{"id":649,"date":"2021-04-07T08:02:16","date_gmt":"2021-04-07T06:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/?post_type=chapter&#038;p=649"},"modified":"2025-01-03T07:05:46","modified_gmt":"2025-01-03T06:05:46","slug":"pountougnigni2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/texte\/pountougnigni2021\/","title":{"rendered":"La politique environnementale des grandes puissances dans le bassin du Congo"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il est encore difficile d\u2019envisager les relations \u00e9conomiques entre l\u2019Afrique et les nations industrialis\u00e9es du Nord sous un autre prisme que celui de la ponction ou de l\u2019<em>extractivisme<\/em>. C\u2019est en effet sous cette empreinte qu\u2019a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 le contact entre le continent et les puissances imp\u00e9rialistes au tournant du 19e si\u00e8cle. Mais en entendant le cri d\u2019alarme et la d\u00e9ferlante des initiatives en faveur de l\u2019\u00e9conomie verte dont ces derni\u00e8res se font chantres \u2013 m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 reste discutable \u2013 et tendent \u00e0 l\u2019imposer aux autres, il est int\u00e9ressant de se questionner sur ce qui a \u00e9volu\u00e9 et pourquoi. Cette contribution engage une lecture historique de la \u00ab politique environnementale \u00bb des grandes puissances en ayant pour site d\u2019observation le bassin du Congo. Par cette expression, l\u2019on pense aux approches et techniques de gouvernance impl\u00e9ment\u00e9es ou dirig\u00e9es vers le bassin du Congo, le second plus important bassin forestier du monde apr\u00e8s l\u2019Amazonie. De m\u00eame, est une grande puissance un \u00c9tat disposant d\u2019une force \u00e9conomique, strat\u00e9gique, militaire et\/ou politique pouvant lui permettre d\u2019influencer le cours des \u00e9v\u00e9nements sur la sc\u00e8ne internationale (Boniface, 2017, p. 145-146). Cette d\u00e9finition a l\u2019habitude d\u2019exclure une large partie du grand Sud quoiqu\u2019il apparaisse d\u00e9sormais comme r\u00e9serve de puissance ou une puissance en r\u00e9serve, \u00ab l\u2019un des th\u00e9\u00e2tres privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 risque de se jouer, dans un avenir proche, le devenir de la plan\u00e8te \u00bb (Mbembe et Sarr, 2017, p. 7). Dans cette \u00e9tude, l\u2019on porte l\u2019attention sur les puissances qui ont eu \u00e0 coloniser les pays de l\u2019Afrique centrale. Il s\u2019agit notamment de la France et de la Belgique, mais aussi de l\u2019Allemagne, du Portugal et de la Grande-Bretagne.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette perspective r\u00e9gionale s\u2019inscrit dans la logique des <em>area studies<\/em> (Ahram, K\u00f6llner and Sil, 2018; Mielke and Hornnidge, 2017) et la question qui guide cette \u00e9tude est alors la suivante : depuis le 19e si\u00e8cle, quels ont \u00e9t\u00e9 les traits majeurs ainsi que les enjeux de la politique d\u00e9velopp\u00e9e par les pays industrialis\u00e9s, europ\u00e9ens notamment, dans ou \u00e0 l\u2019\u00e9gard du bassin du Congo? L\u2019on part de l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle sous les exigences de l\u2019\u00e9conomique verte rendue n\u00e9cessaire par les d\u00e9rives de l\u2019anthropoc\u00e8ne, les puissances du Nord ont inscrit leurs politiques dans une trajectoire ambivalente, tant\u00f4t de renouvellement, tant\u00f4t en continuit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la biodiversit\u00e9 du bassin du Congo. Sur cette lanc\u00e9e, ce travail entend croiser, dans une approche interdisciplinaire, la m\u00e9thode historienne, fond\u00e9e sur une analyse th\u00e9matique et diachronique, la grille s\u00e9quentielle d\u2019analyse des politiques publiques (Meny et Thoeing, 1989; Jones, 1970) et la <em>policy transfer studies <\/em>(Dolowitz et Marsh, 2000).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte o\u00f9 se multiplient les d\u00e9fis qui d\u00e9passent les comp\u00e9tences uniques des \u00c9tats (Boniface, 2017, p. 30-70), le r\u00f4le des grandes puissances est important dans le fa\u00e7onnement des agendas internationaux et le devenir de l\u2019humanit\u00e9 (Tshiyembe, 2010). Car dans la grammaire des relations internationales, les grandes puissances sont ces \u00c9tats-l\u00e0 qui ont la capacit\u00e9 d\u2019influencer le jeu des acteurs, de faire et de faire faire. D\u2019une part, l\u2019on mettra en lumi\u00e8re l\u2019attitude des puissances industrialis\u00e9es coloniales vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me et de la biodiversit\u00e9 dans le bassin du Congo ainsi que sur les dynamiques de mise en retrait, au profit de nouvelles directions cens\u00e9es \u00eatre impuls\u00e9es par les jeunes \u00c9tats de la sous-r\u00e9gion au lendemain des ind\u00e9pendances. D\u2019autre part, on l\u00e8vera un pan de voile sur les orientations contemporaines de la politique environnementale des grandes puissances, en s\u2019appuyant sur le cas des pays de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et les initiatives d\u2019une institution majeure de la finance internationale comme la Banque Mondiale (BM), pour tenter de pr\u00e9server l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me du bassin du Congo. Dans ce sillage, l\u2019\u00e9tude mettra en exergue les Organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (OSC) et les Organisations non gouvernementales (ONG) qui se pr\u00e9sentent comme des acteurs susceptibles de favoriser une \u00ab co-motion \u00bb v\u00e9ritable et concr\u00e8te au chevet du \u00ab second poumon de la plan\u00e8te \u00bb.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les grandes puissances et l\u2019environnement dans le bassin du Congo\u00a0: la mon\u00e9tarisation du biotope<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La nature, et avec elle l\u2019environnement, se trouve au c\u0153ur des mythes, discours et politiques qui nourrissent et encadrent les rapports entre les puissances et l\u2019Afrique \u00e0 partir du 19e si\u00e8cle. Cette place n\u2019a cependant pas \u00e9t\u00e9 celle d\u2019une entit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e. Un aper\u00e7u de l\u2019\u00e9volution historique et des logiques spatiales de traduction de cette consid\u00e9ration en Afrique centrale tend \u00e0 faire le lit d\u2019une d\u00e9pl\u00e9tion continue (Mbembe, 2016 et 2020) depuis l\u2019\u00e9poque coloniale. Une habitude qui a trac\u00e9 les lignes de fuite de la gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale dans la post-colonie.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Puissances coloniales, capitalisme et environnement dans le bassin du Congo\u00a0: habitude, technologie et savoir-faire de ponction des ressources<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Sous des airs romanc\u00e9s, l\u2019on aurait voulu trouver un attribut exotique \u00e0 la nature en Afrique jusqu\u2019\u00e0 ce que les explorateurs et les conqu\u00e9rants commencent \u00e0 rapporter ce qu\u2019ils avaient pu d\u00e9couvrir sur le continent. R\u00e9cup\u00e9rant ces r\u00e9cits de voyage, l\u2019on devint emphatique sur le burlesque et le sauvage comme caract\u00e9ristique de la nature qui recouvrait sa surface (Mbembe, 2000, p. 10). L\u2019on feignait cependant de ne pas lorgner les richesses dont celle-ci regorgeait. Parmi la foule de r\u00e9cits qui circulaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique de la nature revenait constamment et de fa\u00e7on \u00e0 int\u00e9resser les milieux politiques qui finan\u00e7aient les exp\u00e9ditions vers l\u2019<em>hinterland<\/em>. En 1884, le r\u00e9cit de Mai Aga, d\u00e9crivant l\u2019Oubangui-Chari (actuelle R\u00e9publique Centrafricaine) en termes de \u00ab for\u00eats si denses que le soleil n\u2019arrive pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer l\u2019\u00e9pais entrelacs du feuillage. Les \u00e9l\u00e9phants abondent [...] les singes aussi \u00bb (Boulevert, 1998, p. 302), est un exemple de ce que pouvait repr\u00e9senter l\u2019<em>hinterland <\/em>en Afrique centrale. Mai Aga \u00e9tait l\u2019adjoint de l\u2019officier britannique Frank Lupton (dit Lupton Bey) qui avait tent\u00e9 un raid dans l\u2019Est centrafricain en 1882, \u00e0 partir du Bahr-el-Gazal (dans l\u2019actuel Soudan). Tandis que son sup\u00e9rieur mourait prisonnier des mahdistes en 1884, Aga parvint \u00e0 s\u2019\u00e9chapper. Son r\u00e9cit allait contribuer \u00e0 l\u2019aiguisement de l\u2019app\u00e9tit des puissances imp\u00e9rialistes europ\u00e9ennes.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">H\u00e9riti\u00e8re en cette fin du 19e si\u00e8cle des progr\u00e8s quasi centenaires dans le domaine technique, l\u2019Europe \u00e9tait en effet \u00e0 la recherche de telles ressources comme mati\u00e8res premi\u00e8res pour ses industries (Norodom Kiari, 2009, p.\u00a0304). Dans un esprit de <em>gentlemen agreement<\/em>, l\u2019on avait voulu que ce processus d\u2019accaparement soit polic\u00e9, comme l\u2019illustre la tenue de la Deuxi\u00e8me Conf\u00e9rence de Berlin (novembre 1884 - f\u00e9vrier 1885) o\u00f9 furent discut\u00e9es les bases et les modalit\u00e9s de l\u2019invasion coloniale de l\u2019Afrique. Alors que les autres parties du continent rentraient dans une logique de zonage aux relents exclusivistes, les bassins du Congo et du Niger furent d\u00e9clar\u00e9s libres pour le commerce international (Ki-Zerbo, 1978, p.\u00a0408). Le r\u00e9gime de \u00ab\u00a0bassin conventionnel du Congo\u00a0\u00bb qui fut la forme juridique propos\u00e9e par L\u00e9opold II, le roi des Belges, instituait dans cette lanc\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019une exploitation qui se voulait v\u00e9tilleuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la nature. Il avait m\u00eame propos\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat, l\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant du Congo (EIC), qui en serait garant et apaiserait les ardeurs de l\u2019Allemagne, de l\u2019Angleterre, de la France et du Portugal qui revendiquaient, chacun \u00e0 titre exclusif, la domination du bassin du Congo. Croyant en la bonne foi du souverain belge, les parties prenantes de la conf\u00e9rence confi\u00e8rent l\u2019imperium de l\u2019EIC, non \u00e0 un \u00c9tat, mais \u00e0 une organisation internationale, l\u2019Association Internationale du Congo (AIC) qu\u2019il avait cr\u00e9\u00e9e plus t\u00f4t et qui \u00e9tait sous la houlette du journaliste et explorateur am\u00e9ricain Henry Morton Staley. Or, peu apr\u00e8s la cr\u00e9ation de l\u2019EIC, L\u00e9opold II dissout l\u2019AIC et devient de fait, \u00e0 titre personnel, le souverain de l\u2019EIC (Joly, 1996, p.\u00a0107). Ce tour de passe-passe l\u00e9opoldien remet totalement entre les mains des \u00c9tats europ\u00e9ens colonisateurs le sort de l\u2019environnement en Afrique centrale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une utilit\u00e9 \u00e9conomique ayant \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e \u00e0 la nature en Afrique centrale \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la partition et de la colonisation, chaque puissance europ\u00e9enne s\u2019est en effet attel\u00e9e \u00e0 exploiter \u00e0 sa convenance l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accession des pays africains \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Au lendemain de la Deuxi\u00e8me Conf\u00e9rence de Berlin, elles sont au nombre de quatre. Il s\u2019agit de l\u2019Allemagne (au Cameroun), du Portugal (en Angola), de la Belgique (au Congo-L\u00e9opoldville, aujourd\u2019hui Congo-Kinshasa ou R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo) et de la France (au Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, et Tchad d\u00e8s 1900). Ind\u00e9pendamment des r\u00e9gimes administratifs, elles ont en commun l\u2019ambition d\u2019exploiter au maximum les ressources naturelles pour alimenter les industries m\u00e9tropolitaines. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1880 et \u00e0 l\u2019approche de la Premi\u00e8re Guerre mondiale (1914-1918), la politique d\u2019exploitation des ressources naturelles en Afrique centrale repose sur une logique pr\u00e9varicatrice avec l\u2019octroi des licences d\u2019exploitation ou de concessions aux compagnies priv\u00e9es pour des dur\u00e9es variables, en \u00e9change des contributions au fisc m\u00e9tropolitain. Consubstantiel \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du capitalisme au 16e si\u00e8cle, le r\u00e9gime des concessions est en effet un syst\u00e8me monopoliste.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun allemand, cela se mat\u00e9rialise par l\u2019octroi en 1890 d\u2019une concession de 7\u00a0000\u00a0000\u00a0ha \u00e0 la <em>Sud-Kamerun Gesellschaft<\/em> (Compagnie du Sud-Kamerun \u2013 orthographe de Cameroun \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Allemands) et de 4\u00a0500\u00a0000\u00a0ha \u00e0 la <em>Nord-West Kamerun Gesellschaft<\/em> (Compagnie du Nord-Kamerun) (Kouna Eloundou, 2012, p.\u00a039). En Afrique centrale fran\u00e7aise, la Soci\u00e9t\u00e9 du Haut Ogoou\u00e9 (SHO) est la premi\u00e8re \u00e0 se voir accorder d\u00e8s novembre 1893 une concession. Entre juin 1899 et mars 1900, une quarantaine d\u2019autres compagnies obtiennent le m\u00eame droit pour 30 ans. La Soci\u00e9t\u00e9 des Sultanats du Haut Oubangui (SSHO), apr\u00e8s la SHO est la plus importante. Il y a aussi la Compagnie fran\u00e7aise du Haut-Congo (CFHC) fond\u00e9e sur les rives de la Likouala-Mossaka au Moyen-Congo en 1899. La plus petite en termes de superficie exploit\u00e9e est la Soci\u00e9t\u00e9 de la N\u2019K\u00e9m\u00e9-N\u2019K\u00e9nie (Bouche, 1991, p.\u00a0161-164; Coquery-Vidrovitch<em>, <\/em>1972, p.\u00a0421-485; Maquet, Baba Kak\u00e9 et Suret-Canale, 1971). Au Congo belge, la compagnie \u00e0 capitaux anglo-saxons et belges Unilever se voit octroyer 5\u00a0650\u00a0000\u00a0ha de terre (Ki-Zerbo, 1978, p.\u00a0460). Ces concessions, dans lesquelles on d\u00e9veloppe diverses cultures de rente comme le cacao, le caf\u00e9, l\u2019h\u00e9v\u00e9a, le palmier \u00e0 huile ou l\u2019arachide, participent \u00e0 une modification du paysage en Afrique centrale. Cependant, les concessionnaires privil\u00e9gient une \u00e9conomie de ponction et, par cons\u00e9quent, investissent tr\u00e8s peu (Norodom Kiari, 2012, p.\u00a027-31). Il n\u2019en est pas autrement du bois dont l\u2019exploitation est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans la for\u00eat dense \u00e9quatoriale. Les arbres sont en effet abattus pour divers travaux publics comme la construction des b\u00e2timents et des ponts \u00e0 une \u00e9poque et un contexte, bien s\u00fbr, o\u00f9 la notion de substitution des plants coup\u00e9s par des initiatives de reforestation pour pr\u00e9server l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me n\u2019effleurait personne. Durant toute la p\u00e9riode coloniale, les grumes comptent parmi les ressources foresti\u00e8res r\u00e9guli\u00e8rement export\u00e9es vers l\u2019Europe (Pountougnigni Njuh, 2020, p.\u00a0133-135).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En fin de compte, les puissances coloniales n\u2019ont pas eu d\u2019\u00e9gards pour la pr\u00e9servation de la nature. Les tentatives de r\u00e9glementation, d\u2019exploitation encadr\u00e9e des ressources constituant l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me v\u00e9g\u00e9tal sont une illusion tant que l\u2019on ressent le besoin d\u2019alimenter les industries m\u00e9tropolitaines avec les mati\u00e8res premi\u00e8res. En effet, \u00ab\u00a0la t\u00e2che de l\u2019\u00c9tat en colonie fut [d\u2019]assurer d\u2019une part la coh\u00e9sion de l\u2019oppression de fa\u00e7on \u00e0 ce que celle-ci soit accept\u00e9e et incorpor\u00e9e par les Africains eux-m\u00eames, et d\u2019autre part faciliter l\u2019accumulation du capital et la p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019\u00e9conomie marchande\u00a0\u00bb (Lassagne, 2005, p.\u00a056). Derri\u00e8re eux, c\u2019est donc une habitude, une technologie et un savoir-faire de ponction des ressources environnementales en g\u00e9n\u00e9ral et foresti\u00e8res en particulier que les \u00c9tats coloniaux laissent en Afrique centrale au moment des ind\u00e9pendances.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pouvoirs discr\u00e9tionnaires des \u00c9tats et <em>green deals<\/em> dans la post-colonie<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En Afrique centrale, la p\u00e9riode postcoloniale d\u00e9bute en 1960 pour la plupart des pays sous le double fond du retrait des anciennes puissances coloniales et leur substitution par les \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants (Cameroun, Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa, Gabon, R\u00e9publique Centrafricaine, Tchad \u2013 la Guin\u00e9e \u00c9quatoriale devient ind\u00e9pendante en 1968 et l\u2019Angola en 1975). Pour des acteurs politiques qui ont h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une \u00e9conomie \u00e0 reconstruire, les ressources dont disposent les \u00c9tats ind\u00e9pendants d\u2019Afrique sont bienvenues dans les \u00e9changes. Le d\u00e9veloppement comme ligne d\u2019horizon requiert en effet un recours aux ressources naturelles comme le bois dont la contribution aux \u00e9conomies nationales de la sous-r\u00e9gion n\u2019a recul\u00e9 que r\u00e9cemment avec la propension d\u00e9velopp\u00e9e pour les ressources p\u00e9troli\u00e8res et mini\u00e8res (Bayol <em>et al.,<\/em> 2012, p. 43). Il est vrai qu\u2019au lendemain des ind\u00e9pendances, les orientations \u00e9conomiques des \u00c9tats d\u2019Afrique centrale sont divergentes et les h\u00e9ritiers de l\u2019administration coloniale comptent en partie, en \u00e9change de leur coop\u00e9ration avec l\u2019ancienne m\u00e9tropole, sur les donations du Fonds d\u2019Aide \u00e0 la Coop\u00e9ration (FAC) pour leur d\u00e9veloppement. Ainsi, ce sont des secteurs comme l\u2019agriculture (au Cameroun) ou encore les activit\u00e9s mini\u00e8res (diamant en RCA, p\u00e9trole au Gabon, etc.) qui sont privil\u00e9gi\u00e9es pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Toutefois, l\u2019exportation des grumes n\u2019est pas un pis-aller, d\u2019autant plus que le bois figure en bonne place, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des richesses agricoles (cacao, caf\u00e9, banane), parmi les produits commerciaux admissibles sur le march\u00e9 europ\u00e9en dans le cadre des accords de coop\u00e9ration \u00e9conomique entre l\u2019Europe et le groupe des pays Afrique-Cara\u00efbes-Pacifique (ACP) (\u00c9bal\u00e9, 2001, p. 378-379; Chinweizu, 1998, p. 821-822). La r\u00e9alit\u00e9 est qu\u2019en dehors des ind\u00e9pendances politiques, les grandes puissances ont trouv\u00e9 des subterfuges permettant de conserver leurs pr\u00e9rogatives sur les secteurs porteurs ou cl\u00e9s des \u00e9conomies nationales africaines. Dans le secteur forestier, la continuation des activit\u00e9s d\u2019une multinationale comme le fran\u00e7ais Rougier, implant\u00e9e en Afrique centrale (au Gabon notamment) d\u00e8s les ann\u00e9es 1950, illustre cette mise en retraite probl\u00e9matique de la domination \u00e9conomique des grandes puissances. En plus du Gabon, Rougier est aujourd\u2019hui, \u00e9galement, au Cameroun, au Congo-Brazzaville et en RCA (Karsenty, 2020b; Karsenty, s.d., p. 2). Autant dire que le groupe a plut\u00f4t \u00e9largi son champ d\u2019op\u00e9ration dans la post-colonie.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En l\u2019absence d\u2019infrastructures industrielles, pouvant permettre de transformer localement les grumes en produits d\u00e9riv\u00e9s (lattes, contre-plaqu\u00e9s, etc.), l\u2019on est donc rest\u00e9 dans le sch\u00e9ma d\u2019un savoir-faire de ponction de l\u2019environnement pour des raisons \u00e9conomiques d\u2019exportation. Le bois, comme l\u2019ensemble des autres ressources naturelles fait en effet partie des \u00e9l\u00e9ments encadr\u00e9s par les accords secrets entre la France et ses anciennes colonies (Karsenty, 2020b). Celles-ci ont l\u2019obligation de lui proposer en premier leurs ressources pour achat et de ne se tourner vers d\u2019\u00e9ventuelles autres partenaires qu\u2019en cas de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de la France. Dans cette perspective qui fait le lit d\u2019un capitalisme s\u00e9nile, les ressources naturelles subissent ainsi le poids des pesanteurs politiques et des rapports statiques entre les anciennes colonies et les m\u00e9tropoles. Dans les ann\u00e9es 1970, la d\u00e9couverte du p\u00e9trole est venue s\u2019ajouter aux grumes comme produits d\u2019exportation strat\u00e9gique. La crise des ann\u00e9es 1980 enl\u00e8ve cependant aux \u00c9tats africains (les pays de l\u2019Afrique centrale ne sont pas except\u00e9s) le monopole de la sous-traitance et de la braderie \u00e0 huis clos, dans les arcanes des proc\u00e9d\u00e9s du \u00ab gouvernement priv\u00e9 indirect \u00bb (Mbembe, 2000, p. 95-138) des ressources naturelles.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s deux d\u00e9cennies de marche contrast\u00e9e vers la reconstruction \u00e9conomique, les \u00c9tats d\u2019Afrique centrale tombent en effet sous les Plans d\u2019ajustements structurels (PAS) \u2013 on parle aussi souvent de \u00ab\u00a0Programme d\u2019ajustement structurel\u00a0\u00bb \u2013 impos\u00e9s par le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). Ces plans tirent avantage des paradoxes de la gouvernance \u00e9conomique des pays africains au lendemain des ind\u00e9pendances. Les mesures formul\u00e9es par les institutions de Bretton Woods sont en effet pr\u00e9sent\u00e9es comme devant amener les \u00c9tats \u00e0\u00a0mieux appr\u00e9hender les contradictions ou l\u2019obsolescence de leur l\u00e9gislation et proc\u00e9der \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9r\u00e9glementation\u00a0\u00bb, apr\u00e8s une \u00ab\u00a0revue juridique\u00a0\u00bb, de l\u2019ensemble des textes en vigueur r\u00e9gissant certains secteurs de leur \u00e9conomie. Il est simultan\u00e9ment question de relever les incoh\u00e9rences organisationnelles, les chevauchements ou l\u2019\u00e9miettement des attributions dans l\u2019organisation gouvernementale, en vue d\u2019\u00e9laborer une structure plus adapt\u00e9e et favorable \u00e0 un meilleur fonctionnement des services publics (Haman Adji, 2009, p.\u00a0142). Les \u00c9tats sont ainsi appel\u00e9s \u00e0 mettre en place un plan d\u2019organisation et \u00e0 d\u00e9canter les effectifs pl\u00e9thoriques. Il est question d\u2019all\u00e9ger l\u2019administration et de ma\u00eetriser la masse salariale de la fonction publique, mais aussi de red\u00e9ployer du personnel dans d\u2019autres secteurs d\u2019activit\u00e9s, notamment le secteur priv\u00e9. Les \u00c9tats doivent en outre dresser des plans sectoriels pour l\u2019am\u00e9lioration des performances \u00e0 la hauteur des attentes des \u00ab\u00a0usagers\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0usag\u00e8res\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, les transports, etc. Enfin, ils doivent \u00e9tablir des r\u00e8gles et proc\u00e9dures de gestion rationnelle des ressources \u00e9conomiques et financi\u00e8res limitant le gaspillage ou l\u2019abus des biens sociaux. Les PAS sont accompagn\u00e9s d\u2019outils \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb de gestion bas\u00e9s sur les \u00ab\u00a0normes standards\u00a0\u00bb et les exigences de rendement de production et de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re et\/ou sociale (Haman Adji, 2009, p.\u00a0142-143).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En prenant donc \u00e0 rebours les syst\u00e8mes \u00e9conomiques \u00e9chafaud\u00e9s par les \u00c9tats africains depuis l\u2019accession aux ind\u00e9pendances, les PAS instituent une certaine exigence de transparence dans plusieurs secteurs des \u00e9conomies nationales. La fili\u00e8re bois qui s\u2019abreuve \u00e0 vau-l\u2019eau sur les m\u00e9canismes naturels et environnementaux de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration v\u00e9g\u00e9tale en fait partie. C\u2019est ce qui explique la d\u00e9ferlante des r\u00e9formes au cours des ann\u00e9es 1990 qui ont voulu la sortir des accords gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 et ramener sur les projecteurs des scrutateurs internationaux du secteur forestier (Bayol <em>et al<\/em>.<em>,<\/em> 2012, p.\u00a043-51; Karsenty et Fournier, 2008, p.\u00a043; Lassagne, 2005, p.\u00a062). Il faut dire, comme nous le verrons plus loin, que ces lanceurs d\u2019alerte suivent un \u00e9lan de sensibilisation dont les pr\u00e9mices remontent aux ann\u00e9es 1950-1960. C\u2019est dans le sillage de ces mutations qu\u2019au Cameroun, le gouvernement \u00e9labore en 1993 une politique foresti\u00e8re. L\u2019ambition affich\u00e9e est de reconna\u00eetre que les ressources foresti\u00e8res nationales \u00e9taient en d\u00e9gradation m\u00eame si leur importance \u00e9conomique demeurait primordiale. L\u2019on s\u2019inqui\u00e8te aussi de la faible implication des populations rurales dans la conservation des \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers, ainsi que des r\u00e9sultats \u00e9conomiques en dessous des esp\u00e9rances et d\u2019un syst\u00e8me de gestion sectorielle sans v\u00e9ritables ma\u00eetres d\u2019\u0153uvre. En fin de compte, les enjeux capitalistiques restent encore pr\u00e9gnants, car malgr\u00e9 toutes les alertes, il est question d\u2019augmenter la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique des for\u00eats (Bigombe Logo, Sinang et Zo\u2019obo, 2020, p.\u00a0208). Il faut attendre 1999 pour que les bases juridiques d\u2019un organisme charg\u00e9 de veiller sur la protection de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier soient jet\u00e9es. L\u2019organisme en question est la Commission des for\u00eats de l\u2019Afrique centrale (COMIFAC) dont le trait\u00e9, pour des raisons de lenteur administrative, n\u2019est sign\u00e9 par les pays de la sous-r\u00e9gion qu\u2019en 2005 pour entrer en vigueur l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s (2006).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 toutes ces p\u00e9rip\u00e9ties, la fili\u00e8re bois conserve en fait sa primaut\u00e9 \u00e9conomique. Les gouvernements valorisent cet enjeu mieux que le fameux \u00ab notre avenir \u00e0 tous \u00bb au sujet duquel le rapport Brundtland tire la sonnette d\u2019alarme depuis 1987 en requ\u00e9rant notamment un changement collectif de traditions \u00e9conomiques. En effet, la production des grumes (la d\u00e9forestation qui s\u2019en suit) est all\u00e9e croissante dans le bassin du Congo, de mani\u00e8re globale, passant d\u2019un total de 4 788 408 m3\/an en 1991 \u00e0 6 529 322 m3\/an d\u00e8s 1995 et \u00e0 7 365 508 m3\/an en 2009 (Bayol <em>et al<\/em>., 2012, p. 55). Ainsi, les besoins \u00e9conomiques ont constamment inscrit les puissances du Nord, de connivence avec les \u00c9tats postcoloniaux, dans une relation de ponction de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier de ce bassin depuis la fin du 19e si\u00e8cle. Cependant, l\u2019intensification du discours relatif \u00e0 la protection de cet \u00e9cosyst\u00e8me, en mobilisant plusieurs arguments, est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une r\u00e9vision de cette posture.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">D\u00e9flagration anthropoc\u00e9nique et \u00ab\u00a0recalibrage\u00a0\u00bb des politiques environnementales<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019environnement acquiert droit de cit\u00e9 chez les puissances occidentales au tournant des ann\u00e9es 1990 (\u00c9bal\u00e9, 2010). Les cons\u00e9quences li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9forestation ne laissent en effet personne indiff\u00e9rent, car elles participent des facteurs qui contribuent aux changements climatiques et \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0invivabilit\u00e9\u00a0\u00bb de la plan\u00e8te. La disparition de certaines esp\u00e8ces, la destruction de la couche d\u2019ozone, la concentration des gaz \u00e0 effet de serre dans l\u2019atmosph\u00e8re et, subs\u00e9quemment, le r\u00e9chauffement climatique, en sont d\u2019autres cons\u00e9quences. Les risques \u00e9cologiques se sont ainsi impos\u00e9s \u00e0 tous et \u00e0 toutes, aussi bien dans les pays riches que dans les pays \u00e9mergents\u00a0(Giblin, 2017). L\u2019on \u00e9claire le processus d\u2019internationalisation de la lutte pour la protection de l\u2019environnement pour saisir le contexte et les dynamiques de cette nature qui sont observables dans le bassin du Congo.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019internationalisation de la lutte contre la fragilit\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me global<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il \u00e9choit au botaniste anglais Arthur Tansley le m\u00e9rite d\u2019avoir forg\u00e9 en 1935 le concept d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cosyst\u00e8me\u00a0\u00bb afin de caract\u00e9riser les interactions dynamiques qui relient le biotope aux \u00eatres vivants qui s\u2019y trouvent. Marqu\u00e9es par une propension \u00e0 l\u2019anthropocentrisme, ces dynamiques ont longtemps fait du biotope l\u2019\u00e9l\u00e9ment devant \u00eatre subjugu\u00e9 pour l\u2019\u00e9panouissement socio-\u00e9conomique de l\u2019humain. Vers le milieu des ann\u00e9es 1950, les progr\u00e8s techniques et la r\u00e9volution industrielle avaient aid\u00e9 celui-ci \u00e0 consolider une habitude de consommation insouciante de l\u2019environnement. Ce n\u2019est pas que l\u2019id\u00e9e d\u2019une production et d\u2019une consommation responsable n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de pr\u00e9occupation. En effet, certains travaux d\u2019histoire \u00e9tablissent que l\u2019id\u00e9e de responsabilit\u00e9 sociale par exemple s\u2019est diffus\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 et les milieux des affaires d\u00e8s la fin du 19e si\u00e8cle, en pleine transformation du capitalisme (Jbara, 2017, p.\u00a087). Mais en tant que telle, la protection de l\u2019environnement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inscrite \u00e0 l\u2019agenda politique avant la fin des ann\u00e9es 1960. Les premi\u00e8res administrations qui se sont sp\u00e9cifiquement consacr\u00e9es \u00e0 la question ne sont apparues qu\u2019au tournant des ann\u00e9es 1960-1970. Il s\u2019agit d\u2019abord de la Su\u00e8de qui fait office d\u2019\u00c9tat pionnier dans la mise en \u0153uvre d\u2019un processus politico-juridique de protection de l\u2019environnement. Puis, c\u2019est au tour des \u00c9tats-Unis qui cr\u00e9ent en 1969 l\u2019Environnent Protection Agency (EPA) pour lutter contre la pollution. L\u2019Organisation des Nations unies (ONU) fait ensuite sienne cette pr\u00e9occupation en portant au pinacle des discussions dans les ann\u00e9es 1970 un code de bonne conduite pour les firmes. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, des mesures concernant les investissements li\u00e9s au commerce (<em>Trade-related investments measure<\/em> \u2013 TRIM) sont adopt\u00e9es dans le cadre de l\u2019Uruguay Round (Smouts, Batistella et Vennesson, 2006, p.\u00a0362; Jbara, 2017, p.\u00a087).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En Europe occidentale, c\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode que la prise en charge de l\u2019environnement est palpable avec l\u2019apparition des partis \u00e9cologiques liant la protection de l\u2019environnement au nouvel ordre politique. Le rapport de la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement de 1987 pr\u00e9sid\u00e9e par la Norv\u00e9gienne Gro Harlem Brundtland interpelle plus tard sur \u00ab Notre avenir \u00e0 tous \u00bb et met en avant le concept de \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb. Celui-ci est envisag\u00e9 comme \u00ab celui qui r\u00e9pond aux besoins du pr\u00e9sent sans compromettre la capacit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs propres besoins \u00bb (Smouts, Batistella et Vennesson, 2006, p. 127). Puis se tient le sommet de Rio (1992) sur la Terre qui \u00e9tablit un diagnostic qui rend urgente la construction d\u2019une civilisation \u00e9conomique plan\u00e9taire qui r\u00e9fr\u00e8ne le capitalisme et ne compromette ni la nature ni l\u2019humain lui-m\u00eame au seul pr\u00e9texte de l\u2019accroissement du profit pour le profit.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 se pr\u00e9sente donc comme une p\u00e9riode charni\u00e8re de la g\u00e9opolitique de l\u2019environnement dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0la question de la d\u00e9fense de l\u2019environnement devient un des points principaux \u00e0 l\u2019agenda des conf\u00e9rences\u00a0internationales\u00a0\u00bb (Gonz\u00e1lez Espinosa et Lipietz, 2005, p.\u00a091). Ces \u00e9lans d\u2019alerte gagnent par la suite le milieu financier notamment avec l\u2019attention accord\u00e9e par la Banque mondiale dans un rapport publi\u00e9 dans ce sens en 1991. Depuis lors, elle s\u2019est efforc\u00e9e d\u2019introduire des r\u00e9formes \u00e9conomiques et institutionnelles destin\u00e9es \u00e0 am\u00e9liorer, par exemple, la gestion du secteur forestier dont elle est per\u00e7ue comme le v\u00e9ritable r\u00e9gulateur de nos jours (Karsenty et Fournier, 2008, p.\u00a043; d\u2019Orfeuil, 2006, p.\u00a086). En 1999, Koffi Atta Annan, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies, propose un Pacte mondial (<em>Global Compact<\/em>) aux entreprises. Il s\u2019agit de les emmener \u00e0 respecter les droits de l\u2019humain et les normes fondamentales en mati\u00e8re de droit de travail et de l\u2019environnement. Annan, pour justifier son invitation, rappela la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une rationalit\u00e9 entre recherche du profit d\u2019une part et bien-\u00eatre de l\u2019humain et de la nature d\u2019autre part\u00a0: \u00ab\u00a0si nous ne nous attelons pas \u00e0 mettre en \u0153uvre ces valeurs universelles, dit-il, ce sont la stabilit\u00e9 et l\u2019ouverture des march\u00e9s mondiaux qui risquent d\u2019\u00eatre mises en p\u00e9ril\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Smouts, Batistella et Vennesson, 2006, p.\u00a0127).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019on retient ainsi que la question de la protection de l\u2019environnement s\u2019est internationalis\u00e9e d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1990 \u00e0 partir d\u2019une pr\u00e9occupation port\u00e9e par une poign\u00e9e de protagonistes et communaut\u00e9s isol\u00e9s. Cet int\u00e9r\u00eat est all\u00e9 relativement grandissant dans la mesure o\u00f9 les crises \u00e9cologiques font partie des crises multiformes en ce d\u00e9but de 21e si\u00e8cle (Sarr, 2017, p. 11). En effet, la gestion des probl\u00e8mes relatifs \u00e0 l\u2019environnement s\u2019est hiss\u00e9e au rang des domaines n\u00e9cessitant une synergie d\u2019action, et par cons\u00e9quent une approche globale qui ne peut \u00eatre exclusivement men\u00e9e dans le cadre \u00e9tatique. La protection de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me global est un d\u00e9fi qui exige la coop\u00e9ration internationale de tous les acteurs \u00e0 savoir les \u00c9tats, les organisations inter\u00e9tatiques, les organisations non gouvernementales (ONG), les firmes, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (OSC) et les populations.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Logiques de co-motion au chevet du bassin du Congo\u00a0: les dynamiques de la d\u00e9centralisation de la protection de l\u2019environnement<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, l\u2019on observe une \u00e9volution de l\u2019attitude des grandes puissances vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me en Afrique centrale. Elle se traduit par un d\u00e9sir de rationalisation de l\u2019exploitation des ressources foresti\u00e8res, l\u2019appui financier aux initiatives de protection de la nature et \u00e0 l\u2019enracinement des pratiques communautaires de \u00ab bonne gouvernance \u00bb (Karsenty, 2020a, p. 9). Ces actions s\u2019inscrivent dans le cadre d\u2019un ensemble de programmes. Parmi ceux-ci, il y a le plan d\u2019action europ\u00e9en FLEGT (<em>Forest Law Enforcement, Governance and Trade<\/em>) adopt\u00e9 en 2003 (Bayol <em>et al<\/em>., 2012, p. 52-53). Son principe de fonctionnement repose sur la n\u00e9gociation des Accords de partenariats volontaires (APV \u2013 on parle donc souvent d\u2019APV-FLEGT). Ces n\u00e9gociations portent sur le commerce entre l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et les pays producteurs de bois en Afrique centrale dans la perspective de la lutte conjointe contre l\u2019exploitation ill\u00e9gale des for\u00eats et le commerce frauduleux de bois et pour l\u2019\u00e9volution de la gouvernance de l\u2019exploitation foresti\u00e8re dans la sous-r\u00e9gion. La signature de ces accords par des \u00c9tats habitu\u00e9s \u00e0 tirer des b\u00e9n\u00e9fices importants, sans restriction sur le commerce du bois, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vidente. En effet, c\u2019est en compte-gouttes que les cinq pays forestiers du bassin du Congo que sont le Cameroun, le Congo, le Gabon, la RCA et la RDC ont adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 ce programme. Le Congo, le Cameroun et la RCA ne signent les APV-FLEGT qu\u2019en 2010, respectivement aux mois de mai, octobre et d\u00e9cembre, soit sept ans apr\u00e8s l\u2019instauration du FLEGT. Le Gabon et la RDC, quant \u00e0 eux, en \u00e9taient \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque \u00e0 l\u2019ouverture des n\u00e9gociations (Bayol <em>et al<\/em>., 2012, p.\u00a052).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La difficult\u00e9 qu\u2019a le FLEGT est peut-\u00eatre d\u2019insister sur la transparence et la l\u00e9galit\u00e9 sous peine de restriction d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 europ\u00e9en par les pays producteurs de bois d\u2019Afrique centrale, contrairement \u00e0 un autre programme financ\u00e9 en majorit\u00e9 par les grandes puissances \u00e0 savoir la REDD+ (R\u00e9duire les \u00e9missions li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9forestation et la d\u00e9gradation foresti\u00e8re). Le m\u00e9canisme REDD+ est en effet un dispositif qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Il est port\u00e9 par la Banque mondiale qui a cr\u00e9\u00e9 un fond sp\u00e9cialement d\u00e9di\u00e9\u00a0: Fonds pour l\u2019environnement mondial (FEM). \u00c0 partir de ce fonds, la BM a d\u00e9j\u00e0 fait un don de 13\u00a0000\u00a0000\u00a0$\u00a0USD pour des actions qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tal\u00e9es sur cinq ans (2011-2016). Cet appui avait pour objectif de renforcer les capacit\u00e9s institutionnelles et techniques des pays par\u00a0l\u2019am\u00e9lioration des connaissances et la coordination sur REDD+ dans le bassin du Congo, le renforcement des capacit\u00e9s de mesure et suivi du carbone forestier, l\u2019int\u00e9gration du concept REDD+ dans les projets de gestion durable des for\u00eats et l\u2019ancrage des pratiques transparentes de gestion des finances et de passation des march\u00e9s, le suivi et \u00e9valuation, le renforcement des partenariats dans le cadre du projet. En r\u00e9sum\u00e9, le REDD+ a l\u2019ambition de compenser financi\u00e8rement les pays ayant accompli des efforts av\u00e9r\u00e9s pour limiter les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre issues de la d\u00e9forestation et la d\u00e9gradation foresti\u00e8re en Afrique centrale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour autant qu\u2019il se veuille g\u00e9n\u00e9reux, le financement de la REDD+ repose toutefois sur une base m\u00e9ritocratique en \u00e9tant regardant sur les questions de bonne gouvernance. Les gouvernements des pays du bassin du Congo sont les b\u00e9n\u00e9ficiaires de pr\u00e9dilection. Mais dans un contexte o\u00f9 la corruption est une gangr\u00e8ne, la BM, par prudence, op\u00e8re avec un \u00e9ventail d\u2019acteurs. Il s\u2019agit de cr\u00e9er des conditions d\u2019une coop\u00e9ration permettant aux parties prenantes d\u2019atteindre les objectifs vis\u00e9s par la REDD+ \u00e0 savoir : renforcer les pratiques d\u2019une coordination r\u00e9gionale autour du projet pour garantir son succ\u00e8s; l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une \u00e9conomie d\u2019\u00e9chelle dans le secteur forestier; l\u2019application du principe de subsidiarit\u00e9 et la promotion d\u2019une approche inclusive pour le d\u00e9bat sur le m\u00e9canisme. Ainsi, les autres acteurs sollicit\u00e9s dans la mise en \u0153uvre du REDD+ sont les Points focaux pour le changement climatique, les d\u00e9cideurs au niveau de chaque pays et le secr\u00e9tariat ex\u00e9cutif de la COMIFAC. En plus de ces acteurs politiques, il y a les groupes techniques de travail compos\u00e9s des expertes et experts nationaux, des institutions en charge de la gestion foresti\u00e8re et de la recherche. De m\u00eame, et non des moindres, il y a les r\u00e9seaux r\u00e9gionaux et nationaux de plaidoirie pour la protection de l\u2019environnement et les promoteurs de projets pilotes au niveau de la soci\u00e9t\u00e9 civile. En Afrique centrale, leur \u00e9mergence dans le champ de la gouvernance foresti\u00e8re est la r\u00e9sultante du r\u00e9formisme qui travers la sph\u00e8re politique en Afrique centrale, mais \u00e9galement du fait de l\u2019enlisement de l\u2019initiative FLEGT et de la REDD+ dans les m\u00e9canismes de gouvernance mis en place par les \u00c9tats de la sous-r\u00e9gion. Ainsi, comme l\u2019affirme Alain Karsenty :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Afrique centrale a connu ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es un processus, au moins apparent, de lib\u00e9ralisation soci\u00e9tale marqu\u00e9e par une multiplication du nombre des partis politiques, l\u2019explosion de la presse \u00e9crite et de nouveaux m\u00e9dias (journaux et t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9s, sites internet, etc.). Ces changements ont modifi\u00e9 le rapport du public aux questions foresti\u00e8res, et ont permis l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile plus active. La \u00ab gestion participative \u00bb est admise \u2013 au moins dans les discours (Karsenty, 2020a, p. 13).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019une des mutations de la gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale, qui s\u2019est op\u00e9r\u00e9e au profit des OSC est le passage d\u2019une approche centr\u00e9e connue depuis l\u2019\u00e9poque coloniale \u00e0 la d\u00e9centralisation au tournant des ann\u00e9es 1990 (Kouosseu, Zo\u2019obo et Pokam Kamdem, 2020, p.\u00a023-43). Cette mutation pr\u00e9sage en principe de meilleurs auspices pour la gouvernance foresti\u00e8re et la pr\u00e9servation de l\u2019environnement dans le bassin du Congo. En effet, pour autant que l\u2019adh\u00e9sion des \u00c9tats aux normes \u00e9cologiques rel\u00e8ve d\u2019une question de bon sens et charrie les allures d\u2019une \u00e9thique politique responsable envers l\u2019\u00e9cologie, il n\u2019en demeure pas moins que c\u2019est par int\u00e9r\u00eat que bon nombre d\u2019entre eux se sont inscrits dans cette perspective, int\u00e9ress\u00e9s par les multiples ressources que drainent \u00e0 leur profit l\u2019adoption des comportements \u00e9coresponsables (Batchom, 2018, p.\u00a0246).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les OSC en revanche constituent, en raison de leur caract\u00e8re apolitique et du fait qu\u2019elles n\u2019ont pas un but lucratif, un groupe d\u2019acteurs particuliers que tendent \u00e0 privil\u00e9gier les organismes multilat\u00e9raux (Banque mondiale, World Wild Fund, Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement, Programme des Nations unies pour l\u2019environnement, etc.) et bilat\u00e9raux (Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement, GIZ, Rainforest Foundation UK, etc.) de coop\u00e9ration qu\u2019\u00e9paulent les grandes puissances. L\u2019on peut conc\u00e9der que cette propension s\u2019inscrit dans une tradition de la gouvernance qui, en Occident, a connu une participation plut\u00f4t efficiente et efficace des organisations non gouvernementales depuis le tournant du 17e si\u00e8cle avec l\u2019action des missionnaires chr\u00e9tiens avant de se consolider avec des organisations de type la\u00efc \u00e0 partir du 19e si\u00e8cle (Pokam Kamdem, 2016; d\u2019Orfeuil, 2006, p.\u00a018-19). Depuis lors, elles ont pu \u0153uvrer en faveur des avanc\u00e9es diplomatiques et mener avec succ\u00e8s de nombreuses causes pour le bien-\u00eatre de l\u2019humanit\u00e9 (d\u2019Orfeuil, 2006, p.\u00a0185). En Afrique centrale, cette tradition est relativement r\u00e9cente. C\u2019est la raison pour laquelle la question de la formation et du transfert des savoirs indispensables \u00e0 la lutte pour la protection de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier est primordiale. Nous relevons avec Karsenty et Fournier (2008) deux approches de transfert de gestion et de la lutte pour la pr\u00e9servation de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier en Afrique centrale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re consiste \u00e0 la sensibilisation et \u00e0 l\u2019inclusion des communaut\u00e9s dans la gestion du patrimoine forestier dans la sous-r\u00e9gion. La BM apporte ainsi son appui depuis les ann\u00e9es 1990 aux initiatives visant la constitution des \u00ab for\u00eats communautaires \u00bb afin de d\u00e9liter le monopole des \u00c9tats sur les espaces bois\u00e9s au profit des communaut\u00e9s qui peuvent alors b\u00e9n\u00e9ficier des redevances foresti\u00e8res annuelles (RFA). C\u2019est une mesure visant en effet \u00e0 contraindre les \u00c9tats \u00e0 impl\u00e9menter les textes qu\u2019ils ont parfois eux-m\u00eames \u00e9tablis dans le sillage des r\u00e9formes des ann\u00e9es 1990. Au Cameroun par exemple, une loi de 1994 consacre en effet la possibilit\u00e9 pour des communaut\u00e9s villageoises de b\u00e9n\u00e9ficier des for\u00eats d\u2019une superficie maximale de 5 000 ha sur le domaine forestier national (Karsenty, 2020b; Karsenty et Fournier, 2008, p. 46). Toutefois, jusqu\u2019en mars 2007, moins d\u2019un quart des 420 713 ha de for\u00eats communautaires avaient re\u00e7u l\u2019approbation de leur plan de gestion permettant leur exploitation l\u00e9gale. Un sc\u00e9nario semblable s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9 au Gabon o\u00f9 une disposition similaire, introduite dans le Code forestier de 2001, est demeur\u00e9e une formalit\u00e9. De m\u00eame, en RDC, la loi foresti\u00e8re de 2002 pr\u00e9voit que des concessions foresti\u00e8res puissent \u00eatre attribu\u00e9es aux communaut\u00e9s villageoises sur les terres d\u00e9tenues en vertu des coutumes sur le domaine prot\u00e9g\u00e9, mais aucune concession communautaire n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e (Karsenty et Fournier, 2008, p. 46). Bref, les \u00c9tats sont rest\u00e9s camp\u00e9s dans la logique monopoliste dans le secteur forestier en d\u00e9pit de cette initiative de transfert de comp\u00e9tence soutenu par la BM dont l\u2019enjeu est de favoriser une d\u00e9centralisation ou une d\u00e9mocratisation de la gestion des ressources foresti\u00e8res d\u2019une part. D\u2019autre part, il s\u2019agit de favoriser une approche participative qui permettrait aux communaut\u00e9s de mettre leurs savoir-faire \u00e0 contribution pour la pr\u00e9servation du biotope dans lequel elles vivent, sachant que les populations ne s\u2019autoriseraient pas \u00e0 d\u00e9truire leur milieu de vie. L\u2019enjeu est donc <em>in fine<\/em> le d\u00e9veloppement durable, car celles-ci ne voudraient pas compromettre l\u2019avenir de leurs prog\u00e9nitures, elles-m\u00eames ayant h\u00e9rit\u00e9 de ce cadre de vie de leurs anc\u00eatres.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Faute de pouvoir renforcer les capacit\u00e9s des populations qui ploient souvent sous le poids des gouvernements, le second canal explor\u00e9 jusqu\u2019ici consiste en l\u2019outillage technique (via des s\u00e9minaires d\u2019impr\u00e9gnation et des dotations mat\u00e9rielles et financi\u00e8res) et par l\u2019accroissement du r\u00f4le des OSC dans la lutte pour la transparence et le respect des normes de certification dans le secteur forestier en Afrique centrale. Pour ce faire, la m\u00e9thode utilis\u00e9e et soutenue par la BM et l\u2019UE est l\u2019Observation ind\u00e9pendante (OI). On parle aussi souvent de l\u2019Observation ind\u00e9pendante de l\u2019environnement (OIE). L\u2019OI, confi\u00e9e \u00e0 des OSC mandat\u00e9es ou accr\u00e9dit\u00e9es, consiste pour celles-ci \u00e0 rapporter les conditions de d\u00e9roulement des attributions des march\u00e9s et de l\u2019exploitation des ressources dans le but de renforcer la transparence dans le secteur forestier. L\u2019objectif est d\u2019\u00e9roder les m\u00e9canismes opaques du gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 au profit de l\u2019adjudication publique dans ce domaine. Discut\u00e9e entre 1997 et 1999, l\u2019OI est entre autres accept\u00e9e par le Cameroun en 2001 et en 2007 par le Congo-Brazzaville (Karsenty et Fournier, 2008, p. 46). L\u2019OI pr\u00e9sente l\u2019avantage, du point de vue des bailleurs de fonds occidentaux, de permettre une intervation des organisations non gouvernementales occidentales dans le processus de certification et d\u2019exploitation contr\u00f4l\u00e9e des ressources foresti\u00e8res en Afrique centrale. C\u2019est le cas des ONG Global Witness et REM (Karsenty et Fournier, <em>ibid<\/em>.). Cela ouvre et tisse des perspectives de coop\u00e9ration transnationale entre les ONG occidentales et les OSC en Afrique centrale. Cette coop\u00e9ration, en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9cart des interf\u00e9rences politiques, fait le lit d\u2019une approche professionnelle et le plus souvent efficace de la protection de l\u2019environnement dans la sous-r\u00e9gion. Cependant, l\u2019enjeu pour les ONG occidentales est de transmettre leur vision de la gouvernance foresti\u00e8re, participant ainsi \u00e0 l\u2019imposition des normes dont l\u2019op\u00e9rationnalit\u00e9 peut \u00eatre relative. L\u2019intervention des OSC locales constitue une chance de donner aux exp\u00e9riences endog\u00e8nes s\u00e9culaires du rapport humain-nature une visibilit\u00e9 et un \u00e9cho dans la sph\u00e8re des normes qui gouvernent la lutte contre les changements climatiques et la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9. Au Cameroun, deux cas de plaidoirie servent d\u2019illustration \u00e0 ce sujet.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le 11 novembre 2019, un d\u00e9cret du Premier ministre camerounais cr\u00e9\u00e9 l\u2019Unit\u00e9 foresti\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement (UFA) 09-025 dans le d\u00e9partement de l\u2019Oc\u00e9an, r\u00e9gion du Sud au Cameroun (voir carte 1). D\u2019une superficie totale de 88\u00a0147,84\u00a0ha, cette UFA est incorpor\u00e9e au domaine priv\u00e9 de l\u2019\u00c9tat au titre de for\u00eat de production par d\u00e9cret n\u00b02005\/052\/PM du 4 f\u00e9vrier 2005. Or, elle renferme la biodiversit\u00e9 du parc national de Campo Ma\u2019an qui h\u00e9berge 26 esp\u00e8ces de mammif\u00e8res moyens et grands dont les \u00ab\u00a0<em>Big Five <\/em>de la for\u00eat \u00bb (\u00e9l\u00e9phant, buffle, grands signes, notamment les gorilles et les chimpanz\u00e9s, panth\u00e8re et pangolin g\u00e9ant) ainsi qu\u2019une flore riche de plus de 60 esp\u00e8ces \u00e0 l\u2019instar du bubinga, du doussi\u00e9 blanc et rouge et des esp\u00e8ces semi-aquatiques rares et end\u00e9miques (Kenfack Tsabdo, 2020a). Ce d\u00e9classement de novembre 2019 vise pourtant \u00e0 attribuer l\u2019UFA 09-025 \u00e0 l\u2019entreprise CamVert Sarl, bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9, pour des fins d\u2019exploitation agro-industrielle. La r\u00e9alisation de ce projet dans lequel CamVert s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 curieusement lanc\u00e9e en cr\u00e9ant une p\u00e9pini\u00e8re de palmier \u00e0 huile \u00e0 Campo depuis septembre 2019 visait l\u2019installation d\u2019une plantation de palmeraie de 60 000 ha (57 000 ha \u00e0 Campo et 3 000 ha \u00e0 Ni\u00e9t\u00e9). Le 26 mars 2020, CamVert poursuit ses tractations en signant un accord avec un pseudo-repr\u00e9sentant des populations locales (Bagyeli, Mvae, Yassa et Mabai). C\u2019\u00e9tait une d\u00e9marche cavali\u00e8re qui avait pour but de passer sous le manche l\u2019envers du projet.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la cr\u00e9ation de palmeraies industrielles implique le d\u00e9frichement massif des terres foresti\u00e8res traditionnelles qui h\u00e9bergent des sites culturels importants et constituent une source essentielle d\u2019approvisionnement (vivres, pharmacop\u00e9e) pour les populations. Dans la foul\u00e9e, la superficie \u00e0 mettre en exploitation comporte 5\u00a0000 ha des plantations villageoises et communautaires. Les dommages \u00e0 la fois \u00e9cologiques, socio-\u00e9conomiques et culturels que pr\u00e9sente le projet sont donc importants. N\u2019eut \u00e9t\u00e9 la d\u00e9nonciation conjointe de la Bagyeli Cultural Association and Development (BACUDA), de l\u2019OSC camerounaise Appui pour la protection de l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement (APED) et Forest Peoples Programme, ce projet aurait abouti (Forest Peoples Programme, 2020). D\u2019autres OSC camerounaises et internationales qu\u2019il serait fastidieux d\u2019\u00e9num\u00e9rer exhaustivement ici (Greenpeace Afrique et Green Development Advocates \u2013 GDA) ont aussi \u00e9mis des objections contre le projet <em>\u00e9colocide<\/em> de CamVert Sarl (Kenfack Tsabdo, 2020a). L\u2019UFA a finalement \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 cette entreprise. N\u00e9anmoins, la d\u00e9nonciation des irr\u00e9gularit\u00e9s entachant la proc\u00e9dure d\u2019accaparement et les cons\u00e9quences qui d\u00e9couleraient de la cr\u00e9ation de la palmeraie ont ainsi permis de revoir les conditions de la mise en valeur de l\u2019UFA 09-25. L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier de Campo et de Ni\u00e9t\u00e9 dans le Sud Cameroun n\u2019a pas totalement \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9e \u00e0 \u00ab l\u2019autel \u00bb du capitalisme agro-industriel.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_653\" align=\"aligncenter\" width=\"493\"]<img class=\"wp-image-653\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-1_Poun.png\" alt=\"\" width=\"493\" height=\"348\" \/> Carte 1. Localisation de l\u2019UFA 09-025 au Sud Cameroun. Source : Forest Peoples Programme, 2020[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me cas de figure oriente les projecteurs dans une zone situ\u00e9e \u00e0 califourchon entre deux r\u00e9gions administratives, toujours au Cameroun. Le 4 f\u00e9vrier 2020, le Ministre camerounais des for\u00eats et de la faune signe un d\u00e9cret portant deux avis au public de cr\u00e9ation de nouvelles concessions d\u2019exploitation foresti\u00e8re dans la for\u00eat d\u2019Ebo pour au moins trente ans. Cette r\u00e9serve foresti\u00e8re d\u2019une superficie globale de 1\u00a0500\u00a0km2 environ est situ\u00e9e \u00e0 cheval entre la R\u00e9gion du Littoral (D\u00e9partements du Nkam, de la Sanaga Maritime) et la R\u00e9gion du Centre (Mbam-et-Inoubou, Arrondissements de Yingui, de Ngamb\u00e9 et de Ndikinim\u00e9ki) comme l\u2019illustre la carte 2 ci-apr\u00e8s.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_654\" align=\"aligncenter\" width=\"510\"]<img class=\"wp-image-654\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-2_Pount.jpg\" alt=\"\" width=\"510\" height=\"282\" \/> Carte 2. Localisation de la for\u00eat d\u2019Ebo (Cameroun). Source: Lenga, 2020, d\u2019apr\u00e8s Global Forest Watch[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Allong\u00e9e en territoire occup\u00e9 par la communaut\u00e9 Banen, la for\u00eat d\u2019Ebo apparaissait pourtant encore, au regard d\u2019un inventaire effectu\u00e9 en janvier 2020, comme l\u2019une des derni\u00e8res for\u00eats primaires de l\u2019Afrique centrale (Centre pour l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement \u2013\u00a0CED, 2020). L\u2019inventaire en question relevait l\u2019existence de plus de 700 \u00e9l\u00e9phants dans la for\u00eat d\u2019Ebo. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces pachydermes, le site abrite des esp\u00e8ces rares de primates, environ 25 gorilles notamment qui forment l\u2019unique population dans le monde que les scientifiques n\u2019ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 rattacher \u00e0 une esp\u00e8ce connue. Sur la m\u00eame lanc\u00e9e on estimait, en 2018, \u00e0 environ 750 le nombre de chimpanz\u00e9s, parmi lesquels le chimpanz\u00e9 du Nigeria-Cameroun (<em>Pan troglodstes ellioti<\/em>), l\u2019une des rares des quatre sous-esp\u00e8ces qui existent au monde qui sache utiliser des outils. La for\u00eat d\u2019Ebo est par ailleurs le biotope de 160 esp\u00e8ces d\u2019oiseaux exotiques (dont le perroquet gris et le picatharte au cou gris), la grenouille Goliath (la plus grande au monde avec 75 centim\u00e8tres de long). Pour ce qui est de la flore, la canop\u00e9e foresti\u00e8re d\u2019Ebo est un puits d\u2019environ 35 millions de tonnes de carbone selon Greenpeace (Lenga, 2020).<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel du 4 f\u00e9vrier qui n\u2019est connu du grand public qu\u2019en mars 2020 est donc surprenant et paradoxal. \u00c0 l\u2019initiative de l\u2019Ebo Forest Research Project (EFRP), le gouvernement camerounais avait en effet entrepris de classer la for\u00eat d\u2019Ebo dans le parc national en 2006. Dessinant le spectre d\u2019une perte des droits communautaires chez les riverains, le projet essuie la r\u00e9ticence et se heurte finalement \u00e0 une p\u00e9tition de plus de 200 signatures en 2012, ann\u00e9e o\u00f9 le gouvernement se r\u00e9tracte (Kenfack Tsabdo, 2020b). Huit ans plus tard, curieusement, \u00e0 la place d\u2019un parc qui pouvait encore \u00eatre n\u00e9gociable, c\u2019est une zone d\u2019exploitation foresti\u00e8re pure et simple que veut instituer l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 4 f\u00e9vrier 2020\u00a0en ouvrant 64 835 ha du massif forestier d\u2019Ebo sont ouverts \u00e0 la coupe\u00a0(Lenga, 2020). L\u2019on comprend pourquoi l\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u2019a vraiment pas \u00e9t\u00e9 rendu public alors qu\u2019il lan\u00e7ait un avis \u00e0 l\u2019attention des populations locales. Craignait-on que le scandale \u00e9cologique qui se dessinait provoque un toll\u00e9? Car 68\u00a0385\u00a0ha c\u2019est pratiquement la superficie de la ville de New York ou encore l\u2019\u00e9quivalent de 96\u00a0000 terrains de football (CED, 2020). Il faut attendre la veille de la convocation d\u2019une r\u00e9union qui s\u2019est tenue le 10 mars 2020 et visait \u00e0 convaincre les populations locales, proches ou concern\u00e9es \u2013\u00a0ou plut\u00f4t leurs repr\u00e9sentants\u00a0\u2013 des b\u00e9n\u00e9fices esp\u00e9r\u00e9s de la mise en exploitation d\u2019une telle surface. L\u2019on note avec soin la technique envisag\u00e9e qui \u00e9tait celle de convaincre et non de n\u00e9gocier. Ce processus de classement \u00ab\u00a0exceptionnellement rapide\u00a0\u00bb, comme le rel\u00e8vent l\u2019Environmental Investigation Agency (EIA) et le CED, culmine avec le d\u00e9cret n\u00b02020\/3216 du 14 juillet 2020 par le Premier ministre camerounais constituant la totalit\u00e9 des 68\u00a0385\u00a0ha en question en UFA\u00a007\u00a0006. Les choses sont all\u00e9es si vite, en r\u00e9alit\u00e9, parce que l\u2019on a voulu profiter de la pand\u00e9mie du coronavirus (COVID-19). Ces d\u00e9marches sont en effet engag\u00e9es dans un contexte o\u00f9, en raison des restrictions (la r\u00e9gulation des regroupements particuli\u00e8rement) li\u00e9es \u00e0 la crise du COVID-19, les populations sont dans l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019organiser pour se faire entendre et riposter comme autrefois face au projet de parc (CED, 2020). C\u2019est dans ce sillage qu\u2019OSC et ONG sont entr\u00e9es en sc\u00e8ne en prenant des initiatives visant \u00e0 pr\u00e9server le massif forestier d\u2019Ebo.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">En avril 2020, c\u2019est en effet l\u2019EFRP, l\u2019ONG Sekakoh et Community Assistance in Devlopement (COMAID), appuy\u00e9e par le Programme de petites initiatives (PPI) de l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui demandent au gouvernement camerounais de suspendre le projet d\u2019exploitation de la for\u00eat d\u2019Ebo. Elles proposent en lieu et place une concertation entre les parties prenantes, communaut\u00e9s locales incluses, pour cr\u00e9er un plan d\u2019am\u00e9nagement du territoire inclusif et multisectoriel. Cette demande qui a \u00e9t\u00e9 cosign\u00e9e par plus de 60 \u00e9cologistes et \u00e9cologues camerounais\u00b7es et \u00e9tranger\u00b7e\u00b7s dont le pr\u00e9sident du Groupe de sp\u00e9cialistes des primates (GSP) de l\u2019UICN (Wikip\u00e9dia, 2020), n\u2019emp\u00eache cependant pas l\u2019engrenage lanc\u00e9 en f\u00e9vrier de continuer \u00e0 tourner. En effet, lors d\u2019une rencontre du 13 juin 2020 (les mesures de confinement ont \u00e9t\u00e9 att\u00e9nu\u00e9es), des \u00e9lites Banen \u00e9mettent le v\u0153u d\u2019\u00eatre associ\u00e9s en amont \u00e0 la d\u00e9finition du cahier des charges de l\u2019exploitation. Or, la proximit\u00e9 habituelle entre les \u00ab\u00a0\u00e9lites\u00a0\u00bb et le gouvernement dont ils sont souvent membres est un secret de polichinelle. Une proximit\u00e9 dans le cadre duquel se d\u00e9ploie souvent un jeu contre les enjeux qui int\u00e9ressent les populations \u00e0 la base. Ces \u00e9lites n\u2019ont-elles d\u2019ailleurs pas remerci\u00e9 le gouvernement dans le processus de cr\u00e9ation de l\u2019UFA (Wikip\u00e9dia, 2020), laquelle est effective avec le d\u00e9cret du 14 juillet 2020? Il faudrait s\u2019attendre \u00e0 une nouvelle vague de constatations, conjointement men\u00e9e par des OSC et les dirigeants communautaires pour que Ebo soit mis \u00e0 l\u2019abri du risque de d\u00e9forestation. Au-del\u00e0 des p\u00e9titions, le Club des amis des gorilles (CAG) d\u2019Iboti, un regroupement c\u00f4toyant cette for\u00eat d\u2019Ebo, a par exemple, en synergie avec les chefs traditionnels, propos\u00e9 la d\u00e9limitation d\u2019une superficie de 39\u00a0km\u00b2 pour la mettre en zone de non-acc\u00e8s aux populations (Kenfack Tsabdo, 2020b). C\u2019est dans le sillage de ces protestations qu\u2019en ao\u00fbt 2020, le Premier ministre camerounais a d\u00e9cid\u00e9 de suspendre le projet d\u2019exploitation foresti\u00e8re \u00e0 Ebo. La for\u00eat d\u2019Ebo est ainsi, pour le moment au moins, \u00e0 l\u2019abri de la menace de d\u00e9forestation qui pesait sur elle. Ceci en partie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention des OSC et des ONG.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La protection de l\u2019environnement est aujourd\u2019hui l\u2019un des ma\u00eetres-mots de la g\u00e9opolitique mondiale en d\u00e9pit de la confrontation entre alarmistes et climato-sceptiques. La pr\u00e9sente \u00e9tude a scrut\u00e9 les traits majeurs de l\u2019attitude des grandes puissances (celles de l\u2019Europe notamment) \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier du bassin du Congo dans le temps. Le but \u00e9tait de relever et d\u2019expliquer les mutations qui s\u2019y sont op\u00e9r\u00e9es. L\u2019analyse permet d\u2019affirmer que le sort du \u00ab second poumon de la plan\u00e8te \u00bb, le bassin du Congo, est inscrit dans l\u2019agenda international de ces grandes puissances. L\u2019action de celles-ci s\u2019inscrit dans une tradition de l\u2019exploitation continue des ressources dont regorge le bassin pour soutenir l\u2019industrie m\u00e9tropolitaine. L\u2019okoum\u00e9, le sapelli, l\u2019ayous, le tali, l\u2019okan, l\u2019azob\u00e9, le padouk, le sipo, l\u2019iroko, le kosipo, le wenge, le frak\u00e9 et le boss\u00e9 sont autant d\u2019essences qui, depuis le 19e si\u00e8cle, continuent d\u2019\u00eatre achemin\u00e9es en Europe. Ce qui a chang\u00e9, depuis maintenant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, c\u2019est l\u2019introduction progressive des m\u00e9canismes s\u2019inscrivant dans la perspective d\u2019une exploitation contr\u00f4l\u00e9e ou rationnelle. L\u2019on peut donc parler de l\u2019effectivit\u00e9 d\u2019une \u00e9volution de perception qui veut que la for\u00eat \u00e9quatoriale n\u2019ait pas seulement une finalit\u00e9 \u00e9conomique ou mercantile, mais qu\u2019elle devienne aussi un patrimoine \u00e0 prot\u00e9ger. En consid\u00e9rant le contraste que cela soul\u00e8ve, cette situation confirme notre hypoth\u00e8se de d\u00e9part. Sous les exigences de l\u2019\u00e9conomique verte, les puissances du Nord ont inscrit leurs politiques dans une trajectoire ambivalente, tant\u00f4t de renouvellement, tant\u00f4t en continuit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la biodiversit\u00e9 du bassin du Congo. Cette mutation tient compte, en derni\u00e8re analyse, de l\u2019\u00e9largissement du cercle d\u2019acteurs entre lesquels la synergie trace les lignes de fuite d\u2019une motion collective au chevet du bassin du Congo. L\u2019enjeu est la d\u00e9centralisation progressive du secteur forestier pour une \u00e9volution vers une \u00e9conomie d\u2019\u00e9chelle et v\u00e9tilleuse sur l\u2019environnement.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la diff\u00e9rence des \u00c9tats influenc\u00e9s, malgr\u00e9 tout, et li\u00e9s par la conditionnalit\u00e9 politique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des grandes puissances, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, plus proches des destinataires principiels des politiques de pr\u00e9servation de la nature \u00e0 savoir les populations locales, demeurent le plancher pour l\u2019efficacit\u00e9 de ces derni\u00e8res. Leur caract\u00e8re apolitique, non lucratif et le sens du professionnalisme duquel d\u00e9pend leur r\u00e9putation font d\u2019elles des partenaires fiables pour soutenir cette cause destin\u00e9e au bien-\u00eatre de l\u2019humanit\u00e9. Elles apparaissent comme les soldats de ce nouvel humanisme. Alors que, d\u2019apr\u00e8s les pr\u00e9visions, l\u2019Afrique, \u00e0 rebours des autres r\u00e9gions du monde, pourrait devenir bient\u00f4t le continent de la d\u00e9forestation, notamment avec la RDC qui perd plus d\u2019un million d\u2019hectares de couvert arbor\u00e9 par an (Karsenty, 2020b), leur \u00e9mergence dans le champ de la gouvernance foresti\u00e8re ne devrait cependant pas, \u00e0 elle seule, \u00eatre per\u00e7ue comme la panac\u00e9e pour la pr\u00e9servation de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Le renforcement de leurs capacit\u00e9s reste une n\u00e9cessit\u00e9 au moins pour deux raisons. D\u2019une part, il s\u2019agit de les outiller davantage face \u00e0 des \u00c9tats dont l\u2019emprise demeure abrasive dans la gestion du patrimoine forestier sous-r\u00e9gional en Afrique centrale. D\u2019autre part, le renforcement des capacit\u00e9s n\u2019est pas un pis-aller dans un contexte o\u00f9 les pratiques professionnelles succombent souvent \u00e0 la tentative de la bureaucratisation. Ce genre de d\u00e9rive a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 par Gonz\u00e1lez Espinosa et Lipietz (2005) en Am\u00e9rique latine. Elle s\u2019explique par le fait que malgr\u00e9 leurs ambitions, les OSC se retrouvent souvent dans un champ o\u00f9 le d\u00e9ficit des mesures et institutions pouvant exercer les contraintes sur les \u00c9tats les expose finalement, pour \u00ab survivre \u00bb, \u00e0 se conformer au risque de perdre, \u00e0 la longue, la v\u00e9h\u00e9mence de leur plaidoirie.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ahram, Ariel, K\u00f6llner, Patrick and Sil, Rudra. 2018. <em>Comparative Area Studies: Methodological Rationales and Cross-Regional Applications<\/em>. Oxford: Oxford University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Batchom, Paul Elvic. 2018. La loyaut\u00e9 \u00e9cologique dans les relations internationales\u00a0: quand les normes de civilit\u00e9 internationale se mettent au vert. Dans Batchom, Paul Elvic (dir.), <em>L\u2019\u00c9tat ailleurs\u00a0: entre logiques de case et dynamiques du village global<\/em> (243-263). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayol, Nicolas <em>et al<\/em>. 2012. La gestion des for\u00eats et la fili\u00e8re bois en Afrique centrale. Dans De Wasseige, Carlos, De Marcken, Paya, Bayol, Nicolas, Hiol Hiol, Fran\u00e7ois, Mayaux, Philippe, Descl\u00e9e B., Billand, Alain et Robert Nasi (dir.), <em>Les For\u00eats du Bassin du Congo\u00a0: \u00c9tat des for\u00eats 2010<\/em> (43-62). Luxembourg\u00a0: Office des publications de l\u2019Union europ\u00e9enne. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/232660070_La_gestion_des_forets_et_la_filiere_bois_en_Afrique_Centrale\">https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/232660070_La_gestion_des_forets_et_la_filiere_bois_en_Afrique_Centrale<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bigombe Logo, Patrice, Sinang, Joseph Jules et Zo\u2019obo, Yannick. 2020. Les racines coloniales de la gestion des ressources foresti\u00e8res et fauniques au Cameroun. Dans Batibonak, Paul (dir.), <em>Ind\u00e9pendances inachev\u00e9es en Afrique\u00a0: sur les chemins de la reconqu\u00eate <\/em>(193-218). Yaound\u00e9\u00a0: Monange.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boniface, Pascal. 2017. <em>La G\u00e9opolitique <\/em>(4e \u00e9dition). Paris\u00a0: IRIS\/Eyrolles,.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouche, Denise. 1991. <em>Histoire de la colonisation fran\u00e7aise. Tome second\u00a0: flux et reflux (1815-1962)<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boulevert, Yves. 1998.\u00a0Le dernier grand blanc de la carte d\u2019Afrique\u00a0: premi\u00e8res approches de l\u2019Oubangui-Chari ou Centrafrique \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Dans Danielle Lecoq, Antoine Chamard (dir.), <em>Terre \u00e0 d\u00e9couvrir, terres \u00e0 parcourir\u00a0: exploration et connaissance du monde (XIIe-XIXe si\u00e8cles)<\/em> (299-313). Paris\u00a0: ORSTOM.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centre pour l\u2019Environnement et le D\u00e9veloppement (CED). 2020. <em>Communique de presse - Sauvegarder la for\u00eat : le gouvernement camerounais revient sur sa d\u00e9cision concernant la for\u00eat d\u2019Ebo<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/content.eia-global.org\/assets\/2020\/08\/Press+release+-+Ebo+forest_Final+(Fre).pdf\">https:\/\/content.eia-global.org\/assets\/2020\/08\/Press+release+-+Ebo+forest_Final+(Fre).pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chinweizu, Ibekwe. 1998.\u00a0L\u2019Afrique et les pays capitalistes. Dans Mazrui, Ali et Wondji, Christophe (dir.), <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique. Tome VIII\u00a0: l\u2019Afrique depuis 1935 <\/em>(805-836). Paris\u00a0: UNESCO.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coquery-Vidrovitch, Catherine. 1972.<em> Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930. <\/em>Tome 2<em>.<\/em> Paris\u00a0: \u00c9ditions des Hautes \u00c9tudes en Sciences Sociales.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">d\u2019Orfeuil, Henri Rouill\u00e9. 2006. <em>La Diplomatie non gouvernementale\u00a0: les ONG peuvent-elles changer le monde?<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Atelier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dolowitz, David et Marsh, David. 2000. Learning from Abroad: The Role of Policy Transfer in Contemporary Policy-Making. <em>Governance: An International Journal of Policy Administration and Institutions<\/em>, 13(1), 5-23. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/0952-1895.00121\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/0952-1895.00121<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9bal\u00e9, Raymond. 2001. La convention de Lom\u00e9 et l\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale de l\u2019Afrique Centrale. Dans Daniel Abwa <em>et al.<\/em> (dir.), <em>Dynamiques d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale en Afrique Centrale, tome 1<\/em> (371-399). Yaound\u00e9\u00a0: Presses Universitaires de Yaound\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9bal\u00e9, Raymond. 2010. L\u2019Afrique Centrale dans les enjeux environnementaux de l\u2019Union Europ\u00e9enne : entre humanisme et int\u00e9r\u00eats n\u00e9olib\u00e9raux. <em>Enjeux<\/em>, 42, 23-31. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/fpae-cameroun.org\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Enjeux-42-.pdf\">http:\/\/fpae-cameroun.org\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Enjeux-42-.pdf<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Forest Peoples Programme. 2020. <em>Les communaut\u00e9s autochtones Bagyeli recourent au UNCERD pour protester contre l'arriv\u00e9e de CamVert sur leurs terres traditionnelles<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.forestpeoples.org\/fr\/Cameroun-Bagyeli-UNCERD-CamVert-terres-traditionnelles\">https:\/\/www.forestpeoples.org\/fr\/Cameroun-Bagyeli-UNCERD-CamVert-terres-traditionnelles<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Giblin, B\u00e9atrice. 2017. Face aux risques \u00e9cologiques des mobilisations variables. <em>H\u00e9rodote<\/em> [En ligne], 165. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.herodote.org\/spip.php?article757\">https:\/\/www.herodote.org\/spip.php?article757<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haman Adji, Garga. 2009. <em>Le Mal africain\u00a0: diagnostic et th\u00e9rapie<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jbara, Nejla. 2017.\u00a0Perspective historique de la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises (RSE). <em>Revue Multidisciplinaire sur l\u2019Emploi, le Syndicalisme et le Travail (REMEST)<\/em>, 11(1), 86-102. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/remest\/2017-v11-n1-remest03489\/1043839ar\/\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/remest\/2017-v11-n1-remest03489\/1043839ar\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Joly, Jean. 1996. <em>Histoire du continent africain. Tome II\u00a0: du XVIIe si\u00e8cle \u00e0 1939<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jones, Charles. 1970. <em>An Introduction to the Study of Public Policy.<\/em> Belmond: Duxbury Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain et Fournier, Prudence. 2008. \u00c9tats \u00ab\u00a0d\u00e9faillants\u00a0\u00bb: le secteur forestier en Afrique centrale. <em>Mondes en d\u00e9veloppement<\/em>, 143, 43-56. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-mondes-en-developpement-2008-3-page-43.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-mondes-en-developpement-2008-3-page-43.htm<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain. 2020a. Pr\u00e9face. Dans Tchamba, Martin et Keutcheu, Joseph (dir.), <em>La gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale\u00a0: entre pratiques et politiques<\/em> (9-13). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain, 2020b. G\u00e9opolitique des for\u00eats d\u2019Afrique centrale. <em>H\u00e9rodote<\/em>, 179, 108-129.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain. s.d. La crise de la fili\u00e8re europ\u00e9enne du bois tropical en Afrique centrale. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.willagri.com\/2018\/06\/28\/la-crise-de-la-filiere-europeenne-du-bois-tropical-en-afrique-centrale\/\">https:\/\/www.willagri.com\/2018\/06\/28\/la-crise-de-la-filiere-europeenne-du-bois-tropical-en-afrique-centrale\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Tsabdo, Gibrile. 2020a. Cameroun : Greenpeace Afrique et Green Development Advocates (GDA) demandent une enqu\u00eate sur le projet agro-industriel de CamVert Sarl. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201001112700.html\">https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201001112700.html<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Tsabdo, Gibrile. 2020b. Protection de la biodiversit\u00e9 de la for\u00eat Ebo : l\u2019alternative d\u2019une zone de non-acc\u00e8s<em>.<\/em> En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201103023157.html\">https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201103023157.html<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ki-Zerbo, Joseph. 1978. <em>Histoire de l\u2019Afrique noire, d\u2019hier \u00e0 demain<\/em>. Paris\u00a0: H\u00e2tier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kouna Eloundou, Charlotte Gis\u00e8le. 2012. <em>D\u00e9centralisation foresti\u00e8re et gouvernance locale des for\u00eats au Cameroun : le cas des for\u00eats communales et communautaires dans la r\u00e9gion Est<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 du Maine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kouosseu, Jules, Zo\u2019obo, Yannick et Pokam Kamdem, Mo\u00efse Williams. 2020. De la centralisation \u00e0 la d\u00e9centralisation de la gestion des for\u00eats au Cameroun (1900-1994). Dans Tchamba, Martin et Keutcheu, Joseph (dir.), <em>La gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale\u00a0: entre pratiques et politiques<\/em> (23-44). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lassagne, Antoine. 2005. Exploitation foresti\u00e8re, d\u00e9veloppement durable et strat\u00e9gies de pouvoir dans une for\u00eat tropicale camerounaise. <em>Anthropologie et Soci\u00e9t\u00e9s <\/em>29(1), (49-79). En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/as\/2005-v29-n1-as993\/011740ar\/\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/as\/2005-v29-n1-as993\/011740ar\/<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lenga, Audrey. 2020. Cameroun\u00a0: P\u00e9ril sur la For\u00eat d\u2019Ebo!. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.mediaterre.org\/actu,20200724230124,11.html\">https:\/\/www.mediaterre.org\/actu,20200724230124,11.html<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maquet, Emmanuel, Baba Kak\u00e9, Ibrahima et Suret-Canale, Jean. 1971. <em>Histoire de l\u2019Afrique centrale<\/em><em>\u00a0: des origines au milieu du 20e si\u00e8cle<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille et Sarr, Felwine. 2017.\u00a0Penser pour un nouveau si\u00e8cle. Dans Mbembe, Achille et Sarr, Felwine (dir.), <em>\u00c9crire l\u2019Afrique-Monde<\/em> (7-13). Dakar\/Paris\u00a0: Jimsaan\/Philippe Rey.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe,\u00a0Achille.\u00a02000. <em>De la postcolonie\u00a0: essai sur l\u2019imagination politique dans l\u2019Afrique contemporaine<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe,\u00a0Achille.\u00a02016. <em>Politiques de l\u2019inimiti\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe,\u00a0Achille.\u00a02020. <em>Brutalisme.<\/em> Paris\u00a0: La D\u00e9couverture.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Meny, Yves et Thoeing, Jean-Claude. 1989. <em>Les Politiques publiques<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mielke, Katja and Hornidge, Anna-Katharina (eds). 2017. <em>Area Studies at the Crossroads: Knowledge Production after the Mobility Turn<\/em>. New York: Palgrave Macmillan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Norodom Kiari, Jean-B\u00e9del. 2009. \u00c0 propos de l\u2019\u00e9chec du projet colonial d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale en Afrique centrale\u00a0: 1916-1960. <em>Nka\u2019 Lumi\u00e8re \u2013 <\/em><em>Revue interdisciplinaire de la Facult\u00e9 des Lettres et Sciences Humaines de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang<\/em>\u00a08, (303-318).<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Norodom Kiari, Jean-B\u00e9del. 2012. <em>L\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale en Afrique centrale (1916-1960)\u00a0: une analyse des jalons pos\u00e9s par la France.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pokam Kamdem, Mo\u00efse Williams. 2016. Le mouvement des ONG et la question du\r\nd\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. <em>Nka\u2019 Lumi\u00e8re \u2013 <\/em><em>Revue interdisciplinaire de la Facult\u00e9 des\r\nLettres et Sciences Humaines de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang<\/em> 15, 123-144.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pountougnigni Njuh, Ludovic Boris. 2020. <em>Les Voies de communication terrestres transfrontali\u00e8res dans le processus d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale entre le Cameroun et les pays d\u2019Afrique centrale (1920-2016)<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat\/Ph.D en Histoire des Relations Internationales, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sarr,\u00a0Felwine. 2017. <em>Habiter le monde\u00a0: essai de politique relationnelle<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: M\u00e9moire d\u2019Encrier.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Smouts, Marie-Claude, Battistella, Dario et Vennesson, Pascal. 2006. <em>Dictionnaire des relations internationales<\/em> (2e \u00e9dition)<em>. <\/em>Paris\u00a0: Dalloz,.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tshiyembe, Mwayila. 2010. <em>La politique \u00e9trang\u00e8re des grandes puissances.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wikip\u00e9dia. 2020. <em>For\u00eat d\u2019Ebo<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/For%C3%AAt_d%27Ebo\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/For%C3%AAt_d%27Ebo<\/a><\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que les grandes puissances se pr\u00e9sentent comme les m\u00e9c\u00e8nes de la transition \u00e9cologique, il y a lieu de questionner les \u00e9l\u00e9ments qui ont chang\u00e9 dans leurs interventions dans le bassin du Congo, partie de l\u2019Afrique dont les relations \u00e9conomiques ont \u00e9t\u00e9 scell\u00e9es avec les pays du Nord sous le sceau de la ponction au le tournant du 19e si\u00e8cle. En effet, quels ont \u00e9t\u00e9 les traits majeurs de ces accords ainsi que les enjeux des attitudes d\u00e9velopp\u00e9es par les pays industrialis\u00e9s dans le bassin du Congo depuis le 19e si\u00e8cle? Sous les exigences de la transition \u00e9cologique, les grandes puissances ont inscrit leurs politiques dans une trajectoire ambivalente \u2013 renouvellement <em>vs<\/em> statu quo \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la biodiversit\u00e9 du bassin du Congo. L\u2019article passe au crible de l&rsquo;analyse, en s&rsquo;appuyant sur la grille s\u00e9quentielle d\u2019analyse des politiques publiques et la <em>policy transfer study,<\/em> pour mettre en lumi\u00e8re l\u2019attitude des puissances coloniales vis-\u00e0-vis de la diversit\u00e9 du bassin du Congo, puis les dynamiques de mise en retrait au lendemain des ind\u00e9pendances. L\u2019analyse des dynamiques contemporaines de la politique environnementale des grandes puissances sugg\u00e8re l\u2019opportunit\u00e9 de l\u2019accroissement du r\u00f4le des Organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile ou non gouvernementales dans la solidarit\u00e9 agissante au profit du \u00ab second poumon de la plan\u00e8te \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/bassin-du-congo\/\">bassin du Congo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/biodiversite\/\">biodiversit\u00e9<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/colonisation\/\">colonisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/ecologie\/\">\u00e9cologie<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/environnement\/\">environnement<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/geopolitique\/\">g\u00e9opolitique<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">While the great powers present themselves as patrons of the ecological transition, it is worth questioning the features that have changed in their interventions in the Congo Basin, a part of Africa whose economic relations were sealed with the countries of the North under the seal of the 19th century. Indeed, what were the major features of these agreements as well as the stakes of the attitudes developed by the industrialised countries in the Congo basin since the 19th century? Under the demands of the ecological transition, the major powers have set their policies on an ambivalent course &#8211; renewal vs. status quo &#8211; with regard to the Congo Basin&rsquo;s biodiversity. The article sifts through history using the sequential grid for analysing public policies and the policy transfer study to shed light on the attitude of the colonial powers towards the diversity of the Congo Basin, and then on the dynamics of the withdrawal following independence. The analysis of the contemporary dynamics of the environmental policy of the great powers suggests the opportunity to increase the role of civil society or non-governmental organisations in the solidarity of the &lsquo;second lung of the planet&rsquo;.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/biodiversity\/\">biodiversity<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/colonisation\/\">colonisation<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/congo-basin\/\">Congo basin<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/ecology\/\">ecology<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/environment\/\">environment<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/geopolitics\/\">geopolitics<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (muhtasari)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wakati nguvu kubwa zinajionyesha kama walinzi wa mabadiliko ya ikolojia, ni muhimu kuhoji sifa ambazo zimebadilika katika hatua zao katika Bonde la Kongo; sehemu ya Afrika ambayo uhusiano wake wa kiuchumi ulifungwa na nchi za kiviwanda za Kaskazini chini ya muhuri wa kutobolewa mwanzoni mwa karne ya 19. Kwa kweli, ni nini imekuwa sifa kuu na changamoto za mitazamo iliyoendelezwa na nchi zilizoendelea katika Bonde la Kongo tangu karne ya 19? Chini ya mahitaji ya mpito wa kiikolojia, mamlaka kuu wameweka sera zao juu ya njia ya kutatanisha &#8211; upya dhidi ya hali ya sasa &#8211; kwa kuzingatia anuwai ya Bonde la Kongo. Tunaunganisha mbinu ya historia, gridi ya mfuatano ya kuchambua sera za umma na utafiti wa uhamishaji wa sera ili kuonyesha mtazamo wa mamlaka ya kikoloni kuelekea utofauti wa Bonde la Kongo, kisha mienendo kujitoa baada ya uhuru. Uchambuzi wa mienendo ya kisasa ya sera ya mazingira ya mamlaka kuu unaonyesha ushauri wa kuongeza jukumu la asasi za kiraia au mashirika yasiyo ya kiserikali katika mshikamano thabiti kwa faida ya \u00ab\u00a0mapafu ya pili ya sayari\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (muhtasari)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/bioanuwai\/\">bioanuwai<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/bonde-la-kongo\/\">Bonde la Kongo<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/jiografia-ya-mazingira\/\">jiografia ya mazingira<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/utunzaji-wa-mazingira\/\">utunzaji wa mazingira<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>6 octobre 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>21 octobre 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>4 juin 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Il est encore difficile d\u2019envisager les relations \u00e9conomiques entre l\u2019Afrique et les nations industrialis\u00e9es du Nord sous un autre prisme que celui de la ponction ou de l\u2019<em>extractivisme<\/em>. C\u2019est en effet sous cette empreinte qu\u2019a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 le contact entre le continent et les puissances imp\u00e9rialistes au tournant du 19e si\u00e8cle. Mais en entendant le cri d\u2019alarme et la d\u00e9ferlante des initiatives en faveur de l\u2019\u00e9conomie verte dont ces derni\u00e8res se font chantres \u2013 m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 reste discutable \u2013 et tendent \u00e0 l\u2019imposer aux autres, il est int\u00e9ressant de se questionner sur ce qui a \u00e9volu\u00e9 et pourquoi. Cette contribution engage une lecture historique de la \u00ab politique environnementale \u00bb des grandes puissances en ayant pour site d\u2019observation le bassin du Congo. Par cette expression, l\u2019on pense aux approches et techniques de gouvernance impl\u00e9ment\u00e9es ou dirig\u00e9es vers le bassin du Congo, le second plus important bassin forestier du monde apr\u00e8s l\u2019Amazonie. De m\u00eame, est une grande puissance un \u00c9tat disposant d\u2019une force \u00e9conomique, strat\u00e9gique, militaire et\/ou politique pouvant lui permettre d\u2019influencer le cours des \u00e9v\u00e9nements sur la sc\u00e8ne internationale (Boniface, 2017, p. 145-146). Cette d\u00e9finition a l\u2019habitude d\u2019exclure une large partie du grand Sud quoiqu\u2019il apparaisse d\u00e9sormais comme r\u00e9serve de puissance ou une puissance en r\u00e9serve, \u00ab l\u2019un des th\u00e9\u00e2tres privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 risque de se jouer, dans un avenir proche, le devenir de la plan\u00e8te \u00bb (Mbembe et Sarr, 2017, p. 7). Dans cette \u00e9tude, l\u2019on porte l\u2019attention sur les puissances qui ont eu \u00e0 coloniser les pays de l\u2019Afrique centrale. Il s\u2019agit notamment de la France et de la Belgique, mais aussi de l\u2019Allemagne, du Portugal et de la Grande-Bretagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette perspective r\u00e9gionale s\u2019inscrit dans la logique des <em>area studies<\/em> (Ahram, K\u00f6llner and Sil, 2018; Mielke and Hornnidge, 2017) et la question qui guide cette \u00e9tude est alors la suivante : depuis le 19e si\u00e8cle, quels ont \u00e9t\u00e9 les traits majeurs ainsi que les enjeux de la politique d\u00e9velopp\u00e9e par les pays industrialis\u00e9s, europ\u00e9ens notamment, dans ou \u00e0 l\u2019\u00e9gard du bassin du Congo? L\u2019on part de l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle sous les exigences de l\u2019\u00e9conomique verte rendue n\u00e9cessaire par les d\u00e9rives de l\u2019anthropoc\u00e8ne, les puissances du Nord ont inscrit leurs politiques dans une trajectoire ambivalente, tant\u00f4t de renouvellement, tant\u00f4t en continuit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la biodiversit\u00e9 du bassin du Congo. Sur cette lanc\u00e9e, ce travail entend croiser, dans une approche interdisciplinaire, la m\u00e9thode historienne, fond\u00e9e sur une analyse th\u00e9matique et diachronique, la grille s\u00e9quentielle d\u2019analyse des politiques publiques (Meny et Thoeing, 1989; Jones, 1970) et la <em>policy transfer studies <\/em>(Dolowitz et Marsh, 2000).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans un contexte o\u00f9 se multiplient les d\u00e9fis qui d\u00e9passent les comp\u00e9tences uniques des \u00c9tats (Boniface, 2017, p. 30-70), le r\u00f4le des grandes puissances est important dans le fa\u00e7onnement des agendas internationaux et le devenir de l\u2019humanit\u00e9 (Tshiyembe, 2010). Car dans la grammaire des relations internationales, les grandes puissances sont ces \u00c9tats-l\u00e0 qui ont la capacit\u00e9 d\u2019influencer le jeu des acteurs, de faire et de faire faire. D\u2019une part, l\u2019on mettra en lumi\u00e8re l\u2019attitude des puissances industrialis\u00e9es coloniales vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me et de la biodiversit\u00e9 dans le bassin du Congo ainsi que sur les dynamiques de mise en retrait, au profit de nouvelles directions cens\u00e9es \u00eatre impuls\u00e9es par les jeunes \u00c9tats de la sous-r\u00e9gion au lendemain des ind\u00e9pendances. D\u2019autre part, on l\u00e8vera un pan de voile sur les orientations contemporaines de la politique environnementale des grandes puissances, en s\u2019appuyant sur le cas des pays de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et les initiatives d\u2019une institution majeure de la finance internationale comme la Banque Mondiale (BM), pour tenter de pr\u00e9server l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me du bassin du Congo. Dans ce sillage, l\u2019\u00e9tude mettra en exergue les Organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (OSC) et les Organisations non gouvernementales (ONG) qui se pr\u00e9sentent comme des acteurs susceptibles de favoriser une \u00ab co-motion \u00bb v\u00e9ritable et concr\u00e8te au chevet du \u00ab second poumon de la plan\u00e8te \u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Les grandes puissances et l\u2019environnement dans le bassin du Congo\u00a0: la mon\u00e9tarisation du biotope<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La nature, et avec elle l\u2019environnement, se trouve au c\u0153ur des mythes, discours et politiques qui nourrissent et encadrent les rapports entre les puissances et l\u2019Afrique \u00e0 partir du 19e si\u00e8cle. Cette place n\u2019a cependant pas \u00e9t\u00e9 celle d\u2019une entit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e. Un aper\u00e7u de l\u2019\u00e9volution historique et des logiques spatiales de traduction de cette consid\u00e9ration en Afrique centrale tend \u00e0 faire le lit d\u2019une d\u00e9pl\u00e9tion continue (Mbembe, 2016 et 2020) depuis l\u2019\u00e9poque coloniale. Une habitude qui a trac\u00e9 les lignes de fuite de la gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale dans la post-colonie.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Puissances coloniales, capitalisme et environnement dans le bassin du Congo\u00a0: habitude, technologie et savoir-faire de ponction des ressources<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Sous des airs romanc\u00e9s, l\u2019on aurait voulu trouver un attribut exotique \u00e0 la nature en Afrique jusqu\u2019\u00e0 ce que les explorateurs et les conqu\u00e9rants commencent \u00e0 rapporter ce qu\u2019ils avaient pu d\u00e9couvrir sur le continent. R\u00e9cup\u00e9rant ces r\u00e9cits de voyage, l\u2019on devint emphatique sur le burlesque et le sauvage comme caract\u00e9ristique de la nature qui recouvrait sa surface (Mbembe, 2000, p. 10). L\u2019on feignait cependant de ne pas lorgner les richesses dont celle-ci regorgeait. Parmi la foule de r\u00e9cits qui circulaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique de la nature revenait constamment et de fa\u00e7on \u00e0 int\u00e9resser les milieux politiques qui finan\u00e7aient les exp\u00e9ditions vers l\u2019<em>hinterland<\/em>. En 1884, le r\u00e9cit de Mai Aga, d\u00e9crivant l\u2019Oubangui-Chari (actuelle R\u00e9publique Centrafricaine) en termes de \u00ab for\u00eats si denses que le soleil n\u2019arrive pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer l\u2019\u00e9pais entrelacs du feuillage. Les \u00e9l\u00e9phants abondent [&#8230;] les singes aussi \u00bb (Boulevert, 1998, p. 302), est un exemple de ce que pouvait repr\u00e9senter l\u2019<em>hinterland <\/em>en Afrique centrale. Mai Aga \u00e9tait l\u2019adjoint de l\u2019officier britannique Frank Lupton (dit Lupton Bey) qui avait tent\u00e9 un raid dans l\u2019Est centrafricain en 1882, \u00e0 partir du Bahr-el-Gazal (dans l\u2019actuel Soudan). Tandis que son sup\u00e9rieur mourait prisonnier des mahdistes en 1884, Aga parvint \u00e0 s\u2019\u00e9chapper. Son r\u00e9cit allait contribuer \u00e0 l\u2019aiguisement de l\u2019app\u00e9tit des puissances imp\u00e9rialistes europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">H\u00e9riti\u00e8re en cette fin du 19e si\u00e8cle des progr\u00e8s quasi centenaires dans le domaine technique, l\u2019Europe \u00e9tait en effet \u00e0 la recherche de telles ressources comme mati\u00e8res premi\u00e8res pour ses industries (Norodom Kiari, 2009, p.\u00a0304). Dans un esprit de <em>gentlemen agreement<\/em>, l\u2019on avait voulu que ce processus d\u2019accaparement soit polic\u00e9, comme l\u2019illustre la tenue de la Deuxi\u00e8me Conf\u00e9rence de Berlin (novembre 1884 &#8211; f\u00e9vrier 1885) o\u00f9 furent discut\u00e9es les bases et les modalit\u00e9s de l\u2019invasion coloniale de l\u2019Afrique. Alors que les autres parties du continent rentraient dans une logique de zonage aux relents exclusivistes, les bassins du Congo et du Niger furent d\u00e9clar\u00e9s libres pour le commerce international (Ki-Zerbo, 1978, p.\u00a0408). Le r\u00e9gime de \u00ab\u00a0bassin conventionnel du Congo\u00a0\u00bb qui fut la forme juridique propos\u00e9e par L\u00e9opold II, le roi des Belges, instituait dans cette lanc\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019une exploitation qui se voulait v\u00e9tilleuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la nature. Il avait m\u00eame propos\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat, l\u2019\u00c9tat ind\u00e9pendant du Congo (EIC), qui en serait garant et apaiserait les ardeurs de l\u2019Allemagne, de l\u2019Angleterre, de la France et du Portugal qui revendiquaient, chacun \u00e0 titre exclusif, la domination du bassin du Congo. Croyant en la bonne foi du souverain belge, les parties prenantes de la conf\u00e9rence confi\u00e8rent l\u2019imperium de l\u2019EIC, non \u00e0 un \u00c9tat, mais \u00e0 une organisation internationale, l\u2019Association Internationale du Congo (AIC) qu\u2019il avait cr\u00e9\u00e9e plus t\u00f4t et qui \u00e9tait sous la houlette du journaliste et explorateur am\u00e9ricain Henry Morton Staley. Or, peu apr\u00e8s la cr\u00e9ation de l\u2019EIC, L\u00e9opold II dissout l\u2019AIC et devient de fait, \u00e0 titre personnel, le souverain de l\u2019EIC (Joly, 1996, p.\u00a0107). Ce tour de passe-passe l\u00e9opoldien remet totalement entre les mains des \u00c9tats europ\u00e9ens colonisateurs le sort de l\u2019environnement en Afrique centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une utilit\u00e9 \u00e9conomique ayant \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e \u00e0 la nature en Afrique centrale \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la partition et de la colonisation, chaque puissance europ\u00e9enne s\u2019est en effet attel\u00e9e \u00e0 exploiter \u00e0 sa convenance l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accession des pays africains \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. Au lendemain de la Deuxi\u00e8me Conf\u00e9rence de Berlin, elles sont au nombre de quatre. Il s\u2019agit de l\u2019Allemagne (au Cameroun), du Portugal (en Angola), de la Belgique (au Congo-L\u00e9opoldville, aujourd\u2019hui Congo-Kinshasa ou R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo) et de la France (au Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, et Tchad d\u00e8s 1900). Ind\u00e9pendamment des r\u00e9gimes administratifs, elles ont en commun l\u2019ambition d\u2019exploiter au maximum les ressources naturelles pour alimenter les industries m\u00e9tropolitaines. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1880 et \u00e0 l\u2019approche de la Premi\u00e8re Guerre mondiale (1914-1918), la politique d\u2019exploitation des ressources naturelles en Afrique centrale repose sur une logique pr\u00e9varicatrice avec l\u2019octroi des licences d\u2019exploitation ou de concessions aux compagnies priv\u00e9es pour des dur\u00e9es variables, en \u00e9change des contributions au fisc m\u00e9tropolitain. Consubstantiel \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du capitalisme au 16e si\u00e8cle, le r\u00e9gime des concessions est en effet un syst\u00e8me monopoliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au Cameroun allemand, cela se mat\u00e9rialise par l\u2019octroi en 1890 d\u2019une concession de 7\u00a0000\u00a0000\u00a0ha \u00e0 la <em>Sud-Kamerun Gesellschaft<\/em> (Compagnie du Sud-Kamerun \u2013 orthographe de Cameroun \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Allemands) et de 4\u00a0500\u00a0000\u00a0ha \u00e0 la <em>Nord-West Kamerun Gesellschaft<\/em> (Compagnie du Nord-Kamerun) (Kouna Eloundou, 2012, p.\u00a039). En Afrique centrale fran\u00e7aise, la Soci\u00e9t\u00e9 du Haut Ogoou\u00e9 (SHO) est la premi\u00e8re \u00e0 se voir accorder d\u00e8s novembre 1893 une concession. Entre juin 1899 et mars 1900, une quarantaine d\u2019autres compagnies obtiennent le m\u00eame droit pour 30 ans. La Soci\u00e9t\u00e9 des Sultanats du Haut Oubangui (SSHO), apr\u00e8s la SHO est la plus importante. Il y a aussi la Compagnie fran\u00e7aise du Haut-Congo (CFHC) fond\u00e9e sur les rives de la Likouala-Mossaka au Moyen-Congo en 1899. La plus petite en termes de superficie exploit\u00e9e est la Soci\u00e9t\u00e9 de la N\u2019K\u00e9m\u00e9-N\u2019K\u00e9nie (Bouche, 1991, p.\u00a0161-164; Coquery-Vidrovitch<em>, <\/em>1972, p.\u00a0421-485; Maquet, Baba Kak\u00e9 et Suret-Canale, 1971). Au Congo belge, la compagnie \u00e0 capitaux anglo-saxons et belges Unilever se voit octroyer 5\u00a0650\u00a0000\u00a0ha de terre (Ki-Zerbo, 1978, p.\u00a0460). Ces concessions, dans lesquelles on d\u00e9veloppe diverses cultures de rente comme le cacao, le caf\u00e9, l\u2019h\u00e9v\u00e9a, le palmier \u00e0 huile ou l\u2019arachide, participent \u00e0 une modification du paysage en Afrique centrale. Cependant, les concessionnaires privil\u00e9gient une \u00e9conomie de ponction et, par cons\u00e9quent, investissent tr\u00e8s peu (Norodom Kiari, 2012, p.\u00a027-31). Il n\u2019en est pas autrement du bois dont l\u2019exploitation est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans la for\u00eat dense \u00e9quatoriale. Les arbres sont en effet abattus pour divers travaux publics comme la construction des b\u00e2timents et des ponts \u00e0 une \u00e9poque et un contexte, bien s\u00fbr, o\u00f9 la notion de substitution des plants coup\u00e9s par des initiatives de reforestation pour pr\u00e9server l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me n\u2019effleurait personne. Durant toute la p\u00e9riode coloniale, les grumes comptent parmi les ressources foresti\u00e8res r\u00e9guli\u00e8rement export\u00e9es vers l\u2019Europe (Pountougnigni Njuh, 2020, p.\u00a0133-135).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En fin de compte, les puissances coloniales n\u2019ont pas eu d\u2019\u00e9gards pour la pr\u00e9servation de la nature. Les tentatives de r\u00e9glementation, d\u2019exploitation encadr\u00e9e des ressources constituant l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me v\u00e9g\u00e9tal sont une illusion tant que l\u2019on ressent le besoin d\u2019alimenter les industries m\u00e9tropolitaines avec les mati\u00e8res premi\u00e8res. En effet, \u00ab\u00a0la t\u00e2che de l\u2019\u00c9tat en colonie fut [d\u2019]assurer d\u2019une part la coh\u00e9sion de l\u2019oppression de fa\u00e7on \u00e0 ce que celle-ci soit accept\u00e9e et incorpor\u00e9e par les Africains eux-m\u00eames, et d\u2019autre part faciliter l\u2019accumulation du capital et la p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019\u00e9conomie marchande\u00a0\u00bb (Lassagne, 2005, p.\u00a056). Derri\u00e8re eux, c\u2019est donc une habitude, une technologie et un savoir-faire de ponction des ressources environnementales en g\u00e9n\u00e9ral et foresti\u00e8res en particulier que les \u00c9tats coloniaux laissent en Afrique centrale au moment des ind\u00e9pendances.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Pouvoirs discr\u00e9tionnaires des \u00c9tats et <em>green deals<\/em> dans la post-colonie<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">En Afrique centrale, la p\u00e9riode postcoloniale d\u00e9bute en 1960 pour la plupart des pays sous le double fond du retrait des anciennes puissances coloniales et leur substitution par les \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants (Cameroun, Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa, Gabon, R\u00e9publique Centrafricaine, Tchad \u2013 la Guin\u00e9e \u00c9quatoriale devient ind\u00e9pendante en 1968 et l\u2019Angola en 1975). Pour des acteurs politiques qui ont h\u00e9rit\u00e9 d\u2019une \u00e9conomie \u00e0 reconstruire, les ressources dont disposent les \u00c9tats ind\u00e9pendants d\u2019Afrique sont bienvenues dans les \u00e9changes. Le d\u00e9veloppement comme ligne d\u2019horizon requiert en effet un recours aux ressources naturelles comme le bois dont la contribution aux \u00e9conomies nationales de la sous-r\u00e9gion n\u2019a recul\u00e9 que r\u00e9cemment avec la propension d\u00e9velopp\u00e9e pour les ressources p\u00e9troli\u00e8res et mini\u00e8res (Bayol <em>et al.,<\/em> 2012, p. 43). Il est vrai qu\u2019au lendemain des ind\u00e9pendances, les orientations \u00e9conomiques des \u00c9tats d\u2019Afrique centrale sont divergentes et les h\u00e9ritiers de l\u2019administration coloniale comptent en partie, en \u00e9change de leur coop\u00e9ration avec l\u2019ancienne m\u00e9tropole, sur les donations du Fonds d\u2019Aide \u00e0 la Coop\u00e9ration (FAC) pour leur d\u00e9veloppement. Ainsi, ce sont des secteurs comme l\u2019agriculture (au Cameroun) ou encore les activit\u00e9s mini\u00e8res (diamant en RCA, p\u00e9trole au Gabon, etc.) qui sont privil\u00e9gi\u00e9es pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Toutefois, l\u2019exportation des grumes n\u2019est pas un pis-aller, d\u2019autant plus que le bois figure en bonne place, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des richesses agricoles (cacao, caf\u00e9, banane), parmi les produits commerciaux admissibles sur le march\u00e9 europ\u00e9en dans le cadre des accords de coop\u00e9ration \u00e9conomique entre l\u2019Europe et le groupe des pays Afrique-Cara\u00efbes-Pacifique (ACP) (\u00c9bal\u00e9, 2001, p. 378-379; Chinweizu, 1998, p. 821-822). La r\u00e9alit\u00e9 est qu\u2019en dehors des ind\u00e9pendances politiques, les grandes puissances ont trouv\u00e9 des subterfuges permettant de conserver leurs pr\u00e9rogatives sur les secteurs porteurs ou cl\u00e9s des \u00e9conomies nationales africaines. Dans le secteur forestier, la continuation des activit\u00e9s d\u2019une multinationale comme le fran\u00e7ais Rougier, implant\u00e9e en Afrique centrale (au Gabon notamment) d\u00e8s les ann\u00e9es 1950, illustre cette mise en retraite probl\u00e9matique de la domination \u00e9conomique des grandes puissances. En plus du Gabon, Rougier est aujourd\u2019hui, \u00e9galement, au Cameroun, au Congo-Brazzaville et en RCA (Karsenty, 2020b; Karsenty, s.d., p. 2). Autant dire que le groupe a plut\u00f4t \u00e9largi son champ d\u2019op\u00e9ration dans la post-colonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En l\u2019absence d\u2019infrastructures industrielles, pouvant permettre de transformer localement les grumes en produits d\u00e9riv\u00e9s (lattes, contre-plaqu\u00e9s, etc.), l\u2019on est donc rest\u00e9 dans le sch\u00e9ma d\u2019un savoir-faire de ponction de l\u2019environnement pour des raisons \u00e9conomiques d\u2019exportation. Le bois, comme l\u2019ensemble des autres ressources naturelles fait en effet partie des \u00e9l\u00e9ments encadr\u00e9s par les accords secrets entre la France et ses anciennes colonies (Karsenty, 2020b). Celles-ci ont l\u2019obligation de lui proposer en premier leurs ressources pour achat et de ne se tourner vers d\u2019\u00e9ventuelles autres partenaires qu\u2019en cas de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de la France. Dans cette perspective qui fait le lit d\u2019un capitalisme s\u00e9nile, les ressources naturelles subissent ainsi le poids des pesanteurs politiques et des rapports statiques entre les anciennes colonies et les m\u00e9tropoles. Dans les ann\u00e9es 1970, la d\u00e9couverte du p\u00e9trole est venue s\u2019ajouter aux grumes comme produits d\u2019exportation strat\u00e9gique. La crise des ann\u00e9es 1980 enl\u00e8ve cependant aux \u00c9tats africains (les pays de l\u2019Afrique centrale ne sont pas except\u00e9s) le monopole de la sous-traitance et de la braderie \u00e0 huis clos, dans les arcanes des proc\u00e9d\u00e9s du \u00ab gouvernement priv\u00e9 indirect \u00bb (Mbembe, 2000, p. 95-138) des ressources naturelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s deux d\u00e9cennies de marche contrast\u00e9e vers la reconstruction \u00e9conomique, les \u00c9tats d\u2019Afrique centrale tombent en effet sous les Plans d\u2019ajustements structurels (PAS) \u2013 on parle aussi souvent de \u00ab\u00a0Programme d\u2019ajustement structurel\u00a0\u00bb \u2013 impos\u00e9s par le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). Ces plans tirent avantage des paradoxes de la gouvernance \u00e9conomique des pays africains au lendemain des ind\u00e9pendances. Les mesures formul\u00e9es par les institutions de Bretton Woods sont en effet pr\u00e9sent\u00e9es comme devant amener les \u00c9tats \u00e0\u00a0mieux appr\u00e9hender les contradictions ou l\u2019obsolescence de leur l\u00e9gislation et proc\u00e9der \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9r\u00e9glementation\u00a0\u00bb, apr\u00e8s une \u00ab\u00a0revue juridique\u00a0\u00bb, de l\u2019ensemble des textes en vigueur r\u00e9gissant certains secteurs de leur \u00e9conomie. Il est simultan\u00e9ment question de relever les incoh\u00e9rences organisationnelles, les chevauchements ou l\u2019\u00e9miettement des attributions dans l\u2019organisation gouvernementale, en vue d\u2019\u00e9laborer une structure plus adapt\u00e9e et favorable \u00e0 un meilleur fonctionnement des services publics (Haman Adji, 2009, p.\u00a0142). Les \u00c9tats sont ainsi appel\u00e9s \u00e0 mettre en place un plan d\u2019organisation et \u00e0 d\u00e9canter les effectifs pl\u00e9thoriques. Il est question d\u2019all\u00e9ger l\u2019administration et de ma\u00eetriser la masse salariale de la fonction publique, mais aussi de red\u00e9ployer du personnel dans d\u2019autres secteurs d\u2019activit\u00e9s, notamment le secteur priv\u00e9. Les \u00c9tats doivent en outre dresser des plans sectoriels pour l\u2019am\u00e9lioration des performances \u00e0 la hauteur des attentes des \u00ab\u00a0usagers\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0usag\u00e8res\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, les transports, etc. Enfin, ils doivent \u00e9tablir des r\u00e8gles et proc\u00e9dures de gestion rationnelle des ressources \u00e9conomiques et financi\u00e8res limitant le gaspillage ou l\u2019abus des biens sociaux. Les PAS sont accompagn\u00e9s d\u2019outils \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb de gestion bas\u00e9s sur les \u00ab\u00a0normes standards\u00a0\u00bb et les exigences de rendement de production et de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re et\/ou sociale (Haman Adji, 2009, p.\u00a0142-143).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En prenant donc \u00e0 rebours les syst\u00e8mes \u00e9conomiques \u00e9chafaud\u00e9s par les \u00c9tats africains depuis l\u2019accession aux ind\u00e9pendances, les PAS instituent une certaine exigence de transparence dans plusieurs secteurs des \u00e9conomies nationales. La fili\u00e8re bois qui s\u2019abreuve \u00e0 vau-l\u2019eau sur les m\u00e9canismes naturels et environnementaux de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration v\u00e9g\u00e9tale en fait partie. C\u2019est ce qui explique la d\u00e9ferlante des r\u00e9formes au cours des ann\u00e9es 1990 qui ont voulu la sortir des accords gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 et ramener sur les projecteurs des scrutateurs internationaux du secteur forestier (Bayol <em>et al<\/em>.<em>,<\/em> 2012, p.\u00a043-51; Karsenty et Fournier, 2008, p.\u00a043; Lassagne, 2005, p.\u00a062). Il faut dire, comme nous le verrons plus loin, que ces lanceurs d\u2019alerte suivent un \u00e9lan de sensibilisation dont les pr\u00e9mices remontent aux ann\u00e9es 1950-1960. C\u2019est dans le sillage de ces mutations qu\u2019au Cameroun, le gouvernement \u00e9labore en 1993 une politique foresti\u00e8re. L\u2019ambition affich\u00e9e est de reconna\u00eetre que les ressources foresti\u00e8res nationales \u00e9taient en d\u00e9gradation m\u00eame si leur importance \u00e9conomique demeurait primordiale. L\u2019on s\u2019inqui\u00e8te aussi de la faible implication des populations rurales dans la conservation des \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers, ainsi que des r\u00e9sultats \u00e9conomiques en dessous des esp\u00e9rances et d\u2019un syst\u00e8me de gestion sectorielle sans v\u00e9ritables ma\u00eetres d\u2019\u0153uvre. En fin de compte, les enjeux capitalistiques restent encore pr\u00e9gnants, car malgr\u00e9 toutes les alertes, il est question d\u2019augmenter la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique des for\u00eats (Bigombe Logo, Sinang et Zo\u2019obo, 2020, p.\u00a0208). Il faut attendre 1999 pour que les bases juridiques d\u2019un organisme charg\u00e9 de veiller sur la protection de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier soient jet\u00e9es. L\u2019organisme en question est la Commission des for\u00eats de l\u2019Afrique centrale (COMIFAC) dont le trait\u00e9, pour des raisons de lenteur administrative, n\u2019est sign\u00e9 par les pays de la sous-r\u00e9gion qu\u2019en 2005 pour entrer en vigueur l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s (2006).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Malgr\u00e9 toutes ces p\u00e9rip\u00e9ties, la fili\u00e8re bois conserve en fait sa primaut\u00e9 \u00e9conomique. Les gouvernements valorisent cet enjeu mieux que le fameux \u00ab notre avenir \u00e0 tous \u00bb au sujet duquel le rapport Brundtland tire la sonnette d\u2019alarme depuis 1987 en requ\u00e9rant notamment un changement collectif de traditions \u00e9conomiques. En effet, la production des grumes (la d\u00e9forestation qui s\u2019en suit) est all\u00e9e croissante dans le bassin du Congo, de mani\u00e8re globale, passant d\u2019un total de 4 788 408 m3\/an en 1991 \u00e0 6 529 322 m3\/an d\u00e8s 1995 et \u00e0 7 365 508 m3\/an en 2009 (Bayol <em>et al<\/em>., 2012, p. 55). Ainsi, les besoins \u00e9conomiques ont constamment inscrit les puissances du Nord, de connivence avec les \u00c9tats postcoloniaux, dans une relation de ponction de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier de ce bassin depuis la fin du 19e si\u00e8cle. Cependant, l\u2019intensification du discours relatif \u00e0 la protection de cet \u00e9cosyst\u00e8me, en mobilisant plusieurs arguments, est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une r\u00e9vision de cette posture.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">D\u00e9flagration anthropoc\u00e9nique et \u00ab\u00a0recalibrage\u00a0\u00bb des politiques environnementales<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019environnement acquiert droit de cit\u00e9 chez les puissances occidentales au tournant des ann\u00e9es 1990 (\u00c9bal\u00e9, 2010). Les cons\u00e9quences li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9forestation ne laissent en effet personne indiff\u00e9rent, car elles participent des facteurs qui contribuent aux changements climatiques et \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0invivabilit\u00e9\u00a0\u00bb de la plan\u00e8te. La disparition de certaines esp\u00e8ces, la destruction de la couche d\u2019ozone, la concentration des gaz \u00e0 effet de serre dans l\u2019atmosph\u00e8re et, subs\u00e9quemment, le r\u00e9chauffement climatique, en sont d\u2019autres cons\u00e9quences. Les risques \u00e9cologiques se sont ainsi impos\u00e9s \u00e0 tous et \u00e0 toutes, aussi bien dans les pays riches que dans les pays \u00e9mergents\u00a0(Giblin, 2017). L\u2019on \u00e9claire le processus d\u2019internationalisation de la lutte pour la protection de l\u2019environnement pour saisir le contexte et les dynamiques de cette nature qui sont observables dans le bassin du Congo.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">L\u2019internationalisation de la lutte contre la fragilit\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me global<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Il \u00e9choit au botaniste anglais Arthur Tansley le m\u00e9rite d\u2019avoir forg\u00e9 en 1935 le concept d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9cosyst\u00e8me\u00a0\u00bb afin de caract\u00e9riser les interactions dynamiques qui relient le biotope aux \u00eatres vivants qui s\u2019y trouvent. Marqu\u00e9es par une propension \u00e0 l\u2019anthropocentrisme, ces dynamiques ont longtemps fait du biotope l\u2019\u00e9l\u00e9ment devant \u00eatre subjugu\u00e9 pour l\u2019\u00e9panouissement socio-\u00e9conomique de l\u2019humain. Vers le milieu des ann\u00e9es 1950, les progr\u00e8s techniques et la r\u00e9volution industrielle avaient aid\u00e9 celui-ci \u00e0 consolider une habitude de consommation insouciante de l\u2019environnement. Ce n\u2019est pas que l\u2019id\u00e9e d\u2019une production et d\u2019une consommation responsable n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de pr\u00e9occupation. En effet, certains travaux d\u2019histoire \u00e9tablissent que l\u2019id\u00e9e de responsabilit\u00e9 sociale par exemple s\u2019est diffus\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 et les milieux des affaires d\u00e8s la fin du 19e si\u00e8cle, en pleine transformation du capitalisme (Jbara, 2017, p.\u00a087). Mais en tant que telle, la protection de l\u2019environnement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inscrite \u00e0 l\u2019agenda politique avant la fin des ann\u00e9es 1960. Les premi\u00e8res administrations qui se sont sp\u00e9cifiquement consacr\u00e9es \u00e0 la question ne sont apparues qu\u2019au tournant des ann\u00e9es 1960-1970. Il s\u2019agit d\u2019abord de la Su\u00e8de qui fait office d\u2019\u00c9tat pionnier dans la mise en \u0153uvre d\u2019un processus politico-juridique de protection de l\u2019environnement. Puis, c\u2019est au tour des \u00c9tats-Unis qui cr\u00e9ent en 1969 l\u2019Environnent Protection Agency (EPA) pour lutter contre la pollution. L\u2019Organisation des Nations unies (ONU) fait ensuite sienne cette pr\u00e9occupation en portant au pinacle des discussions dans les ann\u00e9es 1970 un code de bonne conduite pour les firmes. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, des mesures concernant les investissements li\u00e9s au commerce (<em>Trade-related investments measure<\/em> \u2013 TRIM) sont adopt\u00e9es dans le cadre de l\u2019Uruguay Round (Smouts, Batistella et Vennesson, 2006, p.\u00a0362; Jbara, 2017, p.\u00a087).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En Europe occidentale, c\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode que la prise en charge de l\u2019environnement est palpable avec l\u2019apparition des partis \u00e9cologiques liant la protection de l\u2019environnement au nouvel ordre politique. Le rapport de la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement de 1987 pr\u00e9sid\u00e9e par la Norv\u00e9gienne Gro Harlem Brundtland interpelle plus tard sur \u00ab Notre avenir \u00e0 tous \u00bb et met en avant le concept de \u00ab d\u00e9veloppement durable \u00bb. Celui-ci est envisag\u00e9 comme \u00ab celui qui r\u00e9pond aux besoins du pr\u00e9sent sans compromettre la capacit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs propres besoins \u00bb (Smouts, Batistella et Vennesson, 2006, p. 127). Puis se tient le sommet de Rio (1992) sur la Terre qui \u00e9tablit un diagnostic qui rend urgente la construction d\u2019une civilisation \u00e9conomique plan\u00e9taire qui r\u00e9fr\u00e8ne le capitalisme et ne compromette ni la nature ni l\u2019humain lui-m\u00eame au seul pr\u00e9texte de l\u2019accroissement du profit pour le profit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 se pr\u00e9sente donc comme une p\u00e9riode charni\u00e8re de la g\u00e9opolitique de l\u2019environnement dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0la question de la d\u00e9fense de l\u2019environnement devient un des points principaux \u00e0 l\u2019agenda des conf\u00e9rences\u00a0internationales\u00a0\u00bb (Gonz\u00e1lez Espinosa et Lipietz, 2005, p.\u00a091). Ces \u00e9lans d\u2019alerte gagnent par la suite le milieu financier notamment avec l\u2019attention accord\u00e9e par la Banque mondiale dans un rapport publi\u00e9 dans ce sens en 1991. Depuis lors, elle s\u2019est efforc\u00e9e d\u2019introduire des r\u00e9formes \u00e9conomiques et institutionnelles destin\u00e9es \u00e0 am\u00e9liorer, par exemple, la gestion du secteur forestier dont elle est per\u00e7ue comme le v\u00e9ritable r\u00e9gulateur de nos jours (Karsenty et Fournier, 2008, p.\u00a043; d\u2019Orfeuil, 2006, p.\u00a086). En 1999, Koffi Atta Annan, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies, propose un Pacte mondial (<em>Global Compact<\/em>) aux entreprises. Il s\u2019agit de les emmener \u00e0 respecter les droits de l\u2019humain et les normes fondamentales en mati\u00e8re de droit de travail et de l\u2019environnement. Annan, pour justifier son invitation, rappela la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une rationalit\u00e9 entre recherche du profit d\u2019une part et bien-\u00eatre de l\u2019humain et de la nature d\u2019autre part\u00a0: \u00ab\u00a0si nous ne nous attelons pas \u00e0 mettre en \u0153uvre ces valeurs universelles, dit-il, ce sont la stabilit\u00e9 et l\u2019ouverture des march\u00e9s mondiaux qui risquent d\u2019\u00eatre mises en p\u00e9ril\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Smouts, Batistella et Vennesson, 2006, p.\u00a0127).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019on retient ainsi que la question de la protection de l\u2019environnement s\u2019est internationalis\u00e9e d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1990 \u00e0 partir d\u2019une pr\u00e9occupation port\u00e9e par une poign\u00e9e de protagonistes et communaut\u00e9s isol\u00e9s. Cet int\u00e9r\u00eat est all\u00e9 relativement grandissant dans la mesure o\u00f9 les crises \u00e9cologiques font partie des crises multiformes en ce d\u00e9but de 21e si\u00e8cle (Sarr, 2017, p. 11). En effet, la gestion des probl\u00e8mes relatifs \u00e0 l\u2019environnement s\u2019est hiss\u00e9e au rang des domaines n\u00e9cessitant une synergie d\u2019action, et par cons\u00e9quent une approche globale qui ne peut \u00eatre exclusivement men\u00e9e dans le cadre \u00e9tatique. La protection de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me global est un d\u00e9fi qui exige la coop\u00e9ration internationale de tous les acteurs \u00e0 savoir les \u00c9tats, les organisations inter\u00e9tatiques, les organisations non gouvernementales (ONG), les firmes, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (OSC) et les populations.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Logiques de co-motion au chevet du bassin du Congo\u00a0: les dynamiques de la d\u00e9centralisation de la protection de l\u2019environnement<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, l\u2019on observe une \u00e9volution de l\u2019attitude des grandes puissances vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me en Afrique centrale. Elle se traduit par un d\u00e9sir de rationalisation de l\u2019exploitation des ressources foresti\u00e8res, l\u2019appui financier aux initiatives de protection de la nature et \u00e0 l\u2019enracinement des pratiques communautaires de \u00ab bonne gouvernance \u00bb (Karsenty, 2020a, p. 9). Ces actions s\u2019inscrivent dans le cadre d\u2019un ensemble de programmes. Parmi ceux-ci, il y a le plan d\u2019action europ\u00e9en FLEGT (<em>Forest Law Enforcement, Governance and Trade<\/em>) adopt\u00e9 en 2003 (Bayol <em>et al<\/em>., 2012, p. 52-53). Son principe de fonctionnement repose sur la n\u00e9gociation des Accords de partenariats volontaires (APV \u2013 on parle donc souvent d\u2019APV-FLEGT). Ces n\u00e9gociations portent sur le commerce entre l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et les pays producteurs de bois en Afrique centrale dans la perspective de la lutte conjointe contre l\u2019exploitation ill\u00e9gale des for\u00eats et le commerce frauduleux de bois et pour l\u2019\u00e9volution de la gouvernance de l\u2019exploitation foresti\u00e8re dans la sous-r\u00e9gion. La signature de ces accords par des \u00c9tats habitu\u00e9s \u00e0 tirer des b\u00e9n\u00e9fices importants, sans restriction sur le commerce du bois, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vidente. En effet, c\u2019est en compte-gouttes que les cinq pays forestiers du bassin du Congo que sont le Cameroun, le Congo, le Gabon, la RCA et la RDC ont adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 ce programme. Le Congo, le Cameroun et la RCA ne signent les APV-FLEGT qu\u2019en 2010, respectivement aux mois de mai, octobre et d\u00e9cembre, soit sept ans apr\u00e8s l\u2019instauration du FLEGT. Le Gabon et la RDC, quant \u00e0 eux, en \u00e9taient \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque \u00e0 l\u2019ouverture des n\u00e9gociations (Bayol <em>et al<\/em>., 2012, p.\u00a052).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La difficult\u00e9 qu\u2019a le FLEGT est peut-\u00eatre d\u2019insister sur la transparence et la l\u00e9galit\u00e9 sous peine de restriction d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 europ\u00e9en par les pays producteurs de bois d\u2019Afrique centrale, contrairement \u00e0 un autre programme financ\u00e9 en majorit\u00e9 par les grandes puissances \u00e0 savoir la REDD+ (R\u00e9duire les \u00e9missions li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9forestation et la d\u00e9gradation foresti\u00e8re). Le m\u00e9canisme REDD+ est en effet un dispositif qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Il est port\u00e9 par la Banque mondiale qui a cr\u00e9\u00e9 un fond sp\u00e9cialement d\u00e9di\u00e9\u00a0: Fonds pour l\u2019environnement mondial (FEM). \u00c0 partir de ce fonds, la BM a d\u00e9j\u00e0 fait un don de 13\u00a0000\u00a0000\u00a0$\u00a0USD pour des actions qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tal\u00e9es sur cinq ans (2011-2016). Cet appui avait pour objectif de renforcer les capacit\u00e9s institutionnelles et techniques des pays par\u00a0l\u2019am\u00e9lioration des connaissances et la coordination sur REDD+ dans le bassin du Congo, le renforcement des capacit\u00e9s de mesure et suivi du carbone forestier, l\u2019int\u00e9gration du concept REDD+ dans les projets de gestion durable des for\u00eats et l\u2019ancrage des pratiques transparentes de gestion des finances et de passation des march\u00e9s, le suivi et \u00e9valuation, le renforcement des partenariats dans le cadre du projet. En r\u00e9sum\u00e9, le REDD+ a l\u2019ambition de compenser financi\u00e8rement les pays ayant accompli des efforts av\u00e9r\u00e9s pour limiter les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre issues de la d\u00e9forestation et la d\u00e9gradation foresti\u00e8re en Afrique centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour autant qu\u2019il se veuille g\u00e9n\u00e9reux, le financement de la REDD+ repose toutefois sur une base m\u00e9ritocratique en \u00e9tant regardant sur les questions de bonne gouvernance. Les gouvernements des pays du bassin du Congo sont les b\u00e9n\u00e9ficiaires de pr\u00e9dilection. Mais dans un contexte o\u00f9 la corruption est une gangr\u00e8ne, la BM, par prudence, op\u00e8re avec un \u00e9ventail d\u2019acteurs. Il s\u2019agit de cr\u00e9er des conditions d\u2019une coop\u00e9ration permettant aux parties prenantes d\u2019atteindre les objectifs vis\u00e9s par la REDD+ \u00e0 savoir : renforcer les pratiques d\u2019une coordination r\u00e9gionale autour du projet pour garantir son succ\u00e8s; l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une \u00e9conomie d\u2019\u00e9chelle dans le secteur forestier; l\u2019application du principe de subsidiarit\u00e9 et la promotion d\u2019une approche inclusive pour le d\u00e9bat sur le m\u00e9canisme. Ainsi, les autres acteurs sollicit\u00e9s dans la mise en \u0153uvre du REDD+ sont les Points focaux pour le changement climatique, les d\u00e9cideurs au niveau de chaque pays et le secr\u00e9tariat ex\u00e9cutif de la COMIFAC. En plus de ces acteurs politiques, il y a les groupes techniques de travail compos\u00e9s des expertes et experts nationaux, des institutions en charge de la gestion foresti\u00e8re et de la recherche. De m\u00eame, et non des moindres, il y a les r\u00e9seaux r\u00e9gionaux et nationaux de plaidoirie pour la protection de l\u2019environnement et les promoteurs de projets pilotes au niveau de la soci\u00e9t\u00e9 civile. En Afrique centrale, leur \u00e9mergence dans le champ de la gouvernance foresti\u00e8re est la r\u00e9sultante du r\u00e9formisme qui travers la sph\u00e8re politique en Afrique centrale, mais \u00e9galement du fait de l\u2019enlisement de l\u2019initiative FLEGT et de la REDD+ dans les m\u00e9canismes de gouvernance mis en place par les \u00c9tats de la sous-r\u00e9gion. Ainsi, comme l\u2019affirme Alain Karsenty :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019Afrique centrale a connu ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es un processus, au moins apparent, de lib\u00e9ralisation soci\u00e9tale marqu\u00e9e par une multiplication du nombre des partis politiques, l\u2019explosion de la presse \u00e9crite et de nouveaux m\u00e9dias (journaux et t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9s, sites internet, etc.). Ces changements ont modifi\u00e9 le rapport du public aux questions foresti\u00e8res, et ont permis l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile plus active. La \u00ab gestion participative \u00bb est admise \u2013 au moins dans les discours (Karsenty, 2020a, p. 13).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019une des mutations de la gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale, qui s\u2019est op\u00e9r\u00e9e au profit des OSC est le passage d\u2019une approche centr\u00e9e connue depuis l\u2019\u00e9poque coloniale \u00e0 la d\u00e9centralisation au tournant des ann\u00e9es 1990 (Kouosseu, Zo\u2019obo et Pokam Kamdem, 2020, p.\u00a023-43). Cette mutation pr\u00e9sage en principe de meilleurs auspices pour la gouvernance foresti\u00e8re et la pr\u00e9servation de l\u2019environnement dans le bassin du Congo. En effet, pour autant que l\u2019adh\u00e9sion des \u00c9tats aux normes \u00e9cologiques rel\u00e8ve d\u2019une question de bon sens et charrie les allures d\u2019une \u00e9thique politique responsable envers l\u2019\u00e9cologie, il n\u2019en demeure pas moins que c\u2019est par int\u00e9r\u00eat que bon nombre d\u2019entre eux se sont inscrits dans cette perspective, int\u00e9ress\u00e9s par les multiples ressources que drainent \u00e0 leur profit l\u2019adoption des comportements \u00e9coresponsables (Batchom, 2018, p.\u00a0246).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les OSC en revanche constituent, en raison de leur caract\u00e8re apolitique et du fait qu\u2019elles n\u2019ont pas un but lucratif, un groupe d\u2019acteurs particuliers que tendent \u00e0 privil\u00e9gier les organismes multilat\u00e9raux (Banque mondiale, World Wild Fund, Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement, Programme des Nations unies pour l\u2019environnement, etc.) et bilat\u00e9raux (Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement, GIZ, Rainforest Foundation UK, etc.) de coop\u00e9ration qu\u2019\u00e9paulent les grandes puissances. L\u2019on peut conc\u00e9der que cette propension s\u2019inscrit dans une tradition de la gouvernance qui, en Occident, a connu une participation plut\u00f4t efficiente et efficace des organisations non gouvernementales depuis le tournant du 17e si\u00e8cle avec l\u2019action des missionnaires chr\u00e9tiens avant de se consolider avec des organisations de type la\u00efc \u00e0 partir du 19e si\u00e8cle (Pokam Kamdem, 2016; d\u2019Orfeuil, 2006, p.\u00a018-19). Depuis lors, elles ont pu \u0153uvrer en faveur des avanc\u00e9es diplomatiques et mener avec succ\u00e8s de nombreuses causes pour le bien-\u00eatre de l\u2019humanit\u00e9 (d\u2019Orfeuil, 2006, p.\u00a0185). En Afrique centrale, cette tradition est relativement r\u00e9cente. C\u2019est la raison pour laquelle la question de la formation et du transfert des savoirs indispensables \u00e0 la lutte pour la protection de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier est primordiale. Nous relevons avec Karsenty et Fournier (2008) deux approches de transfert de gestion et de la lutte pour la pr\u00e9servation de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier en Afrique centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re consiste \u00e0 la sensibilisation et \u00e0 l\u2019inclusion des communaut\u00e9s dans la gestion du patrimoine forestier dans la sous-r\u00e9gion. La BM apporte ainsi son appui depuis les ann\u00e9es 1990 aux initiatives visant la constitution des \u00ab for\u00eats communautaires \u00bb afin de d\u00e9liter le monopole des \u00c9tats sur les espaces bois\u00e9s au profit des communaut\u00e9s qui peuvent alors b\u00e9n\u00e9ficier des redevances foresti\u00e8res annuelles (RFA). C\u2019est une mesure visant en effet \u00e0 contraindre les \u00c9tats \u00e0 impl\u00e9menter les textes qu\u2019ils ont parfois eux-m\u00eames \u00e9tablis dans le sillage des r\u00e9formes des ann\u00e9es 1990. Au Cameroun par exemple, une loi de 1994 consacre en effet la possibilit\u00e9 pour des communaut\u00e9s villageoises de b\u00e9n\u00e9ficier des for\u00eats d\u2019une superficie maximale de 5 000 ha sur le domaine forestier national (Karsenty, 2020b; Karsenty et Fournier, 2008, p. 46). Toutefois, jusqu\u2019en mars 2007, moins d\u2019un quart des 420 713 ha de for\u00eats communautaires avaient re\u00e7u l\u2019approbation de leur plan de gestion permettant leur exploitation l\u00e9gale. Un sc\u00e9nario semblable s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9 au Gabon o\u00f9 une disposition similaire, introduite dans le Code forestier de 2001, est demeur\u00e9e une formalit\u00e9. De m\u00eame, en RDC, la loi foresti\u00e8re de 2002 pr\u00e9voit que des concessions foresti\u00e8res puissent \u00eatre attribu\u00e9es aux communaut\u00e9s villageoises sur les terres d\u00e9tenues en vertu des coutumes sur le domaine prot\u00e9g\u00e9, mais aucune concession communautaire n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e (Karsenty et Fournier, 2008, p. 46). Bref, les \u00c9tats sont rest\u00e9s camp\u00e9s dans la logique monopoliste dans le secteur forestier en d\u00e9pit de cette initiative de transfert de comp\u00e9tence soutenu par la BM dont l\u2019enjeu est de favoriser une d\u00e9centralisation ou une d\u00e9mocratisation de la gestion des ressources foresti\u00e8res d\u2019une part. D\u2019autre part, il s\u2019agit de favoriser une approche participative qui permettrait aux communaut\u00e9s de mettre leurs savoir-faire \u00e0 contribution pour la pr\u00e9servation du biotope dans lequel elles vivent, sachant que les populations ne s\u2019autoriseraient pas \u00e0 d\u00e9truire leur milieu de vie. L\u2019enjeu est donc <em>in fine<\/em> le d\u00e9veloppement durable, car celles-ci ne voudraient pas compromettre l\u2019avenir de leurs prog\u00e9nitures, elles-m\u00eames ayant h\u00e9rit\u00e9 de ce cadre de vie de leurs anc\u00eatres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Faute de pouvoir renforcer les capacit\u00e9s des populations qui ploient souvent sous le poids des gouvernements, le second canal explor\u00e9 jusqu\u2019ici consiste en l\u2019outillage technique (via des s\u00e9minaires d\u2019impr\u00e9gnation et des dotations mat\u00e9rielles et financi\u00e8res) et par l\u2019accroissement du r\u00f4le des OSC dans la lutte pour la transparence et le respect des normes de certification dans le secteur forestier en Afrique centrale. Pour ce faire, la m\u00e9thode utilis\u00e9e et soutenue par la BM et l\u2019UE est l\u2019Observation ind\u00e9pendante (OI). On parle aussi souvent de l\u2019Observation ind\u00e9pendante de l\u2019environnement (OIE). L\u2019OI, confi\u00e9e \u00e0 des OSC mandat\u00e9es ou accr\u00e9dit\u00e9es, consiste pour celles-ci \u00e0 rapporter les conditions de d\u00e9roulement des attributions des march\u00e9s et de l\u2019exploitation des ressources dans le but de renforcer la transparence dans le secteur forestier. L\u2019objectif est d\u2019\u00e9roder les m\u00e9canismes opaques du gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 au profit de l\u2019adjudication publique dans ce domaine. Discut\u00e9e entre 1997 et 1999, l\u2019OI est entre autres accept\u00e9e par le Cameroun en 2001 et en 2007 par le Congo-Brazzaville (Karsenty et Fournier, 2008, p. 46). L\u2019OI pr\u00e9sente l\u2019avantage, du point de vue des bailleurs de fonds occidentaux, de permettre une intervation des organisations non gouvernementales occidentales dans le processus de certification et d\u2019exploitation contr\u00f4l\u00e9e des ressources foresti\u00e8res en Afrique centrale. C\u2019est le cas des ONG Global Witness et REM (Karsenty et Fournier, <em>ibid<\/em>.). Cela ouvre et tisse des perspectives de coop\u00e9ration transnationale entre les ONG occidentales et les OSC en Afrique centrale. Cette coop\u00e9ration, en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9cart des interf\u00e9rences politiques, fait le lit d\u2019une approche professionnelle et le plus souvent efficace de la protection de l\u2019environnement dans la sous-r\u00e9gion. Cependant, l\u2019enjeu pour les ONG occidentales est de transmettre leur vision de la gouvernance foresti\u00e8re, participant ainsi \u00e0 l\u2019imposition des normes dont l\u2019op\u00e9rationnalit\u00e9 peut \u00eatre relative. L\u2019intervention des OSC locales constitue une chance de donner aux exp\u00e9riences endog\u00e8nes s\u00e9culaires du rapport humain-nature une visibilit\u00e9 et un \u00e9cho dans la sph\u00e8re des normes qui gouvernent la lutte contre les changements climatiques et la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9. Au Cameroun, deux cas de plaidoirie servent d\u2019illustration \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le 11 novembre 2019, un d\u00e9cret du Premier ministre camerounais cr\u00e9\u00e9 l\u2019Unit\u00e9 foresti\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement (UFA) 09-025 dans le d\u00e9partement de l\u2019Oc\u00e9an, r\u00e9gion du Sud au Cameroun (voir carte 1). D\u2019une superficie totale de 88\u00a0147,84\u00a0ha, cette UFA est incorpor\u00e9e au domaine priv\u00e9 de l\u2019\u00c9tat au titre de for\u00eat de production par d\u00e9cret n\u00b02005\/052\/PM du 4 f\u00e9vrier 2005. Or, elle renferme la biodiversit\u00e9 du parc national de Campo Ma\u2019an qui h\u00e9berge 26 esp\u00e8ces de mammif\u00e8res moyens et grands dont les \u00ab\u00a0<em>Big Five <\/em>de la for\u00eat \u00bb (\u00e9l\u00e9phant, buffle, grands signes, notamment les gorilles et les chimpanz\u00e9s, panth\u00e8re et pangolin g\u00e9ant) ainsi qu\u2019une flore riche de plus de 60 esp\u00e8ces \u00e0 l\u2019instar du bubinga, du doussi\u00e9 blanc et rouge et des esp\u00e8ces semi-aquatiques rares et end\u00e9miques (Kenfack Tsabdo, 2020a). Ce d\u00e9classement de novembre 2019 vise pourtant \u00e0 attribuer l\u2019UFA 09-025 \u00e0 l\u2019entreprise CamVert Sarl, bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9, pour des fins d\u2019exploitation agro-industrielle. La r\u00e9alisation de ce projet dans lequel CamVert s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 curieusement lanc\u00e9e en cr\u00e9ant une p\u00e9pini\u00e8re de palmier \u00e0 huile \u00e0 Campo depuis septembre 2019 visait l\u2019installation d\u2019une plantation de palmeraie de 60 000 ha (57 000 ha \u00e0 Campo et 3 000 ha \u00e0 Ni\u00e9t\u00e9). Le 26 mars 2020, CamVert poursuit ses tractations en signant un accord avec un pseudo-repr\u00e9sentant des populations locales (Bagyeli, Mvae, Yassa et Mabai). C\u2019\u00e9tait une d\u00e9marche cavali\u00e8re qui avait pour but de passer sous le manche l\u2019envers du projet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, la cr\u00e9ation de palmeraies industrielles implique le d\u00e9frichement massif des terres foresti\u00e8res traditionnelles qui h\u00e9bergent des sites culturels importants et constituent une source essentielle d\u2019approvisionnement (vivres, pharmacop\u00e9e) pour les populations. Dans la foul\u00e9e, la superficie \u00e0 mettre en exploitation comporte 5\u00a0000 ha des plantations villageoises et communautaires. Les dommages \u00e0 la fois \u00e9cologiques, socio-\u00e9conomiques et culturels que pr\u00e9sente le projet sont donc importants. N\u2019eut \u00e9t\u00e9 la d\u00e9nonciation conjointe de la Bagyeli Cultural Association and Development (BACUDA), de l\u2019OSC camerounaise Appui pour la protection de l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement (APED) et Forest Peoples Programme, ce projet aurait abouti (Forest Peoples Programme, 2020). D\u2019autres OSC camerounaises et internationales qu\u2019il serait fastidieux d\u2019\u00e9num\u00e9rer exhaustivement ici (Greenpeace Afrique et Green Development Advocates \u2013 GDA) ont aussi \u00e9mis des objections contre le projet <em>\u00e9colocide<\/em> de CamVert Sarl (Kenfack Tsabdo, 2020a). L\u2019UFA a finalement \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 cette entreprise. N\u00e9anmoins, la d\u00e9nonciation des irr\u00e9gularit\u00e9s entachant la proc\u00e9dure d\u2019accaparement et les cons\u00e9quences qui d\u00e9couleraient de la cr\u00e9ation de la palmeraie ont ainsi permis de revoir les conditions de la mise en valeur de l\u2019UFA 09-25. L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier de Campo et de Ni\u00e9t\u00e9 dans le Sud Cameroun n\u2019a pas totalement \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9e \u00e0 \u00ab l\u2019autel \u00bb du capitalisme agro-industriel.<\/p>\n<figure id=\"attachment_653\" aria-describedby=\"caption-attachment-653\" style=\"width: 493px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-653\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-1_Poun.png\" alt=\"\" width=\"493\" height=\"348\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-1_Poun.png 602w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-1_Poun-300x212.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-1_Poun-65x46.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-1_Poun-225x159.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-1_Poun-350x247.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 493px) 100vw, 493px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-653\" class=\"wp-caption-text\">Carte 1. Localisation de l\u2019UFA 09-025 au Sud Cameroun. Source : Forest Peoples Programme, 2020<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me cas de figure oriente les projecteurs dans une zone situ\u00e9e \u00e0 califourchon entre deux r\u00e9gions administratives, toujours au Cameroun. Le 4 f\u00e9vrier 2020, le Ministre camerounais des for\u00eats et de la faune signe un d\u00e9cret portant deux avis au public de cr\u00e9ation de nouvelles concessions d\u2019exploitation foresti\u00e8re dans la for\u00eat d\u2019Ebo pour au moins trente ans. Cette r\u00e9serve foresti\u00e8re d\u2019une superficie globale de 1\u00a0500\u00a0km2 environ est situ\u00e9e \u00e0 cheval entre la R\u00e9gion du Littoral (D\u00e9partements du Nkam, de la Sanaga Maritime) et la R\u00e9gion du Centre (Mbam-et-Inoubou, Arrondissements de Yingui, de Ngamb\u00e9 et de Ndikinim\u00e9ki) comme l\u2019illustre la carte 2 ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_654\" aria-describedby=\"caption-attachment-654\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-654\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-2_Pount.jpg\" alt=\"\" width=\"510\" height=\"282\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-2_Pount.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-2_Pount-300x166.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-2_Pount-65x36.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-2_Pount-225x125.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Carte-2_Pount-350x194.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 510px) 100vw, 510px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-654\" class=\"wp-caption-text\">Carte 2. Localisation de la for\u00eat d\u2019Ebo (Cameroun). Source: Lenga, 2020, d\u2019apr\u00e8s Global Forest Watch<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Allong\u00e9e en territoire occup\u00e9 par la communaut\u00e9 Banen, la for\u00eat d\u2019Ebo apparaissait pourtant encore, au regard d\u2019un inventaire effectu\u00e9 en janvier 2020, comme l\u2019une des derni\u00e8res for\u00eats primaires de l\u2019Afrique centrale (Centre pour l\u2019environnement et le d\u00e9veloppement \u2013\u00a0CED, 2020). L\u2019inventaire en question relevait l\u2019existence de plus de 700 \u00e9l\u00e9phants dans la for\u00eat d\u2019Ebo. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces pachydermes, le site abrite des esp\u00e8ces rares de primates, environ 25 gorilles notamment qui forment l\u2019unique population dans le monde que les scientifiques n\u2019ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 rattacher \u00e0 une esp\u00e8ce connue. Sur la m\u00eame lanc\u00e9e on estimait, en 2018, \u00e0 environ 750 le nombre de chimpanz\u00e9s, parmi lesquels le chimpanz\u00e9 du Nigeria-Cameroun (<em>Pan troglodstes ellioti<\/em>), l\u2019une des rares des quatre sous-esp\u00e8ces qui existent au monde qui sache utiliser des outils. La for\u00eat d\u2019Ebo est par ailleurs le biotope de 160 esp\u00e8ces d\u2019oiseaux exotiques (dont le perroquet gris et le picatharte au cou gris), la grenouille Goliath (la plus grande au monde avec 75 centim\u00e8tres de long). Pour ce qui est de la flore, la canop\u00e9e foresti\u00e8re d\u2019Ebo est un puits d\u2019environ 35 millions de tonnes de carbone selon Greenpeace (Lenga, 2020).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel du 4 f\u00e9vrier qui n\u2019est connu du grand public qu\u2019en mars 2020 est donc surprenant et paradoxal. \u00c0 l\u2019initiative de l\u2019Ebo Forest Research Project (EFRP), le gouvernement camerounais avait en effet entrepris de classer la for\u00eat d\u2019Ebo dans le parc national en 2006. Dessinant le spectre d\u2019une perte des droits communautaires chez les riverains, le projet essuie la r\u00e9ticence et se heurte finalement \u00e0 une p\u00e9tition de plus de 200 signatures en 2012, ann\u00e9e o\u00f9 le gouvernement se r\u00e9tracte (Kenfack Tsabdo, 2020b). Huit ans plus tard, curieusement, \u00e0 la place d\u2019un parc qui pouvait encore \u00eatre n\u00e9gociable, c\u2019est une zone d\u2019exploitation foresti\u00e8re pure et simple que veut instituer l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 4 f\u00e9vrier 2020\u00a0en ouvrant 64 835 ha du massif forestier d\u2019Ebo sont ouverts \u00e0 la coupe\u00a0(Lenga, 2020). L\u2019on comprend pourquoi l\u2019arr\u00eat\u00e9 n\u2019a vraiment pas \u00e9t\u00e9 rendu public alors qu\u2019il lan\u00e7ait un avis \u00e0 l\u2019attention des populations locales. Craignait-on que le scandale \u00e9cologique qui se dessinait provoque un toll\u00e9? Car 68\u00a0385\u00a0ha c\u2019est pratiquement la superficie de la ville de New York ou encore l\u2019\u00e9quivalent de 96\u00a0000 terrains de football (CED, 2020). Il faut attendre la veille de la convocation d\u2019une r\u00e9union qui s\u2019est tenue le 10 mars 2020 et visait \u00e0 convaincre les populations locales, proches ou concern\u00e9es \u2013\u00a0ou plut\u00f4t leurs repr\u00e9sentants\u00a0\u2013 des b\u00e9n\u00e9fices esp\u00e9r\u00e9s de la mise en exploitation d\u2019une telle surface. L\u2019on note avec soin la technique envisag\u00e9e qui \u00e9tait celle de convaincre et non de n\u00e9gocier. Ce processus de classement \u00ab\u00a0exceptionnellement rapide\u00a0\u00bb, comme le rel\u00e8vent l\u2019Environmental Investigation Agency (EIA) et le CED, culmine avec le d\u00e9cret n\u00b02020\/3216 du 14 juillet 2020 par le Premier ministre camerounais constituant la totalit\u00e9 des 68\u00a0385\u00a0ha en question en UFA\u00a007\u00a0006. Les choses sont all\u00e9es si vite, en r\u00e9alit\u00e9, parce que l\u2019on a voulu profiter de la pand\u00e9mie du coronavirus (COVID-19). Ces d\u00e9marches sont en effet engag\u00e9es dans un contexte o\u00f9, en raison des restrictions (la r\u00e9gulation des regroupements particuli\u00e8rement) li\u00e9es \u00e0 la crise du COVID-19, les populations sont dans l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019organiser pour se faire entendre et riposter comme autrefois face au projet de parc (CED, 2020). C\u2019est dans ce sillage qu\u2019OSC et ONG sont entr\u00e9es en sc\u00e8ne en prenant des initiatives visant \u00e0 pr\u00e9server le massif forestier d\u2019Ebo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En avril 2020, c\u2019est en effet l\u2019EFRP, l\u2019ONG Sekakoh et Community Assistance in Devlopement (COMAID), appuy\u00e9e par le Programme de petites initiatives (PPI) de l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui demandent au gouvernement camerounais de suspendre le projet d\u2019exploitation de la for\u00eat d\u2019Ebo. Elles proposent en lieu et place une concertation entre les parties prenantes, communaut\u00e9s locales incluses, pour cr\u00e9er un plan d\u2019am\u00e9nagement du territoire inclusif et multisectoriel. Cette demande qui a \u00e9t\u00e9 cosign\u00e9e par plus de 60 \u00e9cologistes et \u00e9cologues camerounais\u00b7es et \u00e9tranger\u00b7e\u00b7s dont le pr\u00e9sident du Groupe de sp\u00e9cialistes des primates (GSP) de l\u2019UICN (Wikip\u00e9dia, 2020), n\u2019emp\u00eache cependant pas l\u2019engrenage lanc\u00e9 en f\u00e9vrier de continuer \u00e0 tourner. En effet, lors d\u2019une rencontre du 13 juin 2020 (les mesures de confinement ont \u00e9t\u00e9 att\u00e9nu\u00e9es), des \u00e9lites Banen \u00e9mettent le v\u0153u d\u2019\u00eatre associ\u00e9s en amont \u00e0 la d\u00e9finition du cahier des charges de l\u2019exploitation. Or, la proximit\u00e9 habituelle entre les \u00ab\u00a0\u00e9lites\u00a0\u00bb et le gouvernement dont ils sont souvent membres est un secret de polichinelle. Une proximit\u00e9 dans le cadre duquel se d\u00e9ploie souvent un jeu contre les enjeux qui int\u00e9ressent les populations \u00e0 la base. Ces \u00e9lites n\u2019ont-elles d\u2019ailleurs pas remerci\u00e9 le gouvernement dans le processus de cr\u00e9ation de l\u2019UFA (Wikip\u00e9dia, 2020), laquelle est effective avec le d\u00e9cret du 14 juillet 2020? Il faudrait s\u2019attendre \u00e0 une nouvelle vague de constatations, conjointement men\u00e9e par des OSC et les dirigeants communautaires pour que Ebo soit mis \u00e0 l\u2019abri du risque de d\u00e9forestation. Au-del\u00e0 des p\u00e9titions, le Club des amis des gorilles (CAG) d\u2019Iboti, un regroupement c\u00f4toyant cette for\u00eat d\u2019Ebo, a par exemple, en synergie avec les chefs traditionnels, propos\u00e9 la d\u00e9limitation d\u2019une superficie de 39\u00a0km\u00b2 pour la mettre en zone de non-acc\u00e8s aux populations (Kenfack Tsabdo, 2020b). C\u2019est dans le sillage de ces protestations qu\u2019en ao\u00fbt 2020, le Premier ministre camerounais a d\u00e9cid\u00e9 de suspendre le projet d\u2019exploitation foresti\u00e8re \u00e0 Ebo. La for\u00eat d\u2019Ebo est ainsi, pour le moment au moins, \u00e0 l\u2019abri de la menace de d\u00e9forestation qui pesait sur elle. Ceci en partie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention des OSC et des ONG.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La protection de l\u2019environnement est aujourd\u2019hui l\u2019un des ma\u00eetres-mots de la g\u00e9opolitique mondiale en d\u00e9pit de la confrontation entre alarmistes et climato-sceptiques. La pr\u00e9sente \u00e9tude a scrut\u00e9 les traits majeurs de l\u2019attitude des grandes puissances (celles de l\u2019Europe notamment) \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier du bassin du Congo dans le temps. Le but \u00e9tait de relever et d\u2019expliquer les mutations qui s\u2019y sont op\u00e9r\u00e9es. L\u2019analyse permet d\u2019affirmer que le sort du \u00ab second poumon de la plan\u00e8te \u00bb, le bassin du Congo, est inscrit dans l\u2019agenda international de ces grandes puissances. L\u2019action de celles-ci s\u2019inscrit dans une tradition de l\u2019exploitation continue des ressources dont regorge le bassin pour soutenir l\u2019industrie m\u00e9tropolitaine. L\u2019okoum\u00e9, le sapelli, l\u2019ayous, le tali, l\u2019okan, l\u2019azob\u00e9, le padouk, le sipo, l\u2019iroko, le kosipo, le wenge, le frak\u00e9 et le boss\u00e9 sont autant d\u2019essences qui, depuis le 19e si\u00e8cle, continuent d\u2019\u00eatre achemin\u00e9es en Europe. Ce qui a chang\u00e9, depuis maintenant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, c\u2019est l\u2019introduction progressive des m\u00e9canismes s\u2019inscrivant dans la perspective d\u2019une exploitation contr\u00f4l\u00e9e ou rationnelle. L\u2019on peut donc parler de l\u2019effectivit\u00e9 d\u2019une \u00e9volution de perception qui veut que la for\u00eat \u00e9quatoriale n\u2019ait pas seulement une finalit\u00e9 \u00e9conomique ou mercantile, mais qu\u2019elle devienne aussi un patrimoine \u00e0 prot\u00e9ger. En consid\u00e9rant le contraste que cela soul\u00e8ve, cette situation confirme notre hypoth\u00e8se de d\u00e9part. Sous les exigences de l\u2019\u00e9conomique verte, les puissances du Nord ont inscrit leurs politiques dans une trajectoire ambivalente, tant\u00f4t de renouvellement, tant\u00f4t en continuit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la biodiversit\u00e9 du bassin du Congo. Cette mutation tient compte, en derni\u00e8re analyse, de l\u2019\u00e9largissement du cercle d\u2019acteurs entre lesquels la synergie trace les lignes de fuite d\u2019une motion collective au chevet du bassin du Congo. L\u2019enjeu est la d\u00e9centralisation progressive du secteur forestier pour une \u00e9volution vers une \u00e9conomie d\u2019\u00e9chelle et v\u00e9tilleuse sur l\u2019environnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la diff\u00e9rence des \u00c9tats influenc\u00e9s, malgr\u00e9 tout, et li\u00e9s par la conditionnalit\u00e9 politique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des grandes puissances, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, plus proches des destinataires principiels des politiques de pr\u00e9servation de la nature \u00e0 savoir les populations locales, demeurent le plancher pour l\u2019efficacit\u00e9 de ces derni\u00e8res. Leur caract\u00e8re apolitique, non lucratif et le sens du professionnalisme duquel d\u00e9pend leur r\u00e9putation font d\u2019elles des partenaires fiables pour soutenir cette cause destin\u00e9e au bien-\u00eatre de l\u2019humanit\u00e9. Elles apparaissent comme les soldats de ce nouvel humanisme. Alors que, d\u2019apr\u00e8s les pr\u00e9visions, l\u2019Afrique, \u00e0 rebours des autres r\u00e9gions du monde, pourrait devenir bient\u00f4t le continent de la d\u00e9forestation, notamment avec la RDC qui perd plus d\u2019un million d\u2019hectares de couvert arbor\u00e9 par an (Karsenty, 2020b), leur \u00e9mergence dans le champ de la gouvernance foresti\u00e8re ne devrait cependant pas, \u00e0 elle seule, \u00eatre per\u00e7ue comme la panac\u00e9e pour la pr\u00e9servation de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Le renforcement de leurs capacit\u00e9s reste une n\u00e9cessit\u00e9 au moins pour deux raisons. D\u2019une part, il s\u2019agit de les outiller davantage face \u00e0 des \u00c9tats dont l\u2019emprise demeure abrasive dans la gestion du patrimoine forestier sous-r\u00e9gional en Afrique centrale. D\u2019autre part, le renforcement des capacit\u00e9s n\u2019est pas un pis-aller dans un contexte o\u00f9 les pratiques professionnelles succombent souvent \u00e0 la tentative de la bureaucratisation. Ce genre de d\u00e9rive a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 par Gonz\u00e1lez Espinosa et Lipietz (2005) en Am\u00e9rique latine. Elle s\u2019explique par le fait que malgr\u00e9 leurs ambitions, les OSC se retrouvent souvent dans un champ o\u00f9 le d\u00e9ficit des mesures et institutions pouvant exercer les contraintes sur les \u00c9tats les expose finalement, pour \u00ab survivre \u00bb, \u00e0 se conformer au risque de perdre, \u00e0 la longue, la v\u00e9h\u00e9mence de leur plaidoirie.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ahram, Ariel, K\u00f6llner, Patrick and Sil, Rudra. 2018. <em>Comparative Area Studies: Methodological Rationales and Cross-Regional Applications<\/em>. Oxford: Oxford University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Batchom, Paul Elvic. 2018. La loyaut\u00e9 \u00e9cologique dans les relations internationales\u00a0: quand les normes de civilit\u00e9 internationale se mettent au vert. Dans Batchom, Paul Elvic (dir.), <em>L\u2019\u00c9tat ailleurs\u00a0: entre logiques de case et dynamiques du village global<\/em> (243-263). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bayol, Nicolas <em>et al<\/em>. 2012. La gestion des for\u00eats et la fili\u00e8re bois en Afrique centrale. Dans De Wasseige, Carlos, De Marcken, Paya, Bayol, Nicolas, Hiol Hiol, Fran\u00e7ois, Mayaux, Philippe, Descl\u00e9e B., Billand, Alain et Robert Nasi (dir.), <em>Les For\u00eats du Bassin du Congo\u00a0: \u00c9tat des for\u00eats 2010<\/em> (43-62). Luxembourg\u00a0: Office des publications de l\u2019Union europ\u00e9enne. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/232660070_La_gestion_des_forets_et_la_filiere_bois_en_Afrique_Centrale\">https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/232660070_La_gestion_des_forets_et_la_filiere_bois_en_Afrique_Centrale<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bigombe Logo, Patrice, Sinang, Joseph Jules et Zo\u2019obo, Yannick. 2020. Les racines coloniales de la gestion des ressources foresti\u00e8res et fauniques au Cameroun. Dans Batibonak, Paul (dir.), <em>Ind\u00e9pendances inachev\u00e9es en Afrique\u00a0: sur les chemins de la reconqu\u00eate <\/em>(193-218). Yaound\u00e9\u00a0: Monange.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boniface, Pascal. 2017. <em>La G\u00e9opolitique <\/em>(4e \u00e9dition). Paris\u00a0: IRIS\/Eyrolles,.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bouche, Denise. 1991. <em>Histoire de la colonisation fran\u00e7aise. Tome second\u00a0: flux et reflux (1815-1962)<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Boulevert, Yves. 1998.\u00a0Le dernier grand blanc de la carte d\u2019Afrique\u00a0: premi\u00e8res approches de l\u2019Oubangui-Chari ou Centrafrique \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Dans Danielle Lecoq, Antoine Chamard (dir.), <em>Terre \u00e0 d\u00e9couvrir, terres \u00e0 parcourir\u00a0: exploration et connaissance du monde (XIIe-XIXe si\u00e8cles)<\/em> (299-313). Paris\u00a0: ORSTOM.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Centre pour l\u2019Environnement et le D\u00e9veloppement (CED). 2020. <em>Communique de presse &#8211; Sauvegarder la for\u00eat : le gouvernement camerounais revient sur sa d\u00e9cision concernant la for\u00eat d\u2019Ebo<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/content.eia-global.org\/assets\/2020\/08\/Press+release+-+Ebo+forest_Final+(Fre).pdf\">https:\/\/content.eia-global.org\/assets\/2020\/08\/Press+release+-+Ebo+forest_Final+(Fre).pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Chinweizu, Ibekwe. 1998.\u00a0L\u2019Afrique et les pays capitalistes. Dans Mazrui, Ali et Wondji, Christophe (dir.), <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique. Tome VIII\u00a0: l\u2019Afrique depuis 1935 <\/em>(805-836). Paris\u00a0: UNESCO.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Coquery-Vidrovitch, Catherine. 1972.<em> Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930. <\/em>Tome 2<em>.<\/em> Paris\u00a0: \u00c9ditions des Hautes \u00c9tudes en Sciences Sociales.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">d\u2019Orfeuil, Henri Rouill\u00e9. 2006. <em>La Diplomatie non gouvernementale\u00a0: les ONG peuvent-elles changer le monde?<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Atelier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dolowitz, David et Marsh, David. 2000. Learning from Abroad: The Role of Policy Transfer in Contemporary Policy-Making. <em>Governance: An International Journal of Policy Administration and Institutions<\/em>, 13(1), 5-23. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/0952-1895.00121\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/0952-1895.00121<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9bal\u00e9, Raymond. 2001. La convention de Lom\u00e9 et l\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale de l\u2019Afrique Centrale. Dans Daniel Abwa <em>et al.<\/em> (dir.), <em>Dynamiques d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale en Afrique Centrale, tome 1<\/em> (371-399). Yaound\u00e9\u00a0: Presses Universitaires de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">\u00c9bal\u00e9, Raymond. 2010. L\u2019Afrique Centrale dans les enjeux environnementaux de l\u2019Union Europ\u00e9enne : entre humanisme et int\u00e9r\u00eats n\u00e9olib\u00e9raux. <em>Enjeux<\/em>, 42, 23-31. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/fpae-cameroun.org\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Enjeux-42-.pdf\">http:\/\/fpae-cameroun.org\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/Enjeux-42-.pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Forest Peoples Programme. 2020. <em>Les communaut\u00e9s autochtones Bagyeli recourent au UNCERD pour protester contre l&rsquo;arriv\u00e9e de CamVert sur leurs terres traditionnelles<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.forestpeoples.org\/fr\/Cameroun-Bagyeli-UNCERD-CamVert-terres-traditionnelles\">https:\/\/www.forestpeoples.org\/fr\/Cameroun-Bagyeli-UNCERD-CamVert-terres-traditionnelles<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Giblin, B\u00e9atrice. 2017. Face aux risques \u00e9cologiques des mobilisations variables. <em>H\u00e9rodote<\/em> [En ligne], 165. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.herodote.org\/spip.php?article757\">https:\/\/www.herodote.org\/spip.php?article757<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haman Adji, Garga. 2009. <em>Le Mal africain\u00a0: diagnostic et th\u00e9rapie<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jbara, Nejla. 2017.\u00a0Perspective historique de la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises (RSE). <em>Revue Multidisciplinaire sur l\u2019Emploi, le Syndicalisme et le Travail (REMEST)<\/em>, 11(1), 86-102. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/remest\/2017-v11-n1-remest03489\/1043839ar\/\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/remest\/2017-v11-n1-remest03489\/1043839ar\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Joly, Jean. 1996. <em>Histoire du continent africain. Tome II\u00a0: du XVIIe si\u00e8cle \u00e0 1939<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jones, Charles. 1970. <em>An Introduction to the Study of Public Policy.<\/em> Belmond: Duxbury Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain et Fournier, Prudence. 2008. \u00c9tats \u00ab\u00a0d\u00e9faillants\u00a0\u00bb: le secteur forestier en Afrique centrale. <em>Mondes en d\u00e9veloppement<\/em>, 143, 43-56. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-mondes-en-developpement-2008-3-page-43.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-mondes-en-developpement-2008-3-page-43.htm<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain. 2020a. Pr\u00e9face. Dans Tchamba, Martin et Keutcheu, Joseph (dir.), <em>La gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale\u00a0: entre pratiques et politiques<\/em> (9-13). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain, 2020b. G\u00e9opolitique des for\u00eats d\u2019Afrique centrale. <em>H\u00e9rodote<\/em>, 179, 108-129.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Karsenty, Alain. s.d. La crise de la fili\u00e8re europ\u00e9enne du bois tropical en Afrique centrale. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.willagri.com\/2018\/06\/28\/la-crise-de-la-filiere-europeenne-du-bois-tropical-en-afrique-centrale\/\">https:\/\/www.willagri.com\/2018\/06\/28\/la-crise-de-la-filiere-europeenne-du-bois-tropical-en-afrique-centrale\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Tsabdo, Gibrile. 2020a. Cameroun : Greenpeace Afrique et Green Development Advocates (GDA) demandent une enqu\u00eate sur le projet agro-industriel de CamVert Sarl. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201001112700.html\">https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201001112700.html<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kenfack Tsabdo, Gibrile. 2020b. Protection de la biodiversit\u00e9 de la for\u00eat Ebo : l\u2019alternative d\u2019une zone de non-acc\u00e8s<em>.<\/em> En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201103023157.html\">https:\/\/www.mediaterre.org\/afrique-centrale\/actu,20201103023157.html<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ki-Zerbo, Joseph. 1978. <em>Histoire de l\u2019Afrique noire, d\u2019hier \u00e0 demain<\/em>. Paris\u00a0: H\u00e2tier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kouna Eloundou, Charlotte Gis\u00e8le. 2012. <em>D\u00e9centralisation foresti\u00e8re et gouvernance locale des for\u00eats au Cameroun : le cas des for\u00eats communales et communautaires dans la r\u00e9gion Est<\/em>. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 du Maine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Kouosseu, Jules, Zo\u2019obo, Yannick et Pokam Kamdem, Mo\u00efse Williams. 2020. De la centralisation \u00e0 la d\u00e9centralisation de la gestion des for\u00eats au Cameroun (1900-1994). Dans Tchamba, Martin et Keutcheu, Joseph (dir.), <em>La gouvernance foresti\u00e8re en Afrique centrale\u00a0: entre pratiques et politiques<\/em> (23-44). Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lassagne, Antoine. 2005. Exploitation foresti\u00e8re, d\u00e9veloppement durable et strat\u00e9gies de pouvoir dans une for\u00eat tropicale camerounaise. <em>Anthropologie et Soci\u00e9t\u00e9s <\/em>29(1), (49-79). En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/as\/2005-v29-n1-as993\/011740ar\/\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/as\/2005-v29-n1-as993\/011740ar\/<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lenga, Audrey. 2020. Cameroun\u00a0: P\u00e9ril sur la For\u00eat d\u2019Ebo!. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.mediaterre.org\/actu,20200724230124,11.html\">https:\/\/www.mediaterre.org\/actu,20200724230124,11.html<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Maquet, Emmanuel, Baba Kak\u00e9, Ibrahima et Suret-Canale, Jean. 1971. <em>Histoire de l\u2019Afrique centrale<\/em><em>\u00a0: des origines au milieu du 20e si\u00e8cle<\/em>. Paris\u00a0: Pr\u00e9sence Africaine.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe, Achille et Sarr, Felwine. 2017.\u00a0Penser pour un nouveau si\u00e8cle. Dans Mbembe, Achille et Sarr, Felwine (dir.), <em>\u00c9crire l\u2019Afrique-Monde<\/em> (7-13). Dakar\/Paris\u00a0: Jimsaan\/Philippe Rey.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe,\u00a0Achille.\u00a02000. <em>De la postcolonie\u00a0: essai sur l\u2019imagination politique dans l\u2019Afrique contemporaine<\/em>. Paris\u00a0: Karthala.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe,\u00a0Achille.\u00a02016. <em>Politiques de l\u2019inimiti\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbembe,\u00a0Achille.\u00a02020. <em>Brutalisme.<\/em> Paris\u00a0: La D\u00e9couverture.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Meny, Yves et Thoeing, Jean-Claude. 1989. <em>Les Politiques publiques<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mielke, Katja and Hornidge, Anna-Katharina (eds). 2017. <em>Area Studies at the Crossroads: Knowledge Production after the Mobility Turn<\/em>. New York: Palgrave Macmillan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Norodom Kiari, Jean-B\u00e9del. 2009. \u00c0 propos de l\u2019\u00e9chec du projet colonial d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale en Afrique centrale\u00a0: 1916-1960. <em>Nka\u2019 Lumi\u00e8re \u2013 <\/em><em>Revue interdisciplinaire de la Facult\u00e9 des Lettres et Sciences Humaines de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang<\/em>\u00a08, (303-318).<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Norodom Kiari, Jean-B\u00e9del. 2012. <em>L\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale en Afrique centrale (1916-1960)\u00a0: une analyse des jalons pos\u00e9s par la France.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pokam Kamdem, Mo\u00efse Williams. 2016. Le mouvement des ONG et la question du<br \/>\nd\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. <em>Nka\u2019 Lumi\u00e8re \u2013 <\/em><em>Revue interdisciplinaire de la Facult\u00e9 des<br \/>\nLettres et Sciences Humaines de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang<\/em> 15, 123-144.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Pountougnigni Njuh, Ludovic Boris. 2020. <em>Les Voies de communication terrestres transfrontali\u00e8res dans le processus d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale entre le Cameroun et les pays d\u2019Afrique centrale (1920-2016)<\/em>. Th\u00e8se de Doctorat\/Ph.D en Histoire des Relations Internationales, Universit\u00e9 de Dschang.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sarr,\u00a0Felwine. 2017. <em>Habiter le monde\u00a0: essai de politique relationnelle<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: M\u00e9moire d\u2019Encrier.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Smouts, Marie-Claude, Battistella, Dario et Vennesson, Pascal. 2006. <em>Dictionnaire des relations internationales<\/em> (2e \u00e9dition)<em>. <\/em>Paris\u00a0: Dalloz,.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Tshiyembe, Mwayila. 2010. <em>La politique \u00e9trang\u00e8re des grandes puissances.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Wikip\u00e9dia. 2020. <em>For\u00eat d\u2019Ebo<\/em>. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/For%C3%AAt_d%27Ebo\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/For%C3%AAt_d%27Ebo<\/a><\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/ludovic-boris-pountougnigni-njuh\">Ludovic Boris POUNTOUGNIGNI NJUH<\/a><\/strong><br \/>L\u2019auteur est titulaire d\u2019un doctorat Ph.D en Histoire des Relations Internationales. Il est Chercheur associ\u00e9 \u00e0 l\u2019Unit\u00e9 de Recherches Politiques, Strat\u00e9giques et Sociales (URPOSSOC) de l\u2019Universit\u00e9 de Dschang et charg\u00e9 des recherches au Centre Africain pour le D\u00e9veloppement Durable et l\u2019Environnement (CADDE) bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9. Ses recherches portent sur l\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale et les politiques des puissances en Afrique centrale depuis la fin du XIXe si\u00e8cle. Entre autres, il est co-auteur de deux ouvrages et auteur de plusieurs articles.<br \/>\nContact : ludovic.pountougnigni@univ-dschang.org<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":11,"menu_order":4,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["ludovic-boris-pountougnigni-njuh"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[166],"license":[],"class_list":["post-649","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-bassin-du-congo","motscles-biodiversite","motscles-colonisation","motscles-ecologie","motscles-environnement","motscles-geopolitique","keywords-biodiversity","keywords-colonisation","keywords-congo-basin","keywords-ecology","keywords-environment","keywords-geopolitics","motscles-autre-bioanuwai","motscles-autre-bonde-la-kongo","motscles-autre-jiografia-ya-mazingira","motscles-autre-utunzaji-wa-mazingira","contributor-ludovic-boris-pountougnigni-njuh"],"part":642,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/649","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/649\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1035,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/649\/revisions\/1035"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/642"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/649\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=649"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=649"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=649"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=649"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}