{"id":667,"date":"2021-04-14T22:26:31","date_gmt":"2021-04-14T20:26:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/?post_type=chapter&#038;p=667"},"modified":"2025-01-03T07:05:43","modified_gmt":"2025-01-03T06:05:43","slug":"perrin_et_linton2021","status":"web-only","type":"chapter","link":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/texte\/perrin_et_linton2021\/","title":{"rendered":"Perspectives sur la d\u00e9colonisation des savoirs de l\u2019eau dans un contexte fran\u00e7ais"},"content":{"raw":"<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les savoirs d\u00e9tiennent un r\u00f4le clef dans la production de l\u2019environnement\u00a0puisqu\u2019ils fondent, l\u00e9gitiment et cadrent l\u2019action publique (Carolan, 2006). Dans une sch\u00e9matisation simplifi\u00e9e et lin\u00e9aire de l\u2019action publique, la mobilisation des savoirs interviendrait d\u2019abord pour appr\u00e9hender et diagnostiquer un probl\u00e8me public \u00e9mergent ou reconnu, ensuite dans la constitution d\u2019une proposition d\u2019action, enfin dans les discours de l\u00e9gitimation et de communication. Aussi, en mati\u00e8re d\u2019environnement, le savoir de gouvernement (Innerarity, 2015), au sens d\u2019un ensemble de savoirs servant \u00e0 exercer un pouvoir de d\u00e9cision, est strat\u00e9gique pour d\u00e9terminer quels \u00e9l\u00e9ments sont l\u00e9gitimes en vue de guider l\u2019action et de contribuer \u00e0 ce que doit demeurer ou devenir l\u2019environnement. Il en d\u00e9coule des enjeux \u00e0 la fois sur le cr\u00e9dit accord\u00e9 aux savoirs de gouvernement et sur \u00ab\u00a0la repr\u00e9sentativit\u00e9 technico-scientifique de l\u2019expertise\u00a0\u00bb (Granjou, Mauz et Cosson, 2010, paragr.\u00a027) \u00e0 privil\u00e9gier pour d\u00e9cider comment gouverner les savoirs au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Partant, ces savoirs prennent place dans un jeu institutionnel compos\u00e9 d\u2019acteurs qui assurent des r\u00f4les diff\u00e9rents comme agr\u00e9gateur, commanditaire, fournisseur, financeur, producteur, utilisateur ou vulgarisateur. Pour autant, cette typologie fonctionnelle ne dit rien sur les facteurs de s\u00e9lection d\u2019un savoir appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre mobilis\u00e9 ou \u00e9cart\u00e9 pour la prise de d\u00e9cision, sur les rapports des acteurs \u00e0 une institution, un r\u00e9seau ou une communaut\u00e9, sur le contexte dans lequel un savoir a \u00e9t\u00e9 produit ou transmis. Le besoin de disposer d\u2019informations contextuelles justifie l\u2019importance d\u2019adopter une approche qualitative de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir expliquer la relation entre un savoir de gouvernement et le gouvernement du savoir. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut se plonger dans le c\u0153ur des savoirs pour saisir ce qui les distingue et les apparente du point de vue des acteurs qui les produisent et les mobilisent. Sans prendre part au processus de leur hi\u00e9rarchisation, ce travail interm\u00e9diaire permet alors de montrer quelles sont les plus-values de tous les savoirs et l\u2019utilit\u00e9 de capitaliser sur cette diversit\u00e9 des savoirs pour gouverner les enjeux environnementaux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour cela, une d\u00e9finition large du savoir est n\u00e9cessaire en tant que relation active et \u00e9volutive pour appr\u00e9hender, saisir et agir sur un milieu. Un savoir comprend des mani\u00e8res de faire\/de penser et d\u00e9coule de processus cognitifs (apprentissage, application), pratiques (savoir-faire, savoir incarn\u00e9\/incorpor\u00e9) et corporels (Merculieff, 2002). En postulant que le savoir n\u2019est pas un \u00ab savoir de \u00bb quelque chose, mais un savoir \u00ab \u00e0 partir de \u00bb ce quelque chose, cette d\u00e9finition s\u2019\u00e9carte \u00e0 la fois des acceptions purement th\u00e9oriques et de celles qui diff\u00e9rencient les connaissances individualis\u00e9es des savoirs cumulables. Dans la pr\u00e9sente analyse, nous recourons \u00e0 cette acception dynamique du savoir en raison de l\u2019attention port\u00e9e au rapport d\u2019un acteur au monde qui l\u2019entoure, \u00e0 la perception des ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019il observe dans son environnement. Cette d\u00e9finition rend possible d\u2019effectuer un pas dans la compr\u00e9hension de la diff\u00e9rence entre un savoir dit local, vernaculaire, profane, empirique ou citoyen et un savoir scientifique afin de ne pas nous contenter du seul crit\u00e8re de l\u2019origine du producteur\/d\u00e9tenteur de savoir et de saisir quels sont les rapports diff\u00e9rents aux savoirs et \u00e0 un environnement qui nous permettent <em>in fine<\/em> d\u2019identifier les fondements de leur distinction et d\u2019expliquer la l\u00e9gitimation du seuil du domaine dit scientifique.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 cette fin, nous nous sommes inspir\u00e9s du travail d\u2019Haraway (2007) pour qui le savoir n\u2019existe pas ind\u00e9pendamment d\u2019une qualification de ce savoir (scientifique, local, militant\u2026) et d\u00e9pend de la posture d\u2019un acteur vis-\u00e0-vis de son savoir aussi bien que les savoirs dits objectifs doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une forme de revendication. De fait, cette approche nous invite \u00e0 parler de savoir situ\u00e9 (au sens de contextualis\u00e9) en tant que perspective partielle qui implique de reconna\u00eetre les choix effectu\u00e9s qui ont construit ce m\u00eame savoir. Appr\u00e9hender un savoir de telle mani\u00e8re est la condition pour que leur mise en relation permette \u00e0 l\u2019analyse d\u2019une situation de gagner en objectivit\u00e9. Cette approche des savoirs par l\u2019analyse du discours et la transparence de l\u2019histoire des savoirs r\u00e9pond \u00e0 l\u2019\u00e9cueil des normes du vrai et de l\u2019irr\u00e9futable aussi bien que, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Arturo Escobar, nous adoptons \u00ab une position \u00e9thico-politique qui ne peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e comme vraie, mais plut\u00f4t \u00e9prouv\u00e9e et v\u00e9cue dans ses implications pratiques et politiques \u00bb (2018, p. 131). Elle suppose de produire une critique de l\u2019<em>episteme<\/em> moderne dominante pour d\u00e9montrer comment un savoir est produit \u00e0 partir de quelque chose et d\u2019une histoire. De mani\u00e8re compl\u00e9mentaire, notre reconnaissance de la validit\u00e9 des savoirs objectiv\u00e9s et des savoir-faire renvoie \u00e0 l\u2019absence de s\u00e9paration entre la perception et la cognition dont rend compte Ingold dans ses travaux. Cet anthropologue d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0lieux habit\u00e9s\u00a0\u00bb (2000) et d\u2019\u00ab \u00e9cologie du sensible\u00a0\u00bb (2013) dans lesquels prennent place les savoirs, au sens d\u2019un mode perceptuel et pratique qui engage l\u2019individu dans ses actions quotidiennes, contrastant avec les approches du savoir centr\u00e9es sur le d\u00e9sint\u00e9ressement et le d\u00e9tachement. La figure 1 rend compte de mani\u00e8re imag\u00e9e de la distinction \u00e9pist\u00e9mologique entre les savoirs objectiv\u00e9s et les savoir-faire\u00a0dans un environnement. Il r\u00e9v\u00e8le une logique relationnelle par laquelle un individu agit sur l\u2019environnement, non pas en opposant un int\u00e9rieur \u00e0 un ext\u00e9rieur, mais au travers d\u2019un enchev\u00eatrement de ses propres activit\u00e9s li\u00e9es au fonctionnement de ce m\u00eame environnement.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_668\" align=\"aligncenter\" width=\"470\"]<img class=\"wp-image-668 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-1-Perrin.png\" alt=\"\" width=\"470\" height=\"366\" \/> Figure 1. \u00ab\u00a0Deux visions de l\u2019environnement\u00a0\u00bb selon Tim Ingold, The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill, Londres, Routledge, 2000[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Une telle approche par les savoirs s\u2019explique par une ambition de restituer une certaine justice cognitive dans les savoirs de gouvernement de l\u2019environnement afin de favoriser plus de diversit\u00e9 et de dialogue. Par justice cognitive, il faut entendre \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galit\u00e9 en valeur de tous les savoirs humains, qu\u2019ils soient ou non scientifiques, pour assurer un d\u00e9veloppement social durable \u00bb (Visvanathan, 2009, en ligne, notre traduction). Tenant compte des arguments pr\u00e9sents dans la litt\u00e9rature scientifique sur l\u2019int\u00e9r\u00eat de valoriser tous les savoirs, nous voulons d\u00e9construire les processus de s\u00e9lection des savoirs au travers d\u2019une approche territoriale sur les savoirs de l\u2019eau que nous avons appel\u00e9e science territoriale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019approche de la science territoriale consiste, d\u2019une part, \u00e0 rendre compte des m\u00e9canismes qui g\u00e9n\u00e8rent la production des savoirs \u00e0 partir de ce territoire et, d\u2019autre part, \u00e0 favoriser la mise en relation de ces savoirs au sein m\u00eame de ce territoire. L\u2019id\u00e9e est de rapporter la diversit\u00e9 des savoirs de l\u2019eau sur un territoire donn\u00e9 et d\u2019identifier comment profiter au mieux de cette diversit\u00e9 au service des pratiques des institutions qui gouvernent les cours d\u2019eau en France. Une science territoriale ambitionne de maximiser la pratique de partage et d\u2019\u00e9change des savoirs diff\u00e9rents avec comme b\u00e9n\u00e9fice attendu d\u2019encourager les acteurs de savoir \u00e0 complexifier le regard sur leur territoire, comprenant parfois une pluralit\u00e9 de mani\u00e8res de le comprendre. Elle consiste finalement en la reconnaissance et la confrontation des savoirs d\u2019un territoire et non en une science \u00e0 proprement parler. Nous avons suppos\u00e9 que valoriser cette diversit\u00e9 et capitaliser sur ces apports permettraient \u00e0 la fois de mettre en perspective les convergences et les diff\u00e9rences entre ces savoirs, mais aussi de d\u00e9coloniser par \u00e9tapes la domination des savoirs dits scientifiques.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Pour concevoir cette approche territoriale visant \u00e0 limiter une domination \u00e9pist\u00e9mique et les effets de la hi\u00e9rarchisation des savoirs, nous avons trouv\u00e9 l\u2019inspiration du c\u00f4t\u00e9 de\u00a0la g\u00e9ographie des savoirs, c\u2019est-\u00e0-dire une analyse spatiale des pratiques de production et d\u2019usage des savoirs qui prend en compte les lieux et leurs significations. Les relations entre les savoirs et l\u2019espace permettent de r\u00e9v\u00e9ler \u00ab\u00a0how local particularities shape the ways scientific theories are encountered, mobilized, or discarded\u00a0\u00bb (Livingstone, 2003, p.\u00a015). Notre terrain d\u2019\u00e9tude est le bassin versant de la Dordogne qui a pour caract\u00e9ristique de disposer d\u2019une grande superficie (24\u00a0000\u00a0km2) et de traverser trois r\u00e9gions fran\u00e7aises (Auvergne-Rh\u00f4ne-Alpes, Nouvelle Aquitaine, Occitanie). Recouvrant un territoire d\u2019Est en Ouest allant du Massif Central \u00e0 l\u2019Atlantique, il se structure autour de la rivi\u00e8re-fleuve Dordogne et de ses nombreux affluents et sous-affluents.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_669\" align=\"aligncenter\" width=\"552\"]<img class=\"wp-image-669 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"552\" height=\"310\" \/> Figure 2. Le territoire du bassin versant de la Dordogne en France[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de notre m\u00e9thode de recherche, nous sommes partis d\u2019un travail d\u2019enqu\u00eate en recensant l\u2019ensemble des manifestations de savoirs (support de savoir transmissible \u00e0 d\u2019autres acteurs que leur d\u00e9tenteur) produits entre 1980 et 2018 sur ce territoire. Un travail bibliom\u00e9trique et d\u2019inspection des archives dans les principales biblioth\u00e8ques situ\u00e9es dans le bassin versant de la Dordogne a \u00e9t\u00e9 men\u00e9. L\u2019exhaustivit\u00e9 de cet inventaire \u00e9tant limit\u00e9e en raison de l\u2019absence d\u2019une plateforme qui indexe toutes les publications, il s\u2019agit d\u2019un travail qui demande du temps pour rechercher manuellement (\u00e0 partir de chaque objet d\u2019\u00e9tude et chaque institution identifi\u00e9e) chaque manifestation de savoir. En mati\u00e8re de gestion des eaux, ces manifestations de savoir interviennent dans de nombreux sujets tels que les formes de pollution, l\u2019am\u00e9nagement et le d\u00e9s-am\u00e9nagement des cours d\u2019eau, les mesures en faveur de la biodiversit\u00e9, la lutte contre les effets du changement climatique, les inondations\u2026 Malgr\u00e9 la mise en place d\u2019un cadre accueillant la diversit\u00e9 des savoirs, cette approche pr\u00e9sente un certain nombre de limites dont le fait qu\u2019elle \u00e9tudie uniquement les manifestations de savoir formalis\u00e9es (\u00e9crits, enregistr\u00e9s ou film\u00e9s), ce qui peut poser probl\u00e8me dans le cas de valorisation des savoirs qui ne reposent pas sur un support de transmission formelle. Par ailleurs, les cat\u00e9gorisations (types d\u2019acteurs, objets d\u2019\u00e9tude) auxquelles nous avons recouru, le choix de la langue ou les sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque territoire invitent \u00e0 adapter les enjeux de justice cognitive aux conditions locales de leur r\u00e9alisation.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Avant de pr\u00e9senter plus en d\u00e9tail la m\u00e9thodologie et les r\u00e9sultats de cette approche, nous tenons \u00e0 expliciter le contexte scientifique et gestionnaire dans lequel s\u2019est inscrite notre ambition de contribuer \u00e0 la justice cognitive des savoirs de l\u2019eau en France.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La place strat\u00e9gique des savoirs dans la production des cours d\u2019eau<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Robert King Merton (1949) relevait d\u00e9j\u00e0 en son temps le fait que le terme <em>knowledge<\/em>, traduisible \u00e0 la fois par savoir et connaissance en fran\u00e7ais, est ambigu. Ce terme peut rev\u00eatir \u00ab\u00a0des contenus fort diff\u00e9rents, voire oppos\u00e9s, par exemple la conscience, la compr\u00e9hension, la repr\u00e9sentation, l\u2019intuition, le sentiment, les sensations\u00a0\u00bb (Busino, 2007, p.\u00a057-58). Un savoir peut ainsi autant nommer des \u00e9l\u00e9ments de savoir en tant que tels que des processus cognitifs et pratiques.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une expertisation qui hi\u00e9rarchise les savoirs et invisibilise les savoirs dits locaux<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette plasticit\u00e9 du terme \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb s\u2019ajoute au fait qu\u2019il existe un nombre tr\u00e8s important de qualificatifs des savoirs. \u00c0 partir de la litt\u00e9rature acad\u00e9mique, nous les avons recens\u00e9s et class\u00e9s[footnote]Certaines d\u00e9nominations sont p\u00e9joratives tandis que d\u2019autres sont valoris\u00e9es par la langue fran\u00e7aise. Par ailleurs, certains savoirs peuvent correspondre \u00e0 plusieurs des types de savoirs list\u00e9s.[\/footnote] pour montrer la richesse des d\u00e9nominations.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. La d\u00e9nomination des types de savoirs dans la litt\u00e9rature scientifique<\/p>\r\n<img class=\"size-full wp-image-824 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-1_Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"657\" height=\"488\" \/>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Il importe ainsi d\u2019ouvrir la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb pour montrer ce qui rapproche et distingue deux de ces d\u00e9nominations, \u00e0 savoir les savoirs scientifiques et locaux. Ces derniers, parfois en qu\u00eate de \u00ab\u00a0reconnaissance\u00a0\u00bb (Barth\u00e9lemy, 2005), sont souvent pr\u00e9sent\u00e9s comme relevant de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0v\u00e9cue ou li\u00e9e \u00e0 l\u2019acquisition d\u2019\u00ab\u00a0une s\u00e9rie d\u2019unit\u00e9s d\u2019informations poss\u00e9d\u00e9es par celui (ou celle) qui met en \u0153uvre ce savoir [\u2026]\u00a0par une mise en coh\u00e9rence interne des unit\u00e9s d\u2019informations et sa mise en acte est un mouvement\u00a0\u00bb (Collignon, 2005, p.\u00a0323). Aujourd\u2019hui, \u00e0 la suite des campagnes scientifiques, ils peuvent \u00eatre archiv\u00e9s (Agrawal, 2002) dans des bases de donn\u00e9es et appr\u00e9ci\u00e9s comme compl\u00e9ments soumis \u00e0 la validation scientifique par d\u2019autres savoirs jug\u00e9s plus rigoureux. Au travers de ces processus de d\u00e9contextualisation et de d\u00e9naturalisation, ces savoirs sont extirp\u00e9s des lieux dans lesquels leur signification est pr\u00e9sente. Cet \u00e9cart entre les savoirs produits pour et par les lieux habit\u00e9s et les savoirs mobilis\u00e9s au nom de la gestion est renforc\u00e9 par un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019expertisation des savoirs (Petit et Barataud, 2015) bas\u00e9 sur un mod\u00e8le impersonnel de la science, d\u00e9tach\u00e9 des contextes de lieu et de temps, marqu\u00e9 par l\u2019objectivit\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 par une \u00ab\u00a0rupture \u00e9pist\u00e9mologique\u00a0\u00bb (Bachelard, 1938) avec l\u2019exp\u00e9rience quotidienne.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Du fait d\u2019une technicisation des savoirs et de cette expertisation, une certaine forme de violence \u00e9pist\u00e9mique peut intervenir amenant \u00e0 penser que les acteurs non professionnels qui vivent dans un environnement situ\u00e9 ne disposent pas eux-m\u00eames de savoirs ou ont recours \u00e0 des savoirs ill\u00e9gitimes avec pour effet que les d\u00e9tenteurs de savoirs dits locaux soient ignor\u00e9s, non mobilis\u00e9s ou consid\u00e9r\u00e9s comme de simples compl\u00e9ments \u00e0 d\u2019autres savoirs. La technicisation peut \u00e9galement \u00eatre un frein \u00e0 la politisation des enjeux et \u00e0 la promotion de la diversit\u00e9, participant \u00e0 une hi\u00e9rarchie implicite entre les savoirs au b\u00e9n\u00e9fice des savoirs dits scientifiques. Notre \u00ab\u00a0effort de d\u00e9colonisation \u00e9pist\u00e9mique\u00a0\u00bb (Sarna-Wojcicki, Perret, Eitzel, Fortmann, 2018) des savoirs de l\u2019eau en France est un d\u00e9fi pour parvenir \u00e0 s\u2019extirper de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la science dominante marqu\u00e9e par certains dualismes structurants tels que corps-esprit (<em>embrained knowledge-embodied knowledge<\/em>), raison-intuition, observation-sensation, universel-particulier, masculin-f\u00e9minin, r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle-repr\u00e9sentation mentale. Il en d\u00e9coule une pens\u00e9e dualiste structur\u00e9e qui favorise l\u2019abstraction et d\u00e9courage les initiatives cherchant \u00e0 relier les savoirs, aussi diff\u00e9rents soient-ils.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette ambition de mettre en rapport les savoirs se concr\u00e9tise par la mise en lumi\u00e8re du contexte de production d\u2019un savoir. La compr\u00e9hension du contexte de la production d\u2019un savoir demande d\u2019identifier pr\u00e9alablement un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments :<\/p>\r\n\r\n<ul>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">la g\u00e9ographie du savoir (objet d\u2019\u00e9tude et d\u2019action en question, localisation);<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie du savoir (histoire institutionnelle, les mani\u00e8res de rechercher et les m\u00e9thodes de production des savoirs en termes d\u2019apport heuristique et\/ou d\u2019enjeux pratiques);<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">le rapport au savoir et \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude (situ\u00e9e dans l\u2019espace) puisque nous consid\u00e9rons qu\u2019un savoir est produit \u00e0 partir de quelque chose;<\/li>\r\n \t<li style=\"text-align: justify\">les intentions initiales.<\/li>\r\n<\/ul>\r\n[caption id=\"attachment_672\" align=\"aligncenter\" width=\"700\"]<img class=\"wp-image-672 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"360\" \/> Figure 3. Identification des caract\u00e9ristiques d\u2019un savoir (Perrin, 2019)[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette figure d\u00e9construit chacune des dimensions d\u2019un savoir, correspondant en quelque sorte \u00e0 sa carte d\u2019identit\u00e9, en mettant en lumi\u00e8re des \u00e9l\u00e9ments sur son contexte et son contenu. Cette transparence renvoie \u00e0 la position sur l\u2019objectivit\u00e9 d\u2019Haraway selon laquelle tous les savoirs sont situ\u00e9s et renvoient \u00e0 des discours sur leur qualification. Cela permet ainsi de rendre compte des diverses mani\u00e8res de se situer par rapport \u00e0 une pratique, un espace et \u00e0 un savoir et de sortir de la passivit\u00e9 d\u2019un savoir que l\u2019on ne ferait que recevoir. Elle r\u00e9pond \u00e9galement \u00e0 un enjeu soulev\u00e9 par le tournant ontologique des sciences sociales, touchant fortement l\u2019anthropologie (Dianteill, 2015) et la g\u00e9ographie, au sens d\u2019un d\u00e9placement des questions d\u2019ordre \u00e9pist\u00e9mologique autour du savoir vers celles de l\u2019\u00eatre et des th\u00e9ories de l\u2019existence (Henare, Holbraad et Wastell,\u00a02006). Se conformer \u00e0 la transparence r\u00e9pond \u00e0 une exigence de la colonialit\u00e9 du savoir (Lander, 2000; Grosfoguel, 2007) en tant que premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019\u00e9mancipation pour \u00e9clairer une <em>episteme<\/em> du passage du \u00ab\u00a0savoir de quelque chose\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0savoir \u00e0 partir de quelque chose\u00a0\u00bb. La revalorisation des savoirs dits locaux passe ainsi par une meilleure confrontation avec ce qui les distingue des savoirs scientifiques en invoquant la d\u00e9marche analytique, la relation entre exp\u00e9rience et th\u00e9orie ou encore les parts discursive, situ\u00e9e et v\u00e9cue du savoir.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Enjeux de mise en pratique de la diversit\u00e9 des savoirs de l\u2019eau en France<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Alors que le nombre de publications n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9, posant au passage des probl\u00e8mes d\u2019attention (Della Briotta Parolo <em>et al.<\/em>, 2015) et de temps pour consid\u00e9rer cet afflux de travaux, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des savoirs scientifiques (Krishna, 1996) provient des pratiques historiques des syst\u00e8mes administratifs des \u00c9tats modernes (Scott, 1998) qui, par leur regard uniformisateur, accordent une pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces savoirs (techniques, scientifiques) au d\u00e9triment de la diversit\u00e9 locale. Scott a utilis\u00e9 le terme \u00ab\u00a0lisibilit\u00e9\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire les moyens et les m\u00e9thodes par lesquels l\u2019\u00c9tat a cherch\u00e9 \u2013 directement ou indirectement \u2013 \u00e0 faire le point sur les caract\u00e9ristiques de l\u2019environnement naturel. De telles m\u00e9thodes sont celles qui rendent l\u2019eau \u00ab\u00a0lisible\u00a0\u00bb pour satisfaire son ambition de la ma\u00eetriser.\u00a0Malgr\u00e9 une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019efforts et d\u2019approches d\u00e9velopp\u00e9es pour int\u00e9grer diff\u00e9rents savoirs dans les processus de gestion de l\u2019eau, cette forte orientation structurelle vers les savoirs\/connaissances techniques et scientifiques se pr\u00eate \u00e0 des fins instrumentales (Krueger <em>et al.<\/em>, 2016) qui interrogent le gouvernement du savoir. Aussi, notre analyse entend reconsid\u00e9rer aussi bien les savoirs scientifiques de mani\u00e8re non h\u00e9g\u00e9monique pour prot\u00e9ger et valoriser la diversit\u00e9 des savoirs que les pratiques institutionnelles au c\u0153ur de leur hi\u00e9rarchisation. Nous relevons plusieurs enjeux ayant trait \u00e0 la mise en pratique de la diversit\u00e9 des savoirs et \u00e0 ces pratiques de d\u00e9cision \u00e0 privil\u00e9gier.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019une part, l\u2019utilit\u00e9 que pourrait pr\u00e9senter le fait d\u2019int\u00e9grer plusieurs types de savoir (en termes d\u2019origine, de contexte, d\u2019int\u00e9r\u00eat, d\u2019\u00e9chelle et d\u2019approche, etc.) dans les savoirs mis \u00e0 disposition pour gouverner les cours d\u2019eau se situe \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. Le premier niveau est \u00e9thique en tant que droit \u00e0 \u00eatre reconnu, \u00e0 participer, \u00e0 s\u2019engager et \u00e0 s\u2019exercer sur le plan du savoir. Cet enjeu \u00e9thique renvoie au besoin d\u2019\u00eatre reconnu comme acteur et de d\u00e9ployer sa \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9 scientifique\u00a0\u00bb (Piron, 2010). De telles initiatives rompraient avec les injustices \u00e9pist\u00e9miques en tant qu\u2019incapacit\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 faire valoir leur statut de personnes fiables et comp\u00e9tentes en mati\u00e8re de production et de transmission des connaissances\u00a0\u00bb (Medina, 2013, p.\u00a028). Le respect de cette forme de justice r\u00e9pond \u00e0 une exigence d\u00e9mocratique extensive sur le plan du savoir \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9viter la concentration d\u2019un \u00ab\u00a0savoir-pouvoir\u00a0\u00bb unique, au sens d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8re et exclusive de comprendre quelque chose, au profit d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de \u00ab\u00a0pouvoir-savoir\u00a0\u00bb (Foucault, 1975). Recourir \u00e0 une diversit\u00e9 de savoirs et de types de d\u00e9tenteur favoriserait la discussion sur les savoirs devant \u00eatre mobilis\u00e9s pour l\u2019action, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019effet des bo\u00eetes noires.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me niveau est heuristique et concerne la production m\u00eame d\u2019un savoir. Lorsque plusieurs d\u00e9tenteurs de savoirs sont amen\u00e9s \u00e0 travailler ensemble,<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">cette mise en commun de savoirs et de connaissances diverses doit \u00eatre con\u00e7ue comme un assemblage \u00e9pist\u00e9mique dont toutes les facettes sont \u00e9galement offertes \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019ensemble des parties prenantes par chacune de ces derni\u00e8res en ce qui concerne son domaine de comp\u00e9tences. [\u2026] L\u2019assemblage \u00e9pist\u00e9mique propre \u00e0 cette conception de l\u2019expertise sociotechnique est d\u2019autant plus souhaitable que nos soci\u00e9t\u00e9s fond\u00e9es sur la connaissance se veulent innovatrices. \u00c0 cette fin, elles cherchent \u00e0 exploiter les gisements de cr\u00e9ativit\u00e9 existant parmi l\u2019ensemble des acteurs, ainsi qu\u2019\u00e0 instaurer des conditions favorables \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de gisements in\u00e9dits. [\u2026] La raison pratique de cette f\u00e9condit\u00e9 se trouve dans la rencontre de contenus, m\u00e9thodes et pratiques scientifiques, qui provoquent une fertilisation crois\u00e9e de savoirs pluriels autour d\u2019un m\u00eame objet (Ancori, 2012, p.\u00a0219).<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La richesse des \u00e9changes dans la production des savoirs entre des acteurs diff\u00e9rents r\u00e9pond \u00e0 la fois au d\u00e9fi de la sur-sp\u00e9cialisation disciplinaire (Lahire, 2012) et \u00e0 celui de l\u2019enjeu heuristique de chaque recherche qui peut s\u2019appuyer sur des assemblages \u00e9pist\u00e9miques pour reprendre le mot de l\u2019auteur de la citation en amont.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le niveau pratique se mat\u00e9rialise en termes de qualit\u00e9 de gestion. En effet, l\u2019apprentissage par l\u2019\u00e9change et l\u2019exp\u00e9rimentation est une voie possible pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019enjeu de \u00ab\u00a0situational legitimacy\u00a0\u00bb (Jasanoff et Martello, 2004) et au hiatus entre les savoirs dits th\u00e9oriques et les \u00ab\u00a0savoirs actionnables\u00a0\u00bb\u00a0(Avenier,\u00a0Schmitt, 2007) mobilis\u00e9s sur le terrain. Les relations entre les savoirs et la gestion rel\u00e8vent de configuration, laquelle d\u00e9pend elle-m\u00eame de la volont\u00e9 des acteurs institutionnels de s\u2019ouvrir \u00e0 d\u2019autres acteurs de savoirs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autre part, les pratiques institutionnelles\u00a0des acteurs, qui d\u00e9cident de mobiliser les savoirs du gouvernement de l\u2019eau, sont au centre des processus d\u00e9mocratiques du management des savoirs (Mbengue, 2004). Elles rel\u00e8vent de plusieurs \u00e9chelons\u00a0: europ\u00e9en, national, par agence de l\u2019eau et des niveaux plus locaux avec plusieurs formes d\u2019\u00e9tablissements publics de coop\u00e9ration intercommunale comme les \u00e9tablissements publics territoriaux de bassin, les syndicats de rivi\u00e8re et les collectivit\u00e9s territoriales qui disposent de comp\u00e9tences grandissantes en mati\u00e8re de gestion de l\u2019eau. Ces m\u00eames acteurs disposent de plusieurs r\u00f4les en rapport avec les savoirs\u00a0: ils peuvent ainsi commander, financer, encadrer, mobiliser ou produire par eux-m\u00eames des \u00e9tudes servant leurs missions. C\u2019est pourquoi, dans la qu\u00eate de compr\u00e9hension des strat\u00e9gies de mobilisation des savoirs permettant de concr\u00e9tiser une justice cognitive, il convient d\u2019entrer dans la complexit\u00e9 des relations entre les savoirs et la gestion en sortant des dualismes structurants acteur\/d\u00e9cision, savoir\/application, fait\/valeur (Latour, 2012). Cette complexit\u00e9 revient \u00e0 s\u2019attacher aux processus de s\u00e9lection \u00e0\u00a0travers :<\/p>\r\n\r\n<ul style=\"text-align: justify\">\r\n \t<li>leur circulation \/transmission (dans des r\u00e9seaux, par le truchement de cultures \u00e9pist\u00e9miques et de communaut\u00e9s \u00e9pist\u00e9miques\u2026);<\/li>\r\n \t<li>la justification formul\u00e9e favorisant la l\u00e9gitimation d\u2019un savoir;<\/li>\r\n \t<li>sa finalit\u00e9 (mission acad\u00e9mique, aide \u00e0 la d\u00e9cision, suivi de donn\u00e9es, r\u00e9alisation d\u2019un diagnostic\u2026).<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau du bassin versant de la Dordogne, nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la concr\u00e9tisation de ces enjeux de reconnaissance des savoirs dits locaux et \u00e0 la mani\u00e8re de rendre plus transparent leur devenir dans le processus de prise de d\u00e9cision.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">La science territoriale\u00a0: apports et limites \u00e0 la d\u00e9colonisation des savoirs<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La science territoriale a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme un outil m\u00e9thodologique capable de donner un aper\u00e7u g\u00e9n\u00e9ral des grandes tendances de la production des savoirs recens\u00e9s. Il peut servir, sur un plan heuristique, \u00e0 mettre en perspective toutes les manifestations li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau sur le territoire d\u2019\u00e9tude du bassin versant de la Dordogne. Enfin, il peut soutenir la gestion des savoirs d\u2019un territoire en favorisant la discussion \u00e0 partir de la diversit\u00e9 des savoirs recens\u00e9s. Nous allons \u00e0 pr\u00e9sent expliciter ces trois dimensions plus en d\u00e9tail.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une approche de la science territoriale qui ouvre la bo\u00eete noire du gouvernement des savoirs<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s avoir inventori\u00e9 les manifestations de savoir, nous les avons class\u00e9es en fonction de leur provenance, des acteurs et actrices dit\u00b7e\u00b7s acad\u00e9miques (universit\u00e9s, centres de recherche), des acteurs et actrices dit\u00b7e\u00b7s professionnel\u00b7le\u00b7s (gestionnaires, bureaux d\u2019\u00e9tude, consultant\u00b7e\u00b7s, conservateurs et conservatrices de mus\u00e9e\u2026), des acteurs et actrices dit\u00b7e\u00b7s citoyen\u00b7ne\u00b7s (individus isol\u00e9s, soci\u00e9t\u00e9 civile, soci\u00e9t\u00e9s savantes) et d\u2019acteurs et d\u2019actrices en formation (stagiaires, projet tutor\u00e9 d\u2019\u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s). Aussi, nous avons recens\u00e9 un peu plus de mille manifestations r\u00e9parties ainsi qu\u2019il suit.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_673\" align=\"aligncenter\" width=\"476\"]<img class=\"wp-image-673 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-4-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"476\" height=\"252\" \/> Figure 4. Nombre de manifestations de savoir par type de producteur[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9f\u00e9ren\u00e7ant les manifestations de savoir entre 1980 et 2018, les r\u00e9sultats de l\u2019approche de la science territoriale donnent \u00e0 voir un panorama des savoirs formalis\u00e9s sur ce territoire de l\u2019eau. Il permet de croiser les donn\u00e9es dans le temps et l\u2019espace entre les types d\u2019acteurs[footnote]Nous ne faisons plus r\u00e9f\u00e9rence dans la suite de l\u2019article aux acteurs ou actrices en formation, car ils ou elles ne sont pas \u00e0 l\u2019origine de leurs savoirs (commande du ma\u00eetre de stage).[\/footnote] et les objets d\u2019\u00e9tude.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Les objets d\u2019\u00e9tude les plus \u00e9tudi\u00e9s par cat\u00e9gorie d\u2019acteurs<\/p>\r\n<img class=\"size-full wp-image-826 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-2_Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"528\" height=\"290\" \/>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Les diff\u00e9rences entre les acteurs ou actrices acad\u00e9miques et professionnel\u00b7le\u00b7s sont assez minces en termes d\u2019objet d\u2019\u00e9tude tandis que les citoyen\u00b7ne\u00b7s ont produit des manifestations sur des objets d\u2019\u00e9tude bien diff\u00e9rents. Ces dernier\u00b7e\u00b7s ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se concentrer sur le patrimoine qui repr\u00e9sente l\u2019histoire de leurs territoires \u00e0 l\u2019instar des moulins, des ponts, des fontaines, des lavoirs ou encore des paysages. L\u2019histoire de la navigation est \u00e9galement particuli\u00e8rement travaill\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_674\" align=\"aligncenter\" width=\"468\"]<img class=\"wp-image-674 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-5-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"290\" \/> Figure 5. Nombre total des manifestations de savoir par d\u00e9cennie[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pouvons constater le nombre croissant de manifestations au fil des d\u00e9cennies tous acteurs confondus. La m\u00eame dynamique est visible pour chaque type d\u2019acteurs.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_675\" align=\"aligncenter\" width=\"363\"]<img class=\"wp-image-675 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"363\" height=\"663\" \/> Figure 6. Comparaison spatiale des eaux le plus \u00e9tudi\u00e9es par les trois types d\u2019acteurs (Perrin et Cerbelaud, 2019)[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">La figure 6 rend visible le fait que les acteurs et actrices acad\u00e9miques ont beaucoup travaill\u00e9 sur les estuaires et sur la rivi\u00e8re Dordogne, ce qui s\u2019explique par la sp\u00e9cialisation zonale de deux \u00e9quipes de recherche depuis pr\u00e8s de trente ans\u00a0: IRSTEA (devenue INRAE en 2020) et l\u2019Universit\u00e9 Bordeaux I. Les manifestations des acteurs et actrices professionnel\u00b7le\u00b7s sont plut\u00f4t bien r\u00e9parties sur le bassin avec certes un nombre substantiel de manifestations sur la rivi\u00e8re-fleuve Dordogne en raison d\u2019un fort int\u00e9r\u00eat pour les barrages, les \u00e9clus\u00e9es et les poissons migrateurs. Concernant les citoyens\u00b7ne\u00b7s, nous faisons remarquer que le choix de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tel territoire ou telles eaux est plut\u00f4t vari\u00e9 et d\u00e9pend beaucoup des dynamiques locales port\u00e9es par des associations ou soci\u00e9t\u00e9s savantes mobilis\u00e9es.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse crois\u00e9e des donn\u00e9es permet de faire une analyse comparative pour identifier les convergences et les diff\u00e9rences entre les manifestations des acteurs. Au sujet des collaborations entre les types d\u2019acteurs, nous avons d\u00e9nombr\u00e9 31 collaborations (avec pour crit\u00e8re le fait de se pr\u00e9senter comme co-auteur) entre des acteurs et actrices acad\u00e9miques et professionnel\u00b7le\u00b7s qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 36 manifestations. Ces acteurs et actrices professionnel\u00b7le\u00b7s pr\u00e9sentent un profil diversifi\u00e9 avec les acteurs associatifs, les bureaux d\u2019\u00e9tudes, les fonctionnaires d\u2019\u00c9tat ou issu\u00b7e\u00b7s des collectivit\u00e9s territoriales, ainsi que de grosses entreprises (Total, EDF). En revanche, nous n\u2019avons pas comptabilis\u00e9 de collaboration entre les acteurs et actrices acad\u00e9miques\/professionnel\u00b7l\u00b7s et les citoyen\u00b7ne\u00b7s. D\u2019une part, l\u2019absence de projets de science participative en rapport avec l\u2019eau sur ce bassin versant peut constituer un facteur explicatif. D\u2019autre part, les manifestations des citoyen\u00b7ne\u00b7s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es tant\u00f4t dans le cadre d\u2019une d\u00e9marche individuelle, tant\u00f4t en lien avec une structure tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9e et des ambitions localis\u00e9es. En croisant ces r\u00e9sultats, une certaine interrogation \u00e9merge quant \u00e0 une \u00e9ventuelle r\u00e9partition (non pr\u00e9vue, inconsciente ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e) des savoirs par territoire de l\u2019eau entre les acteurs et actrices acad\u00e9miques et professionnel\u00b7le\u00b7s. Les exemples des eaux de l\u2019estuaire (acteurs et actrices acad\u00e9miques) ou des eaux \u00e0 proximit\u00e9 des barrages (acteurs ou actrices professionnel\u00b7le\u00b7s) le laissent penser.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Si, du point de vue quantitatif de l\u2019inventaire, des d\u00e9s\u00e9quilibres existent entre disciplines, objets d\u2019\u00e9tude et acteurs producteurs, il y a malgr\u00e9 tout une diversit\u00e9 de manifestations et une dynamique positive et durable dans le temps dont les gestionnaires peuvent tirer profit pour renforcer les \u00e9changes entre les d\u00e9tenteurs de savoir. Par cons\u00e9quent, cette analyse quantitative a apport\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments d\u2019identification des forces en pr\u00e9sence et de compr\u00e9hension sur les dynamiques, mais elle ne dit rien sur la mani\u00e8re de favoriser une justice cognitive et une d\u00e9colonisation des savoirs.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Par la suite, en nous int\u00e9ressant \u00e0 la mobilisation de ces manifestations, nous avons reconstruit le cheminement de certaines d\u2019entre elles mobilis\u00e9es ou non dans la gestion de ce territoire. Cela nous a permis de mod\u00e9liser le processus de s\u00e9lection de savoirs qui permet d\u2019expliquer pourquoi certains savoirs sont l\u00e9gitim\u00e9s et\/ou mobilis\u00e9s pour la gestion.<\/p>\r\n\r\n\r\n[caption id=\"attachment_676\" align=\"aligncenter\" width=\"616\"]<img class=\"wp-image-676 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"616\" height=\"313\" \/> Figure 7. Le processus de s\u00e9lection des savoirs (Perrin, 2019)[\/caption]\r\n<p style=\"text-align: justify\">Le sch\u00e9ma 7, qui part des manifestations de savoir, montre que lorsque les savoirs sont formalis\u00e9s, transmissibles et accessibles, ils peuvent \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9s et mobilis\u00e9s \u00e0 la condition de remplir un certain nombre de facteurs-crit\u00e8res. Ces facteurs, aussi bien structurels que contextuels par rapport \u00e0 l\u2019enjeu ou aux caract\u00e9ristiques du savoir, mettent ainsi en \u00e9vidence l\u2019importance de l\u2019histoire d\u2019un savoir (financement, commande), le r\u00f4le de la confiance et des r\u00e9seaux dans la circulation des savoirs, le poids du registre du savoir (discipline, formation du producteur, l\u00e9gitim\u00e9\u2026). Lorsque des savoirs sont l\u00e9gitim\u00e9s, ils peuvent jouer des r\u00f4les directs ou indirects et participer activement au gouvernement du territoire. Cela est manifeste pour les savoirs dits acad\u00e9miques et professionnels sur les barrages ou la biodiversit\u00e9. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, dans le cas o\u00f9 des savoirs ne sont pas l\u00e9gitim\u00e9s comme sur les petits ouvrages hydrauliques ou les inondations, les facteurs identifi\u00e9s peuvent expliquer le pourquoi. Aussi, ces facteurs tiennent un r\u00f4le clef dans l\u2019\u00e9ventuelle hi\u00e9rarchisation des savoirs qui pose les enjeux de r\u00e9seaux de savoirs et de capacit\u00e9 d\u2019ouverture \u00e0 la diversit\u00e9 des savoirs. La difficult\u00e9 d\u2019une telle entreprise d\u2019\u00e9tude de circulation des savoirs est d\u2019\u00eatre en capacit\u00e9 de r\u00e9aliser une \u00e9tude de cas fine manifestation par manifestation pour expliquer la pr\u00e9pond\u00e9rance de certains facteurs par rapport \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cette vue d\u2019ensemble doit gagner en clart\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une analyse plus qualitative pour saisir les processus et moteurs qui ont favoris\u00e9 ce panorama de savoirs. Pour cela, nous avons r\u00e9alis\u00e9 une vingtaine d\u2019entretiens[footnote]Dans le d\u00e9tail, nous avons rencontr\u00e9 12 acteurs citoyens, 9 acteurs professionnels, 3 acteurs acad\u00e9miques avec des questions sur leurs motivations, leurs r\u00e9seaux de savoir et leurs rapports \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude et au territoire.[\/footnote], lanc\u00e9 un questionnaire[footnote]Ils ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 destination d\u2019autres producteurs de savoir que les personnes interrog\u00e9es. Ces questionnaires ont connu un taux de r\u00e9ponse de pr\u00e8s de 32\u00a0% avec 14 questionnaires retourn\u00e9s.[\/footnote] et organis\u00e9 un atelier participatif[footnote]Organis\u00e9s en juin 2019, une vingtaine d\u2019acteurs (acad\u00e9miques, professionnels et citoyens) \u00e9taient pr\u00e9sents. Cet atelier fut l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir collectivement \u00e0 la diversit\u00e9 des savoirs li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau sur ce territoire et \u00e0 d\u00e9terminer comment les valoriser pour optimiser leurs mobilisations.[\/footnote] afin de mieux contextualiser la production et la mobilisation des savoirs des acteurs \u00e9tudi\u00e9s. Symboliquement, par rapport \u00e0 notre approche par les savoirs, nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 les participants en fonction de leur appartenance aux trois cat\u00e9gories d\u2019acteurs pour nous diff\u00e9rencier des pratiques de participation bas\u00e9es sur la repr\u00e9sentation de divers int\u00e9r\u00eats ou d\u2019enjeux.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Cet int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 la diversit\u00e9 des savoirs comporte plusieurs avantages selon les mots des acteurs citoyens et professionnels du bassin (recueillis entre avril et mai 2019 par questionnaire) :<\/p>\r\n\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la diversit\u00e9 et aux diff\u00e9rences de parcours et d\u2019exp\u00e9riences; travail plus large \u00e0 d\u2019autres niveaux et \u00e9chelles que mon p\u00e9rim\u00e8tre; apporter ma pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice; prendre le temps de se pencher sur des sujets plus vastes et compl\u00e9mentaires; retour au local et aux savoirs locaux.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Concernant l\u2019\u00e9tat des savoirs, nous avons remarqu\u00e9 une diff\u00e9rence assez nette entre les producteurs et utilisateurs de savoir. Tandis que les premiers se situent souvent dans une optique de recherche et d\u2019acquisition de donn\u00e9es (voire d\u2019exp\u00e9rimentation), les seconds estiment majoritairement que les savoirs actuels sur le territoire sont suffisants pour pouvoir le g\u00e9rer et qu\u2019il ne reste que quelques pratiques \u00e0 perfectionner comme mieux faire conna\u00eetre et compiler les donn\u00e9es ou faciliter et valoriser les retours d\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la question ouverte \u00ab\u00a0pourquoi vouloir savoir quelque chose\u00a0\u00bb, les acteurs avanc\u00e8rent les r\u00e9ponses suivantes class\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9croissante par nombre d\u2019occurrences\u00a0: une preuve d\u2019attachement, la curiosit\u00e9 (\u00ab\u00a0li\u00e9 \u00e0 mon attachement territorial, \u00e0 mes origines\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pour le sujet\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0app\u00e9tence pour l\u2019acquisition de nouveaux savoirs\u00a0\u00bb), une marque de respect (\u00ab\u00a0pour le milieu naturel et le patrimoine\u00a0\u00bb), pour \u00eatre utile en disposant de savoirs plus solides (\u00ab\u00a0il ne suffit pas de dire que c\u2019est joli, il faut savoir comment et par qui toutes ces merveilles sont parvenues jusqu\u2019\u00e0 nous et la pr\u00e9server pour le futur\u00a0\u00bb), partager, protester. La relation \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude est plurielle apr\u00e8s analyse des r\u00e9ponses des acteurs. Les \u00e9l\u00e9ments les plus cit\u00e9s dans le questionnaire ont \u00e9t\u00e9 une relation \u00ab\u00a0directe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0concr\u00e8te\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0v\u00e9cue\u00a0\u00bb. Par cat\u00e9gorie d\u2019acteurs, le terme \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb revient plus souvent chez les acteurs acad\u00e9miques et professionnels tandis que le terme \u00ab\u00a0affectif\u00a0\u00bb est davantage choisi par les citoyens. Cette analyse de contenu des discours formul\u00e9s durant cette \u00e9tape qualitative de la recherche permet de comprendre quelles sont les diff\u00e9rentes relations entre le d\u00e9tenteur de savoir et l\u2019objet d\u2019\u00e9tude, ainsi que les motivations de d\u00e9part. En revanche, elle ne donne pas lieu \u00e0 une caract\u00e9risation des facteurs associ\u00e9s \u00e0 la relation du d\u00e9tenteur d\u2019un savoir au connu. Dit autrement, la trop grande diversit\u00e9 et mixit\u00e9 des pratiques des acteurs \u00e9tudi\u00e9s (lecture, travail en laboratoire, pr\u00e9l\u00e8vement, instrumentation, observation visuelle, abstraction, recoupage d\u2019informations, travail analytique\u2026) rend difficile d\u2019expliquer (hormis le statut et la fonction professionnels) pourquoi un acteur revendique un savoir scientifique ou local et ce qui le s\u00e9pare durant l\u2019acte de production, \u00e0 l\u2019exception du travail de v\u00e9rification effectu\u00e9 par les pair\u00b7e\u00b7s dans la recherche acad\u00e9mique.<\/p>\r\n\r\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une approche qui demande \u00e0 aller encore plus loin dans l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie et la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes de la hi\u00e9rarchisation<\/h3>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9colonisation des savoirs dominants servant \u00e0 la gestion de l\u2019eau implique de suivre de pr\u00e8s le management des savoirs sur ce m\u00eame territoire afin d\u2019identifier comment r\u00e9duire la domination des r\u00e9seaux de savoirs \u00e9pist\u00e9miques et d\u00e9construire la hi\u00e9rarchisation bas\u00e9e sur un prestige acad\u00e9mique et technique. Ce management des savoirs consiste en un travail qui nous semble sous-estim\u00e9 dans la gestion de l\u2019eau et qu\u2019il convient de penser pour installer sciemment la mise en place des dispositifs de production, de combinaison, voire de confrontation des savoirs. \u00c0 cette fin, nous souhaitons pr\u00e9senter des pistes en tant que levier pour cr\u00e9er plus de passerelles entre les diff\u00e9rents d\u00e9tenteurs de savoirs. Elles visent \u00e0 favoriser un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne et <em>bottom up<\/em> de la production et diffusion de savoirs \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re proposition revient \u00e0 b\u00e2tir une plateforme qui assurerait deux fonctions indispensables de mani\u00e8re \u00e0 renforcer la science territoriale sur le bassin\u00a0: rendre accessible d\u2019une part l\u2019ensemble des savoirs manifest\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 un travail de veille scientifique territoriale et de mise en ligne sur une plateforme et r\u00e9f\u00e9rencer et cartographier d\u2019autre part les acteurs de mani\u00e8re \u00e0 faciliter les prises de contact et la construction de projets. Nous justifions l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette plateforme par le fait que des territoires peuvent \u00eatre morcel\u00e9s en subdivision administrative donnant lieu \u00e0 des r\u00e9seaux de savoirs diff\u00e9rents. Cette plateforme jouerait finalement le r\u00f4le de liant pour favoriser le travail collaboratif entre les diff\u00e9rents d\u00e9tenteurs de savoir. La deuxi\u00e8me proposition consiste \u00e0 mettre en place une boutique des savoirs (Savoia <em>et al.<\/em>, 2017) pour recenser les demandes de r\u00e9alisation d\u2019\u00e9tudes sur des sujets sp\u00e9cifiques (baignade, inondation, p\u00eache, pollution, risques divers...) et, au besoin, construire des ponts entre les secteurs\/sp\u00e9cialit\u00e9s\/usages (sant\u00e9, \u00e9ducation, risques...). Aussi, une boutique des savoirs cr\u00e9erait l\u2019interface entre tous ces acteurs et offrirait par cons\u00e9quent l\u2019opportunit\u00e9 \u00e0 des citoyen\u00b7ne\u00b7s d\u2019avoir recours et acc\u00e8s, de mani\u00e8re gratuite ou peu on\u00e9reuse, \u00e0 la production de savoir sur les sujets qui les int\u00e9ressent\/inqui\u00e8tent. Il s\u2019agit d\u2019un outil de d\u00e9mocratie pour d\u00e9terminer ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre mieux ou plus \u00e9tudi\u00e9.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, la troisi\u00e8me proposition a trait \u00e0 l\u2019installation d\u2019une acad\u00e9mie des savoirs pour chaque institution charg\u00e9e de g\u00e9rer l\u2019environnement \u00e0 un niveau local. Alors qu\u2019en France certaines structures gestionnaires de l\u2019environnement (Espaces Naturels Sensibles, Parcs Naturels R\u00e9gionaux, Parcs Nationaux, r\u00e9serves Biosph\u00e8re) optent pour la mise en place de Conseils Scientifiques, une Acad\u00e9mie des savoirs du territoire nous semble plus adapt\u00e9e pour faire travailler ensemble les d\u00e9tenteurs de savoir. \u00c0 l\u2019instar des Conseils Scientifiques, cette instance de d\u00e9mocratie des savoirs r\u00e9fl\u00e9chirait \u00e0 un bilan des manifestations de savoir produites, au r\u00f4le de ces savoirs dans la gestion, \u00e0 l\u2019identification de besoins de recherche, \u00e0 la concordance de la strat\u00e9gie de recherche avec l\u2019identit\u00e9 du territoire. Mais une telle acad\u00e9mie aurait pour particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre compos\u00e9e d\u2019un profil diversifi\u00e9 d\u2019acteur non pas en fonction des disciplines acad\u00e9miques, mais des diff\u00e9rents types d\u2019acteurs de savoir (acad\u00e9miques, professionnels, citoyens) que nous avons \u00e9tudi\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019approche de la science territoriale.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet article, nous avons d\u00e9crit l\u2019approche de la science territoriale pour expliquer comment promouvoir un pluralisme \u00e9pist\u00e9mologique sur un territoire donn\u00e9. L\u2019approche de la science territoriale revient \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux ressorts de la diversit\u00e9 des savoirs au sein d\u2019un territoire pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leur articulation de mani\u00e8re la plus utile pour les acteurs et pour la gestion d\u2019un territoire. La science territoriale met au premier plan la dimension \u00e9pist\u00e9mique en permettant de partir du terrain et des forces en pr\u00e9sence pour obtenir un panorama des savoirs d\u2019un territoire.<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify\">Ce faisant, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 certains des fondements th\u00e9oriques de cette approche, nous avons entrepris une analyse \u00e9pist\u00e9mique s\u2019appliquant au projet plus large de la d\u00e9colonisation des savoirs sur ce m\u00eame territoire de gestion. Aussi, le projet que nous avons men\u00e9 dans le bassin de la Dordogne repr\u00e9sente une premi\u00e8re \u00e9tape limit\u00e9e dans cette ambition symbolis\u00e9e par l\u2019id\u00e9al de justice cognitive. Au travers d\u2019une analyse qualitative, nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la construction de chaque manifestation de savoir pour d\u00e9velopper une grille d\u2019analyse rendant compte de la contextualisation des savoirs recens\u00e9s. Or, la multiplicit\u00e9 des rapports \u00e0 \u00e9tudier (aux savoirs, au territoire, \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude\u2026) rend l\u2019op\u00e9ration de recherche p\u00e9rilleuse. Les prochaines \u00e9tapes et les pistes potentielles pour la continuer pourraient inclure une analyse plus approfondie des facteurs perceptifs et ph\u00e9nom\u00e9nologiques associ\u00e9s \u00e0 la production de diff\u00e9rents savoirs. En effet, la relation du connaissant au connu pourrait \u00eatre oppos\u00e9e entre des m\u00e9thodes scientifiques objectives et des savoirs pratiques et locaux acquis par un engagement direct sur le territoire.<\/p>\r\n\r\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agrawal,\u00a0Arun. 2002.\u00a0Classification des savoirs autochtones : la dimension politique.\u00a0<em>Revue internationale des sciences sociales<\/em>, <em>173<\/em>(3), 325-336. DOI : 10.3917\/riss.173.0325<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ancori, Bernard. 2012. La production et la circulation des connaissances scientifiques et des savoirs profanes dans nos soci\u00e9t\u00e9s techniciennes. Dans Fr\u00e9d\u00e9ric Darbellay (dir.), <em>La Circulation des savoirs. Interdisciplinarit\u00e9s, concepts nomades, analogies, m\u00e9taphores<\/em> (p.\u00a0203-240). BernePeter Lang SA.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Avenier,\u00a0Marie-Jos\u00e9 et\u00a0Christophe Schmitt. 2007. \u00c9laborer des savoirs actionnables et les communiquer \u00e0 des managers.\u00a0<em>Revue fran\u00e7aise de gestion<\/em>, <em>174<\/em>(5), 25-42.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bachelard, Gaston. 1938. <em>La Formation de l\u2019esprit scientifique\u00a0: contribution \u00e0 une psychanalyse de la connaissance<\/em>. Paris\u00a0: Vrin.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barth\u00e9lemy, Carole. 2005. Les savoirs locaux : entre connaissances et reconnaissance.\u00a0<em>VertigO - la revue \u00e9lectronique en sciences de l'environnement<\/em>\u00a0[En ligne], 6(1). DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.2997\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.2997<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Busino, Giovanni. 2007. Mat\u00e9riaux pour l\u2019histoire de la sociologie de la connaissance.\u00a0<em>Revue europ\u00e9enne des sciences sociales<\/em>, <em>139<\/em>(45), 57-190.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Carolan, Micka\u00ebl. 2006. Scientific knowledge and environmental policy: why science needs values. <em>Environmental Sciences<\/em>, 3(4), 229-237. DOI: 10.1080\/15693430601058224<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Collignon, B\u00e9atrice. 2005. Que sait-on des savoirs g\u00e9ographiques vernaculaires?. <em>Bulletin de l\u2019Association de g\u00e9ographes fran\u00e7ais<\/em>, <em>82<\/em>(3), 321-331.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Della Briotta Parolo, Pietro,\u00a0Kumar Pan, Raj,\u00a0Ghosh, Rumi,\u00a0 Huberman, Bernardo A.,\u00a0Kaski, Kimmo et Fortunato, Santo. 2015. Attention decay in science. <em>Journal of Informetrics<\/em>, <em>9<\/em>, 734-745.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dianteill, Erwan. 2015. Ontologie et anthropologie.\u00a0<em>Revue europ\u00e9enne des sciences sociales<\/em>\u00a0[En ligne], <em>53<\/em>(2). DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/ress.3314\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/ress.3314<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Escobar, Arturo. 2018. <em>Sentir-penser avec la terre\u00a0: une \u00e9cologie au-del\u00e0 de l\u2019Occident. <\/em>Paris\u00a0: Seuil<em>.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Foucault, Michel. 1975. <em>Surveiller et punir<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Granjou, C\u00e9line, Mauz,\u00a0Isabelle et Arnaud Cosson. 2010.\u00a0<em>Le recours aux savoirs dans l\u2019action publique environnementale\u00a0: un foisonnement exp\u00e9rimental<\/em>.\u00a0<em>Sciences de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>\u00a0[En ligne], 79. DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/sds.2799\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/sds.2799<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grosfoguel, Ram\u00f3n\u00a0(dir.). 2007.\u00a0<em>El giro decolonial. Reflexiones para una diversidad epist\u00e9mica m\u00e1s all\u00e1 del capitalismo global<\/em>. Bogot\u00e1 : Siglo del Hombre.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haraway, Donna. 2007.\u00a0<em>Manifeste cyborg et autres essais: sciences, fictions, f\u00e9minismes. <\/em>Paris\u00a0: EXILS \u00e9diteur<em>.<\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Henare, Amria, Holbraad, Martin et Sari Wastell.\u00a02006. <em>Thinking Through Things, Theorising Artefacts Ethnographically<\/em>. London : Routledge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ingold, Tim. 2013. <em>Marcher avec les dragons<\/em> (P. Madelin, trad.). Bruxelles\u00a0: Zones Sensibles.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ingold, Tim. 2000. <em>The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill<\/em>. London : Routledge.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Innerarity, Daniel. 2015. <em>D\u00e9mocratie et soci\u00e9t\u00e9 de la connaissance <\/em>(S. Champeau, trad.). Grenoble\u00a0: PUG.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jasanoff, Sheila et\u00a0Marybeth Martello (dir.). 2004. <em>Earthly politics: Local and global in environmental governance<\/em>.\u00a0Cambridge\u00a0:\u00a0MIT Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Krishna, Venni. 1996. La contestation de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie techno-scientifique en Inde. Dans Waast, Roland (dir.), <em>Les Sciences au Sud\u00a0: \u00e9tat des lieux<\/em> (p.\u00a0283-301). Paris\u00a0: Orstom.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Krueger, Tobias, <em>et al.<\/em> 2016. A transdisciplinary account of water research. <em>WIRES Water<\/em>, 3(3), 369-389. Doi: 10.1002\/wat2.1132<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lahire, Bernard. 2012.\u00a0Des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de la division scientifique du travail sur l\u2019\u00e9volution de la sociologie.\u00a0<em>SociologieS<\/em>. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/sociologies\/3799\">http:\/\/journals.openedition.org\/sociologies\/3799<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lander,\u00a0Edgardo\u00a0(dir.). 2000.\u00a0<em>La Colonialidad del saber: eurocentrismo y ciencias sociales. Perspectivas Latinoamericanas<\/em>. Buenos Aires : CLACSO.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Latour, Bruno. 2012. <em>Enqu\u00eate sur les modes d\u2019existence. Une anthropologie des Modernes<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Livingstone, David N. 2003. <em>Putting science in its place: geographies of scientific knowledge<\/em>. Chicago: The University of Chicago Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loupsans,\u00a0Delphine,\u00a0Gramaglia,\u00a0Christelle. 2011.\u00a0L'expertise sous tensions. Cultures \u00e9pist\u00e9miques et politiques \u00e0 l'\u00e9preuve de l'\u00e9criture de la directive-cadre europ\u00e9enne sur l'eau.\u00a0<em>L'Europe en Formation<\/em>, <em>361<\/em>(3), 87-114. DOI : 10.3917\/eufor.361.0087<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbengue, Ababacar. 2004.\u00a0Management des savoirs.\u00a0<em>Revue fran\u00e7aise de gestion<\/em>, <em>149<\/em>(2), 13-31. DOI : 10.3166\/rfg.149.13-31.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Medina, Jos\u00e9. 2013. <em>The epistemology of resistance: Gender and Racial Oppression, Epistemic Injustice, and Resistant Imaginations<\/em>. Oxford: Oxford University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Merculieff, Larry. 2002. Linking Traditional Knowledge and Wisdom to Ecosystem Based Approaches to Research and Management: Supporting a Marginalized Way of Knowing. Ethnobiology and Biocultural Diversity. <em>Proceedings of the Seventh International Congress of Ethnobiology, The International Society of Ethnobiology<\/em>, 523-531.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Merton, Robert King. 1949. <em>Social Theory and Social Structure. <\/em><em>New-York : Free Press. <\/em><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Petit,\u00a0Sandrine et Fabienne Barataud. 2015. L\u2019eau, source de savoirs : analyse de situations d\u2019expertise dans des bassins versants agricoles.\u00a0<em>VertigO - la revue \u00e9lectronique en sciences de l'environnement<\/em>\u00a0[En ligne], <em>15<\/em>(1). DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.15938\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.15938<\/a><\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piron, Florence. 2010.\u00a0La citoyennet\u00e9 scientifique contre l\u2019\u00e9conomie marchande du savoir. Un enjeu d\u2019\u00e9thique publique. <em>\u00c9thique publique<\/em>, <em>12<\/em>(1), 79-104.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sarna-Wojcicki,\u00a0Daniel,\u00a0Perret,\u00a0Margaret,\u00a0Eitzel,\u00a0M. V. et Louise Fortmann. 2018. O\u00f9 sont pass\u00e9\u00b7e\u00b7s les coauteurs\u00b7trices? Les pratiques d\u2019autorat dans la recherche participative.\u00a0<em>Revue d\u2019anthropologie des connaissances<\/em>, <em>12<\/em>(2), 323-360.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Savoia, Annunziata <em>et al.<\/em> 2017.\u00a0The Science Shop Concept and its Implementation in a French University. <em>Journal of Innovation Economics &amp; Management<\/em>, <em>22<\/em>(1), 97-117.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Scott, James C. 1998.\u00a0<em>Seeing like a State -How Certain Schemes to Improve Human Condition Have Failed. <\/em><em>Yale: <\/em>Yale University Press.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Smadja,\u00a0David. 2012.\u00a0La bo\u00eete noire de la controverse.\u00a0<em>Raisons politiques<\/em>, 47(3), 5-11. DOI : 10.3917\/rai.047.0005<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Visvanathan, Shiv, 2009. The Search for Cognitive Justice. <em>Seminar 597\u00a0: Knowledge in question<\/em>. Disponible \u00e0 l\u2019adresse : https:\/\/www.india-seminar.com\/2009\/597\/597_shiv_visvanathan.htm<\/p>","rendered":"<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet article d\u00e9crit les fondements et les r\u00e9sultats d\u2019un projet consistant \u00e0 valoriser un pluralisme \u00e9pist\u00e9mologique en rapport avec les savoirs de l\u2019eau sur un territoire d\u2019\u00e9tude en France. Inspir\u00e9e par des auteurs h\u00e9t\u00e9rodoxes (Escobar, Haraway, Ingold), l\u2019approche que nous appelons \u00ab\u00a0la science territoriale\u00a0\u00bb est une tentative \u00e0 la fois pour mieux int\u00e9grer la diversit\u00e9 des savoirs et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la meilleure mani\u00e8re de promouvoir une \u00ab\u00a0justice cognitive\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/eau\/\">eau<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/gestion\/\">gestion<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/justice\/\">justice<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/savoir\/\">savoir<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles\/territoire\/\">territoire<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Abstract&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">This article describes a project to promote an epistemological pluralism in a given territory in relation to the river management. Inspired by heterodox authors (Escobar, Haraway, Ingold), the approach we call \u00ab\u00a0territorial science\u00a0\u00bb is an attempt both to better integrate the diversity of knowledge and to think about the best way to promoting \u00ab\u00a0cognitive justice\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Keywords&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/justice\/\">justice<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/knowledge\/\">knowledge<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/management\/\">management<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/territory\/\">territory<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/keywords\/water\/\">water<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 (malgache)&nbsp;: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 12.0pt\">Ity lahatsoratra ity dia manoritsoritra ny fototra sy ny valin&rsquo;ny tetikasa iray misy amin&rsquo;ny fampiroboroboana ny pluralism epistemolojika mifandraika amin&rsquo;ny fahalal\u00e0n&rsquo;ny rano amin&rsquo;ny faritra fikarohana any Frantsa. Nahazo aingam-panahy avy amin&rsquo;ny mpanoratra heterodoksa (Escobar, Haraway, Ingold), ny fomba fiantsoantsika hoe \u00ab\u00a0siansa territorial\u00a0\u00bb dia andrana hampifangaro tsara kokoa ny fahasamihafan&rsquo;ny fahalalana sy hieritreretana ny fomba tsara indrindra hampiroboroboana ny \u00ab\u00a0rariny ara-tsaina\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Mots-cl\u00e9s (malgache)&nbsp;: <\/strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/fahalalana\/\">fahalalana<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/fahamarinana\/\">fahamarinana<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/faritany\/\">faritany<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/fitantanana\/\">fitantanana<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/motscles-autre\/rano\/\">rano<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Historique de l&rsquo;article<\/strong><br \/><strong>Date de r\u00e9ception&nbsp;: <\/strong>4 octobre 2020<br \/><strong>Date d&rsquo;acceptation&nbsp;: <\/strong>6 d\u00e9cembre 2020<br \/><strong>Date de publication&nbsp;: <\/strong>4 juin 2021<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"metadata\">\n<p><strong>Type de texte&nbsp;: <\/strong>Article<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Introduction<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Les savoirs d\u00e9tiennent un r\u00f4le clef dans la production de l\u2019environnement\u00a0puisqu\u2019ils fondent, l\u00e9gitiment et cadrent l\u2019action publique (Carolan, 2006). Dans une sch\u00e9matisation simplifi\u00e9e et lin\u00e9aire de l\u2019action publique, la mobilisation des savoirs interviendrait d\u2019abord pour appr\u00e9hender et diagnostiquer un probl\u00e8me public \u00e9mergent ou reconnu, ensuite dans la constitution d\u2019une proposition d\u2019action, enfin dans les discours de l\u00e9gitimation et de communication. Aussi, en mati\u00e8re d\u2019environnement, le savoir de gouvernement (Innerarity, 2015), au sens d\u2019un ensemble de savoirs servant \u00e0 exercer un pouvoir de d\u00e9cision, est strat\u00e9gique pour d\u00e9terminer quels \u00e9l\u00e9ments sont l\u00e9gitimes en vue de guider l\u2019action et de contribuer \u00e0 ce que doit demeurer ou devenir l\u2019environnement. Il en d\u00e9coule des enjeux \u00e0 la fois sur le cr\u00e9dit accord\u00e9 aux savoirs de gouvernement et sur \u00ab\u00a0la repr\u00e9sentativit\u00e9 technico-scientifique de l\u2019expertise\u00a0\u00bb (Granjou, Mauz et Cosson, 2010, paragr.\u00a027) \u00e0 privil\u00e9gier pour d\u00e9cider comment gouverner les savoirs au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Partant, ces savoirs prennent place dans un jeu institutionnel compos\u00e9 d\u2019acteurs qui assurent des r\u00f4les diff\u00e9rents comme agr\u00e9gateur, commanditaire, fournisseur, financeur, producteur, utilisateur ou vulgarisateur. Pour autant, cette typologie fonctionnelle ne dit rien sur les facteurs de s\u00e9lection d\u2019un savoir appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre mobilis\u00e9 ou \u00e9cart\u00e9 pour la prise de d\u00e9cision, sur les rapports des acteurs \u00e0 une institution, un r\u00e9seau ou une communaut\u00e9, sur le contexte dans lequel un savoir a \u00e9t\u00e9 produit ou transmis. Le besoin de disposer d\u2019informations contextuelles justifie l\u2019importance d\u2019adopter une approche qualitative de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir expliquer la relation entre un savoir de gouvernement et le gouvernement du savoir. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut se plonger dans le c\u0153ur des savoirs pour saisir ce qui les distingue et les apparente du point de vue des acteurs qui les produisent et les mobilisent. Sans prendre part au processus de leur hi\u00e9rarchisation, ce travail interm\u00e9diaire permet alors de montrer quelles sont les plus-values de tous les savoirs et l\u2019utilit\u00e9 de capitaliser sur cette diversit\u00e9 des savoirs pour gouverner les enjeux environnementaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour cela, une d\u00e9finition large du savoir est n\u00e9cessaire en tant que relation active et \u00e9volutive pour appr\u00e9hender, saisir et agir sur un milieu. Un savoir comprend des mani\u00e8res de faire\/de penser et d\u00e9coule de processus cognitifs (apprentissage, application), pratiques (savoir-faire, savoir incarn\u00e9\/incorpor\u00e9) et corporels (Merculieff, 2002). En postulant que le savoir n\u2019est pas un \u00ab savoir de \u00bb quelque chose, mais un savoir \u00ab \u00e0 partir de \u00bb ce quelque chose, cette d\u00e9finition s\u2019\u00e9carte \u00e0 la fois des acceptions purement th\u00e9oriques et de celles qui diff\u00e9rencient les connaissances individualis\u00e9es des savoirs cumulables. Dans la pr\u00e9sente analyse, nous recourons \u00e0 cette acception dynamique du savoir en raison de l\u2019attention port\u00e9e au rapport d\u2019un acteur au monde qui l\u2019entoure, \u00e0 la perception des ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019il observe dans son environnement. Cette d\u00e9finition rend possible d\u2019effectuer un pas dans la compr\u00e9hension de la diff\u00e9rence entre un savoir dit local, vernaculaire, profane, empirique ou citoyen et un savoir scientifique afin de ne pas nous contenter du seul crit\u00e8re de l\u2019origine du producteur\/d\u00e9tenteur de savoir et de saisir quels sont les rapports diff\u00e9rents aux savoirs et \u00e0 un environnement qui nous permettent <em>in fine<\/em> d\u2019identifier les fondements de leur distinction et d\u2019expliquer la l\u00e9gitimation du seuil du domaine dit scientifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 cette fin, nous nous sommes inspir\u00e9s du travail d\u2019Haraway (2007) pour qui le savoir n\u2019existe pas ind\u00e9pendamment d\u2019une qualification de ce savoir (scientifique, local, militant\u2026) et d\u00e9pend de la posture d\u2019un acteur vis-\u00e0-vis de son savoir aussi bien que les savoirs dits objectifs doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une forme de revendication. De fait, cette approche nous invite \u00e0 parler de savoir situ\u00e9 (au sens de contextualis\u00e9) en tant que perspective partielle qui implique de reconna\u00eetre les choix effectu\u00e9s qui ont construit ce m\u00eame savoir. Appr\u00e9hender un savoir de telle mani\u00e8re est la condition pour que leur mise en relation permette \u00e0 l\u2019analyse d\u2019une situation de gagner en objectivit\u00e9. Cette approche des savoirs par l\u2019analyse du discours et la transparence de l\u2019histoire des savoirs r\u00e9pond \u00e0 l\u2019\u00e9cueil des normes du vrai et de l\u2019irr\u00e9futable aussi bien que, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Arturo Escobar, nous adoptons \u00ab une position \u00e9thico-politique qui ne peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e comme vraie, mais plut\u00f4t \u00e9prouv\u00e9e et v\u00e9cue dans ses implications pratiques et politiques \u00bb (2018, p. 131). Elle suppose de produire une critique de l\u2019<em>episteme<\/em> moderne dominante pour d\u00e9montrer comment un savoir est produit \u00e0 partir de quelque chose et d\u2019une histoire. De mani\u00e8re compl\u00e9mentaire, notre reconnaissance de la validit\u00e9 des savoirs objectiv\u00e9s et des savoir-faire renvoie \u00e0 l\u2019absence de s\u00e9paration entre la perception et la cognition dont rend compte Ingold dans ses travaux. Cet anthropologue d\u00e9veloppe l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0lieux habit\u00e9s\u00a0\u00bb (2000) et d\u2019\u00ab \u00e9cologie du sensible\u00a0\u00bb (2013) dans lesquels prennent place les savoirs, au sens d\u2019un mode perceptuel et pratique qui engage l\u2019individu dans ses actions quotidiennes, contrastant avec les approches du savoir centr\u00e9es sur le d\u00e9sint\u00e9ressement et le d\u00e9tachement. La figure 1 rend compte de mani\u00e8re imag\u00e9e de la distinction \u00e9pist\u00e9mologique entre les savoirs objectiv\u00e9s et les savoir-faire\u00a0dans un environnement. Il r\u00e9v\u00e8le une logique relationnelle par laquelle un individu agit sur l\u2019environnement, non pas en opposant un int\u00e9rieur \u00e0 un ext\u00e9rieur, mais au travers d\u2019un enchev\u00eatrement de ses propres activit\u00e9s li\u00e9es au fonctionnement de ce m\u00eame environnement.<\/p>\n<figure id=\"attachment_668\" aria-describedby=\"caption-attachment-668\" style=\"width: 470px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-668 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-1-Perrin.png\" alt=\"\" width=\"470\" height=\"366\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-1-Perrin.png 498w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-1-Perrin-300x234.png 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-1-Perrin-65x51.png 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-1-Perrin-225x175.png 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-1-Perrin-350x273.png 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 470px) 100vw, 470px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-668\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1. \u00ab\u00a0Deux visions de l\u2019environnement\u00a0\u00bb selon Tim Ingold, The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill, Londres, Routledge, 2000<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Une telle approche par les savoirs s\u2019explique par une ambition de restituer une certaine justice cognitive dans les savoirs de gouvernement de l\u2019environnement afin de favoriser plus de diversit\u00e9 et de dialogue. Par justice cognitive, il faut entendre \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9galit\u00e9 en valeur de tous les savoirs humains, qu\u2019ils soient ou non scientifiques, pour assurer un d\u00e9veloppement social durable \u00bb (Visvanathan, 2009, en ligne, notre traduction). Tenant compte des arguments pr\u00e9sents dans la litt\u00e9rature scientifique sur l\u2019int\u00e9r\u00eat de valoriser tous les savoirs, nous voulons d\u00e9construire les processus de s\u00e9lection des savoirs au travers d\u2019une approche territoriale sur les savoirs de l\u2019eau que nous avons appel\u00e9e science territoriale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019approche de la science territoriale consiste, d\u2019une part, \u00e0 rendre compte des m\u00e9canismes qui g\u00e9n\u00e8rent la production des savoirs \u00e0 partir de ce territoire et, d\u2019autre part, \u00e0 favoriser la mise en relation de ces savoirs au sein m\u00eame de ce territoire. L\u2019id\u00e9e est de rapporter la diversit\u00e9 des savoirs de l\u2019eau sur un territoire donn\u00e9 et d\u2019identifier comment profiter au mieux de cette diversit\u00e9 au service des pratiques des institutions qui gouvernent les cours d\u2019eau en France. Une science territoriale ambitionne de maximiser la pratique de partage et d\u2019\u00e9change des savoirs diff\u00e9rents avec comme b\u00e9n\u00e9fice attendu d\u2019encourager les acteurs de savoir \u00e0 complexifier le regard sur leur territoire, comprenant parfois une pluralit\u00e9 de mani\u00e8res de le comprendre. Elle consiste finalement en la reconnaissance et la confrontation des savoirs d\u2019un territoire et non en une science \u00e0 proprement parler. Nous avons suppos\u00e9 que valoriser cette diversit\u00e9 et capitaliser sur ces apports permettraient \u00e0 la fois de mettre en perspective les convergences et les diff\u00e9rences entre ces savoirs, mais aussi de d\u00e9coloniser par \u00e9tapes la domination des savoirs dits scientifiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour concevoir cette approche territoriale visant \u00e0 limiter une domination \u00e9pist\u00e9mique et les effets de la hi\u00e9rarchisation des savoirs, nous avons trouv\u00e9 l\u2019inspiration du c\u00f4t\u00e9 de\u00a0la g\u00e9ographie des savoirs, c\u2019est-\u00e0-dire une analyse spatiale des pratiques de production et d\u2019usage des savoirs qui prend en compte les lieux et leurs significations. Les relations entre les savoirs et l\u2019espace permettent de r\u00e9v\u00e9ler \u00ab\u00a0how local particularities shape the ways scientific theories are encountered, mobilized, or discarded\u00a0\u00bb (Livingstone, 2003, p.\u00a015). Notre terrain d\u2019\u00e9tude est le bassin versant de la Dordogne qui a pour caract\u00e9ristique de disposer d\u2019une grande superficie (24\u00a0000\u00a0km2) et de traverser trois r\u00e9gions fran\u00e7aises (Auvergne-Rh\u00f4ne-Alpes, Nouvelle Aquitaine, Occitanie). Recouvrant un territoire d\u2019Est en Ouest allant du Massif Central \u00e0 l\u2019Atlantique, il se structure autour de la rivi\u00e8re-fleuve Dordogne et de ses nombreux affluents et sous-affluents.<\/p>\n<figure id=\"attachment_669\" aria-describedby=\"caption-attachment-669\" style=\"width: 552px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-669 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"552\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin.jpg 1280w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin-65x37.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin-225x127.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-2-Perrin-350x197.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 552px) 100vw, 552px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-669\" class=\"wp-caption-text\">Figure 2. Le territoire du bassin versant de la Dordogne en France<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Du point de notre m\u00e9thode de recherche, nous sommes partis d\u2019un travail d\u2019enqu\u00eate en recensant l\u2019ensemble des manifestations de savoirs (support de savoir transmissible \u00e0 d\u2019autres acteurs que leur d\u00e9tenteur) produits entre 1980 et 2018 sur ce territoire. Un travail bibliom\u00e9trique et d\u2019inspection des archives dans les principales biblioth\u00e8ques situ\u00e9es dans le bassin versant de la Dordogne a \u00e9t\u00e9 men\u00e9. L\u2019exhaustivit\u00e9 de cet inventaire \u00e9tant limit\u00e9e en raison de l\u2019absence d\u2019une plateforme qui indexe toutes les publications, il s\u2019agit d\u2019un travail qui demande du temps pour rechercher manuellement (\u00e0 partir de chaque objet d\u2019\u00e9tude et chaque institution identifi\u00e9e) chaque manifestation de savoir. En mati\u00e8re de gestion des eaux, ces manifestations de savoir interviennent dans de nombreux sujets tels que les formes de pollution, l\u2019am\u00e9nagement et le d\u00e9s-am\u00e9nagement des cours d\u2019eau, les mesures en faveur de la biodiversit\u00e9, la lutte contre les effets du changement climatique, les inondations\u2026 Malgr\u00e9 la mise en place d\u2019un cadre accueillant la diversit\u00e9 des savoirs, cette approche pr\u00e9sente un certain nombre de limites dont le fait qu\u2019elle \u00e9tudie uniquement les manifestations de savoir formalis\u00e9es (\u00e9crits, enregistr\u00e9s ou film\u00e9s), ce qui peut poser probl\u00e8me dans le cas de valorisation des savoirs qui ne reposent pas sur un support de transmission formelle. Par ailleurs, les cat\u00e9gorisations (types d\u2019acteurs, objets d\u2019\u00e9tude) auxquelles nous avons recouru, le choix de la langue ou les sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque territoire invitent \u00e0 adapter les enjeux de justice cognitive aux conditions locales de leur r\u00e9alisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avant de pr\u00e9senter plus en d\u00e9tail la m\u00e9thodologie et les r\u00e9sultats de cette approche, nous tenons \u00e0 expliciter le contexte scientifique et gestionnaire dans lequel s\u2019est inscrite notre ambition de contribuer \u00e0 la justice cognitive des savoirs de l\u2019eau en France.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La place strat\u00e9gique des savoirs dans la production des cours d\u2019eau<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Robert King Merton (1949) relevait d\u00e9j\u00e0 en son temps le fait que le terme <em>knowledge<\/em>, traduisible \u00e0 la fois par savoir et connaissance en fran\u00e7ais, est ambigu. Ce terme peut rev\u00eatir \u00ab\u00a0des contenus fort diff\u00e9rents, voire oppos\u00e9s, par exemple la conscience, la compr\u00e9hension, la repr\u00e9sentation, l\u2019intuition, le sentiment, les sensations\u00a0\u00bb (Busino, 2007, p.\u00a057-58). Un savoir peut ainsi autant nommer des \u00e9l\u00e9ments de savoir en tant que tels que des processus cognitifs et pratiques.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une expertisation qui hi\u00e9rarchise les savoirs et invisibilise les savoirs dits locaux<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette plasticit\u00e9 du terme \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb s\u2019ajoute au fait qu\u2019il existe un nombre tr\u00e8s important de qualificatifs des savoirs. \u00c0 partir de la litt\u00e9rature acad\u00e9mique, nous les avons recens\u00e9s et class\u00e9s<a class=\"footnote\" title=\"Certaines d\u00e9nominations sont p\u00e9joratives tandis que d\u2019autres sont valoris\u00e9es par la langue fran\u00e7aise. Par ailleurs, certains savoirs peuvent correspondre \u00e0 plusieurs des types de savoirs list\u00e9s.\" id=\"return-footnote-667-1\" href=\"#footnote-667-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> pour montrer la richesse des d\u00e9nominations.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 1. La d\u00e9nomination des types de savoirs dans la litt\u00e9rature scientifique<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-824 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-1_Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"657\" height=\"488\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-1_Perrin.jpg 657w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-1_Perrin-300x223.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-1_Perrin-65x48.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-1_Perrin-225x167.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-1_Perrin-350x260.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 657px) 100vw, 657px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il importe ainsi d\u2019ouvrir la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb pour montrer ce qui rapproche et distingue deux de ces d\u00e9nominations, \u00e0 savoir les savoirs scientifiques et locaux. Ces derniers, parfois en qu\u00eate de \u00ab\u00a0reconnaissance\u00a0\u00bb (Barth\u00e9lemy, 2005), sont souvent pr\u00e9sent\u00e9s comme relevant de l\u2019exp\u00e9rience\u00a0v\u00e9cue ou li\u00e9e \u00e0 l\u2019acquisition d\u2019\u00ab\u00a0une s\u00e9rie d\u2019unit\u00e9s d\u2019informations poss\u00e9d\u00e9es par celui (ou celle) qui met en \u0153uvre ce savoir [\u2026]\u00a0par une mise en coh\u00e9rence interne des unit\u00e9s d\u2019informations et sa mise en acte est un mouvement\u00a0\u00bb (Collignon, 2005, p.\u00a0323). Aujourd\u2019hui, \u00e0 la suite des campagnes scientifiques, ils peuvent \u00eatre archiv\u00e9s (Agrawal, 2002) dans des bases de donn\u00e9es et appr\u00e9ci\u00e9s comme compl\u00e9ments soumis \u00e0 la validation scientifique par d\u2019autres savoirs jug\u00e9s plus rigoureux. Au travers de ces processus de d\u00e9contextualisation et de d\u00e9naturalisation, ces savoirs sont extirp\u00e9s des lieux dans lesquels leur signification est pr\u00e9sente. Cet \u00e9cart entre les savoirs produits pour et par les lieux habit\u00e9s et les savoirs mobilis\u00e9s au nom de la gestion est renforc\u00e9 par un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019expertisation des savoirs (Petit et Barataud, 2015) bas\u00e9 sur un mod\u00e8le impersonnel de la science, d\u00e9tach\u00e9 des contextes de lieu et de temps, marqu\u00e9 par l\u2019objectivit\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 par une \u00ab\u00a0rupture \u00e9pist\u00e9mologique\u00a0\u00bb (Bachelard, 1938) avec l\u2019exp\u00e9rience quotidienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du fait d\u2019une technicisation des savoirs et de cette expertisation, une certaine forme de violence \u00e9pist\u00e9mique peut intervenir amenant \u00e0 penser que les acteurs non professionnels qui vivent dans un environnement situ\u00e9 ne disposent pas eux-m\u00eames de savoirs ou ont recours \u00e0 des savoirs ill\u00e9gitimes avec pour effet que les d\u00e9tenteurs de savoirs dits locaux soient ignor\u00e9s, non mobilis\u00e9s ou consid\u00e9r\u00e9s comme de simples compl\u00e9ments \u00e0 d\u2019autres savoirs. La technicisation peut \u00e9galement \u00eatre un frein \u00e0 la politisation des enjeux et \u00e0 la promotion de la diversit\u00e9, participant \u00e0 une hi\u00e9rarchie implicite entre les savoirs au b\u00e9n\u00e9fice des savoirs dits scientifiques. Notre \u00ab\u00a0effort de d\u00e9colonisation \u00e9pist\u00e9mique\u00a0\u00bb (Sarna-Wojcicki, Perret, Eitzel, Fortmann, 2018) des savoirs de l\u2019eau en France est un d\u00e9fi pour parvenir \u00e0 s\u2019extirper de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la science dominante marqu\u00e9e par certains dualismes structurants tels que corps-esprit (<em>embrained knowledge-embodied knowledge<\/em>), raison-intuition, observation-sensation, universel-particulier, masculin-f\u00e9minin, r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle-repr\u00e9sentation mentale. Il en d\u00e9coule une pens\u00e9e dualiste structur\u00e9e qui favorise l\u2019abstraction et d\u00e9courage les initiatives cherchant \u00e0 relier les savoirs, aussi diff\u00e9rents soient-ils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette ambition de mettre en rapport les savoirs se concr\u00e9tise par la mise en lumi\u00e8re du contexte de production d\u2019un savoir. La compr\u00e9hension du contexte de la production d\u2019un savoir demande d\u2019identifier pr\u00e9alablement un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify\">la g\u00e9ographie du savoir (objet d\u2019\u00e9tude et d\u2019action en question, localisation);<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie du savoir (histoire institutionnelle, les mani\u00e8res de rechercher et les m\u00e9thodes de production des savoirs en termes d\u2019apport heuristique et\/ou d\u2019enjeux pratiques);<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">le rapport au savoir et \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude (situ\u00e9e dans l\u2019espace) puisque nous consid\u00e9rons qu\u2019un savoir est produit \u00e0 partir de quelque chose;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify\">les intentions initiales.<\/li>\n<\/ul>\n<figure id=\"attachment_672\" aria-describedby=\"caption-attachment-672\" style=\"width: 700px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-672 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin.jpg 1079w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin-300x154.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin-1024x526.jpg 1024w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin-768x394.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin-65x33.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin-225x116.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-3-Perrin-350x180.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-672\" class=\"wp-caption-text\">Figure 3. Identification des caract\u00e9ristiques d\u2019un savoir (Perrin, 2019)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette figure d\u00e9construit chacune des dimensions d\u2019un savoir, correspondant en quelque sorte \u00e0 sa carte d\u2019identit\u00e9, en mettant en lumi\u00e8re des \u00e9l\u00e9ments sur son contexte et son contenu. Cette transparence renvoie \u00e0 la position sur l\u2019objectivit\u00e9 d\u2019Haraway selon laquelle tous les savoirs sont situ\u00e9s et renvoient \u00e0 des discours sur leur qualification. Cela permet ainsi de rendre compte des diverses mani\u00e8res de se situer par rapport \u00e0 une pratique, un espace et \u00e0 un savoir et de sortir de la passivit\u00e9 d\u2019un savoir que l\u2019on ne ferait que recevoir. Elle r\u00e9pond \u00e9galement \u00e0 un enjeu soulev\u00e9 par le tournant ontologique des sciences sociales, touchant fortement l\u2019anthropologie (Dianteill, 2015) et la g\u00e9ographie, au sens d\u2019un d\u00e9placement des questions d\u2019ordre \u00e9pist\u00e9mologique autour du savoir vers celles de l\u2019\u00eatre et des th\u00e9ories de l\u2019existence (Henare, Holbraad et Wastell,\u00a02006). Se conformer \u00e0 la transparence r\u00e9pond \u00e0 une exigence de la colonialit\u00e9 du savoir (Lander, 2000; Grosfoguel, 2007) en tant que premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019\u00e9mancipation pour \u00e9clairer une <em>episteme<\/em> du passage du \u00ab\u00a0savoir de quelque chose\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0savoir \u00e0 partir de quelque chose\u00a0\u00bb. La revalorisation des savoirs dits locaux passe ainsi par une meilleure confrontation avec ce qui les distingue des savoirs scientifiques en invoquant la d\u00e9marche analytique, la relation entre exp\u00e9rience et th\u00e9orie ou encore les parts discursive, situ\u00e9e et v\u00e9cue du savoir.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Enjeux de mise en pratique de la diversit\u00e9 des savoirs de l\u2019eau en France<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Alors que le nombre de publications n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9, posant au passage des probl\u00e8mes d\u2019attention (Della Briotta Parolo <em>et al.<\/em>, 2015) et de temps pour consid\u00e9rer cet afflux de travaux, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des savoirs scientifiques (Krishna, 1996) provient des pratiques historiques des syst\u00e8mes administratifs des \u00c9tats modernes (Scott, 1998) qui, par leur regard uniformisateur, accordent une pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces savoirs (techniques, scientifiques) au d\u00e9triment de la diversit\u00e9 locale. Scott a utilis\u00e9 le terme \u00ab\u00a0lisibilit\u00e9\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire les moyens et les m\u00e9thodes par lesquels l\u2019\u00c9tat a cherch\u00e9 \u2013 directement ou indirectement \u2013 \u00e0 faire le point sur les caract\u00e9ristiques de l\u2019environnement naturel. De telles m\u00e9thodes sont celles qui rendent l\u2019eau \u00ab\u00a0lisible\u00a0\u00bb pour satisfaire son ambition de la ma\u00eetriser.\u00a0Malgr\u00e9 une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019efforts et d\u2019approches d\u00e9velopp\u00e9es pour int\u00e9grer diff\u00e9rents savoirs dans les processus de gestion de l\u2019eau, cette forte orientation structurelle vers les savoirs\/connaissances techniques et scientifiques se pr\u00eate \u00e0 des fins instrumentales (Krueger <em>et al.<\/em>, 2016) qui interrogent le gouvernement du savoir. Aussi, notre analyse entend reconsid\u00e9rer aussi bien les savoirs scientifiques de mani\u00e8re non h\u00e9g\u00e9monique pour prot\u00e9ger et valoriser la diversit\u00e9 des savoirs que les pratiques institutionnelles au c\u0153ur de leur hi\u00e9rarchisation. Nous relevons plusieurs enjeux ayant trait \u00e0 la mise en pratique de la diversit\u00e9 des savoirs et \u00e0 ces pratiques de d\u00e9cision \u00e0 privil\u00e9gier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019une part, l\u2019utilit\u00e9 que pourrait pr\u00e9senter le fait d\u2019int\u00e9grer plusieurs types de savoir (en termes d\u2019origine, de contexte, d\u2019int\u00e9r\u00eat, d\u2019\u00e9chelle et d\u2019approche, etc.) dans les savoirs mis \u00e0 disposition pour gouverner les cours d\u2019eau se situe \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. Le premier niveau est \u00e9thique en tant que droit \u00e0 \u00eatre reconnu, \u00e0 participer, \u00e0 s\u2019engager et \u00e0 s\u2019exercer sur le plan du savoir. Cet enjeu \u00e9thique renvoie au besoin d\u2019\u00eatre reconnu comme acteur et de d\u00e9ployer sa \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9 scientifique\u00a0\u00bb (Piron, 2010). De telles initiatives rompraient avec les injustices \u00e9pist\u00e9miques en tant qu\u2019incapacit\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 faire valoir leur statut de personnes fiables et comp\u00e9tentes en mati\u00e8re de production et de transmission des connaissances\u00a0\u00bb (Medina, 2013, p.\u00a028). Le respect de cette forme de justice r\u00e9pond \u00e0 une exigence d\u00e9mocratique extensive sur le plan du savoir \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9viter la concentration d\u2019un \u00ab\u00a0savoir-pouvoir\u00a0\u00bb unique, au sens d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8re et exclusive de comprendre quelque chose, au profit d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de \u00ab\u00a0pouvoir-savoir\u00a0\u00bb (Foucault, 1975). Recourir \u00e0 une diversit\u00e9 de savoirs et de types de d\u00e9tenteur favoriserait la discussion sur les savoirs devant \u00eatre mobilis\u00e9s pour l\u2019action, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019effet des bo\u00eetes noires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le deuxi\u00e8me niveau est heuristique et concerne la production m\u00eame d\u2019un savoir. Lorsque plusieurs d\u00e9tenteurs de savoirs sont amen\u00e9s \u00e0 travailler ensemble,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">cette mise en commun de savoirs et de connaissances diverses doit \u00eatre con\u00e7ue comme un assemblage \u00e9pist\u00e9mique dont toutes les facettes sont \u00e9galement offertes \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019ensemble des parties prenantes par chacune de ces derni\u00e8res en ce qui concerne son domaine de comp\u00e9tences. [\u2026] L\u2019assemblage \u00e9pist\u00e9mique propre \u00e0 cette conception de l\u2019expertise sociotechnique est d\u2019autant plus souhaitable que nos soci\u00e9t\u00e9s fond\u00e9es sur la connaissance se veulent innovatrices. \u00c0 cette fin, elles cherchent \u00e0 exploiter les gisements de cr\u00e9ativit\u00e9 existant parmi l\u2019ensemble des acteurs, ainsi qu\u2019\u00e0 instaurer des conditions favorables \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de gisements in\u00e9dits. [\u2026] La raison pratique de cette f\u00e9condit\u00e9 se trouve dans la rencontre de contenus, m\u00e9thodes et pratiques scientifiques, qui provoquent une fertilisation crois\u00e9e de savoirs pluriels autour d\u2019un m\u00eame objet (Ancori, 2012, p.\u00a0219).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">La richesse des \u00e9changes dans la production des savoirs entre des acteurs diff\u00e9rents r\u00e9pond \u00e0 la fois au d\u00e9fi de la sur-sp\u00e9cialisation disciplinaire (Lahire, 2012) et \u00e0 celui de l\u2019enjeu heuristique de chaque recherche qui peut s\u2019appuyer sur des assemblages \u00e9pist\u00e9miques pour reprendre le mot de l\u2019auteur de la citation en amont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le niveau pratique se mat\u00e9rialise en termes de qualit\u00e9 de gestion. En effet, l\u2019apprentissage par l\u2019\u00e9change et l\u2019exp\u00e9rimentation est une voie possible pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019enjeu de \u00ab\u00a0situational legitimacy\u00a0\u00bb (Jasanoff et Martello, 2004) et au hiatus entre les savoirs dits th\u00e9oriques et les \u00ab\u00a0savoirs actionnables\u00a0\u00bb\u00a0(Avenier,\u00a0Schmitt, 2007) mobilis\u00e9s sur le terrain. Les relations entre les savoirs et la gestion rel\u00e8vent de configuration, laquelle d\u00e9pend elle-m\u00eame de la volont\u00e9 des acteurs institutionnels de s\u2019ouvrir \u00e0 d\u2019autres acteurs de savoirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D\u2019autre part, les pratiques institutionnelles\u00a0des acteurs, qui d\u00e9cident de mobiliser les savoirs du gouvernement de l\u2019eau, sont au centre des processus d\u00e9mocratiques du management des savoirs (Mbengue, 2004). Elles rel\u00e8vent de plusieurs \u00e9chelons\u00a0: europ\u00e9en, national, par agence de l\u2019eau et des niveaux plus locaux avec plusieurs formes d\u2019\u00e9tablissements publics de coop\u00e9ration intercommunale comme les \u00e9tablissements publics territoriaux de bassin, les syndicats de rivi\u00e8re et les collectivit\u00e9s territoriales qui disposent de comp\u00e9tences grandissantes en mati\u00e8re de gestion de l\u2019eau. Ces m\u00eames acteurs disposent de plusieurs r\u00f4les en rapport avec les savoirs\u00a0: ils peuvent ainsi commander, financer, encadrer, mobiliser ou produire par eux-m\u00eames des \u00e9tudes servant leurs missions. C\u2019est pourquoi, dans la qu\u00eate de compr\u00e9hension des strat\u00e9gies de mobilisation des savoirs permettant de concr\u00e9tiser une justice cognitive, il convient d\u2019entrer dans la complexit\u00e9 des relations entre les savoirs et la gestion en sortant des dualismes structurants acteur\/d\u00e9cision, savoir\/application, fait\/valeur (Latour, 2012). Cette complexit\u00e9 revient \u00e0 s\u2019attacher aux processus de s\u00e9lection \u00e0\u00a0travers :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify\">\n<li>leur circulation \/transmission (dans des r\u00e9seaux, par le truchement de cultures \u00e9pist\u00e9miques et de communaut\u00e9s \u00e9pist\u00e9miques\u2026);<\/li>\n<li>la justification formul\u00e9e favorisant la l\u00e9gitimation d\u2019un savoir;<\/li>\n<li>sa finalit\u00e9 (mission acad\u00e9mique, aide \u00e0 la d\u00e9cision, suivi de donn\u00e9es, r\u00e9alisation d\u2019un diagnostic\u2026).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau du bassin versant de la Dordogne, nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la concr\u00e9tisation de ces enjeux de reconnaissance des savoirs dits locaux et \u00e0 la mani\u00e8re de rendre plus transparent leur devenir dans le processus de prise de d\u00e9cision.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">La science territoriale\u00a0: apports et limites \u00e0 la d\u00e9colonisation des savoirs<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">La science territoriale a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme un outil m\u00e9thodologique capable de donner un aper\u00e7u g\u00e9n\u00e9ral des grandes tendances de la production des savoirs recens\u00e9s. Il peut servir, sur un plan heuristique, \u00e0 mettre en perspective toutes les manifestations li\u00e9es \u00e0 l\u2019eau sur le territoire d\u2019\u00e9tude du bassin versant de la Dordogne. Enfin, il peut soutenir la gestion des savoirs d\u2019un territoire en favorisant la discussion \u00e0 partir de la diversit\u00e9 des savoirs recens\u00e9s. Nous allons \u00e0 pr\u00e9sent expliciter ces trois dimensions plus en d\u00e9tail.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une approche de la science territoriale qui ouvre la bo\u00eete noire du gouvernement des savoirs<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s avoir inventori\u00e9 les manifestations de savoir, nous les avons class\u00e9es en fonction de leur provenance, des acteurs et actrices dit\u00b7e\u00b7s acad\u00e9miques (universit\u00e9s, centres de recherche), des acteurs et actrices dit\u00b7e\u00b7s professionnel\u00b7le\u00b7s (gestionnaires, bureaux d\u2019\u00e9tude, consultant\u00b7e\u00b7s, conservateurs et conservatrices de mus\u00e9e\u2026), des acteurs et actrices dit\u00b7e\u00b7s citoyen\u00b7ne\u00b7s (individus isol\u00e9s, soci\u00e9t\u00e9 civile, soci\u00e9t\u00e9s savantes) et d\u2019acteurs et d\u2019actrices en formation (stagiaires, projet tutor\u00e9 d\u2019\u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s). Aussi, nous avons recens\u00e9 un peu plus de mille manifestations r\u00e9parties ainsi qu\u2019il suit.<\/p>\n<figure id=\"attachment_673\" aria-describedby=\"caption-attachment-673\" style=\"width: 476px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-673 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-4-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"476\" height=\"252\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-4-Perrin.jpg 476w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-4-Perrin-300x159.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-4-Perrin-65x34.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-4-Perrin-225x119.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-4-Perrin-350x185.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 476px) 100vw, 476px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-673\" class=\"wp-caption-text\">Figure 4. Nombre de manifestations de savoir par type de producteur<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">En r\u00e9f\u00e9ren\u00e7ant les manifestations de savoir entre 1980 et 2018, les r\u00e9sultats de l\u2019approche de la science territoriale donnent \u00e0 voir un panorama des savoirs formalis\u00e9s sur ce territoire de l\u2019eau. Il permet de croiser les donn\u00e9es dans le temps et l\u2019espace entre les types d\u2019acteurs<a class=\"footnote\" title=\"Nous ne faisons plus r\u00e9f\u00e9rence dans la suite de l\u2019article aux acteurs ou actrices en formation, car ils ou elles ne sont pas \u00e0 l\u2019origine de leurs savoirs (commande du ma\u00eetre de stage).\" id=\"return-footnote-667-2\" href=\"#footnote-667-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> et les objets d\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Tableau 2. Les objets d\u2019\u00e9tude les plus \u00e9tudi\u00e9s par cat\u00e9gorie d\u2019acteurs<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-826 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-2_Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"528\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-2_Perrin.jpg 528w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-2_Perrin-300x165.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-2_Perrin-65x36.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-2_Perrin-225x124.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Tableau-2_Perrin-350x192.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 528px) 100vw, 528px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les diff\u00e9rences entre les acteurs ou actrices acad\u00e9miques et professionnel\u00b7le\u00b7s sont assez minces en termes d\u2019objet d\u2019\u00e9tude tandis que les citoyen\u00b7ne\u00b7s ont produit des manifestations sur des objets d\u2019\u00e9tude bien diff\u00e9rents. Ces dernier\u00b7e\u00b7s ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se concentrer sur le patrimoine qui repr\u00e9sente l\u2019histoire de leurs territoires \u00e0 l\u2019instar des moulins, des ponts, des fontaines, des lavoirs ou encore des paysages. L\u2019histoire de la navigation est \u00e9galement particuli\u00e8rement travaill\u00e9e.<\/p>\n<figure id=\"attachment_674\" aria-describedby=\"caption-attachment-674\" style=\"width: 468px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-674 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-5-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-5-Perrin.jpg 444w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-5-Perrin-300x186.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-5-Perrin-65x40.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-5-Perrin-225x139.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-5-Perrin-350x217.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-674\" class=\"wp-caption-text\">Figure 5. Nombre total des manifestations de savoir par d\u00e9cennie<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous pouvons constater le nombre croissant de manifestations au fil des d\u00e9cennies tous acteurs confondus. La m\u00eame dynamique est visible pour chaque type d\u2019acteurs.<\/p>\n<figure id=\"attachment_675\" aria-describedby=\"caption-attachment-675\" style=\"width: 363px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-675 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"363\" height=\"663\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin.jpg 1019w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin-164x300.jpg 164w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin-561x1024.jpg 561w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin-768x1403.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin-841x1536.jpg 841w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin-65x119.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin-225x411.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-6-Perrin-350x639.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 363px) 100vw, 363px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-675\" class=\"wp-caption-text\">Figure 6. Comparaison spatiale des eaux le plus \u00e9tudi\u00e9es par les trois types d\u2019acteurs (Perrin et Cerbelaud, 2019)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">La figure 6 rend visible le fait que les acteurs et actrices acad\u00e9miques ont beaucoup travaill\u00e9 sur les estuaires et sur la rivi\u00e8re Dordogne, ce qui s\u2019explique par la sp\u00e9cialisation zonale de deux \u00e9quipes de recherche depuis pr\u00e8s de trente ans\u00a0: IRSTEA (devenue INRAE en 2020) et l\u2019Universit\u00e9 Bordeaux I. Les manifestations des acteurs et actrices professionnel\u00b7le\u00b7s sont plut\u00f4t bien r\u00e9parties sur le bassin avec certes un nombre substantiel de manifestations sur la rivi\u00e8re-fleuve Dordogne en raison d\u2019un fort int\u00e9r\u00eat pour les barrages, les \u00e9clus\u00e9es et les poissons migrateurs. Concernant les citoyens\u00b7ne\u00b7s, nous faisons remarquer que le choix de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tel territoire ou telles eaux est plut\u00f4t vari\u00e9 et d\u00e9pend beaucoup des dynamiques locales port\u00e9es par des associations ou soci\u00e9t\u00e9s savantes mobilis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019analyse crois\u00e9e des donn\u00e9es permet de faire une analyse comparative pour identifier les convergences et les diff\u00e9rences entre les manifestations des acteurs. Au sujet des collaborations entre les types d\u2019acteurs, nous avons d\u00e9nombr\u00e9 31 collaborations (avec pour crit\u00e8re le fait de se pr\u00e9senter comme co-auteur) entre des acteurs et actrices acad\u00e9miques et professionnel\u00b7le\u00b7s qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 36 manifestations. Ces acteurs et actrices professionnel\u00b7le\u00b7s pr\u00e9sentent un profil diversifi\u00e9 avec les acteurs associatifs, les bureaux d\u2019\u00e9tudes, les fonctionnaires d\u2019\u00c9tat ou issu\u00b7e\u00b7s des collectivit\u00e9s territoriales, ainsi que de grosses entreprises (Total, EDF). En revanche, nous n\u2019avons pas comptabilis\u00e9 de collaboration entre les acteurs et actrices acad\u00e9miques\/professionnel\u00b7l\u00b7s et les citoyen\u00b7ne\u00b7s. D\u2019une part, l\u2019absence de projets de science participative en rapport avec l\u2019eau sur ce bassin versant peut constituer un facteur explicatif. D\u2019autre part, les manifestations des citoyen\u00b7ne\u00b7s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es tant\u00f4t dans le cadre d\u2019une d\u00e9marche individuelle, tant\u00f4t en lien avec une structure tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9e et des ambitions localis\u00e9es. En croisant ces r\u00e9sultats, une certaine interrogation \u00e9merge quant \u00e0 une \u00e9ventuelle r\u00e9partition (non pr\u00e9vue, inconsciente ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e) des savoirs par territoire de l\u2019eau entre les acteurs et actrices acad\u00e9miques et professionnel\u00b7le\u00b7s. Les exemples des eaux de l\u2019estuaire (acteurs et actrices acad\u00e9miques) ou des eaux \u00e0 proximit\u00e9 des barrages (acteurs ou actrices professionnel\u00b7le\u00b7s) le laissent penser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si, du point de vue quantitatif de l\u2019inventaire, des d\u00e9s\u00e9quilibres existent entre disciplines, objets d\u2019\u00e9tude et acteurs producteurs, il y a malgr\u00e9 tout une diversit\u00e9 de manifestations et une dynamique positive et durable dans le temps dont les gestionnaires peuvent tirer profit pour renforcer les \u00e9changes entre les d\u00e9tenteurs de savoir. Par cons\u00e9quent, cette analyse quantitative a apport\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments d\u2019identification des forces en pr\u00e9sence et de compr\u00e9hension sur les dynamiques, mais elle ne dit rien sur la mani\u00e8re de favoriser une justice cognitive et une d\u00e9colonisation des savoirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par la suite, en nous int\u00e9ressant \u00e0 la mobilisation de ces manifestations, nous avons reconstruit le cheminement de certaines d\u2019entre elles mobilis\u00e9es ou non dans la gestion de ce territoire. Cela nous a permis de mod\u00e9liser le processus de s\u00e9lection de savoirs qui permet d\u2019expliquer pourquoi certains savoirs sont l\u00e9gitim\u00e9s et\/ou mobilis\u00e9s pour la gestion.<\/p>\n<figure id=\"attachment_676\" aria-describedby=\"caption-attachment-676\" style=\"width: 616px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-676 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin.jpg\" alt=\"\" width=\"616\" height=\"313\" srcset=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin.jpg 1020w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin-300x152.jpg 300w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin-768x390.jpg 768w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin-65x33.jpg 65w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin-225x114.jpg 225w, https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/04\/Figure-7-Perrin-350x178.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 616px) 100vw, 616px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-676\" class=\"wp-caption-text\">Figure 7. Le processus de s\u00e9lection des savoirs (Perrin, 2019)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify\">Le sch\u00e9ma 7, qui part des manifestations de savoir, montre que lorsque les savoirs sont formalis\u00e9s, transmissibles et accessibles, ils peuvent \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9s et mobilis\u00e9s \u00e0 la condition de remplir un certain nombre de facteurs-crit\u00e8res. Ces facteurs, aussi bien structurels que contextuels par rapport \u00e0 l\u2019enjeu ou aux caract\u00e9ristiques du savoir, mettent ainsi en \u00e9vidence l\u2019importance de l\u2019histoire d\u2019un savoir (financement, commande), le r\u00f4le de la confiance et des r\u00e9seaux dans la circulation des savoirs, le poids du registre du savoir (discipline, formation du producteur, l\u00e9gitim\u00e9\u2026). Lorsque des savoirs sont l\u00e9gitim\u00e9s, ils peuvent jouer des r\u00f4les directs ou indirects et participer activement au gouvernement du territoire. Cela est manifeste pour les savoirs dits acad\u00e9miques et professionnels sur les barrages ou la biodiversit\u00e9. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, dans le cas o\u00f9 des savoirs ne sont pas l\u00e9gitim\u00e9s comme sur les petits ouvrages hydrauliques ou les inondations, les facteurs identifi\u00e9s peuvent expliquer le pourquoi. Aussi, ces facteurs tiennent un r\u00f4le clef dans l\u2019\u00e9ventuelle hi\u00e9rarchisation des savoirs qui pose les enjeux de r\u00e9seaux de savoirs et de capacit\u00e9 d\u2019ouverture \u00e0 la diversit\u00e9 des savoirs. La difficult\u00e9 d\u2019une telle entreprise d\u2019\u00e9tude de circulation des savoirs est d\u2019\u00eatre en capacit\u00e9 de r\u00e9aliser une \u00e9tude de cas fine manifestation par manifestation pour expliquer la pr\u00e9pond\u00e9rance de certains facteurs par rapport \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette vue d\u2019ensemble doit gagner en clart\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une analyse plus qualitative pour saisir les processus et moteurs qui ont favoris\u00e9 ce panorama de savoirs. Pour cela, nous avons r\u00e9alis\u00e9 une vingtaine d\u2019entretiens<a class=\"footnote\" title=\"Dans le d\u00e9tail, nous avons rencontr\u00e9 12 acteurs citoyens, 9 acteurs professionnels, 3 acteurs acad\u00e9miques avec des questions sur leurs motivations, leurs r\u00e9seaux de savoir et leurs rapports \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude et au territoire.\" id=\"return-footnote-667-3\" href=\"#footnote-667-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>, lanc\u00e9 un questionnaire<a class=\"footnote\" title=\"Ils ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 destination d\u2019autres producteurs de savoir que les personnes interrog\u00e9es. Ces questionnaires ont connu un taux de r\u00e9ponse de pr\u00e8s de 32\u00a0% avec 14 questionnaires retourn\u00e9s.\" id=\"return-footnote-667-4\" href=\"#footnote-667-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> et organis\u00e9 un atelier participatif<a class=\"footnote\" title=\"Organis\u00e9s en juin 2019, une vingtaine d\u2019acteurs (acad\u00e9miques, professionnels et citoyens) \u00e9taient pr\u00e9sents. Cet atelier fut l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir collectivement \u00e0 la diversit\u00e9 des savoirs li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau sur ce territoire et \u00e0 d\u00e9terminer comment les valoriser pour optimiser leurs mobilisations.\" id=\"return-footnote-667-5\" href=\"#footnote-667-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> afin de mieux contextualiser la production et la mobilisation des savoirs des acteurs \u00e9tudi\u00e9s. Symboliquement, par rapport \u00e0 notre approche par les savoirs, nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 les participants en fonction de leur appartenance aux trois cat\u00e9gories d\u2019acteurs pour nous diff\u00e9rencier des pratiques de participation bas\u00e9es sur la repr\u00e9sentation de divers int\u00e9r\u00eats ou d\u2019enjeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 la diversit\u00e9 des savoirs comporte plusieurs avantages selon les mots des acteurs citoyens et professionnels du bassin (recueillis entre avril et mai 2019 par questionnaire) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la diversit\u00e9 et aux diff\u00e9rences de parcours et d\u2019exp\u00e9riences; travail plus large \u00e0 d\u2019autres niveaux et \u00e9chelles que mon p\u00e9rim\u00e8tre; apporter ma pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice; prendre le temps de se pencher sur des sujets plus vastes et compl\u00e9mentaires; retour au local et aux savoirs locaux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Concernant l\u2019\u00e9tat des savoirs, nous avons remarqu\u00e9 une diff\u00e9rence assez nette entre les producteurs et utilisateurs de savoir. Tandis que les premiers se situent souvent dans une optique de recherche et d\u2019acquisition de donn\u00e9es (voire d\u2019exp\u00e9rimentation), les seconds estiment majoritairement que les savoirs actuels sur le territoire sont suffisants pour pouvoir le g\u00e9rer et qu\u2019il ne reste que quelques pratiques \u00e0 perfectionner comme mieux faire conna\u00eetre et compiler les donn\u00e9es ou faciliter et valoriser les retours d\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 la question ouverte \u00ab\u00a0pourquoi vouloir savoir quelque chose\u00a0\u00bb, les acteurs avanc\u00e8rent les r\u00e9ponses suivantes class\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9croissante par nombre d\u2019occurrences\u00a0: une preuve d\u2019attachement, la curiosit\u00e9 (\u00ab\u00a0li\u00e9 \u00e0 mon attachement territorial, \u00e0 mes origines\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pour le sujet\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0app\u00e9tence pour l\u2019acquisition de nouveaux savoirs\u00a0\u00bb), une marque de respect (\u00ab\u00a0pour le milieu naturel et le patrimoine\u00a0\u00bb), pour \u00eatre utile en disposant de savoirs plus solides (\u00ab\u00a0il ne suffit pas de dire que c\u2019est joli, il faut savoir comment et par qui toutes ces merveilles sont parvenues jusqu\u2019\u00e0 nous et la pr\u00e9server pour le futur\u00a0\u00bb), partager, protester. La relation \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude est plurielle apr\u00e8s analyse des r\u00e9ponses des acteurs. Les \u00e9l\u00e9ments les plus cit\u00e9s dans le questionnaire ont \u00e9t\u00e9 une relation \u00ab\u00a0directe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0concr\u00e8te\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0v\u00e9cue\u00a0\u00bb. Par cat\u00e9gorie d\u2019acteurs, le terme \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb revient plus souvent chez les acteurs acad\u00e9miques et professionnels tandis que le terme \u00ab\u00a0affectif\u00a0\u00bb est davantage choisi par les citoyens. Cette analyse de contenu des discours formul\u00e9s durant cette \u00e9tape qualitative de la recherche permet de comprendre quelles sont les diff\u00e9rentes relations entre le d\u00e9tenteur de savoir et l\u2019objet d\u2019\u00e9tude, ainsi que les motivations de d\u00e9part. En revanche, elle ne donne pas lieu \u00e0 une caract\u00e9risation des facteurs associ\u00e9s \u00e0 la relation du d\u00e9tenteur d\u2019un savoir au connu. Dit autrement, la trop grande diversit\u00e9 et mixit\u00e9 des pratiques des acteurs \u00e9tudi\u00e9s (lecture, travail en laboratoire, pr\u00e9l\u00e8vement, instrumentation, observation visuelle, abstraction, recoupage d\u2019informations, travail analytique\u2026) rend difficile d\u2019expliquer (hormis le statut et la fonction professionnels) pourquoi un acteur revendique un savoir scientifique ou local et ce qui le s\u00e9pare durant l\u2019acte de production, \u00e0 l\u2019exception du travail de v\u00e9rification effectu\u00e9 par les pair\u00b7e\u00b7s dans la recherche acad\u00e9mique.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Une approche qui demande \u00e0 aller encore plus loin dans l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie et la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes de la hi\u00e9rarchisation<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">La d\u00e9colonisation des savoirs dominants servant \u00e0 la gestion de l\u2019eau implique de suivre de pr\u00e8s le management des savoirs sur ce m\u00eame territoire afin d\u2019identifier comment r\u00e9duire la domination des r\u00e9seaux de savoirs \u00e9pist\u00e9miques et d\u00e9construire la hi\u00e9rarchisation bas\u00e9e sur un prestige acad\u00e9mique et technique. Ce management des savoirs consiste en un travail qui nous semble sous-estim\u00e9 dans la gestion de l\u2019eau et qu\u2019il convient de penser pour installer sciemment la mise en place des dispositifs de production, de combinaison, voire de confrontation des savoirs. \u00c0 cette fin, nous souhaitons pr\u00e9senter des pistes en tant que levier pour cr\u00e9er plus de passerelles entre les diff\u00e9rents d\u00e9tenteurs de savoirs. Elles visent \u00e0 favoriser un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne et <em>bottom up<\/em> de la production et diffusion de savoirs \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La premi\u00e8re proposition revient \u00e0 b\u00e2tir une plateforme qui assurerait deux fonctions indispensables de mani\u00e8re \u00e0 renforcer la science territoriale sur le bassin\u00a0: rendre accessible d\u2019une part l\u2019ensemble des savoirs manifest\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 un travail de veille scientifique territoriale et de mise en ligne sur une plateforme et r\u00e9f\u00e9rencer et cartographier d\u2019autre part les acteurs de mani\u00e8re \u00e0 faciliter les prises de contact et la construction de projets. Nous justifions l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette plateforme par le fait que des territoires peuvent \u00eatre morcel\u00e9s en subdivision administrative donnant lieu \u00e0 des r\u00e9seaux de savoirs diff\u00e9rents. Cette plateforme jouerait finalement le r\u00f4le de liant pour favoriser le travail collaboratif entre les diff\u00e9rents d\u00e9tenteurs de savoir. La deuxi\u00e8me proposition consiste \u00e0 mettre en place une boutique des savoirs (Savoia <em>et al.<\/em>, 2017) pour recenser les demandes de r\u00e9alisation d\u2019\u00e9tudes sur des sujets sp\u00e9cifiques (baignade, inondation, p\u00eache, pollution, risques divers&#8230;) et, au besoin, construire des ponts entre les secteurs\/sp\u00e9cialit\u00e9s\/usages (sant\u00e9, \u00e9ducation, risques&#8230;). Aussi, une boutique des savoirs cr\u00e9erait l\u2019interface entre tous ces acteurs et offrirait par cons\u00e9quent l\u2019opportunit\u00e9 \u00e0 des citoyen\u00b7ne\u00b7s d\u2019avoir recours et acc\u00e8s, de mani\u00e8re gratuite ou peu on\u00e9reuse, \u00e0 la production de savoir sur les sujets qui les int\u00e9ressent\/inqui\u00e8tent. Il s\u2019agit d\u2019un outil de d\u00e9mocratie pour d\u00e9terminer ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre mieux ou plus \u00e9tudi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, la troisi\u00e8me proposition a trait \u00e0 l\u2019installation d\u2019une acad\u00e9mie des savoirs pour chaque institution charg\u00e9e de g\u00e9rer l\u2019environnement \u00e0 un niveau local. Alors qu\u2019en France certaines structures gestionnaires de l\u2019environnement (Espaces Naturels Sensibles, Parcs Naturels R\u00e9gionaux, Parcs Nationaux, r\u00e9serves Biosph\u00e8re) optent pour la mise en place de Conseils Scientifiques, une Acad\u00e9mie des savoirs du territoire nous semble plus adapt\u00e9e pour faire travailler ensemble les d\u00e9tenteurs de savoir. \u00c0 l\u2019instar des Conseils Scientifiques, cette instance de d\u00e9mocratie des savoirs r\u00e9fl\u00e9chirait \u00e0 un bilan des manifestations de savoir produites, au r\u00f4le de ces savoirs dans la gestion, \u00e0 l\u2019identification de besoins de recherche, \u00e0 la concordance de la strat\u00e9gie de recherche avec l\u2019identit\u00e9 du territoire. Mais une telle acad\u00e9mie aurait pour particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre compos\u00e9e d\u2019un profil diversifi\u00e9 d\u2019acteur non pas en fonction des disciplines acad\u00e9miques, mais des diff\u00e9rents types d\u2019acteurs de savoir (acad\u00e9miques, professionnels, citoyens) que nous avons \u00e9tudi\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019approche de la science territoriale.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">Conclusion<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans cet article, nous avons d\u00e9crit l\u2019approche de la science territoriale pour expliquer comment promouvoir un pluralisme \u00e9pist\u00e9mologique sur un territoire donn\u00e9. L\u2019approche de la science territoriale revient \u00e0 s\u2019int\u00e9resser aux ressorts de la diversit\u00e9 des savoirs au sein d\u2019un territoire pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leur articulation de mani\u00e8re la plus utile pour les acteurs et pour la gestion d\u2019un territoire. La science territoriale met au premier plan la dimension \u00e9pist\u00e9mique en permettant de partir du terrain et des forces en pr\u00e9sence pour obtenir un panorama des savoirs d\u2019un territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce faisant, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 certains des fondements th\u00e9oriques de cette approche, nous avons entrepris une analyse \u00e9pist\u00e9mique s\u2019appliquant au projet plus large de la d\u00e9colonisation des savoirs sur ce m\u00eame territoire de gestion. Aussi, le projet que nous avons men\u00e9 dans le bassin de la Dordogne repr\u00e9sente une premi\u00e8re \u00e9tape limit\u00e9e dans cette ambition symbolis\u00e9e par l\u2019id\u00e9al de justice cognitive. Au travers d\u2019une analyse qualitative, nous nous sommes int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la construction de chaque manifestation de savoir pour d\u00e9velopper une grille d\u2019analyse rendant compte de la contextualisation des savoirs recens\u00e9s. Or, la multiplicit\u00e9 des rapports \u00e0 \u00e9tudier (aux savoirs, au territoire, \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude\u2026) rend l\u2019op\u00e9ration de recherche p\u00e9rilleuse. Les prochaines \u00e9tapes et les pistes potentielles pour la continuer pourraient inclure une analyse plus approfondie des facteurs perceptifs et ph\u00e9nom\u00e9nologiques associ\u00e9s \u00e0 la production de diff\u00e9rents savoirs. En effet, la relation du connaissant au connu pourrait \u00eatre oppos\u00e9e entre des m\u00e9thodes scientifiques objectives et des savoirs pratiques et locaux acquis par un engagement direct sur le territoire.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Agrawal,\u00a0Arun. 2002.\u00a0Classification des savoirs autochtones : la dimension politique.\u00a0<em>Revue internationale des sciences sociales<\/em>, <em>173<\/em>(3), 325-336. DOI : 10.3917\/riss.173.0325<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ancori, Bernard. 2012. La production et la circulation des connaissances scientifiques et des savoirs profanes dans nos soci\u00e9t\u00e9s techniciennes. Dans Fr\u00e9d\u00e9ric Darbellay (dir.), <em>La Circulation des savoirs. Interdisciplinarit\u00e9s, concepts nomades, analogies, m\u00e9taphores<\/em> (p.\u00a0203-240). BernePeter Lang SA.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Avenier,\u00a0Marie-Jos\u00e9 et\u00a0Christophe Schmitt. 2007. \u00c9laborer des savoirs actionnables et les communiquer \u00e0 des managers.\u00a0<em>Revue fran\u00e7aise de gestion<\/em>, <em>174<\/em>(5), 25-42.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Bachelard, Gaston. 1938. <em>La Formation de l\u2019esprit scientifique\u00a0: contribution \u00e0 une psychanalyse de la connaissance<\/em>. Paris\u00a0: Vrin.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Barth\u00e9lemy, Carole. 2005. Les savoirs locaux : entre connaissances et reconnaissance.\u00a0<em>VertigO &#8211; la revue \u00e9lectronique en sciences de l&rsquo;environnement<\/em>\u00a0[En ligne], 6(1). DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.2997\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.2997<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Busino, Giovanni. 2007. Mat\u00e9riaux pour l\u2019histoire de la sociologie de la connaissance.\u00a0<em>Revue europ\u00e9enne des sciences sociales<\/em>, <em>139<\/em>(45), 57-190.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Carolan, Micka\u00ebl. 2006. Scientific knowledge and environmental policy: why science needs values. <em>Environmental Sciences<\/em>, 3(4), 229-237. DOI: 10.1080\/15693430601058224<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Collignon, B\u00e9atrice. 2005. Que sait-on des savoirs g\u00e9ographiques vernaculaires?. <em>Bulletin de l\u2019Association de g\u00e9ographes fran\u00e7ais<\/em>, <em>82<\/em>(3), 321-331.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Della Briotta Parolo, Pietro,\u00a0Kumar Pan, Raj,\u00a0Ghosh, Rumi,\u00a0 Huberman, Bernardo A.,\u00a0Kaski, Kimmo et Fortunato, Santo. 2015. Attention decay in science. <em>Journal of Informetrics<\/em>, <em>9<\/em>, 734-745.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Dianteill, Erwan. 2015. Ontologie et anthropologie.\u00a0<em>Revue europ\u00e9enne des sciences sociales<\/em>\u00a0[En ligne], <em>53<\/em>(2). DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/ress.3314\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/ress.3314<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Escobar, Arturo. 2018. <em>Sentir-penser avec la terre\u00a0: une \u00e9cologie au-del\u00e0 de l\u2019Occident. <\/em>Paris\u00a0: Seuil<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Foucault, Michel. 1975. <em>Surveiller et punir<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Granjou, C\u00e9line, Mauz,\u00a0Isabelle et Arnaud Cosson. 2010.\u00a0<em>Le recours aux savoirs dans l\u2019action publique environnementale\u00a0: un foisonnement exp\u00e9rimental<\/em>.\u00a0<em>Sciences de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>\u00a0[En ligne], 79. DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/sds.2799\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/sds.2799<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Grosfoguel, Ram\u00f3n\u00a0(dir.). 2007.\u00a0<em>El giro decolonial. Reflexiones para una diversidad epist\u00e9mica m\u00e1s all\u00e1 del capitalismo global<\/em>. Bogot\u00e1 : Siglo del Hombre.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Haraway, Donna. 2007.\u00a0<em>Manifeste cyborg et autres essais: sciences, fictions, f\u00e9minismes. <\/em>Paris\u00a0: EXILS \u00e9diteur<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Henare, Amria, Holbraad, Martin et Sari Wastell.\u00a02006. <em>Thinking Through Things, Theorising Artefacts Ethnographically<\/em>. London : Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ingold, Tim. 2013. <em>Marcher avec les dragons<\/em> (P. Madelin, trad.). Bruxelles\u00a0: Zones Sensibles.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Ingold, Tim. 2000. <em>The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill<\/em>. London : Routledge.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Innerarity, Daniel. 2015. <em>D\u00e9mocratie et soci\u00e9t\u00e9 de la connaissance <\/em>(S. Champeau, trad.). Grenoble\u00a0: PUG.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Jasanoff, Sheila et\u00a0Marybeth Martello (dir.). 2004. <em>Earthly politics: Local and global in environmental governance<\/em>.\u00a0Cambridge\u00a0:\u00a0MIT Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Krishna, Venni. 1996. La contestation de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie techno-scientifique en Inde. Dans Waast, Roland (dir.), <em>Les Sciences au Sud\u00a0: \u00e9tat des lieux<\/em> (p.\u00a0283-301). Paris\u00a0: Orstom.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Krueger, Tobias, <em>et al.<\/em> 2016. A transdisciplinary account of water research. <em>WIRES Water<\/em>, 3(3), 369-389. Doi: 10.1002\/wat2.1132<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lahire, Bernard. 2012.\u00a0Des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de la division scientifique du travail sur l\u2019\u00e9volution de la sociologie.\u00a0<em>SociologieS<\/em>. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/sociologies\/3799\">http:\/\/journals.openedition.org\/sociologies\/3799<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Lander,\u00a0Edgardo\u00a0(dir.). 2000.\u00a0<em>La Colonialidad del saber: eurocentrismo y ciencias sociales. Perspectivas Latinoamericanas<\/em>. Buenos Aires : CLACSO.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Latour, Bruno. 2012. <em>Enqu\u00eate sur les modes d\u2019existence. Une anthropologie des Modernes<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Livingstone, David N. 2003. <em>Putting science in its place: geographies of scientific knowledge<\/em>. Chicago: The University of Chicago Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Loupsans,\u00a0Delphine,\u00a0Gramaglia,\u00a0Christelle. 2011.\u00a0L&rsquo;expertise sous tensions. Cultures \u00e9pist\u00e9miques et politiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;\u00e9criture de la directive-cadre europ\u00e9enne sur l&rsquo;eau.\u00a0<em>L&rsquo;Europe en Formation<\/em>, <em>361<\/em>(3), 87-114. DOI : 10.3917\/eufor.361.0087<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Mbengue, Ababacar. 2004.\u00a0Management des savoirs.\u00a0<em>Revue fran\u00e7aise de gestion<\/em>, <em>149<\/em>(2), 13-31. DOI : 10.3166\/rfg.149.13-31.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Medina, Jos\u00e9. 2013. <em>The epistemology of resistance: Gender and Racial Oppression, Epistemic Injustice, and Resistant Imaginations<\/em>. Oxford: Oxford University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Merculieff, Larry. 2002. Linking Traditional Knowledge and Wisdom to Ecosystem Based Approaches to Research and Management: Supporting a Marginalized Way of Knowing. Ethnobiology and Biocultural Diversity. <em>Proceedings of the Seventh International Congress of Ethnobiology, The International Society of Ethnobiology<\/em>, 523-531.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Merton, Robert King. 1949. <em>Social Theory and Social Structure. <\/em><em>New-York : Free Press. <\/em><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Petit,\u00a0Sandrine et Fabienne Barataud. 2015. L\u2019eau, source de savoirs : analyse de situations d\u2019expertise dans des bassins versants agricoles.\u00a0<em>VertigO &#8211; la revue \u00e9lectronique en sciences de l&rsquo;environnement<\/em>\u00a0[En ligne], <em>15<\/em>(1). DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.15938\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.15938<\/a><\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Piron, Florence. 2010.\u00a0La citoyennet\u00e9 scientifique contre l\u2019\u00e9conomie marchande du savoir. Un enjeu d\u2019\u00e9thique publique. <em>\u00c9thique publique<\/em>, <em>12<\/em>(1), 79-104.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Sarna-Wojcicki,\u00a0Daniel,\u00a0Perret,\u00a0Margaret,\u00a0Eitzel,\u00a0M. V. et Louise Fortmann. 2018. O\u00f9 sont pass\u00e9\u00b7e\u00b7s les coauteurs\u00b7trices? Les pratiques d\u2019autorat dans la recherche participative.\u00a0<em>Revue d\u2019anthropologie des connaissances<\/em>, <em>12<\/em>(2), 323-360.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Savoia, Annunziata <em>et al.<\/em> 2017.\u00a0The Science Shop Concept and its Implementation in a French University. <em>Journal of Innovation Economics &amp; Management<\/em>, <em>22<\/em>(1), 97-117.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Scott, James C. 1998.\u00a0<em>Seeing like a State -How Certain Schemes to Improve Human Condition Have Failed. <\/em><em>Yale: <\/em>Yale University Press.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Smadja,\u00a0David. 2012.\u00a0La bo\u00eete noire de la controverse.\u00a0<em>Raisons politiques<\/em>, 47(3), 5-11. DOI : 10.3917\/rai.047.0005<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"text-align: justify\">Visvanathan, Shiv, 2009. The Search for Cognitive Justice. <em>Seminar 597\u00a0: Knowledge in question<\/em>. Disponible \u00e0 l\u2019adresse : https:\/\/www.india-seminar.com\/2009\/597\/597_shiv_visvanathan.htm<\/p>\n<hr class=\"metaauthorline\" \/>\n<div class=\"metadata metaauthor\">\n<p class=\"justify\" data-type=\"author\"><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/jacques-aristide-perrin\">Jacques-Aristide PERRIN<\/a><\/strong><br \/>Postdoctorant en g\u00e9ographie.<br \/>&nbsp;<br \/><strong><a href=\"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/contributors\/jamie-linton\">Jamie LINTON<\/a><\/strong><br \/>Ma\u00eetre de Conf\u00e9rences, Universit\u00e9 de Limoges (France).<br \/>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-667-1\">Certaines d\u00e9nominations sont p\u00e9joratives tandis que d\u2019autres sont valoris\u00e9es par la langue fran\u00e7aise. Par ailleurs, certains savoirs peuvent correspondre \u00e0 plusieurs des types de savoirs list\u00e9s. <a href=\"#return-footnote-667-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-667-2\">Nous ne faisons plus r\u00e9f\u00e9rence dans la suite de l\u2019article aux acteurs ou actrices en formation, car ils ou elles ne sont pas \u00e0 l\u2019origine de leurs savoirs (commande du ma\u00eetre de stage). <a href=\"#return-footnote-667-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-667-3\">Dans le d\u00e9tail, nous avons rencontr\u00e9 12 acteurs citoyens, 9 acteurs professionnels, 3 acteurs acad\u00e9miques avec des questions sur leurs motivations, leurs r\u00e9seaux de savoir et leurs rapports \u00e0 l\u2019objet d\u2019\u00e9tude et au territoire. <a href=\"#return-footnote-667-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-667-4\">Ils ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 destination d\u2019autres producteurs de savoir que les personnes interrog\u00e9es. Ces questionnaires ont connu un taux de r\u00e9ponse de pr\u00e8s de 32\u00a0% avec 14 questionnaires retourn\u00e9s. <a href=\"#return-footnote-667-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-667-5\">Organis\u00e9s en juin 2019, une vingtaine d\u2019acteurs (acad\u00e9miques, professionnels et citoyens) \u00e9taient pr\u00e9sents. Cet atelier fut l\u2019occasion de r\u00e9fl\u00e9chir collectivement \u00e0 la diversit\u00e9 des savoirs li\u00e9s \u00e0 l\u2019eau sur ce territoire et \u00e0 d\u00e9terminer comment les valoriser pour optimiser leurs mobilisations. <a href=\"#return-footnote-667-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":11,"menu_order":2,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":["jacques-aristide-perrin","jamie-linton"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[193,194],"license":[],"class_list":["post-667","chapter","type-chapter","status-web-only","hentry","motscles-eau","motscles-gestion","motscles-justice","motscles-savoir","motscles-territoire","keywords-justice","keywords-knowledge","keywords-management","keywords-territory","keywords-water","motscles-autre-fahalalana","motscles-autre-fahamarinana","motscles-autre-faritany","motscles-autre-fitantanana","motscles-autre-rano","contributor-jacques-aristide-perrin","contributor-jamie-linton"],"part":642,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/667","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/667\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":827,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/667\/revisions\/827"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/642"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/667\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=667"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=667"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=667"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revues.scienceafrique.org\/naaj\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=667"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}