{"id":113,"date":"2019-10-15T18:02:15","date_gmt":"2019-10-15T12:02:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/?post_type=chapter&#038;p=113"},"modified":"2024-12-31T15:10:34","modified_gmt":"2024-12-31T14:10:34","slug":"saha2019","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/texte\/saha2019\/","title":{"rendered":"Adaptation aux risques naturels et incertitudes climatiques en milieu soudano-sah\u00e9lien au Cameroun"},"content":{"raw":"<h2>Introduction<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le climat est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments du milieu biophysique difficilement saisissable (Lorenz, 1995). Cela est d\u00fb \u00e0 la pluralit\u00e9 des facteurs d\u00e9terminants et la variabilit\u00e9 spatiotemporelle. Depuis sa formation il y a 4 milliards d\u2019ann\u00e9es, la Terre a connu plusieurs phases climatiques marqu\u00e9es par des glaciations et des s\u00e8cheresses. De nombreuses recherches engag\u00e9es depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle r\u00e9v\u00e8lent que l\u2019\u00e8re actuelle conna\u00eet un accroissement des temp\u00e9ratures (GIEC, 2007). Les donn\u00e9es disponibles ont permis de consolider les r\u00e9sultats sur cet \u00e9l\u00e9ment du climat; m\u00eame si des divergences sont notables dans l\u2019\u00e9valuation de l\u2019ampleur. Les projections sont encore plus h\u00e9t\u00e9roclites. Les \u00e9tudes s\u2019accordent difficilement sur le sens de l\u2019\u00e9volution (diminution et\/ou augmentation) des pr\u00e9cipitations, un \u00e9l\u00e9ment du climat des plus inextricables. Il en est de m\u00eame de l\u2019ampleur et de la distribution spatiotemporelle des changements. L\u2019Afrique est l\u2019un des continents les plus touch\u00e9s. Le milieu naturel des pays de la zone tropicale est fragile. L\u2019\u00e9conomie primaire est notamment sensible aux fluctuations climatiques.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">On parle de plus en plus de la recrudescence des \u00e9v\u00e8nements extr\u00eames et des risques naturels. Pour certain.e.s, la fr\u00e9quence et l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements, \u00e0 l\u2019instar des inondations et de la s\u00e9cheresse, sont de plus en plus pr\u00e9occupantes. Cela exige, aux communaut\u00e9s vuln\u00e9rables, plus d\u2019efforts en termes d\u2019adaptation pour limiter les d\u00e9g\u00e2ts. Seulement, en l\u2019absence de donn\u00e9es fiables sur le profil des changements, cette t\u00e2che est plus ardue. L\u2019adaptation fait face \u00e0 la complexit\u00e9 d\u2019autres facteurs d\u00e9terminants comme la d\u00e9mographie, la s\u00e9curit\u00e9 et les financements. La bonne ma\u00eetrise de la ressource est pourtant d\u00e9terminante dans la planification et la mise en \u0153uvre de l\u2019adaptation. C\u2019est dans ce contexte que cette \u00e9tude interroge l\u2019incidence des incertitudes climatiques sur l\u2019adaptation aux risques naturels en milieu soudano-sah\u00e9lien au Cameroun. Cette partie du pays a connu ces derni\u00e8res ann\u00e9es des grandes s\u00e9cheresses et des inondations. Les acteurs et actrices qui se sont d\u00e9ploy\u00e9.e.s sur le terrain \u00e0 l\u2019occasion de ces catastrophes ont-ils\/elles convenablement cern\u00e9 les changements climatiques pour les int\u00e9grer dans les strat\u00e9gies d\u2019intervention? Quelles sont les nouvelles exigences de l\u2019adaptation dans ce contexte de fortes variabilit\u00e9s? Ces interrogations guideront la suite de ce travail.<\/p>\r\n\r\n<h2>Cadre de l\u2019\u00e9tude et d\u00e9marche m\u00e9thodologique<\/h2>\r\n<h3>Cadre de l\u2019\u00e9tude<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le Cameroun est partag\u00e9 entre deux zones climatiques : la zone \u00e9quatoriale et la zone tropicale (Suchel, 1988). Cette derni\u00e8re s\u2019\u00e9tale au-del\u00e0 du 6e parall\u00e8le avec deux nuances. Au sud, sur le plateau de l\u2019Adamaoua et la plaine de B\u00e9nou\u00e9, il est plus humide. Le domaine soudano-sah\u00e9lien concerne sp\u00e9cifiquement la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Les pr\u00e9cipitations y sont faibles et variables selon un gradient aussi bien latitudinal qu\u2019altitudinal. La moyenne interannuelle des pr\u00e9cipitations se situe autour de 700 mm au sud et 450 au nord. Le milieu naturel est aussi caract\u00e9ris\u00e9 par sa morphologie partitionn\u00e9e en trois grandes unit\u00e9s : les monts Mandara, sa p\u00e9diplaine et la plaine.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les monts Mandara sont un ensemble de moyennes montagnes avec des altitudes comprises entre 800 et 1500 m. Ils se caract\u00e9risent par des versants raides et des incisions vigoureuses avec des rivi\u00e8res qui compartimentent les diff\u00e9rents massifs constitutifs. La p\u00e9diplaine est la zone de transition entre les monts Mandara et la vaste plaine qui constitue l\u2019exutoire des cours d\u2019eau de la zone. Elle est annonc\u00e9e par la rupture de pente au pied de versants montagnards. La monotonie de la p\u00e9diplaine est rompue de part et d\u2019autre par des collines h\u00e9misph\u00e9riques sous forme de chaos rocheux, parfois pointus (Wakponou, 2004). Au-del\u00e0 de la p\u00e9diplaine, les pentes s\u2019amenuisent (20 cm\/km); c\u2019est le domaine de la platitude (Ngounou Ngatcha, 1993). L\u2019hydrographie est domin\u00e9e par le Logone et de nombreux cours d\u2019eau intermittents (mayo).<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au plan humain, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord est habit\u00e9e par pr\u00e8s de 4 millions de personnes (estimation \u00e0 partir des donn\u00e9es du troisi\u00e8me recensement g\u00e9n\u00e9ral de la population et de l\u2019habitat, BUCREP, 2010). \u00c0 l\u2019image du reste du Cameroun, il s\u2019agit d\u2019une population majoritairement jeune. Les moins de 15 ans repr\u00e9sentent plus de 50% de l\u2019effectif total. Pour une moyenne de 120 habitant.e.s par km\u00b2, la zone montagneuse et les villes sont plus dens\u00e9ment occup\u00e9es. L\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage et la p\u00eache sont les principales activit\u00e9s \u00e9conomiques. Le mil, le ni\u00e9b\u00e9, l\u2019arachide et le ma\u00efs sont les quatre premi\u00e8res cultures en termes d\u2019hectares occup\u00e9s. La p\u00eache est pratiqu\u00e9e sur les lacs (Maga et Tchad), le Logone et le grand Ya\u00e9r\u00e9 o\u00f9 la submersion pendant pr\u00e8s de quatre mois permet aux poissons de se reproduire. L\u2019\u00e9levage profite des savanes, des steppes et des prairies transform\u00e9es en p\u00e2turages.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_114\" align=\"aligncenter\" width=\"782\"]<img class=\"size-full wp-image-114\" src=\"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun.jpg\" alt=\"\" width=\"782\" height=\"450\" \/> <strong>Figure 1. <\/strong>Localisation de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (Source: Image Aster; Morin, 2000 et CBLT, 2010).[\/caption]\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019on consid\u00e8re les indicateurs de d\u00e9veloppement, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord est la plus en retard du Cameroun. 74% de la population vivent en de\u00e7\u00e0 du seuil de pauvret\u00e9[footnote]Ce taux est de 37,5% \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.[\/footnote] (INS, 2015). En 2007, seulement 47,5% de la population de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord (15-24 ans) \u00e9tait scolaris\u00e9e; pourtant, ce taux se situe \u00e0 83,1% au niveau national. Le r\u00e9seau routier est \u00e9galement de mauvaise qualit\u00e9 : 2% des routes sont rev\u00eatues. L\u2019habitat est domin\u00e9 \u00e0 69,47% par les constructions non durables (murs en t\u00f4le, en terre battue ou en paille; les toits en paille et\/ou en chaume et les sols non rev\u00eatus). Le taux d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable est de 40%.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, qui vient d\u2019\u00eatre succinctement pr\u00e9sent\u00e9e, est tr\u00e8s vuln\u00e9rable aux al\u00e9as naturels. La mise en place de la population se situe entre le 15<sup>e<\/sup> et le 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Seignobos, 2000). Celle-ci a d\u00e9velopp\u00e9 une multitude de techniques pour s\u2019adapter, lesquelles se sont diversifi\u00e9es et renforc\u00e9es au fil des ann\u00e9es avec l\u2019am\u00e9lioration en continu de la perception des risques. Cette r\u00e9gion fait aujourd\u2019hui face aux changements climatiques. Le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas encore suffisamment cern\u00e9 par l\u2019ensemble des acteurs et actrices. Il s\u2019agit alors d\u2019un probl\u00e8me suppl\u00e9mentaire pour ces populations qui vivent d\u00e9j\u00e0 dans un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 avanc\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n<h3>Donn\u00e9es et analyses<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L'\u00e9tude jumelle les donn\u00e9es quantitatives et qualitatives. Constitu\u00e9es essentiellement des mesures des pluies journali\u00e8res et des temp\u00e9ratures moyennes mensuelles, les mesures climatiques couvrent six stations pour une p\u00e9riode variable entre 1948-2015. Le traitement de ces donn\u00e9es permet de mettre en \u00e9vidence les diff\u00e9rentes tendances climatiques. Ces derni\u00e8res sont observ\u00e9es au plan d\u00e9cennal, interannuel et saisonnier. Les applications XlStat, Excel et KhronoStat ont permis de calculer diff\u00e9rents indices et de construire les figures qui accompagnent le texte. D\u2019autres donn\u00e9es sont issues des observations de terrain men\u00e9es entre 2015 et 2018. L\u2019application d\u2019un questionnaire aux parties prenantes et les enqu\u00eates semi-structur\u00e9es constituent l\u2019essentiel de ces investigations.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Il est \u00e0 noter que la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun a fait l\u2019objet d\u2019un grand nombre d\u2019\u00e9tudes qui concernent aussi bien le climat que la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des populations aux al\u00e9as naturels. Pour ce qui est des risques, quelques travaux (Anougue Tonfack <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013; Saha <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2017)\u00a0rel\u00e8vent diff\u00e9rents facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Le projet REPECC (R\u00e9silience des Populations aux Effets des Changements Climatiques) a produit aussi un ensemble de donn\u00e9es sur le climat et les risques dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Ces donn\u00e9es constituent le cadre de compr\u00e9hension et d\u2019analyse des r\u00e9sultats de cette \u00e9tude. Il en est de m\u00eame des donn\u00e9es socio\u00e9conomiques et d\u00e9mographiques produites majoritairement par l\u2019INS (Institut National de la Statistique) et le BUCREP (Bureau Central du Recensement et d\u2019\u00c9tudes de la Population). Les plus r\u00e9centes sont contenues dans les rapports du quatri\u00e8me ECAM (Enqu\u00eates Camerounaises Aupr\u00e8s des M\u00e9nages) et reprises par le rapport national sur les OMD (Objectifs du Mill\u00e9naire pour le D\u00e9veloppement) publi\u00e9 en 2015.<\/p>\r\n\r\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\r\n<h3>Contexte g\u00e9n\u00e9ral d\u2019incertitude climatique<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Il est aujourd\u2019hui admis \u00e0 plus de 90%, et ce malgr\u00e9 la r\u00e9ticence des climato-sceptiques, que le rythme et l\u2019ampleur des changements que conna\u00eet le climat de la plan\u00e8te sont in\u00e9dits. La responsabilit\u00e9 de l'humain dans cet \u00e9tat de choses est \u00e9tablie avec le m\u00eame niveau de certitude. Seulement, l\u2019\u00e9valuation des changements et les simulations sont frapp\u00e9es de la concordance\/discordance des observations, des th\u00e9ories et mod\u00e8les mis en \u0153uvre (Kergomard, 2012). La difficult\u00e9 des parties membres de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) rend compte des divergences quant aux enjeux. L\u2019\u00e9chec de la conf\u00e9rence de Copenhague en 2015 et le discr\u00e9dit entretenu par certains milieux au sujet du GIEC (Groupe Intergouvernemental des Experts sur l\u2019\u00c9volution du Climat), reproch\u00e9 de parti pris, sont quelques angles de compr\u00e9hension. Le GIEC s\u2019est en effet rendu coupable d\u2019une mauvaise appr\u00e9ciation de nombreux faits, la fonte des glaciers de l\u2019Himalaya notamment. C\u2019est dans ce contexte que les critiques des rapports de cette institution ont \u00e9t\u00e9 produites avec une extr\u00eame s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Ce d\u00e9bat est aussi aliment\u00e9 par l\u2019absence de scientificit\u00e9 des rapports des Organisations Non Gouvernementales (ONG) de protection de la nature qui font essentiellement un travail militant.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">N\u00e9anmoins, on observe un consensus autour de plusieurs \u00e9l\u00e9ments. Tous les milieux s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures. Le GIEC (2007) fait \u00e9tat d\u2019une augmentation de 0,65 \u00b0C entre 1961 et 2003. Ce changement concerne plus les terres que les mers, l\u2019h\u00e9misph\u00e8re nord que l\u2019h\u00e9misph\u00e8re sud. La diminution des couvertures neigeuses est aussi une r\u00e9alit\u00e9. La banquise a perdu pr\u00e8s de 40% de sa superficie en quatre d\u00e9cennies. La remont\u00e9e du niveau de la mer suit un rythme de 1,8 mm\/an entre 1961 et 2003 (GIEC, 2007) et affecte diversement les pays du monde. Le profil des pr\u00e9cipitations est moins lin\u00e9aire. Les zones g\u00e9ographiques du monde sont diversement affect\u00e9es. L\u2019Afrique, le bassin m\u00e9diterran\u00e9en et l\u2019Asie du Sud connaissent essentiellement la diminution des quantit\u00e9s tandis que le reste de l\u2019Asie, l\u2019Europe et les Am\u00e9riques assistent aux augmentations. L\u2019ampleur de ces changements affecte les pr\u00e9cipitations et est moins ma\u00eetris\u00e9e : ces situations moyennes cachent bien de r\u00e9alit\u00e9s internes \u00e0 chaque r\u00e9gion.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les changements climatiques affectent l\u2019Afrique \u00e0 travers l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures et le d\u00e9r\u00e8glement des pr\u00e9cipitations. Notons qu\u2019il s\u2019agit de deux \u00e9l\u00e9ments du climat naturellement instables aussi bien aux \u00e9chelles temporelles que spatiales. Les communaut\u00e9s disposent alors de quelques approches empiriques de pr\u00e9vision pour planifier leurs activit\u00e9s. Dans la zone du lac Tchad par exemple, le mouvement des \u00e9toiles et de la lune, le mouvement des oiseaux, l\u2019orientation de leur nid et le moment de leur reproduction sont des facteurs qui permettent de faire les pr\u00e9visions sur les pr\u00e9cipitations jusqu\u2019au pas de temps journalier. L\u2019annonce des changements climatiques, avec l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de nouveaux facteurs, contribue au for\u00e7age du syst\u00e8me et remet en cause ces techniques. En outre, les milieux scientifiques sont incapables de fournir \u00e0 temps l\u2019information pour orienter le syst\u00e8me de production.<\/p>\r\n\r\n<h3>Incertitudes sur le climat de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun : divergences de perception<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019angle du pass\u00e9 et les pr\u00e9visions sur le climat de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun permettent de mettre en exergue quelques dissonances. La pertinence de ces \u00e9tudes tient de la place qu\u2019elles occupent dans l\u2019orientation des politiques \u00e9conomiques et d\u2019am\u00e9nagement de l\u2019espace. La perception est la repr\u00e9sentation que l\u2019on se fait d\u2019un objet. Elle est construite par la conscience \u00e0 partir des sensations (Guillou &amp; Moingeon, 2000). Cette entr\u00e9e a permis de produire une importante litt\u00e9rature sur les changements climatiques; la climatologie met ainsi l\u2019humain au centre des investigations. Dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, plusieurs institutions comme le Programme des Nations Unies pour l\u2019Environnement (PNUD), le Minist\u00e8re de l\u2019Environnement, de la Protection de la Nature et du D\u00e9veloppement Durable (MINEPDED) et la Coop\u00e9ration allemande (GIZ, 2013) ont consult\u00e9 les populations pour avoir leurs appr\u00e9hensions psychologiques et m\u00eame leurs interpr\u00e9tations techniques des changements climatiques. Globalement, les membres des communaut\u00e9s consult\u00e9es ne s\u2019accordent que tr\u00e8s peu sur l\u2019\u00e9volution interannuelle de leur climat. Certains le trouvent plus chaud, d\u2019autre plus froid, certains plus pluvieux, d\u2019autres moins (figure 2). Certains crit\u00e8res (sexe, \u00e2ge, activit\u00e9, ambition, nombre d'ann\u00e9es pass\u00e9es dans la zone,\u00a0 etc.) sont \u00e9voqu\u00e9s pour expliquer ces divergences.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_115\" align=\"aligncenter\" width=\"823\"]<img class=\"size-full wp-image-115\" src=\"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun.jpg\" alt=\"\" width=\"823\" height=\"383\" \/> <strong>Figure 2. <\/strong>Perception des changements climatiques par les populations dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun.<br \/>Source : Enqu\u00eate de terrain, 2017[\/caption]\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au plan spatial, une certaine variabilit\u00e9 du climat est observable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la r\u00e9gion\u00a0quoiqu\u2019il se d\u00e9gage aussi des divergences au sein des populations du m\u00eame arrondissement. L\u2019orientation des politiques de construction de la r\u00e9silience des populations adopte forc\u00e9ment l\u2019avis de la majorit\u00e9 qui per\u00e7oit le climat plus chaud et plus sec. Le probl\u00e8me vient du fait que ces strat\u00e9gies p\u00e9n\u00e8trent difficilement les populations aux avis contraires.<\/p>\r\n\r\n<h3>Divergence entre rapports et donn\u00e9es d\u2019observation<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les \u00e9chelles saisonni\u00e8res, interannuelles et d\u00e9cennales pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat certain dans la planification des activit\u00e9s et l\u2019am\u00e9nagement du territoire. De mani\u00e8re r\u00e9trospective, on s\u2019accorde sur l\u2019existence d\u2019une s\u00e9cheresse qui a d\u00e9but\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 dans toute la partie sah\u00e9lienne de l\u2019Afrique. On peut le voir avec les donn\u00e9es de deux stations de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (figure 3).<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_116\" align=\"aligncenter\" width=\"838\"]<img class=\"size-full wp-image-116\" src=\"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9.jpg\" alt=\"\" width=\"838\" height=\"352\" \/> <strong>Figure 3. <\/strong>Test d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sur les pr\u00e9cipitations de Yagoua et Ka\u00e9l\u00e9 (Source : Fr\u00e9d\u00e9ric Saha, figure originale).[\/caption]\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette situation ressort de l\u2019ensemble des donn\u00e9es d\u2019observation de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Une tendance au retour de l\u2019humidit\u00e9 se dessine \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1990 sans que le niveau d\u2019avant 1970 ne soit encore atteint (tableau\u00a01).<\/p>\r\n<img class=\"alignnone wp-image-624\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-300x138.png\" alt=\"\" width=\"562\" height=\"258\" \/>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Il faut remarquer que ces observations ne sont pas toujours en concordance avec les pr\u00e9visions propos\u00e9es par les diff\u00e9rentes institutions. Le PNUD a conclu en 2008 \u00e0 la baisse des pr\u00e9cipitations au Cameroun suivant une cadence de -2,2% par d\u00e9cennie (depuis 1960) en ignorant ainsi le retour de l\u2019humidit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 assez document\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale. Dans la m\u00eame orientation, le MINEPDED, dans la cadre du Plan National d\u2019Adaptation aux Changements Climatiques (PNACC), parle d\u2019une baisse de 4,07% par d\u00e9cennie au cours des six derni\u00e8res d\u00e9cennies pour la zone soudano-sah\u00e9lienne du Cameroun. En ignorant la sp\u00e9cificit\u00e9 de la p\u00e9riode actuelle. Ces deux \u00e9valuations orientent les politiques vers l\u2019adaptation \u00e0 un environnement plus sec dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord; pourtant, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Le milieu scientifique \u00e9prouve ainsi de la peine \u00e0 se d\u00e9faire de l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue et entretenue pendant la p\u00e9riode de p\u00e9joration, laquelle consid\u00e8re avec caricature que la zone sah\u00e9lienne est condamn\u00e9e \u00e0 la baisse des pr\u00e9cipitations.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Sur le plan prospectif, le <em>Climate Service Center<\/em> (CSC) a propos\u00e9 en 2013 diff\u00e9rents sc\u00e9narios sur le bassin du Congo. La zone soudano-sah\u00e9lienne du Cameroun fait partir de la zone 1. Ici, l\u2019orientation (baisse ou augmentation) du changement dans le sc\u00e9nario de faible \u00e9mission comme celui de forte \u00e9mission n\u2019est pas connue. Ce sont des intervalles qui sont propos\u00e9s : -4 \u00e0 17 \u00e0 l\u2019horizon 2050 et -14 \u00e0 18 pour 2100. Dans la mesure o\u00f9 leur p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence est 1961-1990, on peut d\u00e9j\u00e0 faire quelques observations \u00e0 la lumi\u00e8re des donn\u00e9es disponibles (1991-2015).<\/p>\r\n\r\n<table class=\"aligncenter\"><caption>Tableau 2. Projections des pr\u00e9cipitations moyennes annuelles dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (source : service r\u00e9gional de la m\u00e9t\u00e9orologie de l\u2019Extr\u00eame-Nord, 2017).<\/caption>\r\n<tbody>\r\n<tr>\r\n<td>Station<\/td>\r\n<td>R\u00e9f\u00e9rence 1961-1990<\/td>\r\n<td>Observation 1991-2015<\/td>\r\n<td>Taux (%)<\/td>\r\n<td>Projection en 2030 (-10 \u00e0 15)<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Maroua<\/td>\r\n<td>770<\/td>\r\n<td>837<\/td>\r\n<td>8,7<\/td>\r\n<td>693 \u00e0 886<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Yagoua<\/td>\r\n<td>716<\/td>\r\n<td>751<\/td>\r\n<td>4,88<\/td>\r\n<td>645 \u00e0 823<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Kouss\u00e9ri<\/td>\r\n<td>470<\/td>\r\n<td>552<\/td>\r\n<td>17,45<\/td>\r\n<td>423 \u00e0 540<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Ka\u00e9l\u00e9<\/td>\r\n<td>779<\/td>\r\n<td>842<\/td>\r\n<td>8,08<\/td>\r\n<td>701 \u00e0 895<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Mora<\/td>\r\n<td>618<\/td>\r\n<td>764<\/td>\r\n<td>23,62<\/td>\r\n<td>556 \u00e0 711<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Mokolo<\/td>\r\n<td>946<\/td>\r\n<td style=\"text-align: left\">964<\/td>\r\n<td>1,87<\/td>\r\n<td>852 \u00e0 1088<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<tr>\r\n<td>Moyenne<\/td>\r\n<td>716<\/td>\r\n<td>785<\/td>\r\n<td>10,77<\/td>\r\n<td style=\"text-align: left\">645 \u00e0 823<\/td>\r\n<\/tr>\r\n<\/tbody>\r\n<\/table>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les six stations prises en compte font \u00e9tat d\u2019une augmentation des quantit\u00e9s de pr\u00e9cipitations dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Remarquons que les ann\u00e9es 2016, 2017 et 2018 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement tr\u00e8s humides. \u00c0 l\u2019horizon 2020, la question sur l\u2019orientation des pr\u00e9cipitations reste intacte. La largeur des intervalles rend compte de la prudence des expert.e.s et ne fournit malheureusement pas d\u2019informations utiles. La question se pose aussi sur la variabilit\u00e9 du nombre de jours pluvieux, la dur\u00e9e des saisons, les fr\u00e9quences des \u00e9v\u00e8nements extr\u00eames et des pauses pluviom\u00e9triques qui sont autant de param\u00e8tres utiles \u00e0 la planification de l\u2019adaptation aux risques naturels.<\/p>\r\n\r\n<h3>Incertitudes climatiques comme contraintes \u00e0 l\u2019adaptation aux risques<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les trois dimensions de l\u2019adaptation (pr\u00e9ventive, r\u00e9active et de r\u00e9habilitation) sont autant de fen\u00eatres de compr\u00e9hension de l\u2019incidence des incertitudes climatiques. Aucun.e acteur.rice n\u2019\u00e9chappe \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 des faits. L\u2019\u00e9valuation des risques est un axe majeur de la pr\u00e9vention des catastrophes. Diff\u00e9rents cadres d\u2019action (la d\u00e9cennie mondiale de la pr\u00e9vention des catastrophes, le cadre d\u2019action de Yokohama, de Hy\u014dgo et de Senda\u00ef) la mentionnent comme relevant de la responsabilit\u00e9 des \u00c9tats. Au Cameroun, le plan national de contingence attribue cette responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Observatoire National des Risques (ONR). Mis en place en 2003, cet organisme a pour mission : \u00ab la collecte, la gestion et la diffusion des informations sur les risques naturels, technologiques, industriels et anthropiques \u00bb (Cameroun, Arr\u00eat\u00e9 no 037\/PM, 19 mars 2003, Art. 2, alin\u00e9a 1). L\u2019ONR s\u2019appuie sur les organismes techniques \u00e0 l\u2019instar du service de la m\u00e9t\u00e9orologie, de l\u2019Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC), de l\u2019Institut National de la Cartographie, de l\u2019Institut des Ressources G\u00e9ologiques et Mini\u00e8res (IRGM), du Centre des Recherches Hydrologiques (CRH), etc. En ce qui concerne le climat, aucune institution ne dispose \u00e0 ce jour d\u2019un solide r\u00e9seau de collecte de donn\u00e9es. Dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord, seulement 15% des stations climatiques et m\u00e9t\u00e9orologiques sont fonctionnelles. L\u2019\u00c9tat central n\u2019a pas consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 sa juste valeur le besoin de donn\u00e9es dans la strat\u00e9gie de r\u00e9duction des risques. En outre, l\u2019appropriation des donn\u00e9es satellitaires est encore tr\u00e8s faible. Dans ces conditions, l\u2019ONR s\u2019appuie essentiellement sur les pr\u00e9visions des organismes tels que le PNUD et le CSC. Pourtant, leurs analyses sont impr\u00e9cises et inappropri\u00e9es \u00e0 la prise de d\u00e9cision. Ainsi, la prise en compte des donn\u00e9es climatiques dans la mise en place d\u2019infrastructures est approximative. Quelques cas pratiques permettent d\u2019\u00e9tayer ce point de vue.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les inondations de 2012 au Cameroun, Tchad, Nig\u00e9ria, Niger, Burkina Faso et S\u00e9n\u00e9gal restent dans la m\u00e9moire de nombreux Africain.e.s de la zone tropicale (OCHA, 2012). C\u2019est l\u2019une des plus graves catastrophes hydroclimatiques de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, on a d\u00e9nombr\u00e9 pr\u00e8s de 20 morts et 20 000 d\u00e9plac\u00e9s avec des pertes mat\u00e9rielles estim\u00e9es \u00e0 plus d\u2019un milliard de F CFA. Face \u00e0 cette catastrophe, le gouvernement a alors pris acte du retour de l\u2019humidit\u00e9, mais aussi de l\u2019\u00e9tat d\u00e9fectueux des ouvrages hydrauliques de protection. Le projet d\u2019urgence de lutte contre les inondations (PULCI) est lanc\u00e9 en 2013. Il est question d\u2019adapter les infrastructures au nouvel ordre climatique caract\u00e9ris\u00e9 par la fr\u00e9quence d\u2019ann\u00e9es de pluviom\u00e9trie exc\u00e9dentaire avec occurrence des ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames. Le calibrage des digues est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019absence et\/ou l\u2019insuffisance de donn\u00e9es hydropluviom\u00e9triques de longue dur\u00e9e pour la mod\u00e9lisation. L\u2019ouvrage mis en place par le Cameroun ressemble \u00e0 celui du Tchad avec une sur\u00e9l\u00e9vation de 2 cm. Notons cependant que le Tchad dispose d\u2019une meilleure s\u00e9rie de donn\u00e9es sur les d\u00e9bits du Logone.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En 2013, 2015 et 2017, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun est une fois de plus frapp\u00e9e par des inondations meurtri\u00e8res. Les populations situ\u00e9es sur le long du Logone sont plus touch\u00e9es. Si les arrondissements qui accueillent les ouvrages du PULCI ont \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s, ce sont les villages en aval de la digue (Patmanga\u00ef par exemple dans l\u2019arrondissement de Zina) qui sont de plus en plus expos\u00e9s. On pourrait parler d\u2019un transfert de risque ou de mauvaise adaptation au vu de cette situation o\u00f9 la protection de certaines communaut\u00e9s condamne les autres. En effet, les arrondissements de Yagoua, V\u00e9l\u00e9, Kaikai et Maga ont connu, dans le cadre du PULCI, une r\u00e9duction substantielle de leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux inondations. La commune de Zina, quant \u00e0 elle, est plut\u00f4t de plus en plus touch\u00e9e. Cela menace la vie et les moyens de subsistance de milliers d\u2019agriculteurs et agricultrices, d'\u00e9leveurs et \u00e9leveuses et de p\u00eacheurs et p\u00eacheuses.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans leur d\u00e9brouillardise, pour faire face aux exc\u00e8s et limitations de leur environnement, les populations sont aussi confront\u00e9es \u00e0 cette incertitude climatique. Les populations de l\u2019arrondissement de Zina ont d\u00e9cid\u00e9 en 2016 de ne pas repiquer le riz par crainte d\u2019exc\u00e8s pluviom\u00e9triques (Laborde <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2018). Cette prudence s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e inutile, car ce fut une ann\u00e9e sans exc\u00e8s de pr\u00e9cipitations. Ainsi, les sorties m\u00e9diatiques sur les changements climatiques, sans v\u00e9ritable orientation, am\u00e8nent les populations \u00e0 perdre confiance en leurs connaissances ancestrales, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la compr\u00e9hension de leur environnement qu\u2019elles ont apprise aupr\u00e8s de leurs anc\u00eatres. Les errements li\u00e9s aux incertitudes climatiques sont d\u2019autant plus pr\u00e9judiciables dans le domaine \u00e9conomique. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle saisonni\u00e8re, les donn\u00e9es sur le retour des pr\u00e9cipitations, la dur\u00e9e de la saison des pluies et l\u2019existence de s\u00e9quences s\u00e8ches sont autant de param\u00e8tres vitaux \u00e0 la planification de l\u2019activit\u00e9 agricole, gage de la r\u00e9silience.<\/p>\r\n\r\n<h3>Promouvoir les approches locales d\u2019adaptation au d\u00e9triment du top-down<\/h3>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019adaptation est un processus suffisamment complexe. Lorsque la disponibilit\u00e9 des donn\u00e9es n\u2019est pas r\u00e9elle, la mauvaise adaptation est in\u00e9vitable. En outre, il faut faire la diff\u00e9rence entre les projets g\u00e9opolitiques comme les digues et les r\u00e9ponses aux besoins des populations (Magrin, 2016). La r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun met en exergue l\u2019\u00e9chec des politiques de type <em>top-down<\/em> dans la plaine de Waza Logone (Laborde <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2018). Il s\u2019agit d\u2019un environnement assez complexe o\u00f9 l\u2019\u00c9tat a entrepris quelques projets dont on pourrait questionner la pertinence. La lutte contre les inondations, soutenue par les autorit\u00e9s, s\u2019inscrit en contradiction avec les aspirations des communaut\u00e9s locales qui entendent vivre avec celles-ci.<\/p>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette divergence entre les aspirations des populations et l\u2019orientation des politiques publiques est aussi observ\u00e9e dans la vaste campagne de construction de petits barrages le long du Mayo Tsanaga. Les populations de l\u2019arrondissement de Bogo, en aval de ce cours d\u2019eau intermittent, s\u2019opposent \u00e0 ces projets. En effet, ces derniers attendent l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019eau pour la recharge de la nappe phr\u00e9atique et les cultures mara\u00eech\u00e8res. Les obstacles \u00e0 l\u2019\u00e9coulement du Mayo Tsanaga plongeraient les populations de l\u2019arrondissement de Bogo dans la s\u00e9cheresse. Ces deux exemples invitent \u00e0 une meilleure collaboration entre les autorit\u00e9s et les communaut\u00e9s locales b\u00e9n\u00e9ficiaires. L\u2019approche <em>bottom-up<\/em>, ou plut\u00f4t l\u2019autonomisation des communaut\u00e9s locales, est un gage d\u2019efficacit\u00e9 dans l\u2019adaptation aux risques et \u00e0 la construction de la r\u00e9silience.<\/p>\r\n\r\n<h2>Conclusion<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce texte avait pour objectif de mettre en \u00e9vidence le contexte d\u2019incertitudes climatiques en zone soudano-sah\u00e9lienne au Cameroun dans l\u2019optique de montrer leur incidence sur l\u2019adaptation aux risques naturels. Il ressort qu\u2019il est difficile de dresser le profil des pr\u00e9cipitations dans cette zone. Les perceptions des communaut\u00e9s sont divergentes. Entre les donn\u00e9es d\u2019observation et les pr\u00e9visions par les centres de recherche sp\u00e9cialis\u00e9s, il est difficile de se faire une id\u00e9e assez solide. Le Cameroun fait globalement face \u00e0 un probl\u00e8me de disponibilit\u00e9 de donn\u00e9es de longues dur\u00e9es aussi bien sur les param\u00e8tres climatiques qu\u2019hydrologiques. Dans ce contexte, la prise de d\u00e9cision pour des actions pr\u00e9ventives contre les risques naturels n\u2019est pas suffisamment \u00e9clair\u00e9e. L\u2019annonce d\u2019un changement de grande ampleur d\u00e9tourne les populations de leurs connaissances ancestrales sans qu\u2019une v\u00e9ritable alternative leur soit propos\u00e9e. M\u00eame si l\u2019atmosph\u00e8re est un KO, les pays en d\u00e9veloppement ont encore beaucoup d\u2019efforts \u00e0 faire pour affiner leurs pr\u00e9visions. Or, les connaissances endog\u00e8nes repr\u00e9sentent un atout qui doit \u00eatre valoris\u00e9 pour faire face au probl\u00e8me.<\/p>\r\n\r\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Anougue Tonfack, Bernadine, Etguiro Ngwaibo, Felix, Haiwe, Bertrand Roger, Nwowe Wanfeo, Tchokolva, Pierre et Dominique Wadai. 2013. <em>Rapport de l\u2019\u00e9tude sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des communes de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord aux effets du changement climatique<\/em>. Maroua, Cameroun : GIZ.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">BUCREP. 2010. <em>Troisi\u00e8me Recensement G\u00e9n\u00e9ral de la Population et de l\u2019Habitat (RGPH III)<\/em>. Rapport de pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats d\u00e9finitifs. Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Cameroun, Arr\u00eat\u00e9 no 037\/PM du 19 mars 2003 portant cr\u00e9ation, organisation et fonctionnement d'un Observatoire National des Risques.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">CBLT. 2010. <i>Cr\u00e9ation et vulgarisation d\u2019une charte de l\u2019eau du lac Tchad<\/i><i>\u00a0Phase 1 \u2013 Diagnostic A - Les d\u00e9fis de gestion de l\u2019eau et des \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e0 relever en commun<\/i>. Version d\u00e9finitive, 177p.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">GIEC. 2007. <em>Bilan 2007 des changements climatiques. Contribution des Groupes de travail I, II et III au quatri\u00e8me Rapport d\u2019\u00e9valuation du GIEC<\/em>. Gen\u00e8ve : GIEC.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">GIZ. 2013. <em>Rapport d\u2019\u00e9tude sur le changement climatique, la dynamique d\u00e9mographique et la sant\u00e9 de reproduction dans les r\u00e9gions du Sud-Ouest et de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun<\/em>. Yaound\u00e9 : GIZ.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Guillou, Marc et Moingeon, Michel. 2000. <em>Dictionnaire Universel<\/em> (3e \u00e9d.). Paris : Hachette\/EDICEF.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">INS. 2015. <em>Rapport national sur les Objectifs du Mill\u00e9naire pour le D\u00e9veloppement en 2015<\/em>. Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Kergomard, Claude. 2012. Changement climatique\u202f: certitudes, incertitudes et controverses. <em>Territoire en mouvement<\/em>, <em>12<\/em>, 4\u201117. https:\/\/doi.org\/10.4000\/tem.1424<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Laborde Sarah, Mahamat, Aboukar et Moritz, Mark. (2018). The interplay of top-down planning and adaptive self-organization in an African floodplain. <em>Human Ecology<\/em>, <em>46<\/em> (2), 171-182.\r\n<a href=\"https:\/\/link.springer.com\/content\/pdf\/10.1007\/s10745-018-9977-y.pdf\">https:\/\/link.springer.com\/content\/pdf\/10.1007\/s10745-018-9977-y.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Lorenz, Edward Norton. 1995. Un battement d\u2019aile de papillon au Br\u00e9sil peut-il d\u00e9clencher une tornade au Texas\u202f?. <em>Alliage<\/em>, 42\u201145.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Magrin, G\u00e9raud. 2016. The disappearance of Lake Chad : History of a myth. <em>Journal of Political Ecology<\/em>, <em>23<\/em>, 204\u2011222.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Morin, Serge. 2000. G\u00e9omorphologie. Dans C. Seignobos et O. Iy\u00e9bi-Mandjek (dir.),<b> <\/b><i>Atlas de la province de L\u2019Extr\u00eame-Nord<\/i><i> du Cameroun <\/i>(p. 7-17)<i>.<\/i> Paris : Editions de l\u2019IRD.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Ngounou Ngatcha, Benjamin. 1993. <em>Hydrog\u00e9ologie des aquif\u00e8res complexes en zone semi-aride- Les aquif\u00e8res quaternaires des Grandes Ya\u00e9r\u00e9s (Nord Cameroun)<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Joseph Fourier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">OCHA. 2012). <em>Note de Synth\u00e8se : Impact des inondations Afrique de l\u2019Ouest et du Centre, septembre 2012<\/em>. Note de synth\u00e8se.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Saha, Fr\u00e9d\u00e9ric <em>et al<\/em>. 2017. <em>D\u00e9ficits hydro pluviom\u00e9trique et implications sur l\u2019activit\u00e9 agricole en zone soudano sah\u00e9lienne au Cameroun : cas de Maroua et Yagoua<\/em>. Dans S. A. Abossolo, J. A. Amougou et M. Tchindjang (dir.), <em>Perturbations climatiques et pratiques agricoles dans les zones agro\u00e9cologiques du Cameroun<\/em> (p. 91-104). Paris : \u00c9ditions connaissances et savoirs.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Suchel, Jean Bernard. 1988. <em>Les climats du Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Saint \u00c9tienne.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Wakponou, Anselme. 2004. <em>Dynamique g\u00e9omorphologique des basses terres soudano-sah\u00e9liennes dans l\u2019Extr\u00eame-Nord-Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Reims Champagne-Ardenne.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le climat soudano-sah\u00e9lien r\u00e8gne sur la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Cette r\u00e9gion pr\u00e9sente le plus grand retard socio\u00e9conomique du pays (INS, 2015). La faible productivit\u00e9 du milieu et la forte croissance d\u00e9mographique sont entre autres les principaux facteurs explicatifs. Cette r\u00e9gion se raccorde \u00e0 la bande sah\u00e9lienne du continent africain caract\u00e9ris\u00e9e par une longue saison s\u00e8che. Le contexte contemporain des changements climatiques est un d\u00e9fi suppl\u00e9mentaire pour les populations de cette zone. Cette contribution met en exergue les diff\u00e9rents visages de l\u2019incertitude climatique qui affecte essentiellement les pr\u00e9cipitations dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Une analyse de l\u2019incidence de cette incertitude sur les initiatives d\u2019adaptation est ensuite livr\u00e9e. Les investigations reposent sur une enqu\u00eate de terrain men\u00e9e dans les six d\u00e9partements que compte cette r\u00e9gion. En outre, l\u2019analyse des donn\u00e9es pluviom\u00e9triques permet de faire diff\u00e9rentes observations. Il en ressort que les variations saisonni\u00e8res et interannuelles des pr\u00e9cipitations sont difficilement pr\u00e9visibles. M\u00eame l\u2019orientation du changement est variable d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 une autre, cela complique les initiatives d\u2019adaptation aux risques dans cette zone.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/adaptation\/\">Adaptation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/changement-climatique\/\">Changement climatique<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/climat-soudano-sahelien\/\">Climat soudano-sah\u00e9lien<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/extreme-nord-du-cameroun\/\">Extr\u00eame-Nord du Cameroun<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/incertitude-climatique\/\">Incertitude climatique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">The Sudano-Sahelian climate prevails in the Far North region of Cameroon. This region has the largest socio-economic underdevelopment in the country (INS, 2015). The low productivity of the environment and high population growth are among the main factors that explain this. This region is connected to the Sahelian strip of the African continent characterized by a long dry season. The contemporary context of climate change is an additional challenge for the populations of this area. This paper highlights the different faces of climate uncertainty that primarily affects rainfall in Cameroon\u2019s Far North region. An analysis of the impact of environmental uncertainty on adaptation initiatives is then provided. The investigations are based on a field survey conducted in the six departments of the region. In addition, the analysis of rainfall data allows different observations to be made. It shows that seasonal and inter-annual variations in precipitation are difficult to predict. Even the direction of change varies from year to year, making it difficult to adapt to risks in this area.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/adaptation\/\">Adaptation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/climate-change\/\">climate change<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/climate-uncertainty\/\">Climate uncertainty<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/far-north-of-cameroon\/\">Far-north of Cameroon<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/soudano-sahelian-climate\/\">Soudano-sahelian climate<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>13 f\u00e9vrier 2019<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>1 juin 2019<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>15 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Introduction<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le climat est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments du milieu biophysique difficilement saisissable (Lorenz, 1995). Cela est d\u00fb \u00e0 la pluralit\u00e9 des facteurs d\u00e9terminants et la variabilit\u00e9 spatiotemporelle. Depuis sa formation il y a 4 milliards d\u2019ann\u00e9es, la Terre a connu plusieurs phases climatiques marqu\u00e9es par des glaciations et des s\u00e8cheresses. De nombreuses recherches engag\u00e9es depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle r\u00e9v\u00e8lent que l\u2019\u00e8re actuelle conna\u00eet un accroissement des temp\u00e9ratures (GIEC, 2007). Les donn\u00e9es disponibles ont permis de consolider les r\u00e9sultats sur cet \u00e9l\u00e9ment du climat; m\u00eame si des divergences sont notables dans l\u2019\u00e9valuation de l\u2019ampleur. Les projections sont encore plus h\u00e9t\u00e9roclites. Les \u00e9tudes s\u2019accordent difficilement sur le sens de l\u2019\u00e9volution (diminution et\/ou augmentation) des pr\u00e9cipitations, un \u00e9l\u00e9ment du climat des plus inextricables. Il en est de m\u00eame de l\u2019ampleur et de la distribution spatiotemporelle des changements. L\u2019Afrique est l\u2019un des continents les plus touch\u00e9s. Le milieu naturel des pays de la zone tropicale est fragile. L\u2019\u00e9conomie primaire est notamment sensible aux fluctuations climatiques.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">On parle de plus en plus de la recrudescence des \u00e9v\u00e8nements extr\u00eames et des risques naturels. Pour certain.e.s, la fr\u00e9quence et l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements, \u00e0 l\u2019instar des inondations et de la s\u00e9cheresse, sont de plus en plus pr\u00e9occupantes. Cela exige, aux communaut\u00e9s vuln\u00e9rables, plus d\u2019efforts en termes d\u2019adaptation pour limiter les d\u00e9g\u00e2ts. Seulement, en l\u2019absence de donn\u00e9es fiables sur le profil des changements, cette t\u00e2che est plus ardue. L\u2019adaptation fait face \u00e0 la complexit\u00e9 d\u2019autres facteurs d\u00e9terminants comme la d\u00e9mographie, la s\u00e9curit\u00e9 et les financements. La bonne ma\u00eetrise de la ressource est pourtant d\u00e9terminante dans la planification et la mise en \u0153uvre de l\u2019adaptation. C\u2019est dans ce contexte que cette \u00e9tude interroge l\u2019incidence des incertitudes climatiques sur l\u2019adaptation aux risques naturels en milieu soudano-sah\u00e9lien au Cameroun. Cette partie du pays a connu ces derni\u00e8res ann\u00e9es des grandes s\u00e9cheresses et des inondations. Les acteurs et actrices qui se sont d\u00e9ploy\u00e9.e.s sur le terrain \u00e0 l\u2019occasion de ces catastrophes ont-ils\/elles convenablement cern\u00e9 les changements climatiques pour les int\u00e9grer dans les strat\u00e9gies d\u2019intervention? Quelles sont les nouvelles exigences de l\u2019adaptation dans ce contexte de fortes variabilit\u00e9s? Ces interrogations guideront la suite de ce travail.<\/p>\n<h2>Cadre de l\u2019\u00e9tude et d\u00e9marche m\u00e9thodologique<\/h2>\n<h3>Cadre de l\u2019\u00e9tude<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le Cameroun est partag\u00e9 entre deux zones climatiques : la zone \u00e9quatoriale et la zone tropicale (Suchel, 1988). Cette derni\u00e8re s\u2019\u00e9tale au-del\u00e0 du 6e parall\u00e8le avec deux nuances. Au sud, sur le plateau de l\u2019Adamaoua et la plaine de B\u00e9nou\u00e9, il est plus humide. Le domaine soudano-sah\u00e9lien concerne sp\u00e9cifiquement la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Les pr\u00e9cipitations y sont faibles et variables selon un gradient aussi bien latitudinal qu\u2019altitudinal. La moyenne interannuelle des pr\u00e9cipitations se situe autour de 700 mm au sud et 450 au nord. Le milieu naturel est aussi caract\u00e9ris\u00e9 par sa morphologie partitionn\u00e9e en trois grandes unit\u00e9s : les monts Mandara, sa p\u00e9diplaine et la plaine.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les monts Mandara sont un ensemble de moyennes montagnes avec des altitudes comprises entre 800 et 1500 m. Ils se caract\u00e9risent par des versants raides et des incisions vigoureuses avec des rivi\u00e8res qui compartimentent les diff\u00e9rents massifs constitutifs. La p\u00e9diplaine est la zone de transition entre les monts Mandara et la vaste plaine qui constitue l\u2019exutoire des cours d\u2019eau de la zone. Elle est annonc\u00e9e par la rupture de pente au pied de versants montagnards. La monotonie de la p\u00e9diplaine est rompue de part et d\u2019autre par des collines h\u00e9misph\u00e9riques sous forme de chaos rocheux, parfois pointus (Wakponou, 2004). Au-del\u00e0 de la p\u00e9diplaine, les pentes s\u2019amenuisent (20 cm\/km); c\u2019est le domaine de la platitude (Ngounou Ngatcha, 1993). L\u2019hydrographie est domin\u00e9e par le Logone et de nombreux cours d\u2019eau intermittents (mayo).<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au plan humain, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord est habit\u00e9e par pr\u00e8s de 4 millions de personnes (estimation \u00e0 partir des donn\u00e9es du troisi\u00e8me recensement g\u00e9n\u00e9ral de la population et de l\u2019habitat, BUCREP, 2010). \u00c0 l\u2019image du reste du Cameroun, il s\u2019agit d\u2019une population majoritairement jeune. Les moins de 15 ans repr\u00e9sentent plus de 50% de l\u2019effectif total. Pour une moyenne de 120 habitant.e.s par km\u00b2, la zone montagneuse et les villes sont plus dens\u00e9ment occup\u00e9es. L\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage et la p\u00eache sont les principales activit\u00e9s \u00e9conomiques. Le mil, le ni\u00e9b\u00e9, l\u2019arachide et le ma\u00efs sont les quatre premi\u00e8res cultures en termes d\u2019hectares occup\u00e9s. La p\u00eache est pratiqu\u00e9e sur les lacs (Maga et Tchad), le Logone et le grand Ya\u00e9r\u00e9 o\u00f9 la submersion pendant pr\u00e8s de quatre mois permet aux poissons de se reproduire. L\u2019\u00e9levage profite des savanes, des steppes et des prairies transform\u00e9es en p\u00e2turages.<\/p>\n<figure id=\"attachment_114\" aria-describedby=\"caption-attachment-114\" style=\"width: 782px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-114\" src=\"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun.jpg\" alt=\"\" width=\"782\" height=\"450\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun.jpg 782w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-300x173.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-768x442.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-65x37.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-225x129.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Localisation-de-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-350x201.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 782px) 100vw, 782px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-114\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Figure 1. <\/strong>Localisation de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (Source: Image Aster; Morin, 2000 et CBLT, 2010).<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Lorsqu\u2019on consid\u00e8re les indicateurs de d\u00e9veloppement, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord est la plus en retard du Cameroun. 74% de la population vivent en de\u00e7\u00e0 du seuil de pauvret\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Ce taux est de 37,5% \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.\" id=\"return-footnote-113-1\" href=\"#footnote-113-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> (INS, 2015). En 2007, seulement 47,5% de la population de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord (15-24 ans) \u00e9tait scolaris\u00e9e; pourtant, ce taux se situe \u00e0 83,1% au niveau national. Le r\u00e9seau routier est \u00e9galement de mauvaise qualit\u00e9 : 2% des routes sont rev\u00eatues. L\u2019habitat est domin\u00e9 \u00e0 69,47% par les constructions non durables (murs en t\u00f4le, en terre battue ou en paille; les toits en paille et\/ou en chaume et les sols non rev\u00eatus). Le taux d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable est de 40%.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">La r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, qui vient d\u2019\u00eatre succinctement pr\u00e9sent\u00e9e, est tr\u00e8s vuln\u00e9rable aux al\u00e9as naturels. La mise en place de la population se situe entre le 15<sup>e<\/sup> et le 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Seignobos, 2000). Celle-ci a d\u00e9velopp\u00e9 une multitude de techniques pour s\u2019adapter, lesquelles se sont diversifi\u00e9es et renforc\u00e9es au fil des ann\u00e9es avec l\u2019am\u00e9lioration en continu de la perception des risques. Cette r\u00e9gion fait aujourd\u2019hui face aux changements climatiques. Le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas encore suffisamment cern\u00e9 par l\u2019ensemble des acteurs et actrices. Il s\u2019agit alors d\u2019un probl\u00e8me suppl\u00e9mentaire pour ces populations qui vivent d\u00e9j\u00e0 dans un \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 avanc\u00e9e.<\/p>\n<h3>Donn\u00e9es et analyses<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L&rsquo;\u00e9tude jumelle les donn\u00e9es quantitatives et qualitatives. Constitu\u00e9es essentiellement des mesures des pluies journali\u00e8res et des temp\u00e9ratures moyennes mensuelles, les mesures climatiques couvrent six stations pour une p\u00e9riode variable entre 1948-2015. Le traitement de ces donn\u00e9es permet de mettre en \u00e9vidence les diff\u00e9rentes tendances climatiques. Ces derni\u00e8res sont observ\u00e9es au plan d\u00e9cennal, interannuel et saisonnier. Les applications XlStat, Excel et KhronoStat ont permis de calculer diff\u00e9rents indices et de construire les figures qui accompagnent le texte. D\u2019autres donn\u00e9es sont issues des observations de terrain men\u00e9es entre 2015 et 2018. L\u2019application d\u2019un questionnaire aux parties prenantes et les enqu\u00eates semi-structur\u00e9es constituent l\u2019essentiel de ces investigations.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Il est \u00e0 noter que la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun a fait l\u2019objet d\u2019un grand nombre d\u2019\u00e9tudes qui concernent aussi bien le climat que la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des populations aux al\u00e9as naturels. Pour ce qui est des risques, quelques travaux (Anougue Tonfack <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013; Saha <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2017)\u00a0rel\u00e8vent diff\u00e9rents facteurs de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Le projet REPECC (R\u00e9silience des Populations aux Effets des Changements Climatiques) a produit aussi un ensemble de donn\u00e9es sur le climat et les risques dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord. Ces donn\u00e9es constituent le cadre de compr\u00e9hension et d\u2019analyse des r\u00e9sultats de cette \u00e9tude. Il en est de m\u00eame des donn\u00e9es socio\u00e9conomiques et d\u00e9mographiques produites majoritairement par l\u2019INS (Institut National de la Statistique) et le BUCREP (Bureau Central du Recensement et d\u2019\u00c9tudes de la Population). Les plus r\u00e9centes sont contenues dans les rapports du quatri\u00e8me ECAM (Enqu\u00eates Camerounaises Aupr\u00e8s des M\u00e9nages) et reprises par le rapport national sur les OMD (Objectifs du Mill\u00e9naire pour le D\u00e9veloppement) publi\u00e9 en 2015.<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\n<h3>Contexte g\u00e9n\u00e9ral d\u2019incertitude climatique<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Il est aujourd\u2019hui admis \u00e0 plus de 90%, et ce malgr\u00e9 la r\u00e9ticence des climato-sceptiques, que le rythme et l\u2019ampleur des changements que conna\u00eet le climat de la plan\u00e8te sont in\u00e9dits. La responsabilit\u00e9 de l&rsquo;humain dans cet \u00e9tat de choses est \u00e9tablie avec le m\u00eame niveau de certitude. Seulement, l\u2019\u00e9valuation des changements et les simulations sont frapp\u00e9es de la concordance\/discordance des observations, des th\u00e9ories et mod\u00e8les mis en \u0153uvre (Kergomard, 2012). La difficult\u00e9 des parties membres de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) rend compte des divergences quant aux enjeux. L\u2019\u00e9chec de la conf\u00e9rence de Copenhague en 2015 et le discr\u00e9dit entretenu par certains milieux au sujet du GIEC (Groupe Intergouvernemental des Experts sur l\u2019\u00c9volution du Climat), reproch\u00e9 de parti pris, sont quelques angles de compr\u00e9hension. Le GIEC s\u2019est en effet rendu coupable d\u2019une mauvaise appr\u00e9ciation de nombreux faits, la fonte des glaciers de l\u2019Himalaya notamment. C\u2019est dans ce contexte que les critiques des rapports de cette institution ont \u00e9t\u00e9 produites avec une extr\u00eame s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Ce d\u00e9bat est aussi aliment\u00e9 par l\u2019absence de scientificit\u00e9 des rapports des Organisations Non Gouvernementales (ONG) de protection de la nature qui font essentiellement un travail militant.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">N\u00e9anmoins, on observe un consensus autour de plusieurs \u00e9l\u00e9ments. Tous les milieux s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures. Le GIEC (2007) fait \u00e9tat d\u2019une augmentation de 0,65 \u00b0C entre 1961 et 2003. Ce changement concerne plus les terres que les mers, l\u2019h\u00e9misph\u00e8re nord que l\u2019h\u00e9misph\u00e8re sud. La diminution des couvertures neigeuses est aussi une r\u00e9alit\u00e9. La banquise a perdu pr\u00e8s de 40% de sa superficie en quatre d\u00e9cennies. La remont\u00e9e du niveau de la mer suit un rythme de 1,8 mm\/an entre 1961 et 2003 (GIEC, 2007) et affecte diversement les pays du monde. Le profil des pr\u00e9cipitations est moins lin\u00e9aire. Les zones g\u00e9ographiques du monde sont diversement affect\u00e9es. L\u2019Afrique, le bassin m\u00e9diterran\u00e9en et l\u2019Asie du Sud connaissent essentiellement la diminution des quantit\u00e9s tandis que le reste de l\u2019Asie, l\u2019Europe et les Am\u00e9riques assistent aux augmentations. L\u2019ampleur de ces changements affecte les pr\u00e9cipitations et est moins ma\u00eetris\u00e9e : ces situations moyennes cachent bien de r\u00e9alit\u00e9s internes \u00e0 chaque r\u00e9gion.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les changements climatiques affectent l\u2019Afrique \u00e0 travers l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures et le d\u00e9r\u00e8glement des pr\u00e9cipitations. Notons qu\u2019il s\u2019agit de deux \u00e9l\u00e9ments du climat naturellement instables aussi bien aux \u00e9chelles temporelles que spatiales. Les communaut\u00e9s disposent alors de quelques approches empiriques de pr\u00e9vision pour planifier leurs activit\u00e9s. Dans la zone du lac Tchad par exemple, le mouvement des \u00e9toiles et de la lune, le mouvement des oiseaux, l\u2019orientation de leur nid et le moment de leur reproduction sont des facteurs qui permettent de faire les pr\u00e9visions sur les pr\u00e9cipitations jusqu\u2019au pas de temps journalier. L\u2019annonce des changements climatiques, avec l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de nouveaux facteurs, contribue au for\u00e7age du syst\u00e8me et remet en cause ces techniques. En outre, les milieux scientifiques sont incapables de fournir \u00e0 temps l\u2019information pour orienter le syst\u00e8me de production.<\/p>\n<h3>Incertitudes sur le climat de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun : divergences de perception<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019angle du pass\u00e9 et les pr\u00e9visions sur le climat de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun permettent de mettre en exergue quelques dissonances. La pertinence de ces \u00e9tudes tient de la place qu\u2019elles occupent dans l\u2019orientation des politiques \u00e9conomiques et d\u2019am\u00e9nagement de l\u2019espace. La perception est la repr\u00e9sentation que l\u2019on se fait d\u2019un objet. Elle est construite par la conscience \u00e0 partir des sensations (Guillou &amp; Moingeon, 2000). Cette entr\u00e9e a permis de produire une importante litt\u00e9rature sur les changements climatiques; la climatologie met ainsi l\u2019humain au centre des investigations. Dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, plusieurs institutions comme le Programme des Nations Unies pour l\u2019Environnement (PNUD), le Minist\u00e8re de l\u2019Environnement, de la Protection de la Nature et du D\u00e9veloppement Durable (MINEPDED) et la Coop\u00e9ration allemande (GIZ, 2013) ont consult\u00e9 les populations pour avoir leurs appr\u00e9hensions psychologiques et m\u00eame leurs interpr\u00e9tations techniques des changements climatiques. Globalement, les membres des communaut\u00e9s consult\u00e9es ne s\u2019accordent que tr\u00e8s peu sur l\u2019\u00e9volution interannuelle de leur climat. Certains le trouvent plus chaud, d\u2019autre plus froid, certains plus pluvieux, d\u2019autres moins (figure 2). Certains crit\u00e8res (sexe, \u00e2ge, activit\u00e9, ambition, nombre d&rsquo;ann\u00e9es pass\u00e9es dans la zone,\u00a0 etc.) sont \u00e9voqu\u00e9s pour expliquer ces divergences.<\/p>\n<figure id=\"attachment_115\" aria-describedby=\"caption-attachment-115\" style=\"width: 823px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-115\" src=\"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun.jpg\" alt=\"\" width=\"823\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun.jpg 823w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-300x140.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-768x357.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-65x30.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-225x105.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Perception-des-changements-climatiques-par-les-populations-dans-la-r\u00e9gion-de-l\u2019Extr\u00eame-Nord-du-Cameroun-350x163.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 823px) 100vw, 823px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-115\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Figure 2. <\/strong>Perception des changements climatiques par les populations dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun.<br \/>Source : Enqu\u00eate de terrain, 2017<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Au plan spatial, une certaine variabilit\u00e9 du climat est observable \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la r\u00e9gion\u00a0quoiqu\u2019il se d\u00e9gage aussi des divergences au sein des populations du m\u00eame arrondissement. L\u2019orientation des politiques de construction de la r\u00e9silience des populations adopte forc\u00e9ment l\u2019avis de la majorit\u00e9 qui per\u00e7oit le climat plus chaud et plus sec. Le probl\u00e8me vient du fait que ces strat\u00e9gies p\u00e9n\u00e8trent difficilement les populations aux avis contraires.<\/p>\n<h3>Divergence entre rapports et donn\u00e9es d\u2019observation<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les \u00e9chelles saisonni\u00e8res, interannuelles et d\u00e9cennales pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat certain dans la planification des activit\u00e9s et l\u2019am\u00e9nagement du territoire. De mani\u00e8re r\u00e9trospective, on s\u2019accorde sur l\u2019existence d\u2019une s\u00e9cheresse qui a d\u00e9but\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 dans toute la partie sah\u00e9lienne de l\u2019Afrique. On peut le voir avec les donn\u00e9es de deux stations de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (figure 3).<\/p>\n<figure id=\"attachment_116\" aria-describedby=\"caption-attachment-116\" style=\"width: 838px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-116\" src=\"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9.jpg\" alt=\"\" width=\"838\" height=\"352\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9.jpg 838w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9-300x126.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9-768x323.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9-65x27.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9-225x95.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Test-d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9-sur-les-pr\u00e9cipitations-de-Yagoua-et-Ka\u00e9l\u00e9-350x147.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 838px) 100vw, 838px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-116\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Figure 3. <\/strong>Test d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sur les pr\u00e9cipitations de Yagoua et Ka\u00e9l\u00e9 (Source : Fr\u00e9d\u00e9ric Saha, figure originale).<\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette situation ressort de l\u2019ensemble des donn\u00e9es d\u2019observation de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Une tendance au retour de l\u2019humidit\u00e9 se dessine \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1990 sans que le niveau d\u2019avant 1970 ne soit encore atteint (tableau\u00a01).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-624\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-300x138.png\" alt=\"\" width=\"562\" height=\"258\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-300x138.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-1024x469.png 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-768x352.png 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-65x30.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-225x103.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha-350x160.png 350w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2019\/10\/Tableau-1-Saha.png 1348w\" sizes=\"auto, (max-width: 562px) 100vw, 562px\" \/><\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Il faut remarquer que ces observations ne sont pas toujours en concordance avec les pr\u00e9visions propos\u00e9es par les diff\u00e9rentes institutions. Le PNUD a conclu en 2008 \u00e0 la baisse des pr\u00e9cipitations au Cameroun suivant une cadence de -2,2% par d\u00e9cennie (depuis 1960) en ignorant ainsi le retour de l\u2019humidit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 assez document\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale. Dans la m\u00eame orientation, le MINEPDED, dans la cadre du Plan National d\u2019Adaptation aux Changements Climatiques (PNACC), parle d\u2019une baisse de 4,07% par d\u00e9cennie au cours des six derni\u00e8res d\u00e9cennies pour la zone soudano-sah\u00e9lienne du Cameroun. En ignorant la sp\u00e9cificit\u00e9 de la p\u00e9riode actuelle. Ces deux \u00e9valuations orientent les politiques vers l\u2019adaptation \u00e0 un environnement plus sec dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord; pourtant, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Le milieu scientifique \u00e9prouve ainsi de la peine \u00e0 se d\u00e9faire de l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue et entretenue pendant la p\u00e9riode de p\u00e9joration, laquelle consid\u00e8re avec caricature que la zone sah\u00e9lienne est condamn\u00e9e \u00e0 la baisse des pr\u00e9cipitations.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Sur le plan prospectif, le <em>Climate Service Center<\/em> (CSC) a propos\u00e9 en 2013 diff\u00e9rents sc\u00e9narios sur le bassin du Congo. La zone soudano-sah\u00e9lienne du Cameroun fait partir de la zone 1. Ici, l\u2019orientation (baisse ou augmentation) du changement dans le sc\u00e9nario de faible \u00e9mission comme celui de forte \u00e9mission n\u2019est pas connue. Ce sont des intervalles qui sont propos\u00e9s : -4 \u00e0 17 \u00e0 l\u2019horizon 2050 et -14 \u00e0 18 pour 2100. Dans la mesure o\u00f9 leur p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence est 1961-1990, on peut d\u00e9j\u00e0 faire quelques observations \u00e0 la lumi\u00e8re des donn\u00e9es disponibles (1991-2015).<\/p>\n<table class=\"aligncenter\">\n<caption>Tableau 2. Projections des pr\u00e9cipitations moyennes annuelles dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (source : service r\u00e9gional de la m\u00e9t\u00e9orologie de l\u2019Extr\u00eame-Nord, 2017).<\/caption>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Station<\/td>\n<td>R\u00e9f\u00e9rence 1961-1990<\/td>\n<td>Observation 1991-2015<\/td>\n<td>Taux (%)<\/td>\n<td>Projection en 2030 (-10 \u00e0 15)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Maroua<\/td>\n<td>770<\/td>\n<td>837<\/td>\n<td>8,7<\/td>\n<td>693 \u00e0 886<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Yagoua<\/td>\n<td>716<\/td>\n<td>751<\/td>\n<td>4,88<\/td>\n<td>645 \u00e0 823<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Kouss\u00e9ri<\/td>\n<td>470<\/td>\n<td>552<\/td>\n<td>17,45<\/td>\n<td>423 \u00e0 540<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ka\u00e9l\u00e9<\/td>\n<td>779<\/td>\n<td>842<\/td>\n<td>8,08<\/td>\n<td>701 \u00e0 895<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Mora<\/td>\n<td>618<\/td>\n<td>764<\/td>\n<td>23,62<\/td>\n<td>556 \u00e0 711<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Mokolo<\/td>\n<td>946<\/td>\n<td style=\"text-align: left\">964<\/td>\n<td>1,87<\/td>\n<td>852 \u00e0 1088<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Moyenne<\/td>\n<td>716<\/td>\n<td>785<\/td>\n<td>10,77<\/td>\n<td style=\"text-align: left\">645 \u00e0 823<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les six stations prises en compte font \u00e9tat d\u2019une augmentation des quantit\u00e9s de pr\u00e9cipitations dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Remarquons que les ann\u00e9es 2016, 2017 et 2018 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement tr\u00e8s humides. \u00c0 l\u2019horizon 2020, la question sur l\u2019orientation des pr\u00e9cipitations reste intacte. La largeur des intervalles rend compte de la prudence des expert.e.s et ne fournit malheureusement pas d\u2019informations utiles. La question se pose aussi sur la variabilit\u00e9 du nombre de jours pluvieux, la dur\u00e9e des saisons, les fr\u00e9quences des \u00e9v\u00e8nements extr\u00eames et des pauses pluviom\u00e9triques qui sont autant de param\u00e8tres utiles \u00e0 la planification de l\u2019adaptation aux risques naturels.<\/p>\n<h3>Incertitudes climatiques comme contraintes \u00e0 l\u2019adaptation aux risques<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les trois dimensions de l\u2019adaptation (pr\u00e9ventive, r\u00e9active et de r\u00e9habilitation) sont autant de fen\u00eatres de compr\u00e9hension de l\u2019incidence des incertitudes climatiques. Aucun.e acteur.rice n\u2019\u00e9chappe \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 des faits. L\u2019\u00e9valuation des risques est un axe majeur de la pr\u00e9vention des catastrophes. Diff\u00e9rents cadres d\u2019action (la d\u00e9cennie mondiale de la pr\u00e9vention des catastrophes, le cadre d\u2019action de Yokohama, de Hy\u014dgo et de Senda\u00ef) la mentionnent comme relevant de la responsabilit\u00e9 des \u00c9tats. Au Cameroun, le plan national de contingence attribue cette responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Observatoire National des Risques (ONR). Mis en place en 2003, cet organisme a pour mission : \u00ab la collecte, la gestion et la diffusion des informations sur les risques naturels, technologiques, industriels et anthropiques \u00bb (Cameroun, Arr\u00eat\u00e9 no 037\/PM, 19 mars 2003, Art. 2, alin\u00e9a 1). L\u2019ONR s\u2019appuie sur les organismes techniques \u00e0 l\u2019instar du service de la m\u00e9t\u00e9orologie, de l\u2019Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC), de l\u2019Institut National de la Cartographie, de l\u2019Institut des Ressources G\u00e9ologiques et Mini\u00e8res (IRGM), du Centre des Recherches Hydrologiques (CRH), etc. En ce qui concerne le climat, aucune institution ne dispose \u00e0 ce jour d\u2019un solide r\u00e9seau de collecte de donn\u00e9es. Dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord, seulement 15% des stations climatiques et m\u00e9t\u00e9orologiques sont fonctionnelles. L\u2019\u00c9tat central n\u2019a pas consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 sa juste valeur le besoin de donn\u00e9es dans la strat\u00e9gie de r\u00e9duction des risques. En outre, l\u2019appropriation des donn\u00e9es satellitaires est encore tr\u00e8s faible. Dans ces conditions, l\u2019ONR s\u2019appuie essentiellement sur les pr\u00e9visions des organismes tels que le PNUD et le CSC. Pourtant, leurs analyses sont impr\u00e9cises et inappropri\u00e9es \u00e0 la prise de d\u00e9cision. Ainsi, la prise en compte des donn\u00e9es climatiques dans la mise en place d\u2019infrastructures est approximative. Quelques cas pratiques permettent d\u2019\u00e9tayer ce point de vue.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les inondations de 2012 au Cameroun, Tchad, Nig\u00e9ria, Niger, Burkina Faso et S\u00e9n\u00e9gal restent dans la m\u00e9moire de nombreux Africain.e.s de la zone tropicale (OCHA, 2012). C\u2019est l\u2019une des plus graves catastrophes hydroclimatiques de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, on a d\u00e9nombr\u00e9 pr\u00e8s de 20 morts et 20 000 d\u00e9plac\u00e9s avec des pertes mat\u00e9rielles estim\u00e9es \u00e0 plus d\u2019un milliard de F CFA. Face \u00e0 cette catastrophe, le gouvernement a alors pris acte du retour de l\u2019humidit\u00e9, mais aussi de l\u2019\u00e9tat d\u00e9fectueux des ouvrages hydrauliques de protection. Le projet d\u2019urgence de lutte contre les inondations (PULCI) est lanc\u00e9 en 2013. Il est question d\u2019adapter les infrastructures au nouvel ordre climatique caract\u00e9ris\u00e9 par la fr\u00e9quence d\u2019ann\u00e9es de pluviom\u00e9trie exc\u00e9dentaire avec occurrence des ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames. Le calibrage des digues est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019absence et\/ou l\u2019insuffisance de donn\u00e9es hydropluviom\u00e9triques de longue dur\u00e9e pour la mod\u00e9lisation. L\u2019ouvrage mis en place par le Cameroun ressemble \u00e0 celui du Tchad avec une sur\u00e9l\u00e9vation de 2 cm. Notons cependant que le Tchad dispose d\u2019une meilleure s\u00e9rie de donn\u00e9es sur les d\u00e9bits du Logone.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">En 2013, 2015 et 2017, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun est une fois de plus frapp\u00e9e par des inondations meurtri\u00e8res. Les populations situ\u00e9es sur le long du Logone sont plus touch\u00e9es. Si les arrondissements qui accueillent les ouvrages du PULCI ont \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s, ce sont les villages en aval de la digue (Patmanga\u00ef par exemple dans l\u2019arrondissement de Zina) qui sont de plus en plus expos\u00e9s. On pourrait parler d\u2019un transfert de risque ou de mauvaise adaptation au vu de cette situation o\u00f9 la protection de certaines communaut\u00e9s condamne les autres. En effet, les arrondissements de Yagoua, V\u00e9l\u00e9, Kaikai et Maga ont connu, dans le cadre du PULCI, une r\u00e9duction substantielle de leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux inondations. La commune de Zina, quant \u00e0 elle, est plut\u00f4t de plus en plus touch\u00e9e. Cela menace la vie et les moyens de subsistance de milliers d\u2019agriculteurs et agricultrices, d&rsquo;\u00e9leveurs et \u00e9leveuses et de p\u00eacheurs et p\u00eacheuses.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Dans leur d\u00e9brouillardise, pour faire face aux exc\u00e8s et limitations de leur environnement, les populations sont aussi confront\u00e9es \u00e0 cette incertitude climatique. Les populations de l\u2019arrondissement de Zina ont d\u00e9cid\u00e9 en 2016 de ne pas repiquer le riz par crainte d\u2019exc\u00e8s pluviom\u00e9triques (Laborde <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2018). Cette prudence s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e inutile, car ce fut une ann\u00e9e sans exc\u00e8s de pr\u00e9cipitations. Ainsi, les sorties m\u00e9diatiques sur les changements climatiques, sans v\u00e9ritable orientation, am\u00e8nent les populations \u00e0 perdre confiance en leurs connaissances ancestrales, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la compr\u00e9hension de leur environnement qu\u2019elles ont apprise aupr\u00e8s de leurs anc\u00eatres. Les errements li\u00e9s aux incertitudes climatiques sont d\u2019autant plus pr\u00e9judiciables dans le domaine \u00e9conomique. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle saisonni\u00e8re, les donn\u00e9es sur le retour des pr\u00e9cipitations, la dur\u00e9e de la saison des pluies et l\u2019existence de s\u00e9quences s\u00e8ches sont autant de param\u00e8tres vitaux \u00e0 la planification de l\u2019activit\u00e9 agricole, gage de la r\u00e9silience.<\/p>\n<h3>Promouvoir les approches locales d\u2019adaptation au d\u00e9triment du top-down<\/h3>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019adaptation est un processus suffisamment complexe. Lorsque la disponibilit\u00e9 des donn\u00e9es n\u2019est pas r\u00e9elle, la mauvaise adaptation est in\u00e9vitable. En outre, il faut faire la diff\u00e9rence entre les projets g\u00e9opolitiques comme les digues et les r\u00e9ponses aux besoins des populations (Magrin, 2016). La r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun met en exergue l\u2019\u00e9chec des politiques de type <em>top-down<\/em> dans la plaine de Waza Logone (Laborde <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2018). Il s\u2019agit d\u2019un environnement assez complexe o\u00f9 l\u2019\u00c9tat a entrepris quelques projets dont on pourrait questionner la pertinence. La lutte contre les inondations, soutenue par les autorit\u00e9s, s\u2019inscrit en contradiction avec les aspirations des communaut\u00e9s locales qui entendent vivre avec celles-ci.<\/p>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Cette divergence entre les aspirations des populations et l\u2019orientation des politiques publiques est aussi observ\u00e9e dans la vaste campagne de construction de petits barrages le long du Mayo Tsanaga. Les populations de l\u2019arrondissement de Bogo, en aval de ce cours d\u2019eau intermittent, s\u2019opposent \u00e0 ces projets. En effet, ces derniers attendent l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019eau pour la recharge de la nappe phr\u00e9atique et les cultures mara\u00eech\u00e8res. Les obstacles \u00e0 l\u2019\u00e9coulement du Mayo Tsanaga plongeraient les populations de l\u2019arrondissement de Bogo dans la s\u00e9cheresse. Ces deux exemples invitent \u00e0 une meilleure collaboration entre les autorit\u00e9s et les communaut\u00e9s locales b\u00e9n\u00e9ficiaires. L\u2019approche <em>bottom-up<\/em>, ou plut\u00f4t l\u2019autonomisation des communaut\u00e9s locales, est un gage d\u2019efficacit\u00e9 dans l\u2019adaptation aux risques et \u00e0 la construction de la r\u00e9silience.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce texte avait pour objectif de mettre en \u00e9vidence le contexte d\u2019incertitudes climatiques en zone soudano-sah\u00e9lienne au Cameroun dans l\u2019optique de montrer leur incidence sur l\u2019adaptation aux risques naturels. Il ressort qu\u2019il est difficile de dresser le profil des pr\u00e9cipitations dans cette zone. Les perceptions des communaut\u00e9s sont divergentes. Entre les donn\u00e9es d\u2019observation et les pr\u00e9visions par les centres de recherche sp\u00e9cialis\u00e9s, il est difficile de se faire une id\u00e9e assez solide. Le Cameroun fait globalement face \u00e0 un probl\u00e8me de disponibilit\u00e9 de donn\u00e9es de longues dur\u00e9es aussi bien sur les param\u00e8tres climatiques qu\u2019hydrologiques. Dans ce contexte, la prise de d\u00e9cision pour des actions pr\u00e9ventives contre les risques naturels n\u2019est pas suffisamment \u00e9clair\u00e9e. L\u2019annonce d\u2019un changement de grande ampleur d\u00e9tourne les populations de leurs connaissances ancestrales sans qu\u2019une v\u00e9ritable alternative leur soit propos\u00e9e. M\u00eame si l\u2019atmosph\u00e8re est un KO, les pays en d\u00e9veloppement ont encore beaucoup d\u2019efforts \u00e0 faire pour affiner leurs pr\u00e9visions. Or, les connaissances endog\u00e8nes repr\u00e9sentent un atout qui doit \u00eatre valoris\u00e9 pour faire face au probl\u00e8me.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\">Anougue Tonfack, Bernadine, Etguiro Ngwaibo, Felix, Haiwe, Bertrand Roger, Nwowe Wanfeo, Tchokolva, Pierre et Dominique Wadai. 2013. <em>Rapport de l\u2019\u00e9tude sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des communes de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord aux effets du changement climatique<\/em>. Maroua, Cameroun : GIZ.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">BUCREP. 2010. <em>Troisi\u00e8me Recensement G\u00e9n\u00e9ral de la Population et de l\u2019Habitat (RGPH III)<\/em>. Rapport de pr\u00e9sentation des r\u00e9sultats d\u00e9finitifs. Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Cameroun, Arr\u00eat\u00e9 no 037\/PM du 19 mars 2003 portant cr\u00e9ation, organisation et fonctionnement d&rsquo;un Observatoire National des Risques.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">CBLT. 2010. <i>Cr\u00e9ation et vulgarisation d\u2019une charte de l\u2019eau du lac Tchad<\/i><i>\u00a0Phase 1 \u2013 Diagnostic A &#8211; Les d\u00e9fis de gestion de l\u2019eau et des \u00e9cosyst\u00e8mes \u00e0 relever en commun<\/i>. Version d\u00e9finitive, 177p.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">GIEC. 2007. <em>Bilan 2007 des changements climatiques. Contribution des Groupes de travail I, II et III au quatri\u00e8me Rapport d\u2019\u00e9valuation du GIEC<\/em>. Gen\u00e8ve : GIEC.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">GIZ. 2013. <em>Rapport d\u2019\u00e9tude sur le changement climatique, la dynamique d\u00e9mographique et la sant\u00e9 de reproduction dans les r\u00e9gions du Sud-Ouest et de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun<\/em>. Yaound\u00e9 : GIZ.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Guillou, Marc et Moingeon, Michel. 2000. <em>Dictionnaire Universel<\/em> (3e \u00e9d.). Paris : Hachette\/EDICEF.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">INS. 2015. <em>Rapport national sur les Objectifs du Mill\u00e9naire pour le D\u00e9veloppement en 2015<\/em>. Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Kergomard, Claude. 2012. Changement climatique\u202f: certitudes, incertitudes et controverses. <em>Territoire en mouvement<\/em>, <em>12<\/em>, 4\u201117. https:\/\/doi.org\/10.4000\/tem.1424<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Laborde Sarah, Mahamat, Aboukar et Moritz, Mark. (2018). The interplay of top-down planning and adaptive self-organization in an African floodplain. <em>Human Ecology<\/em>, <em>46<\/em> (2), 171-182.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/link.springer.com\/content\/pdf\/10.1007\/s10745-018-9977-y.pdf\">https:\/\/link.springer.com\/content\/pdf\/10.1007\/s10745-018-9977-y.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Lorenz, Edward Norton. 1995. Un battement d\u2019aile de papillon au Br\u00e9sil peut-il d\u00e9clencher une tornade au Texas\u202f?. <em>Alliage<\/em>, 42\u201145.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Magrin, G\u00e9raud. 2016. The disappearance of Lake Chad : History of a myth. <em>Journal of Political Ecology<\/em>, <em>23<\/em>, 204\u2011222.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Morin, Serge. 2000. G\u00e9omorphologie. Dans C. Seignobos et O. Iy\u00e9bi-Mandjek (dir.),<b> <\/b><i>Atlas de la province de L\u2019Extr\u00eame-Nord<\/i><i> du Cameroun <\/i>(p. 7-17)<i>.<\/i> Paris : Editions de l\u2019IRD.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Ngounou Ngatcha, Benjamin. 1993. <em>Hydrog\u00e9ologie des aquif\u00e8res complexes en zone semi-aride- Les aquif\u00e8res quaternaires des Grandes Ya\u00e9r\u00e9s (Nord Cameroun)<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Joseph Fourier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">OCHA. 2012). <em>Note de Synth\u00e8se : Impact des inondations Afrique de l\u2019Ouest et du Centre, septembre 2012<\/em>. Note de synth\u00e8se.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Saha, Fr\u00e9d\u00e9ric <em>et al<\/em>. 2017. <em>D\u00e9ficits hydro pluviom\u00e9trique et implications sur l\u2019activit\u00e9 agricole en zone soudano sah\u00e9lienne au Cameroun : cas de Maroua et Yagoua<\/em>. Dans S. A. Abossolo, J. A. Amougou et M. Tchindjang (dir.), <em>Perturbations climatiques et pratiques agricoles dans les zones agro\u00e9cologiques du Cameroun<\/em> (p. 91-104). Paris : \u00c9ditions connaissances et savoirs.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Suchel, Jean Bernard. 1988. <em>Les climats du Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 Saint \u00c9tienne.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Wakponou, Anselme. 2004. <em>Dynamique g\u00e9omorphologique des basses terres soudano-sah\u00e9liennes dans l\u2019Extr\u00eame-Nord-Cameroun<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Reims Champagne-Ardenne.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/frederic-saha\">Fr\u00e9d\u00e9ric SAHA<\/a><\/strong><br \/>Il est doctorant \u00e0 l\u2019Unit\u00e9 de Recherche et de Formation Doctorale en Sciences Humaines et Sociales de l\u2019Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I (Cameroun). Sa th\u00e8se porte sur les questions de vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux risques hydroclimatiques. <br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-113-1\">Ce taux est de 37,5% \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. <a href=\"#return-footnote-113-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":18,"menu_order":8,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["frederic-saha"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[100],"license":[],"class_list":["post-113","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-adaptation","motscles-changement-climatique","motscles-climat-soudano-sahelien","motscles-extreme-nord-du-cameroun","motscles-incertitude-climatique","keywords-adaptation","keywords-climate-change","keywords-climate-uncertainty","keywords-far-north-of-cameroon","keywords-soudano-sahelian-climate","contributor-frederic-saha"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/113","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"version-history":[{"count":43,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/113\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1010,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/113\/revisions\/1010"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/113\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=113"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=113"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=113"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=113"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}