{"id":94,"date":"2020-08-28T23:51:09","date_gmt":"2020-08-28T21:51:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/?post_type=chapter&#038;p=94"},"modified":"2023-04-12T13:32:30","modified_gmt":"2023-04-12T11:32:30","slug":"manirambona_et_tunguhore2020","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/texte\/manirambona_et_tunguhore2020\/","title":{"rendered":"De la contribution de l\u2019ironie \u00e0 la construction du monde invers\u00e9 dans le roman de la diaspora africaine contemporaine"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie sert parfois de \u00ab\u00a0costume du dire\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9criture romanesque de la diaspora africaine contemporaine. Il appara\u00eet ainsi comme un des moyens de construction des mondes fictionnels dans lesquels la signification appara\u00eet non pas comme \u00e9tant pr\u00e9alable au texte, mais comme intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019acte de lecture. Nous nous proposons de mettre en exergue le r\u00f4le de cette figure rh\u00e9torique dans la cr\u00e9ation des univers fictionnels invers\u00e9s. Pour y parvenir, nous partons de l\u2019ouvrage <em>Les Figures du discours<\/em> de Pierre Fontanier (2002), pr\u00e9fac\u00e9 par G\u00e9rard Genette qui l\u2019introduit \u00ab\u00a0comme l\u2019aboutissement de la rh\u00e9torique fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (Genette dans Fontanier, 2002, p.\u00a05). Ainsi, dans son sens tropologique, l\u2019ironie \u00ab\u00a0consiste \u00e0 dire par une raillerie, ou plaisante ou s\u00e9rieuse, le contraire de ce qu\u2019on pense, ou de ce qu\u2019on veut faire penser\u00a0\u00bb (Fontanier, 2002, p.\u00a0145-146). Cette d\u00e9finition peut nous servir de base pour comprendre l\u2019univers cr\u00e9\u00e9 par le r\u00e9cit romanesque de la diaspora africaine contemporaine. L\u2019approche postcoloniale[footnote]Selon Jean-Marc Moura le postcolonialisme renvoie, dans son contexte id\u00e9ologique, \u00e0 \u00ab\u00a0des pratiques de lecture et d\u2019\u00e9criture int\u00e9ress\u00e9es par les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination, et plus particuli\u00e8rement par les strat\u00e9gies de mise en \u00e9vidence, d\u2019analyse et d\u2019esquive du fonctionnement binaire des id\u00e9ologies imp\u00e9rialistes\u00a0\u00bb (Moura, 2007, p.\u00a011).[\/footnote] nous permettra d\u2019appr\u00e9hender deux formes d\u2019ironie, \u00e0 savoir l\u2019ironie paradoxale, qui fonctionne comme un instrument de renversement des normes dans la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9, et l\u2019ironie satirique qui \u00ab\u00a0refl\u00e8te les valeurs humaines et vise la d\u00e9faite des gens et des tendances contraires\u00a0\u00bb (Yaari, 1988, p.\u00a059).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie paradoxale<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le paradoxe proc\u00e8de d\u2019un renversement d\u2019une situation consid\u00e9r\u00e9e par l\u2019opinion comme r\u00e9elle. Il joue donc un r\u00f4le crucial dans la construction de la figure rh\u00e9torique de l\u2019ironie. Selon <em>Le Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em>, \u00ab\u00a0le paradoxe prend en \u00e9charpe le discours \u00e9tabli et en d\u00e9signe le caract\u00e8re doxique par le seul fait de le renverser [\u2026]. Le paradoxe est donc un discours contre les faits admis, auxquels il oppose des contrefaits ironiques\u00a0\u00bb (Aron, Saint-Jacques et Viala, 2002, p.\u00a0437). Le paradoxe contribue ainsi \u00e0 la ma\u00eetrise de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 contemporaine par la d\u00e9construction du discours dominant. La raison d\u2019\u00eatre premi\u00e8re de ce proc\u00e9d\u00e9, lorsqu\u2019il est au service de l\u2019ironie, est de se moquer de tout pour changer les situations pr\u00e9sentes. L\u2019ironie paradoxale rejette ou fait donc abstraction de toutes les normes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019architecture d\u2019<em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em> d\u2019Abdourahman Ali Waberi repose sur un renversement de situation o\u00f9\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019Euram\u00e9rique\u00a0\u00bb, longtemps per\u00e7ue par les candidat\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9migration comme un Eldorado, se pr\u00e9sente comme un enfer pour ses populations qui d\u00e9sirent rejoindre la terre promise africaine. Le niveau macrotextuel de ce roman repose ainsi sur ce retournement de situation et touche des r\u00e9alit\u00e9s presque utopiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019inversion de la r\u00e9alit\u00e9 est donc au c\u0153ur des proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques utilis\u00e9s par Waberi dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>. En effet, lorsqu\u2019Abdourahman Waberi \u00e9crit ce roman, il n\u2019ignore ni la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 migratoire ni le sens de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Le paradoxe, dans cette \u0153uvre, consiste ainsi au renversement des deux univers de croyance. Ce roman rel\u00e8ve donc du paradoxe tel que mis en exergue par Yves Barel, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0\u00ab\u00a0un raisonnement parvenant \u00e0 des r\u00e9sultats notoirement faux ou absurdes, ou bien encore contradictoires entre eux ou avec les pr\u00e9misses du raisonnement, en d\u00e9pit d\u2019une absence r\u00e9elle ou apparente de faute logique dans le raisonnement\u00a0\u00bb (Barel, 1989, p.\u00a020). Ce proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique aboutit \u00e0 une vision absolument ambivalente de l\u2019univers, \u00e0 une sorte de jugement suspendu sur la nature des choses.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>, le paradoxe est d\u00e9j\u00e0 perceptible d\u00e8s le d\u00e9but du roman o\u00f9 le narrateur pr\u00e9sente deux lieux \u2013 l\u2019origine du premier personnage du roman (Zurich) et le si\u00e8ge de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) et en m\u00eame temps destination de ce personnage (Banjul) de fa\u00e7on invers\u00e9e. La posture mis\u00e9rabiliste de Zurich et l\u2019\u00e9loge de Banjul exploitent ce jeu d\u2019inversion paradoxale\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il [Yacouba] est n\u00e9 dans une insalubre favela des environs de Zurich, o\u00f9 la mortalit\u00e9 infantile et le taux de pr\u00e9valence du virus du sida restent parmi les plus \u00e9lev\u00e9s selon les \u00e9tudes de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9, install\u00e9e, comme chacun le sait, chez nous, dans la bonne et paisible ville de Banjul. Elle accueille \u00e9galement la cr\u00e8me de la diplomatie internationale cens\u00e9e d\u00e9cider du sort de millions de r\u00e9fugi\u00e9s caucasiens d\u2019ethnies diverses et vari\u00e9es (autrichienne, canadienne, am\u00e9ricaine, norv\u00e9gienne, belge, bulgare, britannique, islandaise, hongroise, su\u00e9doise [\u2026]), sans mot dire des boat people squelettiques de la M\u00e9diterran\u00e9e septentrionale qui n\u2019en peuvent plus de zigzaguer devant les mortiers et les missiles ent\u00e9n\u00e9brant des infortun\u00e9es terres d\u2019Euram\u00e9rique (Waberi, 2006, p.\u00a012).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\nSi on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la th\u00e9orie des \u00ab\u00a0univers\u00a0\u00bb dans le discours paradoxal de Mariane Tutescu (1966, p.\u00a080), ce jeu paradoxal peut \u00eatre ainsi sch\u00e9matis\u00e9\u00a0dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>\u00a0:\r\n\r\n<img class=\"size-full wp-image-125 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix.jpg\" alt=\"\" width=\"791\" height=\"233\" \/>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les fl\u00e8ches horizontales repr\u00e9sentent l\u2019univers irr\u00e9el ou contrefactuel d\u00e9crit dans le roman de Waberi et l\u2019ironie tandis que les fl\u00e8ches diagonales repr\u00e9sentent les situations r\u00e9elles ou potentielles qui ont \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9es dans la description. Les fl\u00e8ches diagonales renvoient donc \u00e0 la pens\u00e9e commune v\u00e9hicul\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9 migratoire que l\u2019\u00e9crivain djiboutien, lui-m\u00eame migrant, n\u2019ignore pas.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la perspective de ce sch\u00e9ma, Banjul et Zurich peuvent \u00eatre invers\u00e9s pour correspondre \u00e0 la description r\u00e9elle ou potentielle des lieux et ainsi d\u00e9truire cette ironie paradoxale de Waberi. Au terme de cette d\u00e9construction du jeu paradoxal de l\u2019ironie, tous les malheurs que le narrateur attribue \u00e0 la Suisse, et par del\u00e0, \u00e0 l\u2019Occident tout entier \u2013 la pand\u00e9mie du sida, les guerres et l\u2019\u00e9migration \u2013 sont subis par la population africaine. Inversement, l\u2019\u00e9loge de Banjul ne peut \u00eatre fait que de Zurich, si l\u2019on admet les raisons de celui-ci.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au demeurant, plusieurs s\u00e9quences d\u2019<em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em> de Waberi suivent ce sch\u00e9ma de la repr\u00e9sentation sym\u00e9trique. C\u2019est notamment le cas pour le micro-r\u00e9cit qui se passe en \u00c9rythr\u00e9e et qui raconte le destin de la jeune fille, Maya, peintre et sculptrice de son m\u00e9tier. N\u00e9e en Normandie et recueillie par un m\u00e9decin noir alors en mission humanitaire, Maya est \u00e9lev\u00e9e dans une Afrique dont elle adopte la mentalit\u00e9 et les valeurs<strong>, <\/strong>tout en sachant qu\u2019elle est diff\u00e9rente de ses concitoyen\u00b7ne\u00b7s. D\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire, en effet, Maya est victime d\u2019un certain ostracisme. On la traite de \u00ab\u00a0Face exotique\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0Face de lait\u00a0\u00bb, ou encore de \u00ab\u00a0Lait caill\u00e9\u00a0<strong>\u00bb.<\/strong> On aura compris qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une image renvers\u00e9e de la discrimination subie par les Noirs et particuli\u00e8rement les migrant\u00b7e\u00b7s dans les pays occidentaux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00ab\u00a0\u00c9tats-Unis d\u2019Afrique\u00a0\u00bb sont, par ailleurs, devenus, dans le r\u00e9cit de Waberi, la premi\u00e8re puissance de la terre. C\u2019est l\u00e0 que se retrouvent les exil\u00e9s de toutes provenances, fuyant la mis\u00e8re et les luttes qui opposent entre elles les nations d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique. La situation qui pr\u00e9vaut en Am\u00e9rique, notamment, est alarmante m\u00eame si le porte-parole des \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique garde toujours l\u2019espoir du retour \u00e0 la paix\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] il s\u2019est montr\u00e9 relativement optimiste \u00e0 propos de la signature d\u2019un cessez-le-feu dans la r\u00e9gion du Midwest et au Qu\u00e9bec, o\u00f9 les chefs de guerre francophones ont r\u00e9it\u00e9r\u00e9 leur volont\u00e9 d\u2019en d\u00e9coudre avec les incontr\u00f4lables milices anglophones dans la r\u00e9gion de Hull, toute proche de l\u2019ancienne capitale Ottawa plac\u00e9e, elle, sous couvre-feu, et prot\u00e9g\u00e9e par des Casques bleus nig\u00e9rians, chypriotes, zimbabw\u00e9ens, malawites et bangladeshis (Waberi, 2006, p.\u00a019).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">On apprend, par ailleurs, que \u00ab\u00a0ce qui reste du Canada\u00a0\u00bb (Waberi, 2006, p.\u00a019) est d\u00e9sormais gouvern\u00e9 par un aborig\u00e8ne du nom de William Neville Attagag. Ce dernier \u00ab\u00a0<em>a violemment rejet\u00e9 le terme d\u2019apartheid utilis\u00e9 par une certaine presse ignorant tout des conditions de vie des Blancs dans le Canada de ses anc\u00eatres\u00a0\u00bb <\/em>(Waberi, <em>ibid<\/em>.)<em>. <\/em>Ces quelques extraits donnent une id\u00e9e du ton du roman, \u00e0 la fois ironique, accusateur et paradoxal. Ce ton est mis en jeu par Waberi pour produire, par le biais d\u2019un miroir d\u00e9formant et invers\u00e9, une critique acerbe de la civilisation contemporaine.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Waberi excelle dans cette manipulation s\u00e9mantique plus particuli\u00e8rement dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>. Lui qui vit en France, croit-il \u00e0 ses propos lorsqu\u2019il dit de cette soci\u00e9t\u00e9 occidentale\u00a0: \u00ab\u00a0Seul l\u2019oiseau vit de sa plume, pas les hommes d\u00e9pourvus de plumage et surtout pas l\u2019artiste qui fait son miel avec des bouts de chandelle et des bouts de ficelle\u00a0\u00bb (Waberi, 2006, p.\u00a0163)? Selon le sch\u00e9ma de l\u2019ironie paradoxale, cette critique s\u2019applique uniquement \u00e0 certaines soci\u00e9t\u00e9s africaines o\u00f9 les artistes et particuli\u00e8rement les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s ne peuvent pas vivre de leur m\u00e9tier. Ceci est essentiellement d\u00fb aux probl\u00e8mes divers, c\u2019est-\u00e0-dire au manque d\u2019\u00e9ditions prestigieuses entre autres, mais surtout \u00e0 la pauvret\u00e9 de leur public de \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb qui dispose parfois de peu de moyens financiers qui ne lui permettent pas de se procurer un livre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit tenu sur la France et sa capitale Paris \u2013 par le \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0Paysan\u00a0\u00bb, dans <em>Bleu-blanc-rouge<\/em> d\u2019Alain Mabanckou, l\u2019Homme de Barb\u00e8s et Nd\u00e9tare (l\u2019instituteur) dans <em>Le Ventre de l\u2019Atlantique<\/em> de Fatou Diome \u2013 s\u2019inscrit aussi dans le jeu paradoxal de l\u2019ironie. En effet, ces deux r\u00e9cits qu\u2019ils tiennent sur la Ville-Lumi\u00e8re sont aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre. Ainsi, Moki, le Parisien de Mabanckou, dit\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">venez en France, vous verrez, il y a tout, vous serez combl\u00e9s, vous n\u2019en croirez pas vos yeux, la ville est belle, il y a plein de petits boulots, ne g\u00e2chez pas votre temps au pays, l\u2019\u00e2ge ne vous attendra pas, venez, venez, il y a des appartements, si vous \u00eates feignants, les allocations vous seront vers\u00e9es, venez, venez, un jour vous aurez la m\u00eame Mercedes que les membres du gouvernement\u00a0(Mabanckou, 1998, p.\u00a091).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ces propos que Mabanckou pr\u00eate au \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb rejoint les propos de l\u2019Homme de Barb\u00e8s qui cristallisent, dans <em>Le Ventre de l\u2019Atlantique<\/em> de Fatou Diome, les r\u00eaves de jeunes candidat\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9migration. L\u2019extrait du discours de l\u2019Homme de Barb\u00e8s en dit long\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Bien s\u00fbr, ils ont toutes sortes de boissons pour accompagner leurs repas. Et tout le monde vit bien. Il n\u2019y a pas de pauvres, car m\u00eame \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas de travail l\u2019\u00c9tat paie un salaire\u00a0: ils appellent \u00e7a RMI, le revenu minimum d\u2019insertion. Tu passes la journ\u00e9e \u00e0 b\u00e2iller devant ta t\u00e9l\u00e9, et on te file le revenu maximum d\u2019un ing\u00e9nieur de chez nous (Diome, 2003, p.\u00a086).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expos\u00e9 de Nd\u00e9tare, l\u2019instituteur qui r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9alit\u00e9 sur la vie en France, est contraire \u00e0 ces \u00e9nonc\u00e9s du \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb et de l\u2019Homme de Barb\u00e8s. En s\u2019appuyant sur le cas du personnage de Moussa, un football recrut\u00e9 par le s\u00e9lectionneur Jean-Charles Sauveur pour le compte d\u2019un club fran\u00e7ais, Nd\u00e9tare est tranchant. Moussa n\u2019a pas non seulement enregistr\u00e9 des progr\u00e8s, mais il a connu des malheurs de toute sorte tels que le racisme, la prison et l\u2019expulsion dont les s\u00e9quelles sont en r\u00e9alit\u00e9 les causes de sa mort. Les propos de Nd\u00e9tare r\u00e9v\u00e8lent la violation du droit le plus \u00e9l\u00e9mentaire, celui de manger, m\u00eame pour un prisonnier, dans le \u00ab\u00a0pays des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019id\u00e9e qu\u2019exprime la narratrice de Fatou Diome\u00a0: \u00ab\u00a0Devant la nourriture infecte que le gardien lui apportait, cette d\u00e9jection de la conscience du pays des droits de l\u2019homme, qu\u2019il appelait mouriture, il en arrivait \u00e0 regretter la pur\u00e9e \u00e0 la morve servie sur le bateau\u00a0\u00bb (Diome, 2003, p.\u00a0107).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pens\u00e9e de Nd\u00e9tare rejoint la prudence que le \u00ab\u00a0Paysan\u00a0\u00bb de Mabanckou pr\u00eache et les conseils qu\u2019il prodigue aux candidat\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9migration. Le personnage du \u00ab\u00a0Paysan\u00a0\u00bb de <em>Bleu-blanc-rouge<\/em> d\u2019Alain Mabanckou dit\u00a0: \u00ab\u00a0Faites attention, vous errerez dans la ville de Paris comme des balles perdues. Je sais de quoi je parle, n\u2019y allez pas si vous n\u2019avez rien \u00e0 y faire\u00a0\u00bb (Mabanckou, 1998, p.\u00a090).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la th\u00e9orie de Tutescu, ces deux r\u00e9cits \u2013 du Parisien et de l\u2019Homme de Barb\u00e8s \u2013 mat\u00e9rialisent l\u2019ironie paradoxale construite respectivement par Mabanckou et Diome. Ils repr\u00e9sentent l\u2019univers irr\u00e9el, contrefactuel. Ceux du Paysan et de Ndatare correspondent \u00e0 l\u2019univers r\u00e9el ou potentiel et d\u00e9construisent le sch\u00e9ma paradoxal mis au point par l\u2019auteur et l\u2019autrice. L\u2019expression \u00ab\u00a0Paris est un grand gar\u00e7on\u00a0\u00bb (Mabanckou, 1998, p.\u00a097) libell\u00e9 par Moki, le \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb, au terme des pr\u00e9paratifs de Massala-Massala pour partir avec lui, et la mort de Moussa, dans le roman de Fatou Diome, d\u00e9voilent cette ironie paradoxale. Ils mettent en exergue toute l\u2019ironie que le romancier et la romanci\u00e8re ont pr\u00eat\u00e9e au Parisien et \u00e0 l\u2019Homme de Barb\u00e8s. En effet, la r\u00e9alit\u00e9 se trouve dans le renversement des propos du Parisien\u00a0et de l\u2019Homme de Barb\u00e8s chez Mabanckou, du Paysan et de Nd\u00e9tare chez Diome.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Africain psycho<\/em> de Mabanckou r\u00e9v\u00e8le, dans sa conception macrotextuelle, l\u2019itin\u00e9raire d\u2019un criminel rat\u00e9 qui fait baigner le lecteur et la lectrice dans une ironie constante. Celle-ci r\u00e9side notamment dans l\u2019opposition entre le personnage-narrateur du r\u00e9cit, Gr\u00e9goire Nakobomayo et l\u2019idole dont il r\u00eave d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0disciple incontest\u00e9\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2003, p.\u00a0121). Le discours de ce r\u00e9cit est centr\u00e9 sur la d\u00e9nonciation du crime, ce qui fait que Mabanckou, dans son intention de mettre en \u00e9vidence cette ironie paradoxale, con\u00e7oit le personnage de Gr\u00e9goire comme un <em>looser<\/em>, un anti-h\u00e9ros alors que son idole est le \u00ab\u00a0Grand-Ma\u00eetre\u00a0\u00bb comme l\u2019appelle toujours le narrateur.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00ab\u00a0anti-h\u00e9ros\u00a0\u00bb de Mabanckou est orphelin de naissance, enfant \u00ab\u00a0ramass\u00e9\u00a0\u00bb, peu g\u00e2t\u00e9 par la nature alors qu\u2019il aurait aim\u00e9 \u00eatre le digne fils d\u2019Angoualima, le plus c\u00e9l\u00e8bre <em>serial killer<\/em> du pays, dont les m\u00e9faits sont connus jusque dans le pays d\u2019en face. Et il regrette\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019agression que j\u2019avais commise contre le notaire-agent immobilier Fernandes Quiroga datait d\u2019un an, et elle avait vite \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e \u00e0 cause des crimes de plus en plus sadiques et r\u00e9guliers que commettait le Grand-Ma\u00eetre Angualima\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2003, p.\u00a054).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Assassinats rat\u00e9s, attaques minables, vols de vieillards invalides, viols lamentables, etc., ne procurent \u00e0 Gr\u00e9goire Nakobomayo, lui qui est toujours \u00e0 la recherche du crime parfait, qu\u2019une partie de d\u00e9plaisir. Il est donc difficile pour lui d\u2019\u00eatre un tueur comme son Grand-Ma\u00eetre, le roi du meurtre avec d\u00e9lectation. Comme dans les romans pr\u00e9c\u00e9dents, <em>le renversement des r\u00f4les des deux personnage<\/em>s d\u00e9construit l\u2019ironie paradoxale de l\u2019architecture d\u2019<em>African psycho<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le paradoxe se situe, dans <em>Verre Cass\u00e9 <\/em>d\u2019Alain Mabanckou, dans la conception de la p\u00e9rennisation de la m\u00e9moire. En effet, pour le patron du bar <em>Le Cr\u00e9dit a voyag\u00e9<\/em>, l\u2019\u00e9criture est la seule mani\u00e8re de sauver de l\u2019oubli les \u00eatres, les choses et les situations. C\u2019est la raison pour laquelle il confie \u00e0 Verre Cass\u00e9, un ancien instituteur qui passe son temps dans le bar <em>Le Cr\u00e9dit a voyag\u00e9<\/em>, la t\u00e2che d\u2019en \u00e9crire un r\u00e9cit pour qu\u2019il ne disparaisse pas\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] il a r\u00e9pondu qu\u2019il ne voulait pas que <em>Le Cr\u00e9dit a voyag\u00e9<\/em> disparaisse un jour comme \u00e7a, il a ajout\u00e9 que les gens de ce pays n\u2019avaient pas le sens de la conservation de la m\u00e9moire [\u2026], que l\u2019heure \u00e9tait d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9crit parce que c\u2019est ce qui reste, la parole c\u2019est de la fum\u00e9e noire, du pipi de chat sauvage (Mabanckou, 2005, p.\u00a011).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette conception, m\u00eame si elle s\u2019inscrit dans une vision classique de la litt\u00e9rature, s\u2019oppose de mani\u00e8re symbolique \u00e0 la conception longtemps entretenue en Afrique traditionnelle. La parole, sa transmission et sa r\u00e9ception ont eu un statut privil\u00e9gi\u00e9 et ont jou\u00e9 ce r\u00f4le vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale. La d\u00e9construction de ce paradoxe permet au roman de Mabanckou de d\u00e9truire un mythe longtemps enracin\u00e9 dans l\u2019imaginaire collectif des Africain\u00b7e\u00b7s et qu\u2019Amadou Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 ne cessait de restituer \u00e0 travers la m\u00e9taphore du \u00ab\u00a0vieillard\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] la connaissance africaine est donc une connaissance globale, une connaissance vivante, et c\u2019est pourquoi les vieillards qui en sont les derniers d\u00e9positaires peuvent \u00eatre compar\u00e9s \u00e0 de vastes biblioth\u00e8ques dont les multiples rayons sont reli\u00e9s entre eux par d\u2019invisibles liens qui constituent pr\u00e9cis\u00e9ment cette \u00ab\u00a0science de l\u2019invisible\u00a0\u00bb, authentifi\u00e9e par les cha\u00eenes de transmission initiatiques\u00a0(B\u00e2, 1995, p.\u00a026).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le narrateur de <em>Verre cass\u00e9<\/em> parodie d\u2019ailleurs ces propos dans un contexte ironique\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le patron du Cr\u00e9dit a voyag\u00e9 n\u2019aime pas les formules toutes faites du genre \u00ab\u00a0en Afrique quand un vieillard meurt, c\u2019est une biblioth\u00e8que qui br\u00fble\u00a0\u00bb, et lorsqu\u2019il entend ce clich\u00e9 bien d\u00e9velopp\u00e9, il est plus que vex\u00e9 et lance aussit\u00f4t \u00ab\u00a0\u00e7a d\u00e9pend de quel vieillard, arr\u00eatez donc vos conneries, je n\u2019ai confiance qu\u2019en ce qui est \u00e9crit\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2005, p.\u00a011-12).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>M\u00e9moires de porc-\u00e9pic<\/em>, on assiste \u00e0 ce m\u00eame paradoxe qui d\u00e9clenche l\u2019ironie d\u00e8s les premi\u00e8res lignes de ce roman. En effet, l\u2019auteur renverse la situation en mettant en \u00e9vidence le regard du monde animal sur celui des humains. L\u2019auteur livre aux lecteur\u00b7trice\u00b7s, par la bouche du porc-\u00e9pic, le narrateur, sa pens\u00e9e sur le monde humain. Autrement dit, il r\u00e9pond \u00e0 la question qui allait lui \u00eatre pos\u00e9e plus tard par Mathieu Menossi (2007, en ligne) \u00e0 savoir \u00ab\u00a0Qui de l\u2019homme et de l\u2019animal est le plus b\u00eate?\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0donc je ne suis qu\u2019un animal, un animal de rien du tout, les hommes diraient une b\u00eate sauvage comme si on ne comptait pas de plus b\u00eates et de plus sauvages que nous dans leur esp\u00e8ce\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2006, p.\u00a011). L\u2019anadiplose contenue dans ce passage (\u00ab\u00a0je ne suis qu\u2019un animal,\u00a0un animal de rien du tout\u00a0\u00bb) dessine un mouvement argumentatif ironique orient\u00e9 vers le bas, une gradation ironique descendante. L\u2019ironie de ce d\u00e9but de phrase ne peut se comprendre que comme expression du pessimisme du narrateur face \u00e0 la conception qu\u2019a l\u2019humain de l\u2019animal.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, si l\u2019ironie paradoxale tient essentiellement \u00e0 la structure macro-textuelle des \u0153uvres analys\u00e9es, certains micro-r\u00e9cits des romans de la diaspora africaine contemporaine contribuent aussi \u00e0 la rendre vivante. Le renversement de la situation d\u00e9crite invalide la situation que le romancier faisait croire comme appropri\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie satirique<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La satire sert aussi de toile de fond au trope de l\u2019ironie. Elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme genre litt\u00e9raire, mais aussi comme registre discursif. Si elle nous int\u00e9resse comme registre proche de la raillerie et identifiable \u00e0 une attitude critique, il n\u2019emp\u00eache que m\u00eame en tant que genre litt\u00e9raire, elle a toujours \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 l\u2019ironie comme mode d\u2019expression depuis son apparition en France[footnote]Selon <em>Le Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em>, le mot \u00ab\u00a0satire\u00a0\u00bb appara\u00eet en France avec l\u2019Humanisme (Aron <em>et al<\/em>., 2002, p.\u00a0560).[\/footnote]. En tant que figure discursive, la satire se sert de l\u2019ironie. \u00c0 ce propos le <em>Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em> pr\u00e9cise ceci\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0En fran\u00e7ais, l\u2019ironie est consid\u00e9r\u00e9e d\u2019abord comme un proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique, g\u00e9n\u00e9ralement au service de la satire. La notion de la raillerie lui est largement associ\u00e9e\u00a0: la raillerie serait l\u2019acte social, et l\u2019ironie sa figure de style majeure\u00a0\u00bb (Aron <em>et al<\/em>., 2002, p.\u00a0320).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Mabanckou use du registre discursif satirique pour vilipender les vices de ses personnages et les condamner. Ce proc\u00e9d\u00e9 lui permet, dans <em>M\u00e9moires de porc-\u00e9pic<\/em>, de renverser les valeurs et les convictions des humains et de la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce roman qui relate les m\u00e9saventures d\u2019un porc-\u00e9pic qui pr\u00e9tend \u00eatre le double mal\u00e9fique d\u2019un \u00eatre humain (Kibandi), Mabanckou puise dans les ressources de la satire pour fustiger ce monde o\u00f9 toutes les b\u00eatises humaines sont mises sur le dos de l\u2019animal. Le porc-\u00e9pic est donc mis en sc\u00e8ne comme l\u2019incarnation des mauvaises pens\u00e9es de son ma\u00eetre et double Kibandi, en tuant les ennemis de celui-ci. Cette ironie satirique se pr\u00e9cise lorsque le porc-\u00e9pic parle de la trahison des humains\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[L]es hommes ont beau jurer sur la t\u00eate de leurs d\u00e9funts ou au nom de leur Tout Puissant, et c\u2019est ce qu\u2019ils font depuis la nuit des temps, ils finissent un jour ou l\u2019autre par trahir leur parole parce qu\u2019ils savent que la parole c\u2019est rien du tout, elle n\u2019engage que ceux qui y croient (Mabanckou, 2006, p.\u00a024).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines, la parole est engageante voire sacr\u00e9e. L\u2019ironie satirique d\u00e9clench\u00e9e par le substantif \u00ab\u00a0parole\u00a0\u00bb rel\u00e8ve du refus du respect d\u2019une parole utile ou tout simplement de cette d\u00e9sacralisation de la parole. Cette attitude d\u00e9note pour Mabanckou, comme d\u2019ailleurs pour toute la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivain\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s contemporain\u00b7e\u00b7s, un d\u00e9sir d\u2019affirmation de l\u2019originalit\u00e9 de leur cr\u00e9ation, attitude d\u00e9crite en ces termes par Chevrier\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Consciemment ou non, les \u00e9crivains appartenant \u00e0 la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration entendent en effet \u00e9chapper au d\u00e9terminisme qui pesait sur leurs a\u00een\u00e9s, condamn\u00e9s soit au roman social soit au reportage ethnographique, et ils estiment \u00e0 juste titre avoir acquis le droit \u00e0 la plus grande libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0(Chevrier, 1999, p.\u00a011-12).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les personnages de <em>Verre cass\u00e9<\/em> recourent aussi souvent \u00e0 l\u2019ironie satirique. Prenons l\u2019exemple de ce passage dans lequel le \u00ab\u00a0le type aux Pampers\u00a0\u00bb narre le r\u00e9cit de ses malheurs conjugaux \u00e0 Verre Cass\u00e9\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[E]t c\u2019est elle (ma femme) qui m\u2019emp\u00eachait d\u2019aller me faire quelques g\u00e2teries l\u00e9gitimes chez les petites bien chaudes du quartier Rex [\u2026] et moi je devais faire quoi pendant que le gourou travaillait ma femme dans les hautes montagnes de Loango, de Djili et de Diosso l\u00e0-bas (Mabanckou, 2005, p.\u00a047).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La satire repose sur cette d\u00e9sagr\u00e9gation de m\u0153urs \u00e0 laquelle se m\u00eale le jeu ironique centr\u00e9 sur les expressions \u00ab\u00a0g\u00e2teries l\u00e9gitimes\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0travaillait ma femme\u00a0\u00bb alors qu\u2019il s\u2019agit en principe d\u2019un adult\u00e8re que \u00ab\u00a0le type aux Pampers\u00a0\u00bb et sa femme commettent par pire ressentiment de l\u2019un contre l\u2019autre.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie satirique traverse aussi <em>Les petits-fils n\u00e8gres de Vercing\u00e9torix<\/em> du m\u00eame auteur. Elle est, dans ce r\u00e9cit, la plupart des fois mat\u00e9rialis\u00e9e par l\u2019\u00e9criture en italique des termes ou des \u00e9nonc\u00e9s sur lesquels elle repose. Ainsi la Chine et le Vi\u00e9tongo, pays amis, sont dits pays pr\u00f4nant \u00ab\u00a0le pouvoir du peuple par le peuple, pour le peuple, et rien que pour le peuple\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2002, p.\u00a090). La narratrice ne le dit pas en ignorant l\u2019exclusion des gens du Sud par ceux du Nord dans ce dernier pays imaginaire du r\u00e9cit ni l\u2019actualit\u00e9 sur la Chine en mati\u00e8re des droits de l\u2019humain.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Transit<\/em> de Waberi, le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 discursif lui sert dans la critique soci\u00e9tale o\u00f9 les personnes honn\u00eates sont appel\u00e9s \u00ab\u00a0des fain\u00e9ants\u00a0\u00bb tandis que celles qui s\u2019enrichissent en puisant dans les deniers publics sont \u00e9lev\u00e9es au rang de chef\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00eame fonctionnaire insignifiant, il veut petite villa-ch\u00e2teau pareille pareille que grand chef de la R\u00e9publique. Moi je dis rien \u00e0 foutre des pleurs des fonctionnaires fain\u00e9ants, s\u2019ils ne sont pas contents, ils peuvent frapper la t\u00eate contre le mur\u00a0\u00bb (Waberi, 2003, p.\u00a071).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 plusieurs endroits du r\u00e9cit <em>Balbala<\/em>, l\u2019auteur utilise l\u2019ironie pour critiquer le pouvoir en place. \u00c0 titre illustratif, prenons la question de \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que le pouvoir?\u00a0\u00bb que Wa\u00efs, le prisonnier, se pose et \u00e0 laquelle il r\u00e9pond lui-m\u00eame par un encha\u00eenement ironique\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">[S]e mettre au perron apr\u00e8s le r\u00e9veil et voir son garde du corps tr\u00e9bucher pour faire son premier salut de la journ\u00e9e. Le pouvoir, c\u2019est aussi r\u00e9unir les membres de son clan pour s\u2019inventer une hagiographie, une lign\u00e9e d\u2019exception qui sorte du lot, que dis-je de la broussaille g\u00e9n\u00e9alogique. C\u2019est sentir la peur, la haine et l\u2019envie dans les yeux d\u2019autrui \u2013 ceux du clan d\u2019en face, par exemple. C\u2019est sentir ses couilles se gonfler d\u2019orgueil, \u00e9prouver son ventre qui ronronne comme un matou repu, laisser son ego enfler comme un furoncle, entendre son nom prononc\u00e9 partout et \u00e0 toute heure. R\u00e9genter en sultan cette contr\u00e9e vaguement levantine. Le pouvoir, c\u2019est se savoir aim\u00e9, mais craint, maudit et condamn\u00e9 \u00e0 la fois (Waberi, 1997, p.\u00a020).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette citation, l\u2019ancien champion du marathon ne m\u00e9nage pas les tenant\u00b7e\u00b7s de ce pouvoir qui l\u2019oppriment. Il les accuse de tous les maux et l\u2019ironie permet aux lecteur\u00b7trice\u00b7s de saisir toute l\u2019amertume du personnage.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Nour<\/em>, 1947 de Raharimanana, le narrateur anonyme \u00e9voque la conqu\u00eate de la Grande \u00cele en ces termes\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ils (les conqu\u00e9rants) nous offriront alors, \u00e0 nous leurs enfants, le Protectorat. Souverainet\u00e9 sous leur Empire! Mais cela ne leur suffira pas. Il leur faudra nous offrir plus encore\u00a0: civilisation, science, progr\u00e8s. \u00c0 coup de canon! \u00c0 coup de ba\u00efonnette! Pacification sur cette \u00eele infest\u00e9e de gens qui refusent les bienfaits de la civilisation! Pacification sur cette \u00eele qui s\u2019obstine \u00e0 perp\u00e9trer des actes barbares et sauvages (Raharimanana, 2001, p.\u00a0126-127).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les propos du narrateur s\u2019inscrivent dans le discours officiel qui sous-tend le syst\u00e8me colonial et v\u00e9hiculent ses bienfaits. Cependant, ce m\u00eame narrateur, dont l\u2019intension est d\u2019\u00e9gratigner ce syst\u00e8me, va plus loin en montrant que la mani\u00e8re m\u00eame envisag\u00e9e pour inculquer cette \u00ab\u00a0Civilisation\u00a0\u00bb \u00e0 la population de la Grande \u00cele est contraire \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle \u00e9tait suppos\u00e9e susciter. La repr\u00e9sentation de ces apports et de leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires est aux antipodes de la r\u00e9alit\u00e9 que cette population vit au quotidien et est mise en \u00e9vidence par le proc\u00e9d\u00e9 de l\u2019ironie satirique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Fatou Diome se sert aussi de l\u2019ironie pour critiquer certains travers de la soci\u00e9t\u00e9 humaine. Ainsi, dans la sc\u00e8ne du recrutement de Tamara dans l\u2019arm\u00e9e, telle qu\u2019elle nous est restitu\u00e9e par Coumba Djigu\u00e8ne, l\u2019autrice de <em>K\u00e9tala<\/em> tient \u00e0 mettre en cause l\u2019extr\u00eame violence de la soci\u00e9t\u00e9 peu tol\u00e9rante vis-\u00e0-vis d\u2019autrui. Lorsque le p\u00e8re de Tamara le livre aux soldats recruteurs, malgr\u00e9 les protestations de sa m\u00e8re, ceux-ci s\u2019activent, sur le mode ironique, \u00e0 le narguer\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, Mademoiselle, s\u2019entendit-il interpeller, tu viens \u00e9gayer nos nuits? Sois douce et tu seras bien trait\u00e9e. Il para\u00eet que ta petite maman venait souvent te chanter une berceuse \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique. T\u2019en fais pas, ici j\u2019en connais beaucoup qui seront ravis de te chuchoter des mots doux. Ha ha ha (Diome, 2006, p.\u00a0100).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie satirique repose sur la confusion sciemment entretenue entre la violence sexuelle \u00e0 laquelle le soldat entend le livrer et \u00ab\u00a0les mots doux\u00a0\u00bb qu\u2019il \u00e9voque dans les propos ci-dessus.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie que v\u00e9hicule le roman de la diaspora africaine emprunte la satire pour railler l\u2019univers repr\u00e9sent\u00e9. Elle contribue \u00e0 renverser les valeurs et les convictions que les auteurs critiquent. Il s\u2019agit de cr\u00e9er un monde fictionnel qui s\u2019\u00e9loigne de l\u2019univers r\u00e9el par ses pratiques, ses us et coutumes.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, plus qu\u2019un <em>simple trope<\/em>, l\u2019ironie des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s de la diaspora contemporaine prouve que l\u2019\u00e9nonciation de leurs romans est sous-tendue par une intention critique certaine. C\u2019est une d\u00e9nonciation des valeurs et des pratiques par un r\u00e9cit qui, tout en les affirmant comme normales, visent \u00e0 en montrer l\u2019absurdit\u00e9. Ce proc\u00e9d\u00e9 discursif qui s\u2019appuie sur la subversion de la norme participe ainsi \u00e0 la d\u00e9construction du discours dominant comme le remarque Christiane Albert\u00a0: \u00ab\u00a0certains \u00e9crivains de l\u2019immigration d\u00e9tournent, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ironie, les discours h\u00e9g\u00e9moniques qui les entourent en reprenant \u00e0 leur compte les pr\u00e9jug\u00e9s racistes et les st\u00e9r\u00e9otypes et en les manipulant \u00e0 leur avantage\u00a0\u00bb (Albert, 2005, p.\u00a0146). Cette forme d\u2019expression se reconna\u00eet par un contraste intellectuel et une absurdit\u00e9 sensible de l\u2019ironie qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019alarmisme et au mis\u00e9rabilisme des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes face aux bouleversements qui secouent leur pays. La grande innovation du\u00b7de\u00b7la romancier\u00b7e africain\u00b7e \u00e9tant de recourir \u00e0 cette strat\u00e9gie discursive pour saper certaines valeurs et pratiques africaines ou mondiales qui faisaient apparemment l\u2019objet d\u2019un consensus.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Albert, Christiane. 2005. <em>L\u2019Immigration dans le roman francophone contemporain<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aron, Paul, Saint-Jacques, Denis et Viala, Alain (dir.). 2002. <em>Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">B\u00e2, Amadou Hamp\u00e2t\u00e9. 1995. <em>Aspects de la civilisation africaine<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barel, Yves. 1989. <em>Le Paradoxe et le syst\u00e8me. Essai sur le fantastique social<\/em>. Grenoble\u00a0: PUG.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevrier, Jacques. 1999. <em>Litt\u00e9rature d\u2019Afrique noire de langue fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diome, Fatou. 2003. <em>Le Ventre de l\u2019Atlantique<\/em>. Paris\u00a0: Anne-Carri\u00e8re.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diome, Fatou. 2006. <em>K\u00e9tala<\/em>. Paris\u00a0: Anne-Carri\u00e8re et Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fontanier, Pierre. 2002. <em>Les Figures du discours<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 1998. <em>Bleu-blanc-rouge<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2002. <em>Les petits fils n\u00e8gres de Vercing\u00e9torix<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2003. <em>African psycho<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou. Alain. 2005. <em>Verre cass\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2006. <em>M\u00e9moires de porc-\u00e9pic<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Menossi, Mathieu. 2007. Qui de l\u2019homme et de l\u2019animal est le plus b\u00eate? Interview d\u2019Alain Mabanckou. [en ligne], <a href=\"http:\/\/www.Evene.fr\/livres\/actualit\u00e9\/alain-mabanckou-renaudot-memoires-porc-epic-734.php\">www.Evene.fr\/livres\/actualit\u00e9\/alain-mabanckou-renaudot-memoires-porc-epic-734.php<\/a>, consult\u00e9 le 25\/3\/2020<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moura, Jean-Marc. 2007. <em>Litt\u00e9ratures francophones et th\u00e9ories postcoloniales<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Raharimanana, Jean-Luc. 2001. <em>Nour, 1947<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tutescu, Mariana. 1966. Le paradoxe, univers de croyance et pertinence argumentative. Dans Landheer, Ronald et Smith, Paul J. (dir.), <em>Le paradoxe en linguistique et en litt\u00e9rature<\/em> (p.\u00a079-82). Gen\u00e8ve\u00a0: Droz.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Waberi, Abdourahman Ali. 1997. <em>Balbala<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Waberi, Abdourahman Ali. 2003. <em>Transit<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Waberi, Abdourahman Ali. 2006. <em>Aux Etats-Unis d\u2019Afrique<\/em>. Paris\u00a0: Jean-Claude Latt\u00e8s.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yaari, Monique. 1988. <em>Ironie paradoxale et ironie po\u00e9tique\u00a0: vers une th\u00e9orie de l\u2019ironie moderne sur les traces de Gide dans \u00ab\u00a0Paludes\u00a0\u00bb<\/em>. Birmingham : Summa publications.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet article, nous nous proposons d\u2019analyser, dans quelques romans de la diaspora africaine contemporaine, les subversions qu\u2019op\u00e8re l\u2019ironie pour cr\u00e9er des mondes fictionnels invers\u00e9s. Nous entendons d\u2019abord mettre en \u00e9vidence la question du jeu paradoxal de l\u2019ironie pour tenter de saisir son r\u00f4le dans la d\u00e9construction du discours dominant et, par-del\u00e0, dans le renversement des univers de croyances. Cet axe de l\u2019ironie permet de d\u00e9mystifier les pratiques en cours dans certains pays de destination des migrant\u00b7e\u00b7s et la civilisation qu\u2019ils\u00b7elles incarnent, de critiquer certains maux de la soci\u00e9t\u00e9 comme le racisme, la criminalit\u00e9, etc. et de mettre en cause les faits et les situations jusque-l\u00e0 tenus pour appropri\u00e9s. Nous analysons ensuite la satire qui d\u00e9clenche une ironie qui attaque essentiellement les travers des humains et de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9gratigne le pouvoir qui opprime ses concitoyen\u00b7ne\u00b7s et d\u00e9nonce le syst\u00e8me colonial qui contraint tout un peuple \u00e0 l\u2019adoption des valeurs contraires \u00e0 ses convictions morales et \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats. Tout ce discours met \u00e0 profit un trope dont le r\u00f4le est le retournement de situation, l\u2019inversion des r\u00f4les et la repr\u00e9sentation des antipodes que v\u00e9hicule le monde contemporain.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/deconstruction\/\">d\u00e9construction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/diaspora\/\">diaspora<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/francophonie\/\">francophonie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/inversion\/\">inversion<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/paradoxe\/\">paradoxe<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles\/satire\/\">satire<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">In this article, we propose to analyze, in some novels by the contemporary African diaspora the subversions operated by irony to create inverted fictional worlds. We first intend to highlight the question about the paradoxical game of irony in an attempt to grasp its role in the deconstruction of the dominant discourse, and beyond it, in the overthrow of universes of belief. This line of irony makes it possible to demystify current practices in some countries of destination of migrants and the civilization they embody, to criticize certain ills of society such as racism, criminality, etc. and the challenge the facts and situations hitherto held to be appropriate. Next, we analyze the satire triggering an irony which essentially attacks the faults of mankind and of society, criticizes the power of regimes that oppress fellow citizens, and denounces the colonial system which compels an entire people to adopt values contrary to their moral convictions and interests. All this discourse takes advantage of a trope whose role is embedded in the reversal situations, the reversal of roles and the representation of the antipodes conveyed by the contemporary world.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/deconstruction\/\">deconstruction<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/diaspora\/\">diaspora<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/francophonie\/\">francophonie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/inversion\/\">inversion<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/paradox\/\">paradox<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/keywords\/satire\/\">satire<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (kurundi)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Muri ubu bushakashatsi bufatiye ku banditsi b\u2019abanyafrika baba mu mahanga, tugomba kwerekana ingene imvugo y\u2019agahemo icurika ibintu. Ubwa mbere tugomba gushimikira ku kibazo c\u2019agahemo gafatiye ku bintu ata sano bifitaniye kugirango twerekane akamaro k\u2019iyo mvugo mu gusambura ivyo abantu basanzwe bemerako arikwo kuri. Intumbero y\u2019iyo mvugo ni ugushira ahabona uko ibintu biri ufatiye ku mico y\u2019ibihugu abo banditsi bagiye kubamwo, mukwerekana amabi ashingiye ku rukoba, ku bwicanyi n\u2019ibindi, hamwe no gusambura ivyiyumviro n\u2019ukuntu abantu bibaza ko vyama biri ukwo. Ubwa kabiri, twihweza agashinyaguro gaherekeza ako gahemo kugirango gahindure ububegito bw\u2019abantu n\u2019amabi ari mu migenderanire yabo, gashire ahabona ibigenda nabi mu ntwaro z\u2019agacinyizo. Vyongeye, iyo mvugo iriyamiriza kandi intwaro z\u2019abanyamahanga zitegeka abanyagihugu gukurikiza imigenzo itandukanye n\u2019ukubaho be n\u2019inyungu zabo. Akamaro k\u2019iyo mvugo ni uguhindura ibintu, gucurika n\u2019ugucuranura ivyo abantu bajejwe hamwe no kwerekana ibihushane biri mw\u2019isi ya none.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (kurundi)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/ababa-mu-mahanga\/\">ababa mu mahanga<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/abasangiye-igifaransa\/\">abasangiye igifaransa<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/agashinyaguro\/\">agashinyaguro<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/gucurika\/\">gucurika<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/gusambura\/\">gusambura<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/motscles-autre\/ibidafitaniye-isano\/\">ibidafitaniye isano<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>29 avril 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>28 juin 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>23 d\u00e9cembre 2020<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie sert parfois de \u00ab\u00a0costume du dire\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9criture romanesque de la diaspora africaine contemporaine. Il appara\u00eet ainsi comme un des moyens de construction des mondes fictionnels dans lesquels la signification appara\u00eet non pas comme \u00e9tant pr\u00e9alable au texte, mais comme intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019acte de lecture. Nous nous proposons de mettre en exergue le r\u00f4le de cette figure rh\u00e9torique dans la cr\u00e9ation des univers fictionnels invers\u00e9s. Pour y parvenir, nous partons de l\u2019ouvrage <em>Les Figures du discours<\/em> de Pierre Fontanier (2002), pr\u00e9fac\u00e9 par G\u00e9rard Genette qui l\u2019introduit \u00ab\u00a0comme l\u2019aboutissement de la rh\u00e9torique fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (Genette dans Fontanier, 2002, p.\u00a05). Ainsi, dans son sens tropologique, l\u2019ironie \u00ab\u00a0consiste \u00e0 dire par une raillerie, ou plaisante ou s\u00e9rieuse, le contraire de ce qu\u2019on pense, ou de ce qu\u2019on veut faire penser\u00a0\u00bb (Fontanier, 2002, p.\u00a0145-146). Cette d\u00e9finition peut nous servir de base pour comprendre l\u2019univers cr\u00e9\u00e9 par le r\u00e9cit romanesque de la diaspora africaine contemporaine. L\u2019approche postcoloniale<a class=\"footnote\" title=\"Selon Jean-Marc Moura le postcolonialisme renvoie, dans son contexte id\u00e9ologique, \u00e0 \u00ab\u00a0des pratiques de lecture et d\u2019\u00e9criture int\u00e9ress\u00e9es par les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination, et plus particuli\u00e8rement par les strat\u00e9gies de mise en \u00e9vidence, d\u2019analyse et d\u2019esquive du fonctionnement binaire des id\u00e9ologies imp\u00e9rialistes\u00a0\u00bb (Moura, 2007, p.\u00a011).\" id=\"return-footnote-94-1\" href=\"#footnote-94-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> nous permettra d\u2019appr\u00e9hender deux formes d\u2019ironie, \u00e0 savoir l\u2019ironie paradoxale, qui fonctionne comme un instrument de renversement des normes dans la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9, et l\u2019ironie satirique qui \u00ab\u00a0refl\u00e8te les valeurs humaines et vise la d\u00e9faite des gens et des tendances contraires\u00a0\u00bb (Yaari, 1988, p.\u00a059).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie paradoxale<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Le paradoxe proc\u00e8de d\u2019un renversement d\u2019une situation consid\u00e9r\u00e9e par l\u2019opinion comme r\u00e9elle. Il joue donc un r\u00f4le crucial dans la construction de la figure rh\u00e9torique de l\u2019ironie. Selon <em>Le Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em>, \u00ab\u00a0le paradoxe prend en \u00e9charpe le discours \u00e9tabli et en d\u00e9signe le caract\u00e8re doxique par le seul fait de le renverser [\u2026]. Le paradoxe est donc un discours contre les faits admis, auxquels il oppose des contrefaits ironiques\u00a0\u00bb (Aron, Saint-Jacques et Viala, 2002, p.\u00a0437). Le paradoxe contribue ainsi \u00e0 la ma\u00eetrise de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 contemporaine par la d\u00e9construction du discours dominant. La raison d\u2019\u00eatre premi\u00e8re de ce proc\u00e9d\u00e9, lorsqu\u2019il est au service de l\u2019ironie, est de se moquer de tout pour changer les situations pr\u00e9sentes. L\u2019ironie paradoxale rejette ou fait donc abstraction de toutes les normes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019architecture d\u2019<em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em> d\u2019Abdourahman Ali Waberi repose sur un renversement de situation o\u00f9\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019Euram\u00e9rique\u00a0\u00bb, longtemps per\u00e7ue par les candidat\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9migration comme un Eldorado, se pr\u00e9sente comme un enfer pour ses populations qui d\u00e9sirent rejoindre la terre promise africaine. Le niveau macrotextuel de ce roman repose ainsi sur ce retournement de situation et touche des r\u00e9alit\u00e9s presque utopiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019inversion de la r\u00e9alit\u00e9 est donc au c\u0153ur des proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques utilis\u00e9s par Waberi dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>. En effet, lorsqu\u2019Abdourahman Waberi \u00e9crit ce roman, il n\u2019ignore ni la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 migratoire ni le sens de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Le paradoxe, dans cette \u0153uvre, consiste ainsi au renversement des deux univers de croyance. Ce roman rel\u00e8ve donc du paradoxe tel que mis en exergue par Yves Barel, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0\u00ab\u00a0un raisonnement parvenant \u00e0 des r\u00e9sultats notoirement faux ou absurdes, ou bien encore contradictoires entre eux ou avec les pr\u00e9misses du raisonnement, en d\u00e9pit d\u2019une absence r\u00e9elle ou apparente de faute logique dans le raisonnement\u00a0\u00bb (Barel, 1989, p.\u00a020). Ce proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique aboutit \u00e0 une vision absolument ambivalente de l\u2019univers, \u00e0 une sorte de jugement suspendu sur la nature des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>, le paradoxe est d\u00e9j\u00e0 perceptible d\u00e8s le d\u00e9but du roman o\u00f9 le narrateur pr\u00e9sente deux lieux \u2013 l\u2019origine du premier personnage du roman (Zurich) et le si\u00e8ge de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) et en m\u00eame temps destination de ce personnage (Banjul) de fa\u00e7on invers\u00e9e. La posture mis\u00e9rabiliste de Zurich et l\u2019\u00e9loge de Banjul exploitent ce jeu d\u2019inversion paradoxale\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il [Yacouba] est n\u00e9 dans une insalubre favela des environs de Zurich, o\u00f9 la mortalit\u00e9 infantile et le taux de pr\u00e9valence du virus du sida restent parmi les plus \u00e9lev\u00e9s selon les \u00e9tudes de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9, install\u00e9e, comme chacun le sait, chez nous, dans la bonne et paisible ville de Banjul. Elle accueille \u00e9galement la cr\u00e8me de la diplomatie internationale cens\u00e9e d\u00e9cider du sort de millions de r\u00e9fugi\u00e9s caucasiens d\u2019ethnies diverses et vari\u00e9es (autrichienne, canadienne, am\u00e9ricaine, norv\u00e9gienne, belge, bulgare, britannique, islandaise, hongroise, su\u00e9doise [\u2026]), sans mot dire des boat people squelettiques de la M\u00e9diterran\u00e9e septentrionale qui n\u2019en peuvent plus de zigzaguer devant les mortiers et les missiles ent\u00e9n\u00e9brant des infortun\u00e9es terres d\u2019Euram\u00e9rique (Waberi, 2006, p.\u00a012).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la th\u00e9orie des \u00ab\u00a0univers\u00a0\u00bb dans le discours paradoxal de Mariane Tutescu (1966, p.\u00a080), ce jeu paradoxal peut \u00eatre ainsi sch\u00e9matis\u00e9\u00a0dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-125 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix.jpg\" alt=\"\" width=\"791\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix.jpg 791w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix-300x88.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix-768x226.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix-65x19.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix-225x66.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-content\/uploads\/sites\/12\/2020\/08\/Figure-Fulgence-F\u00e9lix-350x103.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 791px) 100vw, 791px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les fl\u00e8ches horizontales repr\u00e9sentent l\u2019univers irr\u00e9el ou contrefactuel d\u00e9crit dans le roman de Waberi et l\u2019ironie tandis que les fl\u00e8ches diagonales repr\u00e9sentent les situations r\u00e9elles ou potentielles qui ont \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9es dans la description. Les fl\u00e8ches diagonales renvoient donc \u00e0 la pens\u00e9e commune v\u00e9hicul\u00e9e par la r\u00e9alit\u00e9 migratoire que l\u2019\u00e9crivain djiboutien, lui-m\u00eame migrant, n\u2019ignore pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la perspective de ce sch\u00e9ma, Banjul et Zurich peuvent \u00eatre invers\u00e9s pour correspondre \u00e0 la description r\u00e9elle ou potentielle des lieux et ainsi d\u00e9truire cette ironie paradoxale de Waberi. Au terme de cette d\u00e9construction du jeu paradoxal de l\u2019ironie, tous les malheurs que le narrateur attribue \u00e0 la Suisse, et par del\u00e0, \u00e0 l\u2019Occident tout entier \u2013 la pand\u00e9mie du sida, les guerres et l\u2019\u00e9migration \u2013 sont subis par la population africaine. Inversement, l\u2019\u00e9loge de Banjul ne peut \u00eatre fait que de Zurich, si l\u2019on admet les raisons de celui-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au demeurant, plusieurs s\u00e9quences d\u2019<em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em> de Waberi suivent ce sch\u00e9ma de la repr\u00e9sentation sym\u00e9trique. C\u2019est notamment le cas pour le micro-r\u00e9cit qui se passe en \u00c9rythr\u00e9e et qui raconte le destin de la jeune fille, Maya, peintre et sculptrice de son m\u00e9tier. N\u00e9e en Normandie et recueillie par un m\u00e9decin noir alors en mission humanitaire, Maya est \u00e9lev\u00e9e dans une Afrique dont elle adopte la mentalit\u00e9 et les valeurs<strong>, <\/strong>tout en sachant qu\u2019elle est diff\u00e9rente de ses concitoyen\u00b7ne\u00b7s. D\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire, en effet, Maya est victime d\u2019un certain ostracisme. On la traite de \u00ab\u00a0Face exotique\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0Face de lait\u00a0\u00bb, ou encore de \u00ab\u00a0Lait caill\u00e9\u00a0<strong>\u00bb.<\/strong> On aura compris qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une image renvers\u00e9e de la discrimination subie par les Noirs et particuli\u00e8rement les migrant\u00b7e\u00b7s dans les pays occidentaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les \u00ab\u00a0\u00c9tats-Unis d\u2019Afrique\u00a0\u00bb sont, par ailleurs, devenus, dans le r\u00e9cit de Waberi, la premi\u00e8re puissance de la terre. C\u2019est l\u00e0 que se retrouvent les exil\u00e9s de toutes provenances, fuyant la mis\u00e8re et les luttes qui opposent entre elles les nations d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique. La situation qui pr\u00e9vaut en Am\u00e9rique, notamment, est alarmante m\u00eame si le porte-parole des \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique garde toujours l\u2019espoir du retour \u00e0 la paix\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] il s\u2019est montr\u00e9 relativement optimiste \u00e0 propos de la signature d\u2019un cessez-le-feu dans la r\u00e9gion du Midwest et au Qu\u00e9bec, o\u00f9 les chefs de guerre francophones ont r\u00e9it\u00e9r\u00e9 leur volont\u00e9 d\u2019en d\u00e9coudre avec les incontr\u00f4lables milices anglophones dans la r\u00e9gion de Hull, toute proche de l\u2019ancienne capitale Ottawa plac\u00e9e, elle, sous couvre-feu, et prot\u00e9g\u00e9e par des Casques bleus nig\u00e9rians, chypriotes, zimbabw\u00e9ens, malawites et bangladeshis (Waberi, 2006, p.\u00a019).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On apprend, par ailleurs, que \u00ab\u00a0ce qui reste du Canada\u00a0\u00bb (Waberi, 2006, p.\u00a019) est d\u00e9sormais gouvern\u00e9 par un aborig\u00e8ne du nom de William Neville Attagag. Ce dernier \u00ab\u00a0<em>a violemment rejet\u00e9 le terme d\u2019apartheid utilis\u00e9 par une certaine presse ignorant tout des conditions de vie des Blancs dans le Canada de ses anc\u00eatres\u00a0\u00bb <\/em>(Waberi, <em>ibid<\/em>.)<em>. <\/em>Ces quelques extraits donnent une id\u00e9e du ton du roman, \u00e0 la fois ironique, accusateur et paradoxal. Ce ton est mis en jeu par Waberi pour produire, par le biais d\u2019un miroir d\u00e9formant et invers\u00e9, une critique acerbe de la civilisation contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Waberi excelle dans cette manipulation s\u00e9mantique plus particuli\u00e8rement dans <em>Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Afrique<\/em>. Lui qui vit en France, croit-il \u00e0 ses propos lorsqu\u2019il dit de cette soci\u00e9t\u00e9 occidentale\u00a0: \u00ab\u00a0Seul l\u2019oiseau vit de sa plume, pas les hommes d\u00e9pourvus de plumage et surtout pas l\u2019artiste qui fait son miel avec des bouts de chandelle et des bouts de ficelle\u00a0\u00bb (Waberi, 2006, p.\u00a0163)? Selon le sch\u00e9ma de l\u2019ironie paradoxale, cette critique s\u2019applique uniquement \u00e0 certaines soci\u00e9t\u00e9s africaines o\u00f9 les artistes et particuli\u00e8rement les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s ne peuvent pas vivre de leur m\u00e9tier. Ceci est essentiellement d\u00fb aux probl\u00e8mes divers, c\u2019est-\u00e0-dire au manque d\u2019\u00e9ditions prestigieuses entre autres, mais surtout \u00e0 la pauvret\u00e9 de leur public de \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb qui dispose parfois de peu de moyens financiers qui ne lui permettent pas de se procurer un livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit tenu sur la France et sa capitale Paris \u2013 par le \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0Paysan\u00a0\u00bb, dans <em>Bleu-blanc-rouge<\/em> d\u2019Alain Mabanckou, l\u2019Homme de Barb\u00e8s et Nd\u00e9tare (l\u2019instituteur) dans <em>Le Ventre de l\u2019Atlantique<\/em> de Fatou Diome \u2013 s\u2019inscrit aussi dans le jeu paradoxal de l\u2019ironie. En effet, ces deux r\u00e9cits qu\u2019ils tiennent sur la Ville-Lumi\u00e8re sont aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre. Ainsi, Moki, le Parisien de Mabanckou, dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">venez en France, vous verrez, il y a tout, vous serez combl\u00e9s, vous n\u2019en croirez pas vos yeux, la ville est belle, il y a plein de petits boulots, ne g\u00e2chez pas votre temps au pays, l\u2019\u00e2ge ne vous attendra pas, venez, venez, il y a des appartements, si vous \u00eates feignants, les allocations vous seront vers\u00e9es, venez, venez, un jour vous aurez la m\u00eame Mercedes que les membres du gouvernement\u00a0(Mabanckou, 1998, p.\u00a091).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ces propos que Mabanckou pr\u00eate au \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb rejoint les propos de l\u2019Homme de Barb\u00e8s qui cristallisent, dans <em>Le Ventre de l\u2019Atlantique<\/em> de Fatou Diome, les r\u00eaves de jeunes candidat\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9migration. L\u2019extrait du discours de l\u2019Homme de Barb\u00e8s en dit long\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien s\u00fbr, ils ont toutes sortes de boissons pour accompagner leurs repas. Et tout le monde vit bien. Il n\u2019y a pas de pauvres, car m\u00eame \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas de travail l\u2019\u00c9tat paie un salaire\u00a0: ils appellent \u00e7a RMI, le revenu minimum d\u2019insertion. Tu passes la journ\u00e9e \u00e0 b\u00e2iller devant ta t\u00e9l\u00e9, et on te file le revenu maximum d\u2019un ing\u00e9nieur de chez nous (Diome, 2003, p.\u00a086).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019expos\u00e9 de Nd\u00e9tare, l\u2019instituteur qui r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9alit\u00e9 sur la vie en France, est contraire \u00e0 ces \u00e9nonc\u00e9s du \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb et de l\u2019Homme de Barb\u00e8s. En s\u2019appuyant sur le cas du personnage de Moussa, un football recrut\u00e9 par le s\u00e9lectionneur Jean-Charles Sauveur pour le compte d\u2019un club fran\u00e7ais, Nd\u00e9tare est tranchant. Moussa n\u2019a pas non seulement enregistr\u00e9 des progr\u00e8s, mais il a connu des malheurs de toute sorte tels que le racisme, la prison et l\u2019expulsion dont les s\u00e9quelles sont en r\u00e9alit\u00e9 les causes de sa mort. Les propos de Nd\u00e9tare r\u00e9v\u00e8lent la violation du droit le plus \u00e9l\u00e9mentaire, celui de manger, m\u00eame pour un prisonnier, dans le \u00ab\u00a0pays des droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019id\u00e9e qu\u2019exprime la narratrice de Fatou Diome\u00a0: \u00ab\u00a0Devant la nourriture infecte que le gardien lui apportait, cette d\u00e9jection de la conscience du pays des droits de l\u2019homme, qu\u2019il appelait mouriture, il en arrivait \u00e0 regretter la pur\u00e9e \u00e0 la morve servie sur le bateau\u00a0\u00bb (Diome, 2003, p.\u00a0107).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette pens\u00e9e de Nd\u00e9tare rejoint la prudence que le \u00ab\u00a0Paysan\u00a0\u00bb de Mabanckou pr\u00eache et les conseils qu\u2019il prodigue aux candidat\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019\u00e9migration. Le personnage du \u00ab\u00a0Paysan\u00a0\u00bb de <em>Bleu-blanc-rouge<\/em> d\u2019Alain Mabanckou dit\u00a0: \u00ab\u00a0Faites attention, vous errerez dans la ville de Paris comme des balles perdues. Je sais de quoi je parle, n\u2019y allez pas si vous n\u2019avez rien \u00e0 y faire\u00a0\u00bb (Mabanckou, 1998, p.\u00a090).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la th\u00e9orie de Tutescu, ces deux r\u00e9cits \u2013 du Parisien et de l\u2019Homme de Barb\u00e8s \u2013 mat\u00e9rialisent l\u2019ironie paradoxale construite respectivement par Mabanckou et Diome. Ils repr\u00e9sentent l\u2019univers irr\u00e9el, contrefactuel. Ceux du Paysan et de Ndatare correspondent \u00e0 l\u2019univers r\u00e9el ou potentiel et d\u00e9construisent le sch\u00e9ma paradoxal mis au point par l\u2019auteur et l\u2019autrice. L\u2019expression \u00ab\u00a0Paris est un grand gar\u00e7on\u00a0\u00bb (Mabanckou, 1998, p.\u00a097) libell\u00e9 par Moki, le \u00ab\u00a0Parisien\u00a0\u00bb, au terme des pr\u00e9paratifs de Massala-Massala pour partir avec lui, et la mort de Moussa, dans le roman de Fatou Diome, d\u00e9voilent cette ironie paradoxale. Ils mettent en exergue toute l\u2019ironie que le romancier et la romanci\u00e8re ont pr\u00eat\u00e9e au Parisien et \u00e0 l\u2019Homme de Barb\u00e8s. En effet, la r\u00e9alit\u00e9 se trouve dans le renversement des propos du Parisien\u00a0et de l\u2019Homme de Barb\u00e8s chez Mabanckou, du Paysan et de Nd\u00e9tare chez Diome.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Africain psycho<\/em> de Mabanckou r\u00e9v\u00e8le, dans sa conception macrotextuelle, l\u2019itin\u00e9raire d\u2019un criminel rat\u00e9 qui fait baigner le lecteur et la lectrice dans une ironie constante. Celle-ci r\u00e9side notamment dans l\u2019opposition entre le personnage-narrateur du r\u00e9cit, Gr\u00e9goire Nakobomayo et l\u2019idole dont il r\u00eave d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0disciple incontest\u00e9\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2003, p.\u00a0121). Le discours de ce r\u00e9cit est centr\u00e9 sur la d\u00e9nonciation du crime, ce qui fait que Mabanckou, dans son intention de mettre en \u00e9vidence cette ironie paradoxale, con\u00e7oit le personnage de Gr\u00e9goire comme un <em>looser<\/em>, un anti-h\u00e9ros alors que son idole est le \u00ab\u00a0Grand-Ma\u00eetre\u00a0\u00bb comme l\u2019appelle toujours le narrateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00ab\u00a0anti-h\u00e9ros\u00a0\u00bb de Mabanckou est orphelin de naissance, enfant \u00ab\u00a0ramass\u00e9\u00a0\u00bb, peu g\u00e2t\u00e9 par la nature alors qu\u2019il aurait aim\u00e9 \u00eatre le digne fils d\u2019Angoualima, le plus c\u00e9l\u00e8bre <em>serial killer<\/em> du pays, dont les m\u00e9faits sont connus jusque dans le pays d\u2019en face. Et il regrette\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019agression que j\u2019avais commise contre le notaire-agent immobilier Fernandes Quiroga datait d\u2019un an, et elle avait vite \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e \u00e0 cause des crimes de plus en plus sadiques et r\u00e9guliers que commettait le Grand-Ma\u00eetre Angualima\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2003, p.\u00a054).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Assassinats rat\u00e9s, attaques minables, vols de vieillards invalides, viols lamentables, etc., ne procurent \u00e0 Gr\u00e9goire Nakobomayo, lui qui est toujours \u00e0 la recherche du crime parfait, qu\u2019une partie de d\u00e9plaisir. Il est donc difficile pour lui d\u2019\u00eatre un tueur comme son Grand-Ma\u00eetre, le roi du meurtre avec d\u00e9lectation. Comme dans les romans pr\u00e9c\u00e9dents, <em>le renversement des r\u00f4les des deux personnage<\/em>s d\u00e9construit l\u2019ironie paradoxale de l\u2019architecture d\u2019<em>African psycho<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le paradoxe se situe, dans <em>Verre Cass\u00e9 <\/em>d\u2019Alain Mabanckou, dans la conception de la p\u00e9rennisation de la m\u00e9moire. En effet, pour le patron du bar <em>Le Cr\u00e9dit a voyag\u00e9<\/em>, l\u2019\u00e9criture est la seule mani\u00e8re de sauver de l\u2019oubli les \u00eatres, les choses et les situations. C\u2019est la raison pour laquelle il confie \u00e0 Verre Cass\u00e9, un ancien instituteur qui passe son temps dans le bar <em>Le Cr\u00e9dit a voyag\u00e9<\/em>, la t\u00e2che d\u2019en \u00e9crire un r\u00e9cit pour qu\u2019il ne disparaisse pas\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] il a r\u00e9pondu qu\u2019il ne voulait pas que <em>Le Cr\u00e9dit a voyag\u00e9<\/em> disparaisse un jour comme \u00e7a, il a ajout\u00e9 que les gens de ce pays n\u2019avaient pas le sens de la conservation de la m\u00e9moire [\u2026], que l\u2019heure \u00e9tait d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00e9crit parce que c\u2019est ce qui reste, la parole c\u2019est de la fum\u00e9e noire, du pipi de chat sauvage (Mabanckou, 2005, p.\u00a011).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette conception, m\u00eame si elle s\u2019inscrit dans une vision classique de la litt\u00e9rature, s\u2019oppose de mani\u00e8re symbolique \u00e0 la conception longtemps entretenue en Afrique traditionnelle. La parole, sa transmission et sa r\u00e9ception ont eu un statut privil\u00e9gi\u00e9 et ont jou\u00e9 ce r\u00f4le vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale. La d\u00e9construction de ce paradoxe permet au roman de Mabanckou de d\u00e9truire un mythe longtemps enracin\u00e9 dans l\u2019imaginaire collectif des Africain\u00b7e\u00b7s et qu\u2019Amadou Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 ne cessait de restituer \u00e0 travers la m\u00e9taphore du \u00ab\u00a0vieillard\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] la connaissance africaine est donc une connaissance globale, une connaissance vivante, et c\u2019est pourquoi les vieillards qui en sont les derniers d\u00e9positaires peuvent \u00eatre compar\u00e9s \u00e0 de vastes biblioth\u00e8ques dont les multiples rayons sont reli\u00e9s entre eux par d\u2019invisibles liens qui constituent pr\u00e9cis\u00e9ment cette \u00ab\u00a0science de l\u2019invisible\u00a0\u00bb, authentifi\u00e9e par les cha\u00eenes de transmission initiatiques\u00a0(B\u00e2, 1995, p.\u00a026).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le narrateur de <em>Verre cass\u00e9<\/em> parodie d\u2019ailleurs ces propos dans un contexte ironique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Le patron du Cr\u00e9dit a voyag\u00e9 n\u2019aime pas les formules toutes faites du genre \u00ab\u00a0en Afrique quand un vieillard meurt, c\u2019est une biblioth\u00e8que qui br\u00fble\u00a0\u00bb, et lorsqu\u2019il entend ce clich\u00e9 bien d\u00e9velopp\u00e9, il est plus que vex\u00e9 et lance aussit\u00f4t \u00ab\u00a0\u00e7a d\u00e9pend de quel vieillard, arr\u00eatez donc vos conneries, je n\u2019ai confiance qu\u2019en ce qui est \u00e9crit\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2005, p.\u00a011-12).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>M\u00e9moires de porc-\u00e9pic<\/em>, on assiste \u00e0 ce m\u00eame paradoxe qui d\u00e9clenche l\u2019ironie d\u00e8s les premi\u00e8res lignes de ce roman. En effet, l\u2019auteur renverse la situation en mettant en \u00e9vidence le regard du monde animal sur celui des humains. L\u2019auteur livre aux lecteur\u00b7trice\u00b7s, par la bouche du porc-\u00e9pic, le narrateur, sa pens\u00e9e sur le monde humain. Autrement dit, il r\u00e9pond \u00e0 la question qui allait lui \u00eatre pos\u00e9e plus tard par Mathieu Menossi (2007, en ligne) \u00e0 savoir \u00ab\u00a0Qui de l\u2019homme et de l\u2019animal est le plus b\u00eate?\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0donc je ne suis qu\u2019un animal, un animal de rien du tout, les hommes diraient une b\u00eate sauvage comme si on ne comptait pas de plus b\u00eates et de plus sauvages que nous dans leur esp\u00e8ce\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2006, p.\u00a011). L\u2019anadiplose contenue dans ce passage (\u00ab\u00a0je ne suis qu\u2019un animal,\u00a0un animal de rien du tout\u00a0\u00bb) dessine un mouvement argumentatif ironique orient\u00e9 vers le bas, une gradation ironique descendante. L\u2019ironie de ce d\u00e9but de phrase ne peut se comprendre que comme expression du pessimisme du narrateur face \u00e0 la conception qu\u2019a l\u2019humain de l\u2019animal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, si l\u2019ironie paradoxale tient essentiellement \u00e0 la structure macro-textuelle des \u0153uvres analys\u00e9es, certains micro-r\u00e9cits des romans de la diaspora africaine contemporaine contribuent aussi \u00e0 la rendre vivante. Le renversement de la situation d\u00e9crite invalide la situation que le romancier faisait croire comme appropri\u00e9e.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie satirique<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La satire sert aussi de toile de fond au trope de l\u2019ironie. Elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme genre litt\u00e9raire, mais aussi comme registre discursif. Si elle nous int\u00e9resse comme registre proche de la raillerie et identifiable \u00e0 une attitude critique, il n\u2019emp\u00eache que m\u00eame en tant que genre litt\u00e9raire, elle a toujours \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 l\u2019ironie comme mode d\u2019expression depuis son apparition en France<a class=\"footnote\" title=\"Selon Le Dictionnaire du litt\u00e9raire, le mot \u00ab\u00a0satire\u00a0\u00bb appara\u00eet en France avec l\u2019Humanisme (Aron et al., 2002, p.\u00a0560).\" id=\"return-footnote-94-2\" href=\"#footnote-94-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. En tant que figure discursive, la satire se sert de l\u2019ironie. \u00c0 ce propos le <em>Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em> pr\u00e9cise ceci\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0En fran\u00e7ais, l\u2019ironie est consid\u00e9r\u00e9e d\u2019abord comme un proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique, g\u00e9n\u00e9ralement au service de la satire. La notion de la raillerie lui est largement associ\u00e9e\u00a0: la raillerie serait l\u2019acte social, et l\u2019ironie sa figure de style majeure\u00a0\u00bb (Aron <em>et al<\/em>., 2002, p.\u00a0320).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mabanckou use du registre discursif satirique pour vilipender les vices de ses personnages et les condamner. Ce proc\u00e9d\u00e9 lui permet, dans <em>M\u00e9moires de porc-\u00e9pic<\/em>, de renverser les valeurs et les convictions des humains et de la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce roman qui relate les m\u00e9saventures d\u2019un porc-\u00e9pic qui pr\u00e9tend \u00eatre le double mal\u00e9fique d\u2019un \u00eatre humain (Kibandi), Mabanckou puise dans les ressources de la satire pour fustiger ce monde o\u00f9 toutes les b\u00eatises humaines sont mises sur le dos de l\u2019animal. Le porc-\u00e9pic est donc mis en sc\u00e8ne comme l\u2019incarnation des mauvaises pens\u00e9es de son ma\u00eetre et double Kibandi, en tuant les ennemis de celui-ci. Cette ironie satirique se pr\u00e9cise lorsque le porc-\u00e9pic parle de la trahison des humains\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[L]es hommes ont beau jurer sur la t\u00eate de leurs d\u00e9funts ou au nom de leur Tout Puissant, et c\u2019est ce qu\u2019ils font depuis la nuit des temps, ils finissent un jour ou l\u2019autre par trahir leur parole parce qu\u2019ils savent que la parole c\u2019est rien du tout, elle n\u2019engage que ceux qui y croient (Mabanckou, 2006, p.\u00a024).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles africaines, la parole est engageante voire sacr\u00e9e. L\u2019ironie satirique d\u00e9clench\u00e9e par le substantif \u00ab\u00a0parole\u00a0\u00bb rel\u00e8ve du refus du respect d\u2019une parole utile ou tout simplement de cette d\u00e9sacralisation de la parole. Cette attitude d\u00e9note pour Mabanckou, comme d\u2019ailleurs pour toute la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivain\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s contemporain\u00b7e\u00b7s, un d\u00e9sir d\u2019affirmation de l\u2019originalit\u00e9 de leur cr\u00e9ation, attitude d\u00e9crite en ces termes par Chevrier\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Consciemment ou non, les \u00e9crivains appartenant \u00e0 la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration entendent en effet \u00e9chapper au d\u00e9terminisme qui pesait sur leurs a\u00een\u00e9s, condamn\u00e9s soit au roman social soit au reportage ethnographique, et ils estiment \u00e0 juste titre avoir acquis le droit \u00e0 la plus grande libert\u00e9 d\u2019expression\u00a0(Chevrier, 1999, p.\u00a011-12).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les personnages de <em>Verre cass\u00e9<\/em> recourent aussi souvent \u00e0 l\u2019ironie satirique. Prenons l\u2019exemple de ce passage dans lequel le \u00ab\u00a0le type aux Pampers\u00a0\u00bb narre le r\u00e9cit de ses malheurs conjugaux \u00e0 Verre Cass\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[E]t c\u2019est elle (ma femme) qui m\u2019emp\u00eachait d\u2019aller me faire quelques g\u00e2teries l\u00e9gitimes chez les petites bien chaudes du quartier Rex [\u2026] et moi je devais faire quoi pendant que le gourou travaillait ma femme dans les hautes montagnes de Loango, de Djili et de Diosso l\u00e0-bas (Mabanckou, 2005, p.\u00a047).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La satire repose sur cette d\u00e9sagr\u00e9gation de m\u0153urs \u00e0 laquelle se m\u00eale le jeu ironique centr\u00e9 sur les expressions \u00ab\u00a0g\u00e2teries l\u00e9gitimes\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0travaillait ma femme\u00a0\u00bb alors qu\u2019il s\u2019agit en principe d\u2019un adult\u00e8re que \u00ab\u00a0le type aux Pampers\u00a0\u00bb et sa femme commettent par pire ressentiment de l\u2019un contre l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie satirique traverse aussi <em>Les petits-fils n\u00e8gres de Vercing\u00e9torix<\/em> du m\u00eame auteur. Elle est, dans ce r\u00e9cit, la plupart des fois mat\u00e9rialis\u00e9e par l\u2019\u00e9criture en italique des termes ou des \u00e9nonc\u00e9s sur lesquels elle repose. Ainsi la Chine et le Vi\u00e9tongo, pays amis, sont dits pays pr\u00f4nant \u00ab\u00a0le pouvoir du peuple par le peuple, pour le peuple, et rien que pour le peuple\u00a0\u00bb (Mabanckou, 2002, p.\u00a090). La narratrice ne le dit pas en ignorant l\u2019exclusion des gens du Sud par ceux du Nord dans ce dernier pays imaginaire du r\u00e9cit ni l\u2019actualit\u00e9 sur la Chine en mati\u00e8re des droits de l\u2019humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Transit<\/em> de Waberi, le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 discursif lui sert dans la critique soci\u00e9tale o\u00f9 les personnes honn\u00eates sont appel\u00e9s \u00ab\u00a0des fain\u00e9ants\u00a0\u00bb tandis que celles qui s\u2019enrichissent en puisant dans les deniers publics sont \u00e9lev\u00e9es au rang de chef\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00eame fonctionnaire insignifiant, il veut petite villa-ch\u00e2teau pareille pareille que grand chef de la R\u00e9publique. Moi je dis rien \u00e0 foutre des pleurs des fonctionnaires fain\u00e9ants, s\u2019ils ne sont pas contents, ils peuvent frapper la t\u00eate contre le mur\u00a0\u00bb (Waberi, 2003, p.\u00a071).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 plusieurs endroits du r\u00e9cit <em>Balbala<\/em>, l\u2019auteur utilise l\u2019ironie pour critiquer le pouvoir en place. \u00c0 titre illustratif, prenons la question de \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que le pouvoir?\u00a0\u00bb que Wa\u00efs, le prisonnier, se pose et \u00e0 laquelle il r\u00e9pond lui-m\u00eame par un encha\u00eenement ironique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[S]e mettre au perron apr\u00e8s le r\u00e9veil et voir son garde du corps tr\u00e9bucher pour faire son premier salut de la journ\u00e9e. Le pouvoir, c\u2019est aussi r\u00e9unir les membres de son clan pour s\u2019inventer une hagiographie, une lign\u00e9e d\u2019exception qui sorte du lot, que dis-je de la broussaille g\u00e9n\u00e9alogique. C\u2019est sentir la peur, la haine et l\u2019envie dans les yeux d\u2019autrui \u2013 ceux du clan d\u2019en face, par exemple. C\u2019est sentir ses couilles se gonfler d\u2019orgueil, \u00e9prouver son ventre qui ronronne comme un matou repu, laisser son ego enfler comme un furoncle, entendre son nom prononc\u00e9 partout et \u00e0 toute heure. R\u00e9genter en sultan cette contr\u00e9e vaguement levantine. Le pouvoir, c\u2019est se savoir aim\u00e9, mais craint, maudit et condamn\u00e9 \u00e0 la fois (Waberi, 1997, p.\u00a020).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cette citation, l\u2019ancien champion du marathon ne m\u00e9nage pas les tenant\u00b7e\u00b7s de ce pouvoir qui l\u2019oppriment. Il les accuse de tous les maux et l\u2019ironie permet aux lecteur\u00b7trice\u00b7s de saisir toute l\u2019amertume du personnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans <em>Nour<\/em>, 1947 de Raharimanana, le narrateur anonyme \u00e9voque la conqu\u00eate de la Grande \u00cele en ces termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Ils (les conqu\u00e9rants) nous offriront alors, \u00e0 nous leurs enfants, le Protectorat. Souverainet\u00e9 sous leur Empire! Mais cela ne leur suffira pas. Il leur faudra nous offrir plus encore\u00a0: civilisation, science, progr\u00e8s. \u00c0 coup de canon! \u00c0 coup de ba\u00efonnette! Pacification sur cette \u00eele infest\u00e9e de gens qui refusent les bienfaits de la civilisation! Pacification sur cette \u00eele qui s\u2019obstine \u00e0 perp\u00e9trer des actes barbares et sauvages (Raharimanana, 2001, p.\u00a0126-127).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les propos du narrateur s\u2019inscrivent dans le discours officiel qui sous-tend le syst\u00e8me colonial et v\u00e9hiculent ses bienfaits. Cependant, ce m\u00eame narrateur, dont l\u2019intension est d\u2019\u00e9gratigner ce syst\u00e8me, va plus loin en montrant que la mani\u00e8re m\u00eame envisag\u00e9e pour inculquer cette \u00ab\u00a0Civilisation\u00a0\u00bb \u00e0 la population de la Grande \u00cele est contraire \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elle \u00e9tait suppos\u00e9e susciter. La repr\u00e9sentation de ces apports et de leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires est aux antipodes de la r\u00e9alit\u00e9 que cette population vit au quotidien et est mise en \u00e9vidence par le proc\u00e9d\u00e9 de l\u2019ironie satirique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Fatou Diome se sert aussi de l\u2019ironie pour critiquer certains travers de la soci\u00e9t\u00e9 humaine. Ainsi, dans la sc\u00e8ne du recrutement de Tamara dans l\u2019arm\u00e9e, telle qu\u2019elle nous est restitu\u00e9e par Coumba Djigu\u00e8ne, l\u2019autrice de <em>K\u00e9tala<\/em> tient \u00e0 mettre en cause l\u2019extr\u00eame violence de la soci\u00e9t\u00e9 peu tol\u00e9rante vis-\u00e0-vis d\u2019autrui. Lorsque le p\u00e8re de Tamara le livre aux soldats recruteurs, malgr\u00e9 les protestations de sa m\u00e8re, ceux-ci s\u2019activent, sur le mode ironique, \u00e0 le narguer\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Alors, Mademoiselle, s\u2019entendit-il interpeller, tu viens \u00e9gayer nos nuits? Sois douce et tu seras bien trait\u00e9e. Il para\u00eet que ta petite maman venait souvent te chanter une berceuse \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique. T\u2019en fais pas, ici j\u2019en connais beaucoup qui seront ravis de te chuchoter des mots doux. Ha ha ha (Diome, 2006, p.\u00a0100).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie satirique repose sur la confusion sciemment entretenue entre la violence sexuelle \u00e0 laquelle le soldat entend le livrer et \u00ab\u00a0les mots doux\u00a0\u00bb qu\u2019il \u00e9voque dans les propos ci-dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie que v\u00e9hicule le roman de la diaspora africaine emprunte la satire pour railler l\u2019univers repr\u00e9sent\u00e9. Elle contribue \u00e0 renverser les valeurs et les convictions que les auteurs critiquent. Il s\u2019agit de cr\u00e9er un monde fictionnel qui s\u2019\u00e9loigne de l\u2019univers r\u00e9el par ses pratiques, ses us et coutumes.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">En somme, plus qu\u2019un <em>simple trope<\/em>, l\u2019ironie des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s africain\u00b7e\u00b7s de la diaspora contemporaine prouve que l\u2019\u00e9nonciation de leurs romans est sous-tendue par une intention critique certaine. C\u2019est une d\u00e9nonciation des valeurs et des pratiques par un r\u00e9cit qui, tout en les affirmant comme normales, visent \u00e0 en montrer l\u2019absurdit\u00e9. Ce proc\u00e9d\u00e9 discursif qui s\u2019appuie sur la subversion de la norme participe ainsi \u00e0 la d\u00e9construction du discours dominant comme le remarque Christiane Albert\u00a0: \u00ab\u00a0certains \u00e9crivains de l\u2019immigration d\u00e9tournent, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ironie, les discours h\u00e9g\u00e9moniques qui les entourent en reprenant \u00e0 leur compte les pr\u00e9jug\u00e9s racistes et les st\u00e9r\u00e9otypes et en les manipulant \u00e0 leur avantage\u00a0\u00bb (Albert, 2005, p.\u00a0146). Cette forme d\u2019expression se reconna\u00eet par un contraste intellectuel et une absurdit\u00e9 sensible de l\u2019ironie qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019alarmisme et au mis\u00e9rabilisme des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes face aux bouleversements qui secouent leur pays. La grande innovation du\u00b7de\u00b7la romancier\u00b7e africain\u00b7e \u00e9tant de recourir \u00e0 cette strat\u00e9gie discursive pour saper certaines valeurs et pratiques africaines ou mondiales qui faisaient apparemment l\u2019objet d\u2019un consensus.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Albert, Christiane. 2005. <em>L\u2019Immigration dans le roman francophone contemporain<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aron, Paul, Saint-Jacques, Denis et Viala, Alain (dir.). 2002. <em>Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">B\u00e2, Amadou Hamp\u00e2t\u00e9. 1995. <em>Aspects de la civilisation africaine<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barel, Yves. 1989. <em>Le Paradoxe et le syst\u00e8me. Essai sur le fantastique social<\/em>. Grenoble\u00a0: PUG.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chevrier, Jacques. 1999. <em>Litt\u00e9rature d\u2019Afrique noire de langue fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diome, Fatou. 2003. <em>Le Ventre de l\u2019Atlantique<\/em>. Paris\u00a0: Anne-Carri\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diome, Fatou. 2006. <em>K\u00e9tala<\/em>. Paris\u00a0: Anne-Carri\u00e8re et Flammarion.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Fontanier, Pierre. 2002. <em>Les Figures du discours<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 1998. <em>Bleu-blanc-rouge<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2002. <em>Les petits fils n\u00e8gres de Vercing\u00e9torix<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2003. <em>African psycho<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou. Alain. 2005. <em>Verre cass\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mabanckou, Alain. 2006. <em>M\u00e9moires de porc-\u00e9pic<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Menossi, Mathieu. 2007. Qui de l\u2019homme et de l\u2019animal est le plus b\u00eate? Interview d\u2019Alain Mabanckou. [en ligne], <a href=\"http:\/\/www.Evene.fr\/livres\/actualit\u00e9\/alain-mabanckou-renaudot-memoires-porc-epic-734.php\">www.Evene.fr\/livres\/actualit\u00e9\/alain-mabanckou-renaudot-memoires-porc-epic-734.php<\/a>, consult\u00e9 le 25\/3\/2020<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Moura, Jean-Marc. 2007. <em>Litt\u00e9ratures francophones et th\u00e9ories postcoloniales<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Raharimanana, Jean-Luc. 2001. <em>Nour, 1947<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tutescu, Mariana. 1966. Le paradoxe, univers de croyance et pertinence argumentative. Dans Landheer, Ronald et Smith, Paul J. (dir.), <em>Le paradoxe en linguistique et en litt\u00e9rature<\/em> (p.\u00a079-82). Gen\u00e8ve\u00a0: Droz.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Waberi, Abdourahman Ali. 1997. <em>Balbala<\/em>. Paris\u00a0: Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Waberi, Abdourahman Ali. 2003. <em>Transit<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Waberi, Abdourahman Ali. 2006. <em>Aux Etats-Unis d\u2019Afrique<\/em>. Paris\u00a0: Jean-Claude Latt\u00e8s.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Yaari, Monique. 1988. <em>Ironie paradoxale et ironie po\u00e9tique\u00a0: vers une th\u00e9orie de l\u2019ironie moderne sur les traces de Gide dans \u00ab\u00a0Paludes\u00a0\u00bb<\/em>. Birmingham : Summa publications.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/manirambona\">manirambona<\/a><br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/contributors\/tunguhore\">F\u00e9lix TUNGUHORE<\/a><\/strong><br \/>Enseignant de langues attach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure du Burundi depuis 2000, F\u00e9lix Tunguhore est d\u00e9tenteur d&rsquo;un doctorat en litt\u00e9ratures africaines et francophones obtenu \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Cheik Anta Diop de Dakar au S\u00e9n\u00e9gal. Il est charg\u00e9 de  cours \u00e0 l&rsquo;ENS Burundi et responsable du master Kirundi-Kiswahili. Il est aussi chercheur au sein de l&rsquo;Unit\u00e9 de Recherche en Langues, litt\u00e9ratures, Didactiques et Sciences sociales (UReLDS) et vient de publier un article sur \u00a0\u00bb Le Kirundi dans les r\u00e9seaux sociaux: une analyse de l&rsquo;impact du r\u00e9seau whatsApp\u00a0\u00bb. Ses grands axes de recherche sont essentiellement la litt\u00e9rature, la communication et l&rsquo;enseignement des langues.<br \/>&nbsp;<br \/><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-94-1\">Selon Jean-Marc Moura le postcolonialisme renvoie, dans son contexte id\u00e9ologique, \u00e0 \u00ab\u00a0des pratiques de lecture et d\u2019\u00e9criture int\u00e9ress\u00e9es par les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination, et plus particuli\u00e8rement par les strat\u00e9gies de mise en \u00e9vidence, d\u2019analyse et d\u2019esquive du fonctionnement binaire des id\u00e9ologies imp\u00e9rialistes\u00a0\u00bb (Moura, 2007, p.\u00a011). <a href=\"#return-footnote-94-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-94-2\">Selon <em>Le Dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em>, le mot \u00ab\u00a0satire\u00a0\u00bb appara\u00eet en France avec l\u2019Humanisme (Aron <em>et al<\/em>., 2002, p.\u00a0560). <a href=\"#return-footnote-94-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":9,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["manirambona","tunguhore"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[81,332],"license":[],"class_list":["post-94","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-deconstruction","motscles-diaspora","motscles-francophonie","motscles-inversion","motscles-paradoxe","motscles-satire","keywords-deconstruction","keywords-diaspora","keywords-francophonie","keywords-inversion","keywords-paradox","keywords-satire","motscles-autre-ababa-mu-mahanga","motscles-autre-abasangiye-igifaransa","motscles-autre-agashinyaguro","motscles-autre-gucurika","motscles-autre-gusambura","motscles-autre-ibidafitaniye-isano","contributor-tunguhore","contributor-manirambona"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/94","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":28,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/94\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":686,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/94\/revisions\/686"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/94\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=94"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=94"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=94"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/mashamba\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=94"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}