{"id":215,"date":"2019-10-22T03:42:41","date_gmt":"2019-10-21T21:42:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/?post_type=chapter&#038;p=215"},"modified":"2021-06-05T14:45:39","modified_gmt":"2021-06-05T12:45:39","slug":"quelle-place-pour-les-savoirs-vernaculaires-endogenes-dans-la-lutte-contre-les-changements-climatiques-des-imaginaires-alternatifs-dans-lestuaire-du-fleuve-senegal","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/texte\/quelle-place-pour-les-savoirs-vernaculaires-endogenes-dans-la-lutte-contre-les-changements-climatiques-des-imaginaires-alternatifs-dans-lestuaire-du-fleuve-senegal\/","title":{"rendered":"Quelle place pour les savoirs endog\u00e8nes dans la lutte contre les changements climatiques?"},"content":{"raw":"<h2>Introduction<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Les zones c\u00f4ti\u00e8res sont devenues un objet d\u2019\u00e9tude dans le domaine du changement climatique. En effet, elles constituent des espaces vuln\u00e9rables, fortement menac\u00e9s par l\u2019augmentation du niveau de la mer, des courants, des vents et des vagues (Rahmstorf, 2007; Grinsted <em>et<\/em> <em>al.,<\/em> 2009). Au nord du S\u00e9n\u00e9gal, la zone estuarienne est devenue une zone d\u2019accumulation de risques hydrologiques \u00e0 cause de l\u2019anthropisation \u00e0 l\u2019\u0153uvre et du changement climatique. Les citoyens et citoyennes r\u00e9clament un renouvellement des savoirs et des m\u00e9thodes de la gouvernance des risques hydrologiques. Ils et elles veulent une transition de la gestion des crises environnementales f\u00e9cond\u00e9e par la diffusion des fonctions politiques dans l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019accroissement des implications directes citoyennes dans les questions \u00e9cologiques (Ba, 2019). Ils et elles savent, d\u00e9sormais, que les grands d\u00e9fis environnementaux ne cesseront jamais d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents et de se multiplier (Wrong <em>et<\/em> <em>al.,<\/em> 2014). Les communaut\u00e9s humaines ont plus que jamais le devoir d\u2019assumer leurs responsabilit\u00e9s envers la nature (Moscovici, 1968). Le maintien des processus, pour que les \u00e9quilibres plan\u00e9taires demeurent propices \u00e0 la vie, va d\u00e9pendre des politiques d\u2019att\u00e9nuation et d\u2019adaptation. Ces questions \u00e9cologiques, environnementales ou tout simplement naturelles ont impuls\u00e9 ma sensibilit\u00e9 et ma volont\u00e9 \u00e0 arpenter de nouvelles approches.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Des travaux pr\u00e9liminaires ont renseign\u00e9 les risques hydrologiques dans l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal (Cogels <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 1993; Kane, 2002; Sy, 2010; Durand <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2010; Bilbao <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013; Sy, 2015; Vedeld <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2015; Ta\u00efbi <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2006), travaux qui exposent les cons\u00e9quences de l\u2019anthropisation du fleuve sur le syst\u00e8me socio-\u00e9cologique, en particulier celles relatives \u00e0 la construction des barrages et de la br\u00e8che artificielle. La gouvernance de ces cons\u00e9quences, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de Saint-Louis et plus g\u00e9n\u00e9ralement de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, interpelle directement les sciences sociales et appelle des d\u00e9veloppements acad\u00e9miques cons\u00e9quents. Ma recherche a \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e par les motivations ci-apr\u00e8s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Saint-Louis et l\u2019estuaire sont int\u00e9ressants pour moi \u00e0 plusieurs titres. C\u2019est une ville \u00ab moyenne \u00bb dont les capacit\u00e9s adaptatives sont mal appr\u00e9hend\u00e9es par la litt\u00e9rature acad\u00e9mique, \u00e0 l\u2019inverse des \u00ab <em>mega-cities\u00a0<\/em>\u00bb (Birkman, 2016). Son territoire est caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00ab synergie \u00bb ou une \u00ab accumulation \u00bb des risques (Adelekan <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2015). Les derni\u00e8res d\u00e9cennies font de l'analyse de la transformation du syst\u00e8me territorial un enjeu primordial, alors que l'ann\u00e9e 2003 (ouverture d'une br\u00e8che dans la langue de Barbarie) aurait pu constituer un \u00e9v\u00e9nement disruptif ouvrant sur un infl\u00e9chissement des \u00ab politiques du d\u00e9sastre \u00bb (Pelling, 2009). La gouvernance de la ville semble n'\u00e9voluer que de mani\u00e8re incr\u00e9mentale, en apparente contradiction avec l'urgence d'une situation qui se d\u00e9grade : patrimoine urbain menac\u00e9 par les risques hydriques, d\u00e9veloppement de la pauvret\u00e9 et bidonvilisation, d\u00e9placements de population face \u00e0 la mont\u00e9e de la mer.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9-orienter le d\u00e9veloppement de la r\u00e9gion sur la base d'un contrat hydro-social renouvel\u00e9, une analyse critique des savoirs qui informent les pratiques de gouvernance semble n\u00e9cessaire. Le champ de l\u2019\u00e9cologie politique propose une pl\u00e9thore de mod\u00e8les de participation citoyenne invitant \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer la nature et la l\u00e9gitimit\u00e9 des savoirs mobilis\u00e9s au sein d\u2019une diversit\u00e9 de dispositifs : jurys citoyens, recherches participatives, forums hybrides. Plus fondamentalement, de nombreux travaux invitent \u00e0 analyser de mani\u00e8re critique la circulation internationale des normes qui op\u00e8rent parmi l\u2019ensemble de l\u2019\u00ab \u00e9lite \u00bb d\u00e9cisionnaire et qui finissent par surd\u00e9terminer fortement les coalitions de croissance urbaine en charge de la d\u00e9finition des politiques d\u2019adaptation locale au sein de pays en d\u00e9veloppement (Barthel et Verdeil, 2013). Face aux prescriptions faiblement soutenables qui en d\u00e9coulent, marqu\u00e9es par un isomorphisme institutionnel probl\u00e9matique, on assiste aujourd\u2019hui \u00e0 des appels r\u00e9it\u00e9r\u00e9s pour une r\u00e9appropriation des enjeux de d\u00e9veloppement par les communaut\u00e9s elles-m\u00eames, et donc \u00e0 un r\u00e9\u00e9quilibrage des pouvoirs entre parties prenantes afin de produire des \u00ab communs \u00bb.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 une trajectoire de d\u00e9veloppement faiblement soutenable, il s\u2019agirait de contenir les d\u00e9rives renvoyant \u00e0 des logiques de d\u00e9veloppement import\u00e9es (rationalit\u00e9 experte) et de favoriser les logiques \u00ab autochtones \u00bb (Makondo et Thomas, 2018) visant entre autres \u00e0 \u00ab\u00a0panser l\u2019en-commun \u00bb (Seck, 2017).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces diagnostics et les questionnements qu\u2019ils soul\u00e8vent sont pour l\u2019heure faiblement investis par les chercheurs et chercheuses. Il s\u2019agit alors de contribuer au d\u00e9veloppement de telles approches dans le champ des savoirs vernaculaires et endog\u00e8nes (Collignon, 2005; Hountondji, 1994; Ki-Zerbo, 1993) en les \u00e9tudiant dans la zone de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. C\u2019est dans ce sens que je m\u2019interroge sur la nature des savoirs imaginaires environnementaux qu\u2019il faudrait mobiliser afin de d\u00e9passer les limites des repr\u00e9sentations modernes, port\u00e9es par les expert-e-s du d\u00e9veloppement et le gouvernement repr\u00e9sentatif, et ainsi construire des r\u00e9siliences fortes b\u00e9n\u00e9ficiant \u00e0 la majorit\u00e9 des parties prenantes impliqu\u00e9es dans un contexte de changement climatique. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, j\u2019ai mobilis\u00e9 une s\u00e9rie de rapports techniques, de documents administratifs et des travaux de chercheurs et chercheuses. En fait, un nombre important de documents relevant de la litt\u00e9rature grise rassemblent des contenus solides d\u00e9di\u00e9s essentiellement aux grandes probl\u00e9matiques environnementales et politiques de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Cette approche a permis de structurer mon propos en deux sections.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la premi\u00e8re partie, je fais une d\u00e9clinaison de diff\u00e9rentes grilles de lecture th\u00e9orique permettant de mieux saisir les dynamiques vernaculaires et endog\u00e8nes qui habitent l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal (Collignon, 2005; Levy et Lussault, 2003; Le Roy, 1997; Claval, 2007; Sarr, 2016; Ndoye, 2015). Enfin, je donne des exemples de savoirs locaux, existants \u00e0 Saint-Louis, qui peuvent donner un nouveau sens aux politiques publiques dans un contexte de d\u00e9sastre \u00e9cologique.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: left;\">Des savoirs vernaculaires pour charpenter la r\u00e9silience<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Les savoirs vernaculaires sont d\u00e9finis comme \u00ab\u00a0ce qui donne sens \u00e0 une situation ou \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement par la mobilisation d\u2019une s\u00e9rie d\u2019unit\u00e9s d\u2019informations poss\u00e9d\u00e9es par celui (ou celle) qui met en \u0153uvre ce savoir\u00a0\u00bb (Collignon, 2005, p.\u00a0323). Le savoir est une mise en coh\u00e9rence interne des unit\u00e9s d\u2019informations et sa mise en acte est un mouvement (Collignon, <em>ibid<\/em>.). Et qu\u2019appelle-t-on \u00ab savoir \u00bb? Jean-Fran\u00e7ois Pradeau (L\u00e9vy et Lussault, 2003) disait que \u00ab savoir \u00bb ne signifie pas seulement \u00ab conna\u00eetre \u00bb, \u00ab savoir \u00bb signifierait conna\u00eetre de fa\u00e7on \u00e0 agir et d\u00e9signe l\u2019aptitude de la connaissance \u00e0 fonder une pratique. Le savoir est un acte.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous savons que les savoirs savants \u00e9labor\u00e9s dans un cadre scientifique d\u00e9pendent des exp\u00e9riences. C\u2019est de cette m\u00eame fa\u00e7on que les savoirs vernaculaires n\u00e9cessiteraient des situations d\u2019exp\u00e9rience. Ce qui les diff\u00e9rencie des savoirs scientifiques, c\u2019est le fait qu\u2019ils ne reposent pas sur une d\u00e9marche analytique. M\u00eame si des exp\u00e9riences sont n\u00e9cessaires, il ne s\u2019agira pas de chercher la v\u00e9racit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments qui font son exp\u00e9rience. La v\u00e9rification n\u2019est pas syst\u00e9mique. Sa validit\u00e9 est appr\u00e9ci\u00e9e sur la base de sa coh\u00e9rence et son efficacit\u00e9 et non sur l\u2019exactitude de ses unit\u00e9s d\u2019informations qui seront mobilis\u00e9es. La notion d\u2019exactitude ne retrouve pas sa place dans l\u2019\u00e9laboration des savoirs vernaculaires, car ils incorporent dans leurs d\u00e9marches des \u00e9motions ou des r\u00eaves. Il serait difficile de faire de la th\u00e9orisation sur ces derniers, alors que les savoirs savants sont discursifs et formalis\u00e9s \u00e0 travers des approches th\u00e9oriques. Ils visent l\u2019objectivation et la communicabilit\u00e9 (Collignon, 2005).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es 1950, les travaux en ethnoscience, combin\u00e9s aux recherches de Claude L\u00e9vy-Strauss (1962), avaient d\u00e9montr\u00e9 que les savoirs vernaculaires sont une construction intellectuelle et ne se r\u00e9duiraient pas uniquement \u00e0 une praxis issue de l\u2019exp\u00e9rience empirique. En effet, ils s\u2019\u00e9laborent dans un mouvement de mobilisation conjointe d\u2019unit\u00e9s d\u2019informations de types tr\u00e8s divers issues de l\u2019exp\u00e9rience, de raisonnements abstraits relevant de la g\u00e9om\u00e9trie, de la physique, de la biologie, de r\u00e9flexions d\u2019ordre philosophique, de la spiritualit\u00e9 individuelle et collective, de croyances, de r\u00eaves et d\u2019\u00e9motions qui, ensemble, forment ces savoirs (Collignon, 1996). Ils sont subjectifs, contextualis\u00e9s et pluriels. Les contenus du savoir vernaculaire ne sont jamais les m\u00eames. Ils sont l\u2019expression des cultures. Son parall\u00e8le (savoir savant) est un seul savoir, gr\u00e2ce \u00e0 son principe d\u2019objectivation. Il aspire \u00e0 une universalit\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame sens que ce que dit Collignon (2005), l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal est un territoire d\u2019exp\u00e9riences de savoirs hydrologiques vernaculaires. Elles sont mobilisables au sein d\u2019une communaut\u00e9 \u00ab autochtone \u00bb (le Gandiol); ces savoirs sont compos\u00e9s d\u2019exp\u00e9rience, de transmissions, de r\u00e9cits et de mythes. Les connaissances environnementales port\u00e9es par ces communaut\u00e9s de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal peuvent permettre l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation des pratiques pour la pr\u00e9servation des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\r\n\r\n<h2>Une endog\u00e9n\u00e9isation des savoirs environnementaux<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est jamais facile de r\u00e9duire la diversit\u00e9 des exp\u00e9riences humaines, au Nord comme au Sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, \u00e0 des formules institutionnelles plurielles, larges, universelles, assouplies, prenant en consid\u00e9ration la complexit\u00e9 des situations et des soci\u00e9t\u00e9s. Des formules institutionnelles comme la d\u00e9centralisation ou la gouvernance sont fond\u00e9es sur une vision jud\u00e9o-chr\u00e9tienne. Ainsi, la l\u00e9gitimit\u00e9 de toute organisation du monde comme des soci\u00e9t\u00e9s est associ\u00e9e \u00e0 l\u2019intervention d\u2019une force ext\u00e9rieure, sup\u00e9rieure, omnipotente et omnisciente qui donne sens et coh\u00e9rence aux mod\u00e8les d\u2019organisation des territoires retenus. Raison pour laquelle en Occident, l\u2019\u00c9tat moderne a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u sur le mod\u00e8le de Dieu. Les institutions symbolisent la force \u00ab providentielle \u00bb organisatrice du n\u00e9ant originel (Le Roy, 1999).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Afrique de l\u2019Ouest, principalement le S\u00e9n\u00e9gal, a subi les effets des philosophies r\u00e9formatrices (d\u00e9centralisation ou de la gouvernance) \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970-1980. Au moment o\u00f9 les communaut\u00e9s africaines sortaient du chaos et non du n\u00e9ant, les principes d\u2019organisation devaient \u00e9merger de l\u2019int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 et non de l\u2019ext\u00e9rieur (Le Roy, 1999). Les nouvelles r\u00e9formes issues de ces politiques ont perturb\u00e9 le fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles. Ces derni\u00e8res ont perdu leur l\u00e9gitimit\u00e9 face \u00e0 une \u00e9mergence de structures bureaucratiques, produit des r\u00e9formes territoriales import\u00e9es d\u2019une autre culture. Elles bloquent l\u2019\u00e9closion des savoirs traditionnels ou vernaculaires dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, le pouvoir qu\u2019exerce le \u00ab prince \u00bb est fragile tant qu\u2019il d\u00e9pend du bon vouloir de subordonn\u00e9-e-s qui sont les seul-e-s \u00e0 disposer des connaissances g\u00e9ographiques indispensables \u00e0 la transmission des ordres, au maintien local de l\u2019ordre et \u00e0 la lev\u00e9e des taxes (Claval, 2007). Dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019obtenir des informations sur ses possessions lointaines, le souverain ou la souveraine, le ou la responsable du pouvoir central, s\u2019il ou elle ne veut pas \u00eatre trahi-e, n\u2019a d\u2019autre moyen que d\u2019entretenir des cha\u00eenes de subordination qui s\u2019organisent mutuellement (pouvoirs d\u00e9concentr\u00e9s). Il s\u2019agit d\u2019une forme d\u2019\u00e9laboration de corps de connaissances objectives territoriales. Cette \u00e9laboration permet de mettre en place diff\u00e9rentes formes de pouvoir : l\u2019administration des diff\u00e9rentes r\u00e9gions n\u2019a plus \u00e0 \u00eatre confi\u00e9e automatiquement \u00e0 des gens d\u2019origine locale (Claval, 2007).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fa\u00e7on d\u2019\u00e9lire les administratrices et administrateurs territoriaux pose probl\u00e8me, car une partie des sp\u00e9cificit\u00e9s r\u00e9gionales risque d\u2019\u00e9chapper aux gouverneurs ou gouverneuses nomm\u00e9-e-s dans les provinces. Mais le pouvoir central y gagne : les fonctionnaires d\u2019origine locale constituaient, pour lui, un danger potentiel. Ils et elles avaient trop de relations sur place et \u00e9taient pris-es dans trop de r\u00e9seaux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour \u00eatre totalement d\u00e9vou\u00e9-e-s \u00e0 la cause de leur \u00ab ma\u00eetre ou ma\u00eetresse \u00bb. Le recours \u00e0 des administratrices et administrateurs venus d\u2019ailleurs assure une plus grande neutralit\u00e9 vis-\u00e0-vis de chaque province et diminue le risque de voir les \u00e9chelons locaux d\u00e9velopper des politiques contraires aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9tat (Claval, 2007).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces principes de d\u00e9concentration emp\u00eachent l\u2019\u00e9mergence des possibles environnementaux, la co-production des savoirs, le pluralisme de r\u00e9gulation des risques hydrologiques et l\u2019animation territoriale. Au contraire, ils favorisent l\u2019accumulation de risques engendr\u00e9s par les anthropisations et les bouleversements climatiques, car ils m\u00e8nent \u00e0 une reproduction syst\u00e9mique de mod\u00e8les de gouvernance import\u00e9s sans r\u00e9elle adaptation aux sp\u00e9cificit\u00e9s locales, \u00e0 plus forte raison quand les institutions issues des lois de d\u00e9centralisation, reposant sur la participation des populations locales, sont ignor\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, il n\u2019est pas trop tard pour infl\u00e9chir la trajectoire de gouvernance de l\u2019ensemble de la r\u00e9gion du fleuve S\u00e9n\u00e9gal dans un contexte de changement climatique. Face aux limites des strat\u00e9gies adaptatives d\u00e9ploy\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1970, une autochtonisation environnementaliste est port\u00e9e par certaines populations de l\u2019estuaire. Un moyen de bien prendre le large et d\u00e9peindre le tableau sombre de la gestion des risques li\u00e9s aux changements climatiques.<\/p>\r\n\r\n<h2>Prendre le large!<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Felwine Sarr parlait du sens et l\u2019int\u00e9r\u00eat de prendre le large pour la r\u00e9invention des trajectoires de d\u00e9veloppement en Afrique. Il r\u00e9pondait \u00e0 un appel \u00e0 communication sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Oser r\u00e9inventer l\u2019avenir\u00a0\u00bb lors de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire du Mali en 2015. Et il disait\u00a0:<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9inventer l\u2019avenir n\u2019allait donc pas de soi. Il fallait de la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 pour une telle entreprise. Il s\u2019agissait d\u2019inventer \u00e0 nouveau, car l\u2019avenir semblait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9. Ses lieux et espaces indiqu\u00e9s, les chemins qui y menaient et les prairies o\u00f9 brouter, fl\u00e9ch\u00e9es avec pr\u00e9cision. Son image id\u00e9ale se donnait \u00e0 voir en Europe occidentale et en Am\u00e9rique du Nord; et pour ceux qui ne pouvaient acc\u00e9der \u00e0 ces territoires prot\u00e9g\u00e9s, la t\u00e9l\u00e9vision en donnait un reflet fid\u00e8le (Sarr, 2016, p. 123).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, quand il s\u2019agit de r\u00e9fl\u00e9chir sur le devenir possible de nos villes, de nos r\u00e9gions ou de nos pays, la plupart des propositions \u00e9pousent les formes et r\u00e9alit\u00e9s qui nous sont \u00e9trang\u00e8res. Le pr\u00e9sident L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor disait : \u00ab\u00a0en l\u2019an 2000, Dakar sera comme Paris \u00bb. L\u2019id\u00e9e consistait \u00e0 reproduire le mod\u00e8le urbain de d\u00e9veloppement parisien pour donner une nouvelle image urbaine de Dakar.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Sami Tchak posait la question : \u00ab Quand est-ce que nous arr\u00eaterons de faire du pass\u00e9 des autres notre avenir? \u00bb (Tchak, cit\u00e9 par Sarr, 2016, p. 225). Sans pour autant faire expr\u00e8s, peut-\u00eatre, nous avons cette habitude de reprendre les fabriques urbaine, \u00e9conomique et politique des autres. Les sp\u00e9cialistes du d\u00e9veloppement proposent des imaginaires qui sont \u00e9trangers aux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales, politiques et culturelles de nos territoires. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les trajectoires qui sont propos\u00e9es jusqu\u2019ici \u00e9pousent les formes achev\u00e9es du d\u00e9veloppement europ\u00e9en (Sarr, 2016). Le d\u00e9sir de reproduction syst\u00e9mique des formes soci\u00e9tales, \u00e9conomiques et politiques des pays de l\u2019Atlantique Nord et de leur sacrifier la richesse de leurs singularit\u00e9s soci\u00e9tales (Sarr, 2016) a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 par Pankaj Mishra.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En Afrique, depuis les ann\u00e9es 2000, plusieurs projets de d\u00e9veloppement \u00e9conomique apparaissent. Lors d\u2019une conf\u00e9rence du CODESRIA[footnote]Conseil pour le d\u00e9veloppement de la recherche en sciences sociales en Afrique.[\/footnote] le 9 juin 2015 \u00e0 Dakar, <em>l\u2019Afrique en qu\u00eate de sens<\/em>, Alioune Sall, le directeur de l\u2019Institut des futurs africains bas\u00e9 \u00e0 Pretoria, avait d\u00e9nombr\u00e9 le nombre de projets \u00e9conomiques en Afrique. Une cinquantaine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nombr\u00e9e. Ces programmes \u00e9conomiques visaient le long terme. Sur cinquante-quatre \u00c9tats africains, il n\u2019y en a que sept qui n\u2019avaient pas de vision \u00e9conomique (Sarr, 2016).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, le nombre d\u2019\u00e9tudes prospectives en Afrique ne cesse d\u2019augmenter. De 1960 \u00e0 1990, elles \u00e9taient une dizaine, men\u00e9es par des institutions internationales (FMI, Banque mondiale, FAO, PNUD) et \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, les \u00e9tudes ont prosp\u00e9r\u00e9. En 2100, elles pourraient atteindre la centaine (Sarr, 2016). La critique que nous pouvons adresser aux commanditaires de ces prospectives \u00e9conomiques, c'est leur manque de curiosit\u00e9, d\u2019audace, d\u2019innovation et d\u2019originalit\u00e9. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, elles ont tendance \u00e0 reprendre les hypoth\u00e8ses de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique. Puisque les auteurs et autrices tentent de les pratiquer sans v\u00e9ritables r\u00e9serves aux trajectoires des pays africains (Sarr, 2016), prendre le large serait une fa\u00e7on d\u2019encourager la poi\u00e9sis dans nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans le m\u00eame courant qu\u2019\u00c9tienne Le Roy a montr\u00e9 que des r\u00e9formes territoriales comme la d\u00e9centralisation ont impos\u00e9 des choix r\u00e9formateurs dont les r\u00e9alit\u00e9s n\u2019existaient pas au S\u00e9n\u00e9gal. Il parlait de d\u00e9centralisation et du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re. Cette tendance partag\u00e9e par les politiques de d\u00e9veloppement et les options r\u00e9formatrices y \u00e9chappe rarement (GEMDEV, 1997). En fait, sur des probl\u00e8mes insuffisamment analys\u00e9s, \u00e9tudi\u00e9s et explor\u00e9s, des solutions \u00e9trang\u00e8res aux communs des territoires sont appliqu\u00e9es. Ces solutions ont fait \u00ab leurs preuves \u00bb ailleurs. C\u2019est le cas des r\u00e9formes territoriales de la d\u00e9centralisation. Ces politiques ont \u00e9pous\u00e9 des formes \u00e9trang\u00e8res. Elles ont \u00e9t\u00e9 achev\u00e9es sur d\u2019autres territoires. Elles portent les empreintes et les civilisations de peuples ou de nations sp\u00e9cifiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La solution pour corriger ce dysfonctionnement consiste \u00e0 d\u00e9centraliser (GEMDEV, 1997). Les territoires d\u2019Afrique de l\u2019Ouest ont \u00e9t\u00e9 des r\u00e9ceptacles de politiques d\u00e9centralisatrices dans les ann\u00e9es 1970. Et pourtant, dans certains territoires, le pouvoir n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9centralis\u00e9, mais concentr\u00e9 entre les mains d\u2019un seul homme, d\u2019une client\u00e8le ou d\u2019un parti unique ou dominant. Dans ce cas, la solution \u00e0 imaginer est une d\u00e9concentration et non une d\u00e9centralisation (GEMDEV, 1997).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9centralisations, telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es et impos\u00e9es, sont surtout bas\u00e9es sur une tromperie; la d\u00e9centralisation \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9e par les organismes internationaux comme un objectif de d\u00e9mocratisation alors qu\u2019elle ne concerne r\u00e9ellement que la mobilisation de l\u2019ensemble des sources vives d\u2019une nation pour r\u00e9pondre aux imp\u00e9ratifs du remboursement de la dette ext\u00e9rieure, la participation populaire en \u00e9tant la cons\u00e9quence. Comme le disait Tocqueville (1985), il est pourtant curieux de constater que dans la d\u00e9mocratie, le peuple est \u00e0 la fois souverain et mis\u00e9rable.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la r\u00e9invention des strat\u00e9gies adaptatives que nous sugg\u00e9rons devra \u00e9pouser et incr\u00e9menter dans sa trajectoire de nouvelles variables (environnementales, \u00e9conomiques, sociales et culturelles) issues de nos soci\u00e9t\u00e9s, car nous devons comprendre que le d\u00e9veloppement, l\u2019\u00c9tat-nation, les figures institutionnelles de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative et l\u2019allure des villes sont des propositions faites, qui \u00e9pousent des formes d\u2019organisation sociale, de r\u00e9gulation du politique et de l\u2019\u00e9conomique r\u00e9sultant de s\u00e9lections op\u00e9r\u00e9es au cours de leur histoire, apr\u00e8s un long processus d\u2019essai-erreur (Sarr, 2016). Ne pas tenir en consid\u00e9ration l\u2019ensemble des valeurs appartenant \u00e0 nos territoires ne fera qu\u2019aggraver les risques encourus (climat, inondations, s\u00e9cheresses, etc.).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, de 1960 \u00e0 nos jours, les strat\u00e9gies adaptatives face aux incertitudes climatiques ont montr\u00e9 leurs limites. Aujourd\u2019hui, face aux d\u00e9fis \u00e9cologiques, dans un contexte de changement climatique, il est n\u00e9cessaire de r\u00e9inventer les strat\u00e9gies adaptatives dans l\u2019estuaire. Mais cette volont\u00e9 de re-cr\u00e9ation doit \u00e9viter l\u2019appropriation t\u00e9l\u00e9ologique syst\u00e9mique de trajectoires emprunt\u00e9es et inadapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s sociales, \u00e9conomiques et culturelles du territoire \u00e0 r\u00e9inventer. Pour infl\u00e9chir la trajectoire non soutenable de gouvernance des risques hydrologiques dans l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, il est n\u00e9cessaire d\u2019enfanter des formes de sa propre contemporan\u00e9it\u00e9 (Sarr, 2016). Le fait de se limiter \u00e0 l\u2019imitation servile de mod\u00e8les \u00e9labor\u00e9s en fonction des imp\u00e9ratifs qui refusent les r\u00e9alit\u00e9s locales risquerait de produire de l\u2019extraversion, c\u2019est \u00e0 dire de l\u2019ali\u00e9nation. Au contraire, une innovation politique comprise et port\u00e9e par une dynamique endog\u00e8ne saura s\u2019accommoder aux exigences universelles de libert\u00e9 et de dignit\u00e9 humaine (Ndoye, 2015).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, face aux limites d\u00e9cel\u00e9es sur la trajectoire historique de gouvernance des risques hydrologiques, je propose une analyse d\u2019alternatives possibles \u00e0 partir des savoirs vernaculaires pour donner un nouveau sens aux strat\u00e9gies adaptatives face aux nouveaux d\u00e9fis \u00e9cologiques (changements climatiques, crise \u00e9rosive des littoraux, inondations, etc.). Prendre le large est une \u00e9tape n\u00e9cessaire pour refonder les paradigmes environnementaux.<\/p>\r\n\r\n<h2>Oser r\u00e9inventer la r\u00e9silience<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">En fait, Gandiol est un vieux territoire. Des sources de la tradition orale \u00e0 Saint-Louis disent que ce territoire a \u00e9t\u00e9 habit\u00e9 100 ans avant l\u2019urbanisation de la ville de Saint-Louis (Fanget, 2016). Gandiol est un regroupement de plusieurs territoires, de plusieurs communaut\u00e9s, de plusieurs villages. Ces territoires se trouvent en aval de la ville de Saint-Louis. Ils sont sur la zone estuarienne. Ils ont comme point commun la p\u00eache et la pratique de l\u2019agriculture. Dans le cadre de cet article, j\u2019ai travaill\u00e9 avec les ancien-ne-s habitant-e-s\u00a0d\u2019un ancien village de Gandiol. Il s\u2019agit de la communaut\u00e9 villageoise de Doun Baba Di\u00e8ye, village qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit \u00e0 la suite de l\u2019am\u00e9nagement de la br\u00e8che de 2003. Il \u00e9tait \u00e0 7 km en aval de Saint-Louis, avant sa destruction. M\u00eame si aujourd\u2019hui des rumeurs \u00e9voquent une possible reconstitution g\u00e9omorphologique de ce territoire, pour le moment, ses populations se sont d\u00e9plac\u00e9es avec leurs propres moyens sur l\u2019arri\u00e8re-estuaire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, le village de Doun Baba Di\u00e8ye a d\u2019abord fonctionn\u00e9 comme \u00e9tant un \u00eelot d\u2019oiseaux. Il en a \u00e9t\u00e9 ainsi jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des populations normandes en 1634 (Sy, 2010). Ces derni\u00e8res ont donn\u00e9 le nom des \u00eeles Bocos \u00e0 l\u2019\u00eelot, un territoire qui a re\u00e7u les premi\u00e8res installations fran\u00e7aises. Des installations qui n\u2019ont pas dur\u00e9, car les colons fran\u00e7ais ont par la suite pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019\u00eele de Saint-Louis qui avait une meilleure position strat\u00e9gique. Et surtout, ils \u00e9taient plus en s\u00e9curit\u00e9 par rapport aux risques de submersion marine. Ensuite, Saint-Louis permettait la mise en place des activit\u00e9s de commerce r\u00e9serv\u00e9es exclusivement aux populations fran\u00e7aises. Elle permettait aussi aux populations de se d\u00e9fendre contre les menaces des indig\u00e8nes (Barry, 1985).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, Baba Di\u00e8ye Diagne[footnote]Une personnalit\u00e9 tr\u00e8s connue par les communaut\u00e9s villageoises de Gandiol pratiquement. Il a travaill\u00e9 avec les colons fran\u00e7ais sur l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Actuellement, son petit-fils est le chef de village d\u00e9localis\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019ouverture de la br\u00e8che de 2003.[\/footnote] s\u2019est install\u00e9 sur l\u2019\u00eele m\u00eame si elle est devenue fran\u00e7aise. Il avait l\u2019obligation de continuer la mission que les Fran\u00e7ais avaient confi\u00e9e \u00e0 ses parents. Sa principale mission avec les autres populations de l\u2019\u00eele \u00e9tait de sonder la barre au niveau de l\u2019embouchure et de contr\u00f4ler l\u2019entr\u00e9e des bateaux. Nous pouvons dire que c\u2019\u00e9tait une personne avec des connaissances robustes sur la g\u00e9omorphologie et l\u2019hydrologie. Raison pour laquelle il devait r\u00e9pondre aux besoins sp\u00e9cifiques de cette mission strat\u00e9gique et importante pour le pouvoir colonial. Il a \u00e9t\u00e9 d\u2019une grande utilit\u00e9. Ses connaissances sur l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal ont servi \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 coloniale. Cet homme, Baba Di\u00e8ye, fait la fiert\u00e9 de ses successeurs, car il a d\u00e9tenu pendant plusieurs ann\u00e9es des exp\u00e9riences robustes sur le fonctionnement de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Ses connaissances ont \u00e9t\u00e9 transmises dans sa fratrie \u00e0 ses descendant-e-s. Ibrahima Diagne fait partie des h\u00e9ritiers successeurs. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, il a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par son fils Ameth S\u00e8ne Diagne.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Papa Ameth, c\u2019est ainsi que j\u2019avais l\u2019habitude de l\u2019appeler sur le terrain par respect et surtout par rapport \u00e0 sa sagesse. Le respect qu\u2019il inspire au sein de sa communaut\u00e9 est remarquable. Il n\u2019a pas fait d\u2019\u00e9tudes, mais il conna\u00eet parfaitement le domaine de l\u2019estuaire, ainsi que ses amis que j'ai retrouv\u00e9s sur le terrain. Chacun a une exp\u00e9rience pointue \u00e0 raconter. Ces exp\u00e9riences \u00e9cologiques peuvent (re)f\u00e9conder de possibles imaginaires, g\u00e9n\u00e9reux et optimistes qui panseront la m\u00e9moire heurt\u00e9e des communaut\u00e9s, car ces derni\u00e8res sont traumatis\u00e9es par cette action publique subite sans leur r\u00e9elle implication vu que l\u2019\u00e9tape post-am\u00e9nagement a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreuse. Le village de Doun Baba Di\u00e8ye a \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9 par les houles puissantes qui traversaient la br\u00e8che artificielle am\u00e9nag\u00e9e en 2003 par le pouvoir central pour sauver la ville de Saint-Louis.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Les revendications sont tr\u00e8s pertinentes pour le champ des politiques publiques environnementales ou de la gouvernance. Mais un point essentiel m\u2019a plus interpell\u00e9 pendant mes phases de terrain. Je voulais savoir si les populations autochtones revendicatrices d\u00e9tenaient de r\u00e9elles capacit\u00e9s pour renforcer la r\u00e9silience dans l\u2019estuaire dans un contexte d\u2019instabilit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes, d\u2019incertitude et de changement climatique. C\u2019est dans ce sens que je voulais en savoir un peu plus sur les strat\u00e9gies adaptatives au sein de ces communaut\u00e9s.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un entretien r\u00e9alis\u00e9 par C\u00e9line Fanget (Fanget, 2016) avec Ameth, chef de village de la communaut\u00e9 sinistr\u00e9e depuis l\u2019ouverture de la br\u00e8che de 2003, ce dernier disait que les populations de leur communaut\u00e9 n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9es pendant le processus d\u00e9cisionnel d\u2019ouverture de la br\u00e8che. Son p\u00e8re Ibrahima Diagne, aujourd'hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9, avait fait savoir aux autorit\u00e9s que les populations de Gandiol encouraient de graves risques si une br\u00e8che \u00e9tait ouverte sur le cordon littoral. Gr\u00e2ce \u00e0 son exp\u00e9rience h\u00e9rit\u00e9e de son anc\u00eatre Baba Di\u00e8ye Diagne, il avait compris que le cordon littoral servait de rempart entre la houle et la rive de son village Doun Baba Di\u00e8ye. L\u2019ouverture de la br\u00e8che allait fragiliser le cordon et ferait dispara\u00eetre le rempart contre les houles, ce qui allait exposer nettement son village aux risques de submersion et de destruction. Il a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9 par les autorit\u00e9s publiques qui ne voulaient rien entendre. Finalement, la br\u00e8che a \u00e9t\u00e9 ouverte et les cons\u00e9quences r\u00e9elles ont montr\u00e9 qu\u2019il avait raison. \u00c9tant donn\u00e9 que le rempart de protection est fragilis\u00e9 par cette ouverture, de puissantes vagues acc\u00e8dent facilement \u00e0 l\u2019estuaire et d\u00e9truisent les maisons construites. Aujourd\u2019hui, la br\u00e8che continue sa progression vers le sud du cordon littoral et les populations de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal ne sont pas \u00e0 l\u2019abri. \u00c0 travers l\u2019histoire de l\u2019am\u00e9nagement de la br\u00e8che artificielle \u00e0 Saint-Louis, il est possible de r\u00e9fl\u00e9chir sur de nouvelles formes de production de connaissances dans l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Sur la base des savoirs locaux mobilis\u00e9s au sein de ces communaut\u00e9s locales, il serait pertinent d\u2019\u00e9cologiser les savoirs et les pratiques de la coalition dominante (expert-e-s et pouvoirs centraux), c\u2019est-\u00e0-dire, essayer de partir d\u00e9sormais sur des principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 (Sarr, 2019). Ces derniers favoriseront l\u2019\u00e9mergence de savoirs endog\u00e8nes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Par exemple, le chef de village actuel de Doun Baba Di\u00e8ye me disait que les communaut\u00e9s pouvaient consolider le cordon littoral de l\u2019estuaire et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 des exp\u00e9riences historiques h\u00e9rit\u00e9es de ses parent-e-s qu\u2019il pouvait aussi apporter des solutions \u00e9cologiques pour consolider le cordon qui est fragilis\u00e9 actuellement. Il proposait une restauration des bandes de filaos sur la langue de Barbarie. Ainsi, les dunes sont fix\u00e9es et prot\u00e8gent le littoral contre les risques de submersion marine. C\u2019est bien par rapport \u00e0 ce savoir vernaculaire que pendant la gouvernance coloniale, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises sollicitaient son grand-p\u00e8re et sa communaut\u00e9 pour r\u00e9ussir la fixation du cordon littoral qui prot\u00e8ge Saint-Louis. Il disait qu\u2019il \u00e9tait possible de se baser sur les observations lunaires pour pr\u00e9dire le niveau de la mer \u00e0 partir du calendrier wolof (langue locale au S\u00e9n\u00e9gal). Il \u00e9tait ensuite question de faire des pr\u00e9visions et d\u2019avertir les communaut\u00e9s de bouche \u00e0 oreille si des situations urgentes risquaient de se pr\u00e9senter en mer, surtout pour les p\u00eacheurs. \u00c0 travers le temps, de nombreuses exp\u00e9riences ont montr\u00e9 leur op\u00e9rationnalit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Conclusion<\/h2>\r\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Dans un monde de plus en plus vuln\u00e9rable (inondations, s\u00e9cheresse, submersion marine, crises \u00e9rosives des plages) o\u00f9 des politiques publiques, des savoirs scientifiques et techniques ont montr\u00e9 des limites face aux d\u00e9sastres \u00e9cologiques plan\u00e9taires, une d\u00e9colonisation des imaginaires environnementaux est n\u00e9cessaire. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9tablir une hybridation des contenus de connaissance (r\u00e9cits oraux, mythes, sagesse) et d\u2019offrir une hospitalit\u00e9 \u00e0 de nouveaux savoirs. Dans ce cadre, je pr\u00e9conise une \u00e9cologie des savoirs, en partant d\u2019un principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 des diff\u00e9rentes formes de savoirs et des mani\u00e8res de conna\u00eetre. Il est important de consid\u00e9rer leur incommensurabilit\u00e9, ensuite, de les concevoir dans une \u00e9cologie o\u00f9 elles interagissent, se compl\u00e8tent, se nourrissent (Sarr, 2019).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019important n\u2019est pas la critique ou le d\u00e9ni des contenus, des corpus, des expert-e-s et des archives de savoirs existants face aux crises \u00e9cologiques, mais plut\u00f4t l\u2019\u00e9tablissement de passerelles solides qui faciliteront la reconnaissance des savoirs environnementaux vernaculaires qui \u00e9taient jusque-l\u00e0 invisibles. En se fondant sur une pluralit\u00e9 d\u2019archives, de d\u00e9marches et de modes de perception des r\u00e9alit\u00e9s, on arrivera tr\u00e8s certainement \u00e0 produire un mod\u00e8le innovant et plus efficace. Cela revient aussi \u00e0 faire dialoguer et \u00e0 \u00e9quilibrer les syst\u00e8mes de pens\u00e9es, de philosophies, d\u2019\u00e9pist\u00e9mologies et de savoirs endog\u00e8nes (Diagne et Amselle, 2018).<\/p>\r\n\r\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Adelekan, Ibidun O. <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 2015. Disaster risk and its reduction: An agenda for urban Africa.<em> International Development Planning Review<\/em>, <em>37<\/em> (1), 33-43.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Ba, Cheikh. 2019. Le citoyen, l\u2019expert et le politique face aux changements climatiques: quels mod\u00e8les de gouvernance? Cas de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. \u00c9cole Doctorale Internationale des Ateliers de la Pens\u00e9e de Dakar - S\u00e9n\u00e9gal organis\u00e9e par le Consortium des Humanit\u00e9s, Dakar, 27 janvier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Barry, Boubacar. 1985. <em>Le Royaume du Waalo: le S\u00e9n\u00e9gal avant la conqu\u00eate<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Bilbao, Boubou Aldiouma<em> et al<\/em>. 2013. R\u00e9sultats du suivi 2010-2012 de l\u2019\u00e9volution de la br\u00e8che ouverte sur la Langue de Barbarie au S\u00e9n\u00e9gal et de ses cons\u00e9quences.\u00a0<em>Physio-G\u00e9o<\/em>, <em>7<\/em>, 223-242. DOI : 10.4000\/physio-geo.3569<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Birkmann, J\u00f6rn. 2006. <em>Measuring vulnerability to natural hazards<\/em>. New York: UNU Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Bourg, Dominique et Whiteside, Kery. 2010. <em>Vers une d\u00e9mocratie \u00e9cologique : Le citoyen, le savant et le politique. <\/em>Paris: Seuil.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Claval, Paul. 2007. <em>\u00c9pist\u00e9mologie de la g\u00e9ographie <\/em>(2e \u00e9dition). Paris: Armand Colin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Cogels, Fran\u00e7ois Xavier <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 1993. Premiers effets des barrages du fleuve S\u00e9n\u00e9gal sur le lac de Guiers. <em>Revue d\u2019hydrobiologie tropicale<\/em>, <em>26<\/em> (2), 105-117.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Collignon, B\u00e9atrice. 1996. <em>Les Inuit, ce qu'ils savent du territoire.<\/em> Paris: L'Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Collignon, B\u00e9atrice. 2005. Que sait-on des savoirs g\u00e9ographiques vernaculaires? (What do we know about vernacular geographic knowledges). <em>Bulletin de l'Association de g\u00e9ographes fran\u00e7ais, 82e ann\u00e9e<\/em>, 321-331.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Diagne, Souleymane Bachir et Amselle, Jean Louis. 2018. <em>En qu\u00eate d\u2019Afrique(s). Universalisme et pens\u00e9e d\u00e9coloniale<\/em>. Paris: Albin Michel.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Diop, Sidy. 2019. <em>Histoire du S\u00e9n\u00e9gal. M\u00e9moire du Gandiolais<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">Durand, Pau, <span class=\"familyName\">Anselme, Brice <\/span>et <span class=\"familyName\">Thomas, Yves-Fran\u00e7ois.<\/span> 2010. L\u2019impact de l\u2019ouverture de la br\u00e8che dans la langue de Barbarie \u00e0 Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal en 2003: un changement de nature de l\u2019al\u00e9a inondation?. <em>Cybergeo: European Journal of Geography.\r\n<\/em><a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/cybergeo\/23017\">http:\/\/journals.openedition.org\/cybergeo\/23017<\/a>; DOI: 10.4000\/cybergeo.23017<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Fanget, C\u00e9line. 2016. <em>Les Effets induits par l\u2019ouverture du canal de d\u00e9lestage \u00e0 Saint-Louis en 2003. Vuln\u00e9rabilit\u00e9 et gestion des risques au S\u00e9n\u00e9gal<\/em>. M\u00e9moire de master 1 professionnel, Universit\u00e9 de Montpellier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\">GEMDEV. 1997. <em>Les Avatars de l\u2019\u00c9tat en Afrique<\/em>.Paris: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Grinsted, Aslak; Moore, John C., Jevrejeva\u00a0Svetlana. 2009. Reconstructing sea level from paleo and projected temperatures 200 to 2100 AD. <em>Climate Dynamics<\/em>.\r\n<a href=\"https:\/\/www.glaciology.net\/pdf\/grinsted-climdyn09-sealevel200to2100ad.pdf\">https:\/\/www.glaciology.net\/pdf\/grinsted-climdyn09-sealevel200to2100ad.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Hountondji, Paulin (dir.). 2007. <em>La Rationalit\u00e9, une ou plurielle?.<\/em> Dakar: CODESRIA.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Kane, Alioune. 2002. Crues et inondations dans la basse vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Dans D. Orange, A. Robet, M. Kuper, M. Pierre et P. Yveline (dir.), <em>Gestion int\u00e9gr\u00e9e des ressources naturelles en zones inondables<\/em> tropicales (p.\u00a0197-208). Paris: IRD.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Le Roy, Etienne. 1999. <em>Le Jeu des lois, une anthropologie dynamique du droit<\/em>. Paris: LGDJ.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Levy, Jacques et Lussault, Michel. 2003. <em>Dictionnaire de la g\u00e9ographie et de l'espace et des soci\u00e9t\u00e9s<\/em>. Paris: Belin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">L\u00e9vy-Strauss, Claude. 1962. <em>La Pens\u00e9e sauvage.<\/em> Paris: Plon.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Mah\u00e9, Gil et Olivry, Jean Claude. 1995. Variation des pr\u00e9cipitations et des \u00e9coulements en Afrique de l\u2019Ouest et centrale de 1951 \u00e0 1989. <em>S\u00e9cheresse<\/em>, <em>6<\/em> (1), 109-117.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Makondo, Cuthbert et Thomas, David. 2018. Climate change adaptation: Linking indigenous knowledge with western science for effective adaptation. <em>Environmental Science and Policy<\/em>, <em>88<\/em>, 83-91.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Moscovici, Serge. 1968. <em>Essai sur l\u2019histoire humaine de la nature<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Ndoye, Bado. 2015. Cultures africaines et modernit\u00e9 politique : entre politique de reconnaissance et exigence d\u2019universalit\u00e9. <em>Pr\u00e9sence Africaine<\/em>, <em>2<\/em> (192), 99-114.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Pelling, Mark. 2009. <em>Disaster risk reduction: cases from urban Africa.<\/em> London: Earthscan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Rahmstorf, Stefan. 2007. A semi-empirical Approach to projecting sea-level Rise. <em>Science<\/em>, <em>315<\/em>, 368-370.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Sarr, Felwine. 2016. <em>Afrotopia<\/em>. Paris: Philippe Rey.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Sarr, Felwine. 2019. Entrevue avec Felwine Sarr sur : <em>\u00ab <\/em>Le citoyen, l\u2019expert et le politique face aux changements climatiques\u00a0: quels mod\u00e8les de gouvernance\u00a0? Cas de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal\u00a0<em>\u00bb.<\/em> \u00c9cole Doctorale Internationale des Ateliers de la Pens\u00e9e de Dakar - S\u00e9n\u00e9gal, organis\u00e9e par le Consortium des Humanit\u00e9s, Dakar, 25 au 30 janvier 2019.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Seck, Abdourahmane. 2017. Panser l\u2019en-commun. Dans F. Sarr et A. Mbembe (dir.), <em>\u00c9crire l\u2019Afrique-Monde <\/em>(p.\u00a0309-339). Paris, Dakar: Philippe Rey\/Jimsaan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Sy, Boubou Aldiouma (dir). 2015<em>. Br\u00e8che \u00bb ouverte sur la Langue de Barbarie \u00e0 Saint-Louis. Esquisse de bilan d\u2019un am\u00e9nagement pr\u00e9cipit\u00e9<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Ta\u00efbi, Aude <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2006. Diagnostic par t\u00e9l\u00e9d\u00e9tection satellitaire des impacts environnementaux et socio-\u00e9conomiques du Parc National du Diawling sur le Bas Delta du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Dans J.-J. Symoens, <em>Les \u00c9cosyst\u00e8mes c\u00f4tiers de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Diversit\u00e9 biologique \u2013 Ressources \u2013 Conservation <\/em>(p. 211-229), Bruxelles: FFRSA, CNBSB, PRCZCMAO.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Vedeld, Trond, Coly, Adrien, Ndour, Nd\u00e8ye Mar\u00e8me et Hellevik Siri. 2015. Climate adaptation at what scale? Multi-level governance, resilience, and coproduction in Saint-Louis, Senegal. <em>Natural Hazards<\/em>, 82, 1-27.\r\n<a href=\"https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/s11069-015-1875-7\">https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/s11069-015-1875-7<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Verdeil, \u00c9ric et Barthel, Pierre-Arnaud. 2013. Villes arabes, villes durables? Enjeux, circulations et mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de nouvelles politiques urbaines. <em>Environnement urbain<\/em>, <em>7<\/em>.\r\n<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/eue\/324\">http:\/\/journals.openedition.org\/eue\/324<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Wong, Poh Poh <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 2014. Coastal systems and low-lying areas. In Field, C.B., V.R. Barros, D.J. Dokken, K.J. Mach, M.D. Mastrandrea, T.E. Bilir, M. Chatterjee, K.L. Ebi, Y.O. Estrada, R.C. Genova, B. Girma, E.S. Kissel, A.N. Levy, S. MacCracken, P.R. Mastrandrea, and L.L. White (eds.),<em> Climate Change (2014): Impacts, Adaptation, and Vulnerability<\/em>. Cambridge: Cambridge University Press.<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au Nord du S\u00e9n\u00e9gal, l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal est devenu une zone \u00e0 risques \u00e0 la suite de son anthropisation. Le pouvoir des expert-e-s est contest\u00e9 dans sa l\u00e9gitimit\u00e9. Il est n\u00e9cessaire d\u2019investir de nouvelles exp\u00e9riences pour renforcer la r\u00e9silience dans un contexte de changement climatique. Des strat\u00e9gies de lutte contre les inondations fluviales sont port\u00e9es par une communaut\u00e9 \u00ab autochtone \u00bb : les Gandiolais-e-s. Ces derniers souhaiteraient apporter de nouvelles exp\u00e9riences de lutte contre les inondations face aux \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de certain-e-s expert-e-s dans la gestion de celles-ci. Aujourd\u2019hui, il est n\u00e9cessaire de renouveler les strat\u00e9gies de gouvernance pour le bien-\u00eatre de ces populations. Dans ce sillage, les strat\u00e9gies de lutte port\u00e9es par les Gandiolais-e-s, peuvent r\u00e9orienter la trajectoire de gouvernance des inondations jusque-l\u00e0 non soutenables. Cet article mettra ainsi l\u2019accent sur les savoirs endog\u00e8nes environnementaux dans un contexte de crise \u00e9cologique devenue plan\u00e9taire. Gr\u00e2ce \u00e0 une pluralit\u00e9 d\u2019archives Nord-Sud, je montre les diff\u00e9rentes possibilit\u00e9s de valorisation de savoirs locaux. Les observations et entretiens viendront appuyer mon propos. Je mobiliserai quelques savoirs environnementaux qui cherchent une place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des savoirs savants dans la construction de la r\u00e9silience au service d\u2019une intelligence collective.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/autochtonie\/\">autochtonie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/estuaire-du-senegal\/\">estuaire du S\u00e9n\u00e9gal<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/gandiol\/\">Gandiol<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/savoirs-endogenes\/\">savoirs endog\u00e8nes<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/savoirs-vernaculaires\/\">savoirs vernaculaires<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">In northern Senegal, the Senegal River estuary has become a risk area as a result of its anthropisation. The legitimacy of the power of experts is contested. It is necessary to invest new experiences to strengthen resilience in a context of climate change. Strategies to combat river flooding are being implemented by an \u00ab\u00a0indigenous\u00a0\u00bb community: the Gandiolais. The latter would like to bring new experiences in flood control, in the face of repeated failures of the power of experts in flood management. Today, it is necessary to renew governance strategies for the well-being of these populations. In this wake, the control strategies carried out by Gandiolais can redirect the governance trajectory of floods that had hitherto been unsustainable. It is in this sense that this article will focus on endogenous environmental knowledge in a context of ecological crisis that has become global. Thanks to a plurality of North-South archives, I show the different possibilities of valorizing local knowledge. Then, through observations and interviews in the field. I mobilize some environmental knowledge that seeks a place alongside scholarly knowledge in building resilience in the service of collective intelligence.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/climate-change\/\">climate change<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/climate-uncertainty\/\">Climate uncertainty<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/gandiolais\/\">Gandiolais<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/traditional-knowledge\/\">Traditional knowledge<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>26 juillet 2019<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>28 septembre 2019<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>22 octobre 2019<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Introduction<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Les zones c\u00f4ti\u00e8res sont devenues un objet d\u2019\u00e9tude dans le domaine du changement climatique. En effet, elles constituent des espaces vuln\u00e9rables, fortement menac\u00e9s par l\u2019augmentation du niveau de la mer, des courants, des vents et des vagues (Rahmstorf, 2007; Grinsted <em>et<\/em> <em>al.,<\/em> 2009). Au nord du S\u00e9n\u00e9gal, la zone estuarienne est devenue une zone d\u2019accumulation de risques hydrologiques \u00e0 cause de l\u2019anthropisation \u00e0 l\u2019\u0153uvre et du changement climatique. Les citoyens et citoyennes r\u00e9clament un renouvellement des savoirs et des m\u00e9thodes de la gouvernance des risques hydrologiques. Ils et elles veulent une transition de la gestion des crises environnementales f\u00e9cond\u00e9e par la diffusion des fonctions politiques dans l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019accroissement des implications directes citoyennes dans les questions \u00e9cologiques (Ba, 2019). Ils et elles savent, d\u00e9sormais, que les grands d\u00e9fis environnementaux ne cesseront jamais d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents et de se multiplier (Wrong <em>et<\/em> <em>al.,<\/em> 2014). Les communaut\u00e9s humaines ont plus que jamais le devoir d\u2019assumer leurs responsabilit\u00e9s envers la nature (Moscovici, 1968). Le maintien des processus, pour que les \u00e9quilibres plan\u00e9taires demeurent propices \u00e0 la vie, va d\u00e9pendre des politiques d\u2019att\u00e9nuation et d\u2019adaptation. Ces questions \u00e9cologiques, environnementales ou tout simplement naturelles ont impuls\u00e9 ma sensibilit\u00e9 et ma volont\u00e9 \u00e0 arpenter de nouvelles approches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des travaux pr\u00e9liminaires ont renseign\u00e9 les risques hydrologiques dans l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal (Cogels <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 1993; Kane, 2002; Sy, 2010; Durand <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2010; Bilbao <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013; Sy, 2015; Vedeld <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2015; Ta\u00efbi <em>et<\/em> <em>al<\/em>., 2006), travaux qui exposent les cons\u00e9quences de l\u2019anthropisation du fleuve sur le syst\u00e8me socio-\u00e9cologique, en particulier celles relatives \u00e0 la construction des barrages et de la br\u00e8che artificielle. La gouvernance de ces cons\u00e9quences, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de Saint-Louis et plus g\u00e9n\u00e9ralement de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, interpelle directement les sciences sociales et appelle des d\u00e9veloppements acad\u00e9miques cons\u00e9quents. Ma recherche a \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e par les motivations ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Saint-Louis et l\u2019estuaire sont int\u00e9ressants pour moi \u00e0 plusieurs titres. C\u2019est une ville \u00ab moyenne \u00bb dont les capacit\u00e9s adaptatives sont mal appr\u00e9hend\u00e9es par la litt\u00e9rature acad\u00e9mique, \u00e0 l\u2019inverse des \u00ab <em>mega-cities\u00a0<\/em>\u00bb (Birkman, 2016). Son territoire est caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00ab synergie \u00bb ou une \u00ab accumulation \u00bb des risques (Adelekan <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2015). Les derni\u00e8res d\u00e9cennies font de l&rsquo;analyse de la transformation du syst\u00e8me territorial un enjeu primordial, alors que l&rsquo;ann\u00e9e 2003 (ouverture d&rsquo;une br\u00e8che dans la langue de Barbarie) aurait pu constituer un \u00e9v\u00e9nement disruptif ouvrant sur un infl\u00e9chissement des \u00ab politiques du d\u00e9sastre \u00bb (Pelling, 2009). La gouvernance de la ville semble n&rsquo;\u00e9voluer que de mani\u00e8re incr\u00e9mentale, en apparente contradiction avec l&rsquo;urgence d&rsquo;une situation qui se d\u00e9grade : patrimoine urbain menac\u00e9 par les risques hydriques, d\u00e9veloppement de la pauvret\u00e9 et bidonvilisation, d\u00e9placements de population face \u00e0 la mont\u00e9e de la mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9-orienter le d\u00e9veloppement de la r\u00e9gion sur la base d&rsquo;un contrat hydro-social renouvel\u00e9, une analyse critique des savoirs qui informent les pratiques de gouvernance semble n\u00e9cessaire. Le champ de l\u2019\u00e9cologie politique propose une pl\u00e9thore de mod\u00e8les de participation citoyenne invitant \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer la nature et la l\u00e9gitimit\u00e9 des savoirs mobilis\u00e9s au sein d\u2019une diversit\u00e9 de dispositifs : jurys citoyens, recherches participatives, forums hybrides. Plus fondamentalement, de nombreux travaux invitent \u00e0 analyser de mani\u00e8re critique la circulation internationale des normes qui op\u00e8rent parmi l\u2019ensemble de l\u2019\u00ab \u00e9lite \u00bb d\u00e9cisionnaire et qui finissent par surd\u00e9terminer fortement les coalitions de croissance urbaine en charge de la d\u00e9finition des politiques d\u2019adaptation locale au sein de pays en d\u00e9veloppement (Barthel et Verdeil, 2013). Face aux prescriptions faiblement soutenables qui en d\u00e9coulent, marqu\u00e9es par un isomorphisme institutionnel probl\u00e9matique, on assiste aujourd\u2019hui \u00e0 des appels r\u00e9it\u00e9r\u00e9s pour une r\u00e9appropriation des enjeux de d\u00e9veloppement par les communaut\u00e9s elles-m\u00eames, et donc \u00e0 un r\u00e9\u00e9quilibrage des pouvoirs entre parties prenantes afin de produire des \u00ab communs \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 une trajectoire de d\u00e9veloppement faiblement soutenable, il s\u2019agirait de contenir les d\u00e9rives renvoyant \u00e0 des logiques de d\u00e9veloppement import\u00e9es (rationalit\u00e9 experte) et de favoriser les logiques \u00ab autochtones \u00bb (Makondo et Thomas, 2018) visant entre autres \u00e0 \u00ab\u00a0panser l\u2019en-commun \u00bb (Seck, 2017).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces diagnostics et les questionnements qu\u2019ils soul\u00e8vent sont pour l\u2019heure faiblement investis par les chercheurs et chercheuses. Il s\u2019agit alors de contribuer au d\u00e9veloppement de telles approches dans le champ des savoirs vernaculaires et endog\u00e8nes (Collignon, 2005; Hountondji, 1994; Ki-Zerbo, 1993) en les \u00e9tudiant dans la zone de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. C\u2019est dans ce sens que je m\u2019interroge sur la nature des savoirs imaginaires environnementaux qu\u2019il faudrait mobiliser afin de d\u00e9passer les limites des repr\u00e9sentations modernes, port\u00e9es par les expert-e-s du d\u00e9veloppement et le gouvernement repr\u00e9sentatif, et ainsi construire des r\u00e9siliences fortes b\u00e9n\u00e9ficiant \u00e0 la majorit\u00e9 des parties prenantes impliqu\u00e9es dans un contexte de changement climatique. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, j\u2019ai mobilis\u00e9 une s\u00e9rie de rapports techniques, de documents administratifs et des travaux de chercheurs et chercheuses. En fait, un nombre important de documents relevant de la litt\u00e9rature grise rassemblent des contenus solides d\u00e9di\u00e9s essentiellement aux grandes probl\u00e9matiques environnementales et politiques de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Cette approche a permis de structurer mon propos en deux sections.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la premi\u00e8re partie, je fais une d\u00e9clinaison de diff\u00e9rentes grilles de lecture th\u00e9orique permettant de mieux saisir les dynamiques vernaculaires et endog\u00e8nes qui habitent l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal (Collignon, 2005; Levy et Lussault, 2003; Le Roy, 1997; Claval, 2007; Sarr, 2016; Ndoye, 2015). Enfin, je donne des exemples de savoirs locaux, existants \u00e0 Saint-Louis, qui peuvent donner un nouveau sens aux politiques publiques dans un contexte de d\u00e9sastre \u00e9cologique.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: left;\">Des savoirs vernaculaires pour charpenter la r\u00e9silience<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Les savoirs vernaculaires sont d\u00e9finis comme \u00ab\u00a0ce qui donne sens \u00e0 une situation ou \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement par la mobilisation d\u2019une s\u00e9rie d\u2019unit\u00e9s d\u2019informations poss\u00e9d\u00e9es par celui (ou celle) qui met en \u0153uvre ce savoir\u00a0\u00bb (Collignon, 2005, p.\u00a0323). Le savoir est une mise en coh\u00e9rence interne des unit\u00e9s d\u2019informations et sa mise en acte est un mouvement (Collignon, <em>ibid<\/em>.). Et qu\u2019appelle-t-on \u00ab savoir \u00bb? Jean-Fran\u00e7ois Pradeau (L\u00e9vy et Lussault, 2003) disait que \u00ab savoir \u00bb ne signifie pas seulement \u00ab conna\u00eetre \u00bb, \u00ab savoir \u00bb signifierait conna\u00eetre de fa\u00e7on \u00e0 agir et d\u00e9signe l\u2019aptitude de la connaissance \u00e0 fonder une pratique. Le savoir est un acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous savons que les savoirs savants \u00e9labor\u00e9s dans un cadre scientifique d\u00e9pendent des exp\u00e9riences. C\u2019est de cette m\u00eame fa\u00e7on que les savoirs vernaculaires n\u00e9cessiteraient des situations d\u2019exp\u00e9rience. Ce qui les diff\u00e9rencie des savoirs scientifiques, c\u2019est le fait qu\u2019ils ne reposent pas sur une d\u00e9marche analytique. M\u00eame si des exp\u00e9riences sont n\u00e9cessaires, il ne s\u2019agira pas de chercher la v\u00e9racit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments qui font son exp\u00e9rience. La v\u00e9rification n\u2019est pas syst\u00e9mique. Sa validit\u00e9 est appr\u00e9ci\u00e9e sur la base de sa coh\u00e9rence et son efficacit\u00e9 et non sur l\u2019exactitude de ses unit\u00e9s d\u2019informations qui seront mobilis\u00e9es. La notion d\u2019exactitude ne retrouve pas sa place dans l\u2019\u00e9laboration des savoirs vernaculaires, car ils incorporent dans leurs d\u00e9marches des \u00e9motions ou des r\u00eaves. Il serait difficile de faire de la th\u00e9orisation sur ces derniers, alors que les savoirs savants sont discursifs et formalis\u00e9s \u00e0 travers des approches th\u00e9oriques. Ils visent l\u2019objectivation et la communicabilit\u00e9 (Collignon, 2005).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es 1950, les travaux en ethnoscience, combin\u00e9s aux recherches de Claude L\u00e9vy-Strauss (1962), avaient d\u00e9montr\u00e9 que les savoirs vernaculaires sont une construction intellectuelle et ne se r\u00e9duiraient pas uniquement \u00e0 une praxis issue de l\u2019exp\u00e9rience empirique. En effet, ils s\u2019\u00e9laborent dans un mouvement de mobilisation conjointe d\u2019unit\u00e9s d\u2019informations de types tr\u00e8s divers issues de l\u2019exp\u00e9rience, de raisonnements abstraits relevant de la g\u00e9om\u00e9trie, de la physique, de la biologie, de r\u00e9flexions d\u2019ordre philosophique, de la spiritualit\u00e9 individuelle et collective, de croyances, de r\u00eaves et d\u2019\u00e9motions qui, ensemble, forment ces savoirs (Collignon, 1996). Ils sont subjectifs, contextualis\u00e9s et pluriels. Les contenus du savoir vernaculaire ne sont jamais les m\u00eames. Ils sont l\u2019expression des cultures. Son parall\u00e8le (savoir savant) est un seul savoir, gr\u00e2ce \u00e0 son principe d\u2019objectivation. Il aspire \u00e0 une universalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame sens que ce que dit Collignon (2005), l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal est un territoire d\u2019exp\u00e9riences de savoirs hydrologiques vernaculaires. Elles sont mobilisables au sein d\u2019une communaut\u00e9 \u00ab autochtone \u00bb (le Gandiol); ces savoirs sont compos\u00e9s d\u2019exp\u00e9rience, de transmissions, de r\u00e9cits et de mythes. Les connaissances environnementales port\u00e9es par ces communaut\u00e9s de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal peuvent permettre l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation des pratiques pour la pr\u00e9servation des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n<h2>Une endog\u00e9n\u00e9isation des savoirs environnementaux<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est jamais facile de r\u00e9duire la diversit\u00e9 des exp\u00e9riences humaines, au Nord comme au Sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, \u00e0 des formules institutionnelles plurielles, larges, universelles, assouplies, prenant en consid\u00e9ration la complexit\u00e9 des situations et des soci\u00e9t\u00e9s. Des formules institutionnelles comme la d\u00e9centralisation ou la gouvernance sont fond\u00e9es sur une vision jud\u00e9o-chr\u00e9tienne. Ainsi, la l\u00e9gitimit\u00e9 de toute organisation du monde comme des soci\u00e9t\u00e9s est associ\u00e9e \u00e0 l\u2019intervention d\u2019une force ext\u00e9rieure, sup\u00e9rieure, omnipotente et omnisciente qui donne sens et coh\u00e9rence aux mod\u00e8les d\u2019organisation des territoires retenus. Raison pour laquelle en Occident, l\u2019\u00c9tat moderne a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u sur le mod\u00e8le de Dieu. Les institutions symbolisent la force \u00ab providentielle \u00bb organisatrice du n\u00e9ant originel (Le Roy, 1999).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Afrique de l\u2019Ouest, principalement le S\u00e9n\u00e9gal, a subi les effets des philosophies r\u00e9formatrices (d\u00e9centralisation ou de la gouvernance) \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970-1980. Au moment o\u00f9 les communaut\u00e9s africaines sortaient du chaos et non du n\u00e9ant, les principes d\u2019organisation devaient \u00e9merger de l\u2019int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9 et non de l\u2019ext\u00e9rieur (Le Roy, 1999). Les nouvelles r\u00e9formes issues de ces politiques ont perturb\u00e9 le fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles. Ces derni\u00e8res ont perdu leur l\u00e9gitimit\u00e9 face \u00e0 une \u00e9mergence de structures bureaucratiques, produit des r\u00e9formes territoriales import\u00e9es d\u2019une autre culture. Elles bloquent l\u2019\u00e9closion des savoirs traditionnels ou vernaculaires dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, le pouvoir qu\u2019exerce le \u00ab prince \u00bb est fragile tant qu\u2019il d\u00e9pend du bon vouloir de subordonn\u00e9-e-s qui sont les seul-e-s \u00e0 disposer des connaissances g\u00e9ographiques indispensables \u00e0 la transmission des ordres, au maintien local de l\u2019ordre et \u00e0 la lev\u00e9e des taxes (Claval, 2007). Dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019obtenir des informations sur ses possessions lointaines, le souverain ou la souveraine, le ou la responsable du pouvoir central, s\u2019il ou elle ne veut pas \u00eatre trahi-e, n\u2019a d\u2019autre moyen que d\u2019entretenir des cha\u00eenes de subordination qui s\u2019organisent mutuellement (pouvoirs d\u00e9concentr\u00e9s). Il s\u2019agit d\u2019une forme d\u2019\u00e9laboration de corps de connaissances objectives territoriales. Cette \u00e9laboration permet de mettre en place diff\u00e9rentes formes de pouvoir : l\u2019administration des diff\u00e9rentes r\u00e9gions n\u2019a plus \u00e0 \u00eatre confi\u00e9e automatiquement \u00e0 des gens d\u2019origine locale (Claval, 2007).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fa\u00e7on d\u2019\u00e9lire les administratrices et administrateurs territoriaux pose probl\u00e8me, car une partie des sp\u00e9cificit\u00e9s r\u00e9gionales risque d\u2019\u00e9chapper aux gouverneurs ou gouverneuses nomm\u00e9-e-s dans les provinces. Mais le pouvoir central y gagne : les fonctionnaires d\u2019origine locale constituaient, pour lui, un danger potentiel. Ils et elles avaient trop de relations sur place et \u00e9taient pris-es dans trop de r\u00e9seaux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour \u00eatre totalement d\u00e9vou\u00e9-e-s \u00e0 la cause de leur \u00ab ma\u00eetre ou ma\u00eetresse \u00bb. Le recours \u00e0 des administratrices et administrateurs venus d\u2019ailleurs assure une plus grande neutralit\u00e9 vis-\u00e0-vis de chaque province et diminue le risque de voir les \u00e9chelons locaux d\u00e9velopper des politiques contraires aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9tat (Claval, 2007).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces principes de d\u00e9concentration emp\u00eachent l\u2019\u00e9mergence des possibles environnementaux, la co-production des savoirs, le pluralisme de r\u00e9gulation des risques hydrologiques et l\u2019animation territoriale. Au contraire, ils favorisent l\u2019accumulation de risques engendr\u00e9s par les anthropisations et les bouleversements climatiques, car ils m\u00e8nent \u00e0 une reproduction syst\u00e9mique de mod\u00e8les de gouvernance import\u00e9s sans r\u00e9elle adaptation aux sp\u00e9cificit\u00e9s locales, \u00e0 plus forte raison quand les institutions issues des lois de d\u00e9centralisation, reposant sur la participation des populations locales, sont ignor\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, il n\u2019est pas trop tard pour infl\u00e9chir la trajectoire de gouvernance de l\u2019ensemble de la r\u00e9gion du fleuve S\u00e9n\u00e9gal dans un contexte de changement climatique. Face aux limites des strat\u00e9gies adaptatives d\u00e9ploy\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1970, une autochtonisation environnementaliste est port\u00e9e par certaines populations de l\u2019estuaire. Un moyen de bien prendre le large et d\u00e9peindre le tableau sombre de la gestion des risques li\u00e9s aux changements climatiques.<\/p>\n<h2>Prendre le large!<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Felwine Sarr parlait du sens et l\u2019int\u00e9r\u00eat de prendre le large pour la r\u00e9invention des trajectoires de d\u00e9veloppement en Afrique. Il r\u00e9pondait \u00e0 un appel \u00e0 communication sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Oser r\u00e9inventer l\u2019avenir\u00a0\u00bb lors de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire du Mali en 2015. Et il disait\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9inventer l\u2019avenir n\u2019allait donc pas de soi. Il fallait de la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 pour une telle entreprise. Il s\u2019agissait d\u2019inventer \u00e0 nouveau, car l\u2019avenir semblait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9. Ses lieux et espaces indiqu\u00e9s, les chemins qui y menaient et les prairies o\u00f9 brouter, fl\u00e9ch\u00e9es avec pr\u00e9cision. Son image id\u00e9ale se donnait \u00e0 voir en Europe occidentale et en Am\u00e9rique du Nord; et pour ceux qui ne pouvaient acc\u00e9der \u00e0 ces territoires prot\u00e9g\u00e9s, la t\u00e9l\u00e9vision en donnait un reflet fid\u00e8le (Sarr, 2016, p. 123).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, quand il s\u2019agit de r\u00e9fl\u00e9chir sur le devenir possible de nos villes, de nos r\u00e9gions ou de nos pays, la plupart des propositions \u00e9pousent les formes et r\u00e9alit\u00e9s qui nous sont \u00e9trang\u00e8res. Le pr\u00e9sident L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor disait : \u00ab\u00a0en l\u2019an 2000, Dakar sera comme Paris \u00bb. L\u2019id\u00e9e consistait \u00e0 reproduire le mod\u00e8le urbain de d\u00e9veloppement parisien pour donner une nouvelle image urbaine de Dakar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sami Tchak posait la question : \u00ab Quand est-ce que nous arr\u00eaterons de faire du pass\u00e9 des autres notre avenir? \u00bb (Tchak, cit\u00e9 par Sarr, 2016, p. 225). Sans pour autant faire expr\u00e8s, peut-\u00eatre, nous avons cette habitude de reprendre les fabriques urbaine, \u00e9conomique et politique des autres. Les sp\u00e9cialistes du d\u00e9veloppement proposent des imaginaires qui sont \u00e9trangers aux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales, politiques et culturelles de nos territoires. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les trajectoires qui sont propos\u00e9es jusqu\u2019ici \u00e9pousent les formes achev\u00e9es du d\u00e9veloppement europ\u00e9en (Sarr, 2016). Le d\u00e9sir de reproduction syst\u00e9mique des formes soci\u00e9tales, \u00e9conomiques et politiques des pays de l\u2019Atlantique Nord et de leur sacrifier la richesse de leurs singularit\u00e9s soci\u00e9tales (Sarr, 2016) a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 par Pankaj Mishra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Afrique, depuis les ann\u00e9es 2000, plusieurs projets de d\u00e9veloppement \u00e9conomique apparaissent. Lors d\u2019une conf\u00e9rence du CODESRIA<a class=\"footnote\" title=\"Conseil pour le d\u00e9veloppement de la recherche en sciences sociales en Afrique.\" id=\"return-footnote-215-1\" href=\"#footnote-215-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> le 9 juin 2015 \u00e0 Dakar, <em>l\u2019Afrique en qu\u00eate de sens<\/em>, Alioune Sall, le directeur de l\u2019Institut des futurs africains bas\u00e9 \u00e0 Pretoria, avait d\u00e9nombr\u00e9 le nombre de projets \u00e9conomiques en Afrique. Une cinquantaine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nombr\u00e9e. Ces programmes \u00e9conomiques visaient le long terme. Sur cinquante-quatre \u00c9tats africains, il n\u2019y en a que sept qui n\u2019avaient pas de vision \u00e9conomique (Sarr, 2016).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, le nombre d\u2019\u00e9tudes prospectives en Afrique ne cesse d\u2019augmenter. De 1960 \u00e0 1990, elles \u00e9taient une dizaine, men\u00e9es par des institutions internationales (FMI, Banque mondiale, FAO, PNUD) et \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, les \u00e9tudes ont prosp\u00e9r\u00e9. En 2100, elles pourraient atteindre la centaine (Sarr, 2016). La critique que nous pouvons adresser aux commanditaires de ces prospectives \u00e9conomiques, c&rsquo;est leur manque de curiosit\u00e9, d\u2019audace, d\u2019innovation et d\u2019originalit\u00e9. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, elles ont tendance \u00e0 reprendre les hypoth\u00e8ses de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9oclassique. Puisque les auteurs et autrices tentent de les pratiquer sans v\u00e9ritables r\u00e9serves aux trajectoires des pays africains (Sarr, 2016), prendre le large serait une fa\u00e7on d\u2019encourager la poi\u00e9sis dans nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans le m\u00eame courant qu\u2019\u00c9tienne Le Roy a montr\u00e9 que des r\u00e9formes territoriales comme la d\u00e9centralisation ont impos\u00e9 des choix r\u00e9formateurs dont les r\u00e9alit\u00e9s n\u2019existaient pas au S\u00e9n\u00e9gal. Il parlait de d\u00e9centralisation et du syndrome du r\u00e9verb\u00e8re. Cette tendance partag\u00e9e par les politiques de d\u00e9veloppement et les options r\u00e9formatrices y \u00e9chappe rarement (GEMDEV, 1997). En fait, sur des probl\u00e8mes insuffisamment analys\u00e9s, \u00e9tudi\u00e9s et explor\u00e9s, des solutions \u00e9trang\u00e8res aux communs des territoires sont appliqu\u00e9es. Ces solutions ont fait \u00ab leurs preuves \u00bb ailleurs. C\u2019est le cas des r\u00e9formes territoriales de la d\u00e9centralisation. Ces politiques ont \u00e9pous\u00e9 des formes \u00e9trang\u00e8res. Elles ont \u00e9t\u00e9 achev\u00e9es sur d\u2019autres territoires. Elles portent les empreintes et les civilisations de peuples ou de nations sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La solution pour corriger ce dysfonctionnement consiste \u00e0 d\u00e9centraliser (GEMDEV, 1997). Les territoires d\u2019Afrique de l\u2019Ouest ont \u00e9t\u00e9 des r\u00e9ceptacles de politiques d\u00e9centralisatrices dans les ann\u00e9es 1970. Et pourtant, dans certains territoires, le pouvoir n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9centralis\u00e9, mais concentr\u00e9 entre les mains d\u2019un seul homme, d\u2019une client\u00e8le ou d\u2019un parti unique ou dominant. Dans ce cas, la solution \u00e0 imaginer est une d\u00e9concentration et non une d\u00e9centralisation (GEMDEV, 1997).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9centralisations, telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es et impos\u00e9es, sont surtout bas\u00e9es sur une tromperie; la d\u00e9centralisation \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9e par les organismes internationaux comme un objectif de d\u00e9mocratisation alors qu\u2019elle ne concerne r\u00e9ellement que la mobilisation de l\u2019ensemble des sources vives d\u2019une nation pour r\u00e9pondre aux imp\u00e9ratifs du remboursement de la dette ext\u00e9rieure, la participation populaire en \u00e9tant la cons\u00e9quence. Comme le disait Tocqueville (1985), il est pourtant curieux de constater que dans la d\u00e9mocratie, le peuple est \u00e0 la fois souverain et mis\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la r\u00e9invention des strat\u00e9gies adaptatives que nous sugg\u00e9rons devra \u00e9pouser et incr\u00e9menter dans sa trajectoire de nouvelles variables (environnementales, \u00e9conomiques, sociales et culturelles) issues de nos soci\u00e9t\u00e9s, car nous devons comprendre que le d\u00e9veloppement, l\u2019\u00c9tat-nation, les figures institutionnelles de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative et l\u2019allure des villes sont des propositions faites, qui \u00e9pousent des formes d\u2019organisation sociale, de r\u00e9gulation du politique et de l\u2019\u00e9conomique r\u00e9sultant de s\u00e9lections op\u00e9r\u00e9es au cours de leur histoire, apr\u00e8s un long processus d\u2019essai-erreur (Sarr, 2016). Ne pas tenir en consid\u00e9ration l\u2019ensemble des valeurs appartenant \u00e0 nos territoires ne fera qu\u2019aggraver les risques encourus (climat, inondations, s\u00e9cheresses, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, de 1960 \u00e0 nos jours, les strat\u00e9gies adaptatives face aux incertitudes climatiques ont montr\u00e9 leurs limites. Aujourd\u2019hui, face aux d\u00e9fis \u00e9cologiques, dans un contexte de changement climatique, il est n\u00e9cessaire de r\u00e9inventer les strat\u00e9gies adaptatives dans l\u2019estuaire. Mais cette volont\u00e9 de re-cr\u00e9ation doit \u00e9viter l\u2019appropriation t\u00e9l\u00e9ologique syst\u00e9mique de trajectoires emprunt\u00e9es et inadapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s sociales, \u00e9conomiques et culturelles du territoire \u00e0 r\u00e9inventer. Pour infl\u00e9chir la trajectoire non soutenable de gouvernance des risques hydrologiques dans l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, il est n\u00e9cessaire d\u2019enfanter des formes de sa propre contemporan\u00e9it\u00e9 (Sarr, 2016). Le fait de se limiter \u00e0 l\u2019imitation servile de mod\u00e8les \u00e9labor\u00e9s en fonction des imp\u00e9ratifs qui refusent les r\u00e9alit\u00e9s locales risquerait de produire de l\u2019extraversion, c\u2019est \u00e0 dire de l\u2019ali\u00e9nation. Au contraire, une innovation politique comprise et port\u00e9e par une dynamique endog\u00e8ne saura s\u2019accommoder aux exigences universelles de libert\u00e9 et de dignit\u00e9 humaine (Ndoye, 2015).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, face aux limites d\u00e9cel\u00e9es sur la trajectoire historique de gouvernance des risques hydrologiques, je propose une analyse d\u2019alternatives possibles \u00e0 partir des savoirs vernaculaires pour donner un nouveau sens aux strat\u00e9gies adaptatives face aux nouveaux d\u00e9fis \u00e9cologiques (changements climatiques, crise \u00e9rosive des littoraux, inondations, etc.). Prendre le large est une \u00e9tape n\u00e9cessaire pour refonder les paradigmes environnementaux.<\/p>\n<h2>Oser r\u00e9inventer la r\u00e9silience<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">En fait, Gandiol est un vieux territoire. Des sources de la tradition orale \u00e0 Saint-Louis disent que ce territoire a \u00e9t\u00e9 habit\u00e9 100 ans avant l\u2019urbanisation de la ville de Saint-Louis (Fanget, 2016). Gandiol est un regroupement de plusieurs territoires, de plusieurs communaut\u00e9s, de plusieurs villages. Ces territoires se trouvent en aval de la ville de Saint-Louis. Ils sont sur la zone estuarienne. Ils ont comme point commun la p\u00eache et la pratique de l\u2019agriculture. Dans le cadre de cet article, j\u2019ai travaill\u00e9 avec les ancien-ne-s habitant-e-s\u00a0d\u2019un ancien village de Gandiol. Il s\u2019agit de la communaut\u00e9 villageoise de Doun Baba Di\u00e8ye, village qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit \u00e0 la suite de l\u2019am\u00e9nagement de la br\u00e8che de 2003. Il \u00e9tait \u00e0 7 km en aval de Saint-Louis, avant sa destruction. M\u00eame si aujourd\u2019hui des rumeurs \u00e9voquent une possible reconstitution g\u00e9omorphologique de ce territoire, pour le moment, ses populations se sont d\u00e9plac\u00e9es avec leurs propres moyens sur l\u2019arri\u00e8re-estuaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, le village de Doun Baba Di\u00e8ye a d\u2019abord fonctionn\u00e9 comme \u00e9tant un \u00eelot d\u2019oiseaux. Il en a \u00e9t\u00e9 ainsi jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des populations normandes en 1634 (Sy, 2010). Ces derni\u00e8res ont donn\u00e9 le nom des \u00eeles Bocos \u00e0 l\u2019\u00eelot, un territoire qui a re\u00e7u les premi\u00e8res installations fran\u00e7aises. Des installations qui n\u2019ont pas dur\u00e9, car les colons fran\u00e7ais ont par la suite pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019\u00eele de Saint-Louis qui avait une meilleure position strat\u00e9gique. Et surtout, ils \u00e9taient plus en s\u00e9curit\u00e9 par rapport aux risques de submersion marine. Ensuite, Saint-Louis permettait la mise en place des activit\u00e9s de commerce r\u00e9serv\u00e9es exclusivement aux populations fran\u00e7aises. Elle permettait aussi aux populations de se d\u00e9fendre contre les menaces des indig\u00e8nes (Barry, 1985).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, Baba Di\u00e8ye Diagne<a class=\"footnote\" title=\"Une personnalit\u00e9 tr\u00e8s connue par les communaut\u00e9s villageoises de Gandiol pratiquement. Il a travaill\u00e9 avec les colons fran\u00e7ais sur l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Actuellement, son petit-fils est le chef de village d\u00e9localis\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019ouverture de la br\u00e8che de 2003.\" id=\"return-footnote-215-2\" href=\"#footnote-215-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> s\u2019est install\u00e9 sur l\u2019\u00eele m\u00eame si elle est devenue fran\u00e7aise. Il avait l\u2019obligation de continuer la mission que les Fran\u00e7ais avaient confi\u00e9e \u00e0 ses parents. Sa principale mission avec les autres populations de l\u2019\u00eele \u00e9tait de sonder la barre au niveau de l\u2019embouchure et de contr\u00f4ler l\u2019entr\u00e9e des bateaux. Nous pouvons dire que c\u2019\u00e9tait une personne avec des connaissances robustes sur la g\u00e9omorphologie et l\u2019hydrologie. Raison pour laquelle il devait r\u00e9pondre aux besoins sp\u00e9cifiques de cette mission strat\u00e9gique et importante pour le pouvoir colonial. Il a \u00e9t\u00e9 d\u2019une grande utilit\u00e9. Ses connaissances sur l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal ont servi \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 coloniale. Cet homme, Baba Di\u00e8ye, fait la fiert\u00e9 de ses successeurs, car il a d\u00e9tenu pendant plusieurs ann\u00e9es des exp\u00e9riences robustes sur le fonctionnement de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Ses connaissances ont \u00e9t\u00e9 transmises dans sa fratrie \u00e0 ses descendant-e-s. Ibrahima Diagne fait partie des h\u00e9ritiers successeurs. \u00c0 son d\u00e9c\u00e8s, il a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par son fils Ameth S\u00e8ne Diagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Papa Ameth, c\u2019est ainsi que j\u2019avais l\u2019habitude de l\u2019appeler sur le terrain par respect et surtout par rapport \u00e0 sa sagesse. Le respect qu\u2019il inspire au sein de sa communaut\u00e9 est remarquable. Il n\u2019a pas fait d\u2019\u00e9tudes, mais il conna\u00eet parfaitement le domaine de l\u2019estuaire, ainsi que ses amis que j&rsquo;ai retrouv\u00e9s sur le terrain. Chacun a une exp\u00e9rience pointue \u00e0 raconter. Ces exp\u00e9riences \u00e9cologiques peuvent (re)f\u00e9conder de possibles imaginaires, g\u00e9n\u00e9reux et optimistes qui panseront la m\u00e9moire heurt\u00e9e des communaut\u00e9s, car ces derni\u00e8res sont traumatis\u00e9es par cette action publique subite sans leur r\u00e9elle implication vu que l\u2019\u00e9tape post-am\u00e9nagement a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreuse. Le village de Doun Baba Di\u00e8ye a \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9 par les houles puissantes qui traversaient la br\u00e8che artificielle am\u00e9nag\u00e9e en 2003 par le pouvoir central pour sauver la ville de Saint-Louis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les revendications sont tr\u00e8s pertinentes pour le champ des politiques publiques environnementales ou de la gouvernance. Mais un point essentiel m\u2019a plus interpell\u00e9 pendant mes phases de terrain. Je voulais savoir si les populations autochtones revendicatrices d\u00e9tenaient de r\u00e9elles capacit\u00e9s pour renforcer la r\u00e9silience dans l\u2019estuaire dans un contexte d\u2019instabilit\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes, d\u2019incertitude et de changement climatique. C\u2019est dans ce sens que je voulais en savoir un peu plus sur les strat\u00e9gies adaptatives au sein de ces communaut\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un entretien r\u00e9alis\u00e9 par C\u00e9line Fanget (Fanget, 2016) avec Ameth, chef de village de la communaut\u00e9 sinistr\u00e9e depuis l\u2019ouverture de la br\u00e8che de 2003, ce dernier disait que les populations de leur communaut\u00e9 n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9es pendant le processus d\u00e9cisionnel d\u2019ouverture de la br\u00e8che. Son p\u00e8re Ibrahima Diagne, aujourd&rsquo;hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9, avait fait savoir aux autorit\u00e9s que les populations de Gandiol encouraient de graves risques si une br\u00e8che \u00e9tait ouverte sur le cordon littoral. Gr\u00e2ce \u00e0 son exp\u00e9rience h\u00e9rit\u00e9e de son anc\u00eatre Baba Di\u00e8ye Diagne, il avait compris que le cordon littoral servait de rempart entre la houle et la rive de son village Doun Baba Di\u00e8ye. L\u2019ouverture de la br\u00e8che allait fragiliser le cordon et ferait dispara\u00eetre le rempart contre les houles, ce qui allait exposer nettement son village aux risques de submersion et de destruction. Il a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9 par les autorit\u00e9s publiques qui ne voulaient rien entendre. Finalement, la br\u00e8che a \u00e9t\u00e9 ouverte et les cons\u00e9quences r\u00e9elles ont montr\u00e9 qu\u2019il avait raison. \u00c9tant donn\u00e9 que le rempart de protection est fragilis\u00e9 par cette ouverture, de puissantes vagues acc\u00e8dent facilement \u00e0 l\u2019estuaire et d\u00e9truisent les maisons construites. Aujourd\u2019hui, la br\u00e8che continue sa progression vers le sud du cordon littoral et les populations de l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal ne sont pas \u00e0 l\u2019abri. \u00c0 travers l\u2019histoire de l\u2019am\u00e9nagement de la br\u00e8che artificielle \u00e0 Saint-Louis, il est possible de r\u00e9fl\u00e9chir sur de nouvelles formes de production de connaissances dans l\u2019estuaire du S\u00e9n\u00e9gal. Sur la base des savoirs locaux mobilis\u00e9s au sein de ces communaut\u00e9s locales, il serait pertinent d\u2019\u00e9cologiser les savoirs et les pratiques de la coalition dominante (expert-e-s et pouvoirs centraux), c\u2019est-\u00e0-dire, essayer de partir d\u00e9sormais sur des principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 (Sarr, 2019). Ces derniers favoriseront l\u2019\u00e9mergence de savoirs endog\u00e8nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par exemple, le chef de village actuel de Doun Baba Di\u00e8ye me disait que les communaut\u00e9s pouvaient consolider le cordon littoral de l\u2019estuaire et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 des exp\u00e9riences historiques h\u00e9rit\u00e9es de ses parent-e-s qu\u2019il pouvait aussi apporter des solutions \u00e9cologiques pour consolider le cordon qui est fragilis\u00e9 actuellement. Il proposait une restauration des bandes de filaos sur la langue de Barbarie. Ainsi, les dunes sont fix\u00e9es et prot\u00e8gent le littoral contre les risques de submersion marine. C\u2019est bien par rapport \u00e0 ce savoir vernaculaire que pendant la gouvernance coloniale, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises sollicitaient son grand-p\u00e8re et sa communaut\u00e9 pour r\u00e9ussir la fixation du cordon littoral qui prot\u00e8ge Saint-Louis. Il disait qu\u2019il \u00e9tait possible de se baser sur les observations lunaires pour pr\u00e9dire le niveau de la mer \u00e0 partir du calendrier wolof (langue locale au S\u00e9n\u00e9gal). Il \u00e9tait ensuite question de faire des pr\u00e9visions et d\u2019avertir les communaut\u00e9s de bouche \u00e0 oreille si des situations urgentes risquaient de se pr\u00e9senter en mer, surtout pour les p\u00eacheurs. \u00c0 travers le temps, de nombreuses exp\u00e9riences ont montr\u00e9 leur op\u00e9rationnalit\u00e9.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Conclusion<\/h2>\n<p class=\"indent\" style=\"text-align: justify;\">Dans un monde de plus en plus vuln\u00e9rable (inondations, s\u00e9cheresse, submersion marine, crises \u00e9rosives des plages) o\u00f9 des politiques publiques, des savoirs scientifiques et techniques ont montr\u00e9 des limites face aux d\u00e9sastres \u00e9cologiques plan\u00e9taires, une d\u00e9colonisation des imaginaires environnementaux est n\u00e9cessaire. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9tablir une hybridation des contenus de connaissance (r\u00e9cits oraux, mythes, sagesse) et d\u2019offrir une hospitalit\u00e9 \u00e0 de nouveaux savoirs. Dans ce cadre, je pr\u00e9conise une \u00e9cologie des savoirs, en partant d\u2019un principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 des diff\u00e9rentes formes de savoirs et des mani\u00e8res de conna\u00eetre. Il est important de consid\u00e9rer leur incommensurabilit\u00e9, ensuite, de les concevoir dans une \u00e9cologie o\u00f9 elles interagissent, se compl\u00e8tent, se nourrissent (Sarr, 2019).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019important n\u2019est pas la critique ou le d\u00e9ni des contenus, des corpus, des expert-e-s et des archives de savoirs existants face aux crises \u00e9cologiques, mais plut\u00f4t l\u2019\u00e9tablissement de passerelles solides qui faciliteront la reconnaissance des savoirs environnementaux vernaculaires qui \u00e9taient jusque-l\u00e0 invisibles. En se fondant sur une pluralit\u00e9 d\u2019archives, de d\u00e9marches et de modes de perception des r\u00e9alit\u00e9s, on arrivera tr\u00e8s certainement \u00e0 produire un mod\u00e8le innovant et plus efficace. Cela revient aussi \u00e0 faire dialoguer et \u00e0 \u00e9quilibrer les syst\u00e8mes de pens\u00e9es, de philosophies, d\u2019\u00e9pist\u00e9mologies et de savoirs endog\u00e8nes (Diagne et Amselle, 2018).<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\">Adelekan, Ibidun O. <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 2015. Disaster risk and its reduction: An agenda for urban Africa.<em> International Development Planning Review<\/em>, <em>37<\/em> (1), 33-43.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Ba, Cheikh. 2019. Le citoyen, l\u2019expert et le politique face aux changements climatiques: quels mod\u00e8les de gouvernance? Cas de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. \u00c9cole Doctorale Internationale des Ateliers de la Pens\u00e9e de Dakar &#8211; S\u00e9n\u00e9gal organis\u00e9e par le Consortium des Humanit\u00e9s, Dakar, 27 janvier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Barry, Boubacar. 1985. <em>Le Royaume du Waalo: le S\u00e9n\u00e9gal avant la conqu\u00eate<\/em>. Paris: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Bilbao, Boubou Aldiouma<em> et al<\/em>. 2013. R\u00e9sultats du suivi 2010-2012 de l\u2019\u00e9volution de la br\u00e8che ouverte sur la Langue de Barbarie au S\u00e9n\u00e9gal et de ses cons\u00e9quences.\u00a0<em>Physio-G\u00e9o<\/em>, <em>7<\/em>, 223-242. DOI : 10.4000\/physio-geo.3569<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Birkmann, J\u00f6rn. 2006. <em>Measuring vulnerability to natural hazards<\/em>. New York: UNU Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Bourg, Dominique et Whiteside, Kery. 2010. <em>Vers une d\u00e9mocratie \u00e9cologique : Le citoyen, le savant et le politique. <\/em>Paris: Seuil.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Claval, Paul. 2007. <em>\u00c9pist\u00e9mologie de la g\u00e9ographie <\/em>(2e \u00e9dition). Paris: Armand Colin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Cogels, Fran\u00e7ois Xavier <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 1993. Premiers effets des barrages du fleuve S\u00e9n\u00e9gal sur le lac de Guiers. <em>Revue d\u2019hydrobiologie tropicale<\/em>, <em>26<\/em> (2), 105-117.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Collignon, B\u00e9atrice. 1996. <em>Les Inuit, ce qu&rsquo;ils savent du territoire.<\/em> Paris: L&rsquo;Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Collignon, B\u00e9atrice. 2005. Que sait-on des savoirs g\u00e9ographiques vernaculaires? (What do we know about vernacular geographic knowledges). <em>Bulletin de l&rsquo;Association de g\u00e9ographes fran\u00e7ais, 82e ann\u00e9e<\/em>, 321-331.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Diagne, Souleymane Bachir et Amselle, Jean Louis. 2018. <em>En qu\u00eate d\u2019Afrique(s). Universalisme et pens\u00e9e d\u00e9coloniale<\/em>. Paris: Albin Michel.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Diop, Sidy. 2019. <em>Histoire du S\u00e9n\u00e9gal. M\u00e9moire du Gandiolais<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">Durand, Pau, <span class=\"familyName\">Anselme, Brice <\/span>et <span class=\"familyName\">Thomas, Yves-Fran\u00e7ois.<\/span> 2010. L\u2019impact de l\u2019ouverture de la br\u00e8che dans la langue de Barbarie \u00e0 Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal en 2003: un changement de nature de l\u2019al\u00e9a inondation?. <em>Cybergeo: European Journal of Geography.<br \/>\n<\/em><a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/cybergeo\/23017\">http:\/\/journals.openedition.org\/cybergeo\/23017<\/a>; DOI: 10.4000\/cybergeo.23017<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Fanget, C\u00e9line. 2016. <em>Les Effets induits par l\u2019ouverture du canal de d\u00e9lestage \u00e0 Saint-Louis en 2003. Vuln\u00e9rabilit\u00e9 et gestion des risques au S\u00e9n\u00e9gal<\/em>. M\u00e9moire de master 1 professionnel, Universit\u00e9 de Montpellier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\">GEMDEV. 1997. <em>Les Avatars de l\u2019\u00c9tat en Afrique<\/em>.Paris: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Grinsted, Aslak; Moore, John C., Jevrejeva\u00a0Svetlana. 2009. Reconstructing sea level from paleo and projected temperatures 200 to 2100 AD. <em>Climate Dynamics<\/em>.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.glaciology.net\/pdf\/grinsted-climdyn09-sealevel200to2100ad.pdf\">https:\/\/www.glaciology.net\/pdf\/grinsted-climdyn09-sealevel200to2100ad.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Hountondji, Paulin (dir.). 2007. <em>La Rationalit\u00e9, une ou plurielle?.<\/em> Dakar: CODESRIA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Kane, Alioune. 2002. Crues et inondations dans la basse vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Dans D. Orange, A. Robet, M. Kuper, M. Pierre et P. Yveline (dir.), <em>Gestion int\u00e9gr\u00e9e des ressources naturelles en zones inondables<\/em> tropicales (p.\u00a0197-208). Paris: IRD.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Le Roy, Etienne. 1999. <em>Le Jeu des lois, une anthropologie dynamique du droit<\/em>. Paris: LGDJ.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Levy, Jacques et Lussault, Michel. 2003. <em>Dictionnaire de la g\u00e9ographie et de l&rsquo;espace et des soci\u00e9t\u00e9s<\/em>. Paris: Belin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">L\u00e9vy-Strauss, Claude. 1962. <em>La Pens\u00e9e sauvage.<\/em> Paris: Plon.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Mah\u00e9, Gil et Olivry, Jean Claude. 1995. Variation des pr\u00e9cipitations et des \u00e9coulements en Afrique de l\u2019Ouest et centrale de 1951 \u00e0 1989. <em>S\u00e9cheresse<\/em>, <em>6<\/em> (1), 109-117.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Makondo, Cuthbert et Thomas, David. 2018. Climate change adaptation: Linking indigenous knowledge with western science for effective adaptation. <em>Environmental Science and Policy<\/em>, <em>88<\/em>, 83-91.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Moscovici, Serge. 1968. <em>Essai sur l\u2019histoire humaine de la nature<\/em>. Paris: Flammarion.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Ndoye, Bado. 2015. Cultures africaines et modernit\u00e9 politique : entre politique de reconnaissance et exigence d\u2019universalit\u00e9. <em>Pr\u00e9sence Africaine<\/em>, <em>2<\/em> (192), 99-114.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Pelling, Mark. 2009. <em>Disaster risk reduction: cases from urban Africa.<\/em> London: Earthscan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Rahmstorf, Stefan. 2007. A semi-empirical Approach to projecting sea-level Rise. <em>Science<\/em>, <em>315<\/em>, 368-370.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Sarr, Felwine. 2016. <em>Afrotopia<\/em>. Paris: Philippe Rey.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Sarr, Felwine. 2019. Entrevue avec Felwine Sarr sur : <em>\u00ab <\/em>Le citoyen, l\u2019expert et le politique face aux changements climatiques\u00a0: quels mod\u00e8les de gouvernance\u00a0? Cas de l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal\u00a0<em>\u00bb.<\/em> \u00c9cole Doctorale Internationale des Ateliers de la Pens\u00e9e de Dakar &#8211; S\u00e9n\u00e9gal, organis\u00e9e par le Consortium des Humanit\u00e9s, Dakar, 25 au 30 janvier 2019.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Seck, Abdourahmane. 2017. Panser l\u2019en-commun. Dans F. Sarr et A. Mbembe (dir.), <em>\u00c9crire l\u2019Afrique-Monde <\/em>(p.\u00a0309-339). Paris, Dakar: Philippe Rey\/Jimsaan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Sy, Boubou Aldiouma (dir). 2015<em>. Br\u00e8che \u00bb ouverte sur la Langue de Barbarie \u00e0 Saint-Louis. Esquisse de bilan d\u2019un am\u00e9nagement pr\u00e9cipit\u00e9<\/em>. Paris: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Ta\u00efbi, Aude <em>et<\/em> <em>al.<\/em> 2006. Diagnostic par t\u00e9l\u00e9d\u00e9tection satellitaire des impacts environnementaux et socio-\u00e9conomiques du Parc National du Diawling sur le Bas Delta du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Dans J.-J. Symoens, <em>Les \u00c9cosyst\u00e8mes c\u00f4tiers de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Diversit\u00e9 biologique \u2013 Ressources \u2013 Conservation <\/em>(p. 211-229), Bruxelles: FFRSA, CNBSB, PRCZCMAO.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Vedeld, Trond, Coly, Adrien, Ndour, Nd\u00e8ye Mar\u00e8me et Hellevik Siri. 2015. Climate adaptation at what scale? Multi-level governance, resilience, and coproduction in Saint-Louis, Senegal. <em>Natural Hazards<\/em>, 82, 1-27.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/s11069-015-1875-7\">https:\/\/link.springer.com\/article\/10.1007\/s11069-015-1875-7<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Verdeil, \u00c9ric et Barthel, Pierre-Arnaud. 2013. Villes arabes, villes durables? Enjeux, circulations et mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de nouvelles politiques urbaines. <em>Environnement urbain<\/em>, <em>7<\/em>.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/eue\/324\">http:\/\/journals.openedition.org\/eue\/324<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify;\">Wong, Poh Poh <em>et<\/em> <em>al<\/em>. 2014. Coastal systems and low-lying areas. In Field, C.B., V.R. Barros, D.J. Dokken, K.J. Mach, M.D. Mastrandrea, T.E. Bilir, M. Chatterjee, K.L. Ebi, Y.O. Estrada, R.C. Genova, B. Girma, E.S. Kissel, A.N. Levy, S. MacCracken, P.R. Mastrandrea, and L.L. White (eds.),<em> Climate Change (2014): Impacts, Adaptation, and Vulnerability<\/em>. Cambridge: Cambridge University Press.<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/cheikh-ba\">Cheikh Abdoul Ahad Mback\u00e9 BA<\/a><\/strong><br \/>L&rsquo;auteur est ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;Institut de gouvernance territoriale de l&rsquo;Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop \u00e0 Dakar, au S\u00e9n\u00e9gal. Ses int\u00e9r\u00eats de recherche se situent \u00e0 l&rsquo;intersection de la g\u00e9ographie environnementale, de l&rsquo;\u00e9cologie politique, des \u00e9tudes sur la gouvernementalit\u00e9 et des \u00e9tudes sur la science et la technologie. Il a men\u00e9 des recherches approfondies sur la gouvernance des crises environnementales et des risques climatiques en relation avec les inondations du bassin du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, analysant le r\u00f4le de diff\u00e9rentes formes de connaissances environnementales locales et situ\u00e9es dans l&rsquo;\u00e9mergence de pratiques de r\u00e9silience endog\u00e8nes. Cheikh Ba continue \u00e9galement \u00e0 travailler comme chercheur \u00e0 l&rsquo;Institut de recherche sociale et \u00e9conomique (WiSER) de l&rsquo;Universit\u00e9 de Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud). Il est membre du projet Sahel\/Sahara\/Mediterrean Cluster of Regions 2050, dirig\u00e9 par Achille Mbembe, o\u00f9 il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;\u00e9cologie des savoirs sur les plans d&rsquo;eau sah\u00e9liens. Il s&rsquo;int\u00e9resse aux notions locales de justice environnementale, \u00e0 la d\u00e9colonisation des connaissances environnementales et \u00e0 l&rsquo;histoire \u00e9cologique de la gouvernance territoriale en Afrique de l&rsquo;Ouest.<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-215-1\">Conseil pour le d\u00e9veloppement de la recherche en sciences sociales en Afrique. <a href=\"#return-footnote-215-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-215-2\">Une personnalit\u00e9 tr\u00e8s connue par les communaut\u00e9s villageoises de Gandiol pratiquement. Il a travaill\u00e9 avec les colons fran\u00e7ais sur l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Actuellement, son petit-fils est le chef de village d\u00e9localis\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019ouverture de la br\u00e8che de 2003. <a href=\"#return-footnote-215-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":2,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"Des imaginaires alternatifs dans l\u2019estuaire du fleuve S\u00e9n\u00e9gal","pb_authors":["cheikh-ba"],"pb_section_license":"cc-by-sa"},"chapter-type":[],"contributor":[143],"license":[53],"class_list":["post-215","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-autochtonie","motscles-estuaire-du-senegal","motscles-gandiol","motscles-savoirs-endogenes","motscles-savoirs-vernaculaires","keywords-climate-change","keywords-climate-uncertainty","keywords-gandiolais","keywords-traditional-knowledge","contributor-cheikh-ba","license-cc-by-sa"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/215","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":41,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/215\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":738,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/215\/revisions\/738"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/215\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=215"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=215"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=215"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=215"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}