{"id":211,"date":"2019-10-22T00:57:30","date_gmt":"2019-10-21T18:57:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/?post_type=chapter&#038;p=211"},"modified":"2024-12-31T15:06:08","modified_gmt":"2024-12-31T14:06:08","slug":"1-2019-editorial","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/texte\/1-2019-editorial\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation. Penser le Sahel dans le contexte des changements climatiques"},"content":{"raw":"<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est temps de changer de paradigme pour proposer des solutions pour l\u2019Afrique, construites par des Africains. Pour cela, il faut d\u2019abord rapprocher le groupe de n\u00e9gociateurs africains et la communaut\u00e9 scientifique africaine qui prend part aux rapports internationaux sur le climat, sur la biodiversit\u00e9, sur la d\u00e9gradation des sols et sur la d\u00e9sertification. Tous devraient travailler en synergie pour mieux prendre en compte les nouveaux r\u00e9sultats de recherche, rendre visibles les pr\u00e9occupations africaines et \u00e9valuer des solutions contextualis\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: right\">Diedhiou (2019, en ligne)<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les effets des changements climatiques ne cessent de perturber les conditions de vie des populations mondiales. Nous nous dirigeons vers le seuil de \u00ab limites plan\u00e9taires \u00bb (Steffen <em>et al<\/em>., 2015) au-del\u00e0 desquels nos modes de vie, nos existences et notre bien-\u00eatre seront en danger tandis que les richesses sont de plus en plus financiaris\u00e9es et polaris\u00e9es (Carrou\u00e9, 2015). <em>Naaj<\/em>, la <em>Revue africaine sur les changements climatiques et les \u00e9nergies renouvelables<\/em>, propose dans ce num\u00e9ro un nouveau regard sur les dynamiques innovantes et les imaginations alternatives face aux changements climatiques observ\u00e9s sur les territoires sah\u00e9liens.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les articles de ce num\u00e9ro proposent des analyses profondes, refond\u00e9es, document\u00e9es, robustes et op\u00e9rationnelles d\u2019injonctions adaptatives territorialis\u00e9es, exp\u00e9riment\u00e9es et v\u00e9cues au Sahel \u00e0 travers le prisme des savoirs, des perceptions et des initiatives locales, r\u00e9pondant \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis \u00e9cologiques devenus plan\u00e9taires. Ainsi, les approches, les mat\u00e9riaux et les archives qui sont pr\u00e9sent\u00e9s souhaitent donner un nouveau sens aux politiques publiques africaines en mati\u00e8re de gouvernance adaptative et inspirer ensuite le monde face \u00e0 une crise environnementale qui s\u2019internationalise. Quelles sont les r\u00e9ponses apport\u00e9es par les communaut\u00e9s locales sah\u00e9liennes dans un contexte de changements climatiques? Au-del\u00e0, que peut apporter le Sahel \u00e0 la lutte mondiale contre les d\u00e9sastres \u00e9cologiques?<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le Sahel\u00a0: un espace biog\u00e9ographique particulier<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le mot S<em>ahel<\/em>, venu de l\u2019\u00e9tymon arabe \u00ab <em>sahil<\/em> \u00bb, traduit l\u2019id\u00e9e de rivage ou de fronti\u00e8re. Ses territoires constituent une unit\u00e9 biog\u00e9ographique caract\u00e9ris\u00e9e par un climat tropical aride ou semi-aride soumis aux influences de la mousson du golfe de Guin\u00e9e et de l\u2019Harmattan (aliz\u00e9) saharien. Les territoires sah\u00e9liens connaissent une pluviom\u00e9trie annuelle moyenne ou faible selon les cas. Ils sont marqu\u00e9s par une limite septentrionale form\u00e9e par l\u2019isohy\u00e8te de 150 mm qui correspond \u00e0 la limite nord des <em>cenchrus biflorus<\/em> (plantes herbac\u00e9es \u00e9pineuses) (Quezel, 1965). Le Sahara se d\u00e9veloppe au nord du Sahel sous les 150 mm de pluviom\u00e9trie, une zone o\u00f9 la couverture v\u00e9g\u00e9tale est loin d\u2019\u00eatre abondante et des dunes mobiles se multiplient. La r\u00e9gion sah\u00e9lienne est marqu\u00e9e par des pr\u00e9cipitations annuelles limit\u00e9es \u00e0 700 mm dans sa partie sud qui marque la fronti\u00e8re avec celle-ci. Le Sahel se particularise par un ensemble de traits physiques et naturels (Toupet, 1992 et Raynaut, 1997) : une bande sableuse d\u2019une immensit\u00e9 de plus de 3.000.000 km2, une d\u00e9mographie galopante de 100.000.000 habitants qui vivent sous le seuil de la pauvret\u00e9[footnote]Classement IDH des pays : https:\/\/www.populationdata.net\/palmares\/idh\/ ou encore http:\/\/donnees.banquemondiale.org\/indicateur\/SI.POV.DDAY?locations=1W&amp;start=1981&amp;end=2013&amp;view=chart[\/footnote]. Il va de la fa\u00e7ade atlantique s\u00e9n\u00e9galaise \u00e0 la mer rouge \u00e9rythr\u00e9o-djiboutienne (voir la carte 1 ci-dessous).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le territoire sah\u00e9lien est un espace de transition ou de juxtaposition \u00e9co-climatique entre une Afrique d\u00e9sertique et un continent forestier. L\u2019espace biog\u00e9ographique sah\u00e9lien se caract\u00e9rise par une faiblesse et une irr\u00e9gularit\u00e9 spatio-temporelle des pluies (OCDE\/CSAO, 2013). La diversit\u00e9 de son couvert v\u00e9g\u00e9tal d\u00e9pend de la pr\u00e9pond\u00e9rance des pr\u00e9cipitations au cours de la saison pluvieuse et de leur distribution par ruissellement \u00e0 la surface des sols. Sa v\u00e9g\u00e9tation est pauvre en esp\u00e8ces. Les rares esp\u00e8ces pr\u00e9sentes dans l\u2019espace g\u00e9ographique sah\u00e9lien sont insensibles \u00e0 l\u2019end\u00e9misme tropical (Diallo, 2018).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En fait, la r\u00e9gion sah\u00e9lienne est l\u2019une des plus \u00e9tudi\u00e9es au monde sur le plan pluviom\u00e9trique (Hufty, 1994). L\u2019int\u00e9r\u00eat grandissant port\u00e9 \u00e0 ce territoire par la communaut\u00e9 des climatologues s\u2019explique par le fait qu\u2019il a connu des p\u00e9riodes pluviom\u00e9triques d\u00e9ficitaires, les pires jamais enregistr\u00e9es au 20e si\u00e8cle (Hulme, 2001; Jones et Hulme, 1996; Dai <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 1998), alors qu\u2019il a toujours connu des p\u00e9riodes altern\u00e9es de saisons s\u00e8ches et humides (Nicholson, 2005, 2013, 2014). C\u2019est au courant du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle que cette r\u00e9gion sera alt\u00e9r\u00e9e par des p\u00e9riodes dites s\u00e8ches. Il s\u2019agit des s\u00e9cheresses des ann\u00e9es 1910, de 1940 et de la s\u00e9cheresse majeure qui d\u00e9bute en 1968. \u00c0 cet effet, son espace a \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9 par la communaut\u00e9 internationale sous une forme d\u2019indignation collective face \u00e0 la d\u00e9pression des \u00e9cosyst\u00e8mes qui forment son espace biog\u00e9ographique (Janin, 2010). C\u2019est dans ce sens que des organisations se sont d\u00e9velopp\u00e9es pour documenter la grande probl\u00e9matique de la s\u00e9cheresse dans le Sahel. Nous pouvons citer\u00a0le Comit\u00e9 inter-\u00c9tats de lutte contre la s\u00e9cheresse du Sahel (CILSS\/Agrhymet), le Club du Sahel et de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (CSAO) et l\u2019observatoire Sahara-Sahel.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble des changements globaux observ\u00e9s sur les habitats naturels, les esp\u00e8ces naturelles et les activit\u00e9s socio-\u00e9conomiques (pluviom\u00e9trie, temp\u00e9rature, v\u00e9g\u00e9tation et agriculture) provoquent des transmutations dans l\u2019espace g\u00e9ographique sah\u00e9lien alt\u00e9r\u00e9 depuis le d\u00e9but des s\u00e9cheresses et va avoir des impacts consid\u00e9rables sur les conditions de vies et d\u2019occupation de l\u2019espace sah\u00e9lien. Le PNUD (2010, p.\u00a07) consid\u00e8re la r\u00e9gion sah\u00e9lienne comme \u00e9tant la r\u00e9gion la plus d\u00e9vast\u00e9e par les changements climatiques \u00e0 cause de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 son \u00e9quilibre socio-\u00e9cologique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, si le Sahel est bien d\u00e9limit\u00e9 sur le plan physique, il l\u2019est moins g\u00e9opolitiquement parlant; des \u00c9tats souverains peinent \u00e0 exercer leur pouvoir sur un territoire aussi grand (Brunel, 2014). Les fronti\u00e8res sah\u00e9liennes couvrent les pays suivants : Alg\u00e9rie, Burkina Faso, Niger, Nig\u00e9ria, Mali, Mauritanie, S\u00e9n\u00e9gal, les deux Soudans et le Tchad. La corne de l\u2019Afrique est ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble de ces r\u00e9gions, en suivant le crit\u00e8re climatique (pluviom\u00e9trie et temp\u00e9rature). Cependant, les r\u00e9alit\u00e9s sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque territoire ne sont pas prises en compte dans ce classement. Or, le Sahel est loin d\u2019\u00eatre une entit\u00e9 homog\u00e8ne, il confine plusieurs formes, visages et particularit\u00e9s (Ba, 2007 et Raynaut, 1997).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La r\u00e9gion sah\u00e9lienne dans un contexte de changement climatique<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les travaux du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat publi\u00e9s en novembre 2007 \u00e9valuaient la croissance de la temp\u00e9rature de la plan\u00e8te entre 1906 et 2005 \u00e0 0,74 \u00b0C et pr\u00e9voyaient une augmentation des pr\u00e9cipitations. En 2003, une partie de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest a \u00e9t\u00e9 impact\u00e9e par des s\u00e9ries d\u2019inondations. Ces derni\u00e8res ont caus\u00e9 des pertes en vies humaines, la perte des r\u00e9coltes au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au S\u00e9n\u00e9gal. Dans ce dernier, au courant de l\u2019hivernage de l\u2019ann\u00e9e 2005, les al\u00e9as ont caus\u00e9 d\u2019importants d\u00e9sastres mat\u00e9riels (Nouaceur, 2013). En 2007, (FAO, 2007), toute la r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 fragilis\u00e9e par le retard de la mousson. Ensuite, des pluies diluviennes ont touch\u00e9 cette partie de l\u2019Afrique occidentale. Une situation qui s\u2019est renouvel\u00e9e en 2008, 2009 et 2012. En dehors de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, d\u2019autres se sont rajout\u00e9s \u00e0 ceux-ci. Nous pouvons, prendre l\u2019exemple des temp\u00e9ratures qui augmentent de mani\u00e8re consid\u00e9rable (Nouaceur et Sagna, 1996).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le nouveau paysage sah\u00e9lien qui s\u2019est configur\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1979 et qui s\u2019est accentu\u00e9 avec le changement climatique a des cons\u00e9quences extr\u00eamement graves pour les populations sah\u00e9liennes. Les r\u00e9coltes sont devenues al\u00e9atoires \u00e0 cause des p\u00e9riodes s\u00e8ches et des inondations qui affectent les populations devenues vuln\u00e9rables. Nous pouvons prendre l\u2019exemple de la ville de Saint-Louis (S\u00e9n\u00e9gal) qui a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9e par des inondations fluviales en 2003 (Ba, 2019).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En fait, la r\u00e9gion ouest-africaine est une r\u00e9gion g\u00e9ographique fortement marqu\u00e9e par des risques d\u2019inondations dangereuses depuis une d\u00e9cennie. Selon le magazine L<em>\u2019Express<\/em>, \u00ab plus de 592 000 personnes sont affect\u00e9es par les inondations en Afrique de l\u2019Ouest, dans une dizaine de pays, d'apr\u00e8s un repr\u00e9sentant r\u00e9gional du bureau de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies au S\u00e9n\u00e9gal \u00bb (<em>L\u2019Express<\/em>, 2009, en ligne)<em>.<\/em> Cette situation est due \u00e0 l\u2019intensification de la pluviom\u00e9trie et aux diff\u00e9rents changements li\u00e9s aux usages des terres cultivables. Ces facteurs sont \u00e0 combiner aux effets enclench\u00e9s par la d\u00e9forestation, la baisse de la jach\u00e8re et une urbanisation qui s\u2019accentue. Ces derniers provoquent la r\u00e9duction des capacit\u00e9s d\u2019absorption de l\u2019eau des sols, surtout en zone sah\u00e9lienne. Les inondations sont les premi\u00e8res causes de d\u00e9placement de population en 2012. Elles sont estim\u00e9es \u00e0 plus de 500 000 d\u00e9plac\u00e9s au Niger suite aux crues exceptionnelles identifi\u00e9es sur les \u00e9coulements du fleuve Niger cette ann\u00e9e-l\u00e0. M\u00eame si les d\u00e9placements des populations sont consid\u00e9r\u00e9s comme temporaires, leurs fr\u00e9quences sur le long terme ne sont pas n\u00e9gligeables (Vischel, 2018).<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La mutualisation des savoirs environnementaux produits en Afrique pour \u00e9tablir une justice cognitive<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce num\u00e9ro de la revue <em>Naaj<\/em>, \u00e0 l\u2019origine un projet de livre aux <a href=\"https:\/\/editionscienceetbiencommun.org\">\u00c9ditions science et bien commun<\/a>, vise en premier lieu \u00e0 offrir aux scientifiques et \u00e9tudiant-e-s des r\u00e9gions sah\u00e9liennes, de m\u00eame qu'\u00e0 ceux et celles qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 cette r\u00e9gion, la possibilit\u00e9 de mettre en valeur et de diffuser les r\u00e9sultats des travaux sur les effets des changements climatiques. Notre conception des effets des changements climatiques est large et ne d\u00e9laisse aucune discipline ou th\u00e9matique trait\u00e9e dans les travaux de recherche produits par les universit\u00e9s, les associations et les praticien-ne-s impliqu\u00e9-e-s dans les questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019environnement : effets sur l\u2019agriculture, sur l\u2019\u00e9levage, sur la biodiversit\u00e9 (plantes et esp\u00e8ces animales menac\u00e9es), sur l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, mais aussi sur les familles, sur les migrations, sur l\u2019emploi, etc.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La circulation des r\u00e9sultats de la recherche scientifique d\u2019une universit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre en Afrique francophone est encore tr\u00e8s laborieuse \u2014 on pourrait dire de m\u00eame d\u2019une grande partie de l\u2019Afrique anglophone. L\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par le projet de recherche-action <a href=\"https:\/\/projetsoha.org\">SOHA<\/a> sur les ressources scientifiques des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes d\u2019Afrique francophone a montr\u00e9 que les m\u00e9moires de ma\u00eetrise et les th\u00e8ses restent bien souvent sur les tablettes des d\u00e9partements et ne sont pas accessibles d\u2019une universit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, alors que leurs th\u00e8mes peuvent \u00eatre tr\u00e8s proches. Cette situation freine le d\u00e9veloppement des connaissances locales et diminue la qualit\u00e9 de la science produite dans ces universit\u00e9s : la recherche pourrait \u00eatre moins r\u00e9p\u00e9titive et plus diverse ou innovante si les r\u00e9sultats circulaient davantage. C\u2019est le cas des travaux de recherche sur les effets des changements climatiques au Sahel. Par exemple, en 2015, les travaux de l\u2019Institut Sup\u00e9rieur du Sahel de l\u2019Universit\u00e9 de Maroua (Nord-Cameroun), qui offrait, entre autres, une fili\u00e8re en sciences environnementales avec l\u2019option \u00ab d\u00e9sertification et ressources naturelles \u00bb, n'\u00e9taient peu ou pas connus au D\u00e9partement de g\u00e9ographie de l\u2019UFR\/SU de l\u2019Universit\u00e9 de Ouagadougou 1 au Burkina Faso et r\u00e9ciproquement. Pourtant, ces unit\u00e9s travaillaient sur le m\u00eame sujet qui est d\u2019une importance cruciale pour ces deux pays.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce dossier th\u00e9matique contribue \u00e0 contrer cette situation en faisant \u00ab communiquer \u00bb dans l'espace d'une revue africaine les travaux sur les changements climatiques dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions sah\u00e9liennes. Dans la vis\u00e9e de la justice cognitive, nous avons choisi de faire une place non seulement aux experts, mais aussi aux savoirs produits dans les organisations paysannes ou locales, ainsi que dans les ONG : des savoirs empiriques importants, mais qui sont plut\u00f4t m\u00e9pris\u00e9s par la science dominante qui n\u2019y voit que de la \u00ab litt\u00e9rature grise \u00bb ou des savoirs de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure. Il nous semble au contraire important de revaloriser ces savoirs dans une perspective de circulation des id\u00e9es et des informations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans cette perspective que <strong>Cheikh Ba<\/strong> analyse les strat\u00e9gies de luttes contre les inondations dans l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Il y souligne la participation et l\u2019engagement des populations locales face aux difficult\u00e9s non r\u00e9solues par les expert-e-s. L'auteur propose donc une \u00e9cologie politique des savoirs locaux ou endog\u00e8nes et une \u00ab d\u00e9colonisation des imaginaires environnementaux \u00bb, capables d\u2019\u00e9tablir une \u00ab hybridation des contenus de connaissance (r\u00e9cits oraux, mythes, sagesse) et d\u2019offrir une hospitalit\u00e9 \u00e0 de nouveaux savoirs [...] environnementaux vernaculaires qui \u00e9taient jusque-l\u00e0 invisibles \u00bb..<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte d'<strong>Abdou-Raman Mamoudou<\/strong>, qui s\u2019inscrit aussi dans la volont\u00e9 de valoriser les savoirs locaux, se centre sur l\u2019agropastoralisme dans l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, une zone frontali\u00e8re au Tchad. Il fait remarquer que les changements climatiques ont durement frapp\u00e9 ce secteur d\u2019activit\u00e9 et l\u2019\u00e9conomie de la r\u00e9gion tout enti\u00e8re. Une fois de plus, ce sont v\u00e9ritablement les strat\u00e9gies locales de r\u00e9silience qui permettent aux populations de r\u00e9sister. Dans la ville de Ziguinchor au S\u00e9n\u00e9gal, la situation n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rente. Les changements climatiques prennent des visages pluriels. Face aux inondations, \u00e0 l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature, \u00e0 la salinisation des sols et \u00e0 la baisse de la pluviom\u00e9trie, les populations sont presque d\u00e9sempar\u00e9es. L\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par <strong>Ibrahima Mbaye<\/strong> r\u00e9v\u00e8le par exemple que 50% des chefs de famille disent ignorer les strat\u00e9gies qui pourraient att\u00e9nuer ces manifestations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude climatologique de <strong>Demba Gaye<\/strong>, pour sa part, couvre le nord du Sahel s\u00e9n\u00e9galais. Elle est d\u2019un grand apport informationnel sur l\u2019\u00e9volution du changement climatique puisque les donn\u00e9es analys\u00e9es s\u2019\u00e9tendent sur cinquante ans. Les relev\u00e9s des stations de Saint-Louis, Podor et Matam permettent d\u2019appr\u00e9cier la d\u00e9gradation progressive de la visibilit\u00e9 horizontale due aux poussi\u00e8res d\u00e9sertiques. Les niveaux des particules dans l'air sont tels que les activit\u00e9s \u00e9conomiques en sont fortement affect\u00e9es. R\u00e9solument, les risques naturels forcent toujours les populations \u00e0 s\u2019adapter. \u00c0 partir d\u2019une quantification des s\u00e9quences directionnelles des vents et des d\u00e9bits solides, <strong>Souleymane Niang<\/strong> montre comment, au nord du S\u00e9n\u00e9gal, ces ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9n\u00e8rent un d\u00e9ficit hydrique, une d\u00e9gradation des sols des <em>Niayes<\/em> et provoquent la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la production. Dans le littoral nord, le couvert v\u00e9g\u00e9tal se meurt et cela impacte s\u00e9v\u00e8rement les activit\u00e9s agricoles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sur la base des donn\u00e9es collect\u00e9es sur soixante ans, soit 62 000 valeurs de temp\u00e9rature, <strong>Moustapha Nour Ayeh<\/strong> vient souligner \u00e0 grand trait les risques d\u2019une population qui \u00e9touffe de chaleur. La ville de Djibouti, selon lui, conna\u00eet de fortes canicules qui seraient \u00e0 l\u2019origine de certains probl\u00e8mes sanitaires. La temp\u00e9rature est mont\u00e9e de 2 \u00b0C sur la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, un accroissement qui met en danger la vie humaine. Faut-il baisser les bras lorsque la nature devient de plus en plus rude? Les acteurs et actrices de terrain pensent que les regroupements communautaires peuvent contrer les effets des changements climatiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Outre la r\u00e9silience d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e par Abdou-Raman Mamoudou, le travail de <strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Saha<\/strong>, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, soutient l\u2019id\u00e9e que les missions d\u2019appui aux victimes des incertitudes climatiques ne doivent pas \u00eatre coup\u00e9es des savoirs locaux qui ont permis aux populations de s\u2019adapter durant des d\u00e9cennies. La prise en compte des strat\u00e9gies locales d\u2019adaptation permet de pallier les manquements des approches <em>top-down<\/em> qui plongent souvent les populations dans la confusion totale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Des exemples concrets des savoirs paysans sont mis en lumi\u00e8re dans le texte suivant. En effet, les associations <strong>AFDR<\/strong>, <strong>APIL<\/strong>, <strong>USCCPA\/BM<\/strong> et la <strong>Fondation Jules et Paul-\u00c9mile L\u00e9ger<\/strong> y proposent un retour sur leur exp\u00e9rience de travail aux c\u00f4t\u00e9s des communaut\u00e9s rurales au Burkina Faso aux prises avec les changements climatiques. Au-del\u00e0 des d\u00e9fis pos\u00e9s par l\u2019agriculture \u00e0 petite \u00e9chelle, l'article montre que la lutte contre les changements climatiques offre une opportunit\u00e9 de combattre la disparit\u00e9 femmes-hommes dans la gestion des ressources agricoles et financi\u00e8res. En enseignant aux femmes des techniques de conservation des sols et d\u2019\u00e9levage, on leur offre l\u2019occasion de participer aux c\u00f4t\u00e9s des hommes \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de vie qui a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9e par les al\u00e9as climatiques.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aiguo Dai, Kevin E. Trenberth et Taotao, Qian. 2004. A global dataset of Palmer Drought Severity Index for 1870-2002: relationship with soil moisture and effects of surface warming. <em>Journal of Hydrometeorology<\/em>, <em>5<\/em> (6), 1117-1130.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Abdoul Hameth. 2007. <em>Acteurs et territoires du Sahel\u00a0: r\u00f4le des mises en relation dans la recomposition des territoires<\/em>. Paris\u00a0: ENS \u00e9ditions.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Cheikh. 2019. <em>Changement climatique et gouvernance des risques hydrologiques\u00a0: quels mod\u00e8les de gouvernance? Cas de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Grenoble-Alpes et Universit\u00e9 Gaston Berger de Saint-Louis.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brunel, Sylvie. 2014<em>. L\u2019Afrique est-elle si bien partie?. <\/em>Paris\u00a0: \u00c9ditions Sciences Humaines.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Carrou\u00e9, Laurent. 2015. <em>La plan\u00e8te financi\u00e8re. Capital, pouvoirs, espaces et territoires<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diallo, Alassane. 2018. <em>Changement climatique et migrations humaines au S\u00e9n\u00e9gal\u00a0: une approche en termes de vuln\u00e9rabilit\u00e9 du syst\u00e8me socio-\u00e9cologique<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Grenoble-Alpes.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diedhiou, Arona. 2019. R\u00e9chauffement : \u00ab Il est temps de proposer des solutions pour l\u2019Afrique, construites par des Africains \u00bb. <em>Id\u00e9es pour le d\u00e9veloppement<\/em>.\r\n<a href=\"https:\/\/ideas4development.org\/rechauffement-solutions-afrique\/\">https:\/\/ideas4development.org\/rechauffement-solutions-afrique\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">FAO. 2007. <em>Sahel\u00a0: Situation m\u00e9t\u00e9orologique et \u00e9tat des cultures<\/em>. Rapport n\u00b03, 13 septembre 2007, 1-5.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hufty, Andr\u00e9. 1994. Orientations et vocabulaire de la climatologie (1988-1992).\u00a0 <em>Publications de l\u2019Association Internationale de Climatologie<\/em>, <em>7<\/em>, 15-23.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hulme, Mike. 2001. Climatic perspectives on Sahelian desiccation: 1973\u20131998. <em>Global Environmental Change<\/em>, <em>11<\/em>\u00a0(1), 19-29.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Janin, Pierre. 2010. La lutte contre l'ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Sahel\u00a0: permanence des questionnements et \u00e9volution des approches. <em>Cahiers agricultures<\/em>, <em>19<\/em> (3), 177-184.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jones, Philip Douglas et Hulme, Mike. 1996. Calculating regional climatic time series for temperature and precipitation\u00a0: Methods and illustrations. <em>International Journal of Climatology<\/em>, <em>16<\/em>, 361-377.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019Express. 2009. Graves inondations en Afrique de l'Ouest, <em>Actualit\u00e9, Monde, Afrique<\/em>, publi\u00e9 le 10 septembre 2009.\r\n<a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/monde\/afrique\/graves-inondations-en-afrique-de-l-ouest_785730.html\">https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/monde\/afrique\/graves-inondations-en-afrique-de-l-ouest_785730.html <\/a>.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicholson, Sharon E. 2005.\u00a0 On the question of the \u201crecovery\u201d of the rains in the West African Sahel. <em>Journal of arid environments<\/em>, <em>63<\/em> (3), 615-641.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicholson, Sharon E. 2013. The West African Sahel: A review of recent studies on the rainfall regime and its interannual variability, <em>ISRN Meteorology<\/em>.\r\n<a href=\"https:\/\/www.hindawi.com\/journals\/isrn\/2013\/453521\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.hindawi.com\/journals\/isrn\/2013\/453521\/&amp;source=gmail&amp;ust=1575387818691000&amp;usg=AFQjCNEdij99UBhjW6c3KenuYPedXrSyng\">https:\/\/www.hindawi.com\/journals\/isrn\/2013\/453521\/ <\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicholson, Sharon E. 2014. Climate change and the politics of causal reasoning: the case of climate change and migration. <em>The Geographical Journal<\/em>, <em>180<\/em> (2), 151-160.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nouaceur, Zeinneddine et Sagna, Pascal. 1996. Le r\u00e9chauffement du climat en Afrique de l\u2019Ouest (Mauritanie, S\u00e9n\u00e9gal, Mali). <em>Publications de l\u2019Association Internationale de climatologie<\/em>, <em>9<\/em>, 463-70.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nouaceur, Zeinneddine. 2013. Changements climatiques au Sahel\u00a0: des conditions plus humides et plus chaudes en Mauritanie? <em>S\u00e9cheresse<\/em>, <em>24<\/em>, 85-95. DOI\u00a0: 10.1684\/sec.2013.0385.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCDE\/CSAO. 2013. <em>Incidences s\u00e9curitaires du changement climatique au Sahel\u00a0: perspectives politiques.<\/em> Projet d\u2019\u00e9tude cofinanc\u00e9 par le minist\u00e8re fran\u00e7ais des affaires \u00e9trang\u00e8res et europ\u00e9ennes et par le minist\u00e8re britannique des affaires \u00e9trang\u00e8res et du Commonwealth et coordonn\u00e9 par le CSAO\/OCDE.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">PNUD. 2010. <em>Rapport sur le d\u00e9veloppement humain 2010-La vraie richesse des nations\u00a0: Les chemins du d\u00e9veloppement humain<\/em>. Rapport PNUD, New York, \u00c9tats-Unis.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quezel, Pierre. 1965. <em>La v\u00e9g\u00e9tation au Sahara. Du Tchad \u00e0 la Mauritanie<\/em>. Stuttgart\u00a0: Gustav Ficher Verlag.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Raynaut, Claude. 1997. <em>Sahels\u00a0: diversit\u00e9 et dynamiques des relations soci\u00e9t\u00e9s-nature<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Steffen, Will, Wendy, Broadgate, Lisa, Deutsch, Owen, Gaffney et Cornelia, Ludwig. 2015. The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration. <em>The Anthropocene Review<\/em>, <em>1<\/em> (2), 1-18.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Toupet, Charles. 1992. <em>Le Sahel<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vischel, Th\u00e9o. 2018. Au Sahel, pas de retour \u00e0 la normale apr\u00e8s la \u00ab\u00a0grande s\u00e9cheresse\u00a0\u00bb. <em>The Conversation.\r\n<\/em><a href=\"https:\/\/theconversation.com\/au-sahel-pas-de-retour-a-la-normale-apres-la-grande-secheresse-106548\">https:\/\/theconversation.com\/au-sahel-pas-de-retour-a-la-normale-apres-la-grande-secheresse-106548<\/a>(13\/11\/2019)<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>\u00c9ditorial<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est temps de changer de paradigme pour proposer des solutions pour l\u2019Afrique, construites par des Africains. Pour cela, il faut d\u2019abord rapprocher le groupe de n\u00e9gociateurs africains et la communaut\u00e9 scientifique africaine qui prend part aux rapports internationaux sur le climat, sur la biodiversit\u00e9, sur la d\u00e9gradation des sols et sur la d\u00e9sertification. Tous devraient travailler en synergie pour mieux prendre en compte les nouveaux r\u00e9sultats de recherche, rendre visibles les pr\u00e9occupations africaines et \u00e9valuer des solutions contextualis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Diedhiou (2019, en ligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les effets des changements climatiques ne cessent de perturber les conditions de vie des populations mondiales. Nous nous dirigeons vers le seuil de \u00ab limites plan\u00e9taires \u00bb (Steffen <em>et al<\/em>., 2015) au-del\u00e0 desquels nos modes de vie, nos existences et notre bien-\u00eatre seront en danger tandis que les richesses sont de plus en plus financiaris\u00e9es et polaris\u00e9es (Carrou\u00e9, 2015). <em>Naaj<\/em>, la <em>Revue africaine sur les changements climatiques et les \u00e9nergies renouvelables<\/em>, propose dans ce num\u00e9ro un nouveau regard sur les dynamiques innovantes et les imaginations alternatives face aux changements climatiques observ\u00e9s sur les territoires sah\u00e9liens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les articles de ce num\u00e9ro proposent des analyses profondes, refond\u00e9es, document\u00e9es, robustes et op\u00e9rationnelles d\u2019injonctions adaptatives territorialis\u00e9es, exp\u00e9riment\u00e9es et v\u00e9cues au Sahel \u00e0 travers le prisme des savoirs, des perceptions et des initiatives locales, r\u00e9pondant \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis \u00e9cologiques devenus plan\u00e9taires. Ainsi, les approches, les mat\u00e9riaux et les archives qui sont pr\u00e9sent\u00e9s souhaitent donner un nouveau sens aux politiques publiques africaines en mati\u00e8re de gouvernance adaptative et inspirer ensuite le monde face \u00e0 une crise environnementale qui s\u2019internationalise. Quelles sont les r\u00e9ponses apport\u00e9es par les communaut\u00e9s locales sah\u00e9liennes dans un contexte de changements climatiques? Au-del\u00e0, que peut apporter le Sahel \u00e0 la lutte mondiale contre les d\u00e9sastres \u00e9cologiques?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Le Sahel\u00a0: un espace biog\u00e9ographique particulier<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Le mot S<em>ahel<\/em>, venu de l\u2019\u00e9tymon arabe \u00ab <em>sahil<\/em> \u00bb, traduit l\u2019id\u00e9e de rivage ou de fronti\u00e8re. Ses territoires constituent une unit\u00e9 biog\u00e9ographique caract\u00e9ris\u00e9e par un climat tropical aride ou semi-aride soumis aux influences de la mousson du golfe de Guin\u00e9e et de l\u2019Harmattan (aliz\u00e9) saharien. Les territoires sah\u00e9liens connaissent une pluviom\u00e9trie annuelle moyenne ou faible selon les cas. Ils sont marqu\u00e9s par une limite septentrionale form\u00e9e par l\u2019isohy\u00e8te de 150 mm qui correspond \u00e0 la limite nord des <em>cenchrus biflorus<\/em> (plantes herbac\u00e9es \u00e9pineuses) (Quezel, 1965). Le Sahara se d\u00e9veloppe au nord du Sahel sous les 150 mm de pluviom\u00e9trie, une zone o\u00f9 la couverture v\u00e9g\u00e9tale est loin d\u2019\u00eatre abondante et des dunes mobiles se multiplient. La r\u00e9gion sah\u00e9lienne est marqu\u00e9e par des pr\u00e9cipitations annuelles limit\u00e9es \u00e0 700 mm dans sa partie sud qui marque la fronti\u00e8re avec celle-ci. Le Sahel se particularise par un ensemble de traits physiques et naturels (Toupet, 1992 et Raynaut, 1997) : une bande sableuse d\u2019une immensit\u00e9 de plus de 3.000.000 km2, une d\u00e9mographie galopante de 100.000.000 habitants qui vivent sous le seuil de la pauvret\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"Classement IDH des pays : https:\/\/www.populationdata.net\/palmares\/idh\/ ou encore http:\/\/donnees.banquemondiale.org\/indicateur\/SI.POV.DDAY?locations=1W&amp;start=1981&amp;end=2013&amp;view=chart\" id=\"return-footnote-211-1\" href=\"#footnote-211-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Il va de la fa\u00e7ade atlantique s\u00e9n\u00e9galaise \u00e0 la mer rouge \u00e9rythr\u00e9o-djiboutienne (voir la carte 1 ci-dessous).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le territoire sah\u00e9lien est un espace de transition ou de juxtaposition \u00e9co-climatique entre une Afrique d\u00e9sertique et un continent forestier. L\u2019espace biog\u00e9ographique sah\u00e9lien se caract\u00e9rise par une faiblesse et une irr\u00e9gularit\u00e9 spatio-temporelle des pluies (OCDE\/CSAO, 2013). La diversit\u00e9 de son couvert v\u00e9g\u00e9tal d\u00e9pend de la pr\u00e9pond\u00e9rance des pr\u00e9cipitations au cours de la saison pluvieuse et de leur distribution par ruissellement \u00e0 la surface des sols. Sa v\u00e9g\u00e9tation est pauvre en esp\u00e8ces. Les rares esp\u00e8ces pr\u00e9sentes dans l\u2019espace g\u00e9ographique sah\u00e9lien sont insensibles \u00e0 l\u2019end\u00e9misme tropical (Diallo, 2018).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En fait, la r\u00e9gion sah\u00e9lienne est l\u2019une des plus \u00e9tudi\u00e9es au monde sur le plan pluviom\u00e9trique (Hufty, 1994). L\u2019int\u00e9r\u00eat grandissant port\u00e9 \u00e0 ce territoire par la communaut\u00e9 des climatologues s\u2019explique par le fait qu\u2019il a connu des p\u00e9riodes pluviom\u00e9triques d\u00e9ficitaires, les pires jamais enregistr\u00e9es au 20e si\u00e8cle (Hulme, 2001; Jones et Hulme, 1996; Dai <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 1998), alors qu\u2019il a toujours connu des p\u00e9riodes altern\u00e9es de saisons s\u00e8ches et humides (Nicholson, 2005, 2013, 2014). C\u2019est au courant du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle que cette r\u00e9gion sera alt\u00e9r\u00e9e par des p\u00e9riodes dites s\u00e8ches. Il s\u2019agit des s\u00e9cheresses des ann\u00e9es 1910, de 1940 et de la s\u00e9cheresse majeure qui d\u00e9bute en 1968. \u00c0 cet effet, son espace a \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9 par la communaut\u00e9 internationale sous une forme d\u2019indignation collective face \u00e0 la d\u00e9pression des \u00e9cosyst\u00e8mes qui forment son espace biog\u00e9ographique (Janin, 2010). C\u2019est dans ce sens que des organisations se sont d\u00e9velopp\u00e9es pour documenter la grande probl\u00e9matique de la s\u00e9cheresse dans le Sahel. Nous pouvons citer\u00a0le Comit\u00e9 inter-\u00c9tats de lutte contre la s\u00e9cheresse du Sahel (CILSS\/Agrhymet), le Club du Sahel et de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (CSAO) et l\u2019observatoire Sahara-Sahel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble des changements globaux observ\u00e9s sur les habitats naturels, les esp\u00e8ces naturelles et les activit\u00e9s socio-\u00e9conomiques (pluviom\u00e9trie, temp\u00e9rature, v\u00e9g\u00e9tation et agriculture) provoquent des transmutations dans l\u2019espace g\u00e9ographique sah\u00e9lien alt\u00e9r\u00e9 depuis le d\u00e9but des s\u00e9cheresses et va avoir des impacts consid\u00e9rables sur les conditions de vies et d\u2019occupation de l\u2019espace sah\u00e9lien. Le PNUD (2010, p.\u00a07) consid\u00e8re la r\u00e9gion sah\u00e9lienne comme \u00e9tant la r\u00e9gion la plus d\u00e9vast\u00e9e par les changements climatiques \u00e0 cause de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 son \u00e9quilibre socio-\u00e9cologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, si le Sahel est bien d\u00e9limit\u00e9 sur le plan physique, il l\u2019est moins g\u00e9opolitiquement parlant; des \u00c9tats souverains peinent \u00e0 exercer leur pouvoir sur un territoire aussi grand (Brunel, 2014). Les fronti\u00e8res sah\u00e9liennes couvrent les pays suivants : Alg\u00e9rie, Burkina Faso, Niger, Nig\u00e9ria, Mali, Mauritanie, S\u00e9n\u00e9gal, les deux Soudans et le Tchad. La corne de l\u2019Afrique est ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble de ces r\u00e9gions, en suivant le crit\u00e8re climatique (pluviom\u00e9trie et temp\u00e9rature). Cependant, les r\u00e9alit\u00e9s sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque territoire ne sont pas prises en compte dans ce classement. Or, le Sahel est loin d\u2019\u00eatre une entit\u00e9 homog\u00e8ne, il confine plusieurs formes, visages et particularit\u00e9s (Ba, 2007 et Raynaut, 1997).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La r\u00e9gion sah\u00e9lienne dans un contexte de changement climatique<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Les travaux du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat publi\u00e9s en novembre 2007 \u00e9valuaient la croissance de la temp\u00e9rature de la plan\u00e8te entre 1906 et 2005 \u00e0 0,74 \u00b0C et pr\u00e9voyaient une augmentation des pr\u00e9cipitations. En 2003, une partie de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest a \u00e9t\u00e9 impact\u00e9e par des s\u00e9ries d\u2019inondations. Ces derni\u00e8res ont caus\u00e9 des pertes en vies humaines, la perte des r\u00e9coltes au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au S\u00e9n\u00e9gal. Dans ce dernier, au courant de l\u2019hivernage de l\u2019ann\u00e9e 2005, les al\u00e9as ont caus\u00e9 d\u2019importants d\u00e9sastres mat\u00e9riels (Nouaceur, 2013). En 2007, (FAO, 2007), toute la r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 fragilis\u00e9e par le retard de la mousson. Ensuite, des pluies diluviennes ont touch\u00e9 cette partie de l\u2019Afrique occidentale. Une situation qui s\u2019est renouvel\u00e9e en 2008, 2009 et 2012. En dehors de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, d\u2019autres se sont rajout\u00e9s \u00e0 ceux-ci. Nous pouvons, prendre l\u2019exemple des temp\u00e9ratures qui augmentent de mani\u00e8re consid\u00e9rable (Nouaceur et Sagna, 1996).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le nouveau paysage sah\u00e9lien qui s\u2019est configur\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1979 et qui s\u2019est accentu\u00e9 avec le changement climatique a des cons\u00e9quences extr\u00eamement graves pour les populations sah\u00e9liennes. Les r\u00e9coltes sont devenues al\u00e9atoires \u00e0 cause des p\u00e9riodes s\u00e8ches et des inondations qui affectent les populations devenues vuln\u00e9rables. Nous pouvons prendre l\u2019exemple de la ville de Saint-Louis (S\u00e9n\u00e9gal) qui a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9e par des inondations fluviales en 2003 (Ba, 2019).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En fait, la r\u00e9gion ouest-africaine est une r\u00e9gion g\u00e9ographique fortement marqu\u00e9e par des risques d\u2019inondations dangereuses depuis une d\u00e9cennie. Selon le magazine L<em>\u2019Express<\/em>, \u00ab plus de 592 000 personnes sont affect\u00e9es par les inondations en Afrique de l\u2019Ouest, dans une dizaine de pays, d&rsquo;apr\u00e8s un repr\u00e9sentant r\u00e9gional du bureau de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies au S\u00e9n\u00e9gal \u00bb (<em>L\u2019Express<\/em>, 2009, en ligne)<em>.<\/em> Cette situation est due \u00e0 l\u2019intensification de la pluviom\u00e9trie et aux diff\u00e9rents changements li\u00e9s aux usages des terres cultivables. Ces facteurs sont \u00e0 combiner aux effets enclench\u00e9s par la d\u00e9forestation, la baisse de la jach\u00e8re et une urbanisation qui s\u2019accentue. Ces derniers provoquent la r\u00e9duction des capacit\u00e9s d\u2019absorption de l\u2019eau des sols, surtout en zone sah\u00e9lienne. Les inondations sont les premi\u00e8res causes de d\u00e9placement de population en 2012. Elles sont estim\u00e9es \u00e0 plus de 500 000 d\u00e9plac\u00e9s au Niger suite aux crues exceptionnelles identifi\u00e9es sur les \u00e9coulements du fleuve Niger cette ann\u00e9e-l\u00e0. M\u00eame si les d\u00e9placements des populations sont consid\u00e9r\u00e9s comme temporaires, leurs fr\u00e9quences sur le long terme ne sont pas n\u00e9gligeables (Vischel, 2018).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La mutualisation des savoirs environnementaux produits en Afrique pour \u00e9tablir une justice cognitive<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify\">Ce num\u00e9ro de la revue <em>Naaj<\/em>, \u00e0 l\u2019origine un projet de livre aux <a href=\"https:\/\/editionscienceetbiencommun.org\">\u00c9ditions science et bien commun<\/a>, vise en premier lieu \u00e0 offrir aux scientifiques et \u00e9tudiant-e-s des r\u00e9gions sah\u00e9liennes, de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 ceux et celles qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 cette r\u00e9gion, la possibilit\u00e9 de mettre en valeur et de diffuser les r\u00e9sultats des travaux sur les effets des changements climatiques. Notre conception des effets des changements climatiques est large et ne d\u00e9laisse aucune discipline ou th\u00e9matique trait\u00e9e dans les travaux de recherche produits par les universit\u00e9s, les associations et les praticien-ne-s impliqu\u00e9-e-s dans les questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019environnement : effets sur l\u2019agriculture, sur l\u2019\u00e9levage, sur la biodiversit\u00e9 (plantes et esp\u00e8ces animales menac\u00e9es), sur l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, mais aussi sur les familles, sur les migrations, sur l\u2019emploi, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La circulation des r\u00e9sultats de la recherche scientifique d\u2019une universit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre en Afrique francophone est encore tr\u00e8s laborieuse \u2014 on pourrait dire de m\u00eame d\u2019une grande partie de l\u2019Afrique anglophone. L\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par le projet de recherche-action <a href=\"https:\/\/projetsoha.org\">SOHA<\/a> sur les ressources scientifiques des \u00e9tudiants et \u00e9tudiantes d\u2019Afrique francophone a montr\u00e9 que les m\u00e9moires de ma\u00eetrise et les th\u00e8ses restent bien souvent sur les tablettes des d\u00e9partements et ne sont pas accessibles d\u2019une universit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, alors que leurs th\u00e8mes peuvent \u00eatre tr\u00e8s proches. Cette situation freine le d\u00e9veloppement des connaissances locales et diminue la qualit\u00e9 de la science produite dans ces universit\u00e9s : la recherche pourrait \u00eatre moins r\u00e9p\u00e9titive et plus diverse ou innovante si les r\u00e9sultats circulaient davantage. C\u2019est le cas des travaux de recherche sur les effets des changements climatiques au Sahel. Par exemple, en 2015, les travaux de l\u2019Institut Sup\u00e9rieur du Sahel de l\u2019Universit\u00e9 de Maroua (Nord-Cameroun), qui offrait, entre autres, une fili\u00e8re en sciences environnementales avec l\u2019option \u00ab d\u00e9sertification et ressources naturelles \u00bb, n&rsquo;\u00e9taient peu ou pas connus au D\u00e9partement de g\u00e9ographie de l\u2019UFR\/SU de l\u2019Universit\u00e9 de Ouagadougou 1 au Burkina Faso et r\u00e9ciproquement. Pourtant, ces unit\u00e9s travaillaient sur le m\u00eame sujet qui est d\u2019une importance cruciale pour ces deux pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce dossier th\u00e9matique contribue \u00e0 contrer cette situation en faisant \u00ab communiquer \u00bb dans l&rsquo;espace d&rsquo;une revue africaine les travaux sur les changements climatiques dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions sah\u00e9liennes. Dans la vis\u00e9e de la justice cognitive, nous avons choisi de faire une place non seulement aux experts, mais aussi aux savoirs produits dans les organisations paysannes ou locales, ainsi que dans les ONG : des savoirs empiriques importants, mais qui sont plut\u00f4t m\u00e9pris\u00e9s par la science dominante qui n\u2019y voit que de la \u00ab litt\u00e9rature grise \u00bb ou des savoirs de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure. Il nous semble au contraire important de revaloriser ces savoirs dans une perspective de circulation des id\u00e9es et des informations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est dans cette perspective que <strong>Cheikh Ba<\/strong> analyse les strat\u00e9gies de luttes contre les inondations dans l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Il y souligne la participation et l\u2019engagement des populations locales face aux difficult\u00e9s non r\u00e9solues par les expert-e-s. L&rsquo;auteur propose donc une \u00e9cologie politique des savoirs locaux ou endog\u00e8nes et une \u00ab d\u00e9colonisation des imaginaires environnementaux \u00bb, capables d\u2019\u00e9tablir une \u00ab hybridation des contenus de connaissance (r\u00e9cits oraux, mythes, sagesse) et d\u2019offrir une hospitalit\u00e9 \u00e0 de nouveaux savoirs [&#8230;] environnementaux vernaculaires qui \u00e9taient jusque-l\u00e0 invisibles \u00bb..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le texte d&rsquo;<strong>Abdou-Raman Mamoudou<\/strong>, qui s\u2019inscrit aussi dans la volont\u00e9 de valoriser les savoirs locaux, se centre sur l\u2019agropastoralisme dans l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, une zone frontali\u00e8re au Tchad. Il fait remarquer que les changements climatiques ont durement frapp\u00e9 ce secteur d\u2019activit\u00e9 et l\u2019\u00e9conomie de la r\u00e9gion tout enti\u00e8re. Une fois de plus, ce sont v\u00e9ritablement les strat\u00e9gies locales de r\u00e9silience qui permettent aux populations de r\u00e9sister. Dans la ville de Ziguinchor au S\u00e9n\u00e9gal, la situation n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rente. Les changements climatiques prennent des visages pluriels. Face aux inondations, \u00e0 l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature, \u00e0 la salinisation des sols et \u00e0 la baisse de la pluviom\u00e9trie, les populations sont presque d\u00e9sempar\u00e9es. L\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par <strong>Ibrahima Mbaye<\/strong> r\u00e9v\u00e8le par exemple que 50% des chefs de famille disent ignorer les strat\u00e9gies qui pourraient att\u00e9nuer ces manifestations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019\u00e9tude climatologique de <strong>Demba Gaye<\/strong>, pour sa part, couvre le nord du Sahel s\u00e9n\u00e9galais. Elle est d\u2019un grand apport informationnel sur l\u2019\u00e9volution du changement climatique puisque les donn\u00e9es analys\u00e9es s\u2019\u00e9tendent sur cinquante ans. Les relev\u00e9s des stations de Saint-Louis, Podor et Matam permettent d\u2019appr\u00e9cier la d\u00e9gradation progressive de la visibilit\u00e9 horizontale due aux poussi\u00e8res d\u00e9sertiques. Les niveaux des particules dans l&rsquo;air sont tels que les activit\u00e9s \u00e9conomiques en sont fortement affect\u00e9es. R\u00e9solument, les risques naturels forcent toujours les populations \u00e0 s\u2019adapter. \u00c0 partir d\u2019une quantification des s\u00e9quences directionnelles des vents et des d\u00e9bits solides, <strong>Souleymane Niang<\/strong> montre comment, au nord du S\u00e9n\u00e9gal, ces ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9n\u00e8rent un d\u00e9ficit hydrique, une d\u00e9gradation des sols des <em>Niayes<\/em> et provoquent la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de la production. Dans le littoral nord, le couvert v\u00e9g\u00e9tal se meurt et cela impacte s\u00e9v\u00e8rement les activit\u00e9s agricoles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur la base des donn\u00e9es collect\u00e9es sur soixante ans, soit 62 000 valeurs de temp\u00e9rature, <strong>Moustapha Nour Ayeh<\/strong> vient souligner \u00e0 grand trait les risques d\u2019une population qui \u00e9touffe de chaleur. La ville de Djibouti, selon lui, conna\u00eet de fortes canicules qui seraient \u00e0 l\u2019origine de certains probl\u00e8mes sanitaires. La temp\u00e9rature est mont\u00e9e de 2 \u00b0C sur la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, un accroissement qui met en danger la vie humaine. Faut-il baisser les bras lorsque la nature devient de plus en plus rude? Les acteurs et actrices de terrain pensent que les regroupements communautaires peuvent contrer les effets des changements climatiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Outre la r\u00e9silience d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e par Abdou-Raman Mamoudou, le travail de <strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Saha<\/strong>, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, soutient l\u2019id\u00e9e que les missions d\u2019appui aux victimes des incertitudes climatiques ne doivent pas \u00eatre coup\u00e9es des savoirs locaux qui ont permis aux populations de s\u2019adapter durant des d\u00e9cennies. La prise en compte des strat\u00e9gies locales d\u2019adaptation permet de pallier les manquements des approches <em>top-down<\/em> qui plongent souvent les populations dans la confusion totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des exemples concrets des savoirs paysans sont mis en lumi\u00e8re dans le texte suivant. En effet, les associations <strong>AFDR<\/strong>, <strong>APIL<\/strong>, <strong>USCCPA\/BM<\/strong> et la <strong>Fondation Jules et Paul-\u00c9mile L\u00e9ger<\/strong> y proposent un retour sur leur exp\u00e9rience de travail aux c\u00f4t\u00e9s des communaut\u00e9s rurales au Burkina Faso aux prises avec les changements climatiques. Au-del\u00e0 des d\u00e9fis pos\u00e9s par l\u2019agriculture \u00e0 petite \u00e9chelle, l&rsquo;article montre que la lutte contre les changements climatiques offre une opportunit\u00e9 de combattre la disparit\u00e9 femmes-hommes dans la gestion des ressources agricoles et financi\u00e8res. En enseignant aux femmes des techniques de conservation des sols et d\u2019\u00e9levage, on leur offre l\u2019occasion de participer aux c\u00f4t\u00e9s des hommes \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de vie qui a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9e par les al\u00e9as climatiques.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Aiguo Dai, Kevin E. Trenberth et Taotao, Qian. 2004. A global dataset of Palmer Drought Severity Index for 1870-2002: relationship with soil moisture and effects of surface warming. <em>Journal of Hydrometeorology<\/em>, <em>5<\/em> (6), 1117-1130.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Abdoul Hameth. 2007. <em>Acteurs et territoires du Sahel\u00a0: r\u00f4le des mises en relation dans la recomposition des territoires<\/em>. Paris\u00a0: ENS \u00e9ditions.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ba, Cheikh. 2019. <em>Changement climatique et gouvernance des risques hydrologiques\u00a0: quels mod\u00e8les de gouvernance? Cas de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Grenoble-Alpes et Universit\u00e9 Gaston Berger de Saint-Louis.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Brunel, Sylvie. 2014<em>. L\u2019Afrique est-elle si bien partie?. <\/em>Paris\u00a0: \u00c9ditions Sciences Humaines.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Carrou\u00e9, Laurent. 2015. <em>La plan\u00e8te financi\u00e8re. Capital, pouvoirs, espaces et territoires<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diallo, Alassane. 2018. <em>Changement climatique et migrations humaines au S\u00e9n\u00e9gal\u00a0: une approche en termes de vuln\u00e9rabilit\u00e9 du syst\u00e8me socio-\u00e9cologique<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Grenoble-Alpes.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Diedhiou, Arona. 2019. R\u00e9chauffement : \u00ab Il est temps de proposer des solutions pour l\u2019Afrique, construites par des Africains \u00bb. <em>Id\u00e9es pour le d\u00e9veloppement<\/em>.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/ideas4development.org\/rechauffement-solutions-afrique\/\">https:\/\/ideas4development.org\/rechauffement-solutions-afrique\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">FAO. 2007. <em>Sahel\u00a0: Situation m\u00e9t\u00e9orologique et \u00e9tat des cultures<\/em>. Rapport n\u00b03, 13 septembre 2007, 1-5.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hufty, Andr\u00e9. 1994. Orientations et vocabulaire de la climatologie (1988-1992).\u00a0 <em>Publications de l\u2019Association Internationale de Climatologie<\/em>, <em>7<\/em>, 15-23.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Hulme, Mike. 2001. Climatic perspectives on Sahelian desiccation: 1973\u20131998. <em>Global Environmental Change<\/em>, <em>11<\/em>\u00a0(1), 19-29.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Janin, Pierre. 2010. La lutte contre l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Sahel\u00a0: permanence des questionnements et \u00e9volution des approches. <em>Cahiers agricultures<\/em>, <em>19<\/em> (3), 177-184.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jones, Philip Douglas et Hulme, Mike. 1996. Calculating regional climatic time series for temperature and precipitation\u00a0: Methods and illustrations. <em>International Journal of Climatology<\/em>, <em>16<\/em>, 361-377.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">L\u2019Express. 2009. Graves inondations en Afrique de l&rsquo;Ouest, <em>Actualit\u00e9, Monde, Afrique<\/em>, publi\u00e9 le 10 septembre 2009.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/monde\/afrique\/graves-inondations-en-afrique-de-l-ouest_785730.html\">https:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/monde\/afrique\/graves-inondations-en-afrique-de-l-ouest_785730.html <\/a>.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicholson, Sharon E. 2005.\u00a0 On the question of the \u201crecovery\u201d of the rains in the West African Sahel. <em>Journal of arid environments<\/em>, <em>63<\/em> (3), 615-641.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicholson, Sharon E. 2013. The West African Sahel: A review of recent studies on the rainfall regime and its interannual variability, <em>ISRN Meteorology<\/em>.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.hindawi.com\/journals\/isrn\/2013\/453521\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.hindawi.com\/journals\/isrn\/2013\/453521\/&amp;source=gmail&amp;ust=1575387818691000&amp;usg=AFQjCNEdij99UBhjW6c3KenuYPedXrSyng\">https:\/\/www.hindawi.com\/journals\/isrn\/2013\/453521\/ <\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nicholson, Sharon E. 2014. Climate change and the politics of causal reasoning: the case of climate change and migration. <em>The Geographical Journal<\/em>, <em>180<\/em> (2), 151-160.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nouaceur, Zeinneddine et Sagna, Pascal. 1996. Le r\u00e9chauffement du climat en Afrique de l\u2019Ouest (Mauritanie, S\u00e9n\u00e9gal, Mali). <em>Publications de l\u2019Association Internationale de climatologie<\/em>, <em>9<\/em>, 463-70.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Nouaceur, Zeinneddine. 2013. Changements climatiques au Sahel\u00a0: des conditions plus humides et plus chaudes en Mauritanie? <em>S\u00e9cheresse<\/em>, <em>24<\/em>, 85-95. DOI\u00a0: 10.1684\/sec.2013.0385.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">OCDE\/CSAO. 2013. <em>Incidences s\u00e9curitaires du changement climatique au Sahel\u00a0: perspectives politiques.<\/em> Projet d\u2019\u00e9tude cofinanc\u00e9 par le minist\u00e8re fran\u00e7ais des affaires \u00e9trang\u00e8res et europ\u00e9ennes et par le minist\u00e8re britannique des affaires \u00e9trang\u00e8res et du Commonwealth et coordonn\u00e9 par le CSAO\/OCDE.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">PNUD. 2010. <em>Rapport sur le d\u00e9veloppement humain 2010-La vraie richesse des nations\u00a0: Les chemins du d\u00e9veloppement humain<\/em>. Rapport PNUD, New York, \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Quezel, Pierre. 1965. <em>La v\u00e9g\u00e9tation au Sahara. Du Tchad \u00e0 la Mauritanie<\/em>. Stuttgart\u00a0: Gustav Ficher Verlag.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Raynaut, Claude. 1997. <em>Sahels\u00a0: diversit\u00e9 et dynamiques des relations soci\u00e9t\u00e9s-nature<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Steffen, Will, Wendy, Broadgate, Lisa, Deutsch, Owen, Gaffney et Cornelia, Ludwig. 2015. The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration. <em>The Anthropocene Review<\/em>, <em>1<\/em> (2), 1-18.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Toupet, Charles. 1992. <em>Le Sahel<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Vischel, Th\u00e9o. 2018. Au Sahel, pas de retour \u00e0 la normale apr\u00e8s la \u00ab\u00a0grande s\u00e9cheresse\u00a0\u00bb. <em>The Conversation.<br \/>\n<\/em><a href=\"https:\/\/theconversation.com\/au-sahel-pas-de-retour-a-la-normale-apres-la-grande-secheresse-106548\">https:\/\/theconversation.com\/au-sahel-pas-de-retour-a-la-normale-apres-la-grande-secheresse-106548<\/a>(13\/11\/2019)<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/cheikh-ba\">Cheikh Abdoul Ahad Mback\u00e9 BA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;Institut de gouvernance territoriale de l&rsquo;Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop \u00e0 Dakar, au S\u00e9n\u00e9gal. Ses int\u00e9r\u00eats de recherche se situent \u00e0 l&rsquo;intersection de la g\u00e9ographie environnementale, de l&rsquo;\u00e9cologie politique, des \u00e9tudes sur la gouvernementalit\u00e9 et des \u00e9tudes sur la science et la technologie. Il a men\u00e9 des recherches approfondies sur la gouvernance des crises environnementales et des risques climatiques en relation avec les inondations du bassin du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, analysant le r\u00f4le de diff\u00e9rentes formes de connaissances environnementales locales et situ\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9mergence de pratiques de r\u00e9silience endog\u00e8nes. Cheikh Ba continue \u00e9galement \u00e0 travailler comme chercheur \u00e0 l&rsquo;Institut de recherche sociale et \u00e9conomique (WiSER) de l&rsquo;Universit\u00e9 de Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud). Il est membre du projet Sahel\/Sahara\/Mediterrean Cluster of Regions 2050, dirig\u00e9 par Achille Mbembe, o\u00f9 il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;\u00e9cologie des savoirs sur les plans d&rsquo;eau sah\u00e9liens. Il s&rsquo;int\u00e9resse aux notions locales de justice environnementale, \u00e0 la d\u00e9colonisation des connaissances environnementales et \u00e0 l&rsquo;histoire \u00e9cologique de la gouvernance territoriale en Afrique de l&rsquo;Ouest.<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/demba-gaye\">Demba GAYE<\/a><\/strong><br \/>L\u2019auteur est g\u00e9ographe de formation, titulaire d\u2019un doctorat en climatologie, sp\u00e9cialiste des lithom\u00e9t\u00e9ores. Il est chercheur et consultant. Actuellement charg\u00e9 de cours \u00e0 l\u2019UFR de Lettres et sciences humaines de l\u2019Universit\u00e9 Gaston Berger de Saint-Louis (S\u00e9n\u00e9gal), il est membre du laboratoire Le\u00efdi \u00ab Dynamiques des territoires et d\u00e9veloppement \u00bb et du laboratoire GERM (Genre, Environnement, Religion &amp; Migrations) de la m\u00eame universit\u00e9. Il a \u00e9crit et co-\u00e9crit plusieurs articles scientifiques sur le sahel en g\u00e9n\u00e9ral et sur le sahel-s\u00e9n\u00e9galais en particulier.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-211-1\">Classement IDH des pays : https:\/\/www.populationdata.net\/palmares\/idh\/ ou encore http:\/\/donnees.banquemondiale.org\/indicateur\/SI.POV.DDAY?locations=1W&amp;start=1981&amp;end=2013&amp;view=chart <a href=\"#return-footnote-211-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":1,"menu_order":1,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"Savoirs, perceptions et initiatives locales","pb_authors":["cheikh-ba","demba-gaye"],"pb_section_license":"cc-by-sa"},"chapter-type":[],"contributor":[143,92],"license":[53],"class_list":["post-211","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","contributor-cheikh-ba","contributor-demba-gaye","license-cc-by-sa"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/211","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":52,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/211\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1007,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/211\/revisions\/1007"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/211\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=211"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=211"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=211"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=211"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}