il escompte tel r\u00e9sultat, c\u2019est-\u00e0-dire produire tel effet. On se trouve ainsi dot\u00e9 d\u2019une grille d\u2019analyse des gestes, de description et d\u2019interpr\u00e9tation (Porcher, 1989, p.\u00a034).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour sonder le geste qui se veut un trait distinctif de la cat\u00e9gorisation des participant-e-s en corrupteur\/corruptrice, corrompu-e ou non corrompu-e, nous posons \u2013 sur le mod\u00e8le du mot cl\u00e9 que l\u2019on retrouve chez Bert Peeters (2003, paragr.\u00a027-30) \u2013 l\u2019existence des gestes cl\u00e9s. Alors que Georges Mator\u00e9, apr\u00e8s plus de trois d\u00e9cennies d\u2019exercice, abandonne la notion de mot cl\u00e9 qui a fond\u00e9 une partie de sa tradition lexicologique, Peeters (<em>ibid<\/em>., paragr.\u00a030) reconceptualise la notion en la concevant comme un mot dot\u00e9 d\u2019une charge culturelle importante, par rapport aux autres, en ce sens qu\u2019il assure le partage et r\u00e9v\u00e8le les particularit\u00e9s d\u2019une culture. Nous pensons qu\u2019une compr\u00e9hension efficiente du ph\u00e9nom\u00e8ne culturel n\u00e9cessite que l\u2019on conc\u00e8de au geste la m\u00eame vitalit\u00e9 dans l\u2019interface geste\/parole particuli\u00e8re \u00e0 la communication humaine. Les conditions d\u2019une \u00ab\u00a0pragmatique transculturelle\u00a0\u00bb du geste, consistant \u00e0 \u00ab\u00a0\u00e9tudier des valeurs culturelles et \u00e0 \u00e9tablir des reflets au niveau des normes communicatives et\/ou des mots cl\u00e9s [ou gestes cl\u00e9s]\u00a0\u00bb (Peeters, <em>ibid<\/em>., paragr.\u00a034), r\u00e9sident en grande partie dans cette consid\u00e9ration. Car, \u00ab\u00a0vous \u00eates class\u00e9 par un geste que vous faites, on vous attribue une appartenance sur l\u2019\u00e9chiquier social, une position dans l\u2019\u00e9chelle. On inf\u00e8re du geste \u00e0 l\u2019auteur du geste. Dis-moi quels gestes tu fais (dans quelles circonstances, o\u00f9, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de qui, etc.) et je te dirai qui tu es\u00a0\u00bb (Porcher, <em>ibid<\/em>., p.\u00a028).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019investigation rationnelle de l\u2019identit\u00e9 des participant-e-s des ISC ne peut pas prendre en compte tous les segments corporels. Ceci \u00e9tant, nous ne retenons que, dans le parcours tripartite ci-dessous, la main donneuse de la compensation et le regard indicateur du d\u00e9roulement d\u2019une activit\u00e9 ill\u00e9gale.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">a) Que nous apprennent les gestes du regard (et de la main) du corrupteur et de son co-parleur lorsqu\u2019ils sont en pleine n\u00e9gociation de la transgression dans les espaces ouverts et clos? Avant de r\u00e9pondre \u00e0 cette question centrale, il est important de transiter par les questions (b) et (c).<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">b) \u00c0 quel moment de l\u2019interaction la gesticulation de la t\u00eate \u2013 organe porteur des yeux \u2013 et de la main (segment donneur ou receveur de la compensation mat\u00e9rielle) commence-t-elle chez ces deux participants? La reformulation possible de cette question serait la suivante\u00a0: qu\u2019est-ce qui, dans le flux verbal et dans l\u2019attitude gestuelle du co-parleur, motive ces mouvements? La motivation \u00e0 laquelle nous faisons allusion est psychologique. Elle renvoie en quelque sorte au stimulus. Elle n\u2019est donc pas \u00e0 prendre au sens s\u00e9miologique (Calbris, 1990) puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas de faire une analogie entre l\u2019aspect physique et la signification du geste<a class=\"footnote\" title=\"Exemple\u00a0: lorsque l\u2019index vrille la tempe pour signifier \u00ab\u00a0il est fou\u00a0\u00bb, on dit de la t\u00eate qu\u2019elle est la motivation de ce geste puisqu\u2019elle est consid\u00e9r\u00e9e comme le si\u00e8ge de la raison.\" id=\"return-footnote-493-8\" href=\"#footnote-493-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;text-align: justify\">c) Que regardent le gesteur corrupteur et son co-parleur? L\u2019examen du cadre spatial sera sous-jacent \u00e0 cette interrogation si ceux-ci regardent autour d\u2019eux. Si le regard est port\u00e9 cependant sur l\u2019interlocuteur, c\u2019est plut\u00f4t la dimension interlocutive qui sera concern\u00e9e. Dans tous les cas, ces trois questions motrices permettront de d\u00e9gager les effets de sens en s\u2019arc-boutant sur les deux coverbaux que nous avons retenus.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La relation \u00ab\u00a0(Y \u0336\u00a0\u00a0 \u0336 &gt;) X \u2192 Z\u00a0\u00bb dans les ISC\u00a0: donner la compensation<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le but de cette section est d\u2019\u00e9tudier les conditions d\u2019\u00e9mergence du geste consistant \u00e0 donner la compensation repr\u00e9sent\u00e9e par la relation \u00ab (Y \u0336\u00a0\u00a0 \u0336 &gt;) X \u2192 Z \u00bb. \u00c0 cet effet, le rapport des partenaires de l\u2019ISC \u00e0 la compensation Z s\u2019av\u00e8re fondamental dans la d\u00e9termination de leur identit\u00e9. En fait, le corrupteur X est le participant qui se propose d\u2019acheter un service. Quelquefois, la d\u00e9cision de corrompre n\u2019est prise qu\u2019apr\u00e8s des signaux que celui-ci ou celle-l\u00e0 per\u00e7oit ou semble avoir per\u00e7u dans le champ interdiscursif de l\u2019ISC. Si le signe interpr\u00e9t\u00e9 par le corrupteur ou la corruptrice correspond effectivement \u00e0 l\u2019intention de son co-parleur, alors ce dernier devient un instigateur qui, apr\u00e8s le pacte de corruption, passera de la cat\u00e9gorie \u00ab instigateur \u00bb (Y instigateur) \u00e0 celle de \u00ab corrompu \u00bb (Y corrompu). L\u2019acte de corruption est alors communiqu\u00e9 en deux moments. Le premier moment est une pr\u00e9misse \u00e0 l\u2019\u00e9change de la compensation qu\u2019on traduit par la relation Y\u00a0 \u0336\u00a0 \u0336 &gt; X. Le second, quant \u00e0 lui, \u00e9quivaut \u00e0 la transaction \u00e0 proprement parler : X \u2192 Z \u2192 Y. Ce changement cat\u00e9goriel est une transcat\u00e9gorisation, op\u00e9ration qui est d\u00e9velopp\u00e9e dans Tio Babena (2018, p. 6). Par ailleurs, lorsque l\u2019interpr\u00e9tation du signal est erron\u00e9e, la communication de la PC conna\u00eet un \u00e9chec \u2013 compris dans le sens du refus. Dans ce cas, l\u2019interlocuteur du corrupteur, qui n\u2019est alors qu\u2019un non-corrompu (Y non corrompu), peut refuser sans d\u00e9tour la proposition qui lui est faite. En tout \u00e9tat de cause, l\u2019attitude des participant-e-s pendant la n\u00e9gociation est soumise aux contraintes du <span style=\"font-size: 1em\">cadre spatio-participatif\u00a0 tel qu\u2019indiqu\u00e9 par le graphe conceptuel ci-dessous (figure 1)<\/span><a class=\"footnote\" title=\"Voir les conventions en annexe.\" id=\"return-footnote-493-9\" href=\"#footnote-493-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a><span style=\"font-size: 1em\">.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_524\" aria-describedby=\"caption-attachment-524\" style=\"width: 972px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-524 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"972\" height=\"323\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena.jpg 972w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena-300x100.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena-768x255.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena-65x22.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena-225x75.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Figure-1_Babena-350x116.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 972px) 100vw, 972px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-524\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1. N\u00e9gociation et construction des identit\u00e9s dans les ISC<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-525 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"1235\" height=\"255\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena.jpg 1235w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena-300x62.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena-1024x211.jpg 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena-768x159.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena-65x13.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena-225x46.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription_Babena-350x72.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 1235px) 100vw, 1235px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, il convient de distinguer deux cas de figure dans la n\u00e9gociation de la transgression\u00a0: (1) l\u2019ISC peut se d\u00e9rouler dans un cadre spatial ouvert aux intrus-es l\u00e9gitim\u00e9-e-s (overhearers), c\u2019est-\u00e0-dire que ceux-ci ou celles-ci sont connu-e-s des partenaires de l\u2019ISC, ou aux \u00e9pieurs ou \u00e9pieuses (eavesdroppers) dont la caract\u00e9ristique est que les n\u00e9gociateurs ou n\u00e9gociatrices ignorent leur pr\u00e9sence; (2) le cadre spatial offre une s\u00e9curit\u00e9 relative \u00e0 la n\u00e9gociation et l\u2019on pr\u00e9supposera que les partenaires engag\u00e9-e-s se font <em>mutuellement<\/em> confiance. Pour des participant-e-s n\u2019ayant jamais collabor\u00e9 dans le cadre d\u2019une ISC, une observation attentive du mat\u00e9riau filmique am\u00e8ne d\u2019embl\u00e9e \u00e0 constater que la\u00a0 d\u00e9cision de proposer la compensation \u2013 que l\u2019on soit dans la situation 1 ou 2 \u2013 na\u00eet de la difficult\u00e9 \u00e0 satisfaire une requ\u00eate avec ou sans justification, parfois prestement. La derni\u00e8re motivation est celle de la participante MAY qui voudrait obtenir rapidement un visa pour la France (Kherici, 2013, <em>Paris \u00e0 tout prix<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La r\u00e9ponse 3-4 et l\u2019absence (le refus?) du contact visuel de GUI (voir la transcription verbo-gestuelle 1) ne sont pas forc\u00e9ment \u00e0 prendre comme un appel \u00e0 la corruption quoiqu\u2019elles puissent remplir cette fonction. Cela laisse n\u00e9anmoins penser que le pourvoyeur ou la pourvoyeuse de service a la possibilit\u00e9 d\u2019adopter une attitude capable de faire germer une id\u00e9e transgressive chez le demandeur ou la demandeuse de service. Si la r\u00e9ponse <em>n\u00e9gative<\/em> est effectivement celle d\u2019un instigateur, on peut alors envisager l\u2019hypoth\u00e8se que celui-ci ou celle-l\u00e0 exprime son intention de corruption par des moyens moins implicites. Interrog\u00e9 par le d\u00e9tective priv\u00e9 REY \u2013 sur Kevin Stag, un habitant de l\u2019immeuble dont il est portier \u2013, le participant LEP donne une r\u00e9ponse qui s\u2019inscrit dans ce sillage\u00a0: \u00ab\u00a0=beaucoup de gens posent des questions\/ sur lui\/ je vais pas pouvoir\/ faire grand-chose pour vous (0.9) enfin\/ \u00e7a d\u00e9pend aussi de qui pose les questions\u00a0\u00bb (Straiton, 2012, <em>La Firme S01E17<\/em>). Il est int\u00e9ressant de signaler que LEP jette un regard \u00e0 gauche pendant la pause silencieuse avant d\u2019apporter la nuance qui vise pour l\u2019essentiel \u00e0 sonder l\u2019identit\u00e9 du questionneur. Le silence, exploit\u00e9 \u00e9galement chez Gervais Djimeli Lepka (2007) dans la sc\u00e8ne de contr\u00f4le du taxi de brousse, peut donc \u00eatre le signalement qu\u2019il est temps de <em>faire un geste<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour r\u00e9sumer, l\u2019incapacit\u00e9 de satisfaire une demande, l\u2019absence (ou le refus) du contact visuel avec le co-parleur, les regards lat\u00e9raux et le silence \u2013 parfois pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une r\u00e9ponse insatisfaisante \u2013 sont quelques indices que le corrupteur ou la corruptrice est susceptible d\u2019interpr\u00e9ter comme une motivation \u00ab Y\u00a0 \u0336 \u00a0\u00a0\u0336 &gt; X\u00a0\u00bb \u00e0 poser l\u2019action \u00ab\u00a0X \u2192 Z\u00a0\u00bb. Ce profil comportemental, s\u2019il est conforme aux intentions de leur \u00e9metteur, correspond \u00e0 celui d\u2019un corrompu instigateur. Si les indices verbaux (la r\u00e9ponse insatisfaisante) ou paraverbaux (le silence) sont quelque peu ambigus, la gesticulation du regard produite apr\u00e8s la demande d\u2019un service est, quant \u00e0 elle, un geste d\u2019initi\u00e9-e<a class=\"footnote\" title=\"L\u2019appr\u00e9ciation de ce geste est en \u00e9troite relation avec la notion goffmanienne de \u00ab\u00a0secrets d\u2019initi\u00e9\u00a0\u00bb (Goffman, 1973, p.\u00a0138). Voir Tio Babena (2017) pour une description de leur fonctionnement dans les ISC.\" id=\"return-footnote-493-10\" href=\"#footnote-493-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a> \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il fait\u00a0r\u00e9solument partie du m\u00e9talangage de la corruption en ceci qu\u2019il sugg\u00e8re la PC. L\u2019expression \u00ab\u00a0parle(r) bien\u00a0\u00bb, r\u00e9pertori\u00e9e par Val\u00e8re Nkelzok Komtsindi (2004, p.\u00a0100), en usage au Cameroun dans le jargon de la corruption, pourrait bien \u00eatre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 rempla\u00e7ant ce regard. Dans le fran\u00e7ais standard, puisque le geste rempla\u00e7ant un \u00e9nonc\u00e9 est une invite faite \u00e0 l\u2019interlocuteur \u00e0 partager la \u00ab\u00a0m\u00eame langue\u00a0\u00bb (Calbris, 1985, p.\u00a067), il est plus probant de dire que le regard de LEP remplace d\u2019une certaine mani\u00e8re l\u2019expression \u00ab\u00a0suivre le regard de quelqu\u2019un\u00a0\u00bb (Calbris, <em>ibid<\/em>.). Le film <em>Playback<\/em> comporte un exemple explicite d\u2019un trope, se rapportant \u00e0 la langue, qui insinue la communication de la PC\u00a0: le participant MIC (barman) produit un \u00e9nonc\u00e9 laissant penser qu\u2019il ne saurait satisfaire POR, lequel est imm\u00e9diatement suivi d\u2019un trope\u00a0 signalant une intention de corruption (lignes 3-4).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-526\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"1241\" height=\"288\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena.jpg 1241w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena-300x70.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena-1024x238.jpg 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena-768x178.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena-65x15.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena-225x52.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription2_Babena-350x81.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 1241px) 100vw, 1241px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Venons-en \u00e0 la relation \u00ab\u00a0X \u2192 Z\u00a0\u00bb qui, comme il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9 en amont, est d\u00e9finie par les param\u00e8tres de la situation 1 ou 2. Dans les espaces ouverts, les corrupteurs v\u00e9rifient d\u2019abord la s\u00fbret\u00e9 du cadre spatio-participatif avant de proposer les billets de banque ou d\u2019\u00e9noncer leur demande de corruption. Les regards de sentinelle pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019\u00e9nonciation de l\u2019acte de corruption (ou la passation de la compensation) font donc partie des traits distinctifs de ce type de participant comme l\u2019illustre la gestualit\u00e9 de MAY face \u00e0 GUI (illustration 1). La m\u00eame attitude gestuelle est adopt\u00e9e par les corrupteurs GIL \u2013 qui voudrait proposer \u00e0 son patron de couvrir ses transactions bancaires frauduleuses (illustration 2) \u2013 et REY (illustration 3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-527 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription3_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"716\" height=\"460\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription3_Babena.jpg 716w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription3_Babena-300x193.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription3_Babena-65x42.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription3_Babena-225x145.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription3_Babena-350x225.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 716px) 100vw, 716px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de la transgression appara\u00eet ainsi comme le principal \u00e9l\u00e9ment qui incite les participant-e-s corrupteurs ou corruptrices \u00e0 v\u00e9rifier le cadre situationnel. Cependant, l\u2019on ne saurait conf\u00e9rer la valeur de contr\u00f4le aux regards du corrupteur ou de la corruptrice r\u00e9alis\u00e9s dans les espaces clos. Pour ce-tte participant-e, il n\u2019est plus question de veiller \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019environnement spatio-participatif, mais d\u2019afficher une certaine g\u00eane pour signifier probablement qu\u2019il est d\u00e9sol\u00e9 de devoir en arriver \u00e0 ce niveau. En outre, l\u2019on peut soup\u00e7onner que le d\u00e9tour du regard est une mani\u00e8re d\u2019att\u00e9nuer la menace que constitue par exemple une compensation qui n\u2019a ni \u00e9t\u00e9 demand\u00e9e explicitement ni appel\u00e9e par quelque signal. Ces deux explications s\u2019appliquent par exemple au regard d\u00e9tourn\u00e9 de la sc\u00e8ne de l\u2019inscription au coll\u00e8ge dans le film d\u2019Olivier Megaton (2011, <em>Colombiana<\/em>). Par ce geste, le gangster \u00c9milio (EMI) exprime, peut-on penser, son malaise vis-\u00e0-vis de la principale (PRI) du coll\u00e8ge et de sa ni\u00e8ce Cataleya qu\u2019il tente d\u2019inscrire par des proc\u00e9d\u00e9s anti-normatifs (illustration 4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-528 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription4_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"712\" height=\"244\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription4_Babena.jpg 712w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription4_Babena-300x103.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription4_Babena-65x22.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription4_Babena-225x77.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription4_Babena-350x120.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 712px) 100vw, 712px\" \/><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les relations \u00ab\u00a0Z \u2192 Y\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Z &#8212; Y\u00a0\u00bb dans les ISC\u00a0: r\u00e9ception de la compensation<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les relations \u00ab\u00a0Z \u2192 Y\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Z &#8212; Y\u00a0\u00bb \u00e9quivalent \u00e0 deux attitudes distinctes \u2013 vis-\u00e0-vis de Z \u2013 du co-n\u00e9gociateur du corrupteur, donc \u00e0 deux identit\u00e9s. La premi\u00e8re indique que ce co-participant accepte la compensation tandis que la seconde traduit plut\u00f4t l\u2019\u00e9chec de la ratification du pacte de corruption. De la premi\u00e8re \u00e0 la seconde situation, la coh\u00e9rence dans l\u2019attitude comportementale est un fait constant dans le mat\u00e9riau filmique. Autrement dit, pour une premi\u00e8re collaboration dans une ISC, l\u2019empreinte gestuelle d\u2019un participant Y corrompu et d\u2019un Y non corrompu, qu\u2019ils soient dans des cadres ouvert ou clos, r\u00e9v\u00e8le respectivement une certaine suspicion et un d\u00e9tachement de Z.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La relation \u00ab\u00a0Z \u2192 Y\u00a0\u00bb donne \u00e0 voir une intersynchronisation comportementale en situation de face-\u00e0-face (voir le tableau 1). Avant de prendre la compensation, le co-parleur du corrupteur n\u2019est alors qu\u2019un potentiel corrompu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il marque symboliquement son accord pour le projet de transgression qui lui est propos\u00e9. Entre la proposition de Z et le geste physique d\u2019acceptation, il s\u2019\u00e9coule g\u00e9n\u00e9ralement un laps de temps durant lequel on supposera que le pourvoyeur ou la pourvoyeuse de service analyse les contours du deal et de la situation. L\u2019intervalle de temps situ\u00e9 entre le rel\u00e8vement de t\u00eate (illustration 1, img. 1c) et le sourire de GUI (illustration 5, img. 5b) correspond \u00e0 cette \u00e9tape. La passation de Z par le corrupteur MAY est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un regard de sentinelle et accompagn\u00e9e d\u2019un sourire tout comme sa r\u00e9ception par le corrompu GUI<a class=\"footnote\" title=\"Voir l\u2019illustration 5 et l\u2019analyse qui est associ\u00e9e (cf. tableau 1).\" id=\"return-footnote-493-11\" href=\"#footnote-493-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>. Lorsque le corrupteur feint la g\u00eane, le corrompu r\u00e9pond \u00e9galement par la g\u00eane (Colombiana, img. 4c et img. 7); s\u2019il glisse le billet dans le dossier de son v\u00e9hicule, le corrompu doit le prendre discr\u00e8tement (<em>Clandos<\/em>\u00a0: illustration 6); si les deux partenaires se passent la compensation en pleine rue, ils doivent s\u2019assurer qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 vus (<em>The four state<\/em>, illustration 8). D\u00e9cid\u00e9ment, la discr\u00e9tion est une r\u00e8gle d\u2019or \u00e0 observer dans les pratiques corruptives. Le participant MIC (illustration 9) du film <em>Payback<\/em> de Brian Hegeland ne manque pas de le rappeler \u00e0 POR qui a pos\u00e9 ostensiblement des dollars sur le comptoir : \u00ab\u00a0d\u2019ordinaire\/ ces affaires se traitent avec\/ plus de discr\u00e9tion\\ \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Cf. ligne 5 de la transcription s\u00e9lective ci-dessus.\" id=\"return-footnote-493-12\" href=\"#footnote-493-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019effet de discr\u00e9tion mis en exergue par la gestualit\u00e9 est la preuve tangible que les valeurs de l\u2019\u00e9quipe corrupteur\/corrompu sont oppos\u00e9es au syst\u00e8me de valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle a lieu cette repr\u00e9sentation. La remarque du participant MIC ent\u00e9rine l\u2019id\u00e9e d\u2019un code gestuel par lequel la d\u00e9finition des identit\u00e9s participatives op\u00e8re. Tout geste indiscret aurait, par cons\u00e9quent, un impact n\u00e9gatif sur le cours ou l\u2019issue de la n\u00e9gociation, car, comme l\u2019\u00e9crit Porcher (1989, p.\u00a029), \u00ab\u00a0Un groupe d\u2019appartenance a tendance \u00e0 consid\u00e9rer sa propre gestualit\u00e9 comme la gestualit\u00e9 normale, c\u2019est-\u00e0-dire comme la norme de toute gestualit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-529 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription5_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"744\" height=\"442\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription5_Babena.jpg 744w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription5_Babena-300x178.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription5_Babena-65x39.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription5_Babena-225x134.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription5_Babena-350x208.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 744px) 100vw, 744px\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_533\" aria-describedby=\"caption-attachment-533\" style=\"width: 759px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-533 size-full\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Tableau-1_Babena-1.jpg\" alt=\"\" width=\"759\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Tableau-1_Babena-1.jpg 759w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Tableau-1_Babena-1-300x178.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Tableau-1_Babena-1-65x39.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Tableau-1_Babena-1-225x133.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Tableau-1_Babena-1-350x208.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 759px) 100vw, 759px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-533\" class=\"wp-caption-text\">Tableau 1. Synchronisation comportementale du couple corrupteur\/corrompu<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">La distinction discr\u00e9tion <em>vs<\/em> indiscr\u00e9tion est par ailleurs un point de d\u00e9part fructueux pour dresser l\u2019identit\u00e9 gestuelle du participant Y non corrompu dans la relation \u00ab\u00a0Z &#8212; Y\u00a0\u00bb. En effet, le comportement du non corrompu est conforme au syst\u00e8me de valeurs de r\u00e9f\u00e9rence. Il n\u2019a, comme on dirait, rien \u00e0 cacher et son regard est soit frontal lorsqu\u2019il assure une fonction phatique, soit l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9vi\u00e9 lorsqu\u2019il est pris dans le rythme de la parole. Il n\u2019est pas exclu que la mimique de celui-ci trahisse une certaine g\u00eane (c\u2019est un cas absent dans notre corpus), mais il y a fort \u00e0 estimer que cette attitude diff\u00e9rera de celle d\u2019un corrompu, tout au moins au niveau du contenu du dire. Les regards de sentinelle sont donc quasi absents puisqu\u2019il n\u2019est pas m\u00fb par une intention corruptive. Au contraire, il cherche \u00e0 d\u00e9voiler ce qui est dissimul\u00e9. L\u2019ISC que nous avons extraite du film <em>Inhale<\/em> illustre parfaitement cette propension \u00e0 l\u2019indiscr\u00e9tion. Rendu au Mexique pour une transplantation ill\u00e9gale d\u2019un rein \u00e0 sa fille malade, le participant PAU tente de soudoyer une r\u00e9ceptionniste (REC) du Centre M\u00e9dico Especialidades \u2013 en lui filant un bout de papier contenant un billet de banque \u2013 afin d\u2019obtenir le num\u00e9ro d\u2019un certain Dr Navarro. REC va tout simplement garder le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone et remettre le billet \u00e0 son propri\u00e9taire (illustration 10). Un autre exemple qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre cit\u00e9 est la suite logique de la s\u00e9quence de demande du visa (<em>Paris \u00e0 tout prix<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, apr\u00e8s moult justifications infructueuses pour le renouvellement de son visa, MAY voit en le refus du consul de France au Maroc (CON) une invitation \u00e0 payer le service demand\u00e9. Face au matabiche, la r\u00e9action de CON est sans \u00e9quivoque\u00a0: le visage renfrogn\u00e9 et \u00e9berlu\u00e9 (illustration 11, img. 11c &amp; 11d) met en \u00e9vidence son \u00e9tonnement et son d\u00e9tachement vis-\u00e0-vis des valeurs de son co-parleur. En rapprochant le comportement de CON de celui de REC de la s\u00e9quence \u00ab\u00a0Inhale\u00a0\u00bb, l\u2019on ne peut que conclure que les r\u00e9alisateurs font de l\u2019intransigeance un trait de caract\u00e8re fondamental de l\u2019<em>homme int\u00e8gre<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-531 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription6_Babena.jpg\" alt=\"\" width=\"667\" height=\"389\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription6_Babena.jpg 667w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription6_Babena-300x175.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription6_Babena-65x38.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription6_Babena-225x131.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2022\/11\/Trancription6_Babena-350x204.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px\" \/><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Une approche (trans)culturelle d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne tel que la corruption commande qu\u2019il soit appr\u00e9hend\u00e9 comme un fait social, donc comme un fait langagier. Les pratiques corruptives sont certes marqu\u00e9es par des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles, mais elles doivent principalement leur universalit\u00e9 au fait qu\u2019elles s\u2019opposent \u00e0 un syst\u00e8me de valeurs qui les condamnent. Le d\u00e9veloppement ci-dessus visait \u00e0 sonder l\u2019expression gestuelle de cette conscience de la transgression dans le mat\u00e9riau filmique. Il a concr\u00e8tement \u00e9t\u00e9 question d\u2019investiguer comparativement l\u2019imaginaire artistique au travers des repr\u00e9sentations filmiques d\u2019aires et de sensibilit\u00e9s artistico-culturelles diff\u00e9rentes. Le recours \u00e0 ce type de donn\u00e9es se justifie par des raisons juridico-d\u00e9ontologiques qui fragilisent tout projet visant \u00e0 mener une v\u00e9ritable activit\u00e9 de terrain. Le film appara\u00eet cons\u00e9quemment comme une carte donnant acc\u00e8s \u00e0 la connaissance du territoire. Pour en saisir les cl\u00e9s de lecture, il a fallu pr\u00e9ciser les contours de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la culture de la corruption. C\u2019est \u00e0 partir de cette base qu\u2019il devient possible de prolonger la r\u00e9flexion sur les terrains du transculturel. En d\u00e9pit de la diversit\u00e9 des cultures et regards, le corps se veut un int\u00e9grant essentiel de la mise en sc\u00e8ne du langage de la corruption. Il participe, \u00e0 sa mani\u00e8re, \u00e0 la d\u00e9termination des identit\u00e9s participatives dans les interactions en situation de corruption. Face \u00e0 la compensation mat\u00e9rielle, les participants d\u2019une ISC se d\u00e9finissent et affirment ainsi leur penchant pour (ou leur d\u00e9tachement) des valeurs anti-normatives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La corruption est ill\u00e9gale et les personnes qui la pratiquent veulent se soustraire au regard social; par cons\u00e9quent, les participants gesticulent pour v\u00e9rifier qu\u2019ils ne sont pas vus. Les descriptions des s\u00e9quences filmiques, que nous avons faites dans les deux derni\u00e8res articulations, r\u00e9v\u00e8lent que la pens\u00e9e corruptrice peut \u00eatre sugg\u00e9r\u00e9e par l\u2019insatisfaction d\u2019une requ\u00eate, l\u2019absence ou le refus de consid\u00e9rer le demandeur ou la demandeuse de service, les regards lat\u00e9raux ou le silence. En situation de communication, cette attitude correspond \u00e0 celle de l\u2019instigateur qui deviendra un corrompu si la transaction aboutit \u00e0 la signature d\u2019un pacte de corruption. Le comportement de celui-ci, de m\u00eame que celui du corrupteur, est tributaire de la constitution de l\u2019environnement spatio-participatif. Dans les espaces ouverts aux intrus-es, l\u2019on note une intense activit\u00e9 du regard. Les gestes sont discrets et la violation de cette r\u00e8gle a un effet n\u00e9gatif sur le d\u00e9roulement de l\u2019ISC. Soustraits aux intrusions spatiales, le corrupteur et le corrompu n\u2019effectuent pas de gesticulation lat\u00e9rale, sauf s\u2019ils veulent plut\u00f4t <em>feindre<\/em> la g\u00eane. Ces attitudes sont absentes chez le participant non corrompu. C\u2019est un-e <em>int\u00e8gre<\/em> dont les r\u00e9actions sont d\u00e9pourvues d\u2019h\u00e9sitation\u00a0: le regard est tr\u00e8s souvent frontal; le refus du pacte de corruption et la manipulation de la compensation s\u2019effectuent sans discr\u00e9tion. Une analyse essentiellement centr\u00e9e sur la dimension verbale de la n\u00e9gociation permettrait probablement de renforcer ces r\u00e9sultats en pr\u00e9cisant davantage les positions des participants des ISC dans ce jeu de la r\u00e9gulation.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calbris, Genevi\u00e8ve. 1985. Geste et parole. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>68<\/em>, 66-84.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calbris, Genevi\u00e8ve. 1990. <em>The Semiotics of French Gestures<\/em>, translated by Owen Doyle. Indiana: Indiana University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Calbris, Genevi\u00e8ve et Porcher, Louis. 1989.\u00a0 <em>Geste et communication<\/em>. Paris\u00a0: Hatier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Cartier-Bresson, Jean. 2000. Corruption, lib\u00e9ration et d\u00e9mocratisation. <em>Tiers-Monde<\/em>, <em>161<\/em>, tome 41, 9-22.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Forestal, Chantal. 2008. L\u2019approche transculturelle en didactique des langues-cultures\u00a0: une d\u00e9marche discutable ou qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre discut\u00e9e? <em>\u00c9tudes de linguistique appliqu\u00e9e<\/em>, <em>152<\/em>, 393-410.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gafitescu, Mihaela. 2003. Le discours public sur la corruption en Roumanie. Hypoth\u00e8ses de travail pour une approche pragmatique et conversationnelle. Communication pr\u00e9sent\u00e9e au X\u00e8me colloque bilat\u00e9ral franco-roumain, CIFSIC Universit\u00e9 de Bucarest, 28 juin\u00a0 \u2013 3 juillet. &lt;sic_00000682&gt;.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Goffman, Erving. 1973. <em>La Mise en sc\u00e8ne de la vie quotidienne<\/em>.<em> Pr\u00e9sentation de soi<\/em>, tome 1 (trad. Alain Accardo). Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Gumperz, John. 1989.<em> Engager la conversation. Introduction \u00e0 la sociolinguistique interactionnelle<\/em> (trad. Michel Dartevelle, Martine Gilbert et Isaac Joseph). Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lederer, Marianne. 1994. <em>La Traduction aujourd\u2019hui. Le mod\u00e8le interpr\u00e9tatif<\/em>. Paris\u00a0: Hachette Livre.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lefranc, Yannick. 2008. Discuter librement en FLE-FLS\u00a0: un dispositif transculturel donc politique\u00a0\u00bb, <em>\u00c9tudes de linguistique appliqu\u00e9e<\/em>, <em>152<\/em>, 493-504.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lucchini, Ricardo. 1995. Entre relativisme et universalisme. R\u00e9flexions sociologiques sur la corruption. <em>D\u00e9viance et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>19<\/em>(3), 219-236.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9dard, Jean-Fran\u00e7ois. 1993. De la corruption comme objet d\u2019\u00e9tude. <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, <em>4<\/em>, 690-697.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">M\u00e9tangmo-Tatou, L\u00e9onie. 2001. Lorsque la cola n\u2019est plus le fruit du colatier. Cryptonymie et \u00e9volution diachronique du lexique de la corruption au Cameroun. <em>Le Fran\u00e7ais en Afrique<\/em>, <em>15<\/em>, 169-182.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nkelzok Komtsindi, Val\u00e8re. 2004. <em>La Corruption. Une lecture syst\u00e9mique<\/em>. Chennevi\u00e8res-sur-Marne\u00a0: Diano\u00efa.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCDE. 2006. <em>L\u2019OCDE lutte contre la corruption<\/em>. Paris\u00a0: OCDE Publications.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCDE. 2011. <em>Convention sur la lutte contre la corruption d\u2019agents publics \u00e9trangers dans les transactions commerciales internationales et documents connexes<\/em>. Paris\u00a0: OCDE publications.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">ONU. 2004. <em>Convention des Nations Unies contre la corruption<\/em>. New York\u00a0: Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (Vienne), Nations Unies.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Peeters, Bert. 2003.\u00a0Le transculturel\u00a0: S\u00e9mantique, Pragmatique et Axiologique. <em>La Linguistique<\/em>, <em>39<\/em>(1), en ligne. DOI : <a href=\"http:\/\/dx.doi.org\/10.3917\/ling.391.0119\">10.3917\/ling.391.0119<\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tandia Mouafou, J. J. Rousseau. 2011. Enjeux sociodiscursifs de la corruption au Cameroun. Dans Jean-Beno\u00eet Tsofack et Valentin Feussi (dir.), <em>Langues et discours en contextes urbains au Cameroun. (D\u00e9)constructions \u2013 complexit\u00e9s<\/em> (63-81). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2014. \u00c0 propos des ambigu\u00eft\u00e9s usuelles du verbe <em>corrompre <\/em>et du d\u00e9riv\u00e9 <em>corrompu<\/em>. Dans Jacques Evouna et Louis Martin Ongu\u00e9n\u00e9 Essono (dir.), \u00a0<em>Mosa\u00efques<\/em>. <em>Au c\u0153ur du verbe. Syntaxe, discours et didactique<\/em> (39-49). Paris\u00a0: \u00c9ditions des Archives Contemporaines.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2016. Pens\u00e9e corruptrice\u00a0: guerre des places ou guerre des voix? Dans Ghislaine Rolland-Lozachmeur (dir.), <em>Les Mots en guerre. Les discours pol\u00e9miques\u00a0: aspects s\u00e9mantiques, stylistiques, \u00e9nonciatifs et argumentatifs<\/em> (135-154). Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2017.\u00a0Offense et r\u00e9paration dans la communication de la corruption. Laurentiu B\u0103l\u0103 (dir.), <em>Analyse de discours et d\u2019\u0153uvres \u00e0 la crois\u00e9e des disciplines<\/em> (171-192). Saarbr\u00fccken\u00a0: \u00c9ditions Universitaires Europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2018. Corruption et morale. Penser un mod\u00e8le linguistique holistique. <em>Interstudia<\/em>, <em>23<\/em>, 62-75.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tio Babena, Gilbert Willy. 2021. Ouverture et cl\u00f4ture des interactions en situation de corruption\u00a0: strat\u00e9gies et enjeux dans le r\u00e9el et le fictionnel.<em> Recherches en langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>2<\/em>(3), 261-293.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yuste Fr\u00edas, Jos\u00e9 2014. Interculturalit\u00e9, multiculturalit\u00e9 et transculturalit\u00e9 dans la Traduction et l\u2019Interpr\u00e9tation en Milieu Social. <em>Monograf\u00edas de \u00c7\u00e9dille<\/em>,<em> 4<\/em>, 91-111.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Filmographie<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bitton, G\u00e9rard et Munz, Michel. 2009. <em>Erreur de la banque en votre faveur <\/em>[Fiction]. Charles Gassot et WILD BUNCH.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Djimeli Lepka, Gervais. 2007. <em>Clandos<\/em> [Fiction]. DLG Films.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hegeland, Brian. 1998. <em>Payback<\/em> [Ficiton]. Icon Productions.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kherici, Reem. 2013. <em>Paris \u00e0 tout prix <\/em>[Ficiton]. Mandarin Cin\u00e9ma.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kormahur, Baltasar. 2010. <em>Inhale <\/em>[Ficiton]. 26 Films.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Megaton, Olivier. 2011. <em>Colombiana <\/em>[Ficiton]. EuropaCorp et AJOZ Films.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Straiton, David. 2012. \u00c9pisode 17 de la saison 01 de la s\u00e9rie <em>La Firme <\/em>[Ficiton]. Entertainment One.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><strong>Annexe\u00a0: conventions de transcription<\/strong><\/h2>\n<div style=\"text-align: justify; margin: auto;\">\n<table style=\"width: 785px\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">:<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Allongement d&rsquo;un son<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">:::<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Allongement important d\u2019un son<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">[<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Chevauchement, lorsque deux participants parlent en m\u00eame temps<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">]<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Fin du chevauchement<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">=<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Encha\u00eenement imm\u00e9diat entre deux tours de parole<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">(ASP)<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Aspiration<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">(BAS) \u2026<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Caract\u00e9ristique vocale marquant le d\u00e9but d\u2019un ton tr\u00e8s bas, la fin est marqu\u00e9e par le signe<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">(1.81)<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Pause en seconde, sup\u00e9rieure ou \u00e9gale \u00e0 0.2 seconde<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">(.)<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Micropause, inf\u00e9rieure \u00e0 0.2 seconde<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">A<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">La majuscule indique une emphase tr\u00e8s importante (expression, ton, voix, geste)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">\/<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Intonation l\u00e9g\u00e8rement montante<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">\\<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Intonation l\u00e9g\u00e8rement descendante<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">(<strong><em>geste, attitude, commentaire<\/em><\/strong>)<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Les actes non verbaux et paraverbaux sont not\u00e9s en italiques entre parenth\u00e8ses<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">&gt;&gt;<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">Le geste d\u00e9crit a commenc\u00e9 avant le d\u00e9but de l\u2019extrait<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">\u263a<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">La frimousse repr\u00e9sente la t\u00eate<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 204.965px\">&#8212;&gt;&gt;<\/td>\n<td style=\"width: 550.799px\">continuation du geste jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019extrait<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/gilbert-willy-tio-babena\">Gilbert Willy TIO BABENA<\/a><\/strong><br \/>Enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Maroua et membre du laboratoire Langues, Dynamiques &amp; Usages de l\u2019Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9, Gilbert Willy TIO BABENA est auteur de plusieurs textes. Il anime et coordonne l\u2019activit\u00e9 des revues scientifiques africaines du Grenier des savoirs, la plateforme soutenue par l\u2019Association Science Afrique et les \u00c9ditions science et bien commun.<br \/>\nCourriel : gilbaben@gmail.com<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-493-1\">Organisation de Coop\u00e9ration et de D\u00e9veloppement \u00c9conomique. <a href=\"#return-footnote-493-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-2\">Organisation des Nations Unies. <a href=\"#return-footnote-493-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-3\">Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0donner la cola (un pot-de-vin) pour passer le contr\u00f4le douanier\u00a0\u00bb. <a href=\"#return-footnote-493-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-4\">Les mots \u00ab\u00a0parleur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0destinateur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0destinataire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0locuteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0interlocuteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0gesteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0corrupteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0corrompu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0non-corrompu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0instigateur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0participant\u00a0\u00bb sont employ\u00e9s ici comme des concepts, raison pour laquelle nous ne les f\u00e9miniserons pas pour \u00e9viter des confusions avec le sens courant. <a href=\"#return-footnote-493-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-5\">L\u2019usage qui en est fait n\u2019est pas celui de mise en discours d\u2019un item de la langue. <a href=\"#return-footnote-493-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-6\">Voir la filmographie <em>infra<\/em>. <a href=\"#return-footnote-493-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-7\">Certains films de notre corpus sont des adaptions fran\u00e7aises des versions anglaises. Mais au fond, cela ne pose <em>a priori<\/em> aucun probl\u00e8me puisque le jeu d\u2019acteur ne subit pas d\u2019alt\u00e9ration. Dans la mesure o\u00f9 le geste est consid\u00e9r\u00e9 ici comme un coverbal, nous nous devons n\u00e9anmoins de dire un mot sur la traduction des dialogues. En effet, nous pensons comme Marianne Lederer (1994, p.\u00a0123) que cette op\u00e9ration proc\u00e8de d\u2019un transfert culturel, car \u00ab\u00a0Le traducteur, bilingue, est aussi bi-culturel [\u2026]. Capable de voir le monde \u00e9tranger, il est capable de l\u2019exprimer et de le faire voir \u00e0 ceux qui l\u2019ignorent\u00a0\u00bb. On retrouvera \u00e9galement cette posture chez Jos\u00e9 Yuste Fr\u00edas (2014, p.\u00a096-98). <a href=\"#return-footnote-493-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-8\">Exemple\u00a0: lorsque l\u2019index vrille la tempe pour signifier \u00ab\u00a0il est fou\u00a0\u00bb, on dit de la t\u00eate qu\u2019elle est la motivation de ce geste puisqu\u2019elle est consid\u00e9r\u00e9e comme le si\u00e8ge de la raison. <a href=\"#return-footnote-493-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-9\">Voir les conventions en annexe. <a href=\"#return-footnote-493-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-10\">L\u2019appr\u00e9ciation de ce geste est en \u00e9troite relation avec la notion goffmanienne de \u00ab\u00a0secrets d\u2019initi\u00e9\u00a0\u00bb (Goffman, 1973, p.\u00a0138). Voir Tio Babena (2017) pour une description de leur fonctionnement dans les ISC. <a href=\"#return-footnote-493-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-11\">Voir l\u2019illustration 5 et l\u2019analyse qui est associ\u00e9e (cf. tableau 1). <a href=\"#return-footnote-493-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-493-12\">Cf. ligne 5 de la transcription s\u00e9lective ci-dessus. <a href=\"#return-footnote-493-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":3,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["gilbert-willy-tio-babena"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[305],"license":[],"class_list":["post-493","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","motscles-corruption","motscles-geste","motscles-representation-filmique","motscles-transculturel","keywords-corruption","keywords-filmic-representation","keywords-gesture","keywords-transcultural","contributor-gilbert-willy-tio-babena"],"part":473,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/493","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/493\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":706,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/493\/revisions\/706"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/473"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/493\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=493"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=493"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=493"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=493"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}